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Full text of "Annales médico-psychologiques"

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BiBLIQTHEQUE 

DE  LA 

FACULT&  DE  SVIEDECIME 


Salles  de  Lecture 


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. -  apres  consultation  ==• 


90152 


ANNALES 

MEDICO-PSYCHOLOGIQUES 

REVUE  PSYCHI ATRIQUE 
BULLETIN  OFFICIEL  DE  LA 
SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

ANNEE  1936 

TOME  PREMIER 


ANNALES  MEDICO-PSYCHOLOGIQUES 


ANCIENS  REDACTEURS  EN  CHEF  : 
(1843-1930) 

BAJLLARGER,  CERISE,  LONGET, 
BRIERRE  DE  BOISMONT,  MOREAU  (de  Tours), 
LUNIER,  FOV1LLE,  R1TT1,  HenRI  COLIN 

Redacteur  en  Chef  :  Rene  CHARPENT1ER 


COMITE  DE  REDACTION  : 

MM.  ABADIE,  D.  ANGLADE,  BEAUSSART,  Ch.  BLONDEL,  CAPGRAS 
H.  CLAUDE,  COURBON,  Ach.  DELMAS,  DEMAY,  G.  DUMAS,  DUPOUy’ 
EUZIERE,  j.  HAMEL,  Pierre  JANET,  KLJPPEL,  LAIGNEL-LAVASTINe! 
LAUZ1ER,  J.  LEPJNE,  LEVY-VALENS1,  LHERM1TTE,  R.  MALLET 
MARCHAND,  MIGNOT,  PACTET,  PIERON,  POROT,  RAVIART,  RAYNIER 
ROGUES  DE  FURSAC.  SEGLAS.  SER1EUX,  Th.  SIMON  TINEl’ 
TOULOUSE,  TRUELLE,  VERNET. 


ANNALES 

MEDICO-PSYCHOLOGIQUES 

REVUE  PSYCHI ATRIQUE 

BULLETIN  OFFICIEL  DE  LA 
SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


FONDATEUR. 

J.BAILLARGER 

REDACTEUR  EH  CHEF: 

RENE  CHARPENTIER 


XVe  SERIE  —  94e  ANNEE  —  1936 
TOME  PREMIER 


MASSON  e>  C|e,EDITEURS 

LIBRAIRES  DE  L'ACADEMIE  DE  MEDECINE 
120.  BOULEVARD  $AINT-GERMA!N, PARIS 


publication  periodique 

PARA!  SCANT  10  FO/S  PAR  AH 


TABLE  DES  MATIERES 


QUINZiEME  SER1E  -  94*  ANNfiE  -  TOME  1 

J  ANV1ER-MAJ  1 936 


MEMO!  RES  OR1G1NAUX 


Pages 

Les  aspects  familiaux  des  paroxysmes  reflexes  du  tonus  (Contribution 
a  l’etude  des  faits  de  Cataplexie  et  d’Hypertonie  dites  affectives  et 
de  leurs  relations  avec  la  pathologie  constitutionnelle),  par  M.  L.  van 

. .  1 

Nouvelles  recherches  sur  l’acide  formique  dans  le  liquide  cephalo- 
rachidien  (d’apres  la  methods  de  Toye  et  Jaulmes),  par  MX1.  J.  Hamel, 

R.  Buisson  et  M.  Chavarot .  28 

Une  correspondance  de  Kant  sur  les  rapports  de  l’Ame  et  du  cerveau 
(Premiere  traduction  franqaise  des  lettres  de  E.  Kant  a  S.  Th.  Soem- 
merring),  avec  une  note  preliminaire,  par  MM.  W.  Riese  et  A.  Reqcet.  44 
Anatomo-pathologie  et  physio-pathologie  de  l’epilepsie,  par  H.  Steck.  145 
Sur  trois  cas  d’hallucinations  visuelles  chez  des  cataractes,  par  MM. 

A.  Brunerie  et  R.  Coche . 166 

Note  au  sujet  des  peintures  et  dessins  d’un  schizophrene  malgache, 

parV.-L.  . .  1^2 

Vitamine  C.  Precarence  et  neuro-psychiatrie,  parH:  Bersot .  187 

Hallucinations  visuelles  et  lesions  de  l’appareil  visuel,  par  MM.  J .  Lher- 

mitte.  et  J.  de  Ajuriaguerra .  321 

Syndrome  psychasthenique  et  hyperhypophysie  (Relations  possibles 
entre  le  trouble  endocrinien  et  l’o Mentation  des  manifestations 
psychopathologiques),  par  MM.  C.-I.  Parhon,  A.  Krkindler  et  E.  Weigl.  352 
Les  tendances  actuelles  de  la  psychiatric  en  Belgique,  par  M.  G.  Ver- 

meylen .  359 

Le  syndrome  d’Adie  en  pathologie  mentals.  Ses  rapports  avec  les 
syndromes  neuro  et  psycho-anemiques,  par  MM.  G.  Petit  et  J.  Delmond.  497 

Ann.  Med.-Psych.,  15c  serie.  —  Tables  du  tome  I,  1936.  a. 


ANNEE  1936.  —  TABLES  DU  TOME  1 


’S^r 

Ascaridiose  et  psychopathie,  par  MM.  G.  Gassiot  et  J.  Leclerc . 

en  Hoii"de>  ■»-  mm-  w-»- 

Z£”e.“6  •*  "■0“b,“ ^ 

c““ r1”  L™»“d: 

Le  syndrome  de  Capgras,  par  M.  Alberto  Brochado 

Les  tendances  actuelles  de  la  psychiatrie  en  Suisse,  par  M.  A .  Repond  ! 


520 

534 

548 

554 


694 

706 

718 


SOCJETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Liste  des  Presidents,  Secretaires  generaux 

Psycliologique  (1852-1936) . 

Bureau  pour  1936 . 

Liste  des  Membres . 


Tresoriers  de  ia  Societe  Medii 


52 

54 

54 


Seance  du  jeudi  9  janvier  1936 

Syndrome  infundibulaire,  trophoedeme  et  troubles  mentaux,  par  MM 

ir  .  L.OURBON  et  G.  FeUILLET . 

Epilepsie  generalises.  Ralentissement  intellectuel  et  tumeur  cerebrals 
probable,  par  MM.  R.  Anolade  et  L.  Vidart . 


Seance  du  lundi  27  janvier  1936 

Allocution  de  M.  Th.  Simon,  president  sortant 

Allocution  de  M.  Cl.  Vurpas,  president . 

Adoption  du  proces-verbal . 

Correspondance . 

Commission  des  prix . 

Election  d'un  membre  correspondant  national  . 

Commission  chargee  d’etudier  la  question  des  Assistances'sociales 
Vitamine  C,  Precarence  et  neuro-psychiatrie,  par  H.  Bersot. 
L ’assistance  aux  enfants  difficiles  ; 

E.  Minkowski  et  Mile  A.  Silz . 


Foyer  de  Soulins,  par  MM. 


87 


90 

91 
91 

92 

92 


TABLE  DES  MAT1ERES 


Exhibitionnisme  et  acromegalie,  par  M.  J.  Picard . 

Syndrome  d’Adie  et  syndrome  neuro-anemique  a  type  de  psychose 
polynevritique.  Amelioration  par  la  methode  de  Castle,  par  MM. 

G.  Petit  et  J.  Delmond . . ” . 

Une  nouvelle  reaction  hypophysaire  applicable  a  la  psychose  intermit- 
tente,  par  MM.  X.  et  P.  Abely,  M.  et  Mme  Couleon . 

Seance  dnjeudi  13  fevrier  1936 

Une  maratre  parkinsonienne,  par  MM.  Paul  Courbon  et  Ch.  Feuillet - 

Note  sur  un  appareil  pour  la  mesure  de  l’amplitude  des  reflexes  rotu- 

liens,  par  MM.  Tlr.  Simon,  L.  Anglade  et  Mile  P.  Petit . . 

Hallucinations  visuelles  projetees  et  dessinees,  symptomes  pre-  et 
post-paroxystiques  epileptiques,  par  MM.  L.  Marchand,  J.  Fortineau 

et  Mile  P.  Petit . 

Symptomes  et  lesions  du  systems  nerveux  vegetatif  dans  l’alcoolisme 
chronique,  par  M.  P.  Guiradd,  Mine  Bonnafous-Sehieux  et  M.  Ch.  Nodet 
Tentatives  de  suicide  repetees  chez  un  instable  deprime,  sans  travail, 
par  MM.  Laignel-Lavastine,  G.  d’HEUCQUEViLLE  et  J.-J.  Sambron . 


Seance  du  lundi  24  fevrier  1936 

Adoption  du  proces-verbal . 

Correspondance . 

Date  de  la  seance  du  mois  d’avril . ♦ 

Declaration  de  vacance  d’une  place  de  membre  tilulaire . 

Election  d'uu  membre  correspondant  national .  . 

Election  d’un  membre  associe  etranger . 

Rapport  de  la  Commission  sur  les  Assistanles  sociales . 

Syndrome  catatonique  consecutif  a  une  intolerance  au  novarseno- 

benzol,  par  M.  Aubin . . 

Delire  d’analogie  chez  un  Hindou,  par  M.  Aubin . 

Etude  clinique  et  pathogenique  des  hallucinations  chez  les  ophtalmo- 

pathes,  par  MM.  J.  Lhermitte  et  Ajuriaguerra . 

Syndrome  d’Adie  transitoire,  anemie  et  parkinsonisme  fruste  au  cours 
d’une  confusion  mentals  subaigue  avec  lymphocytose  rachidienne, 

par  MM.  G.  Petit  et  J.  Delmond . 

Procedes  de  defense  sensorielle  chez  un  persecute,  par  MM.  Laignel- 

Lavastine,  J.  Vinchon,  G.  d’HEUcQUEviLLE  et  J.-J.  Sambron . 

Contribution  a  l’etude  pathogenique  des  formes  frustes  de  neurosy¬ 
philis.  Paludisme  et  syphilis,  par  J.  Dublineau . 

Superinfection  syphilitique  et  formes  frustes  de  neuro-syphilis. 

Discussion  d’un  cas,  par  J.  Dublineau . 

Conductibilite  electrique  du  corps  humain  et  dysendocrinie.  Un 
nouveau  test  biometrique  :  la  mesure  de  l’angle  de  phase  (note 

preliminaire),  par  M.  Y.  Porc’hbr . 

Hallucinations  visuelles,  conscientes  et  transitoires,  par  M.  Daumezon.. 


100 

106 

113 

199 

203 

205 

211 

218 

223 

223 

223 

224 

224 

224 

224 

225 

228 

232 

236 

242 

245 

.  249 

254 

257 


AX  NEE  i936.  —  TABLES  DU  TOME  I 


Seance  du  ieudi  12  mars  1936 

Pages 

Gigantisme,  terreurs  nocturnes  et  delire  d’imagination,  par  MM.  J. 

Delmond  et  L.  Anglade .  385 

Stereotypie  dementielle  d’attitude  en  station  sur  la  tete,  par  MM.  P. 

Courbon  et  C.  Feuillet .  390 

Etat  du  fond  d’oeil  dans  115  cas  de  paralysie  generale  traites  par  le 

stovarsol  sodique,  par  M.  L.  Marchand .  398 

Aphasie  chez  les  syphilitiques  et  paralysie  generale.  Problemes  de 

diagnostic  et  de  traitement,  par  MM.  P.  Guiraud  et  G.  Ferdiere .  404 

Un  cas  de  simulation  discute,  par  MM.  H.  Claude,  P.  Sivadon  et 

A.-P.-L.  Beley .  408 

Desequilibre  mental  post-encephalitique.  (Perversions  sexuelles  : 
autoerotisme  du  mollet,  fetichisme  du  soulier,  etc.),  par  MM.  H. 

Claude,  P.  Sivadon  et  J.  Ajuriaguerra . . .  412 

Une  forme  particuliere  de  delire  a  deux  chez  un  parkinsonien  et  sa 
m&re,  par  MM.  G.  Heuyer  et  Ch.  Durand .  416 

Seance  du  lundi  23  mars  1936 

Adoption  du  proces-verbal .  426 

Deces  de  M.  le  Professeur  L.  Bouman .  426 

Correspondence .  426 

A  propos  des  lesions  du  fond  d’ceil  chez  les  paralytiques  generaux 

traites  par  la  tryparsamide,  par  M.  L.  Marchand .  427 

Methodes  speciales  de  traitement  des  maladies  mentales,  par  M.-H. 

Roxo .  428 

Cyclothymie  et  dysendocrinie.  Essai  de  traitement  d’un  cas,  par  M.  J. 

Rondi- PIERRE .  429 

Paralysie  generale  et  hemorragie  meningee  :  un  cas  d'hematome 

intra-arachnoidien,  par  MM.  Donnadieu  et  Bargues .  435 

Le  butyl-ethyl-barbiturate  de  sodium  dans  le  traitement  du  delirium 

tremens,  par  MM.  Bargues  et  Grimal .  439 

Statistique  du  service  de  psychiatrie  d’urgence  de  la  Pitie  :  role  des 
services  ouverts  des  hopitaux,  par  MM.  Laignel-Lavastine  et  G. 

d'HEUCQUEVILLE .  444 

Les  crises  oculogyres  en  pathologie  mentale,  par  M.  G.  Petit .  450 

Merycisme  dementiel  par  altruisme  morbide,  par  MM.  P.  Courbon  et 
M.  Leconte .  463 

Seance  du  lundi  27  avril  1936 

Adoption  du  proces-verbal . 581 

Correspondence . .  58! 

Election  d’un  membre  correspondant  national .  582 

Contribution  a  l’etude  des  psycho-anemies.  Examen  psychiatrique  de 

quatre  cas  d’anemie  de  Biermer,  par  MM.  A.  Cain  et  A.  Ceillier .  582 

Remarques  et  statistiques  sur  le  service  de  psychiatrie  d’urgence  de 

l’hdpital  Saint-Antoine,  par  MM.  Ph.  Pagniez  et  A.  Ceillier .  589 

Productions  gommeuses  survenues  chez  deux  paralytiques  ge  ne  aux 
impaludes.  Tertiarisation  precoee  ou  tardive,  par  MM.  H.  Claude  et 
FI.  Coste .  607 


TABLE  DBS  MAT1ERES 


Paraple-ie  en  flexion  d’origine  eerebrale  chez  un  paralytique  general 

traite  par  les  ondes  courtes,  par  MM.  H.  Claude  et  FI.  Costs . 

Delire  de  gynecopathie  interne  chez  une  paralytique  generale  apres 

malarisation,  par  Mile  Cullerre  et  Mme  Edert . . •• 

Reactions  psychopathiques  ebauchees  en  rapport  avec  des  difficultes 

sociales  chez  des  desequilibres,  par  M.  J.  Vie . 

Folie  d’opposition  chez  un  ancien  catatonique  traumatise  cranien  et 
tabetique.  Contribution  a  l’etude  des  attitudes  d’opposition  pseudo- 
volontaires  par  dissociation  psychique  et  psycho-motrice.  Leurs 
mecanismes  psycho-physiologiques.  Indications  therapeutiques,  par 
MM.  H.  Baruk,  Cheneveau  et  Alliez . . . 


Seance  du  jeudi  lb  mai  1936 

Seances  de  Juillet  et  Octobre . . 

Dipsomanie  reactionnelle  et  periodique,  par  M.  G.  Daumezon . 

Amnesie  retardee  dans  une  intoxication  oxycarbonee,  par  M.  G.  Dau- 

Parkinsonisme  post-encephalitique  chez  un  enfant  traite  par  la 
methode  de  Roemer.  Resultats  peu  encourageants,  par  MM.  M.  Brissot 


Polydactylie  chez  un  imbecile  mental.  Pouce  surnumeraire,  MM.  M. 

Brissot  et  Delsuc . . . . ; ' ' ' ' 

Meningite  aigue  pneumococcique  enkystee  chez  un  paralytique  general, 

par  M.  L.  Marchand,  M«*  P.  Petit  et  M.  J.  Fortineau . . . 

Neurinome  du  nerf  acoustique.  Cecite  et  troubles  psychiques,  par 

M.  L.  Marchand . . 

Impulsions  au  suicide  chez  un  vieillard  epileptique,  par  M.  P.  Couiibon 

et  M"e  S.  Rousset . . . . 

Impulsion  au  magnicide  revelatrice  d’hebephrenie,  par  MM.  P.  Courbon 
et  Fortineau . 


Seance  da  lundi  25  mai  1936 

Adoption  du  proces-verbal . 

Correspondance . 

Celebration  du  3°  Centenaire  de  l’Universite  Harvard . 

Voeu  concernant  la  protection  des  malades  mentaux . 

Rapport  sur  le  memoire  presente  pour  le  prix  Aubanel . 

Rapport  sur  le  memoire  presente  pour  le  prix  Moreau  de  Tours . 

Rapport  sur  les  Assistantes  sociales  psychiatriques,  par  M.  J.  Vie . 

Les  Services  hospitaliers  de  psychiatrie  dans  l’Afrique  du  Nord 

(Algerie  et  Tunisie),  par  M.  A.  . . 

Maladie  de  Biermer  et  Responsabilite  medico-legale  (a  propos  d’une 

expertise),  par  MM.  A.  Porot  et  R.  Valence . 

Syndrome  catatonique  post-typhique  curable,  par  MM.  H.  Roger,  Albert 

Cremieux  et  J.  Alliez . 

Les  troubles  psychiques  de  la  melitococcie,  par  MM.  H.  Roger  et 
Albert  Cremieux . . . . . . 

Ann.  Med. -Psych.,  158  serie.  —  Tables  du  tonie  I,  1936. 


Pages 

611 

613 

618 

627 

738 

739 

742 

746 

752 

754 

760 

766 

770 

776 

776 

776 

777 

778 

780 

783 

793 

806 

810 

816 


AN  NEE  1936.  —  TABLES  DU  TOMJS  I 


Page  s 

Anxiete  chez  un  deprime  hypocondriaque.  Heureux  effet  de  la  vagoto- 

mne,  par  MM.  J.  Hamel  et  R.  Buisson .  gg3 

Nanisme  achondroplasique  :  hyperorchidie  ;  exhibitions  et  bestiality 

sadique,  par  MM.  Picard  et  G.  Marquet .  827 

Syndrome  de  delire  aigu  chez  un  predispose.  Succes  d’un  tra'itement 
par  le  carbone  intraveineux,  par  J.  MM.  Picard  et  G.  Marquet .  832 


SOClETfiS 


Society  de  Neurologie  de  Paris 

Seance  du  jeudi  9  janvier  1936 .  llg 

Seance  da  jeudi  23  janvier  1936 . .........  123 

Seance  du  jeudi  6  fevrier  1936  .  .  263 

Seance  du  jeudi  5  mars  1936 .  .  4g7 

Seance  du  jeudi  2  avril  1936 . .  640 

Seance  du  jeudi  7  mai  1936 .  g36 

Society  de  Medecine  legale  de  France 

Seance  du  lundi  13  janvier  1936  .  266 

Seance  du  lundi  26  avril  1936 .  643 

Seance  du  lundi  11  mai  1936 . .  . .  g3g 

Society  franoaise  de  Psychologie 

Seance  du  jeudi  27  fevrier  1936 .  267 

Seance  du  jeudi  26  mars  1936 . 643 

Seance  du  jeudi  28  avril  1936 .  g44 

Society  de  Medecine  mentale  de  Belgique 

Seance  du  samedi  21  decembre  1935 .  125 

Seance  du  samedi  25  janvier  1936 .  268 

Seance  du  samedi  29  fevrier  1936 . ’  47g 

Seance  du  samedi  28  mars  1936. .  646 

Seance  du  samedi  25  avril  1936 .  839 

Society  beige  de  Neurologie 

Seance  du  samedi  21  decembre  1935 .  j27 

Seance  du  samedi  29  fevrier  1936  .  472 

Seance  du  samedi  25  avril  1936  .  839 


TABLE  DES  MATIERES 


Groupement  beige  d’Etudes  Oto-neuro-ophtalmologiques 
et  Neuro-chirurgicales 

Pages 

Seance  da  samedi  25  janvier  . .  270 

Seance  da  samedi  28  mars  1936 . . .  ®^7 


VAR1ETES 


Academie  de  Medecim 


Asiles  Publics  d’Alienes  : 


:  Prix  a  decerner  en  1936 . 

Nominations . 

:  Nominations .  140,  313,  425 

—  Postes  vacants .  140,  313,  495 

—  Distinctions  honorifiques . 

—  Hommage  de  la  Ville  de  Paris  a  la  memoire  de 

Magnan  . 

—  Concours  pour  la  nomination  a  deux  emplois  de 
Medecin-chef  de  Service  dans  les  Asiles  publics 

d'Alienes  de  la  Seine .  141 

—  Un  infirmier  victime  d’un  aliene . 

—  Etablissements  d'Alienes  classes  monuments  his- 

toriques . 

—  Necrologie . . 

—  Legion  d’honneur . 

—  Medaille  d’honneur  de  1’Assistance  publique . 

—  Concours  pour  10  postes  de  Medecin  des  Asiles 

publics  d’Alienes .  313 

—  Concours  pour  un  emploi  de  Medecin-chef  de 

Service  de  Neuropsychiatrie  a  l’Hopital  civil 

francais  de  Tunis . . 

—  Asile  de  Bron . 

t  Legislation  :  Un  projet  de  reforme  de  la  loi  sur  le  regime  des 

malades  mentaux  en  Belgique . 

—  —  L’assistance  aux  psychopathies  non  internes.... 

Faculte  de  Medecine  d’Alger . 

Hopital  Henri-Rousselle . 

Hygiene  et  Prophylaxie  :  Inventaire  des  etablissements  destines  a  la  reedu¬ 
cation  des  enfants  anormaux . 

—  —  L’examen  prenuptial  aux  Etats-Unis . 

—  —  Prochaine  creation  a  Nantes  d’un  etablissement 

d’education  de  jeunes  filles  anormales  ou  arrie- 


Assistance  e 


Reunions  et  Congre; 


La  sterilisation  en  Suisse . 

:  2«  Congres  International  d’Hygiene  mentale.. 


316 

864 


141 

141 


314 

142 

142 

312 

312 

313 

862 


314 
863 

315 
863 
144 
315 

143 

143 


ANNEE  1936. 


TABLES  DU  TOME  I 


Pages 

Reunions  et  Congres  :  Premiere  conference  internationale  de  pyretothe- 

raPie .  143 

—  —  Societe  suisse  de  Psychiatrie .  315 

—  —  Federation  internationale  des  organisations  d’Euge- 

nique .  315 

—  —  9e  conference  des  Psychanalystes  de  langue  frangaise.  496 

—  92«  reunion  annuelie  de  l’American  Psychiatric  As¬ 

sociation  .  496 

—  XIe  Congres  international  de  Psychologie .  496 

—  8e  cours  international  de  Haute  culture  medicale 

(Fondation  Tomarkin) .  496 

Societe  Medico-Psychologique  :  Seances .  138,  312,  495,  687  862 

~  —  Legion  d’honneur .  138  687 

—  —  Diner  annuel .  138  312 

—  —  Prix  :  annee  1937 .  139 

“  -  -  -  1938 .  139 

“  “  -  -  1939 .  140 

Universite  de  Lausanne .  864 


TABLE  ANALYT1QUE  DES  MAT1ERES  (D 


Abces  du  oerveau  ou  ramollissement 
cerebral  ?  (Louis  Ramond),  288. 

Acrodynie  infantile  (anatomie  patho- 
logique  de  1’)  (Pehu,  J.  Dechaume 
et  S.  Boncomond),  296. 

Action  (de  1’)  a  la  pensee  (W.  Mal- 
gaud),  649. 

Actualite  (F)  et  les  psychoses  (J.  Levy- 
ValensI),  651. 

Adie  (syndrome  d’)  et  syndrome  neu- 
ro-anemique,  amelioration  par  la 
methode  de  Castle  (Georges  Petit 
et  Jacques  Delmond),  106. 

- transitoire,  anemie  et  par-  ■ 

kinsonisme  fruste,  confusion  avec 
lymphocytose  rachidienne  (Georges 
Petit  et  Jacques  Delmond).  236. 

—  - (Jean  Curveille),  487. 

- en  pathologie  mentale  (Geor¬ 
ges  Petit  et  Jacques  Delmont),  497. 

Adiposo-genital  (syndrome)  et  acro- 
megalie  (David),  122. 

- .  Traitement  speciflque.  Gue- 

rison  (J.  Lhermitte  et  Albessah), 
837. 

Adrenaline  (la  reaction  a  1’)  dans  un 
complexe  symptomatique  nevrosi- 
que  (L.-J.  Chargarodsky),  299. 

Afflectif  (modifications  de  1’etat)  et 
deviation  de  l’equilibre  acido-basi- 
que  (F.  Hoff),  681. 

Alcooliques  (la  psychose  aigue  de 
Korsakoff  des)  (L.  Marchand  et 
A.  Courtois),  277. 

—  (traitement  des)  et  reflexes  condi- 
tionnels  (G.  Ichok),  308. 

Alooolisme  chronique.  Symptomes  et 
lesions  du  systeme  nerveux  vegeta- 
tif  (P.  Guiraud,  Mme  Bonnafous- 
Serieux  et  Ch.  Nodet),  211. 

• —  (l’intradermoreaction  a  l’alcool 
pour  le  diagnostic  d’)  (Oreste 
Bonazzi),  299. 


— .  Traitement  par  le  chlorhydrate 
d’emetine  (Antonio  Tena),  308. 

— .  Traitement  des  troubles  mentaux 
par  la  strychnine  (L.  Corman  et 
Paul  Horveno),  686. 

Algies  scapulo-humerales  et  traite¬ 
ment  par  les  agents  physiques  (G. 
Chaumet),  310. 

Alienes  (etude  du  systeme  neuro-vege- 
tatif  chez  les)  (Giorgio  Sandor), 
854. 

Alzheimer  (maladie  d’)  (D.  Roths¬ 

child),  279. 

Amnesie  retardee  dans  une  intoxica- 

.  tion  oxycarbonee  (G.  Daumfzon), 
742. 

Amputations  (des)  an  point  de  vue  de 
la  mortalite,  de  la  technique  et  de 
la  physiologie  (Rene  Leriche),  137. 

Analgesie  hysterique  (Quercy  et  He- 
douin),  653. 

Anemie  aigue  (survie  et  reviviscence 
des  centres  nerveux  apres)  (C.  Hey- 
mans),  472. 

—  de  Biermer.  Les  psycho-anemies 
(Andre  Cain  et  Andre  Ceillier),  582. 

Angiographie  (technique  de  1’)  cere- 
brale  (Egas  Moniz),  287. 

Angiomatose  du  systeme  nerveux  cen¬ 
tral  et  de  la  retine  (W.  Putschar), 
667. 

Annee  psychologique  (P)  (Henri  Pie- 
ron),  482. 

Anxiete  (F)  (Henry  Harris),  130. 

—  chez  un  deprime  hypocondriaque. 
Heureux  effet  de  la  vagotonine  (J. 
Hamel  et  R.  Buisson),  823. 

Anxieux  (traitement  des  etats)  par 
l’hyposulfite  de  magnesium  (Fausto 
Guerner  et  E.  de  Aguiar  Whita¬ 
ker),  306. 

Aphasie  de  Wernicke  chez  une  syphi- 
litique  (J.  Heernu),  268. 

—  dite  parietale  (Niessl  von  Mayen- 
dorf),  853. 


(1)  Les  chiffres  en  caracteres  gras  correspondent  aux  Memoires  originals  et  aux  Commd- 
sications  a  la  Societe  Mcdico-Psychologiquc . 


ANNEE  1936.  —  TABLES  DV  TOME  I 


Arachnoi'dites  primitives  sans  lesions 
medullaires  (Barbie),  119. 

■ —  opto-chiasmatiques  (Pierre  Puech 
et  D.  Mahoudeau),  668. 

Armee.  Mesures  de  protection  a  l’egard 
des  pervers  (Georges  Fromaget), 
846. 

Ascaridiose  et  psychopathie  (G.  Gas- 
siot  et  J.  Leclerc),  534. 

Assistance  aux  enfants  diiliciles  au 
Foyer  de  Soulins  (E.  Minkowski  et 
Mile  Silz),  92. 

Assistantes  sociales  psychiatriques 
(Jacques  Vie),  783. 

Astrocytomes  du  vermis  chez  l’enfant 
(Guy  Loisel),  686. 

Atrophies  optiques  d'origine  syphili- 
tique  (la  pyretotherapie  dans  les) 
(Luis  Sanchez-Bulnes),  309. 

Audition  (la  duree  de  la  perception 
osseuse  dans  F)  (G.  Hicguet),  647. 

Autoevisceration  consideree  comme  un 
crime  (Triqueneaux),  839. 

Autohemotherapie  et  meningites  asep- 
tiques  dans  les  affections  toxi-infec- 
tieuses  chroniques  du  nevraxe  (M. 
Boschi),  135. 


Basophilisme  de  Cushing,  formes 
frustes  (F.  Turyn),  303. 

Biermer  (maladie  de)  et  responsa- 
bilite  medico-legale  (A.  Porot  et 
R.  Valence),  806. 

Brome  sanguin  dans  les  psychoses 
(T.  J.  Hennely  et  E.  D.  Yates),  682. 

—  sanguin  dans  la  crise  oculogyre 
du  parkinsonisme  post-encephali- 
tique  (Guiseppe  Aragona),  682. 

—  (augmentation  du)  sanguin  en 
rapport  avec  les  crises  d’epilepsie 
Guiseppe  Curti),  682. 


C 


Canal  vertebral  (la  situation  des  seg¬ 
ments  medullaires  dans  le)  (E. 
Hintzsche  et  P.  Gisler),  295. 

Cancer  et  maladies  mentales  (Gui¬ 
seppe  Bianchi),  131. 

—  (syndrome  metastatique  aigu  me- 
dullaire  dans  le)  (G.  Roussy,  J.  Lher- 
mitte  et  Rene  Hdguenin),  469). 

Cap  gras  (syndrome  de)  (Alberto  Bro- 
chado),  706. 

Caractere  (introduction  a  une  science 
du)  (Ch.  Baudouin),  282. 

Caricature  (la)  medicale  (A.  Weber). 
474, 


Cataplexiques  (crises)  et  anomalies 
de  caractere  (de  Busscher,  Martin 
et  van  Bogaert),  473. 

Catatonie  (la).  (P.  Meignant),  272. 

—  (la)  experimentale  (F.  d’HoLLAN- 
der  et  Cb.  Lavista),  470. 

Catatonique  (syndrome)  consecutif  a 
une  intolerance  au  novarsenobenzol 
(Aubin),  225. 

—  (folie  d’opposition  chez  un  ancien) 
traumatise  cranien  et  tabetique  (H. 
Baruk,  Cheneveau  et  Alliez),  627. 

—  (syndrome)  post-typhique  curable 
Henri  Roger,  Albert  Cremieux  et 
Joseph  Alliez),  810. 

Cellule  nerveuse  (degenerescence  amy- 
loide  de  la)  (L.  Marchand),  673. 

Centres  cortico-oculogyres  (G.-E.  Jay- 
le),  675. 

—  encephaliques  de  regulation  des 
fonctions  vegetatives  (L.  Rigcitelli), 
680. 


Cephalo-Rachidien  (Liquide).  Recher- 
ches  sur  l’acide  formique  (J.  Hamel, 
R.  Buisson  et  M.  CIiavarot),  28. 

- —  et  Sang.  Recherche  du  virus 

tuberculeux  chez  les  dements  pre- 
eoces  (Beerens),  126. 

- chez  les  syphilitiques.  Indi¬ 
cations  therapeutiques  (A.  Sezary), 

- - — .  Pouvoir  amylolytique  (Nor¬ 
man  Moulson),  302. 

- —  dans  l’epilepsie  (Spirito  Ca- 

gliero),  302. 

- — .  Taux  de  cholesterine  (F. 

Plaut  et  H.  Rudy),  683. 

- — .  Presence  de  cellules  cance- 

reuses  (H.  Bertha),  684. 

Cerveau  (les  modifications  du)  dans 
1’alcoolisme  chronique  et  la  psy- 
chose  de  Korsakoff  (Francis  James 
Warner),  296. 

—  (1’activite  electrique  du)  (Tomasso 
Senise),  298. 


—  d’un  savant  hiologiste  et  medecin 
(R.  Anthony),  859. 

Cervelet  (les  tumeurs  du)  et  du  IV" 
ventricule.  Troubles  labyrinthiques 
(Aubry  et  Jean  Lereboullet),  836. 

—  (cholesteatome  du)  (P.  Divry),  840. 

—  (hemiaplasie  du)  (Stanislaw  Macki- 
WIEGG),  861. 

Chlorure  de  Sodium  en  injections  in- 
traveineuses  hypertoniques  dans 
1’epilepsie  et  la  schizophrenic  (I.-M. 
Slivko  et  Mme  K.-P.  Krijanows- 
kaia),  307. 

Cholesterinemie  (relations  entre  la)  et 
la  cholesterinorachie  (F.  Plaut  et 
H.  Rudy),  683. 

Choree  chronique  non  huntingtonien- 
ne.  Incrustations  des  cellules  cor- 
ticales  (J.  Lhermitte  et  J.-O.  Trel- 
les),  124, 


TABLE  ANALYTIQUE  DES  MAT  IE  RES 


—  fibrillaire  de  Morvan,  acrodyni 
infantile  et  troubles  psychiques 
(Henri  Roger  et  Joseph  Alliez), 


—  (troubles  psychiques  du  type  «  acai- 
ria  »  dans  la)  de  Huntington  (0. 
J.  Volforski),  856. 

—  atypique  chez  un  sujet  hysterique 
(Renato  Cristini),  856. 

Ciroonvolutions  calleuses  chez  les  Ja- 
ponais  (Kintaro  Watanabe),  294. 

Claude-Bernard-Horner  (Syndrome  de) 
par  blessure  intra-orbitaire  (Lai- 
gnel-Lavastine  et  Jean  Voisin),  119. 

Coma  hypercalcemique  experimental 
(J.  A.  Collazo  et  A.  Santoz  Ruiz), 
299. 


Commissure  calleuse  (agenesie  com¬ 
plete  de  la)  (G.  de  Morsier  et  J.-J. 
Mozer),  294. 

Conductibilite  electrique  du  corps 
humain  et  dysendocrinie  (Yves 
PORC’HER  ),  254. 

Confusion  mentale  (forme  delirante  de) 
due  a  une  pyohemie  a  colibacilles 
(Desmedt),  269. 

Convention  et  nature  psycnologique 
(E.  Dupreel),  284. 

Crane  (augmentation  considerable  du 
volume  du)  chez  une  adolescente  ; 
troubles  psychiques  et  epilepsie 
(H.  Baonville,  J.  Ley,  A.  Meyers  et 
J.  Titeca),  125. 

—  les  perturbations  psychiques  chez 
les  blesses  du)  (J.  Nelken),  660. 

—  (blessure  du)  par  arme  a  feu.  Am- 
nesie  (J.  Handelsman  et  J.  Nelken), 
661. 

Crepusculaires  (les  etats),  leur  genese 
et  leur  structure  (N.-M.  Krol  et 
E.-M.  Bonnegarde),  279. 

Crime  et  Chatiment  (Angel  Garma), 
310. 

Cryptoooocus  histolyticus  (infection  du 
systeme  nerveux  par  le)  V.  Tron- 
cini),  299. 

Cysticercose  cerebrale  (Monier-Vinard 
et  Weil),  641. 

—  cerebrale  (anosognosie  de  cecite 
dans  un  cas  de)  (Mme  H.  Joz),  667. 


D 


Debile  mental  (insuffisance  motrice 
avec  syndrome  myotonique  chez 
un)  (Divry  et  Evrard),  127. 

Delinquance  repetee  et  identiquement 
renouvelee  (E.  Gelma),  643. 

Delire  d’analogie  chez  un  Hindou  (Au- 
jbin),  228. 


—  a  deux  chez  un  parkinsonien  et 
sa  mere  (G.  Heuyer  et  Charles  Du¬ 
rand),  416. 

—  de  gynecopathie  interne  chez  une 

paralytique  generale  apres  malari- 
sation  (Mile  Cullerre  et  Mme 

Edert),  613.  ' 

—  d’imagination  et  Mythopianie  (Luis- 
ce  Levi),  653. 

—  aigu  (syndrome  de)  chez  un  pre¬ 
dispose  (J.  Picard  et  G.  Marquet), 

832. 

Delirium  (etude  clinique  du)  Desmond 
Curran),  281. 

—  tremens.  Traitement  par  le  butyl- 
ethyl-barbiturate  de  sodium  (Bar¬ 
ques  et  Grimal),  439. 

Demence  infantile  (W.  Lopez  Albo), 
273. 

—  presenile  (H.  Baonville,  J.  Ley  et 
J.  Titeca),  471. 

Demence  pr^coce  (la)  et  les  etats  schi- 
zophreniques  (Henri  Ey),  132. 

Demences  (les)  chez  l’enfant  (Gilbert 
Robin),  274. 

Dementiels  (troubles).  Signe  d’Argyll- 
Robertson  sans  syphilis  nerveuse 
(J.-A.  Barre,  Mile  S.  Rousset  et 
C.  d’ANDRADE),  124. 

Dengue  (psychoses  de  la)  (Nic  M.  Ar- 
calides),  654. 

Depersonnalisation  dans  les  maladies 
cerebrales  (B.  Frank),  131. 

Dercum  (maladie  de)  avec  troubles 
mentaux  predominants  (Vermeylen 
et  Heernu),  840. 

Dermatoses  pellagroides  chez  les  ma- 
lades  mentaux  (Paul  Reiter  et 
Jakob  Jakobsen),  481. 

Desequilibre  mental  post-encephaliti- 
que  (H.  Claude,  P.  Sivadon  et  J. 
Ajuriaguerra),  412. 

Desequilibres  (reactions  psychopathi- 
ques  ebauchees  en  rapport  avec  des 
difficultes  sociales  chez  des)  (J.  Vie), 
618. 

Diatete  (facteurs  psychologiques  dans 
l’etiologie  du)  (VV.  C.  Menn-inger) , 
858. 

Diagnostie  difficile  (P.  Martin  et  L.  van 
Bogaert),  473. 

Dipsomanie  reactionnelle  et  periodi- 
que  (G.  Daumezon),  739. 

Doliohostenomelie,  maladie  de  Marfan 
(Mme  M.  Roudinf.sco),  266. 

Donaggio  (reaction  de)  en  psychiatrie 
(G.  Ciafaloni),  881. 

- 1 —  dans  les  urines  (Ciampi  et 

Bruno),  681. 

Droit  (le)  penal  allemand,  493. 

Dure-mere  spinale  (pathologie  de  la) 
(E.  Rutishauer),  676. 

- (adeno-epitheliome  metastati- 

que  de  la)  (G.  Marinesco  et  M. 
Goldstein),  677. 


ANN  EE  1936.  —  TABLES  DU  TOME  1 


Dysplasies  neuro-ectodermiques  conge- 
nitales  (L.  van  Bogaeiit),  663. 
Dystasie  areflexique  hereditaire  (Gus¬ 
tave  Roussy  et  Gabrielle  Levy),  289. 


E 


Eclampsie.  Etude  anatomo-clinique 
(Alajouanine  et  Hornet),  123. 
Ecorce  cerebrate  (les  phenomenes  elec- 
triques  de  1’)  (Mario  Gozzano),  298. 

- —  (etat  penetre  de  1’).  Troubles 

circulatoires  du  cortex  (Alajouani¬ 
ne,  Th.  Hornet  et  R.  Thuhel),  641. 
Embolies  gazeuses  (manifestations 
encephaliques  des)  (J.  Lhermitte), 
663. 

Encephale  (les  parasites  de  1’)  (Mme 
A.  A.  Mirotvorskaia),  2,90. 

—  de  l’embryon  et  du  foetus.  Teneur 
en  calcium  et  en  potassium  (R.  J. 
Landa-Glaz),  299. 

Encephalite  japonaise  ;  anatomo-pa- 
thologie  (Ivan  Berthand  et  K. 
Miyashita),  12.1. 

—  guanidinique  (Antonio  Gomez  Mar- 
cano),  296. 

Encephalite  epidemique.  Hallucina¬ 
tions  visuelles  et  troubles  de  la 
perception  (Mme  E.  L.  Kaganow- 
skaia),  276. 

- - (psychoses  de  1’)  chronique  (R. 

Helsper),  276. 

- .  Unite  ou  plurality  ?  (Robert 

Clement),  849. 

—  — .  Les  sequelles  oculaires  tardives 
(F.  Terrien),  849  ;  (M.  Teulieres  et 
J.  Beauvieux),  850. 

- .  Mouvements  associes  de  la  lan- 

gue  controles  par  l’effort  volontaire 
(Melbourne  J.  Copper),  850. 
Encephalo-myelite  subaigue  consecuti¬ 
ve  a  la  vaccination  Antiamarile 
(J.  Lhermitte  et  Fribourg-Blanc), 
264. 

Endocrinologie  (Noel  Fiessinger),  489. 
Enfants  (compagnons  imaginaires  des) 
(Margaret  Svendsen),  283. 

Epilepsie  generalisee.  Ralentissement 
intellectuel  et  tumeur  cerebrale 
probable  (R.  Angladi;  et  L.  Vidart), 
77. 

— .  Anatomo  et  Physiopathologie  (H. 
Steck),  145. 

—  experimental©  du  chien  (E.  M. 
Steblow),  297. 

—  extrapyramidale  avec  crises  pseu- 
do-emotives  et  polyurie  paroxysti- 
que  (Baruk  et  Pommeau-Delille), 
640. 

—  post-malariatherapique  (Alexander 
et  J.  Titeca),  646. 


—  (metabolisme  de  l’eau  dans  1’) 
(A.  Neri),  682. 

Epileptiques  (etat  mental  des)  (Edward 
M.  Bridge),  279. 

—  (etudes  en  serie  de  1’intelligence 
chez  les)  (Joseph  Fetterman  et 
Margaret  R.  Barnes),  279. 

—  (variations  cholesterinemiques  et 
desequilibre  du  metabolisme  lipoi- 
dique  chez  les)  (L.  Jacchia  et  G. 
Fattovitch),  302. 

Etudes  neurologiques  (Georges  Guil- 
lain),  483. 

Evolution  (la  notion  d’)  et  les  rap¬ 
ports  de  la  mentalite  primitive 
avec  la  psychopathologie  (P.  Rube¬ 
ns ovitch),  652. 

Excitation  (etats  d’)  post-operatoires 
(Wendell  Muncie),  277. 

Exhibitionnisme  et  acromegalie  (Jean 
Picard),  100. 


Faux  du  cerveau  (les  calcifications  de 
la)  (James  Ferraz  Alvim),  289. 

Fievre  (le  facteur  endocrino-sympa- 
thique  dans  le  mecanisme  de  la) 
(Albert  Salmon),  303. 

Flechisseurs  de  la  main.  Reaction 
myotonique  isolee  (G.  Heuyer,  Mme 
Roudinesco  et  Mme  Lesueur),  836. 

Flexion  de  la  tete  (le  signe  de)  (F.  Th. 
Munzer),  664. 

Fractures  de  la  base  du  crane.  Indi¬ 
cations  therapeutiques  precoces  (Ch. 
Lenormand),  137. 

Friedreich  (maladie  de)  et  heredo- 
ataxie  cerebelleuse.  Le  feutrage 
arachnoidien  posterieur  (Th.  Ala¬ 
jouanine,  Th.  Hornet  et  R.  Andre), 
641. 

t - —  et  affections  lieredo-degene- 

ratives.  Etude  des  fonctions  coch- 
leaires  (Georges  Guillain,  P.  Mol- 
laret  et  M.  Aubry),  670. 

Frontale  (les  lesions  de  la  troisieme) 
gauche  sans  aphasie  (Marcos  Vic¬ 
toria),  290. 


G 


Genetique  et  psychanalyse  (W.  Bisch- 
ler),  662, 

Genie  (le)  et  le  bonheur  (Henry  Har- 
peii-Hart),  286. 

Gigantisme,  terreurs  nocturnes  et  de¬ 
lire  d’imagination  (Jacques  Del- 
mond  et  Louis  Anglade),  385. 


TABLE  ANALYTIQUE  DES  MATIERES 


Glande  pineale  (tumeurs  de  la)  sans 
signes  de  localisations  (Schaeffer, 
Th.  de  Martel  et  Guillaume),  266. 

Goitre  et  maladie  mentale  (P.  Cop¬ 
pola),  304. 

—  a  forme  toxique.  Anamnese  (Agnes 
Conrad),  304. 

—  de  la  puberte  (E.  B.  del  Castillo 
et  J.  Argonz),  304. 

—  exophtalmique  (simulation  d’une 
atrophie  musculaire  par)  (J.  B. 
Ayer,  J.  H.  MIeans  et  J.  Lerman), 
305. 

Gratitude  (la)  chez  les  enfants  et  les 
adolescents  (Franziska  Baumgar- 
ten),  845. 

Groupes  sanguins  (la  differentiation 
psychique  par  rapport  aux)  (V. 
Tomaszewski)  ,  300. 


H 


Hallucinations  visuelles  chez  les  cata- 
ractes  (A.  Brunerie  et  R.  Coche), 

166. 

—  visuelles  projetees  et  dessinees  (L. 
Marchand,  J.  Fortineau  et  Mile  P. 
Petit),  205. 

—  chez  les  ophtalmopathes  (Lher- 
mitte  et  Ajuriaguerra),  232,  321. 

—  visuelles,  conscientes  et  transitoi- 
res  (Daumezon),  257. 

—  auditives  verbales.  Examen  audio- 
metrique  (Ferdinand  Morel),  520. 

—  (recidive  d’)  apres  une  hemorragie 
(Vurpas  et  Fabre),  644. 

Hemianopsie  binasale  (A.  Baudouin, 
Pierre  Halbron  et  M.  Departs),  289. 

Hemibulbaire  (syndrome)  associe  a 
une  paralysie  croisee  du  pathetique 
(Levy-Valensi,  Justin-BEZANQON  et 
G.  Tilitcheef),  468. 

Hemiplegie  par  embolie  gazeuse  due  a 
un  pneumothorax  (J.  Tinel  et  M. 
Jacquet),  263. 

—  a  debut  progressif  (Louis  Ramond), 
291. 

—  a  la  suite  d’hemorragie  et  de  tam- 
ponnement  de  la  region  carotidien- 
ne  (H.  Callewaert),  473. 

Hemorragie  meningee  chez  un  hemo- 
phile  (W.  Lopez  Albo),  293. 

—  sous-durale  tardive  (M.  W.  Ster¬ 
ling  et  M.  Wolff),  853. 

Hippocrate  philosophe  (M.  Klippel), 
129. 

Histoire  illustree  de  la  Medecine  (Rene 
Dumesnil),  847. 

Hydrocephalies  (les)  d’origine  optique, 
accidents  meninges  otogenes  (Ro¬ 
bert  Bourgeois),  486. 

Hyperpnee  (Laruelle  et  L.  Massion), 
473. 


Hypertension  intrarachidienne  post- 
traumatique  par  exostose  de  la 
voute  (P.  Masquin),  266. 

Hypertonie  paroxystique  emotionnelle 
(Max  Levin),  272. 

Hypnotisme  (concepts  fondamentaux 
de  1’)  (Americo  Funk),  858. 

Hypophysaire  (nouvelle  reaction)  ap¬ 
plicable  a  la  psychose  intermittente 
(X.  et  P.  Abely,  M.  et  Mme  Cou- 
leon),  113. 

Hypopbyse  et  diabete  (Leon  Binet), 
304. 

Hypothalamus  (P)  (G.  Roussy  et  M. 

Mosinger),  675. 

— .  Alterations  des  noyaux  de  la  base 
dans  l’alcoolisme  (A.  Cacchione), 
675. 

Hysterie  (le  probleme  actuel  de  1’) 
(H.  Codet),  857. 


Ictus  apoplectiforme  suivi  d’acalculie, 
dyslexie  et  dysgraphie  chez  un 
polyglotte  (Jacques  Ley),  841. 

Idiotie  (la  psychose  catatonique  pri¬ 
mitive  de  D  (C.  J.  C.  Earl),  132. 

—  familiale  amaurotique  juvenile 
(R.  M.  Norman),  855. 

Illusion  des  amputes  (Quehcy  et  de 
Boucaud),  653. 

Impulsion  au  magnicide  revelatrice 
d’hebephrenie  (P.  Courbon  et  For¬ 
tineau),  770. 

Inoonscient  (le  cycle  de  1’)  (Emile 
Lubac),  650. 

Index  phytotoxique  (P)  dans  la  schi¬ 
zophrenic  (William  Freeman,  Jo¬ 
seph  M.  Looney  et  Rose  R.  Small), 
300. 

Indigence  (P)  intellectuelle  (Evvald), 
i3l. 

Infarctus  du  poumon  d’origine  embo- 
lique.  Role  du  systeme  nerveux 
vaso-moteur  (J.  Delarue,  L.  Justin- 
Bezanqon  et  P.  Bardin),  676. 

Infundibulaire  (syndrome),  trophoede- 
me  et  troubles  mentaux  (Paul  Cour¬ 
bon  et  G.  Feuillet),  73. 

—  (syndrome)  avec  phenomene  de 
depersonnalisation  (Lhermitte  et 
Albessar),  469. 

Innervation  antagoniste  systematique 
et  irreductible  (Ed.  Beck),  852. 

Instrument  (l’usage  de  P)  chez  les 
singes  (P.  Guillaume  et  I.  Meyer- 
son),  284. 

Insuline.  Valeur  therapeutique  dans 
certains  troubles  ovariens  (O.  Pou- 
lain-Landrieu),  309. 


b  . 


Ann.  Med.-Psych.,  15e  serie.  —  Tables  du  tome  I,  1936. 


ANNEE  1936.  —  TABLES  DU  TOME  I 


Intoxication  oxycarbonee  avec  legere 
hemorragie  meningee  et  troubles 
mentaux  tardifs  (H.  Baonville, 
J.  Ley  et  J.  Titeca),  471. 

Ironie  (!’)  (Vladimir  Jankelevitch). 


Jalousie  et  erotomanie  (Henri  Claude 
et  Daniel  Lagache),  643. 


Kant  (eorrespondance  de)  sur  les  rap¬ 
ports  de  Fame  et  du  corps  (W 
Riese  et  A.  Requet),  44. 


Lag“dry  (maladie  de)  (Callewaert) 

Laurence-Moon  (syndrome  de)  (Lher- 
mitte  et  Bollack),  265. 

Lemniscus  lateral  (la  region  du)  et  ses 
commissures  (A.  Gerebtzoff),  27  o' 
Lobe  frontal.  Ablation  partielle  sans 
troubles  de  Fequilibre  (A.  Thomas, 
Th.  de  Martel  et  Guillaume),  120. 

—  prefrontal  (symptomes  du)  (Egas 
Moniz  et  Almeida  Lima),  468. 

—  parietal.  Physiopathologie  et  syn¬ 
dromes  anatomo-cliniques  (Rouue 
Orlando),  674. 

(tumeurs  du)  frontal.  Le  syndrome 
akinetico-hypertonique  (Paolo  Otto- 
NELLO),  851. 

Logique  (la)  vivante  de  l’esprit  ensei- 

2846  Par  16  laUgage  (E‘  PlCH0N). 

Logopedie  (la)  des  aphasies  (A.  A. 
Florensky),  853. 


Magnesium  (I’hyposuliite  de)  en  the- 
rapeutique  ^  psychiatrique  (Maurice 

Malades  agites  (le  sang  des)  non  sou- 
mis  a  un  traitement  par  la  diethyl- 
malonyluree  (A.  Leroy),  126. 

Maladie  (politiques  morbides  de  la) 
(Montassut),  652. 

Maladies  mentales  (1’auto-epilation  dans 
les).  (Guido  Garnevali),  282. 

- (la  pyretotherapie  chimique  dans 

les)  (Ricardo  Bordas-Jan£),  309. 


(la  natalite  dans  certains  grou- 
pes  de)  (Erik  Essen-Moller),  480. 

•  L’index-tyrosine  de  polypepti- 
demie  (P.  Tomesco,  N.  Gruia  Tones- 
co  et  P.  Con stantinesco)  ,  548. 

~~  (desequilibre  vago-sympathique 
dans  les)  (Henrique  Roxo),  654. 

;  (syndrome  interparietal  dans 
les)  (M.  Gurewitsch),  661. 
Malariatherapie  (Guerison  durable  d’un 
cas  d’asthme  bronchique  avec  la) 
(Charles  Costanzi),  310. 
Maniaque-depressive  (Psychose).  Re- 
cherches  anatomo  et  histopathologi- 
ques  (Fr.  Meyer),  295. 

~  endogene;  metabolisme  hydro- 
carbone  (Jose  M.  Sacristan),  300. 

“  et  folies  discordantes  (Julien 
Rouart),  475. 

Marihuana  (la).  Nouveau  procede  d’in- 
toxication  par  le  chanvre  indien 
(Walter  Bromberg),  278. 

—  (troubles  mentaux  par  l’intoxica- 
tion  aigue  par  la)  (Samuel  Ramirez- 
Moreno),  278. 

iuastoidites  (signes  neurologiques  dans 
les)  (J.  M.  Nielsen  et  Cyril  B.  Cour- 
ville),  288. 

Medecine  et  Education  (M.  Pehu,  G. 
Mouriquand,  J.  Froment,  P.  Mazel, 

A.  Feyeux,  A.  Jouve,  A.  Mestrallet, 
R.-P.  Jacquet  et  Rene  Biot),  490. 
Medicaments  sympathicolytiques  (Rav¬ 
in  ond  Hamet),  136. 

Melitococcie  (les  troubles  psychiques 
de  la)  (Henri  Roger  et  Albert-CRE- 
mieux),  816. 

Memoire  (la).  Psychogenese  et  patho- 
genese  (M,  Dide),  285. 

Meninges  (modifications  des)  dans  cer- 
tames  maladies  du  systeme  nerveux 
eentral  (Alajouanine  et  Hornet), 

Meningiomes  cerebraux  (L.  Puusepp), 

de  la  petite  aile  du  sphenoide 
66^8 FCe*  Eavid  et  Mahoudeau), 
Meningite  aigue  lymphocytaire  beni- 
|g|  (Fernando  de  Oliveira  Bastos), 

-  aigue  aacpLique  i,nenry 
James  W.  Watts),  293. 

—  sereuse  evoluant  sous  forme  de 
tumeur  du  cerveau  (V.  G.  Lazarev 
et  B.  Leibovitch),  669. 

—  sereuse  de  la  poliomyelite  et  me- 
nmgite  tuberculeuse  (B.  Tassovatz), 

—  lymphocytaire  (Laurent  Pinelli  et 
Pierre  Ventre),  669. 

’  .  a'Su®  pneumococcique  enkystee 
chez  un  paralytique  general  (L. 
Marchand,  Mile  P.  Petit  et  J.  For- 
tineau),  754. 


TABLE  AN  ALYTIQUE  DES  MATIERES 


—  pneumococcique  traumatique 
(Evraiid),  842. 

Meningites  a  pneumocoques  (traite- 
ment  biologique  des)  (Alfredo  Cas- 
toldi),  309. 

—  infectieuses.  Clinique  et  anatomo- 
pathologie  (G.  G.  Sokolanski  et 
E.  N.  Kovalov),  669. 

—  (les)  sont  plexogenes  (K.  Lewko- 
wicz),  677. 

Meningococcies  (les)  (R.  L.  Golberg), 
293. 

Merasthenie  paroxystique  de  nature 
psychonevrosique  (E.  Gelma  et  P. 
Chavigny),  264. 

Merycisme  dementiel  par  altruisme 
morbide  (Paul  Courbon  et  Maurice 
Leconte),  463. 

Mesencephalite  (tableaux  cliniques 
pseudo-schizophreniques  dans  la) 
(Th.  Detenhoff),  856. 

Metabolisme  avant  et  pendant  la  mor- 
phinisation  (H.  Birkhauser),  680. 

Miction  (les  troubles  de  la)  en  patho- 
logie  nerveuse  (Th.  Alajouanine  et 
R.  Thurel),  288. 

Migraines  (traitement  des)  (Pasteur 
Vallery-Radot),  136  ;  (Pasteur  Vai.- 
lery-Radot  et  Jean  Hamburger), 
485. 

—  allergiques  (Jean  Hamburger),  664. 

Miller  (delire  de).  Etude  comparee  de 

la  psychologie  des  foules  (Simon 
Stone),  281. 

Moyens  biologiques  (action  des)  sur 
les  processus  biologiques  (G.  E. 
Richter),  306. 

Myasthenie  bulbo-spinale  et  paraly- 
sies  oculaires  periodiques  (Henri 
Schaeffer),  667. 

Myelite  compliquant  la  grossesse  et 
l’accouchement  (S.  A.  Freiman),  134. 

Myeloses  funiculaires  (A.  Austregesi- 
lo),  134  ;  (Jairos  Ramos),  671. 

Myoclonies  rythmees  et  myoclonies 
squelettiques  (0.  Chouzon  et  Jean 
Christophe),  120. 

—  velo-pharyngo-laryngees  (J.  De- 
reux),  467. 

—  velo-palato-linguales  et  des  globes 
oculaires  (Helsmoortel  et  L.  van 
Bogaert),  647. 

—  (de  Savitsch),  647. 

Myoclonique  (le  syndrome)  synchrone 

et  rythme  velo-pharyngo-laryngo- 
oculo  -  diaphragmatique  (Georges 
Guillain  et  Pierre  Mollaret),  665. 

Myoneurale  (zone  de  jonction)  ou  pla¬ 
que  motrice  (R.  Noel  et  B.  Pomme), 
673. 

Myotonie  atrophique  (Cas  atypique 
de)  (L.  Masshon-Verniory),  127. 


N 


Nanisme  achondroplasique  (J.  Picard 
et  G.  Marquet),  827. 

Narcolepsie  (la)  (Pasquale  Penta),  848. 

—  (le  rdle  du  cortex  cerebral  dans  la) 
(Max  Levin),  849. 

Nerf  (modifications  fonctionnelles  du) 
au  cours  de  la  degenerescence  wal- 
lerienne  (Jean  Titeca),  663. 

Neurinome  du  nerf  acoustique.  Cecite 
et  troubles  psychiques  (L.  Mar- 
chand),  760. 

Neurinomes  multiples  (P.  Sainton  et 
J.  Lhermitte),  123. 

Neurofibromatose  (compressions  me- 
dullaires  dans  la)  (O.  Crouzon  et 
J.  Christophe),  134. 

Neurologie  (R.  Monier-Vinard),  484. 

Neurologue  (la  formation  du)  (Perci- 
val  Bailey),  286. 

Neuro-myelite  optique  (Cestan,  Riser 
et  Planques),  292. 

- optique  autonome  (Halbron, 

Levigne  et  Klotz),  642. 

Neurosyphilis  (pathogenie  des  formes 
frustes  de).  Paludisme  et  syphilis 
(J.  Dublineau),  245. 

—  (formes  frustes  de)  et  superinfec¬ 
tion  syphilitique  (J.  Dublineau), 
249. 

Nevralgie  essentielle  et  paroxystique 
du  grand  nerf  d’Arnold.  Traitement 
chirurgical  (F.  Ody),  137. 

—  du  glosso-pharyngien  guerie  par 
l’alcoolisation  (G.  Guillain  et  M. 
Aubry),  265. 

—  du  glosso-pharyngien  et  son  trai¬ 
tement  (D.  Petit-Dutaillis  et  P. 
Schmite),  672. 

Nevralgies  du  trijumeau  (J.  Hague- 
nau),  672. 

Nevrite  hypertrophique  progressive  de 
l’enfance.  Cas  anatomo-clinique  aty¬ 
pique  (A.  Souques  et  Ivan  Ber¬ 
trand),  135. 

Ncvroglie  humaine  (V.  Tronconi),  859. 

—  (alterations  de  la)  dans  la  me- 
ningo-encephalite  tuberculeuse,  860. 

Nevrose  du  systeme  vegetatif  pendant 
la  compression  oculaire  (R.  A. 
Schwob  et  Marcel  Monnier),  264. 

—  et  criminalite  (M.  Muller),  494. 

Nevroses  (classification  des)  (P.  Har- 

tenberg),  857. 


O 


Obsedes  (psychologie  et  physiologie 
des)  (Henry  M.  Gallot),  478. 
Oculogyres  (les  crises)  en  pathologie 
mentale  (Georges  Petit),  459. 


ANNEE  1936. 


TABLES  DU  TOME  I 


Oligodendrogliome  de  la  base  du  cer- 
veau  (Divry  et  Ewrard),  269. 

Ophtalmoplegies  familiales  (Crouzon, 
Christophe  et  Mme  Braun-Vallon), 
667. 

Osteo-arthropathies  vertebrates  tabe- 
tiques  (Th.  Alajouanine  et  H.  Thu- 
rel),  135. 


Paget  (maladie  osseuse  de).  Compres¬ 
sion  medullaire  et  restauration  ope- 
ratoire  (Cl.  Vincent,  L.  Langeron, 
J.  Dereux  et  L.  Lemaitre),  641. 
Paludisme  (existe-t-il  un  virus  filtra- 
ble  du  parasite  du)  ?  (B.  Spagnoli), 
301. 

Para-hypophysaires  (affections  chirur- 
gicales)  a  symptomatologie  ophtal- 
mologique  (P.  Martin),  648. 
Paralysie  flasque  au  cours  d’un  can¬ 
cer  de  la  prostate  (Lhermitte  et 
Beaudoin),  125. 

—  ascendante  de  Landry.  Clinique  et 
histopathologie  (J.  N.  Korganow), 
135. 

—  due  au  serum  antidiphterique  et 
paralysies  diphteriques  (J.-A.  Gha- 
vany,  F.  Thiebaut  et  S.  Thieffry), 
468. 

Paralysies  d’origine  centrale.  Trou¬ 
bles  vaso-moteurs  (Paul  C.  Bucy), 
664. 

Paralysie  generate  senile  (Adanto 
Bothelo),  280. 

- (la)  au  Bresil  et  dans  d’autres 

pays  (Ivanasso  Seuisse),  280. 

- .  Negativite  du  liquide  cephalo- 

rachidien  (Mariano  Fontana),  301. 

- .  115  cas  traites  par  le  Stovarsol 

sodique  (L.  Marchand),  398. 

- et  aphasie  chez  les  syphilitiques 

(P.  Guiraud  et  G.  Ferdiere),  404. 

- et  hemorragie  meningee  '(Don- 

nadieu  et  Bargues),  435. 

— ■ —  (tableaux  cliniques  schizophre- 
niques  dans  la)  (I.  Somogyi  et  L.  V. 
Angyal),  659. 

- des  tabetiques  (A.  Sezary  et  H. 

Gallot),  659. 

- (les  plexus  choroi'des  dans  la) 

(M.  B.  Ubaldo),  677. 

Paralytiques  generaux  (la  forme  clini- 
que  dans  la  production  des  remis¬ 
sions  chez  les)  (Alex  Obregia,  Alfred 
Dimolesco  et  Alex  Vasilesco),  280. 

- (etats  affectifs  des)  (Purcell  G. 

Schube),  281. 

- (lesions  du  fond  d’ceil  des)  trai¬ 
tes  par  la  tryparsamide  (L.  Mar¬ 
chand),  427. 


—  —  (productions  gommeuses  chez 
deux)  impaludes  (Henri  Claude  et 
FI.  Coste),  607. 

- avant  et  apres  le  traitement 

malarique  (M.  Weissfeld),  659. 

— < —  (les  pigments  neuroferriques 
dans  l’encephale  des)  (Carlo  Pana- 
ra),  678. 

Paraplegie  en  flexion  d’origine  cere- 
brale  chez  un  paralytique  general 
traite  par  les  ondes  courtes  (Henri 
Claude  et  FI.  Coste),  611. 

—  pottique  (E.  Sorrel  et  Mme  Sor- 
rel-Dejerine),  641. 

—  obstetricale  avec  myelomalacie  (G. 
Hoerner),  676. 

Parkinson  (maladie  de)  et  syphilis 
(H.  Schaeffer  et  Rene  Bize),  850. 

- familiale  (M.  Nagy),  851. 

Parkinsonienne  (une  maratre)  (Paul 
Courbon  et  Ch.  Feuillet),  199. 
Parkinsonisme  post-encephalitique  (le 
traitement  du)  (R.  Ley),  127. 

—  post-traumatique  chez  un  ancien 
encephalitique  (Tinel),  469. 

—  post-encephalitique.  Anatomie  pa- 
tologique  (S.  Messing),  679. 

— .  Recherches  electro-myographiques 
(E.  Miserocchi),  684. 

—  post-encephalitique  chez  un  en¬ 
fant  traite  par  la  methode  de 
Roemer  (M.  Brissot  et  Delsuc),  746. 

—  manganique  (Louis  Lyon-Caen  et 
Andre  Jude),  851. 

Peines  (de  la  legalite  des)  (J.  Cons¬ 
tant),  492. 

Perivascularites  (les)  dans  les  affec¬ 
tions  nerveuses  inflammatoires  (Ivan 
Bertrand  et  K.  Miyashita),  125  et 
—  degeneratives  (Ivan  Bertrand  et 
Miyashita),  125. 

Persecute  (Precedes  de  defense  senso- 
rielle  chez  un)  (Laignel-Lavastine, 
Jean  Vinchon,  Georges  d’HEUCQUE- 
ville  et  J.-J.  Sambron),  242. 

Peste  (la)  d’Athenes  (J.-P.  Beteau), 
475. 

«  Phenom^ne  d’obstacle  #  de  Donaggio 
dans  l’epilepsie  (L.  Cabitto),  301, 
Phobies  (M.  Schaechter),  653. 

Pick  (maladie  de)  (E.  Becker),  678. 

- .  Exploration  encephalographi- 

que  (B.  Spagnoli),  854. 

Plasticite  (la)  des  mots  et  la  cohesion 
du  discours  (Pkzylusiii),  285. 
Pneumonie  chez  les  enfants.  Syndro¬ 
mes  encephalo-meninges  et  abdo- 
minaux  (P.  Nobecourt),  288. 
Polydactylie  chez  un  imbecile  (M.  Bris¬ 
sot  et  Delsuc),  752. 

Polyglobulie  et  psychonevroses  hyste- 
riques  (G.  Bravetta),  682, 

Polynevrite  neuro-anemique  des  mem- 
bres  superieurs  (H.  Roger  et  Jean 
Olmer),  122. 


TABLE  ANALYTIQUE  DES  MATIERES 


—  (association  de)  nephrite  et  cram- 
pes  (J.  Dereux  et  J.  Titeca),  641. 

—  tuberculeuse  (Carlos  F.  Cardenas, 
Francisco  J.  Menendez,  Emilio  Soto 
Pradera,  Sidney  Orret  et  Augustin 
M.  Abril),  672. 

Profils  psychologiques  de  Vermeylen. 
Une  presentation  nouvelle  (F.  Fish- 
gold),  284. 

Prophylaxie  (la)  criminelle  et  les  psyL 
chiatres  (L.  Vervaeck),  269. 

Psvchanalyse  (ce  que  la  clinique  fran- 
caise  a  retenu  de  la)  (A.  Hesnard), 
662. 

Psyohasthenie  et  psychose  depressive 
(P.  Armenise),  275. 

_  avec  acces  hysteroides  ou  simula¬ 
tion  (L.  Ballif,  Ch.  Ballif  et  E.  Gli- 
noer),  857. 

Psychasthenique  (syndrome)  et  hyper- 
hypophysie  (C.-I.  Parhon,  A.  Kreind- 
ler  et  E.  Weigl),  352. 

Psychiatrie  (la)  dans  ses  rapports 
avec  la  psychopathologie  de  1  en¬ 
fant  (G.  Vermeylen),  268. 

—  (tendances  actuelles  de  la)  en  Bel¬ 
gique  (G.  Vermeylen),  359. 

—  (tendances  actuelles  de  la)  en  Hol- 
lande  (W.-M.  van  der  Scheer  et 
W.  Hemmes),  554. 

—  hindoue  ancienne  (R.  F.  G.  Mul¬ 
ler),  651. 

—  (tendances  actuelles  de  la)  en 
Suisse  (A.  Repond),  718. 

Psychologie  (la)  experimentale  et 
comparee  (Pierre  Janet),  481. 

Psychonevroses  (les  associations  motri- 
ces  dans  les)  (Clarke  H.  Barnacle, 
Franklin  G.  Ebauch  et  Frederik 
LemeRe),  858. 

Psychopathologie  collective  (H.  Clau¬ 
de),  651. 

Psychose  typhique  (Manuel-M.  Cabe- 
za),  276. 

—  puerperale  a  evolution  demen- 
tielle,  guerison  brusque  par  fievre 
spontanee  (Daelman),  471. 

—  associee  a  une  tumeur  cerebelleuse 
de  la  ligne  mediane  (Leo  Stone  et 
William  G.  Menninger),  856. 

Psychoses  symptomatiques  (le  pro- 
bleme  des)  (I.  Gottschick),  130. 

—  depressives.  Etudes  cliniques  des 
differents  types  (Paul  Schilder), 
274. 

—  endogenes  atypiques  et  recherches 
familiales  (K.  Leonhard),  275. 

—  affectives  prodromiques  de  Pence 
phalite  epidemique  et  des  syndro 
mes  parkinsoniens  (Tomasso  Seni 
se),  275. 

—  seniles.  Etiologie  et  pathogenie  (F. 
Colapietra),  280. 


—  associees  aux  alterations  probables 
de  l’hypothalamus  (Milton-L.  Mil- 


—  de  la  menopause  (Hoven),  471. 

—  et  cecite  (Heernu  et  Baudoux),  646. 
Pupille  excentrique  et  neo-formation 

basilaire  (Garcin),  122. 


Q 


Quincke  (maladie  de).  Paralysie  reci- 
divante  des  nerfs  craniens  (J.  Pinc- 
zeweski  et  W.  Stein),  666. 


R 


Rachis  (tumeur  du)  secondaire  a  un 
kyste  du  thorax  (Th.  de  Martel, 
Guillaume  et  Thurel),  836. 

Racines  rachidiennes  posteneures  (les 
fibres  motrices  intramedullaires  des) 
(Andre  Barbe),  860. 

Radiculo-nevrite  avec  hyperalbuminose 
cephalo-rachidienne  (Georges  Guil- 
lain),  642.  .  . 

Ramollissement  hemorragique  d  ongi- 
ne  veineuse  chez  un  enfant  (J.  Lher- 
mitte,  J.  Lereboullet  et  Kaplan), 

124-  ,  , 
—  (le)  laminaire  de  l’ecorce  cerebrale 
(Th.  Alajouanine  et  Th.  Hornet), 


Ramollissements  (conservation  des  cou¬ 
ches  superficielles  du  cortex  dans 
les)  (Alajouanine,  Hornet  et  Thu- 
rel),  467. 

Recklinghausen  (maladie  de)  associee 
a  d’autres  dysgenesies  du  systeme 
nerveux  (V.  M.  Slonimskaia  et  S.  B. 
Balaban),  670.  , 

Reflexe  oculo-cardiaque  spontane  et 
intempestif  (S.  Vialard),  664. 

Reflexes  rotuliens  ;  appareil  pour  la 
mesure  de  l’amplitude  (Th.  Simon, 
Louis  Anglade  et  Mile  P.  Petit), 
203. 

—  condi tionnels  (Marinesco  et  Kreind- 
ler),  286,  487. 

Regeneration  du  tissu  nerveux  chez 
les  vertebres  superieurs  (O.  Rossi 
et  G.  Gastaldi),  859. 

Releveur  de  la  paupiere  supeneure 
(les  etats  spasmodiques  du)  par  le¬ 
sion  cerebrale  en  foyer  (Gustave 
Roussy  et  Gabrielle  Levy),  289. 

Responsabilite  medicale.  Serotherapie 
antitetanique  (M.  Courtois-Suffit 
et  Francis  Bourgeois),  311. 

Retine  (hypotonie  traumatique  de 
l’artere  centrale  de  la)  (H.  Goppez), 
270,  648. 


ANNEE  1936.  —  TABLES  DU  TOME  I 


Reves  (nos)  et  leurs  qualites  (Rene 
Franquet),  662. 

Rhumatisme  cerebral  (J.  Cathala,  E. 
Friedman  et  R.  Laplane),  856. 

Rire  spasmodique  immediatement 
avant  le  deces  ;  hemorragie  thala- 
mique  double  (Andersen),  128. 

Rocher  (reperage  radiographique  du) 
dans  les  tumeurs  de  la  8e  paire 
(Clovis  Vincent),  120. 

—  (le  syndrome  de  la  pointe  du) 
(G.  Marinesco  et  Grigoresco),  666. 

Rubrospinal  (faisceau)  (Andre-THO- 
mas),  123. 


Schilder  (maladie  de)  (Jacques  de  Mas¬ 
sary  et  R.  Albeissar),  121. 
Schizophasie  (Jacques  Delmond),  478. 
Schizophrene  malgache  (peintures  et 
dessins  d’un)  (V.-L.  Huot),  172. 
Schizophrenes  (le  dessin  des)  (Peter 
Emil  Becker),  133. 

—  (recherches  anatomo-  et  histopa- 
thoiogiques  cbez  les)  (Fr.  Meyer), 

—  (la  constitution  morphologique  des) 
(Carmelo  Ventra),  656. 

—  (les  differences  sexuelles  dactylo- 
graphiques  chez  les)  (H.  Poll),  657. 

Schizophrenic  (les  recherches  vegetati- 
ves  dans  la)  par  la  technique  de 
Danielopolu  (N.  Ancochea  et  C.  Ro¬ 
driguez  Cuevillas),  132. 

—  (de  la  toxicite  dans  la)  (P.-E.  Snes- 
sahef),  273. 

— .  Traitement  par  les  injections  de 
sang  de  placenta  (J.  B.  Galant),  307. 
— .  Traitement  par  le  soufre  (Albrecht 
Langeluddeke),  307. 

—  (crime  inintelligibl  i,  symptdme  ini¬ 
tial  de)  (A.  W.  Haciifield),  311. 

—  (debuts  aigus  dans  la)  (J.  J.  Rosen- 
blum  et  B.  S.  Guesselson),  654. 

—  (influence  des  processus  focaux  du 
cerveau  sur  le  tableau  de  la) 
(J.  Dretler),  656. 

•.  Etiologie  et  pathogenie  (Torsten 
Lindner),  656. 

—  a  evolution  benigne  (B.  D.  Fried¬ 
mann),  657. 

—  (pseudo-hallucinations  dans  la) 
(G.  Pisk),  658. 

—  greffee  (H.  Katzenfuss),  658. 

— .  Traitement  par  1’insuline  (L.  Ba- 

RANOWSKI,  J.  BORYSOWICZ,  MARZYNS- 

KI>  „A-  Ossendowski,  J.  Paradowski 
685^  T'  WlTEK^’  Strecker), 

.  Traitement  par  le  choc  hypoely- 
cimique  (W.  Ederle),  685. 


.  Actions  de  certains  medicaments 
(H.  C.  Beccle),  686. 

—  (la)  et  les  etats  schizoides  dans  le 
mUieu  militaire  (Paul  Faveret), 

Schizophrenies  exogenes  et  compo- 
santes  «  symptomatiques  »  des 
schizophrenies  idiopathiques  (K. 
Leonhard),  655. 

Schizophrenique  (syndrome)  exogene 
(Gunnar  Lindquist),  655. 

Sclerose  en  plaques  familiale  (J.  De- 
rEux  et  A.  Pruvost),  265. 

•  Etiopathogenese  (Salvatore 
Gullotta),  671. 

- •  Diagnostic  precoce  (S.  Just- 

man),  671. 

- -  associee  a  la  maladie  de  Ba¬ 
sedow  (M.  A.  I.  Vilkomihsky),  671. 
Sclerose  laterale  amyotrophique  a  de¬ 
but  bulbaire  (J.  Moldaveh  et  J. 
Titeca),  842. 

Sclerose  tubereuse  avec  lesions  osseu- 
ses  rares  (Jacques  S.  Gottlieb  et 
Georges  R.  Lavine),  855. 

Sensations  (les)  sont-elles  dans  notre 
tete  ?  (R.  Ruyer),  283. 

Service  de  psychiatrie  d’urgence  de  la 
Piti6  (Laignel-Lavastine  et  Georges 
d’HEUCQUEVILLE),  444. 

—  de  psychiatrie  d’urgence  de  I’hopi- 
tal  Saint-Antoine  (Ph.  Pagniez  et 
A.  Geillier),  589. 

Services  (les)  hospitaliers  de  psychia¬ 
trie  dans  1’Afrique  du  Nord  (A. 
Porot),  793. 

Simulation  discutee  (H.  Claude,  P.  Si- 
vadon  et  A.  P.  L.  Beley),  408. 

Societe  M6dico-Psychologique.  Liste 
des  Presidents,  Secretaires  gen6raux 
et  Tresoriers,  52. 

- - — .  Bureau  pour  1936,  54. 

- ■  Liste  des  membres,  54. 

- - — •  Allocution  de  M.  Th.  Simon, 

president  sortant,  87. 

— .  Allocution  de  M.  Vuhpas, 
president,  88. 

- •  Commission  des  Prix,  90. 

- — •  Elections.  Membres  corres- 

pondants  nationaux  :  Mine '  A.  Mas¬ 
son,  91  ;  Mile  Deschamps,  224  ; 
Mans,  582.  —  Membre  titulaire  : 
R.  Anglade,  91.  —  Membre  associe 
etranger  :  A.  Brochado,  224. 

- •  Commission  chargee  d’etu- 

dier  la  question  des  Assistantes  so- 
ciales,  224. 

- ■  Deces  du  Professeur  L.  Bou- 

man,  426. 

— - .  Calibration  du  3'  Centenaire 

de  I’Universite  Harvard,  776. 

- - •  Voeu  concernant  la  protec¬ 
tion  des  malades  mentaux,  777. 

— Rapport  sur  le  memoire  pre¬ 
sente  pour  le  prix  Aubanel,  778, 


TABLE  ANALYTIQUE  DES  MATIERES 


_ _ _ ..  Rapport  sur  le  memoire  pre¬ 
sente  pour  le  prix  Moreau  de  Tours, 

Somnieil  (les  centres  du)  (T.  Okhuma 
et  K.  Tuyuno),  294. 

_  (le)  et  la  veille  au  cours  du  cycle 

vital  de  l’homme  (J.  Mazurkiewicz)  , 
679. 

Status  dysraphicus  (Luis  Rojas),  289. 

Steiner  (maladie  de)  (Claude  et  Cos- 
te),  120.  ... 

Stereotypie  dementielle  d  attitude  en 
station  sur  la  tete  (Paul  Courbon 
et  Feuillet),  380. 

Strontium  (les  sels  de)  en  therapeuti- 
que  (Jean  Goujon),  492. 

Suggestibility  (la)  dans  les  troubles 
mentaux  (G.  G.  Ingvarsson  et  S.  J. 
Lindberg),  652. 

Suicide  (tentatives  de)  repetees  chez 
un  instable  deprime  sans  travail 
(Laignel-Lavastine,  Georges  d’HEUc- 
queville  et  J.-J.  Sambron),  218. 

—  (impulsions  au)  chez  un  vieillard' 
epileptique  (P.  Courbon  et  Mile  S. 
Rousset),  766. 

Suicides  et  homicides  dans  leurs  re¬ 
lations  avec  les  modifications  baro- 
metriques  (C.  A.  Mills),  311. 

Sympathique  (la  radiotherapie  du) 
(L.  Delherm  et  Beau),  136. 

—  lombaire  (infiltration  novocai'nique 
du)  (Rene  Leriche  et  Rene  Fontai¬ 
ne),  136. 

Sympathiques  (terminaison  des  nerfs) 
(C.  Ungar),  674. 

Syndrome  denomme  «  mains  et  pieds 
en  fourche  »  (G.  Muyle  et  R.  Bat- 
selaere),  839. 

—  protuberantiel  (H.  Baonville,  M. 
Moreau  et  J.  Titeca),  841. 

Syphilis  (la)  congenitale  chez  les  defi¬ 
cients  mentaux  adultes  (K.  C.  L. 
Paddle),  274. 

—  nord-africaine  et  localisations  ner- 
veuses  (Etienne  Boltanski),  859. 

Syringobulbie  avec  atrophie  optique 
unilaterale  (Coste,  Bollack,  Fauvet 
et  Mme  S.  Delthil),  265. 

Syringomyelie  (la  radiotherapie  dans 
la)  (Lhermitte),  469. 

—  (forme  acroparesthesique  de  la) 
(J.  Lhermitte,  Bijon  et  Nemouhs- 
Auguste),  640. 

Systfeme  nerveux  vegetatif  (Explora¬ 
tion  du)  (C.  Vazquez-Velasco),  297. 


Tabes  (caracteres  des  douleurs  fulgu- 
rantes  du)  (Alajouanine,  Thurel  et 
Brunelli),  119. 


Tabetiques  (crises  salivaires)  (Juan  C. 
Montanero  et  Julio  L.  Hanon),  292. 

Tabo-paralysie  avec  symptomatology 
initiale  de  tumeur  cerebrale  (Aristi¬ 
des  Barrancos  et  Rafael  Hernandez 
Ramirez),  292, 

Thalamus  (Hemorragie  du)  ;  sympto- 
matologique  (J.  Lhermitte),  121. 

Therapeutique  aspecifique  complete 
dans  la  confusion  mentale  et  la 
demence  precoce  (A.  Lasszea),  686. 

Thrombophlebite  (Aspect  de)  du  sinus 
caverneux,  complication  d’une  sep- 
tieemie  (J.  Coppez  et  P.  Martin), 
270. 

Thorium  (bioxyde  de)  colloidal.  Son 
injection  dans  le  diagnostic  intra- 
cranien  (L.  Alexander,  T.  S.  Jung 
et  R.  S.  Lyman),  287. 

Thorotrast  (injection  de)  pour  les  re- 
cherches  experimentales  sur  le  sys- 
teme  nerveux  central-  (K.  Koshimi- 
zu),  297. 

Thrombose  des  vaisseaux  avec  signes 
de  lesion  transversale  de  la  moelle 
(K.  Uttl  et  Jos.  Cernaeck),  134. 

Tonus  (les  aspects  familiaux  des 
paroxysmes  reflexes  du)  (Lndo  van 
BOGAERT),  1.  .  ,  r\T 

Topographie  cranio-encephalique  (V. 
Bertola),  673.  . 

Toxicomanies.  Traitement  par  les  lipi- 
des  vegetaux  (Roger  Dupouy  et 
Maurice  Delaville),  307. 

— .  Autoserotherapie  par  le  vesicatoi- 
re  (Carratala),  308. 

Traitement  de  certaines  maladies  ner- 
veuses  et  mentales.  Methodes  spe- 
ciales  (Henrique  Roxo),  642. 

Traumatismes  craniens  (L’cedeme  ce¬ 
rebral  dans  les)  (Puech),  838. 

Travail  (therapeutique  par  le)  (W.  M. 
van  der  Scheer),  305. 

—  (traitement  par  le)  dans  l’Etat  de 
New-York  (Eleanor  C.  Slagle),  305. 

traitement  des  malades  mentaux 
-  le).  Idees  et  realisations  de 
n.  Simon  (Jacques  Vie),  306. 

Travestissement  (le).  Essai  de  psycho- 
pathologie  sexuelle  (Agnes  Masson), 
479. 

Tribunal  des  Enfants  (P.  de  Nemeth), 
494 

Trou  occipital  (le  syndrome  du)  (La- 
ruelle),  265.  ,  ,  .  ,  • 

Troubles  mentaux.  Conditions  biologi- 
ques  (Pierre  Doussinet),  488. 

Tryptophane  (variations  du)  dans  le 
serum  des  malades  mentaux  (Anto¬ 
nio  Campana),  683  ;  (Massaut  et 
Mathieu),  840. 

Tuberculose  et  demence  precoce  (Ma¬ 
nuel  M.  Cabeza),  273. 

—  cerebrale  (Robalinho  Cavalcanti), 

291. 


r 


XX 


ANNEE  1936.  —  TABLES  DU  TOME  1 


—  (recherche  du  bacille  de  la)  dans 
les  maladies  mentales.  Methodc  de 
Hartung  (A.  Anscuri),  683. 

Tumeur  angiomateuse  du  bulbe  et  du 
cervelet  (David),  838. 

—  epiphysaire  ;  envahissement  des 
ventricules  lateraux  (J.  de  Buss- 
Cheh),  842. 

Tumeurs  (deux)  simultanees  dans 
l’hemisphere  cerebral  d’uu  enfant 
(Percival  Bailey  et  Adolfo  Ley),  297. 

—  de  I’angle  ponto-cerebelleux  (Dar- 
quier  et  Schmite),  666. 

Tumeurs  cerebrales  (le  mecanisme  de 
la  mort  dans  les)  (P.  van  Gehuch- 
ten),  265,  271. 

- metastatiques  (Henri  Roger  et 

Jean-E.  Paillas),  291. 

- ,  excepte  les  tumeurs  de  l’hypo- 

physe  (Th.  de  Martel),  291. 

- •  (troubles  psychiques  dans  les) 

(W.  Sterling),  660. 

- —  (valeur  localisatrice  et  patho- 

genie  des  troubles  psychiques  dans 
les)  (J.  Rothfeld),  660. 

—  —  (formes  mentales  des)  (E.  Lar- 
rive  et  R.  Mathon),  694. 


Vasodilateurs  (appareils  pdripheriques) 
et  terminaisons  nerveuses  sensiti¬ 
ves  (C.  Ungar),  674. 

Venin  d’abeilles  (1’action  neurolyti- 


que  du  (J.  Lhermitte  et  Haskovec), 

122. 

Ventriculaires  (parois).  Differences  lo¬ 
cales  de  conformation  (A.  Opalski), 
294. 

Ventriculographie  (la)  dans  les  abces 
cerebraux  (P.  Martin),  2i71. 

—  (Raymond  Garcin),  287. 

Versification  psychopathique  (F.  Gor- 

riti),  652. 

Vestibulaire  (nerf).  Etude  anatomi- 
que  chez  un  malade  atteint  de 
vertige  de  Meniere  (A.  Thomas  et 
Aubry),  470. 

—  (influence  du  systeme)  sur  la  pres- 
sion  arterielle  (Rubinsztejn),  680. 

Vestibulaires  (les  reactions)  dans  l’in- 
toxication  ethylique  chronique  (J. 
A.  Barre  et  O.  Metzger),  837. 

Vision  centrale  (le  champ  de  projec¬ 
tion  de  la)  dans  le  corps  genouille 
externe  et  l’ecorce  visuelle  de 
l’homme  (Adolf  Juba),  861. 

Vitamine  C.,  precarence  et  neuropsy- 
chiatrie  (H.  Bersot),  92,  187. 

—  et  troubles  mentaux  (Vermeylen  et 
Heernu),  646. 

Voies  biliaires  (infection  des)  et  trou¬ 
bles  mentaux  (Mario  Yahn),  277. 


Z 


«  Zar  »  (les  representations  religieu- 
ses  relatives  au)  en  Ethiopie  du 
Nord  (Leiris),  267. 


TABLE  ALPHABET] QUE 
DES  NOMS  D’AUTEURS  (D 


Abely  (Paul).  V.  Abety  (Xavier). 

Discussion,  204,  210,  432,  822. 
Abely  (Xavier).  Discussion,  106,  433. 
-  ,  Abely  (Paul)  et  Couleon  (M.  et 
Mme) .  Reaction  hypophysaire  ap¬ 
plicable  a  la  psychose  intermitten- 
te,  113. 

Abril  (A.-M.).  V.  Cardenas. 

Aguiar  Whitaker  (E.  de),  V.  Guerner. 
Ajuriaguerra.  V.  Lhermitte. 


—  et  Titeca  (J.).  Epilepsie  post-ma- 
lariatherapique,  646. 

Alliez.  V.  Baruk. 

— .  V.  Roger. 

Ancochea  (N.)  et  Rodriguez  Cuevil- 
las  (C.).  Les  recherches  vegetatives 
dans  la  schizophrenic  par  la  tech¬ 
nique  de  Danielopolu,  132. 

Andersen.  Rire  spasmodique  et  he- 
morragie  thalamique  double,  12o. 

Andrade  (C.  d’).  V.  Barre. 

Andre  (R.)  V.  Alajouanme. 

Anglade  (Louis).  V.  Simon. 


v.  L.iauae. 

Alajouanine,  Thurel  et  Brunelli. 
Caractere  des  douleurs  fulgurantes 
du  tabes,  119. 

—  et  Hornet.  Modifications  des  me¬ 
ninges  dans  certaines  maladies  du 
systeme  nerveux  central,  123. 

—  et  Hornet.  Etude  anatomo-clinique 
d’un  cas  d’eclampsie,  123. 

—  et  Thurel  (R.).  Les  osteo-arthro- 
pathies  vertebrates  tabetiques,  135. 

—  et  Thurel  (R.).  Les  troubles  de  la 
miction  en  pathologie  nerveuse, 
288. 

-i-j  Hornet  et  Thurel.  Conservation 
des  couches  superficielles  du  cor¬ 
tex  dans  les  ramollissements,  467. 

— •,  Hornet  (Th.)  et  Andre  (R.).  Le 
feutrage  arachnoidien  posterieur 
dans  la  maladie  de  Friedreich  et 
l’heredo-ataxie  cerebelleuse,  641. 

— ,  Hornet  (Th.)  et  Thurel  (R.). 
L’dtat  penetre  de  l’ecorce.  Troubles 
circulatoires  du  cortex,  641. 

—  et  Hornet  (Th.).  Le  ramollissement 
laminaire  de  1’ecorce  cerebrale,  838. 

Albeissar  (R.).  V.  Massary. 

— .  V.  Lhermitte. 

Alexander  (L.),  Jung  (T.  S.)  et  Lyman 
(R.-S.).  Le  bioxyde  de  thorium  col¬ 
loidal  dans  le  diagnostic  intracra- 
nien,  287. 


Anglade  (R.)  et  Vidart  (L.).  Epilep¬ 
sie  generalisee.  Ralentissement  m- 
tellectuel  et  tumeur  cerebrale  pro¬ 
bable,  77. 

Angyal  (L.-V.).  V.  Somoyi. 

Anscuri  (A.).  Methode  de  Hartung 
pour  la  recherche  du  bacille  de  la 
tuberculose  dans  les  maladies  men- 
tales,  683. 

Aragona  (G.).  Le  brome  sanguin  dans 
la  crise  oculogyre  du  parkinsonisme 
post-encephalitique,  682. 

Arcalides  (Nic.  M.).  Psychoses  de  la 
dengue,  654. 

Argonz  (J.).  V.  Castillo. 

Armenise  (P.).  La  psychose  depres¬ 
sive  et  la  psychasthenie,  275. 

Aubin.  Syndrome  catatonique  consecu- 
tif  a  une  intolerance  au  novarseno- 
benzol,  225. 

— .  Delire  d’analogie  chez  un  Hin- 
dou,  228. 

Aubry  (M.).  V.  Guillain. 

— .  V.  Thomas. 

—  et  Lereboullet  (Jean).  Les  trou¬ 
bles  labyrinthiques  dans  les  tu- 
meurs  du  cervelet  et  du  IV  ven- 
tricule,  836. 

Austregesilo  (A.).  Myeloses  fumcu- 
laires,  134. 


(1)  Les  chiffres  en  caracteres  gras  correspondent  aux  Memoires  originacx  et  aux  Commu¬ 
nications  a  la  Societe  Medico- Psycliolologique. 


ANNEE  1936.  — -  TABLES  DU  TOME  I 


Ayer  (J.  B.),  Means  (J.  H.)  et  Ler- 
man  (J.).  Simulation  d’une  atro- 
phie  musculaire  progressive  par 
goitre  exophtalmique,  305. 


B 


Bailey  (Percival).  La  formation  du 
neurologue,  286. 

—  et  Ley  (Ad.).  Developpement  si- 
multane  de  deux  tumeurs  dans 
l’hemisphere  cerebral  d’un  enfant, 
297. 

Balapan  (S.-B.).  V.  Slonimskaia. 

Ballif  (L.),  Ballif  (Ch.)  et  Glinoer 
(E.).  Psychasthenie  avec  acces  hys- 
teroi'des  ou  simulation,  857. 
Baonville  (H.),  Ley  (J.),  Meyers  (A.) 
et  Titeca  (J.).  Augmentation  du 
volume  du  crane,  troubles  psychi- 
ques  et  epilepsie,  125. 

— ,  Ley  (J.)  et  Titeca  (J,).  Demence 
presenile,  471. 

—  Moreau  (M.)  et  Titeca  (J.).  Syn¬ 
drome  pfotuberantiel,  841. 

Baranowsky  CL.),  Borysowicz  (J.), 
Marzynsiii,  Ossendowski  (A.),  Para- 
dowski  et  Witek  (S.-T.).  Traite- 
ment  de  la  schizophrenic  par  l’in- 
suline,  685. 

Bahbe  (Andre).  Les  fibres  motrices 
intramedullaires  des  racines  rachi- 
diennes  posterieures,  860. 

Bardin  (P.).  V.  Delarue. 

Bargues.  V.  Donnadieu. 

—  et  Grimal.  Le  butyl-ethyl-barbitu¬ 
rate  de  sodium  dans  le  delirium 
tremens,  439. 

Barnacle  (Clarke  H.),  Ebaugh  (Fran¬ 
klin  (G.)  et  Lemere  (Frederik).  Les 
associations  motrices  dans  les  psy- 
chonevroses,  858. 

Barnes  (Margaret  R.).  V.  Fetterman. 
Barrancos  (Aristides)  et  Hernandez 
Ramirez  (Rafael).  Tabo-paralysic 
avec  symptomatology  initiale  de 
tumeur  cerebrate,  292. 

Barre  (J.-A.).  Arachnoidites  primiti¬ 
ves  sans  lesions  m<5dullaires,  119. 

— ,  Rousset  (Mile  S.)  et  Andrade  (C. 
C.  d’).  Troubles  dementiels.  Signe 
d’Argyll-Robertson  sans  syphilis 
nerveuse,  124. 

—  et  Metzger  (Oscar).  Resultats  eloi- 
gnes  d’intervention  chirurgicale 
pour  arachnoi'dite,  467. 

—  et  Metzger  (O.).  Les  reactions  ves- 
tibulaires  dans  l’intoxication  ethy- 
lique  chronique,  837. 

Baruk  (H.).  Discussion,  597,  626,  815. 
— ,  Cheneveau  et  Alliez.  Folie  depo¬ 
sition  chez  un  ancien  catatonique 


traumatise  cranien  et  tabetique, 
627. 

et  Pommeau-Delille.  Epilepsie 
extrapyramidale  avec  crises  pseudo- 
emotives  et  polyurie  paroxystique, 

Batselaere  (R.).  V.  Muyle. 

Baudouin  (A.),  Halbron  (Pierre)  et 
Deparis  (M.).  L’hemianopsie  bina- 
sale,  289. 

Baudouin  (Ch.).  Introduction  a  une 
science  du  caractere,  282. 

Baudoux.  V.  Beernu. 

Baumgarten  (Franziska).  La  gratitude 
chez  les  enfants  et  les  adolescents, 
845. 

Beau.  V.  Delherm. 

Beaudoin.  V.  Lhermitte, 

Beaudouin.  Discussion,  456. 

Beauvieux  (J.).  V.  Teulieres. 

Becgle  (H.  C.).  Action  de  certains 
medicaments  dans  la  schizophrenic, 
686. 

Beck  (Ed.).  Innervation  antagoniste 
avec  rigidite  et  paroxysmes  epilep- 
tiques  et  hallucinatoires,  852. 
Becker  (Peter-Emil) .  Le  dessin  des 
schizophrenes,  133. 

— .  Maladie  de  Pick,  678. 

Beerens.  Le  virus  tuberculeux  dans 
le  liquide  cephalo-rachidien  et  le 
sang  des  dements  precoces,  126. 
Beley  (A.  P.  L.).  V.  Claude. 

Bersot  (H.).  Vitamine  C,  precarence 
et  neuropsychiatrie,  92,  187. 

Bertha  (H.).  Cellules  cancereuses  dans 
le  liquide  cephalo-rachidien,  684. 
Bertola  (V.).  Topographie  cranio-en- 
cephalique,  673. 

Bertrand  (Ivan)  et  Miyashita  (K.). 

L’encephalite  japonaise,  121. 

—  et  Miyashita  (K.).  Les  perivascula- 
rites  dans  les  affections  nerveuses 
inflammatoires,  125  ;  —  degenera- 
tives,  125. 

— .  V.  Souques. 

Beteau  (J.-P.).  La  peste  d’Athenes, 
475. 

Bezanijon  (Justin-).  V.  Levy-Valensi. 

— .  V.  Delarue. 

Bianchi  (Guiseppe).  Le  cancer  et  les 
maladies  mentales,  131. 

Bijon.  V.  Lhermitte. 

Binet  (Leon).  Hypophyse  et  diabete, 
304. 

Birkhauser  (H.).  Metabolisme  avant 
et  apres  la  morphinisation,  680. 
Bischler  (W.).  Genetique  et  psycha- 
'  nalyse,  662. 

Bize  (Rene).  V.  Schaeffer. 

Bogaert  (Ludo  van).  Les  aspects 
familiaux  des  paroxysmes  reflexes 
du  tonus,  1. 

— .  V.  Martin. 


TABLE  ALPHABETIQUE  DES  NOMS  D' AUTEURS 


— .  V.  Busscher. 

_ .  V.  Helsmoortel. 

— .  Les  dysplasies  neuro-ectodermi- 
ques  congenitales,  663. 

Bollack.  V.  Lhermitte. 

— .  V.  Coste. 

Boltanski  (Etienne).  Syphilis  nord- 
africaine  et  localisations  nerveuses, 

859. 

Bonazzi  (Oreste).  L’intradermoreac- 
tion  a  l’alcool  pour  le  diagnostic  de 
1’alcoolisme,  299. 

Boncomond  (S.).  V.  Pehu. 

Bonnafous-Serieux  (Mme).  V.  Giu- 

Bonnegarde  (E.-M.).  V.  Krol. 

Bordas-Jane  (Ricardo).  La  pyretothe- 
rapie  chimique  dans  les  maladies 
mentales,  309. 

Borges  Fortes  (A.).  Maladie  de  Fried¬ 
reich  avec  atrophie  musculaire  du 
type  Charcot-Marie,  670. 

Borysowicz  (J.).  V.  Baranowski. 

Boschi  (M.).  L’autohemoth5rapie  as- 
sociee  a  la  provocation  de  menra- 
gites  aseptiques,  135. 

Botelho  (Adanto).  Paralysie  generate 
senile,  280. 

Boucaud  (de).  V.  Quercy. 

Bourgeois  (Francis).  V.  Courtois- 
Suffit. 

Bourgeois  (Robert).  Les  hydrocepha- 
lies  d’origine  optique,  accidents 
meninges  otogenes,  486. 

Braun-Vallon  (Mme).  V.  Crouzon. 

Bravetta  (G.).  Polyglobulie  et  psy- 
chonevroses  hysteriques,  682. 

Bridge  (Edward  M.).  Etat  mental  des 
epileptiques,  279. 

Brissot.  Discussion,  456,  791. 

—  et  Delsuc.  Parkinsonisme  post- 
encephalitique  chez  un  enfant  trai- 
te  par  la  methode  de  Roemer,  746. 

—  et  Delsuc.  Polydactylie  chez  un 
imbecile,  752. 

Brochado  (Alberto).  Le  syndrome  de 
Capgras,  706. 

Bromberg  (Walter).  Nouvelle  intoxi¬ 
cation  par  le  chanvre  indien  :  la 
marihuana,  278. 

Brunelli.  V.  Alajouanine. 

Bruno.  V.  Ciampi. 

Brunerie  (A.)  et  Coche  (R.).  Halluci¬ 
nations  visuelles  chez  des  catarac- 
tes,  166. 

Bucy  (P.-C.).  Troubles  vaso-moteurs 
associes  aux  paralysies  d’origine 
centrale,  664. 

Buisson  (R.).  V.  Hamel. 

Busscher  (de),  Martin  et  Bogaert  (L. 
van).  Crises  cataplexiques  et  ano¬ 
malies  de  caractere,  473. 

— .  Tumeur  epiphysaire  ;  envahisse- 
ment  des  ventricules  cerebraux,  842. 


Cabeza  (Manuel  M.).  Tuberculose  et 
demence  precoce,  273. 

— .  Psychose  typhique,  276. 

Cabitto  (L.).  Le  «  phenomene  d’obsta- 
cle  »  de  Donaggio  dans  l’epilepsie, 
301. 

Cacchione  (A.).  Les  alterations  des 
noyaux  de  la  base  et  de  l’hypotha- 
lamus  dans  l’alcoolisme,  675. 
Cagliero  (Spirito).  Le  liquide  cepha- 
lo-rachidien  dans  l’epilepsie,  302. 
Cain  (Andre)  et  Ceillier  (Andre).  Les 
psycho-anemies.  Examen  psychiatri- 
que  de  4  cas  d’anemie  de  Biermer, 

Callewaert  (H.).  Hemiplegie  a  la 
suite  d’hemorragie  et  de  tamponne- 
ment  de  la  region  carotidienne,  473. 
— .  Maladie  de  Landry,  842. 

Campana  (Antonio).  Le  tryptophane 
dans  le  serum  sanguin  des  malades 
mentaux,  683. 

Cappelle  (Maurice).  L’hyposulnte  de 
magnesium  en  therapeutique  psy- 
chiatrique,  491. 

Cardenas  (C.-F.),  Menendez  (F.-J.), 
Soto  Pradera  (E.),  Orret  (S.)  et 
Abril  (A.-M.).  Polynevrite  tubercu- 
leuse,  672.  ..... 

Carnevali  (Guido).  L’auto-epilation 
dans  les  maladies  mentales,  282. 
Carratala.  L’autoserotherapie  au  ve- 
sicatoire  dans  les  toxicomanies, 
308. 

Castillo  (E.-B.  del)  et  Argonz  (J.). 

Les  goitres  de  la  puberte,  304. 
Cathala  (J.),  Friedman  (E.)  et  Lapla- 
ne  (R.).  Diagnostic  du  rhumatisme 
cerebral,  855. 

Ceillier.  Discussion,  104,  455,  458. 

— .  V.  Cain. 

L-ttt.  V.  Pagniez. 

Cernacek  (Jos.).  V.  IJttl. 

Gestan,  Riser  et  Planques.  La  neuro- 
myelite  optique,  292. 

Chargarodsky  (L.  J.).  Reaction  a 

l’adrenaline  dans  le  complexe 
symptomatique  nevrosique,  299. 
Charpentier  (Rene).  Discussion,  204, 
209,  221,  403,  458,  600,  627,  803. 
Chaumet  (G.).  Les  algies  scapulo- 
humerales  et  leur  traitement  par 
les  agents  physiques,  310. 

Chavany  (J.-A.),  Thiebaut  (F.)  et 
Thieffry  (S.).  Coexistence  de  para¬ 
lysie  due  au  serum  antidiphterique 
et  de  paralysies  diphteriques,  468. 
Chavarot  (M.).  V.  Hamel. 

Chavigny  (P.).  V.  Gelma. 

Cheneveau.  V.  Baruk. 

Christophe  (J.).  V.  Crouzon. 

Ciafaloni  (G.).  La  reaction  de  Donag¬ 
gio  en  psychiatric.  681. 


ANNEE  1936. 


TABLES  DU  TOME  I 


Ciampi  et  Bruno.  La  reaction  de 
Donaggio  dans  les  urines,  681. 
Claude  (H.)  et  Coste.  Maladie  de 
Steiner,  120. 

—  et  Corman  (L.).  Arachnoidite  kys- 
tique  de  la  region  fronto-parietale, 
290. 

Sivadon  (P.)  et  Beley  (A.-P.-L.). 
Simulation  discutee,  408. 

— ,  Sivadon  (P.)  et  Ajuriaguerra  (J.). 
Desequilibre  mental  post-encepha- 
litique,  412. 

— .  Discussion,  601. 

—  et  Coste  (FI.).  Productions  gom- 
meuses  survenues  cliez  deux  para- 
lytiques  generaux  paludes,  607. 

—  et  Coste  (FI.).  Paraplegie  en  flexion 
d’origine  cerebrale  chez  un  paraly- 
tique  general  traite  par  des  ondes 
courtes,  611. 

—  et  Lagache  (Daniel).  Les  relations 
de  la  jalousie  et  de  l’erotomanie, 
643. 

— .  Psyehopathologie  collective,  651. 
Clement  (Robert).  Encephalites  epi- 
demiques  (Unite  ou  Plurality  ?), 
849. 

Coche  (R.).  V.  Brunerie. 

Codet.  Discussion,  626. 

— .  Le  probleme  actuel  de  l’hysterie, 
857. 

Colapietra  (F.).  Les  conditions  etio- 
logiques  et  pathogeniques  des  psy¬ 
choses  seniles,  280. 

Collazo  (J.-A.)  et  Santos  Ruiz  (A.). 
Coma  hypercalcemique  experimen¬ 
tal,  299. 

Conrad  (Agnes).  L’anamnese  chez  les 
malades  atteints  de  goitre  a  forme 
toxique,  304. 

Constant  (J.).  La  legalite  des  peines, 
492. 

Constantinesco  (P.).  V.  Tomesco. 
Copper  (Melbourne  J.).  Mouvements 
associes  de  la  langue  controles  par 
1’effort  volontaire  dans  l’encephali- 
te  Epidemique,  850. 

Coppez  (J.)  et  Martin  (P.).  Aspect  de 
thrombophlebite  du  sinus  caver- 
neux  apres  septicemie,  270. 

— .  Hypotonie  atonique  traumatique 
de  1’artere  centrale  de  la  retine, 
270,  648. 

Coppola  (P.).  Goitre  et  maladie  men- 
tale,  304. 

Corman  (L.).  V.  Claude. 

—  et  Horvens  (Paul).  Le  traitement 
des  troubles  mentaux  de  l’alcoolis- 
me  par  la  strychnine,  686. 

Costanzi  (Charles).  Guerison  durable 
d’un  asthme  bronchique  par  la  ma- 
lariatherapie,  310. 

Coste,  V.  Claude. 

— ,  Bollack,  Fauvet  et  Delthil  (Mme 


S.).  Syringobulbie  avec  atrophie 
optique  unilateral,  265. 

Couleon  (Mme  et  M.).  V.  Abely. 

Courbon  (Paul)  et  Feuillet  (G.).  Syn¬ 
drome  infundibulaire,  trophcedeme 
et  troubles  mentaux,  73. 

—  et  Feuillet  (Ch.).  Une  maratre 
parkinsonienne,  199. 

— .  Discussion,  210,  233,  234,  457. 

—  et  Feuillet  (C.).  Stereotypie  de- 
mentielle  d’attitude  en  station  sur 
la  tete,  390. 

—  et  Leconte  (Maurice).  Merycisme 
dementiel  par  altruisme  morbide, 
463. 

—  et  Rousset  (Mile  S.).  Impulsions 
au  suicide  chez  un  vieillard  epi- 
leptique,  766. 

—  et  Fortineau.  Impulsion  au  magni- 
cide  revelatrice  d’hebephrenie,  770. 

Courtois  (A.).  V.  Marchand. 

Courtois-Suffit  (M.)  et  Bourgeois 
(Francis).  Responsabilite  medicale  ; 
serotherapie  antitetanique,  311. 

Courville  (Cyril  B.).  V.  Nielsen. 

Cremieux  (Albert).  V.  Roger. 

Christini  (Renato).  Choree  atypique 
chez  un  sujet  hysterique,  856. 

Crouzon  (O.)  et  Christophe  (Jean). 
Myoclonies  rythmees,  120. 

—  et  Christophe  (J.).  Compressions 
medullaires  dans  la  neurofibroma- 
tose,  134. 

— .  Discussion,  454,  589. 

— ,  Christophe  et  Braun-Vallon 
(Mme).  Les  ophtalmoplegies  fami- 
liales,  667. 

Cullerre  (Mile)  et  Edert  (Mme).  De¬ 
lire  de  gynecopathie  interne  chez 
une  paralytique  generale  apres  ma- 
larisation,  613. 

— .  Discussion,  835. 

Curran  (Desmond).  Etude  clinique  du 
delirium,  281. 

Curti  (Guiseppe).  Le  hrome  sanguin 
dans  les  crises  d’epilepsie,  682. 

Curveille  (Jean).  Syndrome  d’Adie, 
487. 


D 


Daelman.  Psychose  puerperale  a  Evo¬ 
lution  dementielle,  guerison  brus¬ 
que  par  flevre  spontanee,  471. 

Darquier  et  Schmite.  Tumeurs  de 
l’angle  ponto-cerebelleux,  666. 

Daumezon.  Hallucinations  visuelles, 
conscientes  et  transitoires,  257. 

— .  Dipsomanie  reactionnelle  et  perio- 
dique,  739. 

— .  Amnesie  retardee  dans  une  intoxi¬ 
cation  oxycarbonee,  742. 


TABLE  ALPHABETIQUE  DES  NOMS  D’ AUTEURS 


David  (M.).  Syndrome  adiposo-genital 
et  acromegalie,  122. 

—  et  Mahoudeau  (D.).  Les  meningio- 
mes  de  la  petite  aile  du  sphenoiide, 
668. 

— .  Tumeur  angiomateuse  du  bulbe  et 
du  cervelet,  838. 

Dechaume  (J.).  V.  Pehu. 

Delabue  (J.),  Bezanijon  (L.-Justin)  et 
Bardin  (P.).  Infarctus  du  poumon 
d’origine  embolique.  Role  du  syste- 
rae  nerveux  vaso-moteur,  676. 
Delaville  (Maurice).  V.  Dupouy. 
Delherm  (L.)  et  Beau.  La  radiothera- 
pie  du  sympathique,  136. 

Delmas  (Ach.).  Discussion,  599. 
Delmond  (Jacques).  V.  Petit. 

—  et  Anglade  (Louis).  Gigantisme, 
terreurs  nocturnes  et  delire  d’ima- 
gination,  385. 

— .  La  schizophasie,  478. 

Delsug.  V.  Brissot. 

Dei/thh.  (Mme  S.).  V.  Coste. 

Demay  (G.).  Discussion,  455,  790. 
Deparis  (M.).  V.  Baudouin. 

Dereux  (J.)  et  Pruvost  (A.).  Sclerose 
en  plaques  familiale,  265. 

— .  Myoclonies  velo-pharyngo-laryn- 
gees,  467. 

— .  V.  Vincent. 

—  et  Titeca  (J.).  Association  de  poly- 
nevrite,  nephrite  et  crampes,  641. 

Desmedt.  Forme  delirante  de  confu¬ 
sion  mentale  due  a  une  pyohemie  a 
colibacilles,  269. 

Desruelles.  Discussion,  791. 
Detenhoff  (Th.).  Tableaux  cliniques 
pseudo-schizophreniques  dans  la 
mesencephalite,  856. 

Dide  (M.).  La  mdmoire.  Psychogenese 
et  pathogenese,  285. 

Dimoi.esco  (Alfred).  V.  Obregia. 

Divry  et  Evrard.  Insuffisance  motri- 
ce  avec  syndrome  myotonique,  127. 

—  et  Evrard.  Oligodendrogliome  de 
la  base  du  cerveau,  269. 

— .  Cholesteatome  du  cervelet,  840. 
Donaggio  (A.).  Cerveau  frontal  et  sys- 
teme  extrapyramidal,  852. 

Donnadieu  et  Bargues.  Paralysie  ge¬ 
nerate  et  hemorragie  meningee,  435. 
Doussinet  (Pierre).  Conditions  biolo- 
giques  de  certains  troubles  men- 
taux,  488. 

Dretler  (J.).  Influence  des  processus 
focaux  du  cerveau  sur  la  schizo¬ 
phrenic,  656. 

Dublineau  (J.).  Formes  frustes  de 
neurosyphilis,  245. 

— .  Superinfection  syphilitique  et  for¬ 
mes  frustes  de  neuro-syphilis,  249. 
Dumas  (Georges).  Discussion,  106,  222, 
234. 

Dumesnil  (Rene).  Histoire  illustree  de 
la  medecine,  847. 


Dupain.  Discussion,  416. 

Dupouy  (Roger)  et  Delaville  (Mauri¬ 
ce).  Le  traitement  des  toxicomanies 
par  l’emulsion  des  lipides  vegetaux, 
307. 

Dupreel  (E.).  Nature  psychologique 
et  convention,  284. 

Durand  (Charles).  V.  Heuger. 


Earl  (C.  J.  C.).  La  psychose  catatoni- 
que  primitive  de  l’idiotie,  132. 

Ebauch  (F.  G.).  V.  Barnacle. 

Ederle  (W.).  Le  traitement  de  la 
schizophrenic  par  le  choc  hypo- 
glycemique,  685. 

Edert  (Mme).  V.  Cullerre. 

Essen-Moller  (Erik).  La  natalite  dans 
certains  groupes  de  maladies  men- 
tales,  480. 

Evrard.  V.  Divry. 

Meningite  pneumococcique  trau- 
matique,  842. 

Ewald.  L’indigence  intellectuelle,  131. 

Ey  (Henri).  La  demence  precoce  et  les 
etats  schizophreniques,  132. 

— ■.  Discussion,  547. 


Fattovitch  (G.).  V.  Jacchia. 

Fauvet.  V.  Coste. 

Faveret  (P.).  La  schizophrenic  et  les 
etats  schizoides  dans  le  milieu  mi- 
litaire,  846. 

Ferraz  Alvim  (James).  Les  calcifica¬ 
tions  de  la  faux  du  cerveau,  289. 

Fetterman  (Joseph)  et  Barnes  (Mar¬ 
garet  R.).  L’intelligence  chez  les 
epileptiques,  279. 

Feuillet  (C.).  V.  Courbon. 

Fiessinger  (Noel).  Endocrinologie,  489. 

Fishgold  (F.).  Presentation  nouvelle 
des  profils  psychologiques  de  Ver- 
meylen,  284. 

Florensky  (J.  A.).  La  logopedie  des 
aphasies,  853. 

Fontaine  (Rene).  V.  Leriche. 

Fontana  (Mariano).  La  negativite  du 
liquide  cephalo-rachidien  dans  la 
paralysie  generale  progressive,  301. 

Fortineau  (J.).  V.  Marchand. 

V.  Courbon. 

Frank  (B.).  La  depersonnalisation 
dans  les  maladies  cerebrales,  131. 

Franquet  (Rene).  Nos  reves  et  leurs 
qualites,  662. 

Freeman  (William),  Looney  (Joseph- 


ANNEE  1936. 


TABLES  DU  TOME  1 


M.)  et  Small  (Rose-R.).  L’index  phy- 
totoxique  dans  la  schizophrenic, 

Fbeiman  (S.  A.).  Myelite  compliquant 
la  grossesse  et  l’accouchement,  134. 

Fribouhg-Blanc.  V.  Lhermitte. 

Friedman  (E.).  V.  Cathala. 

Friedmann  (B.-D.).  Influence  du  pro¬ 
cessus  sur  le  caractere  dans  la 
schizophrenic  henigne,  657. 

Fromaget  (G.).  La  protection  des  per- 
vers  dans  l’armee,  846. 

Funck  (A.).  Les  concerts  fondamen- 
taux  de  1’hypnotisine,  858. 


G 


Galant  (J.-B.).  Traitement  de  la  schi¬ 
zophrenic  par  le  sang  de  placenta, 
307. 

Gallot  (Henry-M.).  La  psychologie  et 
la  physiologie  des  ohsedes,  478. 

— .  V.  Sezary. 

Garcin  (R.).  Pupille  excentrique  dans 
un  cas  de  neo-formation  basilaire, 
122. 

— .  La  ventriculographie,  287. 

Garma  (Angel).  Crime  et  chatiment, 
310. 

Gassiot  (G.)  et  Leclerc  (J.).  Ascari- 
diose  et  psychopathic,  534. 

Gastaldi  (G.).  V.  Rossi. 

Gehuchten  (van).  Mecanisme  de  la 
mort  dans  les  tumeurs  cerebrales, 
265,  271. 

Gelma  (E.)  et  Chavigny  (P.).  Merasthe- 
nie  paroxystiqiie  de  nature  psycho- 
nevrosique,  264. 

— •  Delinquance  repetee  et  identique- 
ment  renouvelee,  643. 

Gerebtzoff  (A.).  Le  lemniscus  lateral 
et  ses  commissures,  270. 

Gisleh  (P.).  V.  Hintzsclie. 

Glinoer  (E.).  V.  Ballif. 

Goldberg  (R.-L.).  Les  meningococcies, 

Goldstein  (M.).  V.  Marinesco. 

Gomez  Mahcano  (Antonio).  L’encepha- 
lite  guanidinique,  206. 

Gorriti  (F.).  Versification  psychopa- 
thique,  652. 

Gottlieb  (J.-S.)  et  Lavine  (G.-R.). 
Sclerose  tubereuse  avec  lesions  os- 
seuses  rares,  855. 

Gottschick  (I.).  Les  psychoses  symp- 
tomatiques,  130. 

Goujon  (Jean).  L’emploi  therapeuti- 
que  des  sels  de  strontium,  492. 
Gouriou.  Discussion,  605,  626. 

Gozzano  (Mario).  Les  phenomenes 
electriques  de  1’ecorce  cerebrale, 
298. 

Grigoresco.  V.  Marinesco. 


Grimal.  V.  Bargues. 

Gruia  Ionesco  (N.).  V.  Tomesco. 
Guerner  (Fausto)  et  Aguiar  Whita¬ 
ker  (E.  de).  Traitement  des  etats 
anxieux  par  l’hyposulfite  de  magne¬ 
sium,  306. 

Guesselson  (B.  S.).  V.  Rosenblum. 
Guillain  (G.)  et  Aubry  (M.).  Nevralgie 
du  glosso-pharyngien  guerie  par 
l’alcoolisation,  265. 

— .  Etudes  neurologiques,  6“  annee, 
483. 

— .  Radiculo-nevrite  avec  hyperalbu- 
minose  cephalo-rachidienne  sans 
reaction  cellulaire,  642. 

—  et  Mollaret  (Pierre).  Le  syndrome 
myoclonique  velo-pharyngo-laryngo- 
oculo-diaphragmatique,  665. 

!  — ,  Mollaret  (P.)  et  Aubry  (M.).  Les 
fonctions  cochleo-vestibulaires  dans 
la  maladie  de  Friedreich  et  les 
affections  heredo-degeneratives,  670. 
Guillaume.  V.  Thomas. 

— .  V.  Schaeffer. 

—  et  Meyerson  (I.).  L’usage  de  1’ins- 
trument  chez  les  singes,  284. 

— .  V.  Martel. 

Guiraud.  Discussion,  85,  204,  209, 

232,  233,  242,  403,  412,  611,  618,  759, 
804,  816. 

— ,  Bonnafous-Serieux  (Mme)  et  No- 
det  (Ch.).  Symptomes  et  lesions  du 
systeme  nerveux  vegetatif  dans 
l’alcoolisme  chronique,  211. 

—  et  Ferdieiie  (G.).  Aphasie  chez  les 
syphilitiques  et  paralysie  generale, 
404. 

Gullotta  i(Salvatore) .  L’etiopathoge- 
nese  de  la  sclerose  en  plaques,  671. 
Gunnar  Lindquist.  Syndrome  schizo- 
phrenique  exogene,  655. 

Gurewitsch  (M.).  Le  syndrome  inter¬ 
parietal  dans  les  maladies  menta- 
les,  661. 

— .  Particularites  anatomo-pathologi- 
ques  de  la  paralysie  generale,  678. 


Hackfield  (A.  W.).  Crimes  inintelli- 
gibles,  signe  initial  de  schizophre¬ 
nic,  311. 

Haguenau  (J.).  Les  nevralgies  du  tri- 
jumeau,  672. 

Halbron  (Pierre).  V.  Baudouin. 

— ,  Levigne  et  Klotz.  Neuromyelite 
optique  autonome,  642. 

Hamburger  (Jean).  V.  Pasteur-Valle- 
ry-Radot. 

— .  Les  migraines  allergiques,  664. 

Hamel  (J.),  Buisson  (R.)  et  Chavarot 
(M.).  L’acide  formique  du  liquide 
cephalo-rachidien,  28. 


TABLE  ALPHABETIQUE  DES  NOME  D’ AUTEURS 


— ■;  Discussion,  118,  802. 

—  et  Buisson  (R.).  Anxiete  chez  un 
deprime  hypocondriaque.  Heureux 
eifet  de  la  vagotonine,  823. 

Hamet  (Raymond).  Les  medicaments 
sympathicolytiques,  136. 

Hanon  (Julio-L.).  V.  Montanaro. 

Harper-Hart  (Henry).  Le  genie  et  le 
bonheur,  286. 

Harris  (Henry).  L’anxiete,  130. 

Hartenberg  (P.).  Glassification  des 
nevroses,  857. 

Haskovec.  V.  Lhermitte. 

Hedouin.  V.  Quercy. 

Heernu  (J.).  Aphasie  de  Wernicke 
chez  une  syphilitique,  268. 

—  et  Baudoux.  Psychoses  et  cecite, 
646. 

— .  V.  Vermeylen. 

Helsmoortel  et  Bogaert  (L.  van). 
Myoclonies  velo-palato-linguales  et 
des  globes  oculaires,  647. 

Helsper  (R.).  Psychoses  de  1’encepha- 
lite  epidemique  chronique,  276. 

Hemmes  (W.).  V.  Scheer. 

Hennely  (T.  J.)  et  Yates  (E.  D.).  Le 
brome  sanguin  dans  les  psychoses, 
682. 

Hernandez  Ramirez  (Rafael).  V.  Bar- 
rancos. 

Hesnard  (A.).  Ce  que  la  Clinique  fran- 
caise  a  retenu  de  la  psychanalyse, 
662. 

Heucqueville  (Georges  d’).  V.  Laignel- 
Lavastine. 

Heuyer  (G.)  et  Durand  (Ch.).  Delire  a 
deux  chez  un  parkinsonien  et  sa 
mere,  416. 

— .  Discussion,  595,  791. 

— ■,  Roudinesco  (Mme)  et  Lesueur 
(Mme).  Reaction  myotonique,  isolee 
des  flechisseurs  de  la  main,  836. 

Heymans  (C.).  Survie  et  reviviscence 
des  centres  nerveux  apres  anemie 
aigue,  472. 

Hicguet  (G.).  La  duree  de  la  percep¬ 
tion  osseuse  dans  l’audition,  647. 

Hintzsche  (E.)  et  Gisler  (P.).  Les  seg¬ 
ments  medullaires  dans  le  canal 
vertebral,  295. 

Hoerner  (G.).  Paraplegic  obstetricale 
avec  myelomalacie,  676. 

Hoff  (F.).  Modifications  de  l’etat 
affectif  et  desequilibre  acido-basi- 
que,  681. 

Hollander  (F.  d’)  et  Lavista  (Ch.). 
La  catatonie  experimentale,  470. 

Hornet.  V.  Alajouanine, 

Horveno  (Paul).  V.  Corman. 

Hoven.  Psychoses  de  la  menopause, 
471. 

Huguenin  (Rene).  V.  Roussy. 

Hiiot  (V.-L.).  Peintures  et  dessins 
d’un  schizophrene  malgache,  172. 


Ichok  (G.).  Les  reflexes  conditionnels 
et  le  traitement  de  l’alcoolique, 
308. 

Ingvarsson  (C.  G.)  et  Lindberg  (S.  J.). 
La  suggestibility  dans  les  troubles 
mentaux,  652. 


Jacchia  (L.)  et  Fattovitch  (G.).  La 
cholesterinemie  et  le  metabolisme 
des  lipoides  chez  les  epileptiques, 
302. 

Jacquet  (M.).-V.  Tinel. 

Jakobsen  (Jakob).  V.  Reiter. 

Janet  (Pierre).  La  psychologie  expe¬ 
rimentale  et  comparee,  481. 

Jankelevitch  (V.).  L’ironie,  843. 

Jayle  (G.-E.).  Les  centres  cortico- 
o  eulogy  res,  675. 

Joz  (Mme  H.).  Anosognosie  de  cecite 
dans  la  cysticercose  cerebrale,  667. 

Juba  (A.).  Projection  de  la  vision  cen- 
trale  dans  le  corps  genouille  exter- 
ne  et  l’ecorce  visuelle  de  l’homme, 
861. 

Jude  (A.).  V.  Lyon-Caen. 

Jung  (T.  S.).  V.  Alexander. 

Justman  (S.).  Le  diagnostic  precoce 
de  la  sclerose  en  plaques,  671. 


K 


Kaganowskaja  (Mme  E.  L.).  Halluci¬ 
nations  visuelles  et  troubles  de  la 
perception  au  cours  de  l’encepha- 
iite  epidemique,  276. 

Kaplan.  V.  Lhermitte. 

Katzenfuss  (H.).  La  schizophrenic 
greffee,  658. 

Kllippel  (M.).  Hippocrate  philosophe, 
129. 

Klotz.  V.  Halbron. 

Korganow  (J.  N.).  La  paralysie  ascen- 
dante  de  Landry,  135. 

Kosiiimizu  (K.).  Representation  en  re¬ 
lief  du  systeme  nerveux  central 
dans  l’image  radiologique  par  le 
thorotrast,  297. 

Kovalov  (E.  N.).  V.  Sokolanski. 

Kreindler.  V.  Marinesco. 

— .  V.  Parhon. 

Krijanowskaia  (Mme  K.  P.).  V.  Slivko. 

Krol  (N.-M.)  et  Bonnegarde  (E.-M.). 
Les  etats  crepusculaires,  genese  et 
structure,  279. 


ANNEE  1936.  —  TABLES  DU  TOME  I 


Lagache  (Daniel).  V.  Claude. 

Laignel-Lavastine  et  Voisin  (Jean). 
Syndrome  de  Claude  Bernard-Hor- 
ner  et  signe  d’Argyll-Robertson 
traumatiques,  119. 

- ,  Heucqueville  (Georges  d’)  et 

Sambron  (J.-J.).  Tentatives  de  sui¬ 
cide  repetdes  chez  un  instable  de¬ 
prime  sans  travail,  218. 

_ ,,  Vinchon  (Jean),  Heucqueville 

(Georges  d’)  et  Sambron  (J.  J.).  Pre¬ 
cedes  de  defense  sensorielle  chez 
une  persdcutee,  242. 

- .  Sympathique  et  interferemd- 


- ’  et  Heucqueville  (Georges  d’). 

Le  Service  de  psychiatrie  de  la 
Pitie,  444. 

Landa-Glaz  (R.  J.).  Rapports  du  cal¬ 
cium  et  du  potassium  humain  avec 
l’Sge  du  foetus,  299. 

Langeluddeke  (Albrecht).  Le  traite- 
ment  par  le  soufre  dans  la  schizo¬ 
phrenic,  307. 

Langeron  (L.).  V.  Vincent. 

Laplane  (R.).  V.  Cathala. 

Larrive  (E.)  et  Mathon  (R.).  Les  for¬ 
mes  mentales  des  tumeurs  cerebra- 
les,  694. 

Labuelle.  Le  syndrome  du  trou  o 
pital,  265. 

—  et  Massion  (L.).  L’hyperpnee,  473. 

Lasszea  (A.).  Therapeutique  aspecifi- 
que  complete  dans  la  confusion 
mentale  et  la  demence  precoce,  686. 

Lavine  (G.-R.).  V.  Gottlieb. 

Lavista  (Ch.).  V.  Hollander. 

Lazarev  (V.  G.)  et  Leibovitch  (B.). 
Meningite  sereuse  evoluant  s  " 
forme  de  tumeur  du  cerveau,  6i 

Leclerc  (J.).  V.  Gassiot. 

Leconte  (Maurice).  V.  Courbon. 

Leibovitch  (B.).  V.  Lazarev. 

Leiris.  Les  representations  religieuses 
relatives  au  «  Zar  »  en  Ethiopie  du 
Nord,  267. 

Lemaitre  (L.).  V.  Vincent. 

Lemere  (F.).  V.  Barnacle. 

Lenormand  (Ch.).  Les  indications  the- 
rapeutiques  precoces  dans  les  frac¬ 
tures  de  la  base  du  cr5ne,  137. 

Leonhard  (K.).  Recherches  familiales 
sur  les  psychoses  endogdnes  atypi- 
ques,  275, 

— .  Schizophrenics  exogfenes  et  idio- 
pathiques,  655. 

Lereboullet  (J.).  V.  Lhermitte. 

— .  V.  Aubry. 

Leriche  (Rene)  et  Fontaine  (Rene). 
L’infiltration  hovoca'inique  du  sym¬ 
pathique  lombaire,,  136. 


— .  Des  amputations  du  point  de  vue 
de  la  mortalite,  de  la  technique  et 
de  la  physiologie,  137. 

Lerman  (J.).  V.  Ayer. 

Leroy  (A.).  Le  sang  des  agites  non 
soumis  a  la  dietylmalonyluree,  126. 

Lesueur  (Mme) .  V.  Heuyer. 

Levi  (Luisce).  Delire  d’imagination  et 
Mythomanie,  653. 

Levigne.  V.  Halbron. 

Levin  (Max).  Hypertonie  paroxystique 
emotionnelle,  272. 

— .  Role  du  cortex  cerebral  dans  la 
narcolepsie,  849. 

Levy  (Gabrielle).  V.  Roussy. 

Levy-Valensi.  Discussion,  204,  742. 

— ,  Bezanqon  (Justin-)  et  Tilitcheef. 
Syndrome  hemibulbaire  associe  a 
une  paralysie  croisee  du  pathetique, 
468. 

— .  L’actualite  et  les  psychoses,  651. 

Lewkowicz  (K.).  Les  meningites  sont 
plexogdnes,  677. 

Ley  (Ad.).  V.  Bailey. 

Ley  (J.).  V.  Baonville. 

— .  Ictus  apoplectiforme  suivi  d’acal- 
culie,  dyslexie  et  dysgraphie,  841. 

Ley  (R.).  Le  traitement  du  parkin- 
sonisme  post-encephalitique,  127. 

Lhermitte  (J.).  L’hemorragie  du  tha¬ 
lamus,  121. 

—  et  Haskovec.  Action  neurolytique 
du  venin  d’abeilles,  122. 

— .  V.  Sainton. 

— ,  Lereboullet  (J.)  et  Kaplan.  Ra- 
mollissement  hemorragipare  d’ori- 
gine  veineuse  chez  un  enfant,  124. 

. —  et  Trelles  (J.-O.).  Incrustations 
des  cellules  corticales  dans  la  cho¬ 
ree  chronique  non  huntingtonienne, 

124. 

—  et  Beaudouin.  Paralysie  Basque  au 
cours  d’un  cancer  de  la  prostate, 

125. 

—  et  Ajuriaguerra.  Les  hallucina¬ 
tions  chez  les  ophtalmopathes,  232. 

—  et  Fribourg-Blanc.  Encephalo- 
myelite  subaigue  consecutive  a  la 
vaccination  Antiamarile,  264. 

—  et  Bollack.  Syndrome  de  Lauren- 
ce-Moon,  265. 

—  et  Ajuriaguerra  (J.  de).  Hallucina¬ 
tions  visuelles  et  lesions  de  l’ap- 
pareil  visuel,  321. 

— .  La  radiothdrapie  dans  la  syringo- 
myelie,  469. 

—  et  Albessar.  Syndrome  infundibu- 
laire  avec  phenomdne  de  deperson- 
nalisation,  469. 

— .  V.  Roussy. 

— ,  Bijon  et  Nemouhs-AuGuste.  Forme 
acroparesthesique  de  la  syringo- 
myelie,  640. 

— ■.  Manifestations  encephaliques  des 
embolies  gazeuses,  663. 


TABLE  ALPHABETIQUE  DES  NOMS  D’ AUTEURS 


_ et  Albessar.  Syndrome  adiposo¬ 
genital.  Traitement  specifique.  Gue- 
rison,  837. 

Lima  (Almeida).  V.  Moniz. 

Lindberg  (S.  J.).  V.  Ingvarsson. 

Lindner  (Torsten).  Etioiogie  et  patho- 
genie  de  la  schizophrenic,  656. 

Loisel  (Guy).  Astrocytomes  du  ver¬ 
mis  chez  l’enfant,  666. 

Looney  (Joseph-M.).  V.  Freeman. 

Lopez  Albo  (W.).  Demence  infantile, 
273.  .  , 

— .  Hemorragie  meningee  chez  un 
hemophile,  293. 

Lubac  (Emile).  Le  Cycle  de  l’lncons- 
cient,  650.  . 

Lyon-Caen  (L.)  et  Jude  (A.).  Parkin- 
sonisme  manganique,  851. 

Lyman  (R.  S.).  V.  Alexander. 


Mackiwiecg  (S.).  Hemiaplasie  du  cer- 
velet,  861. 

Mahoudeau  (D.).  V.  David. 

— .  V.  Puech. 

Malgaud  (W.).  De  l’action  a  la  pensee, 

Marchand  (L.).  Discussion,  84,  204, 
218,  233,  438,  742. 

if#-.  Fortineau  et  Petit  (Mile  P.).  Hal¬ 
lucinations  visuelles  pro.ietees  et 
dessinees,  symptomes  epileptiques, 
205.  .  .. 

_  et  Courtois  (A.).  La  psychose  aigue 
de  Korsakoff  des  alcooliques,  277. 

—  Etat  du  fond  d’oeil  dans  115  cas 
de  paralysie  generale  traites  par  le 
stovarsol  sodique,  398. 

_.  Lesions  du  fond  d’ceil  chez  les 
paralytiques  generaux  traites  par 
la  tryparsamide,  427. 

— .  Degenerescence  amyloide  de  la 
cellule  nerveuse,  673. 

— .  Petit  (Mile  P.)  et  Fortineau  (J .) . 
Meningite  aigue  pneumococcique  en- 
kystee  chez  un  paralytique  gene¬ 
ral,  754. 

—  Neurinome  du  nerf  acoustique, 

760. 

Marinesco  et  Kreindler.  Les  re¬ 
flexes  conditionnels  ;  application  a 
certains  problemes  cliniques,  28b. 

—  et  GriGoresco.  Le  syndrome  de  la 

pointe  du  rocher,  665. . 

—  et  Goldstein  (M.).  Adeno-epithe- 
lium  metastatique  de  la  dure-mere, 
677. 

Marquet  (G.).  V.  Picard. 

Martel  (Th.  de).  V.  Thomas. 

-.  V.  Schaeffer. 


— .  Tumeurs  cerebrales,  excepte  l’hy- 
pophyse,  291. 

— ,  Guillaume  et  Thurel.  Tumeur  du 
rachis  secondaire  a  un  kyste  du 
thorax,  836. 

Martin  (P.).  V.  Coppez. 

— .  La  ventriculographie  dans  les  ab- 
ces  cerebraux,  271. 

—  et  Bogaebt  (L.  van).  Diagnostic 
difficile,  473. 

. — .  V.  Busscher. 

— .  Les  affections  chirurgicales  para- 
hypophysaires  a  symptomatologie 
clinique  uniquement  ophtalmologi- 
que,  648. 

Mahzynski.  V.  Baranowski. 

Masquin  (P.).  Syndrome  tardif  d’hy- 
pertension  intracranienne  post-trau- 
matique,  266.  ' 

Massary  (Jacques  de)  et  Albeissar 
(R.).  Maladies  de  Schilder,  121. 
Massaut  et  Mathieu.  Le  tryptophane 
du  sang  dans  les  maladies  menta- 
les,  840. 

Massion-Verniory  (L.).  Cas  atypique 
de  myotonie  atrophique,  127. 

- .  V.  Laruelle. 

Masson  (Agnes).  Le  travestissement. 
Essai  de  psycho-pathologie  sexuelle, 
479. 

Mathieu.  V.  Massaut. 

Mathon  (R.).  V.  Larrive. 

Mazurkiewicz  (J.).  Le  sommeil  et  la 
veille  au  cours  du  cycle  vital,  679. 
Means  (J.  H.).  V.  Ayer. 

Meignant  (P.).  La  catatonie,  272. 
Menendez  (Francisco  J.)*  V.  Cardenas. 
Menninger  (W.-C.).  V.  Stone. 

— .  Facteurs  psychologiques  dans 

i’etiologie  du  diabete,  858. 

Messing  (S.).  Anatomie  pathologique 
du  parkinsonisme  post-encephaliti- 
que,  679. 

Metzger  (Oscar).  V.  Barre. 

Meyer  (Fr.).  Anatomo-  et  histopatho- 
logie  de  la  psychose  maniaque-de- 
pressive,  295. 

Meyers  (A.).  V.  Baonville. 

Meyerson  (I.).  V.  Guillaume. 

Miller  (Milton-L.).  Psychoses  asso- 
ciees  aux  alterations  hypothalami- 
ques  et  voisines,  303. 

Mills  (G.  A.).  Suicides  et  homicides 
sous  l’influence  des  modifications 
barometriques,  311. 

Minkowski  (E.)  et  Silz  (Mile  A.)  L’as- 
sistance  aux  enfants  difficiles  au 
foyer  de  Soulins,  92. 

Mirotvorskaia  (Mme  A.  A.).  Les  pa¬ 
rasites  de  l’encephale,  290. 
Miserocchi  (E.).  Recherches  electro- 
myographiques  dans  le  parkinso¬ 
nisme,  684. 

Miyashita  (K.).  V.  Bertrand. 


Ann.  Med.-Psych.,  15'  serie.  —  Tables  du  tome  I,  1936. 


ANNEE  1936. 


TABLES  DU  TOME  I 


Moldaver  (J.)  et  Titeca  (J.).  Sclerose 
laterale  amyotrophie  a  debut  bul- 
baire,  842. 

Mollaret  (Pierre).  V.  Guillain. 

Monier-Vinard.  Neurologie,  484. 

- et  Weil.  Cysticercose  cerebrale, 

841. 

Moniz  (Egas).  Evolution  de  la  techni¬ 
que  de  1’angiographie  cerebrale,  287. 

—  et  Lima  (Almeida).  Symptdmes  du 
lobe  prefontal,  468. 

Monnier  (Marcel).  V.  Schwob. 

Montanaro  (Juan  C.)  et  Hanon  (Ju- 
lio-L.).  Crises  salivaires  tabetiques, 
292. 

Montassut  (M.).  Politiques  morbides 
de  la  maladie,  652. 

Moreau  (M.).  V.  Baonville. 

Morel  (Ferdinand).  Examen  andio- 
metrique  de  malades  presentant  des 
hallucinations  additives  verbales, 
520. 

Morsier  (G.  de)  et  Mozer  (J.-J.).  Age- 
nesie  calleuse  et  troubles  du  deve- 
loppement  de  1’hemisphere  gauche, 

MOsinger  (M.).  V.  Roussy. 

Moulson  (Norman).  Le  pouvoir  amy- 
lolytique  du  liquide  cerebro-spinal, 

Mozer  (J.-J.).  V.  Morsier. 

Muller  (R.  F.  G.).  Nevrose  et  crimi- 
nalite,  494. 

— .  Psychiatrie  hindoue  ancienne,  651. 

Muncie  (Wendell).  Etats  d’excitation 
post-operatoires,  277. 

Munzer  (F.  Th.).  Le  signe  de  flexion 
de  la  tete,  664. 

Muyle  (G.)  et  Batselaere  (R.).  Le 
syndrome  des  «  mains  et  pieds  en 
fourche  »,  839. 


N 


Nagy  (M.).  Maladie  de  Parkinson  fa- 
miliale,  851. 

Nelken  (J.).  Les  perturbations  psychi- 
ques  chez  les  blesses  du  crftne,  660. 

— .  L’amnesie,  suite  de  blessure  du 
crane  par  arme  a  feu,  661. 

Nemeth  (P.  de).  Le  Tribunal  des  En- 
fants,  494. 

Nemours-Auguste.  V.  Lhermitte. 

Nielsen  (J.-M.)  et  Courville  (Cyril 
B.).  Signes  neurologiques  dans  les 
mastoidites,  288. 

Niessl  von  Mayendorf.  L’aphasie  dite 
parietale,  853. 

Nobecourt  (P.).  Syndromes  encepha- 
lo-meninges  et  abdominaux  au  de¬ 
but  de  la  pneumonie  chez  l’enfant. 


Nodet  (Ch.).  V.  Guiraud. 

Noel  (R.)  et  Pomme  (B.).  Zone  de 
jonction  myoneurale  ou  plaque  mo- 
trice,  673. 

Norman  (R.  M.).  Idiotie  familiale 

amaurotique  juvenile,  855. 


0 


Obregia  (Alex),  Dimolesco  (Alfred)  et 
Vasilesco  (Alex).  La  forme  Clini¬ 
que  dans  la  production  des  remis¬ 
sions  ^chez  les  paralytiques  gene- 

Ody  (F.).  Traitement  chirurgical  de  la 
nevralgie  essentielle  et  paroxysti- 
que  du  grand  nerf  d’Arnold,  137. 

Okhuma  (T.)  et  Tuyuno  (K.)  Les  cen¬ 
tres  du  sommeil,  294. 

Oliveira  Bastos  (Fernando  de).  Me- 
ningite  aigue  lymphocytaire  beni- 
gne,  292. 

Olmer  (Jean).  V.  Roger. 

Opalski  (A.).  Les  parois  ventriculai- 
res,  294. 

Orlando  (Roque).  Physiopathologie  et 
syndromes  anatomo-cliniques  du 
lobe  parietal,  674. 

Orret  (Sidney).  V.  Cardenas. 

Ossendowski  (A.).  V.  Baranowski. 

Ottonello  (Paolo).  Le  syndrome  aki- 
netico-hypertonique  dans  les  tu- 
meurs  du  lobe  frontal,  851. 


Paddle  (K.-G.-L.).  La  syphilis  conge- 
nitale  chez  les  deficients  mentaux 
adultes,  274. 

Pagniez  (Ph.)  et  Ceillier  (A.).  Le  ser¬ 
vice  de  psychiatrie  d’urgence  de 
I’hopital  Saint-Antoine,  589. 

Paillas  (Jean-E.).  V.  Roger. 

Panara  (Carlo).  Les  pigments  neuro- 
ferriques  dans  1’encephale  des  pa¬ 
ralytiques  generaux,  678. 

Paradoyvski  (J.).  V.  Baranowski. 

Parhon  (C.-L),  Kreindler  (A.)  et 
Weigl  (E.).  Syndrome  psychasthe- 
nique  et  hyperhypophysie,  352. 

Pasteur  Vallery-Radot.  Traitement 
des  migraines,  136. 

- et  Hamburger  (Jean).  Les 

migraines,  485. 

Pehc  (H.),  Dechaume  (J.)  et  Bonco- 
mond  (S.).  Anatomie  pathologique 
de  1’acrodynie  infantile,  296. 

— ,  Mouriquand  (G.),  Froment  (J.), 
Mazel  (R.),  Ff.yeux  (A.),  Jouve  (A.), 


TABLE  ALPHABET1QUE  DES  NOMS  D’ AUTEURS 


Mestrali.et  (A.),  Jacquet  (R.-P.)  et 
Biot  (Rene).  Medecine  et  Education, 
490. 

Penta  (Pasquale).  La  Narcolepsie, 
848. 

Peron  (Noel).  Discussion,  589. 

Perrussel.  Discussion,  802,  822. 

Petit  (Georges)  et  Delmond  (Jacques). 
Syndrome  d’Adie  et  syndrome  neu- 
ro-anemique  a  type  de  psychose 
polynevritique.  Amelioration  par  la 
methode  de  Castle,  106. 

• —  et  Delmond  (Jacques).  Syndrome 
d’Adie,  confusion  mentale  avec  lym- 
phocytose  rachidienne,  236. 

— .  Les  crises  oculogyres  en  patholo¬ 
gic  mentale,  459. 

—  et  Delmond  (Jacques).  Le  syn¬ 
drome  d’Adie  en  pathologie  men¬ 
tale,  497. 

— .  Discussion,  810,  822. 

Petit  (Mile  P.).  V.  Simon. 

— .  V.  Mccrchand. 

Petit-Dutaillis  (D.)  et  Schmite  (P.). 
Neyralgie  ou  glosso-pharyngien  et 
son  traitement,  672. 

Picard  (Jean).  Exhibitionnisme  et 
acromegalie,  100. 

— .  Discussion,  235,  803. 

—  et  Marquet  (G.).  Nanisme  achon- 
droplasique,  827. 

—  et  Marquet  (G.).  Syndrome  de  de¬ 
lire  aigu  chez  un  predispose.  Suc- 
ees  du  carbone  intraveineux,  832. 

Pichon  (E.).  La  logique  vivante  de 
1’esprit  enseignee  par  le  langage, 
284. 

Pi:'-' on  (Henri).  L’annee  psychologique 
1934,  482, 

Pinczewski  (J.).  et  Stein  (W.).  Para- 
lysie  recidivante  des  nerfs  craniens 
dans  la  maladie  de  Quincke,  666. 

Pinelli  (Laurent)  et  Ventre  (Pierre). 
Meningite  lymphocytaire,  669. 

Pisk  (G  ).  Les  pseudo-hallucinations 
dans  la  schizophrenic,  658. 

Pkzyluski.  La  plasticite  des  mots  et 
la  cohesion  du  discours,  285. 

Planques.  V.  Cestan. 

Plaut  (F.)  et  Rudy  (H.).  Les  relations 
entre  la  cholesterinemie  et  la  cho- 
lesterinorachie,  683. 

—  et  Rudy  (H.).  La  cholesterine  du 
liquide  oephalo-rachidien,  683. 

Poll  (H.).  Les  differences  sexuelles 
dactylographiques  chez  les  schizo- 
phrenes,  657. 

Pomme  (B.).  V.  Noel. 

Pommeau-Delille.  V.  Baruk. 

Porc’her.  Discussion,  233,  790. 

— .  Conductibilite  electrique  du  corps 
humain  et  dysendocrinie,  254. 

Porot  (A.).  Discussion,  791,  822. 

— .  Les  services  hospitaliers  de  psy¬ 


chiatric  dans  l’Afrique  du  Nord, 
793. 

—  et  Valence  (R.).  Maladie  de  Bier- 
mer  et  responsabilite  medico-legale, 

806. 

Poulain-Landrieu  (O.).  L’insuline  dans 
certains  troubles  ovariens,  309. 
Pruvost  (A.).  V.  Dereux. 

Puech  (Pierre)  et  Mahoudeau  (D.). 
Les  arachnoi'dites  opto-chiasmati- 
ques,  668. 

— .  L’oedeme  cerebral  dans  les  trau- 
matismes  craniens,  838. 

Putschar  (W.).  L’angiomatose  du 
systeme  nerveux  central  et  de  la 
retine,  667. 

Puusepp  (L.).  Meningiomes  cerebraux. 


Q 


Quercy  et  Hedouin.  L’analgesie  hys- 
terique,  653. 

—  et  Boucaud  (de).  L’illusion  des 
amputes,  653. 


Ramirez-Moreno  (Samuel).  Troubles 
mentaux  produits  par  l’intoxication 
aigue  par  la  marihuana,  278. 

Ramond  (Louis).  Abces  du  cerveau  ou 
ramollissement  cerebral  ?  288. 

— .  Etiologie  d’une  hemiplegie  a  debut 
progressif,  291. 

Ramos  (Jairos).  Myelose  funiculaire, 
671. 

Rayneau.  Discussion,  85,  221,  746,  760. 

Reiter  (Paul)  et  Jakobsen  (Jakob). 
Dermatoses  pellagroi'des  chez  les 
malades  mentaux,  481. 

Repond  (A.).  Les  tendances  actuelles 
de  la  psychiatrie  en  Suisse,  718. 

Requet  (A.).  V.  Riese. 

Riccitelli  (L.).  Les  centres  encephali- 
ques  de  regulation  des  fonctions 
vegetatives,  680. 

Richter  (G.-E.).  Action  des  moyens 
biologiques  sur  les  processeus  schi- 
zophreniques,  306. 

Riese  (W.)  et  Requet  (A.).  Correspon- 
dance  de  Kent  sur  les  rapports  de 
l’ame  et  du  cerveau,  44. 

Riser.  V.  Cestan. 

Robalinho  Cavalcanti.  Tuberculose 
cerebrale,  291. 

Robin  (Gilbert).  Les  demences  chez 
l’enfant,  274. 

Roger  (H.)  et  Olmer  (Jean).  Polyne- 
vrite  neuro-anemique  des  membres 
superieurs,  122. 


ANNEE  1936.  —  TABLES  DU  TOME  1 


—  et  Paillas  (Jean-E.).  Les  tumeurs 
cerebrates  metastatiques,  291. 

—  et  Alliez  (Joseph).  Choree  fibril- 
laire  de  Morvan.  Acrodynie  infan¬ 
tile  et  troubles  psychiques,  689.  - 

— ,  Gremieux  (Albert-)  et  Alliez  (Jo¬ 
seph).  Syndrome  catatonique  post- 
typhique  curable,  810. 

—  et  Cremieux  (Albert-).  Les  troubles 
psychiques  de  la  melitococcie,  816. 

Rodriguez  Cuevillas  (C.).  V.  Anco- 

Rojas  (Luis).  Status  dysraphicus,  289. 
Romero  (Andrea).  Alterations  de  la 
nevroglie  dans  la  meningo-ence- 
phalite  tuberculeuse,  860. 
Rondepierre  (J.).  Cyclothymie  et 
dysendocrinie,  429. 

Rosenblum  (J.  J.)  et  Guesselson  (B. 
S.).  Debuts  aigus  dans  la  schizo¬ 
phrenic,  654. 

Rossi  (O.)  et  Gastaldi  (G.).  La  regene¬ 
ration  du  tissu  nerveux  chez  les 
vertebres  superieurs,  859. 

Rotiifeld  (J.).  Les  troubles  psychi¬ 
ques  au  cours  des  tumeurs  cere¬ 
brales,  660. 

Rothschild  (D.).  Maladie  d’Alzhei- 
mer,  279. 

Rouart  (J.).  Discussion,  105. 

— .  Psychose  maniaque-depressive  et 
folies  discordantes,  475. 

Roudinesco  (Mme  M.).  Dolichosteno- 
melie  ou  maladie  de  Marfan,  266. 

— .  V.  Heuyer. 

Rousset  (Mile  S.).  V.  Barre. 

— •.  V.  Courbon. 

Roussy  (Gustave)  et  Levy  (Gabrielle). 
Les  etats  spasmodiques  du  releveur 
de  la  paupiere  superieure  par 
lesion  cerebrale,  en  foyer,  289. 

— ,  Lhermitte  (J.)  et  Haguenin  (Rene). 
Syndrome  metastatique  aigu  me- 
dullaire  dans  le  cancer,  469. 

—  et  Mossinger  (M.).  L’hypothalamus, 

Roxo  (Henrique).  Methodes  speciales 
de  traitement  des  maladies  menta- 
les,  428. 

— .  Traitement  de  certaines  maladies 
nerveuses  et  mentales,  642. 

— .  Desequilibre  vago-sympathique 
dans  les  maladies  mentales,  654. 
Rubenovitch  (P.).  Mentalite  primiti¬ 
ve  et  psychopathologie,  652. 
Rubinsztejn.  Influence  du  systeme 
vestibulaire  sur  la  pression  arte- 
rielle,  680. 

Rudy  (H.).  V.  Plaut. 

Rutishauer  (E.).  Pathologie  de  la 
dure-mere  spinale,  676. 

Ruyer  (R.).  Les  sensations  sont-elles 
dans  notre  tete  ?  283.  I 


S 


Sacristan  (Jose  M.).  Le  metabolisme 
hydrocarbone  dans  la  psychose  ma¬ 
niaque-depressive  endogene,  300. 
Sainton  (P.)  et  Lhermitte  (J.).  Neu- 
rinomes  multiples,  123. 

Salmon  (Albert).  Le  facteur  endocri- 
no-sympathique  dans  la  fievre,  303. 
— .  Le  role  des  noyaux  diencephali- 
ques  dans  le  mecanisme  des  crises 
epileptiques,  862. 

Sameron  (J.-J.).  V.  Laignel-Lavastine. 
Sanchez-Bulnes  (Luis),  La  pyretothe- 
rapie  des  atrophies  optiques  syphi- 
litiques,  309. 

Sandor  (Giorgio).  Le  systeme  neuro- 
vegetatif  chez  les  alienes,  854. 
Santos  Ruiz  (A.).  V.  Cdllazo. 

Savitsch  (E.  de).  Myoclonies  velo- 
palato-linguales  et  des  globes  ocu- 
laires,  647. 

Schaechter  (M.).  Les  phobies,  653. 
Schaeffer,  Martel  (Th.  de)  et  Guil¬ 
laume.  Les  tumeurs  de  la  glande 
pineale  sans  signes  focaux  de  loca¬ 
lisation,  266. 

— .  Myasthenie  bulbo-spinale  et  para- 
lysie  oculaire  periodiques,  667. 

—  et  Bize  (R.).  Maladie  de  Parkinson 
et  syphilis,  850. 

Schiff.  Discussion,  85. 

Schilder  (Paul).  Differents  types  de 
psychoses  depressives,  274. 

Schmite.  V.  Darquier. 

— .  V.  Petit-Dutaillis. 

Schube  (Purcell  G.).  Etats  affectifs 
des  paralytiques  generaux,  281. 
Schwob  (R.-A.)  et  Monnier  (Marcel). 
Nevrose  du  systeme  vegetatif  avec 
arret  du  oceur  et  automatisme  ven- 
triculaire  pendant  la  compression 
oculaire,  264. 

Senise  (Tomasso).  Les  psychoses  affec- 
tives  prodromiques  de  l’encephalite 
epidemique  et  des  syndromes  par- 
kinsoniens,  275. 

— .  L’activite  electrique  du  cerveau, 
298. 

Seuise  (Ivanasso).  La  paralysie  gene- 
rale  au  Bresil  et  dans  d’autres  pays, 
280. 

Sezary  (A.).  Examen  du  liquide  ce- 
phalo-rachidien  chez  les  syphiliti- 
ques,  301. 

—  et  Gallot  (H.).  La  paralysie  gene- 
rale  des  tabetiques,  659. 

Silz  (Mile  A.).  V.  Minkowski. 

Simon  (Th.).  Allocution,  87. 

— ,  Anglade  (Louis)  et  Petit  (Mile  P.). 
Appareil  pour  la  mesure  de  l’am- 
plitude  des  reflexes  rotuliens,  203. 

— .  Discussion,  456,  599,  626. 


TABLE  ALPHABETIQUE  DES  NOMS  D’ AUTEURS 


Sivadon  (P.).  V.  Claude. 

Sjogren  (Forsten).  Recherches  heredo- 
pathologiques  sur  la  choree  de 
Huntington,  133. 

Slagle  (Eleanor  C.).  Le  traitement 
par  le  travail  dans  l’Etat  de  New- 
York,  305. 

Slivko  (I.  M.)  et  Krijanowskaja  (Mme 
K.-P.).  Le  chlorure  de  sodium  hyper- 
tonique  intraveineux  dans  l’epilep- 
sie  et  la  schizophrenic,  307. 

Slonimskaia  (V.  M.)  et  Balaban  (S.  B.). 
Maladie  de  Recklinghausen  associee 
a  d’autres  dysgenesies  du  systeme 
nerveux,  670. 

Small  (Rose  R.).  V.  Freeman. 

Snessaref  (P.-E.).  De  la  toxicite  dans 
la  schizophrenic,  273. 

Sokolanski  (G.  G.)  et  Kovalov  (E.  N.). 
Les  meningites  infectieuses,  669. 

Somogyi  (I.)  et  Angyal  (L.-V.).  Les 
tableaux  cliniques  schizophreniques 
dans  la  paralysie  generate,  659. 

Sorrel  (E.)  et  Sorrel-Dejerine 
(Mme).  Paraplegie  pottique,  641. 

Sorrel-Dejerine  (Mme).  V.  Sorrel. 

Soto-Pradera  (Emilio).  V.  Cardenas. 

Soto  Romay  (Ramon).  L’arachnoidite 
spinale  kystique,  670. 

Souques  (A.)  et  Bertrand  (Ivan).  Ne- 
vrite  hypertrophique  progressive  de 
1’enfance,  135. 

Spagnoli  (B.).  Y  a-t-il  un  virus  filtra- 
ble  du  parasite  du  paludisme  ?  301. 

— .  L’exploration  encephalographique 
dans  la  maladie  de  Pick,  854. 

Steblow  (E.-M.).  Epilepsie  experi- 
mentale  chez  le  chien,  297. 

Steck  (H.).  Anatomopathologie  et  phy- 
siopathologie  de  l’epilepsie,  145. 

Stein  (W.).  V.  Pinczewski. 

Sterling  (W.).  Les  troubles  psychi- 
ques  dans  les  tumeurs  cerebrales. 


—  et  Wolff  (M.).  Hemorragie  sous- 
durale  tardive,  853. 

Stone  (Leo)  et  Menninger  (William 
C.).  Psychose  associee  a  une  tumeur 
cerebelleuse  de  la  ligne  mediane, 
856. 

Stone  (Simon).  Le  delire  de  Miller  ; 
la  psychologie  des  foules,  281. 

Streciier  (H.).  Traitement  de  la  schi¬ 
zophrenie  par  1’insuline,  685. 

Svendsen  (Margaret).  Compagnons 
imaginaires  des  enfants,  283. 


T 


Tassovatz  (B.).  La  meningite  sereuse 
de  la  poliomyelite  et  la  meningite 
tuberculeuse,  669. 


Tena  (Antonio).  Le  chlorhydrate 
d’emetine  dans  le  traitement  de 
l’alcoolisme,  308. 

Terrien  (F.).  Les  sequelles  oculaires 
tardives  de  l’encephalite  epidemi- 
que,  849. 

Feulieres  (M.)  et  Beauvieux  (J.).  Les 
manifestations  oculaires  tardives 
dans  l’encephalite  epidemique,  850. 

Thiebaut  (F.).  V.  Chavany. 

Thieffry  (S.).  V.  Chavany. 

Thomas  (A.),  Martel  (Th.  de)  et  Guil¬ 
laume.  Ablation  partielle  du  lobe 
frontal  sans  troubles  de  l’equilibre, 
120. 

— .  Le  faisceau  rubrospinal  chez 
l’homme,  123. 

—  et  Aubry.  Etude  anatomique  du 
nerf  vestibulaire  dans  un  cas  de 
vertige  de  Meniere,  470. 

Thurel.  V.  Alajouanine. 

Tilitcheef  (G.).  V.  Levy-Valensi. 

Tinel  (J.)  et  Jacquet  (M.).  Hemiplegie 
passagere  par  embolie  gazeuse,  263. 

— .  Parkinsonisme  post-traumatique 
chez  un  ancien  encephalitique,  469. 

Titeca  (J.).  V.  Baonville. 

— .  V.  Dereux. 

— .  V.  Alexander. 

— ■.  Degenerescence  wallerienne  du 
nerf,  663. 

V.  Moldaver. 

Tomaszewski  (V.).  La  differenciation 
psychique  par  rapport  aux  groupes 
sanguins,  300. 

Tomesco  (P.),  Gruia  Ionesco  (N.)  et 
Constantinesco  (P.).  L’index-tyro- 
sine  de  polypeptidemie  dans  les 
maladies  mentales,  548. 

Trebles  (J.-O.).  V.  Lhermitte. 

Triqueneaux.  Une  autoevisceration 
consideree  comme  un  crime,  839. 

Tronconi  (V.).  Infection  nerveuse  par 
le  cryptococcus  histolyticus,  299. 

— .  La  nevroglie  humaine,  859. 

Turyn  (F.).  Formes  frustes  du  syn¬ 
drome  basophile  de  Cushing,  303. 


U 


Ubaldo  (M.-B.).  Les  plexus  choroides 
dans  la  paralysie  generale,  677. 

Ungar  (C.).  Mode  de  terminaison  des 
nerfs  sympathiques,  674. 

— .  Appareils  peripheriques  vasodila- 
tateurs  et  terminaisons  nerveuses 
sensitives,  674. 

Uttl  (K.)  et  Cernacek  (Jos.).  Throm¬ 
bose  avec  signes  de  lesion  transver- 
sale  de  la  moelle,  134. 


ANNEE  1936.  —  TABLES  DU  TOME  I 


V 


Valence  (R.).  V.  Porot. 

Vasilesco  (Alex).  V.  Obregia. 

Vazquez-Velasco  (C.) .  L’exploration 
du  systeme  nerveux  vegetatif,  297. 

Ventra  (Carmelo) .  La  constitution 
morphologique  des  schizophrenes, 
656. 

Ventre  (Pierre).  V.  Pinelli. 

Vermeylen  (G.).  La  psychiatrie  et  la 
psychopathologie  de  l’enfant,  268. 

— .  Les  tendances  actuelles  de  la  psy¬ 
chiatrie  en  Belgique,  359. 

—  et  Heernu.  Vitamines  C  et  trou¬ 
bles  mentaux,  646. 

—  et  Heernu.  Maladie  de  Dercum  avec 
troubles  mentaux  predominants, 
840. 

Vervaeck  (L.).  La  prophylaxie  crimi- 
nelle  et  les  psychiatres,  269. 

Vialard  (S.).  Reflexe  oculo-cardiaque 
spontane  et  intempestif,  664. 

Victoria  (Marcos).  Les  lesions  de  la 
3“  frontale  gauche  sans  aphasie,  290. 

Vidart  (L.).  V.  Anglade. 

Vie  (Jacques).  Le  traitement  des  ma- 
lades  mentaux  par  le  travail,  306. 

— .  Discussion,  617. 

- — .  Reactions  psychopathiques  ebau- 
chees  en  rapport  avec  des  difficultes 
sociales  chez  des  desequilibres,  618. 

— .  Rapport  sur  les  Assistantes  socia¬ 
les  psychiatriques,  783. 

Viets  (Henry  R.)  et  Watts  (James 
W.).  Meningite  aigue  aseptique,  293. 

Vilkomirsky  (I.).  Maladie  de  Basedow 
associee  a  la  sclerose  en  plaques, 
671. 

Vincent  (Clovis).  Reperage  radiogra- 
phique  du  rocher  dans  les  tumeurs 
de  la  8e  paire,  120. 


— ,  Langeron  (L.),  Dereux  (J.)  et  Le- 
maitre  (L.).  Maladie  osseuse  de 
Paget,  compression  medullaire  gra¬ 
ve,  641. 

Vinchon  (Jean).  V.  Laignel-Lavastine. 

Voisin  (Jean).  V.  Laignel-Lavastine. 

Volfovski  (0.  J.).  Troubles  psychiques 
du  type  «  acairia  »  dans  la  choree 
de  Huntington,  856. 

Vurpas.  Discussion,  86,  425,  742. 

— ■.  Allocution,  88. 

—  et  Fabre.  Recidive  d’hallucinations 
apres  une  hemorragie.  Conservation 
de  la  conscience,  644. 


W 


Warner  (Francis  James).  Le  cerveau 
dans  l’alcoolisme  chronique  et  la 
psychose  de  Korsakoff,  296. 

Watanabe  (Kintaro).  Les  circonvolu- 
tions  calleuses  chez  les  Japonais, 
294. 

Watts  (James  W.).  V.  Viets. 

Weber  (A.).  La  caricature  medicale, 


474. 

Weigl  (E.).  V.  Parhon. 

Weil.  V.  Monier-Vinard. 

Weissfeld  (M.).  Les  paralytiques  ge- 
neranx  avant  et  apres  le  traitement 
malarique,  659. 

Witek  (S.  T.).  V.  Baranowski. 

Wolff  (M.).  V.  Sterling. 


Y 


Yahn  (Mario).  Infection  des  voies 
biliaires  et  troubles  mentaux,  277. 
Yates  (E.  D.).  V.  Hennelg. 


Tome  I.  —  N°  1 


Janvier  1926 


ANNALES 

MfiDICO-PSYCHOLOGIQUES 


MfiMOIRES  ORIGINAUX 


LES  ASPECTS  FAMILIAUX 
DES  PAROXYSMES  REFLEXES  DU  TONUS 


Contribution  a  Vetude  des  faits  de  Cataplexie 
et  d’Hypertonie  dites  affectives 
et  de  leurs  relations  avec  la  pathologie  constitutionnelle  0) 


PAR 


Ludo  van  BOGAERT 


L’influence  des  emotions  et,  particulierement,  de  celles  qui 
s’accompagnent  de  surprise,  sur  l’etat  de  la  tonicite  musculaire 
est  connue  depuis  longtemps,  a  telle  enseigne  qu’elle  a  passe 
dans  le  langage  populaire.  C,es  manifestations  n’ont  pas  attire 
l’attention,  semble-t-il,  des  neurologistes  et  cependant  de  temps 
a  autre  elles  se  presentent  a  leur  observation,  avec  des  caracteres 
d 'intensity,  de  rapidite  et  de  facilite  telles  qu’elles  evoquent 
1’idee  d’un  phenomene  reflexe. 

Ces  pertes  brusques  du  tonus  d’attitude  sont  bien  connues 
dans  la  litterature  neurologique  contemporaine,  sous  le  nom  de 
cataplexie  ou  d ’attaques  cataplectiqu.es  et  ont  fait  1’objet  de 

(1)  Travail  du  Service  de  Medecine  de  THopital  de  Stuyvenbergh  et  de  la 
Section  Genealogique  de  1’Institut  Bunge,  a  Anvers. 

Ann.  Med.-psych.,  XV6  serie,  94'  annee,  t.  I.  —  Janvier  1936.  1 . 


LUDO  VAiV  BOGAERT 


nombreux  travaux,  tant  en  France  que  dans  les  pays  anglo- 
saxons.  On  trouve,  dans  les  travaux  de  Lhermitte  (1),  TouP- 
nay  (2),  Thiele  et  Bernhardt  (3),  Max  Levin  (4),  un  expose  et 
la  bibliographie  complete  des  relations  de  ces  etats  avec  le 
sommeil  normal  et  pathologique  ;  d’autre  part,  dans  ceux  de 
S.-A.-K.  Wilson  (5),  Claude  et  Baruk  (6),  Baruk  (7),  les  acqui¬ 
sitions  les  plus  recentes  sur  leur  differentiation  a  l’egard  des. 
pertes  de  controle  epileptique.  Nous  ne  reviendrons  pas  ici  sur 
ce  cote  de  leur  diagnostic  differ entiel. 

L’interet  des  observations  que  nous  desirons  etudier  aujour- 
d’hui  reside  dans  ce  seul  fait  que  Yattaque  tonique  s’y  presente- 
sous  forme  d’une  reaction  motrice,  surgissant  dans  les  condi¬ 
tions  les  plus  variees,  chez  des  sujets  d  temperament  bien  par- 
ticulier,  independamment  de  tout  autre  phenomene  d’inhibi- 
tion  cerebrate,  comme  si  elle  constituait,  a  elle  seule,  une  de& 
caracteristiques  constitutionnelles  de  ces  individus. 

Dans  la  seconde  partie  de  notre  travail,  nous  rechercherons. 
si  on  retrouve,  dans  la  litterature  contemporaine,  d’autres  docu¬ 
ments,  permettant  de  considerer,  sous  un  angle  aussi  general* 
les  paroxysmes  toniques,  spontanes  ou  induits. 


I.  Famille  R...  Cataplexie,  obesity,  vagotonie, 
cataracte  de  Coppock 

Nous  avons  eu  l’occasion  d’etudier,  ces  dernieres  annees,  une 
famille  ou  les  chutes  cataplectiques  sont  accompagnees  d’ua 
etat  dysendocrinien  avec  cataracte.  Sans  vouloir  tirer  de  cette 
association  des  conclusions  physiopathologiques  qu’elle  ne  com- 
porte  pas,  nous  croyons  que  ces  cas  meritent  d’etre  connus  et 
discutes.  Voici  1’observation  initiale  dont  nous  sommes  partis  :j 

Obsehvation  I.  —  P.  H...,  24  ans. 

Anamnese.  —  Une  cataracte  bilaterale  s’est  developpee  tres  preco¬ 
cement,  chez  elle,  des  la  plus  tendre  enfance.  A  l’age  de  trois  ans,  la 
vision  etait  deja  genee.  Elle  a  ete  observee  par  le  Prof.  H.  Coppez  en 
1916. 

Histoire.  —  La  malade  est  agee  actuellement  de  23  ans,  elle  a  un 
enfant  bien  portant  age  de  3  ans  et  qui  ne  presente  pas  de  cataracte. 

Elle  a  beaucoup  gmssi  apres  cet  accouchement.  Depuis  huit  mois, 
elle  presente  des  «  chutes  brusques  »  qui  se  produisent  a  l’occasion 
d’une  emotion,  triste  ou  gaie,  ne  s’accompagnant  pas  de  perte  de 
conscience,  ni  de  cephalee,  ni  de  troubles  sphincteriens.  Ces  acces 


PAROXYSMES  REFLEXES  DU  TONUS 


sont  d’une  grande  rapidite  et  souvent  la  malade  est  deja  relevee  au 
moment  ou  l’entourage  s’aperfoit  de  son  effondrement.  Elle-meme 
accuse  simplement  un  derobement  des  jambes,  elle  se  replie  brutale- 
ment  sur  elle-meme,  mais  sans  aucune  eclipse  de  conscience.  Une 
seule  chute  a  ete  plus  penible  du  fait  de  circonstances  exterieures,  la 
perte  du  control  e  s’est  produite  dans  un  escalier  en  colimacon,  au 
moment  d’un  eclat  de  rire. 

Les  chutes  sont  devenues  plus  frequentes  depuis  un  mois  et  se 
produisent  une  a  trois  fois  par  jour,  parfois  a  l’occasion  d’un  effort 
brusque. 

Examen  le  10  aout  1931.  —  Malade  obese,  a  peau  fine,  seche,  poils 
peu  abondants,  cheveux  tres  soyeux  et  de  taille  petite  (1  m.  51). 

La  graisse  des  flancs  et  des  fesses  est  tres  developpee.  Les  mains 
sont  minces,  tines  et  un  peu  succulentes.  Les  extremites  des  pieds 
sont  cyanosees  et  froides.  Elle  a  frequemment  des  fourmillements 
dans  les  membres  inferieurs.  Elle  est  frileuse,  ses  regies  sont  peu 
abondanles  et  frequemment  en  retard. 

L’examen  neurologique  est  negatif. 

La  pression  arterielle  est  basse,  120-80.  Indice  petit  (2),  ausculta¬ 
tion  normale. 

Ancienne  otite  et  masto'idite  a  l’oreille  gauche. 

Aerocolie  avec  constipation.  Metabolisme  basal  ( — 14-  %)  ( — 16  %). 

Wassermann-sang,  negatif. 

Description  d’un  des  acces.  —  Certains  acces  sont  de  veritables 
surprises,  d’autres  sont  precedes  d’un  malaise  «  qui  me  renseigne  a 
temps  pour  que  je  puisse  m’accouder  ou  m’asseoir  sur  un  seuil,  par 
exemple,  si  je  suis  surprise  en  rue.  Ces  acces  relativement  lents 
n’excedent  cependant  en  duree  pas  cinq  a  six  minutes.  Je  sens  alors 
des  fourmillements  dans  la  main,  la  nuque  se  serre,  je  suis  incapable 
de  parler,  la  poitrine  est  serree  comme  dans  un  etau... 

«  Je  m’affaisse  lentement  et  suis  a  terre  incapable  de  bouger,  sans 
voix.  Des  que  je  retrouve  ma  voix,  la  force  me  revient.  A  deux  repri¬ 
ses,  un  acces  lent  m’a  surpris  en  rue  a  l’occasion  d’une  montee 
rapide  des  escaliers,  au  port,  comme  si  I’essoufilement  avait  raison 
de  mes  forces.  Contre  les  acces  rapides  et  contre  les  acces  lents,  je 
suis  sans  aucune  defense.  Je  n’ai  jamais  perdu  conscience  ni  eprouve 
de  cephalee  apres  la  chute.  » 

Evolution.  —  Un  traitement  belladone-g'ardenal  et  ovaro-hypophy- 
saire  est  prescrit.  L’amelioration  est  considerable,  elle  n’a  plus 
presente,  pendant  ces  trois  mois,  une  seule  crise. 

Revue  le  21  avril  1932,  elle  est  enceinte  de  quatre  mois,  et,  en  dehors 
des  nausees  et  vomissements  des  trois  premiers  mois,  elle  n’a  accuse 
aucun  malaise,  sauf  deux  chutes  un  peu  differentes  d’ailleurs.  Pen¬ 
dant  une  partie  de  bridge,  elle  a  ete  surprise  par  une  reponse  tres 
vive  de  son  pere,  est  devenue  pale  et  dyspneique,  et  elle  a  perdu 


LUDO  VAN  BOGAERT 


connaissance.  II  y  a  eu  ici  un  vrai  trou  de  memoire.  Apres,  revenue 
a  elle,  elle  s’est  sentie  fort  fatiguee  pendant  le  restant  de  la  soiree. 

Une  seconde  crise  analogue  s’est  produite  apres  un  surmenage 
intense  de  trois  jours.  Le  debut  a  ete  fait  de  vertiges,  d’une  sensation 
de  vide,  elle  se  sentait  etouffer,  s’est  couchee  par  terre,  mais  n’a  pas 
perdu  conscience.  En  dehors  de  ces  crises  un  peu  atypiques,  elle  a 
presente  encore  trois  chutes  habituelles  du  type  rapide. 

Revue  le  10  septembre  1932.  L’accouchement  a  ete  facile.  L’enfant 
est  bien  portant  et  sans  cataracte  actuellement  decelable. 

Apres  l’ accouchement,  les  chutes  ont  ete  plus  frequentes. 

Nous  avons  assiste  a  un  acces  typique  le  26  avril  1933.  La  malade 
avait  a  cette  epoque  de  violentes  quintes  de  toux  ;  au  moment  ou 
nous  l’auscultions,  elle  en  fit  une,  particulierement  violente  avec 
cyanose  du  visage,  puis  brusquement  elle  palit  et  s’affale. 

Le  visage  a  perdu  toute  tonicite,  il  est  rose  pale,  les  paupieres  sont 
abaissees  comme  pendant  le  sommeil,  les  globes  revulses,  les  pupilles 
serrees.  Le  pouls  est  lent,  mais  bien  frappe,  il  bat  aux  environs  de 
64-68.  La  respiration  est  lente  et  reguliere,  elle  a  son  amplitude 
normale. 

Les  reflexes  tendineux  sont  affaiblis  mais  existent,  iln’y  a  pas  de 
signe  de  Babinski.  Elle  ne  repond  a  aucune  question,  ni  excitation 
douloureuse.  Les  levres  tremblent.  Nous  avons  tente  en  vain  de  veri¬ 
fier  les  reactions  pupillaires  a  la  lumiere,  1’eversion  des  globes  ocu- 
laires  rend  cette  recherche  impossible.  Au  bout  de  3  minutes  20  secon- 
des,  l’aspect  du  visage  change,  elle  redevient  rose,  prononce  quelques 
paroles  peu  intelligibles,  d’une  voix  sourde,  puis  brusquement  la 
parole  s’ameliore,  elle  tente  de  se  retourner  sur  le  cote  mais  sans 
succes,  il  faut  attendre  encore  quatre  nouvelles  minutes  pour  qu’elle 
puisse  repondre  distinctement  a  nos  questions. 

Les  reflexes  restent  encore  affaiblis  au  bout  de  ce  temps,  mais  pas 
de  signe  de  Babinski.  Le  pouls  remonte  progressivement  a  72  puis 
au  bout  d’un  quart  d’heure  a  84  par  minute,  en  meme  temps  que  la 
respiration  est  plus  profonde.  A  ce  moment,  les  pupilles  ont  deja 
deux  fois  le  diametre  de  celui  qu’elles  avaient  au  moment  de  l’acces. 
La  patiente  se  souvient  de  tout  ce  qui  s’est  passe,  elle  n’a  pas  de 
cephalees  et  peut  circuler,  comme  avant. 

Apres  le  retour  des  regies,  les  crises  se  sont  espacees  considerable- 
ment.  Comme  la  malade  se  sent  bien,  elle  renonce  a  toute  therapeu- 
tique. 

Revue  le  9  juillet  1934,  elle  a  fait,  pendant  ces  seize  mois,  en  tout, 
quatre  pertes  de  controle  a  l’occasion  de  rires  ou  d’emotions.  Etat 
general  excellent.  L’acrocyanose  des  mains  et  des  pieds  est  cependant 
plus  accentuee.  Les  regies  n’apparaissent  que  toutes  les  six  semaines 
et  durent  deux  jours. 

Sang  :  globules  blancs,  8.700  ;  globules  rouges,  4.210.000  ;  lympho¬ 
cytes,  41  %  ;  eosinopliilie,  1,2  %  ;  ralentissement  du  temps  de  sedi¬ 
mentation. 


PAROXYSMES  REFLEXES  DU  TONUS 


Reflexe  oculo-cardiaque  positif. 

Epreuve  de  glycosurie  alimentaire  negative. 

Glycemie,  0,78  mgr.  %c,  81  mgr.  %0.  Calcemie,  103  mgr. 

L’epreuve  de  la  pression  a  1’adrenaline  donne  une  reaction  vago- 
tonique. 

En  resume  :  chutes  cataplectiques  a  l’emotion,  gaie  ou  triste 
(surtout  a  l’emotion  gaie)  et  a  l’effort  de  toux  (surtout  a  la 
quinle  penible). 

Insufflsance  thyro-ovarienne.  Metabolisme  basal  legerement 
abaisse.  La  periode  post-puerperale  est  marquee  par  une  recru¬ 
descence  des  chutes.  Le  retour  des  regies  exerce  une  action 
inhibitrice. 

M...  H...  nous  apprit  alors  que  ces  chutes  n’avaient  rien 
d’exceptionnel  dans  la  famille,  du  cote  paternel,  et  que  presque 
tous  les  individus  gras,  atteints  de  cataracte,  avaient  de  ces 
derobements  brusques  des  jambes  au  moment  des  emotions,  du 
rire  ou  d’une  surprise. 

Une  enquete  soigneuse  (mais  combien  difficile)  nous  a  permis 
de  confirmer  la  realite  de  ces  f aits. 

Chez  notre  deuxieme  malade,  les  attaques  cataplectiques  rap- 
pellent  celles  de  l’Obs.  I  ;  elles  sont  cependant  plus  brusques. 
Cette  malade  est,  par  ailleurs,  une  nenrasthenique  ou  plutot 
une  cyclique.  Celles  des  observations  3  et  4  sont  superposables 
a  celle  de  M...  H... 


Obs.  II.  —  X.  J...,  17  ans.  Acrocyanose.  Cataracte. 

Les  regies  sont  apparues  pour  la  premiere  fois  a  14  ans,  elles  du- 
rent  un  jour  et  n’apparaissent  que  toutes  les  7-8  semaines.  Les 
chutes  se  produisent  depuis  l’age  de  12  ans  et  se  produisent  a  des 
intervalles  variables,  cependant,  on  peut  compter  chez  elle  une  chute 
par  semaine  en  moyenne.  11  s’ag'it  d’une  perte  de  controle  moins 
brusque,  plutot  d’un  affaissement  de  courte  duree,  qui  est  parfois 
suivi  d’une  transpiration  abondante.  La  premiere  fois  que  la  malade 
a  ete  surprise  par  l’acces,  c’etait  en  rue,  apres  une  course  assez  fati- 
gante  avec  des  amies  de  classe,  elle  a  senti  brusquement  une 
oppression  dans  la  region  epigastrique,  puis  dans  les  seins,  puis 
une  sorte  d’etau  qui  enserrait  le  haut  du  thorax,  a  la  maniere  d’un 
corset,  oppression  rappelant  celle  des  cauchemars.  Elle  a  eprouve 
quelques  fourmillements  dans  les  deux  mains,  s’est  appuyee  au  mur 
et  s’est  affaissee  lentement.  Elle  a  pu  dire  d’une  voix  decomposee  a 
ses  compagnes  :  «  Je  tombe,  prenez-moi...  »,  puis  a  ete  incapable  de 
parler. 

Au  bout  d’une  minute,  elle  a  pu  reparler  et  a  pu  se  rem 


lettre  debout. 


LUDO  VAN  BOGAERT 


Elle  n’a  pas  perdu  connaissance  du  tout.  Elle  a  pu  continuer  la  pro¬ 
menade,  sans  mal  de  tete. 

Les  acces  suivants  ont  parfois  ete  precedes  de  fourmillemeilts, 
mais  pas  toujours  :  elle  a  remarque  toujours  la  disparition  de  la 
parole.  Cet  «  eloignement  »  de  la  voix  precede  de  plusieurs  secon- 
des  le  flechissement  du  corps. 

Une  seule  fois,  Faeces  a  ete  introduit  par  une  flexion  trop  accentuee 
du  tronc  en  avant,  lors  d’une  legon  de  gymnastique. 

Elle  ne  peut  pas  arreter  l’acces. 

La  duree  de  la  chute  n’excede  pas  8-14  secondes. 

L’examen  somatique  n’offre  aucun  interet  particulier. 

Au  point  de  vue  biologique,  nous  retiendrons  les  donnees  ci-des- 
sous  : 

Examen  du  sang  :  calcemie,  94  mgr.  ;  glycemie,  97  mgr.,  98  mgr.  ; 
cholesterinemie,  210  mgr.  ;  globules  rouges,  4.600.000  ;  globules 
blancs,  7.100  ;  hemoglobine,  81  %  ;  lymphocytes,  39  %  ;  eosinophi- 
les,  0,7  %. 

Le  temps  de  sedimentation  etait  particulierement  long. 

Reflexe  oculo-cardiaque  inexistant,  le  pouls  varie  entre  60  et 
72  pulsations  par  minute. 

Epreuve  de  glycosurie  alimentaire  negative. 

Examen  des  urines  negatif. 

Metabolisme  basal,  — 18  %,  — 21  %. 

Cette  malade  a  ete  traitee  regulierement  par  Fephetonine  depuis 
trois  ans  et  n’a  plus  presente,  depuis  cette  epoque,  aucun  trouble 
appreciable. 

En  resume  :  ehez  cette  jeune  fille,  qui  est  egalement  une  obese 
avec  hypogenitalisme  et  abaissement  du  metabolisme  de  base, 
on  observe  les  memes  attaques  cataplectiques  :  la  premiere  s’est 
produite  a  l’effort,  apres  une  course,  les  autres  se  sont  produites 
souvent  spontanement,  une  autre  encore  a  la  suite  d’un  effort 
musculaire  isole.  L’ephetonine  les  a  supprime  radicalentent. 

Obs.  III.  —  B.  J...,  14  ans. 

A  ete  maigre  jusqu’a  I’age  de  11  ans,  puis  a  commence  brusque- 
ment  a  grossir.  En  depit  de  tous  les  regimes  proposes,  elle  a  gagne 
13  kilos.  Les  premieres  regies  ont  apparu  a  ce  moment,  elle  est  reglde 
regulierement  toutes  les  cinq  semaines,  mais  V ecoulement  ne  dure 
qu’une  demi-journee. 

Pas  d’acrocyanose,  developpement  normal  des  poils  pubiens. 

Frilosite,  pas  de  poils  axillaires,  peu  de  cheveux,  signe  du  sourcil. 

A  presente  deux  chutes,  a  l’occasion  d’une  frayeur  ;  les  chutes  sont 
peu  brutales  comme  celles  de  la  soeur. 

.  La  premiere  chute  se  situe  a  12  ans  1/2.  Etant  en  rue,  elle  a  assiste* 


PAROXYSMES  REFLEXES  DU  TONUS 


a  quelques  metres  d’elle,  a  une  collision  d’automobiles,  tres  violente. 
Surprise  brusquement  par  le  fracas  des  vitres  et  le  bruit  du  choc,  elle 
s’est  affaissee  lentement,  sans  aucune  sensation  prealable,  dit-elle.  A 
terre,  elle  etait  pale,  comme  endormie.  Elle  etait  incapable  d’ouvrir 
la  bouche,  ni  les  yeux  ;  une  personne  etrangere  qui  l’accompagnait 
•croyait  qu’elle  etait  morte.  Au  bout  de  quelques  instants,  elle  a  pu 
rouvrir  les  yeux,  parler,  se  lever,  et  a  ete  transports,  malgre  elle, 
au  commissariat  de  police,  avec  les  blesses  de  l’accident. 

Elle  a  garde  le  souvenir  de  tous  les  faits  qui  se  sont  deroules. 

Une  seconde  chute  a  ete  precedee  d’un  etat  rigide  de  tres  courts 
duree,  dans  les  circonstances  suivantes  :  au  sortir  d’une  fete,  la  nuit, 
elle  revient  chez  elle  avec  quelques  fillettes  et  garcons.  Un  de  ceux-ci 
s’est  embusque  derriere  un  arbre  et  la  surprend  en  imitant  l’aboie- 
ment  d’un  chien.  Elle  se  saisit,  se  dresse  sur  la  pointe  des  pieds, 
devient  toute  raide,  puis  s’affaisse  lentement,  comme  au  moment  de 
l’accident. 

Ce  sont  les  deux  seuls  acces  qui  se  sont  presented  chez  elle. 

Des  examens  biologiques  nous  retiendrons  les  faits  suivants  : 

Sang  :  globules  rouges,  4.000.000  ;  globules  blancs,  5.600  ;  lympho¬ 
cytes,  52  %  ;  eosinophiles,  3  %  ;  cholesterinemie,  2,06  mg.  ;  glycemie, 
102  mg.  ;  calcemie,  91  mg.  ;  temps  de  sedimentation  normal. 

Reflexe  oculo-cardiaque  positif,  le  pouls  passe  de  81  a  67. 

Pression  arterielle  basse,  12/9,  11,  5/8,  12/7. 

Epreuve  de  glycosurie  alimentaire  negative. 

Metabolisme  basal,  — 13  %,  — 15  %. 

Absence  de  parasites  dans  les  selles. 

Chez  cette  jeune  fille  hypo-ovctrienne  et  hypo-thyroidienne, 
<on  a  observe  deux  acces  cataplectiques,  tous  deux  survenus  a 
la  suite  d’une  ifrayeur  brusque.  Le  second  acces  a  ete  precede 
d’une  periode  de  rigidite  de  tres  courte  duree.  Sans  aucun  traite- 
ment,  les  acces  sont  disparus  aujourd’hui.  II  nous  a  ete  impossi- 
hle  de  les  provoquer  par  l’eftort. 

Obs.  IV.  —  Homme  tres  corpulent  (94  kilos),  de  taille  petite,  1  m.  69. 

Cyanose  marquee  du  visage  et  des  mains. 

Absence  de  sourcils,  absence  de  poils  ctxillaires.  Abdomen  parti- 
-culierement  developpe.  Organes  genitaux  petits.  II  a  pese  jusqu’a 
l’age  de  28  ans  entre  52  et  61  kilos.  A  ce  moment  il  a  gagne  11  kilos 
cn  deux  ans.  Les  premieres  chutes  apparurent  a  29  ans. 

A  fait  plusieurs  chutes  analogues  entre  30  et  42  ans.  Depuis  2  ans, 
II  n’en  a  plus  presente  une  seule.  II  a  des  crises  brusques  de  sommeil 
irresistible  en  dehors  de  la  periode  digestive.  II  peut  etre  eveille  mais 
se  rendort  aussitot.  Ces  crises  de  somnolence  sont  apparues  vers  l’age 
■de  40  ans. 


LUDO  VA1V  BOGAERT 


Voici  quelques  renseignements  plus  detailles  sur  les  chutes. 

La  premiere  crise  a  apparu  a  1’age  de  29  ans  a  l’occasion  d’une- 
violente  colere.  II  reprimandait  vertement  un  de  ses  employes  comme 
celui-ci  repondait  d’une  fagon  insultante,  il  s’est  fache,  s’est  mis  a, 
crier  et  brusquement  sa  voix  a  change  de  nuance,  il  est  devenu 
aphone,  a  senti  une  contraction  tres  penible  a  la  gorge,  dans  le  cou, 
les  epaules...  il  s’est  affaisse  lentement.  La  chute  n’a  occasionne: 
aucune  blessure.  Au  bout  de  quelques  secondes,  il  a  pu  se  relever,  1& 
voix  est  revenue,  il  etait  couvert  de  sueur,  la  bouche  et  l’arriere-gorge 
etaient  dessechees.  Le  medecin  est  venu  et  a  diag'nostique  une  angme 
de  poitrine  et  l’a  mis  au  lit  pendant  huit  jours  en  depit  des  protesta¬ 
tions  du  malade  qui  se  sentait  fort  bien. 

Le  second  acces  s’est  produit  trois  mois  plus  tard,  a  l’occasion 
d’une  emotion  agreable. 

De  30  a  42  ans,  il  a  eu  un  assez  grand  nombre  d’acces,  lui-meme  en< 
compte  quatre  a  huit  par  an.  Quatre  de  ces  acces  se  sont  produits  a- 
l’occasion  d’un  colt. 

Sur  les  acces  de  somnolence,  il  donne  les  renseignements  suivants  : 
«  Brusquement,  souvent  pendant  que  je  joue  aux  cartes,  et  que  je- 
viens  de  finir  un  jeu  tres  palpitant,  je  tombe  dans  un  etat  ;de  som- 
meil...,  qui  dure  cinq  a  six  minutes,  etat  de  sommeil  irresistible,  mais: 
j’ai  toujours  le  temps  de  m’allonger.  » 

«  Les  partenaires  connaissant  ce  defaut,  on  m’installe  alors  dans, 
un  fauteuil,  et,  quand  ma  figure  est  redevenue  normale,  on  me  re¬ 
veille  et  je  puis  recommencer  a  jouer.  Je  n’ai  pas  souvenance  de  ce 
qui  se  passe  pendant  ce  temps  et  je  ne  sais  pas  non  plus  combien  de¬ 
temps  je  dors,  mais  ce  sommeil,  d’apres  ce  qu’on  me  dit,  n’excede 
jamais  une  dizaine  de  minutes.  Le  sommeil  est  irresistible,  mais,. 
grace  a  des  efforts  et  des  mouvements,  je  puis  lui  resister  pendant 
quelques  instants,  tandis  que  la  chute  est  immediatement  irresistible.. 
Pendant  que  la  somnolence  m’envahit,  mes  idees  s’ecoulent  plus 
lentement,  elles  sont  moins  precises,  comme  quand  on  va  s’endormir, 
mais  je  puis  encore  continuer  a  parler.  Une  fois  par  terre,  au  cours 
de  ma  chute,  il  est  impossible  d’emettre  le  moindre  mot,  ni  de  faire- 
le  moindre  geste  pour  me  ressaisir. 

*  J’eprouve  de  temps  a  autre  cette  sensation  au  moment  de  mon 
reveil,  le  matin...,  il  y  a  une  dizaine  de  secondes  pendant  lesquelles  je 
suis  conscient,  mais  encore  incapable  de  parler  ou  de  bouger.  La 
volonte  y  est,  mais  le  corps  refuse.  Au  debut,  je  m’inquietais  de  ces 
etats  de  reveil  sans  reveil  vrai...,  maintenant,  je  ne  m’en  preoccupe 
plus  :  je  suis  alors,  dans  mon  lit,  comme  quand  je  suis  par  terre...,  je- 
sais  que  c’est  de  courte  duree.  » 

Chez  ce  patient,  a  deux  reprises,  apres  une  hyperventilation,  pen¬ 
dant  11  minutes,  nous  avons  vu  apparaitre  un  etat  de  sommeil  durant 
quatre  minutes,  avec  un  signe  de  Cbwosteck  fortement  positif. 

Pendant  ce  temps,  le  masque  est  celui  d’un  homme  endormi.  Il  a 


PAROXYSMES  REFLEXES  DU  TONUS 


conserve  sa  coloration  normale.  Les  paupieres  sont  abaissees  comme 
pendant  le  sommeil  paisible.  Les  globes  oculaires  revulses  vers  le 
haut.  Le  reflexe  corneen  est  conserve. 

Le  pouls,  qui  est  monte  a  110,  pendant  les  premieres  six  minutes 
de  l’hyperventilation,  se  maintient  maintenant  a  92  par  minute. 

Metabolisme  basal,  — 11  %. 

Sang  :  globules  rouges,  4.800.000  ;  globules  blancs,  8.100  ;  lympho¬ 
cytes,  31  %  ;  eosinophiles,  3,4  %  ;  cholesterine,  1,90  mgr.  ;  glycemie, 
8,8  mgr.  ;  uree-sang,  41  mgr.;  calcemie,  106  mgr.;  reflexe  oculo- 
cardiaque  indifferent. 

Epreuve  de  glycosurie  alimentaire  negative. 

Dans  cette  famille,  nous  trouvons  associes,  tant  chez  les 
hommes  que  chez  les  femmes  :  1°  une  cataracte  dn  type  decrit 
par  Coppock  ;  2°  un  etat  dysendocrino-vegetatif  a  predominance 
d’insuffisance  thyro-genitale  et  de  vagotonie  ;  3“  des  acces  de 
cataplexie,  associes,  dans  un  cas,  a  des  crises  de  narcolepsie. 


L’association  de  la  catalepsie  et  de  la  narcolepsie  est  frequem- 
ment  signalee  dans  la  litterature.  On  sait,  depuis  bien  longtemps, 
que  les  attaques  cataplectiques  se  terminent  souvent  par  un  som- 
meil  de  courte  duree,  mais  le  probleme  du  rapport  physiologique 
entre  les  deux  phencmenes  est  encore  tres  mal  connu.  Si  la  rela¬ 
tion  du  sommeil  normal  et  de  la  narcolepsie  est  evidente,  au 
point  que  Kinnier- Wilson  croit  qu  il  est  difficile  d’etablir,  entre 
le  sommeil  naturel  et  les  etats  de  stupeur  et  de  transe,  des  diffe¬ 
rences  profondes,  nous  ne  trouvons,  dans  la  physiologie  normale 
des  emotions,  aucun  type  de  reaction  comparable  a  la  cataplexie. 
Sans  doute,  les  analogies  ne  manquent  pas.  Differents  auteurs 
ont  rapproche  les  attaques  cataplectiques  de  la  perte  de  controle 
du  tonus  general  ou  local  (sphincterien  par  exemple)  dans  le 
lire,  le  chatouillement,  l’effroi,  mais  on  peut  se  demander,  avee 
Redlich  (8),  si  ces  rapports  depassent  la  simple  ressemblance 
exterieure.  II  est  evident  que  des  manifestations  aussi  parcellaires 
que  la  chute  de  la  machoire,  que  le  flechissement  des  bras  et  des 
jambes,  l’echappement  des  ob jets  a  la  suite  d’une  impression 
de  surprise  ou  d’effort  ne  peuvent  etre  compares  a  ces  inhibi¬ 
tions  brusques  de  tout  le  tonus  somatique,  que  nous  venons  de 
rappeler  plus  haut.  En  outre,  il  y  a,  dans  les  deux  etats,  des 
symptomes  d’accompagnement  differents  :  Scharfetter  et  Seeger, 
qui  separent  egalement  la  perte  du  tonus  affectif  normal  de 
l’attaque  cataplectique,  insistent  sur  1’ouverture  large  des  yeux* 


10 


LUDO  VAN  BOGAERT 


I’acceleration  du  pouls  et  les  phenomenes  vasomoteurs  de  la 
face.  II  en  resulte  que,  si  l’on  peut  admettre  avec  Kinnier- Wilson, 
qu’entre  la  cataplexie  et  les  perturbations  affectives  normales  du 
tonus  il  y  a  une  relation,  en  ce  sens  que  tous  deux  sont  des 
modes  d’un  meme  mecanisme  physiologique,  il  y  a  entre  les 
deux  des  differences  importantes. 

Le  second  point  souleve  par  le  phenomene  cataplectique  est 
eelui  de  ses  relations  avec  le  sommcil  normal :  il  ressort  de 
toute  une  serie  de  symptomes  qui  accompagnent  l’un  et  l’autre 
de  ces  etats.  Le  miosis,  les  modifications  de  position  des  globes 
oculaires,  l’abaissement  de  l’excitabilite  des  reflexes,  le  ralen- 
tissement  du  pouls,  le  deplacement  vagotonique  de  l’etat  vege-- 
tatif,  les  paresthesies,  parfois  meme  certains  mouvements  invo- 
lontaires  appartiennent  aux  deux  etats  et  c’est  leur  presence  qui 
a  fait  considerer  la  cataplexie  par  quelques-uns  comme  une 
manifestation  isolee  du  complexe  hypnique. 

Il  ne  faut  pas  perdre  de  vue  cependant  que  l’acces  cataplecti¬ 
que  differe  du  sommeil  normal  et  pathologique  par  des  caracte- 
res  importants  :  1’abaissement  du  tonus  est,  dans  l’etat  cataplec¬ 
tique,  beaucoup  plus  profond  que  dans  le  sommeil.  Il  suffit  de 
rappeler  ici  les  constatations  empiriques  de  notre  observation  4 
qui  savait  qu’atteint  par  le  sommeil,  il  pouvait  encore  s’installer 
pour  dormir,  tandis  qu’il  etait  surpris  et  immobilise  par  la 
chute.  D’autre  part,  la  conscience  est  claire  et  vigile  pendant 
l’acces  cataplectique,  elle  est  en  veilleuse  pendant  le  sommeil. 
Le  malade,  que  nous  venons  de  rappeler,  l’avait  parfaitement 
note. 

A  ces  differences  que  J.  Wilder  avait  deja  signalees,  s’en  ajou- 
tent  encore  d’autres  et  que  nos  observations  confirment  avec  certi¬ 
tude.  La  rapidite  avec  laquelle  s’installe  la  cataplexie  est  celle 
d’un  mecanisme  reftexe  :  le  patient  s’affaisse  en  l’espace  d’un 
Instant,  il  n’entre  pas  progressivement  dans  cet  etat  de  resolu¬ 
tion.  La  cataplectique  ne  peut  pas  etre  tiree  dans  son  etat 
d’inhibition  par  des  excitations  quelconques  :  le  narcoleptique 
peut  etre  reveille.  Les  bruits,  les  mouvements  qui  luttent  contre 
le  sommeil,  n’influencent  pas  l’acces  cataplectique  :  bien  au 
contraire,  ils  le  favorisent. 

It  y  a  done,  au  point  de  vue  semioloyique,  une  difference  qua¬ 
litative  entre  Vacces  narcoleptique  et  cataplectique  et  qui  nous 
parait  confirmee  par  P existence  d’ observations  de  cataplexie 
pure. 

Sans  doute,  la  cataplexie  isolee  reste-t-elle  exceptionnelie  ct 
nous  ne  connaissons,  a  l’heure  actuelle,  que  les  observations  de 


PAROXYSMES  REFLEXES  DU  TONUS 


Munzer  (9),  de  Villaverde  (10),  de  Kinnier-Wilson  (11)  et  de 
Scharfetter  et  Seeger  (12).  Mais  nous  avons  la  conviction  qu’a 
l'avenir,  maintenant  que  l’attention  est  attiree  sur  ces  Mats,  on 
les  observera  plus  frequemment. 

I  e  second  caractere  de  cette  observation  et  qui,  au  point  de 
vue  medical,  est  le  plus  interessant,  est  le  developpement  de  la 
cataplexie  dans  le  cadre  d’un  syndrome  endocrino-vegetatif .  C’est 
un  point  sur  lequel,  dans  la  litterature,  l’attention  n’a  pas  ete 
suffisamment  attiree,  du  moins  a  notre  connaissance.  Or,  noS 
quatre  malades  sont  des  obeses.  Leur  obesite  n’a  rien  de  parti- 
culier,  si  ce  n’est  qu’elle  a  apparu  dans  ^observation  1  et  4  avant 
1’installation  des  attaques  cataplectiques  ;  coincidence  qui  n  a 
rien  d’exceptionnel,  si  on  se  rappelle  que  les  etats  d’obesite  post- 
encephalitiques  evoluent  souvent  dans  la  periode  preparlunso- 
nienne.  Leur  obesite  s’accompagne  de  troubles  genitaux.  Dans  la 
premiere  observation,  elle  fait  suite  a  un  accouchement,  elle  s’ac¬ 
compagne  d’une  diminution  du  flux  menstruel  et  de  retards  fre¬ 
quents.  Dans  la  seconde  observation,  l’obesite  precede  l’appari- 
tion  des  premieres  regies,  d’ailleurs  peu  abondantes  et  irregu- 
lieres.  Dans  la  troisieme,  la  poussee  d’obesite  est  contemporaine 
de  la  periode  puberale.  La  menstruation  est  egalement  peu  abon- 
dante.  Dans  la  quatrieme,  le  patient  accuse  un  etat  d’hypogeni- 
talisme.  Dans  tous  les  cas,  les  caracteres  sexuels  secondaires, 
■en  particulier  les  poils  axillaires  et  pubiens  sont  peu  indiques, 
sinon  deficients.  Le  metabolisme  de  base  est  abaisse  dans  toutes 
nos  observations,  abaissement  discret  mais  qui  depasse  nota- 
blement  la  limite  des  erreurs  de  technique.  A  cette  nuance 
hypogenitale  du  syndrome  endocrinien,  s’ajoutent  de  petits 
signes  d’hi/pothgro'idie  :  peau  seche,  frilosite,  eclaircissement  du 
tiers  externe  du  sourcil  (Hertoghe),  etc...  bien  difficiles  a  separer 
des  precedents.  Nulle  part  on  ne  trouve  d’indications  cliniques 
ou  radiologiques  plaidant  en  faveur  d’une  participation  hvpo- 
physaire.  Que  les  attaques  de  cataplexie  aient  quelques  rapports 
fonctionnels  avec  les  cycles  de  la  vie  sexuelle,  nous  en  trouvons 
une  preuve  assez  interessante  dans  l’observation  1  oil,  pendant 
toute  la  grossesse,  les  chutes  ont  ete  rares  pour  reprendre,  avec 
une  frequence  inusitee,  dans  la  periode  post-puerperale  et  deve- 
nir,  a  nouveau,  moins  frequentes  apres  le  retour  de  couches. 

Aux  troubles  endocriniens,  se  combine  un  syndrome  vegetatif 
du  type  vagotonique.  Dans  les  collateraux,  nous  trouvons  deux 
cas  d’urticaire,  un  cas  de  bronchite  asthmatiforme  et  une  rhinite 
spasmodique. 

L’hypertension  avec  bradycardie,  la  deviation  lymphocytaire 


LVDO  VAN  BOGAERT 


de  la  formule  avec  une  leucocytose  normale  ou  basse,  le  reflexe- 
oculo-cardiaque  positif,  l’allongement  du  temps  de  sedimentation,, 
l’absence  de  glycosurie  a  l’epreuve  de  la  glycosurie  alimentaire, 
avec  une  glycemie  habituelle  plutot  basse,  autant  de  symptomes 
de  vagotonie.  La  valeUr  constamment  normale  des  calcemies. 
montre  que  les  attaques  de  cataplexie  n’ont  rien  a  faire  avec  une 
hypercalcemie  d’origine  centrale  comme  l’a  suppose  Wagner  (13). 
L’epreuve  de  Strauss,  faite  chez  deux  de  ces  malades,  avait  mon¬ 
tre  une  capacite  de  dilution  et  de  concentration  normales.  D’au- 
tie  part,  la  deviation  lympho'cvtaire  de  la  formule  s’accorde  bien 
avec  la  constatation  de  Lhermitte  sur  la  frequence  de  l’aspect 
lymphatique  dans  les  narcolepsies  essentielles  (14).  Une  predo¬ 
minance  vagotonique  aurait  ete  remarquee  egalement  avec  une 
grande  frequence  dans  cette  derniere  affection  comme  le  montrent 
bien  les  recherches  de  Redlich,  de  Thiele,  Kahler,  Sterling  et 
Bernhardt  (3). 

II  est  important  pour  Vintelligence  des  faits  de  cataplexie  de 
savoir  si,  en  realite,  la  vagotonie  existe  ou  se  renforce  encore  ai t 
corns  de  Vacces  lui-meme.  Mais,  ici,  les  documents  sont  peu  nom- 
breux  du  fait  que  beaucoup  d’auteurs  n’ont  pu  assister  au  derou- 
lement  de  celui-ci.  Dans  l’observation  I,  nous  avons  eu  cette  bonne 
fortune  et,  de  fait,  pendant  la  chute  cataplectique,  le  pouls  et 
la  respiration  se  ralentissent,  les  pupilles  sont  contractees.  Cette 
observation  isolee  serait  sans  valeur  si  elle  n’etait  pas  confirmee- 
par  les  recherches  experimentales  de  Scharfetter  et  Seeger,  qui 
ont  pu  provoquer  des  crises  chez  leurs  sujets,  et  les  etudier  a 
loisir  ;  ils  enregistrent  aussi  un  miosis,  une  bradycardie  assez 
frequente  quoique  non  reguliere,  traduite  a  relectrocardiographie 
par  un  ralentissement  du  rythme  sinusal,  en  nieme  temps  que  la 
respiration  se  faisait  arythmique.  Ces  auteurs  conclurent  a  un 
renforcement  du  tonus  parasympathique  basal,  au  moins  dans 
certaines  de  ses  manifestations,  pendant  l’acces. 

Sur  un  dernier  caractere  clinique  du  syndrome,  nous  serons- 
brefs,  la  cataracte  centrale  hereditaire  pure  presentee  par  nos 
malades  est  connue  sous  le  no'm  de  cataracte  de  Coppock,  quoi¬ 
que  decrite  en  premier  lieu  par  Nettleship  (23). 

Elle  aussi  appartient,  suivant  la  note  que  le  Prof.  H.  Coppez  a 
bien  voulu  nous  remettre  sur  certains  de  ces  malades,  au  type 
dominant  et  est  essentiellement  caracterisee  par  une  opacite  dans 
le  noyau  du  cristallin  avec  conservation  de  la  transparence  des 
couches  peripheriques.  Les  oculistes  savent  qu’elle  s’accompagne 
frequemment  de  tetanie  ou  de  troubles  endocriniens. 

Ces  caracteres  cliniques  bien  etablis,  il  nous  reste  a  dire  un 


PAROXYSMES  REFLEXES  DU  TONUS 


mot  de  la  date  d’apparition  de  ces  singulieres  chutes.  Elies  appa- 
raissent  a  la  puberte  comme  les  narcolepsies  essentielles,  dans 
deux  de  nos  cas  ;  dans  une  autre,  vers  22  ans,  apres  le  manage  et 
la  premiere  grossesse  ;  un  peu  avant  la  trentaine,  chez  le  qua- 
trieme.  Ces  predilections  d’age  se  retrouvent  egalement  et  sont 
connues  depuis  longtemps  dans  les  etats  narcoleptiques  vrais. 

Leur  evolution  est  chronique  et  il  s’agit  ici  d'un  trouble  parti- 
eulierement  tenace  ;  il  n’obeit  spontanement  qu’aux  incidents 
puerperaux.  Le  pronostic  en  est  benin,  et  dans  aucun  de  nos  cas 
on  ne  voit  de  formes  de  passage  entre  ces  etats  et  les  chutes 
d’origine  epileptique. 

Nous  retrouvons,  seulement,  dans  les  collateraux  des  affections 
du  type  anaphylactique,  angiospasmodique  et  dystrophique. 

Cette  enquete  ccnstitutionnelle  demontre  done,  chez  nos  mala- 
des  cataplectiques,  l’existence  d’un  etat  endocrino-vegetatif  parti¬ 
cular  et  cependant,  1’acces  ne  se  montre  qu’a  l’occasion  de  mani¬ 
festations  affeetives. 

Huit  fois  sur  dix,  dans  nos  observations,  les  attaques  cataplec- 
tiques  sont  en  rapport  avec  des  emotions  agreables  ou  desagrea- 
bles,  quoique  les  premieres  et  particulierement  le  rire  les  provo- 
quent  le  plus  aisement. 

On  peut,  cependant,  les  voir  survenir  dans  des  circonstances 
differentes  et  vides  de  tout  apport  affectif,  quel  qu’en  soit  le 
signe  :  a  l’occasion  d’une  violente  quinte  de  toux  (Obs.  1),  d’une 
hyperflexion  marquee  du  tronc  en  avant  {Obs.  2),  e’est-a-dire  de 
raises  en  jeu  brusques  de  la  musculature  thoraco-abdominale. 
Cette  coincidence  ne  nous  aurait  pas  particulierement  frappe, 
si  elle  n’avait  ete  soulignee  expressement  dans  un  travail  recent 
de  MM.  Scharfetter  et  Seeger.  Ces  auteurs,  dont  le  travail  si 
minutieux  merite  d’etre  lu  dans  1’original,  observent  que  ce 
n’est  peut-etre  pas  autant  le  phenomene  affectif  qui  agit  que 
I’expression  motrice  corpcrelle  qui  Vaccompagne,  telle  que  les 
expirations  forcees  du  rire  prolonge  ;  des  quintes  de  toux,  des 
cris  aigus,  de  l’eternuement...  Les  phenomenes  affectifs  prepare- 
raient  l’acces,  le  mouvement  thoraco-abdo'minal  le  declancherait 
et,  comme  il  est  iteratif,  il  l’entretiendrait. 

Au  point  de  vue  physiopathologique,  l’ existence  d’une  consti¬ 
tution  endocrino-vegetative  particuliere  chez  tons  nos  patients 
doit  etre  retenue  :  elle  est  le  lit  de  Vattaque  cataleptique  comme 
d’un  grand  nombre  de  crises  narcoleptiques.  L’existence  d’un 
desequilihre  dans  le  sens  vagotonique  explique  peut-etre  cette 
fragilite  du  tonus  d’attitude,  car  nous  savons  par  ailleurs  que 
le  deplacement  de  l’equilibre  vegetatif  dans  le  sens  vagal  est 


LUDO  VAN  BOGAERT 


egalement  caracteristique  du  sOmmeil  normal  et  du  paroxysme 
narcoleptique.  On  pourrait  etendre  plus  loin  ces  inductions  et 
ces  analogies,  mais  nous  les  croyons  inutiles,  et  l’immense  inte- 
ret  de  ces  questions,  au  point  de  vue  de  la  physiopathologie  de 
la  vigilance  et  du  sommeil,  a  ete  bien  mis  en  valeur  par  tous. 
ceux  qui  se  sont  occupes  de  ce  groupe  morbide.  Les  faits  demeu- 
rent  :  nous  avons  vu  dans  une  famille  apparaitre  des  attaques. 
cataplectiques  percues  comme  un  phenomene  anormal,  mais  a 
peine  pathologique,  les  membres  atteints  etant  des  hypogenitaux, 
obeses,  vagotoniques,  avec  une  cataracte  du  type  de  Coppock. 
Nous  n’avons  pas  retrouve  dans  la  literature  des  observations 
de  cataplexie  familiale.  Nous  avons  recherche  une  comparaison 
dans  le  domaine  des  narcolepsies  :  Thiele  et  Bernhardt  signalent 
(p.  141)  une  forme  familiale  de  narcolepsie,  ou  la  meme  maladie 
existe  a  l’etat  pur  chez  une  tante.  J.  Bauer  (5)  l’a  observee  chez: 
le  pere  et  le  fils,  mais  les  observations  les  plus  importantes  sont 
celles  de  Hoff  et  Stengel  concernant  quatre  families  ou  les  nar¬ 
colepsies  apparurent  chez  deux  ou  plusieurs  membres.  Ces 
observations  ont  toutefois  ete  soumises  a  une  critique  serree  par 
Wenderowic  qui  croit  a  1’origine  exogene  du  syndrome  (22). 


II.  Famille  M...  Cataplexie,  narcolepsie, 
atrophie  optique  bilat6rale 

Observation  I.  —  Antecedents  hereditaires.  —  Les  grands-parents 
des  deux  cotes  etaient  solides  et  atteignirent  respectivement  l’age  de 
80  et  de  90  ans. 

Ils  eurent  huit  enfants  qui  tous  sont  encore  en  vie,  a  l’heure  actuelle^ 
sauf  la  mere  de  notre  patient. 

Du  cote  paternel,  le  grand-pere  a  presenle  une  cataracte  senile,  la 
grand’mere  un  glaucome  et  une  atrophie  bilaterale  des  nerfs  opliques. 

Le  pere  de  notre  patient  subit,  a  l’age  de  42  ans,  une  intervention 
chirurgicale  suivie  d’une  hemorragie  grave  qui  entraina  une  atrophie 
des  nerfs  optiques. 

II  est  encore  en  vie,  est  age  de  58  ans,  et  presente  a  l’heure  actuelle 
des  crises  de  vertiges  avec  chute  sur  lesquelles  nous  allons  revenir. 

La  mere  de  notre  malade  est  morte  de  tuberculose  pulmonaire  a 
l’age  de  29  ans. 

Le  pere  de  M.  M.  presente  deux  sortes  d’acces. 

Les  premiers  sont  tres  frequents,  pratiquement  quotidiens,  et  il 
en  note  parfois  plusieurs  par  jour. 

Ils  le  surprennent  le  plus  souvent  en  promenade  :  les  objets  tour- 


PAROXYSMES  REFLEXES  DU  TONUS 


15 


nent  rapidement  autour  de  lui,  il  s’arrete  quelques  instants,  puis  le 
vertige  passe  et  il  peut  reprendre  sans  difficult^  sa  marche. 

La  seconde  variete  de  troubles  est  beaucoup  plus  rare.  Ceux-ci 
entrainent  une  chute  ou  tout  au  moins  une  perte  instantanee  de  con¬ 
sole.  Brusquement,  il  remarque  que  tout  tourne  autour  de  lui,  et  il 
a  la  sensation  que  le  sol  se  derobe  sous  ses  pas.  C’est  elle  qui  entraine 
sa  chute.  Il  suffit,  alors,  de  le  prendre  par  le  bras,  au  moment  ou  le 
vertige  commence  et  meme  quand  il  vient  de  sentir  le  flechissement 
apparaitre,  pour  que  tout  soit  passe,  une  seconde  apres. 

Ce  flechissement  instantane  des  jambes  est  parfois  pressenfl  :  il 
appelle-  aussitot  quelqu’un  de  son  entourage,  et,  le  plus  souvent,  un 
soutien  minime  sufflt  a  prevenir  les  chutes. 

Dans  les  heures  qui  precedent  un  acces  semblable,  il  ne  resent 
rien  d’anormal,  sauf,  peut-etre,  une  certaine  lourdeur  ou  vide 
dans  la  tete.  Immediatement,  apres  cette  chute,  il  n  est  ni  confus, 
ni  etonne  il  ne  ressent  aucun  mal  de  tete  et  n’a  jamais  perdu  cons¬ 
cience  un  instant.  Voici,  comme  exemple,  l’une.  des  dermeres  crises 
du  second  type,  racontee  par  le  frere  du  patient. 

«  Mon  frere  etait  assis  dans  son  fauteuil  a  table  et  ecoutait  la  lec¬ 
ture  d’un  journal.  Brusquement,  sans  que  rien  ait  pu  f-ire  prevom 
quelque  chose,  il  m’appelle  :  «  Leon,  Leon,  je  tombe.  »  En  reaUte, 
il  s’affaisse  dans  son  fauteuil  au  point  qu'il  ghsse  presque  par  terre, 
remue  un  instant  les  bras.  Je  le  saisis  aussitot  par  un  poignet,  ]e  lui 
dis  :  «  Qu’y  a-t-il  ?  ».  A  cet  instant  meme,  il  se  remonte  et  me  re¬ 
pond  :  «  Ce  n’est  rien,  tu  peux  continuer  ta  lecture.  » 


Ce  premier  malade  presente  deux  types  d’acces  :  l’un,  venta- 
bles  crises  vertigineuses  de  tres  courte  duree,  mais  sans  trou 
de  conscience  et  sans  chute,  les  seconds,  suspensions  tomques 
de  tres  courte  duree,  introduites  ou  non  par  un  vertige,  avee 
integrite  de  la  conscience. 

En  dehors  de  ces  paroxysmes,  qui  n’ont  pas  vane  depuis 
vingt  ans,  et  d’une  atrophie  optique  bilaterale,  on  n’observe 
aucun  trouble  fonctionnel. 

La  mere  de  ce  patient  a  presente  une  atrophie  bilaterale  des 
nerfs  optiques. 


Obs.  II. _ Antecedents  personnels.  —  M.  M.  n’a  jamais  ete  souffrant 

jusqu’au  moment  de  son  service  militaire.  A  cette  epoque,  il  fit  une 
fracture  de  la  rotule,  qui  dut  etre  operee  a  trois  reprises. 

Il  se  maria  a  l’age  de  29  ans  et  n’a  pas  d’enfants. 

Pas  d’exces  alcooliques  ni  veneriens. 

Histoire.  —  Il  se  plaint  depuis  une  dizaine  d’annees,  mais  de  plus 
en  plus  frequemment  depuis  six  ans  de  somnolence,  puis  d’arrets 
bizctrres  dans  le  mouvement  qu’il  a  denomme  lui-meme  des  «  reflexes 


LUDO  VAN  BOGAERT 


contraires  »  ;  de  crises  qu’il  dit  internes,  de  phenomenes  vasomo- 
teurs  et  vegetatifs.  L’interrogatoire  de  ce  sujet  qui  est  un  homme 
intelligent  nous  a  permis  de  preciser  tres  aisement  ces  differents 
troubles  assez  subtils  : 

1°  Somnolence.  En  tout  temps  et  a  tout  moment  du  jour,  il  sent 
des  envies  irresistibles  de  dormir,  meme  avant  le  repas. 

«  Au  bureau,  pendant  que  je  tape  a  la  machine,  pendant  que  je 
fais  des  additions  ou  que  je  fais  d’autres  operations  arithmetiques,  il 
m’arrive  de  m’endormir,  sans  que  j’aie  le  courage  ou  la  volonte  de 
reagir.  Des  mon  lever,  meme  pendant  mon  dejeuner,  en  lisant  le 
journal,  il  m’arrive  de  m’endormir.  Je  me  leve,  me  promene,  la  som¬ 
nolence  disparait,  mais  il  suffit  de  quelques  instants  d’immobilite 
pour  que  je  me  rendorme.  Meme  quand  je  me  tiens  debout  expresse- 
ment,  pres  de  la  table,  pour  lire  mon  journal,  je  m’endors  debout.  » 

Il  a  envie  de  dormir  en  roulant  en  bicyclette  et  doit  faire  des 
efforts  considerables  pour  resister  alors  au  sommeil.  Il  lui  est  arrive, 
A  plusieurs  reprises,  de  rouler  en  dormant  :  il  s’en  apercoit  quand  il 
s’eveille  et  qu’il  realise  la  distance  pareourue. 

Il  lui  est  arrive,  au  bureau,  de  se  rendre,  volontairement,  en  rem- 
placement  d’un  collegue,  dans  la  salle  des  coffres,  ou  le  travail  est 
plus  minutieux,  esperant  trouver  ainsi  une  derivation  a  son  envie  de 
sommeil.  Il  lui  est  arrive  de  s’y  retrouver  endormi,  le  doigt  sur  la 
poignee  d’un  coffre,  la  main  sur  un  dossier  ou  debout  sur  une  echelle. 

«  Au  moment  ou  je  me  reveille,  voici  ce  que  je  ressens  :  j’ai 
1’impression  que  tout  a  coup  la  direction  de  ma  circulation  change, 
j’ai  1’impression  d’un  tremblement  interieur,  d’une  vibration  rappe- 
lant  celle  qu’on  eprouve  a  l’interieur  d’un  vehicule  qui,  lance  a  toute 
vitesse  freine  brusquement.  On  reste  alors  sous  1’impression  de  ce 
tremblement  interieur  pendant  quelques  instants,  meme  apres  1’arret 
complet.  >> 

2°  Les  etats  cataplectiques.  Le  malade  etant  dans  ses  dispositions 
habituelles,  on  dit  a  l’improviste  quelque  chose  qui  le  fait  rire  : 
aussitot,  les  jambes  plient,  souvent  plusieurs  echappements  analogues 
se  succedent  au  point  qu’il  doit  se  tenir,  pour  ne  pas  s’agenouiller. 

La  meme  sensation  et  la  meme  perte  de  controle  surviennent  quand 
il  doit  emettre  avec  energie  une  remarque,  une  observation  :  «  Quand 
mon  chien  desobeit,  ou  que  j’ai  a  plusieurs  reprises  du  lui  defendre 
energiquement  quelque  chose  et  que  je  le  crie  trop  energiquement..., 
je  suis  par  terre.  » 

La  meme  chose  lui  arrive,  quand,  pour  appuyer  un  ordre  energi- 
que,  il  fait  quelques  mouvements  de  force  :  «  Un  jour,  j’intime  a  mon 
chien,  d’un  geste  violent  du  bras  droit,  l’ordre  de  sortir  de  la  cham- 
bre,  mon  bras  reste  etendu,  je  suis  incapable  de  le  retirer  pendant 
un  court  moment,  ma  bouche  reste  ouverte,  je  suis  incapable  de  la 
refermer  et  j’eprouve  quelques  tremulations  dans  les  levres.  Tout 
cela  ne  dure  evidemment  qu’un  instant,  mon  entourage  ne  remarque 


PAROXYSMES  REFLEXES  DU  TONUS 


Tien,  il  n’y  a  que  moi  qui  me  rends  compte  que  quelque  chose  est 
deregie  :  c’est  ce  que  j’appelle  mes  reflexes  contraires.  » 

Ces  phenomenes  se  presented  aussi  quelquefois,  quand  il  tient  un 
•objet  en  main.  Et  voici  un  exemple  : 

«  J’avais  depose  ma  cigarette  allumee  sur  le  bord  d’un  cendrier, 
place  sur  la  table  devant  moi.  Mon  petit  neveu,  age  de  7  ans,  pensant 
que  je  ne  l’observais  pas,  s’empare  de  la  cigarette  et  veut  la  porter  a 
ses  levres.  A  ce  moment,  je  tendais  avec  la  main  droite  mon  bol  a  ma 
femme  pour  le  faire  remplir  de  cafe.  J’avais  deja  defendu  a  plusieurs 
reprises  a  mon  petit  neveu  de  fumer,  et,  au  moment  ou  je  vois  qu’il 
va  atteindre  a  la  cigarette,  je  lui  donne  de  ma  main  gauche,  une 
legere  chiquenaude.  A  ce  moment,  j’ai  senti  mon  bras  droit  m’echap- 
per,  j’ai  du  rapidement  deposer  la  tasse  sur  la  table,  parce  qu  il 
m’e'tait  impossible  de  la  garder  plus  longtemps  en  main.  » 

Il  n’est  jamais  arrive  au  sujet  de  rester  bloque  dans  un  mouvement 
pres  du  but  ou  a  mi-chemin  d’un  but.  Le  trouble  du  mouvement  est 
surtout  marque  au  moment  ou  il  accomplit,  en  meme  temps  que  le 
premier,  un  autre  mouvement  accompagne  d’une  modification  dans 
son  affectivite.  L’exemple  de  la  cigarette  est  caracteristique.  Le  se¬ 
cond  mouvement  est  alors  execute.  Le  premier  s’abolit  pendant  un 
court  espace  de  temps. 

Ces  pertes  de  tonus  n’ont  jamais  entraine  de  chute. 

En  voici  un  autre  exemple  : 

«  J’ai  appele  mon  chien  a  plusieurs  reprises.  Il  n’obeit  pas,  je 
l’appelle  plus  fort,  en  faisant  des  mouvements  giratoires  au-dessus 
de  ma  tete,  avec  mon  fouet,  au  meme  moment,  je  flechis  a  trois  ou 
quatre  reprises,  a  travers  les  genoux,  sans  etre  capable  de  lutter 
contre  ces  echappements.  » 

3°  Les  paralysies  paroxystiques  prehypniques.  Quand  le  malade  se 
couche,  il  est  presque  toujours  sujet  a  des  phenomenes  subjectifs 
qu’il  appelle  ses  «  crises  internes  »,  et  qu’il  decrit  comme  suit  :  «  Je 
me  couche,  je  ne  suis  pas  encore  endormi,  ni  meme  somnolent.  Cette 
crise  n’apparait  que  5-6  minutes  apres  que  je  me  suis  mis  au 
lit,  et  d’ailleurs  pas  tous  les  soirs.  Mes  oreilles  commencent  a 
siffler,  je  suis  aussitot  incapable  du  moindre  mouvement,  incapable 
de  parler,  ma  langue  a  l’air  d’etre  flxee  dans  mon  arriere-gorge,  mon 
coeur  bat  violemment,  pendant  que  quelque  chose  de  mal  definissable 
m’envahit.  Il  arrive  que  ces  battements  de  coeur  soient  douloureux. 
Quelques  instants  apres,  j’ai  une  respiration  profonde  et  tout  rede- 
vient  normal.  » 

Ces  incidents  se  reproduisent  parfois  a  plusieurs  reprises  et  a  la 
fin  seulement,  je  me  rendors.  Quand  cela  m’arrive,  je  suis  tres  bien 
-eveille,  je  ne  suis  pas  oppresse,  et  je  n’ai  pas  de  cauchemars.  Je  sais 
exactement  oil  je  suis,  ce  que  je  ressens,  mais  j’ai  l’impression  de 
mourir,  je  voudrais  crier,  prevenir,  mais  j’en  suis  incapable.  Je  suis 

Ann.  Med.-psych.,  XVe  serie,  94e  annee,  t.  I.  —  Janvier  1936.  2, 


LUDO  VAN  BOGAERT 


incapable  de  faire  de  moi-meme  la  respiration  profonde,  liberatrice* 
Ma  femme,  qui  a  ce  moment  m’a  deja,  a  ma  demande  observe,  me  dit 
que  toute  expression  de  ma  figure  disparait  et  que  mes  levres  sont 
retirees,  decouvrant  mes  dents,  comme  si  j’allais  sourire.  » 

4°  Les  phenomenes  vasomoteurs  et  vegetatifs  :  II  se  plaint  surtout 
de  douleurs  precordiales  et  de  palpitations.  Cette  gene  s’accompagne 
d’une  sensation  de  battements  dans  toutes  les  arteres.  A  ce  moment  : 
on  sent  battre  partout  son  pouls,  nous  dit  sa  femme,  et  il  est  tres. 
rouge.  Si,  a  ce  moment,  «  je  me  trouve  dans  une  place  sombre,  ou  je 
je  ferme  les  yeux,  je  ne  vois  devant  les  yeux  que  des  scintillements,. 
des  fusees  comme  d’un  feu  d’artifice  ».  II  a  toujours  trop  chaud  et 
transpire  abondamment  lorsque  tout  le  monde  se  plaint  de  froid.  Les 
paroxysmes  circulatoires  sont  parfois  remplaces  par  des  crises  dou- 
loureuses  epigastriques  avec  salivation  intense,  pendant  une  a  deux 
minutes,  puis  il  a  quelques  nausees,  parfois  un  vomissement  et  tout 
rentre  dans  l’ordre. 

Examen  objectif  :  Habitus  du  type  pycnique. 

Pression  arterielle  15/10.  Reflex  e  oculo-cardiaque  fortement 
positif. 

Pupilles  en  miosis.  Fond  d’oeil  normal.  Reflexes  pupillaires 
conserves. 

Examen  neurologique  et  auscultatoire  negatif. 

Metabolisme  basal,  +  3  %. 

Sang  :  globules  rouges,  4.100.000  ;  globules  blancs,  11.200  ;  formule 
normale  ;  hemoglobine,  100  %  ;  Wassermann  et  Kahn  negatif s. 

Nous  retrouvons,  chez  ce  malade,  depuis  dix  ans,  a  cote  d’atta- 
ques  narcoleptiques  caracteristiiques,  de  courtes  pertes  du  con- 
trole  touique,  des  attaques  de  paralysie  prehypnique,  des  signes. 
de  vagotonie. 

Ce  malade,  qui  est  un  excellent  observateur,  donne  de  curieu- 
ses  notations  sur  les  impressions  qui  accompagnent  les  decon- 
nexions  de  V initiative  vclontciire  et  de  la  vigilance .  Le  sentiment 
de  vibration  interne,  de  choc  en  retour  profond,  qui  accompagne 
le  paroxysme  paralytiique  du  coucher,  sont  des  nuances  si  par- 
ticulieres  qu’on  ne  les  retrouve  chez  aucune  autre  categorie  de 
malades.  Dans  le  cas  que  void,  les  deconnexions  de  la  vigilance 
ne  s’acompagnent  d’aucun  phenomene  onirique.  D’ailleurs,  en 
general,  le  sujet  reve  rarement  et  lui-meme  signale  qu’il  a  une 
puissance  d’evocation  visuelle  tres  minime.  Cette  pauvrete  des 
reves  et  de  l’imagination  se  retrouve  cgalement  chez  son  pere. 

Les  intermittences  de  la  vigilance  et  de  l’initiative  motrice 
surgissent  ici  sur  un  fond  de  vagotonie  rouge. 

On  ne  peut  s’empecher  de  rapprocher  les  eclipses  cataplecti- 


PAROXYSMES  REFLEXES  DU  TONUS 


ques  de  ce  malade  des  pertes  de  contrcle  tonique  du  pere  ;  la 
l'orte  teinte  vaso-paroxystique  du  fils  de  la  notion  d’une  amaurose 
hrutale  survenant  chez  son  pere,  a  la  suite  d’une  hemorragie 
gastrique  grave  et  amo'rcant  une  atrophie  optique  bilaterale,  et 
du  glaucome  avec  atrophie  optique  bilaterale  chez  la  grand’mere. 

Dans  toute  cette  famille,  nous  retrouvons  une  grande  fragilite 
de  la  regulation  vasomotrice,  une  grande  labilite  du  controle 
tonique  et  de  la  vigilance.  Ces  dereglements  apparaissent  preci- 
sement  a  1’occasion  des  circonstances  physiologiques  qui,  norma- 
lement,  exigent  une  alerte  efficace  de  ces  fonctions  :  emotion, 
surprise  ;  periode  de  preparation  an  sommeil...  Le  complexe 
pathologique  familial  se  dissocie  au  hasard  des  individus  et  c’est 
pourquoi  on  risque  de  passer  a  cote  des  fils  qui  relient  entre  eux 
ces  symptomes.  La  situation  de  l’atrophie  optique  des  parents 
et  grands-parents  est  difficile  a  definir  dans  ce  complexe  :  est- 
elle  une  resultante  des  desordres  vasomoteurs  ?  fait-elle  partie 
du  groupement  morbid  e  ? 

Cette  derniere  hypothese  ne  doit  pas  etre  formellement  reje- 
tee  car  les  perturbations  que  nous  venons  d’enumerer  ont  pro- 
bablement  pour  cadre  l’etage  hypothalamo-tuberien,  c’est-a-dire 
une  region  juxta-chiasmatique  :  nous  n’en  dirons  pas  plus. 

Ce  complexe  fait  de  troubles  paroxystiques  du  tonus  d’attitude, 
de  Vinnervation  volontaire,  de  la  vigilance,  de  la  vasomotricite, 
merite  d’etre  signale. 

III.  Famille  V...  Hypertonie  affective  isolee 

Le  negatif  des  faits  precedents  de  cataplexie  emotionnelle  est 
eonstitue  par  des  processus  affectifs  realisant  des  renforcements 
momentanes  du  tonus  musculaire.  Suivant  certains  auteurs,  les 
emotions  agreables  auraient  plus  particulierement  ce  pouvoir 
renforgateur. 

Nous  avons  eu  Foccasion  d’etudier  un  etat  analogue,  dans 
une  famille  que  nous  suivons  depuis  quelques  annees,  et  de  nous 
assurer  que  ces  renforcements  «  corresponding  opposites  »  des 
abolitions  precedentes  n'ont  rien  a  voir  avec  un  processus  palho- 
logique  determine,  mais  qu’ils  constituent  des  modes  de  reaction 
individuels,  exceptionnels  sans  doute,  par  leur  intensite,  suscep- 
tibles  d’etre  transmis  hereditairement. 

Obs.  I.  —  Mine  V...  est  ag'ee  de  27  ans,  mariee  a  1’age  de  21  ans  elle 
a  trois  enfants  bien  portants.  Le  mari  est  bien  portant.  Pas  de  mala- 


20 


LUDO  VAN  BOGAERT 


dies  graves  sauf  a  l’age  de  18  ans  une  scarlatine  avec  nephrite  hemor- 
ragique.  La  convalescence  fut  longue  mais  le  retablissement  complet. 
Cette  malade  a  ete  observee  par  nous  a  plusieurs  reprises  car  elle 
presente  de  temps  a  autres  des  etats  de  depression  anxieuse,  neces- 
sitant  un  repos  prolonge,  hors  du  cadre  familial. 

Le  dernier  accouchement  fut  plus  penible  que  les  deux  precedents, 
la  parturiente  ayant  ete  affaiblie,  vers  la  fin  de  sa  gravidite,  par  un 
regime  tres  severe  necessite  par  une  poussee  de  pyeloriephrite.  Le 
premier  retour  des  regies  a  degenere  en  une  veritable  hemorragie 
pour  laquelle  un  gynecologue  a  ete  convoque.  C’est  celui-ci  qui  nous 
a  fait  appeler  aupres  d’elle,  etant  impressionne  par  la  rigidite  de 
la  malade,  avec  un  pouls  ralenti  et  bien  frappe. 

L’hemorragie  avait  cesse  depuis  une  heure  quand  nous  avons  exa¬ 
mine  la  malade.  L’aspect  etait  en  effet  assez  impressionnant.  La 
malade  etait  couchee  sur  le  dos,  le  tronc  legerement  incurve,  en 
arriere.  Les  jambes  etendues,  le  corps  reposant  sur  le  lit,  par  les 
fesses  et  les  talons.  Les  pupilles  etait  dilatees,  reagissant  lentement  a 
la  lumiere,  le  reflexe  corneen  etait  conserve. 

Temperature  36°4.  Pas  de  transpiration,  ni  de  moiteur,  la  chaleur 
du  corps  paraissait  normale. 

A  nos  injonctions,  nous  voyons  que  la  malade  entend  ;  les  globes 
oculaires  se  tournent  vers  nous.  Pas  de  mouvement  mimique.  Pas  de 
reponse. 

Sensibilite  a  la  piqure  conservee  :  au  lieu  de  retirer  la  jambe,  elle 
la  raidit  et  le  masque  se  crispe  legerement. 

Pas  de  signes  de  Babinski.  Reflexes  tendineux  nets.  Pas  de  clonus 
du  pied.  Persistance  des  attitudes  :  sans  roue  dentee,  ni  exaltation 
des  reflexes  de  posture.  Quand  on  recherche  le  reflexe  de  posture 
par  la  manoeuvre  classique,  au  niveau  du  jambier  anterieur,  on  voit 
celui-ci  denieurer  en  tension,  pendant  un  certain  temps  puis  se  rela- 
cher  brusquement.  Ce  meme  relachement  brusque  s’observe  au 
niveau  des  segments  des  membres  auxquels  on  impose  une  attitude 
anormale.  Nous  avons  revu  la  malade  une  seconde  fois  six  heures 
plus  tard.  La  situation  n’avait  pas  change  :  1’hemorragie  etait  arretee, 
le  pouls  demeurait  a  68-70.  Nous  avons  pratique  alors,  dans  un  but 
suggestif,  une  injection  intramusculaire  de  3  cc.  d’ether  sulfurique. 
Cette  injection  fort  douloureuse  etait  bien  ressentie.  Une  heure  apres 
la  malade  put  bouger.  Le  lendemain  tout  avait  disparu.  Elle  avait 
conserve  un  souvenir  exact  de  tous  les  evenements  deroules  pendant 
son  immobilisation,  mais  ne  pouvait  pas  prononcer  un  mot  malgre 
ses  efforts,  meme  pas  crier  au  moment  de  1’injection  d’ether. 

Elle  reprochait  au  voisinage  et  a  nous-meme  de  nous  etre  inquietes 
de  cet  etat  de  raideur  qu’elle  avait  deja  ressenti  deux  fois  avant,  une 
fois  pendant  la  nuit  et  une  autre  fois  pendant  le  jour,  mais  pas  aussi 
longtemps.  Elle  nous  a  assure  que  sa  mere  avait  presente,  a  l’occasion 
d’un  accouchement  penible,  le  .meme  acces  de  rigidite  et  que  les 


PAROXYSMES  REFLEXES  DU  TONUS 


medecins  consultes  avaient  craint  une  infection  tetanique.  La  rigidite 
de  la  mere  dura  une  journee  entiere.  Ces  faits  n’ont  pu  etre  contro- 
les.  La  mere  est  inorte  a  54  ans  de  cancer  gastrique. 

Notre  malade  avait  ete  fort  impressionnee  par  l’hemorragie  uterine 
et  s’etait  affolee. 

Malade  de  tres  belle  taille,  pigmentee,  cheveux  noirs,  regies  regu- 
lieres  plutot  abondantes,  type  longiligne,  aspect  un  peu  asthenique. 

Sommet  gauche  submat.  Lesions  de  fibrose  apicale  ancienne. 

Coeur  normal.  Pression  arterielle,  14,5/10.  Tendance  a  l’arythmie 
cardiaque,  surtout  apres  enervement  et  a  l’occasion  d’aerophagie. 

Metabolisme  basal  :  4-  9  %. 

Glycemie  :  1,08.  Cholesterine  :  1,95.  Uree-sang  :  0,30. 

Wassermann  negatif. 

Examen  hematologique  normal. 

Epreuve  de  glycosurie  alimentaire  negative. 

Obs.  II.  —  Jean  V...,  8  ans,  est  un  enfant  assez  chetif,  il  a  presente 
pendant  deux  ans  des  poussees  febriles  attributes  a  une  adenopathie 
tracheobronchique  suspecte.  II  a  ete  eleve  au  bord  de  la  mer,  par  sa 
tante  paternelle.  Cet  enfant  a  contracts,  a  l’age  de  6  ans  1/2  une 
rougeole  banale  et  a  presente  a  l’occasion  d’une  poussee  febrile  assez 
elevee,  au  moment  de  1’eruption  (40°3),  une  crise  de  rigidite  qui  a 
dure  une  vingtaine  de  minutes  et  qui  s’est  repetee  le  lendemain  pen¬ 
dant  une  dizaine  de  minutes  au  moment  d’un  nouveau  clocher  ther- 
mique  (39°7). 

Le  medecin  traitant  n’a  rien  remarque  de  particulier  avant  et  apres 
I’acces.  La  conscience  etait  parfaitement  conservee.  Cet  enfant  ne 
presente  aucune  manifestation  neurologique,  ni  nevropathique,  par 
ailleurs. 

Type  asthenique  tout  a  fait  net.  Adenopathie  tracheobronchique. 

Coeur  et  pression  arterielle  normaux.  Metabolisme  basal  :  +  4  %. 

Glycemie  :  0,71  ;  cholesterine  :  1,30  ;  leucocytose  :  9.100  ;  globules 
rouges  :  4.650.000. 

Formule  a  deviation  lymphocytaire  :  41  %. 

Epreuve  de  glycosurie  alimentaire  negative. 

Pirquet  : 

Obs.  III.  —  Helene  V...,  6  ans. 

Enfant  bien  portante,  mais  difficile,  plutot  adipeuse,  faisant  facile- 
ment  des  eczemas  et  des  manifestations  d’acne  sur  fond  seborrheique. 

Varicelle  a  l’age  de  3  ans  1/2  sans  complication. 

La  mere  nous  a  renseigne  spontanement  que,  de  temps  a  autre,  a 
l’occasion  d’une  grande  joie,  l’enfant  se  dresse  sur  la  pointe  des  pieds, 
qu’elle  se  raidit,  que  le  tronc  se  renverse  en  arriere,  qu’elle  ecarte  les 
doigts  et  tombe  comme  une  statue.  Cette  chute  est  de  courte  duree  et, 
le  plus  souvent,  elle  se  ramasse  avant  d’etre  vraiment  par  terre.  Elle 
ne  se  blesse  jamais. 


22 


LUDO  VAN  BOGAERT 


Cette  raideur  ne  s’accompagne  d’aucune  morsure  de  la  langue,  ni 
de  pertes  d’urines  ou  d’inconscience. 

Nous  n’avons  jamais  vu  ces  acces  de  rigidite,  mais  tin  jour,  en  l’exa- 
minant,  contre  son  gre,  elle  a  fait  devant  nous  une  vraie  crise  de 
colere  pathologique  suivie  de  chute  avec  rigidite  persistante  pendant 
une  quinzaine  de  secondes. 

Son  attitude  alors  rappelle  exactement  celle  de  la  mere  ;  elle  n’en 
differe  que  sur  un  seul  point,  c’est  qu’il  est  impossible  d’attirer  l’atten- 
tion  de  l’enfant  et  que  les  reflexes  tendineux  sont  beaucoup  plus 
exaltes.  Elle  presente  aussi  la  persistance  des  attitudes.  Une  injection 
de  cafeine  (nous  n’avions  pas  d’ether  sous  la  main)  a  mis  fin  a  l’etat 
de  rigidite  et  l’enfant  s’est  mise  a  pleurer.  Conservation  des  souvenirs, 
pas  de  perte  d’urine  pendant  cet  acces. 

L’examen  neurologique  et  general  ne  decele  aucun  trouble. 

Type  adipeux,  enfant  pale,  cheveux  tres  fins,  tendance  a  la  bouffis- 
sure  palpebrale.  Abdomen  tres  developpe.  Chapelet  costal  rachitique. 

Auscultation  negative  pour  le  coeur  et  les  poumons. 

Metabolisme  basal  :  — 7  %  ( — 8  %). 

Glycemie  :  0,81  ;  cholesterinemie  :  1  gr.  97  ;  uree-sang  :  0,21. 

De  temps  a  autre,  urobiline  en  assez  forte  quantite  dans  les  urines. 
Vomit  facilement.  Tres  sensible  au  vertige.  Epreuve  de  glycosurie 
alimentaire  positive. 

Cuti-reaction  negative. 

Nous  trouvons  done,  chez  la  mere  et  deux  enfants,  des  crises 
de  catalepsie  survenant  a  l’occasion  d'une  emotion  (frayeur, 
colere),  caracterisees  par  un  renforcement  anormal  clu  tonus, 
aboutissant  au  maintien  des  attitudes,  avec  mydriase  et  sans 
troubles  des  reflexes  tendineux  ou  cutanes.  La  grand’mere  aurait 
presente,  dans  les  mernes  circonstances  que  sa  fille,  un  acces 
semblable.  L’enfant  presente,  en  dehors  de  ce  seul  acces  que 
nous  avons  vu,  des  renforcements  tres  courts,  avec  chute  conse¬ 
cutive,  mais  la  reprise  du  co'ntrole  est  tellement  rapide  qu’il 
parvient  generalement  a  se  ramasser  avant  de  s’etre  etale  sur 
le  sol.  Nous  trouvons  done,  chez  ces  malades,  tous  les  types 
intermediaires  entre  la  crise  cataleptique  de  longue  duree  et  les 
eclipses  cataleptiques  tellement  breves  que,  si  1’enfant  avant  de 
tomber  ne  se  dressait  pas  sur  la  pointe  des  pieds  et  le  corps  en 
arriere,  la  phase  rigide  pourrait  passer  inapercpie. 

Dans  l’observation  3  de  la  famille  R...,  nous  avons  note  l’exis- 
temce  d’un  paroxysme  de  rigidite  analogue,  immediatement  avant 
une  chute  cataplectique. 

L’absence  des  autres  signes  de  la  serie  epileptique,  de  tout 
autre  incident  convulsif  ou  equivalent,  permet  d’eliminer  cette 


PAROXYSMES  REFLEXES  DU  TONUS 


23 


ctiologie.  II  faut  admettre  que  nous  sommes  en  presence  de 
uhenomenes  cataleptiques  isoles. 

1  On  voit  aussitot,  en  parcourant  ces  trois  observations,  que  ces 
incidents  ne  sont  lies  a  aucune  autre  modification  endocn- 
nienne  ou  trophique,  et  qu’ils  s’observent  chez  des  types  morpho- 
element  aussi  differents  que  la  mere  et  la  fdle  .  Contraire- 
ment  aux  observations  de  cataplexie,  le  trouble  neurologique ne 
paratt  pas  lie,  dans  la  famille  qui  nous  occupe,  a  une  constitution 
somatique  constante  et  ce  fait  negatif  nous  a  conduit  a  chercher, 
si  on  ne  trouve  pas  dans  les  collateraux,  d’autres  indices  qui 
nous  mettent  sur  la  trace  du  capital  hereditaire  auquel  nous 
pouvions  rattacher  ces  paroxysmes  rigides.  a  , 

Dans  la  premiere  generation,  nous  retrouvons  du  cote  mater- 
nel  une  tante  qui  a  presente  pendant  toute  sa  vie  des  troubles, 
mentaux  graves  ;  morte  a  41  ans  a  Gheel.  Le  premier  trouble 
avait  apparu  a  l’age  de  20  ans,  et  etait  car acterise  par  un  delire 


La  grand’mere  de  notre  malade  etait  une  originale,  assez 
misanthrope,  trfes  depensiere  et  avail  fait,  vers  la  quarantaine, 
un  episode  depressif.  Sur  les  collateraux  paternels,  pas  de  ren- 
seignements.  Son  grand-pere  (1/3)  etait  un  homme  fort  cultive, 
de  caractere  apparemment  normal,  rnais  avait  eu,  a  lage  de 

37  ans,  une  tuberculose  osseuse  fistulisee  de  la  hanche. 

Dans  la  deuxieme  generation,  nous  trouvons  une  femme 
atteinte  de  demence  precoce,  une  femme  (II/3)  du  cote  maternel 
atteinte  de  troubles  mentaux  legers  (schizophrenie  ?).  Du  cote 
paternel,  dans  les  descendants  collateraux,  un  tuberculeux,  mor- 
phinomane  et  ayant  mene  une  existence  de  reclus,  mort  a 

38  ans  (II/7).  . ,  , 

Dans  la  troisieme  generation,  un  enfant  nettement  arnere 

avec  double  pied-bot  (III/2). 

Un  autre  enfant  du  cote  paternel,  qui  a  fait,  a  l’occasion  d’une 
grippe  banale,  des  manifestations  encephalitiques  graves,  avec 
sequelles  (III/2). 

L’enquete  genealogique  revele,  du  cote  paternel,  une  impre¬ 
gnation  tuberculeuse  qu’on  peut  poursuivre  dans  les  collate¬ 
raux  ;  du  cote  maternel,  plusieurs  individus  avec  des  troubles 
mentaux  graves,  qui  semblent  devoir  etre  rattaches  plutot  au 
gro’upe  de  la  schizophrenie.  On  se  demande  si  les  troubles  psychi- 
ques  discrets  que  nous  avons  observes  chez  la  mere  (obs.  1)  a 
deux  ou  trois  reprises,  ne  sont  pas  des  manifestations  episodi- 
ques  de  la  meme  origine. 

La  litterature  neurologique  reeente  apporte  quelques  faits  qui 


LUDO  V.4.Y  BOGAERT 


s’inscrivent  dans  le  meme  groupe  que  celui  de  la  famille  V...  que 
nous  venom  de  rapporter. 

L’hypertonie  affective  paroxystique  a  ete  tres  completement 
etudiee  au  point  de  vue  clinique  et  physiologique  par  Max 
Levin  (18)  et  il  suffira  de  se  reporter  a  son  travail  pour  retrou- 
ver  les  nombreux  exemples  de  cette  reaction  observes  chez  des 
animaux  inferieurs  (chevre,  mouton,  cheval,  perroquet,  co- 
baye...)  et  la  litterature  complete  qui  les  comcerne.  II  rassemble 
egalement  une  serie  d'exemples  tires  de  la  litterature,  oil  ce 
paroxysme  hypertonique  a  apparu,  chez  l’homme,  a  la  suite 
d’une  emotion,  sans  perte  de  connaissance,  au  cours  d’etats. 
pathologiques  fort  differents  :  myotonie,  paraplegie  spasmodi- 
que,  epilepsie  larvee  ou  sous-corticale,  lesions  striees,  parkin- 
sonisme,  etc...  Ce  groupe  de  faits  est  fort  different  de  ceux 
que  nous  rapportons  plus  haut  et  aussi  de  ceux  que  decrit  Max 
Levin  (18)  dans  la  seconde  partie  de  son  travail.  II  s’agit  ici 
de  paroxysmes  toniques  constituant  somme  toute  des  fragments 
d’automatismes  moteurs  complexes,  qui  ne  se  presentent  pas 
isoles  dans  leur  evolution.  Nous  reconnaissons  vo'lontiers  que  la 
distinction  semiologiqne  de  ces  hypertonies  paroxystiques  secon- 
daires  et  des  autres,  qu’on  pourrait  appeler  essentielles,  est 
impossible,  mats  ce  qui  separe  precisement  celles-ci  de  celles- 
la,  c’est  qu’elles  ne  sont  accompagnees  d’aucun  trouble  moteur 
neurologique  tels  qu’un  equivalent  epileptique,  un  etat  rigide 
permanent,  une  paraplegie  spasmodique,  etc.  Cependant,  l’obser- 
vation  1  de  Levin  est  entierement  de  l’ordre  de  nos  cas  person¬ 
nels.  Cette  malade  presenta,  de  11  a  17  ans,  de  nombreuses  atta- 
ques  oil  elle  etait  incapable  de  bouger,  avec  une  sensation  de 
raideur  intense,  attaques  apparaissant  a  la  suite  de  honte^ 
d’angoisse,  de  rancune,  ou  d’emotion  penible.  Apres  17  ans,  elle 
ne  presente  plus  qu’un  seul  acces  (a  43  ans).  Elle  ne  perd  cons¬ 
cience  qu’une  seule  fois.  L’examen  neurologique  est  negatif, 
Texamen  somatique,  a  59  ans,  ne  montre  qu’une  arteriosclerose 
moderee. 

La  troisieme  observation  de  Levin  concerne  une  jeune  femme 
de  21  ans  presentant,  depuis  l’age,  de  18  ans,  un  tremblement 
des  membres,  persistant  meme  pendant  le  solnmeil.  A  l’age  de 
20  ans,  elle  presenta  des  attaques  de  cataplexie  et  d’hypertonie 
affective  ;  a  1’age  de  21  ans,  les  attaques  d’hypertonie  se  pro- 
duisirent  a  l’occasion  d’une  frayeur,  d’une  surprise,  d’une 
angoisse,  parfois  meme  en  se  reveillant  d’un  mauvais  reve.  Dans 
aucune  de  ces  attaques,  la  patiente  ne  perd  conscience,  pas  de 
pertes  d’urines,  ni  de  chutes.  Elle  presente,  en  meme  temps,  de 


PAROXYSMES  REFLEXES  DU  TONUS 


25 


veri  tables  cataplexies  au  rire,  a  la  frayeur,  au  bruit,  cbmme 
dans  la  famille  R... 

Dans  aucun  des  deux  cas  de  Levin,  nous  ne  trouvons  de 
renseignements  sur  une  incidence  familiale  eventuelle. 

L’etat  cataleptique  ne  s’accompagne  pas,  dans  nos  observa¬ 
tions,  de  revulsion  des  globes  oculaires,  de  miosis,  ni  d’un  depla¬ 
cement  de  l’equilibre  vegetatif  dans  le  sens  vagotonique.  II  se 
differencie  done,  par  ses  symptomes  d’accompagnement,  des 
etats  cataplectiqu.es  et,  cependant,  tous  les  dpux  s’installent  avec 
la  brusquerie  d’un  etat  reflexe. 


Les  relations  de  la  qualite  des  modifications  toniques  avec 
la  qualite  de  V emotion  qui  les  provoque  ont  ete  prises  en  consi¬ 
deration  par  bon  nombre  d’auteurs  :  il  est  convenu  d’admettre 
que  les  cataplexies  sont  le  plus  souvent  liees  a  des  emotions 
violentes  et  agreables,  telles  que  le  rire  (gelolepsie)  et  Forgasme 
(orgasmolepsie)  que  les  attaques  d’hypertonie  ou  de  catalepsie 
sent  le  plus  souvent  provoquees  par  des  emotions  penibles.  Cette 
regie  n’a  rien  d’absolu  comme  le  montrent  les  observations  de 
Ziegler  (17),  de  Keller  (18),  et  les  notres,  mais  elles  semblent 
corroborees  par  les  recherches  experimentales  faites  par  Pas- 
ldnd  (19)  sur  le  tonus  normal,  au  cours  du  rire.  Que  d’autres 
facteurs  comme  l’effort  musculaire  (Scharfetter  et  Seeger), 
Fhemorragie,  la  fievre,  puissent  intervenir  dans  leur  genese,  nos 
observations  semblent  le  demontrer. 

Quci  qu’il  en  soit,  le  mecanisme  du  renforcement  ou  de  Vabo- 
lition  du  tonus  est  purement  reftexe.  Chez  Findividu  normal,  ces 
variations  sont  a  peine  perceptibles  :  elles  sont  inhibees  tres 
probablement  par  les  centres  les  plus  eleves.  Des  lors,  on  doit 
se  demander  comment  ce  mecanisme  affectivo-tonique  en  arrive 
a  etre  decontrole.  Deux  hypotheses  sont  possibles  :  on  peut 
admettre  avec  Levin  une  exaltation  de  l’irritabilite  au  niveau 
meme  de  Fart  reflexe,  comparable  a  l’exaltation  de  Fexcitabilite 
des  arcs  reflexes  par  la  strychnine,  ou  bien  une  diminution  du 
pouvoir  de  freinage  des  centres  superieurs.  Notre  ignorance  sur 
le  trajet  exact  de  cet  art  reflexe  doit  rendre  toute  interpretation 
particulierement  prudente,  cependant  il  semble  bien  qu’entre 
autres  voies,  cet  arc  emprunte  l’appareil  thalamostrie.  Sa  raise 
ei  circuit  a  F occasion  d’emo'tions,  la  forme  assez  souvent  extra- 
pyramidale  de  sa  formule  motrice  autorisent  cette  hypothese. 

Cette  interpretation  peut  etre  etendue,  sans  forcer  les  faits,  aux 


26 


LUDO  VAN  BOGAERT 


observations  familiales  que  nous  venons  de  decrire.  Dans  la  pre¬ 
miere,  nous  sommes  en  presence  d’un  syndrome  endocrino- 
vegetatif  familial  et  on  croit  que  l’appareil  endocrino-vegetatif 
a  une  action  regulatrice  sur  l’activite  des  centres  cerebraux 
superieurs.  Dans  la  troisieme,  nous  trouvons  un  terrain  psychopa- 
thique  ou  dominent  les  tendances  a  la  dissociation  mentale.  II  est 
impossible  de  dire  si  les  facteurs  constitutionnels  interviennent, 
an  titre  d’un  phenomene  tcxique  augmentant  l'excitabilite  de 
Parc  reflexe,  ou,  comme  cause  d’une  insufflsance  dans  l’inhibition 
corticale. 


Conclusions 

1.  Dans  la  famille  R...,  nous  trouvons  associes,  sous  une  forme 
keredo-familiale  dominante,  la  triade  suivante  :  cataracte  de 
Coppcck,  syndrome  hypogenito-thyroidien,  vagotonie  et  attaques 
de  cataplexie.  Ce  complexe  se  retrouve  chez  quatre  membres  de 
la  souche.  Nous  discutons  les  rapports  du  phenomene  tonique 
avec  le  syndrome  endocrinien. 

2.  Dans  la  famille  M...  nous  surprenons,  sous  une  forme  here- 

ditaire,  le  complexe  :  cataplexie-narcolepsie,  associe  deux  fois  a 
des  atrophies  optiques  bilaterales.  On  ne  peut  pas  deceler  dans 
ces  cas  de  constitution  endocrino- vegetative  constante  ;  mais  le 
malade  le  mieux  etudie  se  presentait  cgalement  comme  un  vago- 
tonique.  , 

3.  Dans  une  famille  V...  nous  trouvons,  sous  une  forme  heredo- 
familiale  dominante,  des  attaques  de  cataplexie  ou  d’hypertonie 
affective.  Cette  souche  a  par  ailleurs  une  teinte  schizophrenique 
non  douteuse.  On  ne  peut  pas  deceler,  chez  les  sujets  atteints  du 
trouble  tonique,  une  constitution  endocrinienne  ou  vegetative 
constante.  Nous  discutons  les  rapports  de  ces  cas  avec  les  obser¬ 
vations  connues  dans  la  litterature. 

4.  Les  paroxysmes  de  renforcement  ou  d’abolition  toniques 
sont  le  plus  souvent  lies  a  des  emotions,  mais  cette  regie  n’est  pas 
absolue.  Quel  que  soit  le  mecanisme  physiopathologique  en  cause, 
dans  ces  denivellations  d’origine  affective,  les  paroxysmes  consti¬ 
tuent  des  symptomes  et  non  une  maladie  :  ils  constituent  un 
mode  de  reaction  motrice  que  l’organisme  met  en  jeu  dans 
des  circonstances  tres  variees  et  dont  les  caracteres  heredi- 
taire  et  familial  meriteraient  d’etre  recherches  plus  souvent  :  ils 
sont  distincts  des  reactions  epileptiques  et  hysteriques. 


Aoiit  1935. 


PAROXYSMES  REFLEXES  DU  TONUS 


27 


BIBLIOGRAPHIE 

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8!  Redlich.  —  Z.  f.  Neurol.,  136,  128,  1931. 

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22.  Wenderowic.  —  Encephale ,•  29,  474,  1934. 

2'3.  Nettleship.  —  Transact.  Oph /,.  U.  K.,  1906. 


NOUVELLES  RECHERCHES 
SUR  L’ACIDE  FORMIQUE 
DANS  LE  LIQUIDE  CEPHALO-RACHIDIEN  0> 

(d’apres  la  methode  de  Toye  et  Jaulmes J 


J.  HAMEL,  R.  BUISSON  et  M.  CHAVAROT 


Depuis  l’annee  derniere,  a  la  suite  des  travaux  de  Toye,  les. 
psychiatres  ont  appris  a  connaitre  line  notion  nouvelle  :  la  pre¬ 
sence  frequente  d’acide  formique  dans  le  liquide  cephalo-rachi- 
dien  de  dements  precoces  hebephreno-catatoniques. 

Cet  auteur  ccnsacre  sa  these  a  l’etiologie  de  la  demence  precoce 
et,  considerant  plus  specialement  les  rapports  de  cette  affection 
avec  la  tuberculose,  il  declare  : 

Tout  un  faisceau  d’arguments  milite  en  faveur  d’une  concep¬ 
tion  toxique,  abiotropliique  de  la  demence  precoce,  qui  n’est  pas 
un  syndrome  tuberculeux  vrai,  mais  un  syndrome  paratuber- 
culeux  (Pages),  c’est-a-dire  caracterise  par  1’exageration  des 
processus  de  defense  contre  l’infection  tuberculeuse,  grace  a 
1’intervention  d’agents  chimiques  antituberculeux. 

La  demence  precoce  serait  done  la  consequence  d’une  intoxi¬ 
cation  de  l’organisme. 

Les  travaux  de  l’ecole  de  Montpellier,  depuis  longtemps  deja, 
avaient  signale  l’existence  chez  les  dements  precoces  d’un  pro¬ 
cessus  degeneratif  qui  serait  peut-etre  a  la  base  des  troubles 
mentaux  et  que  de  nombreux  auteurs  francais  et  beiges  ont 
verifie  depuis.  Or,  ce  processus  degeneratif  a  ete  realise  experi- 

(1)  Travail  du  laboratoire  de  l’Asile  de  Mareville. 

Ann.  Med.-psych.,  XV0  serie,  94'  annee,  t.  I.  —  Janvier  1936. 


RECHERCHES  SUR  L’ACIDE  FORMIQUE 


mentalement  chez  le  chien  par  Grinfelt  et  Mile  Simon  a  l’aide 
•de  I’acide  formique.  L’action  de  celui-ci  sur  le  systeme  nerveux 
-se  traduisait  par  l’atrophie  neuroepitheliale  du  cortex,  la  chro- 
matolyse  cellulaire,  en  particulier  des  grandes  cellules  pyrami- 
dales  et  la  degenerescence  muqueuse  de  la  nevroglie  interfasci- 
culaire  :  lesions  anatomo-pathologiques  que  la  plupart  des 
.auteurs  admettent  aujourd’hui  comme  frequentes  dans  la 
demence  precoce. 

C’est  sur  cette  hypothese  que  Toye  developpe  sa  these,  qu’il 
complete  par  un  recent  travail  experimental.  Ses  conclusions 
sont  les  suivantes  : 

1°  L’acide  formique  constitue  une  etape  dans  le  metabolisme 
-des  graisses,  des  hydrates  de  carbone  et  d’un  certain  nombre 
-d’amino-acides  (l’histamine  en  particulier).  II  existe  dans  le  sang 
«t  dans  les  urines  normales. 

2°  Experimentalement,  l’acide  formique  diminue  le  pouvoir 
pathogene  du  Bacille  de  Koch  et  de  sa  toxine. 

3°  La  neurotoxicite  de  l’acide  formique  cree  la  degenerescence 
muqueuse  de  la  nevroglie.  L’animal  iirtoxique  presente  de  la 
eatalepsie  et  un  comportement  special. 

4°  L’acide  formique  n’existe  pas  dans  tous  les  liquides 
cephalo-rachidiens,  je  ne  l’ai  jamais  trouve  dans  les  liquides 
cephalo-rachidiens  d’idiots  et  de  paralytiques  generaux. 

Je  l’ai  trouve  18  fois  dans  34  liquides  cephalo-rachidiens  de 
•dements  precoces,  soit  dans  plus  de  50  %  des  cas. 

Si  l’oii  rapproche  des  publications  de  Toye  la  these  de  Depoire, 
laquelle  demontre  que  l’acide  oxalique  est  egalement  un  prin- 
•cipe  antituberculeux,  on  cede  volontiers  a  la  tentation  de  voir 
1’acide  formique  succeder  dans  l’organisme  par  simple  decar¬ 
boxylation  a  l’acide  oxalique  qui,  lui  aussi,  est  un  produit  de 
disintegration  alimentaire  et  tissulaire.  Tous  deux,  reducteurs, 
peuvent  probablement  s’opposer  a  la  pullulation  du  germe  tuber- 
-culeux,  qui  appelle  au  contraire  l’oxydation. 

Lorin  a  signale  l’acide  formique  comme  terme  intermediaire 
de  la  decomposition  par  la  chaleur  de  l’acide  oxalique  en  CO, 
CO2  et  HsO. 

Carles  l’a  reproduit  par  chaulfage  a  100"  a  l’aide  d’une  solu¬ 
tion  concentree  d’acide  oxalique. 

Corvisart  a  mis  en  evidence  le  passage  d’un  acide  a  l’autre, 
1’acide  formique  naissant  d’une  solution  oxalique  etendue  (a  la 
Jumiere,  en  presence  de  sels  d’amyle). 

L’organisme,  les  plexus  choro'ides  possedent-ils,  chez  le 


J.  HAMEL,  R.  BUISSON  ET  M.  CHAVAROT 


dement  precoce,  le  catalyseur  necessaire  a  cette  transformation  T 
Ou  bien  une  toxine  tuberculeuse  permet-elle  la  production 
d’acide  formique  a  partir  de  l’acide  oxalique  et  d’un  alcool 
polyatomique  venu  des  glycerides,  dont  est  particulierement 
riche  le  systeme  nerveux  ? 

Ce  probleme  de  chimie  biologique  reste  entier,  dit  Depoire. 

Du  point  de  vue  psychiatrique,  faut-il  faire  un  parallele  entre 
la  transformation  acide  oxalique-acide  formique  et  la  transition 
clinique  de  la  psychasthenie  oxalemique  tuberculeuse  a  la  de- 
mence  precoce  ? 

Les  auteurs  montpellierains  en  semblent  convaincus  et  les 
travaux  des  eleves  que  nous  avons  signales  refletent  les  concep¬ 
tions  de  leurs  maitres,  le  doyen  Euziere  et  le  Professeur  Pages,, 
pere  des  syndromes  paratuberculeux.  Quoi  qu’il  en  soit,  Toye, 
qui  s’est  specialement  attache  a  l’acide  formique,  a  eu  le  merite, 
apres  avoir  essaye  deux  methodes  discutables,  d’avoir  mis  au 
point  avec  Jaulmes  une  technique  sure  de  recherches,  derivee  de 
celle  de  Lafargue. 

La  lecture  du  travail.de  Toye,  nous  ayant  vivement  interesses, 
nous  avons  eu  l’idee  d’experimenter  sa  technique.  Puis,  remar- 
quant  que  le  materiel  clinique  qu'il  avait  utilise  n’etait  deflni 
que  par  le  diagnostic  de  l’affection  mentale  :  demence  precoce 
(Jimitee  a  l’hebephreno-catatonie),  nous  nous  sommes  demande 
s’il  n’y  aurait  pas  un  moyen,  en  choisissant  nos  sujets  d’expe- 
rience,  d’etablir  des  rapports  plus  precis  entre  la  notion  de 
tuberculose  d’une  part,  celle  de  demence  precoce  d’autre  part  et 
la  presence  d’acide  formique  dans  le  liquide  cephalo-rachidiem 
C’est  pourquoi  nous  n’avons  pas  pris  nos  malades  au  hasard. 
En  premier  lieu,  nous  les  avons  classes  en  dements  precocesr 
tuberculeux  et  non  tuberculeux,  puis,  pour  faire  la  contre  partie,. 
en  non  dements  precoces  tuberculeux  et  non  dements  precoces. 
non  tuberculeux. 

Mais  au  cours  de  nos  recherches,  nous  nous  sommes  rendu 
compte  que  cette  discrimination  en  4  categories  n’etait  pas. 
suffisante  et  qu’il  fallait  encore  tenir  compte  des  antecedents 
hereditaires  bacillaires.  C’est  pourquoi  nous  avons  classe  defini- 
tivement  nos  malades  en  8  categories  :  4  pour  les  dements  pre¬ 
coces,  4  pour  les  non  dements  precoces. 

Ces  8  categories  sans  doule  arbitraires  et  non  exemptes  de 
critiques  sont  les  suivantes  : 

1°  Des  dements  precoces  tuberculeux  evolutifs  a  signes  varia¬ 
bles. 

2°  Des  dements  precoces  non  evolutifs  avec  antecedents  bacil- 


RECHERCHES  SUR  L’ACIDE  FORMIQUE 


laires  personnels  visibles  a  la  radio,  avec,  cu  sans  antecedents 
familiaux. 

3°  Des  dements  precoces  sans  signes  ni  antecedents  person¬ 
nels  avec  antecedents  familiaux  tuber culeux. 

4°  Des  dements  precoces  sans  signes  ni  antecedents  person¬ 
nels  connus,  ni  antecedents  familiaux  connus. 

5°  Des  non  dements  precoces  tuberculeux  evolutifs. 

6°  Des  non  dements  precoces  avec  antecedents  bacillaires 
personnels. 

7“  Des  non  dements  precoces  sans  signes  ni  antecedents  per¬ 
sonnels,  rnais  avec  heredite  bacillaire. 

8°  Des  non  dements  precoces  non  tuberculeux  ni  heredo-tuber- 
culeux. 

N.  B.  —  Le  diagnostic  demence  precoce  est  pris  dans  un  sens 
beaucoup  plus  large  que  ne  l’emplcie  Toye  et  comprend  les 
demences  paranoides. 

Notre  experimentation  a  porte  sur  44  cas.  Nous  aurions  desire 
avoir  un  plus  grand  nombre  de  malades,  mais  il  n’est  pas  tou- 
jours  facile  de  soustraire  les  20  cc.  de  liquide  ccphalo-rachidien 
necessaires,  a  des  dements  precoces  le  plus  souvent  agites  et 
negativistes,  que  l’on  doit  prealablement  conduire  an  laboratoire, 
souvent  fort  eloigne  des  quartiers,  si  1’on  vent  effectuer  une  reac¬ 
tion  dans  les  meilleures  conditions  possibles. 

Nous  avons  utilise  la  derniere  methode  de  Toye.  Pour  chaque 
malade,  nous  avons  recueilii  20  cc.  de  liquide  cephalorrachidien 
dans  des  tubes  steriles  prealablement  jauges.  Pour  Cviter  la 
naissance  d’acide  formique  a  partir  du  glucose  du  liquide 
cephalo-rachidien  sous  l’action  de  ferments,  le  tube  est  porte  au 
bain-marie  bouillant,  pendant  les  30  minutes  qui  suivent  la 
ponction  lombaire,  effectuee  sur  le  lit  d’examen  du  laboratoire. 

L’isolement  de  l’acide  formique  se  fait  par  deplacement  avec 
l’acide  tartrique  et  distillation  sous  le  vide  a  la  plus  basse  tem¬ 
perature  possible  jusqu’a  siccite.  (On  ne  chauffe  au  bain-marie 
qu’a  la  fin).  Le  distillat,  recueilii  dans  5  cc.  de  soude  N/50,  est 
evapore  a  sec  au  bain-marie.  Sur  le  residu,  repris  par  1’eau,  et 
acidifie  par  une  goutte  d’acide  acetique  a  1/10,  on  effectue  la 
reaction  classique  de  Deniges  pour  la  detection  de  l’acide  for¬ 
mique. 

Au  residu  acidifie,  amene  a  2  ou  3  cc.,  on  ajouie  1  cc.  de  solu¬ 
tion  saturee  d’acetate  de  Na  et  1  cc.  de  bichlorure  de  mercure  a 
1/100.  On  place  le  tout  dans  un  tube  a  centrifuger  conique  ou 
dans  un  tube  a  hemolyse,  que  l’on  porte  au  bain-marie  bouil¬ 
lant  pendant  10  minutes. 


32  J.  HAMEL,  R.  BUISSON  ET  M.  CHAVAROT 

Nous  avons  laisse  refroidir  les  tubes  a  la  temperature  du 
laboratoire. 

L’acide  formique  par  reduction,  transforme  le  sublime  en 
protochlorure  insoluble,  dont  les  cristaux  typiques  du  systeme 
quadratique  se  rassemblent  au  fond  du  tube. 


II 

Nous  ferons  un  bref  resume  de  chaque  observation  avec  tous 
les  renseignements  que  nous  avons  pu  obtenir  sur  les  antece¬ 
dents  tuberculeux,  puis  dans  la  troisieme  partie  nous  essaierons 
d’en  degager  les  enseignements  que  1’on  peut  en  deduire. 

Premiere  categorie 

Dements  precoces  tuberculeux  evolutifs  a  signes  variables 

Observation  I.  —  Plo...,  34  ans,  dement  precoce  a  type  hebephre- 
nique. 

A.  H.  Pas  d’antecedents  familiaux. 

A.  P.  Bronchites  frequentes  et  tumeur  blanche  du  coude. 

A  l’auscultation  :  a  droite  murmure  diminue. 

Radio  :  opacite  de  tout  le  champ  pulmonaire  droit  avec  attraction 
du  coeur. 

Vernes  :  13. 

Acide  formique  :  pas  de  cristaux  du  type.  Reaction  negative  ( — ). 

Observation  II.  —  Hirch...,  16  ans,  dement  precoce  a  type  hebe- 
phrenique. 

A.  H.  Antecedents  familiaux  inconnus. 

A.  P.  Febricule  marque  pendant  2  mois,  neanmoins  rien  a  l’auscul¬ 
tation. 

Radio  :  asymetrie  des  deux  sommets  droit  >  gauche. 

Vernes  :  4. 

Acide  formique  :  pas  de  cristaux  du  type.  Reaction  negative  ( — ). 

Observation  III.  —  No...,  18  ans,  dement  precoce  a  type  «  schi- 

A.  H.  Pere  mort  de  tuberculose  pulmonaire. 

A.  C.  Pas  d’antecedents  collateraux. 

A.  P.  Quelques  broncliites. 

Auscultation  :  quelques  frottements  au  sommet  droit. 

Radio  :  voile  homogene  de  l’apex  droit. 

Vernes  :  7. 

Acide  formique  :  Croix  de  Malte  mal  formees.  Reaction  positive 
faible  (+). 


RECHERCHES  SUR  L'ACIDE  FORMIQUE 


33 


Observation  IV.  —  Christ...,  28  aiis,  dement  precoce  a  type  hebe- 
phrenique. 

A.  H..  Rien  de  connu. 

A.  C.  Une  soeur  morte  a  6  ans  de  meningite  bacillaire. 

A.  P.  Febricule. 

Auscultation  :  rien  a  signaler. 

Radio  :  ombres  hilaires  augmentees,  par  ailleurs  aspect  normal. 

Vernes  :  5  puis  8. 

Acide  formique  :  nombreuses  petites  croix  a  4  branches.  Reaction 
positive  (+). 

Observation  V.  —  Simon...,  28  ans,  dement  precoce  a  type  hebe- 
phrenique. 

A.  H.  Mere  debile. 

A.  C.  Une  soeur  internee. 

A.  P.  Febricule  irreductible. 

Auscultation  :  respiration  rude  aux  deux  sommets. 

Radio  :  rien  d’evolutif,  nodule  opaque  dans  le  sinus  costo-dia- 
phragmatique  gauche. 

Vernes  :  7. 

Acide  formique  :  Croix  a  quatre  branches  simples.  Quelques  croix 
*  a  branches  ramifiees.  Rares  croix  de  Malte.  Reaction  positive  (+  +  +). 

Observation  VI.  —  Lim...,  34  ans,  dement  precoce  a  type  confu¬ 
sion  mentale  chronique. 

A.  H.  Grand’mere  deprimee  neurasthenique. 

A.  C.  Un  frere  mort  de  tuberculose  pulmonaire.  Un  frere  mort  de 
tuberculose  intestinale. 

A.  P.  Le  malade  presente  actuellement  de  la  tuberculose  intestinale. 

Auscultation  :  negative. 

Radio  :  diminution  de  la  transparence  des  deux  champs  pulmo- 
naires  surtout  a  droite. 

Acide  formique  :  Croix  a  quatre  branches  simples.  Quelques  croix 
a  branches  ramifiees.  Rares  croix  mal  formees.  Reaction  positive 

C++). 

Deuxieme  categorie 
Dements  precoces  non  evolutifs 

AVEC  ANTECEDENTS  BACI CLAIRES  PERSONNELS  VISIBLES  A  LA  RADIO, 
AVEC  OU  SANS  ANTECEDENTS  FAMILIAUX 

Observation  VII.  —  Ger...,  femme  Pr...,  35  ans.  Demence  precoce 
type  confusion  mentale  chronique. 

A.  H.  Rien  a  signaler. 

A.  P.  Sueurs  et  febricule. 

Auscultation  :  negative,  mais  la  malade  ne  respire  pas. 

Ann.  Med.-psych.,  XV6  serie,  94c  annee,  t.  1.  —  Janvier  1936.  3. 


34 


J.  HAMEL,  R.  BUISSON  ET  M.  CHAVAROT 


Radio  :  opacite  non  homogene  de  l’apex  droit. 

Yernes  :  8. 

Acide  formique  :  pas  de  cristaux  du  type.  Reaction  negative  ( — )- 

Observation  YIII.  —  Bro...,  femme  Cle...,  29  ans.  Demence  precoce: 
a  type  hebephrenique. 

A.  H.  Rien  de  connu. 

A.P.  et  auscultation  :  rien  a  signaler. 

Radio  :  voile  inter-cleido-hilaire  s’eclairant  a  la  toux. 

Vernes  :  17. 

Acide  formique  :  petites  croix  a  quatre  branches.  Reaction  posi¬ 
tive  (+). 

Observation  IX.  —  Lit...  Georgette,  20  ans.  Demence  precoce  » 
type  catatonique. 

A.  H.  Mere  internee  atteinte  de  manie  chronique. 

A.  C.  Freres  et  sceurs  suspects  de  bacillose. 

A.  P.  et  auscultation  :  rien  a  signaler. 

Radio  :  tres  peu  de  signes,  hile  charge. 

Vernes  :  7. 

Acide  formique  :  petites  croix  a  4  branches.  Reaction  (+). 

Obervation  X.  —  Lambert,  femme  Marc...,  38  ans.  Demence  pre¬ 
coce  a  type  paranoide. 

A.  H.  Pere  mort  poitrinaire. 

A.P.  1  enfant  mort  de  meningite  a  6  mois. 

Auscultation  :  rien  a  signaler. 

Radio  :  a  droite,  petit  nodule  opaque  parahilaire. 

Vernes  :  25. 

Acide  formique  :  croix  nombreuses  a  4  branches  moyennement 
ramifiees.  Reaction  positive  (+  +  +)• 

Observation  XI.  —  Boul...,  femme  Pana...,  31  ans.  Demence  pre¬ 
coce  a  type  hebephrenique. 

A.  H.  Mere  internee  a  1’Asile  de  C. 

A.  C.  1  soeur  morte  de  tuberculose. 

A.  P.  et  auscultation  :  rien  a  signaler. 

Radio  :  voile  homogene  de  l’apex  droit  s’eclairant  a  la  toux. 
Vernes  :  28. 

Acide  formique  :  croix  a  4  branches  ramifiees.  Quelques  croix  do 
Malte.  Reaction  positive  (  +  ++)• 

Observation  XII.  —  Tiss...  Andree,  30  ans.  Demence  precoce  a 
type  hebephrenique. 

A.  H.  Mere  atteinte  de  folie  intermittente. 

A.  C.  et  H.  P.  et  auscultation  :  rien  a  signaler. 

Radio  :  a  gauche,  diminution  de  transparence  du  champ  droit. 


RECHERCHES  SUR  L’ACIDE  FORMIQUE 


35 


Vernes  :  12.  Bacille  de  Koch  :  negatif. 

Acide  formique  :  nombreuses  croix  a  4  branches  ramifiees.  Reac¬ 
tion  positive  (  +  +  +  +  ). 


Troisieme  categorie 

Dements  precoces  sans  signes  ni  antecedents  personnels 
AVEC  ANTECEDENTS  FAMILIAUX 

Observation  XIII.  —  Schneid...,  34  ans.  Demence  precoce  a  type 
hebephrenique. 

A.  H.  Rien  a  signaler. 

A.  C.  1  soeur  suspecte  de  bacillose. 

A.  P.  et  auscultation  :  rien  a  signaler. 

Radio  :  aspect  normal. 

Acide  formique  :  pas  de  cristaux.  Reaction  negative  ( — ). 

Observation  XIV.  —  Pid...  Marie,  29  ans.  Demence  precoce  a  type 
hebephrenique. 

A.  H.  Pere  mort  de  tuberculose  pulmonaire.  Mere  morte  de  nephrite 
bacillaire. 

A.  C.,  A.  P.  et  auscultation  :  rien  a  signaler. 

Radio  :  Aspect  normal. 

Acide  formique  :  pas  de  cristaux.  Reaction  negative  ( — ). 

Observation  XV.  —  Chabr...  Marie,  33  ans.  Demence  precoce  a 
type  hebephreno-catatonique. 

A.  H.  Pere  mort  a  29  ans  (alcoolique  ?). 

A.  C.  1  soeur  faible.  1  frere  mort  de  meningite  a  17  mois. 

A.  P.  auscultation  et  radio  :  rien  a  signaler. 

Acide  formique  :  pas  de  cristaux.  Reaction  negative  ( — ).  - 

Observation  XVI.  —  Laheur...  Lu...,  40  ans.  Demence  precoce  a 
type  hebephrenique. 

A.  H.  Inconnus  (enfant  naturelle). 

A.  C.  2  soeurs  atteintes  de  demence  precoce  dont  l'une  est  decedee 
(peut-etre  de  bacille  de  Koch). 

A.  P.  auscultation  et  radio  :  rien  a  signaler. 

Acide  formique  :  pas  de  cristaux.  Reaction  negative  ( — ). 

Observation  XVII.  —  Brio...  Marie-Louise,  42  ans.  Demence  pre¬ 
coce  a  type  parano'ide. 

A.  H.  Tante  deprimee. 

Mere  morte  de  tuberculose  a  48  ans. 

A,  C.  2  freres  et  soeurs  poitrinaires. 

A.  P.,  auscultation  et  radio  :  rien  a  signaler. 

Acide  formique  :  tres  petites  croix  mal  formees.  Reaction  posi¬ 
tive  faible  (±). 


36 


J.  HAMEL,  R.  BUISSON  ET  M.  CHAVAROT 


Observation  XVIII.  —  Guy...  femme  March...,  50  ans.  Demence 
precoce  a  type  paranoiide. 

A.  H.  Mere  morte  de  broncho-pneumonie. 

A.  C.  1  frere  et  1  soeur  morts  de  bacille  de  Koch. 

A.  P.,  auscultation  et  radio  :  rien  a  signaler. 

Vernes  :  13.  .... 

Acide  formique  :  cristaux  a  4  branches  assez  ramifiees.  Reaction 
positive  (+  +  )• 

Observation  XIX.  —  Udre...,  femme  Dub...  Demence  precoce  a  type 
hebephrenique.  ,  . 

A.  H.  Grand’mere  demente  senile  ;  1  frere  interne  persecute.  Rien 
d’autre  a  signaler. 

A.  C.  1  frere  mort  de  bacillose.  1  frere  lesion  au  poumon. 

A.  P.,  auscultation  et  radio  :  rien  a  signaler. 

Acide  formique  :  croix  a  4  branches.  Croix  de  Malte.  Reaction 
positive  (  +  +  -T-)- 

Observation  XX.  —  Thom...  Marie.  Demence  precoce  a  type  hebe¬ 
phrenique. 

A.  H.  Grand’mere  morte  de  tuberculose. 

A.  C.  1  soeur  bacillaire  internee,  demence  precoce. 

A.  P.,  auscultation  et  radio  :  rien  a  signaler. 

Vernes  :  9.  ,  ,  ,  , 

Acide  formique  :  nombreuses  croix  simples  et  a  4  branches  rami¬ 
fiees,  tres  abondantes.  Reaction  positive  (  +  +  +  )• 

Quatrieme  categorie 

Dements  precoces  sans  signes  ni  antecedents  personnels  connus 

NI  ANTECEDENTS  FAMILIAUX  CONNUS 

Observation  XXI.  —  Math...  Marie-Louise,  30  ans.  Demence  pre¬ 
coce  a  type  hebephrenique.  . 

A  H.,  A.  C.,  A.  P.  Auscultation.  Radio  :  rien  a  signaler. 

Vernes  *  29 

Acide  formique  :  tres  petites  croix  a  quatre  branches  mal  cristal- 
lisees,  tres  irregulieres.  Reaction  positive  faible  (±). 

Observation  XXII.  -  Masse...,  22  ans.  Demence  precoce  a  type 

hebephrenique.  .  .  ,  .  . 

A.  H.,  A.  C.,  A.  P.  Auscultation  et  radio  :  rien  a  signaler. 

AcideVormique  :  tres  petites  croix  a  quatre  branches.  Cristallisa- 
tion  rare  mais  tres  pure.  Reaction  positive  (+). 

Observation  XXIII.  —  Cham...,  24  ans.  Demence  precoce  au  debut 

a  type  depression  melancolique. 

A.  H.  et  Coll.  Rien  de  connu. 


RECHERCHES  SUR  L’ACIDE  FORMIQUE 


A.  P.  Grosse  bronchite  vers  22  ans. 

Auscultation  et  radio  :  normal.  » 

Vernes  :  8. 

Acide  formique  :  croix  a  quatre  branches  peu  ramiflees,  extreme- 
xnent  nombreuses,  quelques  croix  de  Malte.  Reaction  positive  (+  ++). 

Observation  XXIV.  —  Odd...,  38  ans.  Demence  precoce  a  type 
hebephreno-catatonique. 

Rien  a  signaler  dans  les  antecedents,  sauf  quelques  bronchites 
dans  l’enfanee. 

Radio  :  normal. 

Acide  formique  :  quelques  croix  a  quatre  branches  ramiflees. 
Petites  croix  de  Malte.  Reaction  positive  (+4-  +  +  )- 

Observation  XXV.  —  Zambra...,  21  ans.  Demence  precoce  a  type 
hebephrenique. 

A.  H.,  A.  C.,  A.  P.  Rien  a  signaler. 

Radio  :  aspect  normal,  mais  hemidiaphragme  droit  onduleux. 

Acide  formique  :  croix  moyennes  a  quatre  branches  et  quelques 
autres  types  de  croix.  Reaction  positive  (+  +  +  )•  11 

Observation  XXVI.  —  Pier...  Louis,  23  ans.  Demence  precoce  a 
type  confusion  mentale. 

A.  C.  Une'  sceur  internee  (imbecillite). 

Rien  d’autre  a  signaler. 

Acide  formique  :  tres  belles  croix  tres  abondantes.  Reaction  posi¬ 
tive  (+  +  +  +). 

Observation  XXVII.  —  Seresk...,  femme  Polaws...,  45  ans.  Demence 
precoce  a  forme  parano'ide. 

Rien  a  signaler,  sauf  un  internement  anterieur. 

Radio  :  normale. 

Vernes  :  10. 

Acide  formique  :  melange  de  cristaux  typiques  a  quatre  branches 
tres  ramiflees.  Reaction  positive  (+  +  +  +.)i.‘0V;;" 

Observation  XXVIII.  —  Vi...,  femme  Tourd...,  29  ans.  Demence 
precoce  a  forme  paranoiide. 

Rien  a  signaler. 

Acide  formique  :  nombreuses  grandes  croix  ramiflees.  Reaction 
positive  (%3-  +  +  ). 


Cinquieme  categorie 

Non  dements  pr^coces  tuberculeux  evolutifs 

Observation  XXIX.  —  Fer...,  30  ans.  Confusion  mentale  post- 
puerperale.  Decedee  depuis  de  tuberculose. 

A.  H.  Rien  a  signaler  dans  les  antecedents  familiaux. 

A.  P.  Pleuresie  sero-fibrineuse  en  1934. 


J.  HAMEL,  R.  BUISSON  ET  M.  CHAVAROT 


Auscultation  :  nombreuses  bulles  humides. 

Radio  :  voile  sur  toute  la  hauteur  du  poumon  gauche.  Quelques 
pommelures. 

Acide  formique  :  pas  de  cristaux.  Reaction  negative  ( — ). 

Observation  XXX.  —  Da  Rug...,  34  ans.  Delire  imagino-interpre- 
tatif. 

Ralien  :  aucun  renseignement,  sauf  une  pleuresie  a  7  ans  et  9  fre- 
res  et  sceurs  morts  en  bas  age. 

Auscultation  :  rales  sous-crepitants  aux  deux  sommets.  Matite 
gauche. 

Radio  :  a  gauche,  marbrures  sous-claviculaires  parahilaires  avec 
image  cavitaire  axillaire. 

Yernes  :  16.  Crachats  purulents,  pas  de  bacille  de  Koch. 

Acide  formique  :  pas  de  cristaux.  Reaction  negative  ( — ). 

Observation  XXXI.  —  Lam...,  42  ans.  Psychose  hallucinatoire 
chronique. 

A.  H.  Pere  bronchite  chronique. 

A.  P.  Congestion  pulmonaire  en  1915  et  pleurite.  Angines  frequen- 
tes. 

Auscultation  :  signes  d’infiltration  du  sommet  gauche. 

Radio  :  a  droite,  diminution  de  transparence  de  tout  le  champ  avec 
opacite  non  homogene  du  lobe  superieur  ne  s’eclairant  pas  a  la  toux. 
Opacite  parahilaire.  A  gauche,  aspect  normal. 

Vernes  :  20.  Bacille  de  Koch  +  +  +  • 

Acide  formique  :  tres  petites  croix  non  ramifiees.  Reaction  positive 
faible. 

Observation  XXXII.  —  Mang...  Louise,  43  ans.  Psychose  hallucina¬ 
toire  chronique  degenerative  (etat  voisin  de  demence  precoce). 

Rien  a  signaler  dans  les  antecedents  familiaux. 

Tumeur  blanche  du  majeur  (main  gauche). 

Decedee  depuis. 

Radio  :  a  droite,  opacite  du  tiers  inferieur  avec  pommelures  dans 
le  reste  du  champ.  Retraction  du  champ  pulmonaire. 

Acide  formique  :  croix  a  quatre  branches  ramifiees.  Croix  de  Malte. 
Reaction  positive  (+  +  +)• 

Observation  XXXIII.  —  Lesq...,  31  ans.  Epileptique  avec  status 
dementiel  simulant  une  demence  precoce. 

A.  H.  Grand’mere  suicidee.  Oncle  degenere.  Tous  alcooliques  dans 
la  famille. 

Convulsions  a  3  ans. 

Febricule  evoluant  par  poussees. 

Auscultation  negative. 

Radio  :  diminution  de  transparence  a  droite.  Voile  leger  de  l’apex 
s’eclairant  a  la  toux. 


RECHERCHES  SUR  L'ACIDE  FORMIQUE 


Vernes  :  12. 

Acide  formique  :  nombreuses  croix  a  quatre  branches  ramifiees. 
<Quelques  forts  Vauban.  Reaction  positive  (+  +  +  +  )• 

Observation  XXX1Y.  —  Lecom...,  27  ans.  Epileptique. 

A.  H.  Antecedents  incertains,  deux  soeurs  mortes  ? 

A.  P.  Toux,  amaigrissement,  febricule. 

Auscultation  :  respiration  legerement  granuleuse  aiix  deux  bases. 
Radio  :  sommets  asymetriques.  Cotes  horizontales.  Hyperclarte. 
Accentuation  de  ia  trame. 

Acide  formique  :  cristallisation  abondante  de  tous  les  types.  Croix 
ramifiees.  Croix  a  quatre  branches  simples.  Croix  de  Malte  avec  quel- 
<jues  forts  Vauban.  Reaction  positive  (  +  +  +  +)• 

Sixieme  categorie 

Non  dements  precoces  avec  antecedents  personnels 

VISIBLES  A  LA  RADIO 

Observation  XXXV.  —  Hasl...,  30  ans.  Imbecillite. 

Rien  a  signaler  dans  les  antecedents  personnels  ou  familiaux. 

A  la  radio  :  emphyseme  et  voile  sous-claviculaire. 

Vernes  :  2. 

Acide  formique  :  pas  de  cristaux.  Reaction  negative  ( — ). 

Observation  XXXVI.  —  Boug...,  femme  Thom...,  52  ans.  Epileptique. 
Mere  epileptique,  soeur  jumelle  epileptique. 

Fils  epileptique. 

Rien  d’autre  a  signaler. 

Radio  :  a  droite,  voile  homogene  sous-claviciilaire  s’eclairant  a  la 
toux. 

Acide  formique  :  pas  de  cristaux.  Reaction  negative  ( — ). 

Observation  XXXVII.  —  Clau...  Julienne,  51  ans.  Imbecillite. 

Rien  a  signaler  dans  les  antecedents  familiaux. 

Aurait  eu  une  broncho-pneumonie  ancienne.  Tousse  un  peu,  ne  cra- 
che  pas. 

Rien  a  l’auscultation. 

A  la  radio  :  a  droite,  voile  inter-cleido-hilaire,  se  diffusant  vers 
1’apex.  Accentuation  des  travees  broncho-vasculaires  vers  la  base. 
Vernes  :  17. 

Acide  formique  :  pas  de  cristaux.  Reaction  negative  ( — ). 

Observation  XXXVIII.  —  Gabr...  Yvonne,  17  ans.  Epileptique. 

Rien  de  connu  dans  les  antecedents. 

Radio  :  voile  leger  dans  1’ ensemble  avec  diminution  de  la  mobilite 
■diaphragmatique. 

Acide  formique  :  quelques  croix  tres  petites  a  quatre  branches.  De 
gros  cristaux  cubiques.  Reaction  positive  (  +  +)• 


./.  HAMEL,  R.  BUISSON  ET  M.  CHAVAROT 


Septieme  categorie 

Non  dements  precoces  sans  signes  ni  antecedents  personnels. 

AVEC  ANTECEDENTS  FAMILIAUX 

Observation  XXXIX.  —  Dusr...,  20  ans.  Imbecillite.  < 

Parents  morts  tous  deux  de  tuberculose. 

Un  frere  mort  de  tuberculose. 

Aucun  antecedent  personnel. 

Radio  :  cotes  horizontales  ;  augmentation  de  la  trame.  Aspect 
normal. 

Acide  formique  :  pas  de  cristaux.  Reaction  negative  ( — ). 

Huitieme  categorie 

Non  dements  precoces,  non  tuberculeux'  ni  heredo-tuberculeux 

Observation  XL.  —  Vail...,  36  ans.  Melancolie  anxieuse. 

Italien  dont  on  ne  connait  pas  les  antecedents.  Transfere  depute- 
Auscultation  et  radio  :  normal. 

Acide  formique  :  pas  de  cristaux.  Reaction  negative  ( — ). 

Observation  XLI.  —  Moug...  Alice,  48  ans.  Paralysie  generate. 

A.  H.,  A.  P.  Auscultation  et  radio  :  normal. 

Vernes  :  7. 

Acide  formique  :  pas  de  cristaux.  Reaction  negative  ( — ). 

Observation  XLII.  —  Dahl...,  47  ans.  Alcoolisme  subaigu. 

A.  H.,  A.  P.  Auscultation  et  radio  :  normal. 

Acide  formique  :  pas  de  cristaux.  Reaction  negative  ( — ). 

Observation  XLIII.  —  Kaziem...,  46  ans.  Alcoolisme  subaigu. 

A.  H.,  A.  P.  Auscultation  et  radio  :  normal. 

Acide  formique  :  pas  de  cristaux.  Reaction  negative  (— ). 

Observation  XLIV.  —  Mul...  Silvel.,  23  ans.  Maniaque  depressiL 
Rien  a  signaler  dans  les  antecedents  familiaux. 

Auscultation  :  respiration  rude  aux  sommets. 

Antecedents  personnels  suspects,  neanmoins  radio  normale. 

Acide  formique  :  tres  petites  croix  a  quatre  branches  tres  abon- 
dantes.  Reaction  positive  (+). 


Ill 

En  resume,  sur  les  44  observations  que  nous  venons  brieve- 
ment  de  decrire,  nous  avons  trouve  27  reactions  positives  et 
seulement  17  reactions  negatives.  Voyons  comment  ces  resuitats. 
se  repartissent  : 


RECHERCHES  SUR  L’ACIDE  FORMIQUE 


Notre  experimentation  a  porte  d’une  part  sur  28  dements  pre- 
coces  et  d’autre  part  sur  16  non  dements  precoces. 

Nous  remarquons  : 

1°  Les  dements  precoces  presentent  tres  souvent  de  l’acide 
formique  dans  le  liquide  cephalo-rachidien  puisque,  sur  28  cas, 
nous  avons  trouve  21  reactions  positives,  ce  qui  nous  donne  une 
proportion  de  75  %  des  cas  envisages  ;  proportion  superieure  a 
celle  de  Toye,  qui  n’est  que  de  50  %. 

2°  Les  non  dements  precoces  ont  le  plus  souvent  une  reac¬ 
tion  negative  :  10  negatifs  sur  16,  soit  62,5  %  des  cas  envisages. 

Ces  deux  premiers  points  viennent  confirmer  les  conclusions 
de  Toye. 

Mais  que  devons-nous  penser  des  cas  qui  font  exception  et 
d’abord  quels  sont-ils  ? 

Parmi  les  dements  precoces  negatifs,  7  sur  28  (25  %  des  cas)* 
nous  avons  : 

1 0  Dans  la  premiere  categorie  : 

Deux  jeunes  malades  (Obs.  I  et  II)  hebephreniques  catalogues 
tuberculeux  a  cause  d’un  febricule  marque  et  d’une  tumeur  blan¬ 
che  du  coude,  mais  dont  les  antecedents  familiaux  ne  sont  pas 
bacillaires. 

2°  Dans  la  seconde  categorie  : 

Une  confusion  mentale  chronique  (Obs.  VII)  avec  antecedents 
personnels  de  type  bacillaire,  mais  sans  antecedents  familiaux 
tuberculeux. 

3°  Dans  la  troisieme  categorie  4  malades  (Obs.  XII-XIV-XV- 
XVI)  hebephreniques  sans  antecedents  personnels  bacillaires 
et  avec  antecedents  familiaux  peu  marques,  c’est-a-dire,  antece¬ 
dents,  soit  hereditaires,  soit  cqllateraux,  mais  jamais  les  deux 
reunis.  Au  contraire,  dans  les  4  observations  de  cette  categorie 
qui  sont  positives,  nous  trouvons  des  antecedents  bacillaires  a 
la  fois  collateraux  et  hereditaires,  done  beaucoup  plus  marques. 

Parmi  les  non  dements  precoces  positifs,  6  sur  16,  nous  trou¬ 
vons  : 

1°  Dans  la  cinquieme  categorie  : 

A)  Une  psychose  hallucinatoire  chronique  (Obs.  XXXI),  avec 
antecedents  personnels  tres  marques,  presence  de  bacilles  de 
Koch,  evolution  tres  rapide  depuis  la  ponction.  Le  pere  mort 
etait  afflige  d’une  bronchite  chronique. 

B)  Une  autre  psychose  hallucinatoire  chronique  (Obs.  XXXII), 


42 


J.  HAMEL,  R.  BUISSON  ET  M.  CHAVAROT 


a  type  degeneratif  (tres  voisin  du  type  paranoide  de  la  demence 
precoce).  Cette  malade,  decedee  de  tuberculose,  avait  une  tumeur 
blanche  et  presentait  des  pommelures  a  la  radio. 

C)  1  epileptique  (Obs.  XXXIII),  avec  status  dementiel  simu¬ 
lant  a  s’y  meprendre  une  demence  precoce  avec  de  grosses  tares 
psychiques  dans  la  famille  et  un  febricule  evoluant  par  poussees. 

D)  1  epileptique  (Obs.  XXXIV),  en  evolution  tuberculeuse, 
dont  les  antecedents  familiaux  sont  incertains  (2  sceurs  mortes). 

2°  Dans  la  sixieme  categorie  : 

1  epileptique  (Obs.  XXXVIII),  dont  les  antecedents  heredi- 
taires  ne  sont  pas  connus,  mais  qui  presente  quelques  petits 
signes  a  la  radio. 

3°  Dans  la  septieme  categorie  : 

1  maniaque  depressif  (Obs.  XLIV),  dont  les  antecedents  per¬ 
sonnels  sont  suspects. 

Comment  interpreter  les  resultats  que  nous  avons  cbtenus. 
II  est  evident  que  nous  ne  pouvons  en  tirer  des  conclusions 
absolues,  neanmoins  on  serait  tente  d’en  degager  les  conside¬ 
rations  suivantes  : 

1)  L’acide  formique  est  tres  frequent  dans  le  liquide  cephalo- 
rachidien  des  dements  precoces.  Nous  l’avons  trouve  21  fois 
sur  28. 

2)  II  semble  qu’il  y  ait  un  certain  rapport  entre  la  presence  de 
1’acide  formique  et  la  notion  de  tuberculose.  Nos  resultats  d’en- 
semble  dans  presque  toutes  les  categories  nous  permettent  cette 
supposition.  Seule  notre  quatrieme  categorie  parait  au  premier 
abord  mal  s’adapter  a  cette  hypothese.  Mais,  si  par  definition 
nos  malades  sont  indemnes  de  tuberculose  personnelle,  ou  tout 
au  moins  nous  le  paraissent,  nous  ne  savons  rien  de  leurs  ante¬ 
cedents  familiaux. 

3)  II  ne  semble  pas  qu’il  y  ait  une  relation  directe  entre  1’inten- 
site  de  la  reaction  formique  et  l’atteinte  bacillaire  personnelle  ; 
mais  nous  avons  cru  remarquer  que  la  reaction  est  d’autant  plus 
positive  que  la  tuberculose  est  notee  plus  ancienne  dans  les  ante¬ 
cedents  hereditaires. 

Une  autre  notion,  non  denuee  d’interet,  est  que  l’heredite 
psychopathique  n’est  pas  moins  trequente  chez  les  sujets  a  reac¬ 
tion  fortement  positive. 

4)  L’acide  formique  ne  peut  en  general  etre  decele  dans  le 
liquide  cephalo-rachidien  chez  les  non  dements  precoces.  Toye 
n’en  a  jamais  trouve  chez  les  idiots  et  les  paralytiques  generaux. 


RECHERCHES  SUR  L’ACIDE  FORMIQUE 


INous  avons  10  reactions  negatives  sur  16  et  les  cas  positifs  sont 
5  fois  sur  6  en  rapport  avec  une  infection  tuberculeuse  certaine. 
Les  non  dements  precoces,  non  tuberculeux,  sont  negatifs. 

5)  II  est  interessant  de  souligner  combien  l’etat  mental  de 
nos  malades  non  dements  precoces,  mais  a  reaction  positive, 
s’apparente  a  la  demence  precoce. 

6)  Si  l’on  examine  ces  diverses  propositions,  on  voit  qu’il  n’est 
pas  possible  d’en  deduire  une  reponse  precise  a  la  question  que 
nous  nous  etions  propose  de  resoudre  :  La  presence  de  l’acide 
formique  est-elle  en  rapport  avec  la  notion  de  tuberculose  ou 
.avec  celle  de  demence  precoce. 

Malgre  le  choix  de  nos  categories,  les  conclusions  restent 
imprecises.  C’est  qu’il  nous  manque  une  contre-epreuve  indis¬ 
pensable,  car  si  nos  sujets  non  dements  precoces  et  positifs  sont 
bien  des  tuberculeux,  ils  sont  aussi  des  malades  mentaux  et  jus- 
tement  leur  etat  psychique  est  assez  voisin  de  la  demence  pre¬ 
coce.  C’est  done  en  dehors  des  Asiles,  a  des  tuberculeux  aux 
■divers  degres,  mais  parfaitement  sains  au  point  de  vue  mental, 
qu’il  y  a  lieu  de  s’adresser  maintenant  pour  une  nouvelle  serie 
cle  recherches.  Si  l’on  pouvait  ainsi  etablir  que  la  presence  d’acide 
formique  dans  le  liquide  cephalo-rachidien  est  plus  en  rapport 
avec  la  disintegration  des  centres  nerveux  qu’avec  la  notion  de 
tuberculose,  alors  la  reaction  prendrait  une  valeur  pronostique 
de  premier  plan  —  dans  ces  etats  atypiques  si  frequents  au  debut 
de  la  demence  precoce. 


BIBLIOGRAPHIE 

Toye  (G.-P.).  —  Contribution  a  l’etude  physio-pathologique  de  la  demence 
precoce.  Th.  Montpellier,  1934,  n"  22. 

Depoire  (A.).  —  Essai  sur  le  role  de  1’acide  oxalique  dans  l’immunite  anti- 
tuberculeuse.  Th.  Montpellier,  1934,  n*  48. 

Toye  (G.-P.).  —  Recherches  biochimiques  sur  les  liquides  cephalo-rachi- 
diens  de  dements  precoces.  Montpellier,  1935. 


UNE  CORRESPONDANCE  DE  KANT 
SUR  LES  RAPPORTS  DE  L’AME 
ET  DU  CERVEAU 

( Premiere  traduction  frangaise  des  lettres  de  E.  Kant 
a  S.  Th.  Soemmerring) ,  avec  une  note  preliminaire 

PAR 

W.  RIESE  et  A.  REQUET 


Note  preliminaire 

C’est  tout  d’abord  un  interet  historique  qui  semble  justifier 
la  premiere  traduction  francaise  de  la  correspondance  echangee- 
entre  l’illustre  philosophe  et  un  anatomiste  de  haute  valeur.  Mais 
aussi  le  probleme  souleve  et  discute  dans  cette  correspondance 
precieuse  est  des  plus  saisissants  et  des  plus  actuels  :  il  s’agit  des 
rapports  de  fame  et  du  cerveau. 

Evidemment,  dans  le  petit  ouvrage  de  Soemmerring  «  Sur  for¬ 
gone  de  fame  »  («  Ueber  das  Organ  der  Seele  »,  Konigsberg, 
1796)  ainsi  que  dans  les  lettres  de  Kant,  le  probleme  se  pose  d’une 
maniere  qui  ne  nous  est  plus  gu6re  familiere.  Impressionnes  par 
«  1’unite  du  moi  »,  les  anciens  auteurs  ont  cherche  le  «  siege  de 
fame  »  ou,  du  moins,  du  «  sensorium  commune  »,  c’est-a-dire 
le  lieu  de  la  reunion  de  toutes  les  sensations.  Des  qu’au  cours  du 
dix-neuvieme  siecle  le  probleme  des  rapports  de  l’ame  et  du  cer¬ 
veau  revet  la  forme  du  probleme  des  localisations  cerebrales,  la 
question  d’un  siege  de  l’ame  ou  d’un  sensorium  commune  n’est 
plus  a  l’ordre  du  jour  ;  on  cherche  a  etablir  le  rapport  de  fonc- 
tions  psychiques  plus  ou  moins  elementaires  et  d’endroits  corres- 
pondants  de  la  surface  cerebrale,  mais  on  se  passe  de  l’unite  du 
moi  qui  a  tant  occupe  les  predecesseurs.  C’est  seulement  de  nos 
jours  que  l’idee  d’un  tout  et  d’une  unite  de  1’organisme  reappa- 

Ann.  Med.-psych.,  XVe  serie,  94e  annee,  t.  I.  —  Janvier  1936. 


UNE  CORRESPONDANCE  DE  KANT 


45 


rait,  pour  changer  completement  l’aspect  du  probleme  des  loca- 
Jisations  cerebrates,  des  rapports  de  l’ame  et  du  cerveau.  C’est 
dire,  que  1’heure  a  sonne  de  rejoindre  le  passe  dont  nous  som- 
mes  mieux  a  meme  d’apprecier  les  efforts  que  la  generation  qui 
nous  a  precede. 

La  tentative  de  Soemmerring  de  reclamer  le  liquide  cerebral 
comme  endroit  du  «  sensorium  commune  »  n’est  pas  la  premiere 
de  son  genre  (1).  Herophile  cherchait  le  siege  de  l’ame  dans  les 
grands  ventricules  du  cerveau  ;  Servetto,  dans  l’acqueduc  de 
Sylvius  ;  Auranti,  dans  le  troisieme  ventricule  du  cerveau.  Pour 
apprecier  les  nouveaux  efforts  de  Soemmerring,  il  est  de  la  plus 
haute  importance  d’en  saisir  l’idee  et  les  buts  : 

Jusqu’ici,  on  cherchait  une  partie  solide,  un  lieu  dans  la  masse 
cerebrale  meme,  dans  laquelle  tous  les  nerfs  se  rassembleraient ;  ou, 
en  d’autres  termes  :  on  cherchait  une  partie  solide  du  cerveau,  dans 
laquelle  tous  les  nerfs  se  reuniraient,  ou  dans  laquelle  on  pourrait 
.suivre  les  terminaisons  cerebrales  de  tous  les  nerfs  ;  ou  :  on  cher¬ 
chait,  ce  qui  veut  dire  la  meme  chose  exprimee  seulement  d’une 
fagon  plus  figuree,  une  partie  du  cerveau,  d’ou  prendraient  origine 
tous  les  nerfs  ;  ou  une  partie  du  cerveau,  d’ou  l’on  pourrait  deduire 
les  origines,  debuts  ou  racines  de  tous  les  nerfs,  ou  a  laquelle  se 
rendraient  tons  les  nerfs  ;  ou  une  partie  de  la  masse  cerebrale,  dont 
on  pourrait  presumer,  d’apres  des  donnees  anatomiques,  du  moins 
quelque  chose  de  semblable,  bien  qu’on  ne  puisse  pas  l’exposer.  d’une 
fa$on  directement  visible... 

II  m’a  toujours  ete  inconcevable,  comment  on  pouvait  chercher  ce 
sensorium  commune  dans  une  partie  dite  solide,  mieux  dans  une 
partie  raide,  rigide  du  cerveau  ;  comme  il  n’y  aurait  decidement 
alors  pas  de  raison,  comment  pourrait  naitre  quelque  chose  de  si 
different  du  mouvement  provoque  par  le  nerf  que  doit  etre  une  sen¬ 
sation  de  par  son  essence  ?  (Par  exemple,  le  nerf  optique  est  homo¬ 
gene  depuis  le  globe  oculaire  jusqu’a  la  cavite  cerebrale,  autant  qu’on 
puisse  le  deceler  ;  par  consequent,  le  mouvement  provoque  par  lui 
est  homogene  tant  qu’il  conserve  la  meme  structure). 

Si,  par.  contre,  j’admets  que  le  mouvement  provoque  par  le  nerf 
vers  le  cerveau  reste  le  meme  jusqu’a  sa  terminaison  cerebrale  (car, 
pourquoi  devrait-on  admettre  une  modification  dans  1’effet,  tant  qu’on 
ne  remarque  aucune  modification  dans  la  structure  du  nerf  ?),  mais 
qu’il  se  transmet  la  ou  le  nerf  finit  au  liquide  de  la  cavite  cerebrale, 
du  moins  il  est  concevable  qu’alors  quelque  chose  de  vraiment  diffe¬ 
rent  —  a  savoir  une  sensation  —  peut  naitre  sans  qu’on  puisse  indi- 


(1)  V.  F.  J.  Gall,  Anatomie  et  phgsiologie  du  sgsteme  nerveux,  Paris, 
1812,  deuxieme  volume,  p.  214. 


46 


W.  RIESE  ET  A.  REQUET 


quer  ni  ce  qui  se  produit  precisement,  ni  la  fagon  dont  cela  se  pro- 
duit. 

Dans  ma  «  Neurologie  »,  §  98,  je  cite  encore  une  autre  raison, 
contre  l’admissibilite  de  l’opinion  :  que  le  sensorinm  commune  de- 
vrait  etre  contenu  dans  une  partie  solide  du  cerveau  ;  je  m’exprime 
ainsi  :  comme  on  ne  trouve  pas  de  partie  definie  de  la  moelle 
cerebrale,  qu’on  n’aurait  trouve  parfois  detruite  sans  gene  percepti¬ 
ble  d’une  quelconque  fonction,  sans  un  desavantage  concomitant 
perceptible  pour  le  sensdrium  commune  ;  le  sensorinm  commune  ne 
semble  done  pas  etre  limite  a  une  plus  petite  partie  de  la  moelle 
cerebrale  (e’est-a-dire  d’une  masse  solide). 

Si,  par  suite,  le  sensorium  commune  doit  se  trouver  dans  le  cer¬ 
veau  la  ou  tous  les  nerfs  se  rassemblent,  ce  sont  les  parois  des 
cavites  cerebrales,  ou  effectivement  les  nerfs  se  rassemblent  avec 
leurs  veritables  terminaisons,  et  sont  veritablement  lies  ou  reunis  au 
moyen  du  liquide  qui  s’y  trouve  en  tant  qu’un  intermediaire  simple^ 
continu  et  commun  a  eux. 

L’ intermediaire  reunissant  ( Medium  uniens)  serait  en  consequence 
le  liquide  des  cavites  cerebrales. 

(Soemmerring,  Sur  I’organe  le  I’ame,  p.  35). 

Peu  importe  que  nos  connaissances  anatomiques  actuelles  n’ad- 
mettent  plus  l’existence  d’une  terminaison  des  nerfs  dans  les 
parois  de  la  cavite  cerebrale  ;  le  probleme  du  rapport  de  fame  et 
du  cerveau  tel  qu’il  est  souleve  par  Kant  dans  sa  grande  lettre  a 
Soemmerring  n’en  existe  pas  moins  et  le  lecteur  ne  peut  pas  ne 
pas  reconnaitre  la  portee  generate  et  la  valeur  methodique  de 
l’expose  du  philosophe  critique.  Kant  delimite  les  frontiers 
au-dela  desquelles  aucune  tentative  d’expliquer  ce  rapport  ne 
peut  jamais  se  hasarder.  Selon  lui,  le  probleme  du  rapport  de 
l’ame  et  du  cerveau  n’admet  qu’une  solution  phgsiologique. 

Remarquons  enfin  que  les  idees  des  deux  auteurs  qui  discutent 
le  role  physiologique  de  «  l’eau  cerebrale  »  offrent  une  certaine 
valeur  d’actualite,  quoique  evidemment  un  peu  modeste  et  vague,, 
grace  a  la  renaissance  de  la  pathologie  humorale  en  general,  aux 
decouvertes  du  role  et  de  la  nature  du  liquide  cephalo-rachidieix 
en  particulier. 


Vous  m’avez  fait,  tres  honore  Monsieur,  comme  le  premier  anato- 
miste  philosophe  du  visible  chez  l’homme,  a  moi  qui  m’occupe  de- 
l’anatomie  de  l’invisible  chez  le  meme,  l’honneur  de  la  dedicace  de 
votre  excellent  expose,  comme  invitation  sans  doute  a  la  reunion  de 
ces  deux  affaires  pour  un  but  commun. 

Je  joins  au  remerciement  cordial  pour  votre  confiance  l’esquisse 


UNE  CORRESPONDANCE  DE  KANT 


47 


de  la  compatibility,  d’une  part,  et  de  l’incompatibilite,  d’autre  part, 
des  deux  desseins,  en  declarant  d’en  faire,  comme  bon  vous  semble, 
tel  usage  qui  vous  plaira,  voire  public. 

Vu  votre  vigueur  et  votre  talent,  votre  age  non  encore  avance,  la 
science  peut  encore  attendre  de  vous  un  grand  enrichissement  ;  ce 
pourquoi  je  vous  souhaite  de  tout  coeur  sante  et  paix,  tandis  que  le 
mien  ne  laisse  plus  guere  attendre  de  moi  que  de  proflter,  autant  que 
possible  de  Penseignement  d’autrui. 

Votre  admirateur  et  tres  humble  serviteur. 

I.  Kant. 


A  Samuel  Thomas  Soemmerring 


Konigsberg,  10  aout  1795. 

Vous  venez  soumettre  a  mon  appreciation,  tres  honore  Monsieur, 
l’ouvrage  que  vous  avez  fait  sur  un  certain  principe  de  force  vitale 
chez  les  etres  amines,  principe  qui,  du  point  de  vue  de  la  seule  per¬ 
ception,  est  designe  par  l’organe  sensoriel  direct  uporrov  AkSr^ptov, 
mais  du  point  de  vue  de  Pensemble  de  toutes  les  perceptions  reunies 
dans  une  partie  delude  du  cerveau,  prend  le  noin  de  terntoire 
commun  des  sensations  (sensorium  commune)  :  honneur  que  je  recon- 
nais  avec  une  profonde  gratitude  dans  la  mesure  ou  ll  m’est  fait 
comme  non  complement  etranger  aux  sciences  de  la  nature.  —  Mais 
cela  pose  en  meme  temps  une  question  de  l’ordre  de  la  metaphysique 
(dont  Poracle  est,  comme  on  dit,  muet  depuis  longtemps),  et  me  me 
dans  l’embarras  de  savoir  si  je  dois  accepter  cet  honneur  ou  non  :  car 
la  question  du  siege  de  Vame  ( sedes  animve)  est  aussi  contenue  dans  ce 
probleme,  qu’on  la  considere  aussi  bien  dans  son  pouvoir  percep tlf 
(facultas  sensitive  percipiendi)  que  dans  son  pouvoir  moteur  (facultas 

,0Onlcherche  done  une  reponse,  an  sujet  de  laquelle  deux  facultes 
peuvent  entrer  en  conflit  du  fait  de  leurs  competences  respec  ives 
(forum  competens),  la  medecine.  dans  son  domaine  anatomo-p^iol^ 
gique,  et  la  philosophie,  dans  son  domaine  metaphysmo-psycho log ^q  , 
conflh  au  cours  duquel  naissent  des  desagrements  comme  dan^^s 

les  ■tentative*  de  conciliation,  entre  ceux  qui  veulent  tout  fonder  sur 

les  principes  empiriques  et  ceux  qui  reclament  en  P1-6™1 

fondements  d  priori  (cas  qui  survient  toujours 

reunion  de  la  doctrine  pure  du  droit  avec  la  polit  q  ,  «3 

tionnee  empiriquement,  ainsi  que  dans  les  tentatives  de  reunion  de  la 

doctrine  pare  de  la  religion  avec  la  doctrine  de  ^ 

est  egalement  conditionnee  empiriquement).  Ces  desa 

reposent  que  sur  le  differend  de  decider  a  qudle  facuUe  revienWe 

probleme,  quand,  a  son  sujet,  on  cherche  une  solution  dans  une 

university  (qui  represente  une  institution  er^^  ou^  ^ 

connaissances).  -  Qui,  dans  le  cas  present,  donne  satisfactio 


TV.  RIESE  ET  A.  REQUET 


medecin  en  tant  que  physiologiste,  indispose  le  philosophe  en  tant 
que  metaphysicien  ;  et  inversement,  qui  fait  droit  a  celui-ci  se  heurte 
a  celui-la. 

Mais  c’est  precisement  l’idee  d’un  siege  de  Vdme  qui  occasionne  le 
conflit  des  facultes  sur  l’organe  sensoriel  commun,  et  il  vaut  par 
consequent  mieux  ne  pas  la  mettre  en  jeu  ;  ce  que  1’on  est  d’autant 
plus  en  droit  de  faire,  qu’elle  reclame  une  presence  localisee,  qui 
a  la  chose  qui  n’est  qu’objet  du  sens  interieur,  et  pour  autant  n’est 
determinable  que  selon  des  conditions  de  temps,  attribue  une  rela¬ 
tion  spatiale,  mais  precisement  de  ce  fait  se  contredit  elle-meme  ; 
au  lieu  qu’une  presence  virtuelle,  qui  n’appartient  qu’a  l’entende- 
ment,  precisement  de  ce  fait  n’est  pas  localisee,  fournit  une  idee,  qui 
rend  possible  de  traiter  la  question  soulevee  (du  sensorium  com¬ 
mune )>  uniquement  comme  probleme  physiologique.  —  Gar,  bien  que 
la  plupart  des  hommes  croient  sentir  la  pensee  dans  la  tete,  cela  n’est 
cependant  qu’une  fausse  interpretation,  a  savoir,  de  prendre  le  juge- 
ment  que  l’on  porte  sur  la  cause  de  la  sensation  a  un  certain  endroit 
(du  cerveau)  pour  la  sensation  de  la  cause  a  ce  meme  endroit,  et  de 
faire  accompagner  ensuite,  suivant  les  lois  de  l’association,  les  pen- 
sees  par  les  traces  laissees  dans  le  cerveau  par  les  impressions  qui 
s’y  sont  produites,  en  les  designant  sous  le  terme  d’idees  materielles 
(Descartes),  qui,  bien  qu’elles  soient  des  hypotheses  tres  arbitraires, 
n’exigent  pas  un  siege  de  l’ame  et  ne  melangent  pas  le  probleme  phy¬ 
siologique  avec  la  metaphysique.  Nous  n’avons  done  a  faire  qu’a  la 
matiere,  laquelle  rend  possible  la  reunion  de  toutes  les  representa¬ 
tions  sensorielles  dans  1  ’esprit  (Gemiit)  (1).  —  Mais  la  matiere  qui  (en 
tant  que  sensorium  commune )  est  seule  qualifiee  pour  cela,  d’apres 
les  decouvertes  dues  a  vos  profondes  recherches  anatomiques,  est 
contenue  dans  la  cavite  c6rebrale,  et  ce  n’est  que  l’eau  :  organe  im- 
mediat  de  l’ame  qui,  d’un  cote,  separe  les  uns  des  autres  les  faisceaux 
nerveux  qui  viennent  s’y  terminer,  afin  que  par  eux  les  sensations  ne 
se  melangent  pas,  et  d’un  autre  cote  realise  entre  eux  une  commu- 
naute  complete,  de  facon  que  quelques  sensations,  bien  que  recues 
par  le  meme  esprit,  n’en  soient  cependant  pas  au  dehors  (ce  qui  est 
une  contradiction). 


(1)  Par  esprit  (Gemiit),  on  ne  comprend  que  le  pouvoir  (animus)  de 
combiner  les  representations  donnees  et  d’effectuer  l’unite  de  l’aperception 
empirique,  pas  encore  la  substance  ( anima ),  de  par  sa  nature  complete- 
ment  differente  de  la  matiere,  dont  on  fait  alors  abstraction  ;  de  ce  fait, 
on  obtient  que  nous  ne  devons  pas  en.  ce  qui  concerne  le  sujet  pensant 
passer  a  la  metaphysique,  qui  en  tant  que  telle  a  a  faire  avec  la  conscience 
pure  et  son.  unite  ci  priori  dans  la  combinaison  de  representations  donnees 
(avec  1’entendement),  mais  ne  nous  occupey  que  de  l’imagination,  dont  les 
intuitions  (aussi  sans  presence  de  leur  objet)  en  tant  que  representations 
empiriques  peuvent  etre  considerees  comme  correspondantes  aux  impres¬ 
sions  dans  le  cerveau  (plutot  habitus  de  la  reproduction)  et  appartenant 
a  un  tout  de  l’intuition  interieure  de  soi-meme. 


UNE  CORRESPONDANCE  DE  KANT 


49 


Mais  alors  apparait  la  grande  difficulte  :  a  savoir  que,  comme  I’eau 
«n  tant  que  liquide,  ne  peut  raisonnablement  etre  consideree  comme 
•organisee,  que  cependant,  sans  organisation,  c’est-a-dire,  sans  un 
arrangement  convenable  et  stable,  quant  a  sa  forme,  des  parties,  au- 
cune  maniere  ne  peut  servir  d’organe  immediat  de  l’ame,  cette  belle 
•decouverte  n’atteint  pas  encore  son  but. 

Est  fluide  une  matiere  continue,  dont  chaque  partie,  dans  l’espace 
qu’elle  remplit,  peut  etre  ecartee  de  sa  place  par  la  plus  petite  force. 
Mais  cette  propriety  semble  contredire  l’idee  d’une  matiere  organisee, 
qu’on  se  represente  comme  machine,  done  comme  matiere  rigide  (1), 
resistant  avec  une  certaine  force  au  deplacement  de  ses  parties,  et 
par  consequent  a  la  modification  de  sa  configuration  interieure, 
mais  se  representer  cette  eau  en  partie  liquide  et  en  partie  rigide 
(comme,  par  exemple,  l’humidite  cristalline  de  l’oeil),  detruirait  en 
partie  aussi  la  raison  pour  laquelle  on  admet  cette  propriete  de 
1’organe  sensoriel  immediat  pour  en  expliquer  la  fonction. 

Que  penser,  si,  au  lieu  de  l’organisation  mecanique  reposant  sur 
la  juxtaposition  des  parties  pour  la  formation  d’une  certaine  struc¬ 
ture,  je  proposals  une  organisation  dynamique  qui  repose  sur  des 
principes  chimiques  (comme  l’autre  repose  sur  des  principes  mathe- 
matiques),  et  qui  peut  s’accorder  ainsi  avec  la  fluidite  de  cette  matiere. 
—  De  meme  que  la  division  mathematique  d’un  espace  et  de  la  matiere 
qui  le  remplit  (par  exemple  de  la  cavite  cerebrale  et  de  l’eau  qui  la 
remplit)  va  a  l’infini,  ainsi,  il  peut  en  aller  de  meme  avec  la  division 
chimique  en  tant  que  division  dynamique  (decomposition  de  diffe- 
rentes  especes  reciproquement  dissoutes  dans  une  matiere),  de  telle 
sorte  que,  pour  autant  que  nous  le  savons,  elle  va  de  meme  a  l’infini  (in 
indefinitum) .  —  L’eau  pure  ordinaire,  consideree,  il  y  a  encore  peu, 
comme  element  chimique,  est  decomposee  a  l’heure  actuelle  en  deux 
differents  gaz  par  des  experiences  pneumatiques.  Chacun  de  ses  gaz,  en 
dehors  de  sa  base,  renferme  en  lui  un  principe  inflammable  (War- 
mestoff),  qui,  sans  doute,  a  son  tour,  peut  se  laisser  transformer  par 
la  nature  en  matiere  lumineuse  ou  autre,  de  meme  que  la  lumierc 
encore  en  differentes  couleurs,  etc...  Si  l’on  ajoute  a  cela  I’innombra- 
ble  variete  de  substances,  en  partie  volatiles,  que  le  regne  vegetal  peut 
former  de  cette  eau  ordinaire,  vraisemblablement,  par  decomposition, 
et  autre  mode  de  synthese  :  on  peut  se  representer  quelle  diversite 
d’organes  les  terminaisons  nerveuses  peuvent  rencontrer  dans  le  liqui¬ 
de  cerebral  (qui  n’est  peut-etre  autre  chose  que  de  l’eau  ordinaire), 
pour,  par  leur  intermediate,  etre  receptives  au  monde  sensoriel,  et 
reciproquement,  par  ailleurs,  agir  aussi  sur  lui. 

Si  done,  1’on  admet  l’hypothese  qu’un  pouvoir  des  nerfs  est  a  la 
base  de  l’esprit  dans  sa  pensee  empirique,  c’est-a-dire  dans  la  res 

(1)  Au  fluide  ffluidum)  doit  etre  precisement  oppose  le  rigide  (rigidum) 
comme  l’emploie  egalement  Euler  en  opposition  avec  le  premier.  Au. 
'  solide  il  faut  opposer  le  creux. 

Ann.  Med.-psych.,  XVe  serie,  94"  annee,  t.  I.  —  Janvier  1936.  4. 


50 


W.  RIESE  ET  A.  REQUET 


lution  et  la  combinaison  de  representations  sensorielles  donnees* 
pouvoir  de  decomposer,  selon  leur  multiplicity  l’eau  de  la  cavite 
eerebrale  en  differents  elements  primaires  (Urstoffe),  et  ainsi,  par  le 
degagement  de  l’un  ou  l’autre  de  ceux-ci,  permettre  le  jeu  de  diffe- 
rentes  sensations  (par  exemple,  celle  de  la  lumiere,  au  moyen  de- 
l’excitation  du  nerf  optique,  ou  du  son,  par  le  nerf  auditif,  etc),  mais. 
de  telle  facon  que  ces  elements,  apres  l’arret  de  l’excitation,  se 
recombinent  de  nouveau  immediatement,  si  l’on  admet  cette  hypo- 
these,  dis-je,  on  pourrait  dire  que  cette  eau  est  continuellement 
organisee,  sans  cependant  etre  jamais  organisee  :  ce  qui  permet 
cependant  d’atteindre  le  but  qu’on  se  proposait  avec  l’organisation 
stable,  savoir,  de  rendre  saisissable  l’unite  collective  de  toutes  les 
representations  sensorielles  dans  un  organe  commun  ( sensorium  com¬ 
mune),  mais  seulement  par  sa  decomposition  chimique. 

Mais  (1)  le  probleme,  comme  il  est  specialement  imagine  par  Haller  » 
n’est  cependant  pas  resolu  de  cette  fa?on,  car  il  n’est  pas  seulement 
physiologique,  mais  il  doit  servir  de  moyen  de  demontrer  l’unite  de 
la  conscience  de  soi-meme  (qui  appartient  a  l’entendement)  dans  le 
rapport  spatial  de  Vame  avec  les  organes  du  cerveau  (qui  releve  du 
sens  exterieur),  done,  le  siege  de  Fame,  en  tant  que  presence  locah - 
see,  ce  qui  est  un  probleme  de  la  metaphysique,  non  seulement  inso¬ 
luble  pour  celle-ci,  mais  contradictoire  en  soi-meme.  —  Car,  si  je  dois 
demontrer  le  lieu  de  mon  ame,  e’est-a-dire  de  mon  moi  absolu,  quel- 
que  part  dans  l’espace,  je  suis  oblige  de  me  percevoir  moi-meme  jus- 
tement  par  le  meme  sens,  par  lequel  je  per?ois  aussi  la  matiere  qui 
m’environne,  comme  cela  se  passe  lorsque  je  veux  determiner  ma. 
place  en  tant  qu’homme  dans  le  monde,  a  savoir  que  je  suis  oblige- 
de  considerer  mon  corps  en  rapport  avec  d’autres  corps  en  dehors 

(je  moi. _ Or,  l’ame Me  peut  se  percevoir  que  par  le  sens  interne,  mais 

ne  peut  percevoir  le  corps  que  par  les  sens  externes  (que  ce  soit 
interieurement  ou  exterieurement),  done,  elle  ne  peut  decidement  se 
determiner  aucune  place,  parce  qu’elle  serait  obligee,  pour  cela,  de 
se  prendre  pour  objet  de  sa  propre  intuition  exterieure,  et  de  se 
jilacer  hors  d’elle-meme,  ce  qui  est  contradictoire.  —  Ainsi  la  solu¬ 
tion  desiree  du  probleme  du  siege  de  Fame  qu’on  exige  abusivement 
de  la  metaphysique,  conduit  a  une  grandeur  impossible  (S/ —  2)  ;  et 
on  peut,  a  celui  qui  l’entreprend,  clamer  avec  Terence  :  «  nihil  plus 
agas,  quam  si  des  operam,  ut  cum  ratione  insanias  »  ;  cependant 
qu’on  ne  peut  en  vouloir  au  physiologiste,  auquel  il  sufflt  d’avoir 
recherche  la  seule  presence  dynamique,  si  possible,  jusqu’a  ce  qu’eUe 
soit  immediate,  d’avoir  fait  appel  au  metaphysicien  pour  remplacer 
ce  qui  manque  encore. 


p.  m*.  w,  —  - >  —  - 

entre  nos  deux  traductions. 


UNE  CORRESPONDANCE  DE  KANT 


N.  B.  —  II  existe  encore  une  lettre  de  Kant  a  Soemmerring  du  4  aout 
1800  qui  n’a  ete  ni  terminee  ni  envoyee  et  que  nous  avons  renonce  a 
traduire  parce  qu’elle  ne  s’occupe  pas  de  notre  probleme. 


A  Samuel  Thomas  Soemmerring 

Le  17  septembre  1795. 

Comme  M.  Nicolovius  me  demande,  tres  cher  ami,  si  j’ai  quelque 
chose  a  ajouter  a  la  lettre  qu’il  vous  adresse,  ce  peut-etre  l’idee  sui- 
vante  : 

Dans  le  probleme  de  l’organe  sensoriel  commun,  il  s’agit,  en  pnn- 
cipe,  d’apporter  l’unite  d’agregat  dans  l’infini  divers  de  toutes  les 
representations  sensorielles  de  l’esprit  ou  plutot  de  la  rendre  conce- 
vable  par  la  structure  du  cerveau.  Cela  ne  peut  se  produire  que  par  le 
fait  qu’il  y  a  un  moyen  d’associer  les  impressions,  meme  hetero¬ 
genes,  mais  seriees  d’apres  le  temps,  par  exemple,  la  representation 
visuelle  d’un  jardin,  avec  la  representation  auditive  d’une  musique 
entendue  dans  ce  meme  jardin,  le  gout  d’un  repas  qu’on  y  a  pris,  etc., 
impressions  qui  se  confondraient  si  les  faisceaux  nerveux  s’influen- 
caient  par  des  contacts  reciproques.  Mais  I’ean  des  cavites  cerebrates 
peut  ainsi  servir  d’intermediaire  pour  transporter  l’influence  d  un 
nerf  sur  un  autre,  et  par  reaction  de  ce  dernier,  a  lier  la  representa¬ 
tion  qui  lui  correspond  a  un  etat  de  conscience,  sans  que  ces  impres¬ 
sions  se  confondent,  aussi  peu  que  dans  un  concert  a  plusieurs  voix, 
les  sons  sont  propages  par  fair  en  se  melangeant. 

Mais  vous  avez  conpu,  sans  doute,  la  meme  idee.  C’est  pourquoi  je 
n’ajoute  rien  d’autre,  que  j’.ai  constate  avec  la  plus  grande  satisfac¬ 
tion  dans  votre  agreable  lettre  l’expression  de  votre  amitie  et  de 
l’harmonie  de  nos  fa§ons  de  penser. 


I.  Kant. 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

fondee  le  27  avril  185 2 

reconnue  comme  elablissement  d’utilile  publique 
par  decret  da  11  decembre  1867 


LISTE 

des  Presidents,  Secretaires  generaux  et  Tresoriers 
de  la  Soci6t6  Medico-psychologique  (1852-1936) 


Presidents  (1) 


1852- 1853  MM.  Ferrus.  1877 

1853- 1854  Gerdy.  1878 

1854- 1855  Buchez.  1879 

1855- 1856  PArchappe.  1880 

1856- 1857  Peisse.  1881 

1857- 1858  Baillarger.  1882 

1858- 1859  Cerise.  1883 

1859- 186,0  Trelat.  1884 

1861  Brierre  de  Boismont.  1885  . 

1862  Adolphe  Garnier.  1886 

1863  Delasiauve.  1887 

1864  J.-J.  Moreau  de  Tours.  1888 

1865  Girard  de  Cailleux.  1889 

1866  Felix  Voisin.  1890 

1867  Paul  Janet.  1891 

1868  Brochii*.  1892 

1869  Constans.  1893 

1870-1871  Lasegue.  1894 

1872  Jules  Falret.  1895 

1873  Lunier.  1896 

1874  Loiseau.  1897 

1875  Blanche.  1898 

1876  Dumesnil.  1899 


Baillarger. 

Prosper  Lucas. 
Legrand  du  Saulle. 

Motet. 

A.  Foville. 

H.  Dagonet. 

Armand  Semela.gne. 
Magnan. 

Cotard. 

Jules  Falpet. 

Bouchereau. 

Theophile  Roussel. 
Christian. 

Auguste  Voisin. 

Paul  Moreau  de  Tours. 
Eugene  Giiarpentier. 
Paul  Garnier. 
Meuriot. 

Jules  Voisin. 


(1)  Fondee  le  27  avril  1852,  la  Societe  Medico-Psychologique  fut  presidee 
d’abord  par  Ferrus  et,  jusqu’en  1860,  choisit  en  juillet  son  president  annuel. 
A  partir  de  1860,  le  president  fut  elu  a  la  seance  de  decembre  pour  entrer 
en  fonctions  au  mois  de  janvier. 


LISTE  DES  MEMBRES 


1900 

1901 

1902 

1903 

1904 

1905 

1906 

1907 


1910 

1911 

1912 

1913 

1914-1916 

191-7 

1918 

1919 


JOFFROY. 

Motet. 

Gilbert  Ballet. 
Brunet. 

Briand. 

Deny. 

Seglas. 

Legras. 

Arnaud. 

Serieux. 

Klippel. 

Rene  Semelaigne. 

VlGOUROUX. 

Chaslin. 

Hemi  Colin. 
Dupain. 


1920  MM.  Trenel. 

1921  Pactet. 

1922  Toulouse. 

1923  Antheaume. 

1924  Truelle. 

1925  Roubinovitch. 

1926  Sollier. 

1927  Legrain. 

1928  Raoul  Leroy. 

1929  Pierre  Janet. 

1930  Capgras. 

1931  Henri  Claude. 

1932  Marchand. 

1933  Georges  Dumas. 

1934  Mignot. 

1935  Th.  Simon. 

1936  Vurpas. 


Secretaires  generaux 


1852-1856  MM.  Dechambre.  1873-1881 

1856-1858  Cerise.  1882-1920 

1858- 1859  Brierre  de  Boismont.  1920-1930 

1859- 1861  Archambault.  1930-1935 

1862-1866  Brochin.  1936 

1867-1873  Loiseau. 


Motet. 

Ritti. 

Henri  Colin. 

Rene  Charpentier. 
Courbon. 


Tresoriers-Archivistes 


1852-1855  MM.  Michea. 

1855-1861  Brochin. 

1862-1871  Legrand  du  Saulle. 

1872-1892  Auguste  Voisin. 

1893-1897  Jules  Voisin. 


1898-1902  MM.  Brunet. 

1903-1908  Antheaume. 

1908-1920  Pactet. 

1921-1931  R-  Mallet. 

1931-1936  Mine  Thuillier-Landp.y. 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


54 


BUREAU  POUR  1936 


President  :  M.  Cl.  Vurpas. 

Vice-President  ;  M.  Rene  Charpentjer. 

Secretaire  general  :  M.  Paul  Gourbon. 
Tresoriere-Archiviste  :  Mme  Thuillier-Landry. 
Secretaires  des  seances  :  MM.  Paul  Abely  et  Carrette. 


LISTE  DES  MEMBRES  etablie  le  28  janvier  1936  0) 


Membres  titulaires  honoraires  (16) 


Membres  titulaires 

1884.  MM.  Seglas. 

1888.  Legrain. 

1893.  Klippel. 

—  Pactet. 

—  Serieux. 

1895.  Pierre  Janet. 
1899.  Nageotte. 
1905;  Lwoff. 


Membres  titulaires 
depuis  : 

1909.  MM.  Leroy. 

1910.  PlERON. 

— •  Truelle. 

1930(2).  Paul  Camus. 
GuillAin. 

—  Pierre  Marie. 

—  Henry  Meige. 

—  Andre  Thomas. 


Membres  titulaires  (99) 


Membres  titulaires 
depuis  : 

1888.  MM.  Dupain. 

1895.  Roubinovitch. 

1896.  Toulouse. 

1910.  Rogues  de  Fursac. 

1911.  Capgras. 

—  Marchand. 

—  Vurpas. 

—  Mignot. 

—  Rene  Charpentieb. 


Membres  titulaires 
depuis  : 

1913.  Fillassier. 

—  Laignel-Lavastine. 

1919.  Mallet. 

Ach.  Delmas. 

—  Devaux. 

—  Dupouy. 

1920.  Barbe. 

—  Revault  d’ALLONNES. 

—  Meuriot. 


(1)  La  Soeiete  reunit  actuellement  405  membres.  Les  candidats  au  titre 
de  membre  titulaire,  membre  correspondant  national  ou  membre  associe 
etranger  de  la  Soeiete  Medico-psychologique,  doivent  adresser  au  Secretaire 
general,  en  mSme  temps  que  leur  lettre  de  candidature,  une  liste  de  titres  et 
travaux  scientifiques  et  un  exemplaire  de  leurs  publications. 

(2)  Membres  honoraires  nommes  exceptionnellement  en  1930  a  l’occasion 
de  la  fusion  de  la  Soeiete  Clinique  de  Medecine  Mentale  et  de  la  Soeiete  de 
Psychiatrie  avee  la  Soeiete  Medico-psychologique. 


LISTE  DES  MEMBRES 


55 


Membres  titulaires 
depuis  : 

1920.  MM.  Simon. 

1922.  Raynier. 

—  Henri  Claude. 

1923.  Georges  Dumas. 

—  Bussard. 

1924.  Lhermitte. 

—  Guiraud. 

1926.  Courbon. 

—  Logre. 

.1927.  Petit. 

—  D.  Santenoise. 

—  Calmels. 

—  H.  Beaudouin. 

—  Minkowski. 

1930.  Demay. 

—  Heuyer. 

Xavier  Abely. 

—  A.  Baudouin. 

—  Fribourg-Blanc. 

—  Genil-Perrin. 

—  Levy-Valensi. 

—  Maillard. 

—  Senges. 

■ —  Tinel. 

—  Wallon. 

1931.  Paul  Abely. 
Ceillier. 

VlNCHON. 

-  CODET. 

—  H.  Baruk. 

—  A.  Borel. 

—  Collet. 

—  Hartenberg. 

—  Mine  Thuillier-Landry. 
—  MM.  Targowla. 

Peron. 

—  Bonhomme. 

Gouriou. 

—  Abadie(I). 


Membres  titulaires 
depuis  : 

1931.  MM.  Ameline. 

Aubry. 

J.  Baruk. 

Ch.  Blondel. 

-  P.  COMBEMALE. 

-  Danjean. 

—  Desruelles. 

— ,  Dide. 

—  Euziere. 

—  Guichard. 

—  Halberstadt. 

—  -  J.  Hamel. 

—  Hesnard. 

—  Lagriffe. 

—  Lauzier. 

—  J.  Lepinev 

—  M.  Olivier. 

—  Pasturel. 

-  POROT. 

—  Raviart. 

—  Rayneau. 

—  Robert. 

—  R.  Rougean. 

—  Ach.  Santenoise. 

—  Vieux. 

—  Wahl. 

—  Bourguignon. 

—  Vignaud. 

—  Largeau. 

1932.  Cenac. 

1933.  Carrette. 

1934.  Brissot. 

—  LerAt. 

1935.  Alajouanine. 

—  Crouzon. 

—  Mine  Minkowsiia. 

1936.  M.  R.  D.  Anglade. 

—  N... 


(1)  Ici,  par  ordre  alphabetique,  noms  de  membres  non  residants  elus 
membres  titulaires  le  28  mai  1931,  par  suite  des  modifications  apportSes  aux 
■Statuts  de  la  Societe  le  26  janvier  1931  (de  M.  Abadie  a  M.  Wahl  mclusi- 
'vement). 


56 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Membres  Correspondants  Nationaux  (121) 


Membres  correspondants 

1888.  MM.  Lemoine. 

1899.  Breton. 

1902.  Cololian.  ' 

1903.  Chknais. 

1904.  Vernet. 

—  A.  Riche. 

-  SlZARET. 

1905.  V.  Parant. 

—  Perpere. 

1911.  Mile  Pascal. 

19J2.  MM.  Beaussart. 

—  Ossip-Lourie. 

1913.  Albes. 

-  VOIVENEL. 

1918.  Gilles. 

-  J.  COURJON. 

1919.  Boudon. 

—  Benon. 

1920.  Renaux. 

VlAN. 

1921.  Allamagny. 

—  Molin  de  Teyssieu. 

1922.  Brousseau. 

—  Eissen. 

—  Quercy. 

1923.  Ch.  Reboul-Lachaux. 

-  POTEL. 

1924.  Prince. 

1925.  G.  Paul-Boncour. 

—  Gilbert  Robin. 

1928.  Montassut. 

1930.  Cornelius. 

—  Delaville. 

—  Gallais. 

—  •  Vie. 

—  Schaeffer. 

—  Schiff. 

—  Mile  Weinberg. 

1931.  MM.  Barre. 

—  Chartier. 

—  Dumolard. 

—  Gonnet. 

Hyvert. 


Membres  correspondants 

depuis  : 

1931.  MM.  Mace  de  Lepinay. 

—  Martin-Sisteron. 

—  Meignant. 

—  Frantz  Adam. 

—  Paul  Delmas. 

Lamache. 

—  Villey-Desmeserets. 

—  Grimbert. 

—  Calmettes. 

—  Delmas-Marsalet. 

—  Labuchelle. 

—  Perrussel. 

—  Artur. 

— -  Paul  Cossa. 

—  Larrive. 

— -  Fromenty. 

1932.  Mestrallet. 

—  P.  Lassalle. 

—  Morat. 

—  Ombredane. 

H.  Roger. 

—  Martimor. 

—  P.  Masquin. 

—  Burckard. 

—  Henri  Ey. 

—  Le  Guillant. 

—  Rondepierhe. 

1933.  Cuel. 

—  Pichard. 

-  VlGNERON  d’HeUCQUEVILLE- 

Dublineau. 

Potet. 

1934.  Corman. 

—  Le  Grand. 

—  Donnadieu. 

—  L6o. 

—  Leculieb. 

—  Mareschal. 

—  Lacan. 


LISTE  DES  MEMBRES 


5? 


Membres  correspondants 


Membres  correspondants 
depuis  : 

1935.  MM.  Dupytout. 

—  Trillot. 

—  Le  Savoureux. 

—  Remi  Courjon. 

—  Leclercq. 

—  Toye. 

-  SlVADON. 

—  Rouart. 

—  ,J.  Borel. 


1934.  Mile  Martriiae. 
—  MM.  Dechaume. 


POMME. 

Bargues. 

Emile  Adam. 
Frey. 

ScHUTZENBERGER. 


-  Mile  CULLERRE. 

1935.  MM.  Lagache. 


Got. 

Durand-Saladin, 
J.  Lassale. 
Christy. 
COSTEDOAT. 


—  Mile  Derombies. 

—  M.  Rubenovitch. 
1936.  Mme  Masson. 


Nous  donnons  ci-dessous  la  liste  et  les  adresses  des  membres  titulaires, 
correspondants  nationaux  et  associes  etrangers,  avec  la  date  de  leur  entree 
dans  la  Societe.  Priere  d’adresser  toutes  rectifications  au  Secretaire  general 
de  la  Societe  Medico-Psychologique. 


Membres  titulaires  honoraires  (16) 


MM.  Camus  (Paul),  55,  quai  Bourbon,  Paris  (IV8).  —  22  decembre  1930. 

Guillain  (Georges),  215  bis,  boulevard  Saint-Germain,  Paris  (VIP).  — 
22  decembre  1930. 

Janet  (Pierre),  54,  rue  de  Varenne,  Paris  (VIP).  —  28  janvier  1895. 

Klippei.  (Maurice),  63,  boulevard  des  Invalides,  Paris  (VII8):  —  27  no- 
vembre  1893. 

Legp.ain  (Maurice),  9,  rue  Pelouze,  Paris  (VIIP).  ■ —  30  juillet  1888. 

Leroy  (Raoul),  16,  rue  Julie,  Paris  (XIVe).  —  23  mars  1898. 

Layoff,  14,  avenue  Marie-Louise,  La  Varenne-St-Hilaire  (Seine).  — 
20  janvier  1893. 

Marie  (Pierre),  76,  rue  de  Lille,  Paris  (VIP).  —  22  decembre  1930. 

Meige  (Henry),  allee  Boileau,  Chanrpignolle,  La  Varenne-St-Hilaire 
(Seine).  —  28  fivrier  1898. 

Nageotte  (J.),  82,  rue  Notre-Dame-des-Champs,  Paris  (VP).  —  25  juil¬ 
let  1898. 

Pactet,  35,  Grande-Rue,  Chatenay  (Seine).  —  29  fevrier  1892. 

Pieron  (Henri),  52,  route  de  la  Plaine,  Le  Vesinet  (Seine-et-Oise). 

27  avril  1903. 

Seglas  (J.),  96,  rue  de  Rennes.  Paris  (VI8).  —  28  juillet  188t. 

Serieux  (P.),  131,  boulevard  Brune,  Paris  (XIV8).  - —  25  janvier  1892. 

Thomas  (Andre),  28,  rue  Marbeuf,  Paris  (VIIP).  —  22  decembre  1930. 

Truelle  (V.),  4,  avenue  Courteline,  Paris  (XII8).  —  25  novembre  1901. 


58 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Membres  titulaires  (99) 

MM.  Abadie  (J.),  18,  rue  Porte-Dijeaux,  a  Bordeaux.  —  29  mai  1922. 

Abely  (Paul),  Asile  de  Villejuif  (Seine).  —  30  juin  192k. 

Abely  (Xavier),  Asile  de  Villejuif  (Seine).  —  27  juin  1921. 

Alajouanine  (Th.),  120,  avenue  Victor-Hugo,  Paris  (XVI').  —  22  decern - 
Ore  1930. 

Ameline  (Marius),  Mehun-sur-Yevre  (Cher).  —  30  mai  1910. 

Anglade  (Roger-D.),  Asile  de  Villejuif  (Seine).  —  28  mai  1931. 

Aubry  (J.-M.-E.),  Maison  de  Sante  de  Mareville  (Meurthe-et-Moselle). 

Barbe  (Andre),  39,  rue  de  l’Universite,  Paris  (VIIO.  —  24  avril  1911. 

Baruk  (Henri),  57,  Grande-Rue,  a  Saint-Maurice  (Seine).  —  26  janvier 
1931. 

Baruk  (Jacques),  Maison  de  Sante  de  Sainte-Gemmes-sur-Loire  (Maine- 
et-Loire).  —  26  decembre  1910. 

Bauer  (E.),  Asile  de  Naugeat,  a  Limoges  (Haute-Vienne).  —  27  avril  1931. 

Baubouin  (A.),  5,  rue  Palatine,  Paris  (VI').  —  22  decembre  1930. 

Beaudouin  (H.),  Asile  de  Maison-Blanche,  a  Neuilly-sur-Marne  (Seine- 
et-Oise).  —  29  septembre  192k. 

Blondei.  (Ch.),  1,  quai  Zorn,  a  Strasbourg  (Bas-Rhin).  —  21  juillet 
1928. 

Bonhomme  (J.),  17,  rue  de  Penthievre,  a.Sceaux  (Seine).  —  27  novembre 
1916. 

Borejl,  (A.),  11,  quai  aux  Fleurs,  Paris  (IVe).  —  29  decembre  1923. 

Bourguignon  (G.),  15,  rue  Royer-Collard,  Paris  (V').  —  22  decembre 
1930. 

Brissot  (M.),  Colonie  d’enfants  anormaux,  a  Perray-Vaucluse  (Seine- 

-  et-Oise).  —  27  juin  1921. 

Bussard  (Edouard),  8,  avenue  du  Onze-Novembre  1918,  a  Bellevue 
(Seine-et-Oise).  —  29  juillet  1907. 

Buvat  (J.-fi.),  130,  rue  de  la  Glaciere,  Paris  (XIIP).  —  27  mars  1905. 

Caljiels  (F.-L.),  22,  avenue  des  Gobelins,  Paris  (V').  —  25  avril  192 7. 

CApgras  (J.),  Asile  Clinique  (Sainte-Anne),  1,  rue  Cabanis,  Paris  (XIV'). 
—  29  janvier  1906. 

Carrette  (Paul),  8,  avenue  du  Onze-Novembre-1918,  a  Bellevue  (Seine- 
et-Oise).  —  31  mai  1926. 

Cenac  (M.),  3,  rue  Coetlogon,  Paris  (VIe).  —  28  juin  1926. 

Ceillier  (Andre),  20,  quai  de  Bethune,  Paris  (IV').  —  28  mai  1923. 

Charpentier  (Rene),  119,  rue  Perronet,  a  Neuilly-sur-Seine  (Seine).  — 
30  decembre  1907. 

Claude  (Henri),  89,  boulevard  Malesherbes,  Paris  (VHP).  —  27  mars 
1922. 

Combemale  (P.),  route  d’Ypres,  a  Bailleul  (Nord).  —  28  mai  1931. 

Codet  (Henri),  10,  rue  de  l’Odeon,  Paris  (VP).  —  29  decembre  1923. 

Collet  (Georges),  6,  avenue  des  Marronniers,  a  Fontenay-sous-Bois 
(Seine).  —  23  fevrier  191k. 

Courbon  (Paul),  Asile  Clinique  (Sainte-Anne),  1,  rue  Cabanis,  Paris 
(XIV').  —  18  decembre  1916. 

Crouzox  (Oct.),  70  bis,  avenue  d’lena,  Paris  (XVI').  —  28  janvier  1935. 


LIS TE  DES  MEMBRES 


1M.  Danjean  (Alexis),  Asile  public  d’alienes  d’Aix-en-Provence  (Bouches- 
du-Rhone).  —  28  mai  1931. 

Dei.mas  (Achille),  23,  rue  de  la  Mairie,  a  Ivry-sur.-Seine  (Seine).  — 
26  avril  1909. 

Demay  (G.),  Asile  de  Maison-Blanche,  Neuilly-sur-Marne  (Seine-et-Oise). 

—  27  juillet  191b. 

Desruelles  (Maurice),  Asile  public  d’alienes  de  Saint- Ylie,  par  Dole 
(Jura).  —  26  janvier  1931. 

Devaux  (Albert),  117  bis,  rue  Perronet,  a  Neuilly-sur-Seine  (Seine).  — 
24  juillet  1905.  ,  . 

Dide  (M:),  Asile  de  Braqueville,  pres  Toulouse  (Hte-Gauonne). —  28  jan¬ 
vier  1901. 

Dumas  (Georges),  6,  rue  Garanciere,  Paris  (VIC).  —  28  juillet  1890. 
Dupain  (J.-M.),  5,  boulevard  Saint-Michel,  Paris  (Ve).  —  25  juin  1888. 
Dupouy  (Roger),  15,  Villa  du  Bel-Air,  Paris  (XIIC).  —  29  juillet  1907. 
Euziere  (J.),  12,  rue  Marceau,  a  Montpellier  (Herault).  —  28  mai  1931. 
Fillassier  (M.-J.-A.),  10,  quai  Gallieni,  a  Suresnes  (Seine).  —  27  juin 
1910. 

Fribourg-Blanc  (A.),  15,  rue  Fays,  a  Saint-Mande  (Seine).  —  22  decem- 
bre  1930. 

Genil-Perrin  (Georges),  99,  avenue.  La  Bourdonnais,  Paris  (VIP).  — 
29  decembre  1919. 

Gouriou  (Paul),  Asile  de  Maison-Blanche,  a  Neuilly-sur-Marne  (Seine- 
et-Oise).  —  27  avril  1931. 

Guichard  (V.),  77,  route  de  Levens,  a  Nice  (Alpes-Maritimes).  —  28  mai 
1931. 

Guiraud  (P.),  Asile-Clinique  (Sainte-Anne),  1,  rue  Cabanis,  Paris  (XIVe). 

—  27  novembre  1922. 

Halberstadt  (Gregoire),  Asile  departemental  de  Saint-Venant  (Pas-de- 
Calais).  —  24  novembre  1919. 

Hamel  (J.),  Maison  de  Sante  de  Mareville  (Meurthe-et-Moselle).  — 
28  mai  1931. 

Hartenberg  (P.),  64,  rue  de  Monceau,  Paris  (VIIP).  —  24  juin  1907. 
Hesnard  (A.),  4,  rue  Peiresc,  a  Toulon  (Var).  —  29  decembre  1923. 
Heuyer  (Georges),  1,  avenue  Emile-Deschanel,  Paris  (VIP).  —  27  de¬ 
cembre  1926. 

Lagp.iffe  (L.),  Asile  des  alienes,  a  Quimper  (Finistere).  —  18  decem¬ 
bre  1905. 

Laignf.i.-Lavastine  (M.),  12  bis,  place  Laborde,  Paris  (VHP).  — 

28  juillet  1913. 

Largeau  (Rob.),  29,  rue  de  Clichy,  Paris  (IXC).  —  22  decembre  1930. 
Lauzier  (Jean),  Maison  de  Sante  de  Fitz-James,  a  Clermont-de-l’Oise. 

—  26  mars  1928. 

Eepine  (Jean),  1,  place  Gailleton,  a  Lyon  (Rhone).  —  22  fevrier  1909. 
Lerat  (H.),  Asile  de  Lafond,  a  La  Rochelle  (Charente-Inferieure).  —  28 
juillet  1913. 

Levy-Vai.ensi  (J.),  48,  avenue  Victor-Hugo,  Paris  (XVP).  —  22  decembre 
1930. 

Lhermitte  (J.),  9,  rue  Marbeuf,  Paris  (VIIP).  —  28  avril  192b. 

Logre  (B.),  49,  avenue  Montaigne,  Paris  (VIIP).  —  28  juin  1920. 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


MM.  Maillard  (Gaston),  2,  rue  Dispan,  a  l’Hay-les-Roses  (Seine).  — 
22  decembre  1930. 

Mallet  (Raymond),  22,  avenne  Mozart,  Paris  (XVIC).  —  25  fevrier  1918* 
Marchand  (L.),  47,  rue  Falguiere,  Paris  (XVe).  —  25  mars  1901. 

Meuriot  (Henri),  Chateau  du  Bel-Air,  Villeneuve-Saint-Georges  (Seine- 
et-Oise).  —  27  decembre  1920. 

Mignot  (Roger),  Asile  de  Ville-Evrard,  a  Neuilly-sur-Marne  (Seine-et- 
Oise).  —  26  juin  1905. 

Mme  Minkowska  (Franchise),  132,  boulevard  Montparnasse,  Paris  (XIV'). 

25  mai  1925. 

MM.  Minkowski  (Eugene),  132,  boulevard  Montparnasse,  Paris  (XIV').  — 
25  mai  1925. 

Nayrac  (Paul),  25,  boulevard  Charles-Delesalle,  a  Lille  (Nord).  ■— 
28  mai  1931. 

Olivier  (Maurice),  34,  avenue  du  Marechal-Maunoury,  a  Blois  (Loir- 
et-Cher) .  —  24  juin  1907. 

Pasturel  (Paul-Armand),  Colonie  familiale  de  Dun-sur-Auron  (Cher). 

—  28  mai  1931. 

Peron  (Noel),  10,  quai  Gallieni,  a  Suresnes  (Seine).  —  26  janvier  1931 * 
Petit  (Georges),  2,  avenue  Jean-Jaures,  a  Neuilly-sur-Marne  (Seine- 
et-Oise).  —  27  juin  1921. 

Porc’her  (Yves-J.-M.),  Asile  de  Villejuif  (Seine).  —  23  janvier  1933. 
Porot  (A.),  Clinique  Saint-Raphael,  El  Biar,  pres  Alger.  —  25  novem- 
bre  1912. 

Raviart  (G.),  91,  route  d’Esquermes,  a  Lille  (Nord).  —  29  mai  1922. 
Rayneau  (James-A.),  117,  boulevard  Jourdan,  Paris  (XIV').  —  28  mar 

Raynier  (Julien),  190,  avenue  Daumesnil,  Paris  (XII').  —  28  fevrier 
1921.  . 

Revault  d’Allonnes  (Gab.),  Chateau  du  Bel-Air,  a  Villeneuve-Saint- 
Georges  (Seine-et-Oise).  —  30  juin  1919. 

Robert  (J.),  37,  rue  Rouget-de-l’Isle,  a  Auch  (Gers).  —  26  juin  1922. 
Rodiet  (A.),  Asile  de  Ville-Evrard,  a  Neuilly-sur-Marne  (Seine-et-Oise). 

—  25  novembre  1907. 

Rogues  de  Fursac  (J.),  Asile  de  Villejuif  (Seine).  —  28  fevrier  1910 
Roubinovitch  (Jacques),  3,  rue  de  Medicis,  Paris  (VI').  —  27  juin  1892* 
Rougean  (R.),  12,  rue  Dagobert,  a  Saint-Lo  (Manche).  —  26  janvier  1931* 
Santenoise  (Ach.),  Asile  public  d’alienes  de  Saint-Ylie,  par  Dole  (Jura). 

—  28  mai  1931. 

Santenoise  (Daniel),  96,  rue  de  Strasbourg,  a  Nancy  (Meurthe-et- 
Moselle).  —  26  novembre  1923. 

Senges  (N.),  Asile  de  Moisselles  (Seine-et-Oise).  —  22  dicembre  1930. 
Simon  (Th.),  Asile  Clinique  (Sainte-Anne) ,  1,  rue  Cabanis,  Paris  (XIV'). 

—  24  mai  1909. 

Targowla  (Rene),  169,  rue  de  l’Universite,  Paris  (VII').  —  29  decem¬ 
bre  1923.  ■  . 

Mme  Thuillier-Landry  (L.),  102,  rue  de  Crenelle,  Paris  (VII').  -  26  janvier 
1931. 

M.  Tinel  (J.),  254,  boulevard  St-Germain,  Paris  (VII').  ■ 

1930. 


22  dicembre 


LISTE  DES  MEMBRES 


MM.  Toulouse  (Ed.),  1,  rue  Cabanis,  Paris  (XIV).  —  27  juin  1892. 

Vieux  (N.),  a  Divonne-les-Bains  (Ain).  —  24  juin  1912. 

Vignaud  (J.-B.),  4,  avenue  d’Orleans,  Paris  (XIVe).  —  28  novembre  1927. 
Vinchon  (Jean),  108,  rue  du  Bac,  Paris  (VIP).  —  27  juin  1921. 

Vurfas  (CL),  161,  rue  de  Charonne,  Paris  (XP).  —  27  juillet  1903. 
Wahl  (Maurice),  Asile  Saint-Pierre,  a  Marseille  (Bouches-du-Rhone). 
—  22  juillet  1901. 

Wallon  (Henri),  19,  rue  de  la  Tour,  Paris  (XVI6).  —  22  decembre  1930. 


Membres  Correspondents  Nationaux  (121) 

MM.  Adam  (Emile),  Maison  de  Sante  Saint-Georges,  a  Bourg  (Ain).  —  18  de¬ 
cembre  1934. 

Adam  (Frantz),  Asile  de  Rouffach  (Haut-Rhin).  —  23  fevrier  1931. 
Albf.s,  Asile  de  Chalons-sur-Marne  (Marne).  —  26  mai  1913. 

Allamagny  (P.),  46,  boulevard  Carnot,  Le  Vesinet  (Seine-et-Oise).  — 
29  mars  1921. 

Artur,  3,  rue  Amiral-Reveillere,  a  Brest  (Finistere).  —  22  juin  1931. 
Bargues  (Roger),  Asile  public  d’alienes  d’Agen  (Lot-et-Garonne).  — 

26  novembre  1934. 

Barre  (J.-A.),  8,  avenue  de  la  Paix,  a  Strasbourg  (Bas-Rhin).  —  26  jan- 
vier  1931. 

Beaussart  (P.),  Asile  de  Fleury-les-Aubrais  (Loiret).  —  25  novembre 
1912. 

Benon  (R.-L.),  Hospice  Saint-Jacques,  a  Nantes  (Loire-Inferieure).  — • 
24  novembre  1919. 

Borel  (J.),  4,  avenue  du  Parc  de  Monsouris,  Paris  (XIV).  —  23  decem¬ 
bre  1935. 

Boudon  (L.),  179,  boulevard  Saint-Germain,  Paris  (VIP).  —  28  juil¬ 
let  1919. 

Breton  (A.),  15,  place  Darcy,  a  Dijon  (C6te-d’Or).  —  27  novembre  1899. 
Brousseau  (Albert),  109,  avenue  Henri-Martin,  Paris  (XVP).  —  30  jan- 
vier  1922. 

Burckard  (E.),  Asile  de  Stephansfeld  (Bas-Rhin).  —  27  juin  1932. 
Calmettes  (Albert),  Asile  de  Naugeat,  a  Limoges  (Haute-Vienne).  — 

27  avril  1931. 

Caron  (Marcel),  Asile  de  Chezal-Benoit  (Cher).  : —  25  juin  1934. 

Casalis  (B.-A.),  40,  avenue  Horace- Vernet,  Le  Vesinet  (Seine-et-Oise). 
—  23  decembre  1935. 

Chartier  (M.),  9  bis,  avenue  des  Fleurs,  a  Nice  (Alpes-Maritimes) .  — 
26  janvier  1931. 

Chenais  (L.),  6,  rue  Piccini,  Paris  (XVP).  —  30  mars  1903. 

Christy  (Henri-Ed.),  Maison  de  Sante  departementale,  Le  Mans  (Sar- 
the).  —  24  juin  1935. 

Cololian  (P.),  37  bis,  rue  de  Ponthieu,  Paris  (VHP).  — 

1902. 


27  octobre 


62 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


e  Militaire,  a  Lyon  (Rhone). 


MM.  Corman  (Louis),  Hospice  General  de  Nantes  (Loire-Inf  erieure) .  — 
26  fevrier  193b. 

Cornelius  (Rene),  7,  avenue  Constant-Coquelin,  Paris  (VII').  —  22  de¬ 
cembre  1930.  . 

Cossa  (Paul),  29,  boulevard  Victor-Hugo,  a  Nice  (Alpes-Maritimes). 

22  juin  1931. 

Costedoat  (Andre),  Ecole  du  Service 

Courjon  (Jean),  Asile  prive  de  Meyzieux  (Isere).  —  29  juillet  i918- 
Courjon  (Remi),  Asile  prive  de  Meyzieux  (Isere).  —  28  octobre  193o . 
Cuel  (J-R.),  2,  rue  Dorian,  Paris  (XII').  —  23  janvier  1933. 

M1"  Cullerre  (Elisabeth),  Asile  de  Mareville  (Meurthe-et-Moselle).  - 
18  decembre  193b. 

MM.  Daday  (P.),  57,  Grande-Rue,  a  Saint-Maurice  (Seine).  —  26  janvier  1931 . 
Daussy  '(H.),  Asile  de  Rennes  (llle-et-Vilaine).  26  jum  1933. 

Dechaume  (Jean),  13,  quai  Victor-Augagneur,  a  Lyon  (Rh6ne).  — 
26  novembre  193b.  , 

Delaville  (M.),  9,  boulevard  Malesherbes,  Paris  (VIII').  —  ~2  decem- 

Delmas  (Paul),  23,  rue  de  la  Mairie,  a  Ivry-sur-Seine  (Seine).  —  23  fevrier 
1931. 

Delmas-Marsalet  (A.),  79,  Cours  Aristide-Briand,  a  Bordeaux  (Gironde). 

—  27  avril  1931. 

M11"  Derombies  iM.),  Asile  Clinique  (Sainte-Anne),  T, 

(XIVe) .  —  23  decembre  1935. 

MM.  Donnadieu  (A.),  Asile  de  Ber-Rechid  (Maroc).  —  28  mai  193b 

Dublineau  (J.),  104,  rue  de  Roubaix,  Armentieres  (Nord).  —  27  fevrier 

Dumolard  (Leon),  64,  rue  d’Isly,  a  Alger.  —  26  janvier  1931. 

Dupytout  (Gabriel),  11,  rue  Armand-Barbes,  a  Limoges  (Haute-Vienne). 

—  2b  juin  193 5.  '  .  . 

Durand-Saladin  (Jean),  TO,  quai  Gallieni,  a  Suresnes  (Seine).  —  24  jam 

1935. 

Eissen  (Louis),  Asile  de  Stephansfeld,  a  Brumath  (Bas-Rhin). 

26  juin  1922. 

Ernst  (Henri),  a  Divonne-les-Bains  (Ain).  —  28  mai  1931. 

Ey  (Henri),  Asile  de  Bonneval  (Eure-et-Loir) .  —  27  jum  1932. 

Folly  (E.),  4,  rue  Lebeuf,  Auxerre  (Yonne).  —  27  avril  1931. 

Frey  (Bernard),  Asile  de  Rouffach  (Haut-Rhin).  —  18  decembre  193b. 
Fromenty  (L.),  32,  rue  de  l’Hospitalite,  a  Tours  (Indre-et-Loire).  — 

23  decembre  1931.  ■ 

Gallais  (Alf.),  58,  rue  de  Rennes,  Paris  (VI').  —  22  decembre  1930. 
Gauthier  (M.),  Ecole  du  Service  de  Sante  militaire,  a  Lyon  (Rhone). 

26  novembre  193b.  ...  M  ., 

Gilles  (Andre),  Asile  Saint-Luc,  a  Pau  (Basses-Pyrenees) .  —  29  avril 

Gonnet  (A.),  21,  rue  Brossard,  a  Saint-Etienne  (Loire).  —  26  janvier 

Got  (Roger),  Asile  de  Sarreguemines  (Moselle).  —  25  mars  193o. 
Grimbert  (Ch.),  11,  rue  Duroc,  Paris  (VII').  —  30  mars  1931. 

Hyyert  (M.),  Asile  de  Dury-les-Amiens  (Somme).  —  26  janvier  1931. 


i  Cabanis,  Paris 


LISTE  DES  MEMBRES 


63 


MM.  Jude  (R.),  Directeur  du  Service  de  Sante,  84a,  rue  de  Lodi,  Marseille 
(Bouches-du-Rh6ne). —  26  janvier  1931. 

Labuchelle  (M.),  29,  rue  Naujac,  a  Bordeaux  (Gironde).  —  27  avril 
1931. 

Lacan  (Jacques),  149,  rue  de  la  Pompe,  Paris  (XVP).  —  22  octobre  1934. 
Lagachg  (Daniel),  10,  rue  Georges,  de  Porto-Riche,  Paris  (XIVe).  — 
28  janvier  1935. 

Lahy  (J.-M.),  22,  avenue  de  l’Observatoire,  Paris  (V°).  —  22  decembre 

1930. 

'  Lamache  (Alex.),  27,  boulevard  de  la  Liberte,  a  Rennes  (Ille-et-Vilaine) . 

—  23  fevrier  1931. 

Larrive  (E.),  192  bis,  route  de  Vienne,  a  Lyon  (Rhone).  —  23  novembre 

1931. 

Lassale  (Jean),  Ecole  d’ Application  du  Service  de  Sante  Militaire  du 
Val-de-Gr&ce,  277  bis,  rue  Saint-Jacques,  Paris  (V").  —  24  juin  1935. 
Lassai-le  (Pierre),  Asile  de  Saint-Lizier  (Ariege).  —  22  fevrier  1932. 
Leclercq  (P.),  40,  avenue  Horace-Vernet,  Le  Vesinet  (Seine-et-Oise). 

—  28  octobre  1935. 

Leculier  (Pierre),  Asile  du  Bon-Sauveur,  a  Begard  (C6tes-du-Nord).  — 
25  juin  1934. 

Le  Grand  (Andre),  27,  rue  de  la  Bassee,  a  Lille  (Nord).  23  avril  1934. 
Le  Guillant  (Louis),  Asile  de  La  Charite-sur-Loire  (Nievre).  —  27  juin 


1932. 

Lemoine,  a  Levanges,  par  Decize  (Nievre).  —  27  fevrier  1888. 

Le  Savoureux  (Henri),  Maison  de  Sante  de  La  Vallee-aux-Loups,  a  Cha- 
tenay-Malabry  (Seine).  —  24  juin  1935. 

Leulier  (P.-M.),  40,  avenue  Horace-Vernet,  Le  Vesinet  (Seine-et-Oise). 

—  23  decembre  1935. 

Loo  (Pierre),  Institut  neuropsychiatrique  de  La  Charite-sur-Loire  (Nie- 
vre).  —  28  mai  193b. 

Mace  de  Lepinay  (Ch.),  4,  rue  d’Angivilliers,  a  Versailles  (Seine-et-Oise). 

—  26  janvier  1931. 

Mareschal  (Pierre),  Hopital  de  la  Manouba  (Tunisie).  —  25  juin  1934. 
Martimor  (Emm.),  Asile  de  Ville-Evrard,  a  Neuilly-sur-Marne  (Seine- 
et-Oise).  —  23  mai  1932. 

Martin-Sisteron  (M.),  14,  rue  Edmond-Rey,  a  Grenoble  (Isere).  — 

26  janvier  1931. 

M 118  Marthille  (Denise),  Etablissement  neuropsychiatrique  de  La  Charite- 
sur-Loire  (Nievre).  —  22  octobre  1934. 

M.  Masquin  (Pierre),  10,  rue  d’Annanelle,  a  Avignon  (Vaucluse).  —  23  mai 

Mme  Masson"  (Agnes),  Asile  de  Saint-Alban  (Lozere).  -  27  janvier  1936 
MM.  Meignant  (Paul),  8,  rue  Saint-Lambert,  a  Nancy  (Meurthe-et-Moselle). 

—  26  janvier  1931. 

Mestrallet  (Andre),  196,  route  de  Vienne,  a  Lyon  (Rhone). 

26  janvier  1932.  ,  . 

Molin  de  Teyssieu  (Gerard),  14,  rue  Blanc-Dutrouiih,  a  Bordeaux  (Gi¬ 
ronde).  —  28  novembre  1921.  . 

Montassut  (Marcel),  12,  rue  Quatrefages,  Paris  (V').  —  28  juin  1V-8. 
Morat  (Daniel),  10,  rue  Coutureau,  a  Saint-Cloud  (Seine-et-Oise). 

22  fevrier  1932. 


SOCIETE  MED1C0-PSYCH0L0GIQUE 


MM.  Ombredane  (Andre),  124,  avenue  Emile-Zola,  Paris  (XV).  —  25  avril 
1932. 

Ossip-Lourie,  42,  avenue  de  Wagram,  Paris  (VIII0).  —  25  novembre  1912. 

Parant  (Victor),  Saint-Loup  par  Saint-Genies  (Haute-Garonne) .  — 
17  avril  1905. 

Mlle  Pascal  (C.),  Asile  de  Maison-Blanche,  a  Neuilly-sur-Marne  (Seine-et- 
Oise).  —  26  juin  1911. 

MM.  Paul-Boncour  (Georges),  164,  faubourg  Saint-Honore,  Paris  (VIlIe).  — 
27  avril  1925. 

Perpere  (Eugene),  4,  rue  des  Marronniers,  Paris  (XVI®).  —  25  decembre 
1906. 

Perrussel  (Georges),  .  Asile  Saint-Pierre,  a  Marseille  (Bouches-du- 
Rh6ne).  —  28  mai  1931. 

Picard  (Jean),  Asile  de  Bonneval  (Eure-et-Loir) .  —  28  novembre  1932. 

Pichard  (Henry),  23,  rue  Saint-Germain,  a  Fontenay-sous-Bois  (Seine). 
—  23  janvier  1933. 

Pomme  (Bernard),  7,  rue  Jose-Maria-de-Heredia,  Paris  (VIP).  • —  26  no¬ 
vembre  1935. 

Potel  (R.),  57,  rue  du  Port,  a  Lorient  (Morbihan).  —  29  decembre  1923. 

Potet  (M.),  Directeur  du  Service  de  Sante  de  la  VII8  Region  a  Besan- 
gon  (Doubs).  • —  27  novembre  1933. 

Prince  (A.),  Asile  de  Rouffach  (Haut-Rhin).  —  25  fevrier  1925. 

Quercy  (Pierre),  Asile  de  Chateau-Pieon,  a  Bordeaux  (Gironde).  — 
23  decembre  1922. 

Reboul-Lachaux  (Ch.),  8,  boulevard  Salvator,  a  Marseille  (Bouches-du- 
Rhone).  —  26  novembre  1923. 

Renaux  (J.),  Asile  de  Saint-Gemmes,  pres  Angers  (Maine-et-Loire).  — 
31  mai  1920. 

Riche  (A.),  28,  rue  Drouot,  Paris  (IP).  —  25  fevrier  1905. 

Robin  (Gilbert),  9,  rue  de  Vezelay,  Paris  (VIIP).  —  27  avril  1925. 

Roger  (Henri),  66,  boulevard  Notre-Dame,  a  Marseille  (Bouches-du- 
Rhone).  —  25  avril  1932. 

Rondepierre  (Jacques),  Asile  de  Fains  (Meuse).  —  23  decembre  1932. 

Rouart  (J.),  40,  rue  de  Villejust,  Paris  (XVI8).  —  23  decembre  1935. 

RubenOvitch  (P.),  15,  rue  Saint-Simon,  Paris  (VIP).  —  23  decembre 
1935. 

Schaeffer  (Henri),  170,  rue  de  la  Pompe,  Paris  (XVIe).  —  22  decembre 
1930. 

Schiff  (Paul),  14,  rue  Cesar-Franck,  Paris  (XVe).  —  22  decembre  1930. 

Schutzenberger  (Pierre),  34,  avenue  du  Marechal-Maunoury,  a  Blois 
(Loir-et-Cher) .  —  18  decembre  1935. 

Sivadon  (Paul),  45,  rue  Polissard,  a  Bondy  (Seine).  —  25  novembre 
1935. 

Sizaret  (J.),  Asile  d’alienes  de  Pontorson  (Manche).  —  27  fevrier  1905. 

Toye  (G.-P.),  11,  rue  Carlencas,  a  Montpellier  (Herauit).  —  28  octobre 
1935. 

Trillot  (Jean),  Asile  du  Bon-Sauveur,  A  Albi  (Tarn).  —  25  juin  1935. 

Trivas  (J.),  Asile  de  Niort  (Deux-Sevres).  —  25  avril  1932. 

Vernet  (Georges),  Asile  de  Beauregard,  a  Bourges  (Cher).  —  28  novembre 
1905. 

Vi  an  (L.),  49,  rue  Pastorelli,  a  Nice  (Alpes-Maritimes).  —  28  juin  1920. 


LISTE  DES  MEMBRES 


65 


JIM.  Vie  (J.),  Colonie  familiale  d’Ainay-le-Chateau  (Allier).  —  22  decembre 
1930. 

Vigneron  d’Heucqueville  (G.),  Asile  de  Bailleul  (Nord).  —  23  jan- 
vier  1933. 

Villey-Desmeserets  (G.),  130,  rue  de  la  Glaciere,  Paris  (XIII').  —  23  fe- 
viier  1931. 

Voivenel  (Paul),  18,  rue  de  la  Dalbade,  a  Toulouse  (Haute-Garonne) . — 
28  juillet  1913. 

MUe  Weinberg,  20,  rue  Daviel,  Paris  (XIII0).  —  22  decembre  1930. 


Membres  associes  etrangers  (169) 

Amerique  (Etats-Unis  d’) 

Mme  Alexander  (Harriet-C.-B.),  303,  Ravine  Drive,  Highland  Park  (Illinois). 

—  25  mars  1912. 

3VIM.  Blumer  (George- Adler),  Superintendent  Emeritus,  Butler  Hospital,  196, 
Blackstone  Blvd,  Providence  (Rhode  Island).  —  30  octobre  1899. 
Briggs  (L.-Vernon),  64,  Beacon  Street,  Boston  (Massachusetts).  — 

27  novembre  1916. 

Campbell  (G.-Macfie),  Director,  Boston  Psychopathic  Hospital,  74, 
Fenwood  Road,  Boston  (Massachusetts).  —  28  mai  1931. 

Farnell  (Frederick-J.),  577,  Angell  Street,  Providence  (Rhode  Island), 

—  30  novembre  1925. 

Gordon  (Alfred),  1812,  Spruce  Street,  Philadelphie  (Pennsylvania).  — 
22  fevrier  1909. 

Greene  (Ransom-A.),  Superintendent,  Walter  E.  Fernald  State  School, 
Waverley  (Massachusetts).  —  28  mai  1931. 

Jelliffe  (Smith  Ely),  Managing  editor  of  the  Journal  of  Nervous  and 
Mental  Disease,  64,  West  56th  Street,  New- York  City.  —  28  mai  193k. 
Liber  (Amour-F.),  Neurological  Hospital,  Welfare  Island,  New-York 
City.  —  18  decembre  193k. 

May  (James  V.),  Superintendent,  Boston  State  Hospital,  Dorchester 
Center  (Massachusetts).  —  27  novembre  1933. 

M,lc  Robinovitch  (Louise-G.),  Golden  (Colorado).  —  30  octobre  1899. 

MM.  Rosanoff  (Aaron-J.),  2007,  Wilshire  Blvd.,  Los-Angeles  (California).  — 

28  mai  1931. 

Thom  (Douglas-A.),  520,  Commonwealth  Avenue,  Boston  (Massachu¬ 
setts).  —  28  novembre  1927. 

Argentine  (Republique) 

MM.  Bosch  (Gonzalo),  Professeur  a  l’Universite  du  Littoral,  Directeur  de 
l’Hospicio  de  las  Mercedes,  Buenos-Aires.  —  27  fevrier  1933. 

Delfino  (Victor),  Buenos-Aires.  —  22  mars  1910. 

Dimitri  (Vicente),  Professeur  de  Neurologie  a  la  Faculte  de  Medecine 
de  Buenos-Aires,  Chef  du  Service  de  Neurologie  de  l’H6pital  de 
Alvear,  Suipacha,  819,  Buenos-Aires.  —  23  avril  193k. 

Ann.  Med.-psych.,  XV°  serie,  94°  annee,  t.  I.  —  Janvier  1936.  5. 


66 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


MM.  Gorriti  (Fernando),  Vice-Directeur  de  la  Colonie  Nationale  d’Alienes 
«  D*’  Domingo  Cabred  »,  Bulnes,  945,  Buenos-Aires.  23  fevrier 

Lopez  (Lucio-Vicente),  419,  Tucuman,  Buenos-Aires.  —  23  fevrier  1931  ~ 
Pinero  (HeetorrM.),  Secretario  de  la  Sociedad  de  Neurologia  y  Psiquia- 
tria,  1686,  Tucuman,  Buenos-Aires.  —  23  fevrier  1931. 

Rojas  (Nerio),  Professeur  de  MMecine  legale  a  PUniversite,  736,  Rodri¬ 
guez  Pena,  Buenos-Aires.  —  26  janvier  1932. 


Autriche 


M.  Wagner-Jauregg,  Professeur,  18,  Mandesgerichtsstrasse,  Vienne. 
27  avril  1931. 


Belgique 


MM.  de  Chaene  (Em.),  Agrege  a  PUniversite,  48,  rue  du  Lac,  Bruxelles.  - 


30  mai  1929. 

d’Hollander,  Professeur  a  PUniversite,  86, 


Vital-Decoster,  Louvain. 


—  2.5  novembre  1907. 

du  Chateau,  Inspecteur  genera],  36,  rue  Alfred-Giron,  Bruxelles.  — 

26  fevrier  1900. 

Francotte,  Professeur  a  PUniversite,  15,  quai  de  Grande-Bretagne,. 
Liege.  —  31  decembre  189  b. 

Hoedemakers  (W.),  Medecin  du  Service  d’Anthropologie  penitentiaire,. 

11,  avenue  Miehel-Ange,  Bruxelles.  —  29  decembre  1921. 

Hove’n,  Medecin-directeur  de  l’Asile  d’alienes  de  l’Etat,  Mons/  — 


25  novembre  1918. 

Ley  (Auguste),  Professeur  a  PUniversite,  200,  avenue  du  Prince-d’Orange, 
Uccle-les-Bruxelles.  —  29  mai  1922. 

Ley  (Jacques),  Agrege  de  l’Enseignement  Superieur,  11,  rue  de  la 
Luzerne,  Bruxelles,  3.  —  22  octobre  193b. 

Leroy  (Alphonse),  Medecin-Chef  du  Sanatorium  Sainte-Agathe,  Liege. 
—  25  avril  1932. 

Meeus,  Medecin  en  chef  de  l’Asile  de  Mortsel,  21,  rue  des  Nerviens, 
Anvers.  —  29  fevrier  190b. 

Sano  (Fritz),  Medecin-directeur  de  la  Colonie  familiale  de  Gheel.  — 


30  octobre  1899. 

Titeca  (Jean),  Agrege  de  PUniversite,  Medecin-Chef  du  Centre  neuro- 
psychiatrique,  28,  Chaussee  de  Dieleghem,  Jette-Bruxelles.  —  25  no¬ 
vembre  1935. 

Van  Bogaert  (Ludo),  Agrege  a  PUniversite  de  Bruxelles,  22,  rue 
d’Aremberg,  Anvers.  —  18  decembre  193b. 

Mrac  Vandervelde-Beeckman,  Medecin  du  Service  d’Anthropologie  peniten¬ 
tiaire,  Residence-Palace,  rue  de  la  Loi,  Bruxelles.  —  30  mai  1929. 

MM.  Vermeylen  (G.),  Professeur  a  PUniversite,  Medecin  principal  de  l’lnsti- 
tut  Universitaire  de  Psychiatrie,  28,  rue  Saint-Bernard,  Bruxelles. 
—  28  fevrier  1931. 

Verstraeten  (Paul),  Medecin  en  Chef  de  l’lnstitut  Caritas,  a  Mclle, 
pres  Gand.  —  28  mai  193b. 

Vervaeck  (Louis),  Directeur  general  du  Service  d’Anthropologie  peni¬ 
tentiaire,  35,  rue  Verhulst,  Uccle-lez-Bruxelles.  —  30  mai  1929. 


LISTE  DES  MEMBRES 


MM.  Vervaeck  (Paul),  Inspecteur  des  Asiles  et  Internals  medico-pedago- 
giques,  35,  rue  Verhulst,  Uccle-lez-Bruxelles.  —  25  novembre  1935. 
Vii.lers,  Agrege  a  l’Universite,  31,  rue  Montoyer,  Bruxelles.  —  26  fevrier 
1900. 


MM.  Ferraz-Alvim  (James),  29,  rue  Benjamin-Constant,  Sao-Paulo.  — 
28  octobre  1935.  ; 

(Junto  (Plinio),  890,  Copacabana,  Rio-de-Janeiro.  —  22  juin  1931. 

Pacheco  e  Silva  (A.-C.),  Hopital  de  Juquery,  Sao-Paulo.  —  22  juin  1931. 

Peixoto  (Afranio),  Professeur  de  Medecine  legale  a  la  Faculte,  Rio-de- 
Janeiro.  —  29  fevrier  1904. 

Rocha  (Franco  da),  Directeur-Medecin  de  l’Hopital  de  Juquery,  Sao- 
Paulo.  —  24  decembre  1906. 

Roxo  (Henrique  de  Brito  Belford),  Professeur  de  Clinique  psychiatrique 
a  1’Universite,  Rio-de-Janeiro.  —  26  mat  1924. 

Souza-Leite  (Jose),  ancien  Interne  des  Asiles  de  la  Seine,  Bahia.  — 
11  novembre  1889. 

Vianna  (Ulysses),  Professeur,  106,  calle  Alvaro-Ramos,  Rio-de-Janeiro, 
—  27  avril  1931. 


Grande-Bretagne 

Sir  Armstrong- Jones,  Lord  Chancellor’s  Visitor  in  Lunacy,  9,  Bramham 
Gardens,  London,  S.  W.  5.  —  26  janvier  1931. 

M.  Bolton  (Joseph  Shaw),  Professor,  West  Riding  Mental  Hospital,  Wake¬ 
field  (England).  —  28  novembre  1927. 

Sir  Bond  (Hubert),  Commissioner  of  the  Board  of  Control,  Caxton  House 
West,  Tothill  Street,  Westminster,  London  S.  W.  —  30  mai  1926. 

MM.  Bruce  (Alexander-Ninian),  8,  Ainslie  Place,  Edinburgh  (Scotland).  — 
28  novembre  1927. 

Chambers  (James),  The  Priory,  Roehampton  (England).  —  25  mai  1912. 

Sir  Crichton-Browne  (James),  ancien  Lord  Chancellor’s  Visitor,  45,  Hans 
Place,  London  S.  W.  1.  —  31  octobre  1881. 

MM.  Goodall  (Edwin),  «  Fairlawn  »,  Iiingsway,  Hove,  Sussex  (England).  — 
30  juin  1902. 

Gordon  (George),  14,  Guessens  Court,  Welwyn  Garden  City,  Herts 
(England).  —  29  mai  1922. 

James  (G.  W.  B.),  Medecin  psychiatre  du  St-Mary’s  Hospital,  124,  Harley 
Street,  London  W.  1.  —  26  novembre  1934. 

Marr  (Hamilton),  10,  Suecoth  Avenue,  Edinburgh  (Scotland).  —  30  mai 
1927. 

Ross  (Donald),  Argyll  and  Bute  Asylum,  Lochgilphead,  Argyll  Scot¬ 
land).  —  30  mai  1927. 

Rutherford  (James),  Brislington  House,  Bristol  (England).  —  31  octo¬ 
bre  1881. 

Smith  (Percy),  ancien  Superintendent  de  l’Hopital  de  Bethlem,  42  Albion 
Street,  London,  W.  2.  —  24  juin  1895. 

Worth  (Reginald),  Springfield  Mental  Hospital,  Tooting,  London, 
S.  W.  17.  —  28  novembre  1927. 


68  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

Canada 

MM.  Caron  (Sylvio),  professeur  agrege  a  l’Universite  Laval,  Medecin  de 
l’Hopital  Saint-Michel-Archange,  Mastai,  Quebec.  —  26  janvier 1  J. 

Chagnon,  Medecin  de  l’Hotel  de  Ville,  Departement  de  la  Sante,  Mont¬ 
real.  —  27  mars  1899.  .  . 

Desloges  (A.-H.),  Directeur  medical  general  des  Hopitaux  d  allenes, 
515,  Saint-Gabriel,  Montreal.  —  30  mars  1931. 

Devlin,  ancien  Surintendant  medical  de  l’Hopital  Saint-Jean-de-Dieu, 
pres  Montreal.  —  30  mars  1931.  .  , 

Lariviere  (Paul),  Medecin  de  l’Hopital  Saint-Jean-de-Dieu,  Montreal. 

—  27  juin  1932.  .  , 

Lefebure  de  Bellefeuille  (Gaston),  Professeur  a  l’Un.versite  de  Mont¬ 
real,  medecin  de  l’Hdpital  Saint-Jean-de-Dieu.  —  30  mars  1931. 

Miller  (J.-Ch.),  Medecin  de  l’Ecole  La  Jemmerais,  Mastai,  Quebec. 

27  juin  1927.  ■ 

Noel  (Omer),  Surintendant  medical,  Hopital  Saint-Jean-de-Dieu,  pre. 
Montreal.  —  30  janvier  1928. 

Ploijffe  (Daniel),  Surintendant  medical,  H6pital  de  Bordeaux,  pres 
Montreal.  —  30  janvier  1928. 

Roy  (C.-S.),  Surintendant  medical,  H6pital  Saint-Michel-Archange, 
Mastai,  Quebec.  — -  30  mars  1931. 

Chili 

MM.  Beca  (Manuel),  casa  de  Crates,  Santiago.  —  29  mars  1897. 

Fontecilla  (Oscar),  Professeur,  330,  Sante-Lucia,  Santiago.  —  28  mai 
1931. 

Colombie 

M.  Maximiliano  Rueda  (G.),  Professeur  de  Psychiatric  a  la  Faculte,  Mede¬ 
cin  en  Chef  de  l’Asile  d’alienes,  Bogota.  —  26  fevrier  193 h. 


M.  Valdes  AnCiano  (J.-A.),  Professeur  a  l’Universite  de  La  Havane. 

‘28  novembre  1910. 

Danemark 

MM.  Christiansen  (Viggo),  18,  Lille  Strandweg,  Hellerupt,  Copenhague.  - 
28  juin  1926.  . 

Wimmer  (Aug.),  Doyen  de  la  Faculte  de  Medecine,  Universitets  Labora- 
torium,  15,  Nonevoldgade,  Copenhague.  - —  28  fevrier  1918. 


Egypte 

M.  Hadges,  Le  Caire.  —  11  novembre  1889. 


Espagne 

MM.  Alvarez  y  G.  Salazar,  2,  c.  Conde  de  Xiquerra,  Madrid.  —  28  mai  1931 
Bravo  y  Moreno  (F.),  Medecin-legiste,  76,  c.  Salmeron,  Barcelone.  — 
25  juillet  1910. 


LISTE  DES  MEMBRES 


MM.  Germain-Gebrian  (Jose),  Chef  de  la  Section  de  psychiatrie  et  d’hygiene 
mentale  de  la  Direction  generale  de  Sante,  Directeur  de  l’lnstitut 
psychotechnique,  7,  Espalter,  Madrid.  —  26  novembre  1034. 

Gimeno-Riera  (J.),  Medecin-directeur  de  l’Asile  d’alienes,  2,  Paseo  de 
Pamplona,  Saragosse.  —  30  mai  1910. 

Irigoyen  (Jose-Ciriaco),  369,  Avenida  14  de  Abril,  Barcelone.  —  23 
novembre  1909. 

Rodriguez-Arias  (Belarmino),  Professeur  a  la  Faculte  de  Medecine,  via 
Augusta,  61,  Barcelone.  ■ —  26  mars  1923. 

Vives  (Salvador),  88,  c.  Caspe,  Barcelone.  —  26  juillet  1921. 

Esthonie 

M.  Puusepp  (Louis),  Professeur  a  l’Universite  Karlova,  a  Tartu.  — 
30  mai  1927. 


Grece 

MM.  Catsaras  (Michel),  Professeur  a  l’Universite,  membre  de  l’Academie  de 
Medecine,  1,  rue  Mavromichali,  Athenes.  —  25  octobre  1886. 

Kouretas  (Demetre),  Charge  de  Cours  a  l’Ecole  du  Service  de  Sante 
Militaire,  33,  rue  Solonos,  Athenes.  —  27  novembre  1933. 

Loverdo  (G.  de).  Secretaire  general  de  la  Societe  de  neurologie  et  de 
psychiatrie,  21,  rue  Sina,  Athenes.  —  18  decembre  1934. 

Mitaftis  (Telemaque),  Professeur  agrege  a  1’Universite,  68,  rue  de 
l’Academie,  Athenes.  —  30  octobre  1889. 

Triantaphyllos  (Denis),  1,  rue  Deligeorgi,  Athenes.  —  30  mars  1931. 

Vlavianos  (S.),  Professeur  agrege  5  l’Universite,  16,  rue  Zinonos,  Athe¬ 
nes.  —  25  mai  1912. 

Vlavianos  (Georges-J.),  Chef  de  clinique  des  maladies  nerveuses  et 
mentales  a  l’Universite,  53,  rue  Patission,  Athenes.  —  18  decembre 
1934. 

Yanniris,  Medecin  de  l’Asile  de  Domocaitis.  —  28  mai  1900. 

Haiti 

M.  Mars  (Louis),  a  Petionville.  —  24  juin  1935. 

Hollande 

MM.  Bouman  (L.),  Professeur  a  l’Universite  d’Utrecht.  —  30  mai  1927. 

Van  der  Scheer,  Professeur  a  l’Universite  de  Groningen.  —  22  fevrier 
1932. 

Italie 

MM.  Alberti  (Angelo),  Directeur  de  l’Asile  d’alienes  de  Genova.  —  30  decem¬ 
bre  1907. 

Antonini  (Giuseppe),  ancien  Directeur  de  l’Asile  d’alienes  de  Mombello 
(Milan).  —  27  juin  1904. 

Baccelli  (Mario),  Medecin-chef  de  1’Asile  d’alienes  de  Como.  — 
20  fevrier  1914. 

Boschi  (Gaetano),  Directeur  de  l’Asile  d’alienes  de  Ferrara.  —  29  decem¬ 
bre  1913. 


70  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOG1QUE 

MM.  Cappelletti  (Luigi),  Directeur  des  Asiles  d’alienes  de  Venezia. 

28  mai  1906. 

Casceli.a  (Francesco),  Medecin  en  chef  de  l’Asile  d’alienes- d’A  versa.  — 
30  mars  1896. 

Cazzamalli  (Ferdinando),  privat-docent  de  psychiatrie,  Milan.  20 
fevrier  1911. 

Del  Greco  (Francesco),  Directeur  de  l’Asile  d’alienes  d’Aquila. 

27  juillet  1903. 

Donaggio  (Arturo),  Doyen  de  la  Faculte  de  Medecine  de  Modena.  — 

28  mai  1931.  .  . 

d’Ohmea  (Antonio),  Directeur  de  l’Asile  d’alienes  de  Siena.  —  29  juin 

1908. 

Fornaca  (Giacinto),  Medecin  en  chef  de  l’Asile  d’alifines  de  S.  Onofno, 
Rome.  —  30  novembre  1908. 

Gualino  (Lorenzo),  Medecin  en  chef  de  l’Asile  d’alienes  d’Alexandrie.  — 

29  juin  191b. 

Lambranzi  (Ruggero),  Directeur  de  l’Asile  d’alienes  de  Verone.  — 
13  juillet  1906. 

Levi-Bianchini  (Marco),  Directeur  de  l’Asile  d’alienes  de  Nocera-Infe- 
riore.  _  27  mars  1916. 

Lucangeli  (Gian-Luca),  19,  via  Cola  da  Rienzo,  Rome.  —  31  juillet  1911. 
Maggiotto  (Ferdinando),  Directeur  de  l’Asile  d’alienes  de  Como. 

29  janvier  1912. 

Maragnani  (Luigi),  Medecin  en  chef  de  l’Asile  d’alienes  d’Alexandrie.  — 
27  juillet  19U. 

Medea  (Eugenio),  Charge  de  cours  a  l’Universite  de  Milan.  —  28  juillet 
1902. 

Muggia  (Giuseppe),  Directeur  de  l’Asile  d’alienes  de  Sondrio. 

25  novembre  1907. 

Padovani  (Emilio),  Directeur  de  l’Asile  d’alienes  de  Rovigo.  — 
20  fevrier  19U. 

Riva  (Gaetano),  ancien  Directeur  de  l’Asile  d’alienes  d’Ancone. 

27  mars  1882. 

Ruata  (Guido),  Directeur  de  l’Asile  d’alienes  de  Novara.  —  24  juin  1912. 
Salerni  (Aleardo),  Vice-directeur  de  l’Asile  de  Verone.  —  27  mars  1911. 
Sanguineti  (L.  R.),  Expert  psychiatre  pres  la  Cour  d’Appel  de  Genes, 
2,  via  Serbelloni,  Milan.  —  28  mai  193b. 

Saporito  (Filippo),  Directeur  du  Manicome  judiciaire  d’Aversa. 

19  decembre  190b. 

Seppilli  (Giuseppe),  Directeur  de.  l’Asile  d’alienes  de  Brescia.  — 

27  mars  1882. 

Tambroni  (Ruggero),  ancien  Directeur  de  l’Asile  d’alienes  de  Ferrara. 

28  avril  1902. 

Tamburini  (Arrigo),  Medecin  en  chef  de  l’Asile  d’alienes  d’Ancdne.  — 
17  mai  1916. 

Norvege 

MM.  Evensen  (Hans),  Medecin-directeur  de  l’Asile  de  Gaustad,  pres  Oslo. 

29  avril  1907. 

Tidemand-Johanessen,  Oslo.  —  25  avril  1921. 


LISTE  DES  MEMBRES 


71 


Perou 

M.  Trelles  (Jules-Oscar),  Professeur  agrege  a  la  Faculte  de  Medecine, 
Apartado,  2.184,  Lima.  —  25  mars  1935. 

Pologne 

MM.  Orzechowski  (Casimir),  Professeur  a  I’Universite,  6,  place  Napo¬ 
leon,  Varsovie.  —  22  juin  1931. 

SchmierGeld,  27,  rue  Srodmiejska,  Lodz.  —  29  juin  1908. 

Portugal 

MM.  Bahia  Junior,  Hospital  Conde  Ferreira,  Porto.  —  30  mars  1931. 

Bettencourt  (Rodrigues),  3,  rua  da  Imprensa,  Lisbonne.  25  juillet 
1887. 

Martins  (Lopes),  Professeur,  a  l’Universite,  Porto.  —  29  juillet  1908. 

Moura  (Elysio  de),  Professeur  de  neurologie  et  de  psychiatrie  a  l’Uni- 
versiti  de  Coimbra.  —  26  novembre  193b. 

Roumanie 

MM.  CAhane  Mares,  MedecinjChef  de  l’Hopital  des  Maladies  mentales  et 
nerveuses,  Diciosanmartin  (Transylvanie).  —  22  octobre  193b. 

Dimolescu  (Alfred),  Medecin  de  l’Hopital  Central  des  Maladies  menta¬ 
les  et  nerveuses,  Bucarest,  2  bis,  rue  de  la  Melodie.  —  23  mai  1932. 

Padeano,  Assistant  a  la  Clinique  psychiatrique  de  Bucarest,  22, 
Str.  Washington.  —  23  mai  1932. 

Parhon  (C.-L),  Professeur  a  la  Faculte  de  Medecine,  3,  rue  Luterane, 
Bucarest.  —  26  janvier  1931. 

Pauuian  (Demetre-Em.),  Medecin-chef  a  l’Hopital  Central  des  maladies 
mentales  et  nerveuses,  conferencier  a  la  Faculte  de  Medecine,  31, 
Str.  Armeneasca,  Bucarest.  —  26  janvier  1931. 

Pitulesco  (Pierre),  2,  Strdda  Episcopici,  Bucarest.  —  27  avril  1931. 

Stanesco  (Jean),  Medecin  de  l’Hopital  pour  Maladies  mentales  et  ner¬ 
veuses  de  Sibiu,  10,  rue  Deparateanu,  Bucarest.  —  2b  octobre  1932. 

Urechia  (C.  I.),  Professeur  a  l’Universite,  1,  rue  Pasteur,  Cluj.  — 

30  mars  1931. 

Suede 

M.  Kinberg  (Olof),  Professeur,  Saltsjobaden.  —  28  mai  1931. 

Suisse 

MM.  Bersot  (Henri),  Clinique  Bellevue,  Le  Landeron  Neuchatel.  —  27  dc- 
cembre  1926. 

Boven  (William),  privat-docent  a  I’Universite,  2,  avenue  de  la  Gare, 
Lausanne.  —  3i  octobre  1927. 

Flournoy  (Henri),  privat-docent  a  l’Universite,  6,  rue  Monnetier, 
Geneve.  —  27  novembre  1922. 

Forel  (O.-L.),  privat-docent  a  l’Universite  de  Geneve,  Medecin-chef 
des  Cliniques  de  Prangins,  a  Nyon.  ■—  23  novembre  1930. 


72 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


MM.  Ladame  (Charles),  Professeur  de  Clinique  des  maladies  mentales  » 
l’Universite,  Directeur  de  PAsile  Clinique  psychiatrique  de  Bel-Anv 
Geneve.  —  26  fevrier  1912. 

Martin  (Joannes),  Professeur  honoraire  de  medecine  mentale  a  l’Uni¬ 
versite  Veyrier,  Geneve.  —  26  fevrier  1895. 

Minkowski  (M.),  Professeur  de  Neurologie  a  l’Universite,  Freiestrasse- 
55,  Zurich.  —  28  janvier  1935. 

Morel  (Ferdinand),  Privat-docent  a  l’Universite  de  Geneve,  Medecin- 
adjoint  a  la  Clinique  psychiatrique  de  Bel-Air.  —  18  decembre  1934 - 

Naville  (F:),  Professeur  de  Medecine  legale  a  l’Universite,  8,  rue  Saint- 
Leger,  Geneve.  —  30  juin  1930. 

Repond  (Andre),  Directeur  de  la  Maison  de  Sante  de  Malevoz,  Monthey, 
Valais.  —  28  novembre  1927. 

Saussure  (Raymond  de),  Privat-docent  a  l’Universite,  2,  Tertasse„ 
Geneve.  —  25  mars  1929. 

Steck  (Hans-Theodor),  Privat-docent  a  la  Faculte  de  Medecine,  Sous- 
Directeur  de  l’Asile  de  Cery-sur-Lausanne.  —  25  fevrier  1935. 

Weber  (R.),  Professeur  honoraire  de  1’Universite,  villa  Sismondi,  Chene,. 
Geneve.  —  23  fevrier  1931. 

Tchecoslovaquie 

MM.  Haskovec  (Uadislas),  Professeur  a  l’Universite  Tchecoslovaque,  3,  Mezi- 
branska,  Prague.  —  27  mars  1905. 

Sebek  (Jean),  professeur  agrege  de  neuro-pathologie  a  1  Universite- 
Tchecoslovaque,  1,  U.  Karlova,  Prague  II.  —  23  decembre  7932. 

Stucklik  (Jaroslav),  Medecin-directeur  de  l’Asile  d’Etat  d’alienes  de 
Kosice.  —  31  octobre  1921. 

Turquie 

MM.  Conos  (B.),  Medecin  en  chef  du  Service  des  maladies  nerveuses  et  men¬ 
tales  aux  Hopitaux  grecs  de  Baloukli,  place  du  Tunnel,  Pera. 

26  janvier  1931.  . 

Mazhar  (Osman),  Directeur-medecin  en  chef  de  l’Asile  des  alienes. 
d’lstanbul.  —  28  mai  1931. 

Zimalakis,  Medecin-chef  des  Hopitaux  grecs  de  Constantinople.  — 
28  avril  1913. 


U.  R.  S.  S. 

MM.  Choroschko,  Professeur  a  la  Clinique  neurologique  de  Moscou. 

30  mai  1927.  no  . 

Jouchtchenko  (A.-J.),  Professeur  a  l’Universite  de  Kharkow.  —  28  jud- 

Tretiakoff,  de  Moscou,  Hospice  de  Juquery  (Bresil).  —  25  octobre  1916 . 

Uruguay 

MM.  Etchepare  (Bernardo),  ancien  Professeur  de  Clinique  des  maladies 
mentales  a  l’Universite  de  Montevideo.  —  24  mai  1909. 

Rossi  (Santin-Carlos),  Professor  de  Clinica  Psiquiatnca,  1296,  Ibicuy, 
Montevideo.  —  30  mars  1931. 

Sicco  (Antonio),  Hospital  Vilardebo,  Montevideo.  —  30  mars  1931. 


SEANCE  DU  9  JANVIER  1936 


73 


Seance  du  Jeudi  9  Janvier  1936 


Presidence  :  M.  VURPAS,  president 


PRESENTATIONS 


Syndrome  infundibulaire,  trophcedeme  et  troubles  mentaux, 
par  MM.  Paul  Courbon  et  C.  Feuillet. 

La  malade  que  nous  presentons  est  une  arrieree  mentale  qui 
arrive  lentement  a  la  demence  a  Page  de  32  ans  :  apres  avoir 
presente,  depuis  la  puberte,  des  troubles  neuro-vegetatifs  a  pro¬ 
gression  continue  et  lente. 

Elle  a  ete  internee  une  premiere  fois  du  1*'  octobre  34  au  3  novem- 
bre  35. 

Reprise  par  sa  mere  non  amelioree,  elle  est  internee  de  nouveau  le 
23  novembre  de  la  meme  annee. 

Les  renseignements  fournis  par  la  mere  permettent  de  reconsti- 
tuer  1’histoire  suivante. 

Malade  nee  a  terme,  apres  un  accouchement  normal  sans  trauma- 
tisme.  Elle  a  parle  et  marcfae  tard,  vers  20  mots  —  et  have  jusque 
vers  12  ans.  Elle  a  ete  en  classe  jusqu’a  14  ans,  sans  obtenir  son 
certificat  d’etudes.  «  C’etait,  nous  dit  sa  mere,,  une  bonne  petite  tres 
affectueuse,  mais  elle  avail  la  tete  trop  dure.  »  Depuis  sa  sortie  de 
l’ecole  elle  vivait  avec  sa  mere  et  un  frere  et  travaillait  a  de  petites 
besognes  d’embaliage  et  d’etiquetage  dans  diverses  maisons  de 
parfumerie  ou  elle  etait  peu  payee. 

Elle  a  ete  reglee  a  14  ans  —  depuis  les  regies  ont  toujours  ete 
regulieres,  indolores,  mais  tres  abondantes  —  durant  5  a  6  jours. 
C’est  de  cette  periode  puberale  que  datent  les  modifications  morpho- 
logiques  des  jambes  et  du  visage. 

Le  debut  s’en  est  fait  d'abord  a  la  jambe  droite  par  un  bourrelet 
sus-malleolaire,  puis  l’hypertrophie  a  subi  une  extension  ascendante, 
le  pied  restant  relativement  indemne. 

La  jambe  gauche  n’a  ete  prise  qu’ulterieurement.  L’augmentation 
en  est  surtout  manifeste  depuis  4  ans.  II  en  est  de  meme  de  l’hyper- 
trophie  nasale. 


74 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


L’adiposite  et  la  polyurie  semblent  n’etre  apparues  que  ces  der¬ 
ives  annees.  Les  troubles  mentaux,  hallucinatoires  et  delirants  sont 
survenus  en  dernier  lieu.  . 

La  mere  de  la  malade  en  fait  remonter  le  debut  a  juillet  34  et  les 
attribue  au  choc  affectif  produit  par  la  mort  brusque  du  pere.  Vers 
la  meme  epoque  il  semble  qu’il  y  ait  eu  Une  courte  phase  de  microp- 
sie,  «  pendant  plusieurs  jours  elle  voyait  tout,  tout  petit  ».  Quant 
aux  troubles  mentaux  ayant  necessite  l’internement  et  qui  continuent 
a  evoluer  ils  consistent  en.  idees  hypochondriaques  absurdes  :  «  on  lui 
a  pris  son  corps  —  elle  ne  se  sent  plus  dans  son  corps  normal,  elle 
est  bizarre,  on  la  travaille  dans  le  ventre,  on  lui  a  pris  son  pouce  et 
ses  doigts,  autrefois  elle  avait  de  gros  doigts,  et  elle  ne  les  a  plus,  on 
lui  a  pris  aussi,  ses  oreilles  —  elle  a  dans  le  nez  un  enfant  de 
9  mois  qui  s’appelle  Jacques  ».  A  ces  troubles  hypochondriaques  se 
joignent  des  idees  de  persecution  :  «  ce  sont  les  voisins  du  dessus 
qui  lui  ont  pris  son  corps  —  ils  veulent  l’empecher  de  se  marier  et 
ce  sont  eux  qui  out  fait  mourir  son  pere  » .  Elle  a  des  crises  oil  elle 
les  menace  et  les  insulte. 

II  existe  encore  des  troubles  psycho-sensoriels  :  «  ses  voisins  lui 
parlent,  disent  qu’il  lui  ont  pris  son  corps  et  qu’ils  vont  le  lui  rendre. 
Elle  entend  aussi  un  des  medecins  qui  l’ont  examinee  a  Ste-Anne  : 
«  il  me  parle  tout  le  temps,  il  me  dit  que  je  suis  sa  femme,  il  m’en 
dit  tant  que  je  perds  la  tete  ». 

Ces  idees  sont  d’ailleurs  floues  et  contradictoires  avec  une  certaine 
conscience  de  1’etat  morbide,  «  c’est  peut-etre  des  idees  de  malade 
que  je  me  fais  »,  dit-elle. 

Il  faut  noter  le  caractere  erotique  de  certaines  de  ses  idees,  et 
l’allure  provocante  de  son  decolletage  quand  un  homme  s’approche 
d’elle. 

A  l’asile  elle  est  inerte  et  totalement  inactive  avec,  par  intermit- 
tence,  gatisme.  Parfois  on  constate  une  flexibilita  cirea  tres  nette 
avec  conservation  des  attitudes. 

Dans  les  antecedents  personnels  on  ne  releve  que  la  coqueluche  a 
6  ans,  la  scarlatine  a  7  ans,  a  15  ans  un  episode  tres  grave  avec 
asphyxie,  etiquete  congestion  pulmonaire  et  qui  a  necessite  un  sejour 
de  3  mois  a  Bretonneau. 

Antecedents  familiaux  :  Mere,  65  ans,  bien  portante,  fausse  couche 
spontanee  de  3  mois.  Une  seeur  morte  en  1913,  a  18  ans,  de  la 
grippe  espagnole  ;  un  frere  et  une  soeur  bien  portants. 

A  l’examen,  le  facies  exprime  une  euphorie  niaise,  il  est  seborrhei- 
que,  congestif  avec  tendance  a  la  cyanose.  L’hypertrophie  du  nez  lui 
donne  un  aspect  acromegalo'ide.  Le  cou  est  court,  la  tete  portee  en 
avant.  Le  tronc  presente  une  exageration  de  la  cyphose  dorsale  avec 
saillie  du  ventre  en  avant.  On  note  encore  une  adiposite  notable 
diffuse  predominant  toutefois  a  l’abdomen,  aux  hanches,  et  aux 
cuisses.  Le  poids  a  augmente  de  pres  de  12  kgr.  dans  l’annee. 

Aux  membres  inferieurs  augmentation  considerable  du  volume  des 


SEANCE  DU  9  JANVIER  1936 


jambes,  avec  aspect  cylindrique  ;  cette  hypertrophie  est  asymetri- 
que,  arvec  predominance  a  droite.  Elle  resulte  d’une  infiltration 
elastique  ferme,  ne  gardant  pas  le  godet,  de  topographie  segmentaire 
puisqu’elle  epargne  relativement  I’avant-pied  et  fait  place  au-dessus 
du  genou  a  la  simple  adiposite  de  la  cuisse.  La  peau  a  ce  niveau  est 
d’aspec.t  normal  dans  le  decubitus,  mais  il  se  produit  dans  la  station 
■debout  de  la  cyanose  avec  froideur  des  teguments. 

Les  mains  presentent  egalement  des  modifications  morphologiques 
remarquables.  Elies  sont  petites  avec  des  doigts  effiles,  cette  hypotro- 
phie  porte  surtout  sur  les  2  phalanges  terminales  et  semble  interesser 
l’os  comme  les  parties  molles. 

Depuis  l’age  de  15  ans,  chute  progressive  des  dents  ;  a  l’heure 
actuelle  seules  persistent  les  incisives,  canines  et  les  pre-molaires  de 
la  machoire  inferieure. 

A  l’examen  neurologique  on  trouve  une  vivacite  anormale  de  tous 
les  reflexes  tendineux, 

Le  reflexe  cutane  plantaire  donne  un  leger  eventail  des  orteils 
avec  parfois  ebauche  d’extension  du  gros  orteil. 

On  note  encore  une  certaine  bradykinesie,  la  parole  est  lente  et 
monotone  ;  le  facies  hypomimique  ;  les  bras  ne  balancent  pas  a  la 
marche.  Nous  avons  deja  signale  les  troubles  vasculaires  et  l’aspect 
seborrheique  du  facies.  II  existe  de  plus  un  dermographisme  leger  du 
tronc. 

Par  ailleurs,  aucun  signe  neurologique  en  dehors  d’une  legere 
inegalite  pupillaire  avec  contraction  peu  intense  a  la  lumiere.  La 
ponction  lombaire,  l’examen  du  fond  d’oeil  et  du  champ  visuel  ont 
donne  des  resultats  entierement  normaux. 

Le  reste  de  1’examen  clinique  ne  montre  pas  de  signes  visceraux  en 
dehors  d’une  polyurie  permanente  se  maintenant  aux  environs  de 
3  litres.  Les  urines  sont  normales  a  la  dilution  pres.  Les  eliminations 
en  24  heures  sont  comparables  aux  chiffres  normaux.  Les  acces  de 
somnolence  diurne  accuses  spontanement  par  la  malade  et  confirmes 
par  1’entourage,  ne  sont  pas  constatables  actuellement.  Les  regies  sont 
abondantes  et  prolongees. 

Les  examens  speciaux  pratiques  :  dosage  du  glucose  sanguin,  de 
la  cholesterinemie,  de  l’uree  sanguine,  la  numeration  globulaire,  le 
taux  de  l’bemoglobine,  la  composition  proteique  du  serum  ont  donne 
des  chiffres  normaux. 

En  somme,  il  s’agit  d’une  debile  mentale  profonde  agee  de 
32  ans  qui,  depuis  la  puberte,  presente  des  troubles  de  la  mor- 
phologie  dont  le  developpement  s’accentue  de  plus  en  plus  (tro- 
phoedeme  des  2  membres  inferieurs,  effilement  des  doigts, 
facies  acromegaloide),  qui,  depuis  l’age  de  30  ans,  presente  un 
delire  polymorphe  a  marche  torpide  (idees  de  transformation 
corporelle  et  de  persecution,  hallucinations,  manifestations  d’ero- 


76 


S0C1ETE  MED1C0-PSYCH0L0GIQUE 


tisme)  et  qui,  a  tous  les  troubles  precedents,  ajoute,  depuis  ces. 
derniers  mois,  de  nouveaux  signes  physiques  (hypersomme,  obe- 
site,  polyurie)  et  de  nouveaux  signes  mentaux  (affaiblissement 
dementiel  et  gatisme). 

Le  classement  nosologique  de  cet  ensemble  de  syndromes  est' 
difficile,  car  les  symptomes  de  la  plupart  sont  frustes  et  quel- 
quefois  paradoxaux. 

On  peut  rattacher  au  syndrome  infundibulaire  la  polyurie, 
l’obesite  et  l’hypersomnie  ;  mais  au  lieu  de  l’hypogemtalite  decrite 
par  Babinski  et  Frohlich,  on  constate  de  l’excitation  sexuelle, 
des  organes  genitaux  bien  developpes,  une  pilosite  normale,  des. 
regies  abondantes.  , 

L’hypertrophie  du  nez  peut  evoquer  celle  de  l’acromegalie 
mais  elle  ne  s’accompagne  pas  des  autres  deformations  produites 
par  les  lesions  hypophysaires.  Les  doigts,  au  contraire,  sont  effi- 
les.  La  radiographie  ne  revele  aucune  anomalie. 

L’hypomimie,  la  lenteur  des  mouvements,  l’absence  de  balan- 
cement  des  membres  superieurs  pendant  la  marche,  joints  a 
rhypersomnie,  peuvent  faire  penser  a  un  parldnsonisme  fruste, 
mais  le  signe  de  l’eventail  et  l’exageration  des  reflexes  prouvent 
que  la  voie  pyramidale,  elle  aussi,  est  touchee. 

Le  syndrome  mental  lui-meme  n’est  pas  de  ceux  que  l’on 
rencontre  dans  la  clinique  courante  puisqu’il  s’agit  d’un  etat 
de  debilite  evoluant  lentement  vers  la  demence. 

II  n’y  a  que  le  trophcedeme  dur,  blanc,  indolore,  asymetrique, 
segmentaire,  aux  membres  inferieurs,  qui  corresponde  a  la  des¬ 
cription  classique  de  Meige.  Ce  syndrome,  d’apres  les  auteurs, 
serait  conditions  par  des  troubles  endocriniens  ou  neuro-vege- 
tatifs.  L’interpretation  qui  semble  la  plus  plausible  est  celle 
d’une  encephalite  discrete,  disseminee  et  a  predominance  infun- 

dibulaire.  ,  , 

Comme  le  repete  Lhermitte,  il  ne  faut  pas  confondre  la  locali¬ 
sation  d’une  lesion  avec  la  localisation  d’une  fonction.  Une 
lesion  peut  avoir  sa  repercussion  sur  le  fonctionnement  d’organes 
eloignes  d’elle.  C’est,  par  exemple,  ainsi  que,  dans  notre  cas,  peu¬ 
vent  s’expliquer  certaines  modifications  morphologiques  de  la 
malade. 

La  diffusion  des  lesions  explique  1’apparence  paradoxale  des 

syndromes.  , 

Quant  a  la  nature  de  l’encephalite,  elle  est  plus  difficile  a  pre- 
ciser  II  est  a  noter  que  la  puberte  de  cette  femme,  puberte  au 
moment  de  laquelle  la  famille  a  constate  les  troubles  neurologi- 
ques,  coincida  avec  l’epidemie  d’encephalite  lethargique  de  1918 


SEANCE  DU  9  JANVIER  1936 


a  1919.  Mais  ces  troubles  s’installerent  insidieusement  sans 
aucune  maladie  apparente. 

Peut-etre  est-il  moins  aventureux  d’invoquer  chez  cette  femme 
qui  eut,  vers  l’age  de  5  ans,  plusieurs  maladies  infectieuses,  l’exis- 
tence  d’une  encephalite  cryptogenetique,  encephalite  dont  l’ins- 
tallation  conditionna  la  debilite  mentale  et  dont  les  recidives  ame- 
nerent,  a  la  faveur  de  la  poussee  endocrinienne  puberale,  la 
•succession  des  troubles  physiques  et  mentaux  qu’elle  presente. 


lEpilepsie  generalisee.  Ralentissement  intellectuel  et  tumeur 
cerebrale  probable,  par  MM.  R.  Anglade  et  L.  Yidart. 

L’epilepsie  a,  depuis  longtemps,  sa  place  dans  la  symptomato¬ 
logy  des  tumeurs  cerebrates.  L’epilepsie  partielle  s’entend,  car 
l’epilepsie  totale  fait  souvent  ecarter  le  diagnostic  de  tumeur 
cerebrale  au  lieu  de  contribuer  a  l’etablir. 

Les  troubles  mentaux  ont,  eux  aussi,  pris  peu  a  peu  leur  place 
dans  le  syndrome,  et  si  bien,  que  Ton  observe  des  cas  de  tumeurs 
cerebrales  qui  ne  se  manifestent  pendant  de  longues  annees  que 
par  des  troubles  mentaux.  Et  de  fait,  il  y  a,  sans  meme  que  ce 
soit  rare,  dans  les  Asiles  d’alienes,  des  tumeurs  cerebrales  qui 
ne  sont  diagnostiquees  qu’a  l’autopsie. 

Nous  allons  vous  presenter  ce  matin  un  malade  age  de  47  ans, 
interne  a  l’Asile  de  Villejuif  depuis  le  14  septembre  1935  pour 
«  affaiblissement  intellectuel  survenu  chez  un  epileptique  ». 

Son  histoire  clinique  telle  que  nous  avons  pu  la  reconstituer, 
telle  surtout  que  sa  femme  nous  la  raconta,  car  les  souvenirs-  du 
malade  sont  eux-memes  assez  imprecis,  est  faite  de  l’association 
de  deux  syndromes  essentiels  :  un  syndrome  comitial,  un  syn¬ 
drome  mental. 

C’est  a  partir  de  1914  ou  1915  que  les  premiers  symptomes  patho- 
logiques  firent,  semble-t-il,  leur  apparition.  A  cette  epoque,  mobilise 
a  Paris  comme  employe  des  P.L.M.  il  commenqa  avec  une  frequence 
variable  a  presenter  des  moments  d’absence  ;  il  ne  tombait  pas,  mab 
restait  immobile,  inerte,  le  visage  pale,  les  yeux  revulses.  Il  reprenait 
conscience  assez  rapidement  et  ne  gardait  aucun  souvenir  de  cet 
incident.  Il  demeure  pendant  toute  la  guerre  a  Paris,  puis  en  mai  1918 
se  marie.  Peu  apres,  en  tout  cas  la  meme  annee,  ses  crises  nerveuses 
changent  d’aspect.  Subitement,  sans  aucun  symptome  avertisseur,  il 
tombe,  perd  connaissance  et  presente  des  convulsions  generalisees 
d’emblee.  Il  se  mord  la  langue,  perd  ses  urines,  c’est  alors  une  crise 
d’epilepsie  banale.  Ces  crises  convulsives,  d’abord  espacees,  devien- 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


nent  de  plus  en  plus  frequentes.  Elies  surviennent  bientot  toutes  les. 
semaines,  sont  quelquefois  plus  rapprochees  encore,  mais  depuis  191S 
ces  crises  n’ont  pas  change  de  caractere.  Signalons  que  de  temps  a 
autre,  ces  crises  sont  precedees  de  yomissements  explosifs.  En  som- 
me,  depuis  20  ans,  ce  malade  presente  des  phenomenes  d’ordre  comi- 
tial  sous  la  forme  : 

—  d’absences  passageres  pendant  les  quatre  premieres  annees  ; 

—  de  convulsions  generalises  dans  la  suite  et  jusqu’a  maintenanL 

Mais  a  ce  syndrome  comitial  s’ajoute  un  syndrome  mental.  Et 

depuis  quand  existe-t-il  chez  ce  malade  des  symptomes  psychiques  ? 
C’est  un  point  evidemment  tres  difficile  a  preciser  exactement.  Sa 
femme  nous  dit  ne  l’avoir  jamais  trouve  tout,  a  fait  normal  et  des 
1915  ou  1916,  il  lui  arrivait,  deja,  d’etre  taciturne,  de  ne  pas  repondre 
parfois  aux  questions  qu’on  lui  posait. 

En  1921,  il  reste  quatre  mois  a  l’Hopital  Saint-Antoine  pour  «  mala- 
die  mentale  »  nous  dit-on,  sans  que  l’on  puisse  preciser  quels  etaient 
ces  symptomes  mentaux.  Quoi  qu’il  en  soit,  a  la  suite  de  cette  hospita¬ 
lisation  on  le  juge  inapte  pour  son  emploi  a  la  Gompagnie  du  P.L.M., 
et  il  devient  garcon  de  courses. 

Progressivement,  son  caractere  se  modifle.  Il  «  change  »,  devient 
colereux,  irritable  ;  de  plus  en  plus,  il  aime  la  solitude,  craignant  le 
bruit  et  la  societe.  Il  perd  la  memoire  et  en  1931,  enfin,  il  est  oblige 
de  cesser  tout  travail. 

A  partir  de  ce  moment,  ces  troubles  du  comportemen^  s’exagerent 
encore.  Il  parait  souvent  aneanti,  plonge  dans  un  etat  voisin  de  la 
torpeur.  C’est  a  cette  epoque  egalement  qu’il  commence  a  se  plaindre 
de  sa  tete. 

C’est  une  cephalee  violente,  quelquefois  frontale,  mais  surtout  occi- 
pitale,  cephalee  continue,  mais  plus  marquee  le  matin,  se  prolongeant 
souvent  jusqu’a  la  nuque  et  resistant  au'x  calmants  habituels.  Il  prenait 
parfois  quatre  ou  cinq  <<  cachets  »  sans  obtenir  de  soulagement. 

Son  -etat  s’aggrave  encore  progressivement.  Il  ne  sort  de  son 
aneantissement  que  pour  se  plaindre  de  ses  maux  de  tete  et  pour 
presenter  de  temps  a  autre  une  bouffee  d’ex-citation  :  il  se  met  brus- 
quement  en  colere  et  devient  menafant  pour  son  entourage.  Le 
17  aout  1935,  a  la  suite  d’une  crise  d’epilepsie  survenue  dans  la  rue^ 
il  est  transports  a  la  Pitie,  puis  envoye  en  observation  a  l’Asile  Cli¬ 
nique,  il  est  enfin  dirige  sur  l’Asile  de  Villejuif  ou  il  sejourne  depuis 
le  14  septembre.  L’histoire  de  ce,  malade  apparait  done  bien  faite  : 

—  d’un  syndrome^epileptique  evoluant  depuis  20  ans  ; 

_  d’un  syndrome  mental  qui  parait  avoir  debute  vers  1920  ou 

1921,  s’est  aggrave  progressivement  et  nettement  constitue  depuis  4 
ou  5  ans  seulement. 

A  ces  deux  ordres  de  symptomes,  il  convient  encore  d’ajouter  :  la 
cephalee,  les  vomissements,  la  baisse  de  la  vue  qui,  dernierement,  a 
rendu  necessaire  le  port  de  lunettes. 


SEANCE  DU  9  JANVIER  1936 


79 


Actuelleraent,  ce  malade  se  presente  a  l’examen  :  souriant,  legere- 
ment  euphorique,  la  tete  baissee,  le  regard  eteint.  Son  facies  est  immo¬ 
bile,  inexpressif,  presique  fige.  II  ne  parle  pas  et  attend  qu  on  1  inter- 
roge. 

Des  le  premier  abord,  il  semble  presenter  un  degre  important  de 
ralentissement  mental  :  il  parait  comprendre  lentement  ce  qu’on  lui 
dit,  il  faut  repeter  les  questions  plusieurs  fois  et  la  reponse  est  sou- 
vent  longue  a  venir.  Et  au  fur  et  a  mesure  que  l’examen  se  prolonge, 
l’effort  a  faire  parait  encore  de  plus  en  plus  grand. 

Inattention  est  chez  lui  tres  touchee  ;  l’attention  spontanee  parait 
nulle  :  il  est  incapable  de  donner  quelques  details  sur  la  salle  oil  il 
est  hospitalise,  sur  le  chemin  parcouru  pour  venir  au  bureau  du  me- 
decin.  L’attention  volontaire  n’est  guere  meilleure.  Si  on  lui  demande 
avec  insistance  d’ecouter  la  lecture  de  quelques  lignes  d’un  article  de 
journal,  il  peut  seulement  en  repeter  les  deux  derniers  mots. 

Il  presente  egalement  de  gros  troubles  de  la  memoire  de  fixation. 
Il  s’en  rend  eompte,  s’en  agace  et  nous  dit  :  «  C’est  curieux  tout  de 
meme  d’avoir  de  1’amnesie  comme  ca.  »  Sur  les  faits  anciens,  il  est 
egalement  hesitant.  Et  s’il  precise  exactement  certaines  dates  impor- 
tantes  comme  celles  de  sa  naissance,  du  debut  ou  de  la  fin  de  la 
guerre,  il  se  trompe  sur  celle  de  son  mariage  et  ne  peut  dire  quand  il 
s’arreta  de  travailler. 

Nous  avons  etudie  chez  lui  V association  des  images.  Lui  demandant 
de  designer  rapidement  vingt  mots  de  suite  pris  au  hasard,  il  evoque 
difficilement  cinq  mots  :  chaise,  buvard,  papier,  journaux,  assiette, 
puis  s’arrete  et  n’en  trouve  point  d’autres.  Des  operations  intellec- 
tuelles  plus  complexes  lui  ont  paru  difficile's.  Mais  il  peut  cependant 
nous  donner  le  total  d’une  somme  faite  de  pieces  de  10  fr.,  5  fr.  et 
2  fr.  et  de  quelques  sous.  Par  contre,  il  lui  fut  impossible  de  resou- 
dre  le  petit  probleme  suivant  : 

D.  :  Vous  devez  au  marchand  25  francs,  vous  payez  avec  50  francs. 
Combien  doit-il  vous  rendre  ?  —  Pas  de  reponse. 

A  ce  premier  examen,  on  constate  done  essentiellement  :  un  ralen¬ 
tissement  de  toutes  les  fonctions  intellectuelles  avec  de  la  diminution 
de  l’attention,  de  la  dysmnesie.  A  ce  ralentissement  mental,  ne  s’asso- 
cient  pas  de  manifestations  oniriques  :  ni  faux  souvenirs,  ni  fausses 
reconnaissances,  ni  tabulation.  Son  orientation  est  assez  bonne,  il 
peut  sans  erreur  dire  la  date  et  apres  hesitation,  l’heure  et  le  lieu. 

Les  fonctions  affectives  paraissent  chez  lui  tres  reduites.  Il  ne 
prend  part  a  rien  de  ce  qui  se  passe  dans  la  salle,  il  ne  se  plaint 
pas,  ne  parle  pas  spontanement,  ne  prend  aucune  initiative.  Il  ne 
reclame  jamais  sa  femme.  Cependant  il  semble  encore  s’interesser  a 
la  lecture  du  journal  qu’il  pratique  quotidiennement. 

Son  caractere  est  pourtant  irregulier  :  la  plupart  du  temps  il  parait 
doux  et  tranquille  ;  il  s’est  prete  a  tous  les  examens  avec  une  docilite 
et  meme  une  passivite  parfaite.  Et  cependant,  par  moments,  il  est  irri¬ 
table,  revendicateur,  s’emporte  avec  les  infirmiers  qu’il  menace. 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Enfin,  et  c’est  un  point  important  sur  lequel  nous  aliens  main- 
tenant  insister,  ce  malade  presente  des  troubles  du  langage  : 

Tout  d’abord  le  ton  de  sa  voix  est  monotone.  Sa  parole  est  tremblee, 
hesitante,  souvent  il  ne  trouve  pas  le  mot  qu’il  cherche,  s  arrete 
quelques  instants,  le  remplace  par  «  machin  »  ou  «  c  ose  »  1 
repart  plus  rapidement,  de  facon  explosive. 

II  n’a  pas  de  dysarthrie,  mais  il  repute  souvent  le  meme  mot  ou  le 
meme  lambeau  de  phrases.  Sa  femme  nous  a  dit  que  depurs  peu  «  i 
begayait  ».  Ce  serait  done  un  symptome  d’apparition  recente. 

On  lui  montre  differents  objets  : 

_  Une  montre.  —  R.  :  C’est...,  c’est  une  montre. 

—  Des  cigarettes.  —  R.  :  Ce  sont  des  cigarettes  gauloises. 

—  Un  buvard.  —  R.  :  C’est...,  c’est  un  buvard. 

Puis  apres  ces  trois  reconnaissances  exactes  il  ne  parvient  plus  a 
designer  les  objets  par  leur  nom  ;  on  lui  montre  alors  : 

_  Une  boite  d’allumettes.  -  R.  :  C’est  un  etui  d’allumettes  gauloi- 


n  etui  a  ci  ga¬ 


ses.  , 

_ De  nouiveau  le  paquet  de  cigarettes.  —  R.  :  C  est  u 

re^SUn  porte-plume.  —  R.  :  Je  m’en  doute  un  petit  peu...  C’est  pour 
■ecrire.  Mais  pour  le  vrai  nom... 

—  Une  regie  :  il  l’inspeote,  la  palpe.  —  R.  :  C’est  un  etui...  un  etui 
de  papiers  a  cigarettes. 

—  Est-ce  une  regie  ?  —  R.  :  C’est  cela. 

—  Est-ce  bien  cela  ?  —  R.  :  Je  n’en  suis  pas  tres  sur. 

_  une  enveloppe.  —  R.  :  Je  me  souviens  en  avoir  vu  mais  je  ne 
peux  me  rappeler  le  vrai  nom. 

De  cev  examen  on  doit  en  sonirne  retenir  avant  tout  que  cet  epi- 
leptique  de  vieille  date  presente  un  etat  mental  permanent,  caraede- 
rise  par  :  du  ralentissement  intellectuel,  de  l’apathie,  de  1  lndilte- 

rCSur  ce  fond  d’inertie  continue  surviennent  de  temps  en  temps  des 
bouffees  d’excitation  passagere.  Il  faut  encore  y  ajouter  des  troubles 
du  caractere  et  du  langage.  On  ne  trouve  pas,  semble-t-il,  chez  ce 
malade,  de  troubles  grossiers  du  jugement.  Certes,  il  a  beaucoup  de 
peine  a  s’exprimer,  mais,  quand  il  y  parvient,  ses  reponses  sont  cor- 
rectes  et  jamais  il  ne  commit  d’incorrections  ou  d’actes  absurdes  por- 
tant  nettement  le  cachet  dementiel. 

L’examen  somatique  a  revele  chez  lui  des  symptomes  fort  lmpor- 
tants  pour  la  discussion  du  diagnostic. 

Il  existe  en  effet  une  hemiparesie  droite.  A  la  face  deja  on  peut 
remarquer  que  le  cote  droit  parait  un  peu  plus  etale,  plus  allonge  que 
le  gauche.  Le  sillon  naso-genien  est  plus  vertical.  A  l’ouverture  de  la 
bouche,  l’orifice  buccal  est  legerement  asymetrique.  Mais  surtout  c’est 
a  1’effort  que  la  paresie  faciale  est  le  plus  facilement  visible,  dans  la 


SEANCE  DU  9  JANVIER  1936 


grimace  faite  a  ce  moment  on  est  frappe  par  l’inertie  _de  l’hemiface 
droite. 

Au  membre  superieur  droit,  la  force  musculaire  est  legerement 
diminuee,  nettement  inferieure  a  celle  du  cote  gauc'he. 

A  la  marche  en’iin,  le  membre  inferieur  droit  semble  quelquefois  se 
derober  et  il  est  incapable  de  se  tenir  sur  son  seul  pied  droit  alors 
qu’il  y  parvient  a  gauche. 

L’ etude  des  reflexes  tendineux  montre  une  legere  hyperreflexie  au 
membre  superieur  droit.  Celle  des  reflexes  cutanes  met  en  evidence  un 
reflexe  plantaire  en  extension  du  cote  droit. 

La  sensibilite  est  particulierement  difficile  a  apprecier.  Le  malade 
ne  repond  que  peniblement  et  tardivement  a  la  piqure,  au  tact,  au 
pin-cement. 

II  n’a  pas  de  troubles  trophiques,  pas  de  troubles  sphincteriens.  Et 
l’examen  neurologique  que  nous  avons  fait  chez  lui  a  mis  seulement 
en  evidence  cette  hemiparesie  droite  avec  signe  de  Babinski  et  legere 
exageration  des  reflexes  au  membre  superieur. 

A  l’examen  systematique,  enfin,  nous  n’avons  rien  constate  d’anormal 
en  dehors  d’une  hypertension  arterielle  de  22  1/2,  14  au  Vaquez.  Pas 
de  lesion  cardiaque  en  depit  d’une  crise  de  rhumatisme  articulaire 
aigu  signalee  dans  ses  antecedents  a  l’age  de  11  ans. 

Devant  ce  malade  qui  presente  : 

1°  un  syndrome  comitial  evoluant  depuis  20  ans  ; 

2°  un  syndrome  mental  avec  grosse  bradypsychie  ; 

3°  une  hemiparesie  droite  avec  legere  aphasie,  deux  hypothe¬ 
ses  viennent  aussitot  a  l’esprit  :  celle  de  troubles  mentaux  surve- 
nant  chez  un  vieil  epileptique,  celle  aussi  de  tumeur  cerebrale  a 
longue  evolution. 

Ce  sont  la,  d’ailleurs,  les  deux  diagnostics  qu’avait  souleves  le 
Dr  Paul  Abely  qui  recut  ce  malade  a  Villejuif,  dans  son  ancien 
service. 

II  ne  semble  pas,  en  effet,  qu’il  soit  possible  de  retenir  serieu- 
sement  d’autre  diagnostic.  Cependant,  grace  a  l’hypertension  arte¬ 
rielle,  a  la  paleur  du  visage,  aux  vomissements,  nous  nous  sommes 
demande  s’il  n’existait  pas  un  certain  degre  d’hyperazotemie  qui 
aurait  pu,  a  la  rigueur,  s’associer  a  l’epilepsie  pour  realiser  le 
syndrome  clinique  observe.  Mais  le  taux  de  l’uree  sanguine  est 
presque  normal,  de  0  gr.  47  par  litre. 

S’agit-il  done  simplement  de  troubles  mentaux  survenus  a  la 
longue  chez  un  vieil  epileptique  Tout  le  syndrome  mental  observe 
peut,  en  effet,  etre  mis  legitimement  sur  le  seul  compte  d’une 
epilepsie  evoluant  depuis  longtemps.  Un  ralentissement  aussi 
marque,  les  modifications  memes  du  caractere  avec  la  docilite, 

Ann.  Med.-psych.,  XVc  serie,  94°  annee,  t.  I.  - —  Janvier  1936.  6. 


82  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

mais  aussi  avec  1’indifference,  1’irritabilite,  sont  bien  le  fait  de 
l’epileptique.  Mais  alors,  il  faudrait  envisage  l’hemiparesie  droite 
et  l’aphasie  comme.des  phenomenes  surajoutes  :  peut-etre  anciens 
et  passes  jusqu’ici  inapercus,  peut-etre  plus  recents  et  alors 
manifestations  d’une  lesion  vasculaire  encephalique.  Mais  ce 
malade  est  encore  trop  jeune  pour  qu’on  puisse  incriminer  chez. 
lui  des  lesions  d’ordre  purement  atheromateux.  Signalons  alors 
qu’il  n’est  pas  syphilitique,  qu’il  ne  presente  aucun  signe  clini- 
que  de  specificite  et  que  les  reactions  serologiques  ont  tou jours 
ete  chez  lui  negatives. 

Mais  le  ralentissement  psychique,  les  modifications  du  carac- 
tere  de  ce  malade  sont  aussi  bien  les  manifestations  mentales 
que  l’on  observe  dans  les  tumeurs  cerebrales.  C’est  alors  que  nous 
nous  sommes  demande  s’il  ne  s’agissait  pas  plutot  d’une  neofor¬ 
mation  cerebrale  responsable  a  la  fois  des  crises  comitiales;  des 
troubles  mentaux,  de  l’hemiparesie  droite  et  de  l’aphasie. 

La  lenteur  de  revolution  n’est  pas  un  argument  sufflsant  pour 
rejeter,  d  priori,  un  tel  diagnostic.  Bien  que  de  telles  histoires 
cliniques  aussi  prolongees  soient  plutot  une  rarete  c  est  pour 
cette  raison  que  nous  avons  pense  a  vous  presenter  ce  malade  — 
nous  avons  trouve,  dans  la  literature,  plusieurs  cas  du  meme 
genre.  Le  Dr  Baruk  en  particular,  dans  son  remarquable  ouvrage 
sur  les  troubles  mentaux  des  tumeurs  cerebrales,  cite  un  cas  de 
tumeur  calleuse  dont  1’evolution  s’est  poursuivie  pendant  plus  de 
18  ans,  un  autre  de  tumeur  frontale  prolongee  pendant  14  annees. 

II  fallait  done  essayer  de  faire  la  preuve  de  cette  tumeur  possi¬ 
ble.  Tout  d’abord,  au  point  de  vue  clinique,  l’hypertension  intra- 
cranienne  paraissait  deja  vraisemblable.  Si  le  ralentissement 
mental  peut  etre  celui  d’un  epileptique  banal,  il  peut  etre  egale- 
ment  la  consequence  d’une  hypertension  intracranienne  prolon¬ 
gee.  Et  cette  hypertension  semble  bien,  par  ailleurs,  avoir  fait 
sa  preuve  :  par  la  cephalee,  tenace,  continue,  insupportable, 
resistant  aux  calmants  habituels,  par  les  vomissements  egalement 
qui  sont  survenus  a  plusieurs  reprises. 

D’ailleurs,  la  ponction  lombaire  est  venue  confirmer  cette 
maniere  de  voir.  Une  premiere  ponction  a  ete  faite  a  Henri-Rous- 
selle,  le  12  septembre  1935.  Le  certificat  qui  nous  a  ete  commu¬ 
nique  ne  parle  pas  d’hypertension  rachidienne,  les  reactions  de 
Bordet-Wassermann,  du  Benjoin,  de  Meinicke  ont  ete  negatives, 
on  trouve,  par  contre,  un  taux  d’albumine  a  0,50  pour  une  leu- 
cocytose  minime  ;  il  y  a  done  une  legere  dissociation  albumino- 
cytologique. 

Le  19  decembre,  nous  pratiquons  nous-meme  une  nouvelle 


SEANCE  DU  9  JANVIER  1936 


ponction.  Sur  le  malade  couche,  l’hypertension  est  indiscutable 
et  meme  depasse  40  au  manometre  de  Claude.  II  n’y  a  pas  de 
bloquage,  car  la  pression  des  jugulaires  entraine  une  variation 
de  tension  manifeste.  Le  taux  de  l’albumine  a  baisse  (0,30),  mais 
il  n’y  a  toujours  pas  de  leucocytose. 

Enfin,  a  plusieurs  reprises,  des  examens  oculaires  ont  ete 
faits  ;  le  12  septembre,  au  dispensaire  de  Prophylaxie  Mentale, 
un  cedeme  papillaire  plus  marque  a  droite  a  ete  signale.  Le  30 
decembre,  un  nouvel  examen  du  fond  de  l’oeil  indique  a  droite  : 
un  oedeme  papillaire  leger  avec  bords  de  la  papille  estompes  et 
quelques  tortuosites  vasculaires. 

A  gauche  :  un  tres  leger  flou  de  la  papille.  Un  dernier  examen 
a  Henri-Rousselle,  le  4  janvier  1936,  montre  un  leger  trouble  des 
contours  papillaires  surtout  a  droite,  sans  que  l’on  puisse,  nous 
dit-on,  parler  de  stase.  Cette  absence  de  stase  a  cet  ultime  examen 
ne  nous  parait  pas  etonnante,  si  l’on  pense  a  la  longueur  de  la 
maladie  et  a  l’attenuation  actuelle  des  signes  subjectifs  de  l’hyper- 
tension.  Nous  en  sommes  peut-etre  a  la  periode  ou  la  stase  va 
faire  place  a  l’atrophie  optique. 

De  ces  examens  complementaires,  quelques  faits  semblent  done 
diriger  l’opinion  vers  le  diagnostic  de  tumeur  cerebrale.  C’est 
l’cedeme  papillaire  constate  a  plusieurs  reprises,  ce  sont  aussi 
l’hypertension  indiscutable  du  liquide  cephalo-rachidien  et  la 
legere  hyperalbuminose  avec  dissociation  albumino-cytologique. 

Une  radiographie  simple  a  ete  faite  tout  dernierement.  Les 
cliches  ne  montrent  pas  d’image  de  tumeur  cerebrale.  Mais  nous 
constatons  un  reseau  tres  net  de  dilatation  veineuse,  facilement 
visible  sur  les  films,  qui  a  ete  signale  par  certains  auteurs  comme 
un  temoignage  d’hypertension  intracranienne. 

S’il  y  a  tumeur  cerebrale,  deux  problemes  restent  encore  a 
resoudre  :  le  siege  et  la  nature  de  cette  tumeur. 

Le  syndrome  mental,  tel  qu’il  est  chez  ce  malade,  peut-il  don- 
ner  une  indication  sur  la  localisation  de  la  lesion  presumee  ? 

II  est  certain  qu’une  hypertension  intracranienne  existant  sans 
doute  depuis  tant  d’annees  peut,  a  elle  seule,  donner  un  tableau 
de  ralentissement  mental  aussi  prononce.  Et  il  est  bien  difficile 
de  dire  quels  sont  les  signes  dus  a  l’hypertension  seule  et  quels 
sont  aussi  ceux  qui  pourraient  indiquer  une  localisation  precise. 
Suivant  la  technique  de  Weed,  nous  avons  essaye  de  les  dissocier 
en  injectant  au  malade  une  solution  hypertonique  de  NaCl  at 
20  %.  Nous  n’avons  pas  constate  de  modifications  appreciables 
de  l’etat  mental. 

On  peut,  a  priori,  envisager  1’hypothese  d’une  tumeur  frontale 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


ou  d’une  tumeur  calleuse.  La  date  d’apparition  du  syndrome  men¬ 
tal  est,  dans  ce  cas,  interessante  a  preciser.  Rappelons  qu  en 
1921  ce  malade  fut  deja  hospitalise  pour  maladie  mentale  e 
qu’k’la  suite  de  son  hospitalisation,  il  dut  changer  de  profession. 
Ou’en  tous  les  cas,  les  modifications  de  son  comportement  ne 
semblent  pas  avoir  precede  par  poussees,  comme  il  est  de  regie 
dans  l’hypertension  intracranienne  simple  ;  ce  fut  plutot  une 
aggravation  progressive  ineluctable  jusqu’a  realiser  1  etat  dans 

lequel  nous  le  voyons  aujourd’hui. 

Nous  avons  cherche  d’autres  arguments  en  faveur  de  la  locali¬ 
sation  frontale.  En  particular,  la  desorientation  spatmle.  Elle 
n’est  pas  evidente  chez  lui,  mais  cependant,  il  semble  montre 
quelquefois  une  certaine  hesitation  a  se  diriger,  a  retrouver  son 
lit  seul  et  l’epreuve  conseillee  par  Pierre  Marie  nous  a  donne  un 
resultat  positif.  Par  contre,  il  n’y  a  ni  puerilisme,  m  euphone,  m 
moria,  tels  qu’on  les  decrit  dans  ces  localisations.  Et  cependant, 
l’hemiparesie  droite,  l’aphasie  meme,  pourraient  etre  mis  sur  e 
compte  de  reactions  de  voisinage  d’une  tumeur  prefrontale  gau¬ 
che.  Ce  n’est  la  qu’une  hypothese,  nous  voudrions  la  voir  confir¬ 
mer  par  l’encephalographie  ou  la  ventriculographie.  Quant  a  la 
nature  de  la  tumeur,  il  ne  parait  guere  possible  de  penser  a  un 
gliome  ou  a  un  sarcome  qui  presente  habituellement  une  evo¬ 
lution  longue.  Il  faudrait  sans  doute  envisager  le  developpement 
tres  lent  d’un  meningiome  venant  comprimer  le  lobe  prefrontal 
gauche.  Ce  malade  va  etre  mis  entre  les  mains  d’un  neuro-chirur- 
gien.  Mais  nous  serious  tres  heureux  auparavant  d  avoir,  a  son 
sujet,  l’avis  des  membres  de  cette  societe. 

M.  Marchand.  —  Je  ne  discuterai  pas  le  diagnostic  de  tumeur 
cerebrale  ;  les  presentateurs  ont  bien  insiste  sur  sa  difficulte  et 
sur  son  incertitude.  Il  est  un  argument  qui  me  paraitplaMer 
plutot  contre  ce  diagnostic.  D’apres  revolution  des  differents 
svmptomes,  je  releve  que  les  manifestations  epileptiques  ont 
debute  il  y  a  20  ans,  par  des  absences.  Sans  insister  sur  ce  long 
laps  de  temps  qui  a  ete  observe,  quoique  rarement,  au  cours  de 
certains  cas  de  tumeur  cerebrale  a  evolution  tres  lente,  je  trouve 
qu’il  est  exceptional  de  voir  les  accidents  comitiaux  symptomati- 
ques  de  neoplasie  cerebrale  se  manifester  d’abord  par  de  simples 
absences  ;  generalement,  il  s’agit  de  crises  jacksomennes  ou  de 
crises  generalisees  convulsives.  Les  absences,  en  general,  sont  plu¬ 
tot  rares,  meme  dans  les  cas  de  tumeur  cerebrale  confirmee. 

Chez  ce  malade,  la  stase  papillaire  est  certainement  un  symp, 
tome  important  de  tumeur  cerebrale,  mais  il  faut  aussi  admettre 


SEANCE  DU  9  JANVIER  1936 


85 


qu’elle  peut  n’etre  due  qu’a  la  simple  hypertension  du  liquide 
cephalo-rachidien  dont  les  causes  sont  si  multiples.  Chez  un  sujet 
dont  je  viens  de  faire  1’autopsie,  qui  etait  aveugle  depuis  plusieurs 
annees  par  atrophie  optique,  chez  lequel  j’avais  pose,  un  peu  a 
cause  de  ce  symptome  precoce,  le  diagnostic  de  tumeur  compri- 
mant  le  chiasma  optique,  j’ai  eu  la  surprise  de  trouver  une  petite 
tumeur  de  la  region  pedonculo-cerebelleuse.  L’atrophie  etait  due 
a  l’hypertension  du  liquide  cephalo-rachidien  qui  avait  entraine 
une  dilatation  enorme  du  troisieme  ventricule,  tellement  consi¬ 
derable  que  la  tige  pituitaire  s’etait  elle-meme  dilatee  au  point 
que  le  liquide  cephalo-rachidien  venait  comprimer  directement 
l’hypophyse. 

M.  Guiraud.  —  Le  diagnostic  de  ce  cas  est,  comme  le  disent 
les  auteurs,  tres  delicat.  Et  il  n’est  pas  sur  du  tout  qu’il  s’agisse 
d’une  tumeur  cerebrale.  L’hypertension  arterielle  si  marquee 
chez  un  homme  de  47  ans  fait  penser  a  la  possibility  d’hemorra- 
gies  meningees.  II  pourrait  s’a'gir  de  pachymeningite  hemorragi- 
que.  La  ventriculographie  est  indispensable  pour  trancher  les 
hesitations. 

M.  Rayneau.  —  Le  diagnostic  est  souvent  delicat  entre  la 
tumeur  cerebrale  et  l’hemorragie  meningee.  Ce  fut  le  cas,  pendant 
la  guerre,  chez  un  enfant  de  14  ans.  Le  premier  trouble  fut  un 
vertige  au  cours  d’une  course  a  bicyclette  avec  chute.  L’enfant 
put  se  relever  et,  pendant  quelques  jours,  parut  normal,  puis  il 
eut  des  secousses  epileptiformes  du  bras  gauche. 

L’intervention  montra  une  volumineuse  tumeur  centrale  ino¬ 
perable  et  l’enfant  mourut. 

M.  Schiff.  —  Les  malades  presentes  par  MM.  Anglade  et  Cour- 
bon  sont  tres  interessants  en  eux-memes  et  aussi  parce  qu’ils 
posent  a  nouveau  la  question  si  importante  des  tumeurs  cerebra- 
les  envisagees  au  point  de  vue  de  la  psychiatrie. 

Je  crois  que,  dans  un  cas  comme  celui  de  M.  Anglade,  il  est 
impossible  d’affirmer  ou  de  nier  expressement  la  presence  d’une 
tumeur.  L’agrammatisme  de  son  malade,  la  figure  de  stase,  l’albu- 
minose  rachidienne,  la  paresie  faciale  sont  susceptibles  d’inter- 
pretations  diverses.  On  pourrait  penser  aussi  a  une  atrophie  du 
type  Pick,  a  une  arteriopathie  disseminee,  a  une  encephalite 
infectieuse  et,  dans  le  cas  de  M.  Courbon  aussi,  c’est  une  atteinte 
infectieuse  du  tuber  qu’il  est  permis  de  concevoir.  Une  ventricu¬ 
lographie  positive,  une  tension  retinienne  elevee,  une  dissocia¬ 
tion  des  reactions  globuliniques  peuvent  aider  au  diagnostic, 
sans  avoir  de  valeur  absolument  probante. 


SOCIETE  MEDIC0-PSYCH0L0G1QUE 


L’observation  d’un  nombre  assez  eleve  de  tumeurs  cerebrates 
montre  la  frequence  de  ce  syndrome  psychique  initial  des  tumeurs 
cerebrates  que  j’ai  signale  il  y  a  douze  ans,  d’abord  avec  M.  Mai- 
chand,  puis  avec  M.  Toulouse.  Au  point  de  vue  pratique,  un 
certain  nombre  de  faits  me  paraissent  avoir  ete  releves. 

1°  La  gravite  des  tumeurs  qui  se  manifestent  d’abord  par  des 
signes  psychiques,  la  fragility  de  ces  malades,  chez  qui  toute 
ponction  lombaire,  qui  trouble  l’hydraulique  meningee,  doit  etre 
proscrite  :  la  seule  mesure  de  la  tension  rachidienne  peut  etre 
dangereuse.  Des  qu’on  soupconne  une  tumeur,  le  patient  doit 
etre  alite,  mobilise  avec  precautions,  transports  chez  les  specia- 
listes  et  dans  les  services  de  neuro-chirurgie  en  ambulance  seu- 
lement. 

2°  La  tres  grande  variability  de  la  symptomatology  chez  ces 
malades,  en  particulier  dans  les  tumeurs  temporales. 

3°  L ’importance  de  la  ventriculographie  qui,  selon  la  doctrine 
de  M.  Clovis  Vincent,  doit  etre  toujours  une  intervention  armee, 
avec  possibility  de  poursuivre  immediatement  une  operation 
d’exerese  ou  de  decompression. 

4°  II  y  a  lieu  de  signaler  l’interet  medico-legal  de  ces  cas  : 
tumeurs  latentes  avec  evolution  post-traumatique  rapide,  comme 
chez  le  garcon  que  vient  de  citer  M.  Rayneau.  II  faut  insister  sur 
la  periode  medico-legale  des  tumeurs  cerebrates  :  tumeurs  long- 
temps  latentes  chez  un  sujet  qui  se  met  tout  a  coup  a  mener  une 
vie  desordonnee  ou  crapuleuse,  en  contraste  avec  sa  moralite 
anterieure,  qui  commet  des  escroqueries,  des  vols,  perd  tout  sens 
moral.  Une  fin  brusque  peut  reveler  une  tumeur  a  laquelle  il  est 
legitime  d’attribuer  retrospectivement  le  desordre  de  la  conduite. 

M.  Vurpas.  —  La  conclusion  de  ce  cas  et  des  autres  cas  publies 
recemment  est  que  le  meilleur  moyen  de  diagnostic  des  tumeurs 
cerebrales  est  la  ventriculographie.  Bien  souvent,  on  ne  peut  rienl 
affirmer  avant  de  l’avoir  pratiquee. 


La  seance  est  levee  a  It  heures. 


Les  secretaires  des  seances  : 
Paul  AbSly  et  P.  Carrette. 


SEANCE  DU  27  JANVIER  1936 


87 


Seance  du  Lundi  27  Janvier  1936 


Presidence  :  MM.  Th.  SIMON,  ancien  president 
et  VURPAS,  president 


Allocution  de  M.  Th.  SIMON,  president  sortant 

Mes  chers  Collegues, 

La  coutume  veut,  paraiit-il,  que  le  president  sortant  prononce 
quelques  paroles  de  remeirciement  et  d’adieu.  D’autre  part,  la  mode 
n’est  plus  guere  aux  longs  discours.  Autrefois  on  eut  sans  doute 
dans  ces  circonstances  exprime  sur  les  maladies  mentales  —  0t 
notamment  sur  leur  classification  —  des  considerations  d’ordre  gene¬ 
ral.  .  On  aimait  les  vues  d’ensemble  et  1’on  ebauchait  volontiers  des 
projets...  qui,  d’ailleurs,  ne  se  realisaient  point.  L’experience  nous  a 
appris  la  modestie  ;  peut-etre  trop.  Toutefois  et  malheureusement,  il 
faut  bien  dire  qu’en  depit  de  maintes  observations  interessantes, 
nous  n’avons  pas  encore  decouveirt,  dans  le  domaine  de  l’alieiiation, 
Forientation  qui  nous  ouvrirait  de  nouveaux  espoirs  de  voir  se  dissi- 
per  prochainement  les  brouillards,  je  dirais  volontiers  les  tenebres, 
qui  continuent  de  nous  envelopper.  Que  le  reflexe  conditionne  soit 
Faspect  physiologique  de  la  vie  mentale  n’a  pas  beaucoup  eclairci  le 
mystere  de  ses  desordres.  L’analyse  psychologique,  pouir  ne  rien  dire 
de  la  psychanalyse,  semble  bien  ne  pouvoir  expliquer  qu’un  certain 
nombre  d’apparences.  Aux  examens  organiques  on  a  fait  quelque 
temps  credit,  et  Fon  a  sans  doute  raison  d’y  ciroire  encore,  mais  leur 
insuffisance  est  jusqu’ici  demeuree  bien  decevante.  D’ou  viendra  la 
lumiere  ?  il  est  difficile  de  le  prevoir.  Je  souhaite  qu’elle  s^eleve  cette 
annee  de  vos  travaux,  et  je  vous  convie  a  applaudir  le  nouveau 
bureau  qui  va  presider  a  vos  destinees  : 

Mon  ami  Vurpas,  par  qui  j’ai  le  plaisir  d’etre  remplace,  et  que 
j’invite  done  a  se  deplacer  d’un  rang  vers  la  gauche  ; 

Mon  ami  Rene  Charpentier,  qui  m’a  rendu  la  tache  si  facile  ; 

Mon  ami  Courbon,  qui  devient  secretaire  general  un  peu  a  son 
corps  defendant ; 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


MM.  Paul  Abely  et  Carrette,  qui  encadrent  de  leur  jeunesse  les 
membres  precedents  ; 

Mme  Thuillier-Landry,  a  qui  vous  ne  ferez  point,  j  espere,  attendre 
vos  cotisations. 

Allocution  de  M.  Cl.  VURPAS,  president 

MES  CHERS  COLLEGUES, 

II  est  d’usage  qu’a  la  Societe  Medico-Psychologique,  Ie  premier 
acte  d’un  President  qui  entre  en  fonction,  soit  une  allocution  dont 
la  brievete  est  de  rigueur  et  constitue  le  principal  merite. 

Bien  que  je  me  garde  d’eluder  cette  recommandation  tres  precise,, 
il  m’est  impossible  de  ne  pas  evoquer  en  ce  moment  la  longue  sene 
des  Presidents  qui  ont  occupe  ce  fauteuil.  Parmi  eux,  ont  figure  les 
noms  les  plus  illustres  de  la  Psychiatric  francaise  et,  si  j’eprouve  une 
juste  fierte  d’etre  a  la  mime  place,  je  ressens  aussi  tout  le  poids  de 
cfette  succession.  Et  je  vois  alors  que  je  ne  suis  qu’un  anneau  de 
cette  chaine  qui  relie  le  passe  au  futur.  Cette  evocation  fait  ega  e- 
ment  naitre  en  moi  un  sentiment  de  grandeur  du  a  la  flatteuse  ele¬ 
vation  a  laquelle  m’a  porte  votre  bienveillance  et  un  sentiment  de 
faiblesse  ne  de  la  comparison  qui  s’impose  avec  ces  predecesseurs 

veneres.  n 

Mais  la  prescription  rigoureuse  que  j’ai  pronns  de  respecter  me 
ramene  a  1’heure  presente  et  je  suis  heureux  de  remercier  main- 
tenant  notre  President  sortant,  aux  cotes  de  qui,  durant  1’annee  quL 
vient  de  s’ecouler,  j’ai  appris  a  diriger  le  cours  des  seances.  II  est 
deja  loin  le  temps  oil  mon  regrette  maitre,  le  professeur  Joffroy,  me 
conseillait  comme  une  des  meilleures  preparations  au  Concours  de 
son  Clinicat  que  je  briguais.  de  m’entourer  des  conseils  de  mon 
ami  Simon,  qui  etait  d’ailleurs  a  peine  mon  devancier  et  de  suivre 
ses  avis.  En  lui  contant  ce  propos  qu’il  a  sans  doute  toujours  ignore, 
jo  suis  heureux  de  lui  redire  toute  ma  sympathie. 

Notre  Vice-President,  mon  ami-  Rene  Charpentier,  a  droit  a  toute 
notre  gratitude.  Le  role  difficile  de  Secretaire  general  qu’il  a  assume 
pendant  plusieurs  annees  lui  vaut  la  reconnaissance  de  notre  Societe,. 
et  il  m’est  particulierement  agreable,  apres  plus  d’un  quart  de  siecle 
(Pune  amitie  qui  ne  s’est  pas  dementie  d’etre  l’interprete  de  tons 
en  lui  exprimant  nos  remerciements. 

Mais  le  role  du  President  est  ephemere  et  il  faut  a  la  base  de  notre 
Societe  l’element  stable  qui  assure  sa  duree.  Nos  regards  vont  alors  a 
notre  nouveau  Secretaire  general,  mon  ami  Courbon.  Je  compte  sur 
son  ancienne  amitie  pour  m’aider  a  m’acquitter  avec  honneur  de 
mon  role.  Mes  amis  Abely  et  Carrette  me  preteront  sans  nul  doute 
leur  concours  le  plus  actif  et  me  seront  un  precieux  appui. 
Mme  Thuillier-Landry,  notre  devouee  et  vigilante  Tresonere, 
garantit  la  continuation  de  la  Socidte  Medico-Psychologique.  Avec 


SEANCE  DU  27  JANVIER  1936 


89 

l'aide  de  tous,  les  difficultes  me  seront  aplanies  et  je  pourrai  sans 
trop  de  craintes  affronter  la  tache  qui  m’incombe  aujourd’hui. 

Cette  tache,  je  l’inaiugure  en  souhaitant  la  bienvenue  a  M.  le  pro- 
fesseur  Ern.  de  Craene,  de  Bruxelles,  President  du  dernier  Congres 
des  medecins  alienistes  et  neurologistes,  a  M.  le  docteur  Repond  de 
Malevoz,  President  du  futur  Congres,  et  a  M.  le  docteur  Bersot,  de 
Neuchatel,  que  nous  sommes  heureux  de  compter  parmi  nous. 

Un  devoir  douloureux  m’incombe  maintenant.  Nos  amis  anglais 
viennent  de  perdre  leur  Roi.  Nous  connaissons  leur  attachement  secu* 
laire  a  leur  Souverain  et  je  suis  certain  d’etre  l’interprete  de  tous  en 
leur  exprimant  avec  notre  tristesse  la  reconnaissance  emue  que  nous 
lui  conservons.  Car,  nous  ne  saurions  oublier  qu’il  n’a  pas  hesite  a 
se  ranger  a  nos  cotes  avec  tout  son  peuple  dans  des  heures  angois- 
santes. 

Que  nos  Collegues  de  la  Royal  Medico-psychological  Association 
veuillent  done  trouver  ici  nos  sympathiques  condoleances  et  l’assu- 
rance  de  nos  sentiments  attristes. 

Adoption  du  proces-verbal 

Le  proces-verbal  de  la  seance  du  jeudi  12  decembre  1935  et  le  pro¬ 
ces-verbal  de  l’Assemblee  generate  et  de  la  seance  ordinaire  du  lundi 
23  decembre  1935  sont  adoples. 

Correspondance 

M.  Paul  Courbon,  Secretaire  general.  —  La  correspondance  ma- 
nuscrite  comprend  : 

des  lettres  de  MM.  les  D”  J.  Borel,  Casalis,  Leulier,  Rouart  et 
Rubenovitch,  qui  remercient  la  Societe  de  les  avoir  nommes  mem- 
bres  correspondants  nationaux  ; 

une  lettre  de  M.  le  Dr  Carrette,  qui  remercie  la  Societe  de  l’avoir 
nomme  secretaire  des  seances  ; 

une  lettre  de  Mademoiselle  le  Dr  Andree  Deschamps,  medecin-direc- 
teur  de  l’Asile  de  Rodez,  qbi  demande  a  faire  partie  de  la  Societe  au 
titre  de  membre  correspondant  national.  La  Societe  designe  une 
Commission  composee  de  MM.  Marchand,  Simon  et  Guiraud,  rappor¬ 
teur,  pour  l’examen  de  cette  candidature.  Le  vote  aura  lieu  a  la  seance 
du  lundi  24  fevrier  1936  ; 

une  lettre  de  M.  le  D1'  Brochado,  sous-directeur  de  l’hopital  d’alie- 
nes  de  Conde-Ferreira  (Portugal),  qui  demande  a  faire  partie  de  la 
Societe  au  titre  de  membre  associe  etranger.  La  Societe  designe  une 
Commission  composee  de  MM.  Rene  Charpentier,  Courbon,  Fileas- 
sier,  rapporteur,  pour  1’examen  de  cette  candidature.  Le  vote  aura 
lieu  a  la  seance  du  lundi  24  fevrier  1936. 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOG1QUE 


Commission  des  Prix 

La  Societe  a,  cette  annee,  a  decerner  :  le  Prix  Belhomme,  le  Prix 
Moreau  de  Tours,  le  Prix  Aubanel  et  le  Legs  Christian. 

Prix  Belhomme 

Ce  Prix  triennial,  habituellement  de  900  francs,  avait  ete  porte 
exceptionnellement  a  1.200  francs,  pour  cette  annee,  par  la  Societe. 
Le  sujet'  suivant  avait  ete  designe  :  Les  etats  de  deficiency  intellec- 
iuelle  post-traumatiques  chez  Venfanl  (a  l’exclusion  des  traumatismes 
obstetricaux). 

Aucun  candidat  ne  s’est  presente. 

Le  Bureau  propose  de  maintenir  la  question  posee  et  d  elever  a 
1.500  francs  le  Prix  Belhomme  a  decerner  en  1939. 

La  proposition  raise  aux  voix  est  adoptee. 

Prix  Moreau  de  Tours 

Ce  Prix  biennal  est  de  200  francs. 

Un  seul  memoire  a  ete  depose.  Une  Commission  composee  de 
MM.  Desruelles,  Laignel-Lavastine  et  A.  Santenoise  est  designee 
pour  l’examen  de  ce  memoire. 

Prix  Aubanel 

Ce  Prix,  habituellement  triennal  et  de  1.500  francs,  doit  exception- 
nellement,  par  decision  de  la  Societe  dans  sa  seance  du  28  janvier 
1935,  etre  decerne  en  1936  et  en  1937  et  porte  a  3.000  francs  pour 
chacune  de  ces  deux  annees. 

Un  seul  memoire  a  ete  depose.  Une  Commission  composee  de 
MM.  Capgras,  Mignot,  Simon,  est  designee  pour  l’examen  de  ce 
memoire. 

Legs  Christian 

Ce  prix,  annuel,  habituellement  de  300  francs,  a  ete  porte  excep- 
tionnellement  a  1.000  francs  pour  1’annee  1936,  par  decision  de  la 
meme  seance. 

Une  seule  candidature  a  ete  posee.  Mais  le  Bureau  a  constate  qu  elle 
ctait  irrecevable,  le  candidat  ne  realisant  pas  les  conditions  requises. 

Le  prix  Christian,  habituellement  de  300  francs,  sera  porte  a 
1.000  francs  pour  1’annee  1937  et  pour  1’annee  1938. 

Selon  l’usage,  l’attribution  de  ces  Prix  aura  lieu  a  la  seance  du  qua- 
trieme  lundi  de  mai  prochain. 

La  liste  des  Prix  a  decerner  par  la  Societe,  en  1937,  1938  et  1939, 
est  publiee  dans  les  Varietes  du  present  numero  des  Annales  Medico- 
Psychologiques. 


SEANCE  DU  27  JANVIER  1936 


Election  d’un  membre  correspondant  national 

Apres  lecture  d’un  rapport  de  M.  Carrette,  au  nom  d’une  Commis¬ 
sion  composee  de  MM.  Desruelles,  Laignel-Lavastine  et  Carrette, 
eur  les  titres  de  Mme  le  Dr  A.  Masson,  il  est  precede  au  vote  : 


Nombre  de  votants  .  25 

Majorite  absolue  .  13 


A  obtenu  : 

Mme  le  Dr  A.  Masson  .  24  voix. 

Bulletin  blanc .  1 

Mme  le  Dr  A.  Masson,  de  Saint-Alban  (Lozere),  est  elue  membre 
correspondant  national  de  la  Societe  Medico-Psychologique. 

Election  d’un  membre  titulaire 

Apres  lecture  d’un  rapport  de  M.  Porc’her,  au  nom  d’une  Commis¬ 
sion  composee  de  MM.  Bourguignon,  Peron,  Porc’her,  Robert  et 
Vignaud,  sur  les  titres  de  MM.  le  D1'  Roger  Anglade  et  le  D1  Mar- 
timor,  il  est  procede  au  vote  : 


Nombre  de  votants  .  35 

Majorite  absolue  .  18 

Ont  obtenu  : 

M.  le  I)p  R.  Anglade  .  18  voix. 

M.  le  Dr  Martimor  .  13  — 

Bulletin  blanc  . . .  1 

Bulletins  nuls  . . . . •'  3 


M.  le  D'  Roger  Anglade  est  elu  membre  titulaire  de  la  Societe 
Medico-psychologique. 

Commission  chargee  d’etudier  la  question 
des  Assistantes  Sociales 

Le  rapport  de  la  Commission  nominee  le  25  novembre  1935  est 
remis  a  la  seance  du  lundi  24  fevrier  prochain. 


92 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOG1QUE 


COMMUNICATION  S 


Vitamine  C,  precarence  et  neuropsychiatrie, 
par  M.  H.  Bersot  (du  Landeron  pres  Neuchatel  (Suisse). 

Resume.  _ De  decouverte  recente,  la  vitamine  C,  ou  vitamine  anti- 

scorbutique,  s’est  revelee  comme  un  element  revitalisant  particuliere- 
ment  efflcace  chez  certains  nevropathes  et  petits  mentaux,  ainsi  que 
chez  les  jeunes  gens  et  enfants  fatigues,  astheniques  et  nerveux,  sur- 
tout  a  la  fin  de  l’hiver.  L’auteur  expose  ses  recherches  chez  les 
alienes  (catatoniques,  arteriosclereux,  etats  preseniles,  etc.).  II  etablit 
que  nombreux  sent  ces  malades  chez  lesquels  des  signes  d’hypovita- 
minose  C  sont  decelables,  qui,  en  particulier,  ont  une  elimination  de 
vitamine  C  iiettement  ralentie  et  insufflsante.  Cet  etat  d’hypovitami- 
nose  diminue  la  resistance  du  malade  aux  infections  et  intoxications. 
Selon  M.  Bersot,  la  vitamine  C,  administree  a  ces  malades,  exerce  sur 
eux  une  influence  tres  favorable. 


L ’assistance  aux  enfants  difficiles  au  Foyer  de  Soulins, 
par  M.  E.  Minkowski  et  Mlle  A.  Silz. 

La  discussion  qui  suivit,  a  la  reunion  de  novembre,  la  commu¬ 
nication  de  M.  Vie  sur  «  Les  ameliorations  survenant  chez  cer¬ 
tains  arrieres  entre  16  et  25  ans  »  a  largement  depasse  le  sujet 
de  cette  communication.  Nous  avons  cru  y  voir  la  traduction  de 
ce  fait  que  notre  Societe  s’est  Telativement  peu  occupee  au  cours 
des  dernieres  annees  de  l’enfance  anormale  ainsi  que  des  mesu- 
res  medico-sociales  auxquelles  doit  mener  l’etude  de  cette  ques- 
tion.  Cela  nous  a  incite  a  faire  cette  communication  sur  le  Foyer 
de  Soulins  qui,  subventionne  depuis  deux  ans  par  le  departement 
de  la  Seine,  vient  prendre  sa  place,  a  cote  d’autres  etablissements 
destines  a  l’enfance  deficiente,  dans  cette  armature  que  les  pou- 
voirs  publics,  precedes  en  cela  par  l’initiative  privee,  fmiront 
progressivement,  en  s’entourant,  comme  nous  1  esperons,  de  com¬ 
petences  necessaires,  par  creer  dans  le  but  de  combattre  le  mal. 
Cette  premiere  communication  ne  doit  servir  du  reste  qu’a  don- 
ner  un  tableau  general  de  l’organisation  du  Foyer.  Nous  serions 
lieureux  s'il  nous  etait  donne  par  la  suite  d’apporter  notre  contri¬ 
bution  aux  multiples  problemes  tant  d’ordre  clinique  et  psycho- 
logique  que  pedagogique  et  social  que  souleve  l’etude  de  l’enfance 
deficiente.  Ces  divers  points  de  vue  se  rejoignent  du  reste  neces- 


SEANCE  DU  27  JANVIER  1936 


93 


sairement.  Quelles  que  soient  les  indications  pour  un  traitement 
ou  une  intervention  medicate  au  sens  strict  du  mot,  comme  it 
s’agit  dans  la  tres  grande  majorite  des  cas  de  mesures  a  longue 
haleine,  le  probleme  educatif  devra  se  poser  simultanement  de 
meme  que  cette  activite,  pour  avoir  son  plein  rendement,  ne 
pourra  etre  separee  du  probleme  de  la  misere  sociale,  crea- 
trice,  dans  le  domaine  qui  nous  interesse,  de  conditions  particu- 
lierement  defavorables  pour  l’etre  humain  au  seuil  de  son  exis¬ 
tence.  Aussi,  lorsque  nous  parlons  du  probleme  medico-pedago- 
gique  ou  du  probleme  medico-social,  le  trait  d’union  dans  ces 
vocables  nous  parait-il  etre  presque  de  trop,  tellement  ces  divers 
aspects  semblent  devoir  s’unir  en  un  seul. 

Le  Foyer  de  Soulins  fonctionne  regulierement  depuis  six  ans. 
Du  a  l’initiative  intelligente  et  genereuse  de  Mme  O.  Spitzer, 
animatrice  egalement  depuis  de  longues  annees  du  Service  social 
de  1’Enfance  en  danger  moral,  dont  le  docteur  Simon  avec  la 
collaboration  de  Mile  Bonis  assure  le  service  medical,  le  Foyer 
de  Soulins  est  sorti  du  sein  de  ce  service  et  lui  a  ete  annexe  tout 
d’abord.  Le  but  fixe  etait  de  creer  un  centre  d’hospitalisation  et 
d’observation  pour  les  cas  particulierement  difficiles  dans  les- 
quels  soit  l’eloignement  de  l’enfant  de  son  milieu  habituel  parais- 
sait  urgent,  soit  surtout  une  observation  plus  minutieuse  etait 
necessaire  en  vue  d’une  decision  ulterieure.  C’est  done  comme 
centre  d’observation  que  fonctionna  tout  d’abord  le  Foyer  de 
Soulins,  cette  observation  allant  en  moyenne  jusqu’a  trois  mois, 
laps  de  temps  necessaire  pour  essayer  de  se  rendre  compte  de  la 
facon  d’etre  de  l’enfant  etudie,  de  ses  manifestations  reaction- 
nelles  en  fonction  du  milieu  dans  lequel  il  se  trouve,  de  ses  pos- 
sibilites  pour  l’avenir.  Mile  Vieillot  donna  la  premiere  impulsion 
au  travail  pedagogjque  du  Foyer. 

Une  modification  profonde  dans  1’organisation  du  Foyer  se 
produisit  il  y  a  deux  ans.  Tout  d’abord  la  subvention  du  departe- 
ment  lui  permit  de  vivre  en  cette  peri  ode  de  crise,  elle  lui  confe- 
rait  de  plus  une  certaine  autonomie,  en  favorisant  en  meme 
temps  la  collaboration  avec  des  institutions  destinees  a  1’enfance 
anormale.  Cette  modification  coincidait  avec  un  changement 
important  de  l’organisation  interieure,  en  ce  sens  qu’une  section 
de  reeducation  fut  annexee  a  la  section  d’observation.  Le  nombre 
de  places  fut  augmente  en  meme  temps. 

Actuellement,  le  Foyer  de  Soulins,  destine  aux  enfants  difiici- 
les  ages  de  6  a  13  ans,  comporte  done  ces  deux  sections  et  compte 
50  places,  a  parties  egales  plus  ou  moins  pour  gar^ons  et  filles. 
11  est  a  peine  necessaire  de  dire  que  la  maison  est  tou jours  pleine. 


94 


SOCIETE  MEDIC0-PSYCJ10L0G1QVE 


Pour  ce  qui  est  de  la  presence  simultanee  dans,  un  etablissement 
de  cet  ordre  d’enfants  des  deux  sexes,  disons  tout  de  suite  qu’elle 
n’offre  a  cet  age  —  et  l’experienee  de  plusieurs  annees  le  con- 

prme  _  aucun  inconvenient  serieux  susceptible  de  troubler  la 

bonne  marche  de  la  maison.  Les  dortoirs  se  trouvent  a  deux  eta- 
«es  differents,  les  refectoires  sont  separes,  mais  garcons  et  filles. 
se  retrouvent  en  classe,  au  cours  des  jeux,  a  la  gymnastique  rytli- 
mique,  et  les  conditions  dans  lesquelles  ils  vivent  —  et  la  nous 
voyons  un  avantage  —  se  rapprochent  ainsi  de  celles  de  la  vie 

normale.  . 

Le  nombre  des  journees  de  presence  est  monte  progressivement 
de  6.070  en  1930  a  17.640  en  1935,  et  si  le  nombre  d'enfants 
ayant  sejourne  au  cours  d’une  annee  n’a  pas  beaucoup  vane  en 
meme  temps,  en  se  maintenant  autour  de  90,  cela  tient  a  ce  que 
depuis  la  creation  de  la  section  de  reeducation,  les  enfants  appur¬ 
tenant  a  cette  section  restent  deux  ou  trois  ans  dans  l’etablisse- 
ment,  ce  qui  diminue  evidemment  le  nombre  des  places  dispom- 
bles  pour  de  nouveaux  entrants. 

La  selection  des  enfants  avant  leur  entree  au  Foyer  pose  d’eni- 
blee  quelques  problemes  importants.  Tout  d’abord  il  s  agit  d  eli- 
miner  les  enfants  atteints  de  debilite  mentale,  qui  exigent  des 
methodes  et  une  organisation  differente  de  celles  appbquees  aux 
enfants  presentant  des  troubles  du  caractere  et  du  comporte- 
ment,  avec  un  niveau  mental  normal.  Mais  cette  discrimination 
n’estparfois  guere  aisee  au  cours  d’un  bref  examen  clinique, 
surtout  la  oil  il  existe  un  gros  retard  scolaire  chez  des  enfants 
qui  n’ont  pas  ete  envoyes  regulierement  a  l’ecole.  Et  c’est  ainsi 
que  les  examens  psychologies  faits  systematiquenient  par 
M.  Francois,  montrent  qu’en  moyenne  le  niveau  mental  des 
enfants  admis  au  Foyer  reste  legerement  inferieur  a  la  normale. 
Le  deuxieme  point  concerne  la  constatation  objective  des  faits 
justifiant  l’admission.  Ici  un  controle  rigoureux  devient  neces- 
saire,  cela  d’autant  plus  que  les  places,  limitees  en  nombre,  doivent 
etre  utilisees  a  bon  escient  dans  la  mesure  du  possible.  La,  sauf 
quelques  races  exceptions,  une  enquete  prealable  faite  par  une 
assistante  sociale  de  restitution  qui  demande  l’admission  de 
l’enfant  est  indispensable,  enqugte  portant  sur  le  milieu  familial, 
sur  la  vie  de  l’enfant,  sur  les  differences  qui  peuvent  exister  dans 
le  coAipcrtement  de  l’enfant  a  la  maison  et  a  l’ecole,  etc.  Nous 
constatons  d’ailleurs  a  ce  propos  que  le  role  de  l’assistante  sociale 
s’etend  d’annee  en  annee  ;  sans  parler  des  etablissements  medi- 
caux,  nous  en  trouvons  dans  les  ecoles,  dans  les  Habitations  a 
bon  marche,  a  la  Caisse  de  Compensation,  etc.  ;  leur  activite 


SEANCE  DU  27  JANVIER  1936 


95 


penetre  de  plus  en  plus  en  profondeur  dans  la  society  et  confere 
egalement  a  notre  travail  dans  ce  domaine  cette  note  sociale  dont 
il  ne  saurait  se  passer  4  Les  donnees  fournies  ont  ainsi  d’emblee 
une  portee  plus'  objective.  Et  cela  est  d’autant  plus  necessaire 
que  du  cote  des  parents  mainte  difficulty  peut  se  presenter.  Par- 
tois  les  parents,  des  qu’ils  apprennent  l’existence  d’un  etablisse- 
iuent  pour  enifants,  cherchent  a  y  placer  les  leurs  pour  s’en 
debarrasser  au  fond.  C’est  la  le  revers  de  la  medaille,  l’inconve- 
nient  que  presente  toute  oeuvre  d’assistance.  Un  jour,  lorsque 
nous  disions  a  une  mere  :  «  Mais,  Madame,  votre  fille  ne  pre¬ 
sente  pas  de  troubles  suffisants  pour  etre  admise  a  Brunoy  », 
elle  repondit  :  «  Oui,  evidemment,  si  mon  mari  avait  ete  alcooli- 
que  et  ma  fille  voleuse,  yous  auriez  bien  consenti  a  vous  charger 
de  son  entretien  ».  Rien  a  repondre  a  pareille  objection,  mais 
dans  l’esprit  nait  pourtant  le  desir  de  soustraire  la  fillette  a  sa 
mere,  sans  cependant  avoir  recours  a  une  organisation  speciale 
et  relativement  onereuse  comme  celle  qu’exigent  les  enfants  dif- 
ficiles.  Ici  un  placement  familial  bien  organise  et  surveille  pour- 
rait  a  notre  avis  rendre  de  grands  services.  A  l’autre  bout  se 
trouvent  les  parents  paranoiaques  qui,  au  contraire,  s’opposent 
a  la  mesure  proposee.  J’ai  eu  recemment  a  m’occuper  d’une 
fillette  qui,  renvoyee  de  l’ecole  a  cause  de  troubles  du  caractere, 
etait  proposee  pour  le  Foyer  de  Soulins  ;  la  mere  pourtant  ne 
faisait  que  parler  du  proces  intente  a  l’lnspecteur  d’Academie  et 
me  refusa  d'examiner  sa  fille  en  dehors  de  sa  presence  sous  pre- 
texte  qu'il  etait  de  son  devoir  de  «  1’assister  »  dans  ces  moments 
difficiles  de  son  existence.  Je  dois  reconnaitre  du  reste  qu’elle 
s’amadoua  par  la  suite  et  signa  la  demande  d’admission,  mais 
l’avenir  reste  trouble. 

Ici  une  remarque  d’ordre  general  g’impose.  Sans  doute,  l’eloi- 
gnement  du  milieu  familial  est  un  des  agents  therapeutiques  les 
plus  puissants  dont  dispose  la  psychopathologje  infantile,  mais 
il  demande  a  etre  manie  avec  une  certaine  prudence.  Dans  les 
cas  extremes  evidemment  la  situation  est  parfaitement  nette  et 
ne  souleve  aucune  objection  ;  mais  il  v  a  une  serie  de  cas  limites 
ou  la  decision  est  moins  aisee.  A  ce  point  de  vue,  le  terme 
«  enfant  difficile  »  n’est  peut-etre  pas  tres  heureux  ;  par  oppo¬ 
sition,  il  fait  naitre  l’idee  de  1’enfant  facile.  Mais  il  n’est  ecrit 
nulle  part  que  1’enfant  doive  etre  facile,  comme  il  n’est  ecrit 
nulle  part  que  les  parents  soient  appeles  a  etre  de  bons  educa- 
tcurs.  Les  uns  et  les  autres  sont  ce  qu’ils  sont,  a  savoir  des  etres 
humains  avec  toute  la  complexity  de  leur  organisation,  avec  tou- 
tes  leurs  faiblesses,  avec  toutes  les  interactions  bonnes  et  mau- 


96  .  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

vaises  qui  s’etablissent  entre  eux.  Et  tels  qu’ils  sont,  ils  forment 
cette  cellule  indissoluble  qui  est  a  la  base  meme  de  la  vie  de  1  etre 
humain  :  la  famille.  Or,  cette  famille  ne  se  compose  point  um- 
quement  d’attachement  et  d’affection,  mais  comporte  aussi  neces- 
sairement  de  l’anxiete,  des  acces  de  mauvaise  humeur,  des  mani¬ 
festations  reactionnelles  plus  ou  moins  «  reluisantes  *,  de  1  oppo¬ 
sition,  des  impulsions,  des  tendances  agressives,  des  erreurs  de 
iu«ement,  des  eearts  de  conduite,  des  anomalies  du  caracteie, 
des  injustices,  etc.  Mais  telle  quelle,  la  famille  persiste,  continue 
de  vivre  et  d’etre  l’atmosphere  naturelle  necessaire  pour  le  deve- 
loppement  de  l’etre  humain.  Nous,  voulons  4iTe  pav\k  que  la 
famille  humaine  comporte,  en  depit  de  ce  qui,  detache  du  tout, 
peut  etre  considere  comme  facteurs  negatifs,  une  zone  de  tole¬ 
rance  compatible  avec  la  bonne  marche  des  choses.  Et  cette  zone 
de  tolerance  parait  etre  assez  large.  11  faut  avoir  cela  en  vue 
avant  de  s’engager  dans  la  voie  de  la  separation  et  surtout  ev.ter 
d’evoquer  chez  les  parents  comme  chez  les  educateurs  1  idee  que 
les  diflicultes  qui  peuvent  surgir  relevent  de  suite  d’un  etablisse- 
ment  special.  Ils  ne  le  font  que  lorsqu’un  effort  serieux  a  ete 
tente  pour  les  aplanir.  La  egalement  une  collaboration  des  plus 
elroites  avec  le  corps  enseignant  et  avec  les  parents  peut  etie 
feconde.  Parfois  nous  avons  demande  et  aux  uns  et  aux  autres 
d’attendre  encore  avant  de  placer  l’enfant.  II  y  a  lieu  de  tenir 
compte  a  ce  point  de  vue  que  meme  en  dehors  de  la  puberte,  il 
existe  des  periodes  au  cours  desquelles  des  troubles  de  caractere 
assez  marques  peuvent  apparaitre  :  tendance  au  vol,  au  men- 
songe,  a  la  brutalite.  Souvent  nous  trouverons  a  leur  base  le 
mecanisme  d’opposition  sur  lequel  a  encore  recemment  insiste 
M.  Heuyer.  Mais  ces  troubles  ont  souvent  un  caractere  passagei, 
episodique,  et  disparaissent  assez  facilement  ;  l’essentiel,  pro- 
bablement,  c’est  de  ne  pas  leur  opposer  des  conceptions  morales 
trop  rigides  et  de  savoir  garder  une  sage  discretion  a  leur  egard. 

Cela  dit,  il  n’en  reste  pas  moins  vrai  que  «  l’insuffisance  », 
pour  ne  pas  dire  plus,  des  parents,  avec  le  retentissement  fatal 
qu’elle  a  sur  le  comportement  de  l’enfant,  reste  dans  nos  dossiers 
un  des  facteurs  les  plus  frequents  decidant  de  l’admission.  A  ce 
propos,  il  est  interessant  de  signaler  que  chez  les  enfants  mal- 
traites  on  retrouve  cette  attitude  particuliere,  decrite  par  certains 
psychiatres  (Kramer)  faite  de  passivite,  d’indifference  appa- 
rente,  d’hypalgesie,  de  conservation  d’attitudes,  mais  qui,  comme 
le  montre  Favenir  de  ces  enfants  lorsqu’on  les  change  d’am- 
biance,  n’a  rien  a  voir  avec  une  schizophrenie  precoce. 

Nous  n'avons  pas  encore  parle,  a  propos  de  la  selection,  de 


SEANCE  VU  27  JANVIER  1936 


97 


troubles  psychosiques  plus  graves,  autres  que  l’arrieration  men- 
tale.  Les  cas  extremes  s’eliminent  facilement  et  presque  d’eux- 
niemes.  Pour  les  eas  limites  on  peut  etre  assez  large.  Nous  avons 
dit  deja  plus  haut  ce  que  nous  pensions  au  sujet  de  l’aspect  medi- 
co-pedlagogique  du  probleme.  La  plasticite  de  Fenfant  rend  la  dis¬ 
crimination  de  manifestations  reactionnelles  et  de  troubles  plus 
profonds  particulierement  difficile  et  la,  une  observation  dans  un 
milieu  pedagogique  apprcprie  est  la  mesure  de  beaueoup  la  plus 
iridiquee.  Cette  observation  permet  de  faire  ressortir  l’importance 
•du  seul  critere  qui  compte,  a  savo'ir  la  faculte  de  Fenfant  de  s’inte- 
grer  au  groupe  d’enfants  dont  il  fait  partie  et  d’etre  admis  par 
ce  groupe.  Particulierement  instructive  peut  etre  a  ce  point  de 
vue  l’etude  des  enfants  qui  sent  pour  ainsi  dire  rejetes  par  le 
groupe,  qui  sont  gratifies  de  Fepithete  «  fou  » .  La  question  se 
pose  de  savoir  quels  sont  les  enfants  traites  ainsi  par  leurs  cama- 
rades,  et  jusqu’a  quel  point  le  jugement  de  ceux-ci  est  superpo- 
sable  au  notre. 

Le  «  groupe  »  est  en  general  la  notion  fondamentale  sur 
laquelle  doit  etre  centree  l’activite  et  Forganisation  d’un  etablis- 
sement  comme  le  notre.  Tout  en  contribuant  a  developper  le  sens 
social,  il  ne  noie  point  Fenfant  dans  la  masse  et  n’exclut  en  aucune 
facon  le  contact  individuel  de  chacun  avec  les  educateurs.  Il  n’est 
guere  necessaire  d’insister  sur  les  inconvenients  que  presentent 
les  classes  surpeuplees,  surtout  pour  les  eleves  moyens.  Ces  inc on- 
venients  ne  font  que  grandir  lorsqu’il  s’agit  d’enfants  difficiles  pla¬ 
ces  dans  un  etablissement  special.  Il  ne  doit  point  s’agir  la  d’em- 
brigader  les  enfants  a  un  ordre,  a  une  regie  donnee,  mais  au  con- 
traire,  de  tailler  pour  ainsi  dire  la  vie  en  cominun  sur  la  mesure 
ties 'enfants,  en  sauvegardant  pour  chacun  la  faculte  de  s’exte- 
rinriser  et  de  s’affirmer  suffisamment.  C’est  la  une  condition  sine 
ijua  non  d’une  observation  psychologique  tant  soit  peu  appro- 
fondie,  mais  c’est  la  aussi  le  principe  du  travail  de  reeducation, 
sauf  qu’ici,  justement  parce  qu’il  s’agit  de  reeducation,  la  notion 
d’une  certaine  regie  doit  s’imposer  d’une  facon  plus  precise,  a 
mesure  que  se  precise  egalement  pour  les  enfants  un  but  a  attein- 
dre  dans  le  domaine  scolaire  :  le  certificat  d’etudes  primaires. 
Quoi  qu’il  en  soit,  ici  comme  la,  le  groupe  est  appele  a  jouer  un 
role  important.  Mais  le  groupe  connait  des  limites  assez  restrein- 
tes.  Nos  50  enfants  sont,  d’apres  le  sexe.  et  d’apres  les  sections 
d’observation  et  de  reeducation,  repartis  en  quatre  groupes  de 
12-15  enfants,  et  nous  avons  l’impression  que  nous  avons  atteint 
ainsi  un  maximum.  Sans  doute,  si  l’on  nous  donnait  la  possibi- 
iite  materielle  de  nous  agrandir,  e’est-a-dire  d’augmenter  le  nom- 
Ann.  Med.-psych.,  XVe  serie,  94e  annee,  t.  I.  —  Janvier  1936.  7. 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


bre  de  places,  nous  n’hesiterions  pas  a  le  faire,  etant  donne  les. 
besoins  qui  existent  encore  dans  ce  domaine,  mars  cet  agran  is- 
sement  entrainerait  probablement  une  modification  assez  radi¬ 
cate  de  la  forniule  sur  laquelle  repose  notre  travail. 

Cela  nous  amene  a  dire  quelques  mots  de  l’organisation  Le 
personnel,  commun  aux  quatre  groupes,  comprend  la  directnce 
qui  fait  en  meme  temps  la  classe  dans  le  groupe  d’observation, 
one  eeonome,  une  institutrice  chargee  de  l’enseignement  dans  le 
groupe  de  reeducation  en  vue  de  la  preparation  au  certificat,  une 
rnonitrice  de  gymnastique  et  de  danse  rythmique  qui  de  plus 
s’occupe  des  petits,  car  nous  sornmes  obliges  de  faire,  surtout 
pour  le  travail  en  classe,  une  separation  d’apres  le  niveau  sco- 
laire.  Nous  insistons  ici  en  passant  sur  toute  Fimportance  qu  ll 
y  a  lieu  d’attacher  a  la  gymnastique  et  peut-etre  encore  plus  a 
la  rythmique.  Dans  la  discussion  du  mois  de  novembre,  M.  Rene 
Charpentier  a  plus  particulierement  insiste  sur  les  mesures  peda- 
gogiques  dictees  par  le  facteur  d’instabilite  tant  motrice  qu’intel- 
lectuelle.  Or,  dans  la  rythmique,  nous  avons  un  excellent  moyen 
de  soumettre  d’une  facon  plaisante  la  motricite  de  l’enfant  a  une 
certaine  discipline,  tout  en  developpant  en  lui  le  sens  esthetique 
et  tout  en  lui  donnant  la  possibilite  de  temps  en  temps  de  tra- 
duire  librement  en  mouvements,  selon  sa  propre  fantaisie,  la 
musique  qu’il  entend.  Cette  maitrise  de  la  motricite  a  evidem- 
ment  un  retentissement  sur  tout  le  comportement  de  l’enfant. 

En  dehors  du  personnel  dont  nous  venons  de  parler,  chacun 
des  quatre  groupes  a  une  mere  de  famille,  educatriee  qyii  parti- 
cipe  entierement  a  la  vie  des  enfants  de  son  groupe.  Elle  par- 
ta«e  leurs  repas,  les  guide  dans  les  besognes  menageres,  veille  a 
la°proprete,  a  Fhygiene,  a  l’entretien  des  vetements,  a  l’ordre 
dans  les  chambres,  formant  ainsi  des  habitudes,  un  des  elements 
de  la  formation  du  caractere.  Chacune  de  ces  quatre  meres  de 
famille  a,  du  reste,  encore  une  fonction  supplementaire  a  rem- 
plir  ;  Fune  dirige  l’enseignement  menager  des  filles  (cuisine 
lavage,  repassage,  couture)  ;  l’autre,  les  travaux  manuels  des  gai 
cons  (jardinage  et  cordonnerie)  ;  la  troisieme  est  assistante  psv 
cliologique  ;  la  quatrieme  dactylographe.  De  plus,  chaque  edu 
catrice  fournit  tous  les  huit  jours  une  fiche  d’observation  su 
chaque  enfant  ;  ces  fiches  sont  ensnitc  compulsees,  confrontees 
discutees  dans  des  reunions  pedagogiques  et  fournissent  les  mate 
riaux  pour,  le  rapport  psychologique  etabli  au  sujet  de  1  enfant. 
Le  travail  ne  manque  done  pas,  un  travail  qui  demande  un  effort 
detention  de  tous  les  instants.  Des  stagiaires  secondent  du  reste 
les  educatrices  dans  ce  travail,  les  eleves  des  6coles  sociales 


SEANCE  DU  27  JANVIER  1936 


99 


venant  accomplir  leur  stage  au  Foyer.  Nous  enregistrons  avec 
satisfaction  que  des  ecoles  similaires  beiges  et  suisses  nous 
envoient  egalement  pour  plusieurs  mois  leurs  anciennes  eleves. 

Nous  ne  donnons  ici  evidemment  qu’une  esquisse  tres  breve  de 
la  vie  au  Foyer  et  du  travail  qui  s’y  fait.  Avant  de  terminer 
pourtant  nous  voudrions  encore  indiquer  deux  points.  Le  pre¬ 
mier  a  trait  aux  resultats  positiifs  obtenus  par  la  creation,  grace 
a  des  chefs  et  a  des  cheftaines  benevoles,  de  groupes  d’eclaireurs 
et.  d’eclaireuses  parmi  nos  enfants.  C’est  la  un  facteur  de  plus 
pour  la  formation  du  sens  social  et  du  caractere,  capable  de  mul¬ 
tiplier  en  meme  temps  les  contacts  avec  l’exterieur.  Ainsi,  les 
eclaireuses  du  Foyer  ont  pu,  cet  ete,  participer  a  un  camp  orga¬ 
nise  par  une  troupe  dcclaireuses  supposees  «  faciles  »  et  en  ont 
rapporte,  apres  s’etre  fort  bien  adaptees  a  cette  vie  en  commun 
et  en  plein  air,  un  souvenir  qui  comptera  dans  leur  vie.  Du  reste, 
la  cheftaine  fait  revenir,  dans  la  mesure  du  possible,  pour  les 
reunions  et  les  sorties,  ses  eclaireuses  meme  apres  leur  depart 
du  Foyer  et  maintient  ainsi  le  contact  avec  elles. 

Cela  nous  mene  au  second  point.  11  est  de  premiere  importance 
et  a  trait  a  la  question  de  savoir  ce  que  deviennent  par  la  suite 
les  enfants  de  nos  etablissements  speciaux.  Nous  avons  etabli  des 
questionnaires  que  nous  adressons  periodiquement  aux  institu¬ 
tions  auxquelles  ont  ete  confies  les  enfants  apres  leur  sortie  du 
Foyer.  II.  existe,  la  encore,  une  tres  grande  lacune  et  c’est  cette 
lacune  justement  qui  a  ete  soulignee  plus  particulierement  au 
cours  de  la  discussion  du  mois  de  novembre.  Ce  n’est  que  lors- 
que  cette  lacune  sera  comblee  que  nous  aurons  un  point  d’appui 
plus  solide  pour  l’appreciation  du  rendement  tant  theorique  que 
pratique  des  mesures  preconisees  et  des  methodes  appliquees. 
II  s’agit  d’une  part  de  poursuivre  le  travail  d’assistance  apres  le 
depart  de  l’enfant  —  et  c’est  la  une  tache  qui  est,  en  partie  du 
mojns,  en  vcie  de  realisation  grace  a  la  penetration  dans  divers 
organismes  sociaux  de  Tassistance  sociale  —  il  s’agit  d’autre  part 
de  recueillir  des  donnees  de  premiere  importance  pour  le  psy- 
chiatre.  Nos  renseignements  relatifs  a  la  personnalite  prepsycho- 
sique  nous  sont  fournis  toujours  apres  coup,  c’est-a-dire  apres 
1’eclosion  de  la  psychose  ;  ils  sont  ainsi  tributaires  de  la  situa¬ 
tion  creee  par  celle-ci  en  ce  sens  que  certains  faits  et  gestes 
qui,  souvent,  dans  la  vie  quotidienne,  depassaient  a  peine  la 
moyenne,  apparaissent  maintenant,  l’interro'gatoire  du  medecin 
aidant,  sous  une  forme  demesuree  qu’ils  n’avaient  peut-etre  pas 
en  realite.  Les  enfants  deficients  et  diffieiles  nous  donnent  un 
tableau  vivant  de  troubles  divers  du  comportement,  du  caractere 


100 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


et  de  l’affectivite  au  cours  de  l’enfance.  II  est  incontestablement 
beaucoup  plus  difficile,  et  c’est  la  peut-etre  la  premiere  constata- 
tion  que  Pon  fait,  de  diecrire,  de  ranger,  de  classer  ces  troubles 
chez  Pendant  que  chez  l’adulte.  Mais  cela  dit,  la  question  reste 
ouverte  :  que  deviennent  ces  enifants  par  la  suite  du  point  de  vue 
psychiatrique,  au  sens  large  du  mot,  et  jusqu’a  quel  point  la  ran- 
gee  qui  s’etablit  ainsi  en  partant  de  l’enfance  pour  arriver  a  Page 
adulte  sera-t-elle  superposable  a  celle  que  nous  obtenons  en  exa¬ 
minant  les  faits  en  sens  inverse,  c’est-a-dire  en  essayant  de 
."^££7)£5i&construire  retrospectivement  l’enfance  et  le  passe  de  nos  mala- 


1 


;  3j  Exhibitionnisme  et  acromegalie,  par  I 

J  ‘  w/ 


Jean  Picard. 

J>-^/ 

Ayant  eu  Poccasion,  au  cours  de  la  seance  du  28  octobre  der¬ 
nier,  de  signaler  a  propos  de  la  communication  de  MM.  Toulouse, 
Schiff  et  Simonnet  le  role  probable  joue  par  les  dysfonctions  du 
lobe  anterieur  de  l’hypophyse  dans  quelques  perturbations  psy- 
cho-sexuelles  de  l’adulte,  en  particular  dans  certaines  formes 
d’exhibitionnisme,  ce  sont  ces  observations  qui  sont  rapportees 
aujourd’hui,  a  l’appui  de  la  these  que  j’avais  soutenue. 

Le  premier  cas  qui  avait  attire  mon  attention  concerne  un 
delirant  a  heredite  chargee  (oncle  et  frere  ayant  ete  internes) 
presentant  un  gros  desequilibre  du  comportement.  II  avait  fait, 
a  29  ans,  un  delire  erotomaniaque  absurde  concernant  une  jeune 
fille  de  son  pays  et  s’est  livre  plusieurs  fois  a  des  exhibitions  obs- 
cenes.  Or,  son  exces  de  libido  s’accompagne  d’une  notable  reduc¬ 
tion  de  la  puissance  sexuelle  et  il  presente  un  syndrome  acro- 
megalique  fruste.  Ce  cas  reste  trop  complexe  et  trop  peu  probant 
du  point  endocrinologique  pour  entrainer  la  conviction.  Pour- 
tant  les  deux  observations  suivantes  ont  confirme  cliniquement 
nos  presoinptions  : 


Observation  I.  —  Reg.  Jean  a  ete.  interne  le  2  septembre  1930,  a 
la  suite  d’un  non-lieu  pour  outrages  aux  moeurs.  C’est  un  recidiviste 
de  l’exhibition  sexuelle,  deja  condamne  cinq  fois,  de  1913  a  1927, 
pour  des  faits  identiques  et  interne  a  deux  reprises  apres  non-lieu 
pour  la  meme  inculpation.  II  a  fait,  en  consequence,  son  service  aux 
Bataillons  d’Afrique,  em  Tunisie.  Age  actuellement  de  44  ans,  il  a 
mene  du  fait  de  ses  nombreuses  condamnations  une  existence  errante 
entrecoupee  d’incarcerations  et  d’internements,  manifestant  dans 
les  asiles  une  tendance  aux  evasions  plusieurs  fois  realisee. 

Tous  ses  delits,  dont  le  premier  se  serait  produit  a  Page  de  21  ans. 


SEANCE  DU  27  JANVIER  1936 


101 


ont  ete  accomplis  dans  les  memes  conditions  :  Dans  un  village,  cet 
individu,  generalement  inconnu  au  pays  et  de'  passage,  etait  vu  par 
plusieilrs  femmes  ou  enfants,  leur  exhibant,  dans  des  endroits  le 
plus  souvent  discrets  quoique  sur  la  voie  publique,  ses  parties  sexuel- 
les,  accompagnant  ses  manoeuvres,  quelquefois,  mais  non  toujours, 
de  masturbation.  Aucune  autre  sorte  d’attentat  aux  moeurs  n’a  ete  rele¬ 
vee  contre  lui.  Le  dernier  en  date,  remonte  au  mois  d’octobre  1933. 
Evade  depuis  le  mois  de  juin,  il  s’etait  livre,  a  la  sortie  d’une  ecole,  a 
i'un  de  ses  actes  coutumiers  :  Brusquement,  sans  qu’il  sache  pourquoi 
et  notamment  sans  qu’il  soit  ivre,  Fidee  lui  vient  de  s’exhiber.  Encore 
qu’elle  paraisse  peu  imperieuse,  qu’en  particular  il  ne  soit  jamais  a 
ce  moment  en  etat  direction,  il  n’y  resiste  pas.  Il  oublie  les  des:d-, 
grements  qu’il  a  deja  eprouves.  Il  ne  cherche  pas  a  s’y  soustraire  et 
pas  toujours  a  se  cacher.  Pendant  Facte,  il  ne  pense  a  rien  d’autre. 
Apres,  il  est  tranquille.  Les  manoeuvres  onanistes  sont  secondaires  et 
non  constamment  couronnees  de  succes  ;  la  jouissance  eprouvee 
nulle,  mais  le  soulagement  certain.  Il  donne  tous  ces  details  corro- 
bores  par  les  temoins,  d’un  air  detache,  presque  fataliste,  sans  emo¬ 
tion,  comme  un  homme  atteint  de  spleen  qui  ne  se  trouve  bien 
nulle  part. 

La  memoire  est  precise  :  il  conte  sa  vie  banale,  sans  prolixite  ;  ses 
peregrinations  d’ouvrier  agricole.  Son  pere  etait  buveur  mais  solide  ; 
sa  mere  jouissait  d’une  bonne  sante  ;  point  d’antecedents  hereditaires 
speciaux  :  ni  gigantisme  ni  acromegalie  dans  la  famille.'  Dix  freres, 
dont  deux  morts  en  bas-age,  et  une  soeur  ;  cette  unique  soeur  a  ete,  a 
16  ans,  internee  a  Fasile  de  Bourg,  ou  elle  est  morte.  Lui-meme 
aurait  presente  un  etat  meninge  vers  l’age  de  huit  ans  et  une  pleure- 
sie  l’annee  suivante.  Instruction  moyenne  mais  suffisante. 

Vers  l’age  de  16  ans,  il  a  commence  a  se  masturber,  rarement  ;  et 
il  se  cachait  pour  le  faire.  Durant  toute  sa  vie  sexuelle,  il  a  fait 
preuve  d’une  indifference  totale  pour  la  femme.  11  est  celibataire, 
sous  des  pretextes  varies  :  parce  qu’il  n’avait  pas  d’argent...,  qu’il 
est  revenu  trop  vieux  de  l’armee...,  que  ca  ne  lui  disait  rien.  Ses  rap¬ 
ports  sexueis  sont  restes  exceptionnels  et  seulement  lorsqu’il  y  fut 
entraine  par  d’autres.  Il  n?a  pas  eu  de  maitresse.  On  ne  decouvre  chez 
lui  aucune  tendance  homosexuelle,  aucune  attirance  pour  les  jeunes 
enfants.  Pas  de  pollutions  nocturnes. 

L’examen  physique  est  des  plus  suggestifs  :  Reg...  est  un  homme 
grand  (1  m.  69),  robuste,  deja  grisonnant.  La  tete  est  brachycephale, 
les  arcades  sourcilieres  proeminentes  avec  sourcils  abondamment 
fournis.  Les  oreilles  sont  mal  ourlees,  a  lobule  adherent  ;  la  face  est 
ieguliere,  mais  la  voute  palatine  est  large  et  les  os  malaires  tres 
saillants.  A  la  palpation  du  crane,  les  sutures  sont  proeminentes  en 
forme  de  crete.  La  circonference  de  la  tete  est  de  57.  L’ensemble  du 
facies  repond  bien  au  type  acromegalique. 

Vers  Page  de  20  ans,  des  camarades  ont  commence  de  le  plaisan- 
ter  surtout  sur  ses  mains,  C’est  a  cette  epoque  que  ses  extremites 


102  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

ont  pris  des  proportions  anormales  (a  22  ans,  se  produiront  les  pre¬ 
mieres  exhibitions).  II  a  du  modifier  la  pointure  de  ses  chaussures, 
pni  est  passee  de  39  a  43,  pointure  actuelle.  Effectivement,  nous  rele- 
Vons  les  mesures  suivantes  :  main,  plus  grande  largeur  de  la  paume 
de  la  main,  12  ;  longueur  de  la  main,  du  pli  inferieur  du  poignet  a 
l’extremite  inferieure  du  medius,  13,5  ;  longueur  du  medius  a  la  face 
palmaire,  9,5  ;  cir conference  du  medius  a  sa  base,  9  ;  pied,  la 
forme  generale  du  pied  est ,  conservee  ;  le  pied  n’est  pas  plat;  par 
rapport  au  reste  du  membre,  il  apparait  augmente  dans  toutes  ses 
dimensions  ;  longueur  du  talon  a  l’extremite  du  gros  orteil,  29  ;  cir- 
conference  du  cou-de-pied,  29.  , 

Aucune  malformation  du  squelette,  autre  que  celles-la,  n’est  rele- 
vee  *  mais  la  classique  cyphose  du  thorax  ne  fait  pas  defaut. 

I.a  verge  est  longue,  assez  volumineuse  ;  un  hydrocele  enorme  a 
gauche  evolue  depuis  8  annees.  Pas  d’anamnestiques  de  maladie  vene- 
rienne  ;  ni  cicatrice  ni  ganglion.  . 

Si  la  sante. generale  est  bonne,  l’appareil  cardio-vasculaire  est  assez 
touche  :  il  existe  une  cardiomegalie  avec  pouls  ralenti  de  fa?on  per- 
manente  et  tendances  syncopales  (60  pulsations  a  la  minute).  en- 
sion  au  Pachon  ;  12-8.  Quelques  extra-systoles. 

Pas  de  diabete  insipide,  pas  de  polyurie,  pas  de  syndrome  adiposo- 

^Le^malade  est  sujet  a  des  vertiges  assez  frequents  sans  crises 
convulsives. 

Observation  II.  —  Mar...  Anthime,  36  ans,  journalier,  a  ete  inculpe 
pour  la  premiere  fois  d’outrages  publics  a  la  pudeur  au  mois  de 
novembre  dernier.  Si  toute  une  serie  de  debts  semblables  constates 
depuis  trois  annees,  aux  environs  de  Chateaudun,  n’ont  pu  etre  rete- 
nus  faute  de  preuves  certaines  contre  lui,  formellement  reconnu  une 
fois’  et  pris  en  flagrant  debt  la  seconde,  il  ne  me  point  les  fails  mais 
en  fournit  une  explication  sans  sincerite  :  le  besom  de  reduire  une 
hernie  et  des  hemorroides  procidentes,  alors  qu  il  pouvait  introduire 
la  main  dans  son  pantalon  pour  tenter  de  les  rentrer,  sans  qu  iL  sort 
besoin  d’exterioriser  ses  organes  gemtaux.  Un  buisson  tout  proche 
permettait  en  outre  une  discretion  facile.  Tous  les  actes  qui  ont  fa 
I’obTet  de  cette  inculpation  se  sont  produits  de  la  meme  maniere  : 
Dans  les  champs,  souvent  a  la  sortie  de  la  messe,  Anthime,  soit  apres 
avoir  tenu  quelques  propos  sans  importance,  soit  slle"cie“e^nt’ 
plus  souvent  a  la  tombee  du  jour,  apres  avoir  avise  des  AUettes  de 
3  a  13  ans,  seules  on  en  petit  groupe,  ouvre  sa  braguette,  exlube  ses 
parties  sexuelles,  se  bornerait  5  cet  acte  ;  une  fois,  cependant 
aurait  designe  sa  verge  en  disant  :  «  elle  est  belle  »  ,  une  au  re  , 
aurait  semble  se  masturber  et  les  temoins  qui  l’ont  apprehende  decla 
rent  qu’il  etait  couvert  de  sueur.  Comme,  pour  sa  defense  il  argue 
d’une  meprise  sur  ses  intentions,  il  n’est  pas  permis  de  savoir  ce  qu  il 
eprouve  dans  l’accomplissement  de  ses  actes  ;  mais  il  se  confesse 


SEANCE  DU  27  JANVIEIi  1936 


103 


volontiers,  et  apparemment,  de  fagon  sincere  sur  son  existence  et  sa 
■vie  genitale. 

Eleve  par  ses  parents  dans  une  bonne  moralite,  il  n’y  a  rien  a  rele¬ 
ver,  ni  dans  ses  antecedents  hereditaires,  ni  dans  ses  antecedents  per¬ 
sonnels.  Pas  de  maladie  de  l’enfance  ;  certiflcat  d’etude  a  11  ans  : 
il  apprenait  vite  mais  retenait  avec  difiiculte.  Son  instituteur  a  note 
sa  timidite.  Au  sortir  de  l’ecole,  il  a  ete  place  dans  des  fermes  et  s’y 
est  montre  travailleur  et  stable  dans  ses  places.  Sa  puberte  a  ete 
indemne  de  traumatisme  psycho-sexuel.  Pas  de  masturbation  pre- 
coce,  cucune  jouissance  n’accompagnant  chez  lui  de  tels  actes,  reveles 
par  des  eamarades.  Quand  il  est  arrive  au  regiment,  il  n’avait  jamais 
connu  de  femme  et  n’a  point  subi  l’entrainement  collectif .  Il  redou- 
tait  qu’elles  ne  lui  prennent  son  «  pognon  »  mais,  durant  trois  ans, 
n’a  pas  soutfert  de  sa  continence  :  «  On  pouvait  me  plaisanter 
la-dessus,  (?a  m’a  pris  tard  ;  je  n’etais  pas  porte  pour  la  femme.  »  Son 
imagination  n’a  jamais  travaille  sur  le  plan  sexuel  :  aucune  libido, 
nuls  cauchemars  erotiques  ne  sont  venus  le  troubler.  Il  ne  presente 
pas  de  pollutions  et  a  pu  se  comparer  avec  etonnement  avec  certains 
eamarades  de  regiment.  Les  pratiques  homo-sexuelles,  que  des  pro- 
miscuites  diverses  ne  lui  permettent  pas  d’ignorer,  n’ont  eveille  chez 
lui  que  de  la  repulsion.  Marie  en  1922,  il  a  quatre  enfants,  bien  por- 
tants  ;  sa  conduite  a  lebr  egard  est  affiectueuse  et  correcte.  il  ne 
semble  guere  eprouver  vis-a-vis  de  sa  femme,  une  attirance  corpo- 
relle,  autre  que  raisonnee.  Leurs  rapports,  quotidiens  au  debut,  se 
sont  peu  a  peu  espaces  jusqu’a  ne  devenir  que  mensuels  ;  ses  desirs 
emousses  ne  lui  apportent  que  des  satisfactions  tras  relatives. 

L’examen  organique  nous  fournit  des  eclaircissementS  precieux  : 
la  configuration  generate  du  sujet  frappe  des  1’inspection  ;  il  repond 
au  type  classique  de  l’acromegale  :  de  bonne  taille  (1  m.  67),  il  est 
evident  qu’il  existe  une  notable  disproportion  entre  le  developpement 
des  extremites  et  du  massif  facial,  et  le  reste  du  corps.  La  face  est 
reguliere  mais  caracterisee  par  une  hypertrophie  acromegalique  de 
tout  1’ensemble  du  visage.  Il  se  montre  ovalaire,  le  menton  saillant, 
le  nez  epaissi  et  elargi,  les  pommettes  fort  proeminentes.  Les  oreilles, 
augmentees  de  volume,  sont  ecartees.  La  macroglossie  est  ici  tres 
accusee. 

L’hypertrophie  des  extremites  complete  ce  tableau  clinique.  Les 
mains  sont'  courtaudes,  larges  et  epaisses.  L’on  note  de  1’onychopha- 
gie.  L’hypertrophie  des  pieds  est  encore  plus  marquee  :  leur  deve¬ 
loppement  se  serait  accuse  vers  la  vingtieme  annee.  Malgre  sa  taille, 
qui  n’a  rien  d’excessif,  le  sujet  chausse  du  44.  Pas  de  deformation, 
par  contre,  du  rachis  et  du  thorax.  Ces  elements  autorisent  sans 
conteste  le  diagnostic  d’acromegalie.  Il  importe,  d’ailleurs,  de  rap- 
procher  ces  eonstatations  de  l’existence  d’hemorroides,  ces  altera¬ 
tions  veineuses  y  ayant  ete  signalees  comme  tres  frequentes  par 
Pierre  Marie. 

Aucun  trouble  grave  de  la  sante.  POurtant,  des  migraines  penibles 


104 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


vers  la  vingtieme  annee,  tous  les  quinze  jours  environ  ;  et  en  per¬ 
manence  des  troubles,  subjectifs  vertigineux  intenses:  «  Je  n’allais 
pas  au  bal  et  je  ne  puis  toujours  pas  danser  :  la  tete  me  tourne, 
j'eprouve  des  eblouissements  qui  me  feraient  tomber.  »  Toute  absence- 
fait  defaut  ainsi  que  toute  perte  de  conscience.  Sensibilite  extreme 
a  l’alcool  :  «  Si  je  ne  bois  qu’un  demi-litre  de  cidre  par  jour,  c’est 
que,  des  que  je  me  livre  au  moindre  exces,  je  suis  affreusement 
malade.  Je  ne  fume  pas  non  plus  sans  vomir  et  avoir  mal  a  la  tete.  » 
Des  transpirations  faciles  sont  notees  ;  le  pouls  bat  lentement  aux 
environs  de  60.  Les  reflexes  sont  lents  ;  un  tremblement  emotif  fin 
en  faisait  deja  au  regiment  un  mauvais  tireur. 

Sur  le  nombre  relativement  restreint  d’exhibitionnistes  qu’il 
nous  a  ete  donne  d’examiner  jusqu’a  ce  jour,  nous  avons  ete  sur- 
pris  de  ee  qui  nous  parait  plus  qu’une  coincidence  :  dans  ces 
deux  cas,  il  a  existe  un  parallelisme  etroit  entre  le  developpement 
de  l’acromegalie  et  celui  de  1’activite  delictueuse.  Si  l’on  veut  bien 
considerer  que  la  diminution  de  la  puissance  et  de  1'appetit  gene- 
sique  sont  de  regie  dans  l’acromegalie,  si  1’on  accepte,  d’autre  part, 
que  certaines  formes  d’exhibitionnisme  sont,  comme  je  me  suis. 
efforce  de  le  rappeler,  liees  a  un  deficit  de  1’activite  sexuelle,  l’oii 
pourra  s’etonner  que  les  rapports  de  l’exhibitionnisme  et  de  l’acro- 
megalie  n’aient  jamais  ete  signales. 

Ces  cas  viennent  completer  ceux  oil  cliniquement,  a  defaut  de 
recherches  endocrinologiques  plus  poussees,  la  seule  carence 
sexuelle  semble  pouvoir  etre  mise  en  cause.  Une  capacite  alteree 
des  sensations  incite  le  malade  a  la  recherche  d’emotions  com- 
pensatrices  deviees.  Wolf  (1),  dans  son  etude  sur  la  castration  de 
l’homme,  a  remarque  que  tous  ceux  d’entre  ses  malades  dont 
l’onanisme  s  etait  mariifeste  avec  retard,  apres  seize  ans,  avaient 
commis  par  la  suite  des  debts  sexuels  :  6  sur  8  sont  devenus 
exhibitionnistes.  II  nest  pas  indifferent  de  plus  de  constater* 
meme  si  leurs  resultats  sont  demeures  negatifs  dans  les  cas 
d’impuissance  simple,  que  les  trois  quarts  des  exhibitionnistes. 
ont  fourni  a  MM.  Toulouse,  Schiff  et  Simonnet  des  taux  de 
substance  oestrogene  dans  l’urine  qui  se  placent  parmi  les  plus 
eleves  qu’ils  aient  obtenus. 

M.  Ceillier.  —  J’ai  eu  l’occasion  d’expertiser  plusieurs  exhi¬ 
bitionnistes  atteints  d’acromegalie. 

Sans  nier  systematiquement  l'influence  des  troubles  endocri- 


(1)  Ch.  Wolf.  —  La  castration  tie  l’homme  pour  perversions  sexuelles  on 
debts  de  moeurs.  Annales  Medico-Psychologiques,  oct.  1935,  p.  412. 


SEANCE  DU  27  JANVIER  1936 


105 


nieiis  et  en  particulier  l’impuissance  sexuelle  habituelle,  je  me 
demande  si  un  autre  mecanisme  n’est  pas  preferable  a  celui  pro¬ 
pose  par  M.  Picard  ou  tout  au  moins  superposable  a  lui.. 

Les  acromegales  sont  generalement  tres  laids  et  d’apres  mes 
observations  eprouvent  de  ce  fait  un  sentiment  d’inferiorite  et 
d’elimination  sociale.  Ils  ne  pourront  pas  se  marier  et  en  seront 
reduits  tout  au  plus  a  des  amours  salarie.es. 

Ils  recherchent  la  compagnie  des  enfants  par  besoin  de  sympa- 
thie  et  de  tendresse.  Au  debut,  leur  tendresse  est  chaste,  mais  a  la 
longue,  elle  evolue,  comme  par  une  «  glissade  »,  vers  des  cares¬ 
ses  rapidement  delictueuses. 

En  somme,  1’exhibitionnisme  et  surtout  les  attentats  sur  les 
enfants  ne  me  paraissent  pas  etre  chez  les  acromegales  la  conse¬ 
quence  directe  des  troubles  endocriniens.  Ils  paraissent  avoir  le 
meme  determinisme  que  les  debts  sexuels  commis  a  la  suite  de 
conflits  psychologiques  ou  sociaux,  par  des  sujets  porteurs  d’au- 
tres  affections  neurologiques  que  l’acromegalie,  ou  exempts  de 
tout  syndrome  neurologique. 

Ces  debts  sont  la  consequence  d’un  sentiment  d’inferiorite  qui 
pousse  le  sujet  a  rechercher  sans  aucune  arriere-pensee  l'amitie 
et  1’affection  des  enfants,  et  evolue  ulterieurement  vers  la  recher¬ 
che  de  pratiques  erotiques.  Ce  fut  le  cas  d’un  pauvre  diable  sur- 
nomme  le  pere  joujou,  qui  etait  marchand  de  ballons  d’enfants,  et 
pendant  des  annees  eut  pour  eux  une  bonte  chastement  pater- 
nelle. 

M.  Rouart.  —  Un  des  malades,  auxquels  M.  Ceilber  vient 
de  faire  allusion,  est  actuellement  hospitalise  a  la  Clinique  des 
Maladies  Mentales.  Outre  les  caracteristiques  d’acromegabe  qui 
chez  ce  sujet  sont  tres  nettes,  il  existe  une  retraction  bilaterale 
des  aponevroses  palmaires.  Le  malade  a  toujours  eu  une  activite 
sexuelle  tres  reduite.  Marie  pendant  quatre  ans,  il  subit  surtout 
une  serie  d’echecs.  C’est  lcrsqu’il  fut  separe  de  sa  femme  qu'appa- 
ruient  les  faits  d’exhibitionnisme  pour  lesquels  il  fut  trois  fois 
condamne.  Son  caractere  est  fait  de  timidite,  d’emotivite.  Il 
existe  chez  lui  un  sentiment  d’inferiorite  tres  nette  :  «  Aucune 
femme,  dit-il,  ne  veut  de  moi  !  » 

Une  polyglobube  atteignant  le  chiffre  de  dix  millions  d’hema- 
ties  ainsi  qu’une  glycosurie  ont  ete  constatees  chez  lui.  Des  recher- 
ches  destinees  a  montrer  les  anomalies  du  fonctionnement  hypo- 
physaire  sont  en  cours  actuellement  et  seront  communiquees  lors 
de  la  presentation  de  ce  malade  devant  la  Societe  que  nous  pen- 
sons  faire  prochainement. 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


10G 

M.  X.  Ab6ly.  —  Les  acromegaliques  exhibitionnistes  que  nous 
d6crit  M.  Picard  sont  des  hyposexuels.  On  decrit  habituellement 
ces  malades  comme  des  deprimes  frigides  et  impuissants.  II  y  a 
done  une  discordance  hormonale  qui  a  intrigue  plusieurs 
auteurs.  L’acromegalie  est  en  effet,  de  l’avis  general,  une  hyper- 
hypophysie  anterieure,  mais  tout  le  monde  admet  aussi  actuel- 
lement  que  l’hypophysie  anterieure  est  stimulatrice  des  fonctions 
genitales.  La  secretion  de  l’hormone  de  croissance  se  fait  done 
en  hyper  :  la  secretion  de  l’hormone  excitogenitale  en  hypo.  Un 
tel  hyperfectionnement  electif  n’est  pas  impossible,  mais  pent 
paraitre  paradoxal.  Certains  ont  pense  qu’apres  la  phase  d’acti- 
vite  osteogenetique  fixageree,  l’hypophyse  subissait  une  phase  de 
regression  et  de  destruction.  D’autres  donnees  plus  recentes 
montrent  que  des  injections  repetees  d’extraits  antehypophysaires 
entrainent,  apres  une  periode  d’hyperactivite  des  grandes  sexuel- 
les,  une  periode  refractaire  pouvant  aller  jusqu’a  un  epuisement 
final.  L’hypogenitalite  serait  done  un  symptome  assez  tardif. 
Quelle  que  soit  la  valeur  de  ces  theories,  j’ai  eu  l’occasion  d’obser- 
ver  quelques  cas  qui  ne  repondent  pas  du  tout  a  la  description 
classique.  J’ai  publie  l’observation  d’une  malade  acromegalique 
presentant  une  excitation  psychomotrice  et  genitale  tres  marquee. 
J’ai  vu  deux  autres  malades  de  la  meme  categorie  dont  l’hyper- 
sexualite  etait  manifeste.  Je  crois  qu’il  y  aurait  lieu  de  revenir 
sur  cette  question. 

M.  Georges  Dumas.  —  L’insuffisance  genitale  est  par  elle-meme 
une  inferiorite  qui  peut  faire  rechercher  des  compensations. 

M.  Picard.  —  Je  ne  nie  pas  l’intervention  d’un  mecanisme 
psychologique  dans  la  production  de  certains  exhibitionnismes. 
j\Iais  l’insuffisance  genitale  de  1’acromegale  precede  la  naissance 
de  ce  sentiment.  D’autre  part,  quand  le  sujet  est  marie,  et  que  sa 
femme  continue  a  cobabiter  avec  lui,  on  ne.peut  pas  arguer  de  son 
exclusion  des  pratiques  erotiques  par  sa  laideur. 


Syndrome  d’Adie  et  syndrome  neuro-anemique  a  type  de 
psyebose  polynevritique.  Amelioration  par  la  methode  de 
Castle,  par  MM.  Georges  Petit  et  Jacques  Delmond. 

Depuis  quelques  annees,  grace  aux  descriptions  qu’en  a  don¬ 
nees  l’ophtalmologiste  anglais  William-J.  Adie,  les  cliniciens  ont 
appris  a  reconnaitre  un  syndrome  particulier,  qui  tend  a  detacher 


SEANCE  DU  27  JANVIER:  ,1936 


107 


certains  faits  du  cadre  de  la  neuro-syphilis,  he  syndrome  d’Adie 
comprend  trois  elements,  dont  deux  positifs,  un  negatif  : 

1°  la  pupille  tonique  (o'u  bradycorie  de  Donath)  ; 

2°  Vareflexie  lendineuse  ; 

3°  V absence  de  tons  signes  de  syphilis,  aussi  bien  dans  le  sang 
que  dans  le  Iiquide  cephalo-rachidien. 

Dans  sa  forme  typique,  la  pupille  tonique  est,  d’apres  Adie, 
le  plus  souvent  unilaterale,  presque  toujours  plus  large,  jamais 
en  myosis,  generalement  deformee. 

Son  diametre  peut  varier  d’un  examen  a  l’autre. 

A  la  chambre  noire,  a  un  eelairage  intense,  elle  se  retrecit  tres 
lentement,  puis  se  dilate  encore  plus  lentement  pour  reprendre 
sa  dimension  premiere. 

Dans  I’accommodation-convergence,  ainsi  qu’a  J’epreuve  de 
Pilz-Westphal,  les  mouvements  sont  lents,  amples,  prolonges,  la 
redilation  tres  lente. 

Des  formes  incompletes  se  rencontrent. 

Le  diagnostic  differentiel  le  plus  important,  qui  doit  se  faire 
avec  le  signe  d’Argyll-Robertson,  se  pose  d’une  facon  exigeante 
devant  les  formes  completes  avec  aretlexie  tendineuse. 

En  psychiatrie,  on  savait  depuis  longtemps  qu’en  dehors  de  la 
syphilis,  on  pouvait  rencontrer  chez  les  malades  mentaux  :  1°  des 
troubles  pupillaires  a  l’etat  isole  ;  2°  des  areflexies  tendineuses, 
sans  qu’il  s'oit  question  de  tabes  ,  ou  de  paralysie  generale.  L’ani- 
soeorie,  les  troubles  photo-moteurs,  ont  ete  observes  dans  toutes 
sortes  de  psychopathies  par  notre  maitre  M.  Roger  Mignot,  dans 
sa  these  de  1900. 

Mais  I’association,  chez  un  meme  malade,  de  troubles  pupillai¬ 
res  et  d’areflexie,  n’est  reellement  pas  commune  chez  les  alienes. 
Nous  avons'  pu  en  retrouver  des  exemples  dans  la  litterature  psy- 
chiatrique,  mais  les  observateurs  ne  s’y  etaient  pas  arretes.  Notons 
cependant  que  MM.  Guiraud  et  Ajuriaguerra  ont  souleve  ce 
diagnostic  a  propos  d’un  malade  a  cette  meme  Societe  (1). 

Or,  nous  avons  eu  recemment  l’occasion  d’observer  un  syndro¬ 
me  d’Adie  caracteristique  chez  une  femme  qui  presentait,  d’autre 
part,  une  psychose  polynevritique  tout  a  fait  analogue  a  la 
psychose  de  Korsakoff.  Nous  avons  immediatement  recherche 
chez  elle  l’existencer  d’une  intoxication  ethylique  :  mais  rien,  ni 
dans  1’interrogatoire,  ni  dans  les  renseignements  detailles  four- 

(1)  Areflexie,  pied  creux,  amyotrophie,  Argyll  et  troubles  mentaux  (A.M.P., 
fevrier  1934,  I,  229-234. 


SOCIETE  MEDICO-PS  YCHOLOGIQ  UE 


nis  par  la  famille,  n’a  pu  permettre  de  justifier  cette  etiologie.  C’est 
alors  que  nous  nous  sommes  demande  s’il  ne  s’agirait  pas  d’un 
de  ces  syndromes  neuro-anemiques,  a  type  polynevritique,  et  au 
eours  desquels  (selon  Pickett,  1904,  Bonhoffer,  1911,  Barrett  1913), 
le  tableau  clinique  revet  souvent  l’aspect  de  Korsakoff.  Et  de  fait, 
1’examen  hematologique  nous  a  montre  une  diminution  tres  mar¬ 
quee  du  nombire  des  hematies,  avec  presence  d’elements  rares,  de 
formes  de  transition,  indiquant  la  destruction  et  la  regeneration 
globulaires. 

Observation  .  —  Mme  X.,  actuellement  a  gee  de  56  ans,  nous  a 
ete  adressee  le  2  avril  1935  avec  le  diagnostic  de  presbyophrenie. 
Elle  presentait  en  effet  quelques  caracteres  de  ce  syndrome  :  amnesie, 
desorientation,  fausses  reconnaissances  et  tabulation. 

La  desorientation  et  I’anmesie  sont  extremement  accusees  le  jour 
de  l’entree.  «  Nous  sommes  en  fevrier  ou  en  mars,  peut-etre  en 
1935.  »  Eile  ne  sait  ou  elle  est.  Elle  etait  hier  a  l’etage  au-dessus. 
Peut-etre  est-elle  venue  de  St-Anne.  Elle  est  ici  depuis  hier  (le  len- 
demain,  elle  nous  dira  qu’elle  est  ici  depuis  quelques  jours,  qu’elle 
a  vu  son  mari  le  matin,  puis  qu’elle  l’a  vu  a  sa  derniere  permission). 
Elle  pense  etre  malade  depuis  6  mois,  et  ecrit  «  depuis  1930  ».  Son 
mari  a  50  ans.  II  est  appele  popr  sa  2*  peripde  de  28  jours,  et  son  tils 
pour  sa  premiere.  II  a  plutot  62  ans. 

L’amnesie  est  continue.  La  malade  dit  que  le  medecin  qui  est  venu 
hier  etait  plus  brun  et  n’avait  pas  la  meme  voix.  Amnesie  en  partie 
consciente  :  «  Je  confonds  tout,  je  ne  sais  plus  les  dates  ;  je  ne  me 
rappelle  plus  rien,  je  perds  completement  la  boule  et  la  memoire.  » 
Les  souvenirs  anciens  sont  alteres  ;  elle  ne  peut  qu’ebaucher  les  prie- 
res  de  sa  jeunesse.  Elle  ne  suit  plus  bien  si  elle  habite  rue  do 
Nemours...  Peut-etre  y  a-t-il  eu  un  changement  d’adresse,  car  elle 
n’6tait  plus  a  Paris,  etc... 

Elle  nous  propose  des  allegations  justificatrices  de  sa  desorienta¬ 
tion  :  elle  ne  lit  pas  le  journal,  ou  seulement  le  feuilleton  ;  elle  reste 
chez  elle,  ne  s’occupe  pas  «  du  dehors  ».  La  tabulation  est  sponta- 
nee  :  elle  a  ete  voir  un  medecin  en  ville,  decrit  l’operation.  La  tabu¬ 
lation  provoquee  est  manifeste,  «  elle  est  jeune,  elle  a  encore  ses 
regies,  elle  a  marche  jusqu’a  maintenant  ».  En  outre,  on  note  de  la 
suggestibility 

Elle  fait  de  fausses  reconnaissances  :  reconnait  1’inflrmiere  du 
matin  pour  l’avoir  vue  la  veille  au  soir.  A  son  domicile,  elle  recon- 
naissait  des  personnes  decedes. 

A  ce  tableau,  s’ajoutaient  des  interpretations  delirantes,  des  idees 
de  persecution,  de  jalousie,  A’empoisonnement.  La  malade  a  le  sen¬ 
timent  d’une  ambiance  hostile,  elle  se  mefie  :  les  locataires  sont 
contre  elle  ;  ils  lui  en  veulent  :  ils  murmurent  sur  son  passage  ;  ils 
chuchotent  entre  eux  :  «  Son  mari  la  trompe  »  ;  «  elle  est  comme 


SEANCE  DU  27  JANVIER  1936 


109 


les  autres,  elle  ne  vaut  rien.  »  Elle  a  surpris  sur  son  passage  des 
mimiques  significatives,  des  propos  sur  son  compte.  Dans  le  service, 
elle  interpreter  de  menus  fails  ;  une  infirmiere  tient  un  bon  bleu  : 
c’est  une  depeche  qu’on  lui  cache  et  qui  annonce  la  mort  de  son 

Quelques  symptomes  occupent  le  premier  plan  du  tableau  mental. 

L’anxiete  est  extremement  vive,  continue,  paroxystique.  Des  expli¬ 
cations  pessimistes,  dramatiques,  lui  sont  secondaires.  «  Je  suis  dans 
un  hopital  d’assassins...  mon  mari  va  etre  fusille  !  »  On  va  la  tuer, 
on  lui  coupera  la  tete  a  3  heures.  Pourquoi  ?  Parce  qu’elle  tue  tout 
le  monde  !  Que  lui  importe  tout  puisque  les  siens  vont  mourir,  elle 
n’a  plus  qu’a  en  faire  autant.  Cette  anxiete  se  traduit  par  des  reac¬ 
tions  pantophobiques  a  1’entree  du  medecin,  des  expressions  de  ter- 
reur,  de  supplication,  enfin  de  resignation  a  la  mort.  De  nombreux 
signes  organiques  l’accompagnent  :  striction  tracheale  et  retro-ster- 
male,  avec  sensation  d’un  danger  instant,  d’une  mort  imminente. 

Elle  decrit  egalement  des  scenes  oiiiriques  visuelles  effrayantes. 
Elle  croit  egalement  avoir  entendu  dire  dans  sa  tete  :  «  Mon  mari 
est  mort.  »  Elle  a  des  troubles  du  sommeil  avec  cauchemars  ou  men- 
tisme  penible.  Habituellement  deprimee  et  anxieuse,  son  humeur  est 
parfois  vive  et  enjouee,  meme  pour  parler  de  ses  infirmites.  Ces 
variations  emotionnelles  sont  rapides  et  completes.  La  malade  fait 
l’aveu  de  troubles  du  caractere. 

Les  renseignements  recueillis  aupres  de  la  famille  la  montrent 
asthenique  depuis  juin  1934.  Elle  «  perdait  ses  phosphates  »,  d’apres 
le  medecin  de  la  famille.  Depuis  5  a  6  ans,  elle  se  plaint  de  maux  de 
tete,  de  nevralgies  faciales.  Elle  se  reveillait  la  nuit  avec  des  angois- 
ses,  des  palpitations.  En  aout  1934,  la  malade  fait  une  chute  (qui 
entraine  une  fracture  des  deux  os  de  la  jambe  gauche,  consolidee  en 
assez  mauvaise  position!.  «  Elle  s’etait  laisse  choir  comme  un 
enfant  »  (peut-etre  s’agirait-il  d’une  crise  cataplectique).  Elle  eprouve 
depuis  3  ou  4  mois  des  paresthesies  diverses,  des  fourmillements 
dans  les  membres  inferieurs,  des  douleurs,  des  «  crampes  »  dans 
les  jambes,  la  nuit  ;  elle  pretendait  qu’on  lui  faisait  des  piqures  dans 
les  genoux.  La  marche  devint  progressivement  impossible. 

Rien  dans  les  antecedents,  sauf  une  angine  diphterique  dans  1’en- 
iance  et  des  grippes  assez  frequentes. 

Examen  somatique  :  Malade  d’aspect  dystrophique,  avec  asymetrie 
faciale,  hypomastie,  hypotrichose  axillaire  et  pubienne.  Le  teint  est 
eouleur  vieil-ivoire,  les  muqueuses  decolorees.  La  malade  ser'a 
subfebriie  (38°  le  soir)  pendant  les  huit  premiers  jours  de  l’obser- 
vation. 

On  constate  1  ’impotence  fonctionnelle  quasi-totale  des  membres 
inferieurs,  avec  chute  du  pied.  Soutenue,  la  malade  fait  quelques  pas, 
uvec  steppage  a  droite,  et  s’efifondre  sur  un  siege.  Amyotrophic  mar¬ 
quee  aux  membres  inferieurs,  avec  troubles  trophiques  ;  peau  seche. 


110 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLQG1QUE 


Les  reflexes  rotuliens,  achilleens,  medio-plantaires,  sont  complete- 
merit  abolis  des  deux  c6tes. 

II  y  a  une  hyperesthesie  cutanee  manifeste,  une  hyperalgesie  mus- 
culaire  considerable.  Le  moindre  attouchement  determine  des  sou- 
bresauts,  des  secousses  generalises  avec  mimique  de  terreur.  Elle 
crie  et  pleure  quand  on  Uappr-oche. 

La  force  musculaire  est  extremement  diminuee  aux  membres  supe- 
rieurs. 

Tremblement  des  extremites,  pouls  a  96,  exophtalmie  avec  regard 
etrange. 

L’haleine  a  une  odeur.  acetonemique. 

La  malade  ressent  des  bourdonnements  d’oreille,  fait  le  geste  de 
chasser  un  corps  etranger  du  conduit  auditif. 

Les  pupilles  paraissent  tout  d’abord  immobiles.  Elies  sont  tres 
dilatees,  inegales.  A  un  examen  plus  attentif,  on  note  cependant 
qu’elles  se  contractent  tres  paresseusement  a  la  lumiere.  Examinees, 
de  nouveau  a  la  chambre  noire,  elles  sont  en  mydriase,  la  gauche 
plus  grande,  la  droite  deformee.  Les  reflexes  a  la  lumiere  ainsi  qu’a 
raccommodation-convergence  sont  dits  «  iparesseux  ».  Pour  preciser, 
nous  avons  vu  la  pupille  la  plus  grande,  a  un  eclairage  intense,, 
coniine  apres  une  courte  hesitation,  se  contracter,  atteindre  un  assez. 
bon  myosis  apres  environ  30  secondes,  puis  osciller  comme  si  elle  ne 
tenait  pas  la  contraction,  et,  la  lampe  eteinte,  revenir  lentement  a 
son  etat  de  mydriase.  Cette  lenteur  de  la  contraction  et  de  la 
decontraction  realise  le  type  de  la  pupille  tonique. 

Les  reactions  humorales  (Bordet-Wassermann,  Meinicke  et  Kahn 
dans  le  sang),  sont  absolument  negatives,  ainsi  que  dans  le  liquide 
cephalo-rachidien,  qui  est  normal  en  tous  points,  sauf  une  hyper¬ 
tension  au  manometre  de  Claude  :  55-30,  le  11  avril. 

L’ examen  hematologique  (11  avril  1935)  donna  la  formule  suivante:  . 
Hematies,  2.576.000.  Leucocytes,  7.000.  Hemoglobine,  70  0/0.  Poly- 
nucleaires  neutrophiles,  69  0/0.  Basophiles,  1  0/0.  Grands  mononu- 
cleaires,  2  0/0,  moyens,  21  0/0,  petits,  2  0/0.  Eosinophiles,  2  0/0. 
Formes  de  transition,  3  0/0  ;  quelques  normoblastes  (1). 

'  En  presence  d’un  pareil  tableau,  nous  instituons  sur  le  champ, 
concurremment  avec  des  injections  sous-cutanees  de  .  nucleinate^  de 
soude,  un  premier  traitement  :  hepatotherapie  par  les  extraits  hepa- 
tiques,  puis,  des  la  semaine  suivante,  la  gastrotherapie,  conformemeht 
aux  travaux  de  Castle  et  de  ses  collaborateurs  sur  la  nature  du  prin- 
cipe  anti-anemique.  Diverses  preparations  ont  ete  utilisees  :  poudre 
d  estomae  (20  gr.  par  jour,  correspondant  a  1.200  gr.  d’estomac  frais 
de  pore  ;  extraits  gastriques  desseches  en  poudre,  ou  extraits  liquides 
en  ampoules  buvables).  Les  resultats  therapeutiques  ont  ete  remarqua- 
bles.  A  l’examen  du  sang,  le  8  juin  1935,  pour  exemple  :  Hematies, 

(1)  Nous  remercions  M.  le  Dr  Gouriou  qui,  tres  aimablement,  a  bien  voulu 
mettre  son  laboratoire  a  notre  disposition  pour  ces  examens. 


SEANCE  DU  27  JANVIER  1936 


111 


3.956.000.  Leucocytes,  12.000.  Hemoglobine,  80  0/0.  Poly-neutrophL 
les,  66  0/0.  Grands  monos,  4  0/0,  moyens,  22  0/0,  petits,  2  0/0* 
Eosinophiles,  3  0/0.  Basophiles,  1  0/0.  Formes  de  transition,  2  0/0  • 
quelques  normoblastes. 

Cette  amelioration  s’est  poursuivie  avec  parfois  urie  baisse  des 
hematies,  mais  aussi  eosinophilie  de  bon  pronostic.  C’est  ainsi  que 
le  29  octobre,  on  note  :  Hematies,  4.200.000,  eosinophiles,  9  0/0. 

Les  pupilles,  vues  a  plusieurs  reprises  dans  les  memes  conditions, 
varierent  a  chaque  examen.  Elies  etaient  toujours  inegales,  la  gauche 
plus  grande,  mydriatiques,  se  retrecissant  lentement  a  la  forte 
lumiere.  Le  reflexe  photomioteur  etait  beaucoup  moins  ample  et  net 
que  le  reflexe  d’accommodation-convergence.  On  nota,  le  18  novem- 
bre,  quelques  secousses  nystagnuformes  dans  le  regard  lateral  a 
droite.  Actuellement,  il  persiste  de  la  mydriase,  les  reflexes  pupil- 
laires,  sont  un  peu  plus  prompts,  mais  ne  tiennent  pas  la  contraction . 
Le  fond  d’oeil  a  toujours  ete  normal. 

La  marche  redevint  rapidement  possible.  Elle  est  actuellement 
aisee,  bien  que  legerement  hesitante,  sans  steppage,  avec  une  certaine 
fatigabilite.  Pas  de  signe  de  Romberg.  La  force  musculaire  est  appre¬ 
ciable  aux  membres  superieurs,  diminuee  quant  aux  flechisseurs  des 
membres  inferieurs.  Les  reflexes  tendineux  sont  plutot  vifs  aux 
membres  superieurs  ;  pour  les  rotuliens,  on  assista  a  leur  restauration 
progressive  :  patellaire  droit  normal,  gauche  encore  diminue  ;  les 
achilleens  et  medio-plantaires  demeurent  abolis.  Le  reflexe  cutane- 
plantaire  se  fait  en  flexion.  On  observe,  quelques  troubles  de  la 
thermo-algesie  aux  membres  inferieurs,  surtout  a  la  jambe  gauche 
qui  a  ete  fracturee  et  ou  la  sensibilite  osseuse  aussi  est  tres  legere- 
ment  diminuee. 

Amelioration  nejte  au  point  de  vue  mental  ;  mais  il  persiste  des 
troubles  de  la  memoire  de  fixation  ;  la  malade  se  montre  subanxieuse 
avec  des  bouffees  d’anxiete,  est  hyperemotive,  sensible  ;  elle  inter- 
prete  aisement  dans  le  sens  de  la  malveillance  ou  d’evenements 
funestes  imminents,  les  moindres  incidents  de  la  vie  quotidienne. 

En  resume,  chez  une  femme  de  55  .ans,  indemne  d’antecedents 
ethyliques,  sont  apparus,  apr6s  une  periode  de  paresthesies  diver- 
ses,  une  polynevrite  avec  troubles  de  la  marche  s’accompagnant 
d’un  syndrome  mental  analogue  a  celui  de  la  psychose  de  Kor¬ 
sakoff  avec  desorientation,  amnesie  et  Tabulation  compensatrice. 
On  constate  egalement,  outre  un  etat  d’anxiete  avec  onirisme,  un 
syndrome  d’Adie  et  des  signes  d’anemie  pernicieuse. 

Il  nous  a  paru  interessant  de  signaler  ce  syndrome  d’Adie  asso- 
cie  a  une  psychose  polynevritique,  elle-meme  accompagnee  d’une 
anemie  de  type  pernicieux,  realisant  ainsi  une  forme  frequente 
parmi  les  troubles  mentaux  de  la  maladie  de  Biermer.  Ces  sijndro- 


112 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


mes  psycho-anemiques  (de  P.-Emile  Weill  et  Cahen)  sont  bien 
connus  depuis  les  travaux  de  Cabot,  en  190'0,  de  Lurie,  Woltman, 
et  les  observations  plus  recentes  de  Sehou  a  1’Asile  de  Dianalund 
(Danemark)  et  de  Bowmann  a  1’asile  de  Boston,  pour  ne  citer  que 
quelques  110ms. 

En  quelle  maniere  ces  troubles  pupillaires  du  type  Adie  peu- 
vent-ils  etre  rattaches  a  la  psycho-polynevrite  et  a  Vanemie  ? 

Tout  d’abord,  dans  ce  cas,  rappelons  l’action  du  traitement 
sur  l’ensemble  du  tableau  psycho-organique. 

Sur  le  fond,  Adie  (Brain,  1932),  pensait  que  troubles  pupillaires 
et  troubles  des  reflexes  traduisaient  «  un  desequilibre  du  systeme 
nerveux  de  la  vie  vegetative  » . 

Guillain  et  Sigwald  (Soc.  Med.  Hop.,  13  mai  1932)  incriminent 
«  une  atteinte  infectieuse  ou  toxique  anterieure,  insuffisante  pour 
exercer  des  actions  destructives,  mais  sufflsante  pour  troubler  la 
conductibilite  de  Tare  reflexe  ». 

Weill  et  Reys  (1926)  ont  note  de  nombreux  troubles  sympathi- 
ques.  Subirana  ( Archivos  de  Neurobiologia,  1935,  1)  trouve  «  evi- 
dente,  dans  la  plupart  des  cas,  l’atteinte  du  systeme  autonome  ». 
Dans  son  observation,  le  syndrome  d’Adie  «  coincide  avec  une 
riche  symptomatology  vegetative  des  troubles  de  la  meno¬ 
pause  ». 

En  ce  qui  concerne  notre  malade,  rappelons  l’importance  et  la 
variete,  chez  elle,  des  troubles  vegetatifs  infundibulo-tuberiens. 

Les  troubles  mentaux  de  la  neuro-anemie  sont,  d'apres  tous  les 
auteurs,  tout  a  fait  analogues  a  ceux  des  toxi-infections.  Dans 
une  observation  que  Tun  de  nous  a  rapportee  de’vant  cette  Societe 
en  1931,  avec  Mile  Martrille,  ainsi  que  dans  la  these  de  Mile  Mar- 
trille,  de  tres  nombreux  signes  organiques  semblent  impliquer  une 
oiigine  infectieuse  a  l’etat  mental  considere  ;  il  y  avait,  dans  la 
plupart  de  ces  cas,  anemie  et  troubles  pupillaires.  Dans  le  cas  pre¬ 
sente  a  la  Societe,  troubles  mentaux,  polynevrite  et  anemie  parais- 
saient  relever  d’une  meme  cause  :  une  infection  du  nevraxe  par 
virus  neurotrope,  du  type  encephalo-myelite  epidemique. 

II  nous  semble  que  cette  etiologie  infectieuse  pourrait  etre  invo- 
quee  dans  le  determinisme  du  syndrome  d’Adie  associe  aux  syn¬ 
dromes  neuro-anemiques  de  type  polynevritique. 

Deja,  au  cours  d’une  communication  anterieure  (1),  Tun  de 
nous  avait  note,  parmi  les  tres  nombreux  symptomes  infundibulo- 

(1)  Georges  Petit.  —  Sur  la  frequence  des  symptomes  infundibulo-tube¬ 
riens  assoeies  souvent  aux  syndromes  anxieux  en  psychiatrie.  Congres  des 
Alienistes  et  Neurologistes,  Lyon,  1934. 


SEANCE  DU  27  JANVIER  1936 


tuberiens  associes  a  l’anxiete  en  psychiatrie,  l’existence  d’anemies 
•elites  cryptogenetiques.  De  nombreux  travaux  nous  ont  d’ailleurs 
appris  a  eonnaitre  le  role  des  noyaux  vegetatifs  centraux  dans  la 
regulation  de  l’hematopoiiese  ( Polyglobulies  dans  les  cas  de  Cas- 
tex,  de  Guillain,  Lechelle  et  Garcin,  de  Lhermitte,  de  Schiff  et  Si¬ 
mon.  Anemies  dans  les  experiences  de  Houssay,  Roger  et  Arias, 
-dans  les  cas,  avec  necropsies,  de  Paviot  et  Dechaume,  de  L-her- 
mitte,  Worms  et  Ajuriaguerra).  L’atteinte  de  ces  noyaux  infun- 
dibulo- tuberiens,  qui  sont  si  frequemment  touches  dans  les  infec¬ 
tions  neurotropes,  rendrait  compte,  par  suite  du  desequilibre 
neuro-vegetatif  qui  en  resulte,  a  la  fois  de  Vanemie,  des  troubles 
jmpillaires  et  de  la  perturbation  emotionnelle  si  considerable  que 
traduit  Yanxiete,  si  vive  et  si  tenace,  dans  le  cas  que  nous  venons 
de  presenter. 


Une  nouvelle  reaction  hypophysaire  applicable  a  la  psychose 

intermittente,  par  MM.  X.  et  P.  Abely,  M.  et  Mme  Couleon. 

Depuis  plusieurs  annees  nous  poursuivons  nos  recherches  sur 
Je  role  de  l’hypophyse,  et  plus  specialement  de  l’hypophyse  ante- 
lieure  dans  la  psychose  maniaque-depressive.  Dans  l’ordre  biolo- 
gique,  nous  avons  signale  que  la  reaction  de  Zondeck  s’y  montrait 
frequemment  positive.  Tant  en  France  qu’a  l’etranger  nos  travaux 
ont  ete  l’objet  de  critiques  qui  nous  ont  incites  a  continuer  et  a 
preciser  notre  experimentation. 

Nous  avons  suivi  avec  le  plus  grand  interet  1’etude  de  toutes  les 
reactions  capables  de  deceler  l’hyperfonctionneinent  de  1’ante- 
hypophyse  et  en  particulier  les  reactions  biologiques  de  la  gros- 
sesse.  Leur  variete,  leur  perfectionnement  nous  ont  permis  de 
controler  nos  recherches  anterieures,  en  les  appliquant  a  la  psy¬ 
chose  intermittente.  Nous  n’avons  pas  seulement  etudie  l’action 
de  l’hypophyse  anterieure  sur  la  fonction  genitale  mais  aussi  sur 
la  fonction  thyroidienne.  Nous  esperons  apporter  bientot  nos 
resultats  sur  ces  divers  points  et  notamment  sur  l’interet  de  la 
reaction  d’Aron.  Cependant,  nous  laisserons  momentanement  de 
cote  toute  cette  serie  d’experimentations  qui  ont  pour  resultat  de 
provoquer  des  modifications  macroscopiques  et  microscopiques 
des  glandes  endocrines  chez  divers  mammiferes  de  laboratoire  : 
souris,  cobayes,  lapins. 

Les  reactions  qui  font  le  sujet  de  notre  presente  communica¬ 
tion  sont  d’une  autre  categoric.  Elies  utilisent  des  vertebres  infe- 
xieurs  :  batraciens  et  poissons.  Elies  ont  pour  but  de  provoquer 
Ann.  Med.-psych.,  XV«  serie,  94"  annee,  t.  I.  —  Janvier  1936.  8. 


114 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


une  modification  de  coloration  des  teguments.  Ces  modifications, 
s’operent  par  la  contraction  ou  la  dilatation  de  cellules  pigmen- 
taires  diverses  :  melanophores,  erythrophores,  xanthophores.  L  in¬ 
jection  a  ces  animaux  d’extraits  hypophysaires  determine  une 
teinte  noire  ou  rouge  des  teguments,  par  dilatation  des  erythro- 
phores  ou  des  melanophores.  Zondeck  attribue  cette  action  a  une 
hormone  du  lobe  intermediate  qu’il  a  pu  isoler  sous  le  nom 
d’  «  iniermedine  ».  Remy  Collin  et  Drouet  ont  montre  qu’on 
pouvait  en  realite  retrouver  cette  hormone  tant  dans  le  lobe  ante- 
rieur  que  posterieur.  Zondeck  admet  actuellement  cette  dif¬ 
fusion  de  l’intermedine.  Pour  certains  auteurs,  cette  hormone  se 
confondrait  avec  la  gonado  stimuline.  Cette  fonction  pigmen- 
taire  parait  d’ailleurs  souvent  liee  a  la  fonction  sexuelle.  Chez  le 
poisson  qui  a  ete  le  plus  utilise,  le  vairon  ou  phoxinus,  la  dila¬ 
tation  des  erythrophores  se  produit  a  l’epoque  du  rut  et  donne 
une  coloration  pourpre  de  toute  la  region  pectorale,  que  1  on 
appelle  la  «  robe  nuptiale  ».  Cette  coloration  est  exactement 
reproduite  par  l’injection  d’extraits  hypophysaires.  Ce  pheno- 
mene  se  relie  a  celui  de  l’hyperpigmentation  gravidique  chez  la 
femme.  Les  reactions  de  colorations  provoquees  des  batraciens 
et  des  poissons  sont  devenues  des  reactions  biologiques  de  la 
grossesse. 

Trois  methodes  ont  ete  proposees  pour  deceler  dans  les 
humeurs,  et  en  particulier  dans  l’urine,  la  presence  d’hormones. 
hypophysaires  a  fonction  pigmentaire. 

La  premiere  consiste  a  injecter  ces  humeurs  au  veron,  de 
facon  a  provoquer  le  phenomene  de  la  robe  de  noce.  A  vrai  dire, 
Zondeck  a  surtout  utilise  ce  poisson  pour  do'ser  l’intermedine 
dans  les  extraits  hypophysaires  d’apres  l’intensite  et  la  rapidite 
de  la  coloration.  Cependant  Collin  et  Drouet  ont  constate  que 
l’urine,  dans  certains  cas  pathologiques  d’hyperfonctionneinent 
hvpophysaire,  donnait  la  reaction  des  erythrophores  du  veron. 
Apres  diverses  critiques  de  cette  methode,  ces  derniers  auteurs 
ont  propose  une  deuxieme  reaction  plus  nette  :  celle  des  melano¬ 
phores  de  la  grenouille  (Rana  temporaria).  Elle  consiste  a  injec¬ 
ter  dans  le  sac  lymphatique  dorsal  de  cet  animal  deux  a  trois 
centimetres  cubes  d’urine  du  matin.  L’animal,  au  bout  de  deux 
heures  environ,  passe  de  la  coloration  verte  a  la  coloration  noire. 
Cette  reaction  est  franchement  positive  dans  la  grossesse.  Elle 
est  toujours  negative  chez  les  sujets  normaux,  sauf  chez  la  fem¬ 
me  au  moment  des  regies.  Collin  et  Drouet  attribuent  cette  reac¬ 
tion  a  la  presence  d’hormones  melanocytiques  hypophysaires. 
•Nous  avons  applique  cette  reaction  dans  des  etats  psychopathi- 


SEANCE  DU  27  JANVIER  1936 


ques  divers  et  en  particular  dans  la  manie.  Nous  l’avons  trouvee 
positive  chez  de  nombreux  maniaques  et  dans  la  manie  seule- 
ment.  Mais  nous  n’avons  pas  tarde  a  constater  que  cette  reaction 
etait  inconstante  ;  nous  ne  l’avons  pas  retrouvee  chez  un  meme 
manialque  a  diverses  epoques  de  la  maladie.  D’autres  periodiques 
ne  notis  ont  jamais  donne  des  resultats  positifs.  De  fait,  Collin 
et  Drouet  ont  montre  qu’au  cours  de  la  grossesse,  la  reaction 
etait  egalement  intermittente  et  devait  etre  repetee  pendant  plu- 
sieurs  jours  avant  de  conclure  a  un  resultat  negatif.  Cette 
methode  a  ete  aussi  pratiquee  dans  la  psychose  maniaque  depres¬ 
sive  par  le  Professeur  Urechia,  M.  Kernbach  et  Mme  Rete- 
zeanu  (1).  Ces  auteurs,  qui  ont  critique  notre  conception  de 
l’origine  hypophysaire  de  la  manie,  ont  trouve  une  reaction  de 
Collin  positive  dans  15  cas  sur  19.  Ils  contestent  cependant  la 
valeur  de  ces  resultats  positifs  qu'ils  opposent  aux  resultats 
negatifs  chez  les  memes  malades  d’autres  reactions  hypophy- 
saires,  notamment  la  reaction  d’Abderhalden.  D’autres  critiques, 
reprises  d’ailleurs  par  ces  auteurs,  font  remarquer  qu’il  est  diffi¬ 
cile  de  conclure  a  une  origine  determinee  d’une  reaction  obtenue 
avec  un  liquide  aussi  complexe  que  Purine.  Pour  ces  diverses 
raisons,  nous  avons  ete  amenes  a  mettre  de  cote,  du  moins  pro- 
visoirement  et  sous  cette  forme,  la  reaction  des  melanophores  de 
la  grenouille. 

Depuis  lors,  une  nouvelle  methode  beaucoup  plus  precise  et 
susceptible  d’eviter  toute  controverse  a  ete  proposee  par  les  Pro- 
fesseurs  Binet,  J.  Verne  et  par  Mile  Luxembourg.  Cette  methode 
represente  la  plus  recente  reaction  biclogique  de  la  grossesse.  II 
ne  s’agit  plus  ici  d’observer  une  coloration  dont  l’appreciation 
peut  etre  sujette  a  des  interpretations  personnelles.  On  examine 
directement  sous  le  microscope  la  dilatation  des  melanophores. 
De  plus,  ce  resultat  est  acquis  non  plus  avec  l’urine  totale  mais 
avec  un  extrait  traite  de  facon  a  isoler  Phormone  hypophysaire. 
L’hormone  obtenue  par  cette  technique  a  ete  identifiee  avec  l’in- 
termedine  de  Zondeck,  dont  elle  possede  tous  les  caracteres.  Les 
Professeurs  Binet  et  Verne  ont  mis  en  evidence  avec  toute  la 
precision  voulue  que  la  grossesse  s’accompagne  de  l’hyperpro- 
duction  de  Phormone  melano'cytique  hypophysaire.  Ajoutons  que 
les  extraits  commerciaux  d’hypophyse  anterieure  ou  posterieure 

(1)  Pour  nous,  nous  avons  renonce,  apres  de  nombreux  examens,  a  la 
methode  d’interferometrie,  derivee  de  la  reaction  d’Abderhalden,  en  raison 
de  son  imprecision.  Nous  avons  cependant  determine  une  formule  inter- 
ferometrique  tres  frequente  dans  la  manie  et  ne  s’opposant  en  rien  a  1’ori- 
gine  hypophysaire  de  cette  affection. 


116 


SOCIETE  MEMCO-PSYCHOLOGIQUE 


determinent  une  reaction  positive.  On  opere  sur  l’ecaiU'e  isolee 
d’un  des  poisso'ns  les  plus  communs,  le  cyprin  (carassius  vulga¬ 
ris).  L’observation  porte  done  sur  un  tissu  vivant,  mais  separe 
de  l’organisme  ;  on  a  ainsi  le  nouvel  avantage  d’eliminer  toute 
action  nerveuse  possible  et  de  ne  laisser  subsister  que  l’action 
bormonale.  L’ecaille  est  soumise  a  Faction  du  residu  urinaire 
dissous.  Au  bout  de  quelques  minutes  (2  a  3  m.)  on  place  l’ecaille 
sous  le  microscope  et  l’on  constate  l’etalement  des  melanophores. 
Nous  avons  legerement  modifie  cette  technique  :  nous  placons 
d’abord  l’ecaille  dans  de  l’eau  distillee  qui  nous  semble  avoir 
la  propriety  de  retracter  au  maximum  les  melanophores.  Nous 
plaQons  alors  l’ecaille  sous  le  microscope  et,  sur  la  lame  meme, 
nous  versons  quelques  gouttes  de  la  solution  d’extrait  urinaire. 
Nous  assistons  alors  a  toute  1’evolution  du  phenomene  :  les  mela¬ 
nophores  se  presentent  d’abord  comrne  de  petits  grains  arrondis, 
puis  on  les  voit  pousser  des  pseudopodes  qui  s’allongent,  s’eta- 
lent  et  se  ramifient.  On  aboutit  a  d’elegantes  figures  etoilees 
qui  rappellent  les  cellules  en  araignee.  Les  melanophores  attei- 
gnent  jusqu’a  dix  fois  et  plus  leur  surface  primitive.  Si  la  reac¬ 
tion  est  negative,  la  cellule  pigmentaire  ne  change  pas  d’aspect 
ou  de  fa§on  tres  peu  marquee.  II  ne  peut  y  avoir  de  discussion 
sur  le  caractere  positif  ou  negatif  de  la  reaction.  Elle  a  l’avan- 
lage  de  s’operer  sous  les  veux  de  l’observateur  et  en  un  temps  tres 
court. 

La  technique  de  preparation  de  1’extrait  urinaire  inspiree  des 
travaux  de  Jores  Velde  est  la  suivante  :  100  a  300  cm3  d’urine  du 
matin,  fraichement  recueillie,  et  traitee  par  de  l’acetone  a  par¬ 
ties  egales.  Apres  24  heures  de  repos,  decantation  et  centrifuga¬ 
tion.  Le  precipite  est  lave  a  l’acetone  dilue  de  moitie  avec,  de 
l’eau  distillee.  Nouvelle  centrifugation  ;  dissolution  du  depot 
dans  l’alcool  a  70°  ;  filtration  et  evaporation  dans  le  vide.  Le 
residu  est  repris,  dilue  de  moitie  avec  de  l’eau  distillee  (5  cm3  en 
tout). 

MM.  Binet,  Verne  et  Mile  Luxembourg  ont  applique  cette 
methode  au  diagnostic  de  la  grossesse.  Apres  examen  de  multi¬ 
ples  urines  de  sujets  normaux  ou  malades  (notamment  de  tuber- 
culeux)  chez  lesquels  la  reaction  est  toujours  negative,  ils  ont 
enregistre  18  cas  positifs  sur  18  femmes  enceintes  examinees 
aux  diverses  periodes  de  la  gestation.  Une  seule  cause  d'erreur 
existe  :  la  reaction  peut  quelquefois  etre  positive  quand  1’urine 
est  recueillie  immediatement  avant  les  regies,  et,  nous  ajoute- 
rons,  immediatement  apres. 

Nous  avons  done  applique  cette  methode  a  la  fois  si  simple,. 


SEANCE  DU  27  JANVIER  1936 


117 


si  precise  et  si  demonstrative  a  la  psychose  maniaque  depres¬ 
sive.  Dans  tous  les  cas  d’acces  maniaques  typiques,  survenant 
chez  des  malades  ayant  eu  plusieurs  acces  anterieurs,  nous 
avons  trouve  une  reaction  nettement  positive.  Nos  recherches  ne 
portent  pas  seulement  sur  des  femmes,  mais  aussi  sur  des  hom- 
mes.  Ainsi  done,  cette  reaction  de  grossesse  apparait  positive 
cliez  les  maniaques  des  deux  sexes.  La  reaction  semble  avoir  son 
maximum  d’intensite  au  debut  des  acces,  mais  elle  reste,  en 
general,  nettement  positive  pendant  toute  la  duree  de  la  crise. 
Chez  une  de  nos  malades,  qui  present e  des  acces  a  repetitions 
frequentes,  separes  par  des  intervalles  normaux  de  courte  duree, 
la  reaction  est  positive  durant  l’acces,  negative  dans  l’intervalle  ; 
nous  avons  constate  par  deux  fois  chez  cette  malade  que  la 
reaction  ne  devenait  positive  qu’au  deuxieme  jour  de  l’agitation, 
dent  le  debut  est,  il  est  vrai,  tres  rapide.  Nous  avons  compare 
cette  reaction  maniaque  avec  la  reaction  gravidique  et  nous 
1'avons  souvent  trouvee  plus  intense.  Nous  l’avons  egalement 
confrontee  avec  la  reaction  obtenue  a  i'aide  d’extraits  hypophy- 
saires,  et  e’est  souvent  aussi  la  premiere  qui  l’emportait.  Notre 
observation  a  porte  sur  17  cas  de  manie  intermittente  ;  nous 
n’avons  eu  qu'un  insucces  chez  une  maniaque,  atteinte  d’une 
maladie  intercurrente  grave,  qui  modiflait  totalement  le  tableau 
dinique.  D’autres  cas  d’agitation  assez  voisins  de  la  manie  se 
sont  niontres  negatifs.  Ce  sont  :  deux  cas  de  manie  chronique 
datant  de  plusieurs  annees,  avec  leger  affaiblissement  intellec- 
■  tuel  ;  un  cas  de  psychose  presenile  de  type  mixte  sans  acces 
anterieur  ;  un  cas  ou  le  diagnostic  etait  hesitant  entre  manie  et 
hebephreno-catatonie  ;  un  cas  de  psychose  polymorphe  degene¬ 
rative.  Les  cas  d’agitation  nettement  symptomatiques,  telles 
qu’agitation  confusionnelle,  agitation  catatonique  ont  ete  nega¬ 
tifs.  Nous  insistons  sur  ce  fait  qu’une  reaction  negative  ne  sau- 
rait  etre  tenue  pour  un  echec  s’il  ne  s’agit  pas  de  veritable  acces 
maniaque  chez  un  veritable  intermittent  sans  etat  organique 
grave.  Nous  avons  rimpression  qu’il  pourrait  y  avoir  la  un  test 
diagnostique  entre  l'excitation  maniaque  et  les  excitations  symp¬ 
tomatiques. 

Quatre  melancoliques  nous  ont  donne  des  reactions  negatives  ; 
cependant,  dans  deux  cas  d’agitation  anxieuse  chez  des  malades 
jeunes,  nous  avons  observe  la  dilatation  des  melanophores.  Nous 
avons,  de  plus,  examine  les  reactions  de  douze  sujets  normaux,. 
homines  et  femmes  ;  nous  avons  experiments  sur  un  nornbre 
egal  de  malades  mentaux  de  categories  tres  diverses  (confusion, 
delire  hallucinatoire  et  interpretatif,  hebephrenic,  demences 


118 


SOCIETE  MEMCO-PS YCH0L0G1Q UE 


variees).  Nous  avons  aussi  examine  les  urines  de  migraineux  et 
d’asthmatiques.  Toutes  ces  reactions  ont  ete  negatives.  Sur  une 
meme  ecaille,  nous  avons  pu,  a  plusieurs  reprises,  faire  varier 
dans  un  temps  tres  court,  la  reaction  de  la  phase  positive  a  la 
phase  negative  et  reciproquement,  en  utilisant  alternativement 
des  extraits  d’urine  normale  et  d’urine  maniaque  :  l’urine  nor- 
inale  fait  retracter  les  melanophores  dilates,  Purine  maniaque 
les  fait  Staler  a  nouveau.  Nous  avons  varie  nos  experiences  dans 
les  conditions  les  plus  diverses  ;  nous  avons  recherche  toutes  les 
causes  possibles  d’erreur.  Nous  signalons  simplement,  a  nouveau, 
qu’il  faut  Sviter  de  recueillir  les  urines  immSdiatement  avant 
et  immediatement  apres  la  periode  menstruelle.  Tels  sont  les 
resultats  actuellement  acquis  ;  nous  ne  presentons  aujourd’hui 
que  ces  premieres  recherches.  Elies  ne  portent  encore  que  sur 
un  nombre  de  cas  trop  restraint,  taut  en  ee  qui  concerne  les 
maniaques  que  les  sujets  normaux  et  que  les  autres  malades 
mentaux.  Nous  nous  proposons  notamment,  ce  que  nous  n’avons 
pu  faire  jusqu’ici,  d’examiner  plus  attentivement  les  epileptiques 
et  les  revendicateurs  hypomaniaques.  Nous  ne  saurions  done 
apporter  de  conclusions  definitives.  Nous  poursuivons  notre 
elude.  Nous  serio'ns  tres  heureux  si  l’on  voulait  bien  experimen¬ 
ter  cette  methode  et  nous  apporter  les  critiques  quelle  pourra 
soulever.  Cette  reaction  est  simple,  objective,  a  la  portee  de  tous. 
Sa  verification  est  si  nette  qu’il  ne  peut  y  avoir  de  variation 
depreciation.  Pour  le  moment,  nous  constatons  simplement  que 
cette  nouvelle  reaction,  qui  est  consideree  par  ses  auteurs,  comme 
specifique  de  la  grossesse,  se  rencontre  chez  des  malades  men¬ 
taux  et  a  peu  pres  exclusivement  chez  des  maniaques. 

M.  Hamel.  —  Nous  avons  experiments  avec  Drouet  la  reac¬ 
tion  des  melanophores  chez  les  epileptiques.  Les  resultats  ont 
ete  parfois  positifs,  mais  a  une  epoque  oil  on  utilisait  l’urine 
totale.  La  discordance  des  resultats  n’a  pas  permis  de  les 
publier. 


La  seance  est  levee  a  18  h.  15. 


Les  secretaires  des  seances, 
P.  Abf.ly  et  P.  Carrette, 


SOCIETES 


Societe  de  Neurologie  de  Paris 


Seance  du  jeudi  9  Janvier  1936 


Presidence  :  M.  TINEL,  president 


A  propos  des  arachnoidites  primitives  sans  lesions  medullaires, 
par  M.  Barre. 

M.  Barre  rapporte  l’histoire  d’un  malade  atteint  de  douleurs  intenses  sans 
troubles  de  la  sensibilite  objective  au  niveau  du  membre  superieur  et  du 
thorax.  Le  reflexe  pilo-moteur  etait  plus  marque  a  ce  niveau,  le  liquide 
cephalo-rachidien  normal  ;  il  n’existait  pas  d’arret  a  l’epreuve  monometri- 
que.  Une  laminectomie  montra  une  arachnoi'dite.  On  fit  la  section  des  qua- 
tre  racines  apres  laquelle  on  remarqua  l’hypoesthesie  tres  nette  avec  dimi¬ 
nution  du  reflexe  pilomoteur.  L’auteur  fait  remarquer  la  disparition  des 
troubles  consecutive  a  1’operation,  et  ITiypoesthesie  apres  section  des  quatre 
racines.  II  conclut  en  outre  que  l’arachnoldite  ne  dependait  pas  d’une  lesion 
medullaire. 

Sur  les  caracteres  des  douleurs  fulgurantes  du  tabes, 
par  MM.  Alajouanine,  Thurel  et  Brunelli. 

Syndrome  de  Claude  Bernard-Horner  par  blessure  intra-orbitaire  et 
signe  d’Argyll-Robertson  traumatique,  par  MM.  Laignel-Lavastine  et 
Jean  Voisix. 

Les  auteurs  presentent  un  ouvrier  de  57  ans,  blesse  par  un  eclat  de  metal 
qui,  par  la  partie  interne  de  la  paupiere  superieure,  a  penetre  profondement 
dans  I’orbite. 


120 


SOCIETES 


Le  syndrome  de  Claude  Bernard-Horner  fut  typique  apres  resorption  de 
l’hematome  orbitaire.  II  doit  etre  rapporte  a  une  lesion  des  filets  sympathi- 
ques  qui  accompagnent  le  nerf  optique.  Ce  nerf  fut  sectionne  par  l’eelat, 
comme  le  prouve  l’examen  du  fond  de  l’mil  ;  cet  eclat  est  localise  par  la 
radiographie  au  sommet  de  l’orbite. 

Bien  que  les  pertes  du  reflexe  photomoteur  soient  expliquees  par  la  section 
du  nerf  optique,  la  dissociation  constatee  entre  le  reflexe  consensuel  aboli 
et  la  reaction  inverse  normale  a  1’accommodation  a  la  convergence,  doit  etre 
regardee  comme  1’analogue  d’un  signe  d’Argyll-Robertson  traumatique. 

Presentation  d’un  cas  de  maladie  de  Steiner  par  MM.  Claude  et  Coste. 

MM.  Claude  et  Coste  pfesentent  un  cas  de  myopathies  myotoniques  avee 
malformations  faciales  et  maxillaires,  chez  un  malade  debile  mental  atteint 
de  troubles  endocriniens  :  calviti'ff,  testicules  minuscules  et  acrocyanose  pro- 
noncee.  II  existait  une  pseudo-hypertrophie  des  jumeaux  avec  grosses  nodo- 
sites  douloureuses  dans  le  jumeau  externe. 

La  radiographie  montre  une  petite  selle  turcique  irreguliere. 

Ce  malade  ne  presentait  pas  de  trouble  thyroidien  ou  paratbyroidien,  mais 
reagissait  d’une  facon  exageree  a  l’epreuve  hypophysaire. 

Les  auteurs  discutent  les  rapports  de  ce  syndrome  avec  les  lesions  des 
regions  hypophysaires  et  hypothalamiques. 

A  propos  du  reperage  radiographique  du  rocher  dans  les  tumeurs  de  la 

huitieme  pairs.  (Presentation  de  radiographies),  par  M.  Clovis  Vincent. 

M.  Clovis  Vincent  apporte  de  nouvelles  precisions  sur  la  technique  qui  fit 
deja  l’objet  d’une  communication  lors  de  la  derniere  seance. 

Un  cas  d’ablation  partiel  du  lobe  frontal  sans  troubles  de  Tequilibre, 
par  AIM.  A.  Thomas,  Th.  ds  Martel  et  Guillaume. 

Presentation  d’un  malade  atteint  de  crise  d’epilepsie  et  faisant  des  fugues, 
sur  qui  une  operation  frontale  fut  pratiquee  a  deux  reprises.  Actuellement, 
malgre  la  grosse  destruction  de  la  region  frontale,  le  malade  ne  presente 
aucun  signe  cerebelleux,  aucun  trouble  praxique.  On  ne  note  qu’une  hypo- 
excitabilite  vestibulaire  bilaterale. 

Discussion.  —  M.  Vincent  souligne  que  ce  fait  confirme  ce  que  M.  Barre  et 
lui-meme  ont  deja  soutenu. 

M.  Barre  rappelle  egalement  qu’il  n’a  jamais  vu  de  troubles  ataxiques  ou 
cerebelleux  apres  ablation  du  lobe  frontal,  et  que  cette  question  est  entiere- 
ment  a  revoir.  II  rappelle  egalement  que  l’hypoexcitabilite  vestibulaire  est 
frequente  dans  les  lesions  cerebrales  anciennes. 


Myoclonies  rythmees  velo-pharyngo-laryngees  et  myoclonies 
squelettiques,  par  MM.  O.  Crouzon  et  Jean  Christophe. 

Les  auteurs  presentent  une  malade  chez  laquelle  ils  ont  pu  constater,  au 
cours  d’un  syndrome  pseudo-bulbaire  et  cerebelleux,  d’origine  protuberarf- 


SOCIETES 


121 


tielle,  l’apparition  de  myoclonies  rythmiques  et  synchrone's  velo-pharyngo- 
t'acio-laryngees  bilaterales  et  de  myoclonies '  oculaires  et  squelettiques  uni- 
laterales.  Les  auteurs  discutent  l’identite  de  nature  des  deux  syndromes 
myocloniques  et  tentent  de  preciser  le  siege  des  lesions  et  des  degenerations 
responsables  de  la  symptomatology  observee. 


Symptomatologie  de  l’hemorragie  du  thalamus,  par  M.  J.  Lhermitte. 

A  propos  d’un  cas  de  syndrome  thalamique  post-apoplectique,  l’auteur  pre¬ 
cise  les  caracteres  cliniques  qui  permettent  de  differencier  les  lesions  mala- 
ciques  et  hemorragiques  de  la  couche  optique.  Les  premieres  s’expriment 
par  une  hemiplegie  massive  et  brutale  doublee  d’hemianesthesie  et  d’aphasie 
et  souvent  d’une  periode  comateuse  prolongee.  Plus  ou  moins  vite  les  phe- 
nomenes  paralytiques  et  aphasiques  se  reduisent  ou  se  dissipent  complete- 
ment,  ainsi  que  le  montre  l’auteur  a  propos  d’un  cas  personnel.  Les  troubles 
de  la  sensibiJite  demeurent  souvent  profonds  mais  menagent  les  muqueuses 
orificielles  ainsi  que  les  zones  tegumentaires  avoisinantes.  Quant  aux  dou- 
leurs,  tantot  celles-ci  se  manifestent,  Lin  tot  elles  font  defaut  completement, 
comme  dans  le  present  cas.  II  semble  que  l’absence  de  douleurs  specify  une 
alteration  destructive  massive  du  thalamus. 


Etude  anatomo-pathologique  de  l’encephalite  japonaise, 
par  MM.  Ivan  Bertrand  et  Iv.  Miyashita. 

Ces  auteurs  montrent  les  caracteres  differentiels  de  l’encephalite  japo¬ 
naise  et  de  l’encephalite  de  von  Economo.  Dans  l’encephalite  japonaise,  a 
cote  des  lesions  poliencephalitiques  et  poliomyelitiques,  on  trouve  des 
foyers  dissemines  de  demyelinisation,  a  rapprocher  de  ceux  de  la  sclerose 
en  plaques  aigue.  On  remarque,  en  outre,  des  foyers  necrotiques  destructifs. 


Maladies  de  Schilder,  par  MM.  Jacques  de  Massary  et  R.  Albeissar. 

Les  auteurs  rapportent  l’observation  d’une  malade  agee  de  J1  ans  qui  fut 
atteinte,  en  octobre  1932,  de  faiblesse  des  membres  inferieurs,  de  maladresse 
des  membres  superieurs,  avec  troubles  mentaux  a  type  d’indifference  et  de 
puerilisme.  En  six  mois,  ces  symptomes  initiaux  se  transformerent  en  para- 
plegie  spasmodique  intense,  avec  troubles  oculaires  hemianopsiques  par 
decoloration  papillaire,  apraxie,  aphasie  et  demence  complete.  La  ponction 
lombaire  fut  entierement  negative  et  la  mort  survint  en  mars  1933  par 
eschare  fessiere  avec  infection  secondaire  et  crise  d’agitation  maniaque. 
.  L’examen  histologique  revela  l’existence  de  zones  tres  etendues  de  demye- 
linisation  des  centres  ovales  et  de  reaction  nevroglique  marquee,  ce  qui  per¬ 
mit  de  porter  le  diagnostic  de  Maladie  de  Schilder.  A  ce  sujet,  les  auteurs 
insistent  sur  l’autonomie  nette,  du  point  de  vue  clinique  et  anatomique,  de 
cette  curieuse  et  rare  affection. 

Discussion.  —  M.  Bertrand  compare  ces  cas  aux  encephalites  demyelini- 
santes  a  petits  foyers,  type  vaccinal. 

M.  Lhermitte  insiste  sur  les  caracteres  particuliers  de  la  demyelinisation 
due  a  Revolution  rapide  de  la  maladie. 


122 


SOCIETES 


L’aetion  neurolytique  du  venin  d’abeilles.  —  Etude  experimentale, 
par  MM.  J.  Lhermitte  et  HaskovkcI 

Depuis  plusieurs  annees  le  venin  d’abeilles  est  employe  couramment  en 
therapeutique,  mais  l’action  de  ee  venin  sur  le  systeme  nerveux  est  mal 
connue.  Les  auteurs  ont  injecte  de  l’extrait  du  venin  deproteine  sous  la  peau 
et  dans  le  sang  de  lapins  sans  provoquer  de  reactions,  a  moins  d’employer 
des  doses  incomparables  avec  celles  que  l’on  utilise  chez  1’homme.  Au 
contraire,  1’introduction  de  venin  dans  la  citerne  sous-occipitale  determine 
de  violentes  et  durables  crises  convulsives  suivies  de  mort  du  sujet.  Chez 
un  lapin  ayant  survecu  18  heures,  1’etude  histologique  a  permis  de  constater 
l’existence  de  degenerescences  des  neurones  de  la  moelle,  du  cortex  et  des 
cellules  de  Purkinje,  du  cervelet,  du  type  des  alterations  aigues  de  Nissl. 

D’autre  part,  les  auteurs  ont  recherche  si  l’injection  para-nerveuse  de 
venin  provoquait  des  plienomenes  qui  puissent  etre  rattaches  a  une  atteinte 
des  fibres  des  nerfs  peripheriques  ;  il  n’en  est  rien.  Mais  si  1’on  injecte  le 
venin  directement  dans  le  nerf  sciatique  on  provoque  des  degenerations  im- 
portantes. 

En  resume,  1’introduction  du  venin  d’abeille  directement  dans  les  centres 
nerveux  ou  dans  les  troncs  peripheriques  met  en  evidence  une  propriety  neu¬ 
rolytique  tres  nette  dont  on  pourra  sans  doute  tirer  parti  en  therapeutique. 

Discussion.  —  M.  Bertrand  rappelle  qu’il  a  etudie  l’action  neurolytique  du 
venin  de  cobra.  Les  resultats  anatomiques  etaient  nuls,  fait  qu’il  explique 
par  I’action  trop  rapide  de  ce  poison. 

Un  cas  de  pupille  excentrique  chez  un  malade  atteint  de 
neo-formation  basilaire,  par  M.  Garcin. 

M.  Garcin  rapporte  le  cas  d’un  malade  presentant  de  l’exophtalmie,  une 
reaction  pupillaire  tonique  a  la  convergence  et  une  pupille  excentrique  varia¬ 
ble.  II  suppose  que  la  neoformation  basilaire  dont  ce  malade  est  atteint  a 
successivement  touche  les  nerfs  ciliaires  longs,  puis  les  nerfs  ciliaires  courts. 
L’auteur  rappelle  en  outre  les  trayaux  de  Piltz  a  ce  sujet. 

Syndrome  adiposo-genital  et  acromegalie,  par  M.  David. 

Polynevrite  neuro-anemique  des  membres  superieurs, 
par  MM.  H.  Roger  et  Jean  Olmer. 

Chez  une  malade  revenant  des  colonies,  une  anemie  de  2.800.000  globules 
rouges  d’origine  indeterminee  s’accompagnant  d’une  paresie  des  membres 
superieurs  predominant  dans  le  territoire  des  radiaux  a  retrocede  rapide- 
inent  par  l’hepato  et  la  gastrotherapie.  A  noter  1’existence  au  debut  de  revo¬ 
lution  de  quelques  troubles  psychiques  (forme  fruste  de  syndrome  de  Kor¬ 
sakoff). 


M.  Leconte. 


SOCIETES 


123 


Seance  tin  Jeudi  23  Janvier  1!)16 


Presidence  :  M.  TINEL,  president 


Le  faisceau  rubrospinal  chez  l’homme,  par  M.  Andre-Thomas. 

L’auteur  rapporte  le  cas  d  une  tumeur  de  la  region  pedonculaire  (heman- 
giogliome)  ayant  envahi  la  calotte  et  respecte  le  pied.  Lesions  graves  des 
deux  noyaux  rouges,  des  rubans  de  Reil  (lateraux  et  medians),  des  deux 
deux  noyaux  de  la  III'  paire,  du  pedoncule  cerebelleux  superieur  droit,  des 
faisceaux  longitudinaux  posterieurs  ;  prolongement  a  droite  dans  la  par- 
tie  superieure  de  la  calotte  protuberantielle,  en  haut  dans  la  region  sous- 
thalamique  et  thalamique.  Coloration  par  la  methode  de  Marchi.  Degene¬ 
ration  descendante  totale  avec  corps  granuleux  nombreux  dans  le  faisceau 
central  de  la  calotte,  des  deux  cotes.  Aucuri  grain  noir  ni  aucun  corps  gra¬ 
nuleux  dans  les  regions  traversees  par  le  faisceau  rubro-spinal  chez  l’ani- 
rnal  et  par  les  fibres  degenerees  signalees  par  quelques  auteurs  chez 
l’homme,  a  la  suite  de  lesions  de  la  calotte  protuberantielle. 

Discussion  de  l’existence,  de  la  Constance  et  de  l’importance  de  ce  fais¬ 
ceau  chez  l’homme. 

Etude  des  modifications  des  meninges  dans  certaines  maladies  du  systeme 
nerveux  central,  par  AIM.  Ala.iouink  et  Hornet. 

Etude  anatomo-clinique  d’un  cas  d’eclampsie 
par  MM.  Alajouine  et  Hornet. 

Les  auteurs  rapportent  l’etude  anatomique  d’un  cas  d’eclampsie,  survenue 
neuf  jours  apres  l’accouchement.  L’examen  anatomique  a  montre  1111  pro¬ 
cessus  de  vaso-dilatation  avec  stase  circulatoire  et  hemorragie  meningee 
secondaire.  Les  auteurs  insistent  sur  le  trouble  vaso-moteur,  cause  pro¬ 
bable  de  l’eclampsie. 

Neurinomes  multiples  (gliomes  peripheriques  developpes  exclusivement 

sur  le  territoire  du  nerf  sciatique),  par  MM.  P.  Sainton  et  J.  Lhermitte. 

Observation  d’un  malade  chez  lequel  se  sont  developpees  successivement 
des  tumeurs  siegeant  entre  les  fascias  et  le  tegument  et  s’echelonnant  depuis 
la  fesse  gauche  jusqu’au  pied.  La  tumeur  primitive  du  pied  est  apparue 
trente  ans  avant  les  autres  neoformations  et  est  restee  indolore.  Les 
tumeurs  occupeut  exactement  le  trajet  de  certaines  branches  du  nerf  scia¬ 
tique:  nerf  cutane  posterieur,  musculo-cutane,  branche  cutanee  peroniere  du 
sciatique  poplite  externe.  Ablation  de  deux  tumeurs  et  etude  anatomique. 
Celle-ci  montre  la  structure  typique  des  neurinomes. 


124 


SOCIETES 


Le  probleme  qui  se  pose  est  de  savoir  s’il  s’agit  d’une  neoformation  a 
point  de  depart  polycentrique  ou  de  metastase  sur  un  territoire  nerveux 
peripherique.  On  sait,  en  effet,  que  Lhermitte  et  Guccione  ont  montre  que 
les  neurinomes  pouvaient  essaimer  dans  l’axe  cerebrospinal  et  determiner 
une  neurogliomatose  centrale.  En  est-il  de  meme  dans  le  systeme  nerveux  peri¬ 
pherique  ?  Le  fait  que  les  tumeurs  sont  (Page  different,  que  pendant  fort 
longtemps  la  tumeur  du  pied  est  restee  solitaire,  enfin  et  surtout  que  ces 
neoplasies  sont  strictement  cantonnees  dans  le  systeme  sciatique,  consti¬ 
tuent  des  arguments  favorables  a  1’hypothese  de  metastases  multiples. 

Ramollissement  hemorragipare  d’origine  veineuse  chez  un  enfant  attaint 
de  malformation  cardiaque,  par  J.  Lhermitte,  J.  Lereboullet  et  Kaplan. 

Chez  un  enfant  de  14  mois,  presentant  une  atresie  de  l’artere  pulmo- 
naire  avec  communication  interventriculaire  survient,  au  cours  d’une  asys- 
tolie,  une  hemiplegie  droite  complete.  Apres  retrocession  legere  des  phe- 
nomenes  paralytiques,  1’enfant  succomba.  A  1’autopsie,  on  decouvre  l’exis- 
teuce  d’une  hemorragie  massive  infiltrant  tout  le  lobe  temporal  gauche. 
Les  veines  cerebrales  superfieielles  sont  thrombosees.  Histologiquement,  il 
s’agit  d’un  ramollissement  hemorragique  qui  s’associe  facilement  a  la 
necrobiose  cerebrale.  Ce  cas  montre  que  la  stase  veineuse  et  la  thrombose 
sont  a  l’origine  du  ramollissement,  et  que  les  malformations  cardiaques  tel- 
les  l’atresie  pulmonaire  peuvent  entrainer  indirectement  les  plus  graves 
desordres  dans  la  circulation  encephalique. 

Incrustations  des  cellules  corticales  dans  la  choree  chronique  non 
huntingtonienne,  par  MM.  J.  Lhermitte  et  J.-O.  Trelles. 

Dans  un  cas  de  choree  survenue  soudainement  et  dont  Involution  s’est 
poursuivie  pendant  de  longues  annees,  les  auteurs  ont  constate,  a  c6te  de 
lesions  putaminales,  1’existence  d’une  variete  d’alterations  des  cellules  cor¬ 
ticales  assez  particulieres.  Dans  les  circonvolutions  precentrales,  les  cel¬ 
lules  pyramidales  et  speeialement  les  cellules  de  Betz  apparaissent  enve- 
loppees  de  gros'  grumeaux  tres  chromatophiles  spherules  ou  filamenteux,  les- 
quels  se  prolongeaient  sur  les  expansions  dendritiques.  Les  cellules  ner- 
veuses  atteintes  offraient  tous  les  traits  de  la  degeneration  grave  de  Nissl, 
ainsi  qu’on  1’observe  dans  les  maladies  a  evolution  rapide. 

De  plus,  les  cellules  nevrogliques  proliferees  laissaient  reconnailre  les 
memes  incrustations. 

La  lesion  decrite  ne  figure  pas  dans  le  tableau  anatomique  precis  aujour- 
d’hui  de  la  choree  de  Huntington. 

Troubles  dementiels.  —  Signe  d’Argyll-Robertson  sans  syphilis  ner- 
veuse.  —  Syndrome  deitero-spinal  avec  areflexie  vestibulaire  par 
arteriolite  et  veinulite  intra-cerebrale  en  zones,  par  M.  le  Prof.  J.-A. 
Barre,  Mile  S.  Rousset  et  C.  d'ANDRAOE. 

Ces  auteurs  rapportent  l’etude  anatomo-clinique  d’une  femme  de  61  ans 
qui  presentait,  en  outre  des  faits  signales  dans  le  titre,  un  spasme  des  rele- 
veurs  des  paupieres.  Ils  montrent,  pieces  en  mains,  la  superposition  etroite 
entre  les  troubles  nerveux  et  la  topographie  des  lesions  des  arterioles  et 
des  veinules  de  l’encephale  qui  existaient  dans  la  zone  frontale,  dans  la 


SOCFETES 


125 


calotte  pedonculaire  et  dans  la  calotte  protuberantielle.  Des  coupes  seriees 
out  montre  qu’il  n’existe  qu’un  seul  tout  petit  foyer  de  ramollissement 
dans  la  profondeur  de  la  protuberance  et  que  les  grosses  arteres,  les  grosses 
veines  etaient  a  peu  pres  totalement  intactes. 

Ce  cas  s’inscrit  a  la  suite  de  ceux  oil  l’Argyll-Robertson  typique,  non 
syphilitique,  a  ete  rattache  a  des  lesions  verifiees  de  la  region  de  la  calotte 
pedonculaire.  II  pourra  servir  a  localiser  le  centre  des  lesions  du  spasme 
tonique  des  releveurs  des  paupieres,  et  par  ailleurs  justifier  l’idee  que 
l’ataxie,  dite  frontale,  reconnait  comme  cause  reelle  des  lesions  extra- 
frontales  qui  portent  sur  les  voies  de  Pequilibration. 

Paralysie  flasque  au  cours  d’un  cancer  de  la  prostate 
par  MM.  Lhermitte  et  Beaudoin. 

Les  perivascularites  dans  les  affections  nerveuses  inflammatoires, 
par  MM.  Ivan  Bertrand  et  K.  Miyashita. 

Les  perivascularites  dans  les  affections  nerveuses  degeneratives, 
par  MM.  Ivan  Bertrand  et  K.  Miyashita. 

M.  Leconte. 


Societe  de  Medecine  IVIentale  de  Belgique 


Seance  du  21  Decembre  1935 


Presidence  :  M.  ALEXANDER,  president 


Augmentation  considerable  du  volume  du  crane  chez  une  adolescente  ; 

troubles  psychiques  et  epilepsie  ;  discussion  du  diagnostic,  par  MM.  H. 

Baonville,  J.  Ley,  A.  Meyers  et  J.  Titeca. 

Presentation  d’une  jeune  fille  de  25  ans,  sans  antecedents  pathologiques, 
dont  le  developpement  somatique  et  intellecluel  a  ete  normal  jusqu’a  Page 
de  15  ans.  A  cette  epoque  on  a  constate  une  augmentation  progressive  du 
volume  du  crane,  sans  autres  troubles.  A  17  ans,  la  nialade  devient  inatten¬ 
tive,  r^veuse,  apathique  ;  la  memoire  diminue.  Elle  parvient  neanmoins 
a  obtenir  son  diplome  final  d’etudes  greco-latines  a  18  ans.  Peu  de  temps 
apres  apparaissent  des  crises  epileptiques,  et  les  troubles  meniaux  s’aggra- 
vent.  Actuellement,  l’examen  met  en  evidence  de  gros  troubles  de  fatten- 


126 


SOCIETES 


tion  et  de  la  memoire  ;  le  jug'cment  est  pueril  ;  il  existe  des  troubles  du 
caractere  et  du  comportement  ;  les  accidents  comitiaux  persistent.  A  part 
une  augmentation  considerable  du  volume  du  crane  predominant  sur  la 
region  occipitale,  les  examens  somatiques  et  serologiques  ne  revelent  aucune 
anomalie.  II  n’existe  aucun  signe  clinique  d’hypertension  intracranienne. 
Au  point  de  vue  endocrinien,:  les  epreuves  fonctionnelles  fournissent  des 
resultats  normaux.  Seule  la  radiographie  montre  un  aspect  tres  net  d’hyper¬ 
tension  intracranienne  :  elargissement  des  sutures,  depressions  intra- 
craniennes  tres  marquees,  selle  turcique  fortement  elargie.  La  ventriculo- 
graphie  n’a  pu  etre  pratiquee.  Les  auteurs  discutent  le  diagnostic,  emet- 
tant  1’hypothese  d’une  hypertension  intracranienne  de  cause  probablement 
tumorale  et  a  evolution  tres  lente. 


Recherche  du  virus  tuberculeux  dans  le  liquide  cephalo-rachidien  et  le 
sang  de  dements  precoces  atteints  de  tuberculose  non  nerveuse,  par 
M.  Beerens. 

Dans  des  recherches  tres  precises,  effeetuees  sous  la  direction  du  pro- 
fesseur  R.  Nyssen,  au  moyen  des  techniques  bacteriologiques  les  plus 
recentes,  l’auteur  a  examine  le  sang  et  le  liquide  cephalo-rachidien  de 
douze  dements  precoces  averes,  dont  un  certain  nombre  etaient  atteints  de 
tuberculose.  Dans  aucun  cas  le  virus  tuberculeux  n’a  pu  etre  mis  en  evi¬ 
dence  ;  toutes  les  inoculations  et  reinoculations  a  des  cobayes  sensibilises 
par  les  extraits  bacillaires  sont  restees  negatives.  L’auteur  resume  les 
resultats  concordants  de  toute  une  serie  de  recherches  recentes  sur  le 
meme  sujet,  et  montre  que  sans  exclure  d’une  maniere  absolue  la  possi- 
bilite  d’une  etiologie  tuberculeuse  dans  certains  cas  de  deinence  precoce, 
on  doit  admettre  que  les  resultats  positifs  obtenus  par  certains  auteurs  ne 
permettent  aucune  conclusion. 


Recherches  comparatives  sur  le  sang  de  malades  agites  non  soumis  a  un 
traitement  par  la  dietylmalonyluree,  par  M.  A.  Leroy. 

L’examen  de  la  formule  sanguine  et  de  la  teneur  du  sang  en  hemoglobine 
chez  des  malades  chroniques  agites  n’ayant  jamais  ete  traites  par  la  diethyl- 
malonyluree,  montre  qu’on  rencontre  dans  ces  cas,  avec  la  meme  frequence 
que  chez  les  malades  traites  depuis  plusieurs  annees  par  ce  medicament, 
un  certain  degre  d’anemie.  On  ne  peut  done  accuser  le  medicament  d’etre 
la  cause  de  ces  modifications  sanguines. 


SOCIETES 


127 


Societe  Beige  de  Neurologie 


Seance  du  21  Decembre  1935 


Presidence  :  M.  R.  LEY,  secretaire  general 


Le  traitement  du  parkinsonisme  post-encephalitique,  par  M.  R.  Ley. 

L’auteur  presente  un  film  cinematographique  pris  dans  le  service  du 
professeur  Negro  a  Turin,  relatif  au  traitement  du  parkinsonisme  post- 
encephalitique  par  de  nouveaux  extraits  de  racine  de  belladone.  Ceux-ci 
agissent  surtout  sur  la  rigidite,  parfois  aussi  sur  le  tremblement,  et  sont 
superieurs  aux  produits  utilises  jusqu’a  present  dans  la  therapeutique  de 
cette  penible  affection. 


Un  cas  atypique  de  myotonie  atrophique,  par  M.  L.  Massion-Verniory. 

Presentation  d’une  femme  de  10  ans,  sans  antecedents  pathologiques 
personnels  ou  familiaux,  dont  1’affection  evolue  depuis  vingt  ans  et  a 
debutc  par  une  difficulte  de  la  decontraction  musculaire,  augmentee  par  le 
froid.  II  y  a  dix  ans  est  apparue  une  faiblesse  progressive  des  quatre  mem- 
bres.  II  existe  une  atrophie  musculaire  predominant  a  la  racine  des  mem- 
bres  et  atteignant  certains  muscles  du  cou  et  de  la  face.  On  ne  releve  pas 
de  troubles  trophiques  autres  qu’une  certaine  obesite  du  tronc  et  de  la 
racine  des  membres.  La  decontraction  musculaire  est  lente  ;  il  existe  une 
reaction  myotonique  a  la  percussion  de  certains  muscles,  mais  pas  de  reac¬ 
tion  myotonique  des  pupilles.  Tous  les  reflexes  tendineux  sont  abolis. 

L’examen  du  cristallin  revele  la  coexistence  d’une  cataracte  ponetuee  cor¬ 
ticate  du  type  Vogt  et  d’une  cataracte  stellaire  du  pole  posterieur  du  type 
Fleicher. 

L’auteur  pense  que  ce  cas  atypique  represente  une  transition  entre  la 
myopathie  et  la  nialadie  de  Thomsen. 


Insuffisance  motrice  avec  syndrome  myotonique  chez  un  debile  mental, 
par  MM.  Divry  et  Evrard. 

Presentation  d’un  gargon  de  15  ans,  retarde  intellectuel,  presentant  un 
etat  de  debilite  motrice  avec  lenteur  de  la  decontraction  musculaire  des 
mains  ;  il  existe  une  reaction  myotonique  a  la  percussion  de  certains  mus¬ 
cles  extenseurs  des  doigts.  Du  cote  oculaire,  l’examen  ne  revele  rien  de 


SOCIETES 


particular,  mais  la  mere  du  sujet  qui,  par  temps  froid,  presente,  aussi  des 
troubles  discrets  de  la  serie  myotonique,  est  atteinte  d’une  cataracte  stel- 
laire  du  type  Fleischer.  D’autre  part,  elie  a  un  neveu  qui  presente  egale- 
ment  des  troubles  musculaires,  mais  qui  n’a  pu  etre  examine.  II  s’agit 
d’un  syndrome  myotonique  partiel  a  caractere  hereditaire. 


Crise  de  rire  spasmodique  immediatement  avant  le  deces  ;  autopsie  ; 
hemorragie  thalamique  double,  par  M.  Andeksf.n. 

Une  femme  de  58  ans,  devenue  pseudobulbaire  a  la  suite  de  petits  ictus, 
dont  le  premier  est  survenu  a  35  ans,  presente  une  legere  astasie-abasie, 
un  signe  de  Babinski  bilateral,  du  rire  et  du  pleurer .  spasmodique.  Brus- 
quement,  elle  prefcente  un  ictus  atypique  :  elle  se  plaint  d’abord  d’un  bruit 
terrible  dans  les  oreilles,  puis  ne  parvient  plus  a  parler,  mais  reste  cons- 
ciente.  On  constate  une  paralysie  du  regard  vers  le  bas,  puis  la  malade  est 
prise  d’un  rire  spasmodique  inextinguible  qui  dure  pres  de  deux  heures  ;  la 
face  est  cyanosee,  il  existe  un  etat  asphyxique.  L'e  coma  s’installe  brus- 
quement  et  la  malade  meurt  quelques  heures  apres. 

A  l’autopsie,  on  trouve  de  petits  foyers  de  ramollissement  dissemines 
dans  les  deux  hemispheres  et  les  ganglions  de  la  base  sont  detruits  par 
des  hemorragies  recentes  atteignant  surtout  les  deux  thalamus.  II  y  a  inon- 
dation  ventriculaire. 

Contrairement  aux  crises  de  rire  et  de  pleurer  spasmodiques,  que  la 
malade  presentait  anterieurement,  la  crise  de  rire  survenue  au  moment  de 
la  destruction  bilaterale  du  thalamus  a  ete  independante  de  tout  facteur 
emotionnel  ;  c’etait  une  succession  rapide  d’expirations  forcees,  qui  repre- 
senteraient  le  mecanisme  isole  du  rire. 


ANALYSES 


JOURNAUX  ET  REVUES 


HISTOIRE  DE  LA  MEDECINE 


Hippocrate  philosophe  (Les  sources  philosophiques  de  ses  aphorismes), 
par  le  Dr  M.  Klippei.  ( Hippocrate ,  Revue  d’Hurtianisme  medical,  octobre  1935, 
pages  610-622). 

Le  procede  de  l’induction,  rapide  ou  lente,  etabli  par  la  philosophie  d’Hip- 
pocrate,  et  conduisant  au  diagnostic,  est  d’un  usage  constant  en  medecine 
pratique.  II  est  par  la  indiscutable  que  les  lointains  suceesseurs  du  Maitre 
se  rattachent  encore  a  lui  par  des  liens  etroits. 

M.  Klippei  montre  ici  qu’Hippocrate  a  enseigne  la  medecine  par  la 
philosophie.  Le  medecin-philosophe  est,  d’apres  Hippocrate,  egal  a  un 
Dieu.  II  en  a  ete  lui-meme  le  rnodele  le  plus  parfait  :  1°  par  les  tendances 
innees  de  son  esprit  philosophique  dans  les  jugements  d’une  rare  pene¬ 
tration  qu’il  porte  a  toute  occasion,  dans  la  clarte  de  ses  tommies  coneises  ; 
2°  parce  qu’il  emprunta  a  des  philosophes,  qui  etaient  en  meme  temps  plus 
ou  moins  medecins  ;  3°  par  les  principes  generaux  qu’il  a  demandes  a  la 
philosophie  elle-meme,  principalement  dans  l’etablissement  de  sa  doctrine 
medicale,  en  ce  qu’elle  offre  de  plus  genial. 

Dans  ce  qu’elle  a  de  plus  general,  cette  methode  se  resume  en  l’observation 
unie  au  raisonnement.  Avec  Hippocrate,  Pinduction  est  un  procede  defini  et 
denomme.  Ses  cinq  preceptes  fondamentaux:  «  la  vie  est  conrte,  Vart  est  long, 
I’occasion  est  fugace,  Vexperience  est  trompeuse,  le  jugement  est  difficile  » 
sont  d’une  antiquite  certaine,  mais  les  sophistes  les  avaient  develcppes, 
leur  donnant  un  caractere  pejoratif  tendant  a  etablir  l’impuissance  humaine 
et  a  donner  plus  de  force  a  leur  doctrine. 

M.  Klippel  indique  les  sources  de  la  theorie  des  quatre  humeurs  (sang, 
bile,  phlegme,  atrabile),  dont  le  nombre  a  pour  consequence  logique  celui 
des  temperaments  et  dont  les  proportions  fixes  sont,  pour  Hippocrate,  les 
conditions  de  l’etat  de  sante  :  l’irregularite  de  l’une  d’elles  correspond  a 
l’etat  de  maladie.  A  Parmenide  d’Elee,  et  par  lui  a  Heraclite,  Hippocrate  a 
emprunte  cette  notion  que  les  temperaments,  issus  des  humeurs,  ont  une 
influence  sur  le  moral  et  modifient  la  pensee. 

Avec  lui,  la  medecine  cessa  d’etre  un  art  divin.  II  a  etabli  les  rapports 

Ann.  Med.-psych.,  XV'  see  if.,  94''  an  nee,  t.  I.  —  Janvier  1936.  9. 


130 


ANALYSES 


de  I’organisme,  so  it  dans  Petat  de  sante,  soit  dans  1’etat  de  maladie,  avec 
les  conditions  du  milieu  extirieur,  substituant  ainsi  les  causes  naturelles 
aux  causes  divines.  Or,  son  «  vitalisme  »  est  l’application  a  la  medecine  des 
preceptes  que  les  philosophes  d’lonie  avaient  admis  pour  1’ensemble  des 
etres  vivants. 

Si,  d’une  fa§on  generale,  la  designation  des  jours  critiques  a  sa  source 
dans  les  nombres  de  Pythagore,  Hippocrate  a  etabli,  suivant  sa  propre 
methode,  certaines  periodes  regulieres  qui  echappent  a  ce  que  nous  savons 
des  nombres  sacres  de  Pythagore,  s’ecartant  ainsi  en  partie  des  dogmes  de 
la  philosophie. 

De  toute  l’oeuvre  hippocratique,  la  conception  de  la  nature  medicatrice 
apparait  comme  le  point  de  vue  le  plus  genial.  Elle  est  liee  a  la  fagon  dont 
Hippocrate  a  considere  l’organisme  et  la  force  vitale  qui  I’anime.  Or,  la 
force  vitale  d’Hippocrate  ne  differe  pas  de  celle  des  philosophes  .  natura- 
listes.  La  fagon  dont  il  a  compris  Paction  de  I’organisme  est  conforme  a 
l’explication  qui  est  attribute  a  Thales  lorsqu’on  lui  fait  dire  que  la  nature 
est  intelligente  et  inconsciente.  La  defense  de  Porganisme  a  plus  d’impor- 
tance  que  la  cause  de  la  maladie  ;  le  medecin  ne  fera  que  favoriser  l’effort 
curateur  de  la  nature  et  il  devra  prendra  grand  soin  de  le  respecter.  «  La 
nature  est  le  premier  des  medecins  »,  dit  une  parole  antique  et,  s’il  est 
douteux  que  cette  phrase  soit  d’Hippocrate  lui-meme,  elle  est,  £crit  M.  Klip- 
pel,  la  formule  lapidaire  qui  resume  sa  doctrine: 

Rene  Charpentjeh. 


PSYCHIATRIE 


L’anxiete.  Sa  nature  et  son  traitement.  (Anxiety  :  Its  Nature  and  Treat¬ 
ment),  par  Henry  Harris.  The  Journal  of  Menial  Science.  T.  LXXX,  n°  330  et 
331,  pp.  482-512  et  705-715,  juillet  et  octobre  1934. 

Le  probleme  de  l’anxiete  est  complexe  car  il  implique  des  circonstances 
emotionnelles  speciales  auxquelles  participent  l’individu,  son  milieu,  des 
perturbations  psychologiques  et  physiologiques.  Il  est  impossible  de  tout 
ramener  a  un  trouble  vegetatif  initial  ou  a  une  desadaptation  psycliique. 
L’interpretation  de  M.  Harris  tient  compte  du  desequilibre  des  tensions  qui, 
chez  l’anxieux,  entretient  des  conflits  de  quatre  ordres.  Ges  conflits  indi- 
quent  la  nature  des  troubles  et  les  directives  du  traitement  :  le  probleme 
psychologique  individuel  requiert  les  ressources  de  la  psychanalyse  ;  la 
desadaptation  sera  combattue  par  l’orientation  des  energies  defaillantes  ; 
I’etat  de  tension  et  de  spasme  demande  un  essai  de  retablissement  de  l’in- 
tegrite  viscerale  et  endocrinienne  ;  enfin  le  dereglement  physiologique 
exige  la  correction  des  metabolismes  troubles. 

P.  Carrette. 


Remarques  sur  le  probleme  des  psychoses  symptomatiques  (Bemerkungen 
zur  Problematik  der  symptomatischen  Psychosen),  par  I.  Gottschick. 
Monatsschrift  fur  Psychialrie  and  Neurologie,  Vol.  91,  fasc.  2,  1935. 

L’aspect  clinique  d’une  psychose  symptomatique  ne  depend  pas  de  Paffec- 
tion  somatique  causale.  Aussi  l’identification  de  «  types  »  plus  ou  moins 
hombreux,  deja  critiquable  a  d’autres  points  de  vue,  n’est  d’aucune  utilite 


ANALYSES 


pour  la  solution  du  probleme  pathogenique.  Celui-ci  est  le  meme  pour  tou- 
tes  les  psychoses  symptomatiques,  sans  consideration  de  la  maladie  causale 
ni  de  la  forme  clinique.  Mais  1’opinion  courante  d’une  atteinte  toxique  dcs 
centres  cerebraux  doit  etre  rejetee.  L’auteur  —  qui  a  traite  deja  anterieure- 
ment  le  probleme,  a  propos  des  psychoses  d’origine  cancereuse,  dans  sa 
these  (Hambourg,  1934)  —  invoque  une  reaction  speciale,  reversible,  dans 
le  sens  de  Fhypofonctionnement,  de  certaines  cellules  corticales  tres  sensi- 
bles  a  l’egard  des  maladies  somatiques.  La  predisposition,  des  facteurs  phy- 
siologiques  ou  pathologiques  passagers,  pourraient  jouer  le  r61e  de  «  chai- 
nons  etiologiques  intermediaires  ».  La  reaction  ganglionnaire  corticale 
determine  un  trouble  de  la  conscience,  perturbation  primordiale  et  constante 
de  toutes  les  psychoses  symptomatiques,  dont  toutes  les  autres  manifesta¬ 
tions  sont  la  consequence  directe  ou  indirecte. 

E.  Baueh. 


Des  rapports  etio-pathogeniques  entre  le  cancer  et  les  maladies  mentales 
(Sui  rapporti  fra  il  cmcro  e  le  malattie  mectali),  par  Giuseppe  Bianchi 
(de  Novara).  Giorn.  di  Ps.  e  N.,  1934,  n°  3. 

L’auteur  conclut,  comme  ceux  dont  il  donne  les  references  bibliographi- 
ques,  qu’il  n’y  a  pas  de  rapport  entre  le  cancer  et  les  maladies  mentales. 

Henri  Ey. 

Phenomenes  de  depersonnalisation  dans  les  maladies  cerebrales 
(D jpersounalisationserscheinungen  bei  Hirnerkrankungen),  par  B.  Frank 
(de  Dnjepropetrowsk)'.  Zeitschr.  f.  d.  ges.  Neuro.  mid  Psych.,  Tome  CXL1X, 
p.  563  a  582. 

Relation  de  trois  observations  assez  intereSsantes.  La  premiere  est  celle 
d’un  ingenieur  de  56  ans  qui  presente  un  syndrome  d’aphasie  apres  ictus 
apoplectiforme.  —  Dans  la  seconde,  il  s’agil  d’une  femme  de  45  ans  qui  pre¬ 
sente  egalement  une  phase  de  coma  apoplectique  et  consecutivement  un  syn¬ 
drome  aphasique.  —  Enfin,  dans  la  troisieme  observation,  l’auteur  rapporte 
le  cas  d’un  traumatisme  avec  perte  de  connaissance  chez  un  jeune  homme 
de  23  ans.  Dans  revolution  des  troubles  de  ces  malades,  l’auteur  a  rencontre 
un  syndrome  de  depersonnalisation,  d’etrangete  qui  s’integrait  dans  l’en- 
senrble  des  troubles  neuro-psyehiques. 

Henri  Ey. 

De  l’indigence  intellectuelle  (Ul)er  den  Sell wachsi nil),  par  Ewald.  Munchener 
medizinische  Wochenschrifl,  1935,  n"  33. 

Le  nombre  total  des  oligophrenes  existant  en  Allemagne  peut  etre  evalue 
a  300.000,  dont  200.000  cas  d’oligophrenie .  hereditaire.  L’heredite  dominante 
a  ete  observee  parfois,  mais  le  plus  souvent  il  s’agit  d’heredite  recessive 
dihybride.  En  cas  d’oligophrenie  d’un  des  parents,  un  tiers  a  la  moitie  des 
enfants  en  sont  egalement  atteints  ;  si  les  deux  parents  so.nt  des  arrieres, 
90  p.  cent  des  enfants  le  sont.  Les  resultats  du  traitement  et  de  I’education 
sont  decevants  ;  seule  la  sterilisation,  en  contribuant  a  faire  diminuer  le 
nombre  des  arrieres,  promet  un  resultat  social  utile. 


E.  Bauer. 


132 


ANALYSES 


La  psychose  catatonique  primitive  de  1'idiotie  (The  primitive  Catatonic 
Psychosis  of  Idiocy),  par  C.  J.  C.  Earl.  The  British  Journal  o/  Medical  Psy¬ 
chology.  T.  XIV,  n°  3,  pp.  230-253,  23  octobre  1934. 

Une  psychose  catatonique  primitive  est  decrite  chez  les  idiots.  Le  syn¬ 
drome  comprend  3  groupes  de  manifestations  :  des  signes  de  deterioration 
par  perte  des  habitudes  elementaires  ;  des  signes  de  catatonie,  tantot  avec 
catalepsie  typique,  tantot  sous  forme  de  simple  hyperkinesie,  les  phenome- 
nes  psychomoteurs  revetant  les  caracteristiques  des  stereotypies  dans  le 
sens  de  Klasi,  plutot  que  des  monotypies  ordinaires  des  idiots  ;  enfin  des 
signes  de  dissociation  emotionnelle  :  rires  et  pleurs  sans  motifs  apparents, 
impulsions.  Le  syndrome  catatonique  a  ete  observe  par  M.  Earl  dans  les 
divers  types  d’idiotie  :  mongolisme,  forme  simple,  encephalopathies,  demence 
infantile.  II  survient  de  preference  avant  la  puberte  et  correspond  plutot  au 
stade  de  maturite  intellectuelle  qu’a  celui  de  maturite  sexuelle.  Du  point 
de  vue  du  concept  schizophrenique,  il  s’agit  d’une  reaction  de  type  psyeho- 
moteur  et  non  de  type  symbolique. 

P.  Carrette. 


Position  actuelle  des  problemes  de  la  demence  preeoce  et  des  etats 
schizophreniques,  par  Henry  Ey.  l.'Evoliilion  Psychiatrique,  fasc.  3, 
pp.  3-24,  1934. 

Les  syndromes  que  M.  Ey  designe  sous  le  nom  de  «  psychoses  discox-- 
dantes  »  different  de  la  demence,  des  etats  confusionnels,  des  dysthymies. 
Elies  peuvent  se  developper  au  cours  de  processus  tels  que  la  tuberculose 
ou  la  syphilis,  etre  une  reaction  a  des  processus  degeneratifs.  Elies  ne  sont 
pas  constitutionnelles  et  ne  sauraient  trouver  leur  explication  dans  les 
theories  psychogenetiques.  Les  psychoses  discordantes  ne  se  superposent 
pas  exactement  a  la  demence  pi-ecoce.  Leur  expression  revet  deux  formes 
typiques  :  la  schizophrenic  delirante  et  une  partie  du  groupe  des  para- 
phrenies,  la  schizopra.xie,  forme  voisine  de  l’hebephreno-catatonie. 

P.  Carrette. 


Les  recherches  vegetatives  dans  la  schizophrenic  par  la  technique  de 
Danielopolu  (Las  pruebas  vegetativas  en  la  esquizofrenia  siguiendo  la  tecnica 
de  Danielopolu),  par  N.  Ancochea  et  C.  Rcdtigcjez  Cuevillas.  Archivos  de 
Medicina,  Cirugia  y  Especialidades.  T.  XXXVII,  n°  40,  pp.  1103-1110,  6  octo¬ 
bre  1934. 

L’atropine  exerce  une  action  amphotrope.  Les  l’echerches  de  Danielopolu 
portent  sur  la  tachycardie  orthostatique,  le  vague  etant  intact,  et  l’emploi 
de  l’atropine  a  doses  successives  pour  verifier  son  influence  sur  le  coeur  et 
le  vague.  Appliquees  au  sehizophrene,  elles  inontrent  que  l’etat  habituel  est 
hypo-neuro-vegetatif  avec  de  courtes  pei'iodes  d'irritabilite  sympathique. 
La  faible  reaction  aux  stimulants  correspond  a  une  veritable  anei-gie  vege¬ 
tative,  a  une  debilite  fonctionnelle  pi-esque  constante. 


P.  Carrette. 


ANALYSES 


133 


Le  dessin  des  schizophrenes  (Das  Zeichnen  Scbizophrener),  par  Petec- 

Emil  Becker  (Hambourg).  Zeitsch.  /'.  d.  g.  Neuro.  und  Psych., 

Tome  CXLIX,  p.  433  a  489. 

Cette  veritable  monographic  puise  son  originalite  dans  son  inspiration 
rigoureuseme.nt  positive.  Becker  ne  veut  pas  repeter  les  innombrables  spe¬ 
culations  qu’a  suscitees  le  probleme  de  Part  dans  ses  rapports  avec  la  folie. 
Le  but  qu’il  se  propose  et  qu’il  a  atteint  est  une  etude  quasi-experimen- 
tale  de  la  fagon  de  dessiner  des  schizophrenes.  II  a  d’abord  etudie  le  des¬ 
sin  commande,  e’est-a-dire  la  reproduction  d’un  modele  comportant  quatre 
figures  sehematiques  dont  trois  purement  ornementales  et  geometriques. 
11  a  compare  avec  la  production  de  29  hommes  et  de  12  femmes  de  condi¬ 
tion  normale,  les  dessins  de  75  schizophrenes  soumis  aux  memes  epreu- 
ves.  De  plus,  le  travail  repose  sur  l’analyse  de  productions  spontanees  de 
deux  schizophrenes  dont  Pun  dessinait  et  commentait  ses  dessins  en  pre¬ 
sence  de  l’auteur.  La  reproduction  des  modeles  a  revele  des  alterations 
importantes  liees  aux  processus  de  condensations,  de  stereotypies  et  aussi 
a  une  part  positive,  pour  ainsi  dire  reactionnelle  de  la  pensee  des  schizo¬ 
phrenes.  II  existe  en  effet  chez  ces  malades  un  besoin  de  compenser  la 
defaillance  du  dessin.  Les  oeuvres  spontanees  manifestent  egalement  la 
substitution  des  fonctions  de  derivation,  de  symetrie  a  la  creation  venta- 
blement  synthetique  (a  laquelle  preside  comme  le  veut  Schleiermacher 
1’acte  de  la  «  connaissance  »,  la  «  Besinnung  »).  II  n’y  a  jamais,  dit 
Becker  de  vrai  dessin,  d’ensemble,  developpant  une  finalite  unique 
d’expression  chez  le  schizophrene.  II  n’y  a  qu’une  mosaique,  des  series, 
des  juxtapositions.  Aussi  l’auteur  invoque-t-il  souvent  les  analogies  de 
ces  productions  morbides  avec  l’entrelac  vague  et  rythmique  de  lignes 
par  lequel  s’expriment  la  distraction,  la  revasserie  ou  la  captation  de 
l’attention  qui  libere  le  dessin  automatique,  fleuri,  ornemental  et  sene. 
Une  bibliographic  des  travaux  parus  depuis  ceux  de  Prinzhorn  et  Particle 
de  Burger  Prinz  (in  Bumke)  qui  contiennent  toutes  les  indications  jus- 
uu’en  1919  et  1932,  comping  ce  travail  methodique  tres  utilement  illustre. 

1  Henri  Ey. 


NEUROLOG1E 

Recherches  heredopathologiques  sur  la  choree  de  Huntington,  dans  une 
population  paysanne  suedoise  (Vererbungsmedizinische  Untersuchungen 
fiber  Huntington’s  Chorea  in  einer  schwedischen  Bauernpopulation),  par 
Forsten  Sjogren.  Zeitschrift  far  menschliche  Vererbungs-  und  Konstilniioni *- 
lehre,  Vol.  19,  fasc.  2. 

La  frequence  des  cas  de  choree  d’Huntington  parmi  les  populations  de 
deux  paroisses  voisines,  tres  isolees,  de  la  Suede  septentrionale,  a  suggere 
une  enquete  sur  les  ancetres  qui  a  permis  de  depister  88  cas  typiques  de  la 
maladie,  dans  l’espace  de  deux  siecles.  50  cas  descendent  d’un  meme  couple 
d’ancetres,  27  cas  d’un  autre  couple,  les  11  cas  restants  de  trois  couples 
differents.  Mais  les  ancetres  de  ces  5  couples  ayant  eux-memes  reside  dans 
des  hameaux  avoisinants  de  la  meme  paroisse,  il  est  permis  de  supposer 
qu’ils  appartenaient  a  une  meme  souche.  II  est  tris  probable  que  1  heredite 
de  la  choree  d’Huntington  revet  le  type  dominant  monohybnde^ 


134 


ANALYSES 


Compressions  medullaires  dans  la  neurofibromatose,  par  0.  Ckouzon  et  J. 
■Chris  ropHE.  Le  Monde  M  dical,  u° 857,  pp,  1049-1053,  15  decembre  1934. 

On  syndrome  diffus  l-appelant  celui  de  la  sclerose  laterale  amyotrophi- 
que  ou  de  la  syringomyelie  est  d’un  diagnostic  etiologique  parfois  difficile. 
II  ne  faut  jamais  oublier  d’envisager  la  possibility  d’une  localisation  cen- 
trale  de  la  neurofibromatose  avec  coexistence  de  fibrogliomes  l’adiculaires  et 
meme  de  tumeurs  sur  le  trajet  de  nerfs  craniens.  La  localisation  acoustique 
est  la  plus  frequente  ;  celle  du  nerf  optique  est  exceptionnelle.  La  presence 
des  signes  medullaires  doit  inciter  a  la  recherche  des  manifestations  cuta- 
nees,  tout  comme  celles-ci  doivent  toujours  conduire  a  un  examen  neuro- 
logique  complet.  Souvent  on  trouve  plusieurs  tumeurs  et  on  est  amene  a 
des  interventions  chirurgicales  successives. 

P.  Carrette. 

Thrombose  des  vaisseaux  avec  signes  de  lesion  transversale  de  la  moelle, 
par  K.  Uttl  et  Jos.  Curnacek.  licuue  tcheque  de  Neurologie  et  de  Psgchiatrie, 
n0  9,  pp.  225-230,  nocembre  1931. 

Myelite  vraisemblablement  d’origine  grippale,  dont  le  syndrome  permet- 
tait  une  localisation  des  lesions  de  la  4e  cervicale  a  la  3®  dorsale.  Les  lesions 
histologiques  predominaient  dans  la  substance  blanche.  Peu  de  lesions 
inflammatoires,  degenerescence  nette  des  cellules  des  cornes  anterieures  et 
des  fibres  blanches  par  hemorragies  nombreuses  des  petits  vaisseaux. 

P.  Carrette. 

De  la  myelite  compliquant  la  grossesse  et  l’accouchement,  par  S.  A. 
Freimax  (Soivietskaia  nevropatologuia  Psychiatria  i  Psgch.oguiguiena,  T.  Ill, 
fasc.  8,  1934j. 

A  propos  de  cinq  cas  de  myelite  gravidique,  l’auteur  conclut  que  cette 
complication  rare  de  la  grossesse  n’est  pas  due  a  des  causes  infectieuses, 
mais  toxiques.  L’interruption  de  la  grossesse  n’est  indiquee  que  lorsque  la 
myelite  se  produit  au  debut  de  la  gestation.  Quand  cette  myelite  survient 
plus  tard,  elle  n’est  pas  une  indication  absolue  pour  l’intervention  obste- 
tricale.  La  therapeutique  a  suivre  est  la  meme  que  celle  de  tous  les  etats 
toxiques  de  la  grossesse.  Elle  doit  etre  energique  et  mise  aussitot  en  appli¬ 
cation.  Le  terme  de  myelite  des  femmes  enceintes  devrait  etre  remplace 
par  celui  de  myelite  toxico-hemorragique  de  la  grossesse. 

Fiubourg-B.lang. 

Myeloses  funiculaires  (Mieloses  funiculares),  par  A.  Austhegesilo.  Arquivos 
Brasileiros  de  Nenriatria  e  Psiquiatria,  n“  5,  pp.  299-319,  septembre-octo- 
bre  1934. 

Sous  le  nom  de  myelose  funiculaire,  le  professeur  Austregesilo  designe 
une  myelopathie  toxique  dont  le  syndrome  se  developpe  a  1 ’occasion  de 
certaines  intoxications,  de  l’anemie  pernicieuse,  des  avitaminoses.  La 
variete  la  plus  complete  du  point  de  vue  clinique  est  representee  par  le  syn¬ 
drome  de  Lichteim,  sclerose  combinee  avec  paralysie  motrice,  ataxie  et 
dysesthesies.  Les  autres  types  sont  plus  discrets  ou  plus  diffus  :  telle  la 
forme  paraplegique  ou  le  syndrome  neuro-anemique  avec  polynevrite  et 


ANALYSES 


135 


troubles  mentaux,  L’anatomie  pathologique  acheve  de  justifier  l’autono- 
mie  des  myeloses  funiculaires.  Elies  ne  montrent  aucune  des  reactions  des 
myelites  infectieuses.  Pas  d’afilux  cellulaire,  d’inflammation  vasculaire, 
ni  de  disorganisation  primitive  des  centres  gris,  mais  une  legere  reaction 
gliale  et  surtout  la  destruction  de  la  myeline  et  des  cylindre-axes. 

P.  Carrette. 

Les  osteo-arthropathies  vertebrates  tabetiques  (etude  radiographique), 
par  Tn.  Alajouanine  et  R.  Thurel.  La  Presse  Medicate,  n°  92,  pp.  1862- 
1365,  17  novembre  1934. 

La  radiographie  montre  que  les  tabetiques  qnt  frequemment  des  osteo¬ 
arthropathies  vertebrales,  comme  ils  en  ont  aux  membres  inferieurs,  Le 
diagnostic  en  est  plus  rarement  pose  parce  que  les  lisions  restent  latentes. 
Un  double  processus  d’osteoporose  et  de  proliferation  osteophytique  evolue 
insidieusement,  plus  specialement  dans  la  region  lombaire,  provoque;  des 
•deformations  tardives  et  des  algies. 

P.  Carrette. 

Contribution  a  la  clinique  et  a  l’histopathologie  de  la  paralysie  ascendante 
de  Landry,  par  J.  N.  Korganow  ( Sovielskaia  nevropatologuia  psychiulria  i 
psychoguiguiena,  T.  Ill,  fasc.  8,  1934). 

En  se  basant  sur  l’etude  de  3  cas  de  maladie  de  Landry,  1’auteur  conclut 
que  le  complexe  symptomatique  de  cette  maladie  est  rigoureusement  pre¬ 
cis.  Mais  son  origine  myelitique  ou  polynevritique  ne  presente  rien  d’ab- 
solu  et  la  maladie  doit  etre  envisagee  comme  un  syndrome  clinique  ayant 
une  etiologie  variable.  L’origine  toxi-infectieuse  est  commune  a  toutes  les 
formes. 

Fribourg-Blanc. 

TJn  cas  anatomo-clinique  atypique  da  nevrite  hypertrophique  progressive 
de  Penfance,  par  A.  Souques  et  Ivan  Bertrand.  Revue.  Neurologique .  T.  II, 
n°  5,  pp.  513-530,  novembre  1934. 

L’etude  anatomique  de  la  nevrite  hypertrophique  de  Dejerine  et  Sottas 
est  a  peine  esquissee.  Chaque  observation  montre  quelque  particularite  inte- 
ressante.  Voici  un  cas  oil  l’on  n’observe  ni  douleur,  ni  incoordination 
motrice,  ni  signe  d’A.  Robertson,  ni  cypho-scoliose.  Les  lesions  medullaires 
sont  minimes  ;  la  schwannite  est  a  la  fois  lamellaire  et  fibrillaire  au  niveau 
des  racines,  avec  epaississement. 

P.  Carrette, 


THERAPEUTIQUE 


Le  traitement  des  affections  toxi-infectieuses  chroniques  du  nevraxe  par 
l’autohemathotherapie  associee  a  la  provocation  de  meningites  aseptique 
(autohematonevraxotherapie),  avec  films  cinemalographiques,  par  M.  Boschi 
(de  Ferrare).  Revue  Neurologique,  decembre  1935,  pages  951-955. 

Le  Professeur  Boschi  preconise  une  therapeutique  des  maladies  toxi-iufee- 
tieuses  chroniques  du  nevraxe,  a  germe  inconnu,  par  une  autohemothe- 


136 


ANALYSES 


rapie  speciale  associee  a  un  precede  pour  I’ouverture  de  la  barriere  hemato- 
nevraxique  en  activant  en  meme  temps  le  drainage  cephalo-rachidien  (auto- 
hematonevraxotherapie). 

Dans  28  cas  traites,  la  plupart  de  scleroses  en  plaques,  ll  a  obtenu  :  gue- 
rison  dans  25  %  des  cas  ;  amelioration  tres  considerable  dans  21  %  ;  ame¬ 
lioration  legere  dans  18  %  ;  cas  refractaires,  35  %. 

A  l’aide  d’un  film  cinematographique,  l’auteur  a  presente,  a  la  Scciete 
de  Neurologie  de  Paris,  des  exemples,  soit  de  guerisons,  soit  d’amelio- 
rations  de  differents  degres. 


Les  medicaments  sympathicolytiques,  par  Raymond  Hamet.  Le  Progres  Medi¬ 
cal,  n»  48,  pp.  1865-1867,  28  novembre  1934. 

L’auteur  rappelle  faction  des  doses  variees  d’adrenaline  sur  le  sympa- 
thique  et  l’interversion  des  effets  par  certaines  substances  dites  sympathi¬ 
colytiques  :  ergotoxine,  ergotinine,  ergotaminine,  ergoclavine  tirees  de  Per- 
got  de  seigle  d’une  part  et  d’autre  part  substances  qui  se  rapprochent  chi- 
miquement  de  la  yohimbine,  ses  isomeres,  la  gambirine  et  la  quebrachine. 

P.  Carrette. 


La  radiotherapie  du  sympathique,  par  L.  Dei.hu a m  et  Beau.  Le  Monde 

Medical,  n»  857,  pp.  1054-1066,  15  decembre  1934. 

La  radiotherapie  du  sympathique  doit  porter,  d’apres  MM.  Delherm  et 
Beau,  qui  s’inspirent  des  travaux  de  M.  Leriche,  sur  les  centres  paraverte- 
braux,  les  ganglions  et  les  plexus,  les  regions  perivasculaires  et  sur  les 
teguments  eux-mSmes.  Elle  constitue  une  ressource  therapeutique  des  plus 
precieuses,  et  dans  nombre  de  syndromes  neuro-vegetatifs  la  seule  inter¬ 
vention  reellement  efflcace.  II  suflirait  de  citer  les  succes  remportes  dans  le 
syndrome  de  Raynaud,  l’angine  de  poitrine,  Parterite  obliterante  et  les 
nevralgies  rebelles  pour  justifier  cette  affirmation. 


Technique  de  l’infiltration  novocainique  du  sympathique  lombaire,  par 

Rene  Leriche  et  Rene  Fontaine.  La  Prcsse  Medicate,  n°  92,  p.  1843,. 

17  novembre  1934. 

Le  ganglion  sympathique  recherche  se  trouve  a  la  hauteur  de  la  2-  ver- 
tebre  lombaire.  On  enfonce  Paiguille  a  7  ou  8  cms  de  profondeur  et  a  deux 
ou  trois  travers  de  doigt  de  la  ligne  mediane.  L’injection  de  3  cm3  de 
novocaine  a  1  0/0  complete  a  10,  ou  m6me  20  cm3,  avec  du  serum  phy- 
siologique,  donne  une  anesthesie  de  plusieurs  jours  applicable  dans  les 
syndromes  douloureux  des  arterites,  des  embolies  et  thromboses,  des 
phlebites,  des  desordres  vaso-moteurs  post-traumatiques  et  des  arthropa- 
«,««  P-  Cahrette. 


Traitement  des  migraines,  par  Pasteur  Vau.ery-Radot  Le  Progres  Medical, 
n»  48,  pp.  1903-1911,  28  novembre  1934. 

«  Tant  que  l’on  ne  connaitra  pas  avec  precision  les  modifications  humo- 
rales  et  nerveuses  qui  s’operent  dans  l’organisme  du  migraineux,  il  sera 


ANALYSES 


137 


impossible  d’etablir  une  therapeutique  rationnelle  agissant  dans  tous  les 
cas  de  migraine.  »  Telle  est  la  conclusion  de  M.  Pasteur  Vallery-Radot, 
experimentateur  eprouve  et  specialiste  des  questions  de  choc,  de  crises 
et  ^intolerances.  Dans  notre  etat  d’ignorance  actuelle,  nous  devons  recou- 
rir  a  des  procedes  empruntes  a  la  decouverte  de  perturbations  vanees 
observees  chez  les  migraineux  et  qui  commandent  un  traitement  endocri- 
nien,  digestif,  biliaire,  desensibilisant,  local  ou  -anti-nevralgique  et  meme 
parfois  chirurgical. 

P.  Carrette. 


Traitement  chirurgical  de  la  nevralgie  essentielle  e.t  paroxystique  du 
grand  nerf  d’ Arnold  (Resection  retroganglionnaire  du  grand  nerf  d’ Ar¬ 
nold  par  trepanation  atlandoido-occipitale),  par  F.  Ody.  Revue  Neurologi- 
que  T.  II,  n°  6,  pp.  771-782,  decembre  1934. 


La  nevralgie  du  nerf  d’Arnold  est  aussi  denommee  nevralgie  occcipitale 
et  dans  sa  phase  paroxystique  peut  exiger  1’intervention  chirurgicale.  On 
pratique  la  resection  retro-ganglionnaire  de  la  racine  sensitive  du  nerf  a 
l’interieur  du  rachis.  La  regeneration  est  impossible  et  il  n’y  a  pas  de  ns- 
ques  de  recidive. 

1  P.  Carrexte. 


Les  indications  therapeutiques  precoces  dans  les  fractures  de  la  base  du 
crane,  par  till.  Lenormand.  Le  Progres  Medical,  n°  48,  pp.  1875-1887,  .8 
novembre  1934. 


Probleme  extremement  grave  pour  le  medecin  qui  fait  le  diagnostic  de 
fracture  de  la  base  du  crane  ;  quelle  conduite  adopter  ?  Dans  les  cas  legers 
comme  dans  les  formes  extremement  severes,  il  n’y  a  pas  a  intervenir.  Mais 
s’il  y  a  hypotension,  il  faut  faire  des  injections  intraveineuses  d’eau  dis- 
tillee,  puis  de  serum,  suivant  les  indications  de  Leriche.  S’il  y  a  hyperten¬ 
sion,  M.  Lenormand  montre,  apres  ponction  lombaire,  les  indications  res- 
pectives  de  la  ponction  ventriculaire,  du  drainage  sous-occipttal  et  de  la 
trepanation  sous-temporale. 

P  Carrette. 


Des  amputations  du  point  de  vue  de  la  mortalite,  de  la  technique  et  de  la 
physiologie.  De  l’amputation  consideree  comme  un  acte  de  chirurgie 
nerveuse,  par  tiene  Lekiche.  La  Presse  Medicale,  n«  89,  pp.  1737-1739,  7 
novembre  1934. 

De  tous  les  tissus  sectionnes  dans  une  amputation,  le  nerf  est  le  seul 
qui  tente  de  se  regenerer.  Le  nevrome  des  moignons  est  parfois  le  siege  de 
violentes  douleurs.  Pour  en  trouver  le  traitement  rationnel,  une  vaste 
enquete  s’impose  aupres  des  chirurgiens,  des  neurologues  et  des  appareil- 
leurs.  M.  Leriche  pose  egalement  le  probleme  des  perturbations  vasculaires 
qui  aboutissent  a  la  plethore,  specialement  chez  les  amputes,  sans  qu  on 
puisse  en  preciser  le  mecanisme. 

1  P.  Carrette. 


VARIETtS 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


La  seance  supplementaire  du  mois  de  fevrier  de  la  Societe  Medico- 
psychologique,  seance  exclusivement  reservee  a  des  presentations,  aura 
lieu  le  jeudi.  13  fevrier  1936,  a  9  heures  30  tres  precises,  a  l’Asile  Clini¬ 
que  (Sainte-Anne),  1,  rue  Cabanis  a  Paris  (XIVs  arrondissement),  dans 
[’amphitheatre  de  la  clinique  de  la  Faculte. 

La  seance  ordinaire  du  mois  de  fevrier  de  la  Societe  Medico-psycholo- 
gique  aura  lieu  le  lundi  24  fevrier  1936,  a  4  heures  tres  precises,  au  siege 
de  la  Societe,  12,  rue  de  Seine,  a  Paris  (VI®  arrondissement). 

La  seance  supplementaire  du  mois  de  mars  de  la  Societe  Medico-psycho- 
logique,  seance  exclusivement  reservee  a  des  presentations,  aura  lieu  le 
jeudi  12  mars  1936,  a  9  heures  30  tres  precises,  a  l’Hopital  Henri-Rousselle, 
1,  rue  Cabanis,  a  Paris  (XIV°  arrondissement),  dans  1’ Amphitheatre  du 
Pavilion  Magnan. 

La  seance  ordinaire  du  mois  de  mars  de  la  Societe  Medico-psycholo- 
gique  aura  lieu  le  lundi  23  mars  1936,  a  4  heures  tres  precises,  au  siege 
de  la  Societe,  12,  rue  de  Seine,  a  Paris  (VIC  arrondissement). 

Legion  d’Honneur. 

Sont  prom  us  Officiers  de  la  Legion  d’Honneur  : 

M.  le  Dr  Maurice  Gauthier,  Medecin  Lieutenant-Colonel,  professeur  agrege 
du  Val-de-Grace,  a  l’hopital  militaire  Percy,  a  Clamart,  membre  correspon- 
dant  national  de  la  Societe  Medico-psychologique  ; 

M.  le  D1'  Bernard  Pomme,  Medecin-Commandant,  professeur  agrege  du  Val- 
de-Grace,  professeur  a  1’Ecole  d’Application  du  Service  de  Sante  militaire, 
membre  correspondant  national  de  la  Societe  Medico-psychologique. 

Est  nomme  Chevalier  de  la  Legion  d’H.onneur  : 

M.  le  Dr  Eugene  Perpf.re,  ancien  interne  des  Asiles  de  la  Seine,  membre 
correspondant  national  de  la  Societe  Medico-psychologique. 

Diner  annuel. 

Le  diner  annuel  de  la  Societe  Medico-psychologique  aura  lieu  le  lundi 
25  mai  1936. 


VARIETES 


139 


PRIX  DE  LA  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 
Annee  1937. 

Prix  Aubanel.  —  3.000  francs 

Ce  prix,  triennal,  et  habituellement  de  1.500  francs,  a  ete  porte  excep- 
tionnellement  par  la  Societe  Medico-psychologique  a  3.000  francs,  pour 
1’annee  1937.  II  est  decerne  au  meilleur  memoire  sur  un  sujet  de  patho- 
logie  mentale  ou  nerveuse. 

Pour  1937,  la  Societe  Medico-psychologique  a  choisi  le  sujet  suivant  : 
Les  Psychoses  gemellaires. 

Legs  Christian.  —  1.000  francs 

Ce  prix,  annuel,  habituellement  de  300  francs  (partage  interdit),  a  ete 
porte  exceptionnellement  par  la  Societe  Medico-psychologique  a  1.000  fr. 
pour  l’annee  1936.  II  est  attribue  chaque  annee  par  le  Bureau  de  la  Societe 
a  un  interne  des  asiles  d’alienes  de  Paris  ou  de  la  province,  momentane- 
ment  gene  soit  pour  terminer  ses  etudes,  soit  pour  payer  sa  these.  II  ne 
confere  pas  le  titre  de  laureat  de  la  Societe  Medico-psychologique. 

Reglement  du  Legs  Christian  : 

Article  premier.  —  Les  internes  des  Asiles  de  France,  candidats  a  l’attri- 
bution  du  Legs  Christian,  devront  : 

1°  Etre  de  nationality  frangaise  ; 

2°  Justifier  de  leur  etat  de  gene  momentanee  par  la  production  d’une 
attestation  du  medecin-chef  du  sendee  ou  ils  sont  internes  ; 

3°  Faire  parvenir  au  Secretaire  genera]  de  la  Societe  Medico-psychologi¬ 
que  une  copie  du  manuscrit  de  leur  these. 

Art.  II.  —  Le  candidat  designe  par  le  Bureau  recevra  le  montant  du  prix 
apres  l’envoi  au  tresorier  de  la  Societe  Medico-psychologique  de  deux  exem- 
plaires  de  Faculte  de  sa  these. 

Art.  III.  —  Dans  le  cas  ou  le  prix  ne  serait  pas  decerne  une  annee,  le 
montant  en  sera  reporte  a  l’annee  suivante  et  le  Bureau  pourra,  s’il  y  a 
lieu,  decerner  plusieurs  prix. 

Art.  IV.  —  Le  prix  Christian  ne  confere  pas  au  candidat  qui  l’obtient  le 
titre  de  laureat  de  la  Societe  Medico-psychologique. 

Annee  1938. 

Prix  Moreau  de  Tours.  —  200  francs 

Ce  prix,  biennal,  sera  decerne  au  meilleur  memoire  manuscrit  ou  impri- 
me,  des  deux  annees  precedentes,  ou  bien  a  la  meilleure  des  theses  inaugu¬ 
rates  soutenues  en  1936  et  en  1937,  devant  les  Facultes  de  Medecine  de 
France,  sur  un  sujet  de  pathologic  mentale  ou  nerveuse. 

Legs  Christian.  —  1.000  francs 

Ce  prix,  annuel,  habituellement  de  300  francs,  a  ete  porte  exceptionnelle- 
ment  par  la  Societe  Medico-psychologique  a  1.000  francs  pour  l’annee  1938. 


140 


VAR1ETES 


Annee  1939. 


Prix  Belhomme.  —  1.500  francs 

Ce  prix,  triennal,  habituellement  de  900  francs,  a  ete  porte  exceptionnel- 
lement  par  la  Societe  Medico-psychologique  a  1.500  fr.  pour  l’annee  1939. 

Le  sujet  suivant  a  ete  designe  :  Les  etats  de  deficience  intellectuelle  post- 
traumatiques  chez  V enfant  (a  l’exclusion  des  traumatismes  obstetricaux). 


Legs  Christian.  —  300  francs 

Prix,  annuel  (partage  interdit). 

N.  B.  —  Pour  chacun  de  ces  prix,  les  memoires,  manuscrits  ou  imprimes, 
devront  etre  deposes,  auant  le  31  decembre  de  I’annee  precedente,  chez  le 
Secretaire  general  de  la  Societe  Medico-psychologique.  Les  memoires  manus¬ 
crits  devront  etre  inedits  et  pourront  etre  signes.  Ceux  qui  ne  seront  pas 
signes  devront  etre  accompagnes  d’un  pli  cachete,  avec  devise,  contenant  les 
noms  et  adresses  des  auteurs. 

Les  prix  seuls  (et  a  1’exception  du  prix  Christian)  donnent  droit  au  titre 
de  laureat  de  la  Societe  Medico-psychologique  ;  les  mentions  honorables 
n’y  donnent  pas  droit. 

Un  memoire  recompense  par  une  autre  Societe  ne  peut  etre  admis  a 
concourir  pour  les  prix  de  la  Societe  Medico-psychologique.  ( Decision  du 
22  mars  1910). 


ASILES  PUBLICS  D’ALIENES 


Nominations. 

M.  Mamelet  est  nomme  Directeur  administrate  de  l’Asile  public  autonome 
d’alienees  de  Chateau-Picon  (Gironde)  ; 

M.  Hirigoyen  est  nomme  Directeur  administrate  de  PAsile  public  auto¬ 
nome  d’alienes  de  Cadillac  (Gironde)  ; 

M.  Orelli  est  nomme  Directeur  administrate  du  Centre  d’hygiene  mentale 
de  Marseille  (Bouches-du-Rh6ne)  ; 

M.  Duneuil  est  nomme  Directeur  administrate  de  PAsile  public  autonome 
d’alienes  de  Bassens  (Savoie). 

Postes  vacants. 

Est  declare  vacant  : 

le  poste  de  Medecin-Directeur  de  1’Asile  public  d’alienes  de  Mont-de-Mar- 
san  (Landes)  ; 

le  poste  de  Medecin-Directeur  de  PAsile  public  d’alienes  de  Vauclaire 
,  (Dordogne)  ; 

un  poste  de  Medecin-Chef  a  PAsile  public  d’alienes  de  Limoux  (Aude). 


VAR1ETES 


141 


Distinctions  honorifiques. 

Medaille  d’Honneur  des  Epidemies  : 

La  Medaille  d’Honneur  des  Epidemies  (medaille  de  bronze),  a  ete  decer- 
nee  a  M.  Maurice  Fournier,  interne  a  l’Asile  public  autonome  d’alienes  de 
Chateau-Picon,  a  Bordeaux  (Gironde). 


Hommage  de  la  Ville  de  Paris  a  la  memoire  de  Magnan. 

Conformement  aux  propositions  de  l’Administration  Prefectorale,  sur  le 
rapport  de  M.  Alex.  Biscarre  (au  non.  de  la  3“  Commission),  et  celui  de 
M.  Victor  Constant  (au  nom  de  la  4'  Commission),  le  Conseil  Municipal  de 
Paris  a  attribue  le  nom  de  «  Rue  du  Docteur-Magnan  »  a  une  voie  a  ouvnr 
entre  l’avenue  de  Choisy  et  la  rue  de  Gentilly. 

Concours  pour  la  nomination  a  deux  emplois  de  Medecin  Chef  de 

Service  dans  les  Asiles  publics  d’Alienes  du  Departement  de  la 
Seine.  (Decret  du  25  novembre  192b,  modi/ie  par  les  Decrels  du 
18  mai  1926  et  28  avril  1931). 

Le  lundi  2  mars  1936,  a  14  heures  precises,  il  sera  ouvert  a  la  Prefecture  de 
la  Seine  et  dans  les  conditions  prescrites  par  le  decret  du  25  novembre 
1924  (1),  un  Concours  pour  deux  emplois  de  Medecin-Chef  de  Service  dans 
les  Asiles  publics  d’alienes  de  la  Seine. 

Les  candidats  qui  desirent,  prendre  part  a  ce  Concours  devront  se  faire 
inscrire  a  la  Prefecture  de  la  Seine,  Bureau  des  Etablissements  departe- 
mentaux  d’Assistance,  Annexe  de  l’Hotel  de  Ville,  2,  rue  Lobau,  tons  les 
jours,  dimanches  et  fetes  exceptes,  de  10  d  12  heures  et  de  U  a  1/  heures, 
du  lundi  27  janvier  au  samedi  8  fevrier  1936. 

Conditions  de  l’ admission  au  Concours  et  formalites  a  remplir 

Sont  admis  a  prendre  part  au  concours  les  seuls  Medecins  du  Cadre  des 
Asiles  publics  d’alienes  ayant,  au  moment  de  leur  inscription,  moms  de  cin- 
quante-cinq  ans  d’age  et  plus  de  cinq  ans  de  services  effectifs. 

Les  candidats  devront,  pour  etre  inscrits  au  concours,  produire  les  pieces 
suivantes  : 

1"  Expedition  de  l’acte  de  naissance  ; 

2°  Certificats  ou  dipldmes  constatant  qu’ils  remplissent  les  conditions 
d’exercice  exiges  par  Particle  3  du  decret  du  25  novembre  1924  (le  certificat 
d’exercice  doit  etre  delivre  par  le  Prefet  du  departement  oh  le  candidat 
exerce  ou  a  exerce  ses  fonctions). 

Les  candidats  absents  de  Paris  ou  empSches,  pourront  demander  leur 
inscription  par  lettre  recommandee. 

Toute  demande  deposee  ou  parvenue  apres  le  jour  fixe  pour  la  cldture 
des  inscriptions,  ne  pourra  etre  accueillie. 


(1)  Le  texte  du  Decret  du  25  Novembre  1924  est  insere  au  «  Journal  Officiel  » 
du  3  Decembre  suivant.  Celui  du  Decret  du  18  Mai  1926  est  insere  au  «  Journa 
Officiel  »  du  22  Mai  suivant.  Celui  du  Decret  du  28  Avril  est  insere  au  «  Journal 
Officiel  »  du  12  Mai  1931. 


142 


VARIETES 


Les  candidats  auront  la  faculte  de  deposer,  a  la  Prefecture  de  la  Seine 
(Bureau  des  Etablissements  departementaux  d’assistance),  sous  pli  cachete 
revetu  de  leur  signature,  tous  documents  et  notes  qu’ils  desireraient  sou- 
mettre  au  Jury  en  vue  de  l’epreuve  sur  titres. 

Les  candidats  dont  le  nom  figurera  sur  la  liste  arretee  par  M.  le  Ministre 
de  la  Sante  publique  recevront  une  convocation  pour  prendre  part  aux 
epreuves. 

L’Administration  decline  toute  responsabilite  au  sujet  des  convocations 
qui  ne  parviendraient  pas  aux  destinataires. 

Un  infirmier  victime  d’un  aliene. 

Un  drame  rapide  s’est  deroule  a  l’Asile  d’alienes  de  Lommelet,  situe  a 
Marquettes-les-Lille  (Nord),  oil  le  directeur  des  travaux  de  l’etablissement, 
le  frere  Chrysostome,  des  freres  de  Saint-Jean  de  Dieu,  age  de  52  ans,  a  ete 
tue  a  coups  de  marteau  par  un  aliene. 

M.  Jean  Schmidt,  en  religion  frere  Chrysostome,  ne  a  Ettendorff  (Bas- 
Rhin),  etait  entre  a  1’Asile  le  4  juillet  1923,  venant  de  Lyon. 

Vers  11  heures  du  matin,  alors  qu’il  travaillait  avec  trois  malades  dans  la 
forge  de  l’etablissement,  l’un  de  ces  malades  se  retourna  brusquement,  prit 
sur  le  sol  un  marteau  pesant  2  kilos  750,  et  assomma  le  religieux  qui 
s’ecroula.  II  le  frappa  encore  deux  fois  avant  que  les  autres  malades  aient 
donne  l’alarme.  Lorsqu’on  put  maitriser  cet  aliene,  le  frere  Chrysostome 
etait  mort,  le  crane  defonce. 

M.  le  Ministre  de  la  Santa  publique  a  aussitot  decerne,  a  titre  posthume,  a 
M.  Jean  Schmidt,  la  medaille  d’or  de  l’ Assistance  publique. 

Etablissements  d’alienes  classes  monuments  historiques. 

Parmi  les  immeubles  classes  parmi  les  monuments  historiques  a  la  date 
du  22  novembre  1932,  on  peut  noter  quelques  etablissements  consacres  aux 
alienes  : 

Aisne.  —  Premontre  :  Ancienne  abbaj'e,  aujourd’hui  Asile  d’alienes 
(liste  de  1862). 

Alpes-Maritimes.  —  Nice  :  Eglise  de  l’abbaye  de  Saint-Pons  (3  mai  1913). 

Ariege.  —  Asile  de  Saint-Lizier. 

Bouches-du-Rhdne.  —  Saint-Remy-de-Provence  :  Gloitre  et  clocher  de 
Saint-Paul-de-Mausole,  aujourd’hui  Asile  prive  d’alienes  (28  mai  1883). 

Cher.  —  Chezal-Benoit  :  Eglise  (18  mai  1908). 

Cote-d’Or.  —  Dijon  :  Portail  de  1’ancienne  Chartreuse,  actuellement  Asile 
d’alienes  (liste  de  1840)  ;  —  Puits  de  Moise,  dans  1’ancienne  Chartreuse 
(liste  de  1840)  ;  —  Puits  a  double  escalier  de  pierre  xve  siecle,  dans  le  jar- 
din  de  1’ancienne  Chartreuse  (29  janvier  1902). 

Eure-et-Loir.  —  Bonneval  :  Ancienne  abbaye,  aujourd’hui  Asile  d’alienes 
(11  aout  1883). 

Seine.  —  Paris  :  Hospice  de  la  Salpetriere  :  chapelle  et  orgues  (16  aout 
1927).  .  • 

( L’Alieniste  Frangais,  janvier  1936). 


VARIETIES 


143 


HYGIENE  ET  PROPHYLAXIE 

Inventaire  des  etablissements  destines  a  la  reeducation  des  enfants 
anormaux. 

M.  Ernest  Lafont,  Ministre  de  la  Sante  publique,  vient  de  constituer  une 
Commission  restreinte  chargee  de  dresser  l’inventaire  systematique  des 
etablissements  existant  en  France  pour  la  reeducation  des  enfants  anor¬ 
maux  ou  deficients,  d’apprecier  le  fonctionnement  de  ces  etablissements  et 
leur  specialisation  et  de  rechercher  les  mesures  necessaires  pour  completer 
l’armement  sanitaire  de  notre  pays  a  ce  point  de  vue. 

L’examen  prenuptial  aux  Etats-Unis. 

La  reaction  de  Wassermann  dans  le  sang  est  rendue  obligatoire  avant  le 
mariage  dans  VEtat  de  Connecticut.  —  Dans  l’Etat  de  Connecticut,  a  partir 
du  1"  janvier  1936,  les  candidats  au  mariage  doivent  subir  une  reaction  de 
Wassermann  ou  une  reaction  de  Kahn  dans  le  sang.  Seuls,  les  laboratoires 
autorises  sont  qualifies  pour  pratiquer  ces  reeherches  humorales. 

L’examen  prenuptial  est  obligatoire  dans  les  Etats  suivants  :  Wisconsin, 
Oregon,  North  Dakota,  Alabama,  Wyoming.  II  a  ete  supprime  l’annee  der- 
niere  en  Louisiane  et  en  Caroline  du  Nord. 


REUNIONS  ET  CONGRES 

IIe  Congres  International  d’Hygiene  Mentale. 

Le  II”  Congres  International  d’Hygiene  Mentale  se  tiendra  a  Paris,  du 
19  au  23  juillet  1937,  sous  la  presidence  de  M.  le  D‘  Toulouse. 

Les  inscriptions  pour  les  communications  et  les  discussions  des  questions 
mises  a  l’ordre  du  jour  du  Congres  ne  pouvant  etre  acceptees  que  dans  la 
limite  du  temps  disponible,  les  auteurs  sont  pries  de  s’inscrire  le  plus  tot 
possible  aupres  du  President  du  Comite  du  Programme  :  D1  Rene  Char- 
pentier,  119,  rue  Perronet,  a  Neuilly-sur-Seine  (Seine). 

La  liste  des  rapporteurs  et  des  questions  mises  a  l’ordre  du  jour  du 
Congres  a  ete  publiee  dans  le  numero  de  janvier  1935  (pages  169-173)  des 
Annales  Medico-psychologiques. 

Pour  tous  renseignements,  s’adresser  a  :  M.  le  Secretaire  administrate  du 
II"  Congres  International  d’Hygiene  Mentale,  a  1’Hopital  Henri-Roussejle, 
1,  rue  Cabanis,  Paris  (XIVe  arrondissement). 

Premiere  Conference  Internationale  de  pyretotherapie. 

La  premiere  conference  internationale  de  pyretotherapie  se  tiendra  a 
New-Yorlc  au  mois  de  septembre  1936,  sous  la  presidence  du  Baron  Henri 
de  Rothschild. 

Cinq  conferences  nationales  ont  deja  eu  lieu  aux  Etats-Unis  d’Amerique  : 
a  Rochester  University  Medical  School  en  1931,  en  1932,  et  en  1933  ;  a 


144 


VARIETES 


Columbia  University  College  of  Physicians  and  Surgeons  en  1934  ;  a  Miami 
Valley  Hospital  (Dayton,  Ohio),  en  1935. 

Les  rapports  et  communications  seront  publies  en  fran§ais,  anglais, 
allemand.  II  est  necessaire  d’adresser  les  manuscrits  au  Secretaire  (D1'  Wil¬ 
liam  Bibrman,  471,  Park  Avenue,  New-York  City,  U.S.A.),  avant  le  4"  jtiin 
1936. 

Le  Comite  americain  est  compose  de  MM.  :  D1'  A.  U.  Desjardins,  Chair¬ 
man  ;  D*  W.  Bierman  ;  D'  F.  W.  Hartman  ;  D1  L.  E.  Hinsie  ;  Dr  C.  A. 
Neymann  ;  Dr  W.  M.  Simpson  ;  D'  S.  L.  Warren. 


FACULTE  DE  MEDECINE  D’ALGER 

La  Chaire  de  pathologie  generale  et  clinique  psj'chiatrique  de  la  Faculte 
de  Medecine  et  de  Pharmacie  de  l’Universite  d’Alger  est  transformee,  a 
compter  du  lel  janvier  1936,  en  Chaire  de  Clinique  psijchiatrique.  Titulaire  : 
M.  le  Professeur  Porot. 


Le  Redacteur  en  chef-Geranl  :  Rene  Charpentier. 


Cahors,  Imprimerie  Coueslant  (personnel  interesse).  —  51.684 


Tome  I.  —  N°  2 


Fevrier  1936 


ANNALES 

MfiDICO-PSYCHOLOGIQUES 


MEMOIRES  ORIGINAUX 


ANATOMOPATHOLOGIE 
ET  PHYSIOPATHOLOGIE  DE  L’EPILEPSIE 


PAR 


H.  STECK  (de  Lausanne)  (0 


II  ne  parait  aujourd’hui  guere  permis  de  parler  d’une  anato- 
mie  pathologique  de  l’epilepsie  essentielle,  car  nous  ne  connais- 
sons  pas  de  lesions  cerebrales  pathognomoniques  de  cette  affec¬ 
tion.  II  parait  meme  particulierement  audacieux  de  parler  de 
l’anatomie  pathologique  de  l’epilepsie  essentielle.  Nous  pensons 
neanmoins  prendre  en  consideration  avant  tout  le  cerveau  des 
malades  atteints  d’epilepsie  dite  essentielle  qui  se  distinguera 
du  cerveau  d’une  epilepsie  symptomatique  par  quelques  traits 
negatifs,  c’est-a-dire  par  l’absence  de  lesions  inflammatoires, 
traumatiques,  luetiques,  etc.,  qui  pourraient  constituer  des 
epines  irritatives  epileptogenes  directes.  L’epilepsie  dite  essen¬ 
tielle  sera  caracterisee  au  point  de  vue  anatomo-pathologique  par 
la  presence  de  certaines  lesions  communes  a  toutes  les  epilepsies 
et  l’absence  de  toute  lesion  grossiferement  irritative. 

Nous  passons  maintenant  en  revue  les  principales  constata- 

(1)  Rapport  presente  a  la  86*  assemblee  de  la  Societe  Suisse  de  Psychia¬ 
tric,  le  11  mai  1935,  k  Wil  (St-Gall). 

Ann.  Med.-psych.,  XVe  serie,  94e  annee,  t.  I.  — ,  Fevrier  1936.  10. 


146 


H.  STECK 


tions  macroscopiques  et  microscopiques  relevees  jusqu’a  present 
dans  l’epilepsie  essentielle  en  cherchant  en  meme  temps  de  met- 
tre  en  evidence  leur  valeur  et  leur  relation  avec  la  symptomato¬ 
logy  et  la  patho-physiologie  de  l’epilepsie. 

La  calotte  cranienne  est  souvent  epaissie.  Le  poids  du  cerveau 
depasse  assez  souvent  la  moyenne.  Les  meninges  montrent  quel- 
ques  epaississements,  une  arachnoidite  sero-fibreuse  cystique. 
Des  auteurs  americains  (Temple  Fay)  ont  decrit  des  alterations 
des  granulations  de  Pacchioni.  Orzechowski  parle  d’un  lepto- 
meninge-  et  trophcedeme  des  meninges  et  de  l’ecorce  circonscrit 
ou  universel.  Les  hemorragies  des  meninges  molles  sont  certai- 
nement  des  lesions  secondaires  peut-etre  meme  agonales,  surtout 
dans  l’etat  de  mal  epileptique  ou  des  stases  veineuses  sont  fre- 
quentes,  ainsi  que  l’hyperemie,  dilatation  des  espaces  perivas- 
culaires,  hemorragies  capillaires  dans  les  ganglions  de  la  base. 
Chez  les  vieux  epileptiques,  on  ne  trouve  pas  rarement  des  contu¬ 
sions  cerebrales  anciennes  ou  recentes  a  certains  endroits  de 
predilections,  a  1’endroit  ou  le  lobe  frontal  orbitaire  et  le  lobe 
temporal  reposent  directement  sur  la  base  du  crane  sous  forme 
de  destruction  du  sommet  de  la  circonvolution.  Les  lesions  ont 
ete  decrites  par  Spatz  sous  le  nom  d’  «  etat  vermoulu  »  et  il  a 
demontre  leur  genese  traumatique.  Ces  lesions  sont  dues,  chez 
1’ epileptique,  a  des  contusions  provoquees  par  les  chutes  violen- 
tes  des  malades  pendant  les  crises. 

II  n’est  pas  rare  de  trouver  chez  les  epileptiques  essentielles, 
mais  aussi  dans  l’epilepsie  traumatique,  des  malformations 
congenitales.  Lorsque  ces  malformations  sont  tres  prononcees„ 
il  vaut  mieux  classer  ces  malades  parmi  les  epileptiques  symp- 
tomatiques. 

Parmi  les  malformations  plus  discretes,  la  plus  connue  dans 
1’epilepsie  est  la  presence  de  cellules  ganglionnaires  de  Cajal- 
Retzius  dans  la  couche  moleculaire  de  l’ecorce.  Ces  cellules  se 
trouvent  regulierement  dans  le  cerveau  de  l’embryon  et  leur  pre¬ 
sence  dans  le  cerveau  des  epileptiques  indiqiie  par  consequent 
un  arret  de  developpement,  un  vice  de  formation.  En  plus,  on  a 
constate  des  transpositions  de  cellules  et  de  couches  entieres, 
des  cellules  trop  grandes,  mais  aussi  des  cellules  de  Betz  parti- 
culierement  petites.  Cette  derniere  constatation  fut  particuliere- 
ment  faite  par  Tramer,  qui  y  voit  une  expression  d’une  inhibition 
du  developpement  normal.  Ces  malformations  ne  sont  cependant 
ni  regulieres,  ni  pathognomoniques  dans  l’epilepsie. 

Parmi  les  alterations  chroniques  qu’on  trouve  aussi  bien  dans, 
l’epilepsie  essentielle  que  dans  l’epilepsie  symptomatique  (par 


ANATOMOPATHOLOGIE  DE  L’EPILEPSIE 


147 


exemple  post-traumatique)  les  plus  frequentes  et  les  plus  carac- 
teristiques  sont  la  sclerose  marginale  de  Chaslin  et  la  sclerose 
de  la  corne  d’Ammon,  decrite  d’abord  macroscopiquement  par 
Meynert  et  ensuite  microscopiquement  par  Sommer.  La  sclerose 
marginale  decrite  en  premier  par  Chaslin,  qui  la  considerait 
comme  une  proliferation  primitive,  un  trouble  de  developpement, 
s’etend  surtout  sur  la  couche  moleculaire,  sous  la  pie-mere  ;  elle 
est  composee  de  grands  astrocytes  avec  forte  proliferation  fibril- 
laire,  qui  remplit  la  couche  superficielle  de  l’ecorce  d’un  reseau 
tres  dense  de  fibres.  Elle  n’est  pas  partout  egale  en  epaisseur  et 
parait  surtout  se  developper  aux  endroits  ou  se  trouvent  des 
lacunes  dans  les  fibres  tangentielles.  Alzheimer  la  considerait 
comme  une  proliferation  reparatrice  pour  remplacer  le  tissu  cere¬ 
bral  detruit  ainsi  qu’Elmiger.  Bleuler  et  plus  tard  Tramer  trouvent 
qu’elle  est  en  rapport  avec  le  degre  de  la  demence.  Tramer  la  met 
en  relation  avec  la  pression  du  liquide  cephalo-rachidien  et  la  con- 
sidere  comme  une  formation  d’induration  aux  endroits  exposes  au 
choc  liquidien.  Nous  avons  trouve  des  proliferations  nevrogliques 
sous-ependymaires  au  plancher  du  IVs  ventricule,  qui  pourraient 
trouver  une  explication  analogue. 

La  sclerose  de  la  corne  d’Ammon  peut  se  rencontrer  d’un  cote 
et  aussi  en  dehors  de  l’epilepsie  chez  des  malades  atteints  de 
convulsions  (paralysie  generale  par  exemple).  Spielmeyer  et  ses 
eleves  lui  ont  consacre,  ces  dernieres  annees,  une  serie  d’etudes 
importantes.  Cette  sclerose  de  la  corne  d’Ammon  se  presente,  a 
part  quelques  variantes,  en  general  sous  une  forme  tres  carac- 
teristique  par  des  rarefactions  plus  ou  moins  etendues  parmi  les 
cellules  de  la  couche  pyramidale  de  la  corne  d’Ammon,  surtout 
a  deux  endroits  :  a  l’endroit  ou  la  couche  pyramidale  se  tourne 
vers  le  ventricule,  c’est  la  le  secteur  de  Sommer  de  la  corne 
d’Ammon,  et  dans  la  lame  terminale  entouree  par  la  circonvo- 
lution  godronnee.  La  couche  granuleuse  de  la  circonvolution 
g'odronnee  est  rarement  atteinte.  Au  point  de  vue  histo-patho- 
logique,  la,  lesion  est  caracterisee  dans  les  cas  avances  graves 
par  une  destruction  complete  des  cellules  ganglionnaires  du  sec¬ 
teur  de  Sommer,  qui  sont  remplacees  par  une  proliferation  nevro- 
glique  composee  d’astrocytes  riches  en  fibrilles.  La  transforma¬ 
tion  glieuse  de  la  corne  d’Ammon  peut  etre  telle  qu’elle  se  fait 
sentir  au  doigt  comme  une  induration  cartilagineuse.  Dans  les 
stades  plus  frais  et  recents,  on  trouve  des  rarefactions  partielles, 
des  alterations  chroniques  des  cellules  sous  forme  de  sclerose 
graisseuse  et  aussi,  ce  qui  est  particulierement  important,  sous 
forme  de  lesions  ischemiques  avec  protoplasme  homogenise  et 
neuronophagie  par  des  cellules  de  Hortega  et  d’Oligodendrogha. 


Hi  STECK 


148 

Cette  sclerose  de  la  corne  d’ Ammon,  qui  etait  consideree,  un 
certain  temps,  a  cause  de  certaines  relations  que  nous  aurons 
encore  a  discuter,  comme  la  cause  de  la  crise  epileptique,  est 
aujourd’hui  le  principal  argument  dans  la  theorie  vasomotrice 
de  la  crise  epileptique. 

Spielmeyer  et  ses  collaborateurs,  Uchimura,  Bodechtel,  Scholz 
ont  eclairci  dans  des  recherches  etendues  la  pathogenese  de  la 
sclerose  de  la  corne  d’ Ammon.  On  peut  admettre  aujourd’hui 
avec  ces  auteurs  que  les  premieres  lesions  qui  preludent  a  la  scle¬ 
rose  de  la  corne  d’ Ammon  sont  de  nature  ischemique.  La  repar¬ 
tition  regionale  particuliere  de  la  destruction  cellulaire  est  iden- 
tique  avec  celles  qu’on  trouve  dans  des  lesions  indubitablement 
d’origine  circulatoire,  dans  les  empoisonnements,  les  inflamma¬ 
tions,  les  thromboses.  Dans  l’epilepsie  essentielle  ces  facteurs 
exogenes  manquent,  il  ne  peut  done  s’agir  que  de  spasmes  vas- 
culaires  fonctionnels,  car  les  vaisseaux  ne  presentent  pas  d  al¬ 
terations.  L’existence  de  spasmes  vasculaires  dans  l’epilepsie  a 
ete  maintes  fois  etablie  ;  tous  les  chirurgiens  qui  s’occupent  de 
chirurgie  cerebrale  ont  observe  que  lorsque,  durant  une  trepa¬ 
nation,  une  crise  epileptique  survient,  que  celle-ci  est  precedee 
de  paleur  et  de  diminution  du  volume  cerebral,  et  seulement  plus 
tard,  a  la  fin  de  la  crise,  il  se  produit  de  l’hyperemie,  de  la  stase 
et  eventuellement  de  1’oedeme  cerebral.  Il  parait  etabli  que  dans 
la  corne  d’ Ammon  les  dispositions  vasculaires  predisposent  aux 
lesions  ischemiques.  Uchimura,  particulierement,  a  pu  demon- 
trer  que  firrigation  du  secteur  de  Sommer  etait  particulierement 
insuffisante.  L’irrigation  de  la  corne  d’Ammon  n’est  pas  par- 
tout  la  meme.  Les  secteurs  qui  sont  irrigues  par  plusieurs  vais¬ 
seaux  et  qui  possedent  un  riche  reseau  capillaire  sont  parti¬ 
culierement  resistants,  ainsi  la  partie  resistante  de  la  couche 
pyramidale  et  la  circonvolution  godronnee,  tandis  que  le  secteur 
de  Sommer  et  le  feuillet  terminal  sont  insufTisamment  irrigues  et 
peu  resistants.  Le  secteur  de  Sommer  appartient  a  la  zone  de  vas- 
cularisation  d’une  longue  artere,  qui  chemine  longtemps  dans  le 
septum.  La  variation  de  l’etendue  du  secteur  de  Sommer  et  de  la 
lesion  depend  probablement  de  variations  individuelles  de  l’irri-  - 
gation  vasculaire.  Le  facteur  qui,  dans  les  diverses  maladies, 
amene  des  lesions  localisees  de  la  corne  d’Ammon,  est  toujours 
un  trouble  circulatoire  qui  amene  une  necrobiose  du  tissu  gan-  - 
glionnaire. 

Une  pathogenese-  analogue  est  invoquee  par  Spielmeyer  encore 
pour  une  autre  lesion  du  cerveau  de  l’epileptique  pour  la  scle¬ 
rose  lobulaire  du  cervelet.  Il  a  trouve  dans  la  couche  moleculaire 


ANATOMOPATHOLOGIE  BE  L’EPILEPSIE  149 

du  cervelet  des  proliferations  nevrogliques  qui  se  presentent 
sous  forme  d’une  ramification  d’arbuste  et  qui  occupent  l’empla- 
cement  des  cellules  de  Purkinje  et  de  leurs  dentrites  detruits 
ou  en  voie  de  disparition.  Ce  processus  conduit  a  des  t aches  de 
sclerose  lacunaire  de  I’ecorce  cerebelleuse,  qui  peut  s’etendre 
aussi  a  la  couche  des  grains.  Deja  Tramer  avait  constate  la  dege- 
nerescence  et  par  endroit  la  disparition  des  cellules  de  Purkinje. 
L’etude  comparee  de  cette  lesion  montre,  comme  pour  la  scle¬ 
rose  de  la  corne  d’ Ammon,  la  genese  vasculaire. 

En  poursuivant  ces  recherches  sur  1’origine  vasculaire  des 
lesions  dans  le  cerveau  des  epileptiques,  Scholz  a  pu  montrer, 
il  y  a  3  ans,  l’existence  dans  toute  l’ecorce  cerebrale  de  foyers 
de  rarefaction  lacunaire  et  de  disparition  disseminee  des  cellules 
ganglionnaires.  Deja  en  1918,  Tramer  a  decrit  ces  lesions  lacu- 
naires  et  des  petits  foyers  sclerotiques,  et  avait  envisage,  a  cause 
de  leur  disposition  et  localisation,  une  genese  vasculaire.  Comme 
dans  la  lesion  de  la  corne  d’ Ammon,  Scholz  trouve  dans  les 
lesions  recentes,  comme  par  exemple  dans  les  cerveaux  d’enfants 
decedes  en  etat  de  mal  epileptique,  la  lesion  particuliere  ische- 
mique  de  la  cellule  ganglionnaire  avec  forte  proliferation  nevro- 
glique  sous  forme  de  neuronophagie  et  particulierement  de  pro¬ 
liferation  de  la  microglia  avec  substitution  nevroglique  des  cel¬ 
lules  ganglionnaires  ;  dans  les  cas  les  plus  anciens,  se  trouvaient 
des  foyers  lacunaires,  dans  lesquels  aussi  bien  les  elements  nevro¬ 
gliques  que  ganglionnaires  ont  disparu. 

Ces  lacunes  avec  proliferation  nevroglique  se  trouvent  aussi 
bien  dans  la  couche  optique,  ce  que  nous  avons  pu  confirmer. 
On  ne  peut  pas  trouver  des  lesions  vasculaires  microscopiques, 
ce  qui  parle  egalement  pour  des  spasmes  vasculaires  fonction- 
nels.  A  cote  des  lesions  lacunaires  disseminees,  on  rencontre 
aussi  des  lesions  parenchymateuses  diffuses,  marquees  par  la 
proliferation  nevroglique.  Les  lesions  analogues  se  trouvent  aussi 
bien  dans  l’epilepsie  dite  essentielle  que  dans  l’epilepsie  sympto- 
matique,  par  exemple  l’epilepsie  eclamptique,  l’eclampsie  de  la 
coqueluche,  oil  des  troubles  vasculaires  graves  sont  dument  eta- 
blis.  Cette  constatation  demontre  d’une  part  que  ces  lesions  ne 
sont  pas  specifiques  pour  l’epilepsie  essentielle  et  que  d’autre 
part  elles  ont  une  origine  vasculaire. 

De  merne,  la  gliose  marginale  de  Chaslin,  qui  se  trouve  iden- 
tique  dans  l’epilepsie  essentielle  et  dans  l’epilepsie  traumatique, 
doit  et're  consideree  comme  une  production  secondaire.  II  est 
cependant  important  de  signaler  qu’on  trouve  rarement  chez  des 
vieux  epileptiques  des  lesions  lacunaires  etendues  et  Scholz,  qui 


150 


H.  STECK 


se  base  surtout  sur  des  cerveaux  d’enfants,  l’explique  par  le  fait 
que  les  malades  atteints  d’etat  de  mat  succombent  en  general 
jeunes.  D’autre  part,  il  ne  faut  pas  oublier  que  la  crise  epilep- 
tique,  comme  le  dit  expressement  K.  Wilson,  exige  la  presence 
de  cellules  ganglionnaires  intactes  qui  se  remettent  apres  chaque 
crise  pour  etre  pretes  a  nouveau.  Un  cerveau  completement  rare- 
fie  ne  serait  meme  pas  capable  de  fournir  une  crise  epileptique. 

Recemment,  M.  Minkowski,  de  Zurich,  a  ajoute  une  nouvelle 
contribution  aux  lesions  chroniques  du  cerveau  de  l’epileptique 
en  donnant  la  description  d’une  lesion  elective  de  l’olive  bul- 
baire,  particulierement  dans  la  partie  orale  et  le  feuillet  dorsal 
et  dorso-lateral.  II  s’agit  tout  d’abord  d’une  steatose  des  grandes 
cellules  ganglionnaires  accompagnees  d’une  forte  proliferation 
nevroglique  avec  participation  des  elements  d’Hortega,  puis  dis- 
parition  des  cellules  et  proliferation  macroglique.  Nous  avons  pu 
confirmer  ces  lesions  dans  plusieurs  cerveaux  d’epileptiques,  exa¬ 
mines  par  nous  recemment.  V.  Braunmuehl  a  montre  que  l’olive 
etait  un  organe  tres  vulnerable,  comme  la  corne  d’ Ammon.  II 
n’est  pas  encore  sur  que  le  facteur  vasal  soit  le  seul  important, 
comme  l’admet  v.  Braunmuehl.  II  s’agit  d’une  atrophie  pigmen- 
tee  avec  homogenisation  du  protoplasme.  La  disposition  parti- 
culiere  fait  penser  a  Minkowski  aussi  a  des  facteurs  ontogene- 
tiques. 

Parmi  les  lesions  aigues  qu’on  rencontre  dans  les  cerveaux 
d’epileptiques  morts  en  etat  de  mal,  il  faut  avant  tout  mention- 
ner  la  proliferation  de  nevroglie  protoplasmique  decrite  par 
Alzheimer  ;  elle  est  peut-etre  aussi  le  substratum  de  la  tume¬ 
faction  cerebrale  aigue  qui,  d’apres  Reichardt,  n’est  pas  une 
cause  mais  aussi  une  consequence  de  la  crise  epileptique.  Les 
lesions  des  plexus  et  de  l’ependvme,  decrites  par  de  Allende  et 
Minkowski,  sont,  d’apres  ce  dernier  auteur,  trop  repandues  dans 
toute  la  pathologie  cerebrale,  pour  etre  invoquees  comme  lesion 
pathognomonique  de  l’epilepsie.  Des  auteurs  americains  (Mor¬ 
gan,  Grigory)  ont  decrit  des  alterations  dans  la  region  tuberienne 
sous  forme  de  disparition  des  cellules  ganglionnaires,  d’hy- 
peremie.  La  genese  primaire  de  ces  lesions  parait  encore  tres 
douteuse. 

En  dehors  du  cerveau,  Neubiirger  a  attire  l’attention  sur  une 
lesion  d’origine  vasculaire  dans  le  muscle  cardiaque.  Il  trouvait 
des  cicatrices  dans  le  myocarde  dans  les  cas  chroniques,  et  des 
petites  necroses  ischemiques  apres  un  etat  de  mal  epileptique. 
On  aurait  constate  chez  les  epileptiques  chroniques,  egalement, 
des  troubles  electro-cardiographiques.  Neubiirger  dit  que  l’an- 


AN ATOMOPATHOLOG1E  DE  L’EPILEPSIE 


151 


rgoisse  cardiaque,  signalee  quelquefois  comme  symptome  d’aura, 
pourrait  etre  l’expression  clinique  de  l’angiospasme  du  myocarde. 
Dans  la  grande  scene  motrice  de  la  crise  epileptique  la  compo- 
sante  angine  de  poitrine  disparatt  au  second  plan  et,  pour  cette 
raison,  n’a  pas  trouve  jusqu’a  present  1’interet  qu’elle  meritait 
pour  demontrer  la  nature  angiospastique  de  la  crise  epileptique. 

En  1932,  v.  Meduna  a  decrit  des  etats  de  gonflement  des  cel¬ 
lules  ganglionnaires,  avec  alteration  des  gaines  de  myeline  et 
des  cylindraxes,  en  examinant  des  petits  morceaux  d’ecorce 
cerebrale,  qui  avaient  ete  excises  dans  la  region  epileptogene  de 
5  epileptiques  essentiels  ;  il  les  considerait  comme  des  produits 
exogenes  par  oedeme  et  premier  stade  d’un  processus  de  dege- 
nerescence  speciflque.  Spielmeyer,  qui  a  examine  le  materiel  pro- 
venant  des  operations  faites  par  Foerster  sur  des  cerveaux  d’epi- 
leptiques,  ne  trouvait  aucune  lesion  speciflque.  II  faut  aus,si  oppo- 
:ser  a  la  description  de  v.  Meduna  la  constatation  que  de  tout 
petits  morceaux  excises  de  l’ecorce  presentent  facilement  des 
.artefactes  par  les  differents  procedes  de  fixation. 

II  resulte  de  tout  ce  que  nous  avons  passe  en  revue  que  les 
'constatations  faites  par  Chaslin,  Bleuler  et  Alzheimer,  qui  sont 
les  pionniers  de  l’anatomopathologie  de  l’epilepsie,  sont  encore 
•exactes  aujourd’hui,  mais  leur  interpretation  pathognomonique 
et  surtout  l’explication  de  leur  genese  parait  aujourd’hui  tout 
autre. 

B’apres  les  travaux  fondamentaux  de  Spielmeyer  et  de  ses 
eleves,  il  parait  aujourd’hui  etabli  que  les  lesions  principales 
qu’on  trouve  dans  les  cerveaux  des  epileptiques  ne  sont  ni  la 
■cause  de  la  maladie  comitiale,  ni  de  la  crise  epileptique,  mais 
sont  plutdt  les  consequences  de  la  crise  epileptique  et  particulie- 
rement  la  consequence  des  troubles  vasculaires  qui  precedent  la 
■crise  epileptique. 

Cette  conception  critique  d’une  constatation  anatomo-patholo- 
gique  est  une  acquisition  recente  qui  n’a  pas  encore  trouve  par- 
tout  l’attention  qu’elle  merite.  Nous  la  devons  avant  tout  au 
regrette  Spielmeyer,  trop  tot  enleve  a  notre  science.  Spielmeyer 
nous  a  montre  combien  souvent  des  lesions  cerebrales  qu’on 
avait  trop  hativement  proclamees  comme  lesions  essentielles  et 
primaires  d’une  psychose  n’etaient  que  des  produits  secondaires 
dus  a  des  lesions  vasculaires  provoquees  par  l’intoxication,  l’em- 
poisonnement,  etc.,  ou  meme  des  lesions  agonales  terminales. 

Cette  nouvelle  conception  critique  des  lesions  cerebrales  nous 
permet  aussi  de  mieux  comprendre  les  relations  entre  ces  lesions 
et  les  symptomes  cliniques  de  la  maladie.  Nous  pouvons  deduire 


152 


H.  STECK 


directement  de  ce  que  nous  venpns  d’exposer  sur  l’anatomie 
pathologique  que  la  demence  epileptique  qui  occupe  surtout  les 
medecins  d’asiles  est  une  demence  secondaire,  c’est-a-dire  qu’elle 
n’est  pas  la  consequence  d’un  processus  epileptique  primaire 
encore  inconnu,  mais  une  consequence  secondaire  de  la  crise 
epileptique.  Plus  les  crises  sont  precoces  et  frequentes,  plus  pre- 
coce  sera  la  demence.  Bleuler  et  Tramer  ont  signale  que  le  degre 
de  la  sclerose  marginale  dependait  dans  une  certaine  mesure  de 
l’intensite  de  la  demence.  Les  spasmes  vasculaires  precedant  les. 
crises  provoquent  des  lesions  parenehymateuses  plus  ou  moins 
etendues,  qui  ne  touchent  pas  seulement  l’element  ganglion- 
naire,  mais  aussi  le  «  gris  nerveux  »  et  les  fibres  tangentielles. 
Ces  lesions  secondaires  fournissent  le  substratum  de  la  demence 
epileptique. 

Le  psychiatre  des  asiles  observe  surtout  les  cas  graves  d’epi- 
lepsie  et  sera  tout  dispose  a  partager  l’opinion  enoncee  au 
Congres  des  alienistes  scandinaves  de  1931,  par  Monrad  Kron„ 
que  les  troubles  graves  du  caractere  se  rencontrent  surtout  chez 
les  epileptiques  internes,  il  sera  egalement  d’accord  avec  Carl 
Schneider,  que  la  cause  essentielle  de  I’alteration  du  caractere 
de  l’epileptique  est  l’addition  des  sequelles  decrites,  ce  point  de 
vue  parait  egalement  adopte  au  moins  en  partie  par  Gruhle.  Je 
souligne  avec  satisfaction  que  mon  distingue  co-rapporteur,  le 
D'  Braun,  dans  son  expose  clinique,  est  arrive  a  la  meme  conclu¬ 
sion.  Cette  communaute  de  vues  me  parait  particulierement  inte- 
ressante  a  souligner,  vis-a-vis  de  ceux  qui,  comme  Mme  Min¬ 
kowski,  voudraient  voir  dans  le  caractere  epileptoide,  surtout  un 
trait  constitutionnel  hereditaire. 

Le  chapitre  de  la  Physiopathologie  sera  divise  en  2  para- 
graphes  :  1)  les  mecanismes  neuro-physiologiques  de  la  crise 
epileptique  et  de  ses  consequences  ;  2)  les  facteurs  provoquants,. 
c’est-a-dire  les  causes  de  l’epilepsie. 

Nous  verrons  encore  une  fois  que  nos  connaissances  actuelles 
se  rapportent  a  la  crise  epileptique  et  que  nous  savons  tres  pen 
sur  la  maladie  epilepsie. 

La  crise  epileptique  est,  d’apres  Foerster,  un  symptome  d’exci- 
tation,  c’est  la  decharge  d’un  element  moteur  frappe  par  l’exci- 
tation  primaire  et  ensuite  l’irradiation  de  l’excitation  sur  les 
elements  voisins.  II  ne  s’agit  pas,  comme  plusieurs  auteurs  l’ad- 
mettaierit  et  admettent  encore,  d’une  reaction  de  liberation  des 
centres  inferieurs  par  paralysie  des  centres  superieurs,  mais 
comme  1’experience  electrique  peut  le  demontrer  a  chaque  ins¬ 
tant,  d’un  effet  d’excitation  directe,  une  reponse  inadequate  k 


ANA TOMOPA THOLOG1E  DE  L'EPILEPSIE  153 

une  excitation  inusitee.  L’exploration  electrique  directe  de  l’ecor- 
ce  cerebrale  montre  la  reponse  donnee  par  chaque  territoire 
cortical  et  comme  cette  excitation  s’etend  sur  le  voisinage.  Le 
clinicien  connait  cette  facon  de  succession  tout  d’abord  par  les 
symptomes  de  l’epilepsie  jacksonienne,  mais  aussi  dans  la  crise 
de  l’epilepsie  dite  essentielle  nous  voyons  le  meme  mecanisme 
d’apres  le  principe  de  la  tache  d’huile  (Sahli)  avec  debut  de  la 
crise  d’un  territoire  precis  et  ensuite  irradiation  sur  le  voisinage, 
En  etudiant  les  symptomes  de  l’aura,  on  peut  suivre  particulie- 
rement  le  glissement  de  l’excitation  et  de  la  decharge  en  suivant 
certaines  circonvolutions  ;  Stauder  l’a  demontre  encore  une  fois 
dans  son  interessant  travail  sur  les  confusions  epileptiques. 
Dans  une  succession  rapide  un  de  ses  malades  montrait  des 
hallucinations  auditives,  olfactives  et  ensuite  des  troubles  vesti- 
bulaires,  optiques  et  paraphasiques.  On  voit  dans  ce  cas  courir 
l’onde  d’excitation  depuis  la  pointe  et  la  profondeur  de  la  circon- 
volution  temporale  sur  toute  l’ecorce  temporale  vers  l’ecorce 
visuelle.  Stauder  considere  les  symptomes  vestibulaires  de  l’aura 
comme  symptomes  d’excitation  des  centres  corticaux  du  vestibu- 
laire  de  Spiegel  dans  l’ecorce  temporale.  II  considere  la  sensation 
de  la  fin  du  monde  dans  la  confusion  epileptique  egalement 
comme  en  relation  avec  l’excitation  des  memes  centres. 

Cette  courte  description  de  l’onde  excitatoire  montre  la  possi- 
bilite  de  rendre  justice  egalement  a  une  autre  conception  qui  voit 
dans  les  symptomes  epileptiques,  non  seulement  un  phenomene 
d’irritation,  mais  aussi  un  phenomene  de  paralysie.  La  perte  de 
connaissance  peut  s’expliquer  par  la  paralysie  de  toute  fonc- 
tion  corticale.  Excitation  et  paralysie  sont  physiologiquement 
fortement  apparentees,  surtout  lorsque  l’excitation  conduit  a 
une  decharge  aussi  explosive  comme  la  crise  epileptique.  Elle 
conduit  a  de  tels  troubles  secondaires  aussi  vasculaires  que  la 
perte  de  connaissance  devient  la  consequence  necessaire  de  ce 
trouble  general  de  l’ecorce. 

D’apres  cette  conception,  la  crise  epileptique  est  d’origine  cor¬ 
ticale,  et  meme  dans  l’epilepsie  essentielle  en  partant  toujours 
du  meme  centre,  comme  le  prouve  failure  stereotypee  de  beau- 
coup  de  crises  epileptiques  chez  un  meme  malade.  D’autres 
auteurs,  cependant,  presument  un  centre  epileptogene  extra- 
cortical.  Ainsi  Muskens  localise  le  centre  epileptogene,  meme 
pour  les  crises  qui  ont  une  allure  corticale,  dans  la  moelle  allon- 
gee,  la  protuberance,  la  substance  reticulee.  Pour  Muskens,  la 
crise  epileptique  est  un  «  after  discharg  reflex  »  apres  une 
secousse  myoclonique.  La  rapide  perte  de  connaissance  dans 


151 


H.  STECK 


beaucoup  de  crises  qui  n’ont  pas  une  allure  jacksonienne  parle- 
rait  egalement  pour  une  pareille  localisation,  puisque  des  trou¬ 
bles  de  la  conscience  partent  le  plus  facilement  de  la  region  du 
IV0  ventricule. 

A  cote  des  notions  d’irritation  et  de  paralysie,  il  faut  egalement 
envisager  celles  d’inhibition  et  de  liberation.  Quelques  sympto- 
mes  epileptiques,  en  particulier  certains  spasmes,  peuvent  etre 
compris  comme  l’expression  de  centres  sous-corticaux  liberes 
de  l’inhibition  corticate.  Des  auteurs  russes  postulent  une  inhi¬ 
bition  corticale,  qui  amenerait  une  liberation  des  ganglions  sous- 
corticaux.  Speranski  a  fourni  une  contribution  experimental  a 
■cette  conception  en  congelant  des  centres  corticaux.  Pour  lui, 
toute  epilepsie  est  une  inhibition  reflexe  de  l’ecorce,  qui  amene 
une  liberation  secondaire  des  appareils  sous-corticaux.  On  peut 
trouver  un  certain  appui  a  cette  theorie  dans  la  composante  toni- 
que  de  la  crise  epileptique  qui,  pour  certains .  auteurs,  fait  par- 
tie  de  la  symptomatology  extra-pyramidale.  Aussi,  pour  Krisch, 
les  symptomes  toniques  et  moteurs  atypiques  de  l’epilepsie  sont 
des  troubles  aigus  des  organes  qui,  dans  les  affections  dites  dys- 
toniques,  sont  atteints  d’une  fa^on  chronique.  Foster  Kennedy 
parle  de  crises  toniques  qui  ressemblent  a  la  rigidite  decerebree  ; 
il  localise  les  myoclonies  dans  le  corps  strie,  les  phenomenes 
cataleptiques  dans  la  couche  optique,  le  petit  mal  dans  le  lobe 
frontal  et  les  symptomes  hallucinatoires  dans  les  champs  cor¬ 
ticaux  sensoriels.  Mais  a  cette  conception  de  la  localisation  des 
elements  toniques  et  cloniques  de  la  crise,  on  peut  aussi  opposer 
une  autre  qui  n’attribue  pas  a  des  localisations  cerebrales  diffe- 
rentes  ces  diverses  composantes,  mais  qui  souligne  que  clonus  et 
tonus  dependent  avant  tout  de  l’organe  effecteur,  c’est-a-dire  du 
muscle. 

Nous  ne  voulons  pas  entrer  ici  dans  cette  controverse  physio- 
logique,  mais  nous  arreter  un  instant  au  probleme  des  sympto¬ 
mes  extrapyramidaux  chez  les  epileptiques  dements  que  nous 
avions  etudies  il  y  a  quelques  annees,  et  les  mettre  en  rapport 
avec  la  nouvelle  conception  de  la  genese  des  lesions  anatomo- 
pathologiques  exposee  dans  la  premiere  partie  de  notre  rapport. 
Ces  symptomes,  que  nous  avons  decrit  il  y  a  quelques  annees, 
sont  avant  tout  constitues  par  les  attitudes  speciales  de  certains 
epileptiques  dements  qui  ressemblent  au  Parkinsonisme  avec 
akinesie,  attitude  figee,  poignee  de  main  epileptique.  Lorsqu’il 
ne  s’agit  pas  de  lesions  encephalitiques  ou  porencephaliques,  ou 
les  syndromes  stries  sous  forme  d’athetose  sont  assez  frequents, 
il  peut  s’agir  tout  simplement  de  symptomes  residuels  de  lesions 


ANA TOMOPA THOLOGIE  DE  L’EPILEPSIE 


155 


vasculaires  dans  les  ganglions  de  la  base.  Scholz  trouve  des  foyers 
lacunaires  dans  la  couche  optique,  nous-memes  nous  avions 
signale  des  amas  nevroglitiques  dans  le  corps  strie.  On  trouve 
egalement  des  hemorragies  capillaires  dans  les  ganglions  de  la 
base,  qui,  lorsque  le  malade  survit,  conduiront  a  des  foyers  lacu¬ 
naires.  La  theorie  vasculaire  peut  ainsi  expliquer  aussi  une  par- 
tie  de  la  symptomatology  extra-pyramidale  de  l’epilepsie.  Mais, 
dans  certains  cas,  il  pourrait  aussi  s’agir  d’une  liberation  des 
fonctions  extrapyramidales  inferieures  par  defaut  de  regulation 
corticate  lorsque  les  lesions  corticales  deviennent  plus  etendues 
dans  les  cas  dementiels  anciens,  et  c’est  en  effet  chez  ces  mala- 
des-la  que  les  troubles  de  l’attitude  sont  les  plus  manifestes. 

Ainsi,  tous  les  symptomes  durables  de  l’epilepsie,  en  dehors 
des  episodes  convulsifs,  sont  des  symptomes  secondaires,.  ils 
constituent  un  syndrome  post-epileptique  au  meme  degre  que 
le  parldnsonisme  constitue  un  syndrome  post-encephalitique. 
II  parait  etre  une  loi  generale  de  la  physiopathologie  cerebrale 
sur  laquelle  nous  avons  attire  l’attention  deja  plusieurs  fois  que 
chaque  phase  hyper-  ou  parakinetique  plus  ou  moins  aigue  est 
suivie  d’un  etat  chronique  akinetique  durable.  Cela  est  vrai  pour 
1’encephalite  epidemique,  la  paralysie  generale,  certaines  formes 
de  catatonie  et  enfin  pour  l’epilepsie.  Ces  sequelles  graves  de 
1’epilepsie  sont  surtout  connues  des  medecins  d’asiles,  car  seu- 
lement  chez  leurs  dements  se  developpent  ces  etats  akinetiques 
qui  sont  rarement  interrompus  par  un  eclair  sporadique  de 
l’orage  epileptique  qui  se  retire. 

Tous  ces  etats  meriteraient  encore  une  etude  plus  detaillee 
et  fouillee,  tant  au  point  de  vue  clinique  qu’anatomo-patholo- 
gique,  nos  connaissances  des  differentes  formes  de  demences 
pourraient  en  etre  singulierement  approfondies.  Rappelons  qu’il 
y  a  16  ans,  notre  collegue  et  ami  Christoffel  a  expose  pour  la 
premiere  fois,  dans  ces  memes  lieux  ou  nous  sommes  reunis 
aujourd’hui,  ces  recherches  tres  approfondies  sur  ce  qu’il  a  appele 
les  syndromes  exceptionnels  dans  l’epilepsie  et  il  avait  alors 
isole  des  symptomes  que  nous  avons  trouves  associes  chez  des 
malades  presentant  des  symptomes  nettement  extrapyramidaux  ; 
un  de  nos  malades  montrant  les  symptomes  de  l’interruptabilite, 
de  ^intercalation,  de  la  lourdeur  motrice,  particulierement  nets, 
etait  un  malade  presentant  la  catalepsie  et  des  troubles  de  l’atti¬ 
tude,  qui  rappellent  la  rigidite  decerebree. 

Enfin,  nous  devons  rappeler  que  la  demence  epileptique  par 
lesions  en  petits  foyers  lacunaires  rappelle  par  certains  traits  la 
demence  paralytique  du  paralytique  general  chronique  traite 


156 


H.  STECK 


mais  non  gueri  par  la  malaria,  flxant  un  stade  moins  avance  de 
la  demence,  caracterise  surtout  par  uiie  certaine  affectivite  col- 
lante  et  visqueuse. 

Comme  nous  ne  connaissons  pas  de  lesion  anatomo-patholo- 
gique  primaire  de  l’epilepsie  essentielle,  notre  interet  se  portera 
sur  le  fond  humoral  et  biochimique  du  phenomene  epileptique. 
La  encore,  une  fois,  nous  devons  mettre  en  garde  contre  des 
conclusions  hatives  dictees  par  un  besoin  de  causalite  primitive 
qui  aurait  la  tendance  de  voir  trop  vite  dans  chaque  trouvaille 
faite  dans  l’urine,  le  sang  ou  le  liquide  cephalo-rachidien  la  cause 
ou  une  des  causes  de  l’epilepsie.  La  crise  epileptique,  comme 
phenomene  reversible  periodique,  parait  s’expliquer  aussi  par 
des  oscillations  periodiques  des  processus  biochimiques,  des 
oscillations  qui  ont  leur  point  d’attaque  a  la  cellule  nerveuse. 

Deux  auteurs  allemands  qui  habitent  actuellement  la  Suisse, 
Georgi  et  Wuth,  ont  le  merite  d’avoir  apporte  une  contribution 
particulierement  importante  a  nos  connaissances  des  rapports 
biochimiques  tres  compliques,  qui  accompagnent  la  crise  epilep¬ 
tique.  Le  schema  publie  plus  loin  repose  avant  tout  sur  leurs 
publications  et  je  suis  particulierement  reconnaissant  a  notre  col- 
legue  Georgi  de  m’avoir  communique  son  schema  alors  qu’il 
n’etait  pas  encore  imprime,  je  l’ai  quelque  peu  modifie  et  complete 
en  y  ajoutant  les  rapports  avec  les  lesions  anatomiques  et  la 
demence,  tels  que  je  les  ai  exposes  dans  la  premiere  partie  de 
mon  rapport. 

La  suite  de  mon  expose  sera  plus  resumee  et  succincte,  je  vou- 
drais  seulement  exposer  quelques  grandes  lignes  (1).  Dans  son 
rapport  presente  a  Diisseldorf,  qui  est  aujourd’hui  classique, 
Foerster  a  distingue  quatre  categories  de  facteurs  epileptogenes  : 

1.  Les  facteurs  irritatifs  :  il  en  enumere  18  dont  un  est  repre¬ 
sente  par  l’epilepsie  essentielle  ; 

2.  Le  facteur  important  reduisant  le  seuil  de  l’irrit.abilite  ; 

3.  Les  facteurs  accidentels  ; 

4.  Des  facteurs  ictogenes. 

La  derniere  categorie  parait  particulierement  interessante  au 
point  de  vue  clinique  et  patho-physiologique.  Gowers  a  dit  avec 
raison  que  chaque  crise  epileptique  etait  partiellement  la  conse¬ 
quence  de  la  crise  precedente  et  la  cause  de  la  crise  suivante. 
Cela  ne  depend  pas  seulement  des  processus  biochimiques  rever- 
sibles,  mais  repose  sur  une  propriete  fondamentale  du  systeme 

(1)  Les  lecteurs  frangais  trouveront  un  resume  analogue  dans  le  rapport 


ANATOMOPATHOLOGIE  DE  L’EPILEPSIE 


157, 


nerveux  central,  la  canalisation  dynamique  (Bahnung)  ou  l’auto- 
matisation  d’un  phenomene  de  decharge.  II  est,  au  point  de  vue 
therapeutique,  comme  nous  l’apprenait  deja  Sahli,  important 
d’empecher  la  creation  de  1’habitude  epileptique.  Combattre  par 
tous  les  moyens  la  crise  epileptique  parait  a  la  lumiere  des  faits 
anatomiques,  que  nous  venons  d’exposer,  s’imposer  d’une  ma- 
niere  tout  a  fait  categorique  ;  nous  empechons  ainsi  la  creation 
des  lesions  secondaires,  base  de  la  demence,  mais  nous  empe¬ 
chons  aussi  1’habitude  epileptique.  La  justification  de  nos  mesu- 
res  therapeutiques,  qui  ne  sont  pas  du  domaine  de  mon  rapport, 
se  trouve  dans  nos  conceptions  anatomo-pathologiques  et  patho- 
physiologiques  actuelles. 

Le  fait  que  des  crises  epileptiques  symptomatiques  peuvent 
etre  provoquees  par  un  grand  nombre  de  facteurs  irritatifs  et 
dans  les  circonstances  les  plus  diverses,  pourrait  rendre  la  recher¬ 
che  de  la  cause  centrale  principale  presque  impossible.  On  peut 
considerer  la  crise  epileptique  comme  une  charge  et  decharge 
successives  de  la  cellule  nerveuse.  Muskens  considere  la  crise 
comme  une  reaction  de  decharge  et  la  charge  serait  constitute 
par  l’amoncellement  de  certaines  toxines  provenant,  soit  du 
metabolisme,  soit  du  dehors,  et  dont  l’accumulation  amenerait 
flnalement  la  decharge  de  la  cellule,  de  sorte  que  la  crise  debar- 
rasserait  l’organisme  en  meme  temps  de  certains  poisons.  Cette 
theorie  de  l’intoxication  et  de  la  decharge  invoque  le  fait  clinique 
que  certains  epileptiques  paraissent  soulages  par  la  crise.  La 
decharge  est  nettement  bienfaisante  pour  certains  epileptiques 
d’asile  et  pour  leur  entourage  ;  le  personnel  infirmier  recon- 
nait  a  l’irritabilite  progressive  de  certains  malades  l’approche 
d’une  crise  ;  apres,  ces  malades  seront,  souvent  pour  assez  long- 
temps,  de  nouveau  tranquilles  et  agreables. 

Certaines  excitations  exterieures,  qui  provoquent  directement 
la  crise  epileptique,  comme  l’excitation  electrique  de  l’ecorce 
cerebrale,  certains  poisons  peuvent  provoquer  dans  chaque  orga- 
nisme  sain  une  crise  epileptiforme,  d’autres  facteurs,  comme  la 
plupart  des  facteurs  indirects,  seulement  dans  certaines  circons¬ 
tances.  Ici,  on  ne  peut  pas  se  passer,  surtout  pour  l’epilepsie 
essentielle,  de  la  notion  de  la  variabilite  du  seuil  irritatif  et  des 
facteurs  qui  les  regissent.  Un  abaissement  du  seuil  de  l’irrita- 
bilite,  soit  par  une  maladie  modifiant  la  constitution  comme  la 
lues  ou  surtout  par  un  trouble  de  la  secretion  interne  amenera 
deja  une  reaction  epileptiforme  a  des  influences  quasi-physio- 
logiques. 

Foerster  a  partage  les  glandes  a  secretion  interne  en  deux 


H.  STECK 


groupes.  II  estime  que  les  suivants  abaissent  le  seuil  de  l’irrita¬ 
bilite  et  par  consequent  faciliteraient  l’eclosion  des  crises  :  glan- 
des  surrenales,  thymus  persistant,  corps  jaune,  pancreas,  thy- 
roide  et  epiphyse.  La  theorie  surrenale  a  donne  lieu  a  certaines 
interventions  chirurgicales,  dont  les  espoirs  ont  ete  nettement 
degus  et  ont  ainsi  ebranle  la  theorie.  II  n’est  pas  etabli  si  le  pan¬ 
creas  agit  par  l’insuline.  II  est  seulement  certain  que  l’hypo- 
glycemie  provoque  des  convulsions  epileptiformes,  ce  qui  ne 
veut  pas  dire  que  1’hypoglycemie  joue  un  role  dans  l’epilepsie 
essentielle.  Les  recentes  recherches  de  Munch-Petersen  et  de 
Schou  ont  etabli  que  la  glycemie  a  jeun  des  epileptiques  n’est 
pas  abaissee,  ils  ont  trouve  seulement  une  courbe  aplatie  et  pro- 
longee  sous  l’influence  de  l’adrenaline  et,  d’autre  part,  en  don- 
nant  du  glucose,  un  seuil  eleve  de  la  glycemie.  Nous  avons  cons¬ 
tate  chez  une  epileptique  un  coma  hypoglycemique  qui  ne  pro- 
voquait  pas  de  crise. 

Parmi  les  glandes  pouvant  elever  le  seuil  de  l’irritabilite  et  par 
consequent  diminuer  le  risque  d’une  crise,  Foerster  enumere  la 
parathyroiide,  le  thymus  infantile,  les  glandes  sexuelles,  le  pan¬ 
creas,  la  thyro'ide,  et  comme  la  plus  importante,  l’hypophyse. 
Pour  cette  derniere,  il  se  base  sur  la  constatation  clinique,  que 
la  dystrophie  adiposo-genitale  est  souvent  accompagnee  de  crises 
epileptiformes  qui  surviennent  aussi  dans  l’aplasie  de  l’hypo- 
physe  tandis  que  l’hypertrophie  de  l’liypophyse  produirait  le 
contraire,  ce  qui  pourrait  egalement  expliquer  la  disparition  des 
crises  pendant  la  grossesse.  II  se  base  egalement  sur  la  consta- 
tation  experimentale  de  Altenburger  et  Stern  qui  chez  25  sur 
40  epileptiques  ne  trouvaient  pas  d’hormone  hypophvsaire  dans 
le  liquide  cephalo-rachidien. 

Mais  tout  cela  parait  peu  certain  lorsqu’on  lit  les  travaux 
plus  recents  de  Marx  et  Weber,  sur  lesquels  se  base  aussi  Stau- 
der,  qui  admettent  qu’une  hormone  vaso-constrictive,  probable- 
ment  identique  avec  l’hormone  hypophysaire,  serait  epilepto- 
gene,  Marx  et  Weber  ont  trouve  dans  le  serum  des  epileptiques, 
avant  la  crise,  des  substances  elevant  la  pression  sanguine. 
Enfin,  Me  Quarry  a  pu,  par  l’absorption  d’une  grande  quantite 
de  boisson  et  en  administrant  en  meme  temps  de  l’hypophysine, 
qui  est  anti-diuretique,  provoquer  avec  une  grande  certitude 
l’apparition  des  crises  epileptiques.  Le  mecanisme  de  cette  expe¬ 
rience  nous  occupera  encore  plus  loin.  Ici,  il  s’agit  surtout  de 
montrer  que  ces  experiences  ne  paraissent  pas  favorables  a  la 
th£se  de  Foerster,  rangeant  1’hypophyse  dans  les  facteurs  dimi- 
nuant  l’irritabilite.  La  possibilite  reste  ouverte  que,  d’une  part. 


AN ATOMOPATHO LOGIE  DE  L'EPILEPSIE 


159 


Altenburger  et  Me  Quarry  n’emploient  pas  la  meme  composante 
de  l’hormone  hypophysaire  et  qu’enfin  la  meme  substance  peut 
selon  d’autres  facteurs,  avoir  tantot  un  effet  inhibiteur,  et  tantot 
un  effet  excitateur.  L’etude  de  diverses  secretions  hypophysaires 
parait  du  reste  aujourd’hui  envisager  les  choses  d’une  facon  bien 
plus  complexe  qu’a  l’epoque  ou  Foerster  presenta  son  rapport. 

Le  domaine  de  la  secretion  interne  n’est  pas  le  seul  ou  la 
physiopathologie  de  l’epilepsie  reste  pleine  de  contradictions. 

En  examinant  de  pres  notre  schema  synthetique,  nous  cons- 
tatons  que,  parmi  les  facteurs  centraux  humoraux,  ils  se  trou- 
vent  finalement  trois  qui  se  rangent  parallelement  :  les  troubles, 
de  l’equilibre  acide-base,  les  troubles  vaso-moteurs  et  l’oedeme, 
qui  agissent  tous  sur  la  cellule  nerveuse  en  lesant  sa  respiration 
(anorexie)  et  en  troublant  sa  permeabilite,  ce  qui  abaisse  le  seuil 
d’irritabilite.  Parmi  les  troubles  de  l’equilibre  acide-base,  on  a 
admis  pendant  longtemps,  sous  I’influence  des  recherches  de 
Bigwood,  une  alcalose  decompensee  ainsi  qu’une  diminution  du 
calcium  ionise,  comme  facteur  humoral  important.  Cette  suppo¬ 
sition  ne  peut  plus  etre  maintenue  aujourd’hui.  P.-H.  Rossier 
(Lausanne)  et  avant  lui  Dautrebande  (Bruxelles),  sont  ai rives  a 
des  conclusions  opposees  avec  une  methode  qui  parait  plus 
exacte.  Rossier  a  examine  chez  37  epileptiques  l’equilibre  acide- 
base  avec  la  methode  electrometrique  de  Michaelis,  en  determi¬ 
nant  en  meme  temps  la  reserve  d’alcali.  II  a  trouve  dans  l’etat 
pre-  et  interparoxymal  presque  toujours  des  valeurs  normales, 
quelquefois  un  pH  un  peu  diminue,  done  une  acidose.  L  equi- 
libre  est  fortement  trouble  pendant  et  apres  les  crises,  presentant 
alors  des  fortes  variations.  La  constatation  la  plus  certaine  parait 
l’acidose  post-paroxysmale,  provenant  de  la  forte  activite  mus- 
culaire  avec  production  d’acide  lactique.  On  a  egalement  invoque 
comme  preuve  de  l’importance  de  l’alcalose,  la  provocation  d’une 
crise  par  hyperventilation  qui,  en  effet,  peut  provoquer  une 
crise  epileptique.  Ici,  il  faut  dire  que  l’hyperpnee  est  loin  de  pro¬ 
voquer  regulierement  une  crise.  Parmi  les  malades  examines 
par  Rossier  dans  le  cas  ou  l’hyperventilation  fut  tentee,  elle  ne 
provoqua  jamais  de  crise  epileptique,  seulement  des  symptomes 
de  tetanie.  Foerster  indique  que  l’hyperpnee  provoque  seule¬ 
ment  chez  40  %  des  epileptiques  une  crise.  Laruelle  obtenait 
seulement  dans  16  %  de  ses  cas  la  crise  epileptique.  II  parait 
que  certaines  influences  saisonnieres  modifient  egalement  l’effet 
de  l’hyperpnee  qui  serait  particulierement  epileptogene  au  prm- 
temps.  L’hyperventilation  amene  des  spasmes  vasculaires  et 
1’anoxemie  des  tissus  dans  le  cerveau.  D’apres  Wuth,  les  troubles 


H.  STECK 


m 


ANATOMOPATHOLOGIE  DE  L’EPILEPSIE  161 

circulatoires  et  les  troubles  de  l’equilibre  acido-basique  sont  des 
facteurs  parallels  qui,  par  un  trouble  de  la  nutrition  cellulaire, 
l’anoxemie  tissulaire,  exercent  une  excitation  irritative  sur  la 
cellule,  comme  l’admettent  aussi  Lennox  et  Cobb. 

La  theorie  admettant,  comme  un  des  facteurs  les  plus  impor- 
tants,  le  trouble  de  la  nutrition  cellulaire,  parait  egalement  confir¬ 
mee  par  le  fait  que  l’anemie  cerebrale  dans  la  maladie  d’Adam- 
Stokes,  dans  l’asphyxie  et  surtout  dans  les  diverses  maladies 
angiospastiques  telles  que  l’hypertonie,  qui  amenent  des  spas- 
mes  vasculaires,  entraine  souvent  des  crises  epileptiformes. 
Krapf  a  pu  montrer  que  l’epilepsie  tardive  se  rencontre  surtout 
chez  des  malades  hypertendus.  Des  phenomenes  angiospastiques 
ont  ete  constates  sur  les  vaisseaux  de  la  retine.  Les  constatations 
anatomiques  de  notre  premiere  partie  du  rapport  se  rangent 
ainsi  facilement  dans  notre  schema  et  y  trouvent  leur  place  bien 
designee. 

Le  seuil  de  l’irritabilite  cellulaire  peut  etre  influence  par  des 
changements  dans  la  permeabilite  de  la  membrane  cellulaire,  de 
chaque  forme  d’cedeme  dependant  de  la  teneur  du  tissu  en  sel  et 
cn  liquide.  II  peut  aussi  etre  influence  par  les  oscillations  de 
1’equilibre  acido-basique,  aussi  quelques  auteurs  trouvent  une 
disposition  particuliere  a  la  decharge  convulsive,  lorsqu’il  y  a 
■elimination  augmentee  de  potassium.  Les  auteurs  americains 
ont  le  merite  d’avoir  porte  une  attention  particuliere  a  ces 
rapports. 

Tandis  que,  precedemment,  on  avait  justifie  l’effet  du  regime 
•cetogene,  en  acidifiant  par  antagonisme  avec  la  fameuse  alcalose, 
Me  Quarrie  a  pu  montrer  que  le  meme  elfet  anticonvulsif  pouvait 
etre  obtenu  par  la  diminution  des  boissons  et  la  deshydratation 
de  l’organisme,  tandis  que  la  retention  du  liquide  par  augmen¬ 
tation  de  la  boisson  et  diminution  de  la  diurese  amene  plus  sou¬ 
vent  une  crise  epileptique  que  l’hyperpnee.  L’augmentation  de 
l’apport  de  liquide  produit  un  oedeme  de  la  cellule  et  a,  poui 
consequence,  une  augmentation  de  la  permeabilite  et  une  augmen¬ 
tation  de  l’irritabilite.  Le  trouble  de  l’equilibre  hydrique  joue 
un  role  particulierement  important  chez  les  enfants  qui  ont  un 
cerveau  qui  s’cedematise  facilement.  II  doit  etre  mis  en  rapport 
avec  les  conceptions  d’autres  auteurs  americains  sur  le  trouble 
de  la  circulation  du  liquide  cephalo-rachidien  dans  l’epilepsie. 

Temple-Fay  a  trouve  des  alterations  des  granulations  de  Pac- 
chjoni,  ce  qui  empecherait  la  resorption  du  liquide  cephalo-rachi- 
■dien  et  aurait  pour  consequence  des  amas  de  liquide  dans  les 
cspaces  sous-arachnoidiens  a  la  convexite  du  cerveau.  Ces  lacs 

Ann.  Med.-psych.,  XV'  serie,  94'  annee,  t.  I.  —  Fevrier  1936.  11. 


H.  STECK 


162 

liquidiens  peuvent  exercer  une  irritation  locale  et  provoquer 
des  reflexes  vasomoteurs.  Aussi,  Orzechowski  voit  le  facteur 
epileptogene  le  plus  important  realise  par  un  trouble  general  de 
la  circulation  du  liquide  cephalo-rachidien  ou  aussi  localise  qui 
amene  une  stase  dans  les  espaces  sous-arachnoidiens  et  les  espa- 
ces  de  Virchow-Robin  et  exerce  un  effet  epileptogene  par  irrita¬ 
tion  mecanique  et  chimique.  Orzechowski  trouve,  dans  1  effet 
mecanique  de  la  crise  sur  le  cerveau,  un  mecanisme  d’auto- 
protection,  puisque  son  effet  aspirateur  exerce  un  effet  repara- 
teur  sur  le  trouble  de  la  circulation  liquidienne.  Ainsi  la  crise 
amenerait,  d’apres  Muskens,  une  elimination  des  toxines  et, 
d’apres  Orzechowski,  un  retablissement  de  l’equilibre  liquidien. 

L’examen  chimique  du  liquide  cephalo-rachidien  ne  donne  pas 
de  constatations  particulieres  ;  les  changements  de  la  pression 
liquidienne  sont  paralleles  aux  troubles  vasculaires  et  au  chan- 
gement  du  volume  cerebral.  II  y  a  d’abord  abaissement  de  la 
pression,  puis  forte  augmentation  pendant  la  crise.  On  ne  peut 
pas  expliquer  la  diminution  de  la  permeabilite  hemato-liquidienne 
au  bromure,  selon  Walter.  Nous  avons  egalement  pu  la  confirmer, 
mais  surtout  chez  des  malades  chroniques  avances,  comme  dans 
la  schizophrenic.  II  s’agit  done  encore  d’un  processus  secondaire 
et  certainement  pas  d’un  phenomene  pathogene  primaire. 

Puisque,  dans  toute  la  physiopathologie  et  dans  ses  repercus¬ 
sions  anatomopathologiques,  on  se  heurte  toujours  a  des  pheno- 
menes  vasculaires,  il  n’est  guere  etonnant  qu’on  ait  cherche  a 
trouver  une  origine  centrale  a  cette  dysregulation  vasculaire 
sous  forme  d’un  trouble  des  centres  vasomoteurs  et  vegetatifs 
diencephaliques.  Ainsi  Salmon  (Florence)  a  emis  1’hypothese  de 
l’origine  diencephalique  de  l’epilepsie.  Des  tumeurs  de  l’hypo- 
physe,  qui  exercent  une  pression  sur  cette  region,  provoquent 
facilement  des  crises  epileptiques.  En  tout  cas,  une  labilite  par- 
ticuliere  du  systeme  vegetatif  est  indeniable  chez  les  epilepti¬ 
ques.  Frisch  lui  a  consacre  une  etude  speciale  et  a  montre  que, 
dans  la  crise  epileptique,  il  y  a  decharge  de  la  partie  ergotrope 
du  systeme  vegetatif  (sympathique),  comme  dans  la  motilite 
corticale  et  extra-pyramidale.  Encore  ici,  la  question  primaire  et 
secondaire,  cause  ou  consequence,  reste  inextricable  pour  le 
moment. 

Pour  terminer,  il  nous  reste  a  classer  les  diverses  constata¬ 
tions  serologique,  humorales  et  urinaires  qui  etaient  longtemps 
au  premier  plan.  Nous  partageons  l’opinion  de  Wuth  et  Georgi 
que  les  faits  dument  etablis  et  confirmes  n’ont  pas  de  rapports 
causals  directs  avec  l’epilepsie,  mais  sont,  comme  1  exprime 


AN  AT0M0PATH0L0G1E  DE  L’EPILEPSIE 


163 


notre  schema,  d’une  part  des  faits  concomitants,  des  alterations 
preparoxystiques  de  1’organisme  et,  d’autre  part,  l’expression  de 
l’oscillation  continuelle  et  du  retablissement  de  l’equilibre  trou¬ 
ble  par  la  crise. 

Si  nous  voulons  faire  de  veritables  progres  dans  nos  connais- 
sances  sur  cette  maladie  toujours  mysterieuse  qu’est  l’epilepsie, 
il  faut,  avant  tout,  clairement  distinguer  entre  les  facteurs  provo- 
quants,  les  mecanismes  centraux,  symptomes  paralleles  et  conse¬ 
quences. 


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SUR  TROIS  CAS 
D’HALLUCINATIONS  VISUELLES 
CHEZ  DES  CATARACTES 

PAR 

A.  BRUNERIE  et  R.  COCHE  (i) 


Les  hallucinations  visuelles  bees  a  des  lesions  circonscrites  des 
voies  optiques  ont  fait  l’objet  de  maintes  constatations  anatomo- 
cliniques,  mais  celles  que  l’on  peut  attribuer  a  des  lesions  du 
globe  oculaire  sont  moins  connues.  Leur  existence  ne  semble 
cependant  pas  douteuse,  mais  le  petit  nombre  de  cas  rapportes 
s’explique  par  la  negligence  que  l’on  met  souvent  a  les  publier,  et 
par  le  peu  d’interet  que  portent  trop  d’ophtalmologistes  aux  phe- 
nomenes  psychiatriques. 

11  nous  a  done  semble  tres  utile  de  faire  connaitre  les  faits  de 
cet  o'rdre  que  nous  avons  eu  l’occasion  de  rencontrer,  tant  en 
clientele  qu’a  l’Asile.  Les  trois  observations  ci-dessous  sont  celles 
de  malades  atteints  de  oataracte  chez  qui  ont  evolue  les  troubles 
hallucinatoires  tres  nets. 

Observation  I.  —  ( Malade  de  la  clinique  psychiatrique  du 
Prof.  Lepine,  Asile  de  Bron). 

M.  S...  est  age  de  78  ans  au  moment  de  son  internement  :  il  est 
soigne  depuis  un  an  et  demi  par  1’un  de  nous  chez  sa  fille  et  son 
gendre. 

Ancien  boucher,  il  etait  gros  buveur  et  gros  mangeur,  surtout  de 
viande,  mais  n’avait  jamais  presente  d’antecedents  pathologiques 
notables. 

Il  y  a  plusieurs  annees  apparut  une  cataracte  bilaterale.  En  fevrier 

(1)  Travail  de  la  Clinique  neurologique  et  psychiatrique  du  professeur 
Jean  Lupine,  Universite  de  Lyon. 

Ann.  Mf.d.-psych.,  XV*  serie,  94°  annee,  t.  I.  —  Fevrier  1936. 


ritOIS  CAS  D' HALLUCINATIONS  VISUELLES 


167 


1934,  Pintervention  qui  s’imposait  fut  pratiquee  par  le  Dr  Blanc  avec 
toutes  les  precautions  utiles.  Comme  le  malade  semblait  somnolent 
et  presentait  une  tension  a  17/9  les  jours  precedents,  un  dosage  de 
Puree  sanguine  fut  pratique,  qui  montra  un  taux  de  0,37,  ainsi  qu’une 
analyse  d’urine,  qui  demeura  negative. 

L’intervention  se  passe  bien,  mais  le  jour  meme,  le  malade  se 
trouve,  en  quelques  heures,  en  plein  delire  brutal  avec  confusion  des 
idees  et  une  grande  agitation  qui  nec.essite  sa  contention  toute  la 
nuit.  Au  cours  de  ce  premier  acces  qui  revetait  l’aspect  du  delire  oni- 
rique,  il  avait  commence  par  arracher  ses  pansements,  et  compromis 
ainsi  definitivement  le  resultat  de  Pintervention. 

Peu  a  peu,  sans  que  l’on  puisse  afiirmer  que  se  calme  Petat  deli- 
rant,  les  acces  d’agitation  vont  en  s’espa?ant.  Ramene  chez  lui  quinze 
jours  apres  l’operation  et  desormais  completement  aveugle,  le  malade 
organise  peu  a  peu,  sur  son  delire  onirique,  une  veritable  hallucinose 
tres  curieuse. 

Les  hallucinations  revetent,  en  etfet,  au  moins  pendant  cette  pe- 
riode  initiale,  le  type  zoopsique  et  professionnel,  traduisant  surtout, 
semble-t-il,  des  preoccupations  anciennes  :  animaux  d’abattoir,  trou- 
peaux  de  bceufs,  etc...  Ce  delire  hallucinatoire,  d’abord  nocturne, 
s’ affirm  e  de  plus  en  plus,  meme  le  jour.  II  s’agit  simplement  de  phe- 
nomenes  visuels  :  lumieres,  animaux,  personnages  ;  a  un  certain 
moment,  il  y  a  aussi  des  hallucinations  lilliputiennes  :  betes  et  gens 
de  taille  minuscule,  s’agitent  sur  son  lit. 

Bientot,  ce  delire  se  complique  du  fait  de  preoccupations  conti- 
nuelles  d’ordre  sexuel,  qui  modifient  le  caractere  des  hallucinations 
et  font  apparaitre  des  interpretations  dirigees  avant  tout  contre  la 
famille  et  l’entourage  :  il  fait  des  propositions  a  la  domestique,  accuse 
sa  fille  et  son  gendre  d’amener,  chacun  de  leur  cote,  maitresses  ou 
amants,  reproche  meme  a  sa  petite-fllle  de  se  livrer  a  des  actes 
indecents. 

C’est  ainsi  que  s’organisa  ce  delire  qui  dure  depuis  un  an  et  demi 
avec  des  insomnies  a  peu  pres  completes,  une  tendance  panophobi- 
que  invincible,  des  tentatives  de  fugue.  Ces  derniers  jours  seulement, 
la  famille  a  du  se  resoudre  a  demander  l’internement  en  raison  de 
l’attitude  menacante  du  malade  et  des  perturbations  qu’il  apportait 
jour  et  nuit  dans  le  menage. 

Les  jours  qui  suivent  son  entree,  il  ne  ferme  pas  l’ceil,  crie  et 
s’agite  au  point  qu’il  est  necessaire  de  le  maintenir.  Il  donne  pour- 
tant  de  plus  en  plus  l’impression  d’une  desagregation  senile  ;  son 
delire  semble  moins  organise  et  il  fait  penser  a  un  confus  mental  en 
pleine  incoherence.  L’origine  toxemique  de  ces  troubles  peut  etre 
remise  en  question  et  on  decide  de  pratiquer  un  dosage  d’uree. 

A  l’entree,  Panalyse  revele  0,94  d’uree  dans  le  sang.  Huit  jours 
plus  tard,  on  en  trouve  0,55. 

Vingt  jours  apres  son  internement,  l’etat  tres  alarmant  du  malade 


A.  BRUNERIE  ET  R.  COCHE 


necessite  une  saignee  d’urgence  ;  aussitot  apres  celle-ci,  l’aspect 
confusionnel  disparait  pour  ceder  la  place  a  tout  le  syndrome  hallu- 
cinatoire  avec  agitation.  Deux  jours  plus  tard,  mort  par  suite- 
d’uremie. 

Obs.  II.  ( Cette  observation  nous  a  ete  communiques  ires  aima - 

blement  par  le  Dr  E.  Blanc,  que  nous  tenons  a  remercier  ici). 

Mile  B...  est  agee  de  52  ans.  C’est  une  paysanne  d’un  naturel  calme- 
qui  n’a  jamais  presente  jusqu’ici  de  desordres  patholog'iques  graves, 
ni  de  troubles  psychiques  quels  qu’ils  soient.  Ces  derniers  sont 
apparus  a  l’occasion  d’une  baisse  visuelle  due  a  une  cataracte  bilate- 
rale  a  evolution  tres  rapide. 

Quand  elle  a  ete  examinee  pour  la  premiere  fois,  amenee  par  son 
frere  avec  qui  elle  vivait,  les  faits  qui  nous  interessent  remontaient  a 
un  mois  et  demi  ou  deux  mois  :  inquiete  de  voir  baisser  rapidement 
sa  vue,  elle  comment  a  devenir  taciturne.  Dans  les  trois  dernieres. 
semaines  surtout,  elle  eprouvait  a  se  diriger  une  peine  considerable 
en  raison  de  la  baisse  visuelle,  et  devenait  de  plus  en  plus  pemble 
pour  son  entourage.  C’est  ce  qui  decida  son  frere  a  reclamer  pour  elle 
une  operation,  car  il  avait  peur  qu’elle  ne  devienne  folle,  tant  etait 
bizarre  son  comportement. 

Au  point  de  vue  ophtalmologique,  l’examen  revela  une  cataracte 
bilaterale,  complement  mure  a  gauche  et  presque  mure  a  droite  :. 
de  ce  dernier  cote,  seuls  les  doigts  etaient  vus  a  0  m.  30.  Cette  cata¬ 
racte  avait  d’ailleurs  un  aspect  un  peu  particulier  qui  posait  la  ques¬ 
tion  d’une  origine  endocrinienne  :  devolution  extremement  rapide,. 
elle  avait  fait  son  apparition  chez  une  femme  de  52  ans  presentant  : 
un  goitre  assez  volumineux  —  une  grosse  tumeur  abdominale  (flbrome 
ou  kyste  de  l’ovaire)  et  des  troubles  de  la  pigmentation  cutanee  (plages, 
depigmentees  entourees  de  zones  d’hyperpigmentation). 

Au  point  de  vue  psychiatrique,  outre  un  certain  degre  de  desorien- 
tation  imputable  a  sa  cecite  presque  complete,  il  convenait  de  noter 
des  troubles  du  caractere  :  vivacite,  impatience,  mefiance,  agressivite 
survenant  chez  une  femme  tres  calme  auparavant.  Enfin  la  malade 
presentait  des  hallucinations  visuelles  dont  1’evqlution  ulterieure  a  ete 
particulierement  interessante  ;  ces  hallucinations  etaient  d’ailleurs 
elementaires  et  peu  caracterisees  ;  il  semble  que  la  croyance  de  la- 
patiente  en  la  realite  de  ses  visions  fut  toujours  limitee. 

L’operation  fut  decidee  et  executee  dans  de  bonnes  conditions  ; 
cependant  la  malade  fut  tres  agitee  pendant  l’operation  et  jusqu’au 
premier  pansement  ;  elle  fut  capable,  a  ce  moment-la,  de  distinguer 
les  objets  qui  l’entouraient,  ce  qui  la  rassura.  Depuis  elle  a  retrouve 
sa  tranquillite  et  les  hallucinations  n’ont  pas  reparu. 

Revue  six  mois  apres  pour  l’operation  de  son  second  ceil,  elle  est. 
tout  a  fait  normale  et  n’accuse  pas  la  moindre  hallucination. 


TROIS  CAS  D’ HALLUCINATIONS  VISUELLES 


169 


Obs.  III.  ( Malade  de  la  clinique  psychiatrique  du  Pr  Lepine , 

Mite  de  Bron). 

Mme  M...  est  agee  de  60  ans  au  moment  de  son  internement.  Origi- 
naire  d’un  petit  village  du  departement  du  Rhone,  elle  aurait  jadis- 
presente  des  troubles  mentaux  assez  nets  pour  necessiter  son  interne- 
ment ;  malheureusement  elle  est  sans  famille,  et  il  n’est  pas  possible 
d’obtenir  a  ce  sujet  de  plus  amples  renseignements. 

Elle  etait  dernierement,  a  l’Hospice  de  B...  et,  depuis  un  mois,. 
donnait  des  signes  d’alienation  mentale,  avec  irritabilite  et  agitation, 
qui  necessiterent  son  transfert  a  l’Asile. 

A  l’examen,  Mme  M...  est  trouvee  atteinte  d’une  cataracte  bilaterale 
tres  nette  qui  entraine  une  cecite  a  peu  pres  complete.  Les  personnes 
qui  se  meuvent  devant  elle  sont  per^ues  comme  des  ombres  vagues 
et  elle  n’est  capable  de  compter  les  doigts  qu’a  une  distance  tres 
reduite  (quelques  centimetres).  Confinee  au  lit,  du  fait  de  sa  cecite, 
elle  mene  une  existence  entierement  renfermee  sur  elle-meme. 

Au  point  de  .vue  psychiatrique,  elle  presente  un  syndrome  halluci- 
natoire  tres  net.  Les  hallucinations  auditives  sont  evidentes  :  les  yeux 
fixes  au  plafond,  elle  parle  souvent  a  haute  voix,  repondant  a  ses 
soeurs,  aux  membres  de  sa  famille,  a  ses  voisins,  qui  lui  parlent  a 
travers  les  murs  et  qui,  pense-t-elle,  se  font  ainsi  entendre  a  distance 
grace  a  l’electricite.  Les  hallucinations  visuelles,  qui  etaient  nettes  au 
moment  de  l’internement,  ont  marque  depuis  une  certaine  regression. 
Elies  etaient  elementaires,  et  representaient  des  objets,  des  person- 
nages  et  des  scenes  familiers  a  la  malade.  Celle-ci,  d’ailleurs,  n’ajou- 
tait  pas  foi  sans  reserve  au  temoignage  de  ses  sens  et  remarquait  elle- 
meme  qu’  «  on  ne  peut  pas  voir  les  gens  qui  sont  absents  ». 

Depuis  cinq  mois  d’observation,  l’etat  de  la  malade  est  inchange. 

II  ne  parait  pas  possible  de  nier  que  les  desordres  survenant 
an  niveau  du  globe  oculaire,  abstraction  faite  du  psychisme  ou  de 
l'etat  du  cerveau,  soient  capables  de  troubler  les  perceptions  au 
point  de  donner  naissance  a  des  phenomenes  hallucinatoires. 
Baillarger  lui-m&me,  dans  les  dernieres  annees  de  sa  vie,  a  la 
suite  de  troubles  photopsiques  qu’il  eprouva  a  un  ceil  et  qu  il 
attribua  a  des  phenomenes  circulatoires,  admit  nettement  l’exis- 
tence  «  de  modifications  des  appareils  des  sens,  dont  les  malades 
n’auraient  pas  conscience  ». 

A  tous  ses  degres  en  effet,  la  maladie  de  l’ceil,  fut-elle  incons- 
ciente  et  minime  comme  un  leger  nuage  flottant  dans  le  vitre,  ou 
au  contraire  entrainat-elle  une  cecite  tolale  comme  une  cataracte 
bilaterale  avancee,  voire  meme  une  enucleation,  fournit  au  cer¬ 
veau  des  excitations  originales,  qui  n’ont  pas  leurs  semblables 
lors  du  fonctionnement  normal  des  organes.  C’est  ainsi  qu’une 


170 


.4.  BR  UN  ERIE  ET  R.  COCHE 


retine  soumise  a  des  sollicitations  anormales,  ou  un  moignon 
<le  nerf  optique  qui  percoit  des  sensations  absolument  banales, 
les  transmettront  aux  centres  sous  forme  d’excitations  ;  ces 
excitations  insolites,  qu’elles  soient  optiques  ou  meme  banales, 
seront  l’objet  d’une  elaboration  de  la  part  de  centres  etroitement 
qualifies  qui  ne  peuvent  donner  naissanice  qu’a  des  representa¬ 
tions  visuelles.  Une  lesion  qui  atfaiblit  la  perception  arrive,  de 
■cette  facon,  a  creer  des  visions  fantastiques  des  plus  variables. 

De  meme,  quel  que  soit  le  degre  d’alteration  de  la  fonction 
visuelle,  le  malade  conserve  les  sensations  de  son  ceil  et  des 
xnpuvements  de  son  ceil,  mais  il  ne  leur  accorde  pas  d’interet 
et  prete  attention  uniquement  au  spectacle  qui  se  deroule  en  lui. 
Ce  sont  pourtant  ces  sensations  qui,  selon  toute  vraisemblance, 
forment  l’espace  hallucinatoire  et  conditionnent  les  modifications 
spatiales  des  visions. 

En  somme,  nous  arrivons  presque  ici  a  estimer  que  ces  hallu¬ 
cinations  sont  en  realite  dues  a  la  perception  d’un  objet  reel 
(la  lesion  oculaire),  mais  mal  interprets  :  les  sujets  qui  subis- 
sent  ces  visions  sont  tres  souvent  des  vieillards,  et  on  sait  qu’ils 
delirent  aisement.  Cependant,  ce  serait  aller  trop  loin  que  de 
soutenir  cette  theorie  jusqu’au  bout,  car  la  vieillesse  et  la  dimi¬ 
nution  intellectuelle  ne  sont  pas  necessaires  a  l’apparition  de 
ces  phenomenes.  II  semble  plus  juste  d’attribuer  une  part  res¬ 
pective  dans  ces  faits  a  l’hallucination  et  au  delire. 

De  toute  facon,  au  terme  de  cette  courte  revue,  une  compa- 
raison  s’impose,  qui  n’a  pas  manque  d’etre  invoquee  maintes 
fois  :  ces  phenomenes  sensoriels,  que  l’on  rencontre  chez  les 
cataractes,  sont  du  meme  ordre  que  les  phenomenes  sensitifs 
mentionnes  chez  certains  amputes  des  membres  et  connus  sous 
le  nom  d’  «  hallucinations  du  moignon  ».  Ces  deux  ordres  de 
faits  ont,  en  realite,  les  memes  droits  au  titre  d’hallucinations  ; 
les  uns  comme  les  autres  ne  font  1’objet  d’une  conviction  deli- 
rante  que  dans  la  mesure  ou  les  facultes  critiques  du  malade 
se  trouvent  diminuees. 

Pour  terminer,  nous  pensons  qu’il  n’est  pas  sans  interet  d’atti- 
rer  fattention  sur  le  remarquable  resultat  que  la  therapeutique 
chirurgicale  a  permis  d’obtenir  chez  une  de  nos  malades  :  l’inter- 
vention  a  ameme  la  disparition  radicale  et  definitive  des  pheno¬ 
menes  hallucinatoires  apparus  a  la  suite  du  developpement 
d’une  cataracte  ;  nous  y  voyons  la  preuve  quasi-experimentale 
de  la  relation  de  causesa  effet  qui  nous  semble  certaine  entre  le 
trouble  psycho-sensoriel  et  la  lesion  anatomique  de  l’organe 
recepteur. 


TROIS  CAS  D’HALLUCINA  TIONS  VISUELLES 


171 


BIBLIOGRAPHIE 

( Travaux  fr'angais  publics  sur  la  question ) 

Baillarger.  —  Physiologic  des  hallucinations.  Les  deux  theories.  Ann.  Med.- 
■  Psych.,  7e  serie,  t.  IV,  1886,  p.  35-36. 

Balvet  (P.).  —  Hallucinations  visuelles  de  type  hypnagogique  chez  une 
femme  de  73  ans  atteinte  de  glaucome  bilateral.  Ann.  Med.-Psych., 
1935,  t.  I,  p.  518. 

Claude  (H.),  Baruk  (H.),  Vervaeck  (P.).  —  Syndrome  hallucinatoire  visuel 
et  auditif  au  cours  du  developpement  d’une  syphilis  hereditaire 
oculaire  et  labyrinthique.  Considerations  sur  une  variete  speciale 
d’hallucinations  oculaires  provoquees.  Ann.  Med.-Psych.,  1927,  t.  I, 
p.  152  a  163. 

Cuel  et  Favory.  —  A  propos  d’hallucinations  verbales  et  grammatiques 
observees  dans  un  cas  de  decollement  retinien.  Journ.  de  Psychol., 
15  novembre  1924. 

Flournoy.  —  Hallucinations  lilliputiennes  chez  un  vieillard  atteint  de 
cataracte.  Encephale,  nov.  1923,  p.  566  a  579. 

Morax.  —  Sur  les  hallucinations  visuelles  survenant  au  cours  des  altera¬ 
tions  retiniennes.  Progres  medical,  14  dec.  1922. 

Quercy  (P.) .  —  L’hallucination,  Alcan  ed.,  1930. 

Targowi.a  (R.)  et  Picard  (J.).  —  Hallucinations  visuelles  elementaires  et 
conscientes  dans  un  cas  de  decollement  retinien.  Integration  secon- 
daire  dans  un  syndrome  delirant.  I.e  syndrome  hallucinatoire  du 
decollement  de  la  retine.  Ann.  Med.-Psych.,  1928,  t.  I,  p.  136  a  140. 

Truc.  —  Phantopsies  d’origine  oculaire.  Ann.  d’oculistique,  1925. 


NOTE  AU  SUJET  DES  PEINTURES  ET  DESSINS 
D’UN  SCHIZOPHRENE  MALGACHE 


Au  cours  des  deux  annees  pendant  lesquelles  nous  avons 
assure  les  fonctions  de  Medecin-Inspecteur  de  l’Asile  d’alienes 
de  Tananarive,  il  nous  a  ete  donne  de  suivre  un  malade  particu- 
lierement  pittoresque,  schizophrene,  auteur  de  peintures  et  de 
dessins  dont  l’etude  nous  a  paru  presenter  un  certain  interet. 

Le  sujet  dont  il  s’agit  est  un  nomme  Rasolomanana  Victor-Emma- 
nuel,  homme  de  45  ans,  de  caste  andriana,  sujet  de  type  malais,  de 
peau  claire. 

Rasolomanana  n’a  pas  connu  son  pere  mort  peu  apres  sa  naissanee 
et  qui  aurait  ete  un  architecte  repute,  bon  dessinateur,  ayant  pris 
une  part  importante  aux  travaux  de  modernisation  du  Palais  de  la 
Reine  (construction  des  verandahs  a  arcades  et  des  tours  d’angle). 

Aucun  renseignement  precis  sur  la  mere  morte  apres  l’entree  du 
malade  a  l’asile  ainsi  que  ses  deux  soeurs  ainees. 

Mariage  a  19  ans  dont  sont  nes  3  enfants.  L’aine  mort  en  bas  age. 
Rasolomanana  ne  sait  ce  que  sont  devenus  les  deux  survivants,  un 
gar$on  et  une  fllle,  qui  frequentaient  encore  l’ecole  au  moment  de 
son  internement. 

Enfance  studieuse,  subit  avec  succes  les  divers  examens  qui  mar- 
quent  les  echelons  de  l’instruction  primaire  superieure  a  Madagascar. 
Au  terme  de  ses  etudes,  titulaire  d’un  diplome  officiel  d’instituteur, 
Rasolomanana  est  employe  a  l’age  de  19  ans  dans  les  ecoles  des  Mis¬ 
sions  protestantes  anglicanes.  Dans  les  annees  qui  suivent,  apparition 
de  troubles  progresses  du  caractere  et  du  comportement  —  bizarre- 
ries  de  la  tenue  et  du  costume,  tendances  revendicatrices  qui  sont 
l’occasion  a  la  fois  d’incidents  tumultueux  dans  la  classe  qu’il  a  a 
diriger  et  d’observations  mal  supportees  de  la  part  de  ses  superieurs 
des  Missions  evangeliques.  Ceux-ci,  convaincus  de  la  nature  patho- 
logique  de  son  etat,  veulent  le  faire  hospitaliser  aux  fins  d’observa- 
tion  des  1’annee  1911,  Rasolomanana  etant  a  ce  moment  age  de 

Ann.  Med.-psych.,  XVe  sehie,  94'  annee,  t.  I.  —  Fevrier  1936. 


PEINTURES  ET  DESSINS  D'UN  SCHIZOPHRENE 


22  ans.  II  refuse  observation  et  traitement  et  prefere  donner  sa 
demission  de  son  emploi. 

Yers  la  meme  epoque,  il  rompt,  apres  quelques  annees  de  vie  conju¬ 
gate,  lout  rapport  avec  sa  femme  qui  se  retire  avec  ses  enfants  dans 
sa  famille.  Rasolomanana  va  alors  vivre  avec  sa  mere  et  ses  sceurs  a 
Ilafy  dans  la  banlieue  de  Tananarive,  ne  se  livrant  a  aucun  travail 
regulier  et  productif.  II  ne  fait  aucune  tentative  pour  perfectionner 
et  appliquer  a  des  productions  dont  il  puisse  retirer  un  benefice  ma¬ 
teriel  des  dons  naturels  de  dessinateur  et  de  coloriste  au  moms 
egaux  a  ceux  de  la  moyenne  des  artistes  hovas  qui  arrivent  a  s’as- 
surer  un  gagne-pain  par  la  vente  de  leurs  oeuvres.  Il  se  contente 
d’exterioriser  avec  des  procedes  de  fortune  sur  toutes  les  matieres 
qui  lui  tombent  sous  la  main  :  papier,  carton,  bois,  la  realisation 
visuelle  de  ses  ruminations  autistiques.  En  meme  temps,  il  arbore 
un  accoutrement  extravagant,  vetement  de  coupe  europeenne  avec 
casque  colonial,  faux-col  et  cravate,  agremente  d’une  ornamentation 
sans  signification,  decoupures  de  pieces  d’etoffe  multicolores,  objets 
metalliques  heteroclites,  ne  visant  pas  d’ailleurs  a  en  imposer  pour 
des  insignes  de  decorations  honorifiques,  la  piece  principale  de  cette 
bimbeloterie  etant  constitute  par  un  bouton  de  porte  en  email  porte 
en  sautoir. 

Il  declare  avoir  ete  pousse  des  cette  epoque  par  un  besoin  d’in- 
vention.  En  realite,  les  recherches  qui  absorbent  la  part  de  son  acti¬ 
vity  laissee  libre  par  l’execution  de  ses  peintures  se  reduisent  a  de 
vagues  tentatives  de  decoration  d’objets  usuels,  malles  a  effets,  saco- 
ches  de  cuir,  tentatives  mal  servies  par  le  peu  d’habilete  manuelle 
d’un  sujet  auquel  la  Bible  et  les  manuels  scolaires  sont  plus  familiers 
que  le  maniement  des  outils  de  Partisan.  Rasolomanana  vit  ainsi 
pendant  douze  a  treize  ans  entierement  a  la  charge  des  siens,  sans 
donner  lieu,  semble-t-il,  a  d’autres  incidents  qu’a  des  attroupements 
d’enfants  et  de  badauds  suscites  par  sa  mise  extravagante.  La  police 
doit  cependant  avoir  a  s’occuper  de  lui  a  diverses  reprises  et  une  der- 
niere  algarade  au  grand  marche  hebdomadaire  de  Tananarive  oil  il 
crache  par  megarde,  pretend-il,  sur  la  robe  d’une  femme  europeenne 
qui  le  soufllette,  l’amene  au  poste  de  police  d’ou  il  est  dirige  sur  l’ho- 
pital  indigene.  Apres  une  courte  observation,  il  est  interne  a  l’asile 
d’Anjanamasina  ou  il  arrive  le  9  fevrier  1924. 

Le  premier  bulletin  semestriel  etabli  apres  six  mois  d’internement 
{a out  1924)  le  signale  comme  atteint  de  «  desequilibration  men- 
tale.  Etat  mental  sans  changement  depuis  son  internement,  carac- 
tere  tres  irritable,  se  dispute  assez  souvent  avec  ses  co-internes.  La 
plupart  du  temps  il  se  plaint  que  sa  nourriture  est  insuffisante  et 
reclame  une  ration  supplementaire.  Par  ses  idees  delirantes  de  gran¬ 
deur  et  de  persecution,  il  devient  parfois  dangereux.  Les  bulletins 
des  annees  1925  a  1926,  etablis  par  un  medecin  indigene  sans  instruc¬ 
tion  psychiatrique  bien  poussee,  restent  dans  la  meme  note.  Dese¬ 
quilibration  mentale.  Intelligence  faible  (?),  memoire  faible  (?).  Idees 


V.-L.  HUOT 


de  persecution  le  rendant  difficile  a  conduire,  se  plaint  qu’on  le 
inaltraite,  qu’on  veut  le  faire'mourir  a  l’asile.  Desequilibr6  a  carac- 
tere  bizarre,  fantasque  et  irritable.  Se  plaint  de  temps  a  autre  de 
douleurs  cenesthesiques  vagues  ».  Au  premier  semestre  1927,  Raso¬ 
lomanana  est  etiquete  sans  autre  commentaire  comme  atteint  de 
psychose  systematisee  progressive,  et  cette  mention  est  reproduce 
automatiquement  sur  les  bulletins  semestriels  successifs  jusqu’au 
debut  de  1933,  epoque  ou  nous  avons  commence  a  observer  ce 
malade. 

Ce  qui  frappe  chez  lui  a  l’heure  actuelle,  dans  un  etat  vraisembla- 
blement  constitue  depuis  de  nombreuses  annees  et  en  tous  cas  sans 
modification  pendant  les  deux  ans  durant  lesquels  nous  l’avons 
suivi,  c’est  la  discordance  entre  les  troubles  profonds  de  l’affeetivite 
et  du  pragmatisme  et  la  conservation  a  peu  pres  complete  des  famil¬ 
ies  purement  intellectuelles,  malgre  les  conditions  assez  penibles 
d’un  internement  de  dix  ans  et  une  duree  totale  devolution  du  syn¬ 
drome  psychiatrique  de  plus  de  vingt-cinq  ans. 

Rasolomanana  s’exprime  en  un  francais  parfaitement  correct,  avec 
une  certaine  recherche  et  une  tendance  a  la  phraseologie  emphati- 
que  auxquelles  il  n’y  a  pas  a  attribuer  une  signification  particuliere 
et  qui  sont  celles  de  tous  les  Malgaches  parvenus  a  son  degre  d’ins- 
truction. 

Les  tests  elementaires  auxquels  nous  l’avons  soumis  sont  dans  l’en- 
semble  des  plus  satisfaisants.  Les  epreuves  d’attention  (lettres  a 
barrer  dans  un  texte,  epreuves  de  labyrinthes)  sont  executees  rapi- 
dement  sans  fautes. 

Les  epreuves  de  jugement  (phrases  absurdes,  phrases  en  desordre) 
donnent  lieu  a  des  reponses  correctes. 

La  solution  juste  d’un  petit  probleme  d’arithmetique  aVec  appli¬ 
cation  de  la  regie  de  trois  est  donnee  rapidement. 

Parmi  les  epreuves  de  memoire,  seules  sont  assez  faibles  les  epreu¬ 
ves  de  memoire  auditive  des  chiffres.  La  memoire  d’evocation  et  de 
reconnaissance  est  relativement  bien  conservee.  Rasolomanana  se 
rappelle  parfaitement  la  date  de  son  internement.  II  a  garde  le  sou¬ 
venir  exact  des  evenements  survenus  a  1’asile  depuis  10  ans  :  noms 
des  directeurs  et  des  medecins  inspecteurs  qui  s’y  sont  succede. 

A  cote  de  ces  elements  remarquablement  conserves  de  son  psy- 
chisme,  l’affectivite  marque  une  baisse  tres  marquee.  II  ignore  ce  que 
sont  devenus  sa  femme  et  ses  enfants  dont  il  etait  separe  depuis  une 
douzaine  d’annees  au  moment  de  son  internement,  et  n’est  preoc- 
cupe  de  leur  sort  a  aucun  moment. 

Malgre  le  peu  de  valeur  des  renseignements  de  son  dossier  relatifs 
au  debut  de  son  internement,  bulletins  etablis  par  des  medecins 
indigenes  de  faible  instruction  psychiatrique  et  mediocrement  obser- 
vateurs,  il  semble  bien  qu’il  ait  presente  a  ce  moment  des  tendances 
revendicatrices  assez  accusees.  Ces  tendances  actuellement  et  depuis 
deux  ans  que  nous  le  suivons  se  sont  considerablement  attenuees. 


FEIN TU RES  ET  DESSINS  D’UN  SCHIZOPHRENE 


175- 


Rasolomanana  se  montre  parfaitement  docile  vis-a-vis  du  personnel 
de  l’asile.  Au  cours  de  nos  interrogatoires,  s’il  est  assez  porte  a  se 
plaindre  de  sa  'situation  et  de  sa  privation  de  liberte,  c’est  sans  acri- 
raonie  et  sur  un  ton  humble  et  resigne.  II  se  plaint  principalement 
de  la  turbulence  de  voisins  de  chambre  un  peu  agites,  sans  pourtant 
se  montrer  vis-a-vis  d’eux  ni  violent  ni  agressif.  II  manifeste  a  ce 
sujet  une  ebauche  de  syndrome  d’influence  declarant  que  l’agitation 
de  ces  malades  resulte  de  Paction  de  riiauvais  esprits  dont  il  ressent 
lui-meme  les  atteintes  qu’il  compare  aux  effets  d’une  «  sorte  d’elec- 
tricite  ». 

On  ne  peut  cependant  pas  parler  des  veritables  interpretations 
delirantes  a  propos  de  ces  declarations  basees  sur  une  explication 
des  troubles  mentaux  traditionnelle  dans  la  race  malgache. 

Le  plus  gros  grief  formule  par  Rasolomanana  contre  ses  voisins,. 
c’est  de  le  troubler  dans  l’execution  de  ses  oeuvres  picturales.  En 
nous  presentant  ses  doleances  a  ce  sujet,  il  se  declare  profondement 
«  decourage  »  au  point  de  se  sentir  «  comme  agonisant  ». 

Il  ne  semble  pas  d’ailleurs  que  les  productions  plastiques  de 
Rasolomanana,  contrairement  a  la  premiere  impression  qu’elles 
peuvent  donner,  soient  le  simple  produit  d’un  facile  automa- 
tisme.  La  plupart  sont  restees  inachevees  et  celles  qu’il  considere 
comme  terminees  ne  l’ont  ete  qu’apres  de  longs  efforts.  Rasolo¬ 
manana,  a  qui  nous  avons  apporte  un  jour  un  certain  nombre  de 
cartons  de  photographe,  n’a  pas  manifeste  la  satisfaction  pro- 
fonde  que  nous  attendions  chez  lui  de  cette  possibility  d’executer 
ses  peintures  sur  une  matiere  se  pretant  infiniment  mieux  a  ses 
essais  que  les  objets  heteroclites  utilises  par  lui  jusque  la.  Sa 
production  s’est  reduite  des  ce  moment  a  une  serie  de  peintures 
qu’il  s’est  cru  oblige  d’executer  sur  commande  (reproduction  du 
palais  du  Gouvernement  general,  vues  panoramiques  de  Tana¬ 
narive,  paysages  divers)  et  qui  sont  loin  de  presenter  l’originalite 
et  l’interet  des  oeuvres  spontanees  anterieures  a  notre  interven¬ 
tion. 

Il  est  a  noter  qu’aussi  bien  dans  son  ancienne  que  dans  sa  nou- 
velle  maniere,  Rasolomanana  s’est  toujours  cantonne  dans  des 
productions  imaginatives  et  symboliques  a  base  de  souvenirs 
visuels  anciens  et  qu’a  aucun  moment  il  ne  s’est  essaye  a  une 
reproduction  d’apres  nature  de  figures,  scenes  ou  paysages  qu’il 
a  actuellement  sous  les  yeux.  Rasolomanana  vit  d’ailleurs  can- 
tonne  dans  un  coin  de  la  salle  commune  qu’il  occupe,  ou  il  s’est 
amenage  une  sorte  d’atelier  pittoresque,  fouillis  de  recipients  de 
toute  forme  et  de  toute  matiere,  assiettes,  gobelets,  boites  de 
conserve  pour  ses  couleurs,  reseau  complique  de  ficelles  tendu.es. 
auxquelles  il  suspend  certaines  de  ses  oeuvres,  des  sacoches  rem- 


plies  de  cartons  et  ses  baroques  oripeaux  d’apparat.  Dans  un 
coin  est  install  a  la  place  d’honneur  une  malle  debout  surmon- 
tee  d’un  fronton  architectural  de  bois  decoupe  avec  de  chaque 
cote  de  ce  fronton  deux  tourniquets  a  quatre  branches  sans 
signification  et  sans  utilite,  cet  ensemble  saugrenu  representant 
celle  de  ce  qu’il  appelle  ses  «  inventions  »  dont  il  est  particulie- 
rement  tier.  Rasolomanana,  quand  il  est  prevenu  de  notre  visite 
ou  de  celle  de  personnages  de  quelque  importance,  ne  manque 
iamais  de  se  revetir  de  l’accoutrement  baroque  decnt  plus  haul. 
Le  jour  oil  nous  sommes  venu  le  voir  accompagne  dun  p  o  o- 
graphe,  il  s’est  tres  complaisamment  campe  devant  1  objectit 
dans  une  pose  avantageuse. 

Nous  avons  retenu  de  sa  production  cinq  specimens  caracte- 
ristiques  qui  nous  ont  paru  particulierement  interessants  par  ce 
qu’ils  nous  permettaient  de  mettre  a  jour  des  complexes  ideo- 
affectifs  dominant  chez  ce  malade. 

Le  specimen  de  la  figure  1  qui  nous  parait  le  plus  cuneux 
represente  un  personnage  demoniaque  dans  un  decor  de  bureau 
moderne  —  imposante  table-bureau,  bibliotheque,  fauteuil  tour- 
nant  Ce  personnage,  courbe  sur  le  bureau  et  tournant  vers  le 
spectateur  une  face  grimacante,  noircit  de  chiffres  et  de  figures 
cabalistiques  une  grande  feuille  de  papier.  La  signification  d  un 
etre  satanique  occupe  a  une  tache  de  magie  parait  evidente. 

Ce  au’il  v  a  d’imprevu  dans  cette  representation,  c  est  la 
curieuse  ressemblance  avec  les  figures  diaboliques  de  1’imagerie 
religieuse  de  notre  moyen  age  occidental.  Il  y  a  la  une  rencontre 
tout  a  fait  inattendue  entre  1’inspiration  de  l’imagier  primitif  du 
moyen  age  catholique  et  celle  de  ce  hova  faconne  par  1  eglise 
reformee  qui  n’a  certainement  jamais  eu  sous  les  yeux  aucun 
document  iconographique  du  type  de  ceux  auxquels  on  ne  pent 
s’empecher  de  comparer  son  etrange  composition.  Or,  quand  on 
demande  a  Rasolomanana  la  signification  de  cette  representa¬ 
tion,  il  repond  qu’ayant  entendu  dire  qu’on.  arrivait  a  realiser  en 
Europe  des  dressages  surprenants  d’animaux,  il  a  imagine  e 
voulu  representer  un  singe  parfaitement  dresse  qui  occuperait 
dans  un  bureau  la  place  d’un  ecrivain-comptable.  Il  a  dailleurs 
ecrit  en  legende  sur  une  sorte  d’ecusson  dans  la  partie  droite  de 
la  composition  :  «  Raillerie  —  Ecrivain  —  Comptable  »  A  en 

croire  l’auteur,  il  n’y  aurait  dans  cette  peinture  aucune  intention 
de  representer  une  figure  satanique.  Il  y  a  vraisemblablement 
lieu  de  suspecter  a  ce  sujet  la  sincerite  de  Rasolomanana  qui 
semble  ne  pas  vouloir  avouer  sa  hantise  du  satamsme  et  donne 
de  figures  analogues  d’un  autre  document  une  interpretation 


PEINTURES  ET  DESSINS  D'UN  SCHIZOPHRENE 


177 


<.  Med, -psych.,  XV'  serie,  94'  annee,  t.  I.  —  Fevrier  1936. 


12. 


178  V.-L.  HUOT 

specieuse  et  peu  vraisemblable.  En  admettant  que  ses  explica¬ 
tions  soient  fournies  de  bonne  foi,  il  n’en  resterait  pas  moms  que 
1’ obsession  satanique,  peut-etre  non  parvenue  chez  lui  a  la  claire 
conscience,  est  certainement  au  nombre  des  influences  dornman- 
tes  de  son  subconscient. 

Dans  le  specimen  de  la  figure  2,  on  voit  apparaitre,  en  outre  de  , 
figures  diaboliques  analogues  a  celles  de  la  premiere  composi¬ 
tion  l’exteriorisation  d’un  complexe  assez  curieux,  qm  a  ses 
racines  dans  l’association  des  plus  fortes  impressions  de  1  en- 
fance  de  l’auteur.  .  .  ,  _  , 

Rasolomanana,  qui  serait  ne  vers  1889,  devait  avoir  de  7  a 
8  ans  au  moment  de  la  prise  de  Tananarive  par  le  corps  expedi- 
tionnaire  francais.  Cet  evenement  capital  de  l’histoire  de  son 
pays,  l’ecrasement  rapide  de  l’armee  hova  reputee  invincible,  le 
spectacle  des  parades  et  defiles  des  troupes  victorieuses  out  cer- 
tainement  etc  l’occasion  de  chocs  emotifs  particulierement  mten- 
ses  pour  une  sensibilite  d’enfant. 

A  la  meme  epoque,  Rasolomanana  commencait  a  frequenter 
l’ecole  de  la  «  London  Missionary  Society  »,  et  la  figure  du  reve¬ 
rend  anglican  se  gravait  dans  ses  souvenirs  d’enfance  avec  un 
relief  egal  a  celui  de  la  silhouette  du  chef  militaire  francais  defi- 
lant  en  tete  de  ses  troupes. 

On  pourrait  s’attendre  a  trouver  dans  des  compositions  ou 
ressortent  les  souvenirs  les  plus  fortement  graves  de  son  enfance 
ces  deux  types  reproduits  separement  avec  chacun  leurs  carac- 
teres  propres.  Or,  dans  toutes  les  productions  de  Rasolomanana 
sans  exception,  on  se  trouve  en  presence  d’une  curieuse  fusion 
des  deux  prototypes.  Dans  le  specimen  n°  2,  vaste  composition  a 
multiples  personnages,  on  distingue  a  gauche  un  rassemblement 
de  militaires  europeens  copieusement  galonnes  et  decores,  meme 
les  simples  porteurs  de  fusil  dans  la  position  de  «  Presentez 
armes  ».  En  tete  du  groupe  et  en  posture  de  chef  un  personnage 
avec  les  traits  tres  reconnaissables  d’un  clergyman  britanmque 
et  tenant  a  la  main  une  Bible  est  revetu.d’un  uniforme  multi- 
galonne  et  coiffe  d’un  casque  colonial  du  modele  reglementaire 
dans  l’armee  coloniale  francaise  jusqu’a  ces  dermeres  annees, 
modele  qui  n’a  jamais  ete  arbore  par  aucun  sujet  britanmque. 
La  main  gauche  qui  tient  une  Bible  laisse  pendre,  tenu  par  la 
beliere  un  sabre  imprevu.  Au  centre  de  la  composition,  dans  la 
partie  superieure,  deux  figures  sataniques,  personnages  cornus 
et  oriffus,  grimacant  et  gambadant,  et  au-dessous  des  demons 
deux  anges  en  priere.  A  noter  l’inattendu  de  cette  disposition, 
alors  qu’on  s’attendrait  a  voir  les  anges  portes  dans  le  ciel  par 


PEINTURES  ET  DESSINS  D’UN  SCHIZOPHRENE 


179 


des  nuages  et  les  figures  diaboliques  dans  la  partie  inferieure  du 
tableau.  A  noter  egalement  sur  le  meme  plan  que  les  demons  en 


retrait,  deux  civils  europeens,  colons  ou  administrateurs.  Raso- 
lomanana,  dans  le  commentaire  qu’il  nous  fait  de  son  tableau, 
se  defend,  comme  pour  l’image  precedente,  d’avoir  voulu  repre¬ 
senter  des  figures  sataniques.  Ce  ne  serait,  d’apres  lui,  que  des 


V.-L.  HUOT 


acteurs  revetus  d’un  deguisement,  un  jeu  de  * 

partie  droite  de  la  composition  paraissant  s’opposer  au  gW 
de  gauche  sont  fierement  campes  deux  personnages  de  1  ancien 
regime  malgache,  un  hova  de  caste  noble  revetu  du  lamba  tra- 
ditionnel,  raidi  dans  une  attitude  de  morgue  hautaine  et  un 
chef  militaire  de  l’ancienne  armee  hova  P01^nt  j'aut 
orgueilleux  heros  de  1’independance  noire  une  ^rge  lace 
negroide  d’un  type  assez  repandu  dans  les  armees  de  1  ancien 
regime  ou  les  fiers  andrianas  de  race  malaise,  plus  soucieux  e, 
grasses  prebendes  administratives  que  de  posies  perilleux  ne 
craignaient  pas  de  voir  acoeder  a  des  commandements  impor- 
tants  des  autochtones  negroides  des  provinces  du  Nord  on  du 
Sud  de  l’ile.  Comme  fond  de  ces  deux  figures,  un  village  fortifie 
de  1’ ancien  regime,  un  de  ces  «  rova  »  ou  les  garmsons  des 
anciennes  reines  se  tenaient  a  l’abri  des  coups  de 
dans  le  coin  inferieur  de  droite,  se  voit  une  vague  figure  allego- 
rique  assise  dans  une  sorte  de  bachot  propulse  par  une  moto- 
godille,  representation  ou  apparait,  en  outre  des  influences  tra- 
duites  par  le  reste  du  tableau,  la  forte  impression  prodmte  sur 
Rasolomanana  par  la  brusque  revelation  des  conquetes  du  ma- 

chinisme  europeen.  .  „ 

Rasolomanana  donne  de  sa  composition  une  interpretatio 
dont  la  sincerite  nous  parait  assez  douteuse  et  ou  domme  la 
negation  deja  signalee  de  la  preoccupation  satamque.  II  est 
d’ailleurs  probable  que  les  tendances  qu’y  revele  une  analyse 
objective  restent  chez  lui  assez  confuses  et  n’emergent  pas  clai- 
rement  de  son  subconscient.  Dans  une  legende  calligraphiee  en 
style  amphigourique  sur  une  feuille  de  papier  rapportee  et 
composee  longtemps  apres  l’execution  du  tableau  il  declare 
qu’il  a  voulu  realiser  un  «  Jeu  de  recherche  oracu  euse  mira- 
€  Culeuse  et  mysterieuse.  Le  Messie...  Dieu.  Satan.  Jeu  de  mas- 
«  ques.  Anges.  Armee. 

«  Apres  l’execution  de  faits  tres  compliques,  vous  trouverez 
«  et  aurez  un  pays  celeste,  le  Paradis  celeste  et  qui  peut  etre 
«  le  Rachete  de  la  vie  terrestre  selon  Dieu  et  Eternel.  Trouver 
«  Satan,  la  Sainte  Conception  inee,  Jesus  et  Jesus. 

«  C’est  impossible  pour  la  vie  terrestre  ». 

Meme  en  admettant  ce  commentaire  ou  nous  soupconnons 
Rasolomanana  d’estomper  et  de  presenter  sous  une  forme  ano- 
dine  ses  tendances  veritables,  on  ne  peut  que  trouver  dans  cette 
allegories  l’expression  d’un  doute  serieux  sur  la  qualite  reelle 
d’une  confession  religieuse  aussi  etroitement  associee  a  la  force 
armee  de  l’envahisseur.  En  depit  de  la  prudente  absence  de 
conclusion  representee  par  l’affirmation  que  trouver  parmi  les 


PEINTURES  ET  DESSINS  D’UN  SCHIZOPHRENE  181 

personnages  du  tableau  qui  est  le  Messie  et  qui  est  Satan. 
«  C’est  impossible  pour  la  vie  terrestre  »,  il  semble  bien  que 
pour  Rasolomanana  ce  porteur  de  Bible  galonne  et  traineur  de 
sabre,  commandant  des  mouvements  de  maniement  d’armes, 
sente  quelque  peu  le  fagot.  A  noter  egalement  le  rapprochement 
assez  subversif  sur  le  meme  plan  de  deux  civils  europeeris  et 
des  deux  personnages  demoniaques. 

II  est  peu  douteux  que  dans  l’esprit  de  Rasolomanana,  au 
dela  de  la  vie  «  terrestre  »,  le  moment  ou  le  royaume  de  Dieu 
sera  realise  sur  la  terre  verra  un  renversement  des  valeurs  et 
le  retour  a  la  place  preponderate  des  personnages  de  l’ancien 
regime  hova  opposes  a  la  partie  droite  du  tableau  dans  des  pos¬ 
tures  si  avantageuses  au  groupe  de  gauche  oil  la  force  des 
baionnettes  a  bien  l’air  de  representer  le  plus  effectif  moyen  de 
propagande  de  l’evangelisateur  europeen. 

Dans  le  specimen  de  la  figure  3,  on  retrouve  encore  plus 
accentuee  la  tendance  a  une  militarisation  qui  s’etend  cette  fois 
a  la  femme  et  aux  enfants  d’un  ministre  de  culte.  La  femme  du 
pasteur  a  uniforme  et  kepi  brode  de  general  est  elle-meme 
revetue  d’un  costume  a  insignes  militaires  ainsi  que  les  deux 
enfants,  un  petit  gargon  et  une  fillette,  le  petit  gar^on  tenant 
fierement  le  sabre  paternel.  Tout  contre  le  groupe  familial  et 
bien  en  valeur  au  centre  du  tableau,  des  rails  de  chemin  de  fer 
et  sur  la  droite  l’esquisse  inachevee  d’une  voiture  automobile 
associent  plus  nettement  que  dans  l’image  precedemment  etu- 
diee  les  deux  complexes  de  la  religion  militarisee  et  du  progres 
mecanique. 

Comme  fond  du  tableau,  une  vaste  construction  compliquee 
avec  tourelles  et  clochetons  pretentieux,  et  en  retrait,  a  l’etat 
d’ebauche  au  crayon,  des  constructions  analogues  etagees  sur 
les  pentes  de  mamelons  abrupts  du  type  des  collines  de  Tanana¬ 
rive,  traduisent  des  tendances  a  la  megalomanie  architecturale 
sur  lesquelles  nous  reviendrons  au  sujet  de  l’image  suivante. 

Dans  la  partie  droite  du  tableau,  des  musiciens  de  fetes  forai- 
nes  malgaches  places  sur  une  estrade  et  sous  les  branches  d’un 
arbre  stylise,  reminiscence  de  sapin  de  Christmas,  ne  paraissent 
pas  avoir  de  signification  nette,  encore  que  la  psychanalyse 
freudienne  ne  manquerait  sans  doute  pas  d’y  voir  symbolise  le 
refoulement  de  preferences  inavouees  pour  les  ebats  tradition- 
nels  au  son  du  tam-tam  de  chanteuses  et  danseuses  offrant  un 
spectacle  sensiblement  plus  epice  que  les  pales  rejouissances 
du  Christmas  anglican  avec  ses  preches  austeres  et  ses  cantiques 
compasses. 

Le  specimen  de  la  figure  4  intitule  paysage  apocalyptique 


182 


V.-L.  HUOT 


montre  au  premier  plan  un  monument  colossal  rappelant  un 
orgueilleux  bourg  feudal.  Sur  le  toit  de  constructions  modestes 
au  tout  premier  plan  est  ecrite  la  legende  «  Batiments,  monu- 


rtfftii! 


PEWTURES  ET  DESSINS  D’UN  SCH1Z0PHRENE 


ments,  echantillons  »,  dans  le  but  de  donner  l’echelle  du  monu¬ 
ment  type  de  cette  nouvelle  Jerusalem  qui  doit  depasser  en 
splendeur  toutes  les  tentatives  architecturales  connues  de  l’au- 
teur.  On  retrouve  la  1’exageration  chez  Rasolomanana  de  1  ideal 


iir%acce»»Tble  pour 


184 


V.-L.  HVOT 


architectural  des  hovas  des  hauts  plateaux.  II  n’est  pas  en  effet 
parmi  eux  de  personnage  de  quelque  importance  qui  ne  reve 
de  constructions  ambitieuses  avec  tours  et  clochetons.  En 
retrait  et  nettement  depasses  par  le  monument  du  premier  plan 
se  voient  le  palais  de  la  reine  et  le  palais  du  premier  ministre 
de  Tananarive,  tin  du  fin  de  la  megalomaniaque  architecture 
hova.  Au  dela,  un  panorama  bossele  et  tourmente  de  paysage 
imerinien  s’etendant  a  l’infini  jusqu’a  la  mer.  Au-dessous  du 
tableau,  une  legende  porte  l’indication  :  longueur,  environ 
2.400  km.  Ce  qui  correspond  a  peu  pres  a  la  plus  grande  dimen¬ 
sion  de  Tile  de  Madagascar.  . 

Le  5e  specimen  retenu  dans  la  production  de  Rasolomanana. 
est  une  curieuse  composition  ou  l’on  serait  tente  de  trouver 
quelque  chose  de  baudelairien.  Une  femme  nue,  chaussee  d’es- 
carpins  et  de  chaussettes,  tient  d’une  main  dans  un  geste  hie- 
ratique  un  bouquet  de  fleurs  et  de  feuillages  stylises  et  de 
l’autre  un  voile  qu’elle  vient  de  retirer  en  decouvrant  des  orga- 
nes  sexuels  complaisamment  exposes.  Dans  l’abondante  produc¬ 
tion  de  Rasolomanana,  cette  piece  est  la  seule  ou  se  fasse  jour 
un  complexe  sexuel.  L’auteur  a  d’ailleurs  reconvert  apres  coup 
la  partie  licencieuse  du  personnage  d’une  bande  d’etoffe. 

Cette  analyse  des  oeuvres  de  Rasolomanana  ne  tire  pas  son 
interet  d’un  point  de  vue  uniquement  psychiatrique.  Le  cas  de 
ce  schizophrene  a  tendances  artistiques  ne  constitue  pas  une 
rarete  clinique.  Ce  qu’il  presente  de  particulier,  c’est  que  la  pro¬ 
duction  de  Rasolomanana,  comme  nous  1’avons  deja  signale, 
n’est  pas  le  resultat  d’un  automatisme  spontane  et  sans  effort. 
Depuis  que  nous  avons  mis  a  sa  disposition  un  certain  nombre 
de  cartons,  il  ne  manque  pas  de  nous  declarer  a  chacune  de  nos 
visites  que  les  compositions  qu’il  se  croit  oblige  d’y  executer  lui 
imposent  des  efforts  considerables  d’ou  resulte  pour  lui  une 
extreme  fatigue. 

D’un  autre  cote,  le  syndrome  mental  observe  chez  Rasoloma¬ 
nana,  constitue  principalement  par  une  dissociation  psychique 
avec  conservation  des  facultes  purement  intellectuelles  et  trou¬ 
bles  electifs  du  pragmatisme  et  de  l’adaptabilite  sociale,  ne 
montre  aucune  activite  delirante.  Si  Rasolomanana  semble  avoir 
presente  au  debut  de  son  internement  des  tendances  revendica- 
trices  bien  attenuees  aujourd’hui,  elles  n’ont  jamais  abouti  a 
l’edification  d’un  systeme  delirant  qui,  en  1’absence  de  tout 
affaiblissement  dementiel,  n’aurait  pu  chez  lui  que  s’organiser 
et  s’enrichir  progressivement.  Rasolomanana  n’a  pas  davantage 
evolue  vers  le  stade  de  la  satisfaction  avec  idees  de  grandeur.  II 
s’ensuit  que  la  dissociation  schizophrenique  de  notre  malade 


PEINTURES  ET  DESSINS  D’UN  SCH1Z0PHRENE 


185 


n’est  a  l’origine  des  productions  plastiques  executes  par  lui  que 
dans  la  mesure  ou  elle  l’a  rendu  incapable  d’une  actrnte  nor- 
malement  productive  et  adaptee  aux  exigances  professionnelles 
et  sociales,  lui  donnant  comme  unique  but  gravement  poursum 
de  son  existence  ce  qui  n’aurait  ete  chez  un  sujet  normal  que 
violon  d’Ingres  et  delassement  des  moments  de  loisir.  De  ce  fait, 
on  ne  retrouve  guere  dans  ces  productions  l’mfluence  dune 
inspiration  nettement  morbide  et  l’interet  de  leur  analyse  est 
plutot  d’ordre  psyehologique  que  psychiatnque.  Les  complexes 
qui  peuvent  y  etre  mis  en  evidence  sont  ceux  qu’on  trouverait 
plus  ou  moins  latents  dans  le  subconscient  de  la  plupart  des 
hovas  de  sa  caste  et  de  sa  generation  ayant  ete  soumis  dans 
l’enfance  aux  memes  chocs  moraux.  S’il  y  a  chez  Rasolomanana 
une  deviation  vers  1’obsession  satanique  des  tendances  mysti¬ 
ques  assez  inattendue  chez  un  adepte  du  plus  rigide  protestan- 
tisme,  on  chercherait  en  vain  chez  lui  la  rnomdre  ebauche  de 
delire  demonopathique. 

D’un  point  de  vue  extra-medical,  nous  avons  deja  relate  la 
tres  curieuse  rencontre  d’expression  de  ses  representations  de- 
moniaques  avec  celles  des  imagiers  primitifs,  les  figures  dia- 
boliques  de  Rasolomanana  rappelant  tr6s  etrangement  tels  mo¬ 
tifs  d’enluminures  du  xive  ou  xv*  siecle  europeens,  documents 
cm’il  n’a  certainement  jamais  eus  sous  les  yeux.  Nous  ne  pen- 
sons  pas  qu’il  y  ait  lieu  d’insister  outre  mesure  sur  le  complexe 
sexuel  mis  a  jour  dans  le  specimen  n"  5,  cette  figure  licencieuse 
ou  apparait  le  refoulement  freudien  restant  a  l’etat  d  exemplai- 
re  unique  dans  la  production  de  Rasolomanana. 

Les  autres  complexes  des  specimens  2,  3  et  4,  culte  de  la  force 
militaire,  haute  importance  de  l’uniforme  chamarre  indispensa¬ 
ble  pour  donner  tout  son  prestige  a  un  personnage  de  marque, 
fut-il  le  plus  pacifique  clergyman,  admiration  pnmaire  des  ma¬ 
nifestations  du  progres  mecanique,  engouement  pour  les  cons¬ 
tructions  demesurees  et  d’un  pretentieux  mauvais  gout,  repre¬ 
sented  les  dominantes  de  la  mentalite  generate  hova.  Enfin,  la 
mise  a  jour  des  tendances  plus  ou  moins  nettement  exprimees 
par  Rasolomanana  dans  la  composition  n"  2,  opposition  aux  per- 
sonnages  symbolisant  l’influence  occidentale  de  figures  de  1  an- 
cien  royaume  hova,  et  vague  esperance  messianique  d’une  res- 
tauration  dans  toute  sa  splendeur  de  l’ancien  ordre  de  choses, 
tire  tout  son  interet  de  la  lumiere  qu’elle  projette  sur  le  trefonds 
de  fame  hova  et  les  aspirations  profondes  cachees  sous  un  appa¬ 
rent  loyalisme  de  nombre  des  descendants  des  anciens  andria- 
nas  depossedes  de  leurs  privileges  de  caste  par  la  conquete 
fran?aise. 


VIT AMINE  C 

PRECARENCE  ET  NEUROPSYCHIATRIE 


TAR 

H.  BEKSOT  (de  Neuchatel) 


La  vitamine  C  dite  «  antiscorbutique  »  est  relativement  ins¬ 
table.  Elle  est  repandue  dans  le  regne  vegetal.  On  la  trouve  dans 
les  legumes  verts  (choux,  salades),  dans  la  rhubarbe  et  dans  cer¬ 
tains  fruits  (tomates,  pommes,  poires),  les  oranges  et  les  citrons 
en  contiennent  une  plus  grande  quantite  (0,5  mgr.  a  1  mgr.  par  1  a 
2  cc.  de  jus). 

Le  scorbut  est  une  avitaminose  connue  depuis  la  plus  haute 
antiquite.  Deja  Hippocrate  et  Pline  la  decrivent.  Une  grande  fan- 
taisie  a  regi  son  traitement  ;  cependant,  au  xvr  siecle  deja,  on  a 
recommande  le  jus  de  fruits  comme  un  medicament  efficace.  II 
appartenait  aux  recherches  experimentales  de  notre  siecle  de 
decouvrir  la  raison  de  cette  vertu  curative.  Holst  et  Frohlich  (1) 
montrent  en  1912  iqne  le  cobaye  sur  regime  carence  presente  apres 
quelques  semaines  des  symptomes  de  scorbut  experimental  cura- 
bles  par  le  jus  de  citron.  Seize  ans  apres,  Szent  Gydrgyi  (2)  mon- 
tre  que  cet  effet  curatif  est  attribuable  a  un  acide  qu’il  appelle 
«  hexuronique  ».  Cinq  ans  plus  tard,  Reichstein  (de  Zurich)  (3) 
synthetise  cette  vitamine  et  dissipe  le  mystere  de  sa  constitution 
chimique.  Des  lors  la  vitamine  C  ou  acide  l-ascorbique  est  lancee 
par  l’industrie  pharmaceutique  sur  le  marche  et  fait  carriere 
avec  une  rapidite  remarquable. 

La  decouverte  de  la  vitamine  C  syntlietique  donne  un  essor 
puissant  a  toutes  les  recherches  experimentales  et  cliniques.  Les 

(1)  Holst  (A.),  et  Frohlich  (T.).  —  Zeitsch.  /'.  Hyg.  und  Infektionsk.,  72, 
1,  1912. 

(2)  v.  Szent  Gyorgy  (A.).  —  Biochem.  Journal,  1928,  vol.  22,  p.  1387  et 
1934,  p.  588  ;  —  Deutsche  med.  Wochenschr.,  1934,  n°  15,  p.  556. 

(3)  Reichstein,  Grussner  et  Oppenauer.  —  Helv.  Chim.  Acta,  1933,  vol.  16, 
p.  561  et  1019  et  1934,  vol.  17,  p.  311  et  510  ;  —  Nature,  1933,  vol.  131,  p.  280, 

Ann  Med.-psych.,  XV“  serie,  94«  annee,  t.  I.  —  Fevrier  1936. 


188 


H.  BERSOT 


symptomes  du  scorbut  sont  etudies,  disseques,  analyses  d’une 
maniere  approfondie.  On  se  rend  compte  que  cette  avitaminose 
provoque  des  symptomes  pathologiques  etendus  aux  divers  sys- 
temes  de  l’organisme  et  qu’un  simple  appauvrissement  en  vita- 
mine  G  donne  naissance  a  des  signes  cliniques  determines. 

A  la  peri  ode  d’etat,  le  scorbut  experimental  se  manifeste  chez 
le  cobaye,  ainsi  que  le  decrit  Demole  (1)  : 

«  ...par  des  tumefactions  des  regions  juxta-articulaires  et  des 
hemorragies  sous-cutanees.  Les  cobayes,  genes  dans  leurs  mouve- 
ments  sautillent  au  lieu  de  courir.  Quand  les  tumefactions  sorit 
considerables,  ils  restent  couches  sur  le  ventre  ou  sur  le  flanc  et  pren- 
r.ent  des  «  positions  antalgiques  ».  Lorsqu’ils  progressent,  e’est  en 
reposant  sur  le  tarse,  metatarse,  carpe,  metacarpe  entiers,  en  glissant 
sur  le  ventre,  en  s’appuyant  sur  le  menton.  Ils  sont  alors  indifferents 
et  stupides.  L’appelit  fait  defaut.  Les  animaux  machonnent  le  foin 
sans  le  deglutir,  l’estomac  est  toujours  vide  ou  presque.  Les  troubles 
sphyncteriens  apparaissent,  il  y  a  incontinence  vesicale  et  intestinale. 
Dans  le  scorbut  grave,  les  membres  posterieurs  paraissent  parfois 
paralyses,  mais  les  nerfs  restent  toujours  excitables.  La  cause  de 
cette  paralysie  ou  paraplegie  reside  dans  une  ankylose  articulaire 
uni  ou  bilaterale.  » 

Mais  avant  d’en  arriver  a  ce  stade  avance,  les  animaux  presen- 
tent  des  symptomes  de  precarence.  Leur  comportement  change  : 

«  ...Ils  deviennent  moins  agiles,  moins  attentifs,  parfois  immobiles, 
ils  ne  jouent  ni  ne  se  pourchassent.  Bientot  sensibles  et  craintifs,  ils 
sifllent  plaintivement  quand  on  essaie  de  les  saisir.  Places  sur  une 
table,  ils  ne  fuient  plus  «  en  fleche  »  comme  font  les  cobayes  nor- 
maux,  mais  demeurent  sur  place,  imcapables  de  prendre  une  deci¬ 
sion.  II  faut  les  bousculer  pour  provoquer  le  depart...  » 

Des  lesions  anatomiques  dentaires  surviennent,  au  quatrieme 
jour  de  l’experience,  deja  bien  avant  l’apparition  des  premiers 
symptomes  ( Hdjer-Westin )  (2). 

Chez  l’homme,  le  defaut  de  vitamine  C  provoque  un  affaiblis- 
sement  progressif,  des  douleurs  dans  les  articulations,  de  la 
secheresse  de  la  peau,  une  baisse  du  tonus  nerveux  et  psychique. 
Les  gencives  deviennent  delicates,  saignantes,  elles  s’ulcerent. 

(1)  'Demole.  —  «  Les  symptomes  nerveux  dans  les  avitaminoses  experi- 
mentales  ».  Revue  medicate  de  la  Suisse  romande,  fevrier  1936. 

(2)  Hojer  (A.)  et  Westin  (G.).  —  Vjschr.  Zahnheilk.,  1924  ;  —  Dent. 
Cosmos,  1926,  1. 


VI 1' AMINE  C,  PRECARENCE  ET  NEUR0PSYCHIATR1E 


Des  hemorragies  sous-muqueuses  se  produisent  dans  la  bouche, 
les  dents  se  dechaussent,  le  squelette  se  decalcifie,  les  travees 
osseuses  se  rarefient  ;  des  ecchymoses,  des  infiltrations  sangui¬ 
nes,  des  hemorragies  apparaissent,  puis  des  oedemes,  de  la  dysp- 
nee  ;  une  diarrhee  persistante  succede  a  la  constipation  du  debut, 
les  selles  contiennent  du  sang.  La  temperature  s’abaisse  progres- 
sivement,  la  prostration  devient  toujours  plus  forte  et  se  termine 
par  la  mort.  Chez  les  nouveau-nes,  le  defaut  de  vitamine  C  pro- 
voque  la  maladie  de  Moeller-Barlow,  caracterisee  par  des  dou- 
leurs  osseuses,  des  hemorragies  sous-periostees,  un  affaiblisse- 
ment  et  un  amaigrissement  progressifs. 

Les  symptomes  de  precarence  ont  ete  soigneusement  etudies. 
On  a  remarque  que  1’organisme  etait  appauvri  en  vitamine  C 
dans  de  nombreux  cas  :  affections  dentaires  et  des  gencives, 
hemorragies  diathesiques,  troubles  de  la  circulation  capillaire. 
Mais  en  etendant  le  champ  des  recherches,  on  s’est  apercu  que 
l’hypovitaminose  C  se  manifestait  aussi  dans  certains  cas  par  des 
metrorragies,  de  la  chlorose,  des  dystrophies,  divers  troubles 
digestifs.  On  remarque  que  de  nombreux  etats  de  somnolence, 
de  fatigue,  d’insuffisance  ou  de  troubles  surrenaliens,  sont  pro- 
voques  par  un  defaut  de  vitamine  C.  Les  maladies  infectieuses 
provoquent  1’hypovitaminose  C.  En  administrant  la  vitamine  C, 
on  active  la  consolidation  des  fractures. 

On  voit  done  que  cette  vitamine  est  un  element  extremement 
precieux  pour  l’organisme  dans  son  ensemble  ;  elle  stimule  les 
fonctions  vitales  indispensables  a  la  sante. 

Ces  symptomes,  troubles  digestifs,  circulatoires,  glandulaires, 
fatigue,  somnolence,  abattement,  ne  les  rencontrons-nous  pas 
chaque  jour  au  cours  de  notre  pratique  neuro-psychiatrique  V  Ne 
sont-ils  pas  assimilables,  pour  une  part  du  moins,  au  deficit  en 
vitamine  C  de  1’organisme  ? 

Deja  Brauer  signale  que  l’on  peut  attribuer  a  un  appauvrisse- 
ment  en  vitamine  C  la  fatigue  que  1’on  constate  souvent  au  prin- 
temps  et  qui  se  manifeste  par  de  la  depression,  du  degout  du 
travail,  un  manque  d’appetit,  parfois  meme  des  douleurs  vagues 
dans  les  articulations,  les  membres,  etc.  Chacun  connait  la  rapide 
fatigabilite  des  personnes  qui,  au  premier  printemps,  sortent 
pour  une  promenade  et  eprouvent  le  besoin  de  se  reposer  deja 
apres  un  court  trajet.  Cette  fatigue  printaniere  est  surtout  fre- 
quente  chez  les  jeunes  gens.  Demole  (1)  au  recent  Congres 

(1)  Demole.  —  La  fatigue  printaniere  et  son  traitement.  Congres  suisse  de 
psgehiatrie  et  de  neur.ologie,  Fribourg,  nov.  1935.  (Arch.  Suisses  de  Neurol, 
et  Psych.,  1936). 


190 


H.  BERSOT 


suisse  de  Neuro-Psychiatrie  a  Fribourg,  en  a  signale  des  exem- 
ples  tres  caracteristiques.  Les  eleves  sont  moins  attentifs,  plus 
bruyants,  indisciplines.  Les  progres  scolaires  sont  mediocres, 
les  conflits  avec  les  maitres  sont  frequents.  Dans  le  milieu  fami¬ 
lial,  le  comportement  de  l’enfant  ou  des  jeunes  gens  est  par- 
fois  penible  au  printemps  et  donne  frequemment  lieu  a  des 
incidents  regrettables.  Demole  cite  le  cas  d’un  enfant  qui  etait 
devenu  tellement  indiscipline  qu’il  ne  pouvait  plus  accomplir 
son  travail  scolaire  par  suite  de  manique  d’attention,  d’instabi- 
lite,  de  fatigue  et  qui,  grace  a  la  vitamine  C,  recouvra  rapidement 
une  entiere  capacite  de  travail. 

Nos  essais  cliniques  nous  ont  montre  que  la  vitamine  C  est 
susceptible  d’apporter  un  soulagement  remarquable  chez  de 
nombreux  patients  qui  se  plaignent  de  fatigue,  abattement,  man¬ 
que  de  courage  et  d’entrain,  inappetence,  maux  de  tete  et  qui 
reagissent  avec  impatience  et  nerveusement  aux  moindres  contra- 
rietes.  Leur  vitalite  est  abaissee,  leur  capacite  de  travail  dimi- 
nuee  ;  I’individu  est  moins  resistant  devant  les  difficulty,  perd 
sa  puissance  d’initiative,  sa  maitrise,  sa  discipline. 

A  part  la  fatigue  printaniere  qui  est  maintenant  un  syndrome 
bien  defini,  nous  avo'ns  parfois  a  faire  a  des  malades  qui  se  plai¬ 
gnent  de  troubles  digestifs.  Ils  ont  ete  traites  par  divers  medica¬ 
ments  alcalins  ou  acides  et  toutes  sortes  de  regimes,  mais  sans 
succes.  Ils  presentent  de  l’hypoacidite.  On  sait  maintenant  que 
cette  hypoacidite  est  souvent  un  signe  de  precarence  en  vita¬ 
mine  C  ( Menshikow )  (1).  Ces  malades,  aupres  desquels  tous  les 
traitements  ont  echoue,  finissent  par  etre  qualifies  de  «  nevro- 
ses  ».  En  realite,  cette  pretendue  «  nevrose  gastrique  »  n’est 
souvent  qu’une  hypovitaminose  C.  Du  reste,  ne  sait-on  pas  que 
l’ulcere  peptique  est  favorise  par  l’hypo'vitaminose  C  ?  Cet  ulcere 
est  plus  frequent  au  printemps  qu’en  automne  ( Mutter  (2),  David¬ 
son  (3),  Barling  (4),  Seyderhelm  (5).  Parmi  les  troubles  digestifs 
qualifies  de  «  nerveux  »,  signalons  aussi  certaines  formes  de 
colite  qui  relevent  d’un  etat  prescorbutique  et  sont  heureuse- 
ment  influences  par  l’administration  de  vitamine  C  ( Hetemji  (6). 

Mentionnons  encore,  parmi  les  troubles  susceptibles  d’etre 
provoques  par  une  hypovitaminose  C,  les  etats  d’affaiblissement 


(1)  Menshikow.  —  Problems  nutrit.  (russe),  1934,  66. 

(2)  Hutter  (K.).  —  Arch.  klin.  Chir.,  vol.  151,  p.  651  (1928). 

(3)  Davidson  (P.  B.).  —  Journ.  amer.  med.  Ass.,  1928,  vol.  I,  p,  1014. 

(4)  Barling  (R.).  —  Brit.  Med.  Journ.,  1935,  vol.  I,  p.  359. 

(5)  Seyderhelm  (R.).  —  Miinch.  med.  Wschrft,  1935,  vol.  II,  1509. 

(6)  Heienyi  (G.).  —  Klin.  Wschrft,  1935,  p.  1470. 


VITAMINE  C,  PRECARENCE  ET  NEUROPSY CHIATR1E  191 

general,  avec  appauvrissement  calcique,  carie  dentaire,  anemie, 
tendance  aux  saignements  de  nez,  aux  cephalees.  Bien  souvent, 
les  malades  qui  en  sont  atteints,  apres  avoir  tente  d’innombra- 
tiles  traitements,  sont  qualifies  de  «  nevroses  »  et  envoyes  chez 
les  neuro-psychiatres.  Meconnaitre  l’origine  de  leur  psychopa¬ 
thic  est  une  faute,  pardonnable  autrefois,  mais  plus  aujourd’hui. 

Parfois  les  enfants  et  meme  les  bebes  sont  qualifies  de  «  ner- 
veux  »,  alors  que  leurs  cris,  leur  agitation,  leur  amaigrissement 
sont  simplement  dus  a  un  regime  hypovitamine.  Chez  les  nour- 
rissons  dystrophiques,  la  vitamine  C  exerce  une  action  eupepti- 
que  et  eutrophique  remarquable,  ainsi  que  font  signale  Mouri- 
quand  (1)  et  Ribadeciu-Dumas  (2). 

En  constatant  que  la  vitamine  C  etait  susceptible  de  jouer  un 
role  important  dans  le  traitement  des  nevroses,  nous  nous  som- 
mes  demande  si  elle  pouvait  egalement  etre  utile  chez  les  grands 
nerveux  mentaux  et  insuffisants  glandulaires.  Dans  nos  asiles  ne 
sont-ils  pas  nombreux  les  malades  qui  presentent  des  troubles  de 
precarence  allies  a  des  dystrophies  plus  ou  moins  graves,  de  la 
decalcification,  de  l’inappetence,  de  la  cyanose,  des  cedemes,  des 
liemorragies  sous-cutanees  ou  sous-conjonctivales,  un  etat  sub- 
febrile  chronique  ? 

On  a  signale  autrefois  des  epidemies  de  scorbut  redoutables  dans 
les  asiles  d’alienes.  Le  Dr  Routier,  medecin-directeur  de  l’Asile 
d’alienes  d’Aix,  decrit  en  1852,  dans  un  important  rapport  statistique 
et  medical,  adresse  a  M.  le  Prefet  des  Bouches-du-Rhone  (3),  plusieurs 
cas  de  scorbut  mortel.  Routier  relate  en  detail  1’evolution  de  cette 
maladie  qui  apparai,t  surtout  a  la  fin  de  l’hiver,  pendant  les  mois  de 
mars,  avril  et  mai,  et  atteint  indifferemment  malades  et  employes. 
Apres  avoir  tente  les  therapeutiques  les  plus  diverses  et  meme  l’iso- 
lement  rigoureux  des  malades,  comme  s’il  s’agissait  d’une  maladie 
contagieuse,  R.  remarqua  que  certains  malades,  qui  machonnaient 
des  citrons,  donnaient  des  signes  de  guerison.  C’est  ainsi  que,  fortui- 
tement,  il  refit  la  decouverte  capitale,  realisee  peu  de  temps  aupa- 
ravant  par  les  Anglais,  de  la  guerison  du  scorbut  par  le  jus  de  citron. 
En  1855,  il  y  avait  encore  eu  57  cas  de  scorbut  a  l’Asile  d’Aix.  Des 
que  la  therapeutique  fut  connue,  cette  epidemie  disparut  complete- 
iuent.  Evidemment,  la  cause  de  cette  epidemie  residait  dans  une 
alimentation  trop  pauvre  en  vitamine  C. 


(1)  Mouriquand  (G.).  —  Presse  Medicate,  1931,  p.  1374  ;  —  Zeitschrft. 
Yitaminforsch.,  1932,  page  38. 

(2) Ribadeau-Dumas  (L.).  — •  Presse  medicate,  1931,  p.  161. 

(3)  Routier.  —  Ann.  Medico-psychologiques,  1856,  p.  476. 


192 


H.  BERSOT 


Les  malades  mentaux  s’alimentent  souvent  mal  et  capricieuse- 
ment.  Us  n’acceptent  parfois  que  des  aliments  liquides  ou 
pateux,  refusent  les  fruits,  les  legumes,  quelquefois  meme  ils 
doivent  etre  alimentes  artificiellement.  Lorsqu’on  calcule  leur 
ration,  on  veille  a  ce  qu’ils  re^oivent  des  calories  en  suffisance  : 
cacao,  sucre,  ceufs,  bouillies  farineuses,  beurre,  sont  mis  a  contri¬ 
bution.  Mais  on  oublie  malheureusement  souvent  de  penser  aux 
vitamines  cependant  indispensables  si  l’on  veut  eviter  l’appari- 
tion  prejudiciable  des  avitaminoses,  frustes  ou  averees. 

Comment  les  malades  mentaux  se  comportent-ils  a  l’egard  de 
l’acide  ascorbique  ?  Comment  eliminent-ils  la  vitamine  C  ?  Quelle 
influence  la  vitamine  C  exerce-t-elle  sur  leur  organisme  et  en 
particular  sur  leur  etat  nerveux  et  mental  ? 

Pour  repondre  a  ces  questions,  nous  avons  procede  tant  chez 
des  sujets  normaux  que  chez  des  malades  a  Vepreuve  de  Harris 
et  Ray  qui  consiste  dans  l’administration  par  la  voie  orale  de 
100  a  200  mgr.  d’acide  ascorbique  et  dans  la  titration  de  l’acide 
elimine  dans  les  urines  (1). 

Le  sujet  normal,  sature  d’acide  ascorbique,  elimine  dans  les 
.24  heures  une  forte  proportion  de  la  vitamine  C  administree.  Le 
sujet  atteint  de  scorbut  ou  de  pre-scorbut  retient  au  contraire  la 
vitamine  administree,  aussi  le  taux  de  1’acide  ascorbique  dans 
ses  urines  reste-t-il  en-dessous  de  la  normale.  11  faut  renouveler 
l’administration  pendant  plusieurs  jours,  plusieurs  semaines  me¬ 
me  pour  arriver  chez  le  sujet  prescorbutique  a  l’etat  normal  de 
saturation.  En  consequence,  le  procede  de  Harris  et  Ray  permet 
de  depister  la  precarence  meme  au  moment  oil  les  signes  clini- 
ques  de  l’avitaminose  sont  encore  indistincts  et  confus.  La  titra¬ 
tion  dans  les  urines  a  lieu  au  moyen  du  Dichlorphenol-indophe- 
nol  (Tillmans). 

Apres  avoir  procede  a  de  nombi’eux  dosages  chez  les  personnes 
normales,  nous  avons  etendu  nos  recherches  aux  dements  pre- 
coees,  aux  catatoniques,  paranoides,  aux  dements  seniles,  et  a 
plusieurs  series  d’enfants  normaux  et  anormaux.  Nous  avons 
expose  les  premiers  resultats  de  ces  recherches  devant  les  Socie- 
tes  suisses  de  Neurologie  et  de  Psychiatric  en  ndvembre  1935  a 
Fribourg  (2). 

II  importait  d’abord  de  savoir  comment  s’elimine  normalement 
la  vitamine  C.  Dans  ce  but,  nous  avons  dose  l’acide  ascorbique 
plusieurs  fois  dans  les  24  heures  chez  quelques  personnes  en  bon 

(1)  Harris  (L.-J.)  et  Ray  (S.-N.).  —  Lancet,  1935,  vol.  I,  p.  71. 

(2)  Bersot.  —  «  Recherches  sur  l’elimination  de  la  Vitamine  C  chez  les 
malades  mentaux  ».  Revue  Neurologique,  1936. 


YIT AMINE  C,  PRECARENCE  ET  NEUROPSYCHIATRJE 


etat  de  sante.  Ce  dosage  doit  etre  fait  rapidement  apres  remission 
d’urine.  Eli  moyenne,  l’individu  normal  elimine  2  a  6  mgr.  d’acide 
ascorbique  pour  100  cc.  d’urine  soit  au  total,  10  a  50  mgr.  dans 
les  24  heures.  Cette  elimination  est  inegale,  sujette  a  des  varia¬ 
tions  considerables,  elles  augmente  surtout  apres  les  repas.  Chez 
les  individus  normaux,  1’administration  de  vitamine  C  augmenta 
manifestement  l’elimination  de  l’acide  ascorbique  par  les  urines. 
Apres  administration  de  vitamine  C  (200  mgr.)  on  recueille  gene- 
ralement  160  a  170  mgr.  d’acide  ascorbique  dans  la  totalite  des 
'  urines  des  24  heures.  Dans  les  jours  suivants,  la  concentration 
d’acide  ascorbique  s’abaisse  rapidement  et  revient  au  taux 
normal. 

Voici  par  exemple  la  courbe  que  nous  avons  pu  dresser  en  mesu- 
rant  la  totalite  de  vitamine  C  eliminee  dans  les  24  heures  par  un  indi- 
vidu  normal  (Tableau  1).  Pendant  les  hiiit  premiers  jours,  sans  admi¬ 
nistration  de  Vitamine,  l’individu  elimine  de  15  a  25  mgr.  d’acide 
ascorbique  par  24  heures.  Les  3,  4  et  5  septembre,  on  lui  fait  chaque 
soir  une  injection  de  100  mgr.  d’acide  ascorbique.  Immediatement  son 
elimination  augmente  fortement,  elle  retombe  des  qu’on  cesse  les  piqu- 
res  et  deja  le  jour  suivant  1’elimination  n’est  plus  que  de  25  mgr.  On 
administre  ensuite  la  Vitamine  C  sous  forme  de  comprimes,  per  os. 
L’elimination  augmente  de  nouveau  tres  fortement  pour  retomber  aux 
environs  de  la  normale  des  qu’on  cesse  d’en  faire  absorber.  Une  dose 
double,  donnee  du  14  au  16  septembre,  provoque  une  elimination 
qui  atteint  certains  jours  jusqu’a  160  mgr.  d’acide  ascorbique  en 
24  heures.  II  faut  ensuite  3  jours  a  l’individu  pour  que  son  elimination 
d’acide  ascorbique  retombe  a  son  taux  normal.  Des  le  20  septembre. 
On  fait  prendre  a  1’individu  200  mgr.  d’acide  ascorbique  en  24  heures, 
pendant  un  temps  prolonge,  apres  lequel  l’individu  met  4  jours  pour 
revenir  a  une  elimination  normale.  Nouvelle  ascension  tres  forte  de 
la  courbe  lorsqu’on  fait  prendre  a  l’individu  4  comprimes  matin  et 
soir,  soit  la  dose  de  400  mgr.  de  Vitamine  G  en  24  heures. 

Que  constatons-nous  chez  nos  malades  ?  Chez  les  catatoniques, 
comme  aussi  dans  les  cas  d’arterio-sclerose  cerebrate  ou  de  trou¬ 
bles  preseniles,  nous  avons  ete  frappe  de  voir  qu’habituellement 
l’elimination  de  la  vitamine  C  est  extremement  faible.  II  faut 
administrer  quotidiennement,  pendant  plusieurs  semaines,  100 
a  200  mgr.  de  vitamine  C  par  jour  pour  elever  enfin  le  taux  de 
leur  urine  en  acide  ascorbique. 

Voici  par  exemple  la  courbe  d’elimination  de  l’acide  ascorbique 
obtenue  dans  un  cas  de  catatonie  (Tabl.  2).  Nous  voyons  que  pendant 
les  dix  derniers  jours  du  mois  de  novembre,  malgre  que  le  malade 

Ann.  Med. -psych.,  XVe  sehie,  94"  annee,  t.  I.  —  Fevrier  1936.  13, 


Tableau.  1.  —  Total  de  la  Vilamine  C  eliminee  chaque  jour  par  un  individu 
normal  :  chaque  absorption  de  Vitamine  provoque  une  augmentation  de 
la  quantite  eliminee. 


VITAM1NE  C,  PRECARENCE  ET  NE  UROPSYCHIA  TRIE  195 

recoive  100  mgr.  d’acide  ascorbique  tous  les  soirs,  son  elimination  ne 
s’est  guere  modifiee.  II  n’a  commence  a  reagir  qu’en  recevant  une  dose 
double,  soit  200  mgr.  par  24  heures.  A  partir  du  9  decembre,  son  eli¬ 
mination  augmente  plus  fortement,  tout  en  subissant  des  fluctuations 
accentuees.  Des  qu’on  supprime  la  Vitamine  C,  soit  le  23  decem¬ 
bre  au  soir,  l’elimination  d’acide  ascprbique  va  en  diminuant  forte¬ 


ment,  mais  il  faut  huit  jours  environ  pour  qu’elle  retombe  a  son  taux 
d’avant  1’experimentation. 

Meme  constatation  dans  la  courbe  suivante  (Tabl.  3)  qui  represente 
l’elimination  de  la  vitamine  C  dans  un  cas  de  melancolie  presenile  : 
aucune  reaction  pendant  que  l’individu  ne  recoit  que  deux  comprimes 
de  Vitamine  (100  mgr.  le  soir).  Lorsqu’on  double  cette  dose,  1’individu 
commence  a  reagir,  mais  au  bout  d’une  quinzaine  de  jours  seulement. 

Cette  lenteur  dans  la  reaction  est  la  demonstration  evidente 
que  ces  malades  retiennent  dans  leurs  tissus  toute  la  vitamine  C  ; 


196 


H.  BERSOT 


elle  est  la  preuve  qu’ils  sont  en  etat  de  prtcarence.  Chez  les 
catatoniques  et  les  arteriosclereux,  il  faut  done  donner  de  fortes 
doses  d’acide  1-ascorbique  pour  obtenir  une  courbe  d’elimination 


qui  atteigne  la  normale,  et  lorsqu’on  cesse  d’administrer  la  vita- 
mine,  l’elimination  ne  retombe  a  son  taux  initial  qu’en  5,  6  ou 
meme  10  jours,  tandis  que,  chez  l’individu  normal,  2  ou  3  jours 
suffisent. 

A  n’en  pas  douter,  les  malades  sont  done  appauvris  en  vita- 


VIT AMINE  C,  PRECARENCE  ET  NEUR0PSYCH1ATRIE 


197 


mine  C  :  leur  organisme  absorbe  et  retient  avec  avidite  cette  vita- 
mine.  II  en  faut  une  administration  prolongee  pour  arriver  a  la 
saturation  et  a  Felimination.  Peut-etre  aussi  l’organisme  de  ces 
malades  fabrique-t-il  un  execs  de  produits  oxydants  ou  reduc- 
teurs  qui  detruisent  dans  les  tissus  l’acide  1-ascorbique  ?  C’est  la 
une  hypothese  digne  de  retenir  notre  attention. 

On  sait  que  la  vitamine  G  est  un  element  fragile  et  qui  peut  se 
detruire  dans  un  milieu  dont  l’equilibre  humoral  est  trouble  ; 
Demole  et  Ippen  (1)  Font  bien  montre  sur  le  cobaye  intoxique 
par  la  thyroxine.  Notons  encore  ici  le  fait  interessant  que  la 
teneur  de  Forganisme  en  acide  1-ascorbique  est  beaucoup  plus 
forte  cbez  les  enfants  que  chez  l’adulte,  elle  va  diminuant  avec 
l’age  ( Ippen  (2),  Plaut  (3),  Bulow  (4),  Euler  (5),  etc.).  Les  organes 
du  nouveau-ne  sont  plus  riches  en  vitamine  C  que  les  organes  du 
vieillard.  Nos  malades  mentaux,  les  catatoniques  en  particulier, 
ressemblent  aux  vieillards  en  ce  qui  concerne  leur  comportement 
a  Regard  de  la  vitamine  C. 

Relevons  aussi  que  l’etude  du  pH  a  revele  qu’a  mesure  que 
Page  avance,  la  charge  ionique  electropositive  augmente  d’une 
fa§on  constante  ;  les  milieux  organiques  accusent  une  tendance 
toujours  plus  accentuee  vers  l’alcalose,  d’ou  reduction  du  dyna- 
misime  vital  dont  l’energie  acide  est  le  principal  stimulant.  II  est 
possible  que  cette  augmentation  de  l’alcalose  aille  de  pair  avec 
la  diminution  de  la  teneur  de  Forganisme  en  Vitamine  C. 

Nombreux  sont  les  travaux  qui  ont  etabli  que  pendant  les 
maladies  infectieuses  (tuberculose,  pneumonic,  fievre  typhoide) 
et  dans  les  troubles  de  la  nutrition,  le  taux  de  Facide  ascorbique 
diminue  fortement  dans  les  urines,  le  sang  et  le  liquide  cephalo- 
rachidien  ( Plaut-Bulow  (6),  Schroeder  (7),  Gabbe  (8).  L’absence 
de  vitamine  C  cree  un  terrain  favorable  au  developpement  des 
maladies  infectieuses.  Inversement,  i’administration  de  vita¬ 
mine  C  augmente  la  resistance  de  Forganisme  ( Lauber  (9),  Men- 
gert,  Sechel  (10).  Les  enfants  qui  ont  souffert  d’un  etat  infectieux 
prolonge  reprennent  des  forces  et  entrent  plus  rapidement  en 

(1)  Demole  et  Ippen.  —  Ztschrift  fur  Physiol.  Chemie,  vol.  235,  p.  226. 

(2)  F.  Ippen.  —  Schw.  Med.  Wochenschrft,  1935,  p.  431. 

(3)  Plaut.  —  Z.  ges.  Neurol.  Psychiatr.,  1935,  vol.  152,  p.  324. 

(4)  Bulow  (M.).  —  Kl.  Wochenschr.,  13  Jahrg.,  n"  49,  p.  1744. 

(5)  v.  Euler  (H.).  —  Ztsch.  f.  Physiolog.  Chemie,  vol.  235,  p.  97. 

(6)  Plaut  et  Bulow.  —  Klin.  Wochsch.,  1935,  p.  276. 

(7)  Schroeder  (H.). —  Klin.  Wochschr.,  1935,  p.  484. 

(8)  Garbe  (E.).  —  Klin.  Wochsch.,  1934,  p.  1389. 

(9)  Lauber  (H.-J.).  —  Bruns.  Beilr.,  vol.  158,  p.  633  (1933). 

(10)  Sechel.  —  Voir  Ribadeau-Dumas,  «  Presse  Medicate  »,  1931,  p.  161. 


193 


H.  BERSOT 


convalescence  lorsqu’on  leur  fait  prendre  du  jus  d’orange,  du  jus 
de  citron  ou  toute  autre  forme  de  vitamine  C.  Ribadeau-Dumas  (1) 
a  etabli  que  la  vitamine  C  augmente  la  resistance  de  l’organisme 
et  empeche  la  denutrition.  Cette  augmentation  de  resistance  serait 
due  pour  une  part  a  l’influence  vivifiante  de  la  vitamine  C  sur  les 
glandes  a  secretions  internes.  On  sait  combien  ces  secretions  sont 
gravement  compromises  par  l’effet  des  toxines  bacteriennes.  La 
secretion  surrenale,  les  fonctions  ovariennes  sont  alterees  au  cours 
de  la  diphterie  [ Cardoso  (2),  Demole  (3)].  Le  scorbut  exerce  une 
action  deletere  sur  le  systeme  polyglandulaire. 

Or,  certains  syndromes  mentaux  du  genre  de  la  catatonie 
pourraient  bien  etre  provoques  par  une  intoxication.  On  se  sou- 
vient  des  travaux  de  Vincent  et  de  Baruk  sur  le  role  des  toxines 
colibacillaires,  tuberculeuses,  etc.,  dans  la  production  des  trou¬ 
bles  mentaux.  Pourquoi  la  vitamine  C  n’exercerait-elle  pas  dans 
Ce  domaine  une  action  antitoxique  et  revitalisante  ?  On  sait  deja 
qu’elle  inactive  in  vitro  la  toxine  diphterique  ( Harde )  et  le  virus 
de  la  polyomyelite  (Jungeblut)  (4). 

En  conclusion:  le  resultat  de  nos  recherches  est  interessant 
au  point  de  vue  clinique  d’abord,  par.ce  que  nous  avons  pu  obser¬ 
ver  l’effet  avantageux  qu’exerce  le  traitement  par  la  vitamine  C 
sur  certains  nevropathes  et  petits  mentaux,  au  point  de  vue 
physio-pathologique  ensuite,  en  montrant  que  nombreux  sont 
les  malades  catatoniques,  arteriosclereux  et  seniles  qui  sont 
atteint  d’hypovitaminose  C,  etat  pathologique  eminemment  defa- 
vorable  a  la  guerison. 


(1)  Ribadeau-Dumas.  —  Op.  eit. 

(2)  Cardoso  (D.  M.  C.).  —  T.  Soc.  Biol.,  1935,  vol.  119,  p.  749. 

(3)  Demole  (V.).  —  A  remarquablement  resume  1’action  de  la  Vit.  C.  dans 
publication  :  Les  indications  therapeuliques  de  la  Vitamine  C  (Praxis, 
Hpppmlirp.  1935V 


12  decembre  1935). 
(4)  Jungeblut  (H.) 


-  Journ.  expl.  med.,  1935,  vol.  62,  p.  517. 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Seance  du  Jcudi  13  Fevrier  1936 


Presidence  :  M.  VURPAS,  president 


PRESENTATIONS 


Une  maratre  Parkinsonienne, 
par  MM.  Paul  Courbon  et  Ch.  Feuillet. 

La  mode  est  aux  enfants.  martyrs,  peut-on  dire,  en  voyant  la 
rubrique  quotidienne  des  journaux,  et  les  colonnes  qu’ils  consa- 
crent  a  la  description  des  mefaits  de  peres  et  meres  inhumains. 
Comme  contribution  a  l’etude  psychologique  de  ces  parents 
denatures,  nous  presentons  une  femme  dont  la  brutalite  a 
1’egard  de  ses  enfants  a  pour  condition  une  encephalite  parkin¬ 
sonienne. 

L’interet  du  cas  ne  reside  pas  dans  ce  fait  meme,  car  il  est 
classique  de  voir  apres  une  encephalite  la  conduite  d’un  sujet 
violer  les  regies  de  la  morale  qu’il  suivait  auparavant.  L’interet 
reside  dans  la  revelation  que  1’on  y  trouve  du  mecanisme  essen- 
tiel  des  troubles  du  caractere  postencephalitiques  :  cette  mere 
brutale  n’a  rien  de  la  maratre  cruelle.  C’est  une  impulsive  mais 
non  une  perverse. 

II  s’agit  d’une  femme  de  33  ans  appartenant  a  une  famille  fruste 
comme  elle-meme.  Son  pere  est  toucheur  de  bestiaux  ;  avant  son 


200  .  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

manage,  elle  etait  bergere.  Son  mari  est  manoeuvre.  Ils  ont  trois  en- 
fants  de  11  ans,  5  ans  et  27  mois. 

Elle  pretend  n’etre  pas  malade,  ne  1’avoir  jamais  ete,  considerant 
qu’un  sejour  de  plusieurs  mois  a  la  maison  materneile  de  St-Maurice, 
au  moment  de  la  naissance  du  dernier  enfant,  est  suffisamment  expli- 
que  par  les  difficultes  de  l’accouchement.  Son  mari  et  son  pere  parta- 
gent  la  meme  conviction.  Tous  les  trois  considered  que  son  interne- 
ment  est  une  punition  injuste  due  a  l’accusation  mensongere  de 
mauvais  traitements  envers  ses  enfants. 

Ils  avouent  qu’elle  a  une  «  paralysie  de  la  langue  »  survenue  sans 
cause  et  qui  peu  a  peu  rendit  sa  parole  incomprehensible.  Elle  alia, 
voici  environ  deux  ans,  pour  s’en  faire  guerir,  a  l’hopital  Tenon  ou 
sans  jamais  l’hospitaliser  et  sans  succes  on  lui  lit  a  diverses  reprises 
des  piqures  tri-hebdomadaires.  Voila  tout  ce  qu’on  obtient  comme 
renseignements  de  ces  gens  peu  intelligents  et  peu  curieux. 

Quant  a  l’internement  il  eut  lieu  dans  les  circonstances  suivantes. 
La  fllle  de  11  ans  souffrant  du  ventre,  on  appela  un  medecin  qui 
conseilla  l’hospitalisation  a  Bretonneau  pour  appendicite.  Son  aspect 
cachectique,  la  sordidite  de  ses  vetements  emurent  les  inflrmieres  qui 
s’indignerent,  1’interrogerent  sur  ses  parents,  et  fmalement  lui  flrent 
ecrire  au  directeur  du  Sauvetage  de  1’enfance  une  lettre  ou  elle  se 
plaignait  d’avoir  re§u  des  coups  de  pieds  dans  le  ventre,  lances  par 
sa  mere. 

L’enquete  aboutit  a  un  non-lieu.  Les  voisins  declarerent  que  ce 
menage  etait  peu  recommandable  ;  que  le  pere  etait  avare  ;  que  la 
mere  etait  une  chapardeuse  condamnee  a  15  jours  de  prison  avec 
sursis  pour  vol  d’un  lapin  ;  qu’elle  etait  a  moitie  folle,  incapable  de 
se  faire  comprendre  ;  que  si  sa  maison  etait  mal  tenue,  elle  n’etait 
pas  une  mauvaise  mere.  Elle  avait  parfois  la  main  leste  avec  ses 
enfants  qui  etaient  mal  tenus,  mais  elle  les  soignait  de  son  mieux. 
Aucun  d’eux  ne  s’etait  plaint.  D’ailleurs,  aucune  cicatrice,  aucune 
ecchymose  n’avaient  ete  relevees  a  l’hopital  sur  le  corps  de  la  plai- 
gnante. 

L’inculpee,  apres  examen  medical,  fut  envoyee  a  l’asile.  Elle  arriva 
a  Vaucluse  le  20  aoiit  dernier.  Et  sa  conduite  permet  de  conclure  a 
l’absence  de  toute  perversite. 

Mentalement,  elle  est  d’un  niveau  peu  eleve.  Mais  on  ne  constate  ni 
idee  delirante,  ni  trouble  psychosensoriel.  Ses  souvenirs  sont  ceux 
d’un  etre  fruste,  vivant  au  milieu  de  gens  sans  culture  et  ne  dispo- 
sant  pas  de  cadres  sociaux  bien  nombreux.  Sa  pensee  est  lente,  diffi- 
cilement  exprimee  par  un  bredouillement  peu  comprehensible. 

Au  parloir,  ou  son  mari  et  son  pere  viennent  regulierement,  elle 
se  montre  affectueuse  comme  eux.  Souvent,  elle  pleure,  reclamant  sa 
sortie  et  ses  enfants.  Elle  est  tres  bonne  camarade,  avenante  et  bon 
coeur.  Elle  partage  toujours  ses  provisions  avec  les  autres,  secourt 
celles  qui  sont  dans  1’embarras,  console  les  tristes,  joue  volontiers 
aux  cartes. 


SEANCE  DU  13  FEVRIER  1936 


201 


Mais  elle  est  d’une  impatience  qui,  d’une  part,  contraste  avec  la 
lenteur  de  ses  mouvements,  et  qui,  d’autre  part,  ne  s’accompagne 
d’aucune  rancune.  Quand  on  lui  fait  un  pansement,  elle  harcele  les 
infirmieres,  voulant  qu’elles  aient  fini  avant  d’avoir  commence:  «  Vite, 
vite  »,  bredouille-t-elle,  menagant  de  ne  pas  garder  la  position  neces- 
saire.  Laissee  a  jeun  le  jour  de  sa  ponction  lombaire  et  affamee,  le 
lendemain,  quand  on  lui  apporta  a  manger,  elle  frappait  rageusement 
sur  son  assiette  et  s’epuisant  en  appels  precipites  pour  etre  servie 
plus  vite.  Si,  dans  de  pareilles  circonstances,  on  la  fait  attendre,  elle 
trepigne  et  entre  en  fureur.  «  Elle  ne  peut  pas  attendre  »,  disent  les 
infirmieres,  «  mais  c’est  une  brave  femme  ».  En  effet,  toutes  ses 
fureurs  tombent  des  qu’on  lui  a  obei  et  elle  manifeste  alors  une  dou¬ 
ceur  reconnaissante  a  1’entourage. 

Interrogee  sur  sa  conduite  envers  sa  fille,  elle  reconnait  avoir  ete 
trop  vive,  avoir  repondu  par  des  gifles  a  ses  desobeissances.  Mais  elle 
aflirme  l’aimer  beaucoup. 

Physiquement,  elle  presente  un  tableau  typique  de  parkinsonisme: 
attitude  soudee,  facies  fige,  rigidite  musculaire,  exageration  des  re¬ 
flexes  de  posture,  disparition  des  syncinesies  normales  et  bradyci- 
nesie.  . 

Les  troubles  ,de  la  parole  sont  tres  marques,  la  voix  est  basse,  la 
parole  monotone,  precipitee  et  bredouillee,  difiicilement  comprehen¬ 
sible  ;  les  reponses  sont  breves  et  les  phrases  extremement  courtes. 
A  ce  syndrome  s’ajoute  encore  un  tremblement  generalise,  mais  pre¬ 
dominant  sous  forme  de  secousses  rythmiques  a  la  langue  et  aux  mus¬ 
cles  peribuccaux,  des  troubles  oculaires  consistant  en  paralysie  de 
la  convergence  et  inegalite  pupillaire,  mais  avec  reactions  normales. 

Par  ailleurs  les  reflexes  tendineux  sont  normaux,  le'  reste  de  l’exa- 
men  neurologique  est  negatif.  II  faut  signaler  cependant  la  defor¬ 
mation  du  pied  qui  prend  au  repos  une  attitude  en  pied  creux  avec 
griff e  des  orteils,  cette  attitude  ne  correspond  pas  a  une  lesion  orga- 
nique  et  se  corrige  immediatement  dans  la  station  debout  ou  par  la 
pression  sur  I’avant-pied. 

Rien  d’anormal  dans  le  liquide  cephalo-rachidien.  Bordet-Wasser- 
mann  sanguin  negatif. 

Tel  est  le  tableau  clinique  presente  par  la  malade. 

Cette  observation  presente  quatre  ordres  de  considerations 
interessant  :  la  semiologie  du  syndrome,  son  etiologie,  le  meca- 
nisme  des  actes  qui  ont  fourni  pretexte  a  l’inculpation,  1’inter- 
psycliologie  de  la  malade  et  du  public. 

1°  Au  point  de  vue  semiologique,  le  cas  est  simple.  II  s’agit 
d’un  syndrome  parkinsonien  physique  et  mental. 

Physiquement  tous  les  signes  se  retrouvent.  Contentons-nous 
de  signaler  1’existence  d’une  deformation  des  pieds  qui  realise  le 


202 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


pied  bot  parkinsonien  decrit  par  Dejerine  et  considere  par  lui 
comme  bien  rare  :  exageration  du  creux  plantaire,  hyper-exten¬ 
sion  de  la  premiere  phalange  des  orteils,  hyperflexion  des  deux 
autres.  Cette  attitude  extremement  nette  quand  la  malade  est 
couchee  ou  assise,  disparait  quand  elle  est  debout  ;  c’est  que  la 
rigidite  musculaire  est  due  a  de  l’hypertonie  et  non  a  de  la  re¬ 
traction. 

Psychiquement,  le  syndrome  consiste  essentiellement  en  une 
bradypsychie  sans  trouble  de  la  memoire  ni  du  jugement,  sans 
idee  delirante,  sans  phenomene  psychosensoriel  et  sans  trouble 
de  l’affectivite. 

L’acuite  du  sens  moral  est  difficile  a  apprecier,  etant  donne  le 
peii  de  renseignements  sur  sa  conduite  en  liberte,  son  manque 
d’instruction,  le  milieu  peu  eduque  ou  elle  vivait  sur  la  zone  des 
fortifications.  L’histoire  des  larcins  est  peu  claire.  Mais  ce  qui 
est  certain,  c’est  que  son  comportement  altruiste  et  compatissant 
a  l’asile,  le  souci  de  son  mari,  de  ses  enfants  et  de  son  retour 
aupres  d’eux,  les  declarations  meme  de  son  entourage  au  dehors 
prouvent  qu’elle  est  affectueuse  et  bonne. 

Les  anomalies  les  plus  saillantes  sont  une  intensity  et  une 
vivacite  extreme  des  reponses  aux  excitations.  Elies  realisent  un 
etat  d’impatience  qui  se  traduit  en  gestes  impulsifs  et  exigences 
imperieuses  (promptitude  des  gifles  en  cas  de  contradiction,  repe¬ 
tition  de  plus  en  plus  rapide  des  demandes  et  trepignements  si 
elles  tardent  a  etre  satisfaites). 

En  un  mot,  cette  femme  presente  la  semiologie  physique  et 
mentale  des  lesions  des  noyaux  gris  centraux. 

2°  Au  point  de  vue  etiologique,  la  nature  de  ces  lesions  est 
moins  evidente. 

Cette  femme  de  32  ans  n’est  pas  a  l’age  du  parkinsonisme 
senile.  On  ne  note  d’ailleurs  aucun  signe  d’arteriosclerose. 

C’est  done  a  un  processus  infectieux  que  l’on  doit  songer.  Mais 
on  ne  note  dans  son  passe  aucun  episode  aigu.  Jamais  elle  n’a 
constate  avoir  de  la  fievre,  de  la  somnolence  ou  de  la  diplopie. 
Jamais  elle  ne  s’est  alitee.  Jamais  elle  n’a  interrompu  ses  fonc- 
tions  de  femme  d’ouvrier.  L’unique  trouble  remarque  par  l’en- 
tourage  est  l’embarras  de  la  parole.  C’est  pour  lui  que  sa  famille 
I’envoya  consulter  a  l’hopital  ou  on  ne  1’hospitalisa  pas,  majs  ou 
on  la  traita  par  des  piqures. 

Ces  arguments  sont  insufiisants  a  faire  rejeter  la  nature  infec- 
tieuse  du  syndrome.  Ils  prouvent  simplement  que  l’encephalite 
ne  fut  pas  a  forme  lethargique  et  que  sa  marche  fut  torpide.  De 
plus,  l’etat  mental  fruste  de  cette  ancienne  bergere,  elevee  a  la 


SEANCE  DU  13  FEVRIER  1936 


203 


dure  par  un  pere  toucheur  de  bestiaux,  explique  l’insuffisance  de 
son  analyse  des  troubles  subis. 

3°  Un  troisieme  point  a  considerer  est  celui  des  actes  qui  condi- 
tionnent  l’inculpation  suivie  d’internement,  inculpation  de  mau- 
vais  traitements  a  enfants. 

Ces  actes,  tels  que  l’enquete  les  a  reveles,  ont  le  menie  deter- 
minisme  que  les  actes  d’impatience  constatables  journellement 
a  l’asile.  Ce  sont  des  actes  involontaires  et  sans  mechancete.  Ce 
sont  des  impulsions  irreflechies  et  regrettees.  Ils  ne  sont  que 
l’expression  de  la  defaillance  du  pouvoir  frenateur  qui  caracte- 
rise  les  lesions  des  noyaux  gris  centraux. 

4°  Au  point  de  vue  de  l’interpsyehologie,  science  chere  au  pro- 
fesseur  Dupre,  cette  observation  est  une  preuve  de  la  meconnais- 
sance  du  psychopathe  par  les  gens  normaux. 

En  effet  il  s’agit  d’une  femme  sans  malignite  qui  a  donne 
l’illusion  d’etre  une  maratre  a  la  suite  d’un  concours  de  circons- 
tances  biologiques  et  sociologiques. 

Biologiquement  l’atteinte  parkinsonienne  a  fait  perdre  a  la 
malade  la  patience  necessaire  a  tout  educateur.  Et  sociologi- 
quement  la  hantise  des  bourreaux  d’enfants  qui  regne  momen- 
tanement  dans  I’esprit  public  a  transforme  les  gestes  d’impa¬ 
tience  en  actes  de  torture. 


Note  sur  un  appareil  pour  la  mesure  de  l’amplitude  des  reflexes 
rotuliens,  par  MM.  le  DrTh.  Simon,  Louis  Anglade  et  MUoP.  Petit. 

Nous  presentons  cet  appareil  parce  qu’il  est  si  simple  que  s’en 
servir  ne  complique  pas  1’examen  clinique. 

Description  et  technique ,  —  L’appareil,  qui  peut  etre  construit 
sans  difflcultes  dans  n’importe  quel  atelier  d’asile,  se  compose 
d’une  planche  verticale  avec  pied  sur  laquelle  est  place  une  sorte 
d’etrier  susceptible  de  se  mouvoir  le  long  d’un  cadran  gradue.  La 
branche  verticale  mesure  25  cm.,  la  branche  horizontal  13  cm. 
On  peut  disposer  1’etrier  successivement  a  droite  et  a  gauche  du 
cadre  pour  prendre  les  reflexes  de  chaque  cote. 

On  asseoit  le  malade  sur  une  table,  les  jambes  pendantes.  On 
place  l’appareil  entre  les  jambes,  et  l’on  approche  la  planchette 
jusqu’a  ce  que  la  branche  horizontale  de  1’etrier  qui  vient  en 
contact  avec  la  face  anterieure  de  la  jambe  du  malade  corres- 
ponde  sur  le  cadran  au  0  de  la  graduation. 

Si  1’on  percute  alors  le  tendon  rotulien  la  jambe  chasse  devant 
elle  1’etrier,  dont  le  frottement  est  toutefois  tel  qu’il  reste  a  la 


204 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


position  nouvelle  oil  il  a  ete  projete.  On  a  done  toute  facilite  pour 
lire  l’ampleur  de  son  deplacement. 

M.  Levy  Valensi.  —  L’appareil  est  ingenieux  et  simple  en 
effet.  Mais  il  ne  renseigne  pas  sur  la  force  de  la  percussion  du 
marteau  qui  a  une  influence  tres  importante  sur  1’amplitude  de 
la  reaction. 

M.  Paul  Abely.  —  Les  resultats  obtenus  avec  1’appareil  n’ont 
pas  la  meme  valeur,  si  tous  les  sujets  n’ont  pas  la  meme  lon¬ 
gueur  de  jambe,  car  les  bras  de  levier  sont  differents. 

M.  Guiraud.  —  L’angle  reste  le  meme  quelle  que  soit  la  lon¬ 
gueur  des  leviers. 

M.  Paul  Ab£ly.  —  C’est  vrai,  mais  la  force  propulsive  varie 
avec  cette  longueur. 

M.  Rene  Charpentier.  —  Il  convient,  en  effet,  d’etre  tres  pru¬ 
dent  dans  1’appreciation  des  resultats  obtenus  a  l’aide  d’appa- 
reils  destines  a  mesurer  l’amplitude  des  reflexes.  Aux  objections 
qui  viennent  d’etre  presentees,  on  pourrait  en  ajouter  d’autres. 
Cette  planche  de  bois,  elle-meme,  sur  laquelle  se.meut  un  index 
metallique,  n’offre  pas  tou jours  a  cet  index  la  meme  resistance 
au  frottement  :  cette  resistance  peut  varier  suivant  l’etat  hygro- 
metrique.  Il  y  eut  deja  bien  des  tentatives  de  faites  pour  mesurer 
les  reflexes  (au  moins  leur  amplitude  sinon  leur  vivacite).  On 
pourrait  rappeler  les  experiences  de  MM.  Marchand  et  Vurpas. 
Je  crois  qu’il  faut  etre  tres  prudent  en  cliriique  medicale  envers 
tout  ce  qui  pourrait  constituer  une  precision  apparente.  Rien 
n’est  dangereux  comme  la  fausse  precision. 

M.  Marchand.  —  Il  y  a  bien  longtemps,  en  effet,  nous  avons, 
M.  Vurpas  et  moi,  construit  un  appareil,  permettant  d’inscrire  sur 
un  graphique  a  la  fois  :  la  force  du  choc  sur  le  tendon,  le  temps 
de  latence  ecoule  entre  le  choc  et  le  debut  du  reflexe,  enfin  la 
forme  de  la  contraction  musculaire  du  quadriceps.  Mais  nous 
avons  renonce  a  son  usage.  ( Revue  de  psychiatrie,  novembre  1901). 

M.  Th.  Simon.  —  Aux  objections  precedentes  je  repondrai  qu’en 
effet  il  faut  tenir  compte  de  tous  ces  facteurs  ;  et  que  cet  appareil 
n’est  pas  presente  comme  un  instrument  de  laboratoire,  mais 
comme  un  instrument  de  clinique  courante.  Les  resultats  qu’il 
fournit  ne  sont  pas  rigoureusement  precis,  mais  ils  sont  moins 
imprecis  que  ceux  obtenus  avec  le  marteau  tout  seul.  Pour  les 
enfants,  nous  avons  un  modele  plus  petit  que  celui  pour  adultes. 


SEANCE  DU  13  FEVRIER  1936 


205 


Hallucinations  visuelles  projetees  et  dessin6es,  symptfimes  pr6 

et  post-paroxystiques  epileptiques,  par  MM.  L.  Marchand, 

J.  Fortineau  et  Mlle  P.  Petit. 

Si  generalement  les  accidents  comitiaux  surviennent  brutale- 
ment  ou  sont  annonces  par  une  aura  de  quelques  secondes  de 
duree,  il  est  des  cas  dans  lesquels  le  sujet  presente  quelques 
heures  ou  parfois  un  ou  deux  jours  avant  l’accident  des  troubles 
qui  pennettent  a .  son  entourage  ou  a  lui-meme  de  prevoir  la 
crise.  Parmi  ces  symptomes  precurseurs,  on  a  note  des  troubles 
de  la  vue  consistant.  en  eblouissements,  visions  de  flammes,  de 
points  lumineux,  en  amaurose  ou  scotome.  Le  cas  suivant  nous 
a  paru  presenter  un  interet  particulier  puisque  les  accidents 
comitiaux  sont  precedes  et  suivis  d’hallucinations  visuelles  si 
nettes  et  si  intenses  que  la  malade  peut  les  projeter  sur  le  papier 
et  les  dessiner. 

Mme  Blanche  D.,  agee  actuellement  de  50  ans,  est  traitee  a  la  consul¬ 
tation  de  l’Hopital  Henri-Rousselle  depuis  le  mois  de  decembre  1926. 

Antecedents  hereditaires.  —  Mere  morte  d’hemiplegie  a  43  ans. 
Pere  mort  d’une  maladie  de  coeur  a  63  ans.  Ni  frere,  ni  soeur. 

Antecedents  personnels.  —  Pas  de  convulsions.  Rougeole  a  3  ans 
sans  complications.  Scolarite  jusqu’a  13  ans  ;  elle  obtient  son  certi- 
flcat  d’etudes.  Reglee  a  14  ans. 

Employee  de  bureau  de  15  a  21  ans,  elle  se  marie  en  1913  avec  un 
homme  alcoolique  et  jaloux. 

En  1916,  apres  un  accouchement  penible,  elle  met  au  monde  une 
fille  qui  fait  a  l’age  de  6  mois  des  convulsions  et  meurt  a  5  ans  et  demi 
de  meningite  consecutive  a  une  broncho-pneumonie. 

En  1917,  a  Page  de  29  ans,  apparaissent  les  premieres  manifesta¬ 
tions  comitiales,  sous  forme  d’absences  qui  se  reproduisent  surtout 
avant  ou  apres  les  periodes  menstruelles. 

En  1918j  premiere  crise  convulsive.  Un  apres-midi,  vers  3  heures, 
chute  brusque,  perte  de  connaissance,  convulsions,  ecume  aux  le- 
vres,  morsure  de  la  langue,  emission  des  urines,  duree  de  6  a  10  mi¬ 
nutes  ;  grande  lassitude  consecutive. 

Les  accidents  surviennent  par  series  de  5  ou  6,  une  fois  par  mois 
en  moyenne,  soit  la  nuit,  soit  le  jour. 

Evolution  des  crises  depuis  1927  (la  malade  suit  un  traitement  au 
gardenal). 

1927.  5  crises  et  plusieurs  absences. 

1928.  6  crises  (brulure  a  la  main  au  cours  d’une  crise),  et  plusieurs 
absences. 

1929.  Pas  de  crise,  plusieurs  absences. 


SOCIETE  MED1C0-PSYCH0L0GIQUE 


206 

1930.  En  mars  :  crise  au  cours  de  laquelle  elle  s’est  brulee  profon- 
dement  (cicatrices  au  bras  gauche  et  a  la  cuisse).  En  novembre  :  crise 
avec  chute  et  blessure  au  niveau  de  la  region  occipitale. 

1931.  Une  crise  en  mars  ;  plusieurs  absences. 

1932.  Plusieurs  vertigoes  de  courte  duree.  Une  crise  en  decembre. 

1933.  Chute  sur  le  nez  (cicatrice)  au  cours  d’une  crise. 

193k.  Plusieurs  vertiges. 

1935.  Blessure  a  1’oreille  droite  au  cours  d’une  crise.  Au  cours  d’une 
absence,  elle  se  brule.les  doigts  en  allumant  sa  cuisiniere. 

Les  crises  et  absences  surviennent  principalement  aux  epoques 
catameniales.  Depuis  1923,  quelques  jours  avant  l’apparition  des 
crises  ou  des  absences,  et  quelques  jours  apres  leur  suspension, 
la  malade  presente  un  etat  hallucinatoire  qui  revet  chaque  fois 
les  memes  caracteres  :  elle  voit  Dieu,  la  Sainte  Vierge,  des  Saints, 
des  Anges,  des  Rois,  des  personnages  qui  s’embrassent,  des  ani- 
maux  ;  les  visions  sont  projetees  tantot  sur  le  mur,  tantot  sur 
des  meubles,  voire  sur  ses  vetements.  Elies  sont  mobiles  ;  les 
sujets  disparaissent  assez  vite  pour  faire  place  a  de  nouveaux.  La 
taille  des  personnages  est  variable.  Les  visions  ne  sont  jamais 
colorees,  mais  les  themes  sont  agreables  ;  elles  n’ont  jamais 
revetu  un  caractere  terrifiant.  Des  le  debut,  la  malade  s’est 
complu  dans  ses  visions,  puis  elle  a  pense  «  que  ce  serait  un 
bonheur  pour  elle  de  pouvoir  les  dessiner  ». 

Depuis  une  dizaine  d’annees,  lorsqu’elles  apparaissent,  elle 
prend  un  crayon  taille  tres  finement  et  du  papier  (feuille  blanche, 
papier  journal)  et  les  visions  sont  projetees  volontairement  sur 
le  papier  ;  il  lui  suffit  alors  de  suivre  les  contours  des  sujets 
pour  obtenir  leur  reproduction  schematique. 

Sur  la  fig.  I  on  remarque'  des  tetes  de  personnages  (face  et 
profil)  coiffees  d’un  bonnet  en  forme  de  mitre.  Sur  certaines 
figures  on  peut  remarquer  l’absence  de  la  bouehe,  du  nez  ou  des 
yeux,  la  malade  n’ayant  pas  eu  le  temps  de  les  achever  a  cause 
du  changement  et  de  la  mobilite  des  images. 

Sur  d’autres  dessins  (type  fig.  II)  plus  recents,  les  silhouettes 
ont  fait  place  a  des  profils  accuses,  avec  saillie  marquee  du  nez 
et  du  menton,  relies  entre  eux  par  des  dessins  geometriques  dans 
lesquels  viennent  s’inscrire  des  tetes  d’animaux  (vaches,  chiens, 
oiseaux,  le  plus  souvent). 

Tous  ces  dessins  presentent  un  caractere  enfantin  marque  ;  ils 
sont  peu  varies. 

La  malade  se  souvient  parfaitement  de  tout  ce  qu’elle  a  des- 
sine  et  de  ce  qui  a  pu  se  passer  autour  d’elle  pendant  les  periodes 


SEANCE  DU  13  EEVRIER  1936 


207 


Fig.  I 


'hallucinatoires.  Elle  n’admet  pas  le  caractere  pathologique  de  ses 
hallucinations  qui  lui  sont,  dit-elle,  envoyees  par  Dieu  «  qui  la 


208 


SOC1ETE  MED1CO-PSYCHOLUG1QLE 


protege  et  qui  lui  a  parle  ».  Elle  trouve  ses  dessins  splendides  et 
elle  les  fait  admirer  a  ses  amis,  ses  parents,  a  tous  ceux  qui  veu- 
lent  bien  les  regarder.  A  chacune  de  ses  visites  elle  nous  presente 
de  nouveaux  dessins  avec  une  satisfaction  evidente. 

L’existence  d’hallucinations  auditives  parait  certaine.  A  plu- 


sieurs  reprises,  pendant  les  phases  hallucinatoires,  elle  a  entendu 
la  voix  de  Dieu  lui  dire  :  «  Vous»guerirez  et  vous  aurez  l’objet  de 
vos  desirs  ».  Pas  d’autres  troubles  psycho-sensoriels  chez  cette 
debile  mentale,  qui  ne  presente  ni  affaiblissement  intellectuel 
notable,  ni  confusion  dans  les  idees.  Nous  n’avons  pas  trouve 
chez  elle  de  religiosity  excessive  si  ce  n’est  qu’elle  porte  tou jours 
sur  elle  une  priere  qui  doit  la  proteger  du  «  mal  d’epilepsie  ». 

Actuellement,  la  malade  se  presente  avec  un  facies  legerement 


SEANCE  DU  13  FEVRIER  1936 


bouffi  et  congestif.  A  1’examen  du  coeur  :  2e  bruit  aortique  clan- 
goreux.  Pouls  :  96.  Tension  au  Pachon  :  Mx  13,5  ;  Mn  9  ;  I.  o.  4. 

Urines  normaies. 

Examen  neurologique  :  Leger  tremblement  de  la  langue  et  des 
doigts.  Reflexes  tendineux  normaux.  Pupilles  egales  et  reagissant 
a  la  lumiere. 

Les  reactions  serologiques  sont  negatives  dans  le  sang. 

L’examen  ophtalmologique  ne  revele  rien  de  particulier.  La 
malade  n’a  jamais  presente  de  symptomes  de  migraine  ophtal- 
mique. 

En  resume,  il  s’agit  d’une  debile  epileptique  dont  les  crises 
convulsives  ont  ete  tres  ameliorees  par  le  traitement  mais  dont 
les  accidents  comitiaux  sont  toujours  precedes  ou  suivis  d’hallu- 
cinations  visuelles  qui,  projetees  sur  le  papier,  peuvent  etre  des- 
sinees  schematiquement  eir  en  suivant  les  contours. 

Ces  phenomenes  hallucinatoires  sont  difliciles  a  classer  parmi 
les  syndromes  classiques.  Ils  ne  presentent  aucun  des  caracteres 
des  accidents  comitiaux.  On  ne  peut  parler  de  delire  onirique  ; 
les  visions  sont  toujours  les  memes,  d’une  precision  parfaite,  et 
le  sujet,  pendant  qu’il  les  eprouve,  reste  en  contact  intime  avec 
le  monde  exterieur.  II  ne  s’agit  pas  d’hallucinose  puisque  le  carac- 
tere  pathologique  des  hallucinations  n’est  pas  reconnu  comme  tel 
par  la  malade  qui  les  croit  envoyees  par  Dieu.  On  ne  peut  que 
rapporter  cet  etat  hallucinatoire  particulier  aux  modifications 
cerebrales  precurseurs  des  accidents  comitiaux  et  traduisant  la 
debilite  profonde  du  sujet. 

M.  Guiraud.  —  Les  dessins  de  la  malade  presentent  un  petit 
quadrille.  II  faut  se  demander  si  dans  les  visions  de  la  malade,  il 
ne  se  produit  pas  quelque  chose  d’analogue  aux  visions  que  tout 
individu  normal  peut  avoir  quand  il  regarde  des  nuages.  Il  sem- 
ble  s’agir  de  phosphenes  retiniens  determines  par  un  spasme 
peripherique,  d’une  aura  calcarinienne  par  exemple. 

M.  Rene  Charpentier.  —  Les  questions  que  j’ai  posees  tout  a 
1’heure  a  la  malade  sur  l’existence  de  phosphenes,  de  cepha- 
lees,  etc.,  avaient  pour  but  de  rechercher  s’il  n’existerait  pas, 
chez  cette  malade,  une  association  de  migraine  ophtalmique 
et  d’epilepsie,  association  deja  maintes  fois  signalee,  tantot 
sous  forme  d’alternance  soit  personnels,  soit  hereditaire,  tantot 
sous  forme  d’equivalents,  tantot  sous  forme  de  migraines  accom- 
pagnees  d’epilepsie.  On  sait  que  M.  Pagniez  a  defendu  recem- 
ment  l’opinion  qu’il  existe  une  etroite  parente  entre  ces  deux 
Ann.  Med.-psych.,  XVe  sehie,  94°  annee,  t.  I.  —  Fevrier  1936.  14. 


210 


SOC1ETE  MED1CO-PSYCHOLUG1QUE 


affections  et  que  leurs  pathogenies  sont  apparemment  tres  voi- 
sines. 

Que  pensent  les  auteurs  de  cette  presentation  de  la  patho- 
genie  des  troubles  visuels  de  leur  malade  ?  Origine  toxique  ? 
phenomenes  de  choc  ?  II  semble  bien  qu’a  l’origine,  il  y  ait, 
comme  dans  la  premiere  phase  de  la  migraine,  un  angiospasme 
encephalique.  Les  sensations  sont  ensuite  utilisees  par  le  psy- 
chisme  debile  et  mystique  de  la  malade. 

M.  Marchand.  —  Des  le  debut,  les  hallucinations  visuelles  ont 
consiste  en  visions  de  personnages.  Ce  n’est  que  depuis  peu  qu’il 
s’y  mele  une  espece  de  quadrille  irregulier.  Cette  chronologie 
n’est  pas  favorable  a  l’hypothese  de  phosphene  transforme  par 
l’imagination  de  la  malade. 

M.  Courbon.  —  Cette  femme  qui  vient  de  nous  avouer  aimer 
passionnement  le  dessin  n’aurait-elle  pas  constitutionnellement 
cette  forme  particuliere  de  l’imagination  de  beaucoup  d’artistes 
qui  ont  la  representation  visuelle  de  ce  a  quoi  ils  pensent.  II  leur 
arrive,  au  cours  d’une  conversation  ou  d’une  lecture,  d’avoir  des 
absences  pendant  lesquelles  ils  assistent  au  defile  des  images 
declenchees  par  un  mot  qui  les  a  vivement  interesses.  Or  cette 
femme  est  mystique  et  ce  sont  des  visions  de  scenes  religieuses 
ou  de  chastes  beatitudes  qu’elle  decrit. 

Dans  la  terminologie  actuellement  a  la  mode,  on  dirait  que  ses 
longues  auras  sont  des  acces  d’automatisme  mental  survenant 
chez  une  femme  douee  de  l’imagination  appelee  representative 
par  Sollier  et  objectivante  par  Mignard.  La  mise  en  branle  de  ce 
phenomene  psychologique  pourrait  bien  etre  la  production  du 
phenomene  physique  peripherique  invoque  par  M.  Guiraud  et 
par  M.  Rene  Charpentier. 

M.  Paul  Abely.  —  Les  dessins  de  cette  femme  sont  en  effet 
empreints  de  mysticisme.  Les  moines  du  Moyen  Age  y  figurent 
en  grand  nombre.  Elle  est  au  moment  oil  elle  les  voit  et  les  des- 
sine  dans  un  etat  d’excitation  psychique  de  longue  duree  qui 
annonce  la  crise.  J’ai  une  epileptique  de  mon  service  qui  avant 
de  tomber  en  convulsion  et  pendant  de  tres  nombreuses  heures, 
se  croit  Allemande  nee  a  Hanovre.  Si  on  l’interroge,  alors  elle 
defend  aprement  ce  theme  qu’elle  ne  soutient  jamais,  a  aucun 
autre  moment. 


SEANCE  DU  13  FEVRIER  1936 


211 


Symptomes  et  lesions  du  systeme  nerveux  v6g6tatif  dans 

1’alcoolisme  chronique,  par  M.  P.  Guiraud,  Mme  Bonnafous- 

Serieux  et  M.  Ch.  Nodet. 

Depuis  quelques  annees  de  nombreux  et  importants  travaux 
ont  ete  consacres  a  l’anatomo-pathologie  de Talcoolisme  chroni¬ 
que,  en  particulier  au  syndrome  de  Korsakoff  (1).  Dans  aucun 
d’eux,  on  ne  trouve  mention  de  l’etat  du  systeme  nerveux  vege- 
tatif. 

Recevant  chaque  annee  un  certain  nombre  de  femmes  alcooli- 
ques  chroniques,  nous  avons  constate  comme  la  plupart  des 
auteurs  la  gravite  de  l’alcoolisme  feminin.  Le  delirium  tremens 
est  rare  de  meme  que  le  delire  subaigu  a  evolution  rapide  et  rela- 
tivement  benigne. 

D’ordinaire,  il  s’agit  de  malades  intoxiquees  depuis  longtemps 
avec  abolition  des  reflexes  tendineux,  onirisme  et  confusion  mas- 
quant  une  demence  sous-jacente.  Parfois,  malgre  tout  traitement, 
la  guerison  ne  survient  pas  et  les  malades  decedent  d’eschare  ou 
de  maladie  intercurrente  ;  d’autrefois,  elles  evoluent  vers  la 
demence  alcoolique.  Chez  ces  malades,  nous  avons  ete  frappes 
par  la  frequence  et  l’importance  des  symptomes  d’ordre  vegeta- 
tif,  ce  qui  nous  a  donne  l’idee  d’examiner  histologiquement  les 
ganglions  et  les  nerfs  sympathiques  de  celles  qui  sont  decedees. 

Observation  I.  —  D.  Elisa,  50  ans,  entre  le  6  aout  1935,  avec  le 
certificat  suivant  :  «  Est  atteinte  d’affaiblissement  intellectuel  et  de 
.«  cauchemars  (animaux  et  ennemis  imaginaires).  Frayeurs,  insom- 
«  nies,  etourdissements,  crampes  et  gros  tremblement  de  la  langue 
«  et  des  doigts,  absence  des  reflexes  rotuliens,  achillqens  conserves, 

«  ataxie,  Romberg.  Pupilles  inegales,  ne  reagissant  que  faiblement  a 
«  la  lumiere.  Ponction  lombaire  :  albumine  0,30  ;  globulines  +  ; 

«  Weichbrodt  negatif  ;  leucocytes  22  ;  benjoin  00000.02221.00000  ; 

«  Meinicke  negatif  ;  "Wassermann  negatif.  Sang,  reactions  negatives.  » 


(1)  Gamper.  —  Zur  Frage  der  Polioencephalitis  hoemorragica  der  chro- 
nischen  Alkoholiker.  Anatomische  Befunde  bei  alcoholischem  Korsakoff  und 
ihre  Beziehungen  zum  klinischen  Bild,  17  Jahres  Versammlung  der  Gesell- 
schaft  deutscher  Nervenarzte  in  Wien  1927.  Ref.  Zbl.  Neurol.,  47. 

(2)  T.  Ohkuma.  —  Zur  pathologischen  Anatomie  des  chronisehen  Alkoholis- 
mus.  Zeitsch.  f.  die.  Ges.  Neur.  u.  Psych.,  t.  .126,  1930,  p.  94. 

(3)  Neuburger.  —  Ueber  Hirnverandernugen  nach  Alcoholmiszbrauch. 
Zeits.  f.  d.  ges.  Neur.  u.  Psych.,  t.  135,  1931,  p.  159. 

(4)  H.  Steck.  —  Les  lesions  du  tronc  cerebral  dans  le  delirium  tremens  et 
dans  la  psychose  de  Korsakoff.  Congres  de  Rabat,  1933,  p.  353. 

(5)  L.  Marchand  et  A.  Courtois.  —  La  psychose  aigue  de  Korsakoff  des 
alcooliques.  Revue  Neur.,  1934,  t.  2,  p.  425. 


212  S0C1ETE  MEDIC0-PSYCH0L0G1QUE 

Un  cousin  nous  fournit  quelques  renseignements.  Depuis  long- 
temps,  la  malade  buvait  beaucoup,  particulierement  du  vin  rouge  ; 
souvent,  elle  etait  agitee  pendant  la  nuit  et  reveillait  les  yoisins.  Elle 
vomissait  parfois  le  matin. 

Le  visage  est  extremement  colore,  les  joues  tout  entieres  sont 
rouges  tirant  sur  le  violet,  les  pommettes  sont  sillonnees  de  varicosi- 
tes,  la  malade  a  perdu  beaucoup  de  cheveux,  elle  est  obese  et  impo- 
tente.  Au  point  de  vue  mental,  on  constate  des  alternatives  de  demi- 
stupeur  avec  inertie,  indifference,  reponses  rares  et  inexactes.  D’au- 
trefois,  fabulation  et  fausses  reconnaissances  :  hier  elle  est  sortie, 
elle  s’est  promenee  dans  les  rues,  elle  a  bu  du  vin  et  a  mange  des 
frites.  Elle  croit  reconnaitre  ses  voisines  de  lit  ;  elle  les  a  vues  a 
Belleville,  il  y  en  a  une  qui  est  la  «  soeur  a  sa  belle-soeur  ».  Quand 
la  malade  ne  delire  pas,  on  peut  mettre  en  evidence  un  profond 
affaiblissement  de  la  memoire.  Elle  ignore  la  date,  la  duree  de  son 
sejour  a  l’Asile.  De  la  guerre,  elle  ne  sait  que  deux  choses  :  on  se 
battait  et  son  mari  a  ete  tue.  La  date  de  son  mariage  est  oubliee. 

A  l’examen  physique,  on  retrouve  les  signes  decrits  dans  le  certi- 
ficat  d’entree.  Les  pieds  sont  en  equinisme,  la  station  debout  est 
impossible,  les  masses  musculaires  amaigries  sont  douloureuses  a  la 
pression.  La  region  hepatique  est  douloureuse.  Reflexes  rotuliens 
totalement  abolis,  reflexe  plantaire  en  flexion.  Un  detail  frappant  est 
l’importance  des  troubles  vaso-moteurs  :  la  face  «st  parfois  rouge 
vif,  mais  le  plus  souvent  violacee,  les  mains  sont  toujours  froides, 
tantot  violacees  avec  dilatations  veineuses,  tantot  tres  pales.  On 
note  de  frequentes  crises  sudorales  avec  nombreuses  gouttes  de  sueur 
perlant  sur  la  neau  blanche  des  mains  et  des  avant-bras,  ces  crises 
durent  quelques  heures  puis  disparaissent.  Le  reflexe  pilo-moteur  est 
exagere  ;  il  suffit  de  decouvrir  la  malade  ou  de  froler  son  corps  pour 
faire  apparaitre  une  reaction  anserine  importante  et  durable.  Pres¬ 
sion  sanguine,  15/7,  oscillations  amples.  Pouls  rapide,  27  au  quart  de 
minute,  reflexe  oculo-cardiaque  aboli. 

La  malade  s’affaiblit  progressivement.  Elle  presente  une  eschare 
fessiere.  Le  6  octobre  1935,  cyanose  accentuee,  fievre,  submatite  gau¬ 
che,  rales  humides,  on  pense  a  une  broncho-pneumonie,  mais  le  len- 
demain  les  signes  stethoscopiques  ont  disparu,  la  fievre  persiste.  Le 

11  octobre,  meme  etat  a  submatite,  rales  a  la  base  gauche.  Deces  le 

12  octobre.  Autopsie  le  13.  On  ne  trouve  pas  la  broncho-pneumonie 
gauche  a  laquelle  on  s’attendait.  Poumons  simplement  congestionnes 
aux  bases.  On  peut  se  demander  si  les  signes  pulmonaires  observes 
ne  sont  pas  de  simples  troubles  vaso-moteurs.  Foie  de  volume  normal. 

Encephale.  —  Rien  d’anormal  au  point  de  vue  macroscopique. 
Rien  de  special  aux  autres  organes.  Le  deces  est  du  a  l’infection 
provenant  de  l’eschare  sacree. 

Examen  histologique.  —  On  preleve  le  ganglion  cervical  superieur 
gauche  avec  le  fragment  de  pneumogastrique  voisin,  quelques  gan¬ 
glions  rachidiens,  les  deux  ganglions  semi-lunaires. 


SEANCE  DU  13  FEVRIER  1936 


213 


Foie.  —  Volume  normal.  Debut  de  eirrhose,  des  bandes  importan- 
tes  de  tissu  conjonctif  entourent  tous  les  vaisseaux.  Quelques  zones 
sont  riches  en  noyaux  de  iibroblastes,  epaisses  fibres  collagenes  avec 
peu  de  noyaux.  La  reaction  conjonctive  est  surtout  intense  au  niveau 
des  espaces  portes,  par  places,  neoformation  de  canalicules  biliaires. 
Les  cellules  hepatiques  sont  relativement  peu  atteintes,  on  n’observe 
de  degenerescence  graisseuse  que  dans  de  rares  endroits.  Congestion 
capillaire  importante. 

Encephale.  —  Dans  les  diverses  regions  de  l’ecorce  et  des  noyaux 
centraux,  lesions  classiques  de  l’alcoolisme  chronique  :  atrophie  des 
cellules  nerveuses,  proliferation  de  la  macro  et  de  l’oligodendroglie, 
neoformations  vasculaires. 

Corps  mamillaires.  —  A  la  suite  des  travaux  de  Gamper,  Neuburger, 
Okuma  et  autres,  on  tend  a  admettre  que  les  corps  mamillaires  sont 
particulierement  atteints  dans  le  syndrome  de  Korsakoff  et  1’alcoo- 
lisme  chronique.  Dans  notre  cas,  les  lesions  a  ce  niveau  sont  eviden- 
tes  et  accentuees.  Les  cellules  nerveuses  sont  tres  atteintes,  ratatinees, 
affectees  de  degenerescence  lipo-pigmentaire.  Leurs  lesions  sont  par¬ 
ticulierement  evidentes  par  la  methode  de  Bielschovsky.  La  prolife¬ 
ration  nevroglique  est  intense  (oligodendroglie,  microglie,  macroglie). 
L’atteinte  vasculaire  est  particulierement  nette  ;  proliferation  vascu- 
laire  et  surtout  epaississement  de  la  paroi  vasculaire  allant  par  pla¬ 
ces  jusqu’a  l’obliteration.  II  ne  s’agit  pas  de  reaction  perivasculaire, 
mais  d’atteinte  de  la  paroi  elle-meme. 

Ganglions  sympathiques.  —  Au  faible  grossissement,  on  est  surtout 
frappe  par  la  proliferation  des  cellules  satellites,  par  l’abondance  des 
vaisseaux.  A  un  examen  plus  detaille,  on  constate  : 

1°  de  graves  lesions  des  cellules  nerveuses,  chromatolyse  centrale, 
irregular.ite  du  contour,  fantomes  cellulaires,  disparition  cellulaire. 
L’impregnation  argentique  montre  la  dissolution  du  reseau  neuro- 
flbrillaire  dans  beaucoup  de  cellules,  Pepaississement  et  la  fragmen¬ 
tation  des  prolongements  dendritiques  ; 

2°  les  cellules  satellites  sont  beaucoup  plus  nombreuses  qu’a  l’etat 
normal,  parfois,  elles  sont  disposees  concentriquement  en  plusieurs 
rangees  autour  d’une  cellule  nerveuse  ou  autour  du  residu  d’une 
cellule.  Le  plus  souvent,  elles  sont  irregulierement  disposees.  Par 
certaines  methodes  (trichrome  de  Masson),  on  peut  mettre  en  evi¬ 
dence  autour  des  noyaux  un  cytoplasme  assez  abondant  a  contours 
indistincts  ; 

3°  les  vaisseaux  sont  tres  dilates  et  tres  nombreux.  Cette  prolife¬ 
ration  atteint  surtout  les  capillaires  et  les  precapillaires  qui  parfois 
sont  enormes.  Les  noyaux  des  cellules  endotheliales  sont  volumineux, 
clairs,  allonges,  irreguliers  ;  Pinterieur  du  vaisseau  contient  de  nom¬ 
breuses  granulations  (methode  de  Nissl)  ; 

4°  les  fibres  nerveuses  a  Pinterieur  du  ganglion  montrent  des  neuro- 
fibrilles  relativement  intactes  ;  les  cellules  de  Schwann  sont  en  bon 


Ganglion  semi-lunaire  (Nissl).  Satellitose.  Lesions  des  cellules  nerveuses. 


Ganglion  semi-lunaire  (trichrome  de  Masson).  Proliferation  conjonctive 
et  vasculaire.  Lacs  sanguins. 


Ganglion  semi-lunaire  (Nissl).  Immersion.  Cellules  nerveuses 
en  voie  de  destruction. 


Ganglion  cervical  superieur  (Methode  de  Nissl).  Satellitose, 
le  sinus  des  cellules  nerveuses. 


i  -VSfi! 


216 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


etat,  elle  ont  tendance  a  elaborer  des  flbrilles  de  precollagene  (tri¬ 
chromes),  les  cellules  a  granulation  71  sont  nombreuses  ; 

5°  autour  des  vaisseaux  on  constate  une  abondante  proliferation 
de  fibres  collagenes  veritables,  le  ganglion  est  nettement  sclereux 
surtout  en  son  centre. 

Tous  les  ganglions  examines  presentent  des  lesions  identiques. 

Ganglions  rachidiens.  —  Memes  lesions  mais  moins  accentuees. 

Moelle  epiniere  lombaire.  — -  Ratatinement  hyperchromatique  des 
cellules  des  cornes  anterieures,  degenerescence  lipopigmentaire, 
fantomes  cellulaires.  Abondante  proliferation  nevroglique. 

Nerfs.  —  Le  crural  a  ete  examine.  II  presente  d’enormes  lesions. 
On  n’observe  presque  que  des  cellules  de  Schwann  proliferees,  les 
fibres  a  myeline  sont  rares,  les  quelques  cylindraxes  conserves  sont 
moniliformes. 

En  resume  dans  ce  cas  les  , lesions  du  systeme  nerveux  vegetatif 
sont  accentuees,  generalises  et  repondent  au  meme  type  lesionnel 
que  celui  observe  dans  les  centres  nerveux. 

Obs.  II.  —  M.  Louise,  37  ans.  Entre  le  24  aout  1935  avec  le  certifi- 
cat  suivant.  «  Est  atteinte  d’ethylisme  chronique.  Confusion  actuelle 
«  avec  possibility  d’affaiblissement  intellectuel  sous-jacent.  Orienta- 
«  tion  tres  imprecise.  Evocation  tres  difficile  des  faits  anciens,  im- 
«  possible  des  faits  recents.  Onirisme  nocturne  ;  voit  des  personnes 
«  mortes.  Idees  de  persecution  sans  consistance  contre  son  entou- 
«  rage.  Fabulation  :  on  l’a  operee  hier  a  moins  que  ce  ne  soit 
«  aujourd’hui.  Etat  general  mediocre.  Ictere  conjonctival.  Reflexes 
«  rotuliens  persistants.  Temperature  autour  de  38°. 

«  Liquide  cephalo-rachidien  :  albumine  0,24  ;  globulines  0  ;  leu- 
«  cocytes  2,2  ;  benjoin  00000.00100.00000  ;  Weichbrodt  et  Meinicke 
«  negatifs.  Sang  negatif.  » 

Antecedents  hereditaires  ethyliques  (mere).  Elle-meme  boit  beau- 
coup  en  cachette  depuis  au  moins  9  ans. 

L’examen  donne  les  memes  renseignements  que  le  certificat  d’en- 
tree.  II  faut  cependant  insister  sur  la  congestion  de  la  face  tres 
accentuee,  occupant  toutes  les  joues.  Outre  les  dilatations  veineuses 
et  capillaires,  il  y  a  une  rougeur  diffuse.  Comme  la  malade  prece- 
dente,  alternatives  de  demi-stupeur  et  d’inertie  et  d’episodes  oniri- 
ques,  meme  quatre  mois  apres  son  entree.  Le  18  decembre,  par 
exemple,  declare  qu’elle  entend  la  T.S.F.  qui  lui  parle  de  sa  famille, 
d’un  prochain  mariage  avec  un  inconnu.  Elle  entend  son  enfant  et 
le  gronde  parce  qu’il  a  fait  une  reflexion  qui  ne  lui  plait  pas.  Toute 
sa  famille  devrait  etre  morte  et  cependant  elle  est  vivante.  Illusions 
de  fausse  reconnaissance  :  le  medecin  est  un  marchand  de  bois  de 
Bretagne,  l’interne  est  M.  Dumaine,  etc. 

Memoire  et  orientation  imprecises  et  inexactes.  Inertie.  Indiffe¬ 
rence,  inactivite.  Ne  se  leve  jamais. 


SEANCE  DU  13  FEVR1ER  1936  217 

Examen  physique  :  le  facies  est  toujours  ires  congestif.  Peu  de 
tremblement  de  la  langue  et  des  doigts.  Reflexes  tendineux  faibles 
mais  presents.  Troubles  vaso-moteurs  et  vegetatifs  accentues  :  les 
mains  sont  toujours  froides  et  moites,  les  pieds  froids.  La  moindre 
compression  au  niveau  des  bras  determine  des  troubles  circulatoires 
importants,  l’avant-bras  devient  rapidement  violace  aux  zones  mar- 
brees  et  veines  dilatees.  Pupilles  legerement  inegales,  G  >  D  reagis- 
sent  a  la  lumiere  et  a  l’accommodation. 

Tension  sanguine,  12,7.  Pouls  plutot  ralenti,  tantot  68,  tantot  60. 
Reflexe  oculo-cardiaque,  pas  de  modification  du  pouls. 

Reflexe  coeliaque,  10  secondes  apres  une  compression  de  10  secon- 
des,  le  pouls  se  ralentit  a  50  et  ensuite  a  55. 

Reflexes  vaso-moteurs  tres  accentues.  Dermographisme  en  relief 
tres  accentue  et  persistant.  Au  cours  de  certaines  explorations,  on 
constate  une  asymetrie  du  dermographisme  :  il  est  plus  marque  a 
droite  qu’a  gauche,  au  niveau  de  la  poitrine  et  de  1’abdomen.  Les 
reflexes  pilomoteurs  sont  faciles  a  obtenir  et  plus  accentues  que  nor- 
malement.  L’inhalation  de  nitrite  d’amyle  determine  une  congestion 
tres  intense  et  persistante  de  la  face.  Une  injection  d’un  centigramme 
de  pilocarpine  provoque  une  sudation  nette,  mais  pas  plus  abondante 
que  chez  les  sujets  normaux.  II  faut  remarquer  que  l’exploration  du 
systeme  vegetatif  ne  donne  pas  des  resultats  tres  typiques  quand  il 
n’y  a  pas  de  troubles  unilateraux.  Retenons  cependant  la  congestion, 
1’intensite  et  l’asymetrie  transitoire  du  demographisme,  la  bradycar- 
die  habituelle. 

Nos  observations  se  bornent  actuellement  a  deux  cas,  mais  la 
presente  communication  a  pour  but  d’attirer  l’attention  des  cli- 
niciens  sur  ces  faits. 

Dans  1’important  travail  de  Marchand  et  Courtois  (1),  nous 
trouvons  une  confirmation  de  notre  opinion.  Ces  auteurs,  en  effet, 
notent  :  1’inegalite  et  1’irregularite  pupillaire,  le  teint  bronze,  les 
varicosites  aux  pommettes,  la  disparition  des  poils,  en  particulier 
aux  aisselles. 

Reste  a  fixer  dans  ces  symptomes  la  valeur  respective  de  1’in- 
suffisance  hepatique  et  de  l’atteinte  vegetative.  La  rougeur  de  la 
face  avec  varicosites  est  attribuee  d’ordinaire  a  1’insuffisance 
hepatique.  Le  fait  est  possible  dans  beaucoup  de  cas,  mais  chez 
les  malades  que  nous  avons  observees  il  s’agit  d’une  congestion 
diffuse  de  toutes  les  joues  pour  laquelle  il  est  bien  difficile  de  ne 
pas  penser  a  un  trouble  sympathique.  La  plupart  des  insuffisan- 
ces  hepatiques  ne  presentent  pas  cette  congestion.  Ce  qui  nous 
parait  le  plus  typique  au  point  de  vue  vegetatif,  ce  sont  les  crises 


(1)  Marchand  et  Courtois.  —  Loc.  cit. 


SOC1ETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


sudorales  et  les  troubles  vaso-moteurs.  Nous  nous  demandons  si 
certains  etats  congestifs  transitoires  (poumons)  ne  sont  pas  ega- 
lement  des  troubles  vegetatifs.  L’atteinte  du  systeme  nerveux 
visceral  met  certainement  les  alcooliques  chroniques  en  etat  de 
faible  resistance  organique,  ce  qui  explique  en  partie  la  gravite 
des  maladies  intercurrentes. 

M.  Marchand.  —  II  est  interessant  de  voir  combien  sont  leses 
les  ganglions  sympathiques  chez  les  alcooliques  chroniques  pre- 
sentant  des  symptomes  graves  d’ordre  neuro-vegetatif  ;  mais,  a 
propos  des  lesions  encephaliques,  je  ne  crois  pas  qu’on  puisse 
localiser  les  lesions  dans  la  region  mesodiencephalique  et  en  par- 
ticulier  dans  les  corps  mamillaires.  Dans  l’alcoolisme  chronique 
et  surtout  dans  le  syndrome  de  Korsakoff,  les  lesions  du  cortex 
sont  extremement  accusees  ;  on  peut  meme  dire  que  chez  les 
alcooliques  chroniques  tout  le  systeme  nerveux  est  lese,  comme 
d’ailleurs  la  plupart  des  organes  et  specialement  le  foie.  C’est  la 
remarque  que  je  faisais  au  Congres  de  Rabat  a  propos  d  une 
communication  de  Steck  sur  les  lesions  de  la  region  infundibulo- 
tuberienne  et  des  corps  mamillaires  chez  les  alcooliques  atteints 
de  delirium  tremens  et  de  psychose  de  Korsakoff. 

M.  Guiraijp,.  —  Les  lesions  sont  en  effet  disseminees.  Mais  elles 
me  paraissent  predominer  dans  la  region  du  troisieme  ventri- 
cule.  Et  dans  un  cas  ou  les  troubles  vegetatifs  sont  aussi  accuses 
qu’ils  1’etaient  dans  le  notre,  on  voit  que  les  ganglions  sympathi¬ 
ques  eux-memes  sont  atteints. 


Tentatives  de  suicide  repetdes  chez  un  instable  ddprimd  sans 
travail  (presentation  du  malade),  par  MM.  Laignel-Lavastine, 
Georges  d’HEUCQUEViLLE  et  J.-J.  Sambron. 

Le  malade,  que  nous  avons  l’honneur  de  presenter,  est  remar- 
quable  par  les  multiples  cicatrices  lineaires  et  paralleles  de  coups 
de  rasoir  sur  les  avant-bras. 

Ce  jeune  homme  de  21  ans  a  trouve,  des  son  entree  dans  la  vie, 
des  conditions  sociales  anormales,  sur  lesquelles  insisterait  un  adepte 
de  la  theorie  sociologique  du  suicide.  II  est  ne  dans  la  confession 
protestante.  II  n’a  pas  connu  son  pere,  qui  avait  abandonne  sa  mere, 
et  avait  ete  condamne,  pour  abandon  de  famille,  a  une  pension  ali- 
mentaire.  Sa  mere  est  morte,  vraisemblablement  tuberculeuse,  alors 
qu’il  avait  7  ans.  Recueilli  par  ses  grands-parents,  il  a  vu  disparaitre 


SEANCE  DU  13  FEVRIER  1936 


219 


d’abord  son  grand-pere  en  1933,  puis  sa  grand’mere  1’an  dernier,  tous 
deux  octogenaires. 

Pas  d’antecedeni  pathologique  notable  dans  la  premiere  enfance. 
Le  malade  poursuit  des  etudes  secondaires  au  college  superieur  de 
Metz.  II  remplit,  quelque  temps,  les  fonctions  de  secretaire  aupres 
d’un  romancier  allemand.  La  puberte  s’etait  installee  sans  incident, 
sans  acces  de  depression,  ni  tentative  de  suicide.  II  accomplit  nor- 
malement  son  service  militaire. 

Au  retour  du  service  militaire,  il  subvient  tant  bien  que  mal  a  ses 
besoins,  mais  prend  bientot  le  parti  de  contracter,  en  1929,  un  enga¬ 
gement  dans  les  armees  coloniales. 

En  Syrie,  en  1932,  il  a  une  meningite  cerebro-spinale  grave, 
qui  entraine  sa  reforme  apres  cinq  mois  de  traitement.  L’infectiori 
se  complique  d’hemiplegie  gauche,  de  dysarthrie  transitoire.  A  son 
retour  en  France,  il  doit  etre  hospitalise  au  Val-de-Grace  pour  des 
sequelles,  paralysie  faciale  gauGhe,  cephalee  persistante.  Dans  les 
mois  qui  suivent,  il  est  encore  traite  pour  caries  dentaires  rapides, 
hydarthrose,  appendicite.  Bref,  l’etat  general  a  subi,  apres  la  menin¬ 
gite,  une  atteinte  profonde. 

Retabli,  le  malade  acquiert,  avec  ses  economies,  un  fonds  d’epice- 
rie  a  Bordeaux.  En  quelques  mois,  il  tombe  en  faillite,  ce  qui  n’a  rien 
d’etonnant. 

Depuis  lors,  ayant  en  outre  perdu  entre  temps  ses  grands-parents, 
ses  seuls  soutiens  naturels,  il  traine  une  existence  miserable,  travail- 
lant  par  courts  intervalles,  et  secouru  au  «  Refuge  de  l’Armee  du 
Salut  » ,  ou,  meme  protestant,  constate-t-il  avec  amertume,  il  lui  faut 
verser  une  pension  modique. 

C’est  dans  ces  circonstances  qu’il  commet  sa  longue  serie  de  tenta- 
tives  de  suicide. 

La  premiere  remonte  a  juin  1935,  a  5  heures  du  soir.  Revenant 
d’une  tournee  d’embauches  infructueuse,  il. trace  avec  un  couteau  deux 
longues  scarifications  paralleles  et  transversales  sur  la  face  anterieure 
du  poignet  gauche,  puis  sept  autres,  egalement  transversales  et  paralle¬ 
les,  de  bas  en  haut,  sur  la  face  dorsale.  Il  est  traite  a  l’Hopital  de 
Montfermeil. 

La  seconde  tentative  date  d’aout  1935.  Le  malade  avait  travaille 
quelques  semaines  dans  les  champs.  Il  cherche  un  emploi  a  Paris,  et, 
ses  recherches  demeurant  vaines,  un  soir,  a  6  heures,  il  se  jette  dans  la 
Seine,  du  quai  de  Bercy.  Il  est  traite  a  l’Hopital  Saint-Antoine. 

Puis,  se  place  un  leger  incident  medico-legal.  Ayant  perdu  sa  bicy- 
clette,  il  en  vole  une  autre  qu’il  revend  et  produit  une  fausse  facture. 
Bref,  il  est  condamne  par  la  HP  Chambre,  purge  une  peine  de  prison, 
et  sort  libere  le  26  decembre  dernier,  avec  un  modeste  pecule. 

Le  8  janvier,  il  entre  a  la  Pitie,  en  etat  d’intoxication  barbiturique 
peu  profonde  :  il  avait  absorbe  un  tube  de  comprimes  de  gardenal  a 
0,10  et  un  demi-tube  de  comprimes  de  veronal  a  0,20. 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Bien  reveille,  le  10  janvier,  il  s’isole  dans  les  cabinets,  et,  a  1’aide 
d’une  lame  de  rasoir  Gillette,  il  se  creuse  deux  estafilades  a  la  face 
laterale  gauche  du  cou,  obliques  en  bas  et  en  avant,  nettement  en 
arriere  du  bord  anterieur  du  sterno-mastoidien.  (Au-dessus  du  maxil- 
laire  inferieur,  on  remarque  deux  cicatrices  rectilignes,  mais  ces 
dernieres  sont  anciennes,  de  nature  accidentelle). 

Ce  malade,  lucide  et  intelligent,  ne  se  departit  guere  d’une  attitude 
concentree,  soucieuse,  mais  repond  de  bonne  grace.  Pendant  son  se- 
jour  a  I’hopital,  nous  n’avons  releve  aucune  crise  ni  anxieuse,  ni 
nevropathique,  ni  comitiale.  Le  sommeil  est  satisfaisant. 

Examen  physique.  —  Leger  strabisme  interne,  pupilles  a  peine 
paresseuses  ;  pas  de  sequelle  d’hemiplegie  gauche  ;  reflexes  tendi- 
neux  polycinetiques  a  droite  ;  reaction  cutanee  plantaire  normale  : 
reflexes  cremasteriens  et  cutanes  abdominaux  normaux  ;  tremblement 
discret  des  extremites  ;  cceur  normal  ;  tension  arterielle  :  11/8  ; 
troubles  digestifs  fonctionnels  :  anprexie,  pesanteur  gastrique,  point 
cystique,  colon  spasme,  alternatives  de  diarrhee  et  de  constipation  , 
reaction  oculo-cardiaque  tres  positive. 

On  ne  met  en  evidence  nul  stigmate  dystrophique  net  ;  a  noter  une 
legere  asymetrie  faciale,  le  cote  droit  un  peu  retreci,  des  oreilles 
assez  frustes,  un  appendice  xyphoide  rudimentaire. 

Dans  l’ordre  psychique,  la  malade  accuse  des  alternatives  d’eupho- 
rie  et  de  depression,  de  rythme  diurne,  la  nuance  melancolique 
restant  dominante.  Le  soir,  il  eprouve  un  decouragement  profond, 
qu’il  n’exteriorise  nullement  par  des  manifestations  anxieuses.  Mais 
toutes  ses  tentatives  de  suicide  ont  ete  accomplies  vers  5  ou  6  heures 
du  soir.  Le  matin,  il  reprend  courage. 

Il  sait  qu’il  se  retrouvera  sans  travail  a  la  sortie  de  I’hopital,  et 
qu’il  devra  recourir  a  un  nouveau  mode  de  destruction.  Il  accepte 
cette  eventualite  avec  un  fatalisme  exempt  de  revolte.  «  Il  compte 
recourir,  cette  fois,  aux  barbituriques,  pour  avoir  lu  dernierement 
un  recit  de  ce  genre  dans  Marcel  Proust.  »  . 

Chez  ce  malade,  la  depression  ne  s’accompagne  de  nul  systeme 
delirant.  Le  jugement,  et  generalement  toutes  les  fonctions  intellec- 
tuelles,  appreciees  aux  tests  usuels,  apparaissent  intactes.  Les  pertur¬ 
bations  interessent  seule  la  sphere  affective. 

Nous  avons  presente  ce  malade  a  la  Societe  en  raison  surtout  de 
l’interet  pittoresque  de  ses  tentatives  et  de  leur  repetition.  Ajoutons 
neanmoins  qu’il  pose  un  triple  probleme  diagnostique,  etiologique 
et  medico-legal. 

Ce  malade  est  manifestement  un  deprime.  Il  n’offre  aucun 
caractere  d’hebephrenique.  Mais  sa  depression  revet  une  forme 
peu  commune.  Elle  presente  une  exacerbation  vesperale,  aigue 
et  reguliere.  Elle  ne  comporte  aucun  syndrome  anxieux,  aucune 
inhibition  ni  ralentissement  intelleetuel.  C’est  pourquoi  elle  se 


SEANCE  DU  13  FEVRIER  1936 


221 


rapproche  du  decouragement  legitime  qui  suit  l’insucees  dans  la 
recherche  du  travail. 

D’autre  part,  on  peut  se  demander  si  on  doit  incriminer  la 
meningite  cerebro-spinale  severe  de  1932.  La  depression  actuelle 
en  constitue-t-elle  une  sequelle  affective  parmi  les  autres  sequel- 
les,  nerveuses  ou  infectieuses,  enumerees  ?  Ce  sujet,  intelligent, 
qui  subvenait  auparavant  a  ses  besoins,  en  quelques  mois  englou- 
tit  ses  economies,  fait  faillite  et  se  declasse  tout  a  fait.  Dans 
quelle  mesure  cet  evenement  depend-il  des  sequelles  de  la  me¬ 
ningite  cerebro-spinale,  c’est  tres  difficile  a  dire.  En  tous  cas  cette 
mesure  parait  petite  dans  le  determinisme  de  ces  manifestations 
de  decouragement  marquees  par  le  double  caractere  d’impulsi- 
vite  et  de  repetition  en  pleine  luddite. 

Du  point  de  vue  medico-legal,  il  ne  parait  guere  possible  d’assi- 
miler  notre  malade  aux  anciens  encephalitiques  atteints  de  per¬ 
turbations  affectives  profondes.  II  se  presente,  avant  tout,  comme 
un  instable  constitutionnel,  qui  a  besoin  d’etre  encadre.  Son  acti¬ 
vity,  normale  au  regiment,  est  incapable  de  fruit  quand  il  est 
livre  a  lui-meme.  Cette  remarque  dicte  un  conseil  :  se  rengager. 
L’internement  aussi  encadrerait  notre  homme  ;  mais  la  mesure 
nous  parait  un  peu  rude. 

En  resume,  l’interet  de  ce  malade  est  double  :  pittoresque  et 
medico-social. 

Les  multiples  cicatrices  cutanees  d’incisions  superficielles 
demontrent  des  tentatives  de  suicides  un  peu  molles,  comme  on  en 
releve  chez  des  instables,  qui  passent  pour  hysteriques. 

Quant  a  l’interet  medico-social,  il  est  encore  plus  psyehologi- 
que  que  psychiatrique. 

M.  Rene  Charpentier.  —  Il  y  a  lieu  de  faire  des  reserves 
sur  ces  tentatives  de  suicide,  tant  a  cause  du  caractere  manifeste- 
ment  peu  dangereux  de  certaines  (egratignures  ou  estafilades  de  la 
face  posterieure  du  poignet  par  exemple),  qu’a  cause  de  la  Cons¬ 
tance  et  de  la  repetition  des  echecs.  Il  est  permis  de  se  demander 
si  cet  ancien  soldat  colonial,  qui  n’arrive  pas  a  se  tuer,  en  a  vrai- 
ment  un  si  grand  desir. 

M.  Rayneau.  —  Comme  le  dit  M.  Rene  Charpentier,  il  ne  parait 
pas  avoir  une  bien  grande  envie  de  mourir  mais  vouloir  ameliorer 
sa  situation  sociale. 

(1)  Laignel-Lavastine,  Georges  cI’Heucqueville  et  M.  Gautier.  —  Tenta¬ 
tive  de  suicide  par  la  hache  d’un  alcoolique,  au  debut  d’une  paralysie  gene¬ 
rate.  Annales  Medico-Psychologiques,  XCII,  n°  5,  p.  741,  mai  1934. 


222 


S0C1ETE  MEDIC0-PSYCH0L0G1QUE 


M.  Georges  Dumas.  —  II  coirvient,  quand  on  parle  du  suicide  et 
de  Durkheim,  de  bien  preciser  ce  qu’il  entendait  par  facteur 
social.  Ce  n’est  pas,  comme  on  a  l’air  de  le  croire  trop  souvent,  le 
retentissement  conscient  des  incidents  sociaux  sur  l’individu. 
C’est  le  phenomene  inconscient  pour  l’individu  de  sa  disintegra¬ 
tion  sociale  ;  c’est  le  fait  de  subir  la  societe  sans  sentir  qu’on  la 
subit. 

M.  d’Heucqueville.  —  Je  crois  personnellement  que  le  facteur 
biologique  de  la  meningite  est  tres  important  et  qu’il  y  a  lieu 
indiscutablement  d’interner  le  sujet  ;  vivant  deja  a  l’Armee  du 
Salut  il  est  deja  a  la  charge  de  la  societe,  il  sera  mieux  a  sa  place 
a  l’asile. 


La  seance  est  levee  a  11  heures  30. 


Les  secretaires  des  seances, 
Paul  Abely  et  P.  Garrette. 


SEANCE  DU  n  FEVR1ER  1936 


223 


Seance  du  lundi  24  fevrier  1935 


Presidence  :  M.  VURPAS,  president 


Adoption  du  proces-verbal 

Le  proces-verbal  des  seances  du  jeudi  9  janvier  1936  et  du  lundi 
27  janvier  1936  est  adopte. 

Correspondance 

M.  Paul  Courbon,  Secretaire  general.  —  La  correspondance  manus- 
crite  comprend  : 

une  lettre  du  Dr  Rene  Charpentier,  vice-president,  qui  s’excuse  de 
ne  pouvoir  assister  a  la  seance  ; 

une  lettre  du  Dr  Reginald  Worth,  secretaire  general  de  The  Royal 
Medico-psychological  Association,  qui  remercie  la  Societe  Medico- 
psychologique  des  sentiments  de  condoleances  exprimes  a  l’occasion 
de  la  mort  de  Sa  Majeste  George  V  ; 

une  lettre  du  Professeur  Parhon  et  du  Dr  Goldstein,  de  Bucarest, 
presentant  a  la  Societe  leur  Traite  d’Endocrinologie  sur  les  parathy- 
roides  ; 

une  lettre  du  Dr  Ayreux,  secretaire  general  du  Conseil  general  des 
Societes  medicales  d’arrondissements  de  Paris,  priant  les  membres 
de  la  Societe  Medico-psychologique  de  seconder  1’effort  de  ces  Socie¬ 
tes  pour  reprouver  hautement  les  precedes  de  reclame  de  certains 
medecins  qui  se  font  de  la  publicity  dans  la  grande  presse  ; 

une  lettre  du  Dr  Roger  An  glade,  qui  remercie  la  Societe  de  l’avoir 
elu  membre  titulaire  ; 

des  lettres  de  Mile  le  Dr  Derombies,  et  de  Mme  le  Dr  Masson,  qui 
remercient  la  Societe  de  les  avoir  elues  membre  correspondant  na¬ 
tional. 


Date  de  la  stance  du  mois  d’avril 

Le  deuxieme  jeudi  du  mois  d’avril  se  trouvant  pendant  la  periode 
des  vacances  universitaires,  la  Societe  decide  de  ne  tenir  au  mois 


224 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHGLOGIQUE 


d’avril  qu’une  seule  seance  qui  aura  lieu  le  lundi  27  avril  1936,  a 
4  heures,  au  siege  de  la  Societe  Medico-psychologique,  12,  rue  de 
Seine  (VIe  arrondissement). 

Declaration  de  vacance  d’une  place  de  membre  titulaire 

Une  place  de  membre  titulaire  est  declaree  vacante  ;  les  candida¬ 
tures,  accompagnees  d’un  expose  de  titres  et  de  travaux  scientiflques, 
devront  etr'e  parvenues  au  secretaire  general  avant  le  lundi  23  mars 
1936,  date  a  laquelle  sera  designee  la  Commission  chargee  de  l’exa- 
men  de  ces  candidatures  :  l’election  aura  lieu  a  la  seance  du  lundi 
27  avril. 

Election  d’un  membre  correspondant  national 

Apres  lecture  d’un  rapport  de  M.  Guiraud  au  nom  d’une  Commis¬ 
sion  composee  de  MM.  Guiraud,  Marchand  et  Simon,  il  est  procede 
au  vote  sur  la  candidature  de  Mile  le  Dr  Deschamps,  au  titre  de 


membre  correspondant  national. 

Nombre  de  votants  .  20 

Majorite  absolue  .  11 

A  obtenu  : 

Mile  le  D1'  Deschamps  .  20  voix. 


Mile  le  Dr  Deschamps  est  elue  membre  correspondant  national  de 
la  Societe  Medico-psychologique. 

Election  d’un  membre  associd  etranger 

Apres  lecture  d’un  rapport  de  M.  Courbon  au  nom  d’une  Commis¬ 
sion  composee  de  MM.  Rene  Charpentier,  Courbon  et  Fillassier,  il 
est  procede  au  vote  sur  la  candidature  de  M.  le  D.r  Alberto  Brochado, 
au  titre  de  membre  associe  etranger. 

Nombre  de  votants  .  20 

Majorite  absolue  .  11 

A  obtenu  : 

M.  le  Dr  A.  Brochado  .  20  voix. 

M.  le  Dr  A.  Brochado,  de  Porto,  est  elu  membre  associe  etranger  de 
la  Societe  Medico-psychologique. 

Rapport  de  la  Commission  sur  les  Assistantes  Sociales 

A  la  demande  des  membres  de  la  Commission,  ce  rapport  est  remis 
a  une  date  ulterieure. 


SEAXCE  DU  24  FEVRIER  1936 


225 


COMMUNICATIONS 


Syndrome  catatonique  consecutif  a  une  intolerance 
au  novarsenobenzol,  par  M.  Aubin. 

Au  cours  de  ces  dernieres  annees,  l’experimentation  et  les 
observations  cliniques  ont  apporte,  ici  meme,  d’importantes  preci¬ 
sions  sur  la  nature  et  les  conditions  d’apparition  du  syndrome 
catatonique  en  dehors  de  la  demence  precoce. 

Dans  nombre  de  psychoses  (melancolie  avec  stupeur,  demence 
senile,  etc.),  d’infections  et  de  toxi-infections  (fievre  typho'ide, 
encephalites,  coli-bacillose),  on  en  a  montre  l’existence  :  nean- 
moins,  certains  auteurs  refusent  encore  d’identifier  la  catalepsie 
toxique  et  la  catatonie  vraie  (1),  et  c’est  ce  qui  nous  incite  a 
verser  au  debat  l’observation  suivante  : 

S...,  legionnaire,  observe  a  l’hopital  de  Fez. 

Rien  a  signaler  dans  les  antecedents,  sauf  : 

En  1930,  au  Tonkin,  chancre  et  serie  de  novarsenobenzol  (un  0,90). 
Pas  d’accidents  secondaires. 

En  1931,  a  Tlemcen,  nouveau  traitement  au  914  (deux  0,90). 

En  avril  1932,  a  Bel- Abbes,  lesion  en  medallion  de  la  taille  d’une 
piece  de  0,50  qui  guerit  avec  une  nouvelle  serie  de  novar. 

En  juin  1932,  a  Fez,  apparition  de  douleurs  dans  le  nez,  elimina¬ 
tion  de  fragments  osseux  provenant  des  fosses  nasales,  odeur  infecte. 
Neanmoins,  part  en  colonne. 

En  octobre  1932,  angine  diphterique,  serotherapie  intense.  Para- 
lysie,  puis  perforation  du  voile.  Recoit  15  injections  de  cyanure  et 
10  de  bismuth  ;  a  ce  moment  apparait  une  gomme  a  l’angle  externe 
de  l’oeil  gauche. 

En  septembre  1933,  au  cours  des  Operations  dans  l’Atlas,  apparais- 
sent,  a  la  region  sacro-iliaque,  a  droite  et  a  gauche  de  la  ligne  me- 
diane,  deux  ulcerations  atteignant  cinq  centimetres  de  diametre  et 
au  thorax  d’autres  gommes  plus  petites. 

Le  24  octobre  1933,  syphilides  multiples  du  tronc,  enormes  ulce¬ 
rations  des  fesses,  perte  de  substance  du  rhino-pharynx,  troubles 
visuels  de  l’oeil  gauche. 

Le  5  novembre,  10  minutes  apres  une  injection  de  0,60  de  Novar, 
le  malade  est  pris  de  violentes  douleurs  dans  tout  le  corps,  il  se  roule 

(1)  I. eland,  E.  H  INS  IK.  —  Analyse  Annates  Medico-psychologiques,  juillet 
1933,  p.  255. 

Ann.  Med. -psych.,  XVf  serie,  94°  annee,  t.  I.  —  Fevrier  1936.  15. 


226 


SOCIETE  MEDIC0-PSYCI10L0GJQVE 


dans  son  lit  tant  il  souffre,  puis  au  bo.ut  d’un  quart  d’heure  survien- 
nent  successivement  des  vomissements,  une  violente  debacle  intesti- 
nale  avec  sang,  des  epistaxis,  et,  deux  heures  plus  tard,  des  hemorra- 
gies  profuses  au  niveau  des  ulcerations  cutanees  ;  temperature  40,8  ^ 
pouls  108. 

Nouvelles  hemorragies  le  7  novembre.  Chute  rapide  de  la  tempera¬ 
ture  et  du  pouls. 

Le  9,  l’etat  general  est  ameliore,  mais  on  observe  de  l’oedeme  de 
la  face,  des  mains,  des  membres  inferieurs,  albuminurie.  Tension 
normale,  foie  un  peu  gros  et  douloureux. 

Le  13  novembre,  albuminurie  (1,20  %*),  hypochlorurie  (5,85  %), 
uree  a  0,80  %»,  Maillard  4,2.  Presence  de  sang  dans  les  urines.  Hecht 
et  Bordet-Wassermann  +  +  +  dans  le  sang. 

Depuis  le  7  novembre,  la  temperature  et  le  pouls  descendent  pro- 
gressivement  ;  la  courbe  thermique  s’abaisse  au-dessous  de  37,  puis. 
de  36  ;  les  pulsations  passent  de  80  a  52.  (Tous  les  renseignements 
ci-dessus  m’ont  ete  fournis  par  l’observation  du  Medecin-lieutenant 
Paleologue). 

Le  22  novembre,  vers  4  heures  du  matin,  le  malade  se  reveille,  nous, 
dit-il,  avec  une  douleur  generalise  ;  il  tremble,  il  n’d  plus  la  force 
de  faire  un  mouvement.  Il  est  transfere  dans  notre  service  le  soir 
meme.  Son  teint  est  pale,  le  facies  stuporeux,  legerement  asymetri- 
que,  nous  constaterons  un  peu  plus  tard  plus  nettement  l’existence 
d’une  paralysie  faciale  gauche  ;  leger  strabisme  divergent  avec  exoph- 
talmie  et  regard  fixe  vers  le  bas. 

Les  reflexes  osteo-tendineux  sont  normaux  et  symetriques,  le  plan- 
taire  en  flexion,  etc.  Liquide  cephalo-rachidien  normal. 

La  temperature  est  tombee  a  35°1,  le  pouls  est  a  54. 

Les  ulcerations  suppurent,  l’haleine  est  d’une  extreme  fetidite. 

Ce  qui  frappe  immediatement,  c’est  l’aspect  catatonique  de  ce 
malade  :  il  conserve  deux  ou  trois  minutes  les  attitudes  qu’on  lui  fait 
prendre,  puis,  lentement,  le  membre  mobilise  s’abandonne  a  la  pesan- 
teur  ;  les  mouvements  passifs  donnent  la  classique  impression  de 
flexibilite  cireuse,  les  gestes  de  flexion  et  d’extension  du  coude  accom- 
pagnes  a  trois  ou  quatre  reprises  se  poursuivent  d’une  maniere  auto- 
matique  une  dizaine  de  fois, 

Le  mustisme  est  a  peu  pres  total,  ne  s’interrompt  que  pour  quelques. 
paroles  inintelligibles,  mais  la  comprehension  reste  entiere  :  les 
ordres  sont  executes  et  l’on  remarque  un  certain  degre  de  suggesti- 
bilite  (ebauche  de  mouvements  imitant  ceux  du  medecin).  Enfln, 
quelques  grimaces  et  gestes  stereotypes,  des  rires  et  pleurs  immotives. 
completent  ce  tableau. 

Dans  la  nuit,  il  est  tres  excite  ;  ses  cris  empechent  tous  les  malades 
de  la  salle  de  dormir. 

Le  23  et  dans  la  matinee  du  24,  son  mutisme  est  complet,  le  syn¬ 
drome  catatonique  persiste. 

A  la  contre-visite  de  l’apres-midi,  nous  trouvons  le  malade  enfoui 


SEANCE  DU  U  FEVR1ER  1936 


227 


dans  son  oreiller.  Brusquement,  il  s’accoude,  puis  s’assied  :  son  visage 
s’est  anime,  son  teint  s’est  un  peu  colore  et  avec  la  plus  grande 
aisance,  il  nous  declare  spontanement  :  «  Maintenant,  9a  va  mieux  • 
j’ai  cru  que  j’allais  mourir  ;  en  voyant  circuler  le  pasteur  (l’aumo- 
nier),  j’ai  pense  que  c’etait  la  fin.  »  II  se  met  a  pleurer,  puis  de  nou¬ 
veau  s’eclaire,  sourit  et  nous  donne  des  renseignements  assez  precis 
sur  nos  visites  pendant  la  periode  de  stupeur.  Il  est  bien  oriente,  mais 
fait  erreur  dans  ^appreciation  de  son  sejour  a  I’hopital.  (Il  pense  y 
etre  depuis  4  jours  alors  qu’il  n’est  entre  que  48  heures  auparavant; 
malgre  notre  rectification,  six  semaines  plus  tard,  il  fera  la  meme 
erreur). 

Le  lendemain  soir,  la  temperature  qui  etait  demeuree  aux  environs 
de  35°  remonte  brusquement  a  36°4  et  atteindra  la  normale  une  se- 
maine  plus  tard.  L’etat  general  s’ameliore  avec  une  rapidite  prodi- 
gieuse.  La  paralysie  faciale  disparait. 

Le  psychisme  pendant  quelques  jours  encore  presentera  cette 
allure  hypomaniaque  ebauchee  le  23  :  euphorie  avec  brusques  sautes 
d’humeur,  depressions  fugaces,  subexcitation,  loquacite,  hypermi- 
mie,  etc... 

Il  devient  ensuite  parfaitement  normal. 

Ces  souvenirs  de  la  periode  catatonique  restent  assez  nets  :  il  nous 
decrit  avec  exactitude  son  arrivee  a  l’hopital,  les  preparatifs  de  la 
ponction  lombaire,  etc. 

Par  contre,  un  certain  nombre  de  faits,  sans  charge  affective  pour 
lui,  il  est  vrai,  n’ont  pas  ete  fixes. 

Il  assure  avoir  voulu  faire  effort  pour  repondre  a  nos  questions  ; 
il  les  comprenait  parfaitement,  mais  ne  pouvait  articuler  un  seul 
mot  (en  realite,  nous  n’eumes  pas  l’impression  qu’il  fit  cet  effort).  Il 
avait  des  bourdonnements  d’oreille,  la  gorge  serree,  une  oppression 
extremement  penible.  Il  avait  peur  de  mourir.  Un  peu  plus  tard,  il  ne 
ressentit  qu’un  profond  decouragement,  une  grande  envie  de  pleurer. 

En  resume,  ce  sujet,  qui  a  contracts  la  syphilis  en  1930,  pre¬ 
sen  ta  les  annees  suivantes,  malgre  le  traitement  ou  plutot  en 
raison  de  traitements  insuliisants,  des  lesions  cutanees  multiples 
et  rhino-pharyngees  ;  en  novembre  33,  a  la  suite  d’une  injection 
de  0,60  de  Neo.,  il  fait  une  severe  reaction  d’Herxheimer,  puis, 
17  jours  plus  tard,  des  accidents  nerveux  graves,  accompagnes 
d’un  syndrome  catatonique  typique,  comme  si  cet  effet  toxique 
si  particular,  et  qui  ne  s’etait  nullement  manifesto  les  annees 
precedentes,  avait  exige,  pour  se  produire,  une  certaine  limite 
de  resistance  de  l’organisme,  un  certain  taux  d’affaiblissement 
du  nevraxe. 

L’origine  toxique  de  ce  dernier  episode,  son  apparition  brus¬ 
que,  son  evolution  rapide,  en  font  un  veritable  exemple,  chez 


228  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

l’homme,  de  «  catatonie  experimentale  »  ;  une  reserve  toutefois 
serait  a  faire  sur  le  role  possible  de  l’infection  specifique  reacti- 
vee,  si  de  recents  travaux  n’avaient  demontre  la  nature  toxique 
des  accidents  nerveux  (1). 


Delire  d’analogie  chez  un  Hindou,  par  M.  Aubin. 

Le  processus  d’explication  par  analogic  est  frequent,  mais  ll 
n’est,  dans  la  plupart  des  cas,  qu’episodique  ou  accessoire  derriere 
un  cortege  predominant  de  troubles  sensoriels,  d’interpretations, 
d’intuitions,  de  deductions  ou  deductions  plus  ou  moins  en 
marge  des  lois  de  la  methodologie. 

Ce  qui  fait,  pensons-nous,  l’interet  du  cas  que  nous  rapportons, 
c’est  la  precocite,  la  constance  et,  pourrait-on  dire,  la  rigueur  du 
raisonnement  analogique  utilise.  Des  le  debut  et  jusqu’au  bout  de 
1 ’episode  delirant,  le  malade  construit  son  delire  en  suivant,  d’une 
maniere  stricte,  la  legende  qu’il  a  choisie  pour  theme. 

II  s’agit  d’un  brahmanine  caste,  age  de  33  ans,  commis  du  Tresor, 
ancien  eleve  du  seminaire,  qui  fut  conduit  a  l’hopital  colonial  a  la 
suite  d’une  fugue  anxieuse  qui  lui  a  fait  abandonner  son  poste  et  sa 
famille,  porter  plainte  au  Procureur  de  la  Republique  contre  des  mal- 
faiteurs  :  ils  ont  envahi  sa  maison,  Pont  demolie  ;  ils  ont  enleve  sa 
femme  et  commis  des  meurtres.  Lui-meme  a  ete  poursuivi  avec  des 
cris  effrayants  que  couvraient  des  appels  epouvantes,  etc... 

Le  courant  de  la  pensee  est  diffus,  incertain  ;  le  malade  s’em- 
brouille,  perd  le  fil  de  ses  idees. 

Ce  paroxysme  sub-confusionnel  s’apaise  rapidement  a  l’hopital  et 
des  le  lendemain  il  peut  exposer  avec  ordre  un  delire  dont  voici  le 
theme  general. 

Rappelons  d’abord  en  quelques  mots  la  legende  du  Ramayana  dont 
s’est  inspire  notre  malade  : 

«  Latchoumane,  frere  de  Rama,  avait  coupe  les  oreilles  a  la  soeur 
de  Ravana,  geant  a  dix  tetes,  roi  de  Ceylan  ;  ce  dernier,  pour  se 
venger,  enleva  Sitte,  femme  de  Rama.  Apres  une  serie  de  luttes  epi- 
ques  et  d’exploits  prodigieux,  et  grace  au  concours  de  Hanouman, 
roi  des  singes,  Ravana  fut  vaincu  et  tue.  » 

(1)  Ceux-ci  peuvent  se  produire  en  dehors  meme  de  la  syphilis,  par  exem- 
ple  dans  le  traitement  de  1’angine  de  Vincent,  et  dans  un  delai  de  12  heures 
a  70  jours  ;  l’examen  anatomique  montre  une  nevrose  perivasculaire  avec 
foyers  hem,orragiques  encephalo-niedullaires.  (M.  A.  Glaser,  C.  P.  et  S.  W. 
Imerman  :  L’enciiphalite  et  la  myelite  heniorragiques  consecutives  aux  injec¬ 
tions  intra-veineuses  d’arsenobenzol  ;  The  American  Journal  of  the  medical 
sciences,  janvier  1935). 


SEANCE  DU  ||  FEVRIER  1936 


229 


«  Des  le  bas-age  de  7  ans,  nous  dit  le  malade  dont  nous  conservons 
les  savoureuses  expressions,  j’ai  eu  la  passion  de  l’amour  des  femmes; 
a  tel  point  que,  des  ma  sixieme  annee,  j’ai  pu  jouir  en  cette  maniere. 
Deux  femmes  qui  ont  manifesto  le  desir  de  m’aimer  n’ont  pas  hesite 
a  me  ceder  pour  avoir  des  relations  ;  je  les  ai  «  besees  »  en  usant 
d’un  peu  d’energie.  J’ai  commis  d’autres  adulteres  par  le  cceur.  C’est 
le  peche  de  Ravana,  et,  en  expiation,  il  a  eu  son  royaume  et  sa  famille 
detruits. 

«  ...C’est  ce  qui  se  passera  pour  moi.  Je  suis  Ravana.  Rama,  c’est 
mon  beau-frere,  Peroumatt  ou  Ramassamy  ;  X...  n’est  autre  que  Lat- 
choumane.  » 

Sur  ce  theme  sont  brodes  d’innombrables  episodes  qui  rendent  son 
recit  extremement  embrouille,  d’autant  plus  qu’il  utilise  tantot  le 
nom  reel  d’un  personnage  de  son  entourage,  tantot  celui  de  son  cor- 
respondant  mythologique. 

A  1’examen,  il  se  presente  a  nous  le  plus  souvent  avec  un  facies 
deprime,  la  voix  hesitante  et  fatiguee,  pessimiste,  decourage  ;  il  a 
parfois  des  raptus  anxieux,  tels  que  celui  qui  a  motive  son  hospitali¬ 
sation  et  d’autres  moins  intenses  que  nous  avons  observes  au  cours 
des  semaines  suivantes. 

Il  cherche  la  correspondance  entre  toutes  les  langues  qu’il  connait 
pour  y  retrouver  les  presages  de  son  destin.  Le  chant  des  oiseaux,  le 
cri  des  margouillats,  des  musaraignes  et  des  crapauds  est  dicte  par 
un  magicien  dont  il  recherche  les  intentions. 

Scrupuleux,  il  se  reproche  des  adulteres  d’intention  (adulteres  par 
le  coeur).  Des  idees  de  destruction,  de .  ruine  le  hantent  :  («  Ma  fa¬ 
mille  sera  detruite,  je  serai  degrade  dans  la  plus  basse  caste,  celle 
des  cordonniers  »),  et  aussi  des  idees  d’ auto-accusation  tres  particu- 
lieres,  bien  impregnees  d6s  idees  religieuses  de  1’Inde  ;  «  J’ai  du 
commettre  des  peches  dans  une  vie  anterieure...  »  Mais  il  sait  en  trou- 
ver  aussi  dans  son  existence  actuelle  :  adulteres  reels,  calomnies  vis- 
a-vis  d’un  collegue  qu’il  a  accuse  d’avoir  vole  trois  roupies  a  la 
caisse  («  Ce  n’est  pas  vrai,  mais  il  en  etait  capable  »),  alors  que  la 
seule  faute  de  ce  dernier  est  de  l’avoir  injurie,  et,  peut-etre,  d’avoir 
«  vole  la  caisse  de  sa  femme  » 

Des  illusions  et  des  hallucinations  apparaissent  au  cours*  des  bouf- 
fees  paroxystiques,  avec  onirisme  : 

«  J’entends  A  —  A  —  A,  ou  —  ou  —  ou.  Des  voix  dans  la  rue  me 
disent  lorsque  je  suis  couche  :  «  Prenez  ce  voleur.  »  On  court  a  toute 
vitesse,  je  cesse  d’entendre.  On  pousse  des  cris  qui  peuvent  entrainer 
la  mort  de  quelqu’un,  comme  le  dernier  soupir  d’un  homme...  J’ai  en- 
tendu  tant  de  bruits,  cris  effrayants,  sifflements,  appels,  que  je  voulais 
me  jeter  dans  un  puits...  Je  suis  comme  Cain  ;  je  vois  partout  ce  que 
j’ai  fait...  Une  sorte  de  magie  me  fait  ecrire.  »  (Impulsions  graphi- 
ques  ?)  . 


230 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHO LOGIQUE 


A  cote  de  tout  cela,  quelques  elements  du  caractere  parano'iaque 
qui  nous  ecartent  de  la  melancolie  vraie  : 

«  Tout  le  monde  me  veut  du  mal  ;  on  est  jaloux  de  moi,  de  ma 
situation,  de  ma  culture...  Je  suis,  malgre  tout,  une  nature  d’elite  ; 
j’ai  un  bel  avenir...  J’ai  etudie  toutes  les  religions  et  toutes  les  philo¬ 
sophies...  La  police  m’en  veut  ;  on  lui  a  fait  signer  des  papiers  contre 
moi...  Je  suis  trop  juste  ;  j’aurai,  en  compensation  de  mes  malheurs 
et  de  mes  merites,  une  bonne  naissance  future.  » 

Son  comportement  est  tantot  celui  d’un  melancolique  anxieux  (agi¬ 
tation  nocturne,  fugues,  humiliations  :  mendie,  couche  chez  un  non¬ 
caste)  ;  tantot  hypersthenique,  agressif  et  violent,  celui  d’un  para¬ 
no'iaque. 

Ce  delire  a  evolue  vers  une  rectification  a  peu  pres  complete.  Revu 
au  bout  de  trois  ans,  N...  etait  parfaitement  calme  et  avait  pu  etre 
reintegre  dans  les  fonctions  d’instituteur. 

Somme  toute,  nous  reconnaissons  dans  ce  tableau  :  un  syndrome 
depressif  indubitable  avec  paroxysmes  anxieux  teintes  d’onirisme,  et, 
d’autre  part,  des  tendances  paranoiaques  du  type  sensitif  de  Kret¬ 
schmer,  et  cet  ensemble  nous  parait  entrer  dans  ce  cadre  de  regrou- 
pement  qu’est  le  delire  d’interpretation  hyposthenique  (Capgras). 

C’est  sur  ce  terrain  que  ce  delire  a  pu  se  developper  ;  les  facteurs 
ethniques  sont  intervenus  pour  lui  donner  une  forme  un  peu  parti- 
culiere  qui  surprend  l’observateur  occidental,  mais  qui  est  adequate 
a  la  formation  psychique  du  malade. 

Connaissant  1’ensemble  des  troubles  observes,  nous  pouvons  main- 
tenant  nous  demander  quelle  est  la  nature  et  la  valeur  semeiologique 
de  ce  raisonnement  analogique. 

Nous  savons  le  gout  des  Orientaux  pour  lui  et  son  intervention  dans 
un  delire  est  un  exemple  significatif  de  l’aspect  que  peuvent  prendre 
les  psychoses  dans  des  contrees  de  civilisation  differente  :  la  mala- 
die  reste  la  meme,  seules  peuvent  varier  les  apparences  exterieures. 
Nous  avons  aux  colonies  verifie  ce  fait  bien  souvent. 

D’ailleurs,  ces  nuances  que  nous  observons  dans  l’espace  sont  celles 
que  l’on  remarque  dans  le  temps,  et  a  ce  propos  je  critiquais  dans 
ma  these  (1)  l’Opposition  classique  depuis  Magnan,  entre  «  Delire  du 
Moyen  Age  »  et  «  Delire  Moderne  ».  C’est  une  distinction  purement 
morphologique  et  il  est  tout  a  fait  inexact  de  reserver  le  premier  aux 
arrieres  et  aux  debiles  chez  lesquels  le  pronostic  pourrait  etre  diffe¬ 
rent.  Le  Delire  du  Moyen  Age  temoigne,  non  d’une  inferiorite  psychi¬ 
que,  mais  d’un  developpement  en  un  milieu  voisin  du  «  Primitif  » 
(au  sens  de  Levy-Briihl).  C’est  un  facteur  purement  sociologique. 

II  y  a  precisement  dans  le  raisonnement  par  analogic  la  marque 
evidente  de  certains  caracteres  que  M.  Levy-Briihl  attribue  a  la  Men- 
talite  Primitive  :  confusion  entre  l’image  et  le  modele,  entre  le  reve 

(1)  Les  delires  de  Metapsychique.  These  de  Bordeaux ,  1927. 


SEANCE  DU  24  FEVRIER  1936 


et  la  realite,  entre  individus,  objets  et  animaux  mystiquement  iden- 
tiques  (Totem). 

C’est  ainsi  que  notre  malade  explique  les  malheurs  conjugaux  dont 
il  se  croit  atteint.  II  nous  dit  :  «  Ma  femme,  Coquili,  a  ete  mordue 
par  iin  chat,  il  y  a  6  ans,  elle  est  devenue  chat  elle-meme.  Moi,  j’ai  ete 
mordu  par  un  rat,  done  je  suis  devenu  rat.  L’occasion  venue,  le  chat 
Coquili  a  attrape  le  rat  N...  » 

Il  n’y  a  encore  la  que  symbolisation  et  croyance  en  la  valeur  d’un 
avertissement  de  la  Providence,  comme  il  nous  l’explique. 

Un  pas  de  plus,  et  nous  arrivons  a  1’identification  par  analogie  entre 
le  Mythe  et  l’histoire  du  malade,  comme  il  le  fait  dans  les  bouffees 
delirantes. 

A  nos  yeux  d’Occidentaux,  un  tel  mode  de  raisonnement  nous  pa- 
rait  bien  fragile  et  demande  a  chaque  instant  le  controle  de  l’observa- 
tion  et  de  1’experience.  Nous  avons  vu  que  pour  le  Primitif  il  peut 
avoir  une  valeur  absolue  ;  le  psychisme  de  1’Indien,  en  general  plus 
evolue,  pourrait  (surtout  en  dehors  du  domaine  metaphysique)  y 
reconnaitre  une  nuance  dubitative  —  supposition  plus  que  certitude 
—  qui  parait  bien  ici  ne  pas  manquer. 

Du  point  de  vue  semeiologique,  il  ne  s’agit  pas  d’une  simple  variete 
^’interpretation  (encore  que  ce  mecanisme  soit  ici  predominant), 
mais  d’une  sorte  de  guide  economique,  de  til  d’Ariane  donnant  imme- 
•diatement  un  sens  precis  et  une  valeur  determinee  a  tous  les  inci¬ 
dents  de  l’ambiance.  Il  devient  ainsi  non  seulement  l’instigateur 
^’interpretations  delirantes,  mais  encore  un  systeme  explicatif  com¬ 
mode  des  troubles  sensoriels,  des  intuitions,  des  etats  affectifs  qu’il 
ressent. 

C’est,  sonime  toute,  un  element  d’organisation  du  delire,  interve- 
nant  entre  le  complexe  organo-ideo-affectif  generateur  de  la  psychose 
et'le  theme  delirant. 

Il  nous  parait  comparable  en  un  sens  aux  paramnesies  ;  c’est  une 
sorte  de  «  deja  vecu  »,  transpose,  —  vecu  par  les  dieux,  au  lieu 
d’etre  vecu  par  le  malade,  - — rapprochement  flatteur  pour  sa  vanite. 
Un  degre  de  plus  (et  j’ai  eu  parfois  l’impression  qu’il  a  ete  franchi), 
■et  ce  croyant  fervent  du  «  samsara  »,  des  reincarnations,  se  deman- 
dera  s’il  n’a  pas  ete  lui-meme  dans  une  vie  anterieure,  l’acteur  divin 
de  la  legende. 

En  resume,  nous  avons  voulu  mettre  en  evidence  l’un  des 
Elements  ethniques  pouvant  intervenir  dans  la  genese  d’un  delire, 
en  fixer  le  theme  et  en  favoriser  le  developpement-facteur  interes- 
sant  a  noter  chez  les  Indigenes  ou  les  conceptions  delirantes  sont 
habituellement  peu  extensives  (cf.  Aubin.  De  quelques  aspects 
des  psychoses  dans  l’lnde.  Annales  de  Medecine  et  de  Pharmacie 
Coloniales,  1933). 


232 


S0C1ETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Etude  clinique  et  pathogenique  des  hallucinations  chez  les 
ophtalmopathes ,  par  MM.  Lhermitte  et  Ajuriaguerra. 

Resume.  —  Six  observations  ou  l’on  voit  des  hallucinations  vi- 
suelles  se  developper  chez  des  sujets  atteints  d’alterations  du  photo* 
recepteur,  de  nature  et  d’intensite  assez  diverses.  Ces  hallucinations 
ne  coraportent  en  elles-memes  aucun  caractere  specifique,  tantot,  et 
le  plus  generalement,  elles  sont  critiquees  par  le  malade  et  identiflees, 
tantot  elles  sont  prises  pour  de  la  realite.  La  lesion  du  photo-reeep- 
teur  apparait  tres  variable,  et  le  plus  souvent  le  debut  de  l’etat 
hallucinatoire  ne  coincide  pas  avec  l’origine  de  la  lesion  ophtalmo- 
pathique.  Nous  soulignons  ce  double  fait  que  les  oscillations  de  l’etat 
hallucinatoire  correspondent  souvent  avec  la  survenance  d’etats  toxi- 
infectieux  ou  de  defaillance  cardiaque,  et  que,  le  plus  souvent,  le 
systeme  nerveux  central  n’est  pas  intact.  La  lesion  du  bulbe  oculaire 
peut  done,  dans  une  certaine  mesure,  diriger  le  processus  hallucina¬ 
toire,  mais  elle  ne  nous  semble  pas  capable  a  elle  seule  de  le  faire 
apparaitre. 

M.  Guiraud.  —  II  me  semble  que  les  presentateurs  attenuent 
trop  l’importance  de  la  lesion  oculaire  dans  la  genese  des  hallu¬ 
cinations  qu’ils  nous  decrivent. 

Si,  pour  les  hallucinations  verbales  des  delirants,  la  discus¬ 
sion  reste  possible,  pour  les  hallucinations  des  ophtalmopathes, 
la  plupart  du  temps  conscientes,  brillantes,  mobiles,  on  doit  dis- 
tinguer  deux  elements  :  1°  une  esthesie  ou  sensation  anormale  ; 
2°  un  mecanisme  d’identification  excessif  qui  deforme  cette 
esthesie  et  la  transforme  en  visages,  animaux,  vetements  bril- 
lants,  etc. 

Dans  ce  cas,  l’esthesie  semble  bien  avoir  pour  cause  les  lesions 
du  globe  oculaire,  ses  caracteres  colores,  scintillants,  mobiles 
semblent  assez  demonstratifs.  Je  rappelle  qu’a  la  derniere  seance, 
M.  Marchand  a  presente  des  dessins  d’une  epileptique  figurant  ses 
hallucinations  visuelles  transitoires  ;  sur  la  plupart  d’entre  eux, 
le  fond  est  constitue  par  une  sorte  de  damier  qui,  par  places,  se 
transforme  en  visages  ou  personnages  ;  or,  beaucoup  de  phos- 
phenes  retiniens  sont  constitues  egalement  par  une  sorte  de 
damier  ou  de  dessin  en  nid  d’abeilles.  Sur  cette  trame,  l’imagina- 
tion  du  malade  applique  diverses  images,  comme  elle  peut  le 
faire  sur  des  nuages  ou  des  taches  d’encre.  A  parler  strictement, 
les  hallucinations  des  ophtalmopathes  sont  des  illusions  dans 
lesquelles  la  sensation  est  provoquee  par  un  excitant  pathologi- 
que.  La  plupart  des  malades  atteints  de  ces  hallucinations  sont 


SEANCE  DU  -H  FEVRIER  i936 


233 


des  vieillards.  On  sait  la  frequence  des  hallucinations  visuelles 
pendant  la  vieillesse. 

M.  Marchand.  —  Chez  l’epileptique  presentee  a  la  derniere 
seance  de  la  Societe,  a  laquelle  M.  Guiraud  fait  allusion,  les 
visions  projetees  et  dessinees  ont  consiste,  des  le  debut  de  leur 
production,  il  y  a  une  dizaine  d’annees,  en  personnages,  en  ani- 
raaux.  Ce  n’est  que  depuis  peu  de  temps  que,  sur  les  dessins,  on 
note  des  petits  cloisonnements,  des  triangles,  des  quadrilateres. 
Ces  phenomenes  hallucinatoires  ne  surviennent  qu’avant  et 
apres  les  accidents  comitiaux.  Je  les  considere  comme  ay  ant  une 
origine  centrale,  sans  aucun  rapport  avec  des  phosphenes  dus  a 
une  ophtalmopathie. 

M.  Porc’her.  —  Je  ne  crois  pas  qu’il  faille  opposer,  comme  Ie 
fait  M.  Guiraud,  dans  l’hallucination,  l’excitation  peripherique,  a 
la  construction  psychologique  centrale.  L’hallucination  est  un  tout 
ne  du  psychisme.  Head  raconte  avoir  objectivement  recherche 
l’etat  de  la  sensibilite  de  tous  les  sujets  d’un  hopital  dont  l’agita- 
tion  hallucinatoire  avait  necessity  l’appel  du  medecin  de  garde,  et 
avoir  tou jours  constate  ^existence  de  zones  hyperesthesiees,  soit 
dans  le  territoire  du  trijumeau,  soit  dans  d’autres  territoires  sen- 
sitifs.  Ces  hyperesthesies  avaient  une  condition  centrale  et  non 
peripherique,  cette  condition  etait  l’etat  hallucinatoire,  semble- 
t-il. 

M.  Guiiraud.  —  Quand  il  s’agit  d’irritation  de  la  calcarine, 
l’esthesie  est  d’origine  centrale  ;  mais  quand  il  s’agit  de  lesions 
oculaires,  elle  est  peripherique  et  differe  simplement  de  la  sensa¬ 
tion  normale,  parce  qu’elle  resulte  d’un  excitant  anormal. 

M.  Courbon.  —  Je  suis  tout  a  fait  de  l’avis  de  M.  Guiraud  sur 
le  mecanisme  de  l’hallucination  des  ophtalmopathes.  Et  je  pense 
avec  M.  Lhermitte  que,  sans  la  coexistence  d’une  predisposition 
mentale  particuliere,  une  lesion  de  l’ceil  ou  des  voies  optiques  ne 
produit  pas  d’hallucinations. 

Ces  malades  de  l’organe  de  la  vue  qui  ont  des  visions  sont  a 
rapprocher  des  malades  de  l’organe  de  l’ouie  qui  ont  des  voix. 
Ceux-ci  sont  beaucoup  moins  rares  qu’on  ne  le  suppose.  Et  Regis 
insistait  sur  la  frequence  des  imperfections  de  l’ouie  chez  les 
psychopathes  atteints  d’hallucinations  auditives. 

La  perturbation  sensorielle  declenche  le  phenomene  psycholo¬ 
gique  de  l’hallucination,  quand  existe  l’aptitude  a  ce  phenomene. 
Cette  aptitude  a  sa  condition  biologique  ailleurs  que  dans  la 
lesion  de  1’organe  des  sens.  La  senilite,  Parteriosclerose,  l’intoxi- 


231 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


cation  semblent  etre,  chez  les  malades  de  M.  Lhermitte,  les  ele¬ 
ments  importants  de  cette  condition  biologique.  Mais  il  yen  a 
d’autres,  d’origine  peut-etre  constitutionnelle. 

M.  Georges  Dumas.  —  Si  l’occlusion  des  yeux  est  sans  influence 
sur  les  visions  penjues  par  les  malades,  si  elles  persistent  a  ce 
moment,  c’est  bien  la  preuve  de  1’insignifiance  relative  du  role 
des  lesions  oculaires. 

M.  Lhermitte.  —  Trois  ordres  de  facteurs  importants  sont  a 
retenir  dans  l’etiologie  du  phenomene  observe  chez  nos  malades  : 
le  facteur  physique  :  age  avance,  lesion  organique  du  systeme 
nerveux,  episode  febrile  toxi-infectieux  ou  cardiaque  ;  le  facteur 
sexe  :  ce  ne  sont  que  des  femmes  et  notre  service  se  compose 
d’autant  d’hommes  que  de  femmes  ;  le  facteur  nycthemeral.  A 
l’heure  du  crepuscule,  un  etat  de  somnolence  a  tendance  a  s’ins- 
taller  et  les  hallucinations  qui  apparaissent  sont  comparables  aux 
hallucinations  hypnagogiques  de  la  periode  de  l’endormissement 
normal. 

M.  Courbon.  —  Si  ces  hallucinations  consecutives  a  des  oph¬ 
thalmopathies  ne  se  rencontrent  que  chez  les  femmes,  n’est-ce 
pas  dans  une  particularity  de  la  mentalite  feminine  qu’il  faut  en 
chercher  la  cause  ?  L’imagination  de  la  femme  est  incontesta- 
ment  beaucoup  plus  vive  que  celle  de  1’homme.  II  serait  inte- 
ressant  de  savoir,  si,  prealablement  a  toute  maladie  des  yeux, 
les  femmes  observees  par  1’auteur  n’avaient  pas,  comme  caractere 
psychologique  commun,  d’etre  douees  d’imagination  representa¬ 
tive  comme  le  sont  beaucoup  d’artistes.  La  malade  presentee  a  la 
derniere  seance  par  M.  Marchand  avait  un  temperament  d’artiste. 

M.  Lhermitte.  —  Nous  n’avons  pas,  sur  le  passe  de  nos  mala¬ 
des,  de  renseignements  permettant  d’affirmer  chez  elles  l’exis- 
tence  ou  la  non  existence  de  ce  temperament. 

M.  Georges  Dumas.  —  Sans  avoir  a  invoquer  la  somnolence,  la 
penombre  peut  provoquer  chez  un  individu  normal  des  illusions 
visuelles,  extremement  nombreuses.  En  se  promenant  a  la  cam- 
pagne  au  crepuscule,  on  peut  voir  apparaitre  dans  le  paysage 
maintes  formes,  maints  spectacles  animes. 

M.  Courbon.  —  Ces  illusions  de  la  demi-obscurite  sont  a  la  base 
des  terreurs  pantophobiques  des  alcooliques,  maintenus  dans 
des  chambres  non  eclairees.  Magnan  insistait  sur  l’importance 
d’un  tres  grand  eclairage  dans  les  infirmeries  et  sur  les  effets 
sedatifs  de  la  lumiere  chez  les  hallucines  par  toxi-infection. 


SEANCE  DU  U  FEVRIER  1936 


235 


M.  Picard.  —  L’etude  des  hallucinations  visuelles  chez  les 
ophtalmopathes  constitue  un  veritable  champ  d’etudes  privilegie 
des  mecanismes  de  l’activite  hallucinatoire,  car  elle  nous  per- 
met  d’apprecier  les  relations  qui  existent  entre  des  perturbations 
elementaires  d’une  plus  ou  moins  forte  sensorialite  et  les  rema- 
niements  psychiques  qui  les  accompagnent.  II  est  sans  doute 
inutile  de  faire  intervenir  constamment  un  facteur  cerebral 
lesionnel  surajoute,  facteur  qui  ne  parait  guere  probable  lors- 
qu’il  s’agit  de  cataractes  traumatiques  ou  de  decollement  de  la 
retine  par  exemple.  Dans  ces  cas,  le  siege  de  l’esthesie  primitive 
parait  devoir  etre  strictement  localise  a  la  peripherie  oculaire 
et  seules  des  perturbations  cerebrales  fonctionnelles  peuvent 
jouer  un  role  favorisant  dans  le  developpement  du  phenomene. 
11  est  deja  assez  curieux  de  constater  que  ce  sont  les  phenomenes 
de  forte  sensorialite  (phosphenes  eclatants)  qui  ont  le  moins 
de  tendance  a  s’imposer  a  la  croyance  delirante  durable.  Par 
contre,  les  elements  simples  ou  peu  colores  sont  generateurs 
de  transfigurations  symboliques  plus  accusees.  C’etait  le  cas 
d’une  malade  dont  nous  avons  rapporte,  avec  Targowla,  l’obser- 
vation  et  qui,  apres  avoir  vu  dans  son  champ  aveugle,  des  chutes 
d’ombres,  a  fini  par  les  preciser  peu  a  peu  dans  le  sens  meme  de 
ses  tendances  instinctives  affectives  et  a  deceler  un  jour,  devant 
nous,  deux  tombes,  deux  croix  et  une  chapelle  funeraire,  le  tout 
surmonte  des  silhouettes  tres  nettes  des  objets  de  sa  haine  fami- 
liale.  Les  choses  se  passent  comme  si  les  pulsions  inconscientes 
remplissaient  le  champ  libere  par  la  lesion  et  habillaient  des 
phenomenes  elementaires  a  la  maniere  de  l’epreuve  de  Rorschach. 
L’on  ne  saurait  depouiller  qu’artificiellement  ces  representations 
hallucinatoires  de  leur  valeur  psychologique.  Dans  son  auto¬ 
observation,  Pick  avait  admirablement  note  1’influence  des  souve¬ 
nirs  ou  des  preoccupations  du  moment  sur  le  contenu  de  ses 
visions  pathologiques.,  Comment  concevoir  autrement  que  des 
hallucinations  visuelles  grammatiques  et  verbales  dues  a  un 
decollement  de  la  retine  se  fassent  en  tcheque  ?  ou  expliquer 
l’observation  du  meme  genre  produite  par  Cuel  et  Favory  ?  Par 
un  paradoxe  tout  apparent,  ce  sont  les  representations  les  plus 
vives  (hallucinations  lilliputiennes  polychromes,  defiles  d’images 
rapides  tres  colorees,  etc.)  qui  nous  paraissent  les  plus  illusion- 
nelles,  c’est-a-dire  les  plus  propres  a  une  rectification  correctrice 
des  jugements.  Toutefois,  leur  apparente  saugrenuite  n’est,  pas 
plus  que  dans  les  obsessions  absurdes,  la  preuve  d’un  anideisme. 
Mais  des  facteurs  de  rythme,  de  frequence,  d’intensite,  de  com- 
plexite,  d’images  interviennent.  D’autre  part,  le  terrain  cerebral 


236 


SOCIETE  MEDICO-PSYCIIOLOGIQVE 


n’est  pas  indifferent.  Pour  «  halluciner  »,  comme  pour  etre  sujet 
a  des  obsessions,  il  y  a  lieu  de  supposer  un  terrain  cerebral  pre¬ 
pare,  de  ces  dissolutions,  passageres  ou  permanentes,  de  certaines 
fonctions  superieures,  dissolution  que  realisent  experimentale- 
ment  les  toxiques  dits  hallucilogenes  et  que  des  etats  physiologi- 
ques  tres  voisins  de  la  normale  peuvent  fort  bien  realiser. 

M.  Lhermitte.  —  Nous  sommes  done  tous  d’accord  pour 
afffrmer  que  Phallucination  est  un  phenomene  complexe,  dans 
l’apparition  duquel  la  lesion  peripherique  de  l’ophtalmopathie 
n’a  qu’un  role  secondaire  ;  elle  n’est  qu’un  element  directeur  du 
processus  mental. 


Syndrdme  d’Adie  transitoire,  anemie  et  parkinsonisme  fruste 
au  cours  d’une  confusion  mentale  subaigue  avec  lymphocy- 
tose  rachidienne,  par  MM.  Georges  Petit  et  Jacques  Delmond. 

Nous  avons  deja  eu  l’honneur  de  rapporter,  devant  cette 
Societe  (1),  l’observation  d’une  malade  ayant  presente  un  syn¬ 
drome  de  Korsakoff  associe  a  de  tres  nombreux  symptomes 
neuro-vegetatifs  paraissant  indiquer  une  atteinte  infundibulo- 
tuberienne.  Au  premier  plan  de  ce  syndrome  organique  complexe, 
nous  avions  note  une  anemie  de  type  pernicieux  et  des  modifica¬ 
tions  pupillaires  tres  particulieres,  du  type  «  myotonique  ». 

II  nous  a  ete  donne  d’observer,  une  seconde  fois,  l’association 
de  troubles  mentaux,  a  caractere  confusionnel,  avec  une  areflexie 
tendineuse  et  des  pupilles  toniques.  Dans  ce  nouveau  cas,  s’ajou- 
tait  egalement,  a  une  riche  symptomatologie  neuro-vegetative, 
une  anemie  assez  marquee  ;  cependant  que  des  signes  de  par¬ 
kinsonisme  venaient  encore  compliquer  le  tableau  clinique. 

Remarquons  tout  de  suite  que,  dans  la  presente  observation, 
l’etat  des  pupilles  de  notre  malade  ne  nous  parut  pas  tout 
d’abord  repondre  a  la  description  qui  fut  donnee,  des  1902,  par 
Strassburger  et  par  Saenger  (2),  avec  quelques  variations,  d’une 
pupille  generalement  en  mydriase,  se  contractant  et  se  decon- 
tractant  lentement,  mais  completement,  a  l’accommodation-con- 
vergence,  moins  completement  a  la  lumiere.  Dans  notre  cas,  les 

(1)  Petit  (G.)  et  Dei.mo.nd  (J.) .  —  Syndrome  d’Adie  et  syndrome  neuro- 
anemique  a  type  de  psychose  polynevritique.  Amelioration  par  la  melhode 
de  Castle.  Soc.  Med.-Psych.,  27  janvier  1936  ;  Ann.  Med.-Psych.,  pp.  106-113. 

(2)  Strassburger,  Saenger.  —  Neurol.  Zentralbatt.,  XXI,  1902,  pp.  738- 
837-1052-1137. 


SEANCE  DU  24  FEVR1ER  1936 


237 


pupilles  etaient  de  faible  dimension  ;  i’une  d’elles  etait  meme  en 
miosis  et  presque  insensible  a  la  lumiere,  l’autre  effectuant  la 
contraction  tonique.  Nul  n’aurait  hesite  a  parler  d’un  signe 
d’Argyll-Robertson.  Sous  ce  rapport,  notre  cas  nous  semble  tres 
voisin  de  celui  publie  par  Meriden,  Israel  et  Klein  (1),  sous  le 
nom  de  maladie  d’Adie.  Mais',  de  meme  que,  dans  le  plus  grand 
nombre  des  observations  originales  de  W.-J.  Adie  (13  sur  19),  ce 
trouble  est  associe,  chez  notre  malade,  a  l’areflexie  tendineuse  ; 
cependant  qu’il  n’existe  aucun  signe  de  syphilis  dans  le  sang 
et  dans  le  liquide  cephalo-rachidien.  II  nous  parait  done  legi¬ 
time  de  maintenir  le  terme  de  syndrome  d’Adie  a  cette  associa¬ 
tion  de  troubles  «  toniques  »  de  la  contraction  pupillaire  et 
d’abolition  des  reflexes  tendineux. 

Observation.  —  Mme  X...,  couturiere,  48  ans. 

On  ne  note  rien  de  particulier  dans  les  antecedents  hereditaires  et 
collateraux  ;  rien  de  special,  non  plus,  au  point  de  vue  nerveux  dans 
les  antecedents  personnels,  sauf  en  1919,  oil  Mme  X...  aurait  souffert 
de  violents  maux  de  tete,  a  la  suite  d’angines.  Amenorrhee  depuis 
mai  1935. 

En  juillet  1935,  on  remarque  que  Mme  X...  devient  emotive  et  irri¬ 
table  ;  elle  aurait  meme  presente  des  «  crises  de  nerfs  »  a  la  suite  de 
discussions  familiales  pour  affaires.  Elle  aurait  egalement  eprouve, 
a  cette  epoque,  dans  les  membres  inferieurs  et  surtout  a  droite,  des 
«  crampes  »  assez  violentes  pour  l’obliger  a  garder  la  chambre. 

Depuis  le  debut  de  septembre,  Mme  X...  accusait  une  extreme  fati¬ 
gue,  etait  devenue  triste  et  pensive  ;  son  entourage  avait  note  que, 
parfois,  son  regard  devenait  fixe  et  qu’elle  riait  seule  et  sans  motifs. 

Le  19  septembre  1935,  Mme  X...  se  rend  chez  son  medecin  habituel, 
dans  un  etat  d’anxiete  tres  vive,  lui  demandant  d’abord  :  «  Qu’est-ce 
qui  se  passe  ?...  Que  va-t-il  arriver  ?  »  Puis,  elle  lui  fait  brusquement 
une  declaration  amoureuse,  lui  disant  avoir  compris  ses  avances.  Le 
medecin  se  debarrasse  difficilement  de  la  malade  et  previent  la 
fainille.  Mais,  livree  a  elle-meme,  Mme  X...  fait  une  fugue  de  vingt- 
quatre  heures,  passe  la  nuit  dehors,  errant  k  plusieurs  kilometres  de 
sa  demeure  dans  un  etat  quasi  confusionnel  (fausses  reconnais 
sances)  ;  elle  rentre,  enfin,  harassee  a  son  domicile,  ou  elle  s’endort 
pendant  vingt-quatre  heures.  Le  lendemain,  la  confusion  paraissant 
plus  accentuee  et  la  malade  ayant  urine  au  lit,  elle  est  conduite  a 
l’Hopital  Henri-Rousselle. 

On  observe,  alors,  au  point  de  vue  psychique,  un  etat  d’agitation 
confusionnelle,  avec  desorientation,  reponses  pauvres,  actes  desor- 

(1)  Mehklen,  Israel  et  Klein.  —  A  propos  d’un  cas  de  maladie  d’Adie. 
Reflexe  pupillaire  a  la  lumiere  aboli  d’un  cote  et  «  tonique  »  de  l’autre. 
Reunion  Neurologique  de  Strasbourg,  7  juillet  1934. 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


donnes  (la  malade  se  met  a  genoux,  se  denude),  idees  vagues  de  perse¬ 
cution  et  d’influence  :  on  lui  commande  ses  actes  et  ses'  pensees,  on 
lui  «  fait  des  courants  electriques  »,  on  l’excite  et  on  la  pousse  a 
s’exciter,  etc...  Au  point  de  vue  somatique,  on  remarque,  outre  une 
ylycosurie  a  9  gr.  par  litre,  avec  acetonurie,  albuminurie,  et  urobili- 
nurie  legeres,  une  lymphocytose  notable  (8  lymphocytes  par  mm3)  du 
liquide  cephalo-rachidien  avec  albumine  normale  (0,18).  Les  autres 
examens  biologiques  (Bordet-Wassermann,  Pandy,  Benjoin,  etc.)  se 
montrent  negatifs. 

A  Ville-Evrard,  ou  la  malade  est  admise  au  debut  d’octobre  1935, 
nous  observons  le  tableau  clinique  suivant  : 

Au  point  de  vue  mental,  la  confusion  se  montre  tres  accusee, 
avec  excitation  psycho-motrice,  sentiment  d’etrangete  et  d’influence, 
sourires  et  rires  immotives,  insomnie  ou  sentiment  d’un  sommeil 
anormal.  Hallucinations  multiples.  Sensations  d’electrisation  genera¬ 
lise,  «  comme  un  courant  continu  »,  avec  paroxysmes  qui  lui 
parcourent  le  corps,  plus  accentues  pendant  la  nuit  :  si  bien  que  la 
malade  pense  qu’elle  subit  un  traitement  electrique. 

Au  point  de  vue  physique,  on  note  une  abolition  complete  des 
reflexes  rotuliens,  achilleens,  et  medio-plantaires  des  deux  cotes,  avec 
conservation  des  reflexes  abdominaux.  Hypoesthesie  du  membre 
inferieur  droit.  Les  pupilles  sont  de  faibles  dimensions,  aux  environs 
de  3  mm.  inegales  (pupille  droite  plus  grande  que  la  pupille  gauche), 
deformeeSj  irregulieres  et  se  contractent  tres  lentement  a  la  lumiere 
comme  a  l’accommodation.  Nombreuses  salves  de  nictitation. 

Mme  X...  continue  a  uriner  au  lit  pendant  la  nuit  jusqu’au  20  octo- 
bre.  A  cette  epoque,  cependant  que  la  confusion  disparait  progressi- 
vement,  la  malade  presente  encore,  pendant  quelques  jours,  des  hallu¬ 
cinations  de  l’ouie,  de  caractere  indifferent,  avoue  ressentir  toujours 
des  sensations  electriques,  ainsi  que  des  sensations  agreables  au 
niveau  des  parties  sexuelles. 

Une  nouvelle  ponction  lombaire  montre  la  disparition  de  la  lym¬ 
phocytose  et  n’indique  pas  non  plus  d’autres  signes  anormaux.  Bor¬ 
det-Wassermann,  Kahn  et  Meinicke  dans  le  sang  egalement  negatifs. 

L’examen  hematoloyique  indique  au  contraire  une  hypoglobulie  a 
3.300.000  hematies,  avec  presence  de  myelocytes  neutrophiles.  Poly- 
nucleaires  neutrophiles  50  %  ;  eosinophiles  0,6  %  ;  mononucleaires 
47  %  (lymphos  21  %,  moyens  monos  18,8,  grands  monos  21  %). 

Nous  instituons  un  traitement  par  des  extraits  opotherapiques 
(hepatiques,  spleniques  et  ovariens),  et  nous  assistons  a  une  amelio¬ 
ration  rapide  de  Petat  psychique  ;  si  bien,  qu’en  decembre  1935,  la 
malade  pouvait  etre  consideree  comme  normale  au  point  de  vue  men¬ 
tal.  Neanmoins,  a  cette  epoque,  elle  presentait  encore,  au  point  de 
vue  organique,  des  crises  de  tachycardie  a  120,  avec  palpitations 
douloureuses,  des  troubles  vaso-moteurs  brusques  de  la  face,  de  la 
region  cervicale  a  droite  et  du  membre  superieur  droit,  ou  apparut 


SEANCE  DU  U  FEVRIER  1936 


239 


pendant  quelques  jours,  en  fin  decembre  1935,  une  eruption  vesiculo- 
pustuleuse,  a  topographie  radiculaire.  Cette  eruption  se  reproduisit, 
attenuee  toutefois,  en  janvier  1936. 

A  cette  epoque,  on  pouvait  noter,  egalement,  un  tremblement  vibra- 
toire  intense  da  membre  superieur  droit,  avec  hypertonie  considera¬ 
ble  de  ce  membre,  signe  de  la  cremaillere  et  signe  de  Froment  Ires 
accuses,  diminution  des  mouvements  automatiques  pendant  la  mar- 
che.  Par  ailleurs,  les  signes  oculo-pupillaires  avaient  sensiblement 
regresse  :  les  pupilles  etaient  revenues  a  un  diametre  sensiblement 
normal,  mais  tenaient  mal  la  contraction.  II  persistait  encore  des 
crises  frequentes  de  nictitation.  Le  fond  d’oeil  a  toujours  ete  normal. 
Les  reflexes  achilleens  demeuraient  abolis,  cependant  qu’on  notait 
egalement  une  tachycardie  persistante  a  88-92. 

En  resume,  au  cours  d’un  etat  confusionnel  et  hallucinatoire 
transitoire  survenu  chez  une  femme  de  48  ans,  indemne  de  tout 
antecedent  pathologique,  nous  avons  pu  observer  un  syndrome 
d’Adie  (pupille  «  tonique  »,  areflexie  tendineuse,  absence  de 
signes  humoraux  de  syphilis),  associe  egalement  a  une  anemie 
notable  et  s’accompagnant,  outre  une  lymphocytose  rachidienne 
legere  et  transitoire,  de  parkinsonisme  fruste  et  de  troubles 
coenesthesiques  et  vaso-moteurs  de  type  dit  «  sympathique  ». 

Ainsi,  nous  avons  pu  voir  groupes,  au  cours  et  au  decours  d’un 
etat  psychopathique  polymorphe  a  predominance  surtout  confu- 
sionnelle  et  hallucinatoire,  un  certain  nombre  de  symptomes 
dits  «  sympathiques  »  qui  paraissent  traduire  un  desequilibre 
neuro-vegetatif  complexe.  Ce  desordre  vegetatif  s’est  encore  mani- 
feste  par  des  troubles  de  la  motilite  irienne,  qui  ont  realise  :  du 
cote  droit,  1’etat  «  tonique  »  de  la  pupille  (toutefois  sans 
mydriase)  ;  du  cote  gauche,  le  miosis,  avec  insensibilite  presque 
complete  a  la  lumiere.  L’ensemble  de  ce  tableau  psycho-organi- 
que  s’est  suffisamment  am^liore  pour  permettre  la  sortie  de  la 
malade,  parfaitement  retablie  au  point  de  vue  mental.  Mais 
d’autres  signes  semblent  indiquer,  chez  notre  malade,  une  per- 
sistance  du  processus  pathologique  en  des  points  localises  du 
nevraxe,  carrefours  sous-corticaux  de  voies  motrices,  de  voies  et 
de  centres  vegetatif s,  qui  sont  si  frequemment  leses,  comme  on 
le  sait,  par  des  infections  ou  intoxications  a  affinites  neurotro¬ 
pes.  L’existence  de  l’anemie  (de  type  pernicieux,  bien  que  mode- 
r£e),  de  1’areflexie  tendineuse  persistante,  enfin,  les  signes  de 
parkinsonisme  que  nous  avons  releves  et  que  la  malade  presen- 
tait  encore  lors  de  nos  derniers  examens,  plaident  en  faveur  de 
ce  processus. 

Nous  ne  reviendrons  pas  sur  ce  qui  a  ete  dit,  deja,  du  syn- 


240 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


drome  d’Adie,  en  tant  que  symptomatique  d’un  trouble  du  sys- 
ieme  nerveux  de  la  vie  vegetative.  Un  rapprochement  interessant 
a  ete  propose,  par  les  auteurs  allemands,  entre  la  pupille  tonique 
et  les  diverses  myotonies  ;  et  c’est  a  quoi  pretend  le  terme  «  myo- 
tonische  Pupillen  »  employe,  depuis  Saenger,  par  Nonne,  Oloff, 
Yon  Domarus  et  par  Jelliffe  («  myotonies  pupils  »).  II  est,  egale- 
ment,  interessant  de  noter  que,  pour  Smith,  Ely  Jelliffe  et  White, 
les  myotonies  relevent  d’une  perte  generate  du  controle  du  sys- 
teme  para-sympathique. 

Laissant  de  cote  ces  conceptions  du  syndrome,  qui  font  peut- 
etre  figure,  a  l’heure  actuelle,  d’approximations  hatives,  nous 
voudrions  plutot  attirer  l’attention  sur  les  signes  particuliers  qui 
ont  accompagne  le  syndrome  d’Adie  chez  cette  malade  et  dans 
l’observation  que  nous  avons  precedemment  rapportee  :  a  savoir, 
les  modifications  hematologiques,  dans  les  deux  cas  ;  les  symptd- 
mes  extra-pyramidaux,  dans  le  cas  present. 

Le  groupement  de  ces  signes  organiques  nous  parait  permet- 
tre  le  rapprochement  avec  d’autres  observations  publiees  par 
l’un  de  nous,  et  notamment,  avec  un  cas  relate  dans  la  these  de 
Mile  Martrille  (1),  et  que  nous  resumerons  tres  rapidement  ici  : 

Developpement,  chez  une  jeune  fllle  de  27  ans,  de  troubles  du 
caractere  et  de  l’humeur,  puis  d’un  etat  d’agitation  confusionnelle 
nocturne  avec  prostration  diurne,  auquel  succede  un  syndrome  de 
stupeur  catatonique,  tandis  qu’apparaissent  des  troubles  organiques 
multiples  :  tremblement,  myoclonies,  parkinsonisme,  paraplegie  en 
flexion  (avec,  d’abord,  exageration,  puis  abolition  des  reflexes  tendi- 
neux),  enfin,  troubles  oculaires  varies  :  strabisme  transitoire,  my- 
driase  unilaterale,  avec  paresse  notable  du  reflexe  a  la  lumiere.  Cet 
etat  evolua,  a  l’inverse  du  cas  present,  vers  une  cachexie  progres¬ 
sive. 

Devolution  plus  favorable,  fut  le  cas  publie  par  l’un  de 
nous  (2)  ou  l’on  constatait,  egalement,  1’association  de  signes 
parkinsoniens  (hypertonie,  tremblement,  myoclonies,  crises  ocu- 
logyres,  etc.)  a  des  troubles  mentaux  polymorphes  et  a  une  ane- 
mie  caracterisee. 

La  coexistence,  chez  un  meme  malade,  de  parkinsonisme  et 
d’anemie  grave  nous  a  paru  tres  rarement  rapportee  dans  la  litte- 


(1)  Martrille  (Mile  D.).  —  Sur  queltpies  cas  de  paraplegies  associees  a 
des  syndromes  mentaux.  These  de  Paris,  Jouve  id.,  1931,  p.  24. 

(2)  Petit  (G.)  et  Martrille  (Mile  D.).  —  Anemie,  paraplegie  et  syndrome 
hebephreno-eatatonique.  Ann.  Med.-Psych.,  fevrier  1931. 


SEANCE  DU  n  FEVR1ER  1936 


241 

rature  psychiatrique.  Deux  auteurs  americains,  Sidney  et  Robert 
Schwab,  viennent  tout  recemment  de  signaler  cette  association  (1), 
et  ils  la  considerent  comme  exceptionnelle,  ne  l’ayant  vue  men- 
tionnee,  incidemment,  que  dans  un  seul  cas  d’anemie  perni- 
•cieuse,  par  Wilkinson.  Les  auteurs  pensent  cependant  qu’il  ne 
s’agit  pas  la  d’une  simple  coincidence,  et  qu’une  etiologie  com¬ 
mune  peut  etre  invoquee.  Nous  avions  abouti  aux  memes  conclu¬ 
sions,  en  ce  qui  concerne  notre  precedente  observation  de  syn¬ 
drome  d’Adie  associe  a  des  troubles  neuro-anemiques. 

Dans  le  meme  ordre  de  faits,  nous  voyons,  dans  un  cas  tres 
interessant  rapporte  par  Paviot  et  Dechaume  (2),  l’anemie  per- 
nicieuse  accompagner  un  cortege  de  troubles  (cephalees,  troubles 
de  la  vue  et  de  la  regulation  hynique,  avec  sommeil  incoercible), 
qui  ont  conduit  les  auteurs  a  poser  le  diagnostic  etiologique  de 
«  nevraxite  a  virus  neurotrope  ».  Cette  atteinte  infectieuse 
serait,  pour  Paviot  et  Dechaume,  a  l’origine  d’une  «  maladie  de 
systeme,  le  systeme  reticulo-endothelial  »  ;  celui-ci  serait  a  la 
fois  touche  dans  sa  fonction  hematopoietique,  d’ou  anemie,  et 
dans  sa  fonction  de  metabolisme  des  lipides,  d’ou  les  demyelini- 
sations  degeneratives  observees  par  les  auteurs  au  niveau  des 
noyaux  pallidaux  et  infundibulo-tuberiens. 

Ainsi,  se  multiplient  les  observations  ou  l’attention  est  rame- 
nee  de  plus  en  plus  par  les  faits  sur  les  fonctions  complexes 
afcsumees  par  ces  centres  diencephaliques.  Les  alterations  au 
niveau  de  l’hypothalamus  et  de  1’infundibulo-tuber,  ont  encore 
ete  constatees  dans  des  cas  ou  existait  une  anemie  considerable, 
par  Lhermitte,  Worms  et  Ajuriaguerra  (3)  et  par  Davison  et 
Selby  (4). 

La  region  hypothalamique,  siege  de  multiples  fonctions  vege- 
tatives,  parait  egalement  tenir  sous  sa  dependance  la  coordina¬ 
tion  des  mouvements  pupillaires,  ainsi  qu’il  resulte  des  expe¬ 
riences  poursuivies  depuis  plusieurs  annees  par  Ranson  et  ses 
collaborateurs  (5).  Dans  ces  experiences,  l’excitation  de  l’aire 
laterale  hypothalamique  provoque  constamment  la  dilatation 

1)  Schwab  (S.)  et  Schwab  (R.).  —  Pernicious  Anemia  and  combined  sys¬ 
tem  disease  with  Diabetes  mellitus  and  parkinsonnian  syndrome.  Areii.  of 
Neurol,  et  Psych.,  XXXV,  126,  janv.  1936. 

(2)  Paviot  et  Dixhaume  (J.>.  —  Bull.  Acad.  Med.,  CIX,  1933,  p.  102. 

(3)  I.hkkmittu,  Worms  et  Ajuriaguerra.  —  Reunion  neurologique  Inter¬ 
nationale,  1934  ;  Revue  Neurologique,  juin  1934,  p.  948. 

(4)  Davison  (Charles)  et  Selby  (N.-E.).  —  Arch,  of  Neurol,  et  Psych., 
XXXIII,  570,  mars  1935. 

(5)  Ranson  (S.  W)  et  Magoun  (H.  W.).  —  Arch,  of  Neurol,  et  Psych., 
juin  et  dec.  1933.  Ranson,  Rabat  et  Magoun  (ibid.,  XXXIII,  467,  mars  1935), 

16. 


Med.-psych.,  XVc  serie,  94e  annee,  t.  I.  ^  Fevrier  1936: 


242 


SOGIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


pupillaire,  avec  les  signes  habituels  qui  accompagnent  les  etats. 
emotionnels. 

Ainsi,  cette  nouvelle  observation,  ou  nous  voyons,  associes  a 
des  troubles  mentaux  passagers  d’ordre  confusionnel  et  halluci- 
natoire,  des  signes  organiques  si  particuliers  (syndrome  d’Adie 
transitoire,  anemie,  parkinsonisme,  troubles  neuro-vegetatifs 
varies,  etc.),  nous  paralt-elle  plaider  encore  en  faveur  d’une  etio- 
logie  et  d’une  pathogenie  que  nous  avons  deja  maintes  fois  expri- 
mee  :  a  savoir,  l’atteinte  des  centres  diencephaliques,  l’alteration 
plus  ou  moins  persistante  des  regions  infundibulo-tuberiennes 
et  hypothalamiques  par  une  infection  neurotrope,  d’allure  et  de 
type  nevraxitique,  dont  on  connait  la  particuliere  predilection 
pour  cette  partie  du  nevraxe. 

M.  Guiraud.  —  Je  me  demande  si  les  auteurs  n’etendent  pas. 
trop  la  conception  du  syndrome  d’Adie.  Dans  leur  premiere 
observation,  les  reflexes  sont  bien  abolis  aux  membres  inferieurs,. 
mais  il  s’agit  de  polynevrite  et  l’etat  des  reflexes  des  membres 
superieurs  n’est  pas  signale.  On  ne  peut  retenir,  dans  ce  cas,  que- 
la  pupille  tonique. 

Dans  l’observation  presente,  le  syndrome  a  ete  transitoire  et 
les  pupilles  sont  en  miosis,  ce  qui  est  contraire  a  la  definition  de 
la  pupille  tonique.  Si  je  me  rappelle  bien  les  descriptions  des 
auteurs,  l’areflexie  est  totale  dans  beaucoup  de  cas  et  le  syn¬ 
drome  permanent  avec  des  variations  d’intensite. 

M.  Delmond.  —  Nous  nous  referons  aux  descriptions  origi- 
nales  d’Adie  (Brain,  LV  :  82,  1932).  II  existe  des  formes  incom- 
pleies  du  syndrome.  II  est  rare  que  les  reflexes  tendineux  des 
membres  superieurs  soient  abolis  (il  en  est  de  meme  dans  les 
polynevrites).  Dans  le  second  cas,  une  seule  des  pupilles  est  rela- 
tivement  en  miosis.  La  regression  des  symptomes  anormaux  fut 
particulierement  grande  dans  ce  cas. 


Procedes  de  defense  sensorielle  chez  un  persecute,  par  MM.  Lai- 
gnel-Lavastine,  Jean  Vinchon,  Georges  d’HEUCQUEViLLE  et  J.- 
J.  Sambron. 

Notre  malade,  que  nous  appellerons  Nestor,  est  age  de  73  ans^ 
retraite  de  la  Ville  de  Paris.  Il  n’accuse  nul  antecedent  notable^ 
Son  pere  est  mort  a  68  ans,  sa  mere  a  45,  il  ne  sait  plus  dans- 
quelles  circonstances.  Il  a  deux  enfants  de  42  et  40  ans,  bien 
portants.  Il  est  veuf,  sa  femme  ayant  succombe  a  une  neoplasie 
abdominale,  il  y  a  8  ans. 


SEANCE  DU  2i  FEVRIER  1936 


243 


Depuis  lors,  il  est  devenu  sourd.  Depuis  7  ans,  en  outre,  il 
presente  des  idees  de  persecution. 

Actuellement,  il  les  exteriorise,  systematises  autour  d’un  per¬ 
secutes  unique,  qu’il  appelle  Xantos. 

Xantos,  sa  victime  ne  le  decrit  pas.  Nestor  a  entendu  pronon- 
cer  son  nom  a  la  mairie.  Xantos  est  Grec  ;  il  a  fait  son  service 
dans  la  Legion.  Au  debut  des  persecutions,  Xantos  ignorait  le 
francais,  mais  il  Pa  appris  dans  ses  conversations  continues 
avec  sa  victime.  Xantos  a  du  travailler  autrefois  dans  la  menui- 
serie.  A  present,  il  appartient  a  la  «  Secrete  »  et  il  en  vit. 

Xantos  est  apparu  dans  la  vie  de  notre  malade,  il  y  a  7  ans. 
Un  jour,  Nestor  entend,  dans  la  cour  voisine,  un  bruit  retentis- 
sant,  puis  une  pompe  se  met  «  en  batterie  »,  et  il  ressent  dans 
les  oreilles  un  violent  courant  d’air.  (Rappelons  qu’a  cette  epo- 
que,  il  entrait  dans  la  surdite). 

Puis,  les  faits  se  renouvellent  ;  aux  courants  d’air  .se  substi¬ 
tuent  des  courants  electriques.  Pair  attirant  l’electricite,  explique 
Nestor,  c’est  normal.  Ces  courants  penetrent  par  les  oreilles,  et 
aussi  par  les  yeux,  traversent  la  tete  et  se  propagent  au  corps 
tout  entier. 

Le  courant  etait  emprunte,  a  l’origine,  au  fil  du  tramway, 
d’ou  il  se  detachait  en  pluie  de  feu,  et  venait  atteindre  Nestor 
derriere  les  vitres.  Depuis  la  suppression  des  tramways,  Xantos 
produit  lui-meme  le  courant,  grace  a  une  petite  generatrice  qu’il 
porte  a  la  ceinture  :  le  malade  l’y  a  vue. 

Contre  les  persecutions,  Nestor  a  reagi  d’abord  par  les  moyens 
classiques.  Il  se  plaint  au  commissaire  de  police,  qui  l’envoie  a 
l’Hopital  Henri-Rousselle.  On  lui  impose  une  ponction  lombaire, 
mais  les  courants  continuent.  II  expose  ses  griefs  a  son  depute, 
mais  n’obtient  que  des  promesses.  Il  a  pense  ecrire  au  President 
de  la  Republique,  mais  instruit  par  l’experience  de  la  ponction 
lombaire,  il  s’en  est  abstenu  jusqu’a  present. 

Il  passe  a  Paction  directe,  d’abord  symbolique  (il  depose  une 
grosse  pierre  devant  la  porte  de  Xantos),  puis  agressive  :  il 
lance  des  cailloux,  brise  une  vitre,  injurie  le  persecuteur  a  travers 
les  murailles  de  son  domicile.  A  son  tour,  il  est  l’objet  d’une 
plainte  et  interne  pendant  3  mois,  a  Sainte-Anne,  puis  a  Ville- 
Evrard. 

Depuis  lors,  il  recourt  a  la  fuite  et  a  la  defense  passive.  Il  quitte 
meme  Paris,  et  se  fixe  a  Saint-Dizier  ;  mais  la,  au  hasard  d’une 
course  en  autobus,  il  rencontre  Xantos  et  entrevoit  sa  machine 
electrique,  fixee  a  la  ceinture. 

Il  revient  de  Saint-Dizier  a  Paris,  demenage  a  plusieurs  repri- 


244 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


ses.  II  erre  tout  le  jour  dans  les  rues  pour  fuir  son  persecuteur. 
Car  celui-ci,  a  present,  le  suit  partout  en  lui  parlant.  Ils  conver- 
sent  ensemble.  Xantos  le  raille,  enonce  et  critique  tous  ses  gestes, 
et  le  malade  repond  sur  le  meme  ton. 

Sa  defense  passive  comporte  un  arsenal  judicieux.  Nestor 
conserve  en  permanence  dans  sa  poche  des  bouchons  de  coton, 
prolonges  par  un  long  fil  de  fer  permettant  l’ecoulement  du  cou¬ 
rant.  II  introduit  ces  fils  dans  ses  conduits  auditifs  quand  il  sent 
le  courant  s’etablir.  II  a  'constant  un  isolant,  pour  proteger  les 
yeux,  epingle  a  cheveux  portant  un  caoutchouc,  qu’il  g'lisse  sous 
la  paupiere. 

Mais  il  faut  encore  eliminer  le  courant  qui  aurait  reussi  a 
penetrer  dans  1’organisme.  Notre  malade  a  remarque  qu’il  s’en 
ecoulait  par  l’urine  et  les  matieres  fecales  :  il  le  percoit  au  pas¬ 
sage.  Aussi  recourt-il  aux  purgatifs  et  aux  diuretiques. 

A  1’examen,  ce  malade  montre  une  parfaite  bonne  grace.  Il  est 
euphorique,  content  de  lui,  satisfait  de  pouvoir  opposer  un  mepris 
souriant  aux  persecutions  de  Xantos.  Il  a  pris  son  parti  de  ce 
parasitisme  et  declare  avec  philosophie  que  Xantos  sera  bien 
attrape  quand  lui,  la  victime,  sera  mort. 

Ce  malade  est  tres  sourd.  De  plus,  ses  propos  sont  assez  diffus, 
ses  raisonnements  assez  relaches. 

Mais,  dans  l’ordre  physique,  les  indices  de  sclerose  sont  extre- 
mement  discrets  :  tension  arterielle  :  14-8  ;  reflexes  tendineux 
normaux  ;  azotemie  :  0  gr.  30  ;  cholesterolemie  un  peu  augmen- 
tee  :  3  gr.  60  par  litre  de  serum. 

Nous  avons  demande  un  examen  ophtalmologique,  qui  a  mon¬ 
tre  une  legere  inegalite  pupillaire,  avec  un  peu  d’irregularite  des 
pupilles,  mais  aucune  lesion  traumatique  due  au  contact  de 
I’isolant. 

L’examen  oto-rhino-laryngologique  revele  la  presence  d’une 
otite  et  d’une  rhinite  chroniques.  Hypo-acousie  surtout  marquee 
a  droite.  Appareil  vestibulaire  normal.  Perforation  ancienne  du 
tympan  droit,  retraction  du  tympan  gauche. 

Nous  n’avons  pu  preciser  si  la  perforation  resulte  d’une  suppu¬ 
ration  ancienne  ou  des  manoeuvres  traumatisantes  de  l’appareil 
protecteur.  Mais  il  existe  un  rapport  manifeste  entre  les  lesions 
de  1’appareil  auditif  et  les  sensations  anormales  qualifiees 
d’  «  electriques  »  par  le  sujet. 

Du  point  de  vue  nosographique,  notre  malade  ne  se  presente 
nullement  comme  un  paranoiaque,  ni  comme  un  delirant  chro- 
nique  hallucine  classique.  L’affaiblissement  psychique,  1’excita- 
tion  legere,  les  troubles  auditifs  subjectifs,  peut-etre  quelques 
fausses  reconnaissances,  sont  a  la  base  du  delire. 


SEAXCE  DU  2/f  FEVRJER  1936 


245 


Contribution  a  1 ’etude  ^athogenique  des  formes  frustes  de 
neurosyphilis.  —  Paludisme  et  syphilis,  par  M.  J.  Dublineau. 

Le  paludisme  n’empeche  pas  un  syphilitique  de  devenir  plus 
tard  paralytique  general.  Nous  ne  reviendrons  pas  sur  les  dis¬ 
cussions  que  cette  question  a  pu  soulever.  Quand  la  paralysie 
generale  etait  encore  peu  connue  dans  les  pays  d’Orient,  on  avait 
invoque,  en  dehors  des  questions  de  dermotropisme,  le  role  pro- 
phylactique  du  paludisme  endemique  pour  expliquer  la  dispro¬ 
portion  entre  la  grande  frequence  de  la  syphilis  et  la  rarete  de  la 
neuro-syphilis.  Depuis  que  celle-ci  est  facilement  depistee  par  les 
examens  biologiques,  ces  explications  paraissent  ne  plus  avoir 
de  raison  d’etre.  Mashar  Osman  (1),  Fribourg-Blanc  (2),  Dorol- 
le  (3)  sont  revenus  recemment  sur  ce  point. 

Pourtant,  Massias  (4),  a  propos  de  la  neuro-syphilis  en  Indo- 
chine,  faisait  observer  recemment  que,  pour  frequente  qu’elle 
soit,  elle  est  tout  de  meme  relativement  rare  par  rapport  a 
1’enorme  quantite  de  syphilitiques. 

En  ce  qui  nous  concerne,  l’etude  systematique  des  formes 
frustes  de  syphilis  nerveuse  nous  a  amene  a  constater  la  coin¬ 
cidence  frequente  de  telles’  formes  et  d’une  atteinte  malarique 
anterieure.  Sans  empecher  l’apparition  d’une  determination 
nerveuse,  le  paludisme  ne  peut-il  attenuer  la  virulence  du  trepo- 
neme,  en  favorisant  l’apparition  d’une  forme  degradee,  moins 
grave  au  point  de  vue  vital,  que  la  paralysie  generale,  et,  clini- 
quement  d’ailleurs,  beaucoup  moins  typique  ? 

Nous  avons  deja  publie,  a  diverses  reprises,  des  observations 
de  ce  genre  :  resumons-les  rapidement  ici  : 

Observation  I  (5).  —  K...  Delire  megalomaniaque  senile.  Syphilis 
a  18  ans,  peu  traitee.  Paludisme  quelques  mois  plus  tard  au  Tonkin. 
Reactions  serologiques  actuelles  subpositives  dans  le  sang,  liminaires 
dans  le  liquide  cephalo-rachidien. 

Obs.  II  (6).  —  Du...  Etat  dementiel  simple.  Paludisme  a  Salonique  ; 
syphilis  meconnue,  mais  reactions  serologiques  subpositives  dans  le 

(1)  Congr.  al.  et  n.  1.  f.  de  Bruxelles,  1935. 

(2)  Ibid. 

(3)  Bull.  Acad.  Med.,  janv.  1936. 

(4)  Ann.  Derm,  et  Syphil.,  1935,  p.  97. 

(5)  Dublineau  et  Tarbouriech.  —  Reunion  medico-chir.  des  Hdp.  de  Lille, 
fevr.  1936. 

(6)  Dublineau  et  Pichault.  —  Reunion  medico-chir.  des  H6p.  de  Lille , 
fevr.  1936. 


246 


SOCIETE  MEDICO-PSYCH OLOGIQUE 


sang.  Reactions  liquidiennes  liminaires  a  plusieurs  examens,  puis 
apparition  d’un  Bordet-Wassermann  -f-  +  dans  le  liquide  cephalo- 
rachidien. 

Obs.  Ill  (1).  —  Do...  Affaiblissement.  Syphilis  en  1920,  mal  traitee. 
Pyrexie  malarique  traitee  par  la  quinine  auelques  mois  plus  tard  en 
Roumanie.  Reactions  sanguines  subpositives  apres  plusieurs  examens. 
Reactions  liquidiennes  liminaires. 

Void  deux  nouvelles  observations  : 

Obs.  IV.  —  Bee...,  45  ans,  mineur. 

Antecedents  hereditaires.  —  Pere  mort  paralytique  a  34  ans.  Rien 
de  special  dans  la  lignee  paternelle.  Mere  morte  cardiaque  a  61  ans. 
Rien  de  special  dans  la  lignee  maternelle. 

Antecedents  collateraiix.  —  Un  frere  et  une  soeur  bien  portants. 

Antecedents  personnels.  —  Enfance  normale,  mais  convulsions  jus- 
qu’a  7  ans.  Instruction  primaire.  Service  militaire.  Paludisme  pen¬ 
dant  la  guerre  (1917).  Les  acces  cessent  en  1918.  Par  la  suite,  ils  au- 
raient  reparu.  Derniers  acces  en  1933. 

Marie,  separe  pour  mesentente.  La  femme  a  eu  une  fllle,  actuelle- 
ment  mariee,  un  accouchement  premature  d’un  mort-ne  a  sept  mois, 
une  deuxieme  fllle  bien  portante. 

Travailleur  normal.  Ni  tabac,  ni  alcool.  Nie  la  syphilis. 

Caractere  normal  ;  cephalees  frequentes. 

H.  M.  —  Debut  brusque  (1933)  par  tentatives  d’attouchements  sur 
sa  fllle  ainee.  Hospitalise  a  Esquermes.  Aurait  eu  a  ce  moment  quel- 
ques  crises  d’epilepsie  (chute,  ecume). 

Transfere  a  Armentieres  le  17  septembre  1935  :  «  Degenerescence 
mentale  avec  perversions  instinctives.  Fonds  epileptique.  Emotivite 
morbide  (Pr  Raviart).  » 

Examen  clinique,  janvier  1936  :  affaiblissement  minimum.  Perte 
des  notions  ethiques.  Langage  obscene  a  propos  de  sa  fllle.  Vagues 
idees  de  persecution  :  fllle  et  mere  complices.  Croit  qu’on  l’a  fait 
interner  par  vengeance. 

Signes  physiques.  —  Type  pycnique.  Anisocorie  legere  (D  >  ). 

Reactions  pupillaires  normales.  Reflexes  rotuliens  inegaux  (plus  vifs 
a  droite,  un  peu  affaiblis  a  gauche).  Achilleens  normaux.  Leger  trem- 
blement  digital  et  lingual.  Grosse  dysarthrie  aux  mots  d’epreuve 
(sans  dysarthrie  spontanee).  Leucoplasie  commissurale  gauche. 

Sang,  25  sept.  1935:  Bordet-Wassermann,  Kahn,  -f  ;  Mei- 

nicke,  ++  ;  30  octobre  1935  :  Meinicke  +  ;  28  octobre  1935  : 
Bordet-Wassermann,  0;  Kahn,  +  ;  9  novembre  1935  .-  Meinicke  :+-(-. 
Liquide  cephalo-rachidien,  25  septembre  1935  :  alb.,  0,10  ;  leuco., 
0,2  ;  Bordet-Wassermann,  0  ;  benjoin,  00000.22222.10000  ;  Pandy,  0 

(1)  Dublineau  et  Pichault.  —  Reun.  medico-chirurgicale  Hop.  Lille,  fevi 
1936. 


SEANCE  DU  n  FEVRIER  1936 


247 


'(sang)  ;  Weichbrodt,  +  ;  Meinicke,  +  ;  Takata-Ara,  traces  ;  26  octo- 
bre  1935  :  alb.,  0,10  ;  leuco.,  0,2  ;  Bordet-Wassermann,  0  ;  benjoin, 
00000.22222.00000  ;  Pandy,  traces  ;  Weichbrodt,  +  ;  Meinicke  +  : 
Takata-Ara,  +. 

Obs.  Y.  — ’  Ga...,  46  ans,  chaudronnier. 

Antecedents  hereditaires  et  collateraux  normaux. 

Antecedents  personnels.  —  Enfance  normale.  Ecole  primaire.  Sy¬ 
philis  ancienne  avouee  (ne  peut  preciser  davantage).  Paludisme  a 
Salonique  pendant  la  guerre.  Quelques  exces  de  boisson  avec  troubles 
digestifs.  Celibataire. 

•  H.  M.  —  Debut  progressif  en  1933  par  troubles  du  caractere  et  du 
comportement.  Disputes  familiales.  Persecute  par  la  mere  et  la  sceur 
qu’il  poursuivait.  Excitation  par  intervalles.  Conduit  a  Esquermes  le 
24  juillet  1933  (refus  d’aliments,  incoherences,  etc.). 

Transfere  k  Armentieres  le  19  avril  1935  :  «  Affaiblissement  intel- 
lectuel  massif.  Conscience  imprecise  de  la  situation.  Lesions  orga- 
niques  des  centres  nerveux.  Alcoolisme  chronique  dans  le  passe 
(Dr  Vullien).  » 

A  V entree  :  affaiblissement.  Euphorie.  Desorientation.  Etat  paia- 
noide.  Gaz.  Mitrailleuses.  Gorge  avariee.  Cartouches  qui  partent. 

Signes  physiques.  —  Areflexie  tendineuse  des  membres  inferieurs. 
Aux  membres  superieurs,  reflexes  inexistants  a  droite.  Pupilles  rea- 
gissant  (la  gauche  plus  paresseuse). 

Mois  suivants  :  persistance  du  delire.  Incurie.  Impulsivite. 


Sang,  2  mai  1935  :  Bordet-Wassermann  et  Kahn  negatifs  ;  5  no - 
■vembre  1935  :  Bordet-Wassermann,  Kahn  et  Meinicke  negatifs. 


Liquide  cephalo-rachidien  : 

Albumine  .  0,60 

2-5-35 

0,40 

28-6-35 

0,22 

7-11-35 

0,40 

Lymphocytose  . 

. .  0,2 

0,4 

0,2 

0,3 

Bordet-Wassermann  .  . 

.  .  0 

0 

0 

0 

Benjoin  . 

. .  » 

00000 

00000 

00000 

Pandy  . /...■, 

22222 

10000 

22222 

00000 

22222 

00000 

0 

Weichbrodt  . 

.  .  » 

0 

Meinicke  . 

. .  » 

0  ? 

Takata-Ara  . 

. .  » 

»  • 

0 

Vernes  . 

. .  2 

3, 

Tension  (assis)  . 

. .  » 

» 

» 

34 

Entre  juin  et  novembre,  avait  eu  10  injections  de  sulfosine,  puis 
trois  injections  de  914. 


A  ces  cinq  observations  typiques,  nous  pourrions  en  ajouter 
d’autres,  plus  complexes.  Dans  l’une  (Br.  :  obs.  VI),  un  traite- 


248 


S0C1ETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


ment  specifique  anterieur  prolonge  avait  pu,  a  lui  seul,  intervenir 
dans  l’aspect  de  la  formule.  Dans  une  autre  (observation  VII, 
publiee  par  ailleurs  (I),  un  terrain  heredo-syphilitique  de  base 
pouvait  etre  egalement  invoque.  Enfln,  la  syphilis  anterieure  peut 
etre  niee  et  les  signes  biologiques  etre  trop  frustes  pour  qu’il 
en  soit  tire  des  conclusions  valables  (obs.  VIII,  IX  et  X). 

Nous  retiendrons  cependant  un  cas  dans  lequel,  a  defaut  d’affai- 
blissement,  on  note  un  delire  paraphrenique  avec  syndrome  d’in- 
fluence,  megalomanie  idealiste,  ayant  conduit  le  sujet  dans  les  minis- 
teres  «  pour  s’occuper  de  la  traite  des  femmes  ».  Dans  ce  dernier 
cas  (obs.  XI),  la  syphilis  etait  ignoree.  Seules  etaient  connues  deux 
blennorragies,  en  1923  et  1926,  avec,  entre  les  deux,  fievre  paludeenne. 
Le  debut  du  delire  remonte  a  un  an  et  demi  environ.  Les  reactions 
biologiques  sont  actuellement  les  suivantes  : 

Sang  :  Bordet-Wassermann,  0  ;  Kahn,  0  ;  Meinicke,  +  +  +>  a  phi- 
sieurs  examens  successifs. 

Liquide  cephalo-rachidien  :  alb.,  0,40  ;  lymphos,  0,2  ;  Bordet-Was¬ 
sermann,  0  ;  benjoin,  00002.22222.00000  ;  Pandy,  0  ;  Weichbrodt,  +  ; 
Meinicke,  0  ;  Takata-Ara,  0  ;  tension  (assis),  60. 

Dans  ce  cas,  on  peut  se  demander  s’il  ne  s’agit  pas  d’une  para¬ 
phrenic  syphilitique,  sur  un  terrain  modifie  par  le  paludisme 
anterieur. 

Commentaires.  —  Dans  quelques  cas,  il  a  ete  possible  de  pre- 
ciser  les  dates  respectives  d’apparition  de  la  syphilis  et  du  palu¬ 
disme.  Dans  le  seul  cas  VI,  ou  la  syphilis  a  ete  posterieure  au 
paludisme,  la  demence  etait  plus  marquee,  avec  Bordet-Wasser¬ 
mann  +  dans  le  liquide  cephalo-rachidien.  Dans  quatre  autres 
(et  peut-etre  cinq),  oil  la  syphilis  avait  precede  le  paludisme,  il  y 
avait  ou  demence  fruste,  ou  etat  schizophrenique  simple. 

Dans  nombre  de  ces  observations,  l’internement  avait  ete 
motive  par  des  reactions  medico-legales  absurdes  du  type  de 
celles  qu’on  observe  dans  la  classique  phase  de  debut  de  la 
paralysie  generale: 

Pour  ce  qui  est  de  l’influence  possible  du  paludisme  sur  ces 
formes  atypiques  de  deficit  psychique,  les  arguments  ne  man- 
quent  pas  pour  en  justifier  l’hypothese.  Sans  parler  de  1’influence 
favorable  de  l’impaludation  preventive  dans  la  prophylaxie  de 
la  neuro-syphilis,  signalons  que  le  paludisme  spontane  suffit  a 
modifier  considerablement  le  terrain  :  rappelons  a  ce  propos 

(1)  Dublineau  (J.).  —  Superinfection  syphilitique...,  etc.  Ann.  Med.-Psych ., 
f<ivr.  1936. 


SEANCE  DXJ  U  FEVRIER  1936 


249 


l’observation  recente  d’Avramovici  (1)  :  epithelioma  de  la  levre 
incipiens,  datant  de  deux  mois  et  cauterise  une  fois  ;  depuis  la 
meme  epoque,  acces  paludeens  de  type  tierce,  regression  des  phe- 
nomenes.  Revu  3  ans  1/2  plus  tard,  le  sujet  etait  en  parfait 
etat. 

En  dehors  du  paludisme,  d’autres  affections  semblent,  au  moins 
experimentalement,  modifier  T  evolution  de  la  syphilis  :  telle  la 
vaccine,  qui  peut  avoir  un  effet  attenuant  ou  aggravant,  selon  les 
circonstances  et  le  lieu  de  l’inoculation  vaccinale  (2). 

Reste  l’hypothese  que  les  troubles  mentaux  observes  relevent 
du  paludisme,  et  non  de  la  syphilis.  Mais  dans  deux  de  nos  cas 
(obs.  II  et  VI),  existait  un  Bordet-Wassermann  subpositif  dans  le 
liquide  cephalo-rachidien  (avec  syphilis  certaine  chez  l’un  d’eux). 
Par  ailleurs,  dans  la  plupart  des  cas  on  pouvait  retrouver  des 
signes  cliniques  ou  biologiques  de  specificite.  Enfin,  en  dehors 
des  troubles  confusiorinels  de  la  periode  aigue  du  paludisme, 
l’existence  d’une  demetice  palustre  est  peu  acceptee.  Elle  est 
meme  rejetee  par  Chavigny  dans  son  rapport  au  Congres  de 
Tunis  (3). 

Conclusions.  —  Dans  nombre  d’observations  on  trouve  chez 
des  syphilitiques  (syphilis  humorale  ou  chancre  anterieur)  des 
etats  de  deficit  avec  affaiblissement  ou  dissociation,  probablement 
specifiques  malgre  l’absence  de  formules  liquidiennes  positives. 
La  notion  d’acces  palustres  dans  les  antecedents  de  ces  malades 
autorise  a  penser,  sur  la  foi  d’arguments  divers,  que  le  paludisme 
a  modifie  1’evolution  ulterieure  de  la  syphilis,  et  que  s’il  n’a  pas 
proprement  empeche  l’apparition  d’une  neuro-syphilis,  il  a  per- 
mis  la  realisation  d’un  etat  attenue,  moins  grave  au  point  de  vue 
vital,  forme,  pourrait-on  dire,  allergique  de  la  neuro-syphilis. 


Superinfection  syphilitique  et  formes  frustes  de  neurosyphi¬ 
lis.  —  Discussion  d’un  cas,  par  M.  J.  Dublineau. 

La  clinique  et  l’experimentation  concordent  pour  authentifier 
l’existence  de  la  superinfection  syphilitique.  Nouveaux  chancres 
apparus  chez  des  syphilitiques  non  encore  gueris,  syphilis  appa- 
raissant  sur  terrain  de  specificite  hereditaire  :  autant  de  faits 

(1)  Lyon  chirurgical,  mai-juin  1927  (in  Touraine  et  Duperrat,  Bull.  Soc. 
derm,  et  syphil.,  n°  9,  dec.  1935,  1727. 

(2')  Gastinel  et  Pulvenis.  —  Syphilis  experimcntale,  p.  132,  Paris,  Masson. 

(3)  Congres  al.  et  neur.  de  langue  franc.,  Tunis,  1912. 


250 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


incontestes  aujourd’hui.  On  sait  par  ailleurs  que  les  syphilis  de 
reinfection  prennent  des  types  souvent  particuliers  :  formes 
attenuees,  ou  au  contraire  hypertrophiques  ;  parfois  formes  pure- 
ment  humorales,  decelees  par  des  examens  de  sang  systemati- 
ques. 

En  matiere  de  neurosyphilis,  la  superinfection  a  fait  l’objet  de 
nombreuses  recherches  experimentales,  encore  actuellement  dis- 
cutees  (Schulmann  et  Lemaire)  et  sur  lesquelles  nous  n’insiste- 
rons  pas. 

On  connait  peu,  semble-t-il,  le  pronostic  des  syphilis  de  super¬ 
infection,  en  particulier  leur  role  dans  la  survenue  d’une  deter¬ 
mination  neuro-psychique  ulterieure  :  sans  doute  parce  que  les 
faits  s’intriquent  avec  1’evolution  de  la  premiere  infection.  Sans 
doute  aussi  parce  qu’ils  s’echelonnent  sur  des  annees  :  d’ou  la 
possibility  de  multiples  circonstances  intercurrentes,  rendant 
plus  difficile  leur  interpretation. 

De  l’ensemble  de  ces  intrications  pathogeniques  naissent  des 
formes  cliniques  batardes,  inclassables  au  double  point  de  vue 
nosologique  et  etiologique. 

La  difficulty  augmente  quand  la  super-infection  apparait  chez 
un  heredo-syphilitique  :  la  syphilis  parentale  ou  grand’parentale 
etant  plus  souvent  une  presomption  qu’une  certitude. 

Le  cas  que  nous  rapportons  est  rien  moins  que  typique  a  cet 
egard,  vu  la  diversity  des  facteurs  en  cause.  Nous  le  croyons 
neanmoins  interessant  en  ce  qu’il  permet  de  poser  le  probleme 
d’une  super-infection  syphilitique  avec  determination  nerveuse. 

Observation.  —  B...  Louis,  51  ans. 

Antecedents  hereditaires.  —  1°  Pere  mort  subitement  a  61  ans 
{temperament  nerveux  aux  dires  de  l’entourage).  Son  pere  :  psychi- 
quement  normal,  mort  a  74  ans  du  «  cancer  des  fumeurs  ».  Sa  mere, 
morte  a  61  ans,  d’angine  de  poitrine.  Sa  soeur,  morte  a  44  ans,  de 
cancer  du  sein.  —  2°  Mere,  morte  cardiaque,  a  29  ans.  Son  pere, 
mort  a  84  ans.  Sa  mere  :  morte  cardiaque.  Son  frere  :  mort  d’atta- 
que  (?).  Ses  deux  sceurs,  vivantes  et  bien  portantes. 

Antecedents  collateraux.  —  Sept  freres  et  soeur s,  dont  un  frere 
mort  a  23  ans  (ictere  ?),  une  soeur  morte  a  28  ans  d’uremie  (albumi- 
nurie  chronique),  et  une  soeur  morte  a  un  an  (diarrhee  verte). 

Antecedents  personnels.  —  Etudes  secondaires.  Paresseux.  Devient 
chauffeur  de  taxi.  Marie  a  36  ans  (separe  depuis  de  nombreuses  an¬ 
nees).  Pas  d’enfant.  Temperament  :  assez  insouciant,  taciturne,  ja- 
loux  ;  ni  buveur,  ni  fumeur. 

Syphilis  en  1912,  traitee  a  Saint-Louis  par  huile  grise. 

Fait  la  guerre  dans  l’lnfanterie,  partie  en  France,  partie  en  Orient. 
Paludisme  a  Salonique  (trois  mois  de  traitement). 


SEANCE  DU  24  FEVRIER  1936 


251 


Histoire  des  troubles  :  debut  progressif  ;  etait  indifferent  depuis 
longtemps  a  l’egard  de  sa  famille.  En  juillet  1932  (47  ans),  debut  par 
fugues  anxieuses  :  crainte  de  poursuite  par  ies  agents  ;  les  jours  sui- 
vants,  depression,  anxiete  et  claustration.  Refus  d’aliments.  Ensuite, 
apres  5  jours  de  cet  etat,  en  aout  1932,  a  l’Inflrmerie  speciale  :  «  De- 
bilite  mentale,  idees  delirantes  de  persecution.  Interpretations  mor- 
bides.  Est  suivi  dans  la  rue  par  une  foule  de  gens  :  garcons  de  cafe, 
agents  de  police,  femmes,  etc.  Dans  son  travail,  on  fausse  son  comp- 
teur,  on  lui  fait  payer  des  outils  qu’il  n’a  pas  empruntes,  etc.  Cela 
dure  depuis  trois  mois.  Deux  fois  a  Ste-Anne  en  consultation  :  se  sen- 
tait  malade.  S’etait  enferme  chez  lui  depuis  5  jours,  refusait  de 
sortir.  II  y  a  15  jours,  voulait  se  jeter  a  la  Seine.  Fatigue  generate. 
Paleur.  Permis  de  conduire  a  suspendre.  Arrete  en  raison  de  sa 
sequestration  volontaire  a  domicile.  »  (Dr  Logre,  19  aout  1932). 

Certificats  ulterieurs  et  evolution.  —  «  Depuis  quelques  mois,  etat 
melancolique  avec '  idees  de  persecution,  predominance  d’interpre- 
tations  ;  il  ne  sortait  plus  parce  qu’on  le  surveillait  dans  la  rue,  et 
dernierement  tendance  au  suicide  ;  reflexes  rotuliens  vifs.  »  (D*  Si¬ 
mon). 

«  Syndrome  atypique  de  depression  et  d’interpretation  avec  mobL 
lite  d’humeur,  tremblement  de  la  langue  chez  un  syphilitique.  » 
(23  aout,  Dr  Courbon). 

«  Syndrome  atypique  de  depression  et  d’interpretation  avec  mobi- 
lite  d’humeur,  tremblement  de  la  langue  chez  un  syphilitique.  » 
(6  septembre,  Dr  Genil-Perrin). 

«  Parait  atteint  de  psychose  melancolique  avec  interpretations 
pessimistes,  concentration  morbide,  raptus  anxieux,  idees  de  suicide. 
Signes  physiques  de  meningo-encephalite  incipiens.  »  (31  mars  1933, 
Dr  Pierson,  Armentieres). 

A  cette  date  on  note  :  «  Machinations  contre  lui.  Phase  emotive 
quand  il  parle  de  sa  mere.  Son  pere  aurait  fait  mourir  sa  mere.  On 
lui  reproche  d’avoir  pratique  la  pederastie  avec  un  de  ses  cousins. 
Il  a  vole  500  francs.  On  devine  sa  pensee. 

Deformation  pupillaire  gauche.  Paresse  pupillaire. 

Tremblement  de  la  langue,  des  bras.  Facies  fige. 

Rotuliens  tres  vifs,  polycynetiques. 

«  Syndrome  d’affaiblissement  mental.  Indifference.  Troubles  de  la 
memoire.  Inertie.  Syphilis  nerveuse.  Inegalite  pupillaire.  »  (4  decem- 
bre  1933,  Dr  Tarbouriech). 

Par  la  suite,  accroissement  de  l’incurie,  avec  inertie.  Persistance 
des  signes  cliniques.  Morosite.  Autisme. 

En  juin  1935,  on  note  :  «  Assez  bien  oriente.  Parle  d’arrestation 
arbitraire.  Grossieretes.  Demande  qu’on  le  laisse  tranquille.  » 

Les  mois  suivants,  propos  sans  suite  :  «  Lutte  de  classes.  Capitaux. 
Gouvernement...  L ’Ami  du  Peuple.  »  Ignore  la  date.  Neanmoins,  la 
memoire  de  fixation  est  satisfaisante.  L’attitude  est  toute  d’opposi- 


252 


S0C1ETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


tion,  a  type  schizophrenique.  L’affaiblissement  est  moins  considerable 
qu’il  ne  parait  au  premier  abord. 

En  fevrier  1936,  les  signes  physiques  sont  ceux  precedemment 
indiques. 


Traitement  suivi  : 

Stovarsol,  de  juillet  a  septembre  1933,  ainsi  qu’en  juillet  1935. 


Formules  biologiques  : 

1°  Sang:  Bordet-Wassermann,  Meinicke  et  Kahn  negatifs  a  plu- 
sieurs  reprises. 

2°  Liquide  cephalo-rachidien  : 

Mars  1933  6-IV-33  11-1-35  18-VI-35  12-X-35  17-1-36 


Alb . 

Lympho. 
B.  W... 
Benjoin. 


Pandy  - 

Weichbrodt. 
Meinicke . . , 
Takata-Ara  . 


0,80 

»  0 

00000  00000 

02222  '  02221 
00000  00000 


0,22  0,22 

0,2  0,2 
0-  0 
00000  00000 

22222  22222 

10000  10000 


0,30  .  0,40 

0,2  0.3 

0  0 

60002  OOOOQ 

22210  22222 

00000  10000 

0  ± 

±  •  + 

0  ±!' 

0  ± 


On  remarquera  l’alternance,  si  frequente,  des  quelques  elements 
atypiques  (hyperalbuminose,  avec  extension  soit  a  droite,  soit  a  gau¬ 
che  de  la  precipitation  du  benjoin.  Les  reactions  de  floculation  sont 
a  peine  marquees,  quoique  legerement  positives  cependant. 

Au  total  :  forme  fruste,  peu  evolutive,  moins  dementielle  que  schizo¬ 
phrenique.  Ebauche  d’amelioration  par  le  traitement  specifique  (Sto¬ 


varsol). 


Commentaires.  —  II  s’agit  en  resume  d’un  etat  schizophreni¬ 
que  a  debut  anxieux  atypique  avec  idees  de  persecution,  evolu¬ 
tion  paranoide,  affaiblissement  (d’ailleurs  leger).  Syphilis  en 
1912,  traitee  au  mercure.  Signes  neurologiques  permettant  de 
parler  de  syphilis  nerveuse.  Ebauche  d’amelioration  par  le  sto¬ 
varsol. 

Le  fait  important  reside  dans  le  caractere  liminaire,  au  cours 
de  6  ponctions  successives  en  3  ans,  des  reactions  liquidiennes. 
En  1933,  a  ete  relevee  une  albuminorachie  a  0  gr.  80  ;  en  janvier 
et  juin  1935,  seule  existait  une  extension  partielle  a  droite  de  la 
precipitation  du  benjoin.  En  octobre  1935,  tres  legere  poussee 
d’albuminose,  avec  benjoin  precipite  dans  le  4“  tube.  En  janvier 
1936,  globulinose  legere,  benjoin  precipite  dans  le  11s  tube,  flocu- 
lations  liminaires.  Dans  le  sang,  toutes  les  reactions  ont  toujours 
ete  negatives. 


SEANCE  DU  24  FEVRIER  1936 


L’existence  de  signes  cliniques  de  specificite  nerveuse  (ayant  pu 
faire  penser  il  y  a  3  ans  a  une  meningo-encephalite  incipiens), 
]a  notion  d’une  syphilis  anterieure,  autorisent  a  admettre  la  legi- 
timite  d’un  etat  psych opathique  syphilitique  avec  reactions  limi- 
naires,  type  sur  lequel  nous  avons  insiste  dans  de  precedentes 
communications. 

Reste  a  se  demander  pourquoi  les  signes  biologiques  sont  peu 
marques. 

Remarquons  d’abord  qu’il  s’agit  d’un  etat  psychopathique  en 
somme  peu  evolutif,  qui  concorde  avec  ce  que  l’on  sait  de  la  for- 
mule  biologique  dans  les  formes  fixees  de  la  neuro-syphilis  (Clau¬ 
de  et  Targowla).  Mais  pourquoi  une  telle  forme  ? 

Ici  plusieurs  facteurs  entre  beaucoup  d’autres  peuvent  etre 
invoques  : 

1°  La  syphilis,  avouee,  a  ete  traitee.  Or,  avec  Dupouy,  nous 
avons  montre  naguere  l’importance  de  la  notion  d’un  traitement 
specifique  anterieur  dans  la  forme  ulterieure  de  la  determina¬ 
tion  nerveuse.  (Paralysie  generate  a  formes  demeritielles  sim¬ 
ples  et  non  delirantes,  formules  subpositives  s’eloignant  du  type 
pegetique  classique). 

2°  Le  sujet  est  un  ancien  paludeen.  Or,  ce  facteur,  sur  lequel 
nous  insistons  par  ailleurs,  nous  parait  important  dans  l’expli- 
cation  de  certaines  neuro-syphilis  a  formule  biologique  liminaire. 

3°  Dans  le  cas  present,  nous  desirons  insister  surtout  sur 
1’heredite  de  ce  sujet  :  cette  heredite  est  eminemment  suspecte 
dans  la  lignee  paternelle  :  cancer  des  fumeurs  chez  le  grand- 
pere,  permettant  de  suspecter  une  syphilis  anterieure,  d’autant 
plus  que  la  femme  de  ce  dernier  est  morte  d’une  angine  de  poi- 
trine  ;  pere  mort  subitement  ;  une  tante  paternelle  morte  de 
cancer  du  sein.  [A  ce  sujet,  nous  ne  citerons  pour  memoire  que 
les  etudes  nombreuses  recentes  concernant  les  rapports  de  cer¬ 
tains  cancers  du  sein  et  de  la  syphilis  (Touraine)]. 

Le  chancre  du  sujet  se  presenterait  done  comme  une  super¬ 
infection  chez  un  heredo-syphilitique  de  2e  generation,  et  la 
syphilis  nerveuse  comme  une  forme  de  moindre  virulence,  liee 
a  un  etat  refractaire  partiel  anterieur. 

Cas,  en  realite,  repetons-le,  complexe,  mais  pour  lequel,  a  cote 
des  deux  facteurs  sur  lesquels  nous  avons  insiste  par  ailleurs, 
il  nous  a  paru  interessant  de  nous  interroger  sur  l’influence  pos¬ 
sible  d’un  troisieme,  a  la  verite  encore  peu  etudie,  la  super¬ 
infection  sur  terrain  heredo-syphilitique  de  deuxieme  generation. 


254 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


bibliographic: 

Dublineau.  —  Ann.  Med.-Psych.,  nov.  1935  et  fevr.  1936. 

Dupouy  et  Dublineau.  —  Ann.  Med.-Psych.,  mai  1930. 

Richet  (Ch.)  Ills  et  Dublineau  (J.).  —  Bull.  Acad.  Med.,  27  nov.  1934,  fevr. 
et  avril  1935. 

Schulmann  et  Lemaire.  —  Traite  de  la  syphilis  de  Jeanselme,  t.  I,  p.  643. 
Touraine  et  Ribadeau-Dumas.  —  Bull.  Soc.  fr.  Derm,  et  Syph.,  1933,  n"  1, 
p.  124. 

Truffi  (IVt.).  —  Iin,munite,  superinfection,  reinfection  dans  la  syphilis. 

Congres  de  Dermatologie  de  Copenhague,  1930  (in  Ann.  de  Derm, 
et  Syph.,  1930,  p.  990). 


Conductibilite  electrique  du  corps  humain  et  dysendocrinie. 

Un  nouveau  test  biometrique  :  la  mesure  de  l’angle  de 

phase.  (Note  preliminaire),  par  M.  Yves  Porc’her. 

Dans  une  suite  d’articles  parus  au  debut  de  1’annee  1888  dans 
le  Pr ogres  Medical,  Romain  Vigouroux,  a  cette  epoque  chef  du 
Service  d’electrotherapie  de  la  Salpetriere,  signalait  un  abaisse- 
ment  de  la  resistance  electrique  chez  les  sujets  atteints  de  la 
maladie  de  Basedow. 

Vigouroux  operait  en  courant  continu  avec  deux  electrodes  de 
charbon  recouvertes  de  peau  de  chamois,  de  6  et  de  4  cm.  de 
diametre,  placees  1’une  sur  le  sternum  et  l’autre  entre  les  epaules 
au-dessous  de  l’apophyre  de  la  7°  cervicale. 

«  La  resistance,  ecrivait-il,  se  montre  extremement  diminuee 
dans  la  maladie  de  Basedow.  Elle  est  alors  le  quart  ou  le  cin- 
quieme,  et  meme  moins,  de  c'elle  observee  dans  les  memes  condi¬ 
tions  chez  un  sujet  sain.  » 

Ce  travail  trouva  d’abord  quelque  echo  en  Italie  et  en  Allema- 
gne,  puis  tomba  rapidement  dans  l’oubli.  Et,  bien  que  la  resis- 
tancfe  du  corps  humain,  et  plus  particulierement  de  la  peau,  ait 
toujours  preoccupe  peu  ou  prou  les  electro-therapeutes  et  les 
electro-physiologistes,  il  faut  arriver  jusqu’en  1929  pour  voir 
reprises  en  Allemagne,  par  Lueg,  les  idees  de  Vigouroux  sous  une 
forme  moderne. 

Lueg  suivait  la  technique  de  Gildemeister  et  utilisait  le  courant 
alternatif  (environ  12.000  cycles-secondes).  II  montra  d’abord 
que  les  modifications  de  l’electro-cardiogramme  des  myxoedema- 
teux  pouvaient  s’appliquer  en  partie  par  des  modifications  des 
proprietes  electriques  de  la  peau,  puis  en  collaboration  avec 
Grossheim,  que  ces  modifications  pouvaient  etre  mises  en  paral- 
lele  avec  le  taux  du  metabolisme  basal  dans  les  etats  d’hyper  et 


SEANCE  DU  U  FEVRIER  1936 


255 


d’hypothyroi'disme.  Enfin,  en  1933,  Mrs  et  Mr.  Brazier,  de  Lon- 
dres,  appliquaient  a  ce  probleme  la  methode  employee  dans 
l’industrie  des  cables  telephoniques  pour  la  mesure  des  depha- 
sages  et  firent  faire  ainsi  a  la  technique  un  remarquable  progres. 

Dephasage  et  angle  de  phase.  —  Considerons  une  source  de 
courant  alternatif  sinusoidal  et  faisons  passer  le  courant  dans 
une  resistance  pure.  Incorporons  a  ce  circuit  un  voltmetre  et  un 
amperemetre  convenables.  Supposons  enfin  la  frequence  du 
courant  alternatif  (cycles  secondes)  suffisamment  basse  pour  que 
le  deplacement  des  aiguilles  des  appareils  de  mesure  puisse  etre 
suivi  facilement  de  1’ceil.  Nous  verrons  alors  les  aiguilles  ani- 
mees  d’un  mouvement  rigoureusement  synchrone  et  rigoureuse- 
ment  parallele.  La  tension  (voltage)  et  le  courant  (intensite)  sont 
simultanement  positifs  ou  negatifs.  On  dit  qu’ils  sont  en  phase 
et  la  puissance  est  tou jours  positive. 

Substituons  maintenant  a  notre  resistance  une  capacite  pure. 
Nous  verrons  alors  que  nos  aiguilles  battent  toujours  synchroni- 
quement,  mais  qu’elles  ne  sont  plus  paralleles  ;  elles  sont  deca- 
lees  l’une  par  rapport  a  l’autre  d’un  angle  de  90°.  La  tension  et 
le  courant  ne  sont  plus  simultanement  positifs  et  negatifs  et  la 
puissance  devient  alternativement  positive  et  negative.  On  dit 
qu’il  y  a  dephasage  entre  la  tension  et  le  courant,  et  Tangle  de 
90°  qui,  dans  notre  exemple,  est  la  mesure  de  ce  dephasage  s’ap- 
pelle  Tangle  de  phase. 

Le  corps  humain,  traverse,  par  un  courant  alternatif,  ne  se  com- 
porte  ni  comme  une  resistance  pure,  ni  comme  une  capacite 
pure,  mais  un  complexe  des  deux  (complexe  que  les  electriciens 
nomment  impedance)  et  Tangle  de  phase  est  de  l’ordre  de  6  a 
8  degres. 

Technique  de  la  mesure.  —  La  mesure  se  fait  par  la  methode 
d’opposition  a  l’aide  d’un  pont  de  Wheatstone,  ou  on  a  place  un 
condensateur  variable  en  parallele  avec  une  resistance  fixe.  Le 
sujet  qui  constitue  la  composante  X  du  pont  est  mis  en  serie  dans 
un  circuit  en  plongeant  les  bras  jusqu’aux  coudes  dans  deux 
bacs  contenant  chacun  10  litres  d’eau  physiologique  et  relies 
par  des  electrodes  plongeantes  a  l’appareil. 

On  manoeuvre  la  resistance  et  le  condensateur  variables  du 
pont  jusqu’a  ce  qu’on  obtienne  le  zero  au  galvanometre  (ou  le 
silence  au  telephone). 

Dans  ce  montage  (condensateur  en  parallele),  la  mesure  de 
Tangle  de  phase  indiqu^e  par  la  valeur  de  sa  tangente  est  don- 
nee  par  la  formule  : 

tg  ?  =  2  it  f.  R.  C. 


256 


SOC1ETE  MEDICO-PSY CH0L0G1QUE 


(Dans  l’appareil  Brazier,  le  plus  recent,  alimente  par  un  courant 
de  20  cycles-seconde,  la  graduation  du  condensateur  variable, 
donne  directement  la  mesure  de  Tangle  en  degres). 

Applications  cliniques  et  resultats.  —  Le  resultat  des 
recherches  de  Mrs  Brazier,  que  nous  allons  passer  rapidement  en 
revue,  a  ete  continue  en  Angleterre  par  Holiday  et  Smith  et  en 
France  par  Lamy.  Toutefois,  Robertson  et  Wilson  en  Angle¬ 
terre  et  Barnett  et  Bagno  en  Amerique,  tout  en  confirmant  en 
gros  ces  resultats,  ont  souleve  quelques  objections. 

Tout  d’abord,  les  femmes  et  les  hommes  normaux  se  sont 
repartis,  quant  a  la  mesure  de  Tangle  de  phase,  en  deux  groupes 
bien  tranche,  les  femmes  autour  de  6  degres,  les  hommes  autour 
de  8  (1). 

Chez  les  enfants,,  Tangle  de  phase,  d’abord  tres  petit,  croit  en 
gardant  d’abord  des  valeurs  comparables  dans  les  deux  sexes, 
mais  au  moment  de  la  puberte.  Tangle  croit  plus  vite  chez  les 
garcons  que  chez  les  filles  pour  atteindre  les  valeurs  indiquees 
plus  haut,  a  la  fin  de  l’adolescence. 

Ces  constatations  tendraient  a  prouver  que  ce  test  a  bien  une 
base  biologique  reelle,  bien  que  de  nature  encore  indeterminee. 

Les  Basedowiens  presentent  en  general  un  angle  de  phase  petit. 
Les  goitres  simples,  au  contraire,  presentent  generalement  une 
legere  augmentation. 

Enfin,  les  myxoedemateux  donnent  quelquefois  des  augmen¬ 
tations  tres  marquees,  mais  les  resultats  aberrants  seraient  plus 
frequents. 

II  est  d’ailleurs  necessaire  de  faire  remarquer  que  les  varia¬ 
tions  de  Tangle  de  phase  ne  suivent  pas  les  variations  tres 
rapides  du  metabolisme. 

Apres  un  exercice  violent  pousse  jusqu’a  l’epuisement,  alors 
que  la  consommation  d’oxygene  atteint  des  chiffres  tres  eleves, 
Tangle  de  phase  ne  varie  pratiquement  pas.  Robertson  et  Wilson 
font  remarquer  que,  sur  un  chat,  Tangle  de  phase  pe  fut  pas 
modifie  par  le  passage  de  vie  a  trepas. 

II  ressort,  de  la  controversy  engagee  entre  ces  auteurs  et 

(1)  Cette  distribution  des  sexes  en  deux  groupes  particuliers  a  suggere 
a  Mrs  Brazier  l’idee  d’adopter  la  valeur  moyenne  de  chaque  groupe  comme 
zero  relatif  et  de  compter  les  differences  en  plus  ou  en  moins  a  parlir  de 
ce  zero  pour  chaque  groupe.  En  outre,  Mrs  Brazier  prend  pour  echelle  dc 
mesure  Pangle  coniplementaire  de  l’angle  de  phase.  Get  angle  complernen- 
taire  varie  naturellement  en,  sens  inverse  de  l’angle  de  phase  et  ses  varia¬ 
tions  ont  le  meme  signe  positif  ou  negatif  que  les  variations  du  taux  de 
M.B.  Cet  angle  complementaire  porte  le  nom  d’angle  d’impedance. 


SEANCE  DU  24  FEVRIER  1936 


257 


Mrs.  Brazier,  que  Tangle  de  phase  ne  se  modifie  que  lentement 
soit  apres  operation  thyreoprive,  soit  au  cours  d’un  traitement 
par  administration  de  corps  thyrolde  et  qu’il  faille  compter  par- 
fois  un  laps  de  temps  de  plusieurs  semaines. 

Cela  suggere  l’idee  que  le  substratum  biologique  serait  plutot 
de  nature  structurale  et  anatomique  que  fonctionnelle,  et  revo¬ 
lution  de  Tangle  de  phase  au  cours  de  la  croissance  soutient 
■aussi  cette  hypothese. 

II  ne  faudrait  peut-etre  pas  fonder,  sur  1’emploi  de  ce  test,  des 
■esperances  exagerees  ou  tout  au  moins  prematurees.  Neanmoins, 
la  difficulty  que  nous  eprouvons  a  mesurer  le  metabolisme  basal 
chez  nos  malades  mentaux  doit  nous  inciter  a  essayer  ce  nou¬ 
veau  test.  Quelques  moments  de  docilite  brefs  et  intermittents 
de  la  part  du  sujet  suffisent  a  une  mesure  precise  et  une  certaine 
•contention  n’est  pas  un  obstacle  a  une  bonne  experience. 

Dans  cet  esprit,  j’ai  entrepris  la  construction  d’un  phasem^tre 
avec  la  collaboration  d’ingenieurs  qualifies  ;  il  ne  s’agit  point 
d’ailleurs  d’un  appareil  dit  medical,  mais  d’un  instrument  de 
recherche.  Je  vous  le  presenterai  dans  une  prochaine  seance. 


Hallucinations  visuelles,  conscientes  et  transitoires, 
par  M.  Daumezon  (Travail  du  service  du  Dr  J.  Capgras). 

Nous  avons  eu  l’occasion  d’observer,  chez  une  vieille  femme, 
■sans  affaiblissement  psychique,  mais  atteinte  de  cataracte,  un 
cas  d’hallucinose  transitoire  qui  nous  a  paru  pouvoir  vous  etre 
presente. 

Mile  A...,  Louise-Victorine,  est  entree  a  l’asile  le  25  juin  1894  a  1’age 
de  41  ans.  Le  certificat  immediat  signe  du  Dr  Legras  est  ainsi  concu  : 
«  Delire  melancolique,  hallucinations  auditives,  culpabilite  imagi- 
naire.  »  Rapidement  les  troubles  s’amenderent.  La  malade  explique 
actuellement  ce  qui  lui  est  arrive  de  la  maniere  suivante  :  «  J’ai  ete 
folle  cinq  jours  durant  lesquels  je  fus  amenee  a  Sainte-Anne,  puis  tout 
a  disparu.  »  «  Pendant  longtemps  j’ai  entendu  des  voix  qui  me  fai- 
saient  comprendre  :  Ne  fais  pas  cela,  tu  le  rateras,  —  N’y  vas  pas,  on 
te  fera  du  mal,  —  N’essaie  pas,  tu  ne  sais  pas  le  faire.  Puis  tout  cela 
s’est  arrange  et  je  suis  devenue  normale.  » 

Les  troubles  tres  discrets  presentes  par  notre  malade  n’eussent  cer- 
tainement  pas  entrave  sa  sortie  si  son  pere  et  sa  soeur  se  fussent  sou- 
cies  de  la  tirer  de  l’asile.  Graduellement  la  malade  s’est  fort  bien 
accommodee  de  la  vie  asilaire.  Excellcnte  travailleuse,  tres  servikble, 
elle  aide  le  personnel  et  devient  une  collaboratrice  devouee. 

Ann.  Med.-psych.,  XVe  serie,  94'  annee,  t.  I.  —  Fevrier  1936.  17. 


258 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHO L0G1QUE 


En  1930,  l’acuite  visuelle  diminue  ;  Pophtalmologiste  consulte- 
repond  :  Cataracte  de  l’oeil  droit  a  operer  apres  traitement  mercu- 
riel.  Mais  Mile  A...  refuse  1’operation  :  «  Si  je  n’y  vois  plus  je  ne 
pourrais  plus  travailler,  eh  !  mon  Dieu,  je  suis  assez  vieille  pour  me-: 
reposer.  » 

Nous  avons  maintenant  devant  nous  une  vieille  femme  de  83  ans, 
voutee,  la  bouche  edentee,  le  visage  ride.  L’oeil  est  vif,  la  demarche 
encore  alerte.  Avenante,  elle  repond  volontiers  au  medecin,  donne 
sur  son  sejour  les  renseignements  les  plus  precis,  les  details  les  plus- 
pittoresques.  On  ne  note  aucun  trouble  mental  d’aucune  sorte.  Un 
certificat  de  situation  du  Dr  Capgras,  date  du  27  septembre  1934,. 
debute  par  ces  mots  :  «  Entierement  lucide  malgre  son  grand  age.  » 

II  nous  a  paru  interessant  de  retracer  en  detail  cette  histoire  pour 
situer  dans  leur  terrain  exact  les  troubles  actuels  : 

Le  10  decembre  1935,  apres  avoir  accompli  sa  tache  quotidienne  : 
vaisselle  du  soir,  rangement  du  refectoire,  Mile  A...  ressentit  une  legere- 
fatigue  :  «  J’ai  pris  froid  »,  pensa-t-elle,  et  s’en  fut  se  coucher.  Au 
lit,  devant  le  mur  a  cote  d’elle,  elle  aper$ut  des  figures  d’hommes,  de 
femmes,  des  chats,  un  chien.  Elle  fut  effrayee  bien  que  sachant  perti- 
nemment  qu’il  s’agissait  d’un  trouble  pathologique.  Le  meme  pheno- 
mene  se  reproduisit  huit  jours  durant,  cependant  qu’evoluait  une 
bronchite  banale  qui  s’ameliora  tres  rapidement. 

La  malade  decrit  ainsi  les  «  visions  »  qu’elle  permit  :  «  Le  soil', 
a  la  tombee  de  la  nuit,  au  moment  ou  les  lumieres  s’eteignent,  cela 
commence...  »  «  Des  figures  d’hommes,  de  femmes,  passent  la  devant 
le  mur  et  a  cote  de  moi  (elle  fait  signe  de  sa  main  droite)  du  cote  de 
ma  cataracte.  »  Ces  figures  restent  toujours  sur  le  meme  plan,  jamais, 
elles  ne  se  rapprochent.  Jamais  elle  ne  les  a  vues  sur  le  drap. 

En  general  il  s’agit  de  la  tete  seule,  quelquefois  du  corps  entier. 
Une  seule  figure  connue,  celle  de  sa  sceur  ;  les  autres  ne  peuvent  etre 
identifiees.  Ce  sont  des  personnages  aux  yeux  brillants  «  comme 
dans  les  dessins  ».  Les  tetes  sont  beaucoup  plus  grosses  que  nature, 

«  des  caricatures  »,  dira-t-elle.  «  Les  hommes  sont  vieux,  mal  habil- 
les,  avec  de  gros  yeux  fixes  qui  me  regardent,  moi  ». 

Notre  malade  a  vu  aussi  des  chats  aux  yeux  brillants  et  menacants, 
et  un  jour  un  chien  ;  un  marteau  fut  signale  ;  dans  la  periode  termi-  . 
nale  «  une  passementerie  comme  une  tenture  pendue  a  cote  du  lit  »  ; 
apparurent  aussi  des  arbres,  surtout  des  troncs  identiques  a  ceux 
qu’on  voit  dans  la  cour  du  quartier  a  travers  la  fenetre.  Nous  insiste- 
rons  ailleurs  sur  la  vision  de  neige. 

Toutes  ces  images  sont  isolees,  jamais  organisees  en  tableau.  Elles. 
sont  fortement  colorees.  «  Des  couleurs,  toujours  avec  des  couleurs 
vives,  du  bleu  particulierement.  »  Jamais  elles  ne  prendront  un  relief, 
et  la  malade  insiste  sur  leur  caractere  d’  «  images  plates  » . 

II  s’agit  d’un  «  defile  »  de  personnages  :  «  Ils  ne  bougent  pas, 
cela  se  promene,  mais  la  personne  ne  fait  jamais  le  geste  »,  le  sens 
du  defile  est  de  droite  a  gauche. 


SEANCE  DU  U  FEVRIER  1936 


259 


L’intensite  de  la  perception  parait  augmenter  dans  l’obscurite  : 
«  Si  on  eteint  la  lumiere,  c’est  plus  fort.  »  Par  contre,  la  position  du 
corps  n’a  aucune  influence  :  «  Je  me  leve,  je  marche,  c’est  la  meme 
chose.  » 

Notre  malade  reagit  vivement  devant  ces  «  visions  »,  ce  «  cine-, 
ma  ».  «  J’ai  peur  et  pourtant  je  sais  bien  »,  «  je  me  bouche  les 
yeux,  surtout  le  droit,  mais  je  vois  la  meme  chose  ».  L’explication  de 
sa  frayeur  lui  parait  toute  naturelle  :  «  Ces  choses-Ia,  fa  ne  vous 
rend  pas  tranquille,  j’en  ai  tant  vu  dans  cette  maison,  que  j’ai 
toujours  peur  de  devenir  comme  elles.  »  Mais,  par  ailleurs,  elle 
reconnaitra  la  frayeur  que  lui  inspiraient  ces  figures  «  comme  quand 
on  est  petite  et  qu’on  voit  dans  un  livre  une  image  de  croquemi- 
taine  ».  A  la  suite  de  cette  crise,  elle  a  demande  a  quitter  la  cham- 
bre  qu’elle  occupait  pour  coucher  dans  le  dortoir  :  «  J’y  serai  moins 
seule  et  plus  tranquille.  » 

Un  point  important  nous  parait  etre  les  visions  particulieres  qui 
ont  marque  le  debut  et  la  fin  de  la  crise. 

Le  premier  jour,  avant  l’apparition  des  tetes  et  des  personnages,  la 
malade  a  vu  de  la  neige  ;  les  deux  derniers  jours,  alors  qu’il  n’y 
avait  plus  de  visage,  nouvelle  vision  de  neige.  «  Un  peu  de  neige, 
comme  de  la  toute  petite  neige,  comme  une  pluie.  Elle  tombe  lente- 
ment...  »  Au  milieu,  de  temps  a  autre,  «  des  petits  mouvements  d’elec- 
tricite  »,  «  comme  une  etincelle  de  briquet  ».  «  Cela  m’arrive  quel- 
quefois  en  temps  normal  ». 

Les  crises  ont  dure  chaque  soir  pendant  1  heure  environ  durant 
9  jours.  Elies  s’accompagnent,  au  dire  de  la  patiente,  de  violentes 
cephalees  et  de  douleurs  au  niveau  des  globes  oculaires,  plus  particu- 
lierement  a  droite. 

Nous  avons  soumis  Mile  A...  a  un  examen  neurologique  qui  n’a  per- 
mis  de  deceler  aucune  anomalie  notable. 

Au  niveau  de  l’ceil  :  reflexes  corneens  conserves.  Musculature 
externe  de  l’ceil  fonctionne  normalement. 

Examen  ophtalmologique  negatif,  a  part  la  cataracte  plus  haut 
signalee.  Aucun  signe  objectif  de  glaucome. 

On  ne  note  aucun  signe  de  la  serie  hypothalamique,  pas  d’hyper-, 
somnie,  pas  de  polyphagie,  pas  de  polydipsie,  pas  de  polyurie. 

La  tension  arterielle  au  Pachon  est  a  17,5-10.  Un  dosage  d’uree 
sanguine  donne  0  gr.  45  par  litre. 

Depuis  l’episode  que  nous  venons  de  decrire,  Mile  A...  a  presente 
a  quelques  reprises  une  rhino-pharyngite  rapidement  guerie,  mais  a 
aucun  moment  des  troubles  comparables  a  ceux  signales  n’ont  ete 
remarques. 

En  resume,  nous  nous  trouvons  en  presence  d’un  cas  d’hallu- 
cinations  visuelles  conscientes. 

Parmi  les  exemples  d’hallucinose  visuelle,  les  auteurs  ont 


260 


SOCtETE  MED1CO-PSYCHOLOGIQUE 


groupe  les  cas  dans  diverses  rubriques,  selon  l’etage  des  lesions 
presentees  par  le  malade.  Nous  croyons  pouvoir  rattacher  l’hallu- 
cinose  de  notre  malade  aux  hallucinations  des  ophtalmopathes. 
Rien,  en  effet,  ne  nous  autorise  a  mettre  en  cause  une  lesion  des 
voies  optiques  centrales.  L’absence  de  troubles  de  la  serie  hypo- 
thalamique  et  pedonculaire  ecarte  la  possibility  d’un  syndrome 
sylvien. 

Outre  ces  caracteres,  nous  signalons,  chez  notre  malade,  sur 
certaines  caracteristiques  des  hallucinations  : 

—  Leur  position  dans  le  champ  visuel  droit,  du  cote  de  la 
cataracte.  Notre  malade  avait  tellement  conscience  de  cette  situa¬ 
tion  qu’elle  bouchait  1’oeil  droit  avec  la  main  afin  d’entraver  le 
deroulement  des  images  hallucinatoires.  Cette  manoeuvre  s’averait 
sans  effet. 

—  Le  sens  de  deplacement  des  images  de  droite  a  gauche,  du 
cote  lese  au  cote  sain. 

—  L’existence  concomitante  aux  phantasmes  de  douleurs  ocu- 
laires  nettes.  On  a  signale  des  phenomenes  de  l’ordre  de  ceux 
constates  au  cours  de  poussees  de  glaucome.  La  pression  des 
globes  oculaires  n’eveille  actuellement  aucune  douleur.  L’examen 
ophtalmologique  s’est  revele  negatif, 

Le  mode  d’apparition  et  la  succession  des  images  nous  auto- 
risent  a  consacrer  un  court  developpement  au  mecanisme  possi¬ 
ble  des  phenomenes  envisages  : 

Tout  d’abord,  nous  eliminerons  l’element  onirique  :  toute  la 
description  que  donne  la  malade,  les  precisions  qu’elle  fournit, 
le  caractere  meme  des  phantasmes,  ecartent  l’hypothese  d’halln- 
cinations  hypnagogiques.  D’ailleurs,  Mile  A...  etait  tres  eveillee 
lors  de  l’apparition  des  troubles. 

II  est  interessant  de  noter  que  les  crises  ont  debute  par  une 
vision  de  «  neige  ».  Les  deux  dernieres  crises  ont  cbnsiste  uni- 
quement  en  cette  vision  de  «  neige  »  au  milieu  de  laquelle  appa- 
raissaient  des  phosphenes.  Dans  une  observation  de  P.  Camus,  le 
malade  percoit  successivement  :  des  taches  blanches,  puis,,  dans 
un  second  stade,  des  tetes  et  des  corps.  Une  observation  de  Morax 
cite  des  visions  de  neige  chez  un  malade  lorsque  ce  dernier  se 
rappelle  des  souvenirs  de  Russie.  On  peut  noter  que  la  periode 
durant  laquelle  les  phenomenes  furent  constates  coincide  avec 
une  baisse  notable  de  la  temperature  et  un  etat  atmospherique  au 
cours  duquel  des  chutes  de  neige  legeres  furent  enregistrees  a 
Paris. 

11  est  plus  difficile  de  fournir  une 


interpretation  du  mecanisme 


SEANCE  DU  n  FEVR1ER  1936  2(51 

de  la  vision  dans  diverses  tetes.  Si,  en  effet,  la  vision  de  neige 
entre  exactement  dans  la  categorie  des  «  substitutions  du  souve¬ 
nir  a  la  sensation  »  de  Barat,  il  ne  parait  guere  en  etre  de  meme 
pour  les  autres  phantasmes.  Une  des  figures  a  ete  identifiee  a 
celle  de  la  soeur,  mais  quant  aux  autres,  elles  sont  inconnues.  On 
pourrait,  a  la  rigueur,  attirer  l’attention  sur  les  caracteres  bril- 
lants,  eclatants,  des  yeux  dans  les  personnages  percus  par  la 
malade.  Ne  pourrait-on  supposer  qu’il  s’agit  la  de  phosphenes 
autour  desquels  furent  construites  les  tetes  phantastiques  ? 

II  parait  a  peu  pres  impossible  de  rattacher  purement  aux 
apports  peripheriques  les  perceptions  de  la  malade.  Force  nous 
est  done  de  rechercher,  dans  le  contexte  physique,  une  etiologie 
a  ces  troubles  :  Sedan,  Fromaget,  Finlay,  David  ont  soutenu  l’opi- 
nion  d’une  intoxication  endogene  uremique,  le  malade  de  l’obser- 
vation  VI  de  la  these  de  Leyritz  presente  une  hallucinose  a  l’occa- 
sion  d’une  nephrite  cantharidique.  Notre  malade,  elle,  presente 
un  taux  d’uree  normal,  par  contre,  il  convient  de  faire  intervenir 
dans  la  genese  du  phenomene  l’etat  subfebrile  accompagne  de 
cephalee  provoque  par  la  bronchite. 

En  presence  d’un  tel  cas,  une  question  de  qualification  parait 
se  poser.  Briere  de  Boismont,  Christian,  decrivaient  des  «  hallu¬ 
cinations  rectifiees  par  l’entendcment  »  (2e  sous-section  de  la 
lr*  section  des  hallucinations  compatibles  avec  le  raisonne- 
ment)  ;  pour  employer  une  terminologie  plus  moderne  :  s’agit-il 
d’une  hallucinose  ? 

Ce  terme  a  recu  des  acceptions  tres  differentes  selon  les 
auteurs.  L’idee  de  «  'delire  minimum  »  parait  dominer  les  divers 
sens  admis.  C’est  ainsi  qu’en  Allemagne,  Wernicke  designait 
sous  ce  nom  des  etats  hallucinatoires  aigus  des  psychoses  alcoo- 
liques,  rapidement  rectifies  par  le  malade  et  consideres  par  lui 
comme  pathologiques.  Plaut,  puis  Krajpelin  decrivaient  une 
«  Hallucinose  syphilitique  »  :  etat  ou  les  hallucinations  domi- 
nent  la  scene,  accompagnees  d’indifference.  Mais  ils  n’attachaient 
pas  d’importance  particuliere  a  la  conscience  du  caractere  mor- 
bide  qui  pouvait  faire  defaut. 

En  France,  Dupre,  Gelma  et  plus  recemment  Leyritz,  conside- 
raient  l’hallucinose  comme  un  «  syndrome  caracterise  par  des 
hallucinations  inconscientes,  sans  delire  abstrait  surajoute  ». 
Un  des  elements  qui  parait  important  dans  la  notion  tradition- 
nelle  de  l’hallucinose  est  le  polymorphisme  et  la  variabilite  des 
phantasmes.  G.  Clerambault,  Lalanne,  Dumont,  Gordon,  Royer, 
Hamel  utilisent  le  meme  terme,  lui  accordant  la  meme  signifi¬ 
cation. 


262 


SOC1ETE  MEDICO-PS YCHO LOGIQ  UE 


En  resume,  pour  une  tres  grosse  part  des  auteurs,  le  terme 
d’hallucinose  designe,  non  pas  tant  un  phenomene  perceptif 
particular,  mais  plutot  certains  «  etats  ».  On  notera  que,  pen¬ 
dant  longemps,  il  en  fut  de  meme  pour  l’hallucination  :  Pinel, 
Esquirol,  Parchappe  emploient  generalement  1’expression  «  le 
malade  est  en  etat  d’hallucination  ». 

Un  courant  d’idees  recent,  dirige  par  Janet  d’une  part,  par 
Claude  de  l’autre,  tend  a  introduire  la  notion  de  croyance  dans 
la  definition  de  l’hallucination,  a  synchretiser  le  delire  et  l’hallu¬ 
cination.  Les  auteurs  adoptant  ce  point  de  vue  ont  du,  tout 
naturellement,  rejeter  l’hallucinose  comme  inexistante  et  ne 
correspondant  a  aucune  realite  clinique. 

Les  uns,  avec  Claude  et  Ey,  ont  donne  a  ce  mot  un  sens  nou¬ 
veau,  «  phenomene  caracterise  par  la  presence,  dans  le  champ 
de  la  conscience,  d’une  sensation,  d’une  forme  a  laquelle  le  sujet 
n’ajoute  pas  foi  ».  Ainsi,  suivant  revolution  du  mot  hallucina¬ 
tion,  l’hallucinose  cessait  de  designer  un  etat  pour  devenir  un 
phenomene  elementaire. 

Les  autres,  avec  Janet,  constatant  1’existence  manifeste  de 
phenomenes  dont  la  croyance  est  souvent  absente,  propose  de  les 
ranger  parmi  les  illusions,  «•  une  stimulation  peut  se  produire 
sur  un  point  d’un  organe  receptif  d’une  maniere  inhabituelle  et 
provoquer  a  faux  l’activation  de  tout  le  schema  perceptif  ».  Une 
telle  theorie  parait  s’appliquer  exactement  a  l’observation  que 
nous  rapportons,  d’autant  mieux  que  Janet  invoque  deux  meca- 
nismes  de  mise  en  branle  du  schema  perceptif  :  d’une  part, 
l’intoxication  endogene  ou  exogene,  d’autre  part  le  passage  au 
demi-sommeil.  Les  caracteres  releves  plus  haut  de  construction 
d’image  elaboree  autour  de  phosphenes,  de  «  gestalt  »,  fournis 
par  l’oeil,  1’etat  subfebrile  de  notre  malade,  nous  autorisent  a 
adopter  la  terminologie  de  P.  Janet. 


La  seance  est  levee  a  18  h.  30. 


Le  Secretaire  des  seances  : 
Paul  Abely. 


SOCIETIES 


Societe  de  Neurologie  de  Paris 


Seance  du  Jeudi  6  Fevrier  1936 


Presidence  :  M.  TINEL,  president 


-Hemiplegie  passagere  par  embolie  gazeuse  au  cours  de  la  re-insufflation 
d’un  pneumothorax,  par  MM.  J.  Tinel  et  M.  Jacquet. 

MM.  Tinel  et  Jacquet  relatent  un  cas  d’hemiplegie  gauche  passagere,  sur- 
venue  au  cours  de  la  re-insufflation  d’un  pneumothorax  droit  et  qui  ne  peut 
etre  attribue  a  un  autre  processus  qu’a  une  embolie  gazeuse. 

Us  signalent  la  coexistence  d’une  ischiemie  passagere  du  membre  supe- 
rieur  droit  et  de  l’hemithorax  droit,  avec  apparition  rapide  de  placards  de 
vaso-dilatation  paraiytique,  alternant  avec  des  plages  de  vaso-constriction. 
Ces  troubles  traduisaient  manifestement  l’embolie  gazeuse  de  la  sous- 
•claviere. 

Les  accidents  cerebraux  par  embolie  gazeuse  de  la  carotide  droite  se 
.sont  traduits  d’abord  par  des  phenomenes  de  choc  cerebral  avec  obnubila¬ 
tion  profonde.  L’hemiplegie  ne  s’est  constitute  que  deux  ou  trois  minutes 
-apres,  en  meme  temps  que  disparaissaient  les  placards  cyanotiques  du 
membre  superieur  droit.  II  semble  que  le  retard  de  l’apparition  de  l’hemi- 
plegie  puisse  etre  attribue  a  la  conservation  de  i’activite  des  cellules  cor- 
ticales  pendant  quelques  minutes  encore  apres  l’etablissement  de  l’ischie- 
mie  cerebrale. 

L’hemiplegie  complete,  sans  participation  cependant  de  la  face,  avec 
hemianestbesie  complete,  s’est  acoompagnee  immediatement  d’exageration 
<les  reflexes  tendineux  et  de  clonus  du  pied,  avec  abolition  des  reflexes  cuta- 
nes  et  absence  du  signe  de  Babinski. 

Elle  a  completement  disparu  en  quelques  heures,  ne  laissant  absolument 
•aucune  trace  residuelle. 


264 


SOCIETES 


Un  cas  de  nevrose  du  systeme  vegetatif  avec  arret  du  coeur  et  automa- 
tisme  ventriculaire  pendant  la  compression  oculaire,  par  MM.  R . - 
A.  Schwob  et  Marcel  MoNNien. 

U11  homme  de  42  ans,  redacteur,  consulte  a  la  Salpetrifere  pour  des  crises 
sudorales  survenaiit  la  nuit  depuis  plusieurs  annees  a  la  face  posterieure 
des  jambes.  A  part  une  paralysie  radiale  aneienne  consecutive  a  une  bles- 
sure  de  guerre,  l’examen  neurologique  ne  revele  aucun  trouble  du  systeme 
nerveux  de  relation.  Par  contre,  l’exploration  du  systeme  nerveux  vegetatif 
niontre  qu’il  existe  :  1)  un  reflexe  oculo-cardiaque  exagere  avec  ralentis- 
sement  des  contractions  cardiaques,  abolition  totale  de  celles-ci  et  appa¬ 
rition  d’un  automatisme  ventriculaire  visible  a  Uelectrocardiographe  taut 
que  dure  la  compression  oculaire  ;  2)  une  bradycardie  legere  ;  3)  une  hypo¬ 
tension  arterielle  ;  4)  des  troubles  vaso-moteurs  peripheriques  (acrocyanose, 
dermographisme  intense  ;  5)  und  predisposition  au  mal  de  mer  ;  6)  les 
sudations  nocturnes  mentionnees.  Ces  divers  symptomes  vegetatifs  cedent 
a  1’atropine.  II  existe  done  une .  veritable  nevrose  vegetative  a  eft'ets  para- 
sympathiqu.es  (cardio-moderateurs  et  yaso-dilatateurs) .  Les  phenomenes 
oculo-cardiaques  sont  une  manifestation  partielle  de  ce  desequilibre  et  ne 
peuvent  etre  consideres  comme  norinaux,  ainsi  que  le  pretendent  certains, 
auteurs. 


Merasthenie  paroxystique  de  nature  psychonevrosique, 
par  MM.  E.  Gelma  et  P.  Cha vigny  (de  Strasbourg). 

Les  auteurs  presentent  un  cas  de  fatigabilite  et  d’epuisement  tres  rapide 
des  membres  inferieurs  (merasthenie),  survenant  par  crises,  lors  de  la 
station  debout  qui,  si  elle  se  prolonge  au  dela  de  quelques  minutes,  peut 
amener  l’impotence  fonctionnelle  absolue  du  malade  pendant  de  longs 
mois.  Ces  crises  «  myastheniques  »  ne  sont  accompagnees  d’aucun  signe 
d’organicite  ou  de  reaction  du  type  myasthenique.  Elies  restent  associees  a 
des  phenomenes  analogues  d’asthenopie.  Le  terrain  degeneratif,  l’heredite 
psycho-nevrosique,  des  troubles  psychologiques  divers  qui  encadrent  le 
syndrome,  ancien  de  plusieurs  annees,  autorisent  Popinion  qu’il  ne  peut 
s’agir  que  d’une  psycho-nevrose,  d’une  forme  de  staso-baso-phobie  dent  il 
existe  tant  de  types.  Le  terme  de  «  merasthenie  »,  introduit  naguere  par 
E.  Dupre  pour  designer  anthropologiquement  une  maniere  d’etre  constitu- 
tionnelle,  peut  fort  bien  s’appliquer  a  ce  cas  d’epuisement  paroxystique  des. 
forces  dans  le  train  posterieur. 

Encephalo-myelite  subaigue  consecutive  a  la  vaccination  Antiamarile, 
par  MM.  J.  Lhermitte  et  Fribourg-Blanc. 

Un  colonial,  age  de  32  ans,  regoit  une  injection  de  vaccin  antiamarile  de 
Leigret  ;  immediatement  apparaisseut  des  symptomes  alarmants,  fievre,. 
cephalee,  vertiges,  puis  au  bout  de  quelques  jours,  des  fourmillements  dans 
les  jambes  accompagnes  de  contractures  et  de  paresie. 

Apres  un  retour  a  la  normale,  les  memes  phenomenes  se  reproduisent 
3  mois  apres.  Une  paraplegie  spasmodique  avec  troubles  de  la  sensibilite- 
incontinence  sphincterienne  se  developpe,  un  des  membres  superieurs  se 
prit  a  son  tour,  des  escarres  sacrees  se  developperent  et  le  malade  succomba 
14  mois  apres  la  date  de  la  vaccination. 


SOC1ETES 


265 


L’examen  histologique  revela  l’existence  de  lesions  insulaires  disseminees 
dans  la  moelle  et  le  tube  accompagnees  par  des  alterations  diffuses  des  cel¬ 
lules  nerveuses  de  la  moelle  et  du  cerveau.  Incontestablement  ces  altera¬ 
tions  se  rapprochent  par  plusieurs  traits  de  eelles  de  la  sclerose  en  pla¬ 
ques,  mais  elles  s’en  distinguent  par  bien  des  caracteres. 

Qu’il  s’agisse  d’une  injection  endogene  declenchee  par  biotropisme  ou 
d’une  injection  speciflquement  vaccinale,  on  ne  saurait  en  decider,  mais  ce 
qui  importe  de  retenir  d’un  tel  fait,  montre  que  la  vaccination  antiamarile 
n’est  pas  exempte  de  dangers,  puisqu’elle  peut  entrainer  une  encephalo- 
myelite  disseminee. 

Un  cas  de  syndrome  de  Laurence-Moon,  par  MM.  Lhermitte  et  Bollack. 

II  s’agit  d’une  malade  de  15  ans  chez  laquelle  on  constate  tous  les  ele¬ 
ments  du  syndrome  bien  connu  :  sexdigitisme,  obesite,  du  type  cerebral, 
arrieration  mentale,  retinite  pigmentaire  ;  en  outre,  on  releve  les  sympto- 
mes  traducteurs  d’une  alteration  infundibulo-tuberienne  :  polyurie,  poly- 
dipsie,  amenorrhee.  La  selle  turcique  est  de  dimensions  normales.  Aucune 
heredite  similaire.  Le  syndrome  de  Laurence-Moon  merite  bien  une  indivi- 
dualite,  car  la  plupart  des  cas  sont  superposables,  mais  on  peut  se  deman- 
der  si  l’on  ne  doit  pas  considerer  comme  formes  frustes  les  cas  de  retinite 
pigmentaire  avec  adiposite  ou  polydactylie. 

Sclerose  en  plaques  familiale,  par  MM.  J.  Dereux  et  A.  Pruvost  (de  Lille). 

MM.  J.  Dereux  et  A.  Pruvost  relatent  l’observation  de  deux  soeurs  attein- 
tes,  a  peu  pres  au  memo  age,  de  sclerose  en  plaques.  Ils  font  1’etude  criti¬ 
que  de  leurs  cas  comme  de  ceux  qui  sont  anterieurs  aux  leurs  et  concluent 
que,  sur  le  seul  plan  clinique,  il  est  impossible  de  poser  le  diagnostic  de 
sclerose  en  plaques  familiale.  Sans  examen  anatomique,  on  ne  peut  et  on 
ne  doit  faire  que  des  hypotheses. 


Nevralgie  du  glosso-pharyngien  guerie  par  l’alcoolisation, 
par  MM.  G.  Guillain  et  M.  Acbry. 

Les  auteurs  presented  une  malade  qui,  atteinte  de  nevralgie  rebelle  du 
glosso-pharyngien,  fut  guerie  par  l’alcoolisation  de  la  «  triger  zone  ».  Les 
auteurs  insistent  sur  la  necessity  de  la  recherche  au  stylet  de  cette  zone 
d’excitation  et  de  sa  disparition  apres  badigeonnage  au  liquide  de  Bonain. 
L’alcoolisation  de  cette  zone  fait  disparaitre  la  douleur.  Avant  de  proposer  la 
section  du  nerf,  il  est  done  utile  d’essayer  l’alcoolisation. 

Syringobulbie  avec  atrophie  optique  unilaterale  ;  epreuves 
manometriques,  par  MM.  Coste,  Bollock,  Fauvet  et  Mme  S.  Delthil. 

Le  syndrome  du  trou  occipital,  par  M.  Laruelle  (de  Bruxelles). 

Quelques  considerations  sur  le  mecanisme  de  la  mort  dans  les  tumeurs 
cerebrates,  par  M.  Van  Gehdchten. 

L’auteur  rapporte  six  cas  des  plus  interessants  de  compression  de  la  pro7 
tuberance  et  du  pedoncule  dans  les  tumeurs  cerebrales  du  lobe  temporal. 


SOC1ETES 


>•266 

Des  projections  de  coupes  seriees  viennent  a  l’appui  de  la  presentation. 
L’auteur  raontre  combien  il  importe,  dans  les  tumeurs  du  lobe  temporal, 
d’eviter  les  manoeuvres  telles  que  ponction  lombaire  et  ventriculographie, 
iorsqu’elles  ne  sont  pas  indispensables. 

On  peut  se  demander  egalement,  du  point  de  vue  operatoire,  si  on  ne 
devrait  pas  fa  ire,  meme  apres  1’enlevement  de  la  tumeur,  une  decompres¬ 
sive,  pour  eviter  les  phenomenes  d’erythrodiapedese. 

Discussion.  —  M.  Puech  approuve  ces  remarques  et  rappelle  des  cas  ana¬ 
logues  d’intervention  au  cours  d’engagement  temporal. 

Un  cas  de  dolichostenomelie  ou  maladie  de  Marfan, 
par  Mme  M.  RoudinEsco. 

Les  tumeurs  de  la  glande  pineale  sans  signes  focaux  des  localisations, 
par  MM.  Schaeffer,  Th.  de  Martel  et  Guillaume. 

Les  signes  des  tumeurs  de  1’epiphyse,  paralysie  de  verticalite  du  regard, 
perte  du  reflexe  photomoteijr,  hypoacousie,  macrogenitosomie,  sont  des 
signes  d’emprunt  qui  traduisent  la  sou ff ranee  de  la  region  quadrigeminale 
et  infundibulo-tuberienne. 

Schaeffer,  de  Martel  et  Guillaume  rapportent  deux  cas  de  gliomes  epiphy- 
saires  ou  ces  symptomes  faisaient  entierement  defaut.  Dans  l’un,  le  tableau 
clinique  se  reduisait  a  de  la  stase  papillaire,  et  les  auteurs  insistent  a  ce  pro- 
pos  sur  la  discretion  meme  du  syndrome  d’hypertension  intracranienne.  Dans 
1’autre,  il  existait  un  etat  confusionnel  associe  a  un  syndrome  cerebello-ves- 
tibulaire. 

Les  images  ventriculographiques  qui  montrent  l’absence  de  repletion  par 
l’air  du  segment  posterieur  du  3'  ventricule  peuvent  seules,  dans  de  tels  cas, 
permettre  de  localiser  la  tumeur. 

M.  Leconte. 


Societe  de  Medecine  legale  de  France 


Seance  du  Lundi  13  Janvier  1936 


Presidence  :  M.  LEGLERCQ,  president 


Syndrome  tardif  d’hypertension  intrarachidienne  post-traumatique  par 
exostose  des  os  de  la  voute,  par  M.  P.  Masquin  (d’Avignon). 

L’auteur  fournit  un  nouvel  exemple  de  complication  tardive  des  trauma- 
tismes  craniens  en  rapportant  le  cas  d’un  accidente  du  travail  qui,  ayant  ete 
blesse  le  23  aoiit  1930,  au  voisinage  du  vertex,  par  la  chute  d’une  piece  de 


SOCIETES 


267 


fer,  perdit  connaissance  un  quart  d’heure  et  presenta  des  cephalees,  des  ver- 
tiges  et  des.  vomissements  pendant  dix  jours.  Gueri  en  apparence  au  quin- 
zieme  joiir,  il  reprit  son  travail.  Mais,  un  an  plus  tard,  les  cephalees  repa- 
rurent  et  s’accentuerent  graduellement.  L’etat  s’aggrava  au  point  de  neces- 
siter  l’hospitalisation  en  avril  1932.  Un  examen  complet  permit  alors  de 
decouvrir  l’existence  d’une  exostose  de  la  table  interne  du  crane  au  niveau 
du  traumatisme,  de  5  cm.  de  long  sur  2  cm.  de  large,  comprimant  le  sinus 
longitudinal.  Une  trepanation  avec  ablation  de  cette  exostose  ameliora 
l’etat  du  malade  qui  tut  toutefois  oblige  d’abandonner  son  ancien  metier. 
Masquin  attire  l’attention  sur  ce  fait  qu’un  traumatisme,  en  apparence 
benin,  a  cependant  entraine  des  complications  tardives  et  necessity,  26  mois 
apres  la  blessure,  une  large  trepanation  et'  determine  une  incapacity  de 
travail  definitive  importantc. 

Fribourg-Blanc. 


Societe  Frangaise  de  Psychologie 


Seance  dn  Jeudi  27  Fevrier  1936 


Presidence  :  M.  VURPAS,  president 


Les  representations  religieuses  relatives  au  «  Zar  » 
en  Ethiopie  du  Nord,  par  M.  Leiris. 

L’auteur,  qui  a  fait  un  long  sejour  en  Ethiopie  du  Nord,  expose  un  ensemble 
tres  interessant  de  croyances  et  de  pratiques  relatives  a  la  notion  de 
«  Zar  ».  Les  Zars  sont  des  etres  surnaturels  formant  une  societe  hierar- 
chisee  superposable  a  la  societe  humaine  ;  fils  d’Eve  qui  avait  voulu  les 
cacher  a  Dieu,  rendus  invisibles  pour  la  punir,  ils  exercent  sur  les  humains 
line  action  ambivalente  surtout  en  rapport  avec  la  maladie  et  la  sante  ;  la 
maladie  apparait  comme  1’effet  d’une  faute  envers  un  Zar,  la  guerison 
comme  une  reparation  et  un  rachat  souvent  onereux  qui  deplace  la  force 
malefique.  L’initiation  consiste  generalement  en  un  traitement  ;  elle 
groupe  des  «  Illumines  »  formant  des  sectes  qui,  malgre  leur  rivalite 
avec  les  clercs,  sont  bien  tolerees  par  l’Eglise. 


D.  Lagache, 


268 


S0C1ETES 


Societe  de  Medecine  Mentale  de  Belgique 


Seance  du  25  Jaiwier  1936 


Presidence  :  M.  G.  VERMEYLEN,  president 


La  psychiatrie  dans  ses  rapports  avec  la  psychopathologie  de  l’enfant, 
par  M.  G.  Vermeylen  (Discours  presidential). 

A  cote  des  examens  quantitatifs  par  la  methode  des  tests  mentaux,  on 
neglige  trop  souvent  encore,  a  Pheure  actuelle,  1’exanien  qualitatif  du 
psychisme  infantile,  et  lorsqu’on  le  pratique,  on  cherche  generalement  a 
classer  les  troubles  observes  dans  le  cadre  des  troubles  decrits  chez  l’adulte. 
C’est  la  une  erreur,  car  la  psycho-pathologie  de  l’enfant  constitue  reelle- 
ment  une  etude  speciale.  Loin  de.  se  laisser  assimiler  a  la  psychiatrie  de 
l’adulte,  elle  represente  au  contraire  une  excellente  introduction  a  son 

Nos  methodes  d’investigation  psychiatrique  ont  souvent  un  caractere 
trop  statique  et  Petude  de  la  periode  infantile  permet  de  mieux  coniprendre 
bon  nombre  de  manifestations  morbides,  en  apparence  paradoxales,  comme 
Pa  d’ailleurs  demontre  la  psychanalyse. 

L’auteur  ilisiste  sur  le  caractere  neurotrope  de  diverses  infections  de 
l’enfance,  dout  peuvent  dependre  certaines  manifestations  tardives  a  pre¬ 
dominance  '  nevropathique,  meme  lorsqu’il  n’y  a  eu  aucune  apparence  d’ac- 
cidents  nerveux  au  moment  de  l’infection.  Les  sequelles  de  traumatismes, 
meme  benins,  peuvent  agir  dans  le  meme  sens,  et  provoquer  des  troubles 
tardifs,  a  l’occasion  de  la  puberte  par  exemple,  ou  de  toute  autre  modifi¬ 
cation  dans  la  pliysiologie  du  sujet. 

D’autre  part,  le  milieu  et  l’education,  les  essais  successifs  de  l’enfant 
pour  s’adapter  aux  diverses  situations,  interviennent  egalement  pour  une 
large  part  dans  la  constitution  du  caractere.  Toutes  ces  valeurs  psychiques 
sont  encore  rebrassees  a  la  puberte,  et  les  troubles  qui  peuvent  survenir 
ulterieurement,  comme  le  .  soi-disant  automatisme  mental  par  exemple, 
poussent  des  racines  profondes  dans  le  psychisme  infantile. 

Aphasie  de  Wernicke  chez  une  syphilitique,  par  M.  J.  Heehnu. 

Presentation  d’une  malade  admise  a  l’hdpital  comme  suspecte  de  para- 
lysie  generale,  mais  atteinte  en  realite  d’un  syndrome  aphasique  du  type 
Wernicke,  en  voie  d’amelioration. 

La  reaction  de  Bordet-Wassermann  est  positive  dans  le  sang  et  dans  le 
liquide  cephalo-rachidien  ;  la  recherche  de  l’index  de  Dujardin  plaide  en 


SOCIETES 


2CSI 


faveur  d’une  syphilis  cerebrale,  mais  apres  dilution  du  liquide,  on  obtient 
un  index  de  paralysie  generate. 

L’auteur  diseute  le  diagnostic  de  ce  cas  et  niontre  les  ditfiicultes  qu’on 
pent  rencontrer,  notamment  lorsqu’il  s’agit  d’anciens  syphilitiques  faisant 
des  accidents  apoplectiformes. 

Oligodendrogliome  de  la  base  du  cerveau,  par  MM.  Divry  et  Evrard. 

Cette  localisation  est  particulierement  rare  ;  les  auteurs  n’en  ont  trouve 
qu’une  seule  observation  dans  la  litterature.  11  s’agit  d’un  homrae  dont 
l’affection  a  debute  en  1933  par  des  acces  epileptiques  avec  troubles  du 
caractere  et  hypersomnie  ;  pas  de  signes  neurologiques,  pas  de  cepbalees. 
II  se  plaignit  ensuite  d’un  affaiblissement  de  la  vue  en  meme  temps  que 
son  etat  mental  s’alterait  gravement.  L’examen  oculaire  mit  en  evidence 
une  atrophie  optique  bilaterale  par  stase  papillaire  ancienne  et  a  la  radio- 
graphie  on  constatait,  outre  un  aspect  pommele,  des  calcifications  supra- 
sellaires. 

A  part  une  legere  inegalite  des  reflexes  tendineux,  l’affection  evolua  sans 
signes  pathologiques  nouveaux,  et  la  mort  surviut  a  la  suite  d’acces  epi¬ 
leptiques  subintrants.  La  base  du  cerveau  etait  occupee  par  une  enorme 
tumeur,  s’etendant  des  pedoncules  eerebraux  au  pole  anterieur  des  lobes 
teinporaux  et  a  la  face  inferieure  des  lobes  frontaux,  inflltrant  le  chiasma 
et  les  noyaux  caudes  et  peneti’ant  dans  la  substance  blanche  des  hemisphe¬ 
res,  surtout  a  droite. 

Histologiquement,  il  s’agissait  d’une  masse  de  structure  homogene  pre- 
sentant  les  caracteres  de  i’oligodendrogliome,  avec  hyperplasie  vasculaire. 

Les  auteurs  insistent  sur  la  rarete  de  cette  localisation,  et  sur  la  pau- 
vrete  de  la  symptomatologie  malgre  1’atteinte  de  toute  une  serie  d’organes 
importants. 

Forme  delirante  de  confusion  mentale  due  a  une  pyohemie 
a  colibacilles,  par  M.  Desmedt 

Relation  du  cas  d’un  malade  qui,  a  la  suite  de  brulures  etendues  des  mem- 
bres  inferieurs  fit  un  episode  confusionnel  d’allure  maniaque  avec  ele¬ 
vation  de  la  temperature,  et  qui  evolua  en  7  mois.  L’autopsie  permit  d’eta- 
blir  qu’il  s’etait  agi  d’une  infection  colibacillaire  generalisee  ayant  deter¬ 
mine  des  lesions  des  systemes  digestif,  urinaire  et  nerveux,  et  qui  resista 
a  tous  les  traitements  anti-infectieux.  Bien  que  les  accidents  nerveux  n’ayant 
debute  qu’au  moment  ou  les  brulures  etaient  presque  gueries,  il  semble 
qu’on  doive  considerer,  au  point  de  vue  medico-legal,  que  celles-ci  ont  ete 
ia  cause  primaire  de  l’ensemble  de  l’affection. 

La  prophylaxie  criminelle  et  les  psychiatres,  par  M.  L.  Vervaeck. 

Il  s’est  cree,  au  sein  de  la  Ligue  beige  d’Hygiene  mentale,  une  Society  de 
prophylaxie  criminelle  qui  a  pour  but  d’etudier  les  moyens  qui  pourraient 
etre  mis  en  oeuvre  pour  agir  sur  les  causes  de  la  criminality  dans  le  cadre 
d’un  organisme  international. 

L’auteur  montre  le  r61e  que  pourraient  jouer  les  psychiatres  dans  un 
tel  organisme  et  fait  appel  a  la  collaboration  des  membres  de  la  Societe 
de  Medecine  mentale. 


270 


SOCIETES 


Groupement  Beige  d’Etudes 
Oto-Neuro-Ophtalmologiques  et  Neuro-chirurgicales 


Seance  du  25  Janvier  1936 


Presidence  :  M.  CHEVAL,  president 


Aspect  de  thrombophlebite  du  sinus  caverneux,  complication  d’une 
septicemie,  par  MM.  J.  Coppez  et  P.  Martin. 

Presentation  d’un  malade  qui,  a  la  suite  d’un  leger  t.raumatisme  de  la 
eheville  droite,  fit  des  localisations  purulentes  diverses  avec  signes  d’in- 
fection  generale.  L’hemoculture  fut  negative  mais  1’examen  du  pus  montra 
qu’il  s’agissait  de  streptocoque  hemolytique.  II  se  produisit  une  ophtalmie 
metastatique  ou  irido-choroidite  suppuree  de  i’ceil  droit,  dont  l’aspect  en 
imposait  au  debut  pour  une  thrombophlebite  du  sinus  caverneux.  La  pre¬ 
sence  de  pus  dans  la  chambre  anterieure  de  l’ceil  permit  le  diagnostic. 

Recherches  anatomo-experimentales  sur  la  region  du  lemniscus  lateral 
et  ses  commissures,  par  M .  A.  Gerebtzoff. 

Apres  avoir  pratique  chez  des  lapins  des  lesions  totales  et  partielles  des 
noyaux  dorsal  et  ventral  du  lemniscus  lateral,  l’auteur  etudie  par  la  me- 
thode  des  degenerescences  le  trajet  des  fibres  commissurales  de  ces  forma¬ 
tions.  II  arrive  a  la  conclusion  que  le  role  de  ces  noyaux  doit  etre  moteur, 
en  relation  avec  les  centres  visuels  et  auditifs.  II  emet  l’hypothese  que  leur 
role  doit  etre  de  diriger  Porientation  reflexe  des  yeux  et  de  la  tete  vers  le 
point  de  l’espace  d’ou  vient  le  son. 

Hypotonie  atonique  traumatique  de  l’artere  centrale 
de  la  retine,  par  M.  H.  Coppez. 

Apres  avoir  expose  l’ctat  de  nos  connaissances  actuelles  sur  la  signi¬ 
fication  des  variations  de  tension  dans  l’artere  centrale  de  la  retine  et 
dans  la  veine  centrale  de  la  retine,  et  rappele  les  travaux  recents  de  Fritz, 
l’auteur  relate  trois  cas  de  traumatises  du  crane  chez  lesquels  il  a  observe, 
une  diminution  de  pression  dans  l’artere  centrale  au  lieu  de  l’augmentatiou 
habituellement  constatee.  II  n’y  avait  pas  de  diminution  correspondante  de 
la  pression  du  liquide  cephalo-rachidien,  La  pression  veiueuse  etait  tres 
basse  egalement. 


SOCIETES 


271 


Ces  cas  n’ont  pas  encore  ete  suivis  pendant  un  temps  suffisant  pour  pou- 
voir  dire  s’ils  comportent  un  pronostic  ou  un  traitement  particuliers. 

Le  meoanisme  de  la  mort  dans  certains  cas  de  tumeurs  cerebrates, 
par  M.  P.  Van  Gehuchten. 

Certaines  tumeurs  cerebrales  s’accompagent  d’un  engagement  de  la  par- 
tie  interne  du  lobe  temporal  dans  la  fosse  cerebrale  posterieure,  ce  qui 
determine  une  compression  du  tronc  cerebral  (Clovis  Vincent).  L’auteur 
relate  six  observations  anatomo-cliniques,  dans  lesquelles  ce  phenomene 
s’est  produit. 

Dans  tous  les  cas,  il  a  observe  au  niveau  des  pedoiicules  et  de  la  protube¬ 
rance  des  lesions  vasculaires  importantes  sous  forme  de  stase  avec  foyers 
hemorragiques  centres  sur  des  arterioles  dilatees  mais  non  ronupues. 
L’epanchement  sanguin  se  fait  par  erythro-diapedese.  Ces  constatations 
viennent  a  l’appui  des  idees  de  Ricker  sur  le  role  de  l  irritation  du  systeme 
nerveux  arteriel  dans  les  troubles  vasculaires  conduisant  a  i’hemorragie. 
Ces  lesions  ont  determine  la  mort  dans  l«s  cas,  envisages  et  l’auteur  dis¬ 
cute  les  precautions  a  prendre  pour  parer  eventuellement  a  l’engagement 
du  lobe  temporal. 

La  ventriculographie  dans  les  abces  cerebraux,  par  M.  P.  Martin. 

La  localisation  des  abces  cerebraux  est  souvent  facile,  grace  au  voisi- 
nage  de  la  lesion  causale.  L’auteur  relate  deux  cas  dans  lesquels  la  ventri¬ 
culographie  a  permis  de  reperer  des  abces  eloignes,  consecutifs,  le  premier 
a  une  mastoidite  qui  avait  determine  un  abces  du  lobe  occipital,  le  second 
a  des  lesions  purulentes  de  la  face,  suivies  d’un  abces  du  lobe  frontal. 

Dans  un  troisieme  cas,  l’histoire  clinique  et  la  symptomatology  en  impo- 
saient  pour  un  abces  cerebral,  mais  la  ventriculographie  a  montre  une 
image  normale.  II  s’agissait  en  realite  d’une  arachnoidite  consecutive  a 
une  mastoidite,  et  qui  guerit  apres  trepanation  decompressive. 

La  ventriculographie  est  une  cpreuve  simple,  que  l’on  considere  trop 
souvent  encore  comme  dangereuse,  et  dont  l’application  permet  cependant 
dans  beaucoup  de  cas  une  intervention  plus  rapide  et  plus  precise. 


ANALYSES 


JOURNAUX  ET  REVUES 


PSYCH1ATR1E 

Hypertonie  paroxystique  emotionnelle  (Paroxysmal  Hypertonia  induced  by 
Affect),  par  Max  Levin.  Archives  of  Neurology  and  Pschychiatry.  T.  XXXII, 
n°  6,  pp.  1286-1301,  decembre  1934. 

On  connait  bien  la  resolution  musculaire  cataleptique  en  relation  avec  un 
choc  emotif.  Le  mecanisme  des  crises  hypertoniques  produites  au  cours  de 
perturbations  affectives  brutales  est  plus  obscur.  M.  Levin  a  observe  le 
symptome  chez  des  animaux  effrayes  ou  frappes  par  une  vive  impression 
sensorielle.  Chez  l’homme  les  localisations  et  revolution  des  phenomenes 
hypertoniques  sont  tres  variables.  Ils  contrastent  souvent  avec  la  constata- 
tion  courante  de  la  contraction  musculaire  au  cours  des  impressions  penibles 
et  du  relachement  accompagnant  le  rire.  La  conscience  reste  intacte.  On  ne 
sait  s’il  s’agit  d’irritabilite  reflexe  analogue  a  celle  que  produit  la  strychnine 
ou  d’interruption  de  l’inhibition  des  voies  cerebrates  superieures. 

P.  Carhette. 

La  catatonie,  par  P.  Meignant.  La  Presse  Medicale,  n»  100,  pp.  2017-2021, 
15  decembre  1934. 

Les  recherches  de  ces  8  dernieres  annees  ont  permis,  d’une  part,  de  dega¬ 
ger  la  catatonie  des  manifestations  apparemment  semblables  telles  que  la 
catalepsie  et  le  parkinsonisme,  d’autre  part  d’orienter  nettement  le  pro- 
bleme  de  son  mecanisme.  L’experimentation  a  precise  les  effets  de  la  bulbo- 
capnine  et  des  toxines  colibacillaires,  tuberculeuses  et  typiques.  La  question 
du  syndrome  catatonique  dans  la  demence  precoce  im'porte  moins  aujour- 
d’hui  que  celle  de  la  valeur  tr£s  generate  du  syndrome  psycho-moteur,  dont 
la  realite  clinique  et  physio-pathologique  parait  devoir  s’affirmer  de  plus 
en  plus.  Ainsi,  la  catatonie  devient  une  manifestation  liee  a  un  certain 
nombre  d’affections  du  systeme  nerveux  et  parfois  meme  une  veritable 
entite,  ce  qui  implique  un  progres  considerable  dans  son  etude  et  l’aveu 
de  quelques  inconnues  persistantes. 


P.  Carrette. 


ANALYSES 


273 


De  la  toxicite  dans  la  schizophrenia,  par  le  prof.  P.-E.  .Snessaref.  Souiets- 
kaia  Psiechonevrologuia,  T.  X,  n”  5,  1934,  p.  17-24. 

Les  humeurs  des  malades  atteints  de  schizophrenic,  contiennent  des 
substances  toxiques.  Les  caracteres  du  processus  cerebral  plaident  aussi  en 
faveur  d’une  etiologie  toxique  a  tendance  diffuse.  C’est  une  encephalopathie 
dystrophique  qui  reflete  un  etat  general  deficient  de  l’organisme.  Ne  connais- 
sant  pas  l’agent  toxique  pn  ne  peut  pas  dire  que  le  processus  est  abictique. 
L’affection  agit  problablement  a  la  fagon  des  rayons  X  ou  du  radium.  II  ne 
faut  pas  perdre  de  vue  l’allergie  oil  une  substance  peu  active  devient  toxique 
pour  l’organisme  et  l’encephale. 

Fruiourc, -Bi.anc. 


Tuberculose  et  demence  precoce  (Tuberculosis  y  demencia  precoz),  par 
Manuel-M.  Cabeza.  Boletin  del  Asild  de  Alienados  en  Oliva.  T.  II,  n°6,pp.257- 
265,  decembre  1934. 

Les  rapports  cliniques  de  la  tuberculose  et  du  syndrome  de  la  demence 
precoce  ont  ete  maintes  fois  signales  :  remplacement  et  balancement  des 
symptomes,  combinaison  evolutive.  Le  mecanisme  invoque  est  celui  de  la 
fixation  des  toxines  neurotropes.  La  demonstration  n’est  pas  encore  faite 
p.our  la  tuberculose,  mais  l’exemple  des  toxines  colibacillaires  et  typhiques 
justifie  les  analogies.  M.  Cabeza  entrevoit  la  possibility  d’edifier  une  patho¬ 
genic  sur  le  neurotropisme  des  toxines  dont  la  parente  est  probable  et  qui, 
de  la  colibacillosc  a  la  tuberculose,  en  passant  par  l’infection  eberthienne, 
auraient  le  pouvoir  de  creer  des  syndromes  neuro-psychiatriques  entrant 
clans  les  cadres  de  la  schizophrenic. 

P.  Carrette. 


Demence  infantile.  A  propos  de  deux  observations  cliniques  (Demencia 

infantilis.  Con  motivo  de  dos  observaciones  clinicas),  par  W.  Lopez  Albo. 

Archivos  de  Neiirobiologia.  T.  XIV,  n"  4,  pp.  549-566,  1934. 

Les  demences  de  1’enfance  se  divisent  en  plusieurs  categories  :  les  unes 
sont  liees  aux  encephalopathies  ;  elles  aboutissent  aux  grosses  atrophies 
•et  aux  insuffisances  mentales  ;  les  autres  consecutives  aux  infections  four- 
nissent  des  encephalites  dont  la  plus  frequente  est  la  paralysie  generale. 
■On  decrit  egalement  des  formes  mentales  dont  l’etiologie  reste  obscure  par 
l’absence  de  precisions  anatomiques,  ce  sont  les  demences  precocissimes. 
Les  recherches  de  M.  Lopez  Albo  conduisent  a  la  description  d’une  demence 
■infantile  de  forme  degenerative,  caracterisee  par  de  l’agitation,  de  l’anxiete 
precedant  un  affaiblissement  psychique  avec  aphasie.  Les  antecedents  here- 
ditaires  sont  charges.  L’interet  de  ces  observations  se  precise  quand  on  les 
compare  k  celles  de  Pick  et  d’Alzheimer  chez  l’adulte  et  le  vieillard.  Si  on 
poursuivait  leur  etude,  et  surtout  celle  des  formes  de  passage  ou  frustes, 
la  pathogenie  de  la  schizophrenic  et  des  psychoses  d’involution  se  dega- 
gerait  sans  doute  plus  aisement. 


P.  Carrette. 


Miin.- psych.,  XVe  serie,  94°  annee,  t.  I.  —  Fevrier  1936. 


18. 


274 


ANALYSES 


Les  demences  chez  l’enfant,  par  Gilbert  Robin.  Societe  Medico-Chirurgicale- 
des  Hopitaux  libres,  3  decembre  1934.  Archives  Hospitalieres,  n»  1,  pp.  39-48,. 
janvier  1935. 

L’auteur  presente  des  observations  de  paralysie  generale,  de  schizophre- 
nie,  de  choree  chronique,  de  desequilibre  psychique  avec  agitation  et  incohe¬ 
rence,  d’affaiblissement  psychique  coi'ncidant  avec  des  intoxications  repetees. 
par  l’oxyde  de  carbone,  de  sequelles  d’encephalite  epidemique.  Dans  tous. 
ces  cas,  l’element  dementiel  vrai  est  souvent  reduit.  Une  debilite  m.entale- 
acquise  serait  ie  resultat  de  certaines  attaques  de  l’encephale  ;  etat  nette- 
ment  different  de  l’affaiblissement  dementiel  et  accessible  aux  interventions, 
therapeutiques. 

P.  Carrette. 


La  syphilis  congenitale  chez  les  deficients  mentaux  adultes  (Congenital 
Syphilis  in  Mental  Defective  Adults),  par  K.-C.-L.  Paddle.  The  Journal  of 
Neurology  and  Psychopathology .  T.  XV,  n°  58,  pp.  147-159,  octobre  1934. 

Les  reactions  serologiques  sont  assez  ra cement  positives  dans  la  syphilis 
hereditaire.  La  frequence  de  la  syphilis  congenitale  est  plus  elevee  chez  les 
imbeciles  que  chez  les  idiots  et  les  debiles  et  chez  les  epileptiques  para¬ 
lyses  que  dans  les  cas  non  compliques,  d’apres  les  recherches  de  M.  Paddle. 

II  n’a  pas  trouve  de  preuves  de  l’origine  syphilitique  du  mongolisme.  Le 
cretinisme,  la  choreo-athetose  et  les  etats  post-encephaliques  epidemiques. 
ne  paraissent  pas  en  connexions  habituelles  avec  la  syphilis  hereditaire- 
Les  signes  specifiques  sont  tardifs,  dans  d’assez  nombreux  cas  ;  ils  subi- 
raient  meme  l’influence  de  certaines  perturbations  fonctionnelles  de  1’adulte,. 
de  la  menopause  par  exemple. 

P.  Carrette. 


Etudes  cliniques  sur  les  differents  types  de  psychoses  depressives  (Clinical 
Studies  on  Particular  Types  of  Depressive  Psychoses),  par  Paul  Schilder. 
The  Journal  of  Neruous  and  Mental  Disease.  T.  LXXX,  n“  5  et  6,  pp.  501-527: 
et  658-683,  novembre  et  decembre  1934. 

Les  differentes  formes  de  depression  mentale  se  reconnaissent  par  1’ana- 
lyse.  Le  tableau  psychologique  est  en  connexion  avec  certains  points  de- 
fixation  et  ces  points  de  fixation  ont  une  valeur  relative  suivant  les  cas- 
Les  troubles  permanents  du  schizophrene  sont  ainsi  differencies  des  bouf- 
fees  de  la  psychose  maniaque-depressive.  Un  fort  composant  sadique  se 
retrouve  dans  tous  les  cas.  Le  complexe  d’CF.dipe  est  constant,  mais  son. 
intensite  est  variable.  La  valeur  initiate  des  tendances  anales  et  orales 
s’efface  au  cours  de  Revolution.  Les  manifestations  narcistiques  incons- 
tantes  ne  dominent  pas  le  tableau  psychopathique.  Le  diagnostic  differen- 
tiel  est  soumis  a  l’influence  decisive  de  l’organisation  de  la  personnalite- 
globale. 


P.  Carrette. 


ANALYSES 


275 


Des  rapports  entre  la  psychose  depressive  et  la  psychasthenic  (Dei 
rapporti  fra  le  psicosi  depressive  e  la  psicasteuica),  par  P.  Armenise  (de  Bari). 
11  Cervello,  Noverabre  1934,  p.  323  a  383. 

Travail  important  sur  an  point  de  clinique  et  de  pathogenic  psychiatri- 
que  qui  a  deja  fait  l’objet  de  tant  de  controverses.  L’etude  elinique  et  sta- 
tistique  de  213  cas  permet  a  Tauteur  de  conclure  que  les  obsessions  sont 
frequentes  au  cours  des  maladies  mentales  (notamment  dans  l’elaboration 
delirante  dont  elles  verifient  ainsi  la  part  psychogenetique).  Les  etats 
depressifs  reactionnels  ou  justifies  ont  des  antecedents  obsessionnels 
dans  95  0/0  des  cas  tandis  qu’on  ne  les  trouve  que  dans  5,50  0/0  des  cas 
de  fond  cyclique  pur.  Les  depressions  symptomatiques  et  involutives  ont. 
un  pourcentage  d’accidents  obsessionnels  assez  notable.  Ils  surviennent, 
dit  l’auteur,  chez  les  sujets  a  constitution  «  anankastica  »  (compulsion- 
nelle  diraient  peut-etre  les  psychanalystes  ?)  Le  suicide  lie  peut  pas  etre 
considere  comme  un  caractere  distinctif  entre  la  depression  psychasthe- 
nique  et  la  melancolie.  L’anxiete  appartient  plus  au  groupe  obsessionnel 
que  melancolique.  Ces  propositions  et  d’autres  plus  theoriques  merite- 
raient  plus  d’une  critique.  Dans  l’ensemble  on  peut  s’etonner  que  le  rap¬ 
port  inverse  de  l’obsession  naissant  de  la  depression  melancolique  ne 
soit  pas  envisage.  Bibliographie  tout  a  fait  rudimentaire. 

Henri  Ey. 

Psychoses  endogenes  atypiques  a  la  lumiere  de  recherches  familiales 
(Atypische  endogene  Psychosen  in  Lichte  der  Familiernforschung),  par 
K.  Leonhard  (Gabersee).  Zeitschr.  f.  d.  g.  Neuro.  und  Psych.,  Tome  CXLIX, 
p.  520  a  562. 

Expose  de  patientes  et  methodiques  recherches  portant  sur  huit  families 
de  psychopathes.  Dans  l’ensemble,  il  s’agit  dans  tous  ces  cas  de  psychoses 
atypiques  entrant  mal  dans  les  cadres  connus  et  «  k  cheval  »  entre  le 
groupe  schizophrenique  et  le  groupe  maniaque-depressif.  L’histoire  de  la 
deuxieme  famille  est  particulierement  curieuse  par  le  nombre  d’alienes  : 
sur  pres  de  70  sujets  connus,  18  alienes  et  11  desequilibres.  Le  plus  frap- 
pant  est  1’absence  de  psychoses  typiques  dans  les  antecedents  de  ces 
families  vouees  a  des  troubles  mentaux  rebelles  a  foute  nosographie.  Un 
doute  parait  raisonnable  cependant  en  ce  qui  concerne  le  bien-fonde  de  la 
notion  typique  ou  atypique  appliquee  a  des  faits  observes  de  deuxieme  ou 
troisieme  main. 

Henri  Ey. 


Les  psychoses  affectives  prodromiques  de  l’encephalite  epidemique  et 
des  syndromes  parkinsoniens  (Le  psicosi  affective  prodromiche  dell’ence- 
falite  epidemice  e  delle  sindromi  parkinsoniane),  par  Tomasso  Senise 
(de  Naples).  II  Cervello  n°  1,  Janvier  1935,  p.  7  a  14. 

L’auteur  rapporte  trois  observations  personnelles  de  psychoses  affectives 
ttype  maniaque-depressif  dans  un  cas  et  melancolie  dans  les  deux  autres) 
qui  ont  precede  1’evolution  d’un  syndrome  parkinsonien.  Ce  que  nous  savons. 
(Foerster  et  Gagel)  de  la  physiopathologie  mesencephalique  de  1’excit.ation 
nianiaque  peut  nous  aider  a  comprendre,  selon  Tauteur,  une  telle  evolution 
pleine  a  coup  sur  d’interet. 


Henri  Ey. 


276 


ANALYSES 


Des  hallucinations  visuelles  et  de  certaines  partieularites  des  troubles  de 
la  perception  au  cours  de  l’encephalite  epidemique,  par  Mme  E.  L.  Kaga- 
nowskaia  {Sowietskaia  nevropalologuiu  psychiatria  i  psychogiiiguiena , 
T.  Ill,  fasc.  8,1934). 

Au  cours  de  Involution  des  formes  chrcniques  de  l’encephalite  epide¬ 
mique,  on  peut  observer  souvcut  1’association  de  troubles  onii'iques  d’in- 
tensite  variable  avec  des  hallucinations  visuelles.  Parmi  ces  hallucina¬ 
tions,  la  premiere  place  revient  aux  hallucinations  hypnagogiques.  Clini- 
quement,  elles  sc  distinguent  par  leur  simplicite  «  puerile  »,  leur  carac- 
tere  «  corporel  »  et  par  1’aeuite  de  leur  perception.  Cependant,  elles  ne 
servent  pas  de  theme  psychotique  et  n’influent  pas  sensiblement  sur  la 
conduite  des  malades  ni  sur  leur  personnalite.  Mais  dans  des  cas  de  trou¬ 
bles  graves  de  la  conscience,  on  peut  assister  a  des  delires  emailles  d’hal- 
iucinations  particulierement  precises  et  vivantes.  Dans  la  structure  et  la 
genese  des  hallucinations  visuelles.  un  role  important  revient,  a  cote  des 
troubles  de  la  conscience,  aux  troubles  sensoriels  et  vegetatifs  des  mala¬ 
des,  car  ils  impriment  aux  images  halluciuatoires  leur  tonalite  d’acuite 
sensorielle  aigue. 

Fribourg-Blanc. 

Psychoses  de  l’encephalite  epidemique  ohronique  (Psychosen  bei  chronis- 
cher  Encephalitis  epidemica),  par  R.  Helspek  (Bedburg-Han).  Zeitschr.  f.  d. 
g.  Neuro.  und  Psyzh.,  Tome  CXLIX,  p.  274  a  409. 

Ce  travail  est  base  sur  l’observation  de  sept  nouveaux  cas  de  troubles 
mentaux  dus  a  l’encephalite.  Tous  ces  malades  etaient  jeunes,  de  26  a 
40  ans.  Trois  avaient  des  antecedents  nevropathiques.  Les  tableaux  clini- 
ques  observes  ont.  ete  celui  des  etats  hallucinatoires  avec  troubles  du 
rythme  affectif  dans  5  cas,  un  etat  obsessionnel  et  un  etat  de  type  mania- 
que-depressif  chez  un  degenere.  Les  caracteres  des  hallucinations  auditives 
et  surtout  visuelles  ont  ete  typiquement  conformes  a  ce  que  l’on  observe 
le  plus  souvent  :  oscillation  des  croyances,  production  dans  les  phases 
hypnagogiques  vesperales  et  nocturnes,  sentiments  d’influence,  reactions 
anxieuses,  etc.  Dans  un  de  ces  cas  on  a  note  l’apparition  de  crises  d’epi- 
lepsie.  Le  syndrome  lethargico-agrypnique  d’une  part  et  les  troubles  de  la 
spontaneite  volontaire  paraissent  a  l’auteur  les  traits  marquants  des  trou¬ 
bles  mentaux  des  parkinsoniens.  Leur  evolution  se  fait  dans  les  deux  sens 
caracteristiques,  soit  vers  une  elaboration  constructive  du  delire,  soit  vers 
one  chute  progressive  de  1’initiative  psyehomotrice.  Bibliographie  tres 
sommaire 

Henri  Ev. 

Psychose  typhique  (Psicosis  Tifica),  par  Manuel- M.  Cabeza.  Boletin  del  Asilo 
de  Alienados  ert  Oliva,  n»  5,  pp.  155-174,  septembre  1934. 

La  typhoxde  s’accompagne  de  reaction  meningee  au  debut  ou  parfois  de 
delire  tardif.  Le  diagnostic  etiologique  en  est  facile.  II  y  a  en  outre  des 
accidents  lointains.  Dans  l’anamnese  de  certains  delirants,  on  ne  trouve 
quelquefois  qu’une  dothienenterie  et  il  est  legitime  d’y  rattacher  la  psyr 
chose  si  on  en  croit  M.  Cabeza.  Le  bacille  d’Eberth  resiste  a  la  guerison 
Clinique  de  la  typhoi'de  ;  il  colonise  dans  la  vesicule  biliaire  ;  ses  toxines 


ANALYSES 


277 


afferent  d’importantes  fonctions.  Cliniquement  nous  trouvons  des  psycho¬ 
ses  du  type  toxi-infectieux  avec  delire  et  confusion,  des  delires  polymor- 
phes  et  meme  des  delires  systematises. 

P.  Carhettb. 

Infection  des  voies  biliaires  et  troubles  mentaux  (Infeccao  das  Vias  Biliares 
e  Perturbacoes  Mentaes),  par  Mario  Yahn.  Revista  de  Nenrologia  e  Psijchiairia 
deSao  Paulo.  T.  I,  n°  1,  pp.  71-79,  octobre  1934. 

Les  troubles  mentaux  s’accompagnent  souvent  de  symptdmes  hepato- 
biliaires.  Rarement  il  est  possible  d’etablir  un  rapport  de  cause  a  effet 
entre  les  deux  groupes  de  perturbations.  L’auteur  presente  trois  obser¬ 
vations  de  malades  atteints  d’angiocholecystite  demontree  par  l’analyse  de 
la  bile  retiree  du  tubage  duodenal.  Le  premier  est  en  outre  un  deprime 
irritable,  le  deuxieme  un  melancolique  desoriente,  le  troisieme  un  confus 
hallucine.  M.  Yahn  soigne  presque  exclusivement  leur  infection  biliaire  et 
les  troubles  mentaux  guerissent  ou  s’ameliorent  nettement.  Cependant, 
l’un  des  malades  gueri  cliniquement  est  soumis  a  un  nouvel  examen 
biliaire,  qui  montre  la  persistanee  de  l’infection, 

P.  Carrette. 

Etats  d’excitation  post-operatoires  (Postoperative  States  of  Excitement),  par 
Wendell  Muncie.  Archives  of  Neurology  and  Psychiatry.  T.  XXXII,  n*  4, 
pp.  681-703,  octobre  1934. 

Une  intervention  chirurgicale  peut  declancher  des  troubles  mentaux  chez 
certains  sujets  predisposes  ou  a  la  faveur  du  developpement  d’une  toxi- 
infection.  L’anesthesie  generate  ne  parai’t  jouer  qu’un  role  secondaire.  Les 
facteurs  psychologiques  immediats  ont  ete  negliges.  L’auteiir  observe  des 
cas  de  depression  avec  craintes,  phobies  et  d’excitation  d’allure  maniaque. 
Les  reactions  sont  toutefois  nettement  differentes  des  phases  de  la  psychose 
maniaque-depressive. 

P.  Carrette. 

La  psychose  aigue  de  Korsakoff  des  alcooliques,  par  L.  Marchand  et 
A.  Courtois.  Revue  Neurologique .  T.  II,  n“  4,  pp.  425-453,  octobre  1934. 

II  ne  s’agit  pas  dans  cette  etude  de  cas  plus  ou  moins  severes  du  syn¬ 
drome  de  Korsakoff  avec  tendance  a  la  persistanee  prolongee  des  troubles, 
mais  d’une  forme  grave  d’encephalomyelite  parenchymateuse,  envahissant 
brusquement  un  organisme  deja  touche  par  l’intoxication  alcoolique.  Les 
signes  generaux  auront  ici  une  place  importante  :  subictere,  epuisement, 
hypotension,  troubles  digestifs,  augmentation  de  l’uree  sanguine.  Le  syn¬ 
drome  mental  est  caracterise  par  une  confusion  intense  avec  onirisme, 
souvent  anxiete  et  delire.  La  paraplegie  est  globale  et  progresse  rapide- 
ment.  On  congoit  qu’un  tel  ensemble  atteste  l’insuffisance  hepatique  grave 
et  ne  laisse  pas  d’espoir  aux  therapeutiques  connues.  L’evolution  fatale  est 
rapide.  Les  lesions  decelees  par  MM.  Marchand  et  Courtois  touchent  essen- 
tiellement  la  cellule  nerveuse  :  atrophie  des  cellules  pyramidales  geantes 
des  regions  motrices,  des  cellules  de  la  coUche  .optique  et  des  cornes  ante- 
rieures  de  la  moelle.  Les  nerfs  peripheriques  ne  sont  pas  fatalement 
touches  ;  du  moins  leur  atteinte  n’est  pas  primitive.  Les  lesions  se  sura- 


278 


ANALYSES 


joutent  a  la  meningite  chronique,  a  la  sclerose  cerebrale  diffuse  et  aux 
alterations  des  parois  vaseulaires  en  rapport  avec  1’anciennete  de  l’intoxi- 
cation. 

P.  Carrette. 

Un  nouveau  procede  d’intoxication  par  le  chanvre  indien  :  la  marihuana. 
Etude  clinique  (Marihuana  Intoxication.  A  Clinical  Study  of  Canuabis  Sativa 
Intoxication),  par  Walter  Bromberg.  89c  Meeting  Annuel  de  Y American 
Psychiatric  Association,  Boston,  29  mai-2  juin  1933  in  The  American  Journal 
of  Psychiatry.  T.  XCI,  n°  2,  pp.  303-330,  septembre  1934. 

Les  pouvoirs  publics  et  l’elite  medicale  se  sont  justement  emus,  eu 
Amerique,  de  la  propagation  recente  d’une  intoxication,  connue  depuis 
1’antiquite  dans  son  principe,  mais  renouvelee  dans  sa  presentation  par 
une  ingenieuse  adaptation  au  snobisme  deprave  des  grandes  villes.  C’est 
surtout  l’Amerique  latine  des  confins  mexicains  qui  compte  des  victimes. 
Le  classique  ouvrage  de  Moreau  de  Tours  a  depuis  longtemps  vulgarise  la 
symptomatologie  de  l’intoxication  par  le  haschich  et  ses  modes  d’emploi, 
mais  la  marihuana  repond  a  une  formule  nouvelle.  C’est  une  cigarette 
vendue  clandestinement.  II  est  vraisemblable  qu’au  chanvre,  les  fabri- 
cants  ajoutent  des  excitants  tels  que  la  cocaine,  la  cantharidine  ou  la 
mescaline.  Imitant  ces  guerriers  turcs  dont  les  instincts  sanguinaires 
etaient  stimules  par  l’ivresse  du  dawamesk,  les  intoxiques  modernes 
fument  la  marihuana  pour  connaitre  cette  euphorie,  cette  impression  de 
facilite,  de  force  et  de  surete  qui  rendent  la  conception  d’un  vol  ou  d’un 
crime  a  commettre  particulierement  aisee.  Toutefois  l’extreme  variabilitc 
des  effets  ne  permettant  pas  un  controle  exact,  les  symptomes  morbides 
sont  souvent  declanches  brutalement  :  agitation  anxieuse  ou  colereuse, 
•crises  de  fou-rire,  hallucinations  diverses,  visuelles  ou  somatiques  avec 
excitation  sexuelle.  L’acces  se  termine  par  la  prostration,  l’apathie.  La 
decheance  intellectuelle  et  ethique  est  rapide.  Les  crises  psycho-nevropa- 
thiques  se  renouvellent  et  se  prolongent,  tandis  que  s’installe  le  sentiment 
d’irrealite  exterieure  ou  corporelle  avec  inquietude,  disintegration  des 
perceptions  et  dissociation  de  la  memoire. 

P.  Carrette. 


Troubles  mentaux  produits  par  l’intoxication  aigue  par  la  marihuana 
(Trastornos  mentales  producidos  por  la  Intoxicaciffn  aguda  de  Marihuna),  par 
Samuel  Ramirez-Moreno.  Revista  mexicana  de  Psiquiatria,  Neurologia  y 
Medicina  Legal.  T.  I,  n"  4,  pp.  9-16,  novembre  1934. 

Les  troubles  provoques  par  la  Marihuana  ressemblent  aux  accidents  psy- 
chiques  de  1’alcoolisme.  Aux  documents  cliniques,  l’auteur  joint  ceux  de 
l’experimentation.  La  phase  initiale  d’excitation  et  d’euphorie  avec  troubles 
sensoriels,  surtout  visuels,  est  suivie  de  torpeur  et  d’assoupissement.  On 
sait  que  la  Marihuana  est  une  preparation  a  base  de  chanvre  indien.  Les 
fumeurs,  devenus  nombreux  au  Mexique  et  dans  les  Etats-Unis  du  Sud, 
presentent  rapidement  des  signes  de  decheance  intellectuelle  et  morale.  La 
lutte  entreprise  par  les  pouvoirs  publics  contre  les  trafiquants  donne  actuel- 
lement  des  resultats  encourageants. 


P.  Carrette. 


ANALYSES 


279 


Xes  etats  erepusculaires,  leur  genese  et  leur  structure,  par  le  Prof.-agrege 
N.-M.  Krol  et  E.-M.  Bonnegarde.  Sovietskaia  Psichonevrologuia,  T.  X,  n°  5, 
1934,  p.  25-31. 


Sur  un  materiel  de  13  cas  observes,  les  auteurs  remarquent  que  les  etats 
■erepusculaires  prevalent  chez  des  individus  de  constitution  asthenique  chez 
lesquels  l’etat  de  conscience  retrecie  est  combine  avec  des  interruptions  de 
la  conscience.  Les  formes  pures  s’observent  dans  les  etats  erepusculaires 
psychogenes.  Dans  les  etats  erepusculaires  exogenes  le  retrecissement  et  la 
perte  de  la  conscience  s’accompagnent  de  torpeur  confusionnelle.  Les  etats 
erepusculaires  epileptiques  et  episodiques  tiennnent  une  place  intermediaire. 

Fiubourg-Blanc. 

iEtat  mental  des  epileptiques  (Mental  State  of  the  Epileptic  Patient),  par 
Edward  M.  Bridge.  Archives  of  Neurology  and  Psychiatry .  T.  XXXII,  n"  4, 
pp.  723-736,  octobre  1934. 

L’auteur  distingue  tres  judicieusement  deux  types  d’epileptiques.  Les 
Tins  ont  des  crises  rares  qui  interviennent  a  peine  dans  leur  comportement. 
•Ce  sont  des  degeneres  hereditaires,  pour  lesquels  les  problemes  d’adapta- 
tion  sociale  sont  essentiels.  Pour  d’autres,  les  troubles  physiques  sont 
•essentiels  et  e’est  avant  tout  a  la  reduction  des  manifestations  convul- 
sives  et  vertigineuses  qu’il  f'aut  s’adresser  pour  readapter  les  patients  et 
leur  rendre  la  plenitude  de  leur  vitalite. 

P.  Carhette. 

Etudes  en  series  de  l’intelligenee  chez  les  epileptiques  (Serial  Studies  of 
the  Intelligence  of  Patients  with  Epilepsy),  par  Joseph  Fetterman  et 
Margaret  R.  Barnes.  Archives  of  Neurology  and  Psychiatry .  T.  XXXII,  n°  4, 
pp.  797-801,  octobre  1934. 

Une  serie  d’etudes  de  l’intelligence-quotient  chez  les  epileptiques  prouve 
que  pour  la  majorite  des  patients  les  facultes  intellectuelles  sont  conser- 
vees  chez  les  sujets  regulierement  soignes  par  la  medication  sedative  et 
-adaptes  a  une  activite  sociale  constante.  Cette  conservation  des  facultes  peut 
•etre  associee  a  une  forme  severe  initialement  ;  elle  reste  done  independante 
de  l’intensite  des  crises  et  de  leur  frequence. 

P.  Carrette. 

Maladie  d’ Alzheimer  (Alzheimer’s  Disease),  par  D.  Rothschild.  89®  meeting 
annuel  de  1’ American  Psychiatric  Association,  Boston  29  mai-2  juin  1933,  in 
The  American  Journal  of  Psychiatry ,  T.  XCI,  n°  3,  pp.  485-519,  novetnbre  193f. 

Les  cinq  observations  tres  completes  presentees  par  l’auteur  confirment 
le  polymorphisme  des  manifestations  groupees  sous  le  nom  de  maladie 
d’Alzheimer.  Certains  syndromes  s’apparentent  a  l’atrophie  de  Pick.  La  mul- 
tiplicite  des  facteurs  exogenes  et  des  elements  pathogenes  internes  est  eelle 
meme  de  la  demence  senile  dans  ses  differents  types  cliniques  initiaux. 


P.  Carrette. 


280 


ANALYSES 


Les  conditions  etiologiques  et  pathogeniques  des  psychoses  seniles,  par 
F.  Colapietra  (Aquila).  Annali  dell’ospedale  psichiairico  di  Perugia,  decem- 
bre  1934. 

L’auteur  etudie  100  cas  de  folies  seniles  des  deux  sexes.  II  note  que  si  ces~ 
psychoses  sont  souvent  provoquees  par  l’association  de  conditions  patho¬ 
geniques,  soit  hereditaires,  soit  surtout  survenues  au  cours  de  la  vie  du 
sujet  (affections  aigues,  infections  passageres  ou  chroniques,  traumatismes,. 
alcool...),  dans  presque  tous  les  cas  un  element  constitutionnel  apporte  un 
facteur  etiologique  predominant. 

P.  Abely. 

Paralysie  generate  senile  (Paralysia  Geral  Senil),  par  Adanto  Botelho. 
Arquiuos  Brasileiros  de  Neuriatria  e  Psiquiatria .  T.  XVII,  n°  4,  pp.  219-240, 
juillet-aout  1934. 

Moreira  et  Vianna  ont  publie  au  Bresil,  de  1906  a  1914,  d’abondants 
documents  sur  la  paralysie  generale  survenant  chez  des  sujets  Ages. 
M.  Botelho  definit  la  paralysie  generale  senile  une  meningo-encephalite 
chronique  diffuse,  d’origine  luetique,  survenant  apres  GO  ans.  II  publie  un 
certain  nombre  d’observations  et  signale  plusieurs  types  cliniques  :  la 
forme  confusionnelle,  la  forme  agitee,  la  forme  dementielle,  la  forme 
expansive.  II  faut  rappeler  a  ce  propos  quelques  notions  tres  simples,  tres 
nettes,  apportees  par  M.  Marchand  et  M.  Guiraud.  II  n’est  pas  admissible 
de  donner  comme  caracteristique  a  la  forme  senile  de  la  paralysie  generale 
son  apparition  apres  60  ans.  Ce  n’est  pas  l’etat  civil  qui  importe,  mais  bie.n 
le  fait  qu’un  type  anatomique  et  clinique  existe.  Or  il  y  a  une  forme 
senile  de  la  paralysie  generale,  voisine  de  la  forme  associee  a  l’atherome 
cerebral  et  a  celle  de  Lissauer.  G’est  son  diagnostic  difficile  qu’il  peut  etre- 
utile  de  preciser,  car  l’expression  clinique  de  la  meningo-encephalite  y  esi 
souvent  masquee  par  les  complications. 

P.  Carrette. 

La  diffusion  de  la  paralysie  generale  au  Bresil  et  dans  d’autres  parties 
du  monde  (La  diffusione  della  paralisi  progressiva  in  Brasile  e  in  altre  parti 
del  mondo),  par  Ivanasso  Seuise  (de  Naples).  II  Cervello  n°  2,  Mars  1935, 

p.  81. 

Etude  tres  documentee  mais  faussee.  a  la  base  par  l’observation  (que  l’au¬ 
teur  ne  manque  pas  de  faire  avec  un  sens  critique  llouable)  que  le  plus 
grand  nombre  de  malades  connus  ne  se  superpose  pas  exactement  a  la 
notion  d’une  plus  grande  diffusion  de  la  paralysie  generale  !  Les  statisti- 
ques  portent  principalement  sur  le  Bresil,  l’Argentine  et  l’ltalie.  Seuisse 
signale  le  nombre  progressif  des  cas  connus  de  paralysie  generale  chez  la 
femme.  Henri  Et. 

La  forme  clinique  dans  la  production  des  remissions  chez  les  paralytiques 
generaux.  Etude  clinique,  par  Alex  Obregia,  Alfred  Dimolesco  et  Alex  Vasi- 
lesco.  Le  Monde  Medical,  n°  856,  pp.  1021-1027,  ler  decembre  1934. 

L’etude  minutieuse  de  revolution  d’une  paralysie  generale  serait  indis¬ 
pensable  pour  pronostiquer  les  effets  de  la  malariatherapie.  Elle  renseigne- 


ANALYSES 


281 


rait,  non  seulement  sur  l’opportunite  du  traitemcnt,  niais  meme  sur  les 
modalites  de  la  cure  a  entreprendre.  Les  auteurs  ont  generalement  observe 
des  resultats  excellents  dans  les  formes  maniaques,  confuses- et  delirantes, 
et  aussi  dans  les  tabo-paralysies.  Ils  font  des  reserves  sur  les  varietes  depres- 
'  gives  et  les  varietes  a  troubles  somatiques  dominants.  Ils  contre-indiquent 
la  malarisation  dans  certaines  formes  seniles,  galopantes  et  schizoides  et 
dans  certains  cas  de  complications  vasculaires. 

P.  Cabrette. 

Etats  affectifs  des  paralytiques  generaux  (Emotional  States  of  General  Pare¬ 
sis),  par  Purcell  G.  Schube.  The  American  Journal  of  Psychiatry .  T.  LXXXXI, 
n»  3,  pp.  625-638,  novembre  1934. 

On  oublie  trop  souvent  qu’un  paralytique  general  n’est  pas  seulement  un 
syphilitique  cerebral,  mais  encore  un  sujet  atteint  de  psychose.  M.  Schube 
montre  l’importance  de  la  personnalite  du  malade,  alteree  et  cependant 
reconnaissable  a  travel’s  la  maladie.  La  pyretotherapie,  la  chimiotherapie 
ne  doivent  pas  resumer  toute  l’intervention  medicale.  La  psychotherapie 
est  d’autant  plus  utile  que  les  methodes  anfri-syphilitiques  .  sont,  plus  effi- 
caces.  Les  espoirs  de  readaptation  sociale  sont  Mevenus  legitimes  chez  de 
nombreux  paralytiques  generaux,  mais  il  est  indispensable  de  diriger  cette 
readaptation. 

P.  Carhette. 


Etude  clinique  du  delirium  (A  Clinical  Study  of  Delirium),  par  Desmond 
Curran.  Proceedings  of  the  Royal  Society  of  Medicine,  section  of  Psychiatry . 
T.  XXVII,  n°  3,  pp.  53-59,  octobre  1934. 

Le  terme  «  delirium  »  est  bien  celui  qui  convient  a  l’etude  de  M.  Curran. 
C’est  un  sujet  beaucoup  moins  comprehensif  que  celui  du  delire,  car  il  ne 
s’adresse  qu’a  cette  forme  de  trouble  des  idees,  plus  ou  moins  aigue,  accom- 
pagnee  de  confusion,  de  desorientation.  Les  observations  faites  avec  les 
elements  etiologiques  les  plus  divers  montrent  que  si  l’agent  causal  merite 
d’etre  retenu  par  son  influence  sur  l’intensite,  la  duree  et  la  permanence 
de  la  perturbation  fonctionnelle  provoquee,  il  ne  saurait  par  contre  avoir 
une  valeur  reellement  specifique.  Les  facteurs  exogenes  restent  subordon- 
nes.  Ils  sont  interessants  a  preciser  pour  l’etude  du  mecanisme  et  de  revo¬ 
lution,  mais  le  point  de  vue  clinique  reste  domine  par  la  personnalite 
anterieure  du  sujet  et  par  les  stimuli  auxquels  il  est  soumis  pendant  sa 
maladie. 

P.  Carrette. 

Le  delire  de  Miller.  Etude  comparee  de  la  psychologie  des  foules  (The 
Miller  Delusion.  A  Comparative  Study  in  Mass  Psychology),  par  Simon  Stone. 
The  American  Journal  of  Psychiatry .  T.  LXXXXI,  n°  3,  pp.  593-623,  novem¬ 
bre  1934. 

Les  propheties  de  Miller  qui  devaient,  en  1843-1844,  se  realiser  sous  une 
forme  sensible,  engendrerent  une  epidemie  delirante  qui  forme  un  chapitre 
curieux  de  l’histoire  du  mysticisme  morbide.  M.  Stone  rapporte  24  obser-' 
vations  recueillies  par  M.  Chandler  au  New  Hampshire  State  Hospital.  L’au- 
teur  n’a  pas  nos  soucis  nosologiques.  Ses  malades  ont  de  nombreux  trou- 


282 


■  ANALYSES 


hies  sensoriels  en  rapport  avee  l’attente  des  evenemeuts  celestes,  qui  forme 
la  base  de  leur  croyance,  mais  ce  .qui,  domine,  suivant  lenr  temperament, 
c’est  le  trouble  emotif,  du  type  maniaque  dans  la  majorite  des  cas.  Si  les 
themes  religieux  devicnne.nt  plus  rares,  les  mystiques  restent  et  toutes  les 
periodes  de  l’histoire  trouvent  un  etat  affectif  du  public  favorable  a  leur 
developpement,  base  propice  a  1’eclosion  des  psychoses  collectives  dont  les 
types  reactionnels  se  retrouvent  malgre  la  va'-iete  des  themes  generateurs. 

P.  Carrette. 

L’auto-epilation  dans  les  maladies  mentales,  par  M.  Guido  Carnevali  (Peru¬ 
gia).  Ahnali  dell' ospedale  Psichiatrico  di  Perugia,  decembre  1934. 

L’auteur  preffere  le  terme  d’auto-epilation  a  celui  habituellement  employe 
de  «  tricotillomanie  ». 

II  etudie  ce  symptome  clinique  dans  diverses  maladies  mentales,  en  par- 
ticulier  il  cite  quatre  observations  detaillees  se  rapportant  a  deux  cas  de 
demence  precoce,  a  un  cas  de  paralysie  generale,  a  un  cas  de  psychas- 
thenie. 

Ce  signe  clinique  n’a  pour  M.  Carnevali  que  la  valeur  d’un  symptome 
et  non  celle  d’un  syndrome  ;  on  le  rencontre  dans  les  formes  tres  vpriees 
de  maladies  mentales  et  pas  obligatoirement  a  une  periode  dementielle. 
Son  explication  pathogenique  peut  etre  extremement  differente  (stereotypie, 
obsession,  auto-punition,  etc...). 

P.  Abely. 


PSYCHOLOQIE 


Introduction  a  une  science  du  caractere,  par  Ch.  Baudouin.  Journal  de  Psy¬ 
chologic,  1935,  n°s  5-6. 

Cet  article  est  le  texte  de  la  conference  d’ouverture  du  Congres  des  Psycho- 
techniciens  suisses  a  Berne  (20  septembre  1934).  L’auteur  y  fait  un  effort 
tres  remarquable  pour  dominer  les  points  de  vue  divers  d’ou  l’on  s’est 
efforce  de  constituer  une  science  du  caractere  et  des  methodes  de  deter¬ 
mination  du  caractere.  Cette  plurality  s’explique,  selon  lui,  par  le  fait  que 
le  caractere  est  un  concept  issu  de  la  psychologie  populaire  et  que  l’analyse 
decompose  en  une  serie  de  trois  couples  de  contradictoires  :  ce  sont  :  1°  la 
nature  (tendances,  temperament)  et  la  personnalite  («  moi  »,  maitrise  de 
soi)  ;  2°  la  somme  des  comportements  principaux  (qualites  et  defauts)  et 
la  synthese  (forme  generale  qui  retentit  sur  chaque  comportement  parti- 
culier)  ;  3°  la  marque  propre  de  l’individu  et  le  type.  II  faut  se  servir 
non  d’un  seul  de  ces  «  outils  »,  mais  de  tous. 

Parmi  les  diverses  tentatives  caraeterologiques,  l’auteur  s’attacbe  plus 
longuement  aux  efTorts  des  psychanalystes.  Les  principaux  sont  ceux  de 
Jung  et  de  Reich.  Fait  curieux,  tous  deux  se  placent  au  point  de  vue  de  la 
forme.  Jung  se  demande  quelle  est  la  l'onction  que  le  sujet  utilise  dans 
son  adaptation  au  reel  et  oppose  «  l’introversion  »  a  «  l’extra version  ». 
Reich,  el  eve  de  Freud,  considere  le  caractere  comme  la  «  cuirasse  du  moi  » ; 
chaque  piece  de  cette  armure,  c’est-a-dire  chaque  trait  de  caractere,  corres¬ 
pond  a  un  effort  qui  a  ete  fait  pendant  l’enfance  pour  surmonter  un  pro- 
bleme  affectif  et  instinctif  determine. 


ANALYSES 


283 


Selon  M.  Baudoin,  qui  malheureusemeut  ne  developpe  pas  ee  point,  il 
faudrait  reprendre  l’analyse  en  sens  inverse,  c’est-a-dire  par  les  tendances, 
et  rejoindre  la  forme.  11  faudrait  surtout  se  servir  de  tous  les  concepts 
impliques  dans  celui  de  caractere,  aborder  en  quelque  sorte  ce  materiel 
sous  des  angles  differents.  II  insiste  sur  la  valeur  de  la  technique  psychana- 
lytique  qui,  en  mettant  au  jour  les  «  complexes  »,  c’est-a-dire  des  «  fais- 
ceaux  de  tendances  solidaires  »,  donne  a  la  science  du  caractere  la  base 
dont  elle  a  besoin.  II  est  important  de  s avoir  que  les  complexes  se  reve- 
lent  sous  deux  formes,  la  forme  positive  (ou  lachee)  et  la  forme  negative 
(ou  reprimee) . 

Cette  etude  a  le  double  interet,  au  sujet  d’un  probleme  dont  les  preoc¬ 
cupations  «  totalitaires  »  font  un  des  problemes  du  jour,  de  classer  les 
diverses  tendances  et  de  preciser  la  position  des  psychanalj7stes. 

D.  Lagache. 

Les  sensations  sont-elles  dans  notre  tete  ?  par  R.  Ruyer.  Journal  de  Psy- 

chologie,  1934,  n"“  7-8. 

L’auteur  traite  par  la  «  methode  des  paradoxes  »  )e  probleme  de  la 
localisation  des  sensations,  qui  appartient  a  la  delicate  question  des  rap¬ 
ports  de  1’esprit  et  du  corps.  ■■■• 

II  critique  d’abord,  pour  la  rejeter  completement,  la  these  bergsonienne 
suivant  laquelle  la  sensation  serait  au  lieu  meme  ou  nous  localisons  l’ob- 
jet  pergu.  La  comparaison  imagee  de  la  boite  cranienne  a  une  «  conduite 
interieure  fermee  »  souligne  les  illusions  sur  lesquelles  repose  le  pseudo- 
probleme  de  l’exteriorite.  II  n’y  a  pas  de  projection  des  sensations. 

Nos  sensations  ne  se  confondent  pas  avec  l’etre  reel  de  l’objet.  Elle's 
sont  dans  notre  tete  tout  comme  les  cellules  nerveuses  cerebrales.  Et  l’au- 
teur  defend  sa  proposition  contre  la  critique  negative  de  Lovejoy,  dont  il 
reduit  les  curieux  paradoxes  soit  a  neant,  soit  a  valoir  seulement  contre  les 
postulats  philosophiques  de  Russell. 

Cette  localisation  cerebrale  des  sensations  modifie  la  conception  de, 
l’espace  dans  le  sens  d’un  espace  physique  reel  avec  lequel  l’etendue  per- 
sonnelle  est  en  connection.  La  subjectivile  equivaut  a  l’etre. 

D.  Lagache. 


Compagnons  imaginaires  des  enfants  (Children’s  Imaginary  Companions), 
par  Margaret  Svendsen.  Archives  of  Neurology  and  Psychiatry.  T,  XXXII, 
11“  5,  pp.  985-999,  novembre  1934. 

Le  concept  de  verite  esf  rudimentaire  dans  l’enfance  et  l’imagination  suit 
frequemment  les  besoins  du  reve  au  point  de  creer  des  convictions  tres 
fermes.  Les  romans  batis  par  les  enfants  realisent  instinctivement  une 
compen,sation  ideo-affective  entretenue  par  le  sentiment  d’admiration  de 
certains  types,  le  mystere  des  recits  fournis  par  l’entourage  et  les  tama- 
rades,  des  histoires  lues  ou  l’ensemble  des  themes  construits  par  la  memoire 
affective. 


P.  Carrette. 


284 


ANALYSES 


Nature  psychologique  et  convention,  par  E.  Dupreel.  Journal  de  Psycholo¬ 
gic,  1934,  n«s  9-io. 

La  convention  est  une  operation  sociale  dont  certains  modes  elemen- 
taires  sont  eminemment  applicables  en  psychologie.  L’analyse  de  cette 
notion,  orientee  vers  ce  but,  conduit  1’auteur  a  formuler  deux  ordres  de 
considerations,  d’ailleurs  intimement  liees. 

A  la  convention  repond  un  convenu,  qui  est  une  reellc  nouveaute,  et  une, 
nouveaute  reelle,  de  valeur  specifique.  Sans  reduire  tout  le  social  au 
conventionnel,  M.  Dupreel  insiste  a  juste  titre  sur  I’importance  de  la 
convention  dans  l’activite  humaine  et  sur  le  fait  qu’un  etat  non  institue 
souvent  se  perpetue  par  convention.  C’est  •!:  l’emergence  du  social  ». 

Mais  ces  phenomenes  se  compliquent,  se  combinent,  se  consolident  mutuel- 
lement.  Et  l’auteur  de  developper  sa  «  theorie  de  la  consolidation  ».  «  Une 
convention  est  un  consolide  ou  un  systeme  de  consolides.  »  Toute  la' 
connaissance  est  exprimable  en  termes  de  consolidation  ;  la  perception, 
par  exemple,  devient  un  consolide.  En  conclusion  generale,  la  consoli¬ 
dation  represente  l’un  des  mecanismes  logiques  de  la  pensee  et  joue  dans 
le  cadre  de  la  probability. 

D.  Lagache. 

Recherches  sur  l’usage  de  l’instrument  chez  les  singes.  HI.  L’intermediaire 
independant  de  l’objet,  par  P.  Guillaume  et  I.  Meyerson.  Journal  de  Psy¬ 
chologic,  1934,  n°s  7-8. 

Continuant  leurs  recherches  sur  l’usage  de  I’instrument  chez  les  singes, 
les  auteurs  montrent  dans  cet  article  que  le  singe  est  capable  de  traiter 
l’instrument  comme  un  objet  independant  :  le  singe,  a  travel’s  les  varia¬ 
tions  de  forme  et  de  matiere,  sait  voir  «  le  baton  »  de  meme  qu’a  travers 
des  mouvements  differents, -il  apergoit  la  loi  empirique  du  deplacement 
efficace. 

Outre  l'eur  interet  intrinseque,  ces  etudes  ouvrent  aux  psychopatholo- 
gues  d’interessantes  perspectives  de  reflexion  et  d’experimentation  ayant 
trait  aux  stades  inferieurs  de  I'intelligence. 

D.  Lagache. 

Une  presentation  nouvelle  des  profils  psychologiques  de  Vermeylen,  par 
F.  Kishgold.  Journal  de  Psychologie  1934,  n°s  5-6. 

L’auteur  de  cette  note  propose  de  Trepresenter  les  resultats  par  une  sur¬ 
face,  de  maniere  a  tenir  compte  de  leur  dispersion  et  a  eviter  la  rigidite  du 
profil  lineaire.  Le  sujet  normal  aura  ainsi  toutes  les  chances  d’avoir  son 
profil  dans  la  zone  de  son  age. 

D.  L. 

La  logique  vivante  de  l’esprit  enseignee  par  le  langage,  par  E.  Pichon. 
Journal  de  Psychologie,  1934,  n°s  9-10. 

Dans  cet  interessant  article,  l’auteur  condense  1’essentiel  de  ses  travaux: 
linguistiques  —  poursuivis  en  collaboration  avec  M.  Damourette  —  en 
prenant  pour  centre  cette  idee  generale  :  la  structure  grammaticale  d’une 


ANALYSES 


langue  possede  un  sens  psychologique  et  est  une  logique,  lato  sensu,  pro- 
pre  et  vivante  de  Tesprit. 

L’analyse  et  la  demonstration  ont  pour  objet  la  langue  frangaise.  Et  se 
deroulent  successivement  le  «  repartitoire  de  categories  »,  ou  le  factif. 
l'e  substantif,  l’adjectif  et  l’affonctif  correspondent  respectivement,  en  gros. 
aux  categories  logiques  de  phenomene,  substance,  qualite,  modalite.  Ivotie 
langue  est  tres  souple  et  n’est  ni  substantialiste,  comme  le  pretend  M.  Der- 
rus,  ni  phenomenaliste.  Repartitoires  de  classes,  de  putation,  etc...  Tout  en 
definissant  les  termes  linguistiques  utilises,  l’autcur  indique,  par  de  rapi- 
des  sondages,  la  valeur  psychologique  et  logique  des  concepts  impliques 
dans  la  structure  meme  du  langage,  ce  qui  ouvre  de  nombreux  aperpus  et 
soxileve  d’importants  problemes. 

D.  Lagache. 

La  plasticite  des  mots  et  la  cohesion  du  discours,  par  Piizyluski.  Journal 
de  Psychologie,  1934,  nos  7-8. 

L’etat  d’une  langue  resulte  essentiellement  d’une  force  centrifuge,  mode- 
lant  les  mots,  et  d’une  force  centripete,  groupant  les  parties  du  discours. 
Et  ce,  sous  les  deux  grandes  categories  de  la  mutation  (plasticite)  et  de  la 
composition  (cohesion),  qui,  dans  chaque  langue,  sont  en  raison  inverse 
Pune  de  l’autre,  mais  n’en  demeurent  pas  moins  coexistantes. 

En  sorte  que  la  classification  de  Mpriggi  en  langues  flexionnelles,  agglu- 
tinantes  et  groupantes  est  fort  critiquable  quant  a  cette  derniere  classe. 
En  effet,  toutes  les  langues,  d’une  part,  sont  plus  ou  moins  groupantes,  d’au- 
tre  part  comportent  une  certaine  plasticite.  Ce  caraetere  est  done  trop  mal 
defini  et  trop  peu  specifique  pour  fonder  une  classification  scientifique. 

D.  Lagache. 


La  memoire.  Psychogenese  et  pathogenese,  par  M.  Dide.  Journal  de  Psycho¬ 
logie,  1934,  n°s  9-10. 

Toujours  fidele  a  la  methode  genetique  et  au  point  de  vue  organiciste, 
D.  etudie,  sous  une  forme  assez  philosophique,  la  memoire  dqns  .sa  psypho- 
genese  normale  et  morbide. 

Quelques  considerations  methodologiques  preludent  a  l’expose  de  la  ques¬ 
tion,  ce  qui  permet  a  l’auteirr  d’une  part,  de  critiquer  l’etude  systeiiiatique 
des  amnesies  de  Dosset  et  de  Bergson,  la  notion  de  memoire  spirituelle  ; 
d’autre  part,  de  relever  la  critique  de  Pieron  et  d’accordpr  a  ce  dernier  le 
caraetere  synthetique  de  la  memoire,  fonction  non  localisable. 

La  memoire  est  une  fonction  generale,  de  grande  extension,  et  un  fait 
beaucoup  plus  biologique  que  social,  en  quoi  M.  Dide  reagit  nettement 
contre  l’ecole  sociologique  moderne. 

Des  conditions  generates  sont  les  unes  extrinseques,  d’ordre  instinetivo- 
affectif,  et  les  autres  intrinseques,  d’ordre  intellectuel,  specifiques.  Les 
dysmnesies  extrinseques  (psychoses  periodiques,  passionnelles,  athymhor- 
mie,  delires  systematises),  dependent  d’un  trouble  fonctionnel  ou  d’une 
lesion  neuro-vegetative  mais  avec  integrite  corticale  ;  tandis  que  les  amne- 
sies  intrinseques,  relevent  de  lesions  cerebrales  (toxi-infections;  demen- 


D.  Lagache. 


ANALYSES 


Des  reflexes  conditionnels  :  III.  Application  des  reflexes  conditionnels  a 
certains  problemes  cliniques,  par  Marinesco  et  Kreindler.  Journal  de 
Psychologic,  1934,  n»»  9-10. 

Cette  etude  clot  la  suite  d’articles  parus  dans  le  Journal  de  Psychologic 
et  dont  il  a  ete  rendu  compte  ici  meme.  On  y  trouvera  l’application  des 
reflexes  conditionnels  a  certains  problemes  cliniques  :  la  constitution 
psycho-somatique  et  la  vieillesse,  les  nevroses,  les  psychoses,  les  troubles 
du  langage.  L’ensemble  des  travaux  de  Marinesco  et  Kreindler  constitue 
l’etude  la  plus  complete,  a  notre  connaissance,  des  reflexes  conditionnels 
en  psychopathologie. 

D.  Lagache. 

Le  genie  et  le  bonheur  (The  Unhappiness  of  Genius),  par  Henry  Harper-Hart. 
The  Journal  of  Nervous  and  Mental  Disease.  T.  LXXX,  n°s  4  et  5,  pp.  410-429 
et  557-573,  octobre  et  novembre  1934. 

La  question  des  rapports  de  la  folie  et  du  genie,  du  genie  et  de  l’equi- 
libre  mental  s’est  trouvee  souvent  posee.  L’auteur  situe  le  probleme  dans  le 
domaine  pragmatique  et  montre  la  vie  des  individus  places  au-dessus  de 
leurs  contemporains  par  leur  valeur  intellectuelle.  II  est  certain  que  le 
genie  est  constitue  par  l’hypertrophie  de  certaines  possibilites  psycho- 
logiques  et  que  cet  etat  exclut  par  definition  l’equilibre  obscur  et  banal. 
Chez  les  individus  qui  se  signal  ent  dans  les  arts,  le  sens  des  realites  quoti- 
diennes  fait  souvent  defaut.  D’autres  ont  tire  parti  de  leurs  etats  patho- 
logiques.  L’auteur  observe  que  les  etres  superieurement  doues  pour  les 
sciences  et  la  politique  sont  plus  adaptes  au  reel  que  les  artistes.  Le  bonheur 
n’est  cependant  pas  sous  la  dependance  des  qualites  intellectuelles.  II  est 
avant  lout  conditionne  par  la  sante  du  corps,  la  reussite  sociale,  la  securite 
economique,  les  satisfactions  affectives.  Le  genie  est  trop  souvent  lie  a  la 
douloureuse  conscience  de  1’hypertrophie  de  certains  dons  pour  etre  rat- 
tache  a  la  jouissance  d’une  paix  durable. 

P.  Carrette. 


NEUROLOQ1E 

La  formation  du  neurologue  (The  Training  of  the  Neurologist),  par  Percival 
Bailey.  The  Journal  of  Nervous  and  Mental  Disease.  T.  LXXX,  n°  4,  pp.  377- 
385,  octobre  1934. 

L’independance  relative  de  la  chirurgie,  de  la  neurologie  et  de  la  mede- 
cine  tend  a  se  modifier  avec  les  progres  de  la  technique  neuro-chirurgicale. 
M.  Percival  Bailey,  professeur  a  Chicago,  expose  les  conditions  de  la  spe¬ 
cialisation  dans  son  domaine.  Les  etudiants  arrives  a  la  fin  de  leur  inter¬ 
nal  se  specialisent  apres  trois  ans  d’etudes  complementaires.  Ils  s’initient 
aux  techniques  anatomo-pathologiques  et  a  la  clinique,  aux  moyens  d’in- 
vestigation  physiologiqiie,  aux  pratiques  electrologiques  et  chirurgicales. 
L’etudiant  s’oriente  ensuite  vers  la  neurologie  medicale  ou  chirurgicale,  ou 
aborde  les  etudes  psychiatriques.  Des  procedes  analogues  ont  ete  mis  en 
application  dans  d’autres  villes  universitaires  et  les  progres  de  leur  orga¬ 
nisation  conditionnent  ceux  de  la  neurologie. 


P.  Carrette. 


ANALYSES 


287 


Exploration  des  ventricules.  La  ventriculographie,  par  Raymond  Garcin. 

Le  Progres  Medical,  n°  46,  pp.  1781-1796,  17  novembre  1934. 

Le  principe  de  la  ventriculographie  consiste  a  remplir  d’air  les  cavites 
ventriculaires,  apres  soustraction  de  liquide  cephalo-rachidien,  afin  de  les- 
rendre  visibles  sur  des  cliches  radiographiques.  L’auteur  l-appelle  la  situa¬ 
tion  et  la  forme  des  ventricules  cerebraux.  Les  diverses  .tumeurs  exercent 
sur  eux  des  compressions  deformantes  qui  permettent  de  localiser  les 
tumeurs.  Les  infections  meningo-encephaliques  provoquent  egalement  des 
alterations  decelables  par  la  ventriculographie.  Cette  methode  a  peu  a  peu 
remplace  l’encephalographie  gazeuse  par  voie  lombaire,  qui  permet  de 
decouvrir,  non  seulement  les  ventricules,  mais  les  espaces  arachnoidiens 
peri-encephaliques  qu’on  designe  sous  le  nom  de  citernes.  L’encephalo¬ 
graphie  est  responsable  d’irritations  meningees  ;  elle  est  choquante,  incons- 
tante  dans  ses  resultats,  dangereuse  dans  l’hypertension  ;  aussi,  malgre 
les  services  qu’elle  peut  rendre,  son  interdt  reste-t-ii  assez  limite,  puis- 
qu’elle  ne  peut  etre  appliquee  dans  de  nombreux  cas  de  tumeurs  cerebra- 
les.  M.  Laruelle  a  cependant  tire  de  son  principe  la  methode  du  reperage 
ventriculaire  par  injection  lombaire  d’une  faible  quantite  d’air  vehiculee 
vers  les  cavites  cerebrales  par  des  deplacements  appropries  de  la  tete. 

P.  Carrette. 


Le  bioxyde  de  thorium  colloidal.  Son  utilisation  dans  le  diagnostic 
intracranien  et  son  role  en  injection  directe  sur  le  cerveau  et  les 
ventricules  (Colloidal  Thorium  Dioxyde.  Its  use  in  Intracranial  Diagnosis 
and  its  Fate  on  Direct  Injection  into  the  Brain  and  the  Ventricles),  par 
L.  Alexanoer,  T.  S.  Jung  et  R.  S.  Lyman.  Archives  of  Neurology  and  Psychia¬ 
try.  T.  XXXII,  n“  6,  pp.  1143-1158,  decembre  1934. 

La  visibility  des  arteres  cerebrales  est  rendue  possible  par  injection  de 
bioxyde  de  thorium  a  l’etat  colloidal  dans  la  carotide.  L’introduction  par 
la  voie  lombaire  et  sous-oceipitale  complete  les  enseignements  utiles  au 
diagnostic  topographique.  L’experimentation  prouve  que  le  thorium 
n’exerce  pas  d’action  nefaste  sur  la  myeline  et  les  cylindraxes.  II  se 
comporte  comme  un  corps  etranger  et  ses  granulations  libres  cheminent 
des  cellules  vers  les  vaisseaux. 

P.  Carrette. 


L’evolution  de  la  technique  de  l’angiographie  cferebrale,  par  Egas  Moniz. 

Le  Progres  Medical,  n°  46,  pp.  1777-1781,  17  novembre  1934. 

M.  Egas  Jloniz  a  ete  l’un  des  premiers  techniciens  de  1’angiographie 
cerebrale  et  a  largement  contribue  au  perfectionnement  de  la  methode.  II 
nous  en  fait  l’historique,  depuis  1927,  dans  son  article.  Les  bromures  ayant 
ete  abandonnes  comme  dangereux,  on  preconisa  l’iodure  de  sodium  chimi- 
quement  pur  a  25  %  dans  la  carotide  interne  apres  ligature.  Devant  la 
menace  d’alterations  de  l’endothelium  arteriel,  il  fallut  contre-indiquer 
l’intervention  chez  les  sclereux.  Le  thorotrast,  solution  colloidale  de 
bioxyde  de  thorium,  est  inoffensif.  On  tend  a  le  substituer  aux  autres 
substances  opaques.  On  injecte  directement  10  a  12  cms„  sans  ligature, 
dans  la  carotide  primitive. 

P.  Carrette. 


288 


ANALYSES 


Les  troubles  de  la  miction  en  pathologie  nerveuse,  par  Th.  Alajouanine  et 
R.  Thurel.  Le  Monde  Medical,  n*  854,  pp.  953-962,  1«  novembre  1934. 

La  miction  met  en  jeu  la  contraction  du  sphincter  strie  et  le  relache- 
ment  du  muscle  lisse.  On  observe  en  pathologie  nerveuse  l’incontinence 
par  lesions  medullaires  et  apres  ictus  et  la  retention  par  contraction 
l'eflexe  du  sphincter  lisse.  Les  auteurs  conseillent,  dans  la  retention,  de 
lutter  contre  la  suppression  de  l’automatisme  vesical  par  l’emploi  de  la 
pilocarpine  et  du  sondage,  dans  l’incontinence,  de  moderer  au  contraire 
l’activite  automatique  par  la  scopolamine. 

P.  Carrette. 

Signes  neurologiques  dans  les  masto'idites  (Neurological  Findings  in  Mastoi¬ 
ditis),  par  J.-M.  Nielsen  et  Cyril  B.  Courville.  The  Journal  of  Nervous  and 
Mental  Disease.  T.  LXXX,  n"  5,  pp.  541-556,  novembre  1934. 

II  n’est  pas  indispensable  que  le  processus  de  la  mastoidite  s’etende  aux 
regions  intracraniennes  pour  observer  des  troubles  neurologiques.  Les 
auteurs  signalent  leur  grande  frequence  et,  en  dehors  de  toute  manifestation 
clinique,  subjective,  l’alteration  des  reflexes  tendineux  et  du  fond  d’ceil, 
les  modifications  des  reflexes  pupillaires.  On  note  egalement  des  syndromes 
complexes  caracterises  par  la  cephalee  localisee,  les  vomissements  et  les 
nausees,  le  nystagmus;  les  douleurs  maxillaires,  les  paralysies  ' oculaires, 
les  troubles  eerebelleux,  les  convulsions  locales.- 

P.  Carrette. 


Abces  du  cerveau  ou  ramollissement  cerebral  ?  par  Louis  Ramond.  La  Prcsse 
Medicale,  n°  64,  pp.  1283-1284,  11  aout  1934. 

Le  diagnostic  d’abces  du  cerveau  d’origine  otitique  se  base  sur  l’hyper- 
tension  intracranienne  assuree  par  1’examen  du  fond  d’ceil  et  1’hyper- 
tension  cephalo-rachidienne  et  sur  1’examen  hematimetrique.  Le  resultat 
est  d’importance  puisqu’en  excluant  le  ramollissement  cerebral,  il  contre- 
indique  le  traitement  medical  et  decide  de  l’intervention  chirurgicale. 

P.  Carrette. 

Syndromes  encephalo-meninges  et  syndromes  abdominaux  douloureux 
intriques  au  debut  de  la  pneumonic  chez  les  enfants,  par  P.  Nohecourt. 
Le  Progres  Medical,  n°  38,  pp.  1465-1475,  22  septembre  1934. 

Syndromes  meninges,  delire,  torpeur  et  somnolence,  convulsions  ou  syn¬ 
dromes  douloureux  abdominaux  apparaissent  parfois  au  debut  d’une  pneu¬ 
monic.  M.  Nohecourt  presente  deux  cas  ;  dans  le  premier  le  diagnostic  de 
meningite  est  pose,  dans  le  second  l’appendicectomie  est  pratiquee.  Les 
syndromes  initiaux  meninges  ou  abdominaux,  isoles  ou  associes,  simulent 
parfaitement,  ou  la  meningite  ou  l’appendicite,  mais  il  existe,  en  dehors 
de  ces  formes  d’invasion  anormales,  des  meningites  et  des  peritonites  a 
pneumocoques  d’une  symptomatologie  analogue,  bien  que  generalement 
plus  complete  et  plus  precise. 


P.  Carrette. 


ANALYSES 


289 


X,es  etats  spasmodiques  du  releveur  de  lapaupiere  superieure  par  lesion 
cerfebrale  en  foyer,  par  Gustave  Rb'ossY  et  Gabrielle  Levy.  Revue  Neurolo- 
gique.  T.  II,  n°  4,  pp.  454-468,  octobre  1934. 

Le  spasme  bilateral  du  releveur  de  la  paupiere  superieure  est  ici  disso- 
,ci<5  de  toute  atteinte  motrice  du  globe,  de  toute  manifestation  faciale 
peripherique,  de  tout  signe  de .  la  serie  basedowienne.  Les  auteurs  attri- 
buent  le  sympt6me  observe  a  une  lesion  cerebrale  en  foyer  qu’ils  locali- 
-sent  dans  le  pedoncule. 

P.  Carrette. 

_A  propos  de  la  dystasie  areflexique  hereditaire  (Contribution  a  l’etude  de 
la  genese  des  maladies  familiales  et  de  leur  parente  entre  elles),  par 
Gustave  Roussy  et  Gabrielle  Levy.  Revue  Neurologique.  T.  II,  n°  6,  pp.  763-773, 
decembre  1934. 

Le  syndrome  neurologique  de  la  dystasie  areflexique  a  ete  observe  par 
les  auteurs  dans  3  families  et  suivi  dans  plusieurs  generations.  L’autonomie 
•clinique  de  l’entite  nOsologique  isolee  par  M.  Roussy  et  Mile  Levy  est  for- 
tifiee  par  la  constatation  de  la  cypho-sooliose  et  de  troubles  mentaux. 

P.  Carrette. 

X,es  calcifications  de  la  faux  du  cerveau  (As  Calcificacoes  da  Foice  do  Cere- 
bro),  par  James  Ferraz  Alvim.  Revista  de  Neurologia  e  Psychiatria  de  Sao 
Paulo.  T.  I,  n°  1,  pp.  3-23,  octobre  1934. 

La  radiographie  confirme  le  diagnostic  de  paehymeningite,  avec 
hyperostose  et  calcification  de  la  faux  du  cerveau  dans  5  cas  de  syndromes 
.d’hypertension  intracranienne  avec  vertiges  et  douleurs  craniennes  ou  de 
troubles  sensitivo-moteurs  a  localisation  paramedia ne  avec  signes  de  com¬ 
pression  des  zones  inter-hemispheriques. 

P.  Carrette. 

I/hemianopsie  binasale,  par  A.  Baodouin,  Pierre  Hai.bron  et  M.  Deparis. 
Revue  Neurologique.  T.  II,  n°  5,  pp.  531-554,  novembre  1934. 

Publication  d’un  cas  d’hemianopsie  binasale  dans  une  tumeur  de  l’angle 
ponto-cerebelleux.  Les  auteurs  donnent  la  bibliographie  du  symptome  avec 
le  diagnostic  etiologique.  Les  tumeurs  viennent  au  premier  rang  dc  fre¬ 
quence  par  la  stase  papillaire  qu’elles  provoquent,  la  dilatation  du  ventri- 
•cule  moyen  et,  dans  les  formes  partielles  surtout,  par  la  compression  du 
nerf  optique  contre  une  artere.  Les  arachnoidites  opto-chiasmatiques,  la 
syphilis,  les  traumas  et  les  intoxications  sont  egalement  cites  parmi  les 
causes  possibles  d’hemianopsie  binasale. 

P.  Carrette. 

Status  dysraphicus.  Aspect  clinique  pseudo-encephalitique  («  Status  dys- 
raphicus  ».  Un  caso.  Aspecto  clinico  pseudo  encefalitico),  par  Luis  Rojas, 
Archivos  de  Neurobiologia.  T.  XIV,  n*  4,  pp.  599-611,  1934. 

La  gliose  periependymaire  a  des  traductions  cliniques  assez  differentes 
suivant  ses  localisations.  Le  type  de  «  status  dysraphicus  »  de  Bremer  est 

Ann.  Med.-psych.,  XV'  serie,  94°  annee,  t.  I.  —  Fevrier  1936.  19. 


290 


ANALYSES 


surtout  medullaire  et  caracterise  par  des  malformations  du  squelette,  des. 
mains,  des  seins,  des  troubles  vaso-moteurs,  des  anomalies  de  distribution 
pileuse.  Dfautres  varietes  presentent  des  signes  oculo-moteurs,  l’epilepsie, 
des  psychoses,  l’hypogenesie.  M.  Rojas  observe  une  gliose  localisee  avec 
predilection  dans  la  partie  bulbaire  du  quatrieme  ventricule  et  le  long  de 
l’aqueduc  de  Sylvius  dont  l’obstruction  favorise  le  developpement  d’une 
hydrocephalie  interne  avec  syndrome  bulbo-ponto-mesenceplialique.  Les 
elements  cliniques  de  la  participation  du  cerveau  moyen  presentent  de 
grandes  analogies  avec  le  tableau  de  l’encephalite  epidemique. 

P.  Carrette. 


Les  lesions  de  la  troisieme  frontale  gauche  sans  aphasie  (Las  lesiones  de 
la  tercera  frontal  izquierda  sin  afasia),  par  Marcos  Victoria.  La  Semana 
Medica,  n»  2134,  pp.  1771-1777,  6  decembre  1934. 

Les  observations  de  lesions  de  la  troisieme  circonvolution  frontale  gau¬ 
che  sans  aphasie  montrent  l’inexactitude  de  la  localisation  etroite  de  l’apha- 
sie  motrice,  qui  exige  la  participation  d’autres  territoires  corticaiix,  comme 
le  prouvent  les  cas  cites  par  M.  Victoria  aprfes  les  observations  de  Pierre 
Marie,  de  von  Monakow  et  de  Head. 

P.  Carkette. 


Les  parasites  de  l’encephale,  par  Mme  A.  A.  Mirotvorskaia  ( Sowietskaia: 
nemropalolognia  psychiatria  i psychoguiguiena,  T.  Ill,  fasc.  8,  1934). 

L’auteur  etudie  4  cas  personnels  de  cysticercose  et  d’ecchynococose  du 
cerveau  et  insiste  sur  l’interet  que  presentent,  au  point  de  vue  du  diag¬ 
nostic,  les  reactions  de  laboratoire  pour  orienter  la  therapeutique  sur  des 
voies  pratiquement  utiles. 

Fribourg-Blanc.- 


Un  nouveau  cas  d’arachno'idite  kystique  de  la  region  fronto-parietale^ 
par  H.  Claude  et  L.  Gorman.  Le  Progres  Medical,  n°  42,  pp.  1628-1632, 
20  octobre  1934. 

Meningite  sereuse,  arachnoi'dite,  encephalite  sont  les  temoins  d’infec- 
tions  a  virus  neurotropes  observees  de  plus  eii  plus  frequemment.  Dans 
les  formes  localisees,  le  diagnostic  precis  a  une  importance  decisive.  Cette 
communication  en  fait  la  demonstration.  Les  auteurs  montrent  d’abord 
comment  ils  eliminent  le  diagnostic  de  tumeur  cerebrate  par  l’absence 
d’hypertension  et  de  stase  papillaire.  L’arachnoidite  etant  seule  en  cause, 
la  craniectomie  fut  confiee  a  M.  Clovis  Vincent.  Les  troubles  paralytiques 
et  visuels  retrocederent.  La  decompression  doit  etre  prolongee  par  main- 
tien  de  la  breche,  la  pose  precoce  du  volet  osseux  faisant  courir  au  malade 
des  risques  de  compression  qui  se  traduisent  invariablement  par  le  retour 
des  phenomenes  paralytiques  ou  l’apparition  de  crises  convulsives. 


P.  Carrette. 


ANALYSES 


291 


Commentaires  autour  d’un  cas  de  tuberculosa  cerebrale  (Comentarios 
em  torno  de  an  caso  de  Tuberculose  Cerebral),  par  Robalinho  Cavalcanti. 
Arquivos  Brasileiros  de  Neuriatria  e  Psiquiatria.  T.  XVII,  n°  6,  pp.  329-333, 
novembre-decembre  1934. 

Le  tuberculome  de  la  base  du  cerveau,  observe  par  l’auteur,  est  associe- 
a  une  meningite,  a  des  signes  d’hypertension  intraeranienne  et  a  un  syn¬ 
drome  pyramidal  bi-lateral.  Les  deux  hemispheres  sont  envahis  dans  la 
region  stride  et  sous-optique  ;  l’hypophyse  renferme  des  zones-  caseifiees. 
L’infantilisme  generalise  du  type  dystrophique,  gracile,  repond  plutot  a  la 
forme  secondaire,  aux  processus  toxi-infectieux  qu’a  une  forme  glandu- 

P.  Carrette. 

Diagnostic  etiologique  d’une  hemiplegie  a  debut  progressif,  par  Louis 
Ramond.  La  Presse  Medicate,  n°  94,  pp.  1909-1910,  24  novembre  1934. 

Le  developpement  progressif  d’une  hemiplegie  a  type  cerebral  permet  de 
porter  le  diagnostic  de  tumeur  chez  un  sujet  atteint  par  ailleurs  de  can¬ 
cer  du  poumon.  L’intervention  chirurgicale  decouvre  un  kyste  rolandique 
et  une  tumeur  murale  ayant  l’aspect  d’un  neoplasme  metastatique. 

P.  Carrette. 

Les  tumeurs  cerebrales  metastatiques.  Etude  Clinique,  par  Henri  Roger  et 
Jean-E.  Paillas.  La  Presse  Medicate,  n°  104,  pp.  2093-2096,  29  decembre  1934. 
Les  neoformations  cancereuses  gagnent  la  cavite  par  la  voie  sanguine,, 
lymphatique  ou  nerveuse.  II  ne  faut  pas  s’attendre  a  decouvrir  un  syndrome 
net  d’hypertension.  Le  liquide  cephalo-rachidien  reste  assez  souvent  normal. 
Cependant,  la  cephalee  apparait  avec  l’obnubilation  intellectuelle  et  des 
signes  neurologiques  complexes  traduisent  l’invasion  cerebrale  par  de  nom- 
breux  nodules  tumoraux.  Deux  types  principaux  de  reactions  sont  a  rete- 
nir  :  le  type  pulmonaire  avec  diffusion  intense  des  lesions  et  evolution 
fatale  et  le  type  mammaire  a  localisation  parfois  unique,  meningo-corti- 
cale,  accessible  chirurgicalement.  Les  auteurs  signalent  enfin  le  cas  plus 
rare  de  la  sarcomatose  generalisee  ou  melanique  envahissant.  le  cerveau 
comme  les  autres  visceres. 

P.  Carrette. 

Signes  et  diagnostic  des  tumeurs  cerebrales  excepte  les  tumeurs  de 
l’hypophyse,  par  Th,  de  Martel.  Le  Monde  Medical,  n°  852,  pp.  889-898, 
ler  octobre  1934. 

L’hypertension  intraeranienne  domine  le  mecanisme  des  tumeurs  et 
desoriente  la  symptomatologie  a  tel  point  que  les  diagnostics  localisateurs 
en  sont  fausses  si  on  omet  de  completer  son  enquete  par  1’examen 
ophtalmologique,  la  radiographie  et  les  indications  ventriculographiques 
et  encephalographiques.  M.  de  Martel  passe  en  revue  certains  cas  probants 
et  rappelle  l’effet  curatif  des  injections  d’air  faites  pour  diagnostiquer  une 
tumeur  et  aboutissant  a  un  resultat  negatif. 


P.  Carrette. 


292 


AXALYSES 


Tabo-paralysie  avec  symptomatology  initiate  de  tumeur  cerebrale  (Tabo- 
paralisis  con  sintomatologia  de  tumor  cerebral  en  su  iniciacion;,  par  Aristi¬ 
des  Barrancos  et  Rafael  Hernandez  Ramirez.  Boletin  del  Asilo  de  Alienados 
en  Oliva.  T.  II,  n°  6,  pp.  247-256,  decembre  1934. 

Le  diagnostic  des  tabo-paralysies  avec  atrophie  optique  presente  souvent 
de  grandes  difficultes.  Chez  certains  syphilitiques  avec  reactions  serologi- 
ques  positives  les  signes  oculaires  s’accompagnent  de  manifestations  cen¬ 
trales  d’abord  discretes  evoluant  avec  une  extreme  lenteur.  Dans  l’observa- 
tion  presente  l’absence  d’hypertension  intracranienne  coincide  avec  l’appari- 
tion  d’un  affaiblissement  dementiel  profond  et  avec  1’evolution  caracteristi- 
que  des  signes  d’excitation  medullaire  du  debut  pour  aifirmer  peu  a  peu  l’exis- 
tence  d’une  meningo-encephalite  speciflque  et  ecarter  l’hypothese  initiale  de 
tumeur. 

P.  Carrette. 

Crises  salivaires  tabetiques  (Crisis  salivares  tabeticas),  par  Juan  C.  Monta- 
naro  et  Julio-L.  Hanon.  La  Semana  Medica,  n«  2132,  pp.  1619-1624,  22  novem- 
bre  1934. 

Chez  un  tabetique  presentant  un  syndrome  medullaire  posterieur  etendu 
et  des  crises  gastriques,  les  auteurs  ont  observe  des  crises  de  sialorrhee  avec 
secretion  en  quelques  heures  de  600  a  1.300  cms.  de  salive.  Les  alterations 
bulbaires  et  radiculaires  realisant  cette  hyperexeitabilite  interessent  vrai- 
semblablement  les  voies  du  glosso-pharyngien  et  de  l’intermediaire  de 
Wrisberg.  Les  investigations  pharmacodynamiques  ne  permettent  pas  de 
tirer  des  conclusions  precises  :  la  belladone  a  produit  des  effets  toxiques 
sans  resultat  pratique  durable  et  l’unique  agent  qui  amena  une  sedation 
evidente  fut  —  fait  paradoxal  —  la  pilocarpine. 

P.  Carrette. 

De  la  neuro-myelite  optique,  par  Cestan,  Riser  et  Planques  .  Revue  Neuro- 
logique.  T.  II,  n°  6,  pp.  741-762,  decembre  1934. 

Le  syndrome  de  la  neuro-myelite  optique  comprend  une  association  de 
nevrite  optique  a  des  symptomes  encephalo-medullaires  tels  que  paraplegic, 
hemiplegie,  crises  tetanoides  sous-corticales  dont  1’evolution  est  capri- 
cieuse,  procedant  par  poussees  et  par  remissions.  Certes  la  syphilis,  l’alcoo- 
lisme,  les  infections  produisent  de  telles  associations  symptomatiques,  mais 
ce  qui  permet  aux  auteurs  d’individualiser  nosologiquement  le  syndrome 
c’est  le  fait  qu’il  se  developpe  dans  certains  cas  en  dehors  des  differentes 
formes  de  nevraxite  connues.  Ni  l’anatomie  pathologique,  ni  les  moyens 
biologiques  habituellement  utilises  ne  fournissent  au  diagnostic  etiologi- 
que  des  elements  precis  et  il  est  possible  que  la  neuro-myelite  optique 
compte  des  formes  attribuables  a  une  cause  speciflque  a  rechercher. 

P.  Carrette. 

Meningite  aigue  lymphocytaire  benigne  (Meningite  aguda  lymphocytaria 
benigna),  par  Fernando  de  Oliveira  Bastos.  Revisla  de  Neurologia  e  Psgchia- 
tria  deSao  Paulo.  T.  I  n“  1,  pp.  41-46,  octobre  1934. 

Malgre  l’importance  des  alterations  du  liquide  cephalo-rachidien,  la 
presence  de  perturbations  du  fond  d’ceil  et  la  paresie  motrice  oculaire,. 


analyses 


l’auteur  note  le  pronostie  favorable  de  9  cas  de  mdningites  aigues  lympho- 
cytaires  evoluant  sans  fievre  avec  un  syndrome  proprement  menirige,  en 
general  tres  discret.. 

P.  Carrette. 


Meningite  aigue  aseptique  (Acute  Aseptic  Meningitis),  par  Henry-R.  Viets 
et  James-W.  Watts.  The  Journal  of  Nervous  and  Mental  Disease.  T.  LXXX, 
n»  3,  pp.  253-273,  septembre  1934. 

En  1929,  MM.  Viets  et  Watts  observent  3  cas  de  syndrome  meninge  febrile, 
evoluant  favorablement  en  quelques  semaines,  guerissant  sans  sequelles, 
avec  lymphocytose  du  liquide  cephalo-rachidien,  hyperalbuminose  et  pre¬ 
cipitation  typique  de  la  solution  colloidale.  L’observation  ulterieure  des 
malades,  celle  de  nouveaux  cas  fortiflent  les  auteurs  dans  leur  opinion 
qu’il  s’agit  bien  d’une  meningite  aigue  aseptique,  qu’il  n’est  pas  possible 
de  la  considerer  comme  une  forme  de  reaction  meningee  tuberculeuse,  mal- 
gre  l’erreur  presque  constante  commise  a  la  periode  initiale,  que  le  diag¬ 
nostic  differentiel  s’impose  avec  1’encephalite  et  la  poliomyelite.  On  trouve 
dans  la  litterature  maintes  observations  faites  en  serie  qui  donnent  au 
syndrome  une  allure  epidemique,  mais  ce  n’est  pas  une  donnee  constante. 
La  meningite  aigue  aseptique  devrait  done  etre  consideree  dans  1’etat 
actuel  des  choses  comme  une  entite  clinique,  sans  relation  defime  avec  les 
maladies  voisines  et  dont  l’etiologie  reste  inconnue. 

P.  Carrette. 


Un  cas  d’hemorragie  meningee  chez  un  hemophile  (Un  caso  de  hemorragia 
meningea  en  un  hemofilico),  par  W.  Lopez  Albo.  Archivos  de  Medicina,  Ciru- 
gia  y  Espeeialidades.  T.  XXXVII,  n°  42,  pp.  1164-1165,  20  octobre  1934. 


Les  hemorragies  meningees  spontanees  ont  une  etiologie  obscure.  II  ne 
faut  jamais’  oublier  1’hemophilie  et  la  rechercher  dans  les  antecedents  per¬ 
sonnels  et  hereditaires. 


P.  Carrette. 


Les  meningococcies,  par  R.-L.  Goldberg.  L' Avenir  Medical,  n"  9,  pp.  256-265, 

novembre  1934. 

Reduire  la  meningococcie  aux  manifestations  de  la  meningite  cerebro- 
spinale,  c’est  commettre  une  faute  doctrinale  qui  peut  conduire  a  un  diag¬ 
nostic  errone  et  a  des  insuffisances  therapeutiques  graves.  M.  Goldberg  rap- 
pelle  que  la  septicemie  provoquee  par  le  meningocoque  de  Wechselbaum 
revet  les  formes  cliniques  les  plus  variees  et  que  ses  symptomes  habituels 
sont  la  fievre  intermittente,  les  eruptions,  les  arthralgies,  sans  oublier  les 
complications  oculaires,  vasculaires  et  uro-genitales.  La  ponction  lombaire 
doit  etre  completee  par  l’examen  du  sang  et  celui  des  serosites.  La  menin¬ 
gococcie  trouve  sa  manifestation  la  plus  typique  dans  la  meningite,  mais 
elle  peut  aussi  se  developper  sans  meningite. 


P.  Carrette. 


294 


ANALYSES 


ANATOMIE 

A  propos  du  probleme  des  centres  du  sommeil  (Zum  Problem  der  Schlaf- 
zentren),  par  T.  Okhuma  et  K.  Tuyuno.  Folia  Psgchiatrica  et  Neurologica 
Japonica,  Vol.  1,  fasc.  3,  1935. 

Les  considerations  des  auteurs  sont  basees  sur  l’examen  histopatholo- 
gique  d’un  cas  de  lethargie  termine  par  la  mort.  L’opinion  de  Potzl  et  de 
Gamper,  basee  elle-meme  sur  les  travaux  de  Chiray,  de  Foix  et  Nicolosco, 
selon  laquelle  les  centres  du  sommeil  occupent  la  zone  intermediate 
mesodiencephalique,  est  justifiee.  Toutefois  ces  centres  sont  localises  plu- 
tot  dans  des  elements  cellulaires  diffus  que  dans  les  noyaux  periventricu- 
laires  organises.  Le  noyau  de  Darkschewitsch,  en  particulier,  a  ete  intact 
dans  1’examen  pratique. 

E.  Bauer. 

Des  differences  locales  dans  la  conformation  des  parois  ventriculaires 
chez  l’homme  (Uber  lokale  Untershiede  im  Bau  der  Ventrikelwande  beim 
Menschen),  par  A.  Opalski  (de  Varsovie).  Zeitschr.  f.  d.  g.  Neuro.  and  Psych., 
Tome  CXLIX,  p.  207  a  254. 

Etude  des  formations  gliales  sous-ependymaires,  a  signaler  pour  son 
interet  en  histopathologie  nerveuse  et  ses  magniflques  schemas. 

Henri  Ey. 

Des  circonvolutions  callouses  chez  les  Japonais  (Uber  Balkenwindungen  der 
Japaner),  par  Kintaro  Watanabe.  Folia  Psgchiatrica  et  Neurologica  Japonica, 
I,  3,  1935. 

L’examen  de  50  cerveaux  de  Japonais  a  montre  l’absence  des  circonvo¬ 
lutions  d’Andreas  Retzius  sur  25  pour  cent  des  hemispheres  etudies 
(absence  bilaterale  dans  12  pour  cent  des  cas).  Sur  les  autres  hemispheres 
le  nombre  varie  de  1  a  8. 

E.  Bauer. 

Agenesie  complete  de  la  commissure  calleuse  et  troubles  du  developpe- 
ment  de  l’hemisphere  gauche  avec  hemiparesie  droite  et  integrite 
mentale,  par  G.  de  Morsier  et  J.-J.  Mozer.  Archives  Suisses  de  Neurologie 
et  de  Psychiatrie,  XXXV,  1,  2,  1935. 

II  s’agit  d’un  sujet  atteint  depuis  la  naissance  d’hemiparesie  droite  avec 
hypotrophie  des  deux  membres,  d’intelligence  moyenne,  ne  presentant 
aucun  trouble  psychique,  ayant  exerce  la  profession  de  manoeuvre.  L’ob- 
servation  neurologique  et  psychique  a  pu  etre  prise  pendant  un  sejour  en 
■clinique  pour  nephrite  chronique  provoquant  la  mort  a  45  ans. 

A  l’autopsie,  on  constate  uue  agenesie  complete  du  corps  calleux  et  une 
hypotrophie  considerable  de  l’hemisphere  gauche  dont  le  lobe  frontal  est 
fonctionnellement  inexistant.  L’hemisphere  droit  est  par  contre  hyper- 
trophie.  L’agenesie  calleuse  et  l’hemiatrophie  de  l’hemisphere  gauche  sont 
dues  a  la  meme  cause  :  une  lesion  embryonnaire  de  1’artere  cerebrale 
anterieure  survenue  avant  le  3'  mois  de  la  vie  intra-uterine.  Les  auteurs 


ANALYSES 


295 


font  un  expose  descriptif  et  critique  tres  approfondi  et  detaille  des  anoma¬ 
lies  macroscopiques  et  microscopiques  constatees.  Dans  un  dernier  chapi- 
tre,  ils  envisagent  les  problemes  physiologiques  de  la  plus  haute  impor¬ 
tance  souleves  par  de  semblables  cas  realisant  une  veritable  mono- 
hemispherie  physioJogique. 

E.  Bauer. 

X,a  situation  des  segments  medullaires  dans  le  canal  vertebral  (Die  Lage 
der  Ruckeumarkssegmente  im  Wirbelkanal),  par  E.  Hintzsche  et  P.  Gisler. 
Archives  Suisses  de  Neurologic  et  de  Psgchiatrie,  XXXV,  2,  1935. 

Les  auteurs  ont  etudie,  sur  20  sujets,  les  rapports  des  segments  medul¬ 
laires  avec  les  corps  vertebraux  et  les  apophyses  epineuses.  Ils  rendent 
■compte  de  leurs  resultats.  Les  rapports  moyens  et  les  variations  maxima 
sont  representes  dans  des  graphiques.  La  comparaison  des  dessins  et 
schemas  contenus  dans  les  traites  montre  des  differences  assez  importan¬ 
tes,  notamment  en  ce  qui  concerne  les  rapports  de  la  partie  caudale  de  la 
moelle.  Un  graphique  illustre  ces  variations.  C’est  le  vieux  dessin  de 
•Gowers  qui  Concorde  le  plus  avec  les  constatations  personnelles  des 
auteurs. 

E.  Bauer. 

.Reeherches  anatomo-  et  histopathologiques  chez  des  schizophrenes 
(Anatomisch-  histologische  Untersuchungen  an  Schizophrenen),  par 
Fr.  Mever.  Monatschrift  fur  Psgchiatrie  und  Neurologie,  Vol.  91,  fasc.  3, 1935. 

L’auleur  communique  6  observations  anatomo-cliniques  de  psychoses 
aigues  et  subaigues  classees  sous  l’etiquette  «  schizophrenics  aigues  », 
•diagnostic  hien  discutable  a  notre  avis  en  ce  qui  concerne  la  majorite  de 
■ces  cas.  Des  lesions  interstitielles  importantes  existent  avec  une  Constance 
frappante  dans  certaines  glandes  endocrines,  thyro'ide,  hypophyse,  cortico- 
surrenale  et  pancreas.  Elies  se  presentent  comme  des  reactions  tissulaires  a 
un  agent  pathogene,  dont  la  nature  exogene  est  rendue  probable  par  d’autres 
lesions  egalement  constatees.  Dans  trois  eaS,  par  exemple,  il  semble  s’agir, 
nettement,  d’un  processus  infectieux  a  agent  inconnu. 

E.  Bauer. 

Reeherches  anatomo-  et  histopathologiques  dans  la  psychose  maniaque- 
depressive  (Auatomisch-histologische  Untersuchungen  an  Manisch- 
Depressiven),  par  Fr.  Meyer.  Monatschrift  fiir  Psgchiatrie  und  Neurologie, 
Vol.  91,  fasc.  3,  1935. 

L’auteur,  qui  cite  d’ailleurs  l’observation  anterieure  de  Marchand,  rap- 
porte  les  resultats  de  quatre  examens  histopathologiques  chez  des  maniaco- 
•depressifs.  I]  insiste  sur  les  lesions  importantes  de  la  pie-mere,  constatees 
■dans  deux  cas,  et  consistant  en  cedeme,  infiltration  cellulaire  et  proliferation 
fibrillaire  considerable,  presence  de  nombreux  macrophages  et  de  poly- 
nucleaires  geants.  Les  alterations  fibreuses  importantes  de  la  thyroide, 
■observees  dans  deux  cas,  et  l’orchite  fibreuse  existant  dans  un  cas  en 
1’absence  de  toute  atteinte  speciflque  ni  bacillaire,  font  conclure  a  un  pro¬ 
cessus  toxique  ou  septique  de  nature  inconnue. 


E.  Bauer. 


296 


ANALYSES 


Les  modifications  du  cerveau  dans  l’alcoolisme  chronique  et  la  psychose- 
de  Korsakoff  (The  Grain  Changes  in  Chronic  Alcoholism  and  Korsakow's 
Psychosis),  par  Francis  James  Warner.  The  Journal  of  Nervous  and  Mental 
Disease.  T.  LXXX,  n»  6,  pp.  629-644,  decembre  1934. 

Les  alterations  encephaliques  des  alcooliques  chroniques  sont  si  nom- 
breuses  et  variees  qu’il  est  impossible  de  les  superposer  constamment  aux 
symptomes  observes,  malgre  la  diversite  des  expressions  cliniques.  Dans  ler 
syndrome  de  Korsakoff,  les  recherches  sur  le  systeme  nerveux  peripherique 
sont  insuffisantes,  mais  la  sclerose  avec  degepprescence  dellulaire  envahit  les 
noyaux  gris,  l’hypothalamus,  les  regions  periventriculaires  du  troisieme  ven- 
tricule- au  quatrieme.  La  participation  des  noyaux  vegetatifs  est  generalement 
signalee.  D’accord  avec  l’observation  courante,  les  episodes  subaigus  cor¬ 
respondent  a  des  lesions  corticales  discretes,  tandis  que  les  recidives  voient 
progresser  l’atherome  vasculaire  et  l’atrophie  des  elements  nerveux. 

P.  Carrette. 


L’encephalite  guanidinique  (La  encephalitis  guanidinica),  par  Antonio  Gomez 
Marcano.  Archivos  de  Neurobiologia.  T.  XIV,  n°  3,  pp.  461-492,  1934. 

L’intoxication  par  la  guanidine  a  permis  a  l’auteur  de  rapprocher  les 
desordres  histologiques  observes  de  ceux  que  les  experimentateurs  avaient 
signales  chez  les  animaux  prives  de  parathyroides  et  atteints  de  tetanie.. 
Les  lesions  nerveuses  portaient  sur  les  neurones,  alteres,  degeneres  et  sur 
la  microglie.  II  n’y  aurait  pas  d’infiltration  meningee  et  perivasculaire.  Ces- 
caracteristiques  permettraient  d’individualiser  une  veritable  encephalo- 
myelite  par  intoxication  guanidique. 


P.  Carrette. 


Sur  l’anatomie  pathologique  de  l’acrodynie  infantile,  par  Pehc,  J. 

Dechaume  et  S.  BOncomond.  Academie  de  Medecine,  4  juin  1935. 

Si  la  clinique  est  bien  connue,  on  est  mal  renseigne  quant  aux  lesions  de- 
cette  affection,  car  il  existe  a  peine  une  quarantaine  de  cas  d’autopsies  pu- 
bliees,  la  maladie  evoluant  ordinairement  vers  la  guerison.  L’atteinte  simulta- 
nee  de  la  peau  et  du  systeme  nerveux  justifierait  1’etude  minutieuse  de  I’etat 
anatomique  des  filets  nerveux  sensitifs  ou  vaso-moteurs  cutanes.  Dans  deux 
cas  d’autopsies  rapportes  par  les  auteurs,  les  ganglions  rachidiens,  les  racines, 
rachidiennes  dorsales  sont  la  proie  d’une  infiltration  lymphocytaire  accen- 
tuee.  L’ensemble  du  systeme  sympathique  est  aussi  atteint  par  des  lesions 
d’allure  inflammatoire.  L’atteinte  des  ganglions  sympathiques  peripheri- 
ques  est  aussi  importante  que  celle  des  centres  vegetatifs  du  tuber  cine- 
reum.  Le  substratum  anatomique  de  l’acrodynie  ne  saurait  etre  envisage 
seulement  comine  une  diencephalite.  Aussi  1’auteur  propose-t-il  le  terme 
de  «  pansympafheite  ».  Quant  a  l’agent  pathogene,  il  s’agit  probablement 
d’un  virus  neurotrope. 


Maurice  Leconte- 


ANALYSES 


297 


Etude  anatomo-clinique  d’un  cas  de  developpement  simultane  de  deux 
tumeurs  (gliome  et  sareome)  dans  l’hemisphere  cerebral  d'un  enfant 
(Estudio  anatomo-clinico  de  un  caso  de  ocurreiicia  simultanea  de  dos  tumores 
(gliome  et  sarcoma)  en  el  hemisferio  cerebral  de  un  nino),  par  Percival  Bailey 
et  Adolfo  Ley.  Archivos  de  Neurobiologia.  T.  XIV.  n°  5,  pp.  673-690,  1934. 

Le  cas  est  assez  rare  pour  etre  rapporte  d’une  tumeur  cerebralC  chez  un 
enfant  de  6  aiis,  nettement  etablie  par  l’examen  clinique  qui  tendait  a  faire 
admettre  le  diagnostic  de  tuberculomes  multiples  de  l’hemisphere  droit.  Les 
resultats  de  l’autopsie  prouvent  l’existence  simultanee  de  gliome  ancien 
et  de  sareome  developpe  secondairement. 

P.  Carrette. 


BIOLOQIE 


Recherches  experimentales  sur  la  representation  en  relief  du  systeme 
nerveux  central,  dans  l’image  radiologique,  apres  injection  de 
Thorotrast  (Experimentelle  Untersuchungen  iiber  die  Reliefdarstellung  des 
Zentralnervensystems  im  Rontgenbild  durch  Thorotrast),  par  K.  Koshimizu. 
Folia  Psychiatrica  et  Newologica  Japonica,  I,  3,  1935. 

La  dose  optima  de  thorium  colloidal,  supportee  sans  malaise  serieux, 
est  de  0,20  a  0,25  cmc.  par  leg.  de  poids,  en  cas  d’injection  intrarachidienne 
lombaire,  de  0,10  a  0,15  cmc.  en  cas  d’injection  sous-occipitale.  Ces  doses 
ont  ete  determinees  par  l’experimentation  sur  le  chien.  L’application  dans 
trois  cas  cliniques  a  donne  des  resultats  tres  satisfaisants.  La  technique 
est  amelioree,  soit  en  pratiquarit  deux  injections  separees  par  3  jours 
d’intervalle,  soit  en  faisant  3  a  5  jours  apres  l’injection  une  ventriculo- 


L’exploration  du  systeme  nerveux  vegetatif  (La  exploracion  del  sistema 
nervioso  vegetativo),  par  C.  Vazqcez-Velasco.  Archivos  de  Neurobiologia.  T . 
XIV,  n»  5,  pp.  789-794,  1934. 

L’auteur  propose  eomme  procede  d’exploration  rationnel  l’injection 
intraveineuse  d’un  demi-milligramme  d’atropine  apres  repos,  stabilisation 
du  pouls  et  recherche  des  reflexes  orthostatique,  clinostatique,  oculo-car- 
diaque  et  carotidien.  Les  modifications  par  l’atropine  seront  poursuivies 
jusqu’a  inversion,  si  possible,  de  la  formule  vegetative. 

P.  Carrette. 

Epilepsie  experimentale  du  chien  dans  ses  conditions  d’experience 
atypiques.  Refroidissement  du  cerveau  apres  extirpation  prealable  ou 
piqure  de  ses  divers  territoires  (Experimentelle  Epilepsie  der  Hunde  in 
atypischen  Versuschbedingungen,  Gefrieren  des  Gehirns  nach  Vorlaiifig 
ausgcfiihrter  Extirpation  oder  Umstechen  seiner  vershiedenen  Gebiete),  parE.- 
M.  Steblow  (Leningrad).  Zeitschr.  f.  d.  g.  Neuro.  und  Psych.,  Tome  CXL1X, 
p.  255  a  265. 

Chez  les  chiens  dont  le  cerveau  a  ete  refrigere,  la  soustraction  impor- 
tante  de  liquide  cephalo-rachidien  a  un  effet  inhibant  sur  les  crises  et 


ANALYSES 


sauve  l’animal  de  la  mort.  —  Le  refroidissement  du  cerveau  des  chiehs 
chez  lesquels  on  a  pratique  des  extirpations  ou  des  ponctions  aboutit 
rarement  a  l’apparition  de  crises  ;  si  elles  surviennent  elles  affectent  une 
forme  abortive.  —  Le  refroidissement  d’une  zone  motrice  si  l’autre  est 
extirpee  ne  produit  pas  de  crise  d’epilepsie  typique.  Apres  de  telles  opera¬ 
tions  le  rythme  et  la  forme  des  crises  sont  modifies  dans  le  sens  d’une 
attenuation.  —  L’ensemble  du  tableau  des  phenomenes  convulsifs  observes 
dans  de  telles  conditions  montre  une  grande  analogie  avec  les  crises  epi- 
leptiques  provoquees  par  le  refroidissement  unilateral  de  la  dure-mere 
intacte  dans  le  domaine  de  l’analysateur  cortical  optique.  L’ensemble  des 
experiences  continue  le  bien-fonde  de  la  conception  de  A.  D.  Speranski 
pour  qui  la  crise  d’epilepsie  est  conditionnee  par  la  decharge  motrice  des 
appareils  sous-corticaux  par  inhibition  de  l’ecorce. 

Henri  Ey. 


L’activite  electrique  du  cerveau  (L’attivita  elettrica  del  cervello),  par 
Tomasso  Seuise  (de  Naples).  II  Cervello,  n°  3,  Mai  1935,  p.  150  a  157. 

Revue  generale  breve  mais  documentee  oil  sont  exposes  clairement  •  les 
travaux  modernes  sur  l’influx  nerveux  envisage  comme  phenomene  elec¬ 
trique.  Notamment  on  trouvera  dans  ce  petit  article  l’expose  des  travaux 
de  Berger  (d’lena)  et  ceux  d’Adrian  (1932). 

Henri  Ey. 

Recherches  sur  les  phenomenes  electriques  de  1’ecorce  cerebrale  (Ricerche 
sui  fenomeni  elettrici  della  corticca  cerebrale),  par  Mario  Gozzano.  Rivisla 
di  Neurologia,  Avril  1935,  p.  212  a  201. 

Apres  avoir  decrit  les  divers  types  de  courbes  bioelectriques  (electro- 
encephalogrammes  =  EEG)  correspondant  aux  diverses  aires  corticales  du 
cerveau  du  lapin  et  les  effets  de  stimulation  lumineuse  sur  EEG  des  aires 
visuelles,  deja  mis  en  evidence  par  d’autres  auteurs,  Gozzano  rapporte  les 
resultats  de  recherches  ayant  eu  pour  but  d’etudier  les  effets  des  excita¬ 
tions  sensitives  et  des  applications  locales  de  strychnine  sur  les  EEG  cor- 
ticaux.  Les  stimuli  sensitifs  mecaniques  differant  en  cela  des  excitants 
sensoriels  determinent  sur  toute  la  surface  cerebrale  correspondant  a  la 
region  senso-motrice  une  diminution  d’amplitude  ou  la  disparition  des 
courbes  bioelectriques  normales.  Ces  effets  sont  les  memes  quelle  que  soit 
1’aire  corticale  exploree.  L’application  de  strychnine  sur  un  point  du  cor¬ 
tex  determine  des  secousses  periodiques  bioelectriques.  Les  stimuli  affe- 
rents  portes  sur  l’organe  des  sens  correspondant  a  l’aire  corticale  strychni- 
see  determinent  de  fortes  et  ■  rapides  variations  du  potentiel  electrique, 
accompagnees  de  •  convulsions  dans  un  groupe  de  muscles  ou  generalisees 
(epilepsie  reflexe).  L’auteur  tend  a  admettre  le  mecanisme  reflexe  des  cri¬ 
ses  comitiales  dans  leur  ensemble.  Les  experiences  ont  ete  realisees  a  1’aide 
du  neurographe  (galvanometre  a  bobine  mobile)  de  Tonnies,  sur  45 
lapins,  dans  le  laboratoire  d’Oscar  Vogt,  a  Berlin.  Tres  interessante  biblio- 
graphie. 


Henri  Ey. 


ANALYSES 


299 


La  teneur  en  calcium  et  en  potassium  de  l’encephale  de  l’embryon 
humain  et  son  rapport  avec  Page  du  foetus,  par  R.  J .  Landa-Glaz  (  oiviets- 
kaia  nevropatologuia  psychiatria  i  psychoguiguiena,  T.  Ill,  fasc.  8,1934). 

Le  taux  en  calcium  de  I’encephale  de  Pembryon  humain  dans  la  periode 
de  debut,  atteint  et  quelquefois  depasse  1'  %  du  poids  du  residu  sec. 
Ensuite,  la  teneur  en  calcium  baisse  d’abord  rapidement,  plus  tard  lente- 
ment  pour  arriver  au  chiffre  de  0,05  %  a  la  phase  terminale  du  develop- 
pement. 

Le  taux  du  potassium  oscille  autour  de  2  %,  mais  le  developpement 
embryonnaire  n’exerce  pas  d’influence  marquee  sur  ce  taux. 

Fribouhg-Blanc. 

Coma  hypercalcemique  experimental  (Coma  hipercalcemico  experimental), 
par  J.  A.  Collazo,  et  A.  Santos  Ruiz.  Archivos  de  Medicina,  Cirugia  y  Espe- 
cialidades.  T.  XXXVII,  n°  48,  pp.  1314-1319, 1»  decembre  1934. 

Les  grandes  doses  de  vitamine  D,  de  parathormone  ou  de  chlorure  de 
calcium  provoquent  un  etat'  comateux  avec  hypertonie  neuro-musculaire  . 
et  hypercalcemie  accentuee.  Le  «  coma  calcique  »  aboutit  a  la  mort  chez 
les  animaux  en  experience  et  evoque  les  accidents  signales  par  MM.  Resa' 
F.  Cruz  et  Collazo  a  la  suite  de  l’extirpation  du  glomerule  calrotidien. 

P.  Carrette. 

Infection  experimental  du  systeme  nerveux  par  le  cryptococcus 
histolytieus  (Infezioue  sperimentale  del  sistema  nervoso  da  cryptococcus 
histolycus),  par  V.  Tronconi  (de  Pavie).  Rivista  diPato.  nervosa  e  menlale, 
Juillet-Aout  1934,  p.  32  a  54. 

Travail  illustre  d’exeellentes  microphotographies  (notamment  d’impre- 
gnations  par  la  methode  de  Cajal  et  de  Lugaro  pour  l’astroglie)  qui  don- 
nent  les  resultats  de  l’inoculation  de  la  «  torule  »  aux  singes. 

Henri  Ey. 

L’intradermoreaction  a  l’alcool  pour  le  diagnostic  d’alcoolisme  (L’alcool 
intradermo-reazione  per  la  diagnosi  dell  alcoolismo),  par  Oreste  Bonazzi 
(de  Bologne).  Giornale  di  Psichiatria  e  di  Ncuropathologia,  n°  3,  1934, 
p.  272  a  279. 

Apres  scarification  et  frottement  energique  avec  un  tampon  d’alcool, 
l’auteur  a  observe  chez  les  non-alcooliques  une  reaction  locale  inflamma- 
toire  d’une  duree  variable  d’une  demi-heure  a  six  heures.  Chez  les  alcooli- 
ques  (au  sens  large,  dit  1’auteur  ?)  il  n’y  a  pas  de  reaction. 

Henri  Ey. 

Particularites  de  la  reaction  psychique  a  l’adrenaline  chez  des  malades, 
presentant  un  complexe  symptomatique  nevrosique,  par  L .  J .  Charga- 
rodsky  (Sowietslcaia  nevropatologuia  psychiatria  i  psychologuiguiena,  T.  Ill, 
fasc.  8,  1934). 

L’auteur  attire  1’attention  sur  l’interet  que  presente  la  reaction  a  l’adre- 
naline  chez  des  malades  atteints  de  diverses  nevroses.  Les  particularites 


300 


ANALYSES 


constatees  lie  sont  pas  caracteristiques  pour  tel  ou  tel  type  de  nevrose,  mais 
pour  des  complexes  fonctionnels  determines.  La  reaction  peut  devenir  utile 
comme  moyen  auxiliaire  de  diagnostic. 

Fribourg-Blanc. 

Le  metabolisme  hydrocarbone  dans  la  psychose  maniaque-depressive 
endogene  (El  metabolismo  hilrocarbonado  en  la  psicosis  maniaco-depressiva 
endogena),  par  Jose  M.  Sacristan.  Archivos  de  Neurobiologia  T.  XIV,  n1'  5, 
pp.  691-748,  1934. 

Le  metabolisme  hydrocarbone  est  etudie  par  la  methode  de  Hagedorn- 
Jensen,  fondee  sur  la  reduction  par  la  glucose  du  ferricyanure  de  potas¬ 
sium  au  moyen  du  sulfate  de  cuivre  "et  le  traitement  du  residu  par  1’acide 
iodhydrique.  Dans  la  psychose  maniaque-depressive  endogene,  la  reaction 
hyperglycemique  parait  subir  les  variations  d’intensite  du  processus  patho- 
logique.  L’etat  affeetif  n’influe  pas  sur  le  type  de  la  reaction.  Les  menies 
constatations  s’effectuent  dans  les  acces,  qu’ils  soient  anxieux  ou  de  ten¬ 
dance  maniaque.  L’importance  du  type  constitutionnel  est  predominante. 
Ces  recherches  demontrent  a  nouveau  la  valeur,  au  cours  de  ces  perturba¬ 
tions  emotives,  de  1’hyperexcitabilite  du  systeme  vegetatif. 

P.  Carrette. 

Le  probleme  de  la  differenciation  psychique  par  rapport  aux  groupes  san- 
guins,  par  V.  Tomaszewski  (Nowiny  Psychjatryczne,  T.  XII,  fasc.  1-2,  1935). 

Apres  un  expose  bibliographique  detaille  de  la  question,  l’auteur  etudie 
les  relations  entre  les  groupes  sanguins,  les  maladies  mentales,  la  crimina- 
lite,  les  types  constitutionnels,  le  developpement  intellectuel  et  le  tempe¬ 
rament  individuel  des  sujets  ainsi  que  le  temperament  suivant  les  nations. 
La  diversite  des  opinions  sur  ce  sujet  est  tres  grande,  mais  les  derniers. 
resultats  obtenus  sont  negatifs.  Cette  question,  pour  etre  tranchee  deflni- 
tivement,  .devrait  etre  reprise  sur  un  nombre  de  sujets  plus  considerable 
et  plus  differencie. 

Fribourg-Blanc. 

L’index  phytotoxique.  Resultats  d’etudes  avec  68  sujets  masculins 
attaints  de  schizophrenia  (Phytotoxic  Index.  Results  of  Studies  with 
Sixty-Eight  Male  Schizophrenic  Patients),  par  William  Freeman,  Joseph-M. 
Looney  et  Rose  R.  Small.  Archives  of  Neurology  and  Psychiatry.  T.  XXXII, 
n°  3,  pp.  554-559,  septembre  1934. 

L’experience  de  Findex  phytotoxique  avec  les  humeurs  des  sujets  schizo- 
phreniques  a  ete  negative,  mais  les  recherches  seront  poursuivies  dans 
d’autres  formes  mentales  oil  elles  deceleront  le  processus  toxi-infectieux 
et  a  ce  titre  le  principe  applique  merite  d’etre  expose.  Macht  observait  de 
1922  5  1926  des  effets  inhibiteurs  sur  la  croissance  des  semences  de 
T.upinus  albiis.  II  experimentait  d’abord  la  cocaine.  Puis,  avec  Looney,  il 
utilisait  le  sang  des  sujets  atteints  d’anemie  pernicieuse  et  obtenait  des 
resultats  qui  permettaient  le  diagnostic  avec  d’autres  dyscrasies  sangui¬ 
nes.  Dans  les  etats  de  depression,  le  trouble  de  la  croissance  des  semences 


ANALYSES 


301 


a  ete  recherche.  Le  test  est  d’autant  plus  prohant  que  Ton  est  en  presence 
de  formes  plus  toxiques  correspondant  a  des  cas  de  perturbations  psycho-, 
motrices  particulierement  graves.  Dans  la  schizophrenic  les  auteurs  n’ont 
pas  trouve  de  differences  significatives  avec  les  sujets  temoins  dans  la 
recherche  par  le  sang  ou  l’urine  du  test  de  croissance  du  Lupinus  dibus, 
test  dont  les  variations  constituent  l’index  phytotoxique. 

P.  Carrette. 

Du  comportement,  du  «  phenomena  d’obstacle  »  de  Donaggio  dans 
l’epilepsie  (&il  comportamento  del  «  fenomeno  di  ostacolo  »  di  Donaggio 
nell’  epilessia),  par  L.  Caritto  (de  Novara).  Giornale  di  Psichiatria  e  di 
Neuropatologia,  n°  3,  1934,  p.  263  a  271. 

La  reaction  a  ete  recherchee  dans  les  urines  de  cinquante  epileptiques, 
■elle  a  ete  positive  une  demi-heure  apres  l’acces  passant  par  un  maximum 
deux  ou  trois  heures  apres.  Inversement  la  reaction  novocaino-formalini  - 
que  de  Costa  dans  le  sang  est  positive  avant  l’acces  et  negative  apres. 
Tout  se  passe  comme  si  le  toxique  convulsivant  circulant  avant  la  crise 
passait  ensuite  dans  les  urines.  Bibliographie. 


Existe-t-il  un  virus  filtrable  du  parasite  du  paludisme  ?  par  B.  Spagnoli 
(Brescia)  ( Annali  dell’ospedale  psichiatrico  di  Perugia ),  decembre  1934. 

L’auteur  met  en  relief  la  valeur  des  recherches  de  Scinti,  Mariotti  et 
Ascisne.  Ces  derniers  auraient  demontre  l’existence  de  formes  invisibles 
•et  filtrables  d’hematozoaires  paludeens.  Une  telle  conception  permettait  de 
fournir  une  explication  interessante  de  1’effet  de  la  malaria  sur  le  trai- 
tement  de  la  paralysie  generale.  M.  Spagnoli,  qui  a  recommence  lui-meme 
ees  recherches,  n’est  pas  arrive  a  des  resultats  probants. 

P.  Abely. 

X,a  negativite  du  liquide  cephalo-rachidien  dans  la  paralysie  generale 
progressive  (La  negatividad  del  liquido  cefalo  raquideo  en  la  paralisis  gene¬ 
ral  progressiva),  par  Mariano  Fontana.  Boletin  del  Asilo  de  Alienados  en 
Oliva.  T.  II,  n°  6,  pp.  266-270,  decembre  1934. 

Dans  1’immense  majorite  des  cas,  les  reactions  du  liquide  cephalo-rachi¬ 
dien  sont  positives  dans  la  paralysie  generale.  Elies  ne  disparaissent  qu’a  la 
suite  de  traitements  prolonges  ou  dans  certaines  formes  atypiques.  Cejren- 
dant  il  existe  des  cas  rares,  verifies,  d’encephalites  syphilitiques,  dont 
l’aspect  clinique  est  celui  de  la  paralysie  generale  et  qui  ne  presentent  pas 
de  reactions  biologiques  meningees  pendant  toute  la  duree  de  leur  evo- 

P.  Carrette. 


X,es  indications  therapeutiques  donnees  par  l’examen  du  liquide  cephalo- 
rachidien  chez  les  syphilitiques,  par  A.  Sezary.  La  Presse  Medicale,  n°  85, 
pp.  1673-1674,  24  octobre  1934. 

Dans  la  neuro-syphilis  deux  ponctions  lombaires  pour  le  moins  s'ont 
generalement  necessaires  pour  confirmer  l’efiicacite  du  traitement.  L’au- 


302 


ANALYSES 


teur  estime  qu’il  est  possible  de  prevenir  les  complications  nerveuses'  par 
la  cure  mixte  arseno-bismuthique  des  premiers  mois  reiteree  jusqu’a  la 
3*  annee.  Le  liquide  cephalo-rachidien  peut  etre  altere  des  les  premieres 
atteiutes  de  l’infection.  La  meningite  secondaire  est  loin  d’etre  rare.  Quand 
un  malade  a  passe  le  cap  des  20  ans  apres  le  chancre  sans  l’ombre  d’acci- 
dents  nerveux  la  ponction  lombaire  cesse  d’etre  indispensable. 

P.  Carrette. 


Le  pouvoir  amylolytique  du  liquide  cerebro-spinal  (The  Amylolytic  Power 
of  the  Cerebro-Spinal  Fluid),  par  Norman  Moulson.  The  Journal  of  Mental 
Science.  T.  LXXX,  n°  331,  pp.  684-691,  octobre  1934. 

Le  dosage  du  glucose  opere  avant  et  apres  addition  de  glycogene  donne 
deux  resultats,  dont  la  difference  correspondrait  a  1’amylase  presente  dans 
le  liquide  cephalo-rachidien.  Elle  serait  notablement  augmentee  chez  les 
malades  atteints  d’un  processus  degeneratif  ou  inflammatoire  du  sys- 
teme  nerveux  central.  C’est  une  indication  probable  d’accroissement  de  la 
permeabilite  meningee. 

P.  Carrette. 


L’examen  du  liquide  cephalo-rachidien  dans  l’epilepsie  (L’esame  del 
liquor  nell’epilessia),  par  Spirito  Caglieko  (de  Turin).  II  Cervello,  Mai  1935, 
n»  3,  p.  137  a  149. 

L’auteur  a  etudie.  le  liquide  cephalo-rachidien  de  100  epileptiques  sous- 
trait  a  distance  d’au  moins  vingt-quatre  heures  des  crises.  II  a  trouve  des 
alterations  pathologiques  dans  24  0/0  des  cas  et  principalement  dans  les 
epilepsies  symptomatiques.  Les  recherches  ont  porte  sur  1’albumine,  le 
Pandy,  les  reactions  de  Nonne,  de  Weichbrodt,  de  Wassermann,  de  Mei- 
nicke,  du  mastic,  de  Takata-Ara. 

Henri  Ey. 


Les  variations  eholesterinemiques  et  les  desequilibres  du  metabolisme 
lipoidique  chez  les  epileptiques  (Le  variazioni  colesterinemiche  egli 
squilibri  del  sicambio  lipoideo  negli  epiletticij,  par  L.  Jacchia 
et  G.  Fattovitch  (de  Venise).  Giornale  di  Psichiatria  e  di  Neuropalologia, 
n"  3,  p.  247  a  262. 

Les  auteurs  se  sont  servis  pour  le  dosage  de  la  cholesterine  de  la  me- 
thode  d’Audenvieth  et  Liebermann  Burckhard.  Les  valeurs  du  taux  de  la 
cholesterinemie  dans  l’intervalle  des  acces  ont  ete  constamment  inferieures 
a  la  normale.  Une  certaine  relation  s’est  revelee  entre  la  gravite  clinique 
de  l’epilepsie  et  l’hypocholesterinemie.  Pendant  les  acces,  on  a  note  gene- 
ralement  une  legere  elevation  du  taux  qui  s’abaisse  ensuite  dans  de  nota¬ 
bles  proportions,  de  22  0/0  dans  la  demi-heure  qui  suit  a  60  0/0  apres 
trois  heures.  Bibliographie. 


Henri  Ey. 


ANALYSES 


ENDOCRINOLOOIE 

Sympathique  et  interferometrie,  par  Laiunel-Lavastine.  Le  Progres  Medical, 
n"  22,  pp.  921-930,  2 juin  1934. 

L’interferometrie  a  donne  de  grands  espoirs  a  l’endoci'inologie.  II  ne  faut 
pas  se  hitter  de  declarer  qu’ils  ont  ete  degus.  Les  opzim  qui  mettent  en  evi¬ 
dence  les  ferments  produits  a  l’occasion  de  l’introduction  d’un  extrait  glan- 
dulaire  donnent  sur  l’activite  endocrinienne  des  renseignements  de  valeur, 
mais  on  ne  peut  determiner  l’etat  d’un  seul  organe  par  un  seul  essai.  L’ac¬ 
tivite  antifermentaire  tend  a  indiquer  une  insuffisance  glandulaire  corres- 
pondante.  M.  Laignel-Lavastine  apporte  queiques  exemples  qui  precisent 
le  role  de  l’interferometrie  dans  le  diagnostic  des  desequilibres  neuro- 
vegetatifs  en  rapport  avec  les  troubles  eudocriniens. 

P.  Carhette. 

Le  role  du  facteur  endocrino-sympathique  dans  le  mecanisme  de  la 
fievre,  par  Albert  Salmon.  La  Presse  Medicate,  n»  65,  pp.  1289-1291, 
15  aout  1934. 

Les  glandes  endocrines  jouent  un  role  certain  dans  la  regulation  ther- 
mique.  La  thyroide  agit  sur  le  metabolisme  basal  ;  l’adrenaline,  la  secre- 
.  lion  ovarienne,  l’activite  hypophysaire  sont  modifiees  dans  la  fievre.  Le 
tuber  cinereum,  au  titre  de  centre  vegetatif,  conjugue  son  action  avec 
celles  de  la  glande  surrenale  et  de  l’hypophyse  dans  la  regulation  thermo- 
genetique. 

P.  Carhette. 

Syndrome  de  Cushing,  basophilisme,  formes  frustes,  par  F.  Tdryn 
(Warszaivskie  Czasopismo  Lekarskie,  T.  XII,  n«  14  du  11  avril  1935). 

A  propos  de  deux  observations  personnelles,  1’auteur  conclut  que  le  baso¬ 
philisme  hypophysaire  conduit  d’une  part  au  syndrome  de  Cushing,  typique 
ou  atypique,  et  d’autre  part  aux  formes  variees  de  basophilisme  fruste  telles 
que  l’obesite,  1’hypertension  essentielle,  le  diabete  gras,  la  lithiase  renale, 
l’osteite  fibro-kystique.  La  differenciation  du  syndrome  de  Cushing  et  du  syn¬ 
drome  d’Apert  demande  a  etre  approfondie.  Tout  semble  indiquer  une  ana¬ 
logic  absolue. 

Fribourg-Blanc. 

Psychoses  associees  avec  des  alterations  probables  de  l’hypothalamus  et 
des  formations  voisines.  Effets  de  la  solution  de  pituitaire  et  de 
pituitrine  en  injection  intraspinale  (Psychoses  Associated  with  Probable 
Injury  to  the  Hypothalamus  and  Adjacent  Structures  Effects  of  Solution  of 
Pituitary  and  Pitressin  Given  Intraspinally),  par  Milton-L.  Miller.  Archives 
of  Neurology  and  Psychiatry .  T.  XXXI,  n°  4,  pp.  809-816,  avril  1934. 

Les  perturbations  emotionnelles  associees  a  des  symptomes  hypothalami- 
ques,  infundibulaires  et  paraventriculaires  sont  assez  souvent  une  indica¬ 
tion  de  tumeur  de  la  region.  Le  premier  cas  observe  par  M.  Miller  est  carac- 
terise  par  le  diabete  insipide,  1’obesite  et  l’hypersomnie  ;  le  2'  cas,  par  la 
polyurie.  L’introduction  intraspinale  de  pituitrine  agit  sur  le  metabolisme 


304 


ANALYSES 


de  l’eau.  Les  extraits  de  lobe  posterieur  paraissent  provoquer  une  reaction 
congestive  intense  de  la  face  et  du  cou,  des  nausees,  des  vomissements  et 
un  leger  desequilibre  thermique.  Ces  resultats  ont  une  similitude  frappante 
avec  ceux  qu’obtinrent  M.'  Cushing  et  ses  collaborateurs  par  injection  intra- 
ventriculaire. 

P.  Carrette. 


Hypophyse  et  diabete,  par  Leon  Binet.  La  Presse  Medicate,  n°  99,  pp.  2000- 
2002,  12  decembre  1934. 

Les  experiences  rapportees  par  M.  Binet  demontrent  l’intervention  de 
l’antehypophyse  dans  la  glyco-regulation.  La  glande  exercerait  un  pou- 
voir  diabetogene  normalement  neutralisateur  de  la  fonction  pancreatique 
et  inhibiteur  de  l’action  des  centres  infundibulo-tuberiens. 

P.  Carrette. 


Goitre  et  maladie  mentale,  par  P.  Coppola.  L’ospedale  Psichiatrico,  Jan¬ 
vier  1935. 

L’auteur  etudie  les  goitreux  du  manicomio  de  Naples,  et  en  particulier 
la  proportion  d’alienes  dans  une  region  voisine  ou  les  foyers  goitreux  sont 
particulierement  nombreux.  De  ces  recherches,  il  estime  que  le  goitre  paralt 
avoir  peu  d’importance  dans  l’etiologie  des  maladies  mentales. 


L’anamnese  chez  les  malades  atteints  de  goitre  a  forme  toxique  (The 
Anamnesis  of  the  Toxic  Goiter  Patient),  par  Agnes  Conrad.  90e  meeting 
annuel  de  V American  Psychiatric  Association,  New-York,  28  mai-l«r  juin  1934 
in  The  American  Journal  of  Psychiatry.  T.  XCI,  n°  3,  pp.  521-527,  novem- 
bre  1934. 

L’auteur  s’attache  a  l’etude  des  troubles  emotionnels  dans  la  maladie  de 
Basedow.  Les  formes  toxiques  s’accompagnent  de  manifestations  anxieuses 
greffees  sur  des  conflits  affectifs  et  favorisees  par  des  tendances  hereditaires. 
La  psychotherapie  est  des  lors  I’indispensable  complement  des  cures  medi- 
camenteuses  ou  chirurgicales.  Sans  elle  la  readaptation  sociale  du  sujet  est 
illusoire. 

P.  Carrette. 


Les  goitres  de  la  puberte  (Losbocios  de  la  pubertad),  par  E.-B.  del  Castillo 
et  J.  Argonz.  La  Semana  Medica,  no  2132,  pp.  1625-1630,22  novembre  1934. 

Trois  types  de  goitres  de  la  puberte  sont  observes  :  l’adenome  toxique 
avec  metabolisme  basal  augmente,  le  goitre  colloide  avec  metabolisme 
normal  et  le  type  d’insuffisance  thyroidienne  sans  myxoedeme  avec  meta¬ 
bolisme  abaisse.  Les  hyperthyroidies  de  l’adolescenee  sont  graves.  Elies 
font  souvent  partie  de  syndromes  endocriniens  complexes,  oh  apparaissent 
les  inter-reactions  ,  fonctionnelles  des  glandules  thyroidiennes,  des  gonades 
et  du  lobe  anterieur  de  1’hypophyse. 

P.  Carrette.  • 


ANALYSES 


305 


Simulation  d’une  atrophie  musculaire  progressive  par  goitre  exophtalmi- 
que  (Simulation  of  Progressive  Muscular  Atrophy  by  Exophtalmic  Goiter), 
par  J.  B.  Ayer,  J.  H.  Means  et  J.  Lerman.  Endocrinology,  T.  XVIII,  n»  6, 
pp.  701-704,  novembre-decembre  1934. 

Le  goitre  toxique  observe  par  les  auteurs  est  la  cause  d’un  syndrome 
simulant  l’atrophie  musculaire  progressive.  Les  reflexes  restaient  normaux 
et  les  troubles  sensitifs  etaient  absents.  Les  muscles  retrouverent  progres- 
sivement  leur  etat  normal  et  les  signes  de  maladie  de  Basedow  furent 
ameliores  apres  thyroidectomie  subtotale. 

P.  Carrette. 


THERAPEUTIQUE 

Principes  d’initiation  a  la  therapeutique  par  le  travail  (Educational  Princi¬ 
ples  in  Occupationnal  Therapy),  par  W.  M.  van  der  Scheer.  The  Journal  of 
Mental  Science.  T.  LXXX,  n°  331,  pp.  650-657,  octobre  1934. 

Le  professeur  van  der  Scheer,  de  Groningue  (Pays-Bas),  rappelle  fort  judi- 
cieusement  que  dans  de  nombreux  pays  la  therapeutique  d’occupation  des 
alienes  n’est  pas  encore  utilisee  rationnellement.  On  ne  saurait  nier  1’inte- 
ret  des  cures  specifiques,  de  la  pyretotherapie,  de  la  narcose  prolongee,  de 
la  desintoxication  digestive,  des  recherches  etiologiques,  de  la  prophylaxie, 
mais  la  therapeutique  de  la  phase  aigue  terminee  les  malades  restent,  dans 
la  majorite  des  cas,  inadaptes  a  la  vie  normale,  menaces  de  recidive  ou 
abandonnes  a  la  vie  oisive  des  chroniques  d’asile  s’ecartant  progressive- 
ment  de  tout  ce  qui  peut  les  ramener  a  la  collaboration  sociale.  M.  van  der 
Scheer,  d’accord  avec  H.  Simon,  de  Giitersloh,  qui  a  public  sur  la  question 
des  faits  observes  avec  competence,  montre  la  necessity  de  remedier  a  la 
misere  morale  des  malades  par  l’occupation  sous  la  direction  d’un  person¬ 
nel  medical  specialement  eduque.  Cette  methode  permet  d’ameliorer  le  som- 
meil  des  malades,  de  reduire  l’usage  des  hypnotiques  et  le  sejour  au  lit,  de 
supprimer  les  bains  prolonges  et  la  contrainte,  etc...  Un  personnel  adroite- 
ment  entraine  pourrait  occuper  regulierement  90  %  des  patients. 

P.  Carrette. 

Le  programme  du  traitement  par  le  travail  dans  l’etat  de  New-York  (The 
Occupational  Therapy  Programme  in  the  State  of  New  York),  par  Eleanor  C. 
Slagle.  The  Journal  of  Mental  Science .  T.  LXXX,  n°  331,  pp.  639-649,  octo¬ 
bre  1934. 

Le  programme  d’oceupation  pour  les  malades  mentaux  est  tres  varie.  II 
associe  ingenieusement  le  travail  physique  et  intellectuel,  les  obligations 
d’hygiene,  les  distractions.  Ce  qu’il  importe  surtout  de  noter,  c’est  1’essor 
donne  par  les  Americains  a  ce  mode  d’assistance  des  alienes.  Voiei  quelques 
chiffres.  L’etat  de  New-York  possede  17  hopitaux  civils  pour  psychopathes, 
2  pour  les  criminels,  5  pour  les  arrieres,  2  pour  les  jeunes  anormaux  delin- 
•quants,  1  pour  les  epileptiques.  Plus  de  80.000  malades  sont  assistes,  dont 
6.444  en  cure  libre,  sur  parole.  La  proportion  par  rapport  aux  malades  est 
,en  moyenne  de  1  medecin  pour  200.  Le  nombre  d’infirmiers  et  gardiens 
varie  evidemment  suivant  les  circonstances.  Dans  les  services  d’admission 

Ann.  Med.-psych.,  XVb  serie,  94'  annee,  t.  I.  —  Fevrier  1936.  20. 


306 


ANALYSES 


et  d’aigus,  il  y  a  1  employe  pour  3  ou  4  patients,  et  dans  les  pavilions  de- 
simple  surveillance,  1  ou  2  gardiens  pour  60  ou  70  hospitalises. 

P.  Carrette. 

Le  traitement  des  malades  mentaux  par  le  travail.  Les  idees  et  les  realisa¬ 
tions  de  IL  Simon,  par  Jacques  Vie.  L'Alienisle  Francois,  n«  10,  pp.  589-598, 
decembrc  1934. 

Les  recherches  d’H.  Simon  ont  ete  pu-bliees  a  Berlin  en  1929.  A  Giitersloh 
(Westphalie),  il  ne  dispose  d’aucun  procede  qui  ne  puisse  etre  mis  en  oeu¬ 
vre  dans  tous  les  Asiles.  Le  travail  doit  s’adapter  exactement  a  la  capa¬ 
city  fonctionnelle  du  malade  et  le  maintenir  au  niveau  superieur  de  cette 
capacite.  M.  Vie  rappelle  que  H.  Simon  note  tres  justement  que  le  travail 
combat  les  causes  de  decheance  habituelles  a  1’Asile  :  Foisivete,  la  notion 
d’irresponsabilite  globale  et  continue,  la  degradation  de  l’individu  par  le 
bruit,  les  grossieretes  et  l’interpsychologie  delirante.  La  direction  medicale 
est  indispensable.  Elle  seule  peut  fixer  l’opportunite  d’une  besogne,  limi¬ 
ter  l’activite  du  maniaque,  stimuler  le  deprime  et  orienter  le  delirant.  Il 
est  souvent  necessaire,  pour  ne  pas  heurter  certains  prejuges,  de  qualifier 
la  methode  d ’occupation  et  non  de  travail.  Dans  d’autres  pays,  hors  d’Alle- 
magne,  des  objections  naissent  de  la  crainte  de  la  concurrence  par  les 
employes  et  les  ouvriers  normaux  et  des  difficultes  d’ordre  administratif 
paralysent  l’initiative  medicale. 

P.  Carrette. 

Traitement  des  etats  anxieux  par  l’hyposulfite  de  magnesium  (Tratamento 
dos  estados  ansiosos  pelo  hyposulfito  de  magnesio),  par  Fausto  Guerner  et 
E.  de  Aguiar  Whitaker.  Sao  Paulo,  Medico.  T.  VII,  n°  6,  pp.  265-274,  decem- 
bre  1934. 

Les  etats  anxieux,  lies  a  des  syndromes  psychopathiques  varies,  ont  ete- 
traites  par  les  auteurs  en  utilisant  l’hyposulfite  de  magnesium  a  10  %  quo- 
tidiennement  en  injections  intraveineuses  a  la  dose  de  1  gramme.  En  dehors 
des  formes  mentales  profondes  vouees  a  la  chronicite  ou  aux  complica¬ 
tions  delirantes,  les  succes  ont  ete  tres  nets:  L’etat  mental  des  malades 
s’est  ameliore  avec  les  troubles  gastro-intestinaux.  Il  semble  que  ces  resul- 
tats  favorables  doivent  etre  attribues  aux  tendances  acidifiantes  de  l’hypo¬ 
sulfite  de  magnesium,  correctrices  de  la  vagotonie. 

P.  Carrette. 

De  certaines  possibilites  d’action  sur  les  processus  schizophreniques  par 
des  moyens  biologiques,  par  G.  E.  Richter  (Sovietskaia  Psychonevrologuia, 
T.  XI,  n"  1,  1935). 

En  partant  de  la  conception  que  la  schizophrenic  est  une  maladie  orga- 
nique  ayant  des  manifestations  soniatiques,  l’auteur  etudie  Faction  des 
moyens  therapeutiques  bases  sur  les  methodes  biologiques  et  particulie- 
rement  Faction  hormonale  des  lysines  et  de  la  gravidine.  Chez  certains 
malades,  les  resultats  favorables  se  manifestent  par  l’amelioration  de  Fetat 
psychique  et  somatique  ainsi  que  par  l’attenuation  des  troubles  humoraux. 
Dans  des  cas  ou  cette  therapeutique  echoue  on  assiste  a  l’aggravation  de 


ANALYSES 


307 


l’etat  general  et  psychique  avec  apparition  de  nouveaux  signes.  Certaines 
aggravations  spontanees  au  cours  de  la  schizophrenie  pourraient  etre 
consecutives  aux  troubles  humoraux  des  sujets. 

Fribourg-Blanc. 


Du  traitement  de  la  schizophrenie  par  des  injections  de  sang  de  placenta, 
par  J.  B.  Galant  ( Sovietskaia  Psychonevrologuia,  T.  XI,  n°  1,  1935). 

L’auteur  rapporte  les  resultats  obtenus  ehez  41  malades  atteints  de  schi¬ 
zophrenic,  traites  par  des  injections  de  sang  de  placenta.  Chez  26  sujets, 
les  effets  therapeutiques  furent  favorables,  surtout  dans  les  formes  aigues 
avec  catatonie.  Le  mecanisme  de  l’hemo-placento-therapie  semble  etre  du 
au  choc  aide  efiicacement  par  l’element  emotionnel.  Get  effet  suggestif  ne 
peut  etre  opere  que  chez  des  malades  dont  la  personnalite  n’a  pas  subi 
une  disintegration  trop  avancee. 

Fribourg-Beanc. 


Le  traitement  par  le  soufre  dans  la  schizophrenie  (Schwefel  Behandlung 
bei  Schizophrenie),  par  Albrecht  Langeluddeke  (Hambourg).  Zeitschr.  f.  d.  g. 
Neuro.  und  Psych.,  Tome  CXLIX,  p.  499  a  513. 

Expose  des  resultats  obtenus  par  la  sulfosine  (Anasthesulf  et  Schwefelol 
allemands).  Sur  35  malades  traites,  18  ameliorations  (51,4  0/0)  ont  ete  obte- 
nues,  tandis  que  sur  60  malades  non  traites  il  n’y  a  eu  dans  le  mime  temps 
que  30  0/0  de  remissions.  Quelques  considerations  assez  conjecturales  sur 
l’opposition  d’une  action  du  soufre  immunisiobiologique  dans  la  paralysie 
generale  et  heredobiologique  dans  la  schizophrenie  terminent  par  un 
«  ornement  »  inutile  cet  article.  Bibliographie. 

Henri  Ey. 


De  l’influence  des  injections  intraveineuses  des  solutions  hypertoniques 
de  Na  CL  dans  l’epilepsie  et  la  schizophrenie,  par  I.-M.  Slivko  et 
Mme  K.-P.  Krijanowskaia.  Sovietskaia  Psichonevrologuia,  T.  X,  n°  5,  1934, 
p.  38-44. 

Les  auteurs  soulignent  les  avantages  des  injections' intraveineuses  hyper¬ 
toniques  de  serum  physiologique.  Ils  notent  en  particulier  la  diminution 
des  cephalees  et  la  diminution  de  frequence  et  d’intensite  des  crises  epi- 
leptiques.  Ces  faits  sont  dus  a  la  diminution  de  l’etat  oedemateux  du  cerveau. 
L’hypertension  cranienne  s’abaisse  et  realise  1’attenuation  des  signes  qui  en 
dependent.  Les  injections  hypertoniques  augmentent  les  processus  d’oxyda- 
tion  dans  les  tissus  et  favorisent  la  destruction  dans  Porganisme  des  pro- 
duits  insufftsamment  oxj'des. 

Fribourg-Blanc. 

Le  traitement  des  toxicomanies  par  l’emulsion  de  lipides  vegetaux,  par 
Roger  Dupouy  et  Maurice  Delaville.  La  Presse  Medicale,  n°  99,  pp.  1998-2000, 
12  decembre  1934. 

Les  auteurs  donnent  leurs  statistiques  des  cures  par  le  «  demorphene  ». 
Les  resultats  sont  rapides  et  les  accidents  evites  grace  a  une  technique  tres- 
precise.  Toutefois  certains  sujets  ont  presente  quelques  troubles  generaux. 


ANALYSES 


Ils  sent  intoxiqiies  de  vieille  date  avec  un  foie,  des  reins  et  des  vaisseaux  en 
mauvais  etat.  II  convient  de  les  desintoxiquer  d’abord  au  cours  d’un  traite¬ 
ment  prealable  avant  le  sevrage  proprement  dit.  MM.  Dupouy  et  Delaville 
considerant  la  frequence  des  abces  et  leur  valeur  eliminatrice  favorable 
recherchent  les  moyens  de  provoquer  une  leucocytose  therapeutique  pen¬ 
dant  les  cures. 

P.  Carbette. 

Emploi  de  l’autoserotherapie  avec  du  serum  de  vesicatoire  dans  le  traite- 
ment  des  toxieomani.es,  par  Carratala.  (Revista  de  Criminologia,  psiquiatria 
y  medicina  legal,  T.  XXII,  n°  129,  juin  1935). 

L’auteur  a  employe  avec  succes  les  injections  de  serum  de  vesicatoire  dans 
de  nombreux  cas  de  toxicomanies.  La  technique  en  est  tres  simple  :  on- 
applique  un  vesicatoire  de  6  a  8  cm2  pendant  15  a  20  heures.  II  se  forme 
quelques  vesicules  qui  confluent  en  general  en  une  ampoule  unique.  La 
phlyctene  contient  un  liquide  de  reaction  alcaline  ou  1’on  rencontre  de 
1’albumihe,  de  la  fibrine  et  de  la  cantharidinfe.  Le  contenu  de  l’ampoule  est 
injecte  sous  la  peau  des  bras  ou  de  la  paroi  abdominale.  On  injecte  2  a 
10  cm3  de  serum  chaque  fois.  Le  nombre  d’injections  est  variable,  il  atteint 
en  moyenne  3  a  5.  On  doit  eviter  d’entreprendre  ce  traitement  chez  les 
malades  presentant  des  lesions  renales  et  l’examen  des  urines  est  obli- 
ga Loire.  La  reaction  provoquee  par  l’injection  est  le  plus  souvent  insigni- 
flante.  Les  resultats  obtenus  sont  extremement  favorables  et  le  traitement 
a  le  plus  souvent  le  gros  avantage  de  faire  disparaitre  la  sensation  de  besoin 
■eprouvee  par  les  malades.  En  15  a  20  jours,  les  toxicomanes  sont  en  general 
liberes  de  leur  desir  de  la  drogue.  En  meme  temps,  ils  reprennent  peu  a  peu 
du  poids  et  leur  etat  general  s’ameliore. 

Lauzier. 

Les  reflexes  coaditionnels  et  le  traitement  de  l’alcoolique,  par  G.  Ichok.  Le 
Prog ics  Medical,  n»  45,  pp.  1742-1745,  10  novembre  1934. 

L’auteur  invoque  les  experiences  de  Pavlov  pour  conseiller  un  moyen  de 
desintoxication  des  alcooliques.  L’ingestion  d’alcool  est  precedee  d’une 
injection  d’apomorphine  qui  la  lie  a  la  certitude  du  vomissement.  La  diffi- 
culte  consiste  evidemment  a  maintenir  le  degoflt  apres  suppression  de 
l’apomorphine.  Le  reflexe  doit  faire  son  oeuvre,  mais  il  n’est  pas  mauvais 
de  le  soutenir  par  une  psychotherapie  energique. 

P.  Carrette. 

L’action  du  chlorhydrate  d’emetine  dans  le  traitement  de  l’alcoolisme  et 
de  ses  complications  (La  Accion  del  Clorhidrato  de  Emetina  en  el  trata- 
miento  del  Alcoholismo  y  sus  complicaciones),  par  Antonio  Tena.  Revista 
mexicana  de  Psiquiatria,  Neurologia  y  Medicina  Legal.  T.  I,  n°  4,  pp.  25-31, 
novembre  1934. 

Le  chlorhydrate  d’emetine  en  injections  sous-cutanees,  aux  doses  repe- 
tees  de  0,02  a  0,06  gr.  donnerait  d’excellents  resultats  dans  le  delirium 
tremens  et  dans  les  manifestations  neuro-psychiques  de  1’intoxication  alcoo- 
lique  a  ses  diverses  phases.  On  suppose  que  l’emetine  agit  comme  excitant 


ANALYSES 


30» 

des  secretions  et  comme  decongestionnant.  La  cure  peut  etre  heureusement 
completee  par  la  strychnine. 

P.  Carrette. 

Valeur  therapeutique  de  l’insuline  dans  certains  troubles  ovariens,  par 
0.  Poulajn-Landrieu.  Le  Progres  Medical,  n°  49,  pp.  1949-1953,  1“  decem- 
bre  1934. 

Les  resultats  obtenus  grace  aux  injections  d’insuline  s’adressent  aux 
hemorragies  de  la  puberte  et  de  la  menopause,  aux  dysmenorrhees  liees 
aux  troubles  fonetionnels  en  dehors  de  toute  affection  chirurgicale  et  dfc 
developpements  neoplasiques. 

P.  Carrette. 

Traitement  biologique  des  meningites  a  pneumocoques  (Tratamiento  bio- 
logico  de  las  meningitis  neumococcias),  par  Alfredo  Castoldi.  La  Semana 
Medico,  n»  2133,  pp.  1717-1720,  29  novembre  1934. 

La  meningite  a  pneumocoques  se  presente  dans  la  majorite  des  cas 
comme  un  syndrome  meninge  type  consecutif  a  une  invasion  infectieuse 
avec  localisation  pharyngee.  La  confirmation  du  diagnostic  est  fournie  par 
1’examen  du  liquide  cephalo-rachidien.  La  serotherapie  antipneumococcique 
est  pratiquee  avec  succes  en  injections  sous-cutanees  et  intra-rachidiennes 
par  «  pompage  »  (aspirations  du  liquide,  melange  et  introductions  lentes 
repetees)  a  la  dose  de  3  ccs,  renouvelees  3  ou  4  fois. 

P.  Carrette. 

La  pyretotherapie  dans  le  traitement  des  atrophies  optiques  d’origine 
syphilitique  (La  Piretoterapia  en  el  Tratamiento  de  las  Atrofias  Opticas  de 
origen  Sifilitico),  par  Luis  Sanchez-Bulnes.  Revisla  mexicana  de  Psiquiairia, 
Neurologia  y  Medicina  Legal.  T.  I,  n"  4,  pp.  33-39,  novembre  1934. 

Les  resultats  decevants  et  parfois  les  dangers  du  traitement  arsenical 
dans  la  nevrite  optique  sont  connus.  L’auteur  a  tente  la  pyretotherapie, 
surtout  le  Dmelcos.  II  estime  qu’associe  au  bismuth  pile  constitue  la  meil- 
leure  forme  de  traitement  actuel.  Dans  les  cas  recents,  l’arret  de  revolution 
et  m§me  une  amelioration  nette  Ont  ete  assez  frequemment  notes.' 

P.  Carrette. 

Resultats  obtenus  par  la  pyretotherapie  chimique  dans  les  maladies 
mentales  (Resultados  obtenidos  con  la  piretoterapia  quimica  en  los 
eufermos  mentales),  par  Ricardo  Bordas-Jane.  Revisla  Medica  de  Rarlona. 
T.  XXII,  no  131,  pp.  371-380,  novembre  1934. 

L’auteur  ne  s’est  pas  borne  a  l’application  de  la  pyretotherapie  dans  la 
syphilis  nerveuse.  Ses  succes  s’etendent  a  des  encephalites,  a  des  epilepsies, 
a  des  schizophrenics.  L’abces  de  fixation  par  l’essence  de  therebentine  n’a 
donne  que  des  ameliorations  transitoires.  La  sulfosin  a  ete  plus  sure  dans 
ses  effets.  La  pyretotherapie  chimique  est  egalement  une  epreuve  utile  aux 
explorations  biologiques.  Elle  precise  par  les  modes  de  tachycardies  enre- 


310 


ANALYSES 


gistrees  le  diagnostic  des  psychoses  infectieuses  ;  elle  renseigne  sur  la 
reaction  de  la  pression  arterielle  et  sur  la.velocite  de  sedimentation  du  sang. 

P.  Carrette. 

Guerison  durable  d’un  cas  d’asthme  bronchique  avec  la  malariatherapie, 
par  Charles  Costanzi.  La  Presse  Medicale,  n»  104,  pp.  2099-2100,  29  decem- 
bre  1934. 

Certains  cas  d’asthme  bronchique  recidivent  invariablement  malgre 
l’emploi  des  therapeutiques  les  plus  variees  tendant  a  modifier  l’equilibre 
neuro-vegetatif  ou  la  diathese  colloido-clasique.  M.  Costanzi  presente  l’ob- 
servation  d’un  de  ces  malades  soumis  successivement  sans  effets  a  toutes  les 
cures  connues  et  a  qui  il  inocula  le  paludisme,  —  exactement  la  fievre  tierce 
benigne,  —  pour  tenter  de  modifier  les  modalites  de  reaction  du  systeme 
reticulo-endothelial  dont  l’importance  lui  parait  decisive  dans  les  etats 
d’hypersensibilisation  de  l’organisme.  Apres  8  mois  devolution  du  palu¬ 
disme,  l’asthme  cedant  au  cours  des  periodes  febriles,  la  quinine  a  pu  etre 
employee  et  la  guerison  se  maintient  depuis  3  ans. 

P.  Carrette. 

Les  algies  scapulo-humerales  et  leur  traitement  par  les  agents  physiques, 
par  G.  Chaumet.  La  Presse  Medicale,  n°  102,  pp.  2053-2057,  22  decembre  1934. 

Les  algies  de  l’epaule  avec  limitation  des  mouvements  compliquees  de 
contracture  et  plus  tard  d’amyotrophie,  de  plexite,  repondent  au  syndrome 
de  la  peri-arthrite  scapulo-humerale  qu’il  importe  de  distinguer  de  la 
nevralgie  cervico-brachiale  et  des  sequelles  des  traumas  scapulaires.  La 
radiotherapie  semi-penetrante  a  doses  moderees,  repetee  2  ou  3  fois  par 
semaine,  serait  le  meilleur  des  traitements  par  les  agents  physiques.'  II  est 
remarquable  d’observer  avec  la  sedation  des  algies  et  la  restitution  de  la 
motilite,  la  disparition  frequente  des  calcifications  peri-artieulaires. 

P.  Carrette. 


MEDECINE  LEGALE 

Crime  et  Chatiment.  Contribution  a  l’etude  de  la  psychologie  du  psycho- 
pathe  delinquant  (Crimen  y  Castigo.  Contribucion  ai  estudio  de  la  psicolo- 
gia  del  psicopata  delincuente),  par  Angel  Garma.  Archivos  de  Neurobiologia. 
T.  XIV,  n°  4,  pp.  579-598,  1934. 

Les  avis  sont  partages  sur  les  resultats  du  chatiment  chez  les  psychopathes 
delinquants.  L’intimidation  justifierait  un  accroissement  de  peine  chez  les 
sujets  atteints  d’atrophie  ethique.  M.  Garma  montre  qu’il  est  impossible 
de  decider  la  peine  si  on  ne  connait  exactement  les  mobiles  du  malade. 
Dans  certains  cas,  il  s’agit  d’impulsion  et  les  consequences  n’ont  pas  ete 
envisagees.  La  peine  doit  etre  legere  et  l’effort  educatif  suivre  immedia- 
tement.  Il  est  prouve  que  le  delinquant  agit  souvent  par  masochisme  ou 
sentiment  de  culpabilite  et  on  comprend  que  la  peine  va  a  l’encontre  des 
interets  de  tous  ;  elle  fournirait  une  justification  au  malade  auquel  il 
convient  d’appliquer  les  methodes  psychotherapiques  de  reeducation  sociale 
ou  d’adaptation  a  une  existence  collective  surveillee. 


P.  Carrette. 


ANALYSES 


311 


Crimes  de  motif  inintelligible  representant  le  symptome  initial  du 
developpement  insidieux  d’une  schizophrenie  (Crimes  of  Unintelligible 
Motivation  as  Representing  an  Initial  Symptom  of  an  Insidiously  Developing 
Schizophrenia),  par  A.  W.  Hackfield.  The  American  Journal  of  Psychiatry. 
T.  LXXXXI,  n”  3,  pp.  639-668,  novembre  1934. 

L’auteur  etudie  les  eifets  compares  du  regime  hospitalier  et  du  regime 
penitencier  sur  le  developpement  de  la  schizophrenie.  Le  crime  conftitue 
parfois  la  premiere  reaction  importante  de  l’etat  pathologique.  Les  sujets 
,se  repartissent  en  3  groupes  :  1.  la  maladie  est  meconnue,  le  criminel  est 
emprisonne  ;  Revolution  des  symptomes  est  aggravee,  precipitee  ;  2.  l’exa- 
men  medico-legal  etablit  la  nature  morbide  des  reactions  et  le  traitement 
medical  verifie  le  diagnostic  ;  3.  la  personnalite  psychopathique  est  iden- 
tifiee  a  l’occasion  du  crime.  On  constate  que  les  tendances  schizoides  peu- 
vent  conduire  a  des  crimes  atroces.  La  possibilite  de  telles  violences  est 
parfois  pressentie  par  l’analyse  ;  elle  commande  l’observation  et  une  sur¬ 
veillance  speciale  des  interesses. 

>  P.  Carrette. 

Suicides  et  homicides  dans  leurs  relations  avec  les  modifications  barome- 
triques  (Suicides  and  Homicides  in  their  Relation  to  Weather  Changes),  par 
C.  A.  Mills.  The  American  Journal  of  Psychiatry.  T.  LXXXXI,  n°  3,  pp.  669- 
677,  novembre  1934. 

Les  perturbations  barometriques  profondes  exercent  une  influence  consi¬ 
derable  sur  l’etat  emotif  de  certains  desequilibres.  M.  Mills  note  que  les 
suicides  et  les  crimes  augmentent  quand  la  temperature  s’eleve  et  que  la 
pression  baisse  brusquement,  quand  l’instabilite  atmospherique  est  intense. 
II  signale  la  frequence  du  desequilibre  emotif  chez  les  sujets  venant  des 
etats  du  Sud  vers  le  Nord  des  Etats-Unis  et  supportant  mal  les  perturbations 
exterieures.  II  est  evident  que  les  actes  de  violence  sont  commis  a  l’occa¬ 
sion  de  troubles  fonctionnels  importants  qui  declanchent  l’agitation.  ou 
1’angoisse  et  dans  le  desarroi  des  difficultes  materielles  accumulees. 

P.  Carrette. 

Responsabilite  medicale.  Serotherapie  antitetanique,  par  M.  Courtois- 
Suffit  et  Francis  Bourgeois.  Gazette  des  Hopitaux,  n»  7,  pp.  111-113, 
23  janvier  1935. 

Pourquoi  faut-il  que  cette  question  de  la  responsabilite  medicale  a  pro-, 
pos  du  tetanos  soit  encore  aujourd’hui  d’a'ctualite  V  Certains  praticiens  ont 
ete  blames,  voire  condamnes,  pour  avoir  injecte  du  serum,  d’autres  pour 
ne  l’avoir  pas  fait.  On  ne  peut  se  fier  ni  a  la  benignite  de  la  plaie,  ni  aux 
traitements  preventifs  anterieurs.  On  meurt  egalement  du  tetanos  et  de  la 
serotherapie.  Et  cependant  il  existe  un  vaccin  antitetanique.  II  suffirait  de 
l’injecter  aux  sujets  exposes  dans  1’industrie,  dans  les  grandes  ‘  adminis¬ 
trations  (la  compagnie  des  chemins  de  fer  d’Orleans  a  organise  cette  vac¬ 
cination  sur  ^’initiative  de  M.  Bazy),  dans  les  collectivites  enfantines.  C’est 
an  precede  exempt  de  dangers,  d’une  efficacite  eprouvee  ,et  qui  mettrait 
'  definitivement  a  l’abri,  et  les  blesses,  et  les  medecins. 


P.  Carrette. 


VARIETES 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


La  seance  supptementaire  du  mois  de  mars  de  la  Societe  Medico-psycho- 
logique,  seance  exclusivement  reservee  a  des  presentations,  aura  lieu  le 
jeudi  12  mars  1936,  a  9  heures  30  tres  precises,  a  PHopital  Henri-Rousselle, 
1,  rue  Cabanis,  a  Paris  (XIV"  arrondissement),  dans  l’Amphitheatre  du- 
Pavilion  Magnan. 

La  seance  ordinaire  du  mois  de  mars  de  la  Societe  MejdicoJpsycholo- 
gique  aura  lieu  le  iundi  23  mars  1936,  a  4  heures  tres  precises,  an  siege 
de  la  Societe,  12,  rue  de  Seine,  a  Paris  (VIC  arrondissement). 

La  seance  ordinaire  du  mois  d’Avnn.  de  la  Societe  Medico-psyc'holo- 
gique  aura  lieu  le  lundi  27  avril  1936,  a  4  heures  tres  precises,  au  siege 
de  la  Societe,  12,  rue  de  Seine,  a  Paris  (VI"  arrondissement).  La  Societe 
Medico-psychologique  ne  tiendra  au  mois  d’avril  qu’une  seule  seance. 

Diner  annuel. 

Le  diner  annuel  de  la  Societe  Medico-psychologique  aura  lieu  le  lundi 
25  mai  1936. 


ASILES  PUBLICS  D’ALIENES 


Necrologie. 

M.  le  D1'  Jean  Piquemal,  Medecin-Chef  a  1’Asile  prive  faisant  fonction 
d’Asile  public  d’alienes  de  Limoux  (Aude). 

Legion  d’Honneur. 

Est  promu  Ojficier  de  la  Legion  d’Honneur  : 

M.  Orei.li,  Directeur  du  Centre  d’Hygiene  mentale  de  Marseille  (Bouches- 
du-Rhdne). 

Chevalier  de  la  Legion  d’Honneur  : 

M.  Pradei.,  Directeur  administratif  de  la  Maison  de  Sante  de  Leyme  (Lot). 


VAR1ETES 


Medaille  d’Honneur  de  l’Assistance  publique. 

Medaille  d’ Argent  : 

M.  le  Dr  Aubry  (Jean-Marie-Edmond),  Medecin-Chef  a  l’Asile  public  d’alie¬ 
nes  de'  Mareville  (Meurthe-et-Moselle)  ; 

M.  le  Dr  Wahl  (Paul-Lucien),  Medecin-Chef  a  l’Asile  public  d’alienes  de 
Marseille  (B.ouches-du-Rhone).  ' 

M.  le  D‘  Privat  de  Fortunie,  Medecin-Chef  a  l’Asile  publie  d’alienes  de 
Mareville  (Meurthe-et-Moselle) . 

M.  Geraudajj,  Directeur  administratif  de  l’Asile  public  d’alienes 
d’Amiens  (Somme). 


Nominations. 

M.  le  Dr  Paul  Courbon  est  nomme  Medecin-Chef  a  l’Asile  Clinique 
(Sainte-Anne),  a  Paris  ; 

M.  le  Dr  Briau  est  nomme  Medecin-Chef  a  l’Asile  public  d’alienes  de 
Clermont-de-l’Oise  ; 

Mile  le  D1  Jacob  est  nommee  Medecin-Chef  a  l’Asile  public  d’alienes 
d’Alengon  (Orne)  ; 

M.  le  Dr  Thuillier  est  nomme  Medecin-Chef  a  l’Asile  public  d’alienes  de 
Saint-Venant  (Pas-de-Calais)  ; 

M.  Frick  est  nomme  Directeur  administratif  de  l’Asile  public  d’alienes 
de  Hcerdt  (Bas-Rhin). 


Postes  vacants. 

Sont  vacants  : 

un  poste  de  Medecin-Directeur  a  1’Asile  public  d’alienes  de  Vauclaire 
(Dordogne)  ; 

un  poste  de  Medecin-Chef  a  l’Asile  public  d’alienes  de  Vauclaire  (Dor¬ 
dogne)  ; 

un  poste  de  Medecin-Chef  a  l’Asile  public  d’alienes  de  La  Roche-sur-Yon 
(Vendee)  ; 

un  poste  de  Medecin-Chef  a  1’Asile  public  autonome  de  Bailleul  (Nord)  ; 
un  poste  de  Medecin-Chef  a  1’Asile  public  autonome  de  Bassens  (Savoie). 


Concours  pour  9  postes  de  Medecin  des  Asiles  publics  d’alienes. 

Par  arrete  du  ministre  de  la  Sante  publique  en  date  du  17  fevrier  1936, 
un  concours  pour  neuf  emplois  de  medecin  du  cadre  des  asiles  publics 
d’alienes  s’ouvrira  a  Paris,  au  ministere  de  la  Sante  publique  et  de  l’Edu- 
cation  physique,  le  lundi  27  avril  1936. 

Les  candidats  adresseront  a  la  direction  du  personnel  de  la  comptabilite 
et  des  habitations  a  bon  marche  (ler  bureau),  pour  le  vendredi  27  mars  au 
plus  tard,  les  pieces  suivantes  :  leur  acte  de  naissance,  leur  diplome  de 
docteur  en  medecine,  leurs  etats  de  service,  un  expose  de  leurs  titres,  un 
resume  succinct  de  leurs  travaux,  du  depot  de  leurs  publications,  les  pie¬ 
ces  etablissant  leur  stage,  les  pieces  etablissant  l’accomplissement  de  leurs 
obligations  militaires. 


314 


YARIETES 


Concours  pour  2  postes  de  Medecin  chef  des  Asiles  de  la  Seine. 

Le  Jury  etait  compose  de  MM.  : 

President  :  Dr  Dequidt,  Inspecteur  general  des  Services  administratifs  ; 
Membres  titulaires  :  MM.  Ies  Drs  Ducoste,  Gouriou,  Xavier  Abely,  Barbe, 
Lagriffe,  Rougf.an  ; 

Membres  suppleants  :  MM.  Ies  Dls  Guiraud,  Ducos. 

A  la  suite  de  ce  concours,  M.  le  Dr  Vie  a  ete  nomme  Medecin-Chef  des 
Asiles  de  la  Seine. 


Concours  pour  un  emploi  de  Medecin  chef  de  service  de  Neuro- 

psychiatrie  A  l’Hopital  civil  frangais  de  Tunis. 

Un  concours  sera  ouvert,  au  siege  de  la  Faculte  de  Medecine,  a  Paris,  le 
jeudi  30  avril  1936,  pour  un  emploi  de  medecin-chef  du  service  de  neuro- 
psychiatrie,  a  l’Hdpital  civil  frangais  de  Tunis. 

Ce  concours  aura  lieu  devant  un  jury  compose  de  trois  juges  designes 
par  le  doyen  de  ladite  Faculte. 

Les  epreuves  consisteront  en  : 

1°  Une  composition  ecrite  sur  un  sujet  de  pathologie  interne,  d’une  duree 
de  trois  heures  (sans  note,  ni  livre)  ; 

2°  Une  consultation  ecrite  sur  un  malade  au  choix  du  jury  (une  demi- 
heure  pour  l’examen,  une  heure  pour  la  redaction)  ; 

3°  Une  epreuve  clinique  orale  sur  deux  malades  (pour  chacun  d’eux  : 
une  demi-heure  pour  l’examen,  dix  minutes  pour  1’exposition)  ; 

4°  Une  appreciation  des  titres,  travaux  et  services  des  candidats. 

Le  president  du  jury  fera  un  rapport  sur  les  operations  du  concours  et 
presentera  les  candidats  par  ordre  de  merite  en  indiquant  la  valeur  respec¬ 
tive  des  epreuves  de  chacun  d’eux. 

Conditions  d’inscription  au  concours 

Pour  se  presenter  au  concours,  les  candidats  devront  reunir  les  condi¬ 
tions  suivantes  : 

1°  Adresser  a  la  Direction  de  l’Interieur  (Service  de  la  Sante  Publique  a 
Tunis)  une  demande  avec  indication  de  leur  residence  actuelle  ; 

2°  Etre  Frangais  ; 

3°  Avoir  le  dipldme  d’Etat  de  docteur  en  medecine  confere  par  une 
Faculte  frangaise  ; 

4°  Produire  une  notice  sur  leurs  titres,  travaux  et  services  anterieurs  ; 

5°  Ne  pas  etre  age  de  plus  de  40  ans,  compte  tenu  de  la  duree  des  servi¬ 
ces  militaires  ; 

6°  Les  candidats  admis  a  concourir  figurent  sur  une  liste  dressee  par 
1’Administration  apres  avis  d’une  Commission  siegeant  a  Paris  et  dont  la 
composition  est  fixee  par  arrete. 

L’entree  en  fonction  est  fixee  au  l'1'  juin  1936. 

Les  avantages  attaches  a  l’emploi  consistent  en  une  indemnity  annuelle 
lie  15.000  francs. 

La  liste  d’inscription  sera  close  le  14  mars  1936. 


VAR1ETES 


HOPITAL  HENRI-ROUSSELLE 

M.  le  D*'  Th.  Simon  est  nomine  Medecin-Directeur  de  VHopital  Henri- 
Rousselle,  en  remplacement  de  M.  le  Dr  Ed.  Toulouse,  admis  a  faire  valoir 
-ses  droits  a  la  retraite. 


ASSISTANCE  ET  LEGISLATION 

Tin  projet  de  reforme  de  la  loi  sur  le  regime  des  malades  mentaux 
en  Belgique. 

En  date  du  20  janvier  1936,  M.  le  Ministre  de  la  Justice  de  Belgique  a 
institue  une  commission  chargee  de  remettre  a  l’etude  le  projet  de  loi  sur 
le  regime  des  malades  mentaux. 

Cette  Commission,  sous  la  presidence  de  M.  Poll,  Directeur  general  au 
Ministere  de  la  Justice,  compriend  M.  le  Dr  Brutsa^rt,  M.  Leon  Cornil,  Avo- 
cat  general  a  la  Cour  de  Cassation,  M.  P.  Cornil,  Inspecteur  du  Ministere 
de  la  Justice,  MM.  les  Professeurs  Heger-Gilbert  et  Aug.  Ley,  M.  L.  Mativa, 
Directeur  au  Ministere  de  la  Justice,  MM.  les  Drs  Meeus  et  Sano,  et  M.  le 
Professeur  G.  Vermeylen,  President  de  la  Societe  de  Medecine  Mentale. 


REUNIONS  ET  CONGRESS 
Societe  Suisse  de  Psychiatrie. 

L ’Assemblee  de  printemps  de  la  Societe  Suisse  de  Psychiatrie  aura  lieu  a 
Geneve  les  2  et  3  mai  1'936,  sous  la  presidence  de  M.  le  Dr  Flournoy, 

Les  rapports  suivants  ont  ete  mis  a  l’ordre  du  jour  de  cette  Assemblee  : 

L’automatisme  mental  selon  G.  de  CUrambault,  par  M.  le  Dr  A.  Brousseau 
(de  Paris)  ; 

Etude  clinique  des  automaiismes  mentaux,  par  M.  le  D1'  F.  Morel  (de 
<!enAve) . 

Federation  Internationale  des  Organisations  d’Eugenique. 

L 'Assemblee  annuelle  de  la  Federation  Internationale  des  Organisations 
d’Eugenique  se  tiendra  a  La  Haye,  du  16  au  21  juillet  1936. 

Parmi  les  questions  mises  a  l’ordre  du  jour  de  cette  Assemblee  figurent  : 

Nouvelles  recherches  sur  I’heredite  des  troubles  mentaux, 

Nouvelles  methodes.  de  recherches  de  psychologie  normale  sur  Vheredite, 
.Statistiqnes  de  selection  chez  Vanimal  et  chez  Vhomme, 

Rapports  des  differentes  nations  representees  a  cette  Assemblee  sur  la  ste¬ 
rilisation  eugenique. 

Les  Inscriptions  sont  revues  par  Mrs  C.B.S.  Hodson,  Secretaire  honoraire, 
443,  Fulham  Road,  Londres,  S.W.  10. 


316 


VARIETES 


ACADEMIE  DE  MEDECINE 

Prix  a  decerner  par  l’Academie  de  Medecine  en  1936. 

Nous  indiquons  ici  seulement  ceux  de  ces  prix  dont  le  r£glement  permet 
l’attribution  a  des  travaux  interessant  la  Neuro-psychiatrie,  l’Hygiene  men- 
tale  ou  la  Medecine  legale. 

Prix  Alvarenga  de  Piauht  (Bresil).  —  Anonymat  obligatoire,  —  Partage 
interdit.  1.2fl0  francs.  (Annuel). 

Ce  prix  sera  decerne  au  meilleur  memoire  ou  oeuvre  inedite  (dont  le  sujet 
restera  au  choix  de  l’auteur)  sur  n’importe  quelle  branche  de  la  medecine. 

Prix  Anonyme.  —  Anonymat  interdit.  —  Partage  autorise.  2.000  francs.. 
(Decennal). 

Ge  prix  sera  decerne  aux  meilleurs  travaux  presentes,  par  des  concur¬ 
rents  de  nationality  frangaise,  sur  les  maladies  infectieuses  des  femmes  en 
couches. 

Prix  Apostoli.  —  Anonymat  facultatif.  —  Partage  interdit.  1.000  francs. 
(Annuel).  1 

Ce  prix  sera  decerne  au  meilleur  ouvrage,  travail  ou  memoire,  fait  dans, 
l’annee,  en  France  ou  a  l’etranger,  sur  1’electrotherapie. 

Prix  Argut.  —  Anonymat  facultatif.  —  Partage  interdit.  800  francs.  (An¬ 
nuel). 

Ce  prix  sera  decerne  a  l’auteur  de  decouvertes  tendant  a  agrandir  la 
coiiqu£te  de  la  medecine  sur  le  domaine  de  la  chirurgie. 

Prix  Baillarger.  —  Anonymat  facultatif.  —  Partage  interdit.  2.500  fr. 
(Biennal). 

Ce  prix  sera  decerne  a  1’auteur  du  meilleur  travail  sur  la  therapeutique 
des  maladies  mentales  et  sur  l’organisation  des  Asiles  publics  et  prives 
consacres  aux  alienes. 

Les  memoires  des  concurrents  devront  toujours  #tre  divises  en  deux  par¬ 
ties.  Dans  la  premiere,  ils  exposeront,  avec  observations  cliniques  a  Fappui, 
les  recherches  qu’ils  auront  faites  sur  un  ou  plusieurs  points  de  therapeu¬ 
tique.  Dans  la  seconde,  ils  etudieront,  separement  pour  les  Asiles  publics 
et  pour  les  Asiles  prives,  par  quels  moyens  et  au  besoin  par  quels  change- 
inents  dans  l’organisation  de  ces  ‘Asiles  on  pourrait  faire  une  part  plus  large 
au  traitement  moral  et  individuel. 

Prix  du  Baron  Barbier.  —  Anonymat  facultatif.  —  Partage  autorise. 
2.500  francs.  (Annuel). 

Ce  prix  sera  decerne  a  l’auteur  qui  decouvrira  des  moyens  complets  de 
guerison  pour  des  maladies  reoonnues  jusqu’a  present  le  plu,s  souvent  incu¬ 
rables,  comme  la  rage,  le  cancer,  l’epilepgie,  la  scrofule,  le  typhus,  le  cho¬ 
lera  morbus,  etc. 

Des  encouragements  pourront  etre  accordes  a  ceux  qui,  sans  avoir  atteint 
le  but  indique,  s’en  seront  le  plus  rappnoches. 

Prix  Charles  Boullard.  —  Anonymat  facultatif.  —  Partage  interdit. 
2.000  francs.  (Biennal). 


VARIETES 


Ce  prix  sera  decerne  au  medecin  qui  aura  fait  le  meilleur  ouvrage  ou 
obtenu  les  meilleurs  resultats  de  guerison  sur  les  maladies  mentales  en 
arretant  ou  en  attenuant  leur  marche  terrible. 

Prix  Boulongne.  —  Anonymat  facultatif.  —  Partage  interdit.  6.000  fr. 
<Biennal) . 

Ce  prix  sera  decerne  a  1’auteur  frangais  du  meilleur  travail  imprime  ou 
manuscrit  paru  pendant  les  deux  annees  ecoulees,  ou  de  la  decouverte  la 
plus  importante  faite  sur  la  prophylaxie  des  maladies  contagieuses  en  gene¬ 
ral  et  sur  celle  de  la  syphilis  en  particulier.  Le  travail  sera  precede,  autant 
que  possible,  d’une  etude  sur  I’etiologie  de  ces  affections. 

Prix  Adrien  Buisson.  -r-  Anonymat  facultatif.  —  Partage  interdit. 
12.000  francs.  (Triennal). 

Ce  prix  sera  decerne  a  1’auteur  des  meilleures  decouvertes  ayant  pour 
resultat  de  guerir  des  maladies  reconnues  jusque-la  incurables  dans  l’etat 
.actuel  de  la  science. 

Prix  Civribux.  —  Anonymat  obligatoire.  —  Partage  interdit.  1.000  francs 
(Annuel). 

Question  a  poser  sur  le  traitement  et  la  guerison  des  maladies  provenant 
de  la  surexcitation  de  la  sensibilite  nerveuse. 

Prix  Clarens.  —  Anonymat  facultatif.  —  Partage  interdit.  500  francs. 
(Annuel) . 

Ce  prix  sera  decerne  a  1’auteur  du  meilleur  travail,  manuscrit  ou  imprime, 
sur  l’hygiene. 

Prix  du  XIII*  Congres  international  de  Medecine  de  Paris  de  1900 
(Fondation  Lannelongue).  —  Partage  interdit.  —  8.000  francs.  (Triennal). 

Ce  prix  sera  decerne  a  un  savant  ou  a  un  docteur  en  medecine  meritant, 
faisant  partie  ou  non  de  l’Academie,  pour  l’aider  dans  ses  travaux  et  recher- 
■ches  dans  le  domaine  des  sciences  medico-chirurgicales. 

Fondation  de  M.  et  Mme  Day.  —  Deux  titres  de  rente  de  3.000  francs. 

Un  titre  de  rente  de  3/000  francs  sera  attribue  a  la  personne  qui  aura 
decouvert  un  remede  effectif  et  .reconnu  pour  guerir  la  maladie  de  l’al- 
coolisme. 

Un  titre  de  rente  de  3.000  francs,  sera  attribue  a  la  personne  qui  aura 
decouvert  un  remede  effectif  et  reoonnu  pour  guerir  la  dipsomanie. 

Prix  Desnos.  —  Partage  interdit.  —  3.600  francs.  (Triennal). 

Ce  prix  sera  decerne  tous  les  trois  ans  a  un  docteur  en  medecine  ou  a  un 
interne  des  Hopitaux  de  Paris  pour  accomplir  une  mission  scientiflque  a 
l’etranger. 

Prix  Desportes.  —  Anonymat  facultatif.  —  Partage  autorise.  1.500  fr. 
(Annuel). 

Ce  prix  sera  decerne  a  1’auteur  du  meilleur  travail  sur  la  therapeutique 
medicale  pratique  et  sur  l’histoire  naturelle  pratique  et  therapeutique. 

Prix  Alfred  Dutens.  —  Travaux  imprimes.  —  Partage  interdit.  10.000  fr. 
(Decennal). 

Ce  prix  sera  decerne  tous  les  dix  ans  au  meilleur  ouvrage  (livre  ou 


31S 


VAR1ETES 


memoire)  paru  dans  ce  laps  de  temps  sui-  des  questions  relatives,  sinon 
exclusivement,  du  moins  principalement  au  cancer,  a  la  tuberculose,  au  dia- 
bete,  a  l’albuminurie,  a  l’angine  de  poitrine,  etc...,  e'n  un  mot  d’une  maniere 
generale  a  toute  maladie  consideree  .jusqu’alors  comme  incurable,  soit  tout 
au  moins  comme  etant  d’une  guerison  tres  rare  et  tres  difficile. 

Prix  Falret.  —  Anonymat  obligatoire.  —  Partage  interdit.  1.500  francs. 
(Biennal). 

Question  a  poser  sur  les  maladies  mentales  et  nerveuses. 

Prix  Jacques  Gueeetin.  —  Anonymat  facultatif.  —  Partage  autorise, 
1.500  francs.  (Annuel). 

Les  memoires  presentes  et  les  travaux  recompenses  ne  devront  s’appuyer 
que  sur  des  observations  puisees  dans  la  clinique  humainej  sans  aucunei 
espece  de  vivisection  ou  aucune  experience  sur  les  animaux. 

Prix  du  D1'  Paul  Guillaumet.  —  Anonymat  interdit.  —  Partage  interdit. 
1.500  francs.  (Annuel). 

Ce  prix  est  destine  a  recompenser  le  meilleur  travail  original  relatif  a 
l’hygiene  de  l’enfance. 

Prix  Catherine  Hadot  (Epouse  Barillier).  —  Partage  autorise.  —  3.600  fr. 
(Annuel). 

Ce  prix  sera  decerne  aux  auteurs  frangais  ayant  fait  les  meilleurs  ouvra- 
ges  sur  les  maladies  ci-apres  et  leurs  traitement  ou  guerison,  savoir  :  phtisie 
pulmonaire  ou  les  autres  tuberculoses,  le  cancer,  Vepilcpsic,  le  cholera. 

Prix  Theodore  Herpin  (de  Geneve).  —  Anonymat  facultatif.  —  Partage 
interdit.  3.000  francs.  (Annuel). 

Ce  prix  sera  decerne  a  1’auteur  du  meilleur  ouvrage  sur  l’epilepsie  et  les- 
maladies  nerveuses. 

Prix  Henri  Huchard,  de  1’Academie  de  Medecine  (Prix  de  devouement 
medical  en  souvenir  de  sa  fille  Marcelle  Huchard>.  Anonymat  interdit.  ■ — 
Partage  autorise.  8.000  francs  (Biennal). 

Ce  prix,  qui  pourra  etre  partage  en  deux  -ou  trois  parts,  sera  attribue 
a  une  personne  ou  des  personnes  de  nationalite  francaise,  appartenant  de 
preference  au  corps  medical  (etudiants,  medecins,  chirurgiens,  etc.),  par 
exception  a  des  personnes  n’en  faisant  pas  partie,  s’etant  distinguees  par 
leur  devouement  aux  malades  ou  a  la  science  medieale. 

Prix  du  Comte  Hugo.  —  Anonymat  facultatif.  —  Partage  interdit. 
1.000  francs.  (Quinquennal). 

Ce  prix  sera  decerne  a  1’auteur  du  meilleur  travail,  manuscrit  ou  imprime,. 
sur  un  point  de  1’histoire  des  sciences  medicaies. 

Prix  Itard.  —  Travaux  imprimis.  —  Partage  interdit.  2.400  francs, 
(Triennal). 

Ce  prix  sera  accorde  a  1’auteur  du  meilleur  livre  de  medecine  pratique 
ou  de  therapeutique  appliquee. 

Pour  que  les  ouvrages  puissent  subir  l’epreuve  du  temps,  il  est  de  condi¬ 
tion  rigoureuse  qu’ils  aient  au  moins  deux  ans  de  publication. 

Prix  du  Baron  Larrey.  —  Anonymat  facultatif.  - — -  Partage  autorise. 
500  francs.  (Annuel). 


VAR1ETES 


310 


Ce  prix,  qui  ne  pourra  etre  divise  que  dans  des  cas  exceptionnels,  sera 
attribue  a  l’auteur  du  meilleur  travail  de  statistique  medicale.  Dans  le  cas 
oil,  par  exception,  il  ne  pourrait  6tre  decerne,  l’Academie  serait  autorisee 
a  l’employer  dans  son  interet. 

Fondation  Laval.  —  Partage  interdit.  —  1.200  francs.  (Annuel). 

Les  arrerages  seront  donnes  comme  recompense  a  l’eleve  en  medeeine  qui 
se  sera  montre  le  plus  meritant.  Le  choix  de  cet  eleve  appartient  a  l’Aca¬ 
demie  de  Medeeine. 

Prix  Lefevre.  —  Anonymat  obligatoire.  —  Partage  interdit.  3.000.  francs. 
(Triennal). 

Ce  prix  sera  decerne  au  meilleur  ouvrage  sur  la  melancolie. 

Prix  Henri  Lorquet.  —  Anonymat  facultatif.  —  Partage  interdit.  300  fr. 
(Annuel). 

Ce  prix  sera  decerne  a  l’auteur  du  meilleur  travail  sur  les  maladies  men- 
tales. 

Prix  Magnan.  —  Anonymat  obligatoire.  —  Partage  interdit.  3.500  francs. 
(Triennal). 

Ce  prix  sera  decerne  au  meilleur  travail  sur  une  question  de  medeeine 
mentale  posee  par  1’Academie. 

Prix  Mege.  —  Anonymat  obligatoire.  —  Partage  interdit.  1.500  francs. 
(Biennal). 

Ce  prix  sera  decerne  a  l’auteur  du  '  meilleur  ouvrage  sur  un  sujet  :  1°  de 
physiologie  experimentale  ;  2°  d’anatomie  pathologique,  et  ensuite  a  la 

volonte  de  l’Academie. 

Prix  Orfila.  —  Anonymat  obligatoire.  —  Partage  interdit.  3.000  francs. 
(Biennal). 

Les  questions  choisies  par  1’Academie  seront  empruntees  deux  fois  de 
suite  a  la  toxicologie,  puis  la  troisieme  fois  a  la  medeeine  legale.  Quand 
le  prix  n’aura  pas  etc  decerne,  la  question  de  toxicologie  sera  remise  une 
seconde  et,  au  besoin,  une  troisieme  fois  au  concours  :  dans  ce  dernier  cas, 
la  question  de  medeeine  legale  sera  supprimee. 

Apres  1901,  l’Academie  pourra  remplacei-  les  questions  de  medeeine 
legale  par  d’autres  empruntees  a  la  physiologie,  a  l’anatomie  pathologique, 
a  la  pathologie,  la  chirurgie  ou  l’obstetrique. 

Prix  Otterbourg.  —  Partage  interdit.  —  1.000  francs.  (Triennal). 

Ce  prix  est  decerne  par  l’Academie  a  un  jeune  confrere,  deja  laureat  de 
l’Academie,  en  vue  de  lui  permettre  de  passer  quelque  temps  dans  un  eta- 
blissement  d’instruction  clinique  de  l’etranger. 

Prix  Pannetier.  —  Anonymat  facultatif.  —  Partage  interdit.  4.000  francs. 
(Annuel). 

Ce  prix  sera  decerne  chaque  annee  a  1’auteur  d’une  decouverte  en  mede- 
cine  ou  en  chirurgie  ou  k  toute  personne  qui  se  sera  distinguee  dans 
l’application,  des  decouvertes  recentes. 

Prix  Perron.  —  Anonymat  facultatif.  —  Partage  autorise.  4.000  francs. 
(Quinquennal). 

Ce  prix  sera  decerne  a  1’auteur  du  memoire  le  plus  utile  aux  progres  de 
la  medeeine. 


320 


VARIETES 


Prix  Sabatier.  —  Anonymat  facultatif.  —  Partage  interdit.  600  francs. 
(Biennal). 

Ce  prix  sera  decerne  a  1’auteur  du  meilleur  travail,- manuscrit  on  imprime, 
sur  n’importe  quelle  branche  des  sciences  medicales. 

Prix  Saintour.  —  Anonymat  facultatif.  —  Partage  interdit.  5.000  francs. 
<Biennal). 

Ce  prix  sera  decerne  a  1’auteur  du  meilleur  travail,  manuscrit  ou  imprime, 
sur  n’importe  quelle  branche  de  la  medecine. 

Prix  Marc  See.  —  Travaux  imprimes.  —  Partage  interdit.  1.200  francs. 
(Biennal). 

Ce  prix  sera  decerne  a  1’auteur  du  meilleur  travail  concernant  1’anatoinie 
et  la  physiologie  de  1’homme,  publie  dans  les  quatre  dernieres  annees  et 
non  recompense  anterieurement  par  l’Academie  de  Medecine  ou  par  l’lns- 
titut. 

Prix  Testut.  —  Anonymat  interdit.  —  Partage  autorise.  1.500  francs. 
(Triennal). 

Ce  prix  sera  accorde  tous  les  trois  ans  au  meilleur  travail  d’anatomie 
bumaine  ou  comparee,  publie  ou  ecrit  dans  les  cinq  annees  precedentes. 

Prix  Vautrin-George.  —  Anonymat  interdit.  —  Partage  interdit.  1.000  fr. 
.(Sexennal). 

Les  arrerages  de  cette  donation,  serviront  soit  a  decerner  un  prix,  soit  a 
attribuer  une  subvention  (au  choix  de  l’Academie),  a  1’auteur  des  meilleurs 
travaux  de  laboratoire  portant  sur  la  chimie  medicale  ou  la  therapeutique 
experimentale. 

Prix  Vernois.  —  Anonymat  facultatif.  —  Partage  autorise.  800  francs 
.(Annuel). 

Ce  prix  sera  attribue  au  meilleur  travail  sur  l’hygiene. 

Note.  —  Le  montant  des  prix  sera  soumis  au  prelevertieht  de  10  %  prevu 
par  le  decret-loi  du  16  juillet  1935. 


Le  Redacleur  en  chef-Gerant  :  Rene  Charpentier. 


Caliors,  Imprimerie  Coueslant  (personnel  interesse).  —  51.745 


Tome  I.  —  N°  3 


Mars  1936 


ANNALES 

MfiDICO-PSYCHOLOGIQUES 


MEMOIRES  ORIGINAUX 


HALLUCINATIONS  VISUELLES 
ET  LESIONS  DE  L’APPAREIL  VISUEL 


PAR 


J.  LHERMITTE  et  J.  DE  AJURIAGUERRA 


Ainsi  qu’en  temoigne  une  litterature  abondante  et  sans  cesse 
renaissante,  le  probleme  des  hallucinations  reste  un  de  ceux  qui 
appellent  et  retiennent  l’attention  des  psychiatres  et  des  neurolo- 
gistes  en  raison  des  incertitudes  dont  il  s’entoure  et  des  mysteres 
physiologiques  et  psychologiques  que  l’on  voudrait  percer. 

Au  seuil  de  ce  travail,  nous  nous  garderons  de  reprendre  la 
discussion  tant  de  fois  entreprise  de  la  definition  de  l’hallucina- 
tion.  En  verite,  la  bataille  livree  entre  les  tenants  de  l’hallucina- 
tion  dite  vraie  et  ceux  des  pseudo-hallucinations  ou  halluci- 
nose,  nous  semble  bieU  plus  alimentee  par  des  mots  qui  s’oppo- 
sent  que  par  des  idees  qui  se  contrarient.  Avec  Esquirol,  nous 
estimons  que  tout  homme  qui  a  la  conviction  intinie  d’une 
sensation  actuellement  percue,  alors  que  nul  objet  exterieur  pro- 
pre  a  exciter  cette  sensation  n’est  a  la  portee  de  ses  sens,  est 
dans  un  etat  hallucinatoire.  Et  Esquirol  ajoute  «  que,  non  seu- 
lement,  chez  l’hallucine,  il  n’y  a  pas  d’objet  exterieur  agissant 
sur  les  sens,  mais  que  parfois  ceux-ci  ne  fonctionnent  plus  ». 

Ann.  Med.-psych.,  XVp  serie,  94e  annee,  t.  I.  —  Mars  1936.  21. 


322 


J.  LHERMITTE  ET  J.  DE  AJUR1AGUERRA 


Nous  dirons,  d’une  maniere  plus  generate,  ou  fonctionnent  d’une 
maniere  defectueuse. 

Ces  lignes,  dues  a  la  plume  du  vieil  alieniste,  montrent  assez 
que  nos  devanciers  avaient  fort  bien  remarque  qu’une  liaison 
pouvait  reunir  un  processus  psychologique  complexe  tel  que 
celui  qui  est  a  la  base  de  toute  hallucination  et  une  lesion  orga- 
nique  affectant  tel  ou  tel  appareil  sensoriel. 

Le  sujet  que  nous  abordons  n’est  done  pas  nouveau,  mais  s’il 
a  ete  aborde  depuis  les  origines  de  la  Medecine  mentale,  on  peut 
convenir  que  ce  theme  est  loin  d’avoir  ete  completement  eclairci. 

Les  hallucinations  auditives,  et  plus  specialement  les  hallu¬ 
cinations  verbales,  beaucoup  plus  souvent  observees  que  les 
visuelles  dans  les  services  d’alienes,  puisqu’elles  alimentent  les 
delires  et  s’intriquent  avec  les  pensees  morbides,  ont  attire  la 
curiosite  des  psychiatres  d’une  maniere  beaucoup  plus  active 
que  les  visuelles  ;  et  les  travaux  sur  les  rapports  des  hallucina¬ 
tions  auditives  avec  les  otopathies  sont  legion,  a  commencer  par 
ceux  que  nous  devons  a  Bechterew,  Seglas,  Regis,  Jacques 
Richard. 

Au  contraire,  les  hallucinations  visuelles  dans  leurs  relations 
avec  les  lesions  de  l’appareil  sensorio-moteur  optique  ont  ete, 
semble-t-il,  quelque  peu  delaissees.  Et  e’est  precisement  cette 
raison  qui  nous  a  incites  a  reprendre  le  probleme  qui  fait  1’objet 
de  cette  etude. 


1°  Les  hallucinations  visuelles,  qui  apparaissent  et  se  develop- 
pent  a  la  suite  des  paralysies  des  nerfs  oculo-moteurs,  ne  nous 
retiendront  pas  longtemps.  Non  que  le  complexus  hallucinatoire 
manque  d’interet,  mais  parce  qu’il  a  ete  tres  etudie  depuis 
quelque  dix  ans  apres  la  premiere  etude  de  Lhermitte  sur 
l’hallucinose  d’origine  pedonculaire,  suivie  des  remarquables 
travaux  de  Van  Bogaert,  de  Delbecke,  de  Garcin  et  Renard,  d’Ala- 
jouanine  et  Gopcewitch,  d’Andre  Thomas  et  Rendu,  de  Popoff, 
de  Schilder,  et,  recemment,  de  Morsier  (1935).  , 

D’autres  observations  montrent  egalement  combien  peut  etre 
frequente  1’association  d’une  paralysie  oculaire  centrale  avec 
l’hallucination  visuelle.  Nous  en  prendrons  temoignage  dans  le 
fait  rapporte  par  Laignel-Lavastine  et  P.  Kahn,  ou  l’on  voit  sur- 
venir,  a  la  suite  d’une  commotion  cerebrale  avec  paralysie  ocu¬ 
laire,  des  phantasmes  visuels  sous  la  forme  de  diablotins  et 
d’animaux  minuscules,  lesquels  persistent  pendant  deux  mois 
et  demi,  et  les  deux  observations  de  J.  Christophe  et  Schmite,  qui 


HALLUCINATIONS  VISUELLES 


ont  trait  a  des  tumeurs  d’origine  temporale  avec  compression 
du  pedoncule  cerebral. 

2°  Hallucinations  associees  a  des  lesions  des  elements  senso- 
riels  cerebraux  de  Vappareil  visuel.  —  Toute  alduteration  du 
tractus  visuel,  lequel  s’etend  depuis  la  retine  jusqu’a  la  circon- 
volution  calcarine,  peut  etre  accompagnee  (nous  n’ecrivons  pas 
suivie,  car  ce  serait  prejuger  la  pathogenie)  d’hallucinations 
visuelles  ;  c’est  dire  qu’il  nous  faut  prendre  un  apercu  de  toutes 
les  alterations  dont  le  tractus  optique  peut  etre  l’objet  et  recher- 
cher  si  l’on  peut  decouvrir  une  relation  de  cause  a  effet,  entre  la 
lesion  optique  et  la  perception  sans  objet.  Le  recepteur  visuel 
peripherique,  la  retine,  se  projetant  sur  la  calcarine,  ainsi  que 
l’a  montre  Henschen,  il  pouvait  sembler,  a  premiere  vue,  que  les 
alterations  de  cette  zone  cerebrale  dussent  engendrer  frequem- 
ment,  par  retentissement  sur  la  fonction,  des  phenomenes  hallu- 
cinatoires.  La  these  de  Tamburini,  si  en  honneur  autrefois,  pre- 
tait  a  cette  supposition.  En  realite,  il  n’en  est  rien.  Certes,  les 
faits  observes  et  les  experiences  poursuivies  par  Schroeder, 
Henschen,  Loewenstein,  Borchardt,  Berger,  Krause,  Foerster,  ont 
bien  demontre  que  Alteration  legere  ou  profonde  des  «  aires 
striees  »  ou  calcariniennes,  peuvent  engendrer  le  phantasme 
visuel,  mais  celui-ci  demeure  elementaire,  brut,  pourrait-on  dire. 
Ce  que  le  patient  saisit,  ce  ne  sont  pas  des  figures  composees  et 
vivantes,  mais  des  sensations  simples,  des  nuages,  des  fumees,  des 
courbes  capricieuses,  des  flammes.  Nous  l’avons  directement 
observe  sur  une  malade  atteinte  d’hydrocephalie  par  tumeur, 
chez  laquelle  nous  pratiquions  regulierement,  et  avec  la  plus 
grande  facilite,  une  ponction  ventriculaire.  Un  jour,  la  malade, 
aussitot  1’ aiguille  enfoncee  dans  l’hemisphere  droit,  s’ecria  r 
«  Oh  !  l’incendie,  je  vois  du  feu,  des  flammes.  »  Nous  degagea- 
mes  1’ aiguille  et  nous  dirigeames  la  pointe  plus  en  dedans,  l’hallu- 
cination  avait  deja  cesse. 

Les  processus  neoplasiques,  de  l’avis  de  Cushing  et  de  Horrax, 
sont  beaucoup  moins  aptes  que  l’on  aurait  pu  penser,  a  declenchei 
des  hallucinations.  Nous  manquons  de  renseignements  precis  et 
suffisamment  nombreux  sur  les  traumatismes,  ainsi  que  le  remar- 
quent  Lereboullet  et  Mouzon  a  propos  d’une  observation  per¬ 
sonnel^,  dans  laquelle  un  projectile,  situe  en  pleine  zone  calca¬ 
rine  gauche,  avait  entraine  1’apparition  d’hallucinations  figu- 
rees.  C’etait  des  images  bizarres,  des  caricatures,  des  gens  degui¬ 
ses  ou  des  choses  qui  n’ont  pas  de  nom,  parfois  menacantes,  et 
qui  declenchaient  des  reactions  de  defense  de  la  part  du  blesse. 


324 


J.  LHERUITTE  ET  J.  DE  AJURIAGUERRA 


Lorsque  la  lesion  calcarinienne  entraine  une  cecite  complete, 
cecite  dont  le  sujet  peut  ne  pas  avoir  connaissance,  ainsi  que  l’a 
demontre,  le  premier,  Redlich  et  ainsi  que  1’un  de  nous  (Lher- 
mitte),  l’a  observe  avec  Nicolas,  les  hallucinations  peuvent  eclore, 
vives,  variees  et  quasi-ininterrompues.  Le  deroulement  des 
images  hallucinatoires  peut  etre  tel  que  le  malade  donne  l’impres- 
sion  de  vivre  dans  un  monde  imaginaire  plein  de  fantaisie  et 
d’imprevu.  Mais,  dans  les  faits  de  ce  genre,  les  lesions  ne  se 
limitent  pas  a  l’aire  visuelle  ( area  striata )  et  envahissent  les 
zones  adjacentes  ou  s’elaborent  des  processus  moins  elementai- 
res.  Et  1’on  comprend  que  O.  Foerster  ait  soutenu  que,  lorsque 
des  hallucinations  visuelles  figurees  survenaient  a  la  suite  des 
lesions  portant  sur  la  region  occipitale,  on  etait  en  droit  de 
penser  a  l’extension  des  processus  morbides  aux  circonvolutions 
adjacentes  a  l’aire  striee. 

La  cecite  corticale  n’implique  pas  la  destruction  anatomique 
complete  de  la  sphere  visuelle  ;  dans  les  cas  de  Lhermitte  et 
Nicolas,  par  exemple,  il  s’agissait  de  lesions  d’Alzheimer  tres 
profondes,  mais  non  pas  absolument  destructives,  et  l’on  peut 
se  demander  ce  qu’il  advient  lorsque  l’aire  striee  a  disparu. 

Selon  Henschen  et  Eskuchen,  la  destruction  complete  de  l’aire 
striee  n’est  pas  compatible  avec  la  production  d’hallucinations. 
Niessl  V.  Mayendorff  incline  dans  le  meme  sens  et  pense  que  le 
processus  du  ramollissement,  excitant  la  zone  visuelle  avant  de 
la  supprimer,  cree  une  phase  hallucinatoire  preparatrice  de  la 
periode  de  1’amaurose  muette.  Cette  interpretation  ne  saurait 
etre  admise,  meme  apres  les  plus  formelles  reserves,  puisque 
nous  ignorons  si  un  processus  morbide  est  capable  de  realiser 
l’excitation  d’une  fonction  (Triantaphyllos). 

Nous  rappellerons  pour  memoire  seulement  les  hallucinations 
qui  se  deroulent  dans  le  champ  hemianopsique  ou  dans  le  champ 
visuel  conserve  dans  les  cas  de  lesions  portant  sur  une  moitie 
du  tractus  visuel  retro-schiasmatique.  Lamy,  Seguin,  Henschen, 
Bidou,  Vorster,  Feren,  Higier,  Paul  Camus  en  ont  rapporte  de 
tres  demonstratives  observations,  mais  la  statistique  d’Eskuchen 
apparait,  de  toutes,  la  plus  impressionnante  puisqu’elle  ne 
comprend  pas  moins  de  47  cas,  dont  21  avec  consecration  ana¬ 
tomique. 

Une  des  modalites  les  plus  dignes  de  retenir  l’attention  des 
neurologistes  est,  sans  contredit,  l’hallucination  liee  aux  tumeurs 
du  lobe  temporal,  lesquelles  ont  fait  l’objet  de  remarquables 
travaux  de  la  part  de  H.  Jackson,  H.  Cushing,  de  Horrax,  de 
Baruk  et  dont  de  beaux  exemples  ont  ete  rapportes  par  de  Mar- 


HALLUCINATIONS  VISUELLES 


325 


tel,  C.  Vincent,  Hartmann,  Oppenheim,  F.  Krause,  F.  Kennedy. 
Souvent,  1’hallucination  surgit  dans  le  champ  hemianopsique, 
mais  cette  eventuality  n’est  pas  obligee.  Ce  qui  semble  devoir 
etre  retenu,  c’est  que  les  hallucinations  d’origine  temporale  peu- 
vent  reproduire  toutes  les  varietes  de  phantasmes,  de  phantop- 
sies  (True),  depuis  les  plus  elementaires,  telles  que  les  images 
de  fumees,  jusqu’aux  plus  complexes,  qui  s’etagent  depuis  les 
figures  d’animaux  ou  de  personnages  humains,  jusqu’aux  sce¬ 
nes  animees  qui  groupent  de  nombreux  figurants.  II  semble 
egalement  que,  assez  frequemment,  revolution  du  processus 
neoplasique  commande  qn  developpement  temporel  particulier 
de  l’hallucinose,  car  ce  n’est  qu’apres  une  periode  traversee  de 
simples  photopsies  qu’apparaissent  les  hallucinations  figurees. 
Fait  curieux,  observe  par  Van  Bogaert,  les  images  hallucinatoires 
peuvent  etre  cinematographiques,  sans  epaisseur,  et  meme  trans- 
parentes.  Van  Bogaert  a  fait  egalement  cette  remarque  que,  a 
l’exemple  de  l’imagerie  du  reve,  les  phantopsies  temporales  sur- 
gissent  et  s’evanouissent  avec  rapidite  ou  se  succedent  sans 
nulle  coherence,  de  meme  que  dans  l’etat  onirique.  Ici  encore, 
1’hallucination  visuelle  peut  etre  identifiee  et  reconnue  comme 
telle  ou  duper  le  sujet  en  lui  offrant  tous  les  caracteres  de  la 
realite  la  moins  discutable. 

En  dehors  des  neoplasies,  il  est  peu  de  processus  qui,  localises 
au  lobe  temporal,  sont  susceptibles  de  creer  l’etat  hallucinatoire. 
Aussi  sommes-nous  embarrasses  pour  classer  l’interessant  fait 
publie  par  Janbon  et  Viallefont.  Celui-ci  a  trait  a  une  malade 
agee  de  70  ans,  hypertendue  moyenne,  chez  laquelle  se  produi- 
sent  des  crises  paroxystiques  caracterisees  par  des  vertiges,  des 
troubles  d’ordre  aphasique  et  visuel.  Dans  la  moitie  gauche  du 
champ  visuel,  surgissent  des  bouquets  de  fleurs,  des  roses  vertes, 
bleues  ou  jaunes  qui  disparaissent  en  glissant  vers  la  droite  et 
dont  la  patiente  n’est  jamais  la  dupe. 

Les  auteurs  admettent,  a  l’origine  de .  ces  phantasmes,  un 
spasme  de  l’artere  sylvienne,  mais  ne  font  pas  etat  des  altera¬ 
tions  oculaires  qui  se  presentaient  sous  forme  d’un  leucome  para¬ 
central  de  l’ceil  droit,  de  legeres  opacites  cristalliniennes  a  gau¬ 
che,  et  d’un  cedeme  de  la  papille  associe  a  la  gracilite  des  arteres 
retiniennes. 

3°  Hallucinations  apparaissant  au  cours  de  revolution  d’une 
lesion  du  bulbe  oculaire.  —  La  possibilite  de  l’existence  de  lesions 
strictement  oculaires  a  l’origine  des  hallucinations  visuelles  dont 
temoigne  l’observation  precedente,  nous  introduit  directement 


326 


J.  LHERMITTE  ET  J.  DE  AJURIAGUERRA 


dans  un  probleme  des  plus  discutes  de  la  Neuropsychiatrie,  celui 
des  relations  hypothetiques  des  modifications  des  photo-recep- 
teurs  avec  les  phantopsies.  Pour  avoir  ete  fort  anciennement 
posee,  cette  question  n’en  demeure  pas  moins  tres  actuelle. 

Parmi  les  travaux  les  plus  importants  de  nos  devanciers,  celui 
d’Uthoff  se  place  au  premier  rang.  A  propos  de  3  observations 
de  choroidite  centrale  et  de  2  cas  d’ophtalmie  sympathique  ou  la 
lesion  oculaire  s’accompagnait  de  visions  colorees  d’objets  ou  de 
personnages  vivants,  Uthoff  se  demande  quelles  peuvent  etre  les 
relations  pathogeniques,  si  tant  est  qu’il  y  en  ait,  qui  reunissent 
le  desordre  psychologique  et  l’alteration  oculaire  et  arrive  a  consi- 
derer  cette  derniere  comme  l’origine  des  phantopsies.  Schroeder, 
au  cours  de  la  discussion  dont  la  communication  d’Uthoff  fut 
l’objet,  semble  aboutir  a  la  meme  conclusion  a  propos  des  hallu¬ 
cinations  qui  accompagnent  la  cataracte. 

En  1922,  Morax  reprit  l’etude  de  ce  probleme  et  apporta  plu- 
sieurs  faits  bien  dignes  de  retenir  l’interet.  Le  premier  a  trait  a 
un  vieillard  de  84  ans  atteint  de  cataracte  de  1’oeil  droit  et  d’opa- 
cites  cristalliniennes  de  l’ceil  gauche,  chez  lequel  survinrent  des 
alterations  retiniennes  d’origine  vasculaire.  Or,  ce  malade  etait 
hante  par  des  visions  de  figures  feminines,  groupees  en  longues 
theories  et  dont  1’ajustement  et  la  coiffure  rappelaient  ceux  du 
xviif  siecle.  Parfois,  surgissaient  des  figures  grotesques,  qui 
tirant  la  langue,  qui  decouvrant  de  grandes  dents.  Des  troncs 
d’arbres  irreels  se  melaient  au  decor  de  la  realite  et  parfois 
l’image  hallucinatoire  se  superposait  a  un  objet  reel.  Le  derou- 
lement  de  ces  phantopsies  ne  provoquait  generalement  aucun 
sentiment  penible,  cependant,  s’il  s’intensifiait,  le  patient  en 
arrivait  a  se  demander  s’il  ne  devenait  pas  fou. 

Un  autre  malade,  observe  par  Morax  et  atteint  de  glaucome 
chronique,  voit  defiler  des  corteges  de  femmes  a  l’accoutrement 
bizarre,  ornees  de  perles  et  de  brillants  ;  or,  lorsque  surgissent 
les  phantopsies,  la  vision  centrale  s’eteint. 

De  ces  premiers  faits,  nous  pouvons  rapprocher  le  cas  assez 
singulier  du  naturaliste  Savigny,  dont  nous  possedons  une  auto- 
analyse  precieuse  : 

«  Le  4  aout  1817,  ecrit  Savigny,  je  fus  pris  d’une  affection 
curieuse  de  la  vue,  laquelle  m’obligea  de  cesser  mes  etudes.  Cette 
maladie  me  rendait  incapable  de  supporter  la  lumiere,  et,  dans 
l’obscurite  toujours  plus  profonde  ou  elle  me  forcait  de  me 
tenir,  elle  faisait  briller  une  foule  d’images  vivement  colorees 
dont  les  emissions  me  fatiguaient  et  m’obsedaient.  Je  citerai, 
parmi  ces  visions,  d’innombrables  faces  humaines,  toutes  egale- 


HALLUCINATIONS  VISUELLES 


327 


ment  expressives,  prenant  je  ne  sais  quel  air  et  fixant  sur  moi 
des  regards  inflexibles.  » 

Pendant  toute  sa  vie,  Savigny  critiqua  ses  hallucinations, 
jamais  il  ne  devint  aveugle,  et  mourut  en  1851,  date  de  la 
decouverte  de  l’ophtalmoscope. 

Chez  un  borgne  de  75  ans,  atteint  de  leucome  et  de  glaucome 
de  l’ceil  restant,  True  relevait,  a  l’exemple  de  Morax,  de  Uthoff 
et  de  Schroeder,  des  phantopsies  variees,  de  meme  que  chez  une 
femme  agee  de  42  ans,  affectee  d’atrophie  optique  bilaterale. 
Dans  ce  fait,  les  hallucinations  survenaient  par  crises  et  pre- 
naient  le  type  des  hallucinations  liliputiennes. 

Dans  1’atrophie  optique  des  tabetisants,  la  survenance  inopinee 
d’hallucinations  est  loin  d’etre  une  exceptionnelle  r arete.  Recem- 
ment,  nous  en  avons  pu  voir  un  exemple.  II  s’agit  d’un  ancien 
tabetique,  age  de  55  ans,  frappe  de  cecite  par  atrophie  papillaire 
complete,  lequel,  a  certains  moments  de  la  journee,  surtout 
quand  il  est  assis  et  inoccupe,  voit  apparaitre  des  paysages,  un 
village,  une  eglise  blanche  avec  son  clocher  ;  jamais  ces  visions 
ne  sont  prises  pour  la  realite  et,  en  aucun  cas,  ne  lui  donnent 
l’illusion  de  recouvrer  la  vue. 

H.  Claude,  H.  Baruk  et  P.  Vervaeck  rapportent,  en  1927,  une 
observation  tres  suggestive  en  ce  qu’elle  nous  montre  revolution 
simultanee  et  parallele  d’une  atteinte  oculaire  et  des  paroxysmes 
hallucinatoires.  Il  s’agit  d’un  professeur  age  de  48  ans,  chez  lequel 
se  developpa  une  keratite  heredo-specifique  avec  baisse  conside¬ 
rable  de  l’acuite  visuelle.  Or,  dans  le  meme  temps  que  s’etablis- 
sait  l’amblyopie,  apparurent  des  phantopsies  curieuses.  C  etaient, 
dit  le  malade,  des  tetes  de  messieurs  surmontant  un  faux-col  et 
encadrees,  des  paysages  colores  d’abord  en  rouge,  puis  en  bleu  ; 
ces  phantasmes  se  projettent  sur  les  murs,  suivent  les  mouve- 
ment  des  yeux  et  leurs  dimensions  varient  avec  leur  eloignement 
apparent.  Toutes  ces  visions  sont  agreables  a  regarder  et  le 
malade  s’etonne  d’en  etre  l’objet,  car  «  il  n’est  pas  dote  d  un 
ceil  de  peintre  ». 

D’autre  part,  il  semble  que  certaines  conditions  d’eclairage, 
la  contemplation  d’objets  brillants,  favorisent  l’apparition  de  ces 
visions  dont  le  malade  n’est  pas  dupe,  mais  qu’il  croit  subir 
passivement. 

Dans  un  cas  de  decollement  de  la  retine,  chez  une  femme 
myope  agee  de  52  ans,  Targowla  et  Picard  ont  observe  egalement 
la  survenance  d’hallucinations,  sous  la  forme  d’abord  de  points 
noirs,  plats,  puis  d’ombres  humaines  cramponnees  a  son  lit,  enfin 
d’oiseaux,  de  chauves-souris,  parfois  de  chapelles  funeraires,  de 


328 


3.  LHERMITTE  ET  J.  BE  AJUR1AGVERRA 


tombes,  de  croix.  Ces  hallucinations  s’evanouissaient  apres 
l’occlusion  des  paupieres. 

Dans  un  travail  plus  recent,  A.  Terson  a  rapporte  six  observa¬ 
tions  personnelles  et  repris  l’etude  pathogenique  des  faits  que 
nous  visons. 

i”  cas.  —  Malade  ethylo-tabagique  avec  scotome  amblyopique 
toxique,  sujet  aux  cauchemars  terrifiants.  Le  matin,  il  apercoit  des 
bonshommes  qui,  habilles  de  couleurs  eclatantes,  portent  divers 
ustensiles  de  cuisine  et  se  pourchassent  sur  les  murs  et  jusque  sous 
son  lit. 

2e  cas.  —  Vieillard  de  89  ans,  porteur  d’une  cataracte  zonulaire 
bilaterale,  jamais  completee,  atteint  de  broncho-pneumonie  ;  le  ma¬ 
tin,  quelques  jours  avant  son  agonie,  voit  une  ronde  joyeuse  de 
catherinettes  s’abattre  sur  sa  couche  et  sur  les  meubles.  C’etait  le 
lendemain  de  la  Ste-Catherine  dont  les  journaux  avaient  parle. 

3e  cas.  —  Malade  heredo-specifique  atteinte  de  chorio-retinite. 
Vision  de  poupees  aga? antes  «  coloriees  et  indefinissables  »,  de 
fleurs,  d’une  tete  de  vieille  femme.  Ces  hallucinations  furent  rempla- 
cees  par  des  reves  extraordinaires. 

¥  cas.  —  Malade  atteinte  de  syphilis  nerveuse.  Injections  d’ace- 
tylarsan.  Des  le  soir  du  jour  de  la  3e  injection,  choc  intense,  la  ma¬ 
lade  devient  soudainement  aveugle,  tandis  que  s’installent  une  atrophie 
optique  et,  peu  a  peu,  un  etat  hallucinosique  permanent.  Les  visions 
consistent  en  personnages  lilliputiens,  des  petits  violonistes,  de  peti- 
tes  nourrices. 

5‘  cas.  —  Malade  ayant  ete  atteint  de  decollement  retinien.  Les 
hallucinations  continues,  elementaires  (lumiere,  fusees  colorees)  ou 
figurees,  sont  tellement  obsedantes  que  le  malade  vient  a  Paris  pour 
demander  au  chirurgien  de  pratiquer  l’enucleation  des  deux  yeux, 
origine,  croit-il,  de  ses  visions. 

6°  cas.  —  Vieillard  de  80  ans,  atteint  de  cataracte  et  presentant 
de  la  diplopie,  il  voit  defiler  inopinement  des  senateurs,  des  parents 
ou  croit  assister  a  une  ceremonie  hindoue. 

Depuis  plusieurs  annees,  nous  avons  recueilli  diverses  obser¬ 
vations  d’hallucinoses  chez  les  ophtalmopathes  et  certaines 
d’entre  elles  nous  semblent  eclairer  le  mecanisme  si  mysterieux 
des  phantopsies. 

lre  observation.  —  Mme  Mah.,  74  ans,  admise  en  novembre  1929  a 
l’Hospice  Paul-Brousse  pour  senilite. 

L’examen  revele  l’existence  d’un  tremblement  rythme  du  type 


HALLUCINATIONS  YISUELLES 


329 


parkinsonien  du  membre  superieur  droit,  siege  de  douleurs  articu- 
iaires.  Aucun  signe  neurologique  ni  visceral.  Urines  sans  sucre  ni 
albumine. 

Examen  ophtalmologique  (Dr  Bollack).  —  Pupilles  egales,  larges. 
Motilite  du  globe  et  sensibilite  normales.  Opacites  cristalliniennes 
centrales  a  droite,  a  gauche  l’amaurose  semble  complete  par  cata- 
racte. 

Champ  visuel.  Hemianopsie  nasale  gauche,  scotome  central  absolu. 

Fond  d’oeil  Droit:  degeneration  maculaire  du  type  senile  ;  gauche: 
lesions  maculaires  :  exageration  des  battements  arteriels. 

Le  15  janvier  1933.  Entre  a  l’infirmerie  pour  une  broncho-pneu- 
monie  avec  adynamie.  L’examen  neurologique  montre  l’integrite  des 
reflexes  tendineux,  l’existence  d’une  extension  bilaterale  des  orteils. 
La  sensibilite  est  normale  sur  tout  le  tegument-  Aucune  incoordina¬ 
tion  motrice. 

Reflexes  pupillaires  conserves. 

Mai  1933.  Depuis  un  mois  elle  apercoit  des  animaux  noirs,  des 
taupes  «  quand  la  nuit  est  claire  ».  Si,  pendant  la  nuit,  l’obscurite 
est  profonde,  elle  ne  les  voit  point.  Ces  animaux  courent  sur  le  lit 
mais  la  malade  reconnait  qu’il  s’agit  «  d’illusions  »  et  pense  que  ces 
visions  sont  en  rapport  avec  des  troubles  de  la  vue.  Parfois  les  taupes 
sont  remplacees  par  des  mouches  noires. 

Ces  visions  ne  sont  pas  limitees  a  un  secteur  quelconque  du  champ 
visuel  et  se  meuvent  dans  tous  les  sens. 

Octobre  1933.  La  malade  raconte  que  depuis  quelque  temps  elle 
eprouve  souvent  l’envie  de  dormir  ;  meme  en  marchant  elle  s  endort, 
dit-elle,  et  se  met  a  rever.  Ainsi,  dit-elle,  je  suis  venue  dans  un  reve 
de  la  porte  de  l’hospice  jusqu’a  l’inflrmerie  (150  metres). 

Apres  le  dejeuner,  elle  s’endort  sur  sa  chaise  tandis  que  la  nuit  le 
sommeil  est  assez  frequemment  trouble.  La  malade  nous  dit  avoir 
presente  dans  1’enfance  des  acces  de  somnambulisme. 

Novembre  1934.  Les  hallucinations  ne  se  reproduisent  plus,  le 
sommeil  est  redevenu  normal. 

Aoiit  1935.  Vient  consulter  pour  des  algies  dans  le  cote  droit  res- 
semblant  a  des  brulures.  La  sensibilite  objective  est  normale.  On 
constate  du  cote  gauche  un  signe  de  Babinski.  De  plus,  la  malade 
accuse  une  diplopie  intermittente.  Cependant  on  ne  retrouve  aucune 
paralysie  oculaire. 

2e  observation.  —  Mme  Br...,  agee  de  73  ans,  entre  a  l’Hospice 
Paul-Brousse  pour  une  hemiplegie  datant  de  15  ans.  En  dehors  de 
cette  infirmite,  jamais  cette  patiente  n’a  ete  genee  dans  son  activite, 
elle  ne  se  souvient  d’aucune  maladie  serieuse  qui  l’ait  frappee. 

Deux  fois  mariee,  deux  enfants  sont  nes  de  son  premier  mariage  : 
l’un  d’eux  succomba  peu  apres  sa  naissance. 

En  novembre  1934,  on  constate  chez  cette  malade  le  reliquat  d’une 
hemiplegie  gauche  caracterisee  par  une  hypotonie  de  l’hemiface  gau- 


J.  LHERMITTE  ET  J.  DE  AJUR1AGUERRA 


che,  une  legere  paresie  du  membre  superieur  et  une  immobilisation 
en  extension  du  membre  inferieur  gauche  aggravee  par  des  retrac¬ 
tions  musculo-tendineuses  et  une  demi-ankylose  du  genou  secondaire 
a  une  arthrite  ancienne. 

Du  cote  droit,  les  mouvements  spontanes  sont  beaucoup  plus 
libres,  au  moins  pour  le  membre  superieur,  car  la  jambe  est  deformee 
par  la  contracture  en  extension  du  pied  fixee  par  un  certain  degre 
de  retraction  tendineuse. 

La  station  et  la  marche  sont  completement  impossibles. 

Les  reflexes  tendineux  sont  impossibles  a  mettre  en  evidence  au 
membre  inferieur  gauche  du  fait  des  lesions  musculo-tendineuses  et 
articulaires,  aux  membres  superieurs  les  reflexes  existent,  a  peu  pres 
normaux. 

Le  reflexe  plantaire  s’eff'ectue  en  flexion,  mais  il  faut  observer  que 
la  retraction  tendineuse  des  flechisseurs  des  orteils  deforme  consi- 
derablement  le  pied. 

Sur  la  face  tous  les  mouvements  expressifs  sont  correctement  exe¬ 
cutes  ;  la  langue  est  tiree  correctement. 

La  sensibilite  subjective  est  affectee  et  la  malade  declare  souffrir 
constamment  de  la  jambe  gauche.  Cependant,  objectivement,  on  ne 
constate  aucun  trouble  grossier  des  sensibilites  superficielles  et  pro- 
fondes  :  le  tact,  le  chaud,  le  froid,  la  piqure,  les  vibrations  du  diapa¬ 
son  sont  perf.ues. 

Pas  de  choree  ni  d’ataxie  dans  les  mouvements  commandes  ou 
spontanes. 

Aucun  trouble  trophique  (en  dehors  d’une  ulceration  torpide  de  la 
jambe  gauche)  ni  aucun  desordre  des  sphincters. 

Le  psychisme  apparait  un  peu  affaibli  et  en  voie  de  decheance 
senile  ;  ainsi  la  memoire  se  perd,  la  malade  ne  peut  preciser  les 
dates  de  la  derniere  guerre  ;  l’orientation  spatiale  n’est  pas  parfaite, 
elle  se  croit  a  la  Salpetriere  alors  qu’elle  est  a  Villejuif,  mais  nean- 
moins  le  jugement,  le  raisonnement  ne  sont  pas  troubles  et  l’on  peut 
converser  avec  la  malade  sans  difficulty  Les  reponses  sont  adequa- 
tes  aux  questions.  La  malade  n’est  pas  illettree. 

Nous  nous  sommes  assures  qu’il  n’existait  aucun  symptome  d’ordre 
agnosique,  apraxique  ou  aphasique. 

Peu  de  jours  apres  son  admission  a  1’Hospice  Paul-Brousse,  la  nna- 
lade  s’est  plainte  d’etre  visitee  par  certains  personnages  qui  l’en- 
nuyaient  par  leur  insistance.  Auparavant,  elle  avait  ete  pendant  la 
nuit  la  proie  de  cauchemars  ou  de  reves  prolonges,  mais  jamais  elle 
n’avait  ete  affectee  par  des  phenomenes  semblables. 

Bientot,  ce  sont  deux  chiens  noirs  qui  apparaissent  et  se  couchent 
sous  le  lit  apres  que  la  malade  les  a  aper^us.  Ces  visions  se  manifes- 
tent  a  la  tombee  du  jour  ou,  mieux  encore,  dans  l’obscurite.  La  ma¬ 
lade  declare  :  «  les  chiens  se  couchent  quand  je  les  aper^ois  ». 

Un  peu  plus  tard,  ce  fut  un  couple  forme  par  un  jeune  homme  et 
une  jeune  fille  qui  se  montraient  a  la  fenetre.  La  fille  est  habillee  de 


HALLUCINATIONS  VISUELLES 

petit  bonnet  blanc  sur  lequel  tranche 


331 


blanc  et  porte  un  petit  bonnet  blanc  sur  lequel  tranche  un  beau 
ruban  bleu.  . 

Le  jeune  homme  est  tout  en  noir.  II  lui  semble  que  la  jeune  fille 
est  jolie,  mais  jamais  die  n’a  pu  apercevoir  la  physionomie  du  jeune 
homme.  Ces  figures  s’effacent  devant  une  illumination  trop  crue. 

La  malade  est  persuadee  de  la  realite  objective  de  ces  apparitions 
etranges  et  s’efforce  par  des  gestes  de  la  main  ou  en  detournant  son 
visage  de  les  eviter.  Parfois  elle  se  demande  si  elles  ne  sont  pas  des 
representations  diaboliques. 

La  malade  s’inquiete  specialement  du  couple  juche  sur  la  fenetre 
et  se  demande  s’il  ne  lui  jette  point  quelque  chose  qui  brule  ;  la 
jeune  fille  qu’elle  appelle  «  la  petite  friponne  »  veut  lui  arracher 
les  cheveux  Parfois,  celle-ci  s’assied  sur  son  oreiller  et  cela  lennuie; 
la  fille  «  lui  frotte  les  yeux  ».  . 

La  malade  s’irrite  un  peu  en  decrivant  ses  visions  et  ajoute  :  «  je 
ne  suis  pourtant  pas  folle  ».  - 

Devant  cet  etat  hallucinosique,  l’on  changea  la  malade  de  lit  a 
de  dissiper  les  visions  obsedantes,  mais  ce  fut  peine  perdue  ;  les 
hallucinations  persisterent  comme  auparavant.  La  petite  fripouille 
veut  toujours  lui  bruler  les  yeux  et  lui  tire  les  cheveux  «  elle  me  fait 
trembler  comme  une  feuille  »,  ajoute-t-elle.  Le  jeune  homme  devient 
mechant  avec  elle  et  lui  derobe  pendant  la  nuit  son  mouchoir  ,  si 
cela  continue,  dit-elle,  je  m’en  irai.  Oil  ?  Dans  la  rue. 

L’examen  des  visceres  ne  montre  rien  d’anormal. 

Quant  a  l’examen  ophtalmologique  pratique  par  le  D  Bollack,  voici 
les  resultats  : 

Reflexes  pupillaires  normaux. 

Aucune  paralysie  oculaire. 

Fond  d’ceil  normal  pour  le  cote  gauche,  impossible  a  voir  du  cote 
droit  a  cause  d’une  cataracte  tres  opaque. 

L’acuite  visuelle  est  normale  a  droite  ;  a  gauche,  les  mouvements 
de  la  main  sont  percus.  ,,  , 

L’etat  de  la  malade  ne  se  modifia  en  rien  jusqua  la  mort  qui  sur- 
vint  le  25  mai  1935,  a  la  suite  d’une  insuffisance  cardiaque  comph- 
quant  une  broncho-pneumonie.  .  , 

Autonsie  —  Atherosclerose  diffuse  tres  accusee,  dilatation  des 
cavites  ventriculaires  cardiaques,  sclerose  renale.  Hemorragie  re- 
cente  de  la  couche  optique  droite. 


3'  observation.  —  Mme  Van  Hoeve,  couturiere,  adressee  a  1  Hospice 
Paul-Brousse  en  raison  d’un  tres  grand  affaiblissement  de  la  vue  lequel 
remontait  a  de  longues  annees,  par  atrophie  papillaire.  En  1888, 
l’amblyopie  etait  deja  tres  importante  ;  elle  s’est  mariee  alors  qu  elle 
etait  presque  aveugle.  En  realite,  la  malade  peut  distinguer  les  for- 
mes  mais  est  incapable  de  se  representer  les  couleurs.  Ainsi  elle  ne 
peut  evoquer  la  couleur  des  cheveux  de  son  man  qui  etait  blond,  lls 


J.  LHERMITTE  ET  J.  DE  AJURIAGUERRA 


lui  apparaissent  noirs.  D’ailleurs  toutes  les  images  visuelles  lui  appa- 
raissent  en  noir,  meme  les  feuilles  des  arbres. 

Aucun  signe  objectif  en  rapport  avec  une  alteration  du  systeme 
nerveux.  Urines  sans  sucre  ni  albumine. 

Le  16  octobre  1929,  la  malade  eprouve  des  douleurs  dans  le  bras 
gauche  accompagnees  d’une  maladresse  de  ce  membre,  ce  qui  la 
gene  pour  coudre.  Tous  les  reflexes  sont  normaux.  La  tension  arte- 
rielle  s’eleve  a  20-11  au  Yaquez.  L’azotemie  atteint  0  gr.  59.  On  pres¬ 
ent  des  injections  d’acecholine. 

Le  30  mai  1931,  il  y  a  huit  jours,  la  malade  au  reveil  eprouve  un 
engourdissement  de  la  main,  de  la  face  et  de  la  langue  du  cote  gau¬ 
che.  La  jambe  demeure  normale. 

Actuellement,  on  constate  une  diminution  de  la  force  musculaire 
des  deux  cotes,  sans  incoordination  motrice. 

Tous  les  reflexes  superficiels  et  profonds  sont  conserves.  La  sensi- 
bilite  objective  est  normale  a  tous  les  modes.  Stereognosie  normale, 
de  meme  que  la  topognosie. 

Le  15  juin  1931,  la  malade  declare  que  le  bras  droit  devient  en- 
gourdi  comme  le  gauche. 

Le  21  octobre  1932,  la  malade  nous  raconte  que  depuis  quelque 
temps  elle  voit  apparaitre  des  petits  bonshommes  tout  noirs  defiler 
devant  elle.  Us  ne  la  regardent  pas  et  n’ont  pas  l’air  de  vouloir  lui 
faire  du  mal. 

Pas  de  desorientation  ni  dans  le  temps  ni  dans  Tespace.  Calcule 
bien.  Enumere  correctement  les  mois  de  l’annee.  Lorsqu’elle  mange 
sa  soupe,  elle  voit  egalement  des  petits  chiens,  ils  semblent  aussi 
reels  que  les  chiens  vivants.  Elle  cherche  a  les  toucher  mais  sa  main 
retombe  dans  le  vide  ;  elle  a  peur  et  les  chiens  disparaissent. 

Parfois  elle  est  visitee  par  trois  bonshommes  noirs  qui  sont  pen- 
dus  a  la  cloison  de  sa  chambre  ;  ils  viennent  et  s’en  vont,  «  sem¬ 
blent  gros  et  beaux  ». 

Le  24  octobre  1932,  1’etat  mental  est  completement  modifie,  la 
patiente  ne  peut  dire  son  age  exact  ni  meme  son  nom.  La  desorienta¬ 
tion  temporelle  et  spatiale  est  complete.  Paraphasie.  Perseveration 
verbale. 

Ou  sommes-nous  ?  —  R.  :  Van  Hoeve.  —  Quel  age  avez-vous  ?  — 
R.  :  Van  Hoeve.  —  Quel  jour  sommes-nous  ?  - —  R.  :  Van  Hoeve. 

Cependant  la  malade  execute  bien  les  ordres  simples  mais  avec 
lenteur  ;  elle  distingue  la  main  droite  d’avec  la  main  gauche,  elle 
peut  realiser  des  operations  simples.  2+2  =  4.  4+4  =  8.  Les  mots 
d’epreuve  sont  correctement  repetes. 

Spontanement  la  malade  declare  qu’elle  voit  tout  pres  d’elle  -des 
petits  chiens  blancs  et  des  hommes  noirs,  surtout  a  la  fin  de  la  jour- 
nee.  Les  chiens  vont  meme  jusqu’a  gratter  la  couverture  du  lit,  lors¬ 
qu’elle  veut  les  toucher  ils  disparaissent. 

L’examen  objectif  ne  montre  aucune  paralysie  ;  pas  de  signe  de 


HALLUCINATIONS  V1SUELLES 


333 


ia  prehension.  Signe  de  Mayer  et  de  Leri  negatifs.  Reflexes  tendineux 
legerement  plus  vifs  du  cote  gauche. 

Pas  de  troubles  appreciables  de  la  sensibilite. 

Le  28  octobre  1932,  amelioration  nette  de  l’etat  mental,  moins 
desorientee.  Parole  mal  articulee  un  peu  semblable  a  celle  d’un 
pseudo-bulbaire.  Images  visuelles  difficiles  a  evoquer  :  ne  peut  se 
representer  les  couleurs  du  drapeau  national. 

Acinesie,  absence  d’initiative.  On  est  oblige  de  faire  manger  la 
malade. 

24  novembre  1932.  Affaiblissement  des  facultes.  Desorientation 
dans  le  temps  et  l’espace.  Ne  peut  dire  ni  l’annee  ni  le  mois,  ne  re- 
;  irouve  plus  son  nom. 

Troubles  importants  du  langage  :  dysarthrie,  paraphasie. 

Comprend  assez  bien  les  ordres  simples,  tres  mal  les  ordres 
■compliques.  Distingue  bien  le  cote  droit  d’avec  le  cote  gauche. 

Pleurer  et  rire  immotives  pendant  l’interrogatoire. 

La  reconnaissance  des  objets  est  conservee,  cependant,  de  temps  en 
temps,  la  malade  ne  peut  evoquer  le  mot  correspondant  a  l’objet 
palpe.  Ainsi  elle  dit  pour  une  bague,  anse,  de  meme  que  pour  un  de, 
un  bouton.  Perseveration  verbale. 

Calcul  mental  simple  conserve,  multiplication  impossible,  de  meme 
que  la  soustraction.  Pas  d’aphasie  sensorielle. 

Persistance  des  hallucinations  visuelles  avec  leurs  memes  caracte- 
res.  Grande  emotivite. 

Examen  neurologique.  —  Pas  de  paralysie  mais  diminution  de  la 
force  musculaire  aux  quatre  membres.  Tonus  normal.  Demarche  a 
petits  pas.  Reflexes  tendineux  normaux  aux  quatre  membres.  Re- 
flexe  de  la  moue  positif.  Reflexes  cutanes  normaux,  pas  de  signe  de 
Rabinslci,  mais  extension  du  gros  orteil  droit  par  excitation  de  la 
plante  du  pied  gauche. 

Pas  de  reflexes  de  defense.  Sensibilite  objective  normale  a  tous  les 
modes.  Pas  de  troubles  de  nature  cerebelleuse.  Pas  de  troubles  des 
sphincters.  Pas  de  dysphagie  ni  de  salivation  exageree. 

Etat  general  excellent.  Pas  de  symptomes  en  rapport  avec  des 
modifications  viscerales.  Tension  arterielle  23-12.  Gceur  normal. 

La  malade  succomba  le  19  juin  1933  a  un  oedeme  pulmonaire  lie  a 
une  insuflisance  cardiaque.  , 

A  Vautopsie  :  nephrosclerose,  atherosclerose,  dilatation  des  cavi- 
tes  cardiaques.  Systeme  nerveux  :  foyer  malacique  recent  du  cuneus 
gauche  ;  atrophic  ancienne  sclereuse  avec  retraction  de  la  couche 
optique  gauche,  compression  du  nerf  optique  droit  par  la  carotide 
atheromateuse. 

Examen  histologique.  —  Le  foyer  thalamique  gauche  est  constitue 
par  des  cavites  dans  lesquelles  serpentent  des  vaisseaux,  des  tractus 
nevrogliques,  un  grand  nombre  de  corps  granuleux  contenant  du 
pigment  ferrique  et  d’autre  part  par  un  tissu  nevroglique  dans  lequel 


331 


J.  LHERMITTE  ET  J.  DE  AJURIAGUERRA 


serpente  un  lacis  vasculaire  tres  serre,  aux  parois  hyalines  et  impre- 
gnees  en  bleu  profond  par  la  reaction  de  bleu  de  Berlin.  Par  endroits 
des  travees  fortes  de  collagene  se  pressent  les  unes  contre  les  autres, 
toutes  colorees  en  bleu  par  la  reaction  ferrique  (fig.  1). 

Dans  ce  tissu  nevroglique  et  collagene,  on  rencontre  egalement 
d’innombrables  granulations  pigmentees,  brun  fonce,  lesquelles  ne 
prennent  pas  la  reaction  du  fer. 

Par  la  methode  de  l’hematoxyline-eosine  on  constate  que  le  foyer 


Fig.  1.  —  Foyer  malacique  ancien  du  thalamus;  etat  grillage  du  tissu  nerveux, 
nombreux  corps  granuleux,  neoformation  vasculaire. 


se  presente  sous  la  forme  d’une  fissure  profonde  et  large,  constitute 
par  du  tissu  collagene  et  nevroglique  ;  les  bords  sont  surtout  collage- 
nes  et  la  partie  centrale  nevroglique,  mais  ce  tissu  change  et  tantot  la 
nevroglie  est  plus  abondante,  tantot  le  collagene  (fig.  2).  Dans  ce  tissu 
collagene  et  nevroglique  s’accumulent  de  nombreux  corps  granuleux 
charges  de  pigments  ferriques  colores  en  jaune  fonce.  Dans  certaines 
parties  le  collagene  est  peu  important,  mais  la  nevroglie  est  extreme- 
ment  dense,  a  tel  point  qu’elle  forme  une  veritable  paroi  qui  emmure  le 
foyer.  Dans  ce  foyer  on  constate  certains  vaisseaux  avec  thrombose 
ancienne  et  dont  la  paroi  est  feuilletee,  hyaline,  sans  aucun  noyau.  De 
ce  foyer  fusent  des  prolongements  de  meme  structure  (fig.  3). 

Dans  certaines  regions  on  apercoit  des  vaisseaux  aux  parois  assez 


HALLUCINATIONS  VISUELLES 


minces  et  bourres  d’hematies  normales.  La  circulation  done,  dans  ce 
foyer,  n’est  pas  a  tous  les  points  interessee.  Autour  du  foyer  les  vais- 
seaux  ,se  presented  avec  des  parois  feuilletees,  parfois  divisees  par 
des  foyers  areolaires  charges  de  cristaux  de  cholesterine.  Certains  de 
ces  vaisseaux  sont  permeables,  d’autres  obliteres  par  un  ancien 
thrombus.  Enfln,  autour  d’un  grand  nombre  de  vaisseaux,  on  apercoit 
une  couronne  tres  dense,  parfois  epaisse,  de  cellules  lymphocytiques. 

Dans  la  region  des  noyaux  centraux  qui  correspond  a  la  partie  du 


pIG  2.  _  Foyer  ancien  de  ramollissement  dans  le  thalamus  ; 

revascularisation  de  la  zone  malacique. 


tiers  inferieur  du  noyau  lenticulaire  ou  Ton  voit  le  faisceau  de 
Vicq  d’Azir  (fig.  4),  la  commissure  posterieure,  la  commissure  grise  an- 
terieure  et  la  commissure  blanche,  on  constate  un  foyer  apoplectique 
en  forme  de  fissure  elargie  a  son  extremite  postero-externe,  comblee 
de  corps  granuleux  pigmentaires.  Ce  foyer,  situe  en  pleine  couche 
optique,  detruit  le  noyau  interne,  le  noyau  median,  une  partie  du 
faisceau  strio-thalamique.  II  menage  le  noyau  postero-externe,  atteint 
le  noyau  externe  a  la  partie  toute  anterieure.  La  commissure  poste¬ 
rieure  est  degeneree,  on  voit  cependant  le  ganglion  de  1’habenula. 

Dans  la  capsule  interne  parfaitement  conservee,  on  apercoit  une 
mince  fissure  degeneree,  exactement  dans  la  partie  mediane.  Les 


336 


J.  LHERMITTE  ET  J.  DE  AJURIAGUERRA 


fibres  du  ruban  de  Reil  qui  s’accumuient  a  la  partie  posterieure  du 
pulvinar  sont  conservees.  Dans  le  noyau  lenticulaire  les  vaisseaux 
sont  extremement  epais.  Par  endroits  le  tissu  est  rarefie  avec  un  semis, 
autour  des  vaisseaux  thromboses,  de  corps  granuleux  pigmentaires. 
Aspect  tres  crible  sur  une  partie  de  l’etendue. 

Noyau  lenticulaire  normal. 

Dans  la  capsule  interne  les  vaisseaux  sont  sclereux  et  aux  parois 
extremement  epaisses.  Le  faisceau  de  Meynert  est  conserve. 


Fig.  3.  —  Alterations  des  vaisseaux  du  thalamus  ;  sclerose  hypertrophique 
des  parois  avec  infiltration  de  lymphocytes. 


Dans  les  coupes  plus  bas  situees  le  foyer  se  reduit  beaucoup,  devient 
plus  mince,  le  prolongement  interieur  du  foyer  disparait.  Le  noyau 
externe  est  conserve  ainsi  que  le  faisceau  de  Vicq  d’Azir,  mais  tout  le 
noyau  median  est  degenere.  Le  noyau  posterieur  est  conserve.  Pas  de 
degeneration  dans  les  noyaux  lenticulaire  et  caude.  Dans  la  partie 
posterieures  du  thalamus,  quelques  criblures  (fig.  5). 

Plus  haut,  le  foyer  se  reduit  egalement  et  porte  sur  la  partie  unique- 
ment  interne  du  thalamus  en  regard  de  la  commissure  posterieure. 

Toute  la  partie  anterieure  du  thalamus  est  libre  de  meme  que  le 
noyau  postero-externe.  La  fissure  degeneree  de  la  capsule  continue  en 
regard  dans  le  noyau  lenticulaire  ;  segment  putaminal,  une  lacune  de 
disintegration  (fig.  6). 


HALLUCINATIONS  VISUELLES 


337 


Demyelinisation  partielle  et  diffuse  du  g.  pallidus. 

Plus  haut  encore,  le  foyer  devient  de  plus  en  plus  median  il  est 
touiours  constitue  de  la  meme  fagon,  seulement  en  arnere  de  lui 
apparaissent  des  petits  foyers  constitues  par  des  hemorragies  fraiche- 
ment  constitutes.  A  la  partie  superieure  du  thalamus  le  foyer  se  reduit 
encore  et  n’est  plus  marque  que  par  une  trame  claire. 

Dans  la  protuberance  un  foyer  de  ramollissement  apparait  a  la  partie 
dorsale  du  pied  entamant  le  huitieme  interne  du  ruban  de  Reil.  La 
calotte  elle-meme  n’est  pas  interessee. 

Dans  la  partie  haute  de  la  protuberance  le  foyer  disparait  compie- 
tement  ;  les  faisceaux  longitudino-posterieurs  sont  conserves,  les 


pIG  4  _  Double  foyer  hemorragique  dans  la  couche  optique,  degeneration 
de  la  partie  caudale  du  noyau  lenticulaire  et  degeneration  lmeaire  du  bras 
posterieur  de  la  capsule  interne  (Loyez). 


pedoncules  cerebelleux  superieurs  sont  normaux,  le  pied  de  la  protu¬ 
berance  est  normal,  ceci  meme  a  l’origine  du  pedoncule  cerebral. 

Bulbe  rachidien.  —  Olives  bulbaires,  noyau  de  l’hypoglosse  et  plan- 
cher  du  ventricule,  normaux.  Olives  normales,  mais  dans  la  parolive 
interne,  d’un  cote,  petits  foyers  de  ramollissement  interessant  la  voie 
interolivaire  ou  sensitive  centrale.  A  la  partie  dorsale  des  pyramides, 
petit  foyer  de  ramollissement,  de  demyelinisation. 

Les  coupes  de  l’ceil  ne  montrent  pas  de  lesions  inflammatoires.  La 
name  du  nerf  optique  est  certainement  epaissie  ;  nous  parlons  ici  de 
fa  gaine  piemerienne  ;  pas  de  demyelinisation  du  nerf.  Sclerose  fasci- 
culaire.  Sur  coupes  transversales,  quelques  fibres  semblent  plus  clair- 
semees  dans  quelques  faisceaux  peripheriques,  mais  il  n’existe  aucune 
degeneration  totale  du  nerf. 

Par  la  methode  de  Bielschowsky,  sur  coupes  a  la  celloidine,  les 
cylindre-axes  restants  se  colorent  assez  bien  et  ne  presentent  pas  de 

Ann.  Med.-psych.,  XVe  sehie,  94e  annee,  t.  I.  —  Mars  1936. 


338 


J.  LHERM1TTE  ET  J.  DE  AJUR1AGUERRA 


lesions,  mais  ils  sont  moins  nombreux  que  dans  un  nerf  optique  nor¬ 
mal. 

Moelle  epiniere,  collet  du  bulbe,  decussation  pyramidale.  Etat  clair 
dans  le  faisceau  de  Goll,  pas  de  degenerescence  des  faisceaux  pyra- 
midaux. 

4e  observation.  —  Mme  Nicolas,  78  ans,  entre  a  l’Hospice  Paul- 
Brousse  le  20  fevrier  1933  pour  senilite. 

L’examen  montre  que  les  fonctions  du  systeme  nerveux  sont  nor- 
males,  le  coeur  est  rapide,  le  2°  bruit  clangoreux.  La  tension  arterielle 
atteint  22-1/2-10  au  Vaquez. 


Le  2  juillet  1933,  la  malade  est  admise  a  l’inflrmerie  pour  defail- 
lance  cardiaque  caracterisee  par  une  tachyarythmie  continue,  un 
oedeme  des  membres  inferieurs,  une  stase  pulmonaire  bilaterale.  La 
tension  arterielle  est  de  19-13.  Au  point  de  vue  neurologique,  on  note 
seulement  une  tendance  a  1’extension  de  l’orteil. 

Spontanement,  la  malade  nous  raconte  que  depuis  qu’elle  est 
souffrante,  elle  voit  defiler  pres  de  son  lit  cavaliers,  artilleurs,  cui¬ 
rassiers  ;  elle  assiste  a  un  merveilleux  bal  masque  ;  parfois  surgis- 
sent  des  figures  etranges,  deformees,  une  femme  grimace  et  lui  mon¬ 
tre  ses  dents.  De  temps  en  temps,  ce  sont  des  volatiles  qui  apparais- 
sent.  Tous  ces  etres  animes  d’une  vie  active  se  remuent  et  glissent  ou 
galop ent  dans  la  ruelle  de  son  lit.  La  malade  n’est  pas  dupe  de  ces 
visions  qu’elle  critique  parfaitement.  Celles-ci  ont  debute  precise- 
ment  au  moment  ou  sa  vision  a  commence  de  baisser. 

Le  lendemain,  les  phantopsies  ont  ete  des  petits  serins  jaunes,  des 
petits  chiens,  un  chat. 


HALLUCINATIONS  VISUELLES 


339 


L’examen  des  yeux  pratique  par  le  D,r  Bollack  montre  des  opacites 
diffuses  du  cristallin,  des  deux  cotes,  des  reflexes  pupillaires  faibles 
pour  l’oeil  gauche  ;  pour  l’oeil  droit  :  cataracte  permettant  de  voir  les 
niouvements  de  la  main.  Le  fond  d’oeil  du  cote  gauche  montre  une 
papille  atrophique,  de  nombreuses  hemorragies  dispersees  sur  toute 
l’etendue  de  la  retine.  Gros  retrecissement  inferieur  du  champ  visuel. 

Reaction  de  Wassermann  negative  dans  le  sang. 

Le  4  janvier  1934,  la  malade  est  de  nouveau  admise  a  l’infirmerie 
pour  une  broncho-pneumonie.  Or,  depuis  que  la  flevre  l’a  prise,  les 
visions  ont  repris  comme  precedemment.  Ce  sont  des  femmes  qui  se 


Fig.  6.  —  Coupe  horizontal  des  ganglions  opto-stries  ;  degeneration  lineaire 
du  bras  posterieur  de  la  capsule  interne,  degeneration  et  foyer  apoplec- 
tique  hemorragique  du  noyau  interne  de  la  couche  optique.  Degeneration 
de  la  partie  caudale  du  pallidum  (Meth.  Loyez). 


promenent  avec  des  parapluies,  des  hommes  qui  fument  le  cigare, 
un  monsieur  habille  en  marron  fume  la  pipe. 

J’ai  vu  aussi,  dit  la  patiente,  la  salle  couverte  de  merveilleux  tapis, 
dans  un  coin  se  dressait  une  armoire  de  l’ancien  temps,  j’ai  vu  aussi 
un  magasin  oil  l’on  vendait  des  chaussettes,  des  cravates  multicolo¬ 
res,  des  tissus  chinois  ;  six  petits  chiens  noirs  passent  devant  elle. 
Un  coq  picore  du  grain  autour  de  son  lit. 

Le  10  janvier  1934,  meme  etat  hallucinosique  :  apparition  de  coqs, 
de  perruches,  les  murs  sont  garnis  de  mosaiques. 

Le  13  janvier  1934,  au  pied  de  son  lit,  il  y  a,  dit-elle,  comme  une 
glace  dans  laquelle  elle  se  reconnait.  Elle  y  apparait  grandeur  natu- 
relle,  revetue  d’un  corsage  a  carreaux,  sa  taille  etait  belle,  mince  et 
elancee.  Elle  se  revoyait  paree  comme  au  temps  de  sa  jeunesse. 

Legere  excitation,  la  malade  veut  quitter  son  lit  pour  attraper  le 
«  pain  des  hannetons  »,  fleurs  du  frene  qui  remontent  dans  l’air  et 
retombent. 


340 


].  LHERM1TTE  ET  J.  DE  AJUR1AGUERRA 


Malgre  l’intensite  de  l’etat  hallucinatoire,  la  malade  ne  presente 
aucune  desorientation,  aucune  confusion.  La  memoire,  l’intelligence 
sont  normales.  La  malade  critique  toutes  ses  visions  et  les  juge  parfai- 
tement  irreelles. 

Ces  hallucinations  ne  provoquent  nul  effroi  et  engendrent  un  etat 
affectif  plutot  agreable.  C’est  si  beau,  si  beau,  si  job  a  contempler, 
ne  cesse  de  repeter  la  malade. 

16  juin  1934.  Reprise  des  hallucinations.  Vision  d’un  grand  lac,  de 
belles  eaux,  de  belles  dames  du  cote  de  la  gare  St-Lazare.  «  Rien 
n’empeche,  dit-elle,  que  j’aie  ces  visions,  j’ai  beau  me  mettre  sous  ma 
couverture  les  visions  sont  la,  meme  si  je  me  mettais  un  matelas 
devant  les  yeux,  elles  y  seraient  encore.  » 

On  constate  le  reliquat  d’une  legere  hemiparesie  gauche  qui  serait 
survenue  6  ans  auparavant.  Tension  arterielle  25-13. 

Le  22  novembre  1934.  Nouvelle  defaillance  cardiaque.  Reprise  des 
hallucinations.  Un  bataillon  defile  precede  d’un  grand  drapeau.  Les 
cavaliers  sont  grandeur  naturelle.  Elle  a  vu  un  tunnel  sous  lequel 
s’engouffrait  un  train  de  luxe. 

Le  11  mai  1935.  Crise  d’hyposystolie.  Etat  hallucinosique  analogue 
aux  precedents.  Depuis  cette  epoque  nous  avons  eu  l’occasion  d’ob- 
server  frequemment  la  malade  et  de  constater  la  persistance  discon¬ 
tinue  des  hallucinations  visuelles  toujours  exactement  critiquees  et 
n’atteignant  pas  le  fonds  mental. 

Si,  comme  nous  l’avons  etabli  et  comme  la  precedente  obser¬ 
vation  en  temoigne,  il  est  impossible  d’etablir  une  coupure  abso- 
lue  entre  les  hallucinations  reconnues  comme  telles  (pseudo¬ 
hallucinations,  hallucinose  de  certains  auteurs)  et  les  hallucina¬ 
tions  identifies  avec  la  realite,  puisqu’une  meme  malade  passe 
de  l’une  a  l’autre,  on  ne  peut  reconnaitre  davantage  une  maniere 
d’opposition  ou  d’exclusivisme  entre  les  hallucinations  sans 
delire  et  les  hallucinations  qui  s’entremelent  a  une  trame  deli- 
rante. 

En  voici  un  exemple  : 

5e  observation.  —  Mine  Kirsch...,  agee  de  68  ans,  blanchisseuse, 
ancienne  ethylique,  est  admise  a  PHospice  Paul-Brousse  pour  senilite. 
Ses  antecedents  morbides  sont  sans  interet.  Elle  n’a  jamais  fait  de  ma- 
Jadie  grave  ni  de  fausse  couche.  L’examen  objectif  a  Pentree  ne  montre 
aucun  symptome  en  rapport  avec  une  lesion  du  systeme  nerveux  ou 
des  visoeres.  L’appareil  circulatoire  est  normal  ;  la  tension  arterielle 
non  elevee. 

Du  cote  des  yeux,  on  observe  que  si  les  pupilles  reagissent  bien  a 
la  lumiere  et  a  l’accommodation,  la  cornee  offre  des  signes  de  kera- 
tite  en  plaques  du  cote  droit,  tandis  que  le  cristallin  a  gauche  est 
opaque  (cataracte  senile). 

Urines  sans  sucre  ni  albumine. 


HALLUCINATIONS  VISUELLES 


341 


Quatre  ans  apres  son  admission  a  Paul-Brousse,  la  malade  se 
nlaint  a  nous  de  phenomenes  singuliers.  Des  negres  viennent  la  voir, 
montent  sur  elle,  des  enfants  en  carton,  des  soldats  dont  le  tronc  est 
coupe  transversalement,  des  femmes  habillees  comme  des  poupees 
defilent  devant  elle,  alors  que,  en  realite,  il  n’y  a  rien. 

A  ces  hallucinations  s’ajoutent  des  illusions  visuelles,  des  yeux 
semblent  incrustes  dans  les  fichus,  des  individus  de  taille  normale 
qui  sont  les  infirmieres  sont  coupes  en  travers. 

La  malade,  hesitante  sur  la  realite  de  ces  visions,  se  demande 
comment  «  le  docteur  a  pu  introduire  dans  le  dortoir  de  semblables 
etres  ».  Apres  avoir  ete  perplexe  pendant  quelques  jours,  la  malade 
pretend  que  ces  personnages  qui  s’agitent  autour  d’elle  ont  ete 
envoyes  specialement  pour  l’ennuyer.  Elle  voudrait  bien  controler 
par  le  toucher  ces  apparitions  mais  elle  n’ose  pas.  Un  jour,  cepen- 
dant,  elle  se  risque  et  frappe  l’apparition  avec  un  baton  ;  immedia- 
tement  celle-ci  disparait.  Une  autre  fois,  la  malade  jette  un  objet 
centre  la  femme  qu’elle  pretend  etre  la  maitresse  de  son  man. 

La  nuit,  le  sommeil  de  la  malade  est  trouble  par  des  apparitions  ; 
celles-ci  lui  sont  envoyees  par  «  la  grosse  maitresse  de  son  mari, 
pour  l’embeter  ».  . 

Tout  ce  foisonnement  d’images  hallucinatoires  et  lllusionnelles 
determine  chez  cette  patiente  un  etat  de  confusion  appreciable.  Meme 
pendant  le  jour,  elle  apercevait  sur  le  bord  de  la  fenetre  des  person- 
naees  bleus,  les  vitres  d’ailleurs  etaient  devenues  elles-memes  bleues: 
par  cette  fenetre  penetraient  aussi  chats,  souris,  a  la  tombee  du  jour 
et  pendant  la  nuit. 

Hantee  par  ces  phantasmes  qui  ne  la  quittent  plus,  la  malade 
declare  ■  «  Je  voudrais  mourir,  comme  je  serais  heureuse.  » 

Huit  jours  apres  une  crise  hallucinatoire  un  peu  plus  accusee,  la 
patiente  presente  des  idees  de  persecution  plus  vives  encore.  C  est 
son  mari  qui  veut  l’ennuyer,  la  tourmenter,  «  s’ll  m’aimait,  ajoute- 
t-elle,  il  ne  ferait  pas  cela,  je  ne  veux  plus  le  revoir  »• 

A  ces  idees  de  persecution  la  malade  mele  des  interpretations,  f on- 
dees  sur  des  fausses  reconnaissances  et  un  delire  metabolique.  La 
voisine  s’est  habillee  bizarrement,  elle  a  une  cigarette  a  la  bouche  et 
elle  la  nargue,  une  hospitalisee  est  surmontee  d’une  lete  de  veau, 
une  autre  est  entortillee  d’une  etoffe  a  rayures. 

Aucun  symptome  d’ordre  neurologique. 

Affaiblissement  leger  des  facultes,  surtout  de  la  memoire.  Aucun 
trouble  du  langage  ni  de  la  praxie. 

Azotemie  :  0,75.  Reaction  de  Bordet-Wassermann  dans  le  sang 


Dans  certains  cas,  les  modifications  oculaires  apparaissent 
tellement  discretes  qu’il  n’est  pas  possible  d’en  faire  grand  etat 
dans  la  genese  des  phantopsies  :  l’observation  qu’on  va  lire  en 
temoigne  expressement. 


342  J.  LHERMITTE  ET  J.  DE  AJURIAGUERRA 

6e  observation.  —  Mme  Chail...  entre  pour  l’age  (82  ans)  a  1’Hos- 
pice  Paul-Brousse  le  10  fevrier  1930.  Trois  enfants.  Un  fils  mort  a 
l’age  de  17  ans  d’anemie  (?),  un  autre  mort  a  10  mois  de  convulsions. 

Jusqu’a  present,  la  malade  n’a  jamais  eu  de  maladies  graves.  Son 
mari  est  mort  de  dysenterie. 

II  y  a  cinq  ans,  a  ete  traitee  par  la  radiotherapie  pour  une  tumeur 
laterale  du  cou,  a  l’hopital  St-Antoine. 

II  y  a  40  ans,  operee  d’un  lipome  de  la  commissure  labiale  droite. 
Elle  porte  actuellement  un  lipome  de  la  taille  d’une  mandarine  sur 
la  hanche  gauche. 

Lors  de  l’admission  de  la  malade  a  l’Hospice  Paul-Brousse,  on  a 
constate  une  integrity  absolue  de  tous  les  visceres.  Comme  anomalie 
on  relevait  seulement  une  abolition  des  reflexes  achilleens  des  deux 
cotes.  Les  pupilles  reagissaient  bien  a  la  lumiere. 

Le  ler  fevrier  1932,  il  y  a  une  dizaine  de  jours,  un  soir,  la  malade 
a  vu  apparaitre  sur  le  mur  une  multitude  de  confettis  de  toutes  cou- 
leurs  (verte,  rouge,  or),  d’une  intensity  extraordinaire.  Lorsque  la 
malade  fermait  les  yeux,  cette  vision  persistait  tres  nette.  Puis  des 
personnages  sont  apparus,  des  hommes  qui  la  regardaient  avec  des 
yeux  terribles,  des  femmes,  un  ofiicier  avec  des  aiguillettes  d’or,  «  on 
aurait  dit  un  ofiicier  etranger  »,  dit  la  malade,  «  un  homme  correc- 
tement  vetu  dont  les  yeux  remuaient  ».  Cette  derniere  vision  a 
effraye  la  malade.  Elle  sait  tres  bien,  cependant,  que  ce  sont  des 
hallucinations  car  elle  est  tres  consciente  et  se  rend  compte  de  l’ir- 
realite  de  ces  apparitions,  dont  cependant  la  sensation  est  aussi  nette 
que  la  realite. 

II  y  a  quelques  jours,  la  malade  a  vu  un  parterre  de  fleurs,  un  lilas 
tout  violet  dont  les  branches  remuaient.  Un  soir,  une  vision  de  neige 
a  ete  si  nette,  que  la  malade  s’est  levee  pour  regarder  par  la  fenetre 
si,  vraiment,  il  ne  neigeait  pas. 

Ces  visions  apparaissent  toujours  sur  le  mur,  jamais  sur  le  parquet, 
elles  ne  s’accompagnent  pas  d’odeur.  La  malade  n’en  a  pas  peur, 
mais  elle  s’en  montre  surprise  et  s’en  emeut  beaucoup.  Ces  appari¬ 
tions  ont  lieu  le  soir  des  que  l’electricite  est  allumee,  mais  meme 
Iorsqu’il  fait  tout  a  fait  noir,  ces  hallucinations  persistent  encore 
aussi  vives. 

La  malade  attribue  ces  phenomenes  a  une  fatigue  de  la  vue  ayant 
beaucoup  lu  a  la  lumiere  depuis  quelque  temps. 

Depuis  quelque  temps,  la  vue  de  la  malade,  qui  etait  excellente,  est 
un  peu  troublee.  Lorsqu’elle  lit  un  chiffre  sur  une  bobine  de  til,  au 
lieu  de  dire  120,  lit  1200.  De  meme  au  lieu  de  voir  33,  elle  voit  333. 

Diminution  de  I’audition.  —  Entend  souvent  des  bruits  dans 
l’oreille  :  bourdonnements,  sifflements.  Aucune  hallucination  audi¬ 
tive. 

Depuis  la  menopause  souffre  souvent  de  la  tete. 

Le  sommeil  n’a  jamais  ete  bon.  Dort  bien  une  nuit  sur  trois.  Sou¬ 
vent  la  nuit  la  malade  se  reveille  angoissee. 


HALLUCINATIONS  VISUELLES 


343 


Le  Wassermann  est  negatif.  Pas  d’uree,  pas  d’albumine. 

Aucun  symptome  d’ordre  rieurologique.  Deformations  rhumatisma- 
les  des  doigts,  mais  tres  legeres  ;  campto-dactylie. 

Epreuve  «  doigt  sur  le  nez  »  normale  ;  diadococinesie  normale. 

Reflexes  absolument  normaux  tant  aux  membres  inferieurs  qu’aux 
membres  superieurs. 

Pas  de  tremblement  de  la  langue. 

Yeux.  Pas  de  nystagmus.  Leger  strabisme  de  l’ceil  gauche,  pas  de 
cercle  senile.  Les  pupilles  reagissent  bien.  Motilite  normale. 

Coeur  absolument  normal.  Tension  arterielle  :  24/10. 

La  malade,  il  y  a  un  an  environ,  eprouvait  de  frequentes  envies 
de  dormir  dans  la  journee,  surtout  apres  les  repas.  Depuis  le  com¬ 
mencement  de  l’apparition  des  hallucinations,  elle  n’a  pas  dormi 
dans  la  journee. 

La  malade  est  d’un  interrogatoire  facile,  elle  s’exprime  tres  correc- 
tement,  elle  est  intelligente  et  ne  presente,  jusqu’a  present,  aucun 
trouble  psychique  en  dehors  de  ses  hallucinations. 

Janvier  1932.  Examen  ophtalmologique  {Dr  Bollack)  :  Pupilles 
legerement  inegales  :  droite  >  que  gauche.  Reflexes  photo-moteurs  : 
conserves.  Quelques  opacites  cristalliniennes  dans  l’ceil  gauche. 
Legere  divergence  de  l’ceil  gauche.  Pas  de  limitation  des  mouve- 
ments  oculaires.  Pas  de  diplopie  au  verre  rouge.  Le  champ  visuel  est 
normal.  Acuite  :  ceil  droit  2/10  ;  oeil  gauche  9/10.  Le  fond  d’oeil  est 
absolument  normal. 

11  fevrier  1932.  Depuis  quelques  jours,  les  hallucinations  sont 
beaucoup  moins  vives  ;  ne  voit  plus  de  personnages,  mais  de  l’or  sur 
les  murs. 

Examen.  —  Le  fond  d’ceil  est  vascularise,  la  papille  rosee,  les 
bords  ne  sont  pas  absolument  nets.  Les  vaisseaux  sont  normaux.  II 
n’y  a  pas  de  sclerose,  pas  d’hemorragie.  de  l’oeil  droit. 

Du  cote  gauche,  les  vaisseaux  sont  normaux,  la  papille  n’est  pas 
bien  distincte,  elle  est  coloree.  Pas  d’hemorragie,  pas  de  sclerose. 

juillet  1932.  Examen  du  fond  d’ceil  (par  Mme  Schiff-Werthei- 
mer).  Pas  d’hemorragie  retinienne. 

.4  droite  :  tension  veineuse  retinienne  :  30.  Tension  arterielle  :  80. 

A  gauche  :  tension  veineuse  :  30.  Tension  arterielle  :  60. 

Pas  de  pouls  veineux  spontane.  Hypertension  veineuse. 

Les  hallucinations  chez  les  ophtalmopathes  peuvent  etre  toutes 
episodiques.  En  voici  un  exemple  : 

7e  observation.  —  Mme  Bea...,  45  ans,  vit  cesser  ses  regies  il  y  a 
un  an.  Depuis  plusieurs  annees  cette  malade  s’est  apergue  que  sa  vue 
baissait  en  meme  temps  que  se  montrait  de  temps  en  temps  un'e 
diplopie.  Pollakiurie  nocturne.  Jamais  d’ictus  ni  de  paralysie  des 
membres. 


344 


J.  LHERMITTE  ET  J.  DE  AJUR1AGUERHA 


II  y  a  quelques  mois,  les  crises  de  diplopie  revinrent  avec  plus 
d’insistance  en  meme  temps  que  les  vertiges. 

En  novembre  1931,  nous  constatames  l’existence  d’un  syndrome 
cerebelleux  caracterise  par  la  titubation  de  la  demarche,  franche- 
ment  ebrieuse,  la  dysmetrie,  l’adiadococinesie,  le  tremblement,  et 
d’un  syndrome  pyramidal  bilateral  avec  double  signe  de  Babinski, 
exaltation  de  la  reflectivite,  diminution  de  l’acuite  visuelle.  Nous 
portames  le  diagnostic  de  syphilis  cerebro-spinale,  lequel  fut  confir- 
me  par  la  reaction  du  liquide  cephalo-rachidien  franchement  posi¬ 
tive  par  la  methode  de  Wassermann. 

Or  cette  malade  nous  dit  spontanement  lors  de  notre  premier  exa- 
men  qu’elle  apercevait  lorsqu’elle  est  dans  une  piece  fortement  ou 
faiblement  eclairee,  des  serpentins  blancs  qui  se  dressent  et  ondulent 
devant  elle,  souvent  ils  sont  immobiles.  De  ces  visions  qui  se  repe- 
tent  toujours  les  memes  elle  n’a  jamais  ete  dupe. 

Dans  la  suite,  ces  hallucinations  disparurent  completement. 

Les  phenomenes  hallucinatoires  que  nous  venons  de  rapporter 
et  qui  se  sont  deroules  chez  des  malades  atteints  de  lesions  oculai- 
res  diverses,  comportent  la  plupart  des  varietes  de  phantopsies 
que  l’on  connait  en  psychiatrie,  puisque  celles-ci  s’etendent 
depuis  la  vision  elementaire  telle  que  celle  d’une  fumee,  d’un 
nuage  ou  d’une  fusee  lumineuse,  jusqu’a  la  projection  de  scenes 
animees  et  d’une  extreme  complexity.  Les  visions  peuvent  etre 
mobiles  ou  immobiles,  colorees  ou  pauvres  en  couleur,  mais  en 
aucun  cas,  elles  ne  s’accompagnent  du  moindre  bruissement  ni 
de  la  plus  legere  odeur.  Chez  un  de  nos  malades  (Obs.  3),  les 
personnages  hallucinatoires  apparaissaient  en  noir  ou  gris  et 
les  images  evoquees  volontairement  ou  sur  notre  demande,  etaient 
egalement  depouillees  de  toute  tonalite  coloree.  Deja,  dans  un 
cas  de  maladie  d’Alzheimer  avec  cecite  et  hallucinations,  Lher- 
mitte  et  Nicolas  ont  signale  le  meme  fait.  Lorsque  les  phantopsies 
se  presentent  sous  une  forme  plaisante,  les  patients  peuvent  etre 
invites  a  controler  la  realite  de  ces  apparences  par  le  toucher, 
mais  en  aucun  cas,  nous  n’avons  observe  d’hallucinations  conju- 
guees  (visuo-tactiles). 

Dans  la  majorite  des  faits,  les  hallucinations  sont  parfaite- 
ment  critiquees  et  identifiees  comme  telles.  Cependant,  cette  regie 
generale  souffre  des  exceptions,  et  nos  observations,  qui  ne  sont 
que  la  reproduction  integrate  des  recits  qui  nous  ont  ete  faits, 
temoignent  que  les  malades  peuvent  etre,  dans  certains  cas,  dupes 
de  leurs  phantopsies  et  prendre  pour  reelle  l’image  qui  se  pro- 
jette  devant  leurs  yeux. 

L’observation  de  Mme  Ch.  (Obs.  6)  en  est  un  temoignage.  Mais 


HALLUCINATIONS  V1SUELLES 


345 


chez  cette  malade,  la  meprise  n’eut  jamais  lieu  que  lorsque  l’image 
hallucinatoire  pouvait  s’integrer  dans  le  systeme  de  perception 
qui  formait  la  trame  de  sa  representation  du  monde  exterieur. 
La  projection  spatiale  des  images  est  absolue  et  leur  localisation 
a  tou jours  ete  d’une  rigoureuse  precision.  C’est  la,  en  ce  point, 
que  surgit  l’image  et  non  ailleurs,  c’est  dans  tel  sens  et  non  dans 
un  autre  que  se  meuvent  les  phantasmes,  nous  assurent  nos 
sujets.  Que  ces  phantopsies,  ainsi  que  le  defend  M.  Quensel, 
surgissent  dans  un  espace  virtuel  different  de  l’espace  visuel  et 
que  ces  images  hallucinatoires  soient  purement  virtuelles,  nous 
ne  le  nions  pas,  au  moins  pour  certains  cas,  mais  dans  des  cir- 
constances  tres  frequentes,  nous  avons  vu  que  l’image  halluci- 
natoire  copiait  la  realite  et  s’inserait  meme  dans  le  cadre  du 
monde  reel.  Si  les  phantasmes  ne  sont  pas  pris  comme  realite, 
ce  n’est  point,  a  notre  sens,  parce  que  l’image  hallucinatoire,  en 
soi,  possede  des  qualites  intrinseques  qui  la  font  immediatement 
reconnaitre  en  l’opposant  aux  sensations  vraies,  mais  parce  que 
ce  que  represente  l’imagerie  hallucinatoire  est  en  contradiction 
manifeste  avec  le  systeme  de  sensations  et  de  perceptions 
actuelles  et  heurte  de  front  la  sphere  d’orientation  et  de  causalite. 

Les  phantopsies  des  ophtalmopathes  ressemblent-elles,  ainsi 
que  le  pense  Quensel,  aux  images  du  reve,  ce  qui  conduirait  en 
bonne  logique  a  prendre  le  deroulement  hallucinatoire  pour 
un  fragment  d’onirisme  ?  Cette  these  est  assurement  fort  sedui- 
sante  et  l’un  de  nous  (Lhermitte)  l’a  proposee  des  son  premier 
travail  sur  l’hallucinose  pedonculaire  (1922).  Cependant,  dans 
le  cas  present,  cette  assimilation  semble  plus  hasardeuse,  car  si 
l’on  met  a  part  une  malade,  nos  patientes  ne  presentaient  pas 
de  modifications  du  sommeil  ;  d’autre  part,  jamais  une  image 
hallucinatoire  ne  fut  confondue  avec  une  image  telle  que  le  reve 
la  projette. 

Est-il  permis  de  penser,  ainsi  qu’il  est  indique  dans  une  obser¬ 
vation  de  Schroeder,  que  la  transformation  soudaine  du  mirage 
hallucinatoire,  l’aspect  etrange  et  paradoxal  de  certaines  appari¬ 
tions,  celle,  par  exemple,  du  cheval  qui  danse  sur  l’eau  et 
n’avance  pas,  soit  suifisants  pour  assimiler  les  visions  hallucina¬ 
toires  aux  images  du  reve  physiologique  ?  Nous  ne  le  pensons 

Mais  si  l’imagerie  hallucinatoire  et  l’imagerie  omnque,  dont 
nous  sommes  loin  de  meconnaitre  certains  traits  communs,  ne 
peuvent,  a  notre  sens,  etre  identifies,  l’hallucination  des  ophtal¬ 
mopathes  et  l’hallucination  des  psychopathes  comportent-elles 
des  caracteres  differentiels  qui  autorisent  a  les  opposer  les  unes 


346 


J.  LHERMITTE  ET  J.  DE  AJURIAGUERRA 


aux  autres  ?  Tel  est  le  probleme  que  plusieurs  auteurs,  dont  le 
plus  recent  est  M.  Terson,  se  sont  pose. 

Existe-t-il  un  rapport  de  causalite  entre  les  alterations  du  trac- 
tus  optique  et  les  hallucinations  visuelles  ? 

L’on  a  echafaude  trop  de  theories  destinees  a  expliquer  la 
genese  et  le  mecanisme  des  hallucinations  en  general  pour 
que  nous  songions  a  reprendre  semblable  probleme.  Les  plus 
ingenieuses  constructions  de  l’esprit  passent,  seuls  les  faits 
demeurent  ;  et  c’est  uniquement  sur  le  terrain  de  la  realite 
que  nous  entendons  rester. 

Ainsi  qu’on  l’a  vu  par  les  exemples  que  nous  venons  de  rap- 
porter,  comme  par  ceux  que  nous  avons  extraits  de  la  litterature, 
il  n’est  pas  douteux  que  les  sujets  atteints  de  lesions  portant  sur 
l’appareil  visuel,  en  quelque  zone  qu’elles  se  trouvent,  peuvent 
etre  les  jouets  de  la  phantopsie,  depuis  la  plus  simple  jusqu’a  la 
plus  eomplexe.  Mais  avons-nous  la  preuve  qu’un  lien  de  causa¬ 
lite  reunit  l’alteration  anatomique  au  phenomene  illusionnel  ou 
hallucinatoire  ?  Tel  est  le  probleme  que  nous  ne  pouvons  pas 
ne  pas  nous  poser. 

Le  premier  fait  sur  lequel  l’accord  peut  s’etablir  repose  sur 
cette  constatation  que  les  hallucinations  des  malades  atteints 
dans  leur  tractus  optique  ne  different  en  rien  de  celles  que  l’on 
observe  chez  les  patients  dont,  selon  toute  apparence,  les  voies 
et  les  recepteurs  optiques  sont  intacts  ;  en  dehors,  bien  entendu, 
des  cas  ou  l’hallucinose  prend  le  type  hemiopique. 

Le  second  point,  egalement  peu  discutable,  tient  dans  cette 
donnee  d’observation  que  les  hallucinations  surviennent  sou- 
vent  tres  longtemps  apres  l’etablissement  de  la  lesion  oculaire 
et  peuvent  survivre  a  sa  disparition. 

Dans  les  cas  qui  nous  occupent  specialement,  nous  voulons  dire 
chez  les  ophtalmopaihes,  si  la  lesion  oculairg^est  la  pure  genera- 
trice  des  fausses  perceptions,  1’occlusion  des  yeux,  en  suppri- 
mant  toute  excitation  lumineuse  retinienne,  devrait  modifier  le 
comportement  perceptif  ou  illusionnel  du  malade.  Et,  de  fait, 
il  semble  bien  qu’il  en  soit  ainsi,  au  moins  pour  un  certain 
nombre  de  cas. 

Chez  un  myope  atteint  de  chorio-retinite  ancienne,  soigne  par 
Uthoff,  l’occlusion  des  paupieres  supprimait  les  phantopsies  qui 
hantaient  ce  malade  frequemment.  Mais,  reconnaissons  que  les 
faits  de  ce  genre  ne  sont  que  des  exceptions.  Chez  nos  malades, 
de  meme  que  chez  un  patient  suivi  par  Uthoff,  la  fermeture  des 
paupieres,  1’occlusion  des  yeux  n’attenuaient  en  rien  le  proces¬ 
sus  hallucinatoire,  souvent  meme,  c’est  la  cecite  ou  la  forte 


HALLUCINATIONS  VISUELLES  347 

amblyopie  qui  crea,  semble-t-il,  ou  favorisa  l’eclosion  et  le  deve- 
loppement  des  phantasmes  visuels. 

L’on  connait  1’histoire  de  cet  aliene  qui,  de  son  ceil  gauche 
lese  par  un  scotome  central,  voyait  un  agent  de  police  (Uthoff)  et 
celle  de  ce  vieillard  observe  par  Schroeder  lequel,  pendant  le 
cours  de  sa  cataracte,  hante  par  de  nombreuses  visions  imagi- 
naires  et  hallucinatoires,  fut  gueri,  en  apparence,  par  le  retour 
de  la  vision  ;  mais,  chose  etrange,  les  hallucinations  reprirent 
dans  la  suite  comme  par  le  passe. 

Les  quelques  faits  que  nous  venons  d’evoquer  montrent  bien 
que  les  variations  dans  la  perception  visuelle  influencent  en  sens 
divers  et  opposes,  le  processus  hallucinatoire  et  que,  en  conse¬ 
quence,  il  est  impossible  de  conclure  a  une  relation  entre  la 
conservation  de  l’excitabilite,  ou  l’excitation  actuelle  des  photo- 
recepteurs  visuels,  avec  les  phantopsies.  Et  cependant,  Uthoff, 
aussi  bien  que  Morax  et  True,  admirent  la  realite  d’une  depen- 
dance  etroite  de  l’hallucination  avec  l’ophtalmopathie. 

Morax  appuie  sa  demonstration  sur  le  fait  suivant  :  une 
lesion  purement  retinienne  determine,  chez  le  siijet  qui  en  est 
atteint,  une  tache  ou  un  voile  ;  au  contraire,  lorsque  la  lesion  de 
meme  etendue  que  la  precedente,  frappe’les  fibres  visuelles  et 
non  les  photo-recepteurs,  celle-ci  entraine  un  deficit  dans  la 
vision  par  anesthesie  retinienne  et  non  pas  la  perception  d’une 
tache  ou  d’une  ombre.  D’ou  il  faut  conclure  que  la  lesion  reti¬ 
nienne  suscite  des  excitations  anormales  qui,  transmises  aux 
centres  visuels  cerebraux,  declenchent  l’hallucination.  Malgre 
1’autorite  de  Morax,  nous  avouons  que  nous  ne  pouvons  en 
rien  souscrire  a  une  semblable  these.  D’abord,  parce  que  rien 
n’est  moins  demontre  qu’une  lesion  retinienne  engendre  une 
vague  d’excitation  centripete,  puis  parce  que,  si  cette  these  etait 
juste,  les  hallucinations  des  ophtalmopathes  ne  seraient  plus 
des  raretes,  mais  des  faits  de  la  plus  grande  banalite. 

Est-il  besoin  d’ajouter  que,  si  l’hallucinose  d’origine  ophtalmo- 
pathique  etait  liee  a  des  excitations  peripheriques  retiniennes, 
celles-ci  ne  pourraient,  a  tout  prendre,  que  realiser  des  hallu¬ 
cinations  elementaires,  ce  qui  n’est  pas  le  cas. 

En  realite,  ainsi  que  l’a  fortement  marque  Schroeder,  l’hallu- 
cination,  meme  elementaire,  ne  peut  etre  que  le  resultat  d  un 
desordre  psychique  general  et  non  le  produit  d’une  excitation 
des  centres  perceptifs  primaires  ou  secondaires,  pas  plus  que 
resulter  de  l’excitation  (a  supposer  que  celle-ci  put  se  concevoir) 
«  des  centres  cerebraux  de  representation  »  tels  que  les  conce- 
vaient  H.  Jackson  et  C.  Wernicke.  Meme  dans  les  hallucinoses 


34S 


,7.  LHERMITTE  ET  J.  DE  AJURIAGUERRA 


engendrees  par  les  tumeurs  localisees,  Quensel,  Lcewenstein, 
Zutt,  Bonboeffer,  Hauptmann,  s’accordent  pour  reconnaitre  que, 
si  excitation  il  y  a,  celle-ci  porte  sur  un  tres  vaste  systeme  et 
que  le  trouble  fonctionnel  qui  en  resulte  ebranle  un  ensemble 
tres  etendu  des  hemispheres  cerebraux. 

Dans  leurs  etudes  sur  l’hallucinose  pedonculaire,  Lhermitte, 
puis  van  Bogaert  et  ses  collaborateurs  avaient  souligne  la  meme 
proposition  et  insiste  sur  cette  donnee,  a  notre  sens  fondamentale, 
que  si  le  processus  causal  de  l’hallucinose  visuelle  apparait  bien 
directement  et  strictement  sous  la  dependance  d’une  lesion  de  la 
calotte  mesocephalique,  l’hallucination  ne  se  realisait  qu’a  la 
faveur  d’une  perturbation  affectant  la  sphere  psychique  tout 
entiere  et  semblable  a  celle  qui  caracterise  le  songe  ou  le  reve. 
Apres  Henry  Head,  nous  soutenions  done  que  l’hallucination 
visuelle  n’est  qu’un  fragment  detache  d’un  ensemble  repondant 
a  un  etat  hallucinatoire  (Hallucinatory  state)  ;  dans  son  remar- 
quable  ouvrage  consacre  a  la  neurobiologie  de  l’hallucination, 
Mourgue  defend  la  meme  position. 

Nous  sommes  heureux  de  constater  que  M.  Bickel,  venu  d’un 
autre  point  de  depart,  arrive  -aux  memes  conclusions  et  admet 
que  la  conscience  de  l’hallucine  visuel  est  diminuee,  comme  celle 
du  reveur. 

Selon  A.  Terson  qui,  nous  l’avons  dit,  a  consacre  a  notre  sujet 
un  interessant  memoire,  les  hallucinations  des  ophtalmopathes 
epousent  les  memes  formes  qu’elles  ont  chez  les  innombrables 
sujets  hallucines  dont  les  yeux  sont  sains,  «  ou  revetent  les 
memes  formes  qu’elles  ont  eues  avant  la  maladie  des  yeux  ou 
qu’elles  auront  encore,  ou  qu’elles  n’auront  plus  apres  que  l’oeil 
sera  gueri  ». 

Le  meme  auteur  ajoute  :  «  Chez  les  ophtalmopathes  curables, 
ou  incurables,  e’est  ordinairement  par  un  processus  indirect  que 
se  produit  l’hallucinose,  tantot  par  des  conjonctions  morbides 
d’idees,  de  craintes  et  de  souvenirs,  tantot  par  des  etats  cerebraux 
aux  inflammations  toxiniques  ou  toxiques  coexistantes,  les  memes, 
comme  affinite,  que  ceux  qui  atteignent  la  retine,  veritable  circon- 
volution  intra-oculaire.  » 

En  derniere  analyse,  il  ne  nous  semble  done  pas  scientifique 
d’accorder  a  lesion  oculaire  la  premiere  place  parmi  les  facteurs 
dont  depend  le  processus  hallucinatoire  ou  phantopsique. 

Est-ce  a  dire  cependant  que  le  facteur  ophtalmopathique  est 
absolument  negligeable  et  vain  ?  Assurement  non  ;  et  e’est  pre- 
cisement  ce  point  qui  commande  l’interet  de  l’hallucinose  ophtal¬ 
mopathique.  Qu’on  nous  entende  bien  ;  de  meme  que  d’autres 


HALLUCINATIONS  V1SUELLES  349 

hallucinations,  l’hallucination  visuelle  simple  ou  figuree  peut 
•etre  plus  ou  moins  strictement  favorisee  dans  son  eclosion  par 
une  alteration  organique  ou  fonctionnelle  des  photo-recepteurs, 
mais  cette  modification  morbide  n’est  pas  capable,  a  elle  seu  e, 
de  donner  le  branle  au  processus  infiniment  complexe  qu  est 
celui  de  l’hallucination  figuree  et  auquel  participe,  de  toute 
necessite,  le  psychisme  tout  entier.  Pour  etre  hallucine,  ainsi  que 
l’etaient  ou  que  le  sont  nos  malades,  il  faut  qu’a  certains  moments 
se  realise  un  «  etat  hallucinatoire  »  lequel,  a  coup  sur,  ne  peut 
etre  engendre  par  telle  ou  telle  excitation  des  photo-recepteurs. 


Mais  si  la  lesion  oculaire  ne  peut  etre  tenue  pour  le  facteur 
essentiel  de  l’hallucinose  des  ophtalmopathes,  trouve-t-on  chez 
ceux-ci  d’autres  conditions  morbides  dont  la  conjonction  avec 
l’ophtalmopathie  nous  fournit  la  raison  des  phantopsies  ?  Dans 
une  certaine  mesure,  nous  pouvons  repondre  par  l’affirmative. 

En  effet,  ainsi  que  nos  observations  en  font  foi,  dans  1’immense 
majorite  des  cas,  a  l’ophtalmopathie,  se  joignent  d’autres  pertur¬ 
bations  organiques  qu’un  examen  attentif  permet  de  mettre  au 

jour.  ,  . 

Chez  une  de  nos  malades  atteinte  de  degeneration  maculaire 
senile,  nous  constations  un  double  signe  de  Babinski  et  une 
hemianopsie  gauche  (cas  Mah),  chez  une  autre  (cas  V.  Hoev.),  a 
l’amblyopie  severe,  s’associait  un  hemiparesie  gauche  doulou- 
reuse  en  rapport  avec  un  foyer  thalamique  precise  par  1’ etude 
anatomique  ;  chez  une  autre  encore,  la  keratite  avec  cataracte 
s’accompagnait  d’un  flechissement  intellectuel  modere,  mais 
indeniable  ;  enfin,  chez  une  derniere  patiente  (cas  Nic.),  nous 
avons  pu  suivre  tres  exactement  le  rythme  des  crises  hallucinosi- 
ques  et  preciser  que  le  moment  d’apparition  de  celles-ci  coinci- 
dait  avec  la  survenance  d’un  incident  infectieux  (broncho-pneu- 
monie)  ou  cardio-pulmonaire  (insuffisance  cardiaque  avec  cede- 
mes  et  stase  pulmonaire).  a 

Une  telle  conjonction  de  phenomenes  ne  saurait  etre  tenue 
pour  fortuite  ;  par  sa  repetition  meme,  elle  defie  la  critique. 
Mais  il  y  a  plus,  nous  retrouvons,  chez  cette  derniere  malade,  une 
disposition  a  halluciner  assez  curieuse.  Atteinte  de  fievre  typhoi.de 
a  l’age  de  36  ans,  cette  malade  n’a  pas  perdu  de  souvenir  du  delire 
hallucinatoire  qui  a  marque  une  periode  de  1’evolution  de  cette 
infection  lequel,  selon  la  malade  elle-meme,  ressemblait  par  plu- 
sieurs  de  ses  traits  aux  phenomenes  hallucinatoires  actuels. 


J.  LHERMITTE  ET  J.  I)E  A } U RIAGVERRA. 


Disposition  speciale  a  projeter  des  images  visuelles  en  dehors 
de  la  personnalite  physique,  flechissement  organique  ou  infection, 
alterations  cerebrales  plus  ou  moins  strictement  localisees,  tels 
sont  les  moments  etiologiques  que  nous  saisissons  a  l’origine  des 
hallucinations  qui  accidentent  la  vie  de  certains  ophtalmopathes. 

Le  retentissement  sur  l’encephale  des  infections  et  des  intoxi¬ 
cations  est  connu,  celui  qui  entraine  la  deficience  cardiaque 
Test  un  peu  moins.  II  est  indeniable  cependant,  et  nous  ne  rap- 
pellerons  que  pour  memoire,  parce  que  le  fait  se  montre  tres 
suggestif,  l’observation  rapportee  par  Lhermitte  et  par  O.  Trelles, 
ou  l’on  voit  un  double  signe  de  Babinski  apparaitre  la  traduc¬ 
tion  manifeste  d’une  insuffisance  myocardique  a  repetition.  La 
notion  d’une  disposition  speciale  pour  halluciner  se  montre, 
evidemment,  moins  precise  ;  cependant,  ce  facteur  n’en  est  pas 
moins  reel.  Plusieurs  de  nos  malades  presentaient,  ou  avaient 
presente  des  troubles  du  sommeil,  l’une  d’elles  se  souvenait 
d’avoir  ete  somnambule  pendant  son  enfance  ;  enfin,  tous  nos 
sujets  sont  des  femmes,  bien  que,  dans  le  milieu  ou  nous  avons 
observe,  les  hommes  se  trouvent  presque  aussi  bien  represents 
numeriquement  que  les  femmes.  Lhermitte  avait  deja  fait  la 
meme  remarque  a  propos  de  l’hallucinose  pedonculaire. 

Toutes  les  notions  que  nous  venons  d’evoquer  et  les  faits  que 
nous  apportons  temoignent,  par  leur  convergence,  que  le  probleme 
de  l’hallucination  la  plus  simple,  parce  que  la  plus  depouillee 
d’enveloppe  psychologique,  reste  toujours  complexe  et  que  ce 
serait  bien  grande  vanite  que  de  chercher  a  expliquer  l’hallucina- 
tion  des  ophtalmopathes  par  le  jeu  d’une  excitation  ou  d’une 
inhibition  tout  hypothetiques  et  dont  la  source  serait  a  trouver 
dans  un  photo-recepteur  altere. 

Contrairement  a  nos  eminents  predecesseurs,  tels  que  Uthoff, 
Morax,  True,  nous  croyons  avoir  montre  que,  si  l’alteration  du 
recepteur  visuel  peut  faciliter  l’apparition  d’une  image  exterio- 
risee,  cette  lesion  n’est  qu’un  facteur  de  second  plan  et  que  les  rai-. 
sons  majeures  s’en  trouvent  dans  les  alterations  cerebrales  dont 
le  flechissement  cardiaque  ou  les  toxi-infections  exagerent  le 
retentissement  fonctionnel,  ainsi  que  dans  une  perturbation 
generale  de  l’esprit,  fondement  de  toute  hallucination. 


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HALLUCINATIONS  VISUELLES 


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SYNDROME  PSYCHASTHENIQUE 
ET  HYPERHYPOPHYSTE 


Relations  possibles  entre  le  trouble  endocrinien 
et  Vorientation  des  manifestations  psychopathologiques 

PAR 

C.-I.  PARHON,  A.  KREINDLER  et  E.  WEIGL  0) 


Le  role  du  chimisme  de  l’organisme  dans  les  phenomenes  psy- 
chologiques  est  demontre  depuis  longtemps.  L’action  de  l’alcool, 
de  1’ivresse,  est  connue  depuis  l’antiquite  et  plus  recemment 
celle  de  la  morphine,  du  haschisch,  de  la  mescaline,  etc.,  furent 
egalement  mises  en  evidence  d’une  facon  indiscutable.  Les  intoxi¬ 
cations  endogenes  retentissent  aussi  sur  la  vie  psychique  et  il  en 
est  de  meme  pour  les  variations  du  metabolisme  determinees 
par  les  alterations  des  fonctions  endocriniennes.  Une  litterature 
considerable,  sur  laquelle  il  n’y  a  pas  lieu  d’insister,  sert  de  base 
a  cette  affirmation.  Nous  nous  contenterons  de  rappeler  ici  le 
rapport,  deja  ancien  de  Laignel-Lavastine  (1908),  sur  les  relations 
entre  les  troubles  psychiques  et  les  alterations  des  glandes  a 
secretion  interne,  de  meme  que  celui  que  Fun  de  nous  a  presente 
5  ans  plus  tard  au  Congres  International  de  Neurologie  et  Psychia- 
trie  (Gand,  1913).  Nous  rappellerons  egalement  que  l’un  de  nous 
soutient  depuis  longtemps  (1906)  l’opinion  que  les  troubles  endo- 
criniens  et  surtout  thyro'idiens,  interviennent  dans  une  mesure 
tres  importante  dans  la  pathogenie  de  la  psychose  maniaque- 
depressive  de  meme  que  de  la  psychasthenie. 

Les  relations  des  hormones  avec  les  processus  psychiques  sont 
admises  meme  par  les  auteurs  qui,  ayant  envisage  surtout  certains 
aspects  de  la  vie  psychique  normale  et  pathologique,  se  sont 

(1)  Travail  du  Service  des  consultations  endocrinologiques  de  I’Hopital 
«  Iubirea  de  oameni  »,  Bucarest. 

Ann.  Med.-psych.,  XV«  serie,  94'  annee,  t.  I.  —  Mars  1936. 


SYNDROME  PSYCH ASTHENIQUE  ET  HYPERHYPOPHYSIE  353 

tenus  d’une  facon  generate  assez  a  l’ecart  de  l’endocrinologie  et 
des  mecanismes  somatiques  des  manifestations  psychologiques. 
C’est  ainsi  que  nous  trouvons  chez  Freud  le  passage  suivant  : 
«  II  est  probable  que  ce  sont  des  substances  et  des  processus  chi- 
miques  speciaux,  par  lesquels  s’exerce  l’instinct  sexuel.  Nous 
tenons  compte  de  cette  probability  quand  nous  substituons  aux 
substances  chimiques  speciales  des  forces  psychiques  speciales.  » 
L’observation  qui  suit  nous  permettra  d’apporter  une  contri¬ 
bution  a  cette  etude  et  de  discuter  le  role  de  l’hypophyse  dans  les 
processus  psychiques  normaux  et  pathologiques.  Elle  nous  per¬ 
mettra  en  outre  de  soulever  le  probleme  des  rapports  possibles 
entre  l’orientation  somatique  et  l’orientation  psychique  de  la 
symptomatologie  determinee  par  l’alteration  endocrinienne. 


Observation 

La  malade  Alexandra  C.,  agee  de  35  ans,  se  plaint  d’amnesie, 
d’apathie,  de  diminution  de  l’attention,  de  phobies. 

Examen  somatique  :  La  malade  a  une  constitution  hyperhypophy- 
saire  tres  nette.  Elle  pese  92  kg.,  sa  taille  est  de  1  m.  87.  La  circon- 
ference  de  la  tete  est  de  58  cm.  Le  maxillaire  inferieur  est  saillant, 
les  arcades  sourcilieres  aussi.  La  radiographie  cranienne  montre  une 
selle  turcique  normale  mais  les  apophyses  clinoides  sont  tres  gros¬ 
ses.  II  n’y  a  pas  de  signes  de  la  serie  infundibulaire,  sauf  une  legere 
polyurie  "(1.500  a  1.700  gr.  d’urine  par  24  heures).  Le  corps  thyro'ide 
est  palpable  sans  etre  augmente  de  volume.  Le  pouls  bat  a  82.  La 
tension  arterielle  est  de  12r8.  La  malade  presente  un  dermographis- 
me  tres  accuse  et  rougit  meme  spontanement  d’une  maniere  tres 
facile.  II  n’y  a  pas  de  signe  de  Chvostek.  La  calcemie  est  normale. 
La  malade  se  plaint  de  paresthesies  dans  les  mains.  La  menstruation 
n’est  pas  reguliere.  Elle  retarde  parfois  de  deux  et  meme  de  quatre 
semaines.  La  malade  a  engraisse  ces  derniers  mois.  Le  metabolisme 
basal  est  de  — 15  0/0. 

Examen  psychopathologique.  —  La  malade  se  plaint  des  troubles 
suivants  : 

Apathie  :  Elle  est  devenue  totalement  indifferente  a  tout  ce  qui 
1’interessait  auparavant.  Elle  ne  ressent  ni  joies,  ni  chagrins.  Elle, 
qui  fut  toujours  coquette,  preoccupee  de  son  aspect  exterieur,  se 
regardait  beaucoup  dans  la  glace,  etc.,  est  maintenant  «  paralysee  » 
dans  son  activite,  ne  fait  rien  toute  la  journee,  reste  etendue  sur  son 
lit  a  regarder  «  dans  le  vide  ».  Toute  afifectivite  pour  ses  proches  a 
disparu.  Tandis  qu’auparavant  elle  etait  toujours  tres  inquiete  de 
son  mari,  qui  est  garde-champetre,  et  allait  a  sa  rencontre  dans  les 
bois  quand  il  etait  en  retard,  peut  rester  maintenant  pendant  des 
semaines  sans  aucune  nouvelle  de  sa  sante.  Elle  ne  sait  que  «  par 

Ann.  Med.-psych.,  XV«  serie,  94=  annee,  t.  I.  —  Mars  1936. 


23. 


354 


C.-I.  PARHON,  A.  KRE1NDLER  ET  E.  WEIGL 


raisonnement  »  qu’elle  l’aime.  De  meme  pour  son  unique  enfant,  qui 
est  dans  un  lycee  en  ville.  Auparavant  elle  etait  anxieuse  si  elle  ne 
recevait  pas  tous  les  merer edis  une  lettre  de  lui,  et  une  fois  meme 
presenta  pour  cette  meme  cause  une  monoplegie  crurale  droite  ayant 
dure  quatre  semaines  (hysterie  ?).  La  derniere  fois  que  l’enfant  est 
venu  en  vacances  il  a  apporte  des  notes  tres  mauvaises  de  1’ecole. 
Son  professeur  les  mettait  sur  le.compte  du  fait  que  l’enfant  avait 
manifesto  tout  le  temps  un  desir  ardent  de  revoir  sa  mere.  La  malade 
a  done  decide  de  lui  rendre  le  sejour  dans  la  maison  des  parents 
aussi  desagreable  que  possible  ;  ce  qu’elle  reussit  a  faire  avec  beau- 
coup  de  sang-froid.  Quand  l’enfant  est  reparti,  elle  ne  l’a  meme  pas 
embrasse  ;  elle  ne  l’a  plus  revu  depuis  lors  et  n’en  ressent  pas  le 
besoin. 

Amnesie  :  La  malade  se  plaint  d’avoir  perdu  la  memoire.  A  notre 
remarque  qu’elle  se  rappelle  pourtant  tres  bien  son  enfance  avec  les 
plus  petits  details,  elle  nous  repond  qu’elle  n’a  oublie  que  les  faits 
appris.  Elle  nous  donne  des  exemples  :  l’annee  passee  elle  a  lu  un 
livre  sur  la  revolution  russe  qui  l’a  profondement  emue  ;  elle  se  rap- 
pellera  toujours  ce  roman  sans  toutefois  pouvoir  raconter  son 
contenu.  Elle  a  lu  six  fois  les  oeuvres  de  Tourghenjew,  mais  ne  se 
rappelle  plus  rien.  Pourtant  les  impressions  fortes  qu’elle  a  eues 
pendant  sa  vie  restent  bien  fixees  dans  sa  memoire.  La  malade,  qui 
lisait  auparavant  beaucoup,  ne  peut  plus  lire.  Elle  ne  comprend  plus 
ce  qu’elle  lit,  elle  doit  faire  des  efforts  tres  grands  pour  fixer  son 
attention.  Elle,  qui  s’etait  beaucoup  occupee  de  grammaire,  ne  pent 
plus  analyser  les  propositions  les  plus  simples. 

Des  phobies  :  La  malade  souffre  depuis  des  annees  d’une  phobie 
des  microbes,  craignant  de  s’infecter  en  touchant  des  monnaies  et 
tout  autre  objet.  Elle  craint  l’infection  syphilitique.  Pour  ces  raisons, 
elle  se  lave  les  mains  80  a  100  fois  par  jour.  A  la  suite  d’un  reve,  elle 
a  ete  longtemps  obsedee  par  la  crainte  que  sa  tete  n’eclate.  A  cette 
epoque,  elle  etait  obligee  de  rester  couchee  dans  une  demi-obscurite, 
elle  ne  pouvait  pas  dormir.  Elle  a  souvent  l’impression  de  «  devenir 
folle  »  et  «  que  sa  tete  eclate  ».  Dans  ces  moments  elle  doit  bander 
sa  tete  par  peur  qu’elle  n’eclate.  Elle  se  croit  tantot  folle,  tantot  un 
genie  unique  au  monde.  A  d’autres  moments,  elle  se  rend  compte 
qu’elle  ne  pense  a  rien  et  elle  est  prise  de  frayeur. 

Perte  des  talents  et  de  ses  dons  litteraires.  La  malade  croit  qu’elle 
est  une  femme  de  lettres.  Des  son  enfance,  elle  faisait  de  bonnes 
compositions.  Tres  tot  elle  a  commence  a  ecrire  des  nouvelles  ;  puis 
brusquement  elle  a  cesse.  En  1933,  l’elan  d’ecrire  lui  est  revenu.  Elle 
a  concu  18  projets  pour  un  seul  roman,  mais  a  la  fin  aucun  ne  lui 
paraissait  digne  d’elle.  Pendant  six  semaines  elle  s’est  tourmentee 
pour  commencer  ce  roman,  dont  le  titre  etait  le  meme  que  celui  de 
Koupriri  :  «  Jama  ».  Son  roman  s’occupait  surtout  de  la  vie  a  la 
campagne.  Soil  oeuvre  lui  a  deplu.  Elle  s’est  mise  alors  a  ecrire  une 
jiouvelle  dont  le  sujet  etait  le  suivant  :  Elle  se  trouvait  en  voiture 


SYNDROME  PSYCHASTHENIQUE  ET  HYPERHYP0PHYS1E  355 


avec  un  vieillard  et  elle  craignait  que  celui-ci  ne  l’embrasse  ;  elle  se 
rendait  compte  ensuite  qu’il  ne  pensdit  qu’a  sa  propre  mort  et  que 
c’etait  insense  de  sa  part  de  le  craindre,  d’autant  plus  que  d’autre 
part  elle  ne  craignait  pas  un  jeune  officier  qui  lui  faisait  la  cour 
assidument. 

Parfois  le  besoin  d’ecrire  la  reprend.  Son  mari  la  pousse  aussi  a 
le  faire  et  lui  a  meme  demande  de  narrer  sa  propre  vie  a  lui.  Mais 
depuis  Noel  dernier,  qui  coincide  avec  la  derniere  venue  de  son 
fils,  elle  n’a  plus  rien  produit  en  fait  de  litterature.  La  malade  pre¬ 
tend  aussi  avoir  une  belle  voix,  mais  ne  pas  l’avoir  cultivee. 

Ses  reves  :  1°  Elle  reve  que  sa  tete  s’agrandit  a  tel  point  que  meme 
la  chambre  ne  la  contient  plus.  A  ce  moment,  elle  enleve  son  alliance, 
la  met  au-dessus  de  sa  tete  et  celle-ci  revient  a  son  etat  normal.  Au 
reveil,  elle  ne  retrouve  plus  son  alliance  et  ce  n’est  qu’apres  de  lon¬ 
gues  recherches  qu’on  1’a  retrouvee  sur  la  taie  d’oreiller.  Elle  s’est 
mise  a  crier  de  toutes  ses  forces.  2°  Elle  reve  qu’elle  chante  devant 
un  parterre  de  rois  et  qu’on  1’acclame  en  lui  jetant  des  fleurs.  Elle  a 
ce  reve  tous  les  3  ou  4  mois.  3°  Elle  reve  aussi  assez  souvent  qu’elle 
n’a  qu’a  ouvrir  les  bras  pour  voler  dans  l’espace.  4°  Elle  reve  aussi 
assez  souvent  qu’elle  monte  une  bicyclette,  bien  qu’en  realite  elle  ne 
sache  pas  monter  a  bicyclette.  5°  Elle  reve  encore  qu’elle  passe  un 
examen  devant  une  commission  qui  ne  veut  pas  croire  qu’elle  a 
beaucoup  etudie,  malgre  ses  menaces  et  ses  supplications.  A  la  suite 
de  ce  reve,  elle  est  tres  agitee,  elle  pleure,  car  le  fait  de  ne  pas  avoir 
de  succes  en  reve  (autant  qu’en  realite)  la  fait  soufFrir  horriblement. 
Meme  lorsqu’elle  nous  raconte  ce  reve  elle  rougit  et  se  met  a  pleurer. 
6°  Elle  reve  aussi  assez  souvent  qu’elle  grimpe  sur  une  montagne 
immense  et  que  lorsqu’elle  arrive  pres  du  sommet  elle  ne  peut  y  par- 
venir  ;  parfois'  un  homme  (qu’elle  considere  comme  son  ennemi 
mortel),  tournant  le  dos,  lui  refuse  son  aide.  En  racontant  ce  reve  la 
malade  est  tres  agitee.  7°  La  malade  reve  aussi  qu’elle  grimpe  sur  un 
arbre  pour  cueillir  un  fruit  mais  que  les  branches  fleehissent  sous 
son  poids  et  que  lorsqu’elle  saisit  le  tronc,  ce  dernier  remue  a  tel 
point  qu’elle  se  voit  tomber  et  se  demande  ce  qu’il  en  adviendra.  (A 
la  suite  de  notre  enquete  nous  avons  conclu  qu’elle  ne  connaissait 
aucun  exemple  pareil  tire  de  la  mythologie  grecque  ou  autre). 

Souvenirs  d’enfance  :  C’etait  un  enfant  unique  et  son  enfance  fut 
triste.  Son  premier  souvenir  est  le  suivant  :  elle  avait  environ  2  ans, 
la  mere  lui  a  dit  «  donne-moi  ta  main  »  et  sa  robe  a  pris  feu.  Elle 
se  souvient  encore  qu’un  petit  frere,  nourrisson  encore,  est  mort  et 
qu’elle  s’est  accrochee  a  la  soutane  du  pope  pour  1’empecher  de 
l’emporter  dans  son  cercueil.  Jusqu’a  son  entree  a  1’ecole  elemen- 
taire  elle  n’a  que  de  tristes  souvenirs.  Son  pere,  ivrogne  invetere,  ne 
faisait  que  des  esclandres.  A  un  certain  moment  il  a  blesse  sa  mere 
avec  un  couteau.  Ceci  se  passait  lorsque  la  malade  avait  12  ans.  Les 
parents  ont  divorce.  Sa  mere  est  morte  en  Russie.  Son  pere  vit  en¬ 
core  maintenant.  Apres  le  deces  de  la  mere,  son  pere  lui  a  aigri 


C.-I.  PARHON,  A.  KREINDLER  ET  E.  WEIGL 


l’existence  continuellement.  Une  fois  il  a  voulu  la  tuer  avec  une 
hache.  Une  autre  fois  son  pere  l’ayant  frappe  trop  fort  elle  fut 
conduite  a  l’hopital  et  une  amnesie  s’ensuivit.  Alors  que,  guerie,  elle 
refusait  de  rentrer  aupres  de  son  pere,  celui-ci  l’obligea  a  le  faire, 
mena§ant  de  la  faire  revenir  par  force. 

Mais  bien  qu’elle  pretende  avoir  eu  une  enfance  malheureuse,  elle 
dit  avoir  ete  une  enfant  gaie,  malgre  les  miseres  que  son  pere  lui 
faisait  et  auxquelles  elle  s’etait  habituee  depuis  sa  premiere  enfance. 
Maintenant  elle  ne  veut  rien  entendre  de  son  pere  ni  le  connaitre. 
D’un  autre  cote,  elle  pretend  qu’elle  lui  ressemble  puisqu’elle  aussi 
se  met  tres  facilement  en  colere. 

Les  relations  conjugates  :  La  malade  est  mariee  depuis  11  ans.  Ce 
fut  un  mariage  d’amour.  II  eut  lieu  deux  semaines  apres  sa  sortie 
de  l’ecole.  Son  mari  a  la  meme  taille  qu’elle,  mais  ne  pese  que  75  kg. 
tandis  que  son  poids  a  elle  est  de  92  kg.  A  notre  demande  sur  sa  vie 
conjugale,  elle  donne  des  reponses  fort  embrouillees,  Tantot  elle 
considere  son  mari  comme  le  meilleur  des  hommes  ;  tantot  elle  ra- 
conte  qu’elle  souhaitait  un  mari  tout  autre  et  que  celui-ci  ne  la  cajole 
pas  assez.  Au  debut,  elle  s’imaginait  que  dans  un  menage  il  n’y 
avait  pas  de  querelles  et  tel  fut  le  sien  pendant  trois  mois  ;  lorsqu’un 
beau  jour  son  mari  se  trouvant  dans  un  courant  d’air  et  ne  lui  ayant 
pas  obei  de  suite  lorsqu’elle  lui  dit  de  s’en  retirer,  elle  le  maudit  en 
lui  souhaitant  la  mort.  C,es  paroles  l’avaient  trouble  pendant  fort 
longtemps,  ne  comprenant  pas  elle-meme  comment  elle  avait  pu  les 
prononcer.  Une  fois  fachee  contre  quelqu’un,  elle  l’est  pour  toujours. 
Depuis  cette  premiere  dispute  son  mariage  devint  un  enfer.  Elle 
reconnait  elle-meme  qu’elle  rend  la  vie  impossible  a  son  mari,  en  lui 
reprochant  continuellement  d’etre  la  cause  de  sa  maladie,  et  que 
depuis  son  mariage  elle  a  perdu  toute  gaiete  et  tout  plaisir.  Au  fond 
elle  admet  que  son  mari  est  un  homme  bon  et  paisible.  Lorsque  nous 
lui  faisons  remarquer  que  le  mariage  pour  elle  signifiait  la  liberte 
en  comparaison  avec  ce  qu’elle  souffrait  aupres  de  son  pere,  elle 
nous  repond  qu’elle  n’a  pas  pu  choisir  son  pere  tandis  qu’elle  a  elle- 
meme  choisi  son  mari. 

Sur  sa  vie  sexuelle  elle  donne  les  details  suivants  :  elle  pretend 
que  son  mari  est  tres  sensuel  tandis  qu’elle-meme  est  frigide.  L’acte 
sexuel  lui  est  devenu  odieux  depuis  les  premiers  temps  du  mariage 
lorsque  durant  les  premiers  six  mois  elle  souffrait  a  chaque  attou- 
chement.  Quoi qu’elle  ne  l’ait  essaye  elle  croit  que  meme  avec  un 
autre  homme  elle  ne  pourrait  rien  ressentir.  Son  mari  aime  lire  et 
surtout  les  oeuvres  de  sa  femme.  Envers  sa  belle-mere  elle  a  beaucoup 
de  respect,  mais  c’est  une  femme  mechante,  une  megere  que  rien 
n’adoucit.  Pourtant  la  malade  pretend  qu’elle  ne  voit  aucun  motif  a 
cette  antipathie.  Son  beau-pere,  au  contraire,  mort  il  y  a  trois  ans, 
etait  un  brave  homme. 

Sentiments  religieux  :  La  malade  nous  dit  avoir  ete  pratiquante 
jusqu’a  son  mariage,  mais  depuis,  elle  ne  croit  a  rien  sinon  a  la 


SYNDROME  PSYCH  AS  THENIQUE  ET  HYPERHYPOPHYSIE  357 

verite  et  au  principe  de  ne  pas  faire  a  autrui  ce  que  Ton  ne  veut  pas 
qu’on  vous  fasse.  Elle  voudrait  revenir  a  la  foi  mais  cela  lui  est  im¬ 
possible.  Elle  pleure  et  nous  avoue  «  qu’une  personne  si  insigni- 
flante  ne  devrait  pas  vivre  » . 

II  nous  semble  interessant  d’insister  sur  les  modifications  des 
representations  des  dimensions  et  de  la  forme  des  segments  coi- 
porels  que  la  malade  presente  :  sa  tete  grandit  prete  a  eclater, 
elle  en  reve  meme,  elle  se  sent  grande,  non  seulement  au  point 
de  vue  de  ses  qualites  psychiques,  mais  aussi  somatiques.  II  y  a 
lieu  de  nous  demander  si  ces  symptomes  n’ont  pas  de  rapport 
avec  sa  constitution  hyperhypophysaire.  Les  representations 
mentionnees  plus  haut  presentent  peut-etre  des  modifications 
chez  les  acromegales  et  les  geants.  La  constitution  hyperhypophy¬ 
saire  de  notre  malade  offre  peut-etre  aux  symptomes  nevropathi- 
ques  un  domaine  dans  lequel  ils  peuvent  se  manifester  plus  faci- 
lement.  II  est  encore  caracteristique  que  la  malade  se  preoccupe 
de  sa  voix,  la  voix  changeant  de  caractere,  comme  nous  le  savons, 
chez  les  malades  presentant  des  symptomes  d’hyperfonctionne- 
ment  pituitaire.  Les  endocrinopathies  creent  dans  Vorganisme  des 
variations  de  la  cenesthesie  et  dans  notre  cas  V  hype  rp  i  t  a  i  laris  me 
a  cree,  semble-t-il,  des  modifications  des  representations  corporel- 
les.  Le  contenu  de  la  nevrose  qui  se  developpe  sur  ce  terrain 
semble  oriente,  dans  sa  forme,  par  Vhyperpituitarisme. 

En  ce  qui  concerne  la  part  des  modifications  endocriniennes 
dans  les  troubles  psychiques  de  notre  malade,  on  doit  penser  a 
l’intervention  primitive  ou  secondaire  de  plusieurs  de  ces  organes. 

Et  d’abord  a  l’hypophyse.  Les  troubles  psychiques  ne  sont  pas 
rares  dans  les  cas  d’hyperhypophysie  et  l’un  de  nous  les  passa  en 
revue  dans  des  travaux  anterieurs.  Dans  notre  cas,  ils  se  presen¬ 
tent  surtout  sous  la  forme  depressive  et  psychasthenique  (indiffe¬ 
rence  affective,  reves  d’insucces,  sentiment  d’inferiorite,  anxiete). 
Mais  on  observe  aussi  parfois  une  tendance  a  l’excitation  psychi- 
que  dans  le  sens  maniaque  (auto-appreciation  exageree,  nombreux 
projets  de  travaux  litteraires,  etc.).  Cette  legere  excitation  de  type 
maniaque  n’est  d’ailleurs  pas  durable. 

D’autres  glandes  doivent  etre  aussi  prises  en  consideration. 
On  doit  insister  ainsi  sur  l’insuffisance  ovarienne  (troubles  mens- 
truels,  emotivite,  rougeurs  faciles,  irascibilite,  frigidite  sexuelle) 
et  on  sait  la  part  importante  qui  revient  a  cette  derniere  dans  la 
pathogenie  de  la  melancolie.  L’un  de  nous  y  a  insiste  dans  plu¬ 
sieurs  travaux  anterieurs. 

Nous  devons  penser  egalement  au  corps  thyro'ide  d’autant  plus 


C.-I.  PARE  ON,  A.  KREINDLER  F.T  E.  WEIGL 


que  nous  savons  aujourd’hui  que  le  lobe  anterieur  de  l’hypo- 
physe  secrete  une  hormone  thyreotrope.  Dans  notre  cas,  la  legere 
diminution  du  metabolisme  basal  pourrait  eveiller  l’idee  d’une 
hypothyroidie.  Mais  l’insutHsance  ovarienne  pourrait  egalement 
expliquer  une  diminution  si  peu  manifeste.  L’emotivite  de  la 
malade,  les  pleurs  faciles,  l’anxiete,  vont  de  pair  le  plus  souvent 
avec  1’hyperthyroidie  et  les  phobies  et  obsessions,  la  melancolie 
elle-meme  se  rencontre,  nous  semble-t-il,  plus  frequemment 
chez  les  hyperthyro'idiens  que  chez  les  hypothyroidiens. 

Quoi  qu’il  en  soit,  on  doit  admettre  que  chez  notre  malade  le 
chimisme  sanguin  et  celui  du  systeme  nerveux  (et  de  l’organisme 
en  general)  se  ressentent  de  troubles  endocriniens,  dont  1’analyse 
minutieuse  n’est  pas  encore  possible. 

Ce  cas  demontre  une  fois  de  plus  les  connexions  etroites  exis- 
tant  entre  les  troubles  endocriniens  et  les  alterations  psychiques. 
Les  rapports  des  uns  et  des  autres  sont  tres  importants  et  l’atten- 
tion  des  psychiatres  doit  etre  constamment  fiXee  sur  cette  ques¬ 
tion.  Notre  pas  demontre  que  le  choix  du  symptome  dans  une 
nevrose  peut  etre  determine  par  des  alterations  cenesthesiques 
d’origine  endocrinopathique. 


LES  TENDANCES  ACTUELLES 
DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  BELGIQUE  (1) 


PAR 

G.  VERMEYLEN 


La  Belgique,  de  par  sa  situation  geographique,  se  trouve  au 
centre  des  grands  courants  d’idee  europeens  et  participe  active- 
ment  a  leur  propagation.  Elle  en  ressent  elle-meme  profonde- 
nient  les  influences  et  reste,  comme  il  l’a  ete  constate  plus  d’une 
fois,  une  «  terre  d’ experiences  ». 

II  n’en  va  pas  autrement  pour  ce  qui  regafde  la  psychiatrie. 
Bien  plus  qu’une  grande  activite  creatrice  dans  le  domaine  des 
concepts  et  des  doctrines,  on  y  constate  un  souci  constant  de 
s’assimiler  les  methodes  ou  les  theories  nouvelles,  de  les  confron- 
ter  avec  les  faits  ;  mais,  aussi,  de  n’en  garder  que  ce  qui  repond 
a  la  realite  clinique,  ce  qui  est  directement  pratique  et  utilisa- 
ble. 

Et  cela  n’exclut  pas  quelque  hardiesse  et  un  esprit  novateur 
qui  se  retrouve  a  plus  d’un  moment  de  1’evolution  psychiatri- 
que  en  Belgique.  II  suffirait,  a  cet  egard,  de  citer  l’influence  pro- 
fonde  qu’a  eu,  tant  au  point  de  vue  des  doctrines  que  de  l’assis- 
tance,  un  psychiatre  de  l’envergure  de  Guislain.  Ou  bien  encore, 
le  mouvement  puissant  de  l’ecole  beige  de  1900  que  les  Sano,  les 
Claus,  les  Meeus,  orienterent,  vers  des  conceptions  psychiatri- 
ques  plus  synthetiques  et  des  modes  d  assistance,  que  1  expe¬ 
rience  seculaire  de  la  colonie  de  Gheel  permettait  d’assouplir 
et  d’humaniser.. 

II  semble  bien  qu’un  nouveau  courant  se  soit  manifeste  apres 
guerre  et  que  de  profondes  modifications  soient  en  cours,  tant 
dans  la  theorie  que  dans  la  pratique. 

(1)  Cet  article  du  Professeur  G..  Vermeylen,  de  l’Universite  de  Bruxelles, 
est  le  premier  d’une  serie  d’articles  consacres  par  les  Annales  Medico- 
psgchologiques  a  une  enquete  internationale  sur  les  tendances  de  la  psychia¬ 
tric  contemporaine.  —  R.  C. 

Ann.  Med.-psych.,  XV**  serie,  94e  annee,  t.  I.  —  Mars  1936. 


360 


G.  VERMEYLEN 


II  est  difficile  encore  d’en  dessiner,  de  facon  nette,  le  contour 
et  les  saillies.  Nous  sommes  encore  trop  meles  a  ses  remous  et 
trop  emportes  par  son  mouvement  meme.  Mais,  d’ores  et  deja,  il 
est  possible  d’en  percevoir  quelques  particularites  et  d’en  mar- 
quer  quelques  nouveautes. 

Une  des  tendances  les  plus  marquantes,  et  qui  se  retrouve 
dans  les  doctrines  et  dans  les  faits,  est  d’humaniser  le  malade 
mental.  Certes,  depuis  longtemps  deja  les  meilleurs  esprits  y 
tendaient  et  le  xix"  siecle  a  ete  marque  par  bien  des  conquetes 
dans  ce  sens.  Mais  ce  n’est  vraiment  que  depuis  quelques  annees 
que  I’ancien  «  alienus  s>  n’est  plus  totalement  un  etranger  pour 
nous.  II  est  entre  dans  la  grande  famille  des  humains,  par  la 
porte  de  la  maladie,  il  est  vrai  ;  mais  non  plus  de  maladies  spe- 
ciales  et  etranges,  mais  bien  de  maladies  dont  les  mecanismes 
repondent  de  plus  en  plus  a  ceux  de  la  pathologie  generale.  Les 
progres  de  la  neurologie,  son  assouplissement  clinique  et  son 
degagement  d'e  theories  trop  etroitement  localisatrices,  le  renou- 
veau  des  idees  du  aux  grands  physiologistes  anglais,  et  tout  spe- 
cialement  de  Hughling  Jackson,  ont  prepare  les  voies  a  une  neuro- 
psychiatrie  basee,‘  plus  sur  la  physiopathologie,  que  sur  l’anato- 
mopathologie. 

Mais,  mieux  encore,  la  psychiatrie  est  devenue  attentive  a 
toutes  les  decouvertes  qui  se  succedent  a  un  rythme  accelere, 
de  la  bio-chimie  generale.  Elle  se  les  approprie  une  a  une,  elle 
les  confronte  avec  les  constatations  qui  lui  sont  propres,  elle  les 
adopte,  enlin,  ou  les  rejette.  Et  ce  qui  est  inutilisable  n’est  pas 
moins  riche  d’enseignements  pour  elle.  Les  enseignements  de  la 
bio-chimie  l’habituent  a  rechercher  dans  l’organisme  entier,  et  non 
dans  une  de  ses  parties,  les  causes  de  la  maladie  mentale  et, 
meme  dans  ce  domaine  elargi,  a  ne  pas  s’attendre  a  la  trouver 
dans  des  lesions  grossieres,  mais  bien  dans  des  modifications 
tenues  et  inconstantes,  dont  la  multiplicite  et  la  diffusion  peu- 
vent  seules  expliquer,  a  la  fois  1’influence  profonde  sur  le  psy- 
chisme  du  malade  et  la  difficulte  de  les  decouvrir  et  de  les 
demontrer. 

De  meme,  la  psychopathologie  a  beaucoup  perdu  de  son  carac- 
tere  esoterique.  Sous  l’influence,  il  faut  savoir  le  reconnaitre,  des 
idees  freudiennes,  et  plus  encore  peut-etre  des  doctrines  dissi- 
dentes  qui  se  sont  multiplies,  les  faits  psychopathologiques  se 
sont  beaucoup  rapproches  des  faits  psychologiques,  le  malade 
mental  de  l’homme  normal.  L’etude  des  deviations  passageres 
de  l’esprit  normal,  la  recherche  de  plus  en  plus  fine  des  influen¬ 
ces  modificatrices,  la  comprehension  meilleure  des  mecanismes 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATR1E  EN  BELGIQUE  361 


psychologiques  profonds,  ont  ete  pour  beaucoup,  dans  ce  rappro¬ 
chement,  gros  de  consequences. 

Le  premier  resultat  en  a  ete  l’extension  de  l’hygiene  mentale. 
Basee,  primitivement,  sur  une  conception  purement  empirique 
et,  pourrait-on  dire,  sentimentale,  elle  n’aurait  pu  avoir  l’exten- 
sion  qu’on  lui  connait  et  n’aurait  certainement  pas  depasse  les 
limites  des  pays  anglo-saxons,  si  elle  ne  s’etait,  dans  1  apres- 
guerre,  rencontree  avec  les  modifications  de  l’esprit  psychiatri- 
que  qui  viennent  d’etre  esquissees.  Elle  n’aurait,  d  autre  part, 
pu  toucher  le  grand  public  si  celui-ci  n’avait  pas  ete  prepare 
par  toute  une  litterature,  mi-medicale  mi-romanesque,  oil  le  bon 
se  melait  au  pire,  mais  d’ou  se  degageait  pourtant  une  impres¬ 
sion  de  eommunaute  entre  le  malade  mental  et  le  reste  des 
humains.  Tout  cela  preparait  l’esprit  public  a  admettre  les 
grandes  innovations  de  l’hygiene  mentale  et  de  1  assistance 
psychiatrique,  voire  meme  a  les  exiger  et  a  s’etonner  de  la  pru¬ 
dence  des  psychiatres. 

L’assistance  psychiatrique  en  a  largement  beneficie.  On  sent 
de  plus  en  plus  la  necessity  d’une  double  organisation  psychia¬ 
trique.  Celle  des  malades  aigus  dont  l’hospitalisation  devrait  se 
faire  dans  des  hopitaux  psychiatriques  munis  de  tout  l’outillage 
moderne  d’investigation  et  de  traitement.  Ou  dans  des  services 
de  psychiatrie  annexes  a  de  grands  hopitaux  urbains  qui,  sans 
augmentation  des  frais  generaux,  permettent  l’accession,  aupres 
du  malade  mental,  des  differents  specialistes  et  l’utilisation  de 
tous  les  moyens  medicaux. 

Celle,  d’autre  part,  des  malades  chroniques,  dont  l’assistance 
dans  des  instituts  psychiatriques,  de  preference  extra-urbains, 
devrait  tendre  a  leur  menager  un  milieu  aussi  socialement  evolue 
que  possible  :  bonne  organisation  hospitaliere,  esprit  de  commu- 
naute,  sorties  surveillees,  loisirs  organises  et  surtout  travail 
organise  methodiquement  et  dans  un  sens  a  la  fois  therapeuti- 
que  et  utilitaire. 

Pendant  ce  quart  de  siecle  si  fertile  en  modifications  de  tous 
ordres,  la  psychiatrie  n’est  done  pas  restee  en  retard.  Ses  progress 
n’ont  pas  laisse  indifferents  les  milieux  psychiatriques  beiges,  qui 
ont  souvent  participes  de  facon  active  a  leur  realisation.  De  plus, 
mieux  souvent  que  dans  d’autres  pays,  les  realisations  nouvelles 
ne  sont  pas  restees  cantonnees  dans  les  spheres  medicales,  mais 
ont  deborde  largement,  dans  le  monde  juridique  et  pedagogique 
notamment,  pour  atteindre  les  travailleurs  sociaux  de  tous  ordres 
et  enfin  le  grand  public.  Cette  collaboration  de  plus  en  plus 
large  avec  les  milieux  extra-medicaux  est  une  des  caracteristi- 


362 


G.  VERMEYLEN 


ques,  les  plus  interessantes,  de  la  psychiatrie  moderne  et  qui  a 
ete  la  mieux  comprise  en  Belgique. 

Les  grandes  lignes  de  la  psychiatrie  moderne  ayant  ainsi  ete 
esquissees,  nous  allons  en  retrouver  l’esprit  dans  les  principales 
activites  psychiatriques  telles  qu’elles  sont  actuellement  prati- 
quees  dans  ce  pays. 

La  psychiatrie  generale 

Branche  de  la  medecine,  qui  reste  malgre  tout  assez  esoteri- 
que,  la  psychiatrie  demande,  de  celui  qui  la  pratique,  a  la  fois 
de  tres  larges  connaissances  humaines  et  des  vues  toutes  parti- 
culieres  et  tres  approfondies  sur  son  propre  objet.  C’est  dire 
que  l’accession  a  la  psychiatrie  reste  une  chose  difficile  et  deli¬ 
cate,  qui  demande  une  preparation  longue  et  soigneuse. 

L’enseignement  de  la  psychiatrie  doit,  de  ce  fait,  viser,  non  seu- 
lement  a  donner  a  tous  les  futurs  medecins  une  teinture  psychia- 
trique  generale  qui  les  mette  en  mesure  de  comprendre  ce 
qu’elle  est  et  de  developper  leur  sens  psychologique  du  malade, 
mais  surtout  a  former  de  jeunes  psychiatres  capables  d’abor- 
der,  en  connaissance  de  cause,  les  differentes  faces  du  probleme. 

Pendant  longtemps,  la  psychiatrie  est  restee  noyee  dans  l’en- 
seignement  de  la  medecine  generale  dont  elle  representait  une 
branche  infime,  enseignee  plus  theoriquement  que  pratiquement. 
Ce  n’est  que  sous  la  poussee  de  fortes  personnalites  qu’elle  a  pu 
conquerir  1’autonomie  qui  lui  revenait. 

Ce  fut  a  Joseph  Guislain  qu’on  du,  en  Belgique,  de  voir  la 
psychiatrie  devenir  consciente  d’elle-meme.  Dans  l’introduc- 
tion  emouvante  de  sa  premiere  «  lecon  orale  sur  les  phrenopa- 
thies  »,  donnee  le  7  novembre  1849,  a  l’asile  qui  porte  desor- 
mais  son  nom,  il  nous  dit  :  «  Je  me  rappellerai  toujours  mes 
debuts  dans  cet  etablissement.  J’etais  seul,  ,sans  maitre.  Les  diffi- 
cultes  surgissaient  de  tous  cotes  :  je  ne  trouvais  partout  que  des 
obstacles.  Je  ne  comprenais  rien  a  ce  que  je  voyais,  et,  je  dois 
bien  vous  le  dire,  les  mecomptes  furent  d’abord  mes  guides  de 
tous  les  jours.  »  II  se  chargea,  pour  l’ensemble  du  pays,  de 
devenir  un  guide,  cette  fois  averti  et  rompu  a  toutes  les  diffi- 
cultes  de  sa  tache. 

C’est  a  ses  importants  rapports  d’inspection  qu’on  doit  la 
premiere  reforme  beige  des  asiles  et  la  premiere  loi  de  1848  sur 
le  regime  des  alienes. 

C’est  a  sa  personnalite  agissante  qu’on  doit  le  premier  ensei- 
gnement  psychiatrique,  digne  de  ce  nom,  dans  notre  pays. 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  BELGIQUE  363 

C’est  a  sa  connaissance  approfondie  des  malades  mentaux  et 
au  labeur  de  toute  une  vie  consacree  deliberement  a  l’etude.  et  a 
l’assistance  de  ces  malades  qu’on  doit  ces  travaux  notoires  qui 
ont  brave  le  temps  et  fait  connaitre  son  nom  dans,  tous  les 
milieux  psychiatriques. 

Apres  lui,  pourtant,  l’enseignement  psychiatrique  universi- 
taire  periclita  a  Gand,  et  ce  n’est  qu’apres-guerre  qu’un  neuro- 
psychiatre  de  carriere,  le  Professeur  Crocq,  fut  nomme  a  cette 
chaire  que  Guislain  avait  illustre.  Peu  de  temps  apres,  il  fut 
frappe  par  la  maladie,  en  pleine  reorganisation  de  son  enseigne- 
ment,  et  remplace  par  le  Dr  Hamelinck,  decede  il  y  a  un  an, 
auquel  vient  de  succeder  le  D1  Nyssen. 

Le  professeur  de  psychiatric  de  l’Universite  de  Gand  ne  pos- 
sede  actuellement  pas  de  service  clinique.  Il  choisit  les  malades 
necessaires  a  son  enseignement  parmi  ceux  de  l’Hospice  Guis¬ 
lain.  Si  cet  enseignement  est,  sans  doute,  suffisant  pour  donner 
aux  futurs  medecins  une  idee  generate  de  la  medecine  men- 
tale,  il  ne  peut  atteindre  son  but  principal  qui  est  de  former  de 
jeunes  psychiatres  et  il  prive  le  professeur  de  psychiatrie  du 
contact  journalier  avec  le  malade  mental,  qui  est  indispensable 
a  son  propre  developpement.  On  peut  pourtant  compter  sur  1  acti¬ 
vity  du  nouveau  titulaire  de  la  chaire  de  psychiatrie  pour  faire 
aboutir  un  projet  qui  est  dans  l’air  et  qui  lui  donnerait  la  possi¬ 
bility  d’enseigner  dans  un  service  urbain  d’admission  dont  il 
serait  le  chef  medical. 

De  meme,  le  professeur  de  psychiatrie  de  l’Universite  de  1  btat 
de  Liege  ne  peut  enseigner  dans  un  service  qu’il  dinge.  Le  Profes¬ 
seur  Divry,  qui  a  succede  au  Professeur  Francotte,  emprunte  les 
malades  qui  lui  sont  necessaires  pour  sa  clinique  au  Sanatorium 
Sainte-Agathe  pour  les  femmes,  ou  se  trouve  l’auditoire  umversi- 
taire,  des  laboratoires  et  la  bibliotheque,  et  au  Sanatorium  de  la 
rue  Voliere  pour  les  hommes.  Ce  regime,  en  soi  defectueux,  n  a 
pas  empeche  la  formation  d’une  importante  equipe  de  neuro- 
psychiatres  liegeois  qui  ont  deja  donne  des  travaux  remarques 
d’anatomo-pathologie,  de  neurologie  et  de  psychiatrie  expenmen- 
tale. 

L’Universite  catholique  de  Louvain  possede  en  propre  son 
service  de  psychiatrie.  Dans  la  vaste  propriete  que  lui  avait 
leguee  le  Comte  Spoelbergh  de  Lovenjoul,  elle  a  bati  et  organise, 
avec  l’assistance  des  soeurs  de  la  Charite,  un  grand  hopital 
psychiatrique  qui  peut  etre  considere  comme  le  modele  du  genre. 
Ses  batiments  peuvent  contenir  plus  de  700  malades  femmes 
dont  une  centaine  de  pensionnaires.  Le  titulaire  de  la  chaire  de 


364 


G.  VERMEYLEN 


psychiatrie,  le  Professeur  D’Hollander,  en  est  le  medecin  en  chef, 
II  peut  done  y  organiser  un  enseignement  clinique  journalier, 
au  lit  du  malade,  et  former  ainsi  de  jeunes  psychiatres  rompus 
a  toutes  les  difficultes  de  la  pratique  psychiatrique.  Dans  un 
pavilion  separe,  se  trouvent  l’auditoire  universitaire,  la  biblio- 
theque  et  des  laboratoires  particulierement  bien  organises.  II 
en  est  sorti  d’importants  travaux  d’anatomie  normale  et  patho- 
logique  du  cerveau,  notamment  chez  les  vieillards  et  dans  la 
demence  precoce. 

L’Universite  de  Bruxelles,  enfln,  a  pu  organiser,  dans  des 
conditions  tout  a  fait  favorables,  son  enseignement  psychiatrique 
grace  a  l’aide  de  la  Commission  d’Assistance  publique  de  la  Ville. 
Jusqu’en  1931,  un  Asile-Depot  annexe  a  un  des  hopitaux  de  la 
ville,  aujourd’hui  desaffecte,  servait  de  lieu  de  passage  pour  les 
malades  mentaux  recueillis  sur  le  territoire  de  la  ville  et  de  cli¬ 
nique  universitaire.  Les  Professeurs  Joseph  Desmeth,  Jean  de 
Boeck  et  A.  Ley,  actuellement  inspecteur  general  des  etablisse- 
ments  pour  malades  mentaux,  se  succederent  a  la  chaire  de 
psychiatrie  et  au  poste  de  medecin  en  chef  de  ce  service  d’admis- 
sion.  Actuellement,  ce  service  a  ete  transfere  dans  un  grand 
hopital  sub-urbain,  l’Hopital  Brugmann,  et  sert  de  centre  de 
triage  et  de  diagnostic  pour  la  population,  non  seulement  de 
Bruxelles,  mais  encore  de  18  communes  environnantes.  Un 
millier  de  malades  y  passent  par  an,  soit  dans  le  service  ferme, 
soit  dans  le  premier  service  ouvert  pour  malades  indigents  qui 
y  a  ete  cree,  et  environ  600  consultations  externes,  pour  malades 
restes  chez  eux  ou  y  retournes,  y  sont  donnees  par  mois.  Ce  riche 
materiel  clinique  peut  y  etre  vraiment  etudie  sous  toutes  ses 
faces  grace  a  la  collaboration  de  tous  les  services  generaux  et  de 
specialites,  des  laboratoires  et  des  centres  de  recherches  qui 
constituent  ce  vaste  hopital.  Le  service  de  psychiatrie  lui-meme, 
qui  comprend  110  lits  (70  pour  le  service  ferme  et  40  pour  le 
service  ouvert),  repartis  egalement  pour  les  hommes  et  pour  les 
femmes,  possede  un  auditoire  universitaire,  une  bibliotheque  et 
des  laboratoires  de  bio-chimie  clinique  et  de  psychopathologie, 
C’est  dans  ces  deux  sens  surtout  que  s’y  poursuivent  actuelle¬ 
ment  des  recherches. 

Avec  le  Service  de  psychiatrie  annexe  a  l’Hopital  de  Stuyven- 
berg,  a  Anvers,  l’lnstitut  de  psychiatrie  de  l’Hopital  Brugmann 
constitue  le  type  des  centres  psychiatriques  urbains  qui  devraient 
etre  crees  dans  les  grandes  villes  du  pays.  Annexes  a  de  grands 
hopitaux  et  beneficiant  de  tous  leurs  moyens  d’investigation,  ils 
constitueraient,  a  relativement  peu  de  frais,  des  centres  a  la  fois 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  BELGIQUE  3E5 


de  triage  pour  tous  les  malades  de  la  ville  et  de  traitement  pour 
les  cas  aigus.  Ils  pourraient  ainsi  conserver  dans  leur  milieu  des 
malades  rapidement  curables  et  repartir  les  autres  dans  les  eta- 
blissements  psychiatriques  qui  leur  conviennent  particuliere- 
ment,  apres  les  avoir  examines  par  des  moyens  d’investigation 
que  la  plupart  des  etablissements  psychiatriques  ne  peuvent  pos- 
seder.  Apres  Bruxelles  et  Anvers,  ce  sont  Gand  et  Liege,  comme 
villes  universitaires,  qui  devraient,  les  premiers,  creer  ces  centres 
psychiatriques  urbains  qui  rendraient  les  plus  grands  services, 
tant  au  point  de  vue  de  la  pratique  que  de  l’enseignement  um- 
versitaire. 

Les  etablissements  psychiatriques  sont  au  nombre  d’une  cin- 
quantaine,  repartis  tres  inegalement  sur  l’etendue  du  pays.  Ils 
hospitalisent  environ  24.000  malades  et  infirmes  mentaux  qui 
representent  pres  des  3  %  de  la  population. 

Ces  etablissements,  sauf  en  ce  qui  regarde  les  malades  mentaux 
delinquants,  ne  sont  actuellement  pas  specialises.  II  n’y  a  pas 
d’etablissements  speciaux  pour  alcooliques,  pour  epileptiques,  etc. 
Chacun  d’entre  eux  recoit,  suivant  ses  places  disponibles,  tous 
les  types  de  malades.  L’accroissement  rapide  du  nombre  des 
malades  mentaux,  au  cours  des  annees  d’apres-guerre,  a  du  reste 
cree  un  difficile  probleme  d’hospitalisation  qui  a  absorbe  toute 
1’attention  et  n’a  pas  permis,  notamment  aux  centres  psychiatri¬ 
ques  urbains,  de  repartir  leurs  malades  suivant  leur  type  et  de 
faire  un  choix  parmi  les  etablissements. 

La  tendance  du  projet  de  loi  sur  le  regime  des  malades  men¬ 
taux,  qui  est  en  cours  d’elaboration,  est  pourtant  de  distinguer, 
cn  plus  des  services  d’observation  dont  nous  venons  de  parler 
et  des  services  ouverts  pour  indigents,  dont  un  seul  existe  actuel¬ 
lement  a  Bruxelles,  les  hopitaux  et  colonies  pour  malades  men¬ 
taux  des  hospices  pour  infirmes  mentaux.  Cette  distinction  sem- 
ble  etre  un  premier  pas  vers  la  specialisation  des  etablissements 
psychiatriques  qui  pourraient  faire  ainsi  a  la  fois  une  economic 
d’effort  et  d’organisation,  et  ameliorer  nettement  leur  efficience 
dans  le  traitement  et  l’assistance  du  type  de  malades  dont  ils 
s’occuperaient  exclusivement. 

Quoi  qu’il  en  soit,  chaque  etablissement  a  encore  actuellement 
a  faire  face  a  l’assistance  de  tous  les  types  de  malades,  depuis 
les  plus  agites  jusqu’aux  plus  calmes,  depuis  les  plus  egares 
jusqu’aux  plus  lucides,  depuis  les  plus  grabataires  juqu’aux  plus 
valides,  depuis  les  plus  aigus  jusqu’aux  plus  chroniques.  II  en 
resulte  une  dispersion  d’efforts,  une  complication  de  locaux,  une 
augmentation  des  moyens  d’action  qui  n  est  pas  sans  nuire  a  la 
bonne  organisation  de  ces  etablissements. 


G.  VERMEYLEN 


Malgre  cela,  de  serieux  progres  ont  ete  realises  et  des  mises 
au  point  j’udicieuses  ont  ete  faites.  Tout  d’abord,  la  plupart  des 
‘etablissements  se  sont  aussi  largement  ouverts  que  possible  et 
ont  compris  que,  plus  grande  etait  l’apparence  de  la  liberte,  et 
mieux  se  faisait  1’adaptation  du  malade  a  la  vie  hospitaliere. 
D’autre  part,  malgre  les  difficultes  de  realisation,  les  methodes 
d’examen  se  sont  perfectionnees  et  etendues,  et  la  therapeutique 
des  cas  aigus  s’est  generalisee  et  diversifiee.  II  semble  pourtant 
qu’il  y  ait  encore  beaucoup  a  faire  dans  ce  domaine  et  qu’on  n’y 
arrivera  pleinement  qu’en  multipliant  les  services  psychiatriques 
urbains  annexes  a  des  hopitaux  et  les  hopitaux  psychiatriques 
specialises. 

Enfin,  l’assistance  s’est  sensiblement  modifiee.  A  la  con- 
trainte,  puis  aux  longs  alitements,  au  desceuvrement  aussi 
des  asiles,  a  succede  la  therapeutique  par  le  travail.  Nous  avons 
connu  la  methode  de  Simons  par  la  Hollande  et  notamment  par 
les  belles  realisations  ergotherapiques  du  Professeur  Van  der 
Scheer  a  Sandtpoort.  Nous  avons  compris  par  la  que  le  travail 
des  malades,  sans  cesser  d’etre  utilitaire  et  meme  profitable,  ne 
devait  pas  viser  uniquement  ce  but  et,  des  lors,  ne  devait  pas 
s’adresser  seulement  aux  malades  capables  d’un  rendement  conve- 
nable.  Sans  aller  aussi  loin  que  dans  certains  etablissements 
allemands  et  hollandais  ou,  parfois,  plus  de  90  %  des  malades 
travaillent  plus  ou  moins  de  plein  gre,  certains  de  nos  instituts 
ont  pourtant  largement  profite  de  cet  enseignement.  L’atmo- 
sphere,  charge  d’ennui,  des  anciens  asiles,  s’est  ainsi  transformee 
et  on  a  gagne  en  collaboration  active  ce  qu’on  perdait  heureu- 
sement  en  surveillance  tracassiere.  Bien  entendu,  tout  est  loin 
d’etre  acheve  dans  ce  domaine.  Les  locaux  ne  se  pretent  pas 
toujours  au  travail,  le  nombre  de  travailleurs,  est  encore  trop 
restreint,  il  y  a  surtout  encore  trop  de  distinction  entre  les  mala¬ 
des  qui  travaillent  et  les  surveillants  qui  croient  qu’ils  ne  doivent 
rien  faire,  le  cote  economique  du  probleme,  tant  pour  le  malade 
que  pour  1’etablissement,  n’est  pas  encore  bien  compris.  Mais 
deja,  un  autre  esprit  a  penetre  dans  les  institutions.  Leur  spe¬ 
cialisation  permettrait  aussi  une  certaine  specialisation  du  type 
de  travail  qui  acheverait  de  rendre  celui-ci  a  la  fois  vraiment 
therapeutique  et  utilitaire. 

La  creation  de  services  ouverts,  accessibles  aux  malades  de 
toutes  les  categories  sociales,  acheverait  de  donner  a  ces  insti¬ 
tutions  leur  veritable  cachet.  Certes,  cette  innovation,  qui  ne 
saurait  plus  tarder,  aura  l’avantage  d’eviter  a  beaucoup  de 
malades  mentaux  les  formalites  administratives  et  juridiques 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  BELGIQUE  367 

jugees,  a  juste  titre,  tracassieres.  Elle  permettra  ainsi  de  soigner 
precocement  des  malades  que  les  inconvenients  sociaux  de  ces 
formalites  tiennent  actuellement  eloignes  dfe  tout  traitement 
efficace.  Elle  permettra,  de  meme,  de  soigner  des  etats  mentaux 
legers  et  sans  caractere  asocial  qui  beneficieraient  pourtant  lar- 
gement  d’un  repos  temporaire  dans  de  bonnes  conditions  hospi- 
talieres.  Mais  bien  plus  encore,  la  creation  de  services  ouverts 
amenerait  une  transformation  profonde  dans  l’esprit  des  mede- 
cins  psychiatres  et  du  personnel  des  etablissements  psychiatri- 
ques.  Le  contact  de  malades,  il  est  vrai  plus  exigeants,  mais 
aussi  plus  conscients  de  ce  qu’on  fait  pour  eux,  demanderait  de 
la  part  de  ceux  qui  les  soignent  une  comprehension  psychologi- 
que  plus  large  et  une  plus  grande  souplesse  d’adaptation,  et  des 
conditions  de  milieu  et  d’assistance  plus  rapprochees  des  condi¬ 
tions  normales.  Les  malades  des  services  fermes  ne  pourraient 
pas  ne  pas  beneficier  de  ce  changement  d’esprit  et  de  methode 
dont  s’impregneraient,  par  la  force  des  choses,  ceux  qui  les  soi¬ 
gnent. 

C’est  pourquoi  la  creation,  par  la  Ville  de  Bruxelles,  d’un  service 
ouvert  a  l’Hopital  Brugmann  a  ete  un  tres  grand  progres  et  a  trace 
la  voie  a  suivre  dans  l’avenir. 

II  n’est  pas  possible,  dans  cet  inventaire  de  notre  armement 
psychiatrique,  de  passer,  sous  silence  nos  Colonies.  Celle  de  Gheel 
notamment  a  joue  un  role  important,  non  seulement  dans  1  evo¬ 
lution  de  notre  pays,  mais  egalement  dans  celle  des  autres.  Par 
son  regime  hetero-familial  de  semi-liberte,  elle  a  permis  de  se  ren- 
dre  compte  que  le  malade  mental  ne  devait  pas  necessairement 
etre  soustrait  entierement  a  la  vie  sociale  ;  et,  d’autre  part,  que 
1’individu  normal  pouvait,  sans  crainte  d’y  perdre  son  propre 
equilibre,  vivre  avec  lui,  non  seulement  quelques  heures  par  jour, 
comme  dans  un  service  d’asile,  mais  toute  une  vie  familiale.  La 
grande  lecon  de  Gheel,  a  travers  le  temps,  a  ete  de  maintenir,  par 
le  fait,  la  notion  que  le  malade  mental  n’etait  jamais  entierement 
un  «  aliene  »,  que  de  larges  contacts  sociaux  etaient  possibles 
avec  lui  et  que,  loin  de  dechoir,  1’individu  normal  pouvait,  a  son 
contact,  acquerir  une  plus  haute  idee  de  son  devoir  social.  Son 
exemple  a  pu  ainsi  servir  de  base  a  toutes  les  innovations  ten- 
dant  a  donner  au  malade  mental  une  assistance  plus  humaine  et 
se  rapprochant  des  conditions  normales  d’existence.  Inconsciem- 
ment  ou  non,  la  plupart  des  novateurs,  au  cours  du  xixe  siecle,  se 
sont  impregne  de  son  exemple  et  beaucoup  sont  venus  sur  place 
en  rnediter  les  consequences. 

Colonie  a  peuplement  dense,  Gheel  a,  actuellement,  une  popu- 


36S 


G.  VERMEYLEN 


lation  de  3.400  malades  des  deux  sexes.  Elle  represente  le  type 
a  peu  pres  integral  du  regime  hetero-familial.  L’infirmerie  cen- 
trale  ne  peut,  en  effet,  hospitaliser  qu’une  centaine  de  malades, 
encore  en  observation  ou  presentant  un  mauvais  etat  physique,  ou 
s’etant  montres  inadaptables  au  regime  familial.  Le  reste  des 
malades,  c’est-a-dire  la  presque  totalite,  est  reparti  dans  la  popu¬ 
lation  villageoise  ou  rurale.  Chaque  section  est  dirigee  par  un 
medecin  qui  a,  sous  ses  ordres,  des  infirmiers,  Un  service  d’assis- 
tance  sociale  s’occupe  des  malades  reclassables. 

Le  regime  de  l’autre  colonie  beige,  celle  de  Lierneux,  est  assez 
different  et  represente  le  type  de  colonisation  de  seconde  main 
qui,  -  par  la  force  des  choses,  a  ete  le  plus  generalement  adopte 
dans  les  essais  nouveaux  de  colonies  familiales.  La  grande  capa¬ 
city  d’absorption  de  Gheel  et  son  adaptation  a  une  large  variete  de 
malades,  provient  de  sa  creation  naturelle  et  de  son  evolution  secu- 
laire.  Les  colonies  de  creation  recente  et  voulue  ne  peuvent  comp¬ 
ter  que  sur  une  adaptation  limitee  de  la  population  hospitaliere. 
Les  families  n’acceptent  des  malades  que  si  ceux-ci  ne  sont  ni  dan- 
gereux,  ni  trop  encombrants  ;  et  aussi  dans  la  mesure  ou  ils 
peuvent  etre  utiles.  C’est  pourquoi,  a  Lierneux,  comme  dans  la 
plupart  des  autres  colonies  familiales  recentes,  l’hopital  psychia- 
trique,  contenant  toutes  les  categories  de  malades,  constitue 
1’element  principal  du  systeme.  Le  tiers  seulement  des  malades, 
choisis  parmi  les  plus  sociables  et  les  plus  tranquilles,  est  place 
chez  l’habitant. 

La  Colonie  de  Gheel  est  regie  par  l’Etat  depuis  1852.  Celle  de 
Lierneux  a  ete  organisee  par  la  province  de  Liege.  Tous  les 
autres  hopitaux  psychiatriques  appartiennent  a  des  ordres  reli- 
gieux.  Les  deux  services  psychiatriques  urbains  d’Anvers  et  de 
Bruxelles  ont  ete  crees  par  les  Commissions  d’Assistance  publi- 
que  de  ces  deux  villes  pour  servir  aux  besoins  de  leur  population. 
II  existe  enfin  quelques  instituts  prives,  non  religieux,  pour 
malades  payants. 

Quel  que  soit  le  type  de  ces  etablissements,  ils  sont  tous  regis 
par  une  direction  speciale  du  Ministere  de  la  Justice,  qui  exerce, 
par  l’intermediaire  de  ses  inspecteurs  medicaux  et  administra- 
tifs,  une  surveillance  active.  Les  medecins  de  ces  etablissements 
sont  nommes  par  l’Etat  qui  les  retribue  par  des  prelevements 
faits  sur  la  journee  d’entretien.  L’hospitalisation  des  malades 
indigents  est  payee  par  un  fonds  special,  dit  «  Fonds  commun  », 
auquel  contribuent,  dans  une  mesure  variable,  1’Etat,  les  pro¬ 
vinces  et  les  communes. 

Enfin,  le  regime  des  malades  mentaux  est  encore  actuellement 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  BELGIQUE  369 

regie  par  la  loi  du  28  decembre  1873.  Un  projet  de  loi,  remanie 
deja  plusieurs  fois,  est  actuellement  a  l’etude  et  une  Commission 
s’occupe  a  le  mettre  au  point  des  necessites  modernes. 

L’Hygiene  mentale 

Depuis  que  l’idee  et  l’action  ont  ete  lancees  par  son  fondateur 
Clifford  Beers,  l’hygiene  mentale  a  recu,  dans  les  cinquante-deux 
pays  qui  s’y  sont  interesses,  des  acceptions  tres  diverses. 

Au  point  de  vue  des  doctrines,  tout  d’abord.  Pour  les  uns,  et 
c’est  sans  doute  l’idee  primitive,  l’hygiene  mentale  constitue  la 
recherche  des  regies  d’un  bon  fonctionnement  psychique.  Pour 
les  autres,  elle  est  essentiellement  un  code  de  prophylaxie  men- 
taie  applicable  a  des  individus  qui,  par  predisposition  ou  acci¬ 
dent,  sont  deja  en  etat  d’alarme  psychique.  Pour  d’autres  encore, 
et  c’est  certainement  une  conception  vicieuse,  elle  est  synonyme 
de  pathologie  mentale  et  aurait  l’avantage  de  camouffler  un  terme 
deja  suspect  a  beaucoup. 

Au  point  de  vue  de  son  action,  egalement,  les  divergences  sont 
grandes  de  pays  a  pays.  Certaines  ligues  d’hygiene  mentale  se 
contentent  de  faire  de  la  propagande  par  la  plume  et  par  la  parole. 
D’autres  servent  d’agent  de  liaison  et  de  coordination  entre  des 
oeuvres  preexistantes  et  dont  l’action  peut  servir  a  la  prophylaxie 
mentale.  D’autres  sont  a  la  remorque  de  mouvements  politiques 
et  ont  une  action  dirigee.  D’autres  enfin  sont  orientees  vers  une 
activite  directe  et,  tout  en  utilisant  tous  les  moyens  de  la  propa¬ 
gande,  comptent  surtout  sur  l’action  des  dispensaires  d’hygiene 
mentale.  >  . 

En  Belgique,  c’est  vers  la  prophylaxie  mentale  que  s’est  onente 
tout  1’ effort  de  la  Ligue  et  son  action  s’est  concretisee  d’emblee 
dans  un  sens  pratique,  par  la  creation  de  dispensaires  d  hygiene 
mentale. 

II  semble  bien  que  le  Beige,  profondement  individualiste, 
n’accepte  encore  qu’avec  circonspection  les  regies  et  mesures  qui 
atteignent  l’exercice  de  sa  vie  normale.  Bien  entendu,  les  regies 
d’hygiene  physique,  ou  tout  au  moins  les  plus  necessaires  d’entre 
elles,  sont  acceptees  et,  dans  l’ensemble,  appliquees.  Mais  les 
regies  d’hygiene  mentale  l’interessent  encore  peu  et  pourraient 
mSme  le  mettre  en  mefiance.  Pourtant  deja,  au  point  de  vue 
educatif,  et  par  le  truchement  de  1’enfant,  la  question  prend 
corps  et  les  idees  se  propagent. 

Par  contre,  la  prophylaxie  mentale,  dans  ce  qu’elle  a  de  pre¬ 
vents  et  meme  deja  de  curatif,  a  d’emblee  recu  l’adhesion  des 

Ann.  Med.-psych.,  XVe  serie,  94e  annee,  t.  I.  —  Mars  1936.  24. 


370 


G.  VERMEYLEN 


medecins  et  du  grand  public.  Quelques  pionniers,  parmi  lesquels 
il  faut  citer  tout  specialejment  le  Professeur  A.  Ley  et  les 
Drs  L.  Vervaeck,  E.  de  Craene  et  M.  Alexander,  fonderent  en 
1923  la  Ligue  Nationale  beige  d’Hygiene  mentale.  L’annee  suivan- 
te,  elle  organisait  a  Bruxelles  son  premier  dispensaire  d’hygiene 
mentale,  donnant  ainsi,  des  le  debut,  une  orientation  active  et 
pratique  a  son  mouvement.  Actuellement,  la  Ligue  a  fonde  plu- 
sieurs  sections  locales  et  cree  des  dispensaires  d’hygiene  mentale 
dans  onze  villes  du  pays.  L’autonomie  de  ces  sections  regionales 
et  de  ces  dispensaires  est  assez  grande  et  l’organisation  repond 
plus  aux  n'ecessites  et  aux  convenances  locales  qu’a  un  plan 
d’action  centralise.  Certains  de  ces  dispensaires  s’occupent  sur- 
tout  des  adultes,  d’autres  des  enfants,  d’autres  encore  des  anciens 
malades  mentaux  sortis  des  asiles,  d’autres  enfin  des  delinquants 
anormaUx  «  internes  »  par  application  de  la  loi  de  defense 
sociale. 

Le  premier  en  date  et  le  plus  important  de  ces  dispensaires 
est  celui  de  Bruxelles.  Loge,  par  les  soins  de  la  Croix-Rouge  de 
Belgique,  dans  les  locaux  du  «  Centre  de  Sante  »,  il  beneflcie 
egalement  de  Faction  des  divers  organismes  qui  en  font  partie. 
Il  peut  ainsi  utiliser,  pour  les  besoins  de  ses  consultants,  les 
divers  services  d’investigation  medicale  qui  y  sont  rassembles. 

Il  est  divise  en  deux  grandes  consultations  :  une  pour  adultes 
et  une  pour  enfants.  Chacune  a  une  section  speciale  pour  les  anor- 
maux  delinquants.  7  medecins  specialistes  collaborent  a  son 
activite  qui  se  developpe  d’annee  en  annee.  En  1935,  il  a  ete 
donne  4.014  consultations  et  649  malades  nouveaux  se  sont  pre- 
sentes.  La  plupart  des  malades  viennent  spontanement  au  Dispen¬ 
saire.  D’autres  sont  envoyes  par  I’hopital  psychiatrique  qu’ils 
viennent  de  quitter,  les  infirmieres  visiteuses,  le  personnel  ensei- 
gnant,  ou  encore  par  le  juge  des  enfants  ou  les  commissions  de 
defense  sociale. 

Les  charges  que  le  Dispensaire  assume  ainsi  sont  tres  variees. 
Pour  les  uns,  il  s’agit  surtout  d’aide  et  de  protection  morale  et 
materielle  ;  pour  les  autres,  d’orientation  vers  telle  ou  telle 
oeuvre  ;  pour  d’autres  encore,  de  soins  physiques  ou  de  psycho- 
therapie  ;  pour  d’autres,  de  surveillance  et  de  defense  sociale. 

Toute  cette  action  prophylactique  doit  etre  basee  sur  connais- 
sance  large  du  sujet.  Des  lors,  a  cote  de  1’etat  physique  et  mental, 
une  place  importante  doit  etre  faite  a  l’etat  social  et  aux  conditions 
de  milieu.  Pour  l’enfant,  il  faut  y  joindre  les  examens  mentaux 
et  pedagogiques,  l’examen  du  langage  et  de  la  motricite,  l’exa- 
men  du  caractere.  Chacun  de  ces  examens  demande  la  connais- 


LES  TENDANCES  DE  LA  PS  Y  CHI  A  TRIE  EN  BELGIQUE 


371 


sance  de  techniques  speciales  et  doit  etre  confie  a  des  personnes 
rompues  a  ce  genre  de  recherches. 

Le  travail  d’investigation  devient  ainsi  un  travail  d’equipe 
auquel  collabore  une  serie  de  specialistes.  L’ensemble  de  ces 
donnees  est  recueilli  et  interprets  par  le  medecin  qui  en  tire  les 
conclusions  pratiques.  C’est  alors  seulement  que  commence 
l’action  du  dispensaire  :  Taction  personnelle  du  medecin  revoyant 
periodiquement  le  malade,  le  guidant,  le  conseillant,  le  recon- 
fortant  ;  et  aussi  Faction  plus  directe  des  infirmieres  visiteuses 
et  assistantes  sociales  attachees  au  Dispensaire  qui  assistent  aux 
consultations  et  vont  visiter  le  malade  a  domicile,  faire  pour  lui 
les  demarches,  completer  les  enquetes.  En  1935,  plus  de  2.400 
demarches  et  enquetes  de  ce  genre  ont  ete  faites  par  le  person¬ 
nel  du  dispensaire  de  Bruxelles. 

Ainsi  compris,  le  dispensaire  d’hygiene  mentale  constitue  vrai- 
ment  un  poste  de  secours  de  psychiatrie  plante  en  pleine  vie 
sociale.  II  n’a  que  des  attaches  lointaines  avec  les  institutions 
hospitalieres  et  garde,  pour  celui  qui  y  vient,  un  air  d’indepen- 
dance  et  d’activite  privee  qui  le  rassure  et  le  met  en  confiance. 
Son  action  reste  purement  persuasive  et  se  developpe  uniquement 
sur  le  plan  de  l’aide  sociale.  Elle  n’en  est  que  plus  efficiente  et 
prend  un  aspect  de  collaboration  qui  intervient,  pour  une  bonne 
part,  dans  son  efficacite. 

Quoiqu’ayant,  avant  tout,  marque  son  caractere  pratique  par 
la  creation  de  dispensaires,  la  Ligue  Nationale  de  l’Hygiene 
mentale,  n’a  pas,  pour  cela,  neglige  de  faire  Feducation  du 
grand  public.  De  nombreuses  conferences  sont  donnees  et  des 
tracts  sont  distribues. 

De  plus,  des  sections  d’etudes  ont  ete  creees.  Deux  d’entre 
elles  sont  particulierement  actives.  C’est,  tout  d’abord,  la  section 
de  l’Enfance  anormale,  qui  a  mis  sur  pied  un  nouveau  pro  jet  de 
loi  concernant  l’enseignement  special  et  etudie  chaque  annee  une 
question  ayant  trait  a  l’enfance  anormale  ou  delinquante.  C’est 
egalement  la  section  de  prophylaxie  criminelle  qui,  dans  diverses 
sous-commissions,  a  aborde  Fetude  de  la  lutte  contre  la  degene- 
rescence,  de  Faction  eugenique,  de  la  lutte  contre  les  causes 
sociales  de  la  criminalite,  de  l’organisation  de  Fassistance  aux 
delinquants,  aux  anormaux  et  aux  malades  mentaux. 

La  Ligue  Nationale  beige  d’Hygiene  mentale  semble  ainsi 
avoir  reellement  aborde  de  front  quelques-uns  des  grands  proble- 
mes  theoriques  et  pratiques  qui  se  posent  a  elle  et  s’etre  organi- 
see  de  maniere  a  leur  donner  une  solution  aussi  adequate  que 
possible. 


372 


G.  VERMEYLEN 


L’enfance  ANORMALE 

On  a  pu  assez  justement  intituler  notre  siecle  commengant  le 
«  siecle  de  l’enfant  ».  Dans  tous  les  pays,  un  interet  puissant 
s’est  manifesto  pour  les  problemes  multiples  que  pose  l’enfant  : 
problemes  psychologiques,  problemes  physiques  et  hygieniques, 
problemes  educatifs,  problemes  pathologiques.  Des  lois  protec- 
trices  de  l’enfance  ont  ete  elaborees,  des  etudes  scientifiques  ont 
ete  entreprises  en  grand  nombre,  des  oeuvres  d’assistance  ont 
ete  creees.  Le  grand  public  s’est  lui-meme  interesse  d’emblee  a 
tout  ce  qui  regardait  1’enfance  et,  partout,  ce  sont  les  oeuvres  qui 
s’en  occupent  qui  sont  les  plus  vivantes  et  les  mieux  soutenues 
par  1’ensemble  de  la  population. 

En  Belgique,  tout  specialement,  tout  ce  qui  concerne  l’enfance 
a  toujours  ete  en  particuliere  faveur.  Mais  il  est  certain  que  le 
mouvement  d’ opinion  et  d’interet,  qui  se  continue  encore  actuelle- 
ment,  malgre  la  durete  des  temps,  et  qui  ne  fait  que  s’intensifier, 
n’a  pu  gagner  cette  ampleur  que  grace  a  des  hommes  qui  en  ont 
saisi  toute  l’importance  et  qui  lui  ont,  des  lors,  consacre  le  meil- 
leur  de  leur  effort. 

Ce  sont  a  des  hommes  d’Etat  comme  J.  Lejeune,  M.  Carton  de 
Wiart,  et  M.  Vandervelde,  des  juristes  comme  M.  Wets,  juge  des 
enfants,  des  pedagogues  comme  Nyns,  Sluys,  Smelten,  et  surtout 
des  medecins  comme  les  regrettes  O.  Decroly  et  F.  Boulenger,  et 
les  Professeurs  Demoor  et  A.  Ley,  qu’on  doit,  des  la  fin  du  xixe 
siecle,  le  mouvement  methodique  en  faveur  de  l’enfance  en  gene¬ 
ral,  et  plus  specialement  en  faveur  de  l’enfance  anormale  et 
malheureuse. 

Des  lois  ont  consacre  ces  efforts  et  leur  ont  donne  une  sanction 
officielle.  C’est,  tout  d’abord,  la  loi  du  14  juin  1920  qui  separe 
nettement  Venfant  anormal  du  malade  mental.  Avant  elle,  une 
loi  commune  reglait  l’assistance  et  le  placement  de  l’un  et  de 
l’autre.  Depuis  lors,  l’enfance  anormale  possede  son  statut  pro- 
pre.  On  n’est  plus  astreint  a  la  formalite  inutile  et  vexatoire 
de  la  collocation  (internement)  et  un  fonds  special,  le  fonds  com- 
mun,  alimente  en  parts  inegales  par  l’Etat,  les  provinces  et  les 
communes,  prend  a  sa  charge  les  frais  d’entretien  et  d’educa- 
tion.  Enfin,  un  arrete  royal  du  18  octobre  1921  consacre  defini- 
tivement  la  separation,  en  fait  deja  menee  a  bonne  fin,  des  insti¬ 
tutions  pour  malades  mentaux  et  pour  enfants  anormaux.  D’autre 
part,  la  loi  sur  l’enseignement  du  19  mai  1914  imposait  l’obliga- 
tion  scolaire  generate.  Cette  loi  ne  pouvait  rester  unilateral  et  ne 
creer  des  obligations  que  pour  l’enfant  et  sa  famille.  Elle  devait 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  BELGIQUE  373 

etre  comprise  comme  imposant  aussi  a  l’ecole  l’obligation  d’adap- 
ter  son  enseignement  a  toutes  les  categories  d’enfants  puisqu’au- 
cune  distinction,  a  peu  d’exceptions  pres,  n’etait  faite  dans 
l’imposition  de  la  frequentation  scolaire. 

La  encore,  comme  dans  la  plupart  des  domaines,  les  realisa¬ 
tions  partielles  avaient  precede  la  reglementation  et  l’avait  per- 
mise.  Des  1897,  la  ville  de  Bruxelles  avait  ouvert  ses  premieres 
classes  d’enseignement  special.  L’annee  suivante,  Anvers  inaugu¬ 
ral  une  ecole  autonome  pour  la  meme  categorie  d’enfants. 

La  loi  organique  de  l’enseignement  primaire  du  18  octobre  1921, 
amendee  par  la  loi  du  25  mars  1931,  vint  consacrer  cet  etat  de  fait 
et  lui  donner  une  expansion  nouvelle.  Par  son  article  14,  elle  decla- 
rait  que  «  la  ou  l’importance  de  la  population  le  permet,  les  com¬ 
munes  sont  tenues  d’organiser  des  classes  pour  eleves  retardatai- 
res  et  des  classes  speciales  pour  enfants  anormaux  ».  Par  son 
article  2,  elle  etend  l’obligation  scolaire  pour  les  enfants  anormaux 
educables  jusqu’a  16  ans.  Cette  prolongation  ne  se  fait  pourtant 
pas  d’office,  elle  est  individuelle  et  sera  decidee  dans  chaque  cas 
par  arrete  ministeriel  sur  proposition  du  chef  d’ecole,  le  medecin 
scolaire  entendu. 

II  ne  peut  entrer,  dans  le  cadre  de  cet  expose  general,  de  decrire 
les  institutions  qui  s’occupent  actuellement  en  Belgique  de 
l’assistance  aux  enfants  anormaux.  II  suffira,  pour  en  comprendre 
les  grandes  lignes,  de  preciser  le  fonctionnement  general  de  cette 
assistance.  Elle  presente  plusieurs  degres  qui  s’adaptent  a  des 
degres  correspondants  de  deficience  mentale. 

Recemment  encore,  on  admettait  qu’un  enfant  arriere  ne 
pouvait  etre  bien  eduque  qu’en  internats  et  tout  le  perfectionne- 
ment  visait  a  multiplier  et  a  ameliorer  ceux-ci.  L’interet  porte  a 
des  categories  de  plus  en  plus  legeres  d’inadaptes  scolaires  a 
amene  un  changement  assez  complet  dans  cette  maniere  de  voir. 
De  plus  en  plus,  on  se  rend  compte  de  l’importance  qu’il  y  a  a 
maintenir,  autant  que  faire  se  peut,  l’enfant  arriere  dans  son 
milieu  familial  et  dans  la  vie  sociale  ordinaire.  L’internat  donne 
toujours,  et  quoi  qu’on  fasse,  une  education  en  vase  clos  qui  ne 
devrait  etre  appliquee  que  lorsque  le  milieu  familial  est  nette- 
ment  insuflisant.  Mais,  pour  pouvoir  maintenir  l’enfant  defici- 
taire  en  famille,  il  faut  lui  assurer  les  avantages  de  1’internat. 
Et  c’est  la  la  grande  difficulte.  On  ne  peut  dire  qu’elle  soit  sur- 
montee,  en  Belgique,  mais  on  est  tout  au  moins  sur  la  voie  et 
certains  centres  ont  deja  pu  appliquer  des  formules  satisfai- 
santes  qui  pourraient  etre  generalisees. 

Les  conditions  sont  de  trois  ordres  :  assurer  a  ces  enfants 


374 


G.  VERMEYLEN' 


restes  dans  leurs  families  :  1°  une  assistance  medicale  par  des 
medecins  specialises  en  neuropychiatrie  infantile  ; 

2°  un  enseignement  special  convenablement  adapte  a  leurs 
capacites  intellectuelles  reduites  ; 

3°  une  assistance  sociale  capable  de  les  aider  dans  la  vie,  d’apla- 
nir  leurs  difficultes  avec  leur  famille  et  les  milieux  sociaux  dans 
lesquels  ils  penetrent,  de  les  seconder  dans  l’exercice  de  leur 
metier. 

A  l’heure  actuelle,  les  conditions  medico-sociales  du  1°  et  du  3° 
sont  assumees  presqu’exclusivement  par  les  dispensaires  d’hygie- 
ne  mentale  infantile  repartis  dans  le  pays. 

Avant  leur  creation,  en  1927,  existaient  deja  quelques  consulta¬ 
tions  medico-pedagogiques  telles  que  celles  de  la  province  du 
Brabant  dirigee  par  le  Dr  Boulenger  et  la  consultation  privee  du 
D'  Decroly.  Mais  elles  avaient  surtout  un  caractere  de  triage  et 
de  traitement. 

Les  dispensaires  d’hygiene  mentale  infantile  ont  eu  le  merite 
«e  placer  le  probleme  sur  son  vrai  terrain  medico-social.  Ce  qu’ils 
cherchent  c’est  de  conserver  l’enfant  dans  son  milieu  naturel  tout 
en  lui  assurant  toute  1’assistance  physique,  materielle  et  morale 
dont  il  a  besoin.  Ajoutons  que  la  plupart  du  temps,  par  dela 
l’enfant,  on  atteint  ainsi  la  famille,  et  que  bien  des  milieux,  qui 
semblaient  mauvais  et  peu  propres  a  assumer  la  garde  d’un 
enfant,  deja  inadapte  par  lui-meme  aux  difficultes  de  la  vie,  ont 
pu  etre  ameliores  dans  de  notables  proportions. 

Pour  remplir  cette  tache  delicate  le  dispensaire  doit  tout 
d’abord  connaitre  de  facon  aussi  precise  que  possible  toutes  les 
capacites  et  les  incapacities  physiques  et  psychiques  de  l’enfant. 
Un  bon  examen  general  et  special  est  done  a  la  base  de  son  action 
sociale. 

Au  Dispensaire  d’Hygiene  Mentale  de  Bruxelles,  que  nous 
prendrons  comme  exemple,  l’examen  est  tres  fouille.  II  est  aborde, 
en  un  travail  d’equipe,  par  des  personnes  specialisees  chacune 
dans  un  type  d’investigation  determinee.  C’est  au  medecin,  qui 
doit  etre  un  neuropsychiatre  rompu  a  toutes  les  disciplines  que 
pose  le  probleme  de  l’enfance  anormale,  que  revient  naturellement 
la  charge  de  l’examen  somatique  general  et  de  1’examen  neurolo- 
gique.  C’est  a  lui  surtout  que  reviendra  la  charge  de  collectionner 
tous  les  documents  et  de  leur  donner  une  sanction  therapeutique 
ou  d’assistance.  Les  autres  investigations  sont  faites  au  cours  de 
consultations  successives,  par  des  personnes  specialisees  dans  les 
examens  mentaux,  pedagogiques,  moteurs,  caracteriologiques.  De 
plus  l’infirmiere  visiteuse  ou  l’assistante  sociale  entament  imme- 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIC  EN  BELGIQUE  375 

diatement  une  enquete  familiale  pour  determiner  les  conditions 
de  milieu  dans  lesquelles  vit  l’enfant. 

II  devient,  des  lors,  facile,  dans  la  plupart  des  cas,  de  deter¬ 
miner  la  ligne  de  conduite  a  suivre.  Le  traitement  physique  est 
institue,  s’il  y  a  lieu  ;  l’enfant  est  oriente  vers  l’enseignement  ou 
l’institution  qui  lui  convient  ;  une  assistance  familiale  et  sociale, 
variable  suivant  le  cas,  est  institute. 

C’est  la  un  systeme  tres  convenable  et  qui  serait  tout  a  fait  satis- 
faisant  s’il  etait  suffisamment  etendu.  II  faudrait  notamment 
qu’il  y  ait  une  clinique  d’hygiene  mentale  par  groupe  scolaire  de 
trois  ou  quatre  ecoles  groupant  1.500  a  2.000  enfants  qui  pour- 
raient  ainsi  etre  suiyis  presqu’individuellement. 

Ce  systeme  d’assistance  externe  avec  maintien  de  l’enfant 
dans  la  famille,  ne  peut  etre  dument  applicable  que  si  l’ensei- 
gnement  special,  adapte  a  la  mentalite  de  ces  enfants,  peut  leur 
etre  donne. 

Malgre  l’obligation  imposee  par  la  loi  et  l’effort  deja  considera¬ 
ble  de  certains  centres  urbains,  les  realisations  sont  encore,  dans 
ce  domaine,  tout  a  fait  insuffiisantes. 

Deux  methodes,  ayant  chacune  leurs  avantages  et  leurs  incon- 
venients,  sont  preconisees.  Celle  des  ecoles  autonomes  d’ensei- 
gnement  special  groupe  dans  une  meme  ecole,  ayant  tous  les 
degres  d’enseignement  specialises,  les  enfants  retardataires 
d’une  commune  ou  d’une  ville.  C’est  le  systeme  adopte  notam¬ 
ment  par  la  ville  d’ Anvers  qui  possede  deux  ecoles  autono¬ 
mes  de  ce  genre,  situees  dans  deux  centres  opposes  de  la  ville,  et 
par  la  commune  d’Anderlecht-lez-Bruxelles  (Ecole  Jardin).  Un  ser¬ 
vice  automobile  assure  matin  et  soir  Faeces  de  l’ecole  aux  enfants 
habitant  les  quartiers  eloignes  de  la  commune.  L’autre  systeme 
a  I’avantage  de  moins  distinguer  les  enfants  arrieres  et  de  leur 
assurer  un  enseignement  parallele  a  celui  des  enfants  normaux. 
II  est  realise  a  Bruxelles  dans  certaines  grandes  ecoles  par  le 
dedoublement  de  tout  l’enseignement  en  classes  fortes  et  classes 
faibles  paralleles  et,  pour  les  plus  retardataires,  en  classes  specia- 
les  a  plusieurs  degres.  Ces  classes  n’etant  designees  que  par  des 
lettres  (A.  B.  C.)  le  passage  de  l’une  a  l’autre  se  fait  sans  meme 
eveiller  la  mefiance  des  parents. 

Pour  l’ensemble  du  pays,  il  y  a  actuellement  80  classes  d’ensei¬ 
gnement  special  organisees.  C’est  bien  insuffisant  encore  et  il  y 
aurait  lieu  de  s’in quieter  si  chaque  jour  presque  on  ne  voyait 
telle  ou  telle  commune  se  rendre  mieux  compte  des  necessites 
et  organiser  son  enseignement  special. 

Il  est  evident  que,  malgre  cet  effort,  pour  donner  sur  place  ,  a 


370 


G.  VERMEYLEN 


l’enfant  arriere  toute  l’assistance  dont  il  a  besoin,  les  internals 
medico-pedagogiques  restent  et  resteront  tou jours  une  necessite. 
Mais  a  mesure  que  se  developpera  une  assistance  sociale  ade¬ 
quate,  les  internats  seront  de  plus  en  plus  reserves  aux  enfants 
profondement  deficients  et  a  ceux  qui  n’ont  plus  de  famille  ou 
dont  la  famille  est  nettement  insuffisante.  II  y  a  actuellement  21 
internats  pour  enfants  anormaux  en  Belgique  hospitalisant 
3.687  enfants.  II  faut  signaler,  comme  particulierement  bien 
adaptees  a  leur  tache,  des  institutions  comme  la  Ferme-Ecole  de 
Waterloo,  dependant  de  la  province  du  Brabant,  1’Institut  Samte- 
Elisabeth  a  Rixensart  et  l’lnstitut  medico-pedagogique  St-Joseph 
a  Swynaerde-les-Gand.  Elies  s’occupent  uniquement  d’enfants 
educables  et  susceptibles  de  beneficier  d’un  enseignement  pri- 
maire  reduit  et  d’un  enseignement  professionnel.  D’autres  insti¬ 
tutions  sont  reservees  aux  semi-educables,  pour  qui  des  mesures 
de  garde  et  d’assistance  physique  soht  surtout  necessaires. 

'Sous  le  terme  generique  d’enfants  anormaux,  on  comprend, 
non  seulement  les  deficients  mentaux  dont  nous  nous  sommes 
occupes  jusqu’a  present,  mais  aussi  les  enfants  presentant  des 
troubles  du  caractere  plus  ou  moins  graves,  les  enfants  psycho- 
pathes,  comme  on  les  appelle  dans  d’autres  pays. 

On  s’est  relativement  peu  occupe  d’eux,  jusqu  a  present,  malgre 
le  vif  interet  qu’ils  presentent,  tant  au  point  de  vue  doctrinal 
que  pratique.  L’etude  des  troubles  du  caractere  ouvre,  en  effet, 
des  apergus  interessants  sur  les  causes  organiques,  psychologi- 
ques  et  sociales  des  psychopathies.  Elle  montre  chez  l’enfant  la 
conjonction  de  ces  causes  et  souvent  leur  sommation.  Loin 
d’aboutir  au  fatalisme  qui  etait  de  mode  en  ces  matieres,  il  n’y 
a  pas  bien  longtemps  encore,  elle  conduit,  au  point  de  vue  prati¬ 
que,  a  mettre  en  lumiere  1’importance  de  l’education  bien  com¬ 
prise.  Elle  laisse  entrevoir,  par  le  fait  meme,  1’importance  pro- 
phylactique  du  traitement  et  de  l’assistance  dans  ces  cas.  Beau- 
coup  de  ces  enfants,  si  on  n’intervient  pas,  feront  dans  la  suite 
des  troubles  mentaux  dont  les  mobiles  declanchants  ne  pourront 
plus  etre  atteints.  Beaucoup  plus  encore,  aboutiront,  dans  un 
avenir  immediat,  a  l’inadaption  sociale  grave  et  a  la  delinquance. 
Et  pourtant,  lorsqu’on  examine  de  pres  ces  cas,  on  a  I’impression 
qu’il  faut  souvent  peu  de  choses  pour  retablir  la  situation  et 
qu’une  aide  judicieuse,  apportee  au  bon  moment,  peut  encore 
tout  arranger. 

Ici  encore,  le  dispensaire  d’hygiene  mentale  peut  jouer  un  role 
important.  Actuellement,  celui  de  Bruxelles  reserve  une  section 
speciale  a  l’etude  et  au  traitement  de  ces  enfants.  Il  y  faut  beau- 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  BELGIQUE  377 


coup  de  tact  et  de  comprehension,  une  atmosphere  morale  qui 
entraine  la  collaboration  de  l’interesse  et  la  confiance  de  sa 
famille  et  surtout  une  bonne  assistance  sociale,  a  la  fois.  perseve- 
rante  et  discrete,  qui  puisse,  dans  le  milieu  familial  meme,  reta- 
blir  Fordre  et  l’equilibre  deranges.  Rien  que  l’introduction  d  un 
tiers,  que  l’on  sent  experiments  et  objectif,  suffit  souvent  a  ame- 
ner  une  orientation  plus  normale  et  a  eviter  les  pires  conse¬ 
quences. 

Mais  parfois,  cela  n’est  pas  suiflsant,  soit  que  les  troubles  du 
caractere  de  l’enfant  soient  trop  personnels  ou  trop  graves,  soit 
encore  que  le  conflit  familial  soit  arrive  a  une  phase  trop  aigue 
pour  que  tout  puisse  encore  s’arranger  par  une  simple  interven¬ 
tion  etrangere.  II  faudrait  alors  pouvoir  hospitaliser,  ne  fusse  que 
pour  un  temps  assez  court,  l’enfant,  de  fa§on  a  laisser  le  temps  a 
tous  de  reprendre  un  calme  necessaire. 

Alors  que  les  institutions  pour  enfants  deficients  ont  ete  mul¬ 
tiplies,  peut-etre  au  detriment  d’une  assistance  medico-sociale 
qui  reste  possible  dans  la  majorite  des  cas,  les  institutions  pour 
enfants  psychopathes  manquent  totalement.  On  en  est  reduit, 
dans  les  cas  extremes,  a  utiliser  les  institutions  pour  enfants 
delinquants  et,  de  ce  voisinage,  ni  les  uns  ni  les  autres  n’ont  a 
gagner.  II  existe  pourtant,  a  Bruxelles,  des  homes  de  semi-liberte 
qui  pourraient  convenir  plus  ou  moins  a  cet  office  en  attendant 
la  creation  de  centres  de  reeducation  specialement  adaptes  a 
cette  categorie  d’enfants. 

En  ce  qui  concerne  Yenfance  delinquante,  la  Belgique  est 
mieux  armee.  On  peut  meme  dire  que  c’est  un  des  domaines 
ou  elle  a  le  mieux  mis  en  pratique  les  idees  modernes  en  cette 
matiere.  La  legislation  en  fut  precoce  et  declancha  toute  une 
serie  d’innovations  importantes,  que  la  pratique  a  sanction¬ 
's.  La  loi  sur  la  protection  de  l’enfance,  promulguee  le  15  mai 
1912,  institua,  des  cette  date,  des  tribunaux  d’enfants,  fonc- 
tionnant  d’une  maniere  toute  differente  des  tribunaux  d’adul- 
tes  et  depouilles  de  tout  l’appareil  judiciaire  d’usage.  Tous 
les  delinquants  de  moins  de  16  ans  et  ceux  de  16  a  18  ans, 
ayant  commis  des  debts  de  mendicite,  vagabondage,  inconduite 
et  indiscipline,  y  sont  deferes.  Un  juge  unique  decide  des  mesures 
a  prendre  pour  le  bien  de  l’enfant.  Le  systeme  repressif  est  rem- 
place  par  des  mesures  de  garde,  d’education  et  de  preservation. 
La  notion  du  discernement  n’est  plus  soulevee  par  le  magistrat 
et  le  principe  de  la  chose  jugee,  en  matiere  de  decisions  judiciai- 
res,  ne  s’applique  plus  aux  mineurs  :  le  juge  peut  modifier  ou 
rapporter,  en  tous  temps,  les  mesures  prises. 


378 


G.  VERMEYLEN 


L’article  23  (chapitre  II)  de  la  loi  etablit  l’expertise  medicale 
qui  n’est  malheureusement  pas  rendue  obligatoire.  «  Si  le  juge 
a  un  doute  quant  a  l’etat  physique  ou  mental  du  mineur,  il  peut 
le  placer  en  observation  et  le  soumettre  a  l’examen  mental  d’un 
ou  de  plusieurs  specialistes.  »  Cette  expertise  mentale  est  pour- 
tant  appliquee  dans  tous  les  cas  pour  les  mineurs  delinquants 
de  l’agglomeration  bruxelloise,  grace  a  l’initiative  hautement 
comprehensive  du  juge  des  enfants,  M.  Wets.  Cet  examen,  qui  ne 
comporte  pas  d’hospitalisation,  est  forcement  assez  restreint, 
etant  donne  le  nombre  de  ces  enfants,  et  c’est  dommage.  II 
comporte  pourtant,  en  plus  de  l’examen  physique  methodique- 
ment  mene,  un  examen  mental  fait  au  moyen  des  methodes  objec¬ 
tives  actuellement  bien  connues. 

Tel  qu’il  est  pratique,  cet  examen  se  revele  suffisant  pour  faire 
une  selection  capable  d’orienter  le  juge  vers  les  mesures  les  plus 
opportunes  a  prendre  et  eviter  les  grosses  erreurs  d’assistajnce. 
II  serait  fort  desirable  que,  malgre  leur  insuffisance,  des  centres 
d’examen  medico-mental  infantile  du  meme  genre  soient  insti- 
tues  dans  les  56  cantons  judiciaires  du  pays.  Mais  il  y  a  de  grosses 
difficultes  a  les  organiser  partout  et  a  trouver  sur  place  les 
medecins  specialises  dans  ce  sens. 

Pour  les  cas  complexes  et  dont  l’examen  demande  une  obser¬ 
vation  approfondie  et  prolongee,  on  a  cree  les  ecoles  d’observa- 
tion  de  Moll  pour  les  garcons,  de  Saint-Servais-les-Namur  pour  les 
fllles.  L’observation  du  jeune  delinquant  y  est  faite  d’abord  en 
regime  cellulaire,  afin  d’etudier  les  reactions  personnelles  de 
l’enfant,  puis  en  regime  collectif,  pour  observer  ses  reactions 
inter-psychologiques.  Elle  porte  surtout  sur  l’etude  du  caractere 
et  du  comportement  psycho-social  de  l’enfant.  La  plupart  des 
cas  d’arrieration  mentale  simple  ne  posent,  en  effet,  pas  des 
problemes  assez  complexes  pour  necessiter  1’envoi  dans  un 
centre  d’observation. 

D’apres  le  meme  article  23,  qui  l’autorise  a  provoquer  une 
expertise  mentale,  le  juge  peut  egalement,  «  si  cette  expertise 
medicale  etablit  un  etat  d’inferiorite  physique  ou  mentale  ren- 
dant  l’enfant  incapable  du  controle  de  ses  actions...,  ordonner 
qu’il  soit  mis  a  la  disposition  du  gouvernement  pour  etre  place 
dans  un  asile  ou  un  etablissement  special  approprie  a  son  etat  ». 

En  dehors  des  etablissements  pour  enfants  anormaux  qui 
peuvent  recevoir  les  jeunes  delinquants  arrieres  mentaux,  il 
existe  des  etablissements  de  reeducation.  Les  principaux  d’entre 
eux  sont,  pour  les  garcons,  les  etablissements  d’education  de 
Saint-Hubert,  de  Ruysselede  et  de  Moll,  pour  les  filles  de  Saint- 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  BELGIQUE  379 

Servais.  Une  vingtaine  d’autres  etablissements  recoivent  des 
«  enfants  du  juge  »  qui  n’ont  pas  besoin  d’un  regime  aussi 
specialise. 

Enfin,  la  loi  sur  la  protection  de  l’enfance,  article  25,  prevoit 
que  «  les  mineurs  qui...  n’ont  pas  ete  places  dans  un  etablisse- 
ment  de  l’Etat  ou  en  sont  sortis,  sont  places,  jusqu’a  leur  majo- 
rite,  sous  le  regime  de  la  liberte  surveillee  ». 

Cette  liberte  surveillee  comporte,  elle-meme,  des  degres.  Pour 
les  enfants  qui  ont  besOin  d’une  surveillance  encore  active  ou 
dont  le  milieu  familial  n’est  pas  suffisant,  un  placement  est 
decide  dans  un  home  de  semi-liberte.  II  y  a  plusieurs  de  ces 
homes  dans  les  grandes  villes.  Les  enfants  y  vivent  le  regime 
de  l’internat  mitige.  Ils  sortent  pour  aller  a  l’ecole  et,  s’lls  sont 
plus  grands,  pour  faire  leur  apprentissage.  Mais  ces  sorties  sont 
controlees  et  leur  comportement  continue  a  faire,  tant  dans 
l’institution  qu’au  dehors,  l’objet  d’une  observation  constante. 
Quand  tout  va  bien,  les  plus  grands  peuvent  meme  etre  places 
chez  les  personnes  qui  les  occupent  et  ne  revenir  au  home, 
comme  ils  le  feraient  dans  leur  famille,  que  lors  de  leurs  conges. 

Pour  les  autres,  c’est  le  maintien  en  famille  sous  la  surveillance 
de  delegues  a  la  protection  de  l’enfance.  Ces  delegues  exercent, 
pour  la  plupart,  benevolement  ces  fonctions  delicates  et  assez 
absorbantes.  A  Bruxelles,  442  delegues  collaborent  a  l’ceuvre  de 
readaptation  psycho-sociale  que  dirige  le  juge  des  enfants.  De 
plus,  le  juge  des  enfants  de  Bruxelles  a  pris  l’initiative  de  deman- 
der,  pour  ceux  de  ces  enfants  qui  presentaient  des  anomalies  de 
l’intelligence  ou  du  caractere,  la  collaboration  du  dispensaire 
d’hygiene  mentale.  Ce  dernier  aide  ainsi  les  delegues  dans  leur 
tache  difficile  et  leur  apporte  a  la  fois  l’appui  de  l’autorite  et  de 
1’experience  du  medecin  specialise  qui  est  prepose  a  cette 
fonction. 

L’assistance  et  la  readaptation  sociale  de  l’enfant  delinquant 
sont  ainsi  degagees,  autant  que  faire  se  peut,  de  l’appareil  judi- 
ciaire  et  se  placent,  non  plus  sur  le  plan  de  la  repression,  mais 
sur  celui  de  la  reeducation  progressive  et  echelonnee. 

Les  d£linquants  anormaux 

C’est  la  encore  une  des  questions  qui  a  fait  le  plus  de  progres 
pratiques  en  Belgique  et  les  reformes  apportees  par  la  loi  de 
defense  sociale  du  9  avril  1930  a  suscite  un  grand  interet  dans  la 
plupart  des  pays.  Ce  n’est  pas  trop  dire  que  cette  experience 
hardie  servira, "dans  l’avenir,  de  base  a  la  plupart  des  reformes 


G.  VERMEYLEN 


juridiques  et  penitentiaires.  Mais.  encore  une  fois,  tout  n’a  pas 
ete  cree  par  la  loi  qui,  pour  une  bonne  part,  n’est  venue  que  sanc- 
tionner  un  etat  de  fait  deja  existant.  Grace  aux  efforts  d’eminents 
hommes  d’Etat,  depuis  J.  Lejeune,  qu’il  faut  toujours  citer  dans 
ces  domaines,  jusqu’a  M.  Vandervelde,  grace  aussi  aux  efforts 
et  aux  demonstrations  peremptoires  de  medecins  parmi  lesquels 
il  convient  de  citer,  en  tout  premier  rang,  le  D'  L.  Vervaeck, 
^organisation  penitentiaire  s’etait  deja  notablement  modifiee. 

L’organisation  de  laboratoires  d’anthropologie  criminelle  dans 
les  prisons  memes  avait  permis  de  se  rendre  compte  de  la  situa¬ 
tion  exacte  de  la  plupart  des  delinquants.  A  la  periode  lombro- 
sienne,  qui  avait  surtout  une  valeur  doctrinale  et  suscita,  comme 
il  se  doit,  une  periode  reactionnelle  non  moins  intransigeante, 
succeda,  au  debut  du  siecle,  un  esprit  plus  eclectique  et  oriente 
moins  vers  les  doctrines  que  vers  les  methodes. 

Abandonnant  les  discussions  theoriques,  on  s’orienta  davan- 
tage  vers  l’etude  du  delinquant  en  lui-meme,  basee  sur  la  con- 
naissance  de  son  heredite,  de  sa  personnalite  psycho-biologique 
et  de  son  milieu  social.  La  creation,  a  la  prison  de  Forest  (Bruxel¬ 
les)  d’un  laboratoire  d’anthropologie  criminelle  permit  au 
Dr  Vervaeck  d’examiner  un  grand  nombre  de  delinquants  et  de 
consigner,  dans  des  dossiers  tres  complets,  ses  observations. 
Cette  importante  documentation  permit,  sans  idees  preconcues, 
de  constater,  tout  d’abord,  le  grand  nombre  d’anormaux  qui 
existaient  parmi  les  delinquants.  Elle  permit  ensuite  de  les 
serier  suivant  quelques  grands  types  et  de  reclamer  pour  eux  les 
modes  d’assistance  penitentiaire  qui  leur  convenait. 

C’est  ainsi  que  purent  etre  creees  les  annexes  psychiatriques 
qui  constituaient,  dans  chacune  des  grandes  prisons,  un  centre 
d’observation  des  delinquants  soupconnes  d’anormalite,  et  don- 
nait  egalement  au  medecin  expert  la  possibilite  de  statuer,  dans 
de  bonnes  conditions,  sur  l’etat  du  prevenu. 

C’est  ainsi  egalement  que  certaines  prisons  furent  transfor- 
mees  et  adaptees  a  des  types  speciaux  de  delinquants.  Nous 
citerons  :  la  prison  pour  epileptiques  et  deficients  mentaux  de 
Merxplas,  a  laquelle  fut  ajoutee  une  section  sanatoriale  pour 
tuberculeux  ;  le  quartier  pour  anormaux  difficiles  de  la  prison 
de  Gand  ;  les  prisons-ecoles  pour  jeunes  delinquants  de  16  a 
21  ans  de  Gand  et  de  Merxplas  ;  les  asiles  pour  alienes  crimi- 
nels  de  Tournai  et  Reckheim  pour  hommes,  de  Mons  pour 
femmes. 

La  loi  dite  de  defense  sociale  du  9  avril  1930  vint  sanctionner 
cet  etat  de  chose  et  donner  une  impulsion  nouvelle  a  ces  efforts 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  BELGIQUE  381 

d’assistance  penitentiaire.  Tombait  sous  le  coup  de  la  nouvelle  loi 
«  tout  inculpe  en  etat  de  demence  ou  dans  un  etat  grave  de  dese- 
quilibre  mental  ou  de  debilite  mentale  le  rendant  incapable  du 
controle  de  ses  actions  ».  La  loi  supprimait  du  meme  coup  la 
notion  de  responsabilite  et  facilitait  d’autant  la  tache  des  mede- 
cins  experts.  Elle  s’adressait  en  meme  temps  aux  recidivistes  et 
permettait  ainsi  de  solutionner,  de  fa?on  adequate,  ce  difficile 
probleme  social.  L’expertise  demandee  par  le  juge  peut  se  faire 
au  dehors  si  l’inculpe  est  en  liberte,  ou  a  l’annexe  psychiatrique 
de  la  prison  s’il  est  sous  mandat  d’arret. 

Si  l’expert  conclut  a  la  demence,  au  desequilibre  ou  a  la  debi¬ 
lite  mentale  graves  et  que  ses  conclusions  sont  admises  par  le 
juge  ce  dernier  prononce  l’internement  du  delinquant  et  en  fixe 
la  duree  a  5,  10  ou  15  ans.  Des  ce  moment,  toute  juridiction 
criminelle  est  terminee  et  «  l’interne  »  passe  sous  un  controle 
d’un  caractere  different  et  tout  nouveau. 

La  loi  a  decide,  en  effet,  que  tout  interne  dependait  d’une 
Commission  de  defense  sociale  constitute  d’un  magistrat  designe 
par  le  President  de  la  Cour  d’ Appel  du  ressort,  d’un  avocat  desi¬ 
gne  par  le  Ministre  de  la  Justice  et  d’un  medecin  psychiatre  qui 
est  le  medecin  de  l’annexe  psychiatrique  de  la  prison  oil  se  reunit 
la  Commission. 

Les  attributions  de  cette  Commission  sont  tres  larges  et  elle 
peut  pratiquement  prendre  toutes  les  dispositions  qui  lui  sem- 
blent  opportunes.  Ses  decisions  sont  prises  a  huis  clos  et  leur 
execution  est  immediate.  Elle  peut  se  faire  assister  par  des  per- 
sonnes  d’oeuvre,  le  medecin  du  malade,  etc.,  qui  sont  eventuelle- 
ment  coUsultes.  Elle  a,  en  tout  premier  lieu,  a  decider  du  place¬ 
ment  de  l’interesse.  Plusieurs  types  d’etablissements  sont  possi¬ 
bles.  Ce  sont,  tout  d’abord,  les  instituts  psychiatriques  pour 
malades  mentaux  et  anormaux  diffioiles  et  dangereux  de  Tournai 
pour  les  hommes  et  de  Mons  pour  les  femmes.  Ces  malades  y 
sont  l’objet  d’une  surveillance  speciale  et  un  quartier  de  surete 
y  est  organise  pour  les  malades  tres  dangereux.  Par  contre,  les 
malades  ameliores  peuvent  etre  envoyes  a  la  Colonie  de  Reckheim 
ou  le  travail  et  l’assistance  sont  organises  en  vue  de  la  readapta¬ 
tion  sociale  du  malade.  Ce  peuvent  etre,  egalement,  les  sections 
medico-pedagogiques  pour  debiles  mentaux  de  la  prison  de  Gand 
pour  les  hommes,  de  Forest  pour  les  femmes.  Ces  debiles  y 
recoivent  une  assistance  assez  elargie,  ou  la  journee  est  divisee 
en  heures  de  travail  manuel  et  pedagogique  en  vue  d’une  readap¬ 
tation  possible  de  ces  sujets. 

Ce  peuvent  etre,  enfin,  les  sections  psychotherapeutiques  pour 


382 


G.  VERMEYLEN 


desequilibres  et  recidivistes  organisees  a  Merxplas  pour  les  hora- 
mes  et  a  la  prison  de  Forest  pour  les  femmes. 

Mais  la  Commission  peut  encore  decider  n’importe  quel  autre 
placement  qui  lui  semblerait  opportun  et,  par  exemple,  le  sejour 
dans  une  clinique  psychiatrique  libre  sous  la  responsabilite  du 
medecin  traitant. 

C’est  encore  la  Commission  qui  decide  du  changement  des 
mesures  prises  et  de  la  reintegration  d’un  interne  libere  qui 
n’observerait  pas  les  prescriptions  qui  lui  ont  ete  donnees.  Tous 
les  six  mois,  les  internes  peuvent  introduire  une  demande  de  revi¬ 
sion  de  leur  situation  et  la  Commission  a  alors  a  statuer  sur  cette 
demande. 

Elle  doit,  enfin,  decider  de  la  liberation  de  l’interne.  Cette  libe¬ 
ration  peut  etre  decidee  des  la  premiere  reunion  de  la  Commis¬ 
sion,  elle  peut  l’etre  apres  un  sejour  plus  ou  moins  long  de 
l’interne  dans  un  des  etablissements  precites.  Cette  liberation  est 
presque  toujours  decidee  a  l’essai  et  l’interne  libere  reste  done 
sous  la  surveillance  d’organismes  ou  de  personnes  duement  desi¬ 
gnees.  Tantot  il  est  confie  a  un  Comite  de  patronage,  tantot  a  un 
service  de  readaptation  sociale,  tantot  a  un  dispensaire  d’hygiene 
mentale,  tantot  encore  a  un  medecin  prive  ou  a  un  delegue.  Sui- 
vant  le  cas,  tous  les  mois  ou  tous  les  trois  mois,  un  rapport  doit 
etre  fourni  par  ceux  qui  ont  la  responsabilite  de  1’interne  afin  que 
la  Commission  puisse  etre  assuree  qu’il  continue  a  suivre  toutes 
les  prescriptions  qui  lui  ont  ete  donnees. 

La  loi  presente  une  lacune  importante.  Elle  ne  prevoit  rien 
pour  les  jeunes  delinquants  de  18  a  21  ans  qui  ne  dependent  plus 
du  juge  des  enfants  et  ne  devraient  pas  encore  tomber,  surtout 
Iorsqu’il  s’agit  de  debts  legers,  sous  le  coup  de  la  juridiction 
ordinaire.  Un  projet  de  loi  avait  pourtant  ete  depose,  mais  il  n’a. 
pas  ete  vote  au  moment  de  l’adoption  de  la  loi  de  defense  sociale. 
Des  modifications  importantes  etant  prevues,  en  vue  d’ameliorer 
cette  loi,  cette  grave  lacune  sera  certainement  comblee  en  meme 
temps.  En  pratique,  pourtant,  les  jeunes  delinquants  sont  deja 
1’ob jet  de  mesures  speciales  visant  a  une  reeducation  special  e 
pour  eviter  les  recidives.  La  prison-ecole  agricole  et  industrielle 
d’Hoogstraeten  est  specialement  adaptee  a  cette  oeuvre  de  readap¬ 
tation.  Les  jeunes  delinquants  y  vivent  une  vie  aussi  normale  et 
familiale  que  possible.  Us  sont  entre  les  mains,  non  de  gardiens, 
mais  d’educateurs.  On  s’efforce  de  developper  chez  eux  le  gout 
du  travail  et  le  sentiment  d’entr’aide.  Certains  peuvent  meme 
travailler  au  dehors  et  parfois  se  rendre  dans  une  autre  localite 
et  y  sejourner.  Leur  liberation  est  preparee,  progressivement  et 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSY  CHI  A  TRIE  EN  BELGIQUE 


d’accord  avec  eux,  et  leurs  camarades  leur  viennent  parfois  en 
aide  et  continuent  a  s’interesser  a  eux  apres  leur  sortie.  Ils  tor¬ 
ment  des  cercles  et  editent  un  petit  journal. 

Les  resultats  de  tout  cet  effort  demandent,  pour  etre  tout  a  fait 
demonstratifs,  le  recul  du  temps.  Dans  une  etude  basee  sur  deux 
annees  d’application  de  la  loi  de  defense  sociale,  le  Dr  Vervaeck 
constate  que,  dans  ce  laps  de  temps,  669  inculpes  ont  ete  inter¬ 
nes  par  decision  judiciaire.  Dans  ce  nombre,  il  y  avait  87  fem¬ 
mes,  soit  13  %.  La  duree  de  l’internement  a  ete,  dans  76  %  des 
cas,  de  5  ans,  dans  19  %  des  cas  de  10  ans  et  dans  5  %  des  cas 
de  15  ans.  Sur  les  669  inculpes  tombes  sous  le  coup  de  la  loi  de 
defense  sociale,  147,  soit  25  %,  l’etaient  pour  ddmence  (troubles 
mentaux),  260,  soit  44  %,  pour  desequilibre  mental  grave  et 
183,  soit  31  %,  pour  debilite  mentale  grave.  La  plupart  avait 
un  passe  pathologique  charge. 

D’autre  part,  au  cours  des  deux  premieres  annees  d’application 
de  la  loi,  103  recidivistes  ont  ete  internes,  dans  les  2/3  des  cas 
pour  5  ans.  La  plupart  etaient  des  debiles  ou  des  desequilibres, 
aucun  ne  pouvait  etre  considere  comme  biologiquement  nor¬ 
mal. 

Enfin,  208  condamnes  reconnus  anormaux  au  cours  de  leur 
peine  ont  ete  internes,  apres  observation  a  l’annexe  psychiatri- 
que.  La  duree  de  leur  internement  ne  peut  depasser  celle  de  la 
peine  de  condamnation.  Malgre  l’incontestable  progres  que  pre¬ 
sente  1’application  de  cette  loi,  d’esprit  tres  medical,  dans  le 
traitement  penitentiaire  des  delinquants  anormaux,  son  appli¬ 
cation  pendant  5  ans  a  montre  certaines  defectuosites  auxquelles 
il  serait  bon  de  porter  remede.  Dans  sa  conference  inaugurale  au 
XX"  Congres  international  de  Medecine  legale  et  de  Medecine 
sociale  de  langue  francaise  qui  se  tint  a  Bruxelles  en  juillet  1935, 
le  Professeur  Leon  Comil,  avocat  general  pres  la  Cour  de  Cassa¬ 
tion,  en  signalait  une  des  plus  marquantes  :  celle  de  l’assimila- 
tion  des  anormaux  aux  dements.  Pour  lui,  et  plus  d’un  admet 
cette  opinion,  c’est  un  non-sens  de  donner  une  sentence  d’interne- 
ment  qui  reste  malgre  tout  une  peine  afflictive,  a  un  dement,  c’est- 
a-dire  a  un  malade  mental  qui  est  necessairement  irresponsable. 
Mais  c’est  egalement  un  non-sens  de  donner,  par  une  mesure 
d’internement  qui  constitue  «  une  declaration  obligatoire 
d’innocence  »,  aux  anormaux,  desequilibres  et  debiles,  l’idee 
qu’ils  sont  soustraits,  en  fait  et  malgre  une  responsabilite  tout 
au  moins  partielle,  a  toute  repression  judiciaire.  «  Trop  medical 
pour  les  anormaux,  le  systeme  est  trop  repressif  pour  les 
dements.  » 


G.  VERMEYLEN 


Mais  ce  sont  la  des  details  que  la  Commission  chargee  de  la 
revision  de  la  loi  parviendra  sans  doute  a  ameliorer  tout  en 
laissant  a  la  loi  son  caractere  general  qui  a  ete  hautement  appre- 
cie  dans  tous  les  pays. 


Arrive  au  terme  de  ce  rapide  apercu,  nous  pouvons  mieux 
nous  rendre  compte  a  quel  point  la  psychiatrie,  entendue  dans 
un  sens  large,  a  ete  comprise  dans  son  acceptation  la  plus  directe 
et  la  plus  pratique  en  Belgique. 

Les  discussions  de  doctrines  y  ont  passionne  les  esprits,  comme 
partout  ailleurs.  La  recherche  scientifique  et  l’experimentation 
n’y  ont  pas  ete  negligees.  Les  uns  ont  surtout  etudie  le  cote 
psychologique  des  phenomenes  normaux  et  pathologiques  et  ont 
pris  fait  et  cause,  au  cours  des  debats,  sur  l’automatisme  mental, 
le  mecanisme  des  hallucinations,  le  niveau  mental  dans  les 
psychoses,  etc.  Les  autres  se  sont  plus  volontiers  orientes  vers 
le  cote  biologique  du  probleme  psychiatrique  et  ont,  par  exemple, 
recherche  les  lesions  anatomopathologiques  de  la  demence  pre- 
coce  ou  les  rapports  de  l’hysterie  et  des  noyaux  centraux  de  la 
base.  Beaucoup  plus  encore,  se  sont  efforces  d’aborder,  dans  un 
sens  large,  les  problemes  psychiatriques  et  de  les  comprendre  a 
la  fois  dans  leurs  causes  organiques  et  leurs  developpements 
psychiques.  Mais  toutes  ces  discussions  et  toutes  ces  recherches 
n’ont  jamais  fait  perdre  de  vue  leur  resultante  pratique,  c’est-a- 
dire  l’amelioration  du  sort  des  malades.  II  en  est  resulte  une 
psychiatrie  en  action  qui  constitue  une  des  caracteristiques  les 
plus  personnelles  de  l’effort  beige  en  cette  matiere. 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Seance  du  Jeudi  12  Mars  1936 


Presidence  :  M.  VURPAS,  president 


PRESENTATIONS 


Gigantisme,  terreurs  nocturnes  et  delire  d’imagination,  par 
MM.  Jacques  Delmond  et  Louis  Anglade,  Internes  des  Asiles 
de  la  Seine  ( Travail  du  service  de  M.  le  Dr  Marcliand). 

Les  terreurs  nocturnes  des  enfants,  dont  le  contenu  manifeste 
ou  symbolique  parait  parfois  le  plus  revelateur  de  complexes 
reprimes,  requierent  cependant  l’existence  d’un  terrain  bien  spe¬ 
cial  et  n’expriment  pas  simplement  le  drame  d’une  conscience 
troublee  par  le  probleme  sexuel.  Elies  pourraient  meme  etre 
«  pures  »  de  toute  autre  cause  qu’une  atteinte  elective  des  centres 
du  sommeil,  comme  la  pathologie  de  l’infundibulo-tuber  en  four- 
nit  des  exemples. 

Le  sujet  que  nous  avons  l’honneur  de  vous  presenter  offre  a 
considered  depuis  son  jeune  age,  le  developpement  progressif 
d’un  gigantisme,  avec  un  minimum  de  signes  acromegaliques, 
sans  autres  anomalies  de  la  structure  corporelle  :  gigantisme, 
somme  toute,  «  harmonieux  ».  Depuis  l’age  de  cinq  ans,  des 
terreurs  nocturnes  sont  apparues,  avec  les  caracteres  habituels 
de  ces  manifestations  nevropathiques,  telles  que  nous  les  trou- 
vons  bien  decrites  dans  l’ouvrage  de  Stekel  («  Les  etats  d’an- 

Ann.  Med.-psych.,  XV«  serie,  94e  annee,  t.  I.  —  Mars  193G.  25. 


SOCIETE  MEDIC0-PSYCH0L0G1QUE 


goisse  nerveux  »).  Depuis  environ  six  mois,  le  theme  principal 
de  ces  cauchemars  a  pris  une  forme  relativement  stereotypee. 
Certains  elements  de  cet  onirisme  ont  ete  adoptes  par  le  jeune 
malade  dans  l’elaboration  d’ecrits  anonymes  mythomaniaques. 
Ils  se  retrouvent  aujourd’hui  comme  traits  principaux  d’un  veri¬ 
table  delire  d’imagination. 

Du  point  de  vue  des  troubles  mentaux  du  gigantisme,  cet 
ensemble  nous  a  paru  assez  particulier.  Le  malade  ne  presente 
en  effet  aucune  arrieration  mentale  ;  les  elements  imaginatifs 
delirants  temoignent  d’une  mentalite  puerile,  mais  qui  ne  peut 
paraitre  regressive  a  l’heure  actuelle.  Au  point  de  vue  instinctivo- 
affectif,  les  anomalies  du  comportement  que  l’on  releve  ne  sont 
pas  de  l’ordre  de  celles  qui  ont  ete  signalees  chez  des  geants  (per¬ 
versions  sexuelles  graves,  «  feminisme  mental  »  —  comme  dans 
l’observation  de  Gallais  — ).  Cependant,  ce  sujet,  qui,  par  son  deve- 
loppement  physique,  a  l’aspect  a  la  fois  vigoureux  et  gracieux  d’un 
adolescent  encore  legerement  ambigu,  est  volontiers  sollicite,  voit 
sa  societe  recherchee  par  des  camarades  plus  ages,  dont  l’un  au 
moins  l’avait  converti  a  des  pratiques  de  masturbation  reciproque, 
il  y  a  2  ans.  Le  depart  de  cet  initiateur  a  mis  fin  a  ces  pratiques, 
dont  on  ne  saurait  inferer  une  homosexualite  veritable. 

Voici  tout  d’abord  les  caracteres  actuels  de  ce  gigantisme  : 

Maurice  B...,  age  de  13  ans  1/2,  mesure  aujourd’hui  1  m.  83.  Son 
poids  est  de  68  kg.  Les  mensurations  donnent  les  resultats  suivants  (en 
centimetres)  :  circonference  occipito-frontale  :  58.  Circonference  du 
cou  :  35.  Perimetre  thoracique  :  82-90.  Envergure  :  191.  Longueur  du 
membre  superieur  :  80.  Longueur  de  la  main  (de  la  tete  du  cubitus  a 
I’extremite  du  medius)  :  21.  Circonference  du  bras  (biceps)  :  27.  Cir¬ 
conference  du  poignet  :  18,5.  Circonference  du  bassin  :  85.  Longueur 
de  la  cuisse  :  66.  Circonference  de  la  cuisse  :  50.  Longueur  de  la 
jambe  :  44,5.  Circonference  du  mollet  :  34.  Circonference  du  cou-de- 
pied  :  22.  Pointure  :  44. 

Etant  donnee  la  faille  du  sujet,  les  extremites  ne  sont  pas  excessive- 
ment  developpees.  II  n’y  a  pas  de  disproportion  segmentaire  ;  pas  de 
prognatisme.  Les  arcades  sourcilieres  sont  saillantes.  C’est  le  seul  trait 
anormal  du  visage.  La  dentition  est  parfaite.  II  n’y  a  pas  de  macro- 
glossie.  La  force  musculaire  est  tout  a  fait  normale.  On  n’observe  pas 
de  genu  valgum.  Les  organes  sexuels  sont  de  developpement  tres  nor¬ 
mal,  avec  pilosite  pubienne  fournie,  apparue  depuis  deux  ans. 

On  note  un  leger  degre  d’acrocyanose.  Les  reflexes  tendineux  sont 
vifs  aux  membres  inferieurs,  normaux  aux  membres  superieurs. 

L’examen  oculaire  ne  montre  rien  d’anormal,  ni  au  point  de  vue 
des  pupilles,  ni  au  point  de  vue  du  fond  d’oeil.  II  n’existe  pas  d’hemia- 
nopsie  laterale. 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


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La  radiographie  montre  un  leger  epaississement  des  os  du  crane,  un 
tres  leger  elargissement  de  la  selle  turcique,  c.linoide  anterieure  un 
peu  trop  prononcee.  II  y  a  persistance  des  cartilages  de  conjugaison 
du  poignet  et  des  os  de  la  main.  La  radiographie  ne  permet  pas  de 
deceler  une  persistance  du  thymus. 

Les  reactions  de  Bordet-Wassermann,  de  Meinicke  et  de  Kahn  sont 
negatives  dans  le  sang. 

II  n’existe  pas  de  polyurie,  seulement  quelques  traces  de  glucose 
urinaire. 

Les  antecedents  famitiaux  montrent  une  heredite  nevropathique.  Le 
pere  est  un  grand  instable  emotif,  avec  des  acces  maladroits  d’autori- 
tarisme.  La  mere  est  une  cardiaque,  d’une  famille  de  cardiaques  ;  elle 
avait  41  ans  au  moment  de  la  naissance.  Le  grand-pere  maternel  serait 
mort  de  «  congestion  cerebrale  ». 

II  n’existe  aucun  geant  dans  aucune  branche  de  la  famille  ;  personne 
dont  la  taille  depasse  1  m.  75. 

Maurice  B...  est  fils  unique.  II  est  ne  a  terme,  pesait  sept  livres, 
mesurait  52  cm.  L’accouchement  fut  normal.  L’enfant  marchait  a  un 
an,  mais  n’a  parte  que  fort  tard,  a  3  ans  1/2.  It  a  urine  au  lit  jusqu’a 
3  ans,  puis  de  facon  discontinue  jusqu’a  11  ans. 

A  l’age  de  5  ans  se  place  un  episode  a  propos  duquel  un  medecin 
prononcja  le  nom  de  meningite,  quoiqu’il  n’y  ait  pas  eu  de  fievre. 
L’etat  semblait  cependant  alarmant,  le  sommeil  fut  pour  la  premiere 
fois  nettement  trouble  :  l’enfant  s’agitait,  paraissait  en  proie  a  des 
cauchemars  violents,  poussait  de  faibles  cris,  des  interjections  entre- 
coupees.  C’est  la  le  debut  des  acces  de  terreurs  nocturnes,  qui  n’ont 
plus  cesse  par  la  suite.  La  taille  de  l’enfant  etait  deja  remarquable,  il 
paraissait  plus  de  7  ans. 

On  ne  note  pas  de  maladies  infectieuses,  en  dehors  d’une  rougeole 
a  7  ans.  A  10  ans  apparut  une  petite  toux  «  nerveuse  »,  que  le  sujet 
presente  encore,  en  l’absence  de  toute  lesion  pulmonaire  clinique- 
ment  ou  radiologiquement  decelable. 

Jusqu’a  l’age  de  5  ans,  l’enfant  a  couche  seul,  dans  la  chambre  de 
ses  parents.  Apres  l’apparition  des  terreurs  nocturnes,  il  fut  mis  a 
coucher  dans  le  lit  paternel,  la  mere  reposant  dans  une  autre  cham¬ 
bre.  Il  en  a  ete  ainsi  jusqu’a  present,  les  parents  redoutant  particu- 
lierement  l’intensite  de  ces  acces  oniriques,  toujours  accompagnes 
de  signes  de  terreur  paiiique,  de  manifestations  d’anxiete  paroxysti- 
que,  de  fureur,  de  haine,  avec  injures  breves,  haletements,  grogne- 
ments  de  souffrance,  signes  de  combat  violent. 

Pendant  une  maladie  de  son  pere  en  decembre  1935,  il  a  fallu  que 
sa  mere  vienne  coucher  aupres  de  lui.  Il  s’est  reveille  une  fois  dans 
la  nuit,  s’est  apercu  qu’elle  avait  regagne  son  lit  et  s’est  mis  a  appe- 
ler  anxieusement,  reclamant  sa  mere  a  grands  cris  jusqu’a  ce  qu’elle 
paraisse.  Sa  mere  avait  percu  le  caractere  insolite  de  cette  demarche 
et  «  se  ficelait,  nous  dit-elle,  dans  des  vetements  de  nuit  masculins  ». 

Il  a  toujours  manifeste  une  crainte  marquee  de  1’obscurite,  mais 


388  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

s’est  montre  anxieux  meme  le  jour.  Jusqu’a  10  ans,  sa  mere  devait 
toujours  l’accompagner  en  classe  et  l’attendre  a  la  sortie.  II  manifes- 
tait  une  frayeur  visible  lorsqu’elle  n’etait  pas  devant  l’ecole. 

Des  troubles  du  caraclere  se  sont  nettement  manifestos  a  l’age  de 
11  ans,  mais  il  avait  toujours  ete  «  un  enfant  difficile  ».  Ses  profes- 
seurs  se  sont  plaints  de  lui  a  ses  parents,  ont  dit  qu’il  devenait  que- 
relleur.  A  1’age  de  11  ans,  il  a  commence  a  prendre  de  Par  gent  dans 
le  tiroir  de  son  pere  :  une  fois  50  fr.,  une  autre  fois  20  fr.  Ses  parents 
sont  inquiets  de  l’argent  qu’il  depense  et  croient  qu’il  a  commis  d’au- 
tres  menus  larcins.  Il  est  devenu  tres  insolent  en  paroles  avec  ses 
parents,  quoiqu’a  certaines  periodes  il  redevint  aimable  et  complai¬ 
sant  envers  tout  son  entourage. 

Il  manifeste  plutot  une  certaine  preference  pour  sa  mere,  bien  que 
dans  les  derniers  temps  il  l’ait  injuriee  et  griff ee.  «  Dans  les  der- 
niers  temps,  expose  son  pere,  il  devenait  intertable  ».  Il  brisait  la 
vaisselle,  les  carreaux,  a  la  moindre  reprimande,  injuriait  violem- 
ment  ses  parents,  leur  crachait  au  visage.  Il  a  profere  devant  notre 
confrere  Mme  le  Dr  Andre  (1)  des  menaces  precises  et  a  plusieurs 
reprises,  disant  aux  siens  :  «  Il  y  a  six  balles  dans  un  chargeur,  je 
vous  descendrai  tous  les  deux,  je  mettrai  le  feu  a  la  maison.  » 

Il  n’a  pas  manifeste  d’appetits  toxicomaniaques,  n’a  jamais  absorbe 
d’alcool  au  cours  de  ses  promenades  avec  des  camarades  plus  ages. 

Au  point  de  vue  intellectuel,  Maurice  B...  ne  presente  pas  de  retard 
appreciable.  Son  jugement  est  correct  et  il  commente  avec  finesse 
les  phrases  absurdes  dans  un  test.  Il  a  toujours  ete  un  eleve  inegal, 
irregulier  encore  du  fait  de  fatigues  frequentes.  Par  exemple,  il  etait 
premier  en  geographie  et  en  tire  quelque  fierte.  Il  obtenait  de  bonnes 
notes  dans  la  composition  fran^aise,  ou  ses  facultes  imaginatives 
trouvaient  a  se  deployer.  Nous  nous  en  sommes  assures  par  des 
epreuves.  Mais,  d’apres  ses  maitres,  il  ne  pouvait  concevoir  un  pro- 
bleme  de  geometrie.  Depuis  quelques  mois,  son  rendement  scolaire 
avait  nettement  baisse.  Il  etait  devenu,  d’autre  part,  peu  soigne  dans  sa 
tenue,  negligeant  de  se  laver,  de  brosser  ses  vetements. 

Cette  diminution  de  l’efficience  mentale,  ce  degre  d’incurie,  ainsi 
que  les  troubles  graves  du  comportement  familial,  inciterent  les 
parents  a  demander  l’internement.  Le  certificat  delivre  a  l’Infirmerie 
Speciale  du  Depot  relate  ces  divers  troubles,  et  mentionne  en  outre 
certaines  dispositions  mythomaniaques,  dans  les  termes  suivants  : 
«  ...Troubles  d’ordre  imaginatif  :  mythomanie.  Delire  de  jeu  :  lettres 
a  un  ami,  signees  d’un  faux  nom,  relatives  a  une  «  Societe  de  sur¬ 
veillance  discrete  »  dont  il  serait  le  fondateur...  Troubles  contin¬ 
gents  d’ordre  interpretatif  :  aurait  ete  suivi  un  certain  temps...  Nie 
etre  l’auteur  des  lettres  susdites  ;  ne  se  contente  pas  de  se  defendre, 
met  au  defi  de  prouver  et  menace  ses  parents  de  represailles...  ». 

(1)  Nous  remercions  Mme  le  Dr  Y.  Andre  pour  tous  les  renseignements 
qu’elle  nous  a  aimablement  communiques. 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


Voici  dans  quelles  conditions  s’est  ediflee  cette  construction  my- 
thomaniaque  : 

Pendant  les  dernieres  vacances,  Maurice  decida  des  promenades  a 
bicyclette  dans  la  vallee  de  Chevreuse  avec  un  camarade,  Pierre,  age 
de  17  ans.  Des  la  premiere  de  ces  promenades  intervient  un  episode 
interpretatif  a  deux  :  ils  ont  cru  etre  suivis  par  deux  cyclistes,  qui  se 
cachaient  naturellement  pour  cette  filature  ;  mais  Maurice,  grace  a  sa 
taille,  a  pu  affirmer  qu’ils  etaient  toujours  la.  II  peut  les  decrire  avec 
precision  :  l’un  est  grand  et  fort,  porte  un  vetement  de  cuir,  l’autre 
est  plus  petit  ;  Fun  monte  une  bicyclette  de  porteur,  l’autre  une  bicy¬ 
clette  de  femme  ;  ils  changent  de  machine  de  temps  a  autre  pour 
faire  croire  qu’il  s’agit  d’autres  personnes.  Cette  filature  et  la  neces¬ 
sity  d’y  echapper  corserent  la  promenade,  et  Pierre  dit  en  rentrant  a 
Mme  B...  :  «  Vous  savez,  Madame  B...,  faites  suivre  votre  fils  si  vous 
voulez,  mais  pas  moi  !  J’en  ai  descendu  deux  et  Maurice  un  !  »  On 
ne  peut  arriver  a  savoir  lequel  de  Maurice  ou  de  Pierre  a  ete  le  sujet 
inducteur  de  cette  croyance  delirante. 

C’est  a  cette  epoque  que  Pierre  commen§a  a  recevoir  des  lettres 
anonymes,  au  nom  dissociations  telles  que  la  S.S.D.  (Societe  de  Sur¬ 
veillance  discrete),  l’U.M.H.D.S.  (Union  des  Malfaiteurs  en  herbe  du 
Departement  de  la  Seine),  la  S.P.R.D.  (Societe  Pitarienne  de  Rensei- 
gnements  divers).  Ces  lettres,  signees  «  Pitard,  le  Chef  des  Chefs,  le 
Fort  des  Forts  »,  demandaient  a  Pierre  de  renseigner  l’association 
sur  Maurice,  personnage  tres  interessant.  Ces  renseignements  seraient 
payes  par  divers  avantages  dont  un  voyage  a  Pretoria,  avec  luxe  de 
details  sur  les  escales.  En  cas  de  refus,  injures  variees  adressees  par 
avance.  Etc.,  etc... 

Lorsque  Fon  montre  ces  lettres  au  jeune  Maurice,  il  s’indigne 
grandement  de  ce  que  Fon  puisse  pretendre  encore  qu’il  en  est  l’au- 
teur,  il  s’esclaffe  bruyamment  sur  les  fautes  d’orthographe,  dont 
le  texte  est  intentionnellement  seme,  dit  :  «  Ce  n’est  pas  mon  ecri- 
ture,  on  voit  bien  que  c’est  quelqu’un  qui  a  ecrit  comme  pa  »  (mon- 
ire  comment).  «  Du  reste,  cette  Societe,  ces  gars-la,  ce  Pitard,  tout 
ca  pour  moi  n’existe  pas.  La  preuve,  c’est  que  je  suis  alle  a  Puteaux 
i  Fadresse  indiquee,  et  il  n’y  avait  pas  de  Pitard.  »  Il  a  fait  reelle- 
ment  cette  demarche,  d’ailleurs,  et  sous  une  pluie  battante.  Et  ce 
n’est  pas  le  cote  le  moins  seduisant  de  cette  imagination  enfantine 
que  de  voir  le  sujet  se  prendre  a  son  propre  jeu,  soutenir  une 
gageure  impossible,  passant  sans  effort  du  plan  de  la  tabulation  my- 
thomaniaque  a  celui  de  Faction. 

Il  est  encore  important  de  noter  que  le  personnage  central, 
F  «  homme  au  paletot  de  cuir  »,  «  Pitard  »,  apparait  depuis  le  pre¬ 
mier  jour  de  la  promenade  dans  les  cauchemars  terrifiants  de  Mau¬ 
rice  B.  Il  est  toujours  accompagne  de  son  pale  comparse,  d’autres 
garpons  comme  lui.  Ils  se  jettent  sur  Maurice,  le  terrassent,  l’etouf- 
fent.  C’est  alors  qu’il  se  reveille  en  criant,  invectivant,  couvert  de 


SOCIETE  MED1CO-PSYCHOLOGIQUE 


sueurs.  Autrefois,  les  terreurs  nocturnes  survenaient  au  bout  de  deux 
heures  de  sommeil.  Elies  etaient  souvent  amnesiques.  A  present,  elles 
surviennent  a  la  phase  hypnagogique,  sont  completement  mnesiques 
et  presque  toujours  identiques  quant  a  l’action  qui  se  deroule  et  aux 
personnages  participants.  Elles  surviennent  presque  tous  les  soirs. 
Le  sujet  exprime  a  l’heure  actuelle  sa  conviction  formelle  de  l’exis- 
lence  de  ces  personnages  oniriques.  II  n’a  pas  encore  formule 
duplication  sur  le  retour  obsedant  de  leur  image  dans  ses  reves. 

De  serieuses  reserves  doivent  sans  doute  etre  faites  pour  l’ave- 
nir,  sans  que  l’on  puisse  encore  depeindre  le  tableau  mental  en 
termes  de  schizophrenic.  Un  certain  affaiblissement  du  rendement 
intellectuel,  une  certaine  incurie,  des  troubles  du  caractere  avec 
hostility  familiale  et  violences  peuvent  etre  releves  dans  ce  sens  ; 
mais  il  faut  tenir  compte  de  l’asthenie  psychique  et  physique  qui 
peut  resulter  d’une  croissance  aussi  excessive  ;  certains  troubles 
de  1’humeur  pourraient  etre  reactionnels  a  la  situation  creee  par 
ce  gigantisme,  qui  modifie  les  rapports  familiaux. 

Mais  l’attention  est  encore  attiree  sur  les  anomalies  osseuses, 
l’elargissement  leger  de  la  selle  turcique,  l’acromegalie  legere, 
l’enuresie  nocturne  prolongee,  l’existence  de  terreurs  nocturnes, 
apparues  apres  un  etat  meninge,  amnesiques  autrefois,  aujour- 
d’hui  survivant  au  sommeil  et  generatrices  de  delire  :  tels  sont 
les  symptomes,  de  signification  pronostique  peu  favorable,  que 
nous  avons  releve  dans  cet  etat,  oil  se  retrouvent  des  traits  de  la 
«  parapathie  anxieuse  ».  Cet  examen  laisse,  par  ailleurs,  le 
champ  libre  a  une  analyse  psychologique  plus  approfondie. 


St6reotypie  dementielle  d’attitude  en  station  sur  la  tete, 
par  MM.  Paul  Courbon  et  C.  Feuillet. 

L’attitude  stereotypee  que  presente  cette  femme  agee  de  26  ans 
est  celle  du  foetus  en  position  du  sommet.  Elle  repose  sur  l’occi- 
put  et  les  genoux,  attitude  que,  depuis  plus  de  2  ans,  elle  garde 
presque  constamment  et  qui  a  abouti  a  des  retractions  tendi- 
neuses  des  flechisseurs. 

Ce  reploiement  en  flexion  de  tout  le  corps  est  permanent.  II 
n’est  suspendu  que  rarement  et  pour  quelques  minutes  seu- 
lement.  Le  redressement  n’est  jamais  complet  a  cause  des 
retractions,  mais  ne  s’accompagne  d’aucun  spasme  et  la  malade 
parait  alors  assise  et  un  peu  courbee,  gardant  son  equilibre 
comme  une  personne  agee.  Le  plus  souvent,  ce  redressement 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


ne  dure  que  quelques  instants,  le  temps  necessaire  pour  lan¬ 
cer  une  gifle,  pour  prendre  un  aliment,  pour  remonter  la  cou- 
verture.  II  n’a  jamais  lieu  sur  commande,  le  negativisme  demen- 
tiel  empechant  toute  communication  entre  la  malade  et  son 
entourage.  Jamais  nous  n’avons  obtenu  la  station  debout  sur  la 
plante  des  pieds. 

La  malade  ne  peut  done  vivre  qu’au  lit.  Si  le  plan  de  celui-ci 
est  assez  dur  pour  lui  permettre  la  conservation  de  l’equilibre, 
e’est  sur  1’occipital  et  les  genoux  qu’elle  fait  reposer  son  corps, 
ainsi  qu’on  le  voit  sur  la  photographie.  Et  elle  reste  dans  cette 
attitude  qui  est  exacement  celle  du  foetus,  la  tete  en  bas,  le  siege 
en  Pair,  les  membres  flechis  contre  le  tronc,  pendant  des  heures 
et  des  heures,  sans  rien  dire  ni  rien  faire  d’autre  que  de  defequer 
ou  d’uriner  quand  l’envie  lui  prend.  Si  le  lit  n’a  qu’une  paillasse, 
celle-ci  n’offrant  pas  la  resistance  necessaire  pour  le  retablisse- 
ment  clownesque,  la  malade  repose  sur  un  cote,  mais  tout  le 
corps  immuablement  pelotonne  en  flexion.  L’ete,  elle  se  depouille 
de  toute  chemise.  L’hiver,  elle  garde,  sous  les  couvertures,  la 
meme  attitude. 

L’alimentation  par  periodes  de  plusieurs  semaines  doit  etre 
faite  a  la  sonde.  Le  plus  souvent  elle  est  faite  a  la  cuiller.  Et  par- 
fois  meme,  la  malade  porte  elle-meme  a  sa  bouche  l’aliment  qui 
lui  plait.  A  l’heure  du  repas  on  la  met  sur  le  flanc,  ou  sur  les 
izchions  et  elle  se  laisse  generalement  faire,  mais  tou jours  ses 
talons  restent  accoles  aux  fesses  et  son  menton  incline  vers  le 
sternum.  Parfois  elle  essaie  de  manger  en  restant  sur  la  tete. 

Cette  jeune  fille  est  maigre,  ebouriffee,  depourvue  de  toute 
beaute.  Mais  ses  photographies  prouvent  que  jusqu’a  18  ans  elle 
fut  normalement  et  harmonieusement  developpee  avec  un  visage 
gracieux.  Elle  fit  ses  etudes  classiques  comme  assez  bonne  eleve 
jusqu’a  son  baccalaureat. 

Alors  apparurent  des  troubles  de  l’humeur  avec  preoccupations 
hypochondriaques.  Elle  se  desinteressa  progressivement  de  tout, 
sauf  de  sa  sante.  Elle  avait  des  boules  dans  le  corps,  des  barres 
dans  l’estomac,  elle  n’avait  plus  d’organes.  Elle  s’appliquait  des 
therapeutiques  bizarres,  des  gynmastiques  extravagantes,  avait 
des  crises  d’agitation  pendant  lesquelles  elle  se  cognait  la  tete 
contre  les  murs.  Elle  refusait  de  manger. 

Sa  gynmastique  elle  l’expliquait  a  sa  mere  en  disant  qu  elle 
avait  des  demi-os,  qu’elle  n’en  avait  qu’en  avant  et  que  pour 
suppleer  a  cette  absence  elle  devait  se  flechir  le  corps  en  avant.  Et 
pendant  des  journees  entieres  elle  se  tenait  en  hyperflexion  de¬ 
mandant  a  l’entourage  d’appuyer  davantage  sur  son  occiput  et 


392  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUF. 

son  dos  pour  1’einpecher  de  retomber  en  arriere  et  de  se  desou- 
der. 

Elle  pretendait  ne  pas  voir  les  gens,  que  ses  yeux  n’etaient  pas 
des  yeux,  qu’elle  voyait  les  gens  par  derriere.  Et  pour  ne  pas  etre 
a  l’envers,  elle  declarait  devoir  se  mettre  la  tete  en  bas  ;  le  derriere 
en  haut. 

Je  ne  serai  guerie  que  quand  ma  tete  touchera  mon  derriere 
disait-elle. 

L’inaffectivite  et  l’incoherence  augmenterent  et  la  malade  etait 
internee  le  20  novembre  1933  avec  le  certificat  du  Dr  Courtois. 
«  Demence  precoce.  Opposition.  Mutisme.  Grognements.  Sourires 
inadaptes.  Reste  pelotonnee  dans  son  lit  en  chien  de  fusil.  Gatis- 
me  » 

Cet  etat  n’a  guere  varie  depuis  l’arrivee  dans  notre  service  en 
juillet  1934,  comme  nous  le  disions  en  comme^ant.  Elle  echange 
avec  sa  mere  quelques  propos  mais  elle  se  tait  a  1’approche  d’une 
tierce  personne.  Souvent  elle  demande  que  sa  mere  lui  appuie  sur 
le  corps  pour  exagerer  son  hyperflexion  qu’elle  trouve  insuf- 
fisante.  Et  pourtant  l’anesthesie  sous  le  chloroforme  n’a  pas  per- 
mis  de  mettre  en  extension  complete  les  avant-bras  sur  les  bras 
et  encore  moins  les  jambes  sur  les  cuisses. 

Disons  qu’elle  est  de  race  juive  :  le  pere  russe,  la  mere  cauca- 
sienne. 

Cette  observation  est  interessante  au  point  de  vue  de  la  neuro- 
psychiatrie  et  au  point  de  vue  de  1’interpsychologie. 

I.  Au  point  de  vue  neuropsychiatrique,  la  question  se  pose  de 
savoir  la  nature  du  determinisme  de  cette  posture. 

1°  La  condition  initiale  est-elle  physique  ?  doit-on  se  deman- 
der  tout  d’abord.  Ce  repliement  du  corps  en  flexion  a-t-il  ete  pri- 
mitivement  determine  par  une  dystonie,  par  une  rupture  d’equi- 
libre  entre  le  systeme  flechisseur  et  le  systeme  extenseur,  comme 
il  arrive  quand  les  noyaux  gris  centraux  sont  leses  ?  De  tels  cas 
de  dystonie  sont  frequents  dans  la  race  juive,  et  le  pere  de  la 
malade  est  un  juif  russe. 

En  1934,  MM.  Guillain  et  Mollaret  (1)  ont  presente,  a  la  Societe 
de  Neurologie,  le  film  et  les  pieces  anatomiques  d’un  gar^on  de 
17  ans  atteint  d’un  spasme  de  torsion  post-encephalitique.  L’atti- 
tude  de  ce  sujet,  pour  etre  moins  extravagante  que  celle  de  notre 
fille,  l’etait  sufflsamment  pour  que  les  auteurs  1’aient  comparee 
a  l’attitude  d’une  bete. 


(1)  Gan.i 


Mollahet.  —  Revue  neurologique,  1934,  t.  I. 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


Photo  Pierre  Dubure. 

Fig.  1.  —  Attitude  que  garde  perpetuellement  la  malade, 
meme  pour  faire  ses  besoms  et  pour  dormir. 


«  L’attitude  du  malade,  disent-ils,  celle  qu’il  peut  conserver 
longtemps  sans  fatigue  et  sans  gene,  son  attitude  de  repos  reel 
par  consequent  est,  dans  l’ensemble,  une  attitude  a  quatre 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOG1QUE 


pattes.  On  peut  le  voir  ainsi  toute  la  journee  derriere  les  bar- 
reaux  de  son  lit,  la  tete  depassant  ceux-ci,  lisant,  mangeant  et 
donnant  a  1’extreme  1’impression  d’un  animal  en  cage.  » 

Une  encephalite  epidemique,  dont  le  premier  acces  remontait 
a  l’age  de  5  ans,  etait  la  cause  de  cet  etat.  Les  troubles  de  l’atti- 
tude  avaient  commence  a  l’age  de  9  ans  par  un  renversement 
intermittent  de  la  tete  pris  pour  un  tic.  La  lordose  etait  apparue 


a  15  ans,  suivie  de  pres  par  la  flexion  des  membres.  Les  troubles 
mentaux,  secondaires  aux  troubles  moteurs,  portaient  sur  le 
caractere  et  non  sur  1’intelligence.  L’autopsie  montra  des  lesions 
cellulaires  diffuses,  mais  predominant  sur  le  striatum  et  le  sys- 
teme  extrapyramidal. 

Le  cas  de  notre  malade  est  bien  different.  On  ne  note  aucune 
poussee  encephalitique  dans  son  passe.  D’un  developpement 
intellectuel  et  physique  normal  jusqu’a  18  ans,  c’est  par  des 
troubles  hypochondriaques  que  la  maladie  a  commence,  et  la 
psychose  etait  depuis  longtemps  evidente,  avec  des  signes  incon- 
testables  de  demence  lorsque  les  anomalies  de  l’attitude  se  mani- 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


festerent  :  inclination  du  tronc  en  avant,  puis  adduction  et 
flexion  des  membres,  puis  enfin  station  occipitale.  D’apres  la 
mere,  la  malade  aurait  fourni  les  explications  suivantes  aux  pos¬ 
tures  adoptees  :  elle  n’avait  plus  d’estomac.  Elle  etait  toujours 
en  arriere.  Elle  voyait  tout  a  l’envers.  Et  elle  suppliait  1’entou- 


Photo  Pierre  Dubure. 

Fig.  3.  —  Attitude  que  garde  la  malade  quand  on  essaye  de  la  faire  asseoir  ; 
elle  repose  par  les  fesscs  et  les  talons  sur  le  sol  et  garde  la  tete  en  hyper- 
flechie. 


rage  de  l’aider  par  des  pesees  a  exagerer  les  postures  qu’elle 
adoptait. 

Ce  qu’il  faut  retenir  dans  ces  allegations,  c’est  la  preuve  du 
caractere  intentionnel,  des  attitudes  prises.  Elies  n’ont  pas  ete 
imposees  par  un  desequilibre  entre  flechisseurs  et  extenseurs. 
Elies  sont  voulues.  Et  quand  elle  les  quitte,  quand  elle  se  redresse, 
la  malade  n’est  pas  soumise  aux  torsions  spasmodiques  qui  agi- 
tent  les  malades  atteints  de  lesions  du  systeme  extrapyramidal. 
Ce  que  l’on  constate  chez  celle-ci  ne  sont  pas  des  dystonies,  mais 


396 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


des  contractions  qui  aboutissent  a  des  contractures  avec  retrac¬ 
tions  tendineuses.  On  remarquera  notamment  que  la  station 
occipitale  est  une  contorsion  clownesque.  que  la  dystonie  ne 
suffirait  pas  a  conditionner. 

II  s’agit  done  d’une  stereotypie  dementielle,  symptomatique 
d’heboidocatatonie. 

2°  Puisque  e’est  dans  le  psychisme  et  non  dans  l’appareil  de 
1’equilibre  corporel  que  parait  sieger  la  condition  principale  de 
cette  attitude,  est-il  possible  d’en  identifier  le  mecanisme  ? 

Faut-il  voir,  dans  cette  flexion  de  tout  le  corps  reposant  sur 
l’occiput  et  les  genoux,  une  regression  vers  1’attitude  feetale  ?  Sa 
mere  nous  a  declare  que  sa  fille  etait  nee  precisement  en  posi¬ 
tion  occipitale.  Une  telle  explication  serait  de  nature  a  satisfaire 
ceux  qui  se  contentent  de  voir,  avec  Freud,  dans  l’anxiete,  la  revi- 
viscence  de  1’etat  affectif  du  foetus  franchissant  le  defile  de  la 
vulve  maternelle  a  l’instant  de  la  naissance. 

Moins  fantaisiste  nous  semblerait  l’explication  trouvee  dans 
les  rapports  que  cette  attitude  peut  avoir  avec  la  representation 
que  le  sujet  a  de  son  corps.  Cette  femme,  en  se  flechissant  et  en 
se  mettant  la  tete  en  bas,  pretendait  se  sentir  en  arriere,  et  etre 
a  l’envers.  La  recherche  d’une  telle  explication  serait  opportune 
a  l’heure  actuelle  ou  les  neurologistes  etudient  le  modele  postural 
de  Head,  le  schema  corporel  de  Schilder,  la  somatognosie  de 
Lhermitte. 

Arrivee  a  l’etat  de  demence  profonde  ou  elle  est,  la  malade  ne 
nous  serait  pas  d’une  grande  utilite  pour  aborder  cette  etude.  Ce 
serait  ouvrir  la  discussion  sur  la  ccenesthesie,  ce  sentiment  du 
fonctionnement  corporel  invoque  par  les  psychiatres,  etudie  par 
de  nombreux  auteurs  dont  Sollier,  sentiment  dont  Charles  Blon- 
del,  puis  Wallon  ont  justement  montre  toute  la  complexity. 

Nous  nous  contenterons  de  deposer  cette  observation  au  dossier 
de  la  ccenesthesie. 

II.  Au  point  de  vue  de  l’interpsychologie,  la  reaction  du  public 
devant  un  phenomene  psychopathique  aussi  troublant  est  a  rete- 
nir. 

Les  visiteurs  qui,  venus  voir  un  parent  malade,  se  trouvent 
brusquement  en  face  de  cette  femme  immobilisee  la  tete  en  bas 
et  le  perine  pointe  vers  le  ciel,  sont  tous  fortement  impression- 
nes.  Beaucoup  s’empressent  de  venir  faire  part  de  leur  emotion 
au  medecin. 

II  est  exceptionnel  d’obtenir  d’eux  la  description  exacte  du 
spectacle  qui  les  a  si  vivement  frappes.  Et  ils  s’embrouillent  pour 
situer  exactement  la  place  respective  des  divers  segments  du 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


397 


corps.  Les  uns  la  decrivent  comme  se  tenant  sur  les  mains,  les 
autres  comme  une  bossue  s’appuyant  sur  sa  bosse,  d’autres 
comme  un  monstre  dont  les  pieds  sont  plus  hauts  que  la  tete. 
Tous  retiennent  qu’elle  a  les  pieds  et  le  derriere  en  l’air. 

Cette  impuissance  de  la  majorite  des  spectateurs  non  prepa¬ 
res  a  observer  correctement  une  attitude  pathologique  et  l’inter- 
vention  de  leur  imagination  pour  suppleer  a  la  defaillance  de 
1’observation  expliquent  la  naissance  des  legendes  sur  l’existence 
des  etres  fabuleux,  et  celle  de  la  faune  des  bestiaires  medievaux. 

Pline  l’Ancien,  dans  le  livre  VII  de  son  Histoire  Naturelle, 
decrit,  en  se  referant  a  des  savants  plus  anciens  que  lui,  des 
peuples  a  morphologie  bizarre.  II  appelle  sciapode  (du  grec 
skia,  ombre  et  podos,  pied)  des  hommes  pourvus  d’un  pied 
enorme  qui  leur  sert  de  parasol  contre  les  rayons  du  soleil.  Les 
artistes  du  Moyen-Age  ont  sculpte  de  tels  personnages  aux  por- 
tails  des  eglises  romanes,  notamment  au  portail  de  la  cathedrale 
de  Sens,  et  sur  le  gnomon  de  l’abbaye  de  Souvigny.  Un  miniatu- 
riste  en  a  illustre  la  chronique  de  Nuremberg.  Et  Schakespeare 
fait  dire  a  Othello  qu’en  parcourant  le  monde,  il  a  vu  des 
hommes  dont  la  tete  etait  en-dessous  des  epaules. 

La  rencontre  d’un  catatonique,  atteint  de  la  meme  stereotypie 
que  celle  de  notre  malade,  a-t-elle  joue  un  role  dans  la  concep¬ 
tion  des  Sciapodes  ?  C’est  possible. 

Pendant  des  siecles,  l’observation  fut  sans  methode,  et  les  pen- 
seurs  les  plus  rassis  fabulerent  inconsciemment  a  l’occasion  de 
phenomenes  reels,  mais  insolites.  «  La  nature  ingenieuse,  dit 
Pline  J’Ancien,  a  propos  des  peuples  a  morphologie  bizarre  qu’il 
decrit,  fait  servir  l’etre  humain  a  divers  effets  qui  sont  des  jeux 
pour  elle  et  des  miracles  pour  nous.  »  Saint  Augustin,  dans  la 
cite  de  Dieu,  affirme  lui  aussi  l’existence  de  cette  humanite  mira- 
culeuse. 

Ces  phenomenes  reels  et  insolites  ont  ete  souvent  de  nature 
pathologique.  Et,  dans  la  figuration  des  scenes  fabuleuses  aux- 
quelles  se  complurent  les  artistes,  il  est  parfois  possible  d’identi- 
fier,  sans  fabuler  soi-meme,  des  syndromes  neuropsychiatriques. 
C’est  ce  qu’ont  tente  divers  auteurs,  dont  l’un  de  nous,  en  pre- 
tendant  reconnaitre  un  hypocondriaque  zoopathe  sur  la  cathe¬ 
drale  de  Strasbourg,  un  anxieux  genital  sur  celle  de  Colmar  et 
un  stuporeux  sur  une  statue  de  la  renaissance  a  Strasbourg  (1). 

(1)  CourtBON. —  L’hypocondriaque  zoopathe  de  la  cathedrale  de  Strasbourg. 
Revue  neurologique,  1922,  t.  I,  p.  52.  —  Le  stuporeux  de  l’ceuvre  Saint-Marc. 
Revue  neurologique,  1924,  t.  I,  p.  56.  —  L’anxieux  genital  de  la  cathedrale  de 
Colmar.  Soc.  d’histoire  de  la  medecine,  1925. 


S0C1ETE  MEDICO-PSYCHOLOG1QUE 


Etat  du  fond  de  Pceil  dans  115  cas  de  paralysie  generale 
traites  par  le  stovarsol  sodique,  par  M.  L.  Marchand. 

Je  presente  a  la  Societe  les  resultats  des  examens  du  fond  de 
1’oeil  pratiques  dans  115  cas  de  paralysie  generale  traites  par  le 
stovarsol,  arsenic  pentavalent  dont  la  posologie  et  le  mode  d’em- 
ploi  ont  ete  etablis  par  MM.  Sezary  et  Barbe  (1).  Les  injections 
ont  toujours  ete  faites  sous-cutanees.  Cette  statistique  ne  con- 
cerne  que  des  homines. 

Sur  ces  115  malades,  13  etaient  atteints  de  lesions  retinien- 
nes  avant  l’application  du  traitement.  Sur  les  102  autres,  dont 
le  fond  de  l’ceil  etait  normal  au  debut  du  traitement,  13  ont 
presente  des  alterations  retiniennes  au  cours  du  traitement  ou 
apres  sa  suspension. 

1"  Groupe.  —  Les  lesions  retiniennes  (2)  constatees  avant  le 
traitement  consistaient  en  atrophie  optique  double  (2  cas),  atro- 
phie  optique  gauche  (1  cas)  ;  decoloration  papillaire  (6  cas), 
decoloration  papillaire  partielle  (1  cas)  ;  contours  papillaires  flous 
(2  cas),  congestion  des  papilles  (1  cas). 

Des  deux  malades  atteints  d’atrophie  optique  double,  l’un  pre- 
sentait  une  cecite  complete.  Je  n’en  tiendrai  pas  compte  dans 
cette  etude.  Les  12  autres  paralytiques  generaux  ont  ete  sou- 
mis  au  traitement  au  stovarsol.  Voici  le  resume  des  traitements 
suivis  et  de  leur  effet  sur  les  alterations  retiniennes  : 

Obs.  1.  —  Joq.,  68  ans.  —  Atrophie  optique  double  (acuite  7/10). 
Traitement  :  une  serie  de  45  gr.  (0  gr  50  trois  fois  par  semaine). 
Aucune  aggravation,  meme  acuite  visuelle.  Une  deuxieme  serie  est  en 
cours. 

Obs.  2.  —  Bourq.,  41  ans.  —  Atrophie  optique  gauche  (acuite  1/50); 
fond  d’oeil  normal  a  droite  (acuite  10/10).  Traitement  :  une  serie  de 
45  gr.  (1  gr.  3  fois  par  semaine)  ;  une  serie  de  45  gr.  (1  gr.  par  se¬ 
maine).  Aucun  changement  des  fonds  d’oeil.  Meme  acuite. 

Obs.  3.  —  Besn.,  45  ans.  —  Legere  decoloration  papillaire.  Acuite 
10/10.  Traitement  :  impaludation.  Une  serie  de  34  gr.  (1  gr.  3  fois 
par  semaine)  ;  une  serie  de  15  gr.  (1,50,  3  fois  par  semaine)  ;  une  serie 

(1)  A.  Sezary  et  A.  Barbe.  —  La  posologie  et  le  mode  d’emploi  du  stovar¬ 
sol  sodique  dans  la  paralysie  generale.  Soc.  Med.  des  H6p.,  11  mars  1932, 
p.  388. 

(2)  Nous  ne  faisons  que  reproduire  dans  la  designation  des  lesions  du  fond 
de  l’oeil  que  les  termes  memes  employes  par  M.  Lagarde,  ophtalmologue  a 
l’hopital  Henri-Rousselle,  a  qui  nous  adressons  nos  vifs  remereiements. 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


de  42  gr.  (1,50,  3  fois  par  semaine)  ;  une  serie  de  42  gr.  (1,50,  3  fois 
par  semaine).  Decoloration  papillaire  plus  marquee  a  droite.  Acuite 
10/10. 

Obs.  4.  —  Bua.,  51  ans.  —  Papilles  pales  ;  acuite  10/10.  Traite- 
ment  :  une  serie  de  45  gr.  (1  gr.,  3  fois  par  semaine)  ;  une  serie  de 
45  gr.  (1  gr.,  3  fois  par  semaine)  ;  une  serie  de  45  gr.  (1  gr.,  3  fois 
par  semaine).  Aucune  modification  du  fond  d’oeil ;  acuite  :  10/10. 

Obs.  5.  • —  Mous.,  35  ans.  —  Decoloration  papillaire  tres  marquee  a 
droite  (acuite  10/10),  plus  faible  a  gauche  (acuite  10/10).  Traite- 
ment  :  une  serie  de  45  gr.  (0,50  par  injection  3  fois  par  semaine)  ; 
une  serie  de  43  gr.  comprenant  39  injections  a  0,50  (3  fois  par  se¬ 
maine)  et  25  injections  a  1  gr.  (3  fois  par  semaine).  Aucune  modifica¬ 
tion  du  fond  d’oeil  ;  acuite  :  10/10  des  deux  cotes. 

Obs.  6.  —  Bau.,  42  ans.  —  Arteres  retiniennes  minces  ;  segment 
temporal  un  peu  pale  (acuite  10/10).  Traitement  :  une  serie  de  30  gr. 
(1  gr.  3  fois  par  semaine).  Aucune  modification  du  fond  d’oeil. 

Obs.  7.  —  Boura.,  58  ans.  —  Legere  decoloration  papillaire.  Acuite: 
10/10.  Traitement  :  une  serie  de  45  gr.  (1  gr.  3  fois  par  semaine)  ; 
une  serie  de  20  gr.  (1  gr.  3  fois  par  semaine)  ;  une  serie  de  20  gr. 
(0,50,  3  fois  par  semaine).  Decoloration  papillaire  plus  marquee  a 
droite.  Acuite  :  9/10. 

Obs.  8.  —  Pier.,  45  ans.  —  Papilles  legerement  pales.  Acuite  :  9/10. 
Traitement  :  une  serie  de  43  gr.  50  (1,50,  3  fois  par  semaine).  Papilles 
plus  pales  ;  acuite  :  9/10. 

Obs.  9.  —  GuL,  55  ans.  —  Decoloration  partielle  plus  marquee  a 
droite,  surtout  dans  les  regions  temporales,  mais  ne  paraissant  pas 
repondre  a  l’acuite  visuelle  accusee.  Acuite  :  2/10.  Traitement  :  une 
serie  de  45  gr.  (1  gr.,  3  fois  par  semaine)  ;  une  serie  de  20  gr.  (1  gr., 
3  fois  par  semaine)  ;  une  serie  de  20  gr.  (0,50,  3  fois  par  semaine). 
Aucune  modification  du  fond  d’oeil,  meme  acuite  (2/10). 

Obs.  10.  —  Dero.,  34  ans.  —  Leger  trouble  des  contours  papillaires 
(acuite  :  10/10).  Traitement  :  une  serie  de  45  gr.  (1  gr.,  3  fois  par 
semaine)  ;  une  serie  de  45  gr.  (1  gr.,  3  fois  par  semaine)  ;  une  serie 
de  45  gr.  (1  gr.,  3  fois  par  semaine).  Meme  halo  peripapillaire  sans 
modification  de  coloration  (acuite  :  10/10). 

Obs.  11.  —  Bali.,  61  ans.  —  Papilles  a  contours  flous  et  de  colora¬ 
tion  pale  (acuite  :  4/10).  Traitement  :  une  serie  de  30  gr.  (1  gr., 
3  fois  par  semaine),  une"  serie  de  7  gr.  (1  gr.,  3  fois. par  semaine). 
Meme  aspect  du  fond  d’oeil.  Acuite  augmentee  :  9/10. 

Obs.  12.  —  Marc.,  29  ans.  —  Legere  congestion  vasculaire  des 
papilles.  Traitement  :  une  serie  de  45  gr.  (1  gr.  3  fois  par  semaine). 


400 


SOC1ETE  MED1CO-PSYCHOLOG1QUE 


Papilles  hyperhemiees  surtout  a  gauche.  Acuite  :  10/10.  Un  mois 
apres,  reprise  du  traitement  ;  une  serie  de  45  gr.  (  1  gr.,  3  fois  par 
semaine)  ;  aueune  aggravation.  Acuite  :  10/10. 

En  rdsume,  dans  9  cas  (Obs.  1,  2,  4,  5,  6,  9,  10,  11,  12),  le  traite¬ 
ment  n’a  produit  aueune  aggravation  des  lesions  du  fond  d’ceil 
et  meme  dans  un  cas  (Obs.  11),  on  constata  une  notable  amelio¬ 
ration.  Dans  trois  cas  (Obs.  3,  7,  8),  la  decoloration  papillaire 
s’accentua  legerement  sans  diminution  de  l’acuite  visuelle. 

2“  Groupe.  —  13  malades  chez  lesquels  le  fond  de  l’ceil  etait 
normal  ont  presente  les  alterations  papillaires  suivantes  au  cours 
du  traitement  ou  apres  sa  suspension  :  decoloration  papillaire, 
7  cas  ;  decoloration  temporale,  2  cas  ;  contours  papillaires  flous, 

2  cas  ;  atrophie  optique,  2  cas.  Voici  les  resumes  des  observa¬ 
tions  en  indiquant  a  quel  moment  du  traitement  est  apparue 
1’alteration  du  fond  de  l’oeil  : 

Obs.  1.  —  Pic.,  32  aiis.  —  Traitement  :  impaludation.  Une  serie  de 
27  gr.  (1  gr.,  3  fois  par  semaine)  ;  une  serie  de  44  gr.  (1  gr.,  3  fois  par 
semaine)  ;  une  serie  de  44  gr.  (1  gr.,  3  fois  par  semaine)  a  la  fin  de 
laquelle  on  constate  :  papilles  legerement  pales,  decoloration  plus  mar¬ 
quee  a  droite.  Acuite  :  10/10.  Continuation  du  traitement  par  quatre 
series  de  45  gr.  et  3  series  de  20  gr.  (1  gr.  par  injection).  Aueune  aggra¬ 
vation  de  la  decoloration  papillaire.  Acuite  :  10/10. 

Obs.  2.  —  Cor.,  39  ans.  —  Traitement  :  une  serie  de  25  gr.  (1  gr., 

3  fois  par  semaine)  ;  une  serie  de  44  gr.  (1,50,  3  fois  par  semaine)  ; 
une  serie  de  43  gr.  (1  gr.  50,  3  fois  par  semaine).  Papilles  normales  a  la 
fin  de  la  serie.  Cessation  du  traitement  et  six  semaines  plus  tard 
decoloration  papillaire. 

Obs.  3.  —  Vad.,  53  ans.  —  Traitement  :  une  serie  de  45  gr.  (1  gr., 
3  fois  par  semaine).  Papilles  normales  a  la  tin  de  la  serie.  Deux  mois 
apres  la  cessation  du  traitement,  decoloration  papillaire.  Acuite:  8/10. 
Baisse  de  la  progression  de  la  vision  et  un  an  apres  :  decoloration 
incomplete  des  papilles.  Acuite  :  5/10. 

Obs.  4.  —  Pitch.,  35  ans.  —  Traitement:  une  serie  de  45  gr.  (1  gr.  50, 

3  fois  par  semaine).  A  la  20p  injection,  decoloration  partielle  des 
papilles  ;  acuite  :  10/10.  Aueune  modification  dans  la  suite  malgre  la 
continuation  de  la  serie. 

Obs.  5.  —  Stor.,  43  ans.  —  Traitement  :  du  30  decembre  1931  au 

4  avril  1931,  serie  de  45  gr.  comprenant  10  injections  de  1  gr.  50  et 
30  de  1  gr.  Legere  decoloration  papillaire,  acuite:  10/10.  Impaludation 
et  suspension  complete  du  traitement  au  stovarsol.  Le  23  mai  1933, 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


401 


deux  ans  plus  tard,  papille  droite  legerement  decoloree  (acuite ; 
10/10)  ;  papille  gauche  nettement  decoloree,  ayec  champ  visuel  re- 
ireci  (acuite  :  10/10). 

Obs.  6.  —  Bra.,  42  ans.  —  Traitement  :  une  serie  de  44  gr.  (1  gr., 

3  fois  par  semaine)  ;  fond  d’ceil  normal  ;  un  mois  apres  la  suspension 

du  traitement,  legere  decoloration  papillaire  droite  (acuite:  10/10). 
Reprise  du  traitement  :  deux  series  de  20  gr.  (0  gr.  50,  3  fois  par 
■semaine).  Aucune  aggravation  ;  acuite  :  10/10. 

Obs.  7.  —  Blan.,  53  ans.  —  Traitement  :  une  serie  de  26  gr.  (1  gr.,- 
3  fois  par  semaine)  ;  une  serie  de  45  gr.  (1  gr.  50,  trois  fois  par  se¬ 
maine)  ;  une  serie  de  45  gr.  (1  gr.  50,  3  fois  par  semaine).  Fonds 
d’oeil  normaux.  Deux  mois  apres  la  cessation  du  traitement,  decolo¬ 
ration  papillaire  :  acuite  :  10/10. 

Obs.  8.  —  Hein.,  58  ans.  —  Traitement  :  une  serie  de  45  gr.  (1  gr., 

3  fois  par  semaine).  Legere  decoloration  temporale  a  la  fin  de  la 

serie.  Acuite  :  7/10.  Six  semaines  plus  tard,  une  serie  de  22  gr.  (1  gr., 
3  fois  par  semaine).  Decoloration  nette  temporale  a  la  fin  de  la  serie. 
Acuite  :  4/10.  Suspension  du  traitement.  L’acuite  visuelle  continue  a 
baisser  lentement  et  18  mois  plus  tard  papille  plus  decoloree, 
acuite  :  3/10. 

Obs.  9.  —  Clau.,  30  ans.  —  Traitement  :  impaludation  ;  une  serie 
de  45  gr.  (1  gr.,  3  fois  par  semaine)  ;  une  serie  de  43  gr.  (1  gr.,  3  fois 
par  semaine)  ;  une  serie  de  43  gr.  (1  gr.,  3  fois  par  semaine),  au  cours 
de  laquelle  on  constate  papilles  un  peu  pales.  Acuite  :  10/10.  Deux 
series  de  20  gr.  ensuite  (1  gr.,  3  fois  par  semaine).  Papilles  un  peu 
pales.  Acuite  :  10/10. 

Obs.  10.  —  Cham.,  34  ans.  —  Traitement  :  une  serie  de  45  gr.  (1  gr., 
3  fois  par  semaine).  Leger  trouble  des  contours  papillaires  a  la  fin 
de  la  serie.  Acuite  :  8/10.  Reprise  du  traitement  un  mois  apres,  serie 
de  45  gr.  (1  gr.,  3  fois  par  semaine)  ;  legere  amelioration  ;  acuite  : 
9/10. 

Obs.  11.  —  Gai.,  47  ans.  —  Traitement  :  impaludation.  Une  serie 
de  28  gr.  (1  gr.,  3  fois  par  semaine).  Fond  d’oeil  normal.  Le  malade 
entre  dans  mon  service  neuf  mois  plus  tard.  Reprise  du  traitement  ; 
injections  a  la  dose  de  1  gr.  50,  3  fois  par  semaine.  A  la  21°  injection, 
decoloration  des  papilles  qui  aboutit  en  quelques  jours,  malgre  la 
suspension  immediate  du  traitement,  a  une  atrophie  optique  bilate- 
rale.  L’acuite  ne  peut  etre  precisee  en  raison  de  l’affaiblissement 
mental.  Le  malade  peut  se  conduire  seul. 

Obs.  12.  —  Halp.,  64  ans.  —  Traitement  :  une  serie  de  45  gr.  (1  gr.,. 
3  fois  par  semaine)  ;  legere  decoloration  temporale  (acuite  :  7/10)  a 
la  fin  de  la  serie.  Reprise  du  traitement  un  mois  plus  tard  ;  une  serie 


Ann.  Med.-psych.,  XV(>  serie,  94e  annee,  t.  I.  —  Mars  1936. 


402 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


de  30  gr.  (1  gr.,  3  fois  par  semaine)  ;  une  autre  serie  de  45  gr.  (0  gr. 
50,  3  fois  par  semaine).  Pas  d’augmentation  de  la  decoloration  tem- 
porale  ;  aciiite  :  8/10. 

Obs.  13.  —  Perth.,  40  ans.  —  Traitement  :  une  serie  de  34  gr.  50. 
(1  gr.  50,  3  fois  par  semaine)  du  23  novembre  1931  au  15  janvier  1932. 
Le  19  janvier,  alors  que  le  traitement  etait  suspendu  depuis  4  jours,, 
fonds  d’oeil  normaux  mais  baisse  de  l’acuite  visuelle  (8/10).  Le  2  fe- 
vrier  1932,  papilles  en  voie  de  decoloration,  achromatopsie  pour  le 
vert.  Le  24  avril  1932,  atrophie  optique  presque  complete  a  droite 
atrophie  optique  complete  a  gauche.  Cecite. 

En  resume,  dans  3  cas  (Obs.  5,  8  et  11),  la  decoloration  papil- 
laire  est  survenue  au  cours  du  traitement  qui  a  ete  suspendu 
immediatement.  La  decoloration  est  restee  stationnaire  dans  un 
cas  (acuite  visuelle  10/10)  ;  elle  a  continue  a  progresser  lente- 
ment  dans  le  second  cas  (acuite  3/10  18  mois  plus  tard).  Chez  le 
3"  sujet,  tres  rapidement,  elle  a  abouti  a  une  nevrite  optique 
bilaterale,  rappelant  les  cas  signales  par  Paul  Abely  et  Salgo  (1), 
avec  cette  difference  que  la  lesion  du  fond  de  l’ceil  n’a  pas  abouti 
a  une  amaurose  complete. 

Dans  quatre  cas  (Obs.  1,  4,  9,  12),  la  decoloration  papillaire  est 
apparue  au  cours  du  traitement  et  est  restee  stationnaire  malgre 
sa  continuation. 

Dans  un  cas  (Obs.  10),  un  leger  trouble  des  contours  papillair 
res  est  survenu  apres  une  premiere  serie  de  45  gr.  de  stovarsol 
et  on  a  constate  une  notable  amelioration  apres-  la  deuxieme 
serie  de  45  gr. 

Dans  quatre  cas,  la  decoloration  papillaire  a  debute  un  mois. 
(Obs.  6),  6  semaines  (Obs.  2),  2  mois  (Obs.  3  et  7),  apres  la  cessa¬ 
tion  du  traitement. 

Enfin,  et  c’est  le  seul  cas  malheureux  (Obs.  12),  la  decoloration 
papillaire  a  debute  quelques  jours  apres  la  cessation  du  traite¬ 
ment  (lr|  serie  de  34  gr.  50)  pour  aboutir,  trois  mois  plus  tard,  a 
une  atrophie  optique  double  avec  cecit£  complete. 

Ainsi,  sur  115  malades,  un  sujet  etait  deja  atteint  de  nevrite 
optique  double  avec  cecite  avant  le  traitement  au  stovarsol  ;  sur 
les  114  autres  sujets  traites,  un  seul  a  presente,  apres  cessation 
du  traitement,  une  atrophie  optique  double  entrainant  la  cecite. 
Un  cas  de  cecite  par  atrophie  optique  sur  114  est  un  pourcentage 

(1)  Paul  Abely  et  N.  Salgo.  —  Trois  cas  de  nevrite  optique  retrobulbaire 
bilaterale  avec  integrity  primitive  du  fond  de  I’oei  1  survenue  au  cours  du 
traitement  stovarsolique  chez  des  paralytiques  generaux.  Soc.  med.-psychol ... 
25  mars  1935,  p.  514. 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


qui  se  rapproche  de  celui  que  l’on  observe  chez  les  paralytiques 
generaux  non  traites. 

Considerations  generates  :  Chez  un  sujet  dont  le  diagnostic  de 
paralysie  generate  vient  d’etre  etabli,  la  constatation  de  lesions 
du  fond  de  l’ceil  ne  doit  pas  faire  rejeter  le  traitement  par  le 
stovarsol,  mais  son  application  doit  etre  faite  avec  prudence. 

Une  decoloration  papillaire  apparaissant  au  cours  du  traite¬ 
ment  ne  doit  pas  entrainer  d’emblee  sa  suspension,  mais  une 
diminution  de  la  dose  du  stovarsol  et  de  la  frequence  des  injec¬ 
tions. 

Une  decoloration  papillaire  peut  apparaitre  plusieurs  semaines 
et  meme  plusieurs  mois  apres  la  cessation  du  traitement  qui, 
dans  ces  cas,  ne  peut  etre  incrimine. 

La  simple  recherche  de  l’acuite  visuelle  n’est  pas  suffisante 
pour  apprecier  1’integrite  des  papilles.  Une  decoloration  papil¬ 
laire  n’entraine  pas  forcement  une  diminution  de  1’acuite  visuelle. 

Les  doses  de  1  gr.  50  par  injection  doivent  etre  proscrites.  La 
dose  1  gr.  trois  fois  par  semaine  (series  de  45  gr.  separees  par  un 
mois  de  repos)  est  celle  que  nous  preconisons  maintenant. 

Sur  13  malades  chez  lesquels  les  alterations  du  fond  de  l’ceil 
sont  survenues  au  cours  du  traitement  au  stovarsol  ou  apres  sa 
suspension,  3  seulement  etaient  atteints  de  paralysie  generale 
tabetiforme.  Sur  13  malades  chez  lesquels  des  lesions  retiniennes 
existaient  avant  l’application  du  traitement,  5  presentaient  la 
forme  tabetiforme  de  la  paralysie  generale.  Les  lesions  du  fond  de 
l’ceil  sont  loin  d’etre  l’apanage  des  paralytiques  generaux  tabe- 
tiques. 

M.  Guiraud.  —  Sans  contester  les  cas  de  M.  Marchand,  ni  la 
valeur  du  stovarsol  dans  la  paralysie  generale,  je  rappelle  les 
cas  de  cecite  qui  suivirent  immediatement  1’administration  de  ce 
medicament.  Ils  ont  ete  cites  dans  la  litterature.  Moi-meme,  j’en 
ai  observe  un.  Je  pense  done  que,  lorsqu’on  a  a  faire  a  un  para- 
lytique  general  dont  le  nerf  optique  n’est  pas  intact,  il  vaut  mieux 
s’abstenir  de  stovarsol.  La  malariatherapie  toute  seule  est  a 
employer  et  se  montre  souvent  efficace.  Si  on  veut  lui  associer 
une  therapeutique  chimique,  ce  qui  n’est  pas  indispensable, 
qu’on  choisisse  alors  un  autre  sel  d’arsenic  ou  le  bismuth. 

M.  Rene  Charpentier.  —  Bien  que,  dans  cette  etude,  M.  Mar¬ 
chand  se  soit  borne  a  considerer  les  indications  du  traitement  de 
la  paralysie  generale  par  le  stovarsol,  en  rapport  avec  les  troubles 
oculaires,  il  serait  interessant,  etant  donne  le  grand  nombre  des 
cas  traites  par  lui  depuis  10  ans,  qu’il  nous  apportat  egalement 


404 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


une  statistique  precise  des  resultats  therapeutiques  qu’il  a  ainsi 
obtenus. 

M.  Marchand.  —  M.  Guiraud  fait  devier  le  but  de  ma  communi¬ 
cation.  II  ne  s’agit  pas  d’opposer  la  malariatherapie  a  la  stovarsol- 
therapie,  d’etablir  un  parallele  entre  ces  deux  modes  de  traitement 
qui  se  completent  heureusement  si  souvent.  D’ailleurs,  plusieurs 
malades,  parmi  ceux  que  je  viens  de  presenter,  ont  ete  impaludes 
avant  d’etre  traites  par  le  stovarsol. 

J’apporte  des  faits  qui  montrent  que  des  paralytiques  gene- 
raux  attaints  de  modifications  papillaires  purent  etre  traites  par 
le  stovarsol  sans  aggravation  de  leurs  lesions  retiniennes,  que 
l’apparition  des  lesions  papillaires  au  cours  du  traitement  ne  doit 
pas  etre  toujours  un  obstacle  a  sa  continuation,  que  les  decolora¬ 
tions  de  la  papille  dans  certains  cas  ne  sont  pas  dues  au  stovarsol 
puisqu’elles  se  sont  produites  plusieurs  mois  apres  sa  suspension. 
Ces  conclusions,  qui  s’opposent,  j’en  conviens,  aux  conceptions 
courantes,  me  paraissent  presenter  un  certain  interet. 


Aphasie  chez  les  syphilitiques  et  paralysie  generale.  Problemes 
de  diagnostic  et  de  traitement  (presentation  de  malades),  par 
MM.  P.  Guiraud  et  G.  Ferdiere. 

Deux  malades  de  notre  service  viennent  de  nous  poser  le  pro- 
bleme  de  l’aphasie  chez  les  syphilitiques  et  paralytiques  gene- 
raux  avec  toutes  les  consequences  diagnostiques  et  therapeuti¬ 
ques  qu’il  comporte  ;  nous  devons  rappeler  brievement  les  ele¬ 
ments  theoriques  de  ce  probleme. 

Depuis  les  travaux  de  Magnan,  Serieux  (1),  de  Lissauer,  decri- 
vant  les  formes  posterieures  de  la  paralysie  generale,  on  sait  la 
possibility  de  la  predominance  regionale  du  processus  paralyti- 
que,  realisant  ainsi  des  symptomes  comparables  a  ceux  des 
lesions  focales,  l’aphasie  par  exemple  ;  celle-ci  ne  constitue  alors 
qu’un  element  d’un  tableau  clinique  qui  peut  etre  plus  ou  moins 
riche  et  complet  et  sur  lequel  elle  tranche  avec  plus  ou  moins 
de  nettete.  Cette  aphasie  se  trouve  ainsi  a  l’oppose  de  celle  qui 
se  rencontre  a  l’etat  pur  chez  les  syphilitiques  et  qui  repond  a 
une  simple  lesion  en  foyer  due  a  une  syphilis  vasculaire  cere- 
brale  ou  meme  a  un  processus  non  syphilitique,  comme  nous 
avons  pu  l’observer  chez  une  de  nos  malades. 

(1)  P.  Serieux.  —  Hallucinations  auditives  et  surdite  verbale  chez  un 
paralytique  general.  Revue  Neurol.,  1902. 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


405 


Mme  C.,  agee  d’une  quarantaine  d’annees,  est  entree  a  Sainte-Anne 
le  18  janvier  dernier,  avec  un  certificat  ainsi  coneu  :  «  Est  atteinte 
de  troubles  psychiques  graves.  Syndrome  dementiel  avec  gros  deficit 
intellectuel,  amnesie  tres  importante  avec  elements  d’aphasie  et  par 
suite  d’apraxie.  Orientation  insuffisante  et  reflexes  tendineux  vifs 
avec  douleurs  a  la  pression  des  masses  musculaires.  Reflexes  iriens 
a  la  lumiere  conserves.  Syphilis  en  evolution  :  roseole  recente  traitee 
dans  ce  service  par  injections  de  novarsenobenzol,  serie  actuelle- 
ment  terminee  depuis  deux  jours.  Bordet-Wassermann  +  dans  le 
sang  et  —  dans  le  liquide  cephalo-rachidien  qui  contient  en  outre 
3  lymphocytes  et  0  gr.  40  d’albumine.  » 

'  Mme  C.  se  presentait  avant  tout  comme  une  aphasique  avec  ele¬ 
ments  jargonaphasiques  ;  elle  etait  en  outre  agnoso-apraxique  et 
paraissait  avoir  une  conscience  tres  incomplete  de  sa  situation. 

Pupilles  egales,  tres  legerement  deformees,  reagissant  bien  a  la 
lumiere  et  a  l’accommodation  ;  l’hemianopsie  n’a  pu  etre  recherchee 
a  raison  de  la  turbulence  de  la  malade.  Reflexes  tendineux  vifs  et 
egaux  ;  pas  de  signe  de  Babinski.  Tremblement  gelatineux  de  la 
langue.  Au  coeur  :  souffle  systolique  en  jet  de  vapeur,  de  caract.ere 
assez  musical,  piaulant,  largement  propage  au  creux  axillaire.  Ten¬ 
sion  arterielle  :  15  1/2-8  au  Vaquez. 

Par  la  suite  nous  avons  pu  apprendre  a  l’Hotel-Dieu  que  Mme  C. 
avait  ete  hospitalisee  au  debut  d’octobre  pour  «  aphasie,  amnesie  »  ; 
elle  cherchait  ses  mots  et  se  preoccupait  de  son  etat  :  «  j’oublie 

tout...,  ca  reviendra  ?  Est-ce  que  sa...  Je  vais  guerir .  ».  Ces 

troubles  avaient  ete  attribues  sans  difficult^  a  la  maladie  mitrale  et 
apres  un  traitement  de  quelques  semaines  la  malade  avait  ete  envoyee 
en  convalescence.  Au  milieu  de  decembre,  elle  etait  de  retour  a 
I’Hotel-Dieu  avec  une  eruption  papuleuse  disseminee  sur  tout  le 
corps  et  des  adenopathies  inguinales.  Une  reaction  de  Bordet- 
Wassermann  pratiquee  dans  le  sang  se  montrait  positive  et  la  malade 
etait  immediatement  soumise  a  un  traitement'  d’attaque  au  novar- 
seno-benzol  et  au  cyanure. 

Dans  les  premiers  jours  a  1’asile,  le  diagnostic  etait  fort  difficile, 
mais  l’ancienne  terminologie  de  demence  organique  masquait  le  pro- 
bleme,  le  processus  de  ramollissement  pouvant  etre  tres  etendu. 

A  l’heure  actuelle,  la  malade  est  extremement  amelioree  ;  elle  est 
devenue  capable  d’attention  et  n’est  plus  aussi  improductive  ;  son 
agnoso-apraxie  s’attenue  et  elle  demeure  avant  tout  une  aphasique. 

Nous  pensons  que,  si  la  solution  du  probleme  est  simple  sur 
le  papier,  sur  le  terrain  de  la  pratique,  ou  nous  nous  placons,  les 
hesitations  sont  possibles.  C’est  que,  bien  souvent,  les  aphasiques 
presentent  des  troubles  mentaux  plus  ou  moins  caracterises  ; 
ceux-ci  paraissent  dus  parfois  a  l’intensite  de  l’aphasie  elle-meme, 
compliquee  d’agnosie  et  d’apraxie,  comme  dans  le  cas  que  nous 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


venons  de  rapporter.  Ces  troubles  peuvent  s’attenuer  avec  le 
temps,  mais  on  comprend  qu’au  debut,  les  malades  puissent 
donner  l’impression  de  veritables  dements. 

Dans  un  tout  autre  domaine,  une  de  nos  malades,  aphasique 
depuis  plusieurs  annees,  presente  depuis  quelques  mois  un  etat 
depressif  et  des  troubles  du  caractere  qui  ont  attire  l’attention 
de  son  entourage  et  ont  abouti  a  l’internement. 

Mme  L.,  38  ans,  syphilitique  connue,  a  presente  il  y  a  deux  ans  et 
demi  une  hemiparesie  droite  avec  aphasie  massive  ;  de  la  premiere 
il  ne  reste  actuellement  pas  trace  sinon  une  ebauche  d’eventail  des 
orteils  au  cours  de  la  recherche  du  signe  de  Babinski  ;  l’aphasie  est 
en  regression  :  «  Je  commence  a  parler,  dit-elle  ;  je  ne  pouvais  pas 
parler  du  tout...  Je  commence  un  peu  depuis  un  an...  j’allais  tous  les 
jours,  tous  les  deux  jours,  voir  les  docteurs  ;  ils  m’ont  fait  beaucoup 
de  piqures...  »  Il  s’agit  d’une  aphasie  nominale  et  verbale,  surtout 
nominale,  sans  apraxie  ni  agnosie  :  la  malade  est  capable  de  decrire 
avec  une  grande  precision  un  objet  par  des  gestes  et  les  actes  mimes 
sorit  parfaitement  realisables. 

Les  pupilles  sont  un  peu  deformees,  inegales  au  profit  de  la  droite, 
paresseuses  a  la  lumiere  ;  on  constate  un  tremblement  fibrillaire  de 
la  langue,  un  tremblement  plus  menu  des  mains  ;  la  dysarthrie  est 
legere,  nette  cependant,  les  reflexes  tendineux  vifs. 

Nous  insistons  tout  particulierement  sur  les  troubles  psychiques 
d’apparition  recente  :  «  Mme  L.,  nous  dit  son  ami,  est  devenue 
haineuse,  mechante  avec  moi,  parfois  violente,  criant  et  meme 
dechirant  le  linge  pour  des  raisons  futiles  ;  elle  est  triste  et  pleure 
souvent  ;  elle  a  de  veritables  phases  depressives  ;  elle  a  manifesto 
des  idees  de  suicide  et  a  fait  deux  tentatives.  » 

Les  reactions  sont  negatives  dans  le  sang  ;  le  liquide  cephalo- 
rachidien  :  0,8  lymphocytes,  0  gr.  30  d’albumine,  Bordet-Wassermann 
+  +  +  +• 

Dans  les  cas  semblables  a  ceux-ci,  quels  renseignements  peu¬ 
vent  apporter  les  reactions  biologiques  du  liquide  cephalo-ra- 
chidien  ? 

D’abord,  si  celui-ci  est  negatif,  il  y  a  des  chances  pour  que  le 
processus  en  cause  ne  soit  pas  de  nature  syphilitique,  surtout 
s’il  est  possible  de  mettre  en  evidence  une  autre  cause  d’apha- 
sie  ;  d’autre  part,  dans  la  litterature,  les  renseignements  parais- 
sent  assez  peu  nets  sur  l’etat  du  liquide  cephalo-rachidien  au 
cours  de  l’arterite  syphilitique  de  la  sylvienne  et  de  ses  branches. 

Si  le  liquide  cephalo-rachidien  est  positif,  on  doit  s’attacher 
beaucoup  moins  a  la  formule  du  benjoin  colloidal  qu’a  la  lym- 
phocytose  rarement  tres  elevee  dans  la  paralysie  generale. 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


407 


Quant  a  l’analyse  du  sang,  elle  indique  seulement  que  le  malade 
•est  syphilitique  et  ne  prejuge  en  rien  ce  qui  se  passe  dans  son 
:systeme  nerveux  ;  d’autre  part,  certains  malades  ont  pu  etre 
negatives  par  un  traitement  de  longue  haleine,  aussi  importe-t-il 
de  faire  preciser  les  antecedents  avec  le  plus  grand  soin. 

Au  point  de  vue  psychique,  quoique  la  forme  classique  demen- 
tielle  soit  sans  doute  la  plus  frequente,  l’on  observe,  du  moms 
.au  debut,  un  certain  nombre  de  malades  presentant  des  troubles 
mentaux,  d’ordre  delirant,  maniaque,  depressif  et  qui  sont  cepen- 
•dant  d’incontestables  paralytiques.  C’est  dire  que  la  constatation 
du  trouble  psychique  le  plus  banal  ne  doit  pas  faire  ecarter  le 
diagnostic  d’une  paralysie  generate  associee. 

L’examen  clinique  minutieux  garde  une  extreme  importance  ; 
on  s’attachera  a  rechercher,  chez  les  aphasiques,  un  certain 
nombre  de  signes  physiques  dont  la  lesion  en  foyer  ne  peut  ren- 
•dre  compte  et  qui  trahissent  l’atteinte  diffuse  :  le  machonnement, 
les  secousses  peribuccales,  le  tremblement  de  la  langue  et  des 
•extremites,  la  dysarthrie,  les  modifications  des  reflexes  tendi- 
neux. 

F.nfln,  une  atteinte  arterielle  indubitable  n’exclut  pas  neces- 
sairement  une  paralysie  generate  associee  (1). 

De  tels  malades  ressortissent-ils  a  la  malariatherapie  ou  a  une 
autre  therapeutique  ?  Tout  d’abord,  il  n’est  pas  certain  que, 
dans  les  lesions  en  foyer,  la  malaria  ne  puisse  avoir  une  influence 
heureuse,  comme  le  pensent  les  Roumains  de  1’ecole  de  Paulian. 

Les  lesions  en  foyer  commandent  en  tout  cas  les  arsenicaux  ; 
mais,  lorsqu’ils  arrivent  a  l’asile,  les  malades  ont  ete  d’ordinaire 
largement  traites  anterieurement  ;  l’efflcacite  des  antisyphiliti- 
ques  est  epuisee  ;  on  se  trouve  en  presence  de  lesions  emanci- 
pees  de  leurs  causes,  cicatricielles,  sur  lesquelles  le  traitement 
ne  pourra  rien  ;  la  malariatherapie  ne  pourra  pas  plus  sur  ces 
lesions  cicatricielles,  mais  elle  agira  sur  les  lesions  diffuses  asso- 
ciees.  La  derniere  malade  que  nous  avons  presentee  vient  d’etre 
impaludee  et  nous  nous  proposons  de  la  presenter  a  nouveau  a  la 
SociMe  si  le  traitement  institue  repond  a  nos  esperances. 

(1)  P.  Guiraud  et  A.  Deschamps.  —  Paralysie  generate  avec  alexie  et 
apraxie  ideo-mctrice.  Ann.  medico-psychol.,  mars  1932.  _ 


408 


SOCIETE  MEDIC O-PS Y CHOLO G1QUE 


Un  cas  de  simulation  discutd, 
par  MM.  H.  Claude,  P.  Sivadon  et  A.-P.-L.  Beley. 

Les  limites  du  «  volontaire  »  et  du  «  conscient  »  ne  sont  pas 
toujours  aisees  a  determiner. 

La  part  qui  revient  a  l’hysterie  et  a  la  simulation  pure  est 
parfois  bien  imprecise  dans  certaines  manifestations  psychopa- 
thiques  complexes. 

L’observation  que  nous  vous  presentons  nous  a  paru  particu- 
lierement  instructive  a  ce  sujet. 

Les  nombreux  certificats  que  contient  le  dossier  de  notre  sujet 
montrent  la  diversity  des  opinions  des  medecins  qui  ont  eu  a 
l’examiner  et  surtout  laissent  transparaitre  l’hesitation  et  les 
reserves  de  certains  d’entre  eux. 

Voici  les  faits  : 

On  ne  releve  aucun  antecedent  notable  dans  l’heredite  et  la  jeu- 
nesse  de  G...  Maxime,  actuellement  age  de  43  ans. 

Pendant  la  guerre,  il  est  blesse  par  une  balle  qui  traverse  la  region 
axillaire  droite  en  lesant  le  plexus  brachial.  Immediatement  apres 
la  blessure,  il  presente  des  signes  de  paralysie  cubitale.  II  termine  la 
guerre  dans  le  service  auxiliaire. 

Il  obtient  alors  une  pension  de  10  %  a  titre  temporaire. 

De  retour  dans  ses  foyers,  il  travaille,  de  son  propre  aveu,  a  la 
satisfaction  de  ses  patrons,  comme  ajusteur. 

A  la  revision  de  sa  pension,  cette  derniere  est  portee  a  30  %  a  titre 
definitif. 

En  1931,  alleguant  une  impotence  fonctionnelle  totale  de  son  mem- 
bre  superieur  droit,  il  obtient  50  %  avec  la  mention  :  «  paralysie 
mediocubitale  droite,  griffe  des  quatre  derniers  doigts  a  peu  pres 
reducible.  Opposition  impossible,  pince  nulle.  Amyotrophie  des 
interosseux  et  de  l’eminence  thenar.  Douleurs  dans  tous  les  doigts. 
Traces  de  R.D.  ».  On  lui  donne  un  emploi  de  facteur  des  P.T.T. 

C’est  vers  la  fin  de  1933  qu’apparaissent  les  premieres  manifesta¬ 
tions  psychiques.  Il  entre  en  observation  a  I’hopital  Henri-Rousselle 
le  27  octobre  et  en  ressort  le  4  novembre.  On  note  :  «  depression 
anxieuse,  affaiblissement  intellectuel  ».  Au  lieu  de  partir  a  la  cam- 
pagne,  comme  il  lui  avait  ete  conseille,  il  entre  alors  a  la  Salpetriere 
oil  il  aurait  manifeste  des  idees  de  persecution.  Il  s’evade  au  bout 
de  quelques  jours  de  l’hopital,  au  cours  d’un  etat  d’apparence 
anxieuse. 

Le  2  decembre,  il  entre  a  nouveau  a  I’hopital  Henri-Rousselle.  Les 
reactions  specifiques  sont  partiellement  positives  dans  le  sang.  Le 
liquide  cephalo-rachidien  est  normal.  Il  manifeste  un  affaiblissement 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


409 


mental  considerable,  mais  conscient,  sur  lequel  il  insiste  lui-meme, 
en  meme  temps  que  des  idees  delirantes  imprecises  qui  motivent  son 
placement  a  l’Asile  le  4  decembre  1933. 

Les  certilicats  d’internement  signalent  :  «  affaiblissement  intel- 

lectuel...  dysmnesie  verbale  consciente.  Propos  verbeux,  alambiques, 
reticents....  »  ;  «  delire  hallucinatoire  et  interpretatif  avec  idees  de 
persecution  et  anxiete...  action  sur  la  pensee...  Reticences.  Denega¬ 
tions...  »,  etc. 

A  l’admission,  le  certiflcat  immediat  indique  :  «  leger  affaiblisse¬ 
ment  intellectuel  (difficult^  de  repondre  de  facon  precise  malgre 
efforts  reels)  ;  preoccupations  hypocondriaques  et  idees  de  persecu¬ 
tion  avec  interpretations  et  craintes  d’empoisonnement,  etc.  ». 

Transfere  a  Villejuif  le  8  deqembre  1933,  les  troubles  s’attenuent 
rapidement  et  il  sort  completement  gueri  trois  mois  plus  tard. 

Depuis  lors,  et  jusqu’au  mois  de  decembre  dernier,  il  vit  a  la  cam- 
pagne,  entierement  normal. 

Ce  n’est  que  depuis  quelques  mois  qu’il  presente  les  nouvelles 
manifestations  qui  ont  motive  son  recent  internement. 

Le  30  decembre  1935,  il  entre  de  lui-meme  a  l’hopital  Henri-Rous- 
selle  et  indique  de  sa  main  sur  le  questionnaire  d’entree  :  «  point 
d’enervement,  consecutif  a  une  blessure  de  guerre  ».  Une  demande 
d’internement  est  faite  par  sa  femme. 

Les  examens  humoraux  sont  entierement  negatifs. 

A  la  sortie,  faite  sur  la  demande  du  medecin,  le  16  janvier  1936,  on 
note  :  «  Etat  d’excitation,  sinistrose  ?  ». 

Quelques  jours  apres,  il  fait  venir  chez  lui  un  medecin  specialise, 
fait  valoir  ses  troubles  et  demande  a  etre  interne  d’offfce.  Il  est  en- 
voye  a  l’Inflrmerie  Speciale  qui  fait  le  placement  le  26  fevrier  der¬ 
nier.  «  Troubles  atypiques  d’aspect  tantot  excitatif,  tantot  hebe- 
phreno-catatonique...  pretend  que  ses  periodes  d’excitation  mecani- 
que  sont  en  rapport  avec  l’etat  de  sa  cicatrice  qui  constitue.un  point 
d’enervement...  peut-etre  element  d’irradiations  reflexes  physiopathi- 
ques  et  generatrices  de  troubles  psychiques...  ». 

Le  certiflcat  immediat  indique  :  «  excitation  maniaque  atypique. 
Loquacite.  Declamations  rythmees  s’interrompant  brusquement.  Il  y 
a  un  point  d’excitation  au  niveau  de  son  plexus  brachial  blesse .  ». 

Dans  notre  service,  pendant  plusieurs  jours,  il  reproduit  a  la 
demande,  et  chaque  fois  qu’on  1’examine,  «  les  troubles  mentaux  » 
qui  ont  motive  son  internement,  en  insistant  sur  la  gene  que  cela 
entraine  pour  son  travail  et  sur  I’insufiBsance  de  sa  pension. 

Il  se  met  a  parler,  d’une  voix  sonore  et  pathetique,  sur  un  theme 
quelconque,  mais  de  preference  en  racontant  les  circonstances  ou  ces 
troubles  sont  apparus  pour  la  premiere  fois.  Rapidement,  le  debit 
devient  rythme,  la  parole  semble  «  mecanisee  »,  incoercible,  le  dis¬ 
cours  parait  inepuisable.  Le  ton  est  uniforme,  mais  l’intensite  oscille 
continuellement  des  crescendo  eclatants  aux  decrescendo  les  plus 
marques. 


410 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Des  gestes  theatraux  soulignent  le  rythme,  ajoutant  encore  a  l’effet 
grotesque  de  la  scene. 

II  suffit,  au  cours  de  la  crise,  ainsi  qu’il  nous  l’a  lui-meme  indique, 
d’appuyer  avec  le  doigt  sur  la  cicatrice  cutanee  de  sa  blessure 
axillaire,  laquelle  n’est  ni  sensible  ni  douloureuse,  pour  arreter  brus- 
quement  le  debit  des  paroles  et  les  gestes,  et  pour  provoquer  un 
court  arret  de  la  respiration. 

A  defaut  de  ce  moyen,  qui  est  infaillible,  la  «  crise  »  s’evanouit 
d’elle-meme  au  bout  de  peu  de  temps. 

A  noter  que  ces  manifestations  ne  s’accompagnent  d’aucun  trouble 
vaso-moteur  et  ne  sont  suivies  d’aucun  epuisement. 

Leur  caractere  artificiel  est  evident  et  l’effort  conscient  y  est  net- 
tement  decelable. 

II  n’existe,  en  dehors  de  cela,  aucun  trouble  delirant  et  on  ne  peut 
mettre  en  evidence  le  moindre  affaiblissement  intellectuel. 

Si  l’on  fait  allusion  aux  troubles  mentaux  anterieurs,  le  sujet  parait 
gene  et  reticent.  Si  l’on  insiste,  il  allegue  une  amnesie  lacunaire 
absolue  portant  particulierement  sur  la  periode  d’hospitalisation  a 
la  Salpetriere. 

Au  point  de  vue  neurologique,  seul  le  membre  superieur  droit  pre¬ 
sente  des  anomalies. 

I]  existe  une  legere  atrophie  de  l’eminence  thenar  et  du  premier 
interosseux,  ainsi  qu’une  griffe  cubitale  reductible.  Le  malade  allegue 
une  impotence  fonctionnelle  totale.  En  realite,  la  force  segmentaire 
parait  tres  legerement  diminuee,  mais  l’exageration  volontaire  est 
manifeste. 

Les  troubles  de  la  sensibilite  sont  encore  plus  intenses.  Le  malade 
indique  une  insensibilite  totale,  a  tous  les  modes,  sur  tout  le  membre 
superieur  droit.  Cette  insensibilite  a  une  limite  lineaire  qui  malheu- 
reusement  varie  d’un  examen  a  l’autre.  D’autre  part,  le  malade  s’est 
laisse,  un  jour,  prendre  a  un  stratageme  grossier.  On  lui  demandait  de 
signaler,  les  yeux  fermes,  s’il  sentait  ou  non  le  frolement  des  doigts,  et 
il  n’a  pas  manque  de  dire  qu’il  ne  sentait  pas  chaque  fois  qu’on  le  tou- 
chait  imperceptiblement  dans  la  zone  pretendue  insensible. 

Il  accuse,  en  outre,  une  astereognosie  grossiere. 

L’examen  electrique  ne  revele  qu’une  tres  legere  hypoexcitabilite 
des  interosseux  surtout  marquee  au  niveau  du  premier. 

Vraisemblablement  impressionne  par  l’iristrumentation  electrique 
et  soupcjonnant  probablement  notre  scepticisme,  G...  a  depuis  quel- 
ques  jours  abandonne  sa  mise  en  scene. 

Il  ne  presente  plus  les  manifestations  psychiques  signalees  et  a 
perdu  son  assurance  lors  des  examens  de  la  sensibilite.  Il  ne  parle 
plus  de  sa  blessure  de  guerre,  pretend  que  le  repos  l’a  gueri,  et  com¬ 
mence  a  penser  a  sa  sortie. 

Pour  nous,  si  nous  nous  pla§ons  sur  le  plan  medico-legal,  le 
probleme  parait  simple.  Il  s’agit  actuellement  de  simulation  d’un 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


411 


complexe  neuro-psychique  dans  le  but  d’obtenir  une  augmenta¬ 
tion  d’une  pension  deja  abusive  (le  taux  qu’il  serait  legitime 
d’accorder,  pour  une  blessure  mediocubitale  legere,  ne  depasse 
pas  15  %). 

Mais  au  point  de  vue  clinique,  le  probleme  parait  plus  com¬ 
plexe.  L’analgesie  relative  du  membre  superieur  droit  est-elle 
consciemment  voulue  ?  Elle  semble  bien  revetir  l’aspect  de  mani¬ 
festations  hysteriques. 

L’inactivite  fonctionnelle  de  la  main  ne  peut-elle  etre  mise 
sous  la  meme  etiquette  ?  II  semble,  en  effet,  que,  par  un  meca- 
nisme  d’autosuggestion,  notre  sujet  se  soit,  depuis  longtemps, 
deshabitue  de  se  servir  de  sa  main  droite,  alors  qu’elle  parait  en 
etat  de  lui  rendre  d’importants  services. 

Quant  aux  troubles  mentaux  presentes  en  1933,  sommes-nous 
autorises  a  penser  qu’ils  etaient  aussi  simules  ? 

Malgre  leur  atypisme,  ils  correspondaient  peut-etre  a  une 
manifestation  de  forme  depressive  sur  laquelle  se  greffait  une 
exageration  plus  ou  moins  consciente. 

Et  les  troubles  recents  eux-memes,  bien  qu’ils  soient  evidem- 
ment  artificiels,  pour  la  plus  grande  part,  n’ont-ils  pas  pu  etre 
favorises  par  une  excitation  maniaque  larvee  ? 

Ce  sont  toutes  ces  questions  qui  ont  paru  transparaitre  dans 
l’opinion  de  ceux  qui  ont  eu  a  examiner  notre  sujet. 

Void  1’interpretation  que  nous  proposons  : 

Nous  pensons  qu’il  existe  un  point  de  depart  organique  leger 
(nevrite  mediocubitale)  qui  a  servi  de  base  localisatrice  a  des 
manifestations  hysteriques  par  un  mecanisme  d’auto-suggestion. 
Cette  lesion  organique  a,  d’autre  part,  incite  le  sujet  a  echafau- 
der  une  construction  atypique,  mais  utilitaire,  de  syndrome 
mental. 

Quelles  que  soient  les  interpretations  discutables  que  l’on 
puisse  donner  de  ce  dernier,  sa  curabilite  rapide  et  son  carac- 
tere  fantaisiste  l’excluent  des  conclusions  medico-legales  a  for- 
muler  au  sujet  des  dommages  indemnisables  causes  a  1’inte- 
resse. 

M.  Henri  Claude.  —  Au  point  de  vue  neuropsychiatrique,  le  cas 
est  banal.  Au  point  de  vue  sociologique,  il  est  un  exemple  de  la 
mentalite  du  blesse  contemporain  que  hante  le  desir  d’obtenir  une 
maj  oration  du  taux  d’invalidite  qui  lui  a  ete  accorde.  Pour  lut- 
ter  contre  le  danger  dont  est  menacee  la  societe  par  le  deve- 
loppement  de  cette  mentalite  revendicatrice,  il  importe  que  les 
medecins  experts  se  montrent  categoriques  et  n  hesitent  pas  a 


412 


SOCIETE  MED1C0-PSYCH0L0G1QUE 


employer  le  terme  de  simulation  lorsque  1’exageration  des  trou¬ 
bles  fonctionnels  est  evidente. 

M.  Guiraud.  —  Je  n’ai  qu’un  souvenir  bien  imprecis  de  ce 
malade  qui  ne  resta  que  quelques  semaines  dans  mon  service. 
Je  n’avais  pas  constate  chez  lui  de  troubles  delirants,  ni  de 
manifestations  revendicatrices,  autant  qu’il  m’en  souvienne. 
II  se  comportait  simplement  comme  un  hyperemotif  avec  crises 
douloureuses,  ayant  la  main  blessee  comme  point  de  depart. 


Desequilibre  mental  post-encephalitique  (Perversions  sexuel- 

les  :  auto6rotisme  du  mollet,  fetichisme  du  soulier,  etc.)r 

par  MM.  Henri  Claude,  P.  Sivadon  et  J.  Ajuriaguerra. 

L’observation  que  nous  vous  presentons  nous  a  paru  meriter 
votre  attention  a  plusieurs  points  de  vue. 

Elle  constitue  tout  d’abord  un  exemple  particulierement  typi- 
que  de  l’origine  encephalitique,  deja  souvent  signalee,  de  cer- 
taines  formes  de  desequilibre  mental  acquis. 

Elle  montre  revolution  complexe  et  l’intrication  serree  de 
nombreuses  perversions  instinctives  chez  un  meme  sujet,  reali- 
sant  une  veritable  «  constitution  »  perverse,  aussi  riche  dans  ses 
manifestations  que  les  etats  dits  constitutionnels. 

Elle  constitue  enfin  un  cas,  rare  dans  la  litterature  que  nous 
avons  pu  consulter,  d’auto-erotisme  localise  au  mollet,  avec 
fetichisme  de  la  chaussure  feminine. 

C’est,  en  effet,  a  la  suite  d’un  vol  de  chaussures  de  femme  que  K... 
Paul,  age  de  24  ans,  apres  expertise  suivie  de  non-lieu,  a  ete  place 
dans  notre  service  le  29  janvier  1936. 

On  ne  releve  dans  ses  antecedents  hereditaires  ou  collateraux  au- 
cun  element  susceptible  d’eclairer  l’origine  de  ces  troubles. 

Son  enfance  fut  normale.  II  etait  gai,  doux,  docile,  intelligent.  A 
l’age  de  12  ans,  eii  1924,  il  fait  une  encephalite  sporadique.  II  n’est 
pas  tres  aise  de  reconstituer  la  symptomatologie  complete  presentee 
a  cette  epoque.  Nous  avons  cependant  la  notion  d’un  episode  confu- 
sionnel  onirique,  avec  temperature  (s’agite,  vocifere,  voit  devant  lui 
des  personnages  divers,  un  moine  en  particulier,  fait  au  mur  des 
dessins  incoherents,  etc.).  A  la  suite  de  cet  episode,  qui  1’oblige  a 
interrompre  la  classe  pendant  plus  de  deux  mois,  il  manifeste  une 
somnolence  intense.  Il  s’endort  frequemment  dans  la  journee  et  par- 
fois,  lorsqu’il  a  conge,  dort  tout  le  jour,  se  levant  seulement  aux  heu- 
res  des  repas. 

D’autre  part,  il  a  une  polyphagie  et  une  polydipsie  marquees.  Il 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


413 


mange  des  quantiles  considerables  d’aliments  et  n’est  jamais  rassasie. 
11  boit  frequemment  et  abondamment,  jusqu’a  provoquer  des  acci¬ 
dents  digestifs. 

F.n  meme  temps,  son  caractere  se  transforme  entierement.  De  re¬ 
tour  a  l’ecole,  il  se  montre  turbulent,  espiegle,  colereux  et  violent. 
Chez  lui,  il  devient  capricieux  et  autoritaire.  Au  cours  d’une  violente 
■colere,  il  tente  un  jour  de  frapper  sa  mere  avec  une  hache. 

Sous  la  crainte  d’une  remontrance,  il  fait  a  cette  epoque  une  pre¬ 
miere  fugue.  Pendant  la  recreation,  il  se  sauve  de  l’ecole  et  prend  le 
train  sans  billet,  sans  savoir  ou  il  va.  Oblige  de  quitter  l’ecole,  il  est 
confle  a  des  religieux,  a  l’age  de  treize  ans.  Trois  jours  apres,  il  fait 
une  nouvelle  fugue.  Arrete  sur  la  route  par  les  gendarmes,  il  est 
reconduit  au  pensionnat  d’ou  bientot  on  le  renvoie,  A  sa  soeur,  qui 
demande  le  motif  du  renvoi,  on  repond  qu’il  s’agit  de  raisons  «  que 
i’on  ne  peut  expliquer  a  une  jeune  fille  ». 

De  retour  chez  ses  parents,  il  est  place  comme  apprenti  typogra- 
phe.  Au  bout  de  trois  mois,  il  doit  abandonner  en  raison  de  ses  trou¬ 
bles  du  comportement. 

Il  semble  cependant  qu’a  cette  epoque  la  somnolence  ait  disparu. 

Place  comme  gargon  de  bureau  dans  une  fabrique,  il  est  renvoye 
au  bout  de  deux  mois  pour  avoir  «  perdu  »  un  carnet  de  cheques. 

Il  travaille  alors  chez  un  carrossier.  Il  reussit  a  y  rester  deux  ans, 
bien  qu’il  sabote  le  travail  et  se  montre  violent.  Il  est  enfin  renvoye 
pour  avoir  voulu  frapper  son  patron  avec  une  piece  de  bois. 

A  dix-sept  ans,  il  s’engage  comme  mousse  dans  la  marine.  On 
s’apercoit  a  ce  moment  qu’il  est  somnambule.  Frequemment  il  se 
leve  pendant  son  sommeil  et  va  se  coucher  dans  le  lit  de  ses  cama- 
rades.  Hospitalise  a  Brest,  il  est  bientot  renvoye  dans  ses  foyers. 

Vers  cette  epoque,  pour  la  premiere  fois,  il  se  masturbe. 

A  partir  de  ce  moment,  il  se  livre  a  l’onanisme  plusieurs  fois  par 
jour. 

Place  chez  un  charron,  il  y  reste  un  an,  bien  qu’il  vole  de  nom- 
breuses  bouteilles  de  vin  dans  la  cave  du  patron  (une  tous  les  deux 
jours,  avoue-t-il). 

Il  est  ensuite  employe  comme  plongeur  dans  un  pensionnat,  mais 
trois  mois  plus  tard  il  quitte  cette  place  pour  rentrer  dans,  la  Marine 
a  Toulon.  La,  il  vit  seul,  sans  camarades,  se  livrant  toujours  a  l’ona- 
nisme,  ne  frequentant  aucune  femme.  Ses  pratiques  onanistes  com- 
mencent  a  se  compliquer  :  il  s’appuie  contre  un  mur  et  se  hausse  sur 
la  pointe  des  pieds  pour  cambrer  ses  mollets,  «  comme  les  femmes 
avec  leurs  talons  ».  Il  se  met  nu  jusqu’a  la  ceinture. 

A  cette  epoque,  il  derobe  du  linge.  Apres  trois  mois  de  prison,  il 
■est  renvoye  chez  lui. 

A  vingt  ans,  il  s’engage  dans  les  Chasseurs  d’Afrique.  Il  fait,  a 
cette  epoque,  une  vaine  tentative  de  rapports  hetero-sexuels  :  la  vue 
•d’une  femme  nue  lui  enleve  tout  desir. 

Il  est  bientot  reforme  a  nouveau  pour  somnambulisme.  Il  retourne 


414  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

alors  chez  lui  oil  il  gagne  quelque  argent  en  rempaillant  des  chaises, 
puis  va  a  Marseille  et  de  la  a  Lourdes,  oil  il  travaille  comme  plon- 
geur.  Peu  de  temps  apres,  il  prend,  sans  billet,  le  train  pour  Paris. 
Des  le  lendemain,  il  repart  pour  Toulouse  avec  Pintention  de  s’enga- 
ger  dans  la  Legion.  Mais,  arrive  a  Toulouse,  il  prefere  passer  en 
Espagne.  Il  voyage  dans  un  camion  jusqu’a  Biarritz,  passe  la  fron- 
tiere  sans  passeport,  puis  prend  le  train,  sans  billet,  jusqu’a  Saint- 
Sebastien. 

Il  essaie  de  s’engager,  on  lui  conseille  d’aller  jusqu’a  Madrid. 
Il  est  bientot  arrete  a  Vitoria  ou  il  fait  cinq  mois  de  prison.  Refoule 
'  sur  Hendaye,  il  se  rend  a  Bayonne  oil  il  est  arrete  en  flagrant  debt 
de  vol  d’argent  dans  une  maison  particuliere.  Apres  quinze  jours  de 
prison,  il  se  rend  a  Pau  ou  il  est  a  nouveau  arrete  pour  vol  dans  un 
restaurant.  Apres  deux  mois  de  prison,  il  part  pour  Bordeaux  oil  il 
monte  clandestinement  sur  un  bateau  hollandais  et  se  fait  ainsi 
conduire  a  Las  Palmas.  Decouvert,  il  est  renvoye  au  Havre  ou  il  vole 
des  papiers  d’identite.  Il  se  rend  alors  a  Bouen  ou  il  s’engage  dans  la 
Legion /Etrangere.  Parti  en  Afrique,  il  vole  ,du  linge  et  des  effets, 
passe  en  conseil  de  guerre  a  Oran,  fait  trois  mois  de  prison  et  est 
reforme  definitivement. 

Rentre  en  France,  on  s’apercoit  qu’il  a  des  papiers  d’identite 
hollandais  et  on  le  refoule  sur  la  Hollande.  Il  reussit  a  gagner  la  Bel¬ 
gique.  A  Anvers,  a  la  suite  d’un  vol  de  trente  francs,  il  fait  cinq  mois 
de  prison,  puis  il  regagne  Paris,  ou  bientot,  sous  l’influence  de  son 
fetichisme,  sur  lequel  nous  allons  revenir,  il  se  met  a  voler,  a  l’etalage, 
des  chaussures  de  femme.  Ce  n’est  qu’apres  plus  de  dix  vols  qu’il  a 
ete  arrete. 

Pendant  ces  six  annees  aventureuses,  entrecoupees  de  nombreux 
emprisonnements,  ses  perversions  sexuelles  se  sont  developpees  et 
compliquees. 

Depuis  Page  de  17  ans,  nous  Pavons  vu,  il  se  masturbe  avec  fre¬ 
quence.  Des  ce  moment,  il  manifeste  des  tendances  fetichistes  et 
masochistes.  Il  a  dans  sa  chambre  des  chaussures,  des  culottes  et  des 
bas  de  femme,  et  s’en  travestit  souvent.  Vers  la  meme  epoque,  ayant 
mis  un  anneau  de  metal  autour  de  sa  verge,  il  doit  faire  appel  a  son 
frere  pour  le  faire  cisailler.  L’annee  suivante,  il  se  provoque  une 
hemorragie  rectale  assez  importa^te  en  intrpduisant  dans  son  anus 
un  tuyau  de  caoutchouc.  Il  prend  l’habitude  de  coucher  avec  un 
manche  a  balai  qu’il  introduit  dans  son  rectum. 

D’autre  part,  il  semble  avoir  eu  des  pratiques  homosexuelles,  bien 
qu’il  les  nie.  Il  reconnait  simplement  avoir  eu  le  desir  de  rapports 
passifs  et  avoir  fait  une  tentative  sans  succes.  Cependant,  nous 
savons  qu’il  attirait  souvent  des  enfants  dans  sa  Chambre  «  pour  les 
laver  »,  explique-t-il.  Son  renvoi  du  pensionnat  religieux  parait 
bien  aussi  avoir  eu  un  motif  de  ce  genre. 

Nous  avons  signale  son  apragmatisme  heterosexuel  complet.  Les 
representations  feminines,  non  plus  que  masculines,  ne  jouent  aueun 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


415 


role  lors  de  la  masturbation.  Seule,  la  contemplation  de  ses  propres 
mollets  a  un  pouvoir-  erogene.  II  les  cambre,  il'  les  admire,  surtout 
lorsqu’il  est  debout  sur  la  pointe  des  pieds.  Parfois.  il  les  revet  de 
bas  de  femme.  Plus  tard,  les  bas  lui  seront  indispensables. 

C’est  pendant  son  emprisonnement  en  Belgique  qu’il  reva  de 
chaussures  feminines.  II  en  avait  deja  porte  jadis,  mais  rarement. 
Aussi,  des  son  arrivee  a  Paris,  se  met-il  a  en  voler.  II  vole,  parce  que 
les  chaussures  sont  cheres  et  qu’il  n’a  pas  d’argent  pour  en  acheter. 
II  lui  faut  aussi  en  changer  frequemment  pour  que  l’excitation  eroti- 
que  soit  entretenue. 

Le  plus  habituellement,  il  vole  vers  six  ou  sept  heures  du  soir  et 
cache  son  butin  sous  son  manteau. 

Arrive. chez  lui,  il  met  des  bas  de  femme  (souvent  voles  aussi)  de 
couleur  chair,  et  les  souliers  derobes.  Il  s’admire  alors  longuement, 
puis  sort,  ainsi  travesti,  pour  aller  diner. 

En  rentrant  chez  lui,  il  enleve  son  pantalon,  releve  sa  chemise  et 
se  place  devant  une  glace.  La  contemplation  de  ses  mollets  cambres 
provoque  aussitot  1’erectiqn,  et  la  masturbation  amene  tres  rapide- 
ment  l’ejaculation. 

Le  trayestissement  est  toujours  reste  localise  aux  membres  infe- 
rieurs.  L’autoerotisme  a  toujours  eu  pour  objet  exclusivement  ses 
mollets.  Jamais  il  n’a  eu  le  moindre  plaisir  a  contempler  le  reste  de 
son  corps. 

L’examen  neurologique  montre  actuellement  une  reduction  de  la 
mimique  faciale  et  une  diminution  du  balancement  des  bras,  parti- 
culieremenl  du  gauche,  pendant  la  marche.  On  note  aussi  un  tic 
d’occlusion  des  paupieres  et  une  legere  somnolence.  On  ne  trouve 
aucun  signe  d’hypertonie  musculaire.  Le  syndrome  infun dibulaire 
persiste  encore  actuellement.  L’age  mental  est  de  onze  ans. 

On  le  voit,  cette  forme  de  perversion  sexuelle  est  complexe  : 
on  y  retrouve  indiscutablement  l’auto-erotisme  qu’accompagne 
et  complete  le  fetichisme. 

Il  ne  s’agit  pas  la,  en  effet,  de  narcissisme  veritable. 

Quelques  cas  analogues  ont  etd  rapportes  (en  dehors  de  l’ence- 
phalite).  Ils  paraissent  rares. 

Krafft-Ebing  (1)  cite  le  cas  d’une  femme  de  26  ans  qui  eprouve 
une  jouissance  sexuelle  en  admirant  ses  jambes  et  ses  pieds 
chausses  et  plus  particulierement  le  bord  interne  de  ses  pieds. 

Niceforo  (2)  cite  le  cas  d’un  enfant  qui  n’avait  aucun  plaisir  a 
se  masturber  s’il  ne  voyait  pas  en  meme  temps  ses  propres 
jambes. 

Par  contre,  de  nombreuses  observations  ont  ete  publiees  con- 

(1)  Krafft-Ebing.  —  P.  623,  obs.  344. 

(2)  Niceforo.  —  La  Psicopatie  sessuale,  pp.  25-27. 


416 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


cernant  d’autres  types  de  perversions  sexuelles  post-encephaliti- 
ques  et  plus  particulierement  I’homosexualite  et  1’exhibitionnisme 
(Truelle  et  Petit,  Dupouy  et  Abely,  Heuyer  et  Badonnel,  Fribourg- 
Blanc,  Humbert,  Duvernoy,  Hesnard,  Petit,  Schiff  et  Trelles,  Qua- 
ranta,  etc...). 

Chez  notre  sujet,  se  retrouvent  a  la  fois  les  manifestations  les 
plus  variees  du  desequilibre  mental  (fugues,  instability,  violences, 
vols,  etc.,  avec  les  caracteres  habituels  d’inintimidabilite  et 
d’inamandabilite),  un  ensemble  important  de  perversions  sexuel¬ 
les  (masturbation  anale,  masochisme,  pedophilie,  homosexuality, 
fetichisme  et  auto-erotisme). 

Notons  enfln  que,  chez  notre  malade,  l’episode  morbide  initial 
se  place  a  une  epoque  ou  la  sexuality  n’est  pas  encore  fixee.  Cette 
derniere  a  done  evolue  directement  vers  les  perversions  sans 
passer  par  stade  d’heterosexualite  normale. 

L’origine  encephalitique  de  ces  troubles  ne  parait  pas  pouvoir 
etre  mise  en  doute. 

M.  Dupain.  —  Dans  le  Journal  d’une  Femme  de  chambre, 
Mirbeau  decrit  un  fetichiste  du  soulier,  comparable  a  ce  malade. 
Le  heros  du  romancier  n’etait  d’ailleurs  pas  invente.  II  s’agissait 
d’un  malade  du  service  de  Magnan  dont  Mirbeau  ne  fit  que  rap- 
porter  1’observation. 


Une  forme  particuliere  de  delire  a  deux  chez  un  parkinsonien 
et  sa  mere,  par  G.  Heuyer  et  Charles  Durand 

Les  malades  Ch...,  mere  et  fils,  ont  ete  adresses  a  l’lnfirmerie 
Speciale  le  7  mars,  sur  un  certificat  medical  du  Dr  Lafond, 
assistant  du  D‘  Vurpas.  Les  deux  malades  avaient  ete  envoyes 
a  la  Maison  de  Sante  de  la  rue  de  Charonne,  le  7  mars,  par  le 
Dr  Perisson.  Devant  le  refus  de  la  malade  de  rester  a  la  Maison 
de  Sante  du  Dr  Vurpas  et  devant  l’evidence  de  l’alienation  men- 
tale,  chez  la  mere  et  le  fils,  les  deux  malades  furent  adresses  a 
l’lnfirmerie  Speciale,  en  vue  d’un  placement  d’office. 

Obs.  I.  —  Ch.  Jean,  34  ans,  a  ete  amene  a  l’lnfirmerie  Speciale  en 
compagnie  de  sa  mere,  avec  le  certificat  suivant  du  D*1'  Lafond  : 
«  Debilite  mentale,  troubles  de  la  sensibilite  generate,  interpreta¬ 
tions  delirantes,  idees  hypocondriaques  et  de  persecution  :  «  on  lui 
a  fait  un  mauvais  sort,  on  veut  le  faire  mourir  ».  Malade  instable, 
ne  reste  jamais  au  meme  endroit  pour  fuir  ses  persecuteurs.  Delire 
collectif  avec  la  mere.  » 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


417 


Le  malade  se  presente  avec  un  aspect  fige,  replie  sur  lui-meme, 
inerte  et  passif.  Ses  reponses  aux  questions  sont  breves  sur  un  ton 
monocorde,  il  se  lamente  sur  son  etat  et  pleure  frequemment. 

Antecedents  hereditaires.  —  Pere  bien  portant.  Morphologie  ana¬ 
logue  a  celle  de  son  tils,  mais  nulleraent  delirant.  Avec  bon  sens  et 
tristesse  il  se  rend  compte  de  la  situation  lamentable  cii  sa  femme, 
«  qui  dirige  tout  »,  l’a  entraine.  Il  exerce  la  profession  de 
«  hongreur-chatreur  ». 

Mere,  52  ans,  co-delirante,  element  actif  du  delire. 

Il  ne  semble  pas  y  avoir  d’alienes  dans  la  famille. 

Les  parents  n’ont  pas  eu  d’autre  enfant  que  Jean,  qui  a  ete  eleve 
par  sa  mere,  a  iaquelle  il  est  reste  tres  fixe. 

Antecedents  personnels.  —  Ch.  Jean  a  ete  a  l’ecole  jusqu’a  13  ans 
et  a  obtenu  le  certiflcat  d’etudes  primaires. 

Pendant  la  guerre  il  a  travaille  la  terre  avec  sa  mere.  Il  a  fait  son 
service  militaire  en  1922.  Il  est  reste  26  mois  a.  Chalon-sur-Saone  et 
dans  la  Ruhr.  Il  est  revenu  travailler  ensuite  avec  sa  mere  jusqu’en 
1930  ou  1931,  date  a  Iaquelle  il  est  tombe  malade. 

Sa  mere,  tres  autoritaire,  l’a  toujours  surveille,  de  telle  sorte  qu’il 
est  reste  vierge.  Il  affirme  n’avoir  pas  l’habitude  de  se  masturber. 

Histoire  de  la  maladie  et  examen  mental.  —  En  1930  il  a  commence  a 
se  sentir  fatigue.  En  1931,  le  Dr  R.  de  Limoges,  chez  qui  sa  mere  l’a 
conduit,  lui  fit  une  radiographie  du  tube  digestif  qui  ne  revela  rien 
d’anormal.  Ses  troubles  augmenterent.  Lui-meme  n’a  garde  aucun 
souvenir  de  l’episode  encephalitique  de  mars  1932,  que  sa  mere 
decrit  avec  precision  :  «  Il  s’endormait  partout,  sur  la  pierre  ;  on 
ne  pouvait  pas  le  reveiller  en  faisant  beaucoup  de  bruit  aupres  de 
lui  »  (sz'c). 

Depuis  lors,  il  a  presente  un  etat  psychique  caracterise  par  un 
syndrome  hallucinatoire  d’automatisme  mental  :  vol  de  la  pensee  : 
«  on  me  prend  tout  ce  que  j’ai  dans  la  tete,  tout  ce  que  je  pense  ». 
Hallucinations  auditives  :  «  J’ai  entendu  toute  la  nuit  des  voix  que 
l’on  me  transmettait  et  qui  me  disaient  :  tu  vas  mourir  ;  je  les  enten- 
dais  comme  je  vous  entends  ».  Hallucinations  psychomotrices  :  «  on 
me  suggfere  des  pensees,  on  me  les  fait  venir,  puis  on  influe  sur  moi, 
il  me  vient  des  pensees  qu’il  faut  que  je  repete,  je  ne  suis  plus  dans 
mes  ordres  et  dans  mes  commandes.  Je  suis  pris  par  les  ordres  des 
autres  et  je  suis  coupe  de  moi.  J’ai  ete  hypnotise  ».  Troubles  cenes- 
thesiques  divers  qui  paraissent  le  faire  souffrir  beaucoup  ;  il  les 
subit  passivement  et  se  plaint  :  «  Je  ne  peux  pas  guerir  parce  que 
je  brule  en  dedans  par  l’electricite,  j’ai  la  poitrine  cuite  par  les  gaz 
qui  me  dessechent  tout  entier,  la  bouche  et  tout  ;  j’ai  des  douleurs 
profondes  dans  le  bas-ventre  »  ;  sensations  de  piqure  ;  pas  d’halluci- 
nations  genitales. 

Les  interpretations  delirantes  sont  tres  pauvres,  mal  systematisees, 
entierement  suggerees  par  sa  mere,  sans  participation  active  du  ma- 

Ann.  Med.-psych.,  XV-  sk h ik,  94e  annee,  t.  I.  —  Mars  1936.  27. 


418 


SOCIETE  MED1C0-PSYCH0L0G1QUE 


lade  qui  dit  comme  sa  mere  :  «  c’est  du  magnetisme,  de  l’hypno- 

tisme,  de  la  «  pichologie  »  ;  c’est  un  mauvais  sort  qui  est  en  nous;, 
c’est  la  vache  »  ;  il  ne  fait  aucun  essai  d’explication  et  de  systema¬ 
tisation.  Sa  mere  lui  a  appris  a  interpreter  le  chant  des  oiseaux,  mais. 
il  ne  comprend,  dit-il,  que  le  geai  ;  encore  semble-t-il  s’agir  de  veri- 
tables  hallucinations,  contrairement,  comme  nous  le  verrons,  a  ce  qui 
se  passe  chez  sa  mere  :  «  j’entends  le  geai,  mais  c’est  dans  l’oreille 
que  l’on  parle  ». 

Intellectuellement,  il  parait  affaibli,  mais  l’etude  est  difficile  car 
les  reporises  sont  tres  lentes,  faites  avec  peine  et  effort.  Les  opera¬ 
tions  elementaires,  addition,  multiplication,  restent  possibles.  Il 
semble  avoir  des  troubles  de  la  memoire  de  fixation  et  d’evocatiom 

Examen  physique.  —  On  constate  un  net  syndrome  parkinsonien 
encephalitique.  L’aspect  general  est  fige.  Pendant  la  marche,  perte  de 
l’automatisme  localise  a  droite.  Hypertonie  caracterisee  par  le  signe 
de  la  roue  dentee,  net  a  droite,  ebauche  a  gauche.  Tremblement 
fibrillaire  de  la  langue,  des  doigts  et  des  paupieres. 

La  ponction  lombaire  est  negative  :  albumine  22  centigr.  ;  sucre 
0,49  ;  pas  de  lymphocytose  ;  Wassermann,  Meinicke  et  Benjoin 
negatifs. 

Le  malade  a  ete  interne  avec  le  certificat  suivant  : 

«  Idees  delirantes  d’influence,  Automatisme  mental.  Prise  de  la 
«  pensee.  Hallucinations  psychomotrices  :  «  est  coupe  de  ses  or- 
«  dres,  n’est  plus  dans  ses  ordres  et  ses  commandes,  pris  par  les 
«  ordres  des  autres  »  (sic).  Idees  qu’il  doit  repeter.  Troubles  cenes- 
«  thesiques.  Electricite  qui  le  brule  ;  qui  desseche  la  poitrine,  la 
«  bouche.  Poitrine  cuite  par  les  gaz.  Douleurs  et  piqures  «  dans  le 
«  has- ventre  ».  Delire  d’influence,  d’hypnotisme  et  de  sorcellerie 
«  organise  par  la  mere,  ardemment  fixee  a  son  fils.  Suggestibility  de 
«  celui-ci  qui  a  accepte  les  explications  fournies  par  sa  mere.  Passi- 
«  vite.  Inertie.  Reploiement.  Signes  de  Parkinson  encephalitique. 
«  Aspect  fige.  Perte  de  l’automatisme  de  la  marche  a  droite.  Roue 
«  dentee.  Tremblement  lingual,  digital,  palpebral.  Ponction  lombaire 
«  negative.  Antecedents  de  sommeil  invincible  qui  le  faisait  «  dor- 
«  mir  par  terre  »  il  y  a  5  ans.  Deambulation  a  travers  la  France, 
«  sous  la  conduite  de  sa  mere,  a  la  recherche  d’un  traitement  aupres. 
«  des  medecins,  puis  des  sorciers,  cartomanciennes,  fakirs,  radies- 
«  thesistes,  etc.  Exploitation  du  couple.  »  —  Signe  :  Heuykr. 

Obs.  2.  —  Mme  Ch.  Marie,  agee  de  52  ans,  se  presente  d’une  fa?on 
correcte  et  repond  avec  complaisance  a  nos  questions.  Elle  a  un 
debit  rapide,  une  presentation  paysanne,  une  debilite  qui  se  mani- 
feste  dans  le  recit,  encombre  de  details.  Tres  emotive  lorsqu’elle 
parle  de  son  fils,  elle  pleure,  sanglote  ;  mais  elle  est  capable  d’etre 
maitresse  d’elle-meme  et,  mise  en  presence  de  son  fils,  elle  est  calme, 
douce,  affectueuse  et  lui  donne  de  bons  conseils. 

Antecedents  hereditaires.  —  Elle  est  nee  dans  la  Haute-Vienne,  de 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


419 


parents  cultivateurs.  Son  pere  est  mort  a  82  ans.  Sa  mere,  encore 
vivante,  a  82  ans.  Elle  a  deux  soeurs  qui  sont  bien  portantes. 

II  n’y  a  pas  d’alienes  dans  la  famille, 

Antecedents  personnels.  —  Elle  est  allee  a  l’ecole  jusqu  a  13  ans  1/2 
et  en  est  sortie  avec  le  certificat  d’etudes  primaires.  ^ 

Elle  a  travaille  chez  ses  parents  jusqu’a  17  ans  1/2.  Alors  elle  s’est 
mariee  et  un  an*  apres  elle  accouchait  de  son  fils  Jean.  Elle  n’a  pas  eu 
d’autre  enfant  et  n’a  pas  fait  de  fausses  couches. 

Son  mari  travaillait  sur  les  foires  et  marches  comme  «  chatreur  ». 
Elle  s’occupait  de  l’exploitation  de  leur  «  petit  bien  »  avec  1  aide 
de  1  ou  2  domestiques. 

Elle  a  quitte  son  village  de  la  Haute-Vienne  :  en  1934  pour  venir 
a  Paris  chercher  le  livre  de  la  «  pichologie  »,  —  la  meme  annee 
pour  aller  a  Lourdes  avec  son  fils,  —  en  1935  pour  voir  le  Dr  Clovis- 
Vincent.  Le  5  janvier  1936  elle  est  allee  a  Bersac,  un  village  voisin 
du  sien,  elle  y  est  restee  1  mois  1/2  pour  «  faire  prendre  l’air  a  son 
ills  »  sur  les  conseils  du  cure.  Elle  a  quitte  Bersac  il  y  a  trois  semai- 
nes  et  est  venue  a  Paris  «  afln  de  se  tirer  de  son  voisinage  ».  A 
Paris,  elle  a  du  changer  plusieurs  fois  d’hotel  parce  qu’il  y  avait  des 
gens  qui  «  influencjaient  sur  elle  ».  Pour  obeir  aux  ordres  du  cure, 
elle  s’etait  separee  de  son  fils  et,  pendant  15  jours,  elle  ne  l’a  pas  vu  ; 
quand  elle  est  revenue  a  l’hotel  ou  elle  l’avait  laisse,  on  lui  a  appris 
qu’il  etait  malade  et  avait  ete  transpose  d’urgence  a  Lariboisiere. 
Le  mercredi  4  mars,  elle  est  allee  le  chercher  a  l’hopital  ;  elle  1’a 
emmene  d’abord  a  l’hotel,  puis  chez  le  D'  Perisson  qui  l’a  adressee  a 
la  maison  de  sante  du  Dr  Vurpas,  d’ou  elle  a  ete  envoyee  a  l’lnfirme- 
rie  Speciale. 

Examen.  —  Mme  Ch.,  paysanne  limousine,  a  toujours  cru  a  la  sor- 
cellerie  et  a  l’envoutement.  Des  1912,  elle  a  ete  persuadee  qu’une 
vache,  vendue  par  un  cultivateur,  avait  «  jete  le  mauvais  sort  dans 
la  maison  ».  Le  cultivateur  qui  avait  vendu  la  vache  avait  voulu  se 
debarrasser  de  celle-ci  sur  les  conseils  d’une  voyante  qui  lui  aurait 
dit  :  «  Si  vous  voulez  etre  debarrasse  de  vos  mauvais  sorts,  vendez 
votre  plus  belle  vache  ».  Des  que  l’animal  a  ete  chez  Mme  Ch., 
celle-ci  a  ressenti  des  douleurs  dans  les  jambes  ;  elles  ont  cesse  seule- 
ment  quand  elle  a  vendu  la  bete  en  1915.  En  1925,  achat  d’une  nou- 
velle  vache,  qui  a  apporte  encore  le  «  mauvais  sort  dans  la  maison  ». 
La  vache  a  avorte  peu  apres  son  achat  :  «  le  veau  etait  pourri,  on 
n’a  rien  pu  faire  de  la  vache,  elle  boitait  des  qu’on  l’attelait  ».  Un 
homme  qui  guerissait  par  «  le  secret  »  est  venu  la  voir,  mais  il  n  a 
rien  pu  faire.  C’est  alors  que  Mme  Ch.  a  commence  a  penser  qu’il  y 
avait  un  «  mauvais  sort  ».  Une  voisiue  lui  disait  toujours  :  «  vous 
avez  les  yeux  fermes  ».  Mme  Ch.  n’osait  pas  parler  du  «  mauvais 
sort  »  a  la  maison  de  peur  d’etre  rabrouee  par  son  mari  et  son 
fils.  En  1929  elle  a  fait  venir  un  sorcier  local,  pour  exorciser  la 
maison.  Son  fils  a  traite  cet  homme  de  charlatan  et  n’a  pas  voulu 
qu’il  revienne.  Alors  elle  est  allee  voir  M.  F.  a  Limoges  et  a  oblige  son 
fils  a  l’accompagner,  mais  celui-ci  n’etait  pas  convaincu. 


420 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOG1QUE 


En  juillet  1930,  son  ills  a  commence  a  etre  malade,  il  se  plaignail 
de  1’estomac,  de  la  jambe  gauche  «  ainsi  que  l’avait  predit  la 
voyante  ».  II  est  alle  voir  un  medecin,  le  Dr  V.,  qui  l’a  rassure  et  lui 
a  conseille  de  «  s’amuser  ».  En  janvier  1931,  Ies  troubles  se  sont 
encore  accentues,  «  il  avait  mal  partout  ».  Mme  Ch.  est  allee  consul- 
ter  le  Dr  R.,  electro-radiologiste  de  Limoges  :  celui-ci  a  diagnostique 
une  dilatation  d’estomac,  mais  a  la  suite  il  n’y  a  pas  eu  d’ameliora- 
tion.  Alors  elle  est  allee  seule  chez  Mme  Flora,  puis  chez  Mme  Henry, 
qui  lui  ont  revele  des  «  choses  sensationnelles  »  ;  elle  a  tout  ra- 
conte  a  son  Ills  malade  et  nettement  hallucine.  Celui-ci,  alors,  a 
commence  a  croire  a  l’envoutement.  Une  troisieme  voyante,  Mme  N., 
a  encore  ete  consultee  et  a  predit  a  Mme  Ch.  un  fibrome  et  une  ma- 
ladie  de  foie.  Quelque  temps  apres,  elle  «  rendait  son  fibrome  et  sa 
maladie  de  foie  ». 

C’est  a  ce  moment  qu’elle  a  commence  a  ecrire  au  fakir  Ain  Dram. 
Elle  n’avait  pas  ose  le  faire  jusque  la  de  peur  que  ces  gens  fassent 
mourir  son  fils.  Celui-ci  tombe  plus  gravement  malade,  meme  apres 
etre  alle  trouver  un  cure  «  doue  d’un  pouvoir  surnaturel  ».  Les  ma¬ 
nifestations  lethargiques  etaient  nettes. 

En  1934,  elle  eut  des  consultations  nombreuses  aupres  des  carto- 
manciennes  de  Limoges  et  elle  fit  des  visites  au  Dr  R.  qui  proposait 
un  traitement  electrique. 

En  juin  1934,  elle  vint  pour  la  premiere  fois  a  Paris,  afin  de  se 
procurer  le  livre  de  la  «  pichologie  »  et  demander  des  renseigne- 
ments  concernant  la  sante  de  son  fils. 

En  octobre  1934,  celui-ci  1’accompagna  a  Lourdes.  Le  malade,  a 
l’hotel,  refusa  de  s’alimenter,  elle  le  montra  a  un  «  sourcier  qui  tra- 
vaillait  avec  le  pendule  ».  Le  radiesthesiste  dit  qu’elle  avait  elle- 
meme  un  grand  pouvoir  magnetique,  «  qu’elle  faisait  12  metres  », 
mais,  ajoute-t-elle,  «  je  ne  sais  pas  ce  que  cela  veut  dire  ». 

En  mars  1935,  elle  est  venue  de  nouveau  a  Paris  pour  conduire  son 
fils  au  Dv  Y.,  a  Tarah-Rey,  a  la  «  Pichologie  »,  et  a  «  un  autre  type 
de  la  pichologie  ».  Elle  l’amena  enfin  chez  le  sieur  M.,  rue  Daru, 
qui  lui  fit  une  «  etude  biophysique  ».  Quand  elle  revint  au  pays, 
son  fils  allait  mieux,  mais  la  «  voisine  a  influence  sur  elle  ».  Elle 
ne  presenta  a  aucun  moment  de  syndrome  hallucinatoire  ;  tout  se 
bornait  a  des  interpretations  des  gestes  de  la  voisine,  «  on  lui  a 
fait  recommencer  la  maladie  ».  La  machine  a  faucher  ne  mar- 
chait  plus  parce  que  «  des  gens  1’influengaient  ».  Elle  comprenait 
le  langage  des  oiseaux,  qui  parlaient  en  patois  ;  le  geai  «  qui  etait 
pour  elle  »  disait  en  son  langage  :  «  parle,  dis  ce  que  tu  voudras  »  ; 
la  pie  «  qui  etait  pouf  les  sorcieres  »  disait  :  «  veux-tu  me  pardon- 
ner  ?  »  Elle  entendait  les  cris  de  ces  oiseaux  ;  ce  n’etait  pas  des  voix 
veritables,  elle  comprenait  leur  langage. 

En  octobre  1935,  l’idee  suivante  lui  est  venue  :  «  Va  a  Lourdes,  ton 
petit  sera  gueri  »  ;  mais  le  geai  et  la  pie  continuaient  ieurs  conseils 
contradictoires  :  «  ne  sors  pas,  disait  la  pie  »,  «  sors,  disait  le 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


421 


geai  ».  E!le  se  decida  a  aller  a  Lourdes  et,  en  revenant,  elle  vint  a 
Paris.  C’est  dans  le  train  qu’eik  fit  la  connaissance  de  Mile  C.  qui 
l’adressa  a  plusieurs  cartomanciennes.  Elle  aurait  bien  voulu  marier 
son  fils  avec  cette  demoiselle  C.  parce  que  celle-ci  est  voyante  et  qu’elle 
aurait  pu  le  guerir. 

Quand  elle  rentra  chez  elle,  les  vaches  ne  pouvaient  plus  tirer  la 
charrette.  Le  geai  et  la  pie  se  disputaient  toujours  ;  son  fils  com- 
mencait  a  comprendre  le  langage  des  oiseaux,  dont  l’un  lui  disait  : 
«  on  va  te  promener  jusqu’a  ce  que  tu  sois  creve  »  ! 

Le  5  janvier  1936,  voyant  qu’il  n’y  avait  plus  rien  a  faire,  que  le 
pere  ne  voulait  pas  «  vendre  le  bien  »  et  se  decider  a  s’en  aller,  elle 
partit  a  Bersac  avec  son  fils  et  au  bout  d’l  mois  1/2,  elle  vint  a 
Paris.  On  lui  avait  dit  :  «  tant  que  vous  serez  chez  vous,  cela  conti- 
nuera  ».  Le  jour  ou  elle  est  partie,  le  geai  lui  a  dit  en  patois  :  «  va 
Pen  chez  toi  »  ;  elle  l’a  compris  dans  son  .  cri  ;  «  cra-cra  » .  La  pie 
a  repondu.  Alors  Mme  Ch.  s’est  decidee  a  venir  a  Paris. 

Depuis  qu’elle  est  a  l’Infirmerie,  «  on  lui  a  fait  penser  a  la  mort 
de  son  petit,  mais  elle  n’entend  plus  le  geai  et  la  pie  »,  puisque,  dit- 
elle,  je  ne  les  vois  plus  ;  je  ne  les  entends  que  lorsque  je  les  vois. 

Dans-  ses  papiers,  on  trouve  toute  une  serie  de  documents  indi¬ 
quant  les  diverses  consultations  qu’elle  a  demandees  aux  cartoman¬ 
ciennes,  aux  voyantes,  aux  sourciers,  aux  «  pichologues  ».  Nous  les 
avons  classes  en  plusieurs  categories  : 

1°  les  papiers  relatifs  aux  diverses  consultations  medicales,  ordon- 
nances  du  Dr  R.  electro-radiologiste  de  Limoges  ;  adresses  de  divers 
medecins  de  Paris, 

2°  les  papiers  religieux  qui  viennent  presque  tous  de  Lourdes, 
indulgences,  images  saintes,  priere  pour  1’exorcisme  contre  Satan. 

3°  la  correspondance  abondante  avec  demoiselle  C.  qui  semble 
avoir  exploite  les  malades. 

4°  les  papiers  relatifs  a  la  sorcellerie  et  la  «  pichologie  »  de  beau- 
coup  les  plus  nombreux  : 

a)  une  etude  biophysique  faite  par  M.  M.,  rue  Daru,  cout  de  1’etude 
300  fr,  ;  rayons  modules  800  fr. 

b)  nombreux  horoscopes  du  fakir  Ain  Dram,  correspondance  qui 
date  de  1931. 

c)  Gours  oriental  complet  d’influence  personnels  et  de  suggestion 
hypnotique,  6  livrets,  cout  300-  fr. 

d)  correspondance  avec  la  «  psychology  Foundation  »  de  Bruxel¬ 
les  avec  achat  du  «  systeme  complet  d’influence  personnels  et  de 
guerison  ».  cout  du  livre  :  900  fr. 

e)  2  recettes  manuscrites  contre  le  mauvais  sort. 

Le  mari  de  la  malade  nous  dit  que,  depuis  4  ans,  elle  a  depense^ 
dans  ses  visites  aux  sourciers  et  autre,*}  sorciers,  plus  de  80.000  fr. 

L’exainen  physique  est  negatif.  Le  pouls  est  a  112. 


S0C1ETE  MED1C0-PSYCH0L0GIQUE 


422 

Mme  Ch.  a  ete  internee  avec  le  certiflcat  suivant  : 

«  Idees  delirantes  de  persecution,  d’influence  et  de  sorcellerie 
«  organisees'  autour  d’un  syndrome  hallucinatoire  d’automatisme 
«  mental,  d’origine  encephalitique  chez  son  fils,  malade  depuis 
«  6  ans.  Conviction  absolue  de  1’envoutement.  Suggestibilite  de  debile 
«  paysanne  qui  accepte  depuis  1912  les  explications  fournies  par  les 
«  sorcieres  du  village  dans  tous  les  evenements  facheux  survenus 
«  dans  la  maison  et  sur  le  «  petit  bien  »,  avortement  des  vaches, 
«  mort  des  veaux,  maladies  personnelles,  accidents,  enfin  maladie 
«  du  fils  survenue  il  y  a  5  ou  6  ans.  Fixation  passionnee  de  la  mere 
«  au  fils,  autoritarisine  maternel;  suggestibilite,  passivite  du  fils 
«  qu’elle  a  toujours  dirige.  Imperantisme  qui  s’exercait  dans  la  mai- 
«  son  devant  la  faiblesse  desesperee  du  pere.  Utilisation  de  la  for- 
«  tune  familiale  a  des  voyages  a  travers  la  France,  a  des  visites  a 
«  des  cartomanciennes,  des  fakirs,  des  radiesthesistes,  etc.  Plusieurs 
«  voyages  a  Lourdes,  a  Paris.  Dernier  voyage  a  Paris  a  la  recherche  . 
«  des  ressources  fournies  par  la  «  Pichologie  »  (sic).  Fils  hospita- 
«  lise  d’urgence  a  Lariboisiere  et  dont  elle  a  exige  la  sortie.  Rencon- 
«  tre  providentielle  d’un  medecin  averti  qui  a  decide  1’entree  dans 
«  une  maison  de  sante,  puis  a  l’lnfirmerie.  Gaspillage  de  plus  de 
«  80.000  francs,  dit  le  pere,  dans  Sexploitation  du  couple  par  les 
«  divers  charlatans.  »  —  Signe  :  Heuver. 

Commentaires.  —  L’observation  que  nous  rapportons  nous 
parait  presenter  un  triple  interet  : 

1°  Le  malade  Ch.  Jean  presente  un  automatisme  mental  tres 
complet,  avec  hallucinations  auditives,  prise  de  la  pensee,  hallu¬ 
cinations  psychomotrices  et  psychiques  ;  troubles  cenesthesi- 
ques,  dont  l’origine  encephalitique  ne  parait  point  faire  de 
doute.  Le  syndrome  parkinsonien  est  net.  II  y  a  eu  parallelisme 
dans  l’apparition  des  troubles  psychiques  et  du  syndrome  neu- 
rologique.  En  1932,  quand  la  mere  a  conduit  son  fds  au  Dr  R.,  de 
Limoges,  celui-ci  lui  a  parle  de  «  somnambulisme  »  et  de  «  cata- 
lepsie  ». 

A  noter  que  le  syndrome  d’automatisme  mental  est  a  peu  pres 
pur.  Le  malade  n’a  organise  aucun  delire,  il  a  accepte  les  expli¬ 
cations  qui  lui  ont  ete  fournies  par  sa  mere,  il  subit  passive- 
ment  les  sensations  penibles  qui  lui  sont  imposees.  11  s’agit  done 
d’un  syndrome  d’automatisme  mental  a  forme  d’influence, 
comme  nous  en  avons  deja  rapporte  plusieurs  observations, 
notamment  avec  Le  Guillant  et  avec  Lagache.  Des  observations 
analogues  ont  ete  rapportees  par  MM.  Marchand  et  Courtois. 

Du  point  de  vue  doctrinal,  il  est  toujours  interessant  de  mon- 
trer  l’origine  nettement  organique  du  syndrome  d’automatisme 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


423 


mental  et,  en  la  circonstance,  toutes  les  explications  psycholo- 
giques  et  phenomenologiques  sur  la  production  du  syndrome 
hallucinatoire  par  des  perturbations  de  la  personnalite,  nous 
paraissent  inoperantes  et  superllues. 

2°  II  est  remarquable  que,  si  le  fils  presente  un  syndrome  d’auto- 
matisme  mental  a  peu  pres  pur,  par  contre,  la  mere  apporte  sa 
■collaboration  dans  l’organisation  du  delire  de  persecution,  d’in- 
fluence  et  de  sorcellerie.  Elle-meme  n’est  point  hallucinee,  mais 
depuis  plus  de  30  ans,  cette  paysanne  limousine,  qui  croit  a  la 
sorcellerie,  a  tou jours  rapporte  au  «  mauvais  sort  »  les  evene- 
ments  facheux  qui  sont  survenus  dans  sa  famille  et  sur  son 
«  petit  bien  ».  Des  1912,  elle  attribue  a  une  vache,  vendue  par 
un  cultivateur  qui  voulait  s’en  defaire,  quelques  facheux  inci¬ 
dents  qui  sont  arrives  :  la  vache  a  avorte,  Mme  Ch...  a  eu  des  dou- 
leurs  dans  les  jambes,  probablement  d’origine  rhumatismale  ; 
c’est  la  vache  qui  avait  apporte  le  «  mauvais  sort  »,  celui-ci  s’est 
dissipe  quand  la  vache  a  ete  vendue.  Plus  tard,  pendant  la  guerre, 
une  autre  vache  a  ete  achetee  :  deux  veaux  de  la  ferme  sont 
morts,  preuve  manifeste  de  la  sorcellerie.  Mme  Ch...  a  l’habi- 
tude  de  consulter  les  cartomanciennes,  les  voyantes,  les  diseu- 
ses  de  bonne  aventure,  nombreuses  au  pays  limousin. 

En  1931,  son  fils  tombe  malade,  il  a  des  douleurs  a  l’estomac, 
il  s’endort  sans  raison,  il  a  mal  a  la  tete,  il  a  des  sensations 
etranges.  Normalement,  elle  le  conduit  a  un  medecin  de  Limoges, 
specialiste  de  la  radiologie.  Le  gar$on  est  radiographie,  mais  on 
ne  constate  rien  d’anormal.  Le  Dr  R...  parle  de  somnambulisme, 
de  catalepsie.  Une  sorciere  consultee  a  donUe  le  maitre-mot  : 
«  C’est  de  l’envoutement.  »  Des  lors,  l’action  du  medecin  est 
devenue  inutile.  La  mere  est  allee  de  sorciere  en  voyante,  elle  a 
consulte  des  sourciers  ;  elle  n’a  pas  neglige  non  plus  l’essai  du 
miracle  :  elle  a  conduit  son  fils  a  Lourdes.  Devant  1’echec  de 
toutes  ces  tentatives,  elle  a  recours  aux  voyants,  aux  fakirs,  dont 
les  annonces  s’etalent  dans  les  journaux  quotidiens.  Elies  leur  a 
ecrit,  ilS  ont  repondu.  Elle  a  achete  tres  cher  leurs  horoscopes, 
leurs  conseils  astrologiques,  leurs  journaux  de  metapsychie.  Elle 
s’est  adressee  jusqu’en  Belgique,  ou  «  La  Psychology  Fondation  » 
lui  a  vendu  900  francs  un  livre  de  psychologie. 

La  mere  n’a  qu’une  pensee,  guerir  son  enfant.  Dans  la  maison, 
elle  est  habituee  a  commander.  Le  mari,  qui  exerce,  dans  les 
marches,  la  profession  de  hongreur-castreur,  est  souvent  absent  : 
brave  homme  et  mari  tres  faible,  il  remet  a  sa  femme  tout  l’ar- 
gent  de  la  maison.  Mme  Ch...  le  depense  en  voyages  :  elle  est  allee 
deux  fois  a  Lourdes,  trois  fois  a  Paris  ;  en  achats  de  livres,  cor- 


424 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


respondances  avec  les  fakirs,  les  specialistes  de  la  metapsychie 
et  de  la  radiesthesie.  Elle  disparait  sans  meme  prevenir  son 
mari.  Celui-ci  a  du  bon  sens,  il  assiste  desesperement  au  desas- 
tre,  il  essaie  de  persuader  sa  femme  qu’elle  a  tort,  qu’elle  est  la 
victime  de  charlatans  ;  elle  reagit  par  de  la  colere,  des  injures, 
elle  traite  son  mari  de  «  canaille  »  et  est  prete  a  l’accuser  de 
complicite  dans  la  maladie  de  son  fils.  A  ce  point  de  vue,  la  con¬ 
frontation  qui  a  ete  faite  a  l’lnfirmerie  Speciale  fut  dramatique* 
par  l’eclat  de  l’hostilite  de  la  femme  contre  son  mari  qui  sanglo- 
tait.  Despotique  dans  la  maison,  elle  n’obeit  qu’aux  ordres  des 
sorcieres  ;  l’une  lui  dit  d’aller  passer  quelques  jours  a  Bersac,. 
elle  y  reste  3  semaines  sans  que  son  mari  soit  prevenu.  La,  elle 
recoit  le  conseil  d’aller  a  Paris,  et  de  se  separer  de  son  fils  pen¬ 
dant  un  certain  temps  :  elle  part  aussitot,  place  son  fils  dans  un 
hotel,  va  vivre  dans  un  autre  ;  dans  l’intervalle,  le  patron  de 
I’hotel,  en  presence  de  l’evidente  maladie  de  son  locataire,  le  fait 
transporter  a  Lariboisiere.  La  mere  revient,  apprend  l’hospitali- 
sation,  se  rend  a  l’hopital,  exige  la  sortie  de  son  enfant.  Sur  les. 
conseils  de  l’hotelier,  elle  va  consulter  le  D‘  P...,  neurologiste 
averti  qui  reconnait  l’etat  pathologique  des  deux  malades  et  les 
envoie  a  la  Maison  de  Sante  du  D'  Vurpas.  Celui-ci,  en  l’absence 
de  toute  famille  responsable,  avise  la  Prefecture  de  Police  en  vue 
d’un  placement  d’office. 

A  l’lnfirmerie,  1’attitude  de  la  mere  et  du  fils  est  caracteristi- 
que.  La  mere  n’a  qu’une  pensee  ;  guerir  son  fils  par  tous  les 
moyens  ;  elle  est  attachee  passionnement  a  lui.  La  fixation  est 
d’ailleurs  reciproque  et  le  fils  a  peur  que  sa  maladie  se  trans- 
mette  a  sa  mere. 

L’automatisme  mental  hallucinatoire,  produit  chez  le  fils  par 
une  encephalite,  est  reste  quasi  a  l’etat  pur.  Il  a  accepte  passive- 
ment  les  explications  donnees  par  sa  mere  ;  spontanement, 
il  n’a  reagi  que  par  des  lamentations  et  des  pleurs.  Le  delire 
a  ete  organise,  systematise  par  la  mere,  dont  les  croyances 
a  la  sorcellerie  etaient  anciennes  et  elle  a  trouve  facilement 
des  aliments  a  son  delire  dans  les  explications  donnees  par  les 
sorcieres  du  voisinage.  Il  y  a  chez  elle  un  etat  delirant,  une 
conviction  absolue  ;  c’est  elle  qui  a  ete  l’element  actif  de  la 
psychose,  du  delire  et  des  consequences  :  elle  a  dirige  les  voyages 
et  les  tentatives  de  traitement  dans  tous  les  milieux. 

Sans  doute,  on  peut  parler  ici  de  delire  a  deux,  mais  il  s’agit 
plutot  d’une  psychose  chronique  d’influence  en  deux  person- 
nes.  D’une  facon  quasi -experimentale,  la  psychose  d’influence 
«  psychose  mixte  »,  comme  le  delire  de  persecution,  est  disso- 


SEANCE  DU  12  MARS  1936 


425 


ciee  en  ses  deux  elements  :  automatisme  mental  et  construction 
delirante,  represents  par  deux  personnages  distincts,  unis  par 
un  tel  attachement  affectif  que  cette  «  psychose  en  deux  per- 
sonnes  »  a  garde  son  unite. 

3°  Enfin,  il  nous  est  impossible  de  ne  pas  souligner  le 
role  nefaste  et  anti-social  de  tous  les  charlatans,  sorcieres, 
voyantes,  sourciers,  radiesthesistes,  fakirs,  cartomanciennes  et 
metapsychiques,  qui  ont  exploit  ce  couple,  lui  ont  escroque  plus 
de  80.000  francs  et  ont  ruine  la  famille.  Les  reclames  de  ces 
praticiens  illegaux  de  la  medecine  s’etalent  dans  tous  les  jour- 
naux  :  elles  constituent  de  veritables  escroqueries,  qui  s’exer- 
cent  tou jours  au  detriment  de  malades. 

II  n’est  pas  de  semaine  qu’a  I’lnfirmerie  Speciale,  nous  ne 
constations  des  faits  de  ce  genre.  Au  cours  des  delires  confluence* 
des  delires  spirites,  des  delires  mystiques,  etc.,  les  malades  s’adres- 
sent  spontanement  a  tous  les  charlatans  specialises  qui  les  exploi¬ 
ted  et  les  volent. 

II  nous  semble  que  la  Societe  medico-psychologique  pourrait 
prendre  1’initiative  d’un  voeu  pour  demander  que  des  mesures 
soient  prises  contre  cette  forme  particuliere  de  l’escroquerie. 

M.  Vurpas.  —  Quand  ces  deux  sujets  sont  venus  a  ma  consulta¬ 
tion,  la  mere  avait  encore  sur  elle  10.000  francs  qu’elle  offrait  a  qui 
desenvouterait  son  fds.  Celui-ci  etait  tellement  inanitie  par  la 
diete  que  lui  imposait  sa  mere  pour  eviter  l’empoisonnement 
que  sa  bouche  etait  pleine  de  muguet. 

A  la  suite  de  la  proposition  de  M.  Heuyer,  la  Societe  designe  une 
Commission  composee  de  MM.  Claude,  Courbon,  Guiraud,  Heuyer, 
Marchand,  Rayneau  et  Vurpas  chargee  d’etudier  l’opportunite  et  la 
redaction  d’un  voeu  a  adresser  aux  pouvoirs  publics  pour  assurer  la 
protection  des  malades  contre  de  telles  manoeuvres. 


La  seance  est  levee  a  11  h.  45. 


Les  Secretaires  des  seances , 
P.  Ab£ly  et  P.  Carrette. 


426 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Seance  du  lundi  23  mars  1936 


Presidence  :  M.  VURPAS,  president 


En  ouvrant  la  seance,  M.  Vurpas,  president,  souhaite  la  bienvenue 
au  professeur  Henrique  Roxo,  de  Rio  de  Janeiro,  membre  associe 
etranger  d£  la  Societe  medico-psychologique,  qui  assiste  a  la  seance. 


Adoption  du  proces-verbal 

Le  proces-verbal  de  la  seance  du  jeudi  13  fevrier  et  le  proces-verbal 
de  la  seance  du  lundi  24  fevrier  sont  adoptes. 


Deces  de  M.  le  Professeur  L.  Bouman 

M.  Vurpas,  president,  fait  part  a  la  Societe  du  deces  de  M.  le  Profes¬ 
seur  L.  Bouman,  d’Utrecht,  membre  associe  etranger  de  la  Societe 
medico-psychologique  depuis  le  30  mai  1927,  et  exprime  a  sa  famille 
et  aux  psychiatres  hollandais  les  sentiments  de  condoleance  emue  de 
la  Societe. 


Correspondance 

M.  Paul  Courbon,  secretaire  general.  —  La  correspondance  manus- 
crite  comprend  : 

une  lettre  de  Mile  le  D'  Andree  Deschamps,  Medecin-directeur  de 
Pasile  de  Rodez,  qui  remercie  la  Societe  de  l’avoir  elue  membre  cor- 
respondant  national  ; 

une  lettre  de  M.  le  Dr  Alberto  Brochado,  de  Porto,  qui  remercie  la 
Societe  de  l’avoir  elu  membre  associe  etranger ; 

une  lettre  de  M.  le  Dr  Mans,  Medecin-chef  a  l’asile  de  Leyme  (Lot), 
qui  demande  a  faire  partie  de  la  Societe  au  titre  de  membre  corres- 
pondant  national.  La  Societe  designe  une  Commission  composee  de 
MM.  Roger  Anglade,  Guiraud  et  Paul  Abely,  rapporteur,  pour  ,  exami¬ 
ner  cette  candidature  :  le  vote  aura  lieu  a  la  seance  du  lundi  27  avril 


SEANCE  DU  23  MARS  1936 


427 


COMMUNICATIONS 


A  propos  des  lesions  du  fond  de  l’oeil  chez  les  paralytiques 

generaux.  traites  par  la  tryparsamide,  par  M.  L.  Marchand. 

Depuis  la  derniere  seance  de  la  Societe,  il  est  paru,  dans  le 
fascicule  de  fevrier  1936  des  Archives  of  Neurology  and  Psychia¬ 
try,  p.  420,  un  travail  de  Bookhammer,  medecin  de  l’Hopital 
psychiatrique  de  Philadelphie  intitule  :  Atrophie  du  nerf  opti- 
que  dans  la  demence  paralytique  ;  ses  relations  avec  le  traitement 
par  la  Tryparsamide.  Comme  ce  sel  arsenical  a  une  composition 
chimique  tres  voisine  du  stovarsol,  j’ai  pense  qu’il  etait  interes- 
sant  de  rapprocher  les  conclusions  de  ce  travail  de  celles  que 
je  vous  ai  exposees  sur  le  meme  sujet  le  12  mars  dernier. 

L’etude  de  cet  auteur  porte  sur  un  groupe  de  262  paralytiques 
generaux.  Sur  ce  nombre,  79,  soit  30,1  %,  presentaient,  avant  le 
traitement,  des  alterations  du  fond  de  l’ceil.  Parmi  eux,  53,  soit 
20,2  %,  etaient  atteints  d’une  lesion  du  nerf  optique  ;  10  avaient 
une  atrophie  complete  ;  9  une  atrophie  partielle  ;  34  un  debut 
d’atrophie.  Chez  les  autres  26  sujets,  soit  chez  9,9  %,  on  notait 
seulement  une  legere  decoloration  papillaire.  Un  premier  point 
important  a  relever  est  cette  frequence,  aux  Etats-Unis,  des 
lesions  du  fond  de  l’ceil  chez  des  paralytiques  generaux  qui 
n’ont  encore  recu  aucun  traitement  arsenical.  Le  pourcentage 
depasse  de  beaucoup  le  notre  qui  etait  seulement  de  11,3  % 
(13  sujets  sur  115). 

Parmi  ces  79  paralytiques  generaux  avec  alteration  du  fond 
de  l’oeil,  l’auteur  traita  seulement  les  26  malades  qui  etaient 
atteints  d’une  legere  decoloration  papillaire  ;  9  presentment  des 
symptomes  d’atrophie  optique. 

Sur  les  183  malades  qui  avaient  un  fond  de  l’ceil  normal  avant 
le  traitement,  10,  soit  5,4  %,  furent  atteints  d’atrophie  du  nerf 
optique  au  cours  du  traitement. 

Ce  pourcentage  est  plus  faible  que  le  notre  qui  est  de  12,6  %, 
mais  nous  faisons  rentrer  dans  ce  groupe  les  cas  d’atrophie 
papillaire  apparue  apres  la  cessation  du  traitement  qui  ne  peut 
etre  incrimine. 

De  ses  constatations,  Bookhammer  admet  que  l’atrophie  du 
nerf  optique  dans  la  demence  paralytique  depend  de  l’atteinte 
syphilitique  et  que  la  tryparsamide  ne  semble  pas  avoir  une 
afflnite  speciale  pour  ce  nerf,  mais  doit  agir  indirectement  en 


428 


SOCIETE  MEDIC0-PSYCH0I.0G1QUE 


stimulant  le  processus  latent  pathologique.  II  est  evident  que> 
d’apres  leur  statistique,  l’enorme  pourcentage  des  paralytiques 
generaux  atteints  de  lesions  papillaires  avant  tout  traitement 
plaide  en  faveur  de  cette  interpretation. 

Pour  cet  auteur,  le  symptome  d’alarme  le  plus  important 
consiste  en  la  diminution  de  l’acuite  visuelle  avec  visions,  de 
taches  sombres  et  d’eclairs.  Cette  consideration  differe  de  nos 
observations  ;  chez  nos  sujets,  dont  l’alteration  du  fond  de  l’oeil 
survint  au  cours  du  traitement  au  stovarsol,  la  lesion  papillaire 
est  apparue  avant  la  diminution  de  l’acuite  visuelle. 


Methodes  speciales  de  traitement  des  maladies  mentales, 
par  M.  Henrique  Roxo  (de  Rio-de-Janeiro). 

Resume.  —  M.  le  Professeur  Henrique  Roxo,  titulaire  de  la  chaire  de 
Psychiatrie  Clinique  de  l’Universite  de  Rio-de-Janeiro,  expose  ses 
methodes  speciales  de  traitement  des  maladies  mentales,  en  particu¬ 
lar  par  les  extraits  fluides. 

Dans  son  service  de  la  Clinique  Psychiatrique  passent  chaque  annee 
a  peu  pres  2.000  malades,  tous  traites  par  lui. 

Dans  la  confusion  mentale,  quand  il  y  a  insuiflsance  hepatique,  il 
emploie  1’extrait  fluide  de  cainca.  Daps  la  psychose  alcoolique,  il  em- 
ploie  le  Capsicum  annuum  qui  est  le  poivre  des  jardins  et  qui  guerit 
tres  rapidement.  Dans  l’opiomanie,  il  present  l’herbe  bouton  ;  dans  la 
schizophrenic,  le  houblon,  la  laitue  et  le  mulungii  avec  Viodure  de  cal¬ 
cium;  dans  le  delire  episodique  et  dans  tous  les  delires  hallucinatoires, 
les  injections  de  valerianate  d’atropine  ;  dans  les  etats  maniaques,  le 
sirop  de  chloral  avec  de  1  ’ergotine  ;  dans  les  etats  melancoliques,  le 
damiane,  medicament  qui  donne  la  joie;  dans  la  psychose  d’involution, 
Vextrait  de  testicule,  meme  pour  les  personnes  du  sexe  feminin,  en 
employant  le  gardenal  avec  la  dionine,  le  cratsegus  et  la  jusquiame 
quand  il  y  a  anxiete  ;  dans  1’arterio-sclerose  cerebrale,  Yabacatier  avec 
Viodure,  Varseniate  de  soude  et  le  glycerophosphate  de  soude  ;  dans  la 
syphilis  cerebrale,  il  prefere  le  bismuth,  mais  il  n’emploie  jamais 
l’association  avec  le  soufre  qu’il  considere  comme  un  excitant  du  sys- 
teme  nerveux  ;  dans  la  demence  senile,  I’abacatier  et  la  paripadoba,  en 
dehors  de  l’iodure;  dans  la  paralysie  generale,  la  malariatherapie, 
jamais  le  mercure  ;  dans  l’epilepsie  le  gardenal  avec  la  jusquiame  et 
la  belladone  ;  dans  l’hysterie,  le  simulo  et  le  mulungii  ;  dans  la  neuras- 
thenie,  jamais  la  kola  ni  la  strychnine,  mais  de  preference  Vovo-leci- 
thine,  Vextrait  de  cerveau,  1  ’or  colloidal  et  le  glycero-phosphate  de 
magnesie,  en  utilisant  le  houblon  et  la  laitue  quand  il  y  a  des  troubles 
de  la  cenesthesie,  le  Veratrum  viride  dans  le  nevrosiSme  cardiaque,  la 
Nectandra  amara  avec  le  Cannabis,  la  jusquiame  et  la  belladone  dans 


SEANCE  DU  23  MARS  1936 


429 


le  nevrosisme  intestinal  ;  1  ’Echinacea  angustifolia,  la  jusquiame  et  la 
muirapuana  dans  le  nevrosisme  sexuel  ;  dans  les  oligophrenies,  la  thy¬ 
roid  e,  le  thymus,  la  glande  pineale  et  le  91b. 

II  preconise  la  therapeutique  par  le  travail  et  les  distractions.  En 
certains  cas  il  utilise  la  psgcho-analyse,  en  employant  surtout  la 
methode  de  la  sublimation. 


Cyclothymie  et  dysendocrinie.  Essai  de  traitement  d’un  cas, 
par  M.  J.  Rondepierre  (1). 

La  psychose  maniaco-depressive  etant  consideree  par  divers 
auteurs  et  notamment,  en  France,  par  MM.  X.  et  P.  Abely,  comme 
due  a  un  hyperfonctionnement  du  lobe  anterieur  de  1’hypophyse, 
il  nous  a  paru  interessant  de  vous  presenter  un  ancien  maniaque 
paraissant  presenter  un  hypofonctionnement  de  cet  organe  et 
dont  la  maladie  semble  avoir  ete  favorablement  influencee  par 
des  injections  d’antelobine. 

Le  «  primum  movens  »  de  la  mani'e  ne  serait-il  pas  un  dys- 
fonctionnement  plutot  qu’un  hyperfonctionnement  du  lobe  ante¬ 
rieur  de  l’hypophyse  ? 

Une  seule  observation  ne  saurait  trancher  ce  debat,  du  moins 
permet-elle,  croyons-nous,  de  poser  la  question. 

Il  s’agit  d’un  malade  de  30  ans,  interne  a  1’age  de  20  ans  par  l’lnflr- 
merie  speciale  a  l’occasion  d’un  acces  de  confusion  mentale  apparu  au 
moment  du  deces  de  sa  mere,  morte  de  tuberculose  pleuro-pulmonaire. 

Il  est  ensuite  considere,  a  tort,  comme  un  debile  mental  alcoolique 
et  est  transfere  en  1927  a  Fains,  avec  ce  diagnostic. 

Des  le  certificat  de  quinzaine  (24-2-27),  la  sortie  est  envisagee  par  le 
Dr  Maupate,  mais,  en  aout  1927,  brusquement,  survient  un  acces  d’agi- 
tation  intense  et  jusqu’en  1934  il  ne.peut  plus  etre  question  de  liberte 
parce  que,  au  minimum  tous  les  six  mois,  surviennent  des  acces  mania- 
ques  dont  certains  sont  d’une  intensite  remarquable.  Il  semble  d’ail- 
leurs  s’y  '  ajouter  un  certain .  degre  de  confusion  mentale  et  l’on 
soup£onne  des  hallucinations  auditives.  En  1929  notamment,  traite  par 
les  bains  prolonges,  le  malade  met  de  1’eau  dans  sa  bouche  et  la  crache 
sur  le  personnel  ;  en  cellule  il  se  barbouille  avec  ses  matieres,  se  coiffe 
de  son  vase  de  nuit  rempli  d’urine,  refuse  la  nourriture  certains 
jours. 

L’insomnie  est  complete. 


(1)  Les  conditions  dans  lesquelles  nous  .travaillons  actuellement  ne  nous 
permettraient  de  mentionner  qu’une  bibliographic  fort  incomplete.  Nous 
nous  en  exeusons  aupr.es  de  tous  ceux  qui  publient  sur  cet  interessant  sujet. 


430 


SOC1ETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Mais  ces  acces  durent  rarement  plus  de  huit  a  dix  jours  ;  le  plus 
souvent  ils  durent  quatre  a  cinq  jours. 

Tres  rarement  I’acces  d’agitation  est  remplace  par  un  acces  depres- 
sif  avec  torpeur,  obnubilation,  refus  partiel  d’aliments,  mutisme, 
gatisme. 

Entre  ces  acces  le  sujet  est  absolument  normal,  lucide,  poli,  timide, 
un  peu  renferme  mais  s’occupant  utilement. 

II  ne  nous  a  ete  donne  d’observer  personnellement  qu’un  seul  de  ces 
acces  d’agitation,  il  nous  a  paru  caracteristique  (euphorie,  farces, 
sifflements,  chants,  insomnie). 

Somme  toute  un  seul  diagnostic  a  discuter,  semble-t-il,  si  l’on  met  en 
doute  la  psychose  maniaco-depressive  :  bouffee  delirante  polymorphe 
des  degeneres  de.  Magnan,  etant  donne  surtout  que  le  sujet  presente  des 
stigmates  dystrophiques. 

On  sait  que  pour  mon  maitre,  M.  le  Professeur  agrege  Levy-Valensi, 
cette  affection  n’est  autre  chose  qu’un  acces  maniaque  rendu  atypique 
par  un  fonds  de  debilite  mentale. 

Mais  notre  malade  n’est  pas  un  debile  mental. 

Demence  precoce  au  debut  ?  Hypothese  insoutenable,  etant  donne  ' 
la  marche  de  la  maladie  et  la  tres  longue  duree  des  remissions  par  rap¬ 
port  aux  acces  psychopathiques. 

Les  reactions  de  Bordet-Wassermann,  Meinicke  et  Kahn  sont  nega¬ 
tives  dans  le  sang.  II  n’existe  aucun  signe  de  tuberculose. 

En  janvier  1934,  examinant  ce  malade,  nous  sommes  frappes  par  son 
aspect  gynandro'ide  :  absence  de  moustache  et  de  barbe,  peau  tres  fine, 
disposition  feminine  des  poils  du  pubis  qui  sont  tres  fins  (triangle  a 
base  superieure),  membres  arrondis,  bassin  plus  large  que  normale- 
ment,  tres  legere  gynecomastie  double,  enfin  surtout  testicules  atro¬ 
phies  (de  la  grosseur  d’une  noisette). 

Le  sujet  n’a  jamais  eu  les  oreillons. 

II  se  masturbe  environ  tous  les  quinze  jours  et  il  a  des  ejaculations 
assez  abondantes.  Peu  avant  son  internement  il  aurait  eu  des  rapports 
sexuels  normaux. 

Nous  pensons  alors  aux  correlations  hypophyse  anterieure  et  testi- 
cule  et  nous  nous  demandons  si  l’hypophyse  de  notre  malade  fonc- 
tionne  normalement. 

Bien  qu’assez  sceptiques  a  l’egard  de  cette  methode,  nous  nous  pro- 
posons  de  demander,  a  un  homme  de  laboratoire  tres  serieux,  un  exa- 
men  interferometrique  ;  il  nous  sera  repondu  : 

«  Fonctionnement  normal  du  testicule  ». 

«  Hypofonction  de  l’hypophyse  anterieure  »  (1). 

(1)  Nous  avons  actuellement  dans  le  service  un  autre  malade,  dement 
paranoi'de,  presentant  une  gynecomastie  considerable  avec  verge  infantile, 
atrophie  des  testicules,  absence  de  barbe  et  moustache,  et  disposition  femi¬ 
nine  des  poils  du  pubis.  L’examen  interferometrique  a  donne,  pour  lui,.  les 
resultats  suivants  :  fonctionnement  normal  de  l’hypophyse  anterieure  et 
du  testicule. 


SEANCE  DU  23  MARS  1936 


431 


Le  dernier  acces  maniaque  date  de  janvier  1935. 

On  institue  a  ce  moment  (en  plein  acces  maniaque)  un  traitement 
par  l’antelobine,  non  a  cause  du  resultat  (1),  —  tres  discutable,  —  de 
l’examen  interferometrique,  mais  en  raison  de  l’insuffisance  testiculaire 
objectivement  constatee  et  sur  laquelle  nous  pouvons  esperer  avoir  une 
action  par  1’intermediaire  de  1’hypophyse,  etant  donne  la  synergie  de 
ces  deux  glandes. 

L’acces  tourne  court,  mais  il  est  vraisemblable  qu’il  ne  s’ag'it  que 
d’une  coincidence  puisque  les  acces  anterieurs  n’etaient  jamais  longs. 

Depuis  un  an  le  malade  a  repu  seulement  (pour  des  raisons  indepen- 
dantes  de  notice  volonte),  3  series  de  6  ampoules  d’aritelobine  et  5  series 
de  dix  ampoules  d’extrait  orchitique. 

La  guerison  se  maintient  parfaite  depuis  quatorze  mois. 

La  moustache  a  pousse  legerement. 

II  n’a  pas  ete  constate  la  presence  de  spermatozoides  dans  le  pro- 
duit  de  l’ejaculation. 

L’examen  interferometrique  qui  vient  d’etre  pratique  (21  mars  1936) 
indique  un  fonctionnement  normal  de  1’hypophyse  anterieure  et  du 
testicule. 

Pour  Zondek,  on  le  sait,  la  manie  serait  liee  a  I’hypobromemie  ; 
et,  pour  Kuranami  Teikichi  (2),  l’injection  de  lobe  anterieur 
d’hypophyse  ferait  augmenter  le  taux  du  brome  du  sang,  mais 
cette  derniere  opinion  est  contredite  par  de  nombreux  auteurs. 

En  resume,  depuis  14  mois  que  ce  traitement  a  ete  com¬ 
mence,  les  crises  d’excitation  maniaque  qui  revenaient  tous  les 
six  mois  au  moins,  n’ont  pas  reparu. 

Nous  ne  nous  faisons  pas  d’illusions  sur  la  valeur  presente  de 
cette  observation,  on  nous  objectera  facilement  qu’il  peut  s’agir 
de  coincidence,  de  remission  spontanement  plus  longue  que  de 
coutume,  c’est  pourquoi  nous  abstenons-nous,  actuellement,  de 
conclure. 

Nous  nous  proposons  de  suivre  ce  malade  et  de  vous  le  repre¬ 
senter  si  sa  guerison  se  confirme. 

Peut-etre,  au  fond,  cette  observation  n’est-elle  pas  tellement 
en  contradiction  avec  l’hypothese  attribuant  les  acces  maniaques 
a  un  hyperfonctionnement  du  lobe  anterieur  de  1’hypophyse  ; 
en  effet  —  en  supposant  encore  une  fois  qu’il  ait  quelque  valeur 
—  notre  examen  interferometrique  indiquant  un  hypofonction- 
nement  de  cette  glande  a  ete  pratique  quatre  mois  apres  l’acces, 

(1)  II  n’etait  pas  encore,  a  ce  moment,  en  notre  possession. 

(2)  Cite  par  le  Prof.  C.-E.  Urechia  et  Mme  Retezeanu  (Cluj  Roumanie), 
dans  un  article  de  la  Presse  Medicate  du  1"  mai  1935  :  «  Nouvelles  recher- 
ches  sur  le  Brome  sanguin.  » 


432 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


rien  ne  prouve  qu’il  n’aurait  pas  decele  un  hyperfonctionnement 
lors  de  l’etat  maniaque. 

Ce  renversement  dans  l’activite  d’une  glande  n’est  pas  une 
simple  supposition  et  nous  avons  presente  ici-meme,  avec  notre 
maitre  M.  le  D1 2  Simon  (1)  un  malade  porteur  d’un  syndrome  pres- 
que  identique  traduisant  un  hypofonctionnement  de  l’hypophyse 
anterieure  et  qui,  reforme  pour  exiguite  de  la  taille  (1  m.  50), 
avait  grandi,  entre  23  et  24  ans,  d’une  trentaine  de  centimetres, 
accroissement  soudain  qu’il  faut  bien  interpreter  comme  la  tra¬ 
duction  d’un  hyperfonctionnement  de  l’antehypophyse. 

Mon  maitre,  M.  le  Professeur  Claude,  a  d’ailleurs,  avec  Bour¬ 
geois,  .Masquin  et  Cuel  (2),  publie  les  resultats  de  l’examen  anato- 
mo-pathologique  de  ce  meme  malade  et  sa  communication  se 
termine  par  ces  lignes  : 

«  II  faut  noter,  en  effet,  que  le  propre  des  syndromes  glandu- 
«  laires  est  d’apparaitre  par  phases  irregulieres,  suivant  des 
«  alternatives  d’hyper  et  d’hypoactivite  de  l’une  ou  l’autre  glande. 

«  Chez  un  individu  porteur  d’un  syndrome  d’hypertension 
«  intra-cranienne,  on  vit  apparaitre  d’abord  une  phase  d’hyper- 
«  sexualite  se  traduisant  par  une  vie  genitale  intense,  puis  une 
«  phase  de  frigidite,  puis  une  phase  ou  le  myxcedeme  s’installa. 
«  A  l’autopsie,  on  constata  que,  sous  l’influence  de  l’hypertension, 
«  son  hypophyse  s’etait  ratatinee.  » 

II  est  certain,  en  tous  cas,  que  l’excitation  sexuelle  des  mania- 
ques  cadre  beaucoup  mieux  avec  l’hypothese  d’un  hyperpituita- 
risme  anterieur. 

M.  Paul  Ab6ly.  —  La  presentation  de  M.  Rondepierre  est  par- 
ticulierement  interessante  pour  mon  frere  et  moi  qui,  depuis 
plusieurs  annees,  etudions  par  des  procedes  successifs  les  rap¬ 
ports  du  fonctionnement  hypophysaire  et  de  la  psychose  mania¬ 
que  depressive,  plus  specialement  dans  sa  forme  maniaque.  II 
appairait  de  plus  en  plus  que  l’hypophyse  est  en  relation  directe 
avec  l’hypothalamus,  lequel  est  le  centre  neuro-vegetatif  supe- 
rieur  et  qu’elle  est  la  glande  maitresse  des  autres  glandes  endo- 
crines.  A  la  suite  de  nos  recherches  biologiques,  nous  avons 
fait  egalement  des  essais  therapeutiques.  Nos  resultats  ne  concor- 
dent  pas  avec  celui  presente  par  M.  Rondepierre.  L’injection 

(1)  Th.  Simon  et  Rondepierre.  —  EJebile  affaibli  avec  syndrome  eunu- 
choi'de.  Ann.  Med.-Psych.,  oct.  1930,  p.  232. 

(2)  H.  Claude,  P.  Bourgeois,  P.  Masquin  et  Cuel.  —  Syndrome  pluri- 
glandulaire  tardif  (presentation  de  pieces).  Ann.  Med.-Psych.,  juin  1931, 
p.  40.  L’hypophyse  presentait  des  lesions,  d’ailleurs  discretes. 


SEANCE  DU  23  MARS  i936 


433 


d’extraits  hypophysaires  totaux  anterieurs  ou  posterieurs  n’ont 
en  rien  modifie  le  cours  de  l’acces  et  cela  dans  un  sens  quelcon- 
que.  II  en  fut  de  meme  de  l’ionisation  transcerebrale.  Peut-etre 
les  doses  employees  etaient-elles  insuffisantes  ?  Peut-etre  la  prepa¬ 
ration  du  lobe  anterieur  d’hypophyse  n’est-elle  pas  encore  par- 
faite  ?  Peut-etre  aussi,  s’il  s’agit  d’un  hyperfonctionnement,  cette 
therapeutique  est-elle,  au  contraire,  contre-indiquee  ? 

Nous  n’avons  pas  encore  essaye  un  traitement  preventif  dans 
la  periode  intercalaire. 

Nous  nous  proposons  d’agir  sur  l’hypophyse  par  des  procedes 
differents  :  par  la  radiotherapie  et  surtout  par  la  diathermie  dont 
l’efficacite  peut  etre  relativement  controlee  par  la  spectroreducto- 
metrie.  Nos  recherches  sont  dans  ce  sens.  En  revanche,  nous 
avons  obtenu,  dans  les  acces  maniaques,  d’interessants  resultats 
par  les  extraits  thyroidiens  administres  par  la  voie  hypodermi- 
que.  Nous  nous  proposons  de  publier  prochainement  un  impor¬ 
tant  pourcentage  de  succes  en  essayant  d’en  donner  une  expli¬ 
cation  biologique. 

II  importe,  avant  de  tenter  une  etude  biologique  et  une  thera¬ 
peutique  rationnelle,  d’etre  absolument  certain  du  diagnostic 
psychiatrique.  Les  vrais  intermittents  de  la  psychose  maniaque 
depressive  ne  sont  pas  si  frequents  qu’on  pourrait  le  supposer 
au  premier  abord. 

Souvent,  apres  un  assez  long  temps  d’observation,  apres  la 
precision  des  commemoratifs,  il  faut  eliminer  des  malades  pris 
d’abord  pour  des  periodiques  vrais  :  tels  des  schizophreniques 
intermittents  a  type  pseudo-maniaco-depressif,  et  surtout  des 
etats  de  desequilibre  affectif  du  type  sympathicotonique  qui  rea- 
gissent  par  des  etats  d’apparence  cyclothymique.  Chez  de  tels 
malades,  quelquefois  l’hypophyse  peut  avoir  d’heureux  effets  a 
la  faveur  de  reactions  pluriglandulaires  qui  peuvent  modifier  les 
reactions  sympathiques.  Je  me  demande  si  le  malade  de  M.  Ron- 
depierre  qui,  a  l’age  de  20  ans,  a  ete  interne  a  la  suite  d’une 
confusion  mentale  consecutive  a  un  choc  emotif  tres  important, 
ne  rentre  pas  dans  cette  categorie. 

M.  Xavier  Ab£ly.  —  Je  desirerais  aj  outer  deux  arguments  en 
faveur  de  la  these  que  nous  soutenons. 

1°  Rondepierre  base  surtout  son  appreciation  de  l’hypofonc- 
tionnement  hypophysaire  sur  l’atrophie  testiculaire  et  l’insuffi- 
sance  sexuelle  de  son  malade.  C’est  la  une  deduction  bien  contes¬ 
table.  II  est  grossierement  vrai  que  l’hypophyse  anterieure  exerce 
une  action  stimulante  sur  la  glande  genitale  et  que,  par  conse- 

Ann.  Med.-psych.,  XV'  serie,  94e  ANNEE,  t.  I.  —  Mars  1936.  28. 


431 


SOCIETE  MED1CO-PSYCHOLOGIQUE 


quent,  1’insufflsance  hypophysaire  peut  se  traduire  par  une  insuf- 
fisance  genitale.  Mais  c’est  la  une  vue  trop  simpliste.  En  realite, 
l’hypophyse  possede  surtout  un  role  de  regulation  de  toutes  les 
glandes  endocrines.  Tout  exces  de  secretion  d’une  de  ces  glandes 
entraine  la  diminution  de  la  stimuline  hypophysaire  correspon- 
dante.  En  revanche,  toute  diminution  de  la  secretion  de  la  meme 
glande  entraine  l’hyperproduction  de  la  stimuline  hypophysaire. 
La  castration  experimentale,  chez  l’animal,  est  suivie  d’une  aug¬ 
mentation  de  la  secretion  hypophysaire.  II  n’y  a  done  aucune 
incompatibility  entre  1’atrophie  genitale  et  l’hyperfonctionne- 
ment  hypophysaire. 

2°  Quant  aux  resultats  therapeutiques  obtenus  a  l’aide  d’injec- 
tions  d’extraits  antehypophysaires  du  commerce  dans  la  psychose 
intermittente,  ceux-ci  sont  vraiment  sujets  a  caution.  On  pense 
bien  que  nous  avons  voulu  connaitre  l’action  de  ces  injections 
chez  les  maniaques.  De  multiples  essais  ne  nous  ont  pas  permis 
d’en  tirer  une  conclusion  pratique.  II  n’existe  pas  en  France,  pas 
plus  qu’a  l’etranger,  d’extraits  commerciaux  d’hypophyse  ante- 
rieure  qui  ne  soient  d’une  impurete  manifeste.  Des  tentatives 
therapeutiques  plus  concluantes  n’ont  pu  etre  pratiquees  qu’a 
l’aide  de  l’urine  de  femmes  enceintes.  L’opotherapie  par  injec¬ 
tions  antehypophysaires  n’est  done  pas  au  point  et  il  faut  etre 
tres  reserve  sur  son  action  reelle.  Mais  il  y  a  plus  :  l’adminis- 
tration  prolongee  d’hormone  d’hypophyse  anterieure  determine 
1’apparition  dans  le  sang  d’anticorps,  d’antihormones  specifiques. 
On  peut  done  determiner  un  freinage  de  la  secretion  hypophysaire 
par  1’injection  d’extraits  hypophysaires  et  obtenir  un  resultat 
contraire  a  celui  que  l’on  croit  provoquer.  Cette  propriety  spe- 
ciale  aux  hormones  antehypophysaires  a  ete  exploitee  pratique- 
ment  dans  la  maladie  de  Basedow. 

L’interessante  observation  de  M.  Rondepierre  ne  nous  parait 
pas  presenter  un  argument  decisif  contre  notre  conception  de 
la  manie  liee  a  l’hypersecretion  antehypophysaire. 

M.  Rondepierre.  —  Je  demande  a  M.  P.  Abely  de  me  faire 
confiance  pour  le  diagnostic,  ce  sujet  a  ete,  durant  un  an,  a  mon 
service  comme  domestique,  il  ne  s’agissait  certainement  pas 
d’un  schizophrene. 

J’ai  employe  l’antelobine  Byla,  les  doses  ont  certainement  ete 
insuffisantes,  mais  ce  produit,  indiscutablement,  agit  ;  je  1’ai  uti¬ 
lise  avec  succes  chez  une  femme  mariee  depuis  sept  ans  et  qui  a 
pu  enfin  avoir  un  enfant  grace  a  la  regularisation  de  ses  mens- 
trues,  resultat  que  la  folliculine  seule  n’avait  pu  obtenir. 


SEANCE  DU  23  MARS  1936 


435 


Paralysie  gtnerale  et  hemorragie  meningee  :  un  cas 
d’hematome  intra-arachno'idien,  par  MM.  Donnadieu  et  Bargees. 

II  est  classique  et  exact  de  dire  que  les  lesions  d’origine  vascu- 
laire,  dont  les  signes  caracterisent  la  syphilis  cerebro-spinale, 
sont  exceptionnelles  dans  la  meningo-encephalite  diffuse  de  type 
paralytique.  On  a  fait,  de  cette  opposition,  un  element  de  diagnos¬ 
tic  :  sa  valeur  differentielle  n’est  pas  absolue.  Periodiquement, 
quoique  rarement,  on  rapporte  des  exemples  de  ramollissement 
cerebral  au  cours  de  1’evolution  de  la  paralysie  generale,  surtout 
au  debut.  Moins  frequentes  encore  que  les  lesions  malaciques,  sont 
les  hemorragies  qui  constituent  un  accident  exceptionnel.  Les 
meningees  pures  nous  retiendront  seules  dans  cette  breve  etude. 

Du  fait  de  leur  localisation  et  de  leur  aspect  clinique,  ces 
hemorragies  meningees  peuvent  etre  : 

soit  sous-arachno'idiennes  veritables, 

soit  sous-durales  proprement  dites,  au  sens  de  la  classifica¬ 
tion  habituelle  des  accidents  de  cet  ordre,  c’est-a-dire  sus-jacentes 
aux  espaces  sous-arachnoidiens  et  sous-jacentes  a  la  dure-mere. 

Toutes  sont  une  rarete,  le  plus  souvent  decouvertes  a  l’autop- 
sie. 

a )  Les  epanchements  sous-arachnoidiens,  auxquels  l’un  de 
nous  a  consacre  sa  these  de  doctorat  (Bordeaux,  1931),  sont  les 
moins  souvent  signales  dans  la  paralysie  generale.  Targowla,  a 
la  Societe  Medicale  des  Hopitaux  de  Paris,  le  29  octobre  1926,  leur 
a  consacre  une  etude  et  en  a  rapporte  deux  cas  survenus  a  la 
phase  pre-symptomatique  de  la  meningo-encephalite. 

Ils  se  rencontrent  ainsi  au  debut  de  l’affection  dont  ils  consti¬ 
tuent  le  premier  accident  episodique  saillant,  ont  une  symptoma¬ 
tology  classique,  mais  d’ordinaire  fruste,  un  pronostic  favora¬ 
ble,  posent  les  memes  problemes  pathogeniques  que  nous  signa- 
lerons  plus  loin,  enfin  peuvent  avoir  l’interet  de  faire  decouvrir 
le  processus  meningo-encephalitique  inconnu  jusque-la. 

b)  Les  hemorragies  sous-durales  sont  constitutes  essentielle- 
ment  par  la  pachymeningite  hemorragique,  la  seule  que  les  trai- 
tes  classiques  signalent  comme  complication  eventuelle,  mais 
rarissime,  de  la  paralysie  generale.  Les  psychiatres  connaissent 
bien  1’aspect  clinique  et  anatomique  de  cet  accident  pour  le  ren- 
contrer  dans  d’autres  circonstances  etiologiques.  Trenel  (pachyme¬ 
ningite  hemorragique  et  hematome  intra-arachnoidien  :  Societe 
clinique  de  Medecine  mentale,  18  janvier  1926),  l’a  differenciee 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


d’une  autre  variete  d’hemorragie  sous-durale  qu’il  propose  d’ap- 
peler  1’hematome  intra-arachno'idien,  qui  se  differencierait,  d’une 
part,  du  raptus  sous-arachnoidien  par  l’enkystement  et  l’absence 
d’irruption  de  sang  dans  les  espaces  sous-arachnoidiens  avec 
integrite  du  liquide  cephalo-rachidien  ;  d’autre  part,  de  la 
pachymeningite  par  l’aspect  de  la  dure-mere  indemne  des  lesions 
classiques. 

C’est  un  fait  de  ce  genre,  survenu  chez  un  paralytique  general 
senile,  que  rapportait  Marchand  le  15  novembre  1926  a  la  Societe 
clinique  de  Medecine  mentale  (Hemorragie  intra-arachnoidienne 
enkystee  chez  un  malade  atteint  de  paralysie  generale  senile)  et 
que  represente  l’observation  ci-dessous. 

Observation  :  Pr...  Charles,  sujet  tchecoslovaque,  38  ans,  entre  a 
l’hopital  neuro-psychiatrique  de  Ber-Rechid,  le  9  mai  1935,  venant  de 
1’hopital  Jules-Colombani  de  Casablanca. 

Celibataire,  le  malade  vivait  seul  et  l’on  ne  sait  rien  de  son  passe 
pathologique  :  il  semble  cependant  que  sa  sceur  ait  ete  internee  en 
Tchecoslovaquie  et  qu’il  ait  presente  pendant  la  guerre  une  commo¬ 
tion  cerebrale. 

De  meme,  l’histoire  de  sa  maladie  ne  nous  est  fournie  que  par 
l’enquete  de  la  police.  II  se  trouvait  depuis  un  an  sans  travail  par  suite 
de  ses  troubles  mentaux,  tenait  des  propos  incoherents,  se  pretendait 
grand  ingenieur,  decrivait  des  inventions  bizarres.  Plusieurs  fois,  il 
s’etait  presente  dans  un  magasin  de  chaussures,  essayant  tous  les  Sou¬ 
liers  et  promettant  de  les  payer  lorsqu’un  carnet  de  cheques  lui  serait 
remis  par  la  banque  ou  il  avait  ses  millions.  Il  allait  acheter  des  voi- 
tures  automobiles  dont  il  ne  prenait  pas  livraison,  cherchait  a  emprun- 
ter  de  l’argent  en  promettant  des  remboursements  mirifiques.  Un  jour, 
ayant  re?u  une  certaine  somme  d’un  compatriote,  il  va  acheter  les 
cigarettes  les  plus  cheres  et  les  distribue  dans  la  rue  aux  Arabes. 

Les  diverses  recherches  biologiques,  pratiquees  le  8  mars  1935  a 
l’hopital  Jules-Colombani,  ont  donne  les  resultats  suivants  : 

Sang  :  Bordet-Wassermann  tres  faiblement  positif. 

Liquide  cephalo-rachidien  : 

Cytologie  :  34  elements  par  mm3  (lymphocytes). 

Albumine  :  0  gr.  57. 

Pandy  :  positif. 

Bordet-Wassermann  :  positif  (+  +  +  +  ). 

Benjoin  colloidal  :  02222.22220.00000.0  (Dr  Jobard). 

Le  malade  est  alors  impalude  le  8  mars  (Dr  Pierson).  En  raison  du 
mauvais  etat  general,  la  malariatherapie  est  interrompue  apres  le  hui- 
tieme  acces  et  le  transfert  a  l’hopital  neuro-psychiatrique  decide. 

A  son  entree,  Pr...  se  prcsente  comme  un  grand  paralytique  general. 


SEANCE  DU  23  MARS  1936 


Facies  euphorique  et  niais,  muscles  faciaux  atones,  dysarthrie  extre- 
mement  marquee. 

Les  idees  de  grandeur  sont  nombreuses  et  incoherentes  :  il  est  inge- 
nieur,  mecanicien,  architecte,  l’automobile  qu’il  voit  vaut  300.000  fr„ 
le  prix  de  la  sienne  qui  fait  500  metres  a  I’heure...,  il  est  riche,  a  10  mil¬ 
lions,  gagne  beaucoup  d’argent  grace  a  son  invention  de  tapis-dyna¬ 
mite  pour  les  banques  :  «  ...C’est  un  tapis  qu’on  place  devant  la  caisse, 
explique-t-il  ;  quand  le  voleur  vient,  il  touche  un  bouton  et  le  courant 
passe  :  400  volts  !  ca  explose  !  le  voleur  monte  au  plafond  et  il  ne  reste 
qu’un  squelette...  »  ;  si  l’architecte  sait  y  faire,  cette  invention  lui 
rapporte  un  milliard. 

Il  a  invente  des  protege-jambes  en  platine  :  comme  son  oncle  a  des 
mines  dans  l’Oural,  ce  metal  ne  lui  coute  rien.  Il  veut  s’occuper  de 
politique,  reunir  tous  les  pays  ensemble  et  se  faire  Arabe  pour  avoir 
beaucoup  de  femmes,  car  ses  besoins  genesiques  sont  grands  (cent  rap¬ 
ports  au  moins  par  nuit). 

A  l’examen  physique  :  pupilles  en  myosis  ne  reagissant  ni  a  la  lu- 
niiere  ni  a  1’accommodation  ;  tremblement  marque  de  la  langue,  des 
levres  et  des  mains  ;  reflexes  rotuliens  vifs  des  deux  cotes  surtout  a 
droite  ;  reflexe  achilleen  faible  a  droite,  nul  a  gauche. 

On  note  par  ailleurs  un  oedeme  intermittent  du  membre  inferieur 
gauche,  sans  lesion  squelettique  radiologiquement  decelable. 

Le  14  mai,  on  institue  un  nouveau  traitement  pyretotherapique  :  jus- 
qu’au  26  juin  le  malade  recoit  9  injections  de  sulfosine  a  2  0/0  et  a  des 
doses  croissantes.  La  temperature  maxima  est 

Le  30  juin,  on  injecte  0  gr.  50  de  Stovarsol  ;  le  4  juillet,  1  gr.  du  meme 
produit. 

Le  6  juillet,  apres  l’heure  de  la  sieste,  le  malade  ne  se  leve  pas. 
L’inflrmier  lui  parle  ;  il  regarde  l’air  hebete  mais  ne  repond  pas.  Tem¬ 
perature  :  37°. 

Le  7  juillet  l’etat  est  le  meme.  Pas  de  paralysie  des  membres  qui  pre- 
sentent  une  contracture  legere  mais  generalisee.  Le  malade,  tenant  une 
peche  dans  une  main  et  une  ciragette  dans  l’autre,  veut  allumer  la 
peche  a  1’allumette.  Pas  de  flevre.  Le  soir,  ne  peut  plus  avaler. 

Le  8  juillet,  coma  complet  et  mort  a  17  heures. 

Autopsie  :  A  l’ouverture  du  crane,  la  dure-mere  frontale  droite 
apparait  violacee,  sus-jacente  a  une  masse  fluctuante  qui  a  repousse 
et  d^prime  le  lobe  frontal  droit.  A  Tincision,  il  s’ecoule  deux  grands 
verres  de  sang  liquide,  qui  se  trouvait  contenu  dans  la  region  fronto- 
parietale  droite  entre  la  dure-mere  en  dehors,  une  membrane  limitante 
en  dedans  qui  n’est  pas  la  pie-mere  mais  semble  l’arachno'ide.  La  pie- 
mere  est  epaissie,  adherente  au  cerveau  qu’elle  dechire  si  on  veut  la 
decoller.  La  dure-mere  n’offre  pas  de  lesion  macroscopique. 

Les  deux  lobes  frontaux  sont  symphyses  a  hauteur  du  pole.  On  ne 
note  pas,  au  niveau  du  plancher  du  quatrieme  ventricule,  d’epaississe- 
ment  pie-merien. 


438 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Commentaires.  —  Malgre  l’absence  d’examen  histologique, 
absence  imputable  a  des  causes  independantes  de  notre  volonte 
et  dont  nous  nous  excusons,  nous  avons  cru  bon  de  vous  pre¬ 
senter  cette  observation,  non  seulement  parce  qu’elle  constitue, 
du  fait  des  facteurs  etiologiques,  une  veritable  curiosite  anatomo- 
clinique,  mais  encore  par  les  problemes  pathogeniques  qu’elle 
permet  d’envisager. 

II  ne  convient  pas  de  discuter  l’existence  de  la  meningo-ence- 
phalite,  dont  nous  avons  des  preuves  biologiques  et  anatomiques 
et  d’imputer  a  l’hematome  tous  les  troubles  psychiques  :  celui-ci 
ne  fut  qu’un  accident  terminal  d’une  vesanie  evoluant  depuis  de 
longs  mois. 

II  est  plus  interessant  de  se  demander  si  l’hemorragie  n’est  pas 
consecutive  a  une  cause  morbide  surajoutee  (intoxication,  trau- 
matisme,  etc.).  Le  trauma  peut  etre  formellement  rejete  ;  quant 
a  quelque  intoxication,  on  n’en  eut  aucune  notion  et  l’examen 
du  sujet  n’a  pas  oriente  vers  semblable  hypot'hese.  On  ne  peut 
done  retenir,  dans  l’etude  etiologique,  que  le  processus  meningo- 
encephalitique  d’origine  syphilitique  et  les  traitements  subis,  en 
premier  lieu,  la  malariatherapie.  Le  fait  que  notre  malade  ait 
subi  cette  methode  permet,  une  fois  de  plus,  de  discuter  des  rap¬ 
ports  de  la  malariatherapie  et  de  certaines  lesions  rencontrees 
apres  son  administration,  ce  qui  pose  le  probleme  du  mecanisme 
de  son  action.  Transforme-t-elle,  coniine  l’ont  pretendu  Gerst- 
mann,  Straussler  et  Koskinas,  etc.,  un  processus  paralytique  en 
processus  syphilitique  ?  Bien  des  arguments  histologiques  et 
cliniques  (Spielmeyer,  Jaurregg,  Ducoste,  etc.)  contredisent 
pareille  hypothese. 

Quoi  qu’il  en  soit,  des  faits  comme  celui  que  nous  avons  obser¬ 
ve  meritent  d’etre  verses  aux  debats. 

M.  Marchand.  —  Les  hemorragies  intra-arachnoidiennes  ou 
sous-durales  ne  sont  pas  communes  au  cours  de  la  paralysie 
generale.  Dans  les  rares  cas  que  j’ai  eu  l’occasion  d’observer 
depuis  celui  que  viennent  de  citer  les  auteurs,  j’ai  constate  que 
1’atherome  des  arteres  meningees  s’associait  aux  lesions  de  la 
paralysie  generale  de  sorte  qu’il  est  difficile  de  preciser  si  la  rup¬ 
ture  vasculaire  est  due  a  l’atherome  ou  a  une  arterite  specifique. 

M.  Bargues.  —  Nous  n’avons  pas  trouve  de  lesion  atheroma- 
teuse  chez  notre  malade. 


SEANCE  DU  23  MARS  1936 


439 


Le  butyl-ethyl -barbiturate  de  sodium  dans  le  traitement 
du  delirium  tremens,  par  MM.  Baugues  et  Grimal. 


L’utilisation  des  barbituriques  dans  le  traitement  du  delirium 
tremens  n’est  pas  nouvelle.  La  these  de  Quenee  (Paris,  1926), 
inspiree  par  Ramond,  contient  une  interessante  mise  au  point 
et  une  bibliographie  de  la  question,  a  propos  de  l’emploi  du 
di-ethyl-allyl-isopropyl-barbiturate  de  diethylamine  ou  somnifene.. 

A  l’occasion  de  recherches  experimentales,  que  nous  rappor- 
terons  ulterieurement,  sur  un  des  produits  de  la  meme  famille  : 
le  butyl-ethyl-barbiturate  de  sodium  (specialise  sous  le  nom  de 
Soneryl),  et  en  raison  des  effets  interessants  donnes  par  ce  corps 
en  clinique  generale,  nous  l’avons  utilise  dans  les  etats  de  grande 
agitation  et  plus  particulierement  dans  un  certain  nombre  de  cas 
de  delirium  tremens.  Ce  sont  les  resultats  obtenus  que  nous 
avons  cru  bon  de  vous  rapporter. 

Respectant  une  appellation  defectueuse,  mais  du  moins  repan- 
due,  nous  entendons,  par  delirium  tremens,  la  confusion  men- 
tale  onirique  aigue  avec  flevre,  d’origine  alcoolique,  dont  nous 
avons  l’occasion  d’observer  un  nombre  important  de  cas  dans 
un  service  ou  l’alcoolisme  (tant  aigu  que  chronique)  a  motive  en 
1935  25  %  des  entrees  et  ou  les  malades  nous  parviennent  direc- 
tement  sans  sejour  d’observation  prealable.  Outre  la  frequence 
de  cet  accident,  on  sait  sa  haute  gravite  essentiellement  imputa¬ 
ble  aux  complications  encephaliques  et  a  la  defaillance  myocar- 
dique.  On  connait  bien,  d’autre  part,  les  alterations  organiques 
profondes,  notamment  hepato-renales,  qui  l’accompagnent  et 
jouent  un  role  primordial  dans  sa  production  :  les  auteurs  anciens 
les  signalaient,  les  methodes  biologiques  recentes  en  ont  donne 
la  preuve  materielle.  Enfin,  il  est  classique  d’insister  sur  l’agita- 
tion  extreme  qui  motive  les  extenuantes  luttes  du  malade  cami¬ 
sole,  l’activite  desordonnee  de  celui  que  l’on  abandonne  en  cham- 
bre  d’isolement 

Ces  trois  elements  sont  de  nature  a  necessiter  une  therapeuti- 
que  qui  joigne,  a  une  activite  maxima,  une  toxicite  minima.  Nous 
ne  rappellerons  pas  les  nombreux  traitements  qui  furent  propo¬ 
ses  depuis  l’ellebore,  que  le  berger  Melampe  employa,  dit-on, 
pour  guerir  d’un  delire  furieux  les  biles  de  Proteus,  roi  d  Argos, 
jusqu’a  la  strychnotherapie  qui  semble  avoir  la  preference  d  un 
grand  nombre  de  psychiatres.  Simplement  desireux  de  vous 
exposer  une  methode,  nous  ne  discuterons  pas  davantage  la 


440 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


valeur  respective  de  ces  procedes  parmi  lesquels  ceux  qui  ten- 
dent  a  provoquer  un  bienfaisant  sommeil  nous  paraissent  pre¬ 
ferables. 

Le  Soneryl  a  fait,  depuis  sa  decouverte  par  Carnot  et  Tiffeneau 
(1922),  l’objet  de  frequentes  etudes,  tant  cliniques  qu’experimen- 
tales.  II  nous  a  retenu  par  sa  faible  toxicite,  sa  grande  mania- 
bilite,  c’est-a-dire  l’importance  de  l’ecart  entre  la  dose  d’activite 
et  la  dose  toxique  (que  l’on  designe  par  le  rapport  T/A  :  2,57, 
chiffre  le  plus  eleve  des  derives  usuels  de  la  serie  barbiturique), 
la  facilite  de  son  dosage  et  de  son  emploi.  II  se  presente  en 
ampoules  scellees  contenant  un  gramme  de  produit  actif  qu’il 
convient  de  dissoudre  dans  20  centimetres  cubes  d’eau  distillce. 

Apres  divers  tatonnements,  et  par  analogie  avec  la  posologie 
chirurgicale,  la  dose  choisie  fut  de  un  centigramme  et  demi 
(0,015)  de  produit  actif  par  kil'og  de  poids  du  sujet  (il  y  a  cinq 
centigrammes  par  centimetre  cube  de  la  solution).  Des  doses  infe- 
rieures  ne  donnent  pas  le  resultat  recherche  et  la  dose  toxique, 
d’apres  les  donnees  experimentales,  serait  de  neuf  centigrammes 
par  kilog. 

Au  cours  de  l’injection,  pratiquee  dans  une  veine  du  pli  du 
■  coude  avec  une  grande  lenteur,  en  3  a  5  minutes,  soit  environ 
4  centimetres  cubes  a  la  minute,  ou  quelques  minutes  plus  tard, 
le  sujet  s’endort.  Le  sommeil  est,  d’ordinaire,  profond  et  calme, 
d’une  duree  moyenne  de  4  a  6  heures.  Nous  n’insisterons  pas 
sur  ses  caracteres  qui  sont  identiques  a  ceux  que  l’on  a  decrits 
pour  les  narcoses  chirurgicales  legeres  :  les  reflexes  tendineux 
notamment,  que  nous  avons  systematiquement  explores,  sont 
abolis  pour  reparaitre  au  moment  du  reveil,  le  reflexe  corneen 
est  tantot  present,  tantot  absent,  du  cote  respiratoire,  le  rythme 
est  regulier,  la  frequence  et  1’amplitude  diminuees. 

II  convient  de  ne  pas  mobiliser  le  malade,  de  le  maintenir  dans 
une  piece  silencieuse,  dans  une  atmosphere  chaude  et  de  profi¬ 
ler  de  son  calme  pour  lui  faire  les  medications  utiles  :  serum 
physiologique  ou  glucose,  extraits  hepatiques  (Mattel),  etc.  Nous 
insistons  particulierement  sur  la  necessity  de  pratiquer  des 
injections  toni-cardiaques  (huile  cainphree,  cafeine  ou  autre)  : 
nous  avons  1’habitude  d’administrer,  par  exemple,  de  l’huile 
camphree  au  debut  de  la  narcose  et  quatre  heures  plus  tard. 

D’heure  en  heure,  on  assiste  a  une  chute  de  Thyperthermie. 

Au  bout  du  temps  indique,  le  malade  s’eveille  progressivement  : 
nous  en  profitons  pour  lui  donner  des  boissons  abondantes. 
Apres  quoi,  d’ordinaire,  il  s’endort  a  nouveau  pendant  un  certain 
nombre  d’heures  (6,  8,  10  ou  merne  davantage).  Ce  sommeil  est 


SEANCE  DU  23  MARS  1936 


441 


le  prelude  de  la  guerison  qui  se  fait  selon  les  modalites  habi- 
tuelles  :  tout  se  passe  comme  si  ce  second  episode  avait  ete  le 
sommeil  spontane  de  l’alcoolique,  dont  on  sait  le  pronostic 
heureux. 

Dans  des  cas  tres  rares,  l’agitation  et  l’onirisme  reparaissent 
au  premier  reveil  :  on  pratique  alors  une  nouvelle  injection  d’une 
dose  egale  a  la  moitie  de  la  premiere,  soit  sept  milligrammes  et 
demi  (0,0075)  par  kilog  de  poids  du  sujet.  Jamais  nous  n’avons 
eu  a  employer  une  troisieme  injection,  la  seconde  ayant  tou jours 
donne  le  resultat  recherche. 

Bien  que  ce  procede  ait  ete  utilise  dans  un  nombre  deja  impor¬ 
tant  de  cas  et  chez  des  individus  porteurs  de  tares  viscerales 
graves,  notamment  hepato-renales,  nous  n’avons  eu  a  deplorer 
ni  incident,  ni  accident.  Tou  jours,  il  est  vrai,  les  malades  ont  ete 
l’objet  d’une  surveillance  tres  stricte,  plus  particulierement  en  ce 
qui  concerne  l’etat  cardio-vasculaire,  rechauffes  et  rehydrates  : 
toutes  precautions  qui  nous  paraissent  primordiales,  et  dont 
l’experience  clinique  comme  l’experimentation  animale,  nous  ont 
montre  l’importance. 

Nous  rapportons  ci-dessous,  a  titre  d’exemples,  quelques-unes 
de  nos  observations  choisies  a  dessein  parmi  celles  ou  les  malades 
presentaient  des  alterations  hepatiques  massives. 

Observations  (tres  resumees)  : 

N»  4586.  —  T...  Pierre,  ouvrier  de  chai,  48  ans,  entre  au  quartier 
d’alienes  le  23  octobre  1935  pour  des  troubles  mentaux  datant  de 
3  jours. 

On  ne  releve  dans  ses  antecedents  que  la  notion  d’exces  de  vin  et 
d’inhalations  importantes  d’alcool,  car  il  est  prepose  au  nettoyage  des 
cuves  dans  une  distillerie,  et  une  longue  histoire  d’insuffisance  hepa- 
tique. 

Les  troubles  actuels  sont  appariis  dans  la  nuit  qui  a  suivi  une  chute 
de  bicyclette  n’ayant  entraine  que  des  lesions  cutanees  insigniflantes. 
Consistant  au  debut  en  un  simple  onirisme  nocturne,  ils  se  sont  progres- 
sivement  aggraves  jusqu’a  realiser  l’etat  qu’a  1’entree  on  decrit  de  la 
fa?on  suivante  :  «  ...Syndrome  typique  de  grand  delire  alcoolique 
suraigu  avec  confusion  mentale  profonde  et  onirisme  tres  actif,  agita¬ 
tion  intense,  flevre  elevee  (40°5),  sueurs  profuses,  tremblement...  Etat 
general  mauvais.  Pronostic  reserve...  » 

On  note  qu’il  existe  un  subictere  conjonctival,  un  foie  tres  augmente 
de  volume  debordant  largement  le  rebord  costal,  des  hemorragies-gingi- 
vales  et  des  petechies. 

A  18  heures,  le  malade,  qui  n’a  pu  boire  depuis  son  admission,  repoit 
un  gramme  de  Soneryl  intra-veineux  (il  pese  environ  75  kilos)  et  imme- 


412 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


diatement  apres  10  centimetres  cubes  d’huile  camphree  et  du  serum 
physiologique  sous  la  peau.  Le  sommeil,  survenu  au  cours  de  l’injection, 
dure  jusqu’a  3  heures.  A  ce  moment  le  malade  boit  abondamment  et 
.s’endort  a  nouveau.  La  temperature,  qui  est  progressivement  descen- 
due  d’heure  en  heure,  est  de  37°5  le  24  au  matin. 

Le  second  jour,  T...  reste  somnolent  et  ne  sort  de  sa  torpeur  que 
pour  avaler  ce  qu’on  lui  presente. 

Le  troisieme  jour,  a  la  visite,  la  temperature  est  37°4.  Pas  de  trem- 
blement.  Confusion  importante  mais  disparition  de  l’onirisme.  La  gue- 
rison  est  survenue  en  quelques  jours  par  la  regression  rapide  des  signes 
confusionnels. 

N°  4605.  —  L...  Denis,  cultivateur,  35  ans,  entre  au  quartier  d’alienes 
le  30  novembre  1935. 

Sans  antecedent  morbide  notable,  il  fait  depuis  cinq  ans  des  exces 
de  boisson  (3  a  4  litres  de  vin  chez  lui,  des  aperitifs  et  des  liqueurs  au 
cafe). 

On  note  a  1’entree  :  «  ...Syndrome  confusionnel  avec  onirisme  d’ori- 
gine  alcoolique,  survenu  en  apparence  spontanement  et  en  evolution 
depuis  deux  jours  (dit  etre  dans  un  hotel  de  Mezin,  rend  compte  a  son 
■colonel  des  faits  du  service...).  Fievre  (38°),  sueurs,  tremblement,  signes 
d*insuffisance  hepatique,  atteinte  polynevritique  legere  des  membres 
inferieurs,  mauvais  etat  general...  » 

A  13  h.  30,  regoit  80  centigrammes  de  Soneryl  (pese  50  kilos  envi¬ 
ron).  Sommeil  immediat.  Therapeutique  adjuvante  a  1’ordinaire.  Reveil 
vers  20  heures  de  courte  duree,  puis  nuit  calme.  Le  1"  decembre,  au 
matin,  temperature  37°6,  malade  agite  et  onirique  comme  a  1’entree 
depuis  quelques  heures.  A  10  heures,  injection  intra-veineuse  de 
50  centigrammes  de  Soneryl.  A  la  suite,  jusqu’au  lendemain  soir,  alter- 
nance  de  sommeil  et  de  somnolence  permettant  seulement  la  prise 
spontanee  de  liquides  en  abondance. 

Le  3  decembre,  fievre,  sueurs  et  tremblement  ont  disparu.  II  ne  per- 
siste  qu’uri  etat  confusionnel,  d’ailleurs  rapidement  regressif.  Gue- 

N°  4606.  —  E...  Eugene,  comptable,  39  ans,  entre  au  quartier  d’alie- 
nes  le  1"  decembre  1935. 

Sans  antecedent  pathologique  qu’une  pleuresie  banale  a  l’age  de 
16  ans,  boit  sans  exces,  notamment  du  vin.  A  assiste  a  un  mariage  il 
y  a  quelques  jours. 

Les  troubles  mentaux  ne  sont  apparus  que  la  veille  de  l’admission. 
On  note  a  1’entree  :  «  grand  delire  alcoolique  aigu  avec  agitation  in¬ 
tense  et  onirisme  tres  actif.  Raptus  panophobique  au  cours  duquel  il 
a  fait,  il  y  a  quelques  heures,  une  tentative  de  suicide  par  plaies  pro- 
fondes  du  cou  a  l’aide  d’un  crochet,  et  tire  des  coups  de  feu.  Fievre 
(38°  6),  sueurs,  tremblement,  etc...  » 

Dans  les  premieres  heures  du  sejour  asilaire,  l’etat  s’aggrave  progres- 


SEANCE  DU  23  MARS  i936 


sivement,  l’agitation  est  de  plus  en  plus  vive.  A  19  heures,  injection  de 
1  gramme  de  Soneryl.  Sommeil  sans  interruption  jusqu’au  lendemain 
durant  lequel  on  administre  comme  a  l’ordinaire  liquides  et  toni-car- 
diaques. 

Le  2  decembre,  somnolence  continue.  Temperature  37°6. 

Le  3,  au  matin,  il  ne  persiste  plus  que  la  croyance  en  la  realite  des 
phenomenes  oniriques,  qui  va  disparaitre  rapidement.  Guerison. 

L...,  38  ans,  chef  de  train  a  la  Compagnie  du  Midi,  hospitalise  dans 
une  clinique  chirurgicale  de  la  ville.  Alcoolique  ancien,  jaloux,  cole- 
reux  et  violent,  presente  une  cirrhose  du  type  Laennec  en  evolution 
debutante  (petit  foie,  rate  percutable,  ballonnement  abdominal  conside¬ 
rable  avec  legere  ascite,  circulation  veineuse  collaterale...).  A  subi  la 
veille,  sous  anesthesie  locale,  l’ablation  au  niveau  de  la  paroi  abdomi- 
nale  d’une  veine  dilatee  genante  :  l’intervention  aurait  ete  rapide  et 
facile. 

Des  le  soir,  apparition  d’un  syndrome  confusionnel  avec  onirisme 
dont  Fintensite  va  en  croissant  progressivement. 

Le  8  janvier  1936,  a  midi,  temperature  38°7,  agitation  vive,  langue 
rotie,  etat  general  grave. 

A  13  heures,  injection  de  1  gramme  de  Soneryl,  puis  10  centimetres 
cubes  d’huile  camphree  et  4  centicubes  d’extrait  hepatique.  Sommeil 
immediat  durant  lequel  on  continue  la  therapeutique  adjuvante.  Baisse 
de  Thyperthermie. 

A  20  heures,  reveil  et  reprise  de  l’agitation.  On  injecte  40  centigram¬ 
mes  de  Soneryl. 

Toute  la  journee  du  9,  la  nuit  du  9  au  10  et  la  matinee  de  ce  jour, 
alternance  de  sommeils  profonds,  de  courts  reveils  et  de  somnolence. 
Le  10  a  midi,  il  n’existe  au  reveil  complet  que  quelques  signes  confu- 
sionnels. 

Retour  rapide  a  l’etat  mental  anterieur  et  sortie  de  la  clinique  chi¬ 
rurgicale. 

C’est  pour  eviter  d’alourdir  a  l’extreme  cet  expose  que  nous 
n’avons  pas  rapporte  d’autres  observations.  Toutes  celles  que 
nous  pourrions  ajouter  ne  feraient  que  repeter  les  caracteres 
principaux  que  Ton  retrouve  dans  les  cas  ci-dessus. 

Conclusions.  —  En  resume,  le  butyl-ethyl-barbiturate  de 
sodium  ou  Soneryl  nous  a  donne,  dans  la  cure  du  delirium  tre¬ 
mens,  a  condition  d’observer  la  posologie  et  la  therapeutique 
adjuvante  que  nous  avons  indiquees,  des  resultats  interessants 
qui  nous  ont  paru  dignes  de  vous  etre  rapportes  et  de  nature  a 
conseiller  l’emploi  de  ce  produit. 


444 


SOCIETE  MED1CO-PSYCHOLOGIQUE 


Statistique  du  service  de  psychiatrie  d’urgence  de  la  Pitie  : 

role  des  services  ouverts  des  hdpitaux,  par  MM.  Laionel- 

Lavastine  et  Georges  d’HEucQUEViLLE. 

Nous  avons  l’honneur  de  verser  au  dossier  des  services  psychia- 
triques  ouverts,  la  statistique  de  notre  Service  de  psychiatrie 
d’urgence  de  la  Pitie  ( Pavilion  Charles-Quentin) .  Nous  nous  bor- 
nerons  aux  chiffres  des  trois  dernieres  annees,  1933,  1934,  1935, 
annees  posterieures  a  la  disparition  prematuree  de  Pierre  Kahn, 
qui  avait  defendu,  en  son  temps,  les  resultats  de  ce  service  dont 
il  etait  l’animateur. 

Le  nom  de  Pierre  Kahn  demeurera  attache  a  l’histoire  de  ce 
pavilion  psychiatrique.  II  en  assuma  la  charge  pendant  plus  de 
quinze  ans,  et,  la  veille  meme  de  sa  mort  (1932),  il  y  visitait 
encore  ses  malades.  Il  l’avait  organise  presque  au  debut  du  fonc- 
tionnement  de  la  Nouvelle  Pitie. 

On  se  rappelle  que  cet  hopital,  construit  sur  les  plans  de 
1’architecte  Rochet,  conforme  aux  exigences  de  l’hygiene  et  de  la 
therapeutique  a  cette  epoque,  entra  en  service  en  1912  (1).  Les 
•plans  prevoyaient  un  pavilion  d’isolement  pour  agites,  repon- 
dant  au  voeu  magistralement  exprime  ici  par  Regis,  et  speciale- 
ment  pour  les  hopitaux  parisiens  par  Le  Gendre  (2)  et  Tou¬ 
louse  (3). 

La  plaquette,  editee  par  l’Assistance  publique  a  l’inauguration 
de  la  Nouvelle  Pitie,  montre  que  1’Administration  a  voulu  reser¬ 
ver  un  pavilion  isole  aux  agites  des  autres  services,  pavilion  de 
10  lits  pour  480  lits  de  Medecine,  280  de  Chirurgie,  90  de  Mater- 
nite,  soit  1  lit  d’agite  pour  85  hospitalises. 

A  l’origine,  le  Pavilion  Charles-Quentin  devait  etre  place,  a 
tour  de  role,  sous  la  responsabilite  des  divers  chefs  de  services, 
medecins  et  chirurgiens,  puis  medecins  seuls.  Mais,  parmi  ces 
derniers,  Josue  (4)  en  prend  bientot  toute  la  charge,  et  l’Admi- 
nistration  y  affecte  specialement  Pierre  Kahn  a  titre  d’assistant 
de  psychiatrie. 

Depuis  lors,  le  Pavilion  Charles-Quentin  n’a  cesse  d’etre  rat- 
tache,  sous  la  direction  de  Pierre  Kahn,  au  4e  service  de  la  Pitie  ; 
service  de  Josue,  devenu  en  1924  service  de  l’un  de  nous,  qui 
l’amenagea  en  «  Centre  de  Neurologie  et  de  Psychotherapie  ». 
L’ensemble,  ainsi  constitue,  par  les  consultations,  les  salles  et 
le  pavilion,  avait,  selon  le  Rapport  annuel  de  l’Assistance  publi¬ 
que  de  1926  (5),  dans  ses  deux  premieres  annees,  donne  1.273 
consultations,  regulierement  suivi,  258  malades  externes,  hospi¬ 
talise  119  d’entre  eux,  prononce  108  internements. 


SEANCE  DU  23  MARS  1936 


445 


L’evolution,  si  conforme  au  mouvement  des  idees,  qui  a  ainsi 
rapproche  le  pavilion  d’isolement  du  service  de  neurologie  voisin, 
a  recu  la  sanction  administrative  sous  la  forme  d’une  galerie  les 
reliant  :  a  l’origine,  le  pavilion  etait  isole  de  toutes  parts,  sous 
reserve  d’un  acces  au  souterrain  de  ronde. 


C’est  d’ailleurs  la  seule  retouche  notable  qu’il  a  subi  depuis 
1912. 

Le  Pavilion  Charles-Quentin  se  trouve  en  retrait  de  l’aligne- 
ment  des  services  de  medecine,  a  15  metres  environ  derriere  la 
cantine.  II  prend  acces,  de  plain-pied,  par  un  vestibule,  sur  lequel 
s’ouvrent  :  d  gauche,  le  cabinet  medical  et  le  bureau  de  la  sur- 
veillante,  a  droite  la  cuisine  et  le  laboratoire  (transforme  a  pre¬ 
sent  en  couloir  d’acces  au  service  de  neurologie). 

De  l’extremite  du  vestibule  parlent  deux  rampes,  l’une  ascen- 
dante,  l’autre  descendante,  qui  conduisent  aux  deux  etages  de 
chambres  d’isolement  superposees.  Cette  disposition  ne  donne 
pas  l’impression,  quelque  peu  penitentiaire,  qu’on  pourrait  crain- 
dre  a  la  description  :  elle  permet  la  surveillance  d’une  partie 
des  chambres  du  vestibule  meme.  Chaque  etage  comprend  5 
chambres  d’isolement,  entierement  nues  et  ripolinees,  de  4  metres 
de  longueur,  3  metres  de  largeur,  3  metres  50  de  hauteur,  soit  un 
cube  d’air  de  4 2  metres  cubes.  La  chambre  est  eclairee  par  un 
chassis  metallique  encastre  dans  la  paroi,  garni  de  verre  epais, 
incassable,  de  surface  lisse,  malheureusement  assez  eblouissant 
au  soleil  ;  aeree  par  un  vasistas  arme,  manoeuvre  du  dehors  ; 
chauffee  par  un  radiateur  place  sous  une  tole  arrondie  dans  un 
angle.  Un  large  jour  de  glace  incassable  est  pratique  dans  la 
porte. 

Depuis  trois  ans,  nous  reservons  l’etage  superieur  aux  mala- 
des  relativement  calmes,  reposant  la  nuit.  Les  malades  turbulents, 
insomniques,  ou  difflciles,  sont  places  a  l’etage  inferieur  :  le  lit, 
seul  mobilier,  est  scelle  dans  3  chambres  sur  5,  amovibles  dans 
les  2  autres,  afln  que  l’on  puisse  y  laisser  l’agite  sur  de  simples 
matelas. 


Mouvement.  —  Le  Pavilion  Charles-Quentin  a  recu  : 


en  1933  . 

en  1934  . . 

en,  1935  . 

soit  une  moyenne  par  an  de . 

une  moyenne  par  an  et  par  lit  de  . 


312  malades  entrants 
337  « 

301  « 

317  malades 
32  malades 


416 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


II  faut  rapprocher  ce  chiffre  du  chiffre  correspondant  du  grand 
sevice  ouvert  parisien,  YHopital  Henri-Rousselle.  Celui-ci  a 
recu  (6)  : 

en  1933  .  4.538  malades  entrants 

en  1934  .  4.384  « 

soit  une  moyenne  de .  4.461  « 

dans  ses  200  lits, 

soit  une  moyenne,  par  an  et  par  lit,  de  22  malades. 

M.  Crouzon  (7)  (8),  pour  son  service  ouvert  de  55  lits  a  la  Sal- 
petriere,  donne  le  mouvement  suivant  : 

en  10  ans  (1923-1933)  .  3.456  malades 

soit  en  moyenne  par  an .  375  malades 

moyenne  par  an  et  par  lit  : .  6  malades 

A  l’Hopital  Tenon,  dans  les  5  lits  reserves  aux  agites,  ont  defile, 
pendant  une  periode  de  21  mois  (janvier  1922-octobre  1923)  (9)  : 
295  malades. 

soit  une  moyenne  par  an  de .  168  malades 

moyenne  par  an  et  par  lit  de  .  33  malades 

Dans  le  service  d’isolement  de  Lariboisiere,  qui  comprend 
8  lits,  M.  de  Massary  et  son  eleve  du  Souich  (10)  (11),  ont  publie 
les  chiffres  suivants  : 

pour  une  periode  de  4  ans  .  897  malades 

soit  par  an  .  224  malades 

moyenne  par  an  et  par  lit  de .  28  malades 

Ces  diverses  statistiques  illustrent  l’activite  des  services  de 
psychiatrie  des  hopitaux  de  Paris,  et  du  notre  en  particular,  acti¬ 
vity  loin  d’etre  negligeable. 

Leur  mouvement  parvient  a  depasser  meme  le  mouvement  de 
l’Hopital  Henri-Rousselle  (32  malades  par  an  et  par  lit  dans  notre 
Pavilion  Charles-Quentin,  contre  22  a  YHopital  Henri-Rousselle ). 
II  suffirait  de  14  services  comme  le  notre  dans  14  hopitaux  pari- 
siens  pour  absorber  le  volume  annuel  des  hospitalises  de  1’Hopi- 
tal  Henri-Rousselle. 

Recrutement.  —  Le  Pavilion  Charles-Quentin  recrute,  en 
principe,  comme  tous  les  services  d’isolement  psychiatrique  des 
Hopitaux,  ses  malades  dans  les  diverses  salles  de  Medecine,  Chi- 
rurgie  et  Maternite  de  I’Hopital.  Parmi  celle-ci,  le  voisinage  des 
deux  services  suivants  lui  vaut  un  apport  un  peu  particulier  : 

1°  Le  service  N"  4,  dirige  par  l’un  de  nous  et  organise  en 


SEANCE  DU  23  MARS  1936 


447 


service  de  Neurologie  et  centre  de  psychotherapie  :  il  confie  air 
Pavilion  d’isolement  Charles-Quentin  de  nombreux  malades, 
relevant  de  la  neurologie  organique  et  de  l’endocrinologie,  au 
cours  d’episodes  ou  de  raptus  psychiatriques  :  acces  anxieux , 
onirisme,  tentatives  de  suicide,  etc... 

2“  Le  service  N"  5,  equipe  en  service  de  Neuro-chirurgie  par 
M.  Clovis  Vincent,  qui  pourvoit  notre  Pavilion  en  confusions: 
mentales  d’origine  lesionnelle  (traumatismes  et  tumeurs),  et  ea 
excitations  consecutives  aux  operations  sur  Vencephale. 

Des  autres  services,  nous  recevons  la  clientele  habituelle  de 
psychiatrie  hospitaliere.  On  serait  embarrasse  d’en  apporter  une 
statistique  precise  a  l’entree  au  pavilion,  en  raison  du  polymor- 
phisme  des  tableaux  psychiatriques  observes,  de  leur  intrication 
avec  les  etats  organiques  traites  dans  les  salles.  Mais  on  classe. 
sans  possibility  de  discussion,  la  plupart  de  ces  sujets  dans  les- 
categories  suivanfes,  par  importance  numerique  decroissante  : 

1°  d’abord,  des  alcooliques  en  etat  de  delire  subaigu,  soit  spon- 
tane,  soit  secondaire  a  un  traumatisme,  une  operation  chirurgi- 
cale,  ou  une  pneumonie,  ou  toute  affection  medicale  ; 

2°  des  affaiblis  seniles  ou  arterio-sclereux,  traites  pour  une 
affection  aigue,  qui  ont  presente  de  la  turbulence  nocturne  ; 

3°  des  paralytiques  generaux  encore  meconnus,  hospitalises, 
pour  une  affection  intercurrente,  qui  se  revelent  par  leur  excita- 

4°  des  puerperales  avec  syndrome  maniaque  ou  confusionnel,, 
des  sujets  atteints  d ’affections  pulmonaires  aigues  avec  confusion,, 
des  asystoliques  obnubiles. 

Par  suite  de  l’insuffisance  de  nos  lits  par  rapport  aux  deman- 
des  des  autres  services,  nous  sommes  en  mesure  de  refusei  un 
recrutement  qui  a  trop  longtemps  sevi  dans  les  services  de 
psychiatrie  hospitallers  :  sinon,  les  «  enrages  »  que  Tenon  (12) 
deplorait  deja,  en  1788,  de  voir  colloquer  avec  les  alienes  de 
l’Hotel-Dieu,  mais  naguere  encore  les  sujets  atteints  de  tetanos, 
de  crises  comitiales  sans  obnubilation  permanente,  d’affection^ 
douloureuses  (cancer,  paraplegies,  nevrites,  nevralgie  faciale), 
les  incontinents  par  lesion  organique,  et  surtout  les  agomsants. 

En  principe,  le  Pavilion  Charles-Quentin  n’admet  que  les. 
seuls  malades  deja  hospitalises  dans  les  autres  services  de  la 
Pitie.  En  fait,  cette  regie  se  trouve  tournee  par  necessite. 

Ainsi,  la  plupart  de  nos  alcooliques  ont'sejourne  quelques 
heures  a  peine  dans  les  services  qui  les  adressent,  ou  lls  etaient 
entres  pour  le  traitement  d’un  traumatisme  ou  d’une  pneumonie. 


448 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


cause  occasionnelle  de  faeces  delirant.  Les  seniles  sont  conduits 
a  l’hopital  par  leurs  enfants,  a  l’occasion  d’une  vague  infection 
ou  intoxication  qui  exagere  leur  turbulence,  au-dela  de  la  patience 
de  ces  derniers  :  des  la  premiere  nuit,  le  service  de  garde  les 
transfere  au  Pavilion  d’isolement. 

De  meme,  nombre  de  deprimes,  admis  par  la  consultation  du 
service  de  Neurologie,  se  revelent  anxieux  des  leur  entree  en 
salle,  et  leur  traitement  doit  etre  entrepris  au  Pavilion  Charles - 
Quentin.  Enfin,  l’admission  en  salle  reste  fiction  administrative 
pour  les  nombreux  malades,  adresses  par  d’autres  hopitaux 
depourvus  de  pavilion  psychiatrique.  Et  aussi  pour  les  catego¬ 
ries  suivantes,  qtii  entrent  directement  de  la  ville  :  toxicomanes, 
epileptiques  en  etat  de  mal,  anxieux  venant  de  commettre  une 
tentative  de  suicide  et  prets  a  renouveler  leur  geste,  sujets  dans  le 
coma  a  la  suite  d’une  tentative  de  suicide  par  empoisonnement 
barbiturique  ou  opiace,  intoxication  oxy-carbonee,  noyade,  pen - 
daison,  stranyulation,  defenestration,  plaie  arterielle,  etc... 

Ainsi  s’etablit,  par  necessity,  un  recrutement  direct,  tres  com¬ 
parable  a  celui  de  l’Hopital  Henri-Rousselle.  Nombre  de  medecins 
de  ville  y  recourent,  et  nous  ne  cherchons  nullement  a  les  en 
dissuader,  certains  d’offrir,  dans  notre  Pavilion  Charles-Quentin 
comme  a  l’Hopital  Henri-Rousselle,  toutes  garanties  du  point  de 
vue  de  la  therapeutique  et  de  la  securite. 

S£jour.  —  Le  reglement  general  des  salles  de  Medecine  s’appli- 
que,  sans  aucune  disposition  speciale,  au  Pavilion  Charles-Quen¬ 
tin.  Les  portes  des  chambres  ne  sont  verrouillees  qu’a  1’heure  de 
la  visite  medicale,  sauf  le  cas  des  alcooliques  en  plein  delire  et 
des  sujets  consignes  par  l’autorite  judiciaire.  On  visite  librement 
les  malades  aux  heures  habituelles  (1  a  3  heures),  sauf  toutefois 
les  toxicomanes  qui,  en  entrant,  ont  renonce  expressement  aux 
visites.  La  correspondance  est  libre  et  cachetee. 

Seuls  les  affaiblis  et  les  confus  ne  disposent  pas  du  couvert 
complet.  Sauf  contre-indication  medicale,  les  malades  du  pavil¬ 
ion  recoivent  le  regime  alimentaire  commun.  Nous  nous  recon- 
naissons  le  droit  d’alimenter  les  malades  a  la  sonde  :  c’est  l’in- 
terne  ou  l’externe  du  service  qui  l’administre  ;  leur  premier  acte, 
en  prenant  leurs  fonctions,  est  de  se  familiariser  avec  cette 
technique. 

Nous  n’admettons,  par  autre  derogation  a  l’usage  hospitalier, 
aucune  discussion,  ni  avec  nos  malades,  ni  avec  leurs  families 
quant  a  l’opportunite  des  soins  et  examens  presents,  en  parti- 
culier  de  la  ponction  lombaire.  Cette  ferme  jurisprudence  nous 


SEANCE  DU  23  MAKS  1936 


449 


parait  la  contre-partie  de  la  faculte,  ouverte  a  tout  protestataire, 
de  quitter  le  service  en  signant  sa  pancarte  :  dans  ces  trois 
annees,  ni  pour  les  alimentations  artificielles,  ni  pour  les  ponc- 
tions  lombaires,  nous  n’avons  recueilli  aucune  reclamation. 

Signalons  encore  la  regie  institute  pour  les  admissions  et  les 
sorties.  Au  cours  des  trois  dernieres  annees,  jamais  un  lit  n’a  ete 
laisse  vacant  sans  qu’un  entrant,  qui  attendait  la  vacance,  l’ait 
aussitot  occupe.  Pour  lutter  contre  une  telle  plethore,  nous  avons 
du  consigner  en  permanence  l’un  de  nos  10  lits,  qui  demeure 
toujours  pret  a  recevoir  un  malade  urgent,'  Des  que  ce  lit  se 
trouve  ainsi  immobilise,  un  malade,  designe  a  l’avance  pour 
l’internement,  le  retour  en  salle  ou  la  sortie,  doit  aussitot  libe- 
rer  le  sien. 

Compte  tenu  de  cette  regie,  la  duree  moyenne  du  sejour  dans 
notre  Pavilion  s’obtient  en  divisant  le  nombre  de  journees  offer- 
tes  dans  l’annee  par  9  lits  (365  X  9  =  3.285),  par  le  nombre  de 
malades  entres  dans  l’annee. 

La  duree  moyenne  du  sejour  a  ete  : 

en  1933  de .  10  jours  et  12  heures. 

en  1934  .  9  jours  et  20  heures. 

en  1935  .  10  jours  et  20  heures. 

soit  en  moyenne  :  .  10  jours  et  10  heures. 

On  observera  que,  malgre  la  plethore  des  malades  qui  nous 
accable,  notre  Pavilion  Charles-Quentin  soutient  aisement  la 
comparaison,  sous  ce  rapport,  avec  I’Hopital  Henri-Rousselle. 
M.  Toulouse  indiquait  en  effet  (13)  qu’il  etait  contraint,  faute  de 
place,  d’interner  des  malades  qui  auraient  pu  etre  traites  en  cure 
libre  s’ils  y  avaient  ete  conserves  assez  longtemps  ;  et  75  %  des 
sujets  qu’il  fallait  interner  etaient  demeures  moins  de  5  jours 
en  observation  dans  le  service  ouvert. 

Dans  son  service  de  la  Salpetriere,  M.  Crouzon  (8),  au  contraire, 
peut  offrir,  a  chacun  de  ses  malades,  un  sejour  moyen  de 
30  jours. 

Internements.  —  Les  hopitaux  de  Paris  ont  conserve  la  tra¬ 
dition  de  recourir  au  seul  internement  d’offhce  pour  leurs  mala¬ 
des.  Saisie  d’un  certificat  d’internement,  la  direction,  en  quelques 
heures,  demande  une  decision  provisoire  au  commissaire  de 
police  du  quartier  (par  application  de  Particle  19  de  la  Loi  de 
1838),  et  conduit  le  sujet  en  ambulance  a  l’Admission  de  Sainte- 
Anne. 

Apres  bien  d’autres  medecins  des  hopitaux,  nous  avons  cher- 
che  a  faire  beneficier  nos  malades  des  avantages  du  placement 


Ann.  Med.-psych.,  XV1'  serie,  94*  annee,  t.  I.  —  Mars  1936. 


450 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOG1QUE 


volontaire.  Quand  nous  recevons  la  visite  des  families,  et  quanct 
elles  acceptent  la  necessity  de  l’internement,  nous  nous  sommes 
assignes  pour  regie  de  leur  proposer  d’abord  le  placement  volon¬ 
taire.  Mais  1’immense  majorite  n’aper§oit  nulle  compensation 
a  la  charge  qui  leur  incombe  du  fait  du'  placement  volontaire,  et 
nous  demande  de  recourir  au  placement  d’office. 

Pour  les  encourager  dans  la  voie  du  placement  volontaire,. 
nous  avons  obtenu  de  l’Administration  qu’elle  detacbe  un  infir- 
mier,  pour  assister  les  families  dans  leur  voyage  a  l’Admission,. 
la  voiture  restant  a  freter  par  la  famille.  Mais  ce  secours  est. 
demeure  inoperant,  contre  le  placement  volontaire  restent  ligues  : 
la  parcimonie,  la  crainte  des  responsabilites  et  tous  les  prejuges 
populaires  sur  l’alienation  mentale.  Nous  le  deplorons,  tout  en 
constatant  que,  dans  la  Seine,  les  differences  de  condition  entre 
les  internes  d’office  et  volontaires  se  sont  bien  estompees. 

Nous  n’avons  done  pu  proceder  au  placement  volontaire  que 
dans  des  circonstances  exceptionnelles,  quand  la  famille  nous 
l’a  spontanement  demande  pour  des  raisons  particulieres  :  dans  le 
cas,  par  exemple,  de  debiles  paisibles  non  internables  d’office,  ou 
de  placements  directs  dans  des  Pensionnats  de  province  ou  des^ 
Maisons  de  sante  privees.  Le  chiffre  suivant  d’internements  com- 
prend  seulement  les  internements  d’office,  a  l’exclusion  de  ces- 
cas  exceptionnels. 

Parmi  les  malades  du  Pavilion  Charles-Quentin,  nous  avons  du 
interner  : 

en  1933  ...  80  malades  sur  312,  soit  25,64  % 

en  1934  ...  88  malades  sur  337,  soit  23,14  % 

en  1935  ....  85  malades  sur  301,  soit  28,24  % 

soit  une  moyenne  de  25,67  %:. 

en  1933  ...  2.028  malades  sur  4.535,  soit  44,72  % 

en  1934  ...  1.940  malades  sur  3.484,  soit  55,65  % 

en  moyenne  50,18  %. 

Pour  comparer  les  deux  organisations  du  point  de  vue  de  la 
proportion  des  internements,  l’on  retiendra  qu’en  chiffres  ronds, 
nous  internons  le  quart  de  nos  malades  du  Pavilion  Charles- 
Quentin,  tandis  que  YHopital  Henri-Rousselle  doit  en  placer  la 
moitie. 

M.  de  Massary  (10)  (11),  a  Lariboisiere,  internait  : 


en  4  ans  .  236  malades  sur  897 

done  par  an .  59  malades  sur  224 


en  moyenne,  sensiblement  24  %. 


SEANCE  DU  23  MARS  1936 


451 


M.  Crouzon  (8)  a  interne  a  la  Salpetriere  : 

en  10  ans  .  884  malades  sur  3.456 

par  an  .  88  malades  sur  345 

soit  25,28  %  :  ces  deux  chiffres  se  rapprochent  du  notre. 

Pour  mettre  en  relief  les  differences  entre  le  regime  des  inter- 
nements  dans  les  services  de  psychiatrie  des  hopitaux  et  celui  des 
internements  prononces  a  l’Hopital  Henri-Rousselle,  nous  avons 
place  en  regard,  dans  deux  tableaux,  la  repartition  des  inter¬ 
nements  de  notre  service  Charles-Quentin  dans  l’annee  1934  et 
a  YHopital  Henri-Rousselle  dans  l’annee  1930  (derniere  statisti- 
que  utilisable  publiee)  (14),  selon  : 

1°  l’affection  mentale  diagnostiquee  dans  le  certificat  ; 

2°  la  duree  de  l’observation  prealable  a  la  mesure  d’mterne- 
ment. 

Pourcentage  des  internements  selon  Yaffection  mentale  certifiee 


Pavilion 

Affection  Charles  Quentin 

Hdpital 
Ilenri  Bouss 

Manie  . 

5 

-  6,5 

Melancolie  . 

11,25 

16 

Confusion  mentale  . 

10 

3 

Delire  chronique  . 

5 

12,5 

Demence  precoce . 

7,5 

9,5 

Desequilibre  constitution- 
nel  . 

2,5 

2,3 

Arrieration . 

2,5 

3,2 

Demence  senile  et  art . 

21,25 

10 

Paralysie  generate  . 

17,5 

7,5 

Epilepsie  . 

2,5 

3,5 

Encephalite  epidemique  .  . 

0 

1 

22,5 

Alcoolisme  . 

12,5 

Toxicomanies  . 

0 

0,2 

Traumatismes  . 

0 

0,9 

Psychoses  puerperales  .  .  . 

2,5 

1,2 

Psychoses  puerperales  ...  Z,o  r,z 

Divers .  0  0,7 


100  100 

II  ressort  de  ce  tableau  que  nous  internons  plus  de  paralyti- 
ques  generaux,  de  dements  seniles  et  de  confus  que  l’Hopital 
Henri-Rousselle,  moins  de  delirants  chroniques,  et  surtout  moins 
de  melancoliques  et  d’alcooliques,  cela  en  raison,  vraisemblable- 
ment,  comme  on  va  le  voir,  de  la  duree  de  sejottr  plus  longue 
dans  notre  pavilion,  suffisante  pour  la  desintoxication  dans  une 
plus  forte  proportion  de  cas. 


452 


SOCIETE  MED1CO-PSYCHOLOG1QUE 


Pourcentage  des  internements 
selon  la  duree  de  V observation  prealable  : 

Pavilion  H5pital 

Jours  d’observalion  Charles  Quentin  Henri  Kousselle 


0 . . 

5,03 

1  . 

15,23 

2  . 

23,62 

3  . 

20,01 

4  . 

12,80 

5  . 

.  5 

7,10 

6  . 

-  7,5 

5,22 

7  . 

3,48 

8  a  10  . 

.  13,75 

3,93 

11  a  15  . 

.  17,5 

1,93 

16  a  20  . 

.  16,25 

0,81 

Au-dela  de  20  . 

.  21,25 

0,77 

100 

100 

Ce  tableau  montre  que  les  trois-quarts  de  nos  internes  ont  ete 
conserves  plus  de  6  jours  en  observation,  le  quart  plus  de  20 
jours,  alors  que  YHopital  Henri-Rousselle  a  du  placer  les  siens, 
pour  les  trois-quarts,  avant  le  5 6  jour. 


Pour  apporter  une  idee  complete  de  1’activite  de  notre  service 
Charles-Quentin,  ajoutons  : 

1°  que  les  families  ont  place  elles-memes,  soit  par  placement 
volontaire  a  l’Admission,  dans  un  Pensionnat  d’asile  de  pro¬ 
vince,  dans  une  Maison  de  sante  fermee,  dans  un  service  ouvert 
comme  l’Hopital  Henri-Rousselle,  ou  dans  diverses  Maisons  de 
sante  ouvertes,  ou  encore  dans  des  hospices  ou  des  centres  de 
reeducation,  une  proportion  de  3  %  de  nos  malades  ; 

2°  que  5  %  ont  quitte  le  service  contre  l’avis  medical,  protes- 
tataires  ayant  signe  leur  pancarte  ou  sujets  repris  par  leurs 
families  ; 

3°  que  nous  avons  eu  a  deplorer  une  moyenne  de  8,42  %  de 
deces. 

Par  consequent,  58  %  de  nos  malades  ont  quitte  le  service  ame- 
liores  ou  gueris  de  leurs  troubles  mentaux,  pour  rentrer  dans 
leur  salle  d’origine,  sortir  de  l’Hopital  ou  partir  en  convalescence 
dans  les  etablissements  de  l’Assistance  publique  (Vincennes  et  le 
Vesinet). 


SEANCE  DU  23  MARS  1936 


453 


Ce  chiffre  est  a  rapprocher  du  chiffre  correspondant  des  ser¬ 
vices  similaires  de  l’Hopital  Lariboisiere  (6i  %)  (10)  (11),  de  la 
Salpetriere  (64  %)  (8),  et  de  l’Hopital  Henri-Rousselle  (4 1  %’)  (14). 

On  peut  done  retenir  que  les  services  de  psychiatrie  d’urgence 
des  Hopitaux  de  Paris,  les  services  ouverts  des  Hopitaux,  ont  une 
mission  a  remplir,  et  que  cette  mission,  ils  la  remplissent  effec- 
tivement. 

Ils  continuent  la  tradition  de  l’un  des  leurs,  le  service  de 
psychiatrie  de  l’Hotel-Dieu,  abritant  200  malades,  que  Tenon, 
vrai  precurseur  de  Pinel,  d’Esquirol  et  du  legislates  de  1838, 
reorganisait  sur  les  donnees  de  son  remarquable  memoire  de 
1788  (15).  Ce  service,  apres  le  developpement  des  asiles  fermes, 
conserva  son  activite  et  son  rayonnement,  sous  l’impulsion 
notamment  de  Gilbert  Ballet,  Brissaud,  Chantemesse,  MM.  Roger, 
Rathery,  Sainton,  en  dernier  lieu  M.  Baudouin  et  son  assistant, 
M.  Largeau. 

Ses  bienfaits  parurent  meme  si  precieux  que  la  Societe  Medico- 
psychologique,  avant  la  guerre,  designait  une  Commission,  pour 
etudier  la  possibility  de  generaliser  de  tels  services.  La  Societe 
Medicale  des  Hopitaux  emettait  deux  voeux  dans  le  meme  sens, 
le  23  juillet  1920  et  le  15  avril  1925. 

Depuis  lors,  depuis  surtout  que  l’enseignement  de  la  Mede- 
cine  mentale  a  ete  ampute  de  ses  deux  chaires  reputees  de  la 
Salpetriere  et  de  Bicetre,  une  floraison  de  services  de  psychiatrie 
d’urgence  s’est  developpee  pour  y  pallier  dans  la  formation  des 
internes  et  externes  des  Hopitaux  de  Paris  et  des  etudiants  de 
la  Faculte  a  Laennec,  Tenon,  Saint-Antoine,  Lariboisiere,  etc., 
tout  dernierement  dans  le  nouvel  Hopital  Beau j on. 

Ces  services  sont  en  mesure  d’accomplir  toutes  les  fonctions 
des  services  ouverts  annexes  aux  asiles.  MM.  Claude  et  Toulouse, 
lors  de  la  discussion  de  1923  a  la  Societe  Medicale  des  Hopitaux! 
estimaient  preferable  qu’ils  s’abstiennent  de  prendre  les  deci¬ 
sions  d’internement,  et  qu’ils  dirigent  leurs  malades  a  interner 
sur  les  services  ouverts  de  Sainte-Anne.  L’experience,  traduite 
par  les  chiffres  apportes,  semble  avoir  decide  en  sens  inverse. 
Les  services  de  psychiatrie  d’urgence  des  hopitaux  ont  accompli 
les  internements  necessaires.  Mais,  par  suite  d’une  organisation 
peut-etre  plus  souple,  ces  internements  se  trouvent  avoir  ete 
prononces  en  proportion  notablement  moindre,  environ  la  moi- 
tie,  et  apres  un  temps  d’observation  plus  prolonge,  environ  le 
triple,  qu’au  service  de  prophylaxie  mentale  departemental. 

Entre  ce  dernier  et  les  services  de  psychiatrie  des  hopitaux 
doit  s’etablir  une  collaboration.  Nous  nous  permettons  de  sugge- 
rer,  dans  cet  ordre  d’idees,  que  ces  derniers,  qui  conservent,  da°ns 


454 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


le  prejuge  populaire,  l’avantage  de  ne  pas  porter  l’adresse  1,  rue 
Cabanis,  conviennent  specialement  aux  sujets  trouves  en  etat 
grave  a  la  suite  d’une  tentative  de  suicide,  a  qui  les  services 
voisins  de  l’hopital  apporteront  un  secours  immediat,  medical 
et  chirurgical,  en  cas  de  besoin  ;  d’autre  part,  aux  delirants 
febriles  et  alcooliques,  qui  pourront  y  demeurer  plus  longtemps 
et  y  parfaire  leur  desintoxication,  avantage  qui  ressort  de  la 
statistique  comparative  apportee. 

BIBLIOGRAPHIE 

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ger-Levrault,  1913. 

2.  Le  Gendre.  —  De  la  necessite  d’amenager,  dans  cbaque  hopital,  un 

local  special  pour  Vi&olement  effectif  des  ayites  temporaires.  Soc. 
Med.-Psych,,  18  janvier  1901. 

3.  Toulouse.  —  Les  delirants  des  hopitaux.  Revue  de  Psychiatric,  jan¬ 

vier  1904. 

4.  Josue.  -  L’ancienne  et  la  nouvelle  Pitie.  Paris  Med.,  11  novembre  1911. 

5.  Creation  d’un  centre  de  psychotherapie  a  la  Pitie,  in  Rapport  annuel 

de  1’Assistance  publique,  1926,  p.  12. 

6.  Statistiques  de  VHopital  Henri-Rousselle  (1934  inclus)  (tableaux). 

7.  Crouzon.  —  Observations  sur  le  fonctionnement  d’un  service  d’ obser¬ 

vation  et  de  triage  neuro-psychiatrique  a  la  Salpetriere.  Congres 
des  Alien,  et  Neur.,  Besan<;on,  1933. 

8.  Crouzon.  —  Dix  ans  de  fonctionnement  du  service  d’ observation  et  de 

triage  neuro-psychiatrique  a  la  Salpetriere.  Ac.  Med.,  31  oct.  1933. 

9.  Merklen,  Minvielle  et  Hirschbero.  —  Statistique  du  service  de  psychia¬ 

tric  de  VHopital  Tenon.  Soc.  Med.  Hop.,  2'  novembre  1923. 

10.  du  Souich.  —  Le  fonctionnement  du  service  d’agites  de  Lariboisiere. 

These  Paris,  1922. 

11.  Ern.  de  Massary.  —  Discussion  de  la  Soc.  Med.  Hop.,  2  novembre  1923. 

12.  Carrette.  —  Tenon  ct  l’assistance  aux  alienes'a  la  fin  du  xvme  siecle. 

Ann.  Med.-Psych.,  novembre  1925. 

13.  Toulouse.  —  L’hopital  psychiatrique  de  la  Seine.  Ann.  Med.-Psych., 

avril  1933,  p.  472. 

14.  Toulouse.  —  Le  centre  de  prophylaxie  mentale  de  la  Seine  (rapport 

annuel,  1930). 

15.  Tenon.  —  Projet  de  reorganisation  de  VHotel-Dieu,  Paris,  1788. 

16.  Claude.  —  Discussion  de  la  Soc.  Med.  Hop.  2  novembre  1923. 

17.  Toulouse.  —  Discussion  de  la  Soc.  Med.  H6p.,  2  novembre  1923. 

M.  Crouzon.  —  Le  service  que  je  dirige  a  la  Salpetriere  avec  la 
collaboration  de  M.  Vurpas,  a  une  activite  moindre  que  celui 
de  la  Pitie,  car  nous  y  faisons  plus  de  traitement  que  de  triage. 
Nous  avons,  en  effet,  des  categories  de  malades  differentes  :  j’ai 
moins  de  malades  aigus  qu’a  la  Pitie  et,  par  contre,  je  recois 
beaucoup  de  paralytiques  generaux  pour  la  malariatherapie, 
mon  service  fonctionnant  comme  centre  de  malariatherapie  ; 


SEANCE  DU  23  MARS  1936 


455 


leur  traitement  demande  deux  a  trois  mois  ;  de  meme,  je  recois 
nombre  de  femmes  presentant  une  depression  melancolique  dont 
le  traitement  surtout  a  la  menopause  demande  aussi  quelques 
mois.  D’autre  part,  si  le  pourcentage  de  mes  internements  est  de 
25  %,  comme  a  la  Pitie,  grace  a  la  collaboration  de  mon  person¬ 
nel  admirable,  les  families  comprennent  les  avantages  du  pla¬ 
cement  volontaire  et,  dans  mon  service,  ce  placement  volontaire 
est  tres  frequemment  accepte  et  est,  pour  ainsi  dire,  la  regie. 

M.  Ceillier.  —  A  St-Antoine,  ou  le  service  des  agites  a  tres  peu 
de  lits,  il  s’agit  surtout  d’un  service  de  triage.  Nous  faisons 
malheureusement  presque  toujours  des  placements  d’office.  Et 
cet  internement  d’office  d’un  malade  qui  est  venu  volontairement 
se  faire  soigner  a  l’hopital  d’une  maladie  intercurrente,  consti- 
tue  un  veritable  abus  de  confiance.  Ne  pourrait-on  pas  elargir  le 
debat  et  demander  a  ce  qu’on  retablisse  le  corps  des  psychiatres 
des  hopitaux  de  Paris,  cela  afin  de  grouper  tous  ces  psychopathes 
et  modifier  leur  mode  de  placement. 

M.  G.  Demay.  —  On  ne  saurait  trop  insister  sur  l’importance 
du  mode  de  placement  dans  les  asiles  de  la  Seine.  De  par  la 
volonte  de  la  Prefecture  de  police,  nos  malades  places  d’office 
se  trouvent  dans  une  situation  toute  differente  de  ceux  qui  ont 
beneficie  du  placement  volontaire.  On  nous  interdit  de  les  laisser 
sortir  pendant  quelques  heures  avec  leur  famille,  de  leur  accor- 
der  des  conges  a  titre  d’essai,  interdictions  qui  n’existent  pas 
pour  les  malades  places  volontairement.  Dans  certains  cas,  nos 
propositions  de  sortie  sont  controlees  par  un  medecin-inspecteur 
et  parfois  refusees.  De  telles  pratiques  n’existent  pas  en  province 
ou  les  prefets  accordent  toujours  les  sorties  demandees  par  les 
medecins  des  asiles,  et  ou  les  malades  places  d’office  beneficient 
des  memes  permissions  que  les  «  placements  volontaires  ».  On 
peut  dire  qu’a  ce  point  de  vue,  nos  malades  places  d’office  sont 
dans  une  situation  inferieure  a  celle  des  malades  de  province. 
Nous  nous  devons  de  reclamer  la  disparition  d’une  pareille  ano- 
malie.  Le  fait  qu’elle  existe  augmente  l’interet  du  placement 
volontaire  ;  il  importe  que  les  medecins  des  hopitaux  le  sachent 
et  qu’ils  n’aient  recours  au  placement  d’office  que  lorsque  toute 
autre  procedure  est  vraiment  impossible. 

En  ce  qui  concerne  les  services  ouverts  pour  psychopathes 
crees  dans  les  hopitaux,  je  ne  puis  qu’applaudir  a  leur  extension, 
et  je  sais  que  cette  opinion  est  partagee  par  tous  mes  collegues 
des  asiles.  De  meme,  nous  n’avons  pas  ete  les  derniers  a  protes¬ 
ter  contre  la  suppression  des  services  d’alienes  de  Bicetre  et  de 
la  Salpetriere,  et  nous  nous  joignons  bien  volontiers  a  M.  Ceillier 


450 


SOCIETE  MED1CO-PSYCHOLOG1QUE 


pour  demander  que  l’Assistance  publique  veuille  bien  retablir 
le  concours  d’alieniste  des  hopitaux  dont  la  suppression  a  ete 
nefaste.  Mais  ce  principe  une  fois  admis,  il  ne  faudrait  pas  en 
tirer  des  deductions  excessives.  II  ne  faudrait  pas  —  comme  on 
a  parfois  tente  de  le  faire  —  opposer  la  psychiatrie  d’hopital  a  la 
psychiatrie  d’asile,.  preconiser  deux  categories  d’Assistance  psy- 
chiatrique  :  l’une  pour  les  malades  aigus,  1’ autre  pour  les  chro- 
niques,  la  premiere  etant  exclusivement  reservee  aux  hopitaux, 
l’autre  aux  asiles.  Une  telle  doctrine  constitue  une  regression,  il 
ne  faut  pas  se  lasser  de  le  repeter.  Aussi  bien,  quelle  que  soit 
1’extension  qu’on  donne  aux  services  de  psychopathes  aigus  dans 
les  hopitaux,  ils  n’arriveront  jamais  a  hospitaliser  tous  les  mala¬ 
des.  Que  l’on  developpe  les  services  de  ce  genre,  d’accord,  mais 
que  1’on  cree  parallelement  des  services  ouverts  dans  tous  les 
asiles.  C’est  a  cette  formule  ainsi  completee  que  je  demande  a 
mes  collegues  de  se  rallier. 

M.  Th.  Simon.  —  Il  me  parait  illegitime  de  comparer  PHopital 
Henri-Rousselle  et  un  service  libre  d’hopital,  les  malades  etant 
essentiellement  differents.  C’est  aussi  illegitime  qu’il  le  serait  de 
comparer  le  rendement  d’un  service  d’enfants  sans  tenir  compte 
'  des  categories  des  enfants  hospitalises. 

M.  Beaudouin.  —  Il  faut  souligner  que  le  placement  volontaire 
peut  etre  realise  meme  sans  intervention  de  la  famille.  Dans  le 
departement  de  la  Seine,  la  condition  expresse  est  la  production 
d’une  piece  etablissant  que  la  residence  effective  dans  le  depar¬ 
tement  remonte  a  plus  d’une  annee. 

M.  Brissot.  —  M.  d’Heucqueville  vient  de  nous  donner  le 
pourcentage  de  ses  malades  de  l’Hopital  de  la  Pitie  qui  ont  ete 
internes.  Ce  pourcentage  serait  de  25  %  beaucoup  plus  eleve, 
selon  lui,  que  celui  des  malades  de  l’Hopital  Henri-Rousselle  qui 
ont  ete  transferes  dans  les  asiles. 

A  ce  sujet,  je  me  permettrai  de  lui  poser  la  question  suivante  : 
M.  d’Heucqueville  a-t-il  fait  la  statistique  des  malades  qui, 
posterieurement  a  leur  sortie  de  son  service  de  la  Pitie,  ont 
ete  internes  ?  Car  il  me  semble  que  le  pourcentage  qu’il  donne 
est  tout  a  fait  incomplet,  si  1’on  ne  tient  pas  compte  d’un  interne- 
ment  possible,  lorsque  le  malade  est  revenu  dans  sa  famille.  Mon 
collegue  Anglade  me  fait,  a  l’instant,  precisement  savoir  que  l’un 
des  malades  de  son  service  de  Villejuif  etait  sorti  huit  jours 
auparavant  du  service  special  de  la  Pitie. 

J’ajouterai  que,  s’il  v  a  des  internements  qu’on  eut  pu  eviter, 
d’autres,  au  contraire,  sont  eminemment  desirables  —  et  il  n’y  a 


SEANCE  DU  23  MARS  1936 


45? 


pas  lieu  de  les  differer  —  si  l’on  envisage  l’avenir  mental  du 
sujet. 

M.  Henri  Ey.  —  Nous  devons  feliciter  les  auteurs  de  l’efficacite 
et  de  1’activite  de  leur  service.  Neanmoins,  leur  communication 
m’inspire  certaines  reserves  en  ce  qui  concerne  le  developpement 
d’un  systeme  d’assistance  aux  psychopathes  qui  me  parait  impli- 
quer  de  plus  en  plus  l’erreur  fondamentale  d’etre  surtout  une 
lutte  contre  l’internement.  La  condition  juridique  de  l’interne- 
ment  est  une  garantie  et  non  une  opprobre.  De  quelque  nom 
nouveau  qu’on  le  decore,  quelque  subterfuge  qu’on  emploie, 
l’asile  reste  la  piece  maitresse  et  indispensable  de  l’assistance 
aux  sujets  atteints  de  troubles  mentaux.  La  bonne  «  politique  » 
d’assistance  me  parait  resider  dans  la  «  croisade  »  pour  la  reno¬ 
vation  medicale  des  asiles  partout  ou  elle  n’a  pas  ete  faite  encore 
et  dans  la  lutte  contre  la  reputation  injustifiee  de  l’asile  et  de 
l’internement.  A  ce  titre,  on  ne  saurait  trop  recommander,  a  mon 
avis,  que  l’ensemble  des  services  d’assistance,  d’hygiene  mentale, 
de  cure  libre  d’hospitalisation,  de  troubles  neuro-psychiques 
aigus  et  de  traitement  des  malades  soumis  a  la  garantie  de  la  loi 
de  1838,  se  trouvent  reunis  et  groupes  autour  des  formations 
asilaires.  Par  la,  l’asile  perdra,  aupres  des  families  et  aussi,  il 
faut  bien  le  dire,  de  beaucoup  trop  de  medecins  qui  le  connais- 
sent  mal,  une  reputation  de  plus  en  plus  immeritee.  Au  contraire, 
le  fait  de  rapporter  les  services  d’hospitalisation  loin  de  l’asile 
ne  peut  que  creuser  davantage  un  fosse  d’autant  plus  dangereux 
que  l’on  est  bien  oblige  de  le  franchir,  et  meme  de  le  franchir 
souvent,  si  nous  en  croyons  les  statistiques  d’internement  des 
divers  services  hospitaliers  ou  les  mesures  de  coercition  d’ailleurs. 
s’averent  indispensables.  La  prophylaxie  mentale,  l’assistance 
aux  psychopathes,  ne  peuvent  que  gagner  a  1’uniflcation  des 
efforts  diriges  systematiquement,  non  contre  1’internement,  mais 
contre  le  vrai  mal  :  les  maladies  dont  dependent  les  troubles 
mentaux. 

M.  Courbon.  —  Je  m’associe  entierement  a  la  protestation  de 
M.  Henri  Ey.  Ce  n’est  pas  obeir  a  l’esprit  medical,  ni  servir  l’inte- 
ret  des  malades  mentaux  que  de  deriver,  sur  la  mesure  de  l’inter¬ 
nement,  le  prejuge  d’infamie  qui  pese  sur  les  maladies  mentales. 
Aux  yeux  du  public  qui  ignore  les  subtilites  differentielles  des  pla¬ 
cements,  c’est  le  fait'  d’avoir  du  etre  retranche  des  salles  ou  sont 
traites  les  malades  dont  la  raison  est  conservee,  qui  constitue 
la  tare.  Ce  retranchement,  qu’il  soit  effectue  dans  telle  ou  telle 
enceinte,  en  un  endroit  appele  pavilion  d’isolement,  ou  hopital 


458 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


psychiatrique,  ou  asile,  est,  pour  le  public,  l’agent  essentiel  d’in- 
f&mie. 

Ce  que  Fesprit  medical  et  l’interet  des  malades  mentaux  com- 
mandent,  c’est  de  travailler,  non  a  deplacer  le  prejuge,  mais  a  le 
detruire  en  prouvant  que  souvent  la  maladie  mentale  est  curable 
et  que  souvent  elle  n’est  pas  hereditaire.  Or,  la  cure  ne  peut  s’obte- 
nir  que  dans  des  locaux  specialement  amenages,  et  la  mesure 
de  l’internement,  quand  elle  est  prise  a  bon  escient,  est  une 
condition  indispensable  de  guerison  puisqu’elle  impose  le  traite- 
ment  qui  la  produit. 

M.  Rene  Charpentier.  —  Ce  n’est  en  rien  mesestimer  le  grand 
interet  du  service  de  M.  le  Professeur  Laignel-Lavastine,  ni  l’inte- 
ret  de  cette  communication,  que  de  s’associer  a  la  remarque  de 
M.  Th.  Simon.  II  parait  difficile  d’etablir  une  comparaison  entre 
le  mode  de  fonctionnement  d’un  service  de  10  fits  et  celui  d’un 
grand  Hopital  comme  l’Hopital  Henri-Rousselle,  son  dispensaire 
et  ses  services  annexes.  Les  conditions  sont  differentes. 

Comme  1’a  montre  la  discussion  engagee,  cette  interessante 
communication  souleve  de  nombreux  problemes  qui  meritent  de 
rester  a  Fordre  du  jour  de  la  Societe. 

M.  Laignel-Lavastine.  —  Eviderument,  entre  l’Hopital  Henri- 
Rousselle  et  mon  service  psychiatrique,  il  y  a  de  grosses  diffe¬ 
rences.  Mais  on  peut  etablir  des  comparaisons  entre  toutes  les 
choses.  On  peut,  par  example,  comparer  l’hopital  d’evacuation 
avec  le  poste  de  secours.  J’ajoute  que  notre  communication  n’a 
aucune  arriere-pensee  agressive  pour  personne.  Et  je  signale  que, 
si  le  placement  volontaire  est,  a  la  Pitie,  moins  frequent  que 
dans  d’autres  hopitaux,  c’est  peut-etre  parce  qu’a  la  Pitie,  la  voi- 
ture  qui  mene  le  malade  a  Ste-Anne  est  a  la  charge  des  families 
et  qu’ailleurs,  elle  est  a  la  charge  de  l’Hopital. 

M.  Ceillier.  —  Encore  deux  mots  :  le  fait  d’interner  d’office 
un  malade  venu  se  faire  soigner  librement  a  l’Hopital  ou  dans  un 
service  de  prophylaxie,  constitue  un  veritable  abus  de  confiance 
ou  abus  de  pouvoir. 

Parmi  les  problemes  souleves  a  ce  sujet,  il  en  est  un  que  l’on 
peut  preciser  nettement:  l’etude  des  conditions  de  placement  dans 
les  asiles  d’alienes  des  malades  soignes  dans  les  hopitaux,  afin 
de  ne  recourir  au  placement  d’office  qu’en  cas  de  necessite 
absolue. 

La  Societe  Medico-psychologique  decide  de  laisser  a  l’ordre  du  jour 
de  sa  prochaine  seance  la  discussion  des  questions  qui  se  rattachent  a 
cette  communication. 


SEANCE  DU  23  MARS  1936 


459 


Les  crises  oculogyres  en  pathologie  mentale, 
par  M.  Georges  Petit. 

Depuis  1916,  les  diverses  epidemies  et  endemies  de  nevraxites 
a  virus  neurotropes  (dont  le  type  le  plus  vulgarise  a  ete  appele 
encephalite  epidemique),  ont  permis  la  constatation  d’une  riche 
floraison  de  syndromes  et  de  symptomes  d’ordre  tres  varie  dont 
certains  se  manifestent  avec  des  caracteres  vraiment  originaux 
ou  rares.  Tels  sont,  en  particulier,  les  spasmes  paroxystiques  si 
curieux  des  muscles  oculaires  designes  sous  la  denomination  de 
«  crises  oculogyres  ». 

Signalees  d’abord  en  1922-1923  par  Gabrielle  Levy,  Barre  et 
Reys,  Rossi,  La  Torre,  etc.,  les  crises  oculogyres  virent  leurs  obser¬ 
vations  se  multiplier  rapidement,  en  meme  temps  que  leur  con- 
naissance  s’enrichissait  de  notions  interessantes  concernant  leurs 
concomitants  organiques  et  quelquefois  psychiques.  Mais  il  est 
remarquable  de  noter  qu’en  dehors  de  quelques  cas  ayant  trait 
surtout  a  des  syndromes  parkinsoniens  attribues  a  la  syphilis, 
l’innombrable  bibliographie  des  crises  oculogyres  concerne  pres- 
que  exclusivement  des  observations  d’encephalite  dite  epidemi¬ 
que  avec  syndrome  parkinsonien. 

Avant  les  epidemies  de  nevraxites,  qui  debuterent  en  1916,  la 
litterature  des  spasmes  oculaires  a  type  de  crise  oculogyre  se 
reduit  a  quelques  rares  references  et  les  cas  de  Crouzon,  Pierre 
Marie,  en  particulier,  sont  rattaches  a  des  troubles  hysteriques 
ou  nevropathiques. 

En  pathologie  mentale,  si  nous  faisons  abstraction,  bien 
entendu,  des  formes  mentales  ou  psycho-organiques  de  l’ence- 
phalite  epidemique  classique,  les  crises  oculogyres  n’ont  jamais 
ete  signalees,  a  notre  conndissance  tout  au  moins.  Et  cepen- 
dant,  une  observation  —  meme  non  polarisee  specifiquement  sur 
cet  objet  —  montre  que  ces  spasmes  oculaires,  si  particuliers  et 
si  curieux,  peuvent  etre  observes  avec  une  assez  grande  frequence 
dans  un  service  d’alienes.  Depuis  1932,  nous  avons  pu  recueillir, 
a  la  Maison  speciale  de  Sante  de  Ville-Evrard,  plus  de  cinquante 
observations  de  malades  presentant  des  crises  oculogyres 
typiques. 

Un  certain  nombre  de  ces  observations  vont  etre  publiees  dans 
la  these  que  nous  avons  inspiree  sur  ce  sujet  a  notre  ancienne 
interne,  Mile  J.  Lacassagne.  Nous  avons  l’intention,  dans  un 
memoire  ulterieur  plus  etendu  que  cette  breve  note,  d’en  repren- 
dre  1’etude  en  indiquant  certaines  modalites  curieuses  ou  parti- 
culierement  suggestives  de  ces  phenomenes. 


460 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Disons  seulement  aujourd’hui  que  nous  avons  pu  constater 
des  crises,  oculogyres  dans  toutes  les  formes  les  plus  classiques 
de  la  nosographie  psychiatrique  actuelle:  schizophrenic  ou 
demences  precoces  hebephreniques,  catatoniques  ou  paranoides, 
paraphrenies  ou  psychoses  hallucinatoires  chroniques,  psychoses 
dites  periodiques,  delire  aigu  idiopathique,  psychoses  polymor- 
phes,  paralysie  generale,  etc. 

Mais  notons  deja  que  c’est  dans  les  syndromes  catatoniques 
que  l’expression  motrice  de  ce  phenomene  psycho-moteur  com- 
plexe  que  realise  la  crise  oculogyre  se  montre  la  plus  accusee  et 
porte  l’accent  le  plus  net  de  1’  «  acte  force  »,  du  «  regard  accro¬ 
che  ».  Une  de  nos  catatoniques  presente  actuellement  des  crises 
oculogyres  tout  a  fait  caracteristiques  avec  deviation  conjuguee 
de  la  tete,  plusieurs  fois  par  jour.  Dans  les  psychoses  halluci- 
natoires,  au  contraire,  le  contenu  psychologique  —  en  general,  des 
hallucinations  auditives  ou  meme  visuelles  —  (comme  en  ont 
observe,  d’ailleurs,  Ludo  Van  Bogaert,  Euziere  et  Pages,  etc.,  et 
nous-meme,  dans  des  crises  oculogyres  symptomatiques  de  par- 
kinsonisme  encephalitique  classique),  parait  l’emporter  sur  le 
spasme  moteur,  moins  tenace,  moins  fixe  et  moins  prolonge, 
moins  conscient  aussi.  Nous  disons  bien  :  en  general.  Car  nous 
observons,  actuellement,  une  malade  atteinte  de  psychose  hallu- 
cinatoire  ayant  pleinement  conscience  du  spasme  oculogyre  qui 
l’oblige,  contre  sa  volonte,  a  porter  son  regard  en  haut,  «  pour 
lui  faire  voir  »,  dit-elle,  ses  images  hallucinatoires  ;  mais  elle 
attribue,  aux  agissements  de  ses  persecuteurs  supposes,  ce  brus¬ 
que  spasme  tonique  de  ses  muscles  oculogyres  qui  «  accroche  » 
brutalement  son  regard  en  haut. 

Certains  hallucines  chroniques  accusent  ainsi  leurs  persecu¬ 
teurs  supposes  de  provoquer,  dans  un  but  hostile,  ces  spasmes 
toniques  (ou  cloniques)  qui  troublent  si  malencontreusement  leur 
vision  volontaire.  Mais  la  plupart  de  ces  malades  —  meme  sur- 
pris  en  flagrant  debt  de  «  regard  accroche  »  —  nient  la  realite 
de  leurs  spasmes  oculaires.  Plusieurs  hallucines  gueris  nous  ont 
pourtant  avoue  ulterieurement  la  realite  de  ces  spasmes  toniques 
oculogyres  dont  la  direction  correspondait,  nous  ont-ils  expli- 
que,  au  point  de  l’espace  (le  plus  souvent  en  haut),  ou  ils  locali- 
saient  l’origine  de  leurs  «  voix  ». 

Ajoutons  enfin  que,  chez  nos  psychopathes,  les  «  crises  ocu¬ 
logyres  »  peuvent  se  manifester  avec  des  varietes  et  des  varia¬ 
tions  extremement  diverses  en  intensity  ou  en  duree.  A  cote  de  la 
crise  oculogyre  prolongee  durant  plusieurs  heures  dans  la  meme 
direction,  nous  avons  pu  noter,  plus  frequemment  encore,  des 


SEANCE  DU  33  MARS  1936 


461 


crises  de  quelques  minutes,  voire  de  quelques  secondes  ;  et  nous 
estimons  par  exemple,  que  le  regard  subitement  fixe,  qu’il  est 
classique  d’observer  chez  les  persecutes  hallucines,  pendant  la 
duree,  souvent  breve,  de  leurs  hallucinations  verbales,  constitue 
une  ebauche  incontestable  de  ces  «  crises  oculogyres  »  qui, 
d’ailleurs,  chez  certains  malades  du  meme  groupe,  prennent  une 
intensite,  une  duree  et  des  caracteres  tout  a  fait  superposables 
aux  crises  oculogyres  des  parkinsoniens  encephalitiques  classi- 
ques.  Dans  le  meme  groupe  nosologique  et,  souvent,  chez  le 
meme  malade,  tous  les  degres,  toutes  les  formes  de  transition 
peuvent  etre  observes  entre  la  crise  oculogyre  de  plusieurs  heures 
et  le  spasme  tonique  larve  de  quelques  secondes.  Dans  cet  ordre 
de  faits,  d’ailleurs  les  spasmes  toniques  oculogyres  de  nos  psy- 
chopathes  obeissent  a  la  loi  generate  qui  peut  s’appliquer  a  tous 
les  troubles  organiques  observes  en  pathologie  mentale  :  de  meme 
essence  que  les  symptomes  grossiers  de  la  pathologie  nerveuse  ou 
organique  courante,  ces  troubles  neurologiques  ou  organiques  se 
manifestent,  le  plus  souvent,  chez  la  plupart  de  nos  malades,  avec 
des  caracteres  souvent  frustes,  larves,  legers,  inconstants,  disso- 
cies,  fugaces  ou  variables,  qui  les  fait  souvent  meconnaitre  a  un 
examen  rapide  ou  superficiel.  Nous  avons  deja  insiste  sur  ce 
point. 

Neanmoins,  nous  avons  pu  observer  chez  nos  malades  tous  les 
types  de  spasmes  oculaires  toniques  decrits  dans  l’encephalite 
lethargique  par  H.  Roger  et  ses  eleves,  Marinesco  et  ses  eleves, 
etc.  :  spasmes  simples,  interessant  une  seule  direction  du  regard, 
en  haut,  (crise  d’anoblepsie,  de  Verger  et  Aubertin),  en  bas,  (crise 
de  catoblepsie,  des  memes  auteurs),  laterale  droite  ou  laterale  gau¬ 
che,  (parablepsie,  de  Cruchet),  regard  fixe  en  avant  ;  spasmes 
variables,  ou  alternant  ou  d  bascule  interessant  plusieurs  direc¬ 
tions  ;  spasmes  de  la  convergence. 

Ces  spasmes  toniques  peuvent  alterner  ou  s’accompagner 
(spasmes  tonicocloniques)  de  spasmes  oculaires  cloniques,  series 
de  secousses,  parfois  rythmees,  de  directions  variees,  parfois 
tellement  violentes  et  saccadees  qu’on  peut  parler  de  «  crises 
convulsives  oculaires  ;  de  nystagmus  plus  ou  moins  accuse  ;  de 
strabisme  divergent  ou  convergent  ;  de  reactions  pupillaires  anor- 
males  ;  de  crises  de  nictitation,  de  spasmes  du  frontal,  etc.  Nous 
avons  observe  assez  frequemment,  chez  nos  malades,  des  devia¬ 
tions  conjuguees  de  la  tete  et  des  yeux.  Enfin,  dans  certains  cas, 
nous  avons  note  —  comme  les  observateurs  des  crises  oculogyres 
encephalitiques  —  des  automatismes  moteurs  iteratifs,  un  debut 
de  spasme  de  torsion  (chez  un  hebephreno-catatonique)  accom- 
pagnant  les  crises  oculogyres. 


462 


SOC1ETE  MED1CO-PSYCHOLOGIQUE 


Comme  nous  l’avons  deja  indique,  nous  reservons,  pour  une 
etude  ulterieure  appuyee  sur  de  nombreuses  observations  detail- 
lees,  1’analyse  de  l’etat  mental  de  nos  diverses  categories  de  mala- 
des  a  1’occasion  de  leurs  crises  oculogyres.  Disons  cependant  que 
Vanxiete  qui,  pour  certains  auteurs,  —  en  particulier  les  psycha- 
nalystes  —  constituerait  un  facteur  determinant  des  crises  oculo¬ 
gyres,  ne  nous  a  pas  paru,  chez  nos  malades,  un  element  habi- 
tuel  de  ces  hypertonies  paroxystiques  oculaires.  En  revanche, 
Yinhibition  psycho-motrice,  avec  blocage  subit  de  tous  les  mou- 
vements,  immobility  et  mutisme  subits  pendant  toute  la  duree  de 
la  crise  oculogyre,  nous  a  semble  un  phenomene  concomitant 
presque  constant  et  parfois  tout  a  fait  analogue  aux  «  absences  » 
epileptiques.  Nous  observons  actuellement  une  malade,  remar- 
quablement  cultivee,  qui  a  systematise,  sur  la  vie  et  Pceuvre 
d’un  ecrivain  contemporain  bien  connu,  un  delire  interpretatif  et 
intuitif  d’influence  qu’elle  expose  et  defend  avec  une  rare  ele¬ 
gance  intellectuelle,  en  se  servant  d’arguments  tires  de  la  philo¬ 
sophic  bergsonienne.  Seuls  plaidaient  en  faveur  de  1’organicite, 
que  nous  recherchons  toujours  systematiquement  dans  les  psycho¬ 
ses,  les  maigres  arguments  de  quelques  vertiges,  ayant  accom- 
pagne  une  legere  subanxiete,  il  y  a  quelques  dix  ans,  et  actuelle¬ 
ment  une  hyper-reflectivite  tendineuse  generalisee,  sans  autres 
signes  neurologiques.  Mais,  depuis  quelques  mois,  l’apparition,  au 
cours  de  conversations  un  peu  prolongees,  de  crises  oculogyres 
catablectiques  typiques  (crises  accompagnees  d’une  veritable 
absence  inhibitrice,  dont  la  malade  se  reveille  comme  d’un  som- 
meil  subit),  nous  a  permis  de  donner  un  aliment  plus  consistant 
a,  nos  convictions  organicistes. 

Dans  une  communication  ulterieure,  nous  nous  proposons  ega- 
lement  d’indiquer  comment  nous  avons  pu  reactiver  ou  m£me 
completement  reveler  —  (au  meme  titre,  d’ailleurs,  que  bien 
d’autres  symptomes  organiques)  —  les  crises  oculogyres  de  nos 
psychopathes  en  les  soumettant  a  Yelectropyrexie  par  ondes  cour- 
tes.  La  provocation  par  ces  ondes  d’un  etat  de  detente  musculaire, 
de  diminution  ou  meme  de  disparition  complete  de  l’hypertonie 
generalisee  (comme  nous  avons  pu  l’observer  chez  nombre  de  nos 
malades,  qui  presentent  si  frequement  des  troubles  du  tonus), 
1’ apparition  consecutive  d’un  etat  de  semi-somnolence,  egalement 
frequemment  observe  chez  les  malades  pendant  Faction  de  ces 
ondes,  l’hyperpnee  qui  accompagne  l’etablissement  de  la  fievre 
artificielle,  pourraient  rendre  compte,  peut-etre,  du  declanche- 
ment  des  crises  oculogyres  par  ce  mecanisme. 

Mais  ce  n’est  pas  ici  le  lieu  de  presenter  les  diverses  theories 


SEANCE  DU  23  MARS  1936 


463 


pathogeniques  qui  se  disputent  les  explications  du  determi- 
nisme,  encore  mysterieux,  des  crises  oculogyres.  L’histologie 
pathologique  ne  parait  pas  pouvoir  nous  eclairer  encore  suffi- 
samment  sur  la  physiopathologie  de  ces  phenomenes.  Mais  que 
l’on  envisage,  pour  le  declenchement  et  la  production  de  ces 
spasmes,  le  role  primordial  ou  secondaire,  primitif  ou  associe,  de 
l’appareil  vestibulaire,  de  la  bandelette  longitudinale  poste- 
rieure,  des  tubercules  quadrijumeaux  anterieurs,  des  centres 
supranucleaires,  des  centres  stries,  etc.,  il  semble  bien  que,  pour 
la  majorite  des  auteurs  (si  1’on  en  excepte  quelques  psychanalys- 
tes  fanatiques),  les  crises  oculogyres  puissent  etre  considerees 
—  et  malgre  leurs  concomitants  psychologiques  incontestables  — 
comme  des  phenomenes  spasmodiques  d’hypertonie  extra-pijra- 
midale,  dont  il  est  si  frequent  de  rencontrer  des  manifestations 
multiples  et  analogues  dans  les  nevraxites  actuelles. 

Depuis  1919,  nous  nous  efforcons,  par  1’ analyse  des  troubles 
organiques  releves  chez  nos  psychopathes  atteints  de  psychoses 
dites  «  fonctionnelles  »  ou  «  sine  materia  »  et  l’etude  parallele 
des  signes  cliniques  decrits  dans  les  diverses  encephalites  ou 
encephalo-myelites  ou  nevraxites  dites  epidemiques,  de  demon- 
trer  que  troubles  organiques  et  parfois  troubles  psychologiques 
observes  dans  les  deux  series  de  phenomenes  —  si  souvfent  arbi- 
trairement  disjoints  —  se  manifestent,  en  realite,  avec  des  moda- 
lites  tout  a  fait  comparables  et  parfois  meme  superposables.  La 
constatation  vraiment  frequente  dans  les  psychoses  et  les  psycho¬ 
pathies  classiques  des  crises  oculogyres  que  l’on  pourrait  dire  si 
specifiquement  caracteristiques  du  parkinsonisme  encephaliti- 
que,  nous  parait  plaider,  une  fois  de  plus,  en  faveur  de  nos 
conceptions  doctrinales. 


Merycisme  dementiel  par  altruisme  morbide, 
par  MM.  Paul  Courbon  et  Maurice  Leconte. 

Dans  son  discours  d’ouverture  du  Congres  des  medecins  alie- 
nistes  et  neurologistes  de  Bruxelles,  en  juillet  dernier,  le  Presi¬ 
dent  Rene  Charpentier  a  fait  une  magistrate  etude  de  la  bonte  (1). 
Il  l’a  illustree  d’exemples  nombreux  et  saisissants  de  bonte  patho¬ 
logique  en  racontant  les  actes  plus  ou  moins  inopportuns,  plus 
ou  moins  dangereux  qu’un  altruisme  morbide  avait  inspires  a 

(1)  Rene  Charpentier.  —  Sur  la  Bonte  (Discours  inaugural  de  la  39c  ses¬ 
sion  du  Congres  des  medecins  alienistes  et  neurologistes  de  France  et  des 
j)ays  de  langue  frangaise,  Bruxelles,  1935). 


464 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQVE 


leurs  auteurs.  Nous  rapportons  ici  une  manifestation  de  bonte 
pathologique  que  nous  croyons  rare. 

C’est  le  cas  d’une  demente  qui,  pour  nourrir  les  enfants  imagi- 
naires  qu’elle  entend  se  plaindre  sous  le  plancher,  rumine  ses 
regurgitations,  ses  crachats  et  ses  aliments,  puis  va  cracher  le 
tout  dans  l’evier  ou  dans  les  water-closets. 

Cette  femme,  agee  aujoUrd’hui  de  57  ans,  a  ete  presentee  (1) 
par  l’un  de  nous  a  la  seance  de  la  Societe  medico-psychologique 
du  30  avril  1928,  a  cause  du  contraste  que  l’on  constatait  chez 
elle,  entre  la  coherence  de  ses  actes  altruistes  et  l’incoherence 
de  ses  raisonnements  et  de  sa  conduite. 

A  cette  epoque,  qui  remonte  deja  a  8  ans,  l’affaiblissement 
dementiel  a  type  schizophrenique,  ainsi  que  l’avait  mis  en  evi¬ 
dence  l’interrogatoire  pratique  a  la  seance  meme  par  M.  Guiraud, 
n’etait  pas  aussi  avance  que  le  faisait  supposer  l’absurdite  des 
propos.  Aussi  les  actes  charitables  qui  epuisaient  toute  l’activite 
de  la  malade  avaient-ils  conserve  une  certaine  opportunity  Et 
M.  Minkowski  avait  invoque  son  exemple  pour  montrer  que 
l’altruisme  ne  suflit  pas  a  realiser  la  syntonie. 

Depuis,  la  demence  a  progresse.  La  memoire  et  le  jugement 
se  sont  effondres.  Et  c’est  dans  une  oisivete  presque  complete 
que  la  malade  vit,  a  peu  pres  reduite  a  la  vie  vegetative.  Mais 
au  cours  de  ces  annees  de  decheance,  c’est  d’une  facon  quoti- 
dienne  qu’elle  multiplia  les  preuves  de  son  infatigable  commise¬ 
ration,  preuves  de  plus  en  plus  marquees  au  sceau  de  la  demence. 

Elle  portait  sa  soupe  aux  ouvriers,  gavait  les  agonisantes  et,  si 
on  l’eut  laissee  faire,  eut  entonne  du  hachis  aux  mortes.  Elle 
s’echappait  pour  presenter  le  seau  d’ordures  au  cheval  de  la 
buanderie.  L’ete,  elle  arrosait  les  arbres  avec  l’eau  du  robinet 
pour  qu’ils  n’aient  pas  soif,  et  l’hiver,  elle  les  arrosait  avec  de 
l’eau  qu’elle  faisait  chauffer  pour  qu’ils  n’aient  pas  froid. 

En  relevant  les  paillasses  du  quartier  des  gateuses,  ou  elle  est 
toujours  hospitalisee,  elle  les  chauffait  contre  ses  propres  jupes 
pour  en  enlever  le  froid. 

Ses  soliloques  perpetuels  etaient  des  phrases  de  compassion  a 
l’egard  de  la  souffrance  que  l’etat  du  moment  pouvait  determiner 
sur  autrui.  «  Qu’il  fait  froid,  s’ecriait-elle  un  matin  d’hiver  en  se 
reveillant,  les  pauvres  malheureuses  n’ont  rien  pour  se  cou- 
vrir.  »  «  Avec  ce  soleil,  etre  oblige  de  travailler  sans  rien  boire, 
c’est  terrible  »,  remarquait-elle  un  jour  du  mois  d’aout.  «  N’avoir 

(1)  Courbon.  —  De  la  survivance  de  1’affectivite  au  naufrage  de  l’intel- 
ligence  dans  certaines  psychoses  chroniques.  Ann.  M&d.-Psijch.,  1928,  t.  I, 
p.  419. 


SEANCE  DU  23  MARS  1936 


465 


rien  a  manger  quand  on  a  faim,  comme  je  vous  plains  »,  disait- 
elle  en  s’attablant  a  l’heure  du  repas.  Incapable,  en  bonne  mena- 
gere  alsacienne,  de  s’abstenir  de  lessiver,  elle  trempait  tons  les 
linges  a  sa  portee  dans  des  bassines,  et  contemplant  ses  propres 
mains  crevassees,  gemissait  :  «  Les  pauvres  malheureuses  qui 
n’ont  pas  d’eau  chaude  pour  faire  la  lessive,  c’est  dur  »,  et  elle 
pleurait. 

Ses  postes  favoris  etaient  l’evier  et  les  water-closets  ou  elle 
pretendait  communiquer  par  les  tuyaux  avec  les  miserables 
qu’elle  entendait  se  plaindre  dans  la  cave.  Souvent,  elle  y  jetait 
des  verres  de  lait  ou  de  tisane,  les  bouchait  en  y  vidant  son 
assiette.  C’est  quand  on  l’en  empecha  qu’elle  recourut  aux 
regurgitations. 

On  la  voyait,  une  dizaine  de  minutes  apres  les  repas,  interrom- 
pre  une  conversation  comme  sous  une  envie  de  vomir,  et  se  mettre 
a  mastiquer  et  remastiquer,  puis  elle  allait  cracher  sur  l’evier  ou 
dans  la  cuvette  une  bouillie  d’aliments.  Interrogee,  elle  repondait  : 
«  Quand  je  pense  a  ces  ventres  maigres,  mon  manger  remonte 
et  je  le  leur  donne  bien  menu.  »  Vers  la  meme  epoque,  en  1933, 
elle  fut  enrhumee,  toussa  et  cracha.  Mais  le  plus  souvent,  elle 
luttait  contre  la  toux,  gardait  les  crachats  dans  sa  bouche,  ou  elle 
introduisait  encore  des  gateaux,  et  broyait  le  tout  entre  ses  dents 
pour  avoir  une  puree  plus  nutritive  a  fournir  a  ses  malheureuses. 
«  C’est  trop  dur,  les  gateaux  secs,  pour  les  petits  »,  expliquait- 
elle. 

De  moins  en  moins  logiques  etaient  les  liens  qu’elle  etablissait 
entre  les  miserables  imaginaires  et  les  evenements.  Souffrant 
elle-m^me  des  lancees  que  lui  causait  un  panaris,  elle  se  conso- 
lait  en  disant  :  «  Qa  les  amuse,  ces  enfants,  tant  mieux.  »  Entrant 
dans  son  bain,  elle  soupirait  avec  volupte  :  «  Oh  !  comme  ca  va 
les  rechauffer,  eux  qui  ont  si  froid.  » 

A  l’heure  actuelle,  sous  l’envahissement  progressif  de  la 
demence,  la  plupart  de  ces  pratiques  ne  sont  plus  qu’ebauchees. 

Cette  conduite  dementielle,  ou  l’on  voit  la  volonte  maitriser 
l’automatisme  vegetatif  et  imposer,  a  la  musculature  digestive, 
des  mouvements  antiperistaltiques,  merite  quelque  consideration. 

Le  phenomene  de  la  regurgitation,  normal  dans  certaines  espe- 
ces  animales  ou  il  est  appele  rejection,  n’est  pas  impossible  dans 
l’espece  humaine.  II  existe  normalement  chez  le  nouveau-ne  qui 
have  ce  qu’il  a  ingere.  II  existe  dans  certaines  maladies  de 
l’adulte,  dont  le  retrecissement  oesophagi  en. 

Dans  ces  cas,  la  regurgitation  echappe  a  la  volonte  du  sujet. 
Mais  elle  peut  lui  etre  soumise  dans  d’autres  circonstances.  Par 

Ann.  Med.-psych.,  XVf  serie,  94e  annee,  t.  I.  —  Mars  1936. 


30. 


466 


S0C1ETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


l’entrainement,  certains  individus  arrivent,  en  contractant  leur 
diaphragme,  a  expulser  par  la  bouche  le  contenu  de  leur  esto- 
mac.  II  est  des  artistes  de  music-hall,  appeles  hommes  jets  d’eau 
qui,  apres  avoir  avale  un  bocal  aquarium,  restituent  sur  com- 
mande  1’eau  a  peine  tiede  et  les  poissons  encore  vivants. 

Chez  notre  malade,  les  matieres  regurgitees  sont  gardees  dans 
la  bouche  et  soumises  a  une  trituration  indefinie.  C’est  done  une 
rumination  veritable.  Rappelons  que  la  rumination  a  ete  cons- 
tatee  par  Chomel,  chez  certains  vieillards,  atteints  d’affection 
cerebrale  et  de  mauvaise  dentition.  Chez  notre  malade,  qui  est 
une  vieille  a  qui  manquent  beaucoup  de  dents,  la  rumination  est, 
si  Ton  peut  ainsi  parler,  perfectionnee,  car  les  crachats  amenes 
par  la  toux  subissent  le  meme  sort  et,  a  ce  melange,  s’ajoutent 
encore  quelques  aliments  directement  introduits  entre  les  levres. 
Au  total,  le  phenomene  consiste  en  une  mastication  incessante 
des  rejections  stomacales,  des  expectorations  pulmonaires  et  des 
ingestions  alimentaires.  Le  mot  merycisme,  s’il  designe  bien  la 
partie  essentielle  du  fait,  ne  suffit  done  pas  a  le  decrire  tout  entier. 

Ce  merycisme  complique  se  distingue  encore  de  la  rumination 
par  sa  fin  altruiste  et  non  egoiste.  C’est  pour  se  nourrir  lui-meme 
qu’obeissant  inconsciemment  a  son  instinct  de  conservation,  la 
vache  rumine.  C’est,  au  contraire,  pour  nourrir  autrui  que  notre 
malade  mache  et  remache  sciemment  ses  ingestions,  ses  rejec¬ 
tions  et  ses  expectorations.  Ce  faisant,  elle  s’eloigne  du  ruminant 
qui  broye  ego'istement  sa  propre  pitance  et  elle  se  rapproche 
du  pigeon  qui,  maternellement,  prepare  la  becquee  de  ses  jeunes 
en  regurgitant  les  secretions  de  son  jabot. 

La  conduite  de  notre  malade,  consideree  au  point  de  vue  psy- 
chiatrique,  est  absurde  et,  au  point  de  vue  esthetique,  elle  est 
repugnante  ;  mais  au  point  de  vue  moral,  elle  est  vertueuse,  puis- 
que  l’intention  en  est  charitable.  La  maladie  mentale  (1)  peut, 
ainsi  que  s’est  efforce  de  le  montrer  l’un  de  nous,  simuler,  non 
seulement  la  bonte,  mais  toutes  les  autres  vertus.  Ici,  le  masque 
de  la  charite  est  si  grimacant  que  la  contrefacon  morbide  est 
evidente. 

La  seance  est  levee  a  18  h.  40. 


Le  Secretaire  des  seances, 
Paul  Ab£l,y. 

(1)  Courbon.  —  La  vertu  pathologique.  En  commemoration  de  la  naisr 
sance-  de  Taine.  Ann.  Med. -Psych.,  192’8,  t.  II,  p.  235. 


SOClfiTfiS 


Societe  de  Neurologie  de  Paris 


Seance  du  Jeudi  5  Mars  1936 


Presidence  :  M.  TINEL,  president 


Resultats  eloignes  d’intervention  chirurgicale  pour  arachnoidite, 
par  MM.  A.  Barre  et  Oscar  Metzger. 

Les  auteurs  rapportent  des  resultats  chirurgicaux  portant  sur  9  cas  per¬ 
sonnels.  II  y  eut  2  morts  immediates  apres  l’intervention,  2  morts  tardives 
et  5  ameliorations  appreciables  qui  ne  furent  suivies  d’aucune  recidive. 

Etude  clinique  d’un  cas  de  myoclonies  velo-pharyngo-laryngees, 
par  M.  J.  Dereux  (de  Lille) 

M.  J.  Dereux  rapporte  l’observation  d’un  malade  qui  presente  une  associa¬ 
tion  interessante  de  divers  signes  :  hemiplegie  alterne,  pyramidale  a  gauche, 
cerebelleuse  a  droite  ;  hemi-anesthesie  gauche  du  type  syringomyelique, 
myoclonies  du  voile  du  palais,  du  pharynx  et  du  larynx.  L’ensemble  symp- 
tomatique  permet  de  diagnostiquer  une  lesion  de  la  protuberance  :  dans 
cette  region  la  partie  qui,  par  sa  lesion,  cause  les  myoclonies,  est  le  faisceau 
central  de  la  calotte. 

Conservation  des  couches  superficielles  du  cortex  dans 
les  ramollissements,  par  MM.  Alajouanine,  Homet  et  Thurel. 

Les  auteurs  attirent  l’attention  sur  une  particularite  du  ramollissement 
superficiel  (cortical  ou  cortico-sous-cortical)  du  cerveau. 

II  s’agit  de  la  conservation  des  couches  superficielles  (lre  et  2e  couches  de 


SOCIETES 


cellules  nerveuses)  qui  est  une  regie  generale  du  ramollissement,  tandis  que 
les  couches  profondes  peuvent  etre  completcment  detruites. 

Cette  non-atteinte  des  couches  superficielles  est  due  a  une  certaine  inde- 
pendance  de  leur  regime  circulatoire  par  rapport  a  celui  des  couches  pro¬ 
fondes. 


Symptomes  du  lobe  prefrontal,  par  MM.  Egaz  Moniz 
et  Almeida  Lima  (de  Lisbonne). 

MM.  Egaz  Moniz  et  Almeida  Lima  insistent  sur  l’importance  du  lobe  pre¬ 
frontal  dans  la  vie  psychique.  Ils  montrent  que  les  syndromes  delirants  dis- 
paraissent  souvent  apres  les  interventions  chirurgicales  et  definissent  la 
symptomatologie  du  lobe  prefrontal.  Elle  est  faite  de  symptomes  generaux  : 
modification  de  la  temperature,  vomissements,  somnolence  ;  de  troubles 
neurologiques  :  troubles  moteurs,  trismus,  mouvements  de  manege,  troubles 
sphincteriens  constants  ;  de  troubles  oculaires  :  nystagmus,  Argyll-Robert- 
son,  myosis,  et  de  troubles  psychiques  :  apathie,  acinesie,  attitude  catatoni- 
que,  opposition,  mutisme,  puerilite,  sensation  de  faim. 

Dans  tous  les  cas  sur  lesquels  les  auteurs  fondent  leur  description,  aucun 
trouble  de  l’intelligence  ou  de  la  memoire  n’a  ete  remarque. 

Discussion  :  M.  Clovis  Vincent  souligne  le  grand  interet  de  la  communica¬ 
tion  de  M.  Egaz  Moniz,  mais  n’a  jamais  rien  trouve  de  semblable.  II  pense 
que  ce  fait  est  du  a  la  difference  des  cas  choisis,  des  conditions  et  des  me- 
thodes. 

Un  cas  de  syndrome  hemibulbaire  associe  a  une  paralysis  croisee 

du  pathetique,  par  MM.  Levy-Valensi,  Justin  Bezancon  et  G.  Tilitcheef. 

Les  auteurs  montrent  un  malade  presentant  a  droite  un  syndrome  cere- 
belleux  avec  paralysie  du  voile,  du  pharynx,  de  la  corde  vocale  et  un  syn¬ 
drome  de  Claude  Bernard-Horner  du  meme  cote.  Hemianesthesie  alterne  et 
paralysie  du  pathetique  gauche. 

Ils  insistent  sur  cette  association  qui  anatomiquement  du  moins  ne  peut 
s’expliquer  que  par  une  double  lesion  et  rappellent  des  observations  ana¬ 
logues. 

Coexistence  de  Paralysie  due  au  serum  antidiphterique  et  de  paralysies 
diphteriques,  par  MM.  J.-A.  Chavany,  F.  Thiebaot  et  S.  Thieffry. 

A  la  suite  d’une  angine  diphterique  tardivement  identifiee  et  traitee  pai 
du  serum  non  purifie,  on  voit  s’installer  au  cours  meme  des  accidents  seri- 
ques  une  paralysie  radiculaire  droite  interessant  C3,  C4  et  C5  et  portant  sur- 
tout  sur  le  trapeze,  les  muscles  sus  et  sous-epineux  et  le  grand  dentele.  On 
assiste  ensuite  a  Involution  classique  de  la  paralysie  diphterique  obeissant 
au  rythme  connu  de  l’atteinte  du  voile  du  palais,  de  la  fonction  d’accommo- 
dation  et  des  membres  inferieurs.  Les  accidents  dus  a  Fintoxication  diphte¬ 
rique  sont  gueris  dans  les  delais  normaux  et  5  mois  apres  le  debut  des  acci¬ 
dents  la  paralysie  post-serotherapique,  comme  il  est  frequent,  persiste 

Rapprochant  leur  cas  de  ceux  anterieurs  de  Pomme  et  de  Sauvez,  les  au¬ 
teurs  le  presentent  comme  une  curiosite  clinique  non  susceptible  d’appor- 


SOCIETES 


ter  une  contribution  a  Petude  encore  inachevee  tant  des  paraiysies  post- 
serotherapiques  qu’a  celle  des  paraiysies  diphteriques. 

Action  de  la  radiotherapie  sur  la  syringomyelic,  par  M.  Lhermitte. 

L’auteur  presente  un  cas  de  syringomyelie  ayec  acroparesthesie  legere  et 
atrophie  de  Imminence  thenar,  dissociation  syringomyelique  que  le  traite- 
ment  radiotherapique  a  gueri  en  quatre  seances. 

La  malade  est  guerie  depuis  1931  sans  aucune  nouvelle  manifestation. 

Syndrome  infundibulaire  avec  phenomene  de  depersonnalisation, 
par  MM.  Lhermitte  et  Alressar. 

Les  auteurs  presentent  un  malade  qui,  a  c6te  du  syndrome  infundibulaire, 
polyurie,  boulimie  et  diminution  de  l’appetit  sexuel,  manifestait  des  phe- 
nomenes  d’absence,  de  derealisation,  meconnaissance  devant  un  miroir, 
phenomenes  survenant  par  acces  sans  delire  surajoute.  Ils  insistent  sur  l’im- 
portance  neurologique  et  psychiatrique  des  troubles  instinctifs  produits  par 
des  lesions  baeillaires. 

Un  cas  de  parkinsonisme  post-traumatique  chez  un  ancien 
encephalitique,  par  M.  Tinel. 

L’auteur  presente  un  malade  atteint  d’un  syndrome  typique  de  grand 
parkinsonisme  apparu  depuis  15  jours  a  la  suite  d’un  traumatisme.  Le  ma¬ 
lade  avait  ete  traite  16  ans  auparavant  pour  encephalite.  Rien  n’avait  sub¬ 
sists  de  son  affection,  sauf  un  leger  tremblement. 

Discussion  :  M.  Baudoin  considere  qu’on  ne  peut  pas  chez  ce  malade  nier 
l’element  de  sinistrose  qui  parait  evident. 

M.  Monieh-Vinahd  fait  remarquer  que  le  tremblement  du  malade  qu’il 
avait  observe  precedemment  a  augments  en  prSsence  de  PassemblSe  et  qu’il 
prSsente  en  outre  un  tremblement  de  la  face  qui  n’existait  pas.  Aussi  se 
range-t-il  a  l’avis  de  M.  Beaudoin. 

Syndrome  metastatique  aigu  medullaire  dans  le  cancer  (Syndrome  de 

section  physiologique),  par  Myelomalacie  et  Hematomyelie,  par  MM.  G. 

Rodssy,  J.  Lhermitte  et  Rene  Hogdenin. 

Les  auteurs  montrent  qu’au  niveau  des  centres  nerveux,  comme  dans  le 
foie  et  le  poumon,  la  survenue  des  mStastases  nSoplasiques  ne  se  manifeste 
pas  constamment,  comme  on  y  est  accoutumS,  par  des  signes  d’apparition 
sournoise  et  lentement  progressifs  :  ISger  dSficit  unilatSral,  perturbation 
d’un  rSflexe,  paralysie  Svoluant  par  poussSes  successives  et  souvent  incom¬ 
plete.  Elle  peut  s’exterioriser  tout  au  contraire  brutalement  par  un  syndro¬ 
me  soudain  de  section  physiologique  de  la  moelle. 

Les  auteurs,  qui  ont  dSja  observS  semblable  syndrome  au  niveau  du  cer- 
veau,  rapportent  une  observation  extremement  intSressante  de  mStastase 
aigue  mSdullaire.  Dans  ce  cas,  les  ISsions  de  la  moelle  ne  sont  pas  dues  a  la 
metastase  elle-meme,  mais  aux  troubles  vasculaires  surtout  constitues  par 
une  hemorragie  extra-durale. 

L’importance  de  la  notion  de  syndrome  metastatique  aigu  est  done  double. 


470 


SOCIETES 


D’une  part,  il  presente  un  interet  nosographique,  puisqu’il  s’agit  la  d’une 
notion  clinique  nouvelle  et  inaccoutumee.  On  concjoit  surtout  que  le  diag¬ 
nostic  exact  ne  soit  pas  fait  si  la  tumeur  primitive  est  encore  meconnue.  La 
notion  qu’un  tel  syndrome  existe  peut  conduire  le  clinicien  a  rechercher  s’il 
n’est  pas  du  a  un  cancer  encore  latent.  Le  second  interet  est  que  cette  notion 
met  en  evidence  l’importance  des  syndromes  vasculaires  dans  la  pathogenic 
de  certaines  metastases. 


Etude  anatomique  du  nerf  vestibulaire  d’un  malade  atteint  de  vertige  de 
Menidre,  par  MM.  A.  Thomas  et  Acbry. 

Les  auteurs  ont  trouve  a  1’examen  anatomique  une  proliferation  vasculaire 
intense  et  des  trainees  des  tissus  collagenes.  Cette  etude,  faite  sur  des  cou¬ 
pes  seriees,  a  permis  de  decouvrir  non  loin  du  bulbe  un  petit  ganglion  sur- 
numeraire  dont  l’existence  leur  fait  conclure  a  la  necessity  de  la  section 
juxta-bulbaire  du  nerf  vestibulaire. 

M.  Leconte. 


Societe  de  Medecine  Mentale  de  Belgique 


Seance  du  29  Fevrier  1936 


Presidence  :  M.  VERMEYLEN,  president 


Etudes  sur  la  catatonie  experimentale, 
par  MM.  F.  d’HoLLANDER  et  Ch.  Lavista. 

Apres  avoir  rappele  les  recherches  sur  Faction  physiologique  de  la  bulbo- 
capnine,  les  auteurs  rendent  compte  des  resultats  de  leurs  experiences  chez 
le  cobaye,  principalement  au  point  de  vue  des  lesions  anatomiques  qu’ils 
ont  pu  mettre  en  evidence. 

Celles-ci  sont  assez  diffuses.  Outre  les  lesions  des  plexus  choroides  avec 
dilatation  considerable  des  ventricules  deja  decrits  par  d’autres  auteurs,  ils 
ont  trouve  des  lesions  de  la  paroi  des  ventricules  ainsi  que  du  noyau  caude 
et  du  pallidum. 


SQCIETES 


m 

Intoxication  oxycarbonee  avec  legere  hemorragie  meningee  et  troubles 
mentaux  tardifs,  par  MM.  H.  Baonville,  J.  Ley  et  J.  Titeca. 

Presentation  d’un  malade  qui  fut  atteint  accident ellement  en  novembre 
1935  d’une  intoxication  oxycarbonee  grave,  ayant  entraine  un  coma  de  huit 
jours.  Sa  femme,  intoxiquee  en  meme  temps  que  lui,  n’a  pas  survecu.  Pen¬ 
dant  un  mois  il  presenta  des  maux  de  tete,  des  vertiges,  des  troubles  mnesi- 
ques,  puis  on  vit  apparaitre  un  syndrome  dementiel  avec  mimique  inexpres¬ 
sive,  gestes  automatiques,  attention  volontaire  tres  deficiente  contrastant 
avec  une  attention  spontanee  eveillee.  Ce  tableau  clinique  evolua  vers  un 
syndrome  confusionnel  avec  troubles  profonds  de  la  memoire,  tabulation 
assez  pauvre  et  diminution  de  l’affectivite.  Le  liquide  cephalo-rachidien, 
preleve  en  plusieurs  fractions,  contenait  a  la  premiere  ponction  4  et  a  la 
seconde  1  globules  rouges  par  mm3.  Les  auteurs  insistent  sur  la  periode  de 
latence  avant  1’apparition  des  troubles  mentaux  et  sur  l’existence  tres  pro¬ 
bable  d’une  legere  hemorragie  meningee. 


Un  nouveau  cas  de  demence  presenile, 
par  MM.  H.  Baonville,'  J.'  Ley  et  J.  Titeca. 

Presentation  d’une  femme  de  62  ans,  dont  l’affection  evolue  depuis  8  ans 
et  a  debute  par  des  crises  epileptiformes,  suivies  d’une  amnesie  progressive 
avec  troubles  d’allure  aphasique  et  erreurs  praxiques  dans  les  actes  profes- 
sionnels.  II  s’agit  probablement  d’une  atrophie  corticale  progressive  du  type 
Alzheimer  ou  Pick. 

Psychose  puerperale  a  evolution  denaentielle,  guerison  brusque, 
par  fievre  spontanee,  par  M.  Daelman. 

Relation  d’un  cas  de  psychose  puerperale  qui  apres  deux  annees  d’evolu- 
tion  a  forme  de  demence  precoce  et  apres  echec  de  deux  essais  de  pyreto- 
therapie  artificielle,  suivis  d’un  retour  de  la  menstruation  mais  sans  aucune 
modification  de  l’etat  mental,  fit  une  annexite  avec  poussees  febriles  et  gue- 
rit  rapidement. 


A  propos  des  psychoses  de  la  menopause,  par  M.  Hoven. 

L’auteur  fait  l’historique  de  la  question  et  montre  le  caractere  special  des 
melancolles  de  la  menopause,  qui  presentent  dans  beauco.up  de  cas  une 
parente  clinique  avec  la  demense  precoce. 


J.  Ley. 


472 


SOCIETES 


Societe  Beige  de  Neurologie 


Seance  du  29  Fevrier  1936 


Presidence  :  M.  ENDERLE,  president 


Survie  et  reviviscence  des  centres  nerveux  apres  anemie  aiguS, 
par  M.  C.  Heymans. 

Les  centres  nerveux,  et  particulierement  les  centres  respiratoires,  sont 
tres  sensibles  a  l’anemie.  On  a  longtemps  considere  qu’une  interruption 
de  3  ou  4  minutes  de  la  circulation  entrainait  une  paralysie  definitive  de  ces. 
centres.  Les  preuves  experimentales  de  cette  opinion  n’etaient  pas  proban- 
,tes  ;  l’auteur  a  voulu  la  verifier  par  la  methode  de  la  perfusion  de  la  tete 
isolee.  Cette  perfusion  se  fait  par  une  circulation  derivee  d’un  autre  animal, 
un  chien  en  l’espece,  soit  par  un  poumon  et  un  coeur  artificiels. 

La  tete  perfusee  peut  n’etre  plus  en  relation  avec  le  tronc  que  par  le 
pneumogastrique,  ou  par  la  moelle.  Si,  dans  ces  conditions,  on  interrompt 
par  un  dispositif  special  l’arrivee  du  sang  a  la  tete,  les  reflexes  generaux 
s’arretent  au  bout  de  4  ou  5  minutes.  Si  l’on  retablit  la  perfusion,  la  revi¬ 
viscence  du  centre  respiratoire  est  possible,  apres  30  minutes.  Comme  il  faut 
parfois  transfuser  pendant  -  10,  20  ou  30  minutes  pour  que  cette  revi¬ 
viscence  se  produise,  l’arret  du  centre  respiratoire  a  done  dure  60  minutes. 

Pour  les  autres  centres  encephalobulbaires,  les  centres  cardioregulateurs 
et  vasomoteurs,  on  obtient  les  memes  chiffres. 

Pour  les  centres  des  reflexes  palpebraux  et  pupillaires,  on  trouve  les 
chiffres  de  15  a  20  minutes. 

Toute  une  serie  d’experiences  ont  permis  de  preciser  la  possibility  de  sur¬ 
vie  de  divers  centres.  D’autres  etudes  ont  permis  d’examiner  le  comporte- 
ment  des  centres  lorsque  l’animal  est  anemie  ou  asphyxie  en  totalite.  Si  on 
asphyxie  ou  qu’on  saigne  un  chien,  il  se  produit,  au  bout  de  2  ou  3  minutes, 
une  paralysie  respiratoire.  Au  bout  d’une  demi-heure,  on  peut  encore,  par 
transfusion  et  injection  intracardiaque  d’adrenaline,  obtenir  une  reanima¬ 
tion  des  centres  respiratoire,  cardio-regulateur  et  vaso-moteur.  Mais  le 
chien  succombe  dans  le  coma  ;  les  centres  ont  ete  completement  et  definiti- 
vement  exclus,  apres  5  minutes  au  plus  pour  certains.  Peut-etre  y  a-t-il  une 
sensibilite  particuliere  des  zones  thalamiques  et  hypothalamiques.  Les  ani- 
maux  totalement  asphyxies  ou  anemies  meurent  en  hyperthermie. 

Des  projections  fixes  et  cinematographiques  montrent  le  detail  des  expe¬ 
riences  realisees. 


SOCIETES 


473 


Hemiplegic  a  la  suite  d’hemorragie  et  de  tamponnement  de  la  region 
carotidienne,  par  M.  H.  Callewaert. 

Presentation  d’un  malade  de  33  ans,  ayant  des  antecedents  syphilitiques, 
et  qui  fut  blesse  d’un  coup  de  couteau  a  la  region  carotidienne  gauche.  Une 
suture  par  agrafes  n’empecha  pas  une  perte  abondante  de  sang.  Le  blesse 
avait  une  paresie  faciale  inferieure  gauche,  par  section  de  la  branche  cer- 
vico-faciale.  II  y  avait  en  outre  section  de  la  jugulaire  et  plaie  tangentielle 
de  la  carotide.  On  laissa  en  place  un  tamponnement,  pendant  36  heures.  II 
se  produisit  ensuite  une  hemiplegie  droite  avec  confusion  mentale  et  trou¬ 
bles  sphincteriens.  Plus  tard,  on  constata  de  l’alexie,  sans  aphasie,  de 
l’agraphie  et  de  la  dysphagie  avec  regurgitation  nasale.  La  pathogenie  de 
ces  phenomenes  hemiplegiques  s’explique  peut-etre  par  un  spasme  des  arte- 
res  superficielles  du  cerveau. 


Un  cas  de  diagnostic  difficile,  par  MM.  P.  Martin  et  L.  Van  Bogaert. 

Presentation  d’un  malade  atteint  d’hemiplegie  spasmodique  gauche  et  dont 
1’examen  ne  montre  aucun  signe  net  permettant  de  rattacher  la  symptoma¬ 
tology  a  un  syndrome  clinique  classique.  La  ventriculographie  a  donne  un 
resultat  normal.  Malgre  l’absence  des  signes  habituels  on  doit  envisager  la 
possibility  d’une  etiologie  tumorale. 


Crises  cataplexiques  et  anomalies  de  caractere, 
par  MM.  De  Bcsscher,  Martin  et  Van  Bogaert. 

Presentation  d’une  fillette  de  10  ans,  atteinte  depuis  un  an  environ  de 
crises  cataplexiques  (chute  en  masse,  durant  une  seconde,  et  sans  perte  de 
connaissance).  II  existe  une  areflexie  tendineuse  generale. 

L’enfant  a,  depuis  le  debut  de  ces  troubles,  montre  un  caractere  bizarre, 
avec  des  manifestations  naguere  attributes  a  une  constitution  hysterique. 
Les  acces  cataplexiques  se  produisent  souvent  apres  une  fatigue. 


Note  sur  l’hyperpnee,  par  MM.  Lardelle  et  L.  Massion. 

Projection  d’un  film  montrant  que,  par  l’hyperpnee,  on  peut  faire  appa- 
raitre  certains  signes  autrement  indecelables,  comme  le  signe  d’Oppenheim 
et  celui  de  Babinski.  L’epreuve  de  l’hyperpnee  peut  ainsi  etre  d’une  grande 
utilite  pour  un  diagnostic  de  lesion  ou  de  localisation. 


J.  Ley. 


ANALYSES 


LIVRES,  THESES,  BROCHURES 


HISTOIRE  DE  LA  MEDECINE 

Tableau  de  la  caricature  medicale  depuis  les  origines  jusqu’a  nos  jours, 
par  A.  Weber.  Preface  du  Professeur  Laignel-Lavastine.  (1  vol.  in-8°, 
144  pages  avec  130  gravures  in  Collection  «  Hyppocrate  »  Le  Frangois,  edit., 
Paris,  1936. 

Dans  ce  volume  edite  avec  soin,  ou  l’histoire  de  la  caricature  medicale 
apporte  des  documents  a  l’histoire  de  la  medecine  et  des  mffiurs,  le  lectern* 
trouvera  reunies  les  diverses  fagons  dont,  de  toils  temps,  dans  tous  les 
pays,  on  s’est  moque  des  medecins  et.on  .en  a  medit. 

M.  A.  Weber  a  classe  en  les  commeptant ,  ces  documents,  qui  soulignent 
les  ridicules  des  medecins  et  des  malades  et  parodient  certaines  des  attitu¬ 
des  professionnelles  miedicales,  selon  que  ces  documents  se  rapportent  a 
l’antiquite  classique,  a  la  dan^e  macabre,  a  la  Renaissance,  au  siecle  de 
Moliere,  aux  caricatures  de  Rowlandson,  au  xvme  siecle,  au  xixe  siecle  (Dau¬ 
mier).  Autrefois,  Ton  riait  settlement  des  malades,  aujourd’hui  on  rit  sur- 
tout  des.  medecins. 

Des  130  gravures  reunies  dans  ce  volume,  et  dont  beaucoup  sont  hien 
connues,  il  faut  rappeler  ici,  parmi  celles  qui  concernent  la  psychiatrie, 
l’hypocondriaque  de  Rowlandson  (62'),  le  pelerinage  au  tombeau  du  diacre 
Paris  (72),  les  caricatitres  sur  le  baquet  de  Mesmer  (73,  75)  et  le  magnetisme 
animal  (74),  sur  Gall  et  sa  phrenologie  (76,  77),  en  particulier  celle  de  Row¬ 
landson,  intitulee  «  une  conference  du  D1'  Gall  (78)  »,  si  caracteristique  de  la 
maniere  de  l’artiste,  une  gravure  allemande  du  xvne  siecle  consacree  a  la 
Guerison  de  la  Folie  (88),  les  tracteurs  metalliques  du  Dr  Perkins  (86),  et  les 
grands  effets  merveilleux  de  l’acunpuncture  (104),  caricature  toujours  d’ac- 
tualite  bien  que  vieille  d’un  siecle,  l’hypocondriaque  joulflu  de  Daumier  (93), 
qui  craint  d’etre  «  poitrinaire  »,  etc.,  etc. 

D’interessantes  pages  consacrees  au  rire  et  au  phenomene  du  comique, 
M.  A.  Weber  conclut  que  le  rire  accompagne  un  passage  du  sacre  au  pro¬ 
fane.  L’avalanche  des  caricatures  qui  a  salue  l’avenement  de  la  medecine 


Analyses- 


475 


scientifique  a,  selon  lui,  pour  origins,  la  disproportion  entre  la  medecine 
«  sacree  »  et  la  medecine  profane,  le  passage  instantane  entre  le  divin  de 
la  profession  medicale  et  l’humain,  le  trop  hnmain,  de  celni  qui  l’exerce. 

Rene  Charpentier. 


La  peste  d’Athenes  (430-426  av.  J.-C.),  par  le  Dr  J.-P.  Beteau.  Preface  par 
M  le  D'  L.  Tanon,  Professeur  d’Hvgiene  a  la  Faculte  de  Medecine  de  Pans, 
traduction  d’extraits  de  YHistoire  de  la  guerre  du  Peloponese,  par  M.  P.  Bar¬ 
riers,  Agrege  de  PUniversite,  Docteur  es  lettres  (1  brochure  in-16,  46  pages, 
edit,  par  l’auteur,  Paris  1934). 

La  maladie  dite  «  peste  d’Athenes  »,  si  bien  decrite  par  Thucydide,  a  de 
tout  temps  vivement  excite  la  curiosite  et  suscite  une  longue  conti  o\erse. 
Si  depuis  Littre,  on  admet  generalement  qu’il  s’agissait  d’une  epidemie  de 
peste  pneumonique,  on  a  incriminc  successivement  la  fievre-  putride  1  ergo- 
tisme  le  typhus,  le  typhus  exanthematique,  la  syphilis,  la  meningite  cere- 
bro-spinale,  la  variole,  la  scarlatine,  la  rougeole,  la  fievre  jaune,  etc... 

Reprenant  et  commentant  la  description  de  Thucydide,  M.  Beteau  est 
d’avis  que  cette  peste,  venue  d’Ethiopie  et  d’Egypte,  qui  envahit  l’imlmense 
empire  perse  et  atteignit  la  Grece  en  430  par  une  route  maritime,  fut  une 
double  epidemie  de  dengue  mediterraneenne  et  A’erysipele  epidemique 

Cette  association  expliquerait  la  mortalite  relativement  elevee,  la  haute 
malienite  de  l’epidemie  etant  en  rapport  avec  les  circonstances  cosmiques 
et  les  conditions  hygieniques.  Si,  d’ailleurs,  la  morbidite  fut  exceptionnel- 
lement  importante,  la  mortalite  depuis  le  debut  de  l’annee  430  jusqu  au 
commencement  de  1’hiver  426-425  ne  fut  guere  que  d’environ  quatre  pour 
cent  des  habitants,  mortalite  qui  serait  bien  faible  s’ll  s’agissait  de  typhus, 
de  variole,  de  fievre  jaune  ou  de  peste  pneumonique. 

En  terminant  cette  tres  interessante  discussion,  methodiquement  conduite, 
M  Beteau  rappelle  l’opinion  de  Grail,  que  la  dengue  mediterraneenne  a  son 
berceau  dans  la  Mer  Rouge,  et  ne  serait  qu’une  dengue  tropicale  dont  les 
caracteres  se  modifient  dans  le  bassin  mediterraneen  jusqu  a  sindividua- 
liser.  L’origine  ethiopienne  de  cette  «  dengue  d’Athenes  »  viendrait  a 
1’appui  de  cette  hypothese. 

Rappelons  en  terminant  que  Socrate  ne  quitta  pas  Athenes  pendant 
l’epidemie  et  fut  protege,  assure  Diogene  Laerce,  par  sa  sobnete. 

Rene  Charpentier. 


PSYCH1ATRIE 

Psychose  maniaque-depressive  et  folios  discordantes.  Situation  nosogra- 
phique  de  quelques  formes  particulieres  par  rapport  a  ces  entites,  pai 
Julien  Rouart.  1  vol.  in-8»,  260  pages.  G.  Doin,  edit.  These  Pans  1935. 

L’existence  de  nombreux  cas  pathologiques  susceptibles  d’etre  places  dans 
le  cadre  de  la  psychose  maniaque-depressive  ou  dans  celui  de  la  demence 
precoce  pose  un  probleme  nosographique  qui  a,  depuis  longtemps,  retenu 
1’attention  des  cliniciens  et  que  l’auteur  va  tenter  de  resoudre  a  1  aide  d  une 
methodologie  inspiree  principalement  des  conceptions  de  Jaspers. 

Krsepelin  fondait  sa  classification  sur  un  procede  qui  consiste  a  mstituer 
des  experiences  comparees  entre  les  signes  de  deux  formes  climques  pour 


47G 


ANALYSES 


eprouver  jusqu’a  quel  point  ces  signes  peuvent  etre  utilises  en  vue  du  diag¬ 
nostic.  L’entite  clinique,  creee  par  cette  methode,  reste  subordonnee  aux 
resultats  d’observations  nouvelles  qui  peuvent  en  elargir  ou  en  retrecir  le 
cadre,  et  par  suite,  modifier  la  classification.  On  sait  que  celle  de  Krsepelin 
a  varie  d’une  edition  a  l’autre  de  son  Traite. 

Jaspers  a  critique  cette  methode.  II  constate  avec  raison  que  les  maladies 
dont  l’etiologie  et  1’anatomie  pathologique  sont  connues,  la  paralysie  gene- 
rale  par  exemple,  ne  presentent  aucun  tableau  psychopathologique  speci- 
fique  ni  caracteristique.  Les  groupes  dont  l’etiologe  et  l’anatomie  patho¬ 
logique  sont  inconnues,  telles  que  la  demence  precoce  ou  la  psychose  mania- 
que-depressive  ont  des  limites  tres  differentes  suivant  que  I’on  considere, 
soit  leurs  signes  psychiques  fqndamentaux,  soit  leur  evolution.  Les  syn¬ 
theses  de  Kraepelin  realiserent  neanmoins  un  progres  considerable  sur  les 
classifications  anterieures,  grace  a  1’observation  du  «  tableau  d’ensemble  ». 
Mais  elles  ne  tenaient  pas  suffisamment  compte  du  role  pathogenique  des  ele¬ 
ments  constituant  la  personnalite  meme  du  sujet,  sur  lesquels  Magnan  avait 
insiste  dans  sa  doctrine  de  la  degenerescence  mentale.  Ce  fut  Ie  merite  de 
Bleuler  de  distinguer,  entre  les  symptomes  observes,  les  symptomes  pri- 
maires  qui  etaient  plus  directement  en  rapport  avec  un  processus  morbide 
et  les  symptomes  secondaires,  auxquels  les  premiers  permettaient  de  se 
manifester,  mais  qui  etaient  empreints  de  caracteres  essentiellement  per¬ 
sonnels. 

L’auteur  etudie  ces  facteurs  personnels  dans  l’eclosion  des  psychoses 
maniaques-depressives  et  schizophreniques.  A  la  lumiere  des  travaux  de 
•Bleuler  et  de  Kretschmer,  il  examine  les  deux  points  de  vue  :  d’une  part 
la  personnalite  en  ce  qu’elle  possede  anterieurement  a  toute  experience, 
d’autre  part  le  developpement  de  la  personnalite  subordonnee  au  milieu, 
bref  les  elements  innes  ou  herites  et  les  elements  acquis.  II  analyse  les 
opinions  adverses,  s’eleve  avec  raison  contre  un  constitutionnalisme  inne 
trop  etroit  et  semble  accorder  une  influence  preponderante  aux  elements 
acquis. 

Un  chapitre  important  est  ensuite  consacre  aux  travaux  methodologiques, 
peu  connus  en  France,  et  particulierement  a  ceux  de  Kretschmer,  Jaspers, 
K.  Schneider,  Birnbaum,  qui  ont  etudie  les  notions  de  reaction,  de  pro¬ 
cessus,  de  structure.  II  expose  tout  d’abord  certains  principes  tires  des  nou¬ 
velles  tendances  de  la  psychologie  allemande  et,  en  particulier,  de  la  phe- 
nomenologie.  Une  maniere  speciale  d’apprehender  les  faits  psychiques  et 
de  les  relier  entre  eux  en  decoule  :  l’interpenetration  affective,  la  com¬ 
prehension,  ou  l’impenetrabilite,  sont  des  notions  issues  de  cette  methode, 
et,  de  meme,  «  le  contact  vital  avec  la  realite  »  (Minkowski)  ;  la  schizo'idie 
et  la  syntonie  de  Kretschmer.  L’auteur  examine  la  valeur  methodolo- 
gique  des  notions  de  constitution,  de  reaction,  de  processus.  Une  reaction 
est  un  ensemble  de  faits  psychiques  provoques  par  une  cause  exogene. 

«  Sont  reactions  vraies,  pour  Jaspers,  celles  dont  le  contenu  est  en  rap¬ 
port  comprehensible  avec  l’evenement  originel,  qui  ne  seraient  pas  nees 
sans  cet  evenement  et  dont  revolution  depend  de  l’evenement  et  de  leur 
rapport  avec  lui.  »  La  reaction,  si  elle  est  comprehensible,  est  un  phenomene 
psychique  different  du  normal  seulement  par  une  anomalie  d’intensite,  de 
duree.  Si  elle  cesse  d’etre  en  rapport  comprehensible  avec  un  evenement  et 
la  personnalite  anterieure  du  sujet,  on  doit  faire  intervenir,  dans  sa  genese, 
un  facteur  extraconscient  ;  elle  peut  etre  expliquee  par  une  relation  de 


ANALYSES 


477 


eausalite  avec  uri  processus.  La  notion  de  processus  designe  done  habituel- 
iement  le  facteur  exlraconscient  responsable  des  troubles  psychiques  qui 
echappent  a  notre  comprehension,  et  conduisent  generalement  a  des  etats 
de  deficit.  La  situation  reciproque  de  ces  elements  —  caractere,  reaction, 
evenement  vecu,  processus  —  constitue  la  structure  des  psychoses.  L’etude 
de  la  structure  tient  compte  de  tous  les  elements  qui  constituent  la  per- 
sonnalite  heritee  ou  acquise,  et  notamment  des  evenements  exterieurs, 
psychologiques  ou  organiques,  qui  peuvent  la  modifier  dans  un  sens  par- 
ticulier.  Le  diagnostic  d’une  espece  morbide  devient  ainsi  essentiellement 
d’ordre  psychopathologique  et  peut  etre  etabli  de  plusieurs  points  de  vue  ; 
e’est  un  diagnostic  «  a  plusieurs  dimensions  »,  selon  l’expression  de 
Kretschmer. 

Dans  une  seconde  partie,  clinique  et  nosographique,  qui  occupe  la  ma- 
jeure  partie  du  volume,  1’auteur  essaie  d’appliquer  a  la  discussion  d’un 
certain  nombre  de  cas  concrets  (26  observations)  les  notions  theoriques  ci- 
dessus.  II  le  fait  avec  beaucoup  de  prudence  et  de  sagacite. 

II  definit  d’abord  la  psychose  maniaque-depressive,  dans  ses  formes  pures 
qui  se  caracterisent  par  un  type  clinique  et  une  evolution  intermittente,  sans 
apparition  de  troubles  deficitaires  en  relation  avec  la  maladie.  A  cote  de 
ce  type  ideal,  il  analyse  des  types  complexes  avec  confusion  et  delire  el 
meme  reponses  a  cote,  ce  dernier  symptome,  dans  le  cas  envisage,  appa- 
raissant,  malgre  son  absurdite,  comme  une  reaction  comprehensible.  Le 
critere  qui  permet  a  1’auteur  de  poser  son  diagnostic  est  done  un  carac¬ 
tere  negatif  :  l’absence  de  dissociation,  de  signes  schizophreniques  pri- 
maires  (au  sens  de  Bleuler).  Dans  un  troisieme  groupe  il  reunit,  sous  le 
signe  de  la  rupture  avec  le  monde  exterieur,  des  formes  nettement  schizo¬ 
phreniques  intermittentes  ou  avec  remission,  des  etats  maniaques  depres¬ 
ses,  progressivement  discordants  ou  catatoniques  et  enfin  les  schizo- 
maniaques  de  Claude.  Entre  ces  deux  groupes,  et  sans  discontinuity  tran¬ 
che  avec  eux,  il  place  enfin  des  etats  intermittents,  dans  lesquels  a  cha- 
que  acces  la  perturbation  est  plus  profonde,  l’excitation  ou  la  depression 
moins  pure,  plus  dissociee  mais  sans  signe  de  deficit  dans  l’intervalle. 
Ce  sont  les  formes  «  liminaires  ou  marginales  »  dont  il  defend  l’inde- 
pendance  nosographique.  Il  considere  en  effet,  selon  les  principes  metho- 
dologiques  qu’il  invoque,  l’aspect  psychologique  du  trouble  comme  un  tout 
indivisible  et  ne  saurait  admettre  les  notions  de  psychoses  associees  ou 
combinees,  ni  la  possibilite  d’une  combinaison  congenitale  de  deux  dispo¬ 
sitions  pathologiques. 

Il  faut  lire  ce  travail  consciencieux  pour  en  saisir  toute  la  valeur.  Impre- 
gne  des  recentes  theories  allemandes,  il  cherehe,  cependant,  a  se  liberer  de 
certaines  tendances  unicistes,  prates  a  bouleverser  la  psychiatrie,  deja  suf- 
fisamment  anarchique,  sous  le  pretexte  qu’un  meme  trouble  peut  engen- 
drer  n’importe  quel  tableau  clinique.  Tout  en  insistant  sur  le  role  capital 
de  la  personnalite  dans  la  psychopathologie,  il  reconnait  la  necessite  de 
conserver  des  entites  morbides  bien  individual  isees  par  leur  type  clinique 
et  par  leur  evolution,  entites  qui  constituent  des  sortes  de  reperes  par  rap¬ 
port  aux  formes  complexes,  les  plus  nombreuses  sans  doute,  dans  la  patho- 
genie  desquelles  interviennent  des  facteurs  multiples  en  proportions  dif- 
ferentes,  et  qui  restent  encore  si  difficiles  a  classer. 


J.  Capgras. 


iNALYSES 


m 


Essai  sur  la  schizophasia,  par  le  Dr  Jacques  Delmond,  interne  des  asiles  de  la 

Seine.  These  Paris  1935,  104  pages,  E.  Le  Francois  edit. 

La  schizophasie,  langage  incoherent  du  dement  precoce,  est  le  temoin 
fidele,  ideo-verbal,  de  son'  degre  de  dissociation  psychique.  Elle  peut  aller 
jusqu’a  la  «  salade  de  mots  »,  jusqu’a  la  destruction  du  langage.  Moins 
prononcee,  elle  aboutit  seulement  aux  neologismes,  a  la  glossolalie,  au  sym- 
bolisme,  a  l’hermetisme.  L’incoherence  verbale  ne  fait  que  traduire  l’in- 
coherence  ideique  ou  conceptuelle. 

Les  observations  cliniques  de  schizophasie  se  font  a  l’aide  :  1°  de  pro- 
pos  notes  au  cours  d’interrogatoires  ou  spontanement  tenus  par  le  malade 
devant  le  medecin  ;  2°  de  textes  schizographiques  ;  3°  de  propos  enregis- 
trcs  par  la  methode  phonographique.  L’enregistrement  phonographique 
peut,  en  effet,  rendre  de  grands  services  pour  l’etude  des  troubles  phone- 
tiques  chez  les  alienes,  comme  l’ont  bien  montre,  il  y  a  longtemps  deja, 
Joffroy  et  Mignot. 

Les  troubles  schizophasiques  correspondent  a  une  disintegration  de  la 
fonction  du  langage,  dont  le  niveau  varie  suivant  les  cas.  On  y  rencontre 
notamment,  en  appliquant  la  methode  de  Head  pour  l’examen  des  troubles 
du  langage  dans  l’aphasie  :  des  troubles  verbaux  ou  de  la  fonction  de¬ 
pression  motrice,  constituant  une  variete  de  jargonaphasie  ;  des  troubles 
nominaux  (paralogismes,  neologismes),  rappelant  la  paraphasie  ;  des  trou¬ 
bles  syntaxiques  (paragrammatismes)  representant  la  forme  la  plus  pure 
de  schizophasie  ;  des  troubles  semantiques,  principalement  caracterises  par 
«  l’interpretation  philologique  ». 

R.  Dupouy. 

Essai  sur  la  psychologie  et  la  physiologie  des  obsedes,  par  le  Dr  Henry- 

Id.  Gallot,  ancien  interne  des  hopitaux  de  Paris.  These  Paris  1935,  168  pages, 

E.  Le  Frangois  edit. 

L’auteur  tente  une  analyse  a  la  fois  psychologique  et  physiologique  des 
obsessions.  II  etablit  rapidement  les  traits  marquants  de  l’obsession,  le  sen¬ 
timent  de  parasitisme,  la  lucidite  du  sujet,  sa  lutte,  son  angoisse,  enfin  le 
terrain  constitutionnel  special,  psychasthenique  ou  anxieux,  sur  lequel  evo- 
lue  l’affection. 

En  clinique,  il  distingue  les  obsessions  intellectuelles,  les  obsessions 
impulsives,  les  obsessions  algiques,  les  phobies  diffuses  ou  systematisees. 
Dans  son  etude  sur  leur  psychogenese,  il  expose  succeseivement  la  theorie 
de  P.  Janet,  la  theorie  psychanalytique  de  Freud  (psychanalyse  en  profon- 
deur  et  celle  de  Steckel  (psychanalyse  en  surface).  Etudiant  ensuite  la  physio- 
pathologie  de  la  constitution  psychasthenique,  il  arrive  a  cette  conclusion 
que  la  psychasthenic  —  terrain  de  culture  des  obsessions  —  semble  etre 
«  la  resultante,  la  traduction  dans  le  domaine  de  la  pensee  active  d’une  cer- 
taine  maiiiere  d’etre  psycho-physiologique  d’origine  toxique  ou  infectieuse, 
hereditairement  transmissible  »  et  il  fait  jouer  le  role  le  plus  actif  et  le 
plus  frequent  a  la  syphilis.  L’obsession  serait,  pour  Laignel-Lavastine  et 
pour  lui,  «  un  pbenomene  recessif  souvent  heredo-syphilitique  ». 

PhysiOlogiquement  encore,  les  obsedes  sont  des  hyperamphovagotoni- 
ques  avec  grosse  excitabilite  vagale  et  sympathique  ;  morphologiquement 
des  astheniques  (type  Kretschmer)  ou  plus  exactement  des  «  retractes- 
bossues  »  hyper-excitables  (type  Sigaud  et  Corman). 


R.  Dupouy. 


ANALYSES  4/y 

Le  travestissement.  Essai  de  psycho-pathologie  sexuelle,  par  le  Dr  Agnes 

Masson.  Preface  du  Professeur  Laignel-Lavastine.  1  vol.  m-8°  de  143  pages. 

Collection  «  Hippocrate  ».  Le  Francois  edit.,  Paris  1935. 

Je  suis  heureux  de  presenter  aux  lecteurs  des  Annates,  comme  je  l’ai  fait 
an  grand  public,  ce  volume  de  Mme  Masson,  medecin-directeur  de  l’Asile 
de  Saint-Alban.  Mme  Masson  y  montre  parfaitement  le  caractere  psyeho- 
pathologique  du  travestissement,  avec  une  grande  abondance  de  details  qui 
ne  masquent  cependant  pas  la  vue  d’ensemble,  et  avec  des  references  biblio- 
graphiques  tres  precises,  qui  permettent  de  se  reporter  non  seulement  aux 
travaux  fondamentaux  sur  la  question  (Krafft-Ebing,  Havelock  Ellis,  Hirsch- 
feld,  Forel,  Maranon,  etc.),  mais  encore  aux  sources  mlSmes  du  sujet  (dans 
l’histoire,  dans  la  litterature,  dans  les  faits  divers  des  journaux). 

Frappe  comme  Sainte-Beuve  par  le  feminisme  de  l’abbe  de  Choisy,  auquel 
i’ai  consacre  une  etude  dans  Paris  Medical  en  1919,  j’ai  continue  a  Sainte- 
Anne,  comme  professeur  de  clinique  interimaire,  a  demontrer  la  frequence, 
surtout  chez  les  alienes,  d’un  manque  de  polarisation  sexuelle  plus  ou  moms 
accentue. 

Apres  Dupre,  je  suis  revenu  sur  l’abondance  des  «  femmes  a  barbe  » 
dans  les  asiles.  J’ai  lie  leur  hypertrichose  et  leur  virilisme  a  des  perturba¬ 
tions  endocriniennes,  souvent  heredo-syphilitiques.  Et  au-dessous  des 
androgynes  et  des  gynandres,  chez  lesquels  le  defaut  de  polarisation  sexuelle 
est  a  la  fois  morphologique,  physiologique,  psychique  et  social,  j’ai 
esquisse  les  formes  les  plus  attenuees  d’impolarisation  sexuelle,  pou- 
vant  se  reduire  chez  tel  homme  a  un  gout  pour  la  tapisserie,  chez  telle 
femme  a  une  habitude  de  porter  une  canne,  ou  a  quelque  autre  detail  ves- 
timentaire  si  leger  qu’il  n’est  plus  qu’un  element  infime  du  travestissement. 

Mme  Masson  a  egalement  envisage  le  travestissement  au  point  de  vue 
ethnographique.  Phenomene  relativement  frequent,  il  presente  souvent  un 
caractere  rituel,  et,  alors,  est  presque  toujours  lie  a  l’homosexualite. 
«  Parfois,  ecrit-elle,  il  ne  represente  qu’une  eoutume  toleree,  qui  n’a  pas 
ou  n’a  plus  de  signification  sociale  ou  religieuse  ;  parfois  encore,  il  ne  repre¬ 
sente  qu’une  exception,  et  ces  cas  sont  alors  comparables  a  ceux  que  l’on 
rencontre  dans  les  pays  civilises,  Iorsqu’aucun  element  de  contagion  col¬ 
lective  ne  le  favorise.  » 

Enfln,  tres  justement,  Mme  Masson  a  insiste,  sur  1’importance  des  tra- 
vestis  dans  le  domaine  medico-legal.  Un  de  mes  compatriotes,  Jacques 
Duval,  d’Evreux,  qui  fut  medecin  a  Rouen  sous  Henri  IV,  eut  le  merite  de 
sauver  du  bucher  un  androgyne  qui  vivait  maritalement  avec  une  femme 
et  etait  habille  en  femme.  Designe  comme  expert,  Jacques  Duval  ne  se 
contenta  pas  de  discourir  comme  ses  confreres,  mais  voulut  voir  et  toucher. 
Il  decela  le  penis  de  l’inculpe  et  publia  peu  apres  un  Traite  des  Herman 
phrodites  qui,  conformement  au  gout  de  I’epoque,  commengait  par  un 
acrostiche  ! 

Le  livre  de  Mme  Masson  ne  vaut  pas  seulement  par  son  pittoresque  et 
son  piquant  :  c’est  un  important  travail  critique  et  medical,  oil  l’auteur, 
avec  une  double  technique,  bibliographique  et  clinique,  a  su  trouver  les 
materiaux  necessaires  a  I’ediflcation  d’un  syndrome  vestimentaire,  le  tra¬ 
vestissement,  qui  merite  une  place  marquee  dans  la  psycho-pathologie 
sexuelle. 


Laignel-Lavastine. 


ANALYSES 


Recherches  sur  la  natalite  dans  certains  groupes  de  maladies  mentales 

(Uutersuchungen  liber  die  Fruchtbarkeit  gewisser  Gruppen  von  Geistes- 

kraukeu),  par  Erik  Essex-Moller.  Fasc.  de  314  pages,  supplement  VIII  des 

Acta  Psychiatrica  el  Neuvoloyica,  Gopenhague  1935. 

Ce  livre,  consacre  a  l’etude  de  la  natalite  chez  les  schizophrenes,  les 
maniaques  depressifs  et  les  epileptiques,  est  le  fruit  des  recherches  pour- 
suivies  par  l’auteur  a  l’Institut  du  Professeur  Riidin,  a  Munich.  5.000  ma- 
lades  appartenant  a  ces  trois  categories,  ainsi  que  1.200  normaux,  ont  ete 
etudies  aux  points  de  vue  suivants  :  proportion  des  mariages,  mortalite 
et  mortalite  des  enfants,  nombre  des  enfants  legitimes  et  naturels,  com- 
portement  au  point  de  vue  de  la  courbe  de  denatalite,  heredite,  reproduc¬ 
tion  en  general.  Les  tableaux  statistiques  forment  un  volumineux  appen- 
dice,  de  pres  de  100  pages. 

Le  nombre  des  mariages  devient  inferieur  a  la  moyenne,  apres  le  debut 
de  la  maladie,  dans  les  trois  groupes,  1/6  de  la  moyenne  chez  les  schizo¬ 
phrenes.  Avant  la  maladie  il  est  normal  chez  les  maniaco-depressifs, 
superieur  a  la  moyenne  chez  les  epileptiques,  inferieur  chez  les  schizo¬ 
phrenes.  L’internement  n’est  pas  la  raison  principale  de  la  diminution  des 
mariages,  qui  est  variable  selon  les  formes  cliniques,  et  sur  laquelle  la 
duree  de  la  maladie  est  sans  influence  sensible.  La  mortalite  des  enfants 
n’est  pas  augmentee,  alors  que  celle  des  parents  malades  l’est  plus  ou 
moins  considerablement  :  1  fois  1/2  chez  les  maniaco-depressifs,  3  fois 
chez  les  schizophrenes,  8  fois  chez  les  epileptiques.  Quant  au  nombre  des 
.  enfants  legitimes,  les  maniaques  depressifs  et  les  epileptiques  en  ont 
autant  que  la  population  saine,  et  en  cas  de  denatalite  ils  subissent  la 
meme  regression.  Les  hommes  schizophrenes  ont  un  nombre  normal 
d’enfants  dans  une  population  qui  ne  pratique  pas  la  limitation  des 
naissances,  tandis  que  chez  les  femmes  schizophrenes  la  proportion  est 
egale  a  la  moitie  de  la  moyenne.  Mais  en  cas  de  denatalite,  les  schizo¬ 
phrenes,  hommes  et  femmes,  ne  prennent  pas  part  a  la  regression  du 
nombre  des  naissances  ou  du  moins  ne  suivent  cette  regression  que  plus 
lentement  que  la  population  saine. 

La  reproduction  en  general  est  egale  a  la  moyenne  chez  les  maniaques- 
depressifs.  La  transmission  hereditaire  de  la  maladie  est  frequente.  Par 
sontre,  la  reproduction  des  schizophrenes  et  des  epileptiques  est  fortement 
diminuee.  Les  enfants  des  parents  schizophrenes  ne  fournissent  qu’une 
faible  partie,  un  dixieme  peut-etre,  de  la  totalite  des  schizophrenes  dans 
une  population.  Dans  l’epilepsie  les  proportions  sont  analogues.  Mais  les 
enfants  peuvent  etre  atteints  de  psychopathies  constitutionnelles  diverses, 
d’autre  part  ils  peuvent,  en  tant  qu’heterozygotes,  transmettre  a  des  gene¬ 
rations  ulterieures  la  maladie  de  leurs  parents. 

Etant  donne  l’actualite  de  la  question,  il  est  naturel  que  l’auteur  ait 
envisage  la  repercussion  sur  la  frequence  des  maladies  etudiees,  de  la  ste¬ 
rilisation  eugenique  obligatoire.  Elle  est  plus  ou  moins  importante,  sui- 
vant  que  l’intervention  peut  6tre  pratiquee  des  les  premieres  manifesta¬ 
tions  de  la  maladie,  ou  seulement  apres  1’internement.  Mais  elle  apparait 
comme  bien  moins  importante  et  surtout  bien  moins  immediate,  si  on 
pense  que  la  psychose  maniaque  depressive  a  un  debut  relativement  tar- 
dif,  et  que  la  grande  majorite  des  schizophrenes  et  des  epileptiques  ne 
proviennent  pas  de  parents  atteints  de  ces  maladies. 


E.  Bauer. 


ANALYSES 


481 


'Dermatoses  pellagroides  chez  les  malades  mentaux  (Pellagroide  Dermato- 
sen  an  Geisteskranken),  par  Paul  Heiter  et  Jakob  Jakobsen  (de  Copenhague). 
1  vol,  in-8»,  125  pages;.  Levin  et  Munksgaard,  Copenhague,  et  G.  Thieme, 
Leipzig,  editeurs,  1935. 

En  examinant  955  malades  mentaux,  les  auteurs  ont  rencontre  des  der¬ 
matoses  d’aspect  pellagroide,  dans  182  cas  (19,3  %)  ;  mais  le  diagnostic  de 
pellagre  n’etait  cliniquement  justifie  que  dans  14  cas.  Parmi  881  detenus  des 
prisons  danoises,  examines  a  titre  de  controle,  les  proportions  furent  les 
suivantes  :  37  cas  (4,5%),  de  dermatoses  pellagroides,  2  cas  de  pellagre 
vraie.  Cette  frequence  des  affections  pellagroides  chez  les  malades  mentaux 
est  particulierement  imposante  dans  l’encephalite  et  dans  la  demence  pre- 
coce.  Dans  cette  derniere  maladie,  les  dermatoses  pellagroides  ont  ete  de 
moitie  plus  frequemment  constatees  que  toutes  les  autres  dermatoses  reu- 
nies,  et  quant  aux  14  cas  de  pellagre  «  vraie  »,  12  etaient  des  schizophrenes. 

Mais  l’etude  approfondie  de  ces  14  cas  ne  permet  pas  d’admettre,  du 
moins  pour  une  partie  d’entre  eux,  l’etiologie  pellagreuse.  II  s’agit  de  der¬ 
matoses  d’origine  centrale,  consequences  de  la  maladie  mentale,  dues  a  des 
lesions  hypothalamiques.  Le  fait  est  demontre  pour  1  cas  d’encephalite  et 
2  cas  de  schizophrenic.  En  etendant  l’hypothese  de  cette  pathoggnie  aux 
autres  affections  pellagroides,  on  comprend  pourquoi  on  les  rencontre  si 
frequemment  chez  les  malades  mentaux,  et  surtout  chez  les  encephalitiques 
et  les  dements  precoces. 

Bieii  entendu,  la  pellagre  vraie  existe  egalement  chez  les  malades  men¬ 
taux,  un  des  14  cas  deceits  apparait  comme  un  exemple  typique.  Elle  est 
plutot  due  a  des  troubles  de  la  resorption  qu’a  des  defauts  d’alimentation. 

Les  auteurs  ont  etudie  la  formule  sanguine  d’une  partie  des  malades,  et 
ils  signalent  la  frequence  de  la  lymphocytose,  de  l’eosinophilie,  de  la  ten- 
lance  a  l’anemie.  Ils  discutent  la  pathogenie  des  troubles  extrapyramidaux 
-lecrits  dans  la  pellagre.  Ces  troubles  ont  ete  decrits  egalement  chez  des 
dements  precoces  presentant  des  signes  d’intoxication  enterohepatique  (diar- 
rhee,  etc.)  et  dans  la  dysenterie  bacillaire.  Ils  sont  dus  a  l’action  sur  le 
diencephale  de  l’auto-intoxication  intestinale.  Enfin,  les  auteurs  etudient 
I’influence  de  la  pellagre  sur  Devolution  des  maladies  mentales.  Elle  peut 
provoquer  des  troubles  psychotiques,  elle  peut  modifier  l’aspect  clinique 
d’une  psychose  existante  :  retour  passager  a  la  lucidite,  transformation 
en  syndrome  amentiel  d’un  syndrome  paranoide,  production  d’un  syndrome 
catatonique  au  cours  d’un  paroxysme  maniaco-depressif,  pour  citer  quel- 
ques  exemples. 


PSYCHOLOGIE 


La  psychologie  experimental  et  comparee,  par  Pierre  Janet  (1  brochure 
in-8’  14  pages.  Extrait  du  Livre  jubilaire  compose  a  l’occasion  du  Quatrieme 
Centenaire  du  College  de  France.  Paris.  Les  Presses  Universitaires  de 
France,  edit). 

C’est  en  1888  que  l’enseignement  de  la  psychologie  experimental  et  compa¬ 
ree  fut  inaugure  au  College  de  France  par  Theodule  Ribot  (1888-1901).  Jus- 
que-la  trop  confondues  avec  les  etudes  philosophiques  et  morales,  les  etudes 

Ann.  Med.-psych.,  XVc  serie,  94e  annee,  t.  I.  —  Mars  1936, 


31. 


482 


ANALYSES 


psychologiques  mafquaient  aiilsi  Ieu'rs  tendances  nouvelles  et  leur  alliance 
avec  les  sciences  biologiques.  On  sait  combien  grande  fut  l’influence  de 
Th.  Ribot.  Par  son  autorite,  par  son  caractere,  eomihe  par  ses  metbodes, 
il  a  reussi  a  transformer  l’enseignement  psychologique  en  France,  a  faire 
accepter  une  psychologie  scientifique  en  remplacement  d’une  psychologic- 
philosophique,  imbue  de  metaphysique.  De  cette  psychologie,  les  precur- 
seurs  sont  des  medecins  frangais  du  debut  du  siecle  tels  que  Pinel,  Georget, 
Broussais,  Esquirol,  Leuret,  Falret,  Duchenne  (de  Boulogne),  Morel,  Brierre 
de  Boismont,  Moreau  de  Tours,  etc. 

Le  caractere  liberal,  conciliant,  modeste,  de  Ribot,  groupa  autour  de  lui 
tous  ceux,  philosophes,  physiologistes,  alienistes,  qui  s’interessaient  aux  phe- 
nomienes  de  1’esprit,  et  le  succes  de  la  Rettue  Philosophique,  fondee  par  lui 
en  1876,  contribua  beaucoup  a  faire  admettre  le  principe  d’une  psychologie 
positive  et  scientifique. 

Pleine  de  mesure,  la  methode  de  Ribot  est  avant  tout  une  methode  objec¬ 
tive,  mettant  en  garde  contre  cette  illusion  qu’employer  des  precedes  mathe- 
matiques,  e’est  arriver  a  la  certitude  mathematique.  Cette  methode  objec¬ 
tive  est  complet.ee  jrar  une  methode  de  comparaison  et  par  une  sorte  d’expe- 
rimentation,  fournie  par  les  etudes  de  psychologie  pathologique,  «  expe¬ 
riences  preparees  par  la  nature  et  d’autant  plus  precieuses  qu’ici  l’experi- 
mentation  est  plus  rare  ».  On  sait  le  succes  des  petits  livres  sur  les  Mala¬ 
dies  de  la  memoire,  les  Maladies  de  la  volonte,  les  Maladies  de  la  person - 
nalite.  Ribot  y  degagea  sa  loi  de  la  dissolution  des  fonctions  psychologiques, 
qui  va  du  complexe  au  simple,  dans  1’ordre  inverse  de  revolution.  L’etude- 
de  la  maladie  mentale  n’est  pas  seulement  un  moyen  d’etablir  des  compa- 
raisons,  e’est  aussi  un  merveilleux  instrument  d’analyse  des  phenomenes. 
psychologiques.  Ces  etudes  sur  1’ordre  hierarchique  des  fonctions  psycho¬ 
logiques  nous  conduisent  a  nous  representer  leur  formation  sous  la  forme 
d’une  evolution  progressive.  Et  la  psychologie  de  Ribot,  qui  tient  toujours 
compte  du  progres  et  de  revolution  de  l’esprit,  se  presente  comme  une  veri¬ 
table  psychologie  genetique. 

Th.  Ribot  a  fonde  ainsi  une  psychologie  bien  frangaise,  objective,  compa¬ 
rative,  pathologique,  genetique,  qui  aura  une  place  importante  dans  l’his- 
toire  des  sciences  morales.  Et  M.  Pierre  Janet,  qui  lui  sueceda  en  1901,  apres 
1’avoir  supplee  depuis  1895  a,  pendant  trente-cinq  ans,  continue  cet  ensei- 
gnement,  passant  en  revue,  avec  le  succes  que  l’on  sait,  tous  les  problemes 
de  la  psychologie  normale  et  de  la  psychologie  pathologique,  auxquels  il  a 
consacre  de  gros  ouvrages  qui  font  partout  autorite. 

Rene  Charpentier. 

L’annee  psychologique  trente-cinquieme  annee  (1934),  par  Henri  Pieron, 

Professeur  au  College  de  France  et  a  l’lnstitut  de  Psychologie  de  PUniversite 

de  Paris.  2  vol.  in-8°,  ensemble,  912  pages  in  (Bibliotheque  de  Philosophie 

Gontemporaine,  Felix  Alcan,  edit.,  Paris  1935). 

La  trente-cinquieme:  annee  de  V Annee  psychologique,  publiee  par  le 
Professeur  Henri  Pieron,  contient  en  ses  deux  volumes  1.563  analyses  et 
resume  tous  les  travaux  psychologiques  importants  publies  en  1934. 

Dans  une  premiere  partie  reservee  a  des  memoires  Originaux  on  trouvera 
d’abord  les  fesultats  tres  intercssants  des  experiences  sur  Pevanouissement 
de  la  sensation  lumineuse  (persistence  indifferenciable  et  persistarice  tolale) 


ANALYSES 


483 


dans  lesquelles  M.  Henri  Pieron  a  mis  en  lumiere  des  donnees  nouvelles  de 
grand  interet. 

M.  N.  Margineanu  donne  ensuite  deux  etudes  sur  les  facteurs  psychologi¬ 
zes  que  degage  1’analyse  statique  de  l’esprit,  analyse  factorielle  due  a 
1-initiative  de  Spearman,  dont  l’auteur  expose  ici  la  methode  amsi  que  la 
methode  simplifiee  de  Thurstone  et  les  recherches  de  Kelley.  C  est  egalement 
a  cette  question  que  se  rattache  le  memoire  dans  lequel  Mile  Jeanne  Mon- 
nin  met  en  evidence,  par  des  methodes  statistiques  correctes,  l’existence  de 
types  ^intelligence  s’accentuant  avec  l’age  et  presentant  une  independance 


notame. 

A  signaler  egalement  un  travail  dans  lequel  MM.  A.  Fessard  et  P.  Ku- 
charski  publient  les  resultats  de  leurs  recherches  sur  les  temps  de  reaction 
aux  sons  de  hauteurs  et  d’intensites  differentes,  mettant  en  evidence  des 
faits  curieux  concernant  la  relation  des  temps  de  latence  des  sensations 
auditives  avec  la  hauteur  des  sons. 

Dans  une  contribution  a  l’etude  du  gout  dit  electrique,  MM.  Z.  Bujas  et 
A.  Chweitzer  analysent  le  gout  complexe  et  le  gout  airier  provoques  par  la 
fermeture  a  la  cathode  (excitation  directe  des  terminaisons  nerveuses,  et 
stimulation  chimique),  ainsi  que  le  gout  acide  provoque  par  la  fermeture  a 
l’anode  (peut-etre  du  a  l'electrolyse  de  la  salive  et  du  liquide  mtra-cellu- 
laire).  II  resterait  a  expliquer  le  gout  acide  qui  apparait  a  la  cathode  au 
moment  de  l’ouverture  et  le  gout  sucre  qui  l’accompagne  parfois. 

Cette  serie  de  memories  se  termine  par  des  pages  consacrees  par  Mme  Ka¬ 
tharine  Banham  Bridges  a  l’etude  du  type  emotionnel  chez  le  jeune 


entant. 

Dans  une  revue  generale  d’acoustique  psycho-physiologique  qui  rendra  de, 
grands  services,  M.  Henri  Pieron  met  au  point  un  ensemble  de  recherches 
de  la  plus  grande  importance,  tant  au  point  de  vue  de  la  theorie  de  1’auHi- 
tion  qu’au  point  de  vue  pratique  (mesure  des  bruits,  acoustique  des  sal- 
les,  etc.),  et  montre  la  necessite,  pour  resoudre  les  problemes  qui  restent 
poses,  de  l’union  des  physiciens  et  des  biologistes  (psycho-physiologistes, 
otologistes,  etc;). 

Une  chronique,  pleine  de  renseignements  sur  la  vie  des  Societes,  des 
Congres,  des  Universites,  des  periodiques,  complete  cette  publication  haute- 
ment  renommee,  dont  la  publication  est  chaque  annee  attendue  et  qui  a 
sa  place  marquee  dans  toutes  les  bibliotheques  psychiatriques. 


NEUROLOG1E 

Etudes  Neurologiques,  sixieme  serie,  par  Georges  Guillain,  Professeur  a  la 
Faculte  de  Medecine  de  Paris,  raembre  de  l’Academie  de  Medecine,  Medecin 
de  la  Salpetriere.  1  vol.  in-8',  434  pages  avec  108  figures,  Masson  et  €'e  edit., 
Paris  1935. 

Le  sixieme  volume  d’etudes  neurologiques  du  Professeur  Guillain,  qui 
vient  de  paraitre,  est  particulierement  important  et  remarquablement  edite. 
Les  36  travaux  qu’il  contient  ont  ete  groupes  en  chapitres  consaeres  aux 
tumeurs  cerebrales,  a  la  pathologie  de  1’encephale,  a  la  pathologie  des 
pedoncules  cerebraux,  de  la  protuberance,  du  bulbe,  du  cervelet,  a  la  patho- 


434 


ANALYSES 


logie  de  la  moelle  epiniere,  a  la  pathologie  des  nerfs  craniens  et  rachidiens, 
aux  atrophies  musculaires. 

On  trouvera  dans  ces  travaux  de  clinique,  comme  dans  les  precedents,  le 
souci  constant  de  maintenir  a  1’anatomie  et  a  la  .physiologic  dn.  systeme 
nerveux  la  preeminence  dans  les  etudes  neurologiques,  et  aussi  la  preoc¬ 
cupation  de  renover  et  de  perfectionner  la  methode  anatomo-clinique  par 
[’utilisation  la  plus  large  des  techniques  que  la  bacteriologie,  la  chimie  et 
la  physique  mettent  a  la  disposition  de  la  neurologie. 

Ce  nouveau  volume  d’etudes  neurologiques  contient  les  travaux  pour- 
suivis  par  l’auteur  au  cours  des  dernieres  annees  a  la  Clinique  de  la  Sal- 
petriere.  Ils  sont  congus  dans  les  traditions  de  1’Ecole  de  la  Salpetriere, 
c’est-a-dire  qu’a  la  methode  anatomo-clinique  ont  ete  adjointes  toutes  les 
investigations  modernes  de  la  biologie. 

On  trouvera  beaucoup  de  travaux  de  neurologie  pure,  classique,  dans  ce 
volume  qui  se  termine  par  le  beau  discours  prononce  par  le  Profeisseur 
Guillain,  a  Rabat,  en  1933,  lorsqu’il  presidait  la  37e  session  du  Congres  des 
miedecins  alienistes  et  neurologistes  de  France  et  des  pays  de  langue  fran- 
gaise.  Dans  ces  pages,  consacrees  a  la  necessity  des  recherches  scientifiques 
pour  le  progres  de  la  neuro-psychiatrie,  M.  G.  Guillain  etudie  la  crise  de  la 
formation  des  elites  et  ses  causes.  II  montre  que  les  elites  doivent  etre 
selectionnees  jeunes,  et  suggere  la  creation  de  grands  Instituts  de  pure 
science  neuro-psychiatrique,  dans  lesquels  de  jeunes  savants,  suffisamment 
retribues  par  l’Etat,  pourraient  se  consacrer  uniquement  a  la  recherche. 

R.  C. 


Neurologie,  par  le  Dr  R.  Monier-Vinard,  Medecin  de  l’Hdpital  Ambroise-Pare 
(1  vol.  in-12,  222  pages,  in  Collection  des  Initiations  medicales  publiee  sous 
la  direction  du  Dr  A.  Sezary,  Masson  et  (?•  edit.,  Paris  1935). 

Ce  petit  livre  debute  par  un  excellent  ehapitre  consacre  a  des  considera¬ 
tions  sur  le  diagnostic  neurologique  et  l’examen  du  malade,  ehapitre  dans 
Iequel  M.  Monier-Vinard  expose  les  principes  qui  president  a  l’elaboration 
du  diagnostic  et  s’attache  a  montrer  qu’il  est  une  hierarchie  dans  la  valeur 
semeiologique  des  faits. 

L’auteur  passe  ensuite  en  revue  les  troubles  de  la  motilite,  1’examen  et  la 
semeiologie  des  reflexes,  les  troubles  sensitifs  subjectifs,  les  troubles  objec- 
tifs  de  la  sensibilite,  les  troubles  sensoriels,  les  comas,  les  troubles  de  la 
parole  et  du  langage,  les  troubles  sphincteriens  et  genitaux,  les  dystrophies, 
les  troubles  trophiques  et  vaso-moteurs,  les  alterations  du  liquide  cephalo- 
rachidien,  hypertension  intracranienne  et  syndromes  meninges,  les  trou¬ 
bles  nerveux  fonctionnels  et  les  «  troubles  nerveux  psychopathiques  »  et 
les  grands  syndromes  neurologiques. 

En  decrivant  les  principaux  desordres  nerveux,  il  s’applique  a  dega¬ 
ger  ce  qui  constitue  1’essentiel  de  leur  aspect.  Pour  que  leur  notion  des¬ 
criptive  soit  plus  vivante  et  plus  claire,  il  indique  pour  chacun  d’eux  sa 
physiopathologie,  son  siege  lesionnel  et  ses  causes  pathogenes  les  plus 
babituelles.  Les  procedes  d’investigation  directe  des  diverses  fonctions  ner- 
veuses  sont  exposes  de  fagon  suffisamment  detaillee  pour  que  l’etudiant 
soit  muni  d’une  technique  sure,  indispensable  a  un  examen  clinique  utile, 
en  particulier  en  ce  qui  concerne  l’exploration  de  la  reflectivite  et  de  la 
sensibilite. 


ANALYSES 


Sous  son  faible  volume,  ce  petit  livre  clair  et  precis  renferme  les  notions 
indispensables  et  rendra  les  plus  grands  services  aux  debutants,  souvent 
effrayes  par  les  diffucultes  et  la  complexity  des  examens  neurologiques. 

Rene  Chahpentier. 


Les  migraines.  Etude  pathogenique,  clinique  et  therapeutique,  par  Pasteur 
Vallery-Rabot  et  Jean  Hamburger,  avec  la  collaboration  de  P.  Blamoutier 
(1  vol.  in-8°,  232  pages,  Masson  et  Cie,  edit.,  Paris  1935). 

Le  moment  n’etant  pas  encore  venu  ou  il  sera  possible  de  grouper  nos 
connaissances  sur  les  migraines  en  un  ensemble  clinique  et  pathogenique 
definitif,  MM.  Pasteur  Vallery-Radot  et  Jean  Hamburger,  apres  un  court 
historique,  decrivent  successivement  la  migraine  ophtalmique,  la  migraine 
simple,  les  migraines  accompagnees  parmi  lesquelles  les  migraines  psychi- 
ques  (dysphrenie  hemicranique  transitoire  de  Mingazzini),  les  formes  anor- 
males  de  la  migraine  (migraines  sans  cephalee,  migraines  abdominales, 
migraines  a  evolution  anormale),  et  les  migraines  des  enfants,  d’un  diag¬ 
nostic  souvent  plus  difficile  que  celui  de  la  migraine  des  adultes. 

La  difficulty  d’etablir  la  pathogenie  de  la  migraine  tient,  en  particulier, 
a  ce  que  le  processus  echappe  a  toute  exploration  directe.  La  forme  la  plus 
riche  en  symptomes  et  la  plus  constante  dans  son  evolution,  la  crise  de 
migraine  ophtalmique,  est  faite  de  la  succession  de  deux  ordres  de  pheno- 
menes.  Les  premiers  (troubles  oculaires)  sont  expliques  assez  aisement  par 
un  spasme  vasculaire  cerebral,  sans  que  l’on  puisse  dire  que  ce  vaso-spasme 
soit  sous  la  dependance  d’une  excitation  du  sympatbique.  Des  seconds 
(cephalee,  etc.),  nous  ignorons  la  pathogenie,  de  meme  que  nous  ignorons 
le  mecanisme  qui  etablit  la  liaison  entre  ces  deux  phases  de  1’acees.  C’est 
dire  combien  il  est  difficile  d’etablir  une  pathogenie  de  la  migraine  simple, 
mecanisme  probablement  de  meme  nature  que  celui  de  la  phase  doulou- 
reuse  de  la  migraine  ophtalmique.  Il  est  possible  que  les  phenomenes  pre- 
monitoires  de  vaso-constriction  s’effectuent  ici  dans  une  zone  muette. 

L’etude  des  modifications  humorales,  de  celles  qui  sont  permanentes  et 
de  celles  qui  accompagnent  la  crise,  montre  qu’il  s’agit  d’une  crise  generate 
et  non  d’un  trouble  limite  au  cortex,  mais  apporte  peu  d’elements  capables 
d’eclairer  l’etiologie  des  acces. 

Les  recherches  cliniques  donnent  des  renseignements  plus  nombreux. 
Les  auteurs  passent  successivement  en  revue  les  facteurs  etiologiques 
generaux  :  terrain  (heredite,  glandes  endocrines,  troubles  digestifs),  cau¬ 
ses  declenchant  les  crises  (migraines  anaphylactiques,  roenstruelles,  par 
influences  cosmiques,  par  emotions,  etc.),  et  les  facteurs  etiologiques 
locaux  (epines  irritatives  locales,  myo-celLulite  cervicale,  migraines  symp- 
tomatiques  et  migraines  compliquees).  Ils  discutent  les  faits  cliniques 
et  les  faits  pathogeniques,  qui  ont  fait  rapprocher  la  migraine  de  l'epi- 
lepsie.  Alors  que  M.  Pagniez  estime  qu’il  existe  entre  ces  deux  affec¬ 
tions  une  parente  etroite,  MM.  Pasteur  Vallery-Radot  et  Jean  Hamburger 
sont  d’avis  que  si  la  migraine  et  l’epilepsie  font  partie  de  la  vaste  classe 
morbide  des  «  crises  a  determinisme  local  »  et  sont  toutes  deux  des  «  ora- 
ges  nerveux  »,  il  ne  semble  pas  possible  actuellement  d’etablir  entre  elles 
une  parente  plus  etroite.  11s  rappellent  egalement  les  cas  dissociation  de 
la  migraine,  non  seulement  avec  l’epilepsie,  mais  avec  l’asthme,  le  coryza 
spasmodique,  l’urticaire,  les  crises  de  tachycardie  paroxystique,  la  tetanie, 
I’hemoglobinurie  paroxystique,  la  maladie  de  Raynaud,  la  psychose  mania- 


486 


ANALYSES 


que-depressive  (Tinel  et  Lamache),  la  nevralgie  faciale,  les  spasmes  faciaux 
(Henry  Meige),  les  crises  acetonemiques  chez  l’enfant,  le  rhumatisme  noueux, 
les  dartres,  la  gravelle,  l’obesite,  le  diabete,  la  goutte,  etc. 

Ce  livre,  tres  clair  et  tres  documents,  se  termine  par  un  expose  tres  com- 
plet  des  indications  therapeutiques  :  traitement  de  la  cnse,  de  resultats 
inconstants  et  dont  les  agents  les  plus  recents  sont  l’acetylcholine  et  la  retro- 
pituitrine  ;  et  traitement  de  fond  de  la  migraine,  qui  varie  suivant  qu’il 
s’agit  de  migraines  d’origine  endocrinienne  (opotherapie),  de  migraines 
digestives,  de  migraines  biliaires  (tubages  duodenaux),  de  migraines  ana- 
phylactiques  (traitements  desensibilisants),  ou  de  migraines  de  cause  locale 
(cellulite  cervicale,  ou  points  douloureux  nevralgiques  permanents),  trai- 
tees  par  le  massage  et  les  agents  physiques.  Les  auteurs  exposent  egale- 
ment  les  prescriptions  generales  hygieno-dietetiques,  les  medications  pro- 
teiniques  et  cristalloidiques,  la  therapeutique  de  l’equilibre  nerveux,  et  les 
diverses  tentatives  de  traitement  chirurgical  de  la  migraine  (intervention 
sur  le  sympathique  cervical,  sur  le  trijumeau,  sur  l’artere  meuingee 
moyenne,  injections  locales  d’adrenaline). 

Rene  Charpentier. 

Les  hydrocephalies  aigues  et  subaigues  d’origine  optique,  accidents 

meninges  otogenes  purement  hypertensifs,  par  le  Dr  Robert  Rourgeois. 

1  vol.  178  pages,  Masson  et  Cie  edit.,  Paris  1935. 

Cet  important  travail  est  consacre  a  l’etude  des  accidents  hypertensifs 
qui  surviennent  au  cours  des  otites,  en  rapport  avec  un  cedeme  cerebro- 
meninge  et  ou  le  liquide  cephalo-rachidien  est  trouve  normal. 

L’hydrocephalie  otitique  (variete  de  l’ancienne  meningite  sereuse)  est 
ainsi  une  complication  survenant  au  cours  d’une  otite  et  caracterisee  par 
des  accidents  d’hypertension  intra-cranienne,  le  plus  souvent  aigus,  avec 
generalement  stase  papillaire,  dus  a  un  oedeme  cerebro-meninge,  qui  deter¬ 
mine  une  accumulation  localisee  ou  diffuse  du  liquide  cephalo-rachidien 
sous  tension.  Elle  presente  trois  formes  essentielles,  externe  corticale  dif¬ 
fuse,  interne  ou  enkystee  ventriculaire,  localisee  a  la  fosse  posterieure  avec 
possibilite  de  productions  kystiques  de  la  loge  eerebelleuse  (hydrocephalies 
cloisonnees  de  la  loge  posterieure),  et  guerit  par  des  moyens  qui  se  resu- 
m'ent  a  l’evacuation  de  ce  liquide  hypertendu. 

La  ponction  lombaire  donne  des  renseignements  de  premiere  impor¬ 
tance  au  point  de  vue  du  diagnostic  :  le  liquide  cephalo-rachidien  est  nor¬ 
mal,  sans  leucocytose  ni  albuminose  ;  il  parait  meme  parfois  comme  dilue. 
On  elimine  ainsi  facilement  l’abces  cerebral.  La  meningite  septique  aigue 
sera  de  meme  ecartee,  soit  d’emblee,  soit  apres  examen  albumino-cytolo- 
gique  et  culture  du  liquide.  Plus  difficile  est  le  diagnostic  differentiel  des 
tumeurs  cerebrales  avec  les  formes  lentes  et  subaigues  des  hydrocephalies 
otitiques,  et  tout  particulierement  avec  les  arachnoidites  kystiques  de  la 
fosse  posterieure. 

.  Si  la  ponction  lombaire  se  revele  insuffisante  comme  moyen  therapeu¬ 
tique,  la  trepanation  s’impose  d’urgence,  soit  par  la  voie  mastoidienne  avec 
ponction  de  la  dure-mere  eerebelleuse  s’il  existe  des  symptomes  cliniques 
cerebelleux,  soit  par  la  voie  temporale  avec  incision  de  la  dure-mere  (ope¬ 
ration  de  Henri  Bourgeois)  et  ponction  ventriculaire  s’il  s’agit  d’une  hydro- 
eephalie  interne. 


R.  Dupouy. 


ANALYSES 


487 


Xiu  syndrome  d’Adie,  de  son  diagnostic  et  des  problemes  etiologiques 
qu’il  pose,  par  le  Dr  Jean  Curveille  (1  brochure  in-8«,  78  pages,  Bose  frer.es, 
M.  et  L.  Rion  edit..  These  Lyon,  1935). 

Ce  travail,  fait  sous  la  direction  de  M.  le  Professeur  Pommc,  dans  lequel 
il  rappelle  17  observations  anterieurement  publiees  et  donne  use  lmpor- 
tante  bibliographic,  est  consacre  par  M.  Jean  Curveille  au  syndrome  decrit 
par  W.-J.  Adie  en  1932,  affection  benigne,  non  syphilitique,  mais  dont 
l’etiologie  est  mal  connue.  Caracterise  par  des  troubles  pupillaires  et  des 
troubles  de  la  reflectivite  osteo-tendineuse,  ce  syndrome,  conclut  M.  J.  Cur¬ 
veille,  presente  le  double  intcret  :  du  point  de  vue  semeiologique,  de  remet- 
tre  indirectement  en  valeur  la  description  si  precise  d’Argyll-Roberlson  ; 
du  point  de  vue  clinique  et  therapeutique,  d’attirer  l’attention  sur  des  syn¬ 
dromes  dont  la  symptomatology  non  rigoureusement  interprets  pourrait 
.etre  l’origine  de  lourdes  erreurs. 

4ussi  le  diagnostic  differentiel  de  ce  syndrome  doit-il  etre  fait  soigneu- 
sement  et  en  deux  temps  :  d’une  part,  entre  la  pupille  dite  tonique,  d’Adie, 
et  une  pupille  presentant  le  signe  d’Argyll-Robertson  ou  une  pupille  bra- 
dyldnetique  (encephalite  epidemique)  ;  d’autre  part,  entre  le  syndrome 
d’Adie  et  les  affections  presentant  quelques  analogies  symptomatiques 
•comme  le  tabes. 


BIOLOOIE 

Bes  reflexes  conditionnels.  Etude  de  physiologie  normals  et  patholo- 
gique,  par  G.  Marinesco  et  A.  Kreindler.  Preface  du  Professeur  G.  Dumas. 

1  vol.  iu-8°,  171  pages,  10  planches  hors  texte.  Felix  Alcan,  editeur. 
Paris,  1935. 

Les  reflexes  conditionnels,  decouverts  et  etudies  par  Pavlovv,  ottrent  de 
l’avis  unanime  une  methode  des  plus  precises  pour  etudier  l’activite  du 
cortex  cerebral  et  penetrer  experimentalement  la  psychologic  normale  et 
pathologique.  Mais  cette  methode  est  herissee  de  difficultes.  La  methode 
associativo-motrice  de  Bechterew,  beaucoup  plus  pratique  d’application  et 
d’usage,  permet  aussi  de  saisir  sur  l’homme  les  plus  fines  manifestations 
d’activite  cerebrale  puisque  fixation,  disparition,  action  des  phenomenes 
d’inhibition  externe,  d’inhibition  interne  avec  ses  differentes  formes  (l’ex- 
tinction  du  reflexe  conditionnel,  l’inhibition  conditionnee,  le  processus  de 
differenciation,  l’inhibition  vestigiale,  les  phenomenes  de  retardement)  ainsi 
que  tous  les  phenomenes  si  curieux  d’irradiation  statique  et  dynamique,  de 
concentration,  de  desinhibition,  d’induction,  et  les  reflexes  conditionnels  de 
2°  et  3e  ordres,  s’exteriorisent  pareillement  avec  l’une  et  l’autre  methode  : 
le  Professeur  Marinesco  et  le  Dr  Kreindler  l’etablissent.  La  methode  asso¬ 
ciativo-motrice  consiste  a  inscrire  un  reflexe  de  defense,  inne,  provoque  par 
une  excitation  electrique  douloureuse,  et  a  associer  a  l’excitation  sensible 
une  excitation  sensorielle  determinee  (son  d’un  metronome,  excitation  lumi- 
neuse).  Apres  un  certain  nombre  d’essais,  variables  seloii  les  individus, 
l’excitation  sensorielle  seule  (excitant  conditionnel)  produit  la  reaction  de 
defense  :  un  reflexe  conditionnel  a  ete  etabli. 

Dans  la  premiere  partie  de  cet  ouvrage,  les  chapitres  traitant  de  :  consi- 


488 


ANALYSES 


derations  generates  sur  les  problemes  de  la  relation  entre  l’histologie.  des 
centres  perveux  et  la  creation  de  connexions  fonctionnelles  entre  eux  - —  la 
base  structural  du  behaviorisme  —  chronaxie  et  developpement  des.  reflexes 
conditionnels  —  le  principe  de  l’attraction  du  centre  avec  la  plus  intense 
activite  — •  soulignent  l’importance  theorique  de  1’etude  des  reflexes  condi¬ 
tionnels  pour  bien  connaitre  les  lois  de  la  dynamie  du  cortex  derebral  et 
les  expliquer  en  fonction  de  la  structure  morphologique  du  cerveau.  La 
seconde  et  la  troisieme  partie  font  penetrer  le  lecteur  dans  la  pratique  de' 
la  reflexologie  conditionnelle  sur  l’homme  normal  et  pathologique,  a  diffe- 
rents  ages  de  sa  vie.  Chez  l’enfant,  la  methode  permet  d’apprecier  la  matu- 
rite  fonctionnelle  du  cortex  et  ses  anomalies,  de  saisir  le  moment  ou  une 
action  educative  determinee  possede  les  meilleures  chances  de  produire  un 
rendement  maximum  et  de  choisir  les  moyens  educatifs  les  plus  appro- 
pries  aux  capacites  de  l’enfant. 

Les  constatations  que  les  differenciations  grossieres  se  fixent  plus  facile- 
ment  k  cet  age  que  les  differenciations  delicates,  que  les  inhibitions  ti'op 
intenses  qui  portent  en  elles  des  gerroes  de  reactions  morbides,  nuisent 
comme  nuit  a  l’enfant  de  trop  faciliter  sa  tache,  conduisent  a  proposer  aux 
pedagogues  quelques  conseils  et  a  ouvrir  la  voie  au  controle  et  a  la  revision 
des  principes  de  la  pedagogie.  Chez  l’homme  adulte,  les  auteurs  ont  innove 
en  completant  l’exploration  du  cortex  cerebral  par  1’etude  plethysmogra- 
phique  de  reflexes  associativo-vaso-moteurs,  permettant  d’apprecier  1’acti- 
vite  des  centres  sous-corticaux  vegetatifs.  Chez  26  sujets  classes  suivant 
les  types  de  Kretschmer,  les  auteurs  ont  pu  etablir  une  certaine  relation 
eritre  le  pouvoir  de  fixation  et  d’inhibition  des  reflexes  conditionnels  et  les 
constitutions.  Chez  le  vieillard,  cette  methode  permet  de  saisir  les  plus 
fines  modifications  du  dynamisme  cerebral  et  de  donner  une  explication 
physio-pathologique  a  sa  psychologie  si  speciale.  Quant  aux  services  que 
cette  methode  rendra  a  1’avenir  dans  1’etude  de  la  psychopathologie,  elle 
paraitra  prodigieuse  a  qui  meditera  les  premieres  constatations  failes  par 
les  auteurs  sur  le  dynamisme  cerebral  des  dements  paralytiques  et  des 
dements  precoces,  dont  la  paranoia,  Pepilepsie,  les  ncvroses  et  les  troubles 
du  langage.  Des  recherches  qu’ils  ont  poursuivies,  plus  specialement  sur 
l’hysterie,  les  auteurs  ont  bati  des  hypotheses  sur  la  pathogenie  de  cette 
nevrose  ;  ils  ont  aussi  emis  des  aperjus  originaux  sm-  les  mecanismes  de 
I’aphasie  et  du  begaiement. 

Que  le  Professeur  Marinesco  et  le  Dr  Kreindler  soient  remercies  d’avoir 
fait  paraitre  un  ouvrage  qui  est  une  veritable  introduction  a  la  psychologie 
experimentale  normale  et  pathologique  ;  ils  auront  contribue  a  acclimater 
dans  la  pratique  clinique  une  methode  d’avenir,  precise  et  simple,  dont 
l’immense  merite  est  d’inscrire  avec  toute  la  rigueur  scientifique  desirable, 
des  phenomenes  que  l’on  pouvait  craindre  insaisissables  par  essence. 

P.  COMBEMALE. 


Contribution  a  1’etude  des  conditions  biologiques  de  certains  troubles 
mentaux,  par  le  Df  Pierre  Doussinet,  interne  des  Asiles  de  la  Seine.  These 
Paris  1934,  122  pages,  Jouve  et  Ci8  edit. 

Les  relations  des  processus  toxiques  ou  infectieux  avec  les  troubles 
psychopathiques  sont  tres  diverses  :  rapports  de  causalite,  facteurs  d’aggra- 
vation,  ou  au  contraire  agents  therapeutiques  conduisant  a  I’amelioration 


ANALYSES 


ou  a  la  guerison  ;  d’autres  fois  encore,  Fort  constate  un  «  balancement  » 
entre  certains;  accidents  inf ectieux  (tuberculose  par  exemple)  et  certains 
episodes  mentaux  (acces  de  depression  ou  d’excitation).  Ce  sont  la  faits 
d’observation  conrante  qui  montrent  tout  l’interet  de  l’etude  biologique 
des  syndromes  psychiatfiques. 

Le  cote  le  plus  pratique  de  cette  question  est  1’importance  du  traitement 
des  affections  mentales  par  des  agents  toxiques  ou  infectieux,  pyretothera- 
piques.  L’ auteur  s’est  surtout  interesse  a  Faction  reactionnelle  des  drogues 
vegetatives  et  du  serum  humain  et  a  la  pyretotherapie  soufree.  Ses  recher- 
ches  sur  les  deficits  visceraux  de  nature  humorale  le  conduisent  a  inter¬ 
preter  ceux-ci  cOmme  etant  le  produit  d’une  sorte  d’aptitude  reactionnelle 
de  1’organisme,  s’opposant  a  Faptitude  reactionnelle  anti-infectieuse  des 
organes  norrrtaux,  presentant  avec  celle-ci  des  rapports  d’alternance  qui 
correspondent  assez  exactement  a  la  succession  clinique  des  remissions  et 
des  rechutes  mentales,  et  pouvant  etre  consideree  comme  l’expression  d’un 
etat  special  d’allergie. 

L’emploi  de  doses  infmitesimales  de  soufre  montre  la  sensibilite  de  l’or- 
ganisme  a  des  variations  de  dose  de  l’ordre  du  centieme  de  milligramme, 
confirmant  ainsi  la  notion  des  propriety  anti-anaphylactiques,  anti-aller- 
giques  de  cette  medication,  dont  le  maniemient  demande  a  etre  parfaite- 
ment  connu. 

R.  Dupouy. 


ENDOCRINOLOQIE 


Endocrinologie,  par  le  Dr  Noel  Fiessinger,  Medecin  de  l’Hopital  Ambroise- 
Pare  (1  vol.  in-12,  152  pages,  in  Collection  des  Initiations  medicates  publiee 
sous  la  direction  du  D1'  A.  Sezary,  Masson  et  O  edit.,  Paris  1935). 

Simple  et  clair,  sans  cesser  d’etre  vrai  et  prudent  dans  un  domaine  ou  la 
prudence  est  de  regie  mais  parfois  oubliee,  le  petit  livre  de  M.  Noel  Fies¬ 
singer  rendra  les  plus  grands  services  aux  etudiants,  dont  ce  sera  le  pre¬ 
mier  contact  avec  le  vaste  champ  de  l’Endocrinologie.  Le  limitant  aux 
seules  glandes  endocrines  dont  nous  connaissons  une  ou  des  hormones, 
Pauteur  y  etudie  l’endocrinologie  glandulaire  dans  une  orientation  medi- 
cale  et  clinique,  en  reduisant  au  strict  minimum  l’etude  experimentale  et 
physiologique. 

Passant  d’abord  successivement  en  revue  le  mode  de  classification  et  de 
groupement  des  fonctions  endocriniennes,  il  rappelle  les  elements  indis- 
pensables  d’histologie  et  de  physiologie  des  glandes  endocrines  et  leurs 
deviations  pathologiques.  II  montre  comment  doit  se  faire  l’examen  d’un 
endocrinien  :  examen  clinique,  explorations  fonctionnelles  (methodes  mono- 
glandulaires  et  methodes  pluriglandulaires). 

En  des  exposes  tres  didactiques,  M.  Noel  Fiessinger  groupe  ensuite  les 
syndromes  cliniques  monoglandulaires  par  diminution  ou  par  exaltation 
de  la  fonction,  les  insuffisarices  endocriniennes  par  entralnement  sous  l’in- 
fluence  d’un  trouble  metabolique,  les  syndromes  pluriglandulaires  de  la 
premiere  enfance,  de  la  croissance,  de  Page  adulte,  si  bien  mis  en  evidence 
par  Claude  et  Gougerot,  Claude  et  Baudouin,  et  les  insuffisances  glandulaires 
frustes  monoglandulaires  et  pluriglandulaires. 

La  therapeutique  doit  s’orienter  vers  deux  buts  :  soit  la  therapeutique  de 


490 


ANALYSES 


suppleance,  soit  la  therapeutique  de  freinage.  La  therapeutique  de  sup¬ 
pleance  se  fait,  soit  en  utilisant  les  «  masses  soit  en  utilisant  l’extrac- 
tion  hormonale.  Cette  therapeutique  doit  etre  suffisante  et  soutenue  et,  tout 
on  faisant  la  part  des  polyopotherapies,  M.  Noel  Fiessinger  s’eleve  contre 
la  mode  «  detestable  »  qui  consiste  a  melanger  en  des  cachets  des  extraits 
de  toutes  les  glandes  endocrines.  La  therapeutique  de  freinage  est  celle  qui 
se  pratique  par  les  humeurs,  par  la  radiotherapie  ou  par  l’exerese. 

En  terminant  ce  petit  livre,  si  facile  a  consulter  et  qui  rendra  tant  de 
services  aux  etudiants  et  a  bien  des  praticiens,  M.  Noel  Fiessinger  insiste 
sur  la  necessite  trop  souvent  meconnue  des  applications  precises  et  de  la 
surveillance  numerique,  apres  une  analyse  methodiquc  des  signes  morbides. 

Rene  Charpentier. 


HYGIENE  ET  PROPHYLAXIE 


Medecine  et  Education.  Deuxieme  serie,  par  M.  Pehu,  G.  Mouriquand, 
J.  Froment,  P.  Mazel,  A.  Feyeux,  A.  Jouve,  A.  Mestrallet,  R.-P.  Jacquet 
et  Rene  Biot  (1  vol.,  in-8°,  242  pages,  in  Editions  du  Groupe  Lyonnais  d’Etudes 
medicales,  philosophiques  et  biologiques,  Librairie  Lavandier,  Lyori,- 1935). 

Poursuivant  le  but  qu’il  s’est  assigne  d’apporter  la  contribution  des  rnede- 
cins  a  1’etude  des  grands  problemes  psychologiques,  moraux,  sociaux,  reli- 
gieux,  le  Groupe  Lyonnais  d’etudes  medicales,  philosophiques  et  biologiques 
publie  une  seconde  serie  de  conferences  sur  la  collaboration  du  medecin  a 
i’oeuvre  de  1’educateur  (1). 

Dans  ce  deuxieme  volume,  on  trouvera,  apres  une  etude  de  M.  Andre 
Jouve,  sur  la  part  capitate  de  l’heredite  et  de  l’education  dans  la  formation 
du  moi,  un  remarquable  expose  par  M.  le  Professeur  Jules  Froment,  de 
l’acquisition  de  la  maitrise  du  langage  par  l’enfant,  expose  dans  lequel 
il  fait  bien  comprendre  aux  educateurs  comment  et  pourqpoi  la  fonetion 
verbale  est  la  pierre  angulaire,  la  clef  de  voute  de  l’intelligence  humaine. 
Toute  perturbation  de  la  fonetion  verbale  retentit  a  son  tour  sur  le  fonc- 
tionnement  de  l’intelligence.  Et  un  retard  du  langage,  non  eduque  a  temps, 
peut  accentuer  les  troubles  intellectuels  qui  sont  a  sa  base.  L’importance 
de  ces  retards  du  langage,  arrets  a  Pune  des  etapes  d’acquisition  du  langage 
normal,  leurs  varietes,  ce  que  doit  etre  leur  reeducation,  e’est  ce  que  mon- 
tre  bien  Mad.  le  Dr  Andree  Feyeux,  tout  en  signalant  que  si  les  resultats 
immediats  sont  rarement  tres  brillants,  les  resultats  deiinitifs  sont  fonc- 
tion  du  degre  d’intelligence  du  sujet. 

Le  Professeur  G.  Mouriquand  etudie  les  troubles  des  principales  glandes 
endocrines,  dont  le  developpement  et  le  fonctionnement  interyiennent  dans 
une  large  mesure  dans  le  developpement  et  le  fonctionnement  du  systeme 
nerveux,  allant  des  grands  desequilibres,  qui  relevent  a  peu  pres  unique- 
ment  du  medecin,  aux  desequilibres  attenues  ou  partiels  qui,  en  apparence, 
interessent  surtout  1’educateur.  II  montre  comment  par  un  traitement  gene¬ 
ral  associe  a  l’opotherapie,  le  medecin  peut  aider  1’educateur  en  agissant  sur 
1’equilibre  endocrinien  et,  par  lui,  sur  l’equilibre  nerveux. 

Le  Dr  Maurice  Pehu  traite  de  ce'  grand  probleme  de  l’attention  scolaire, 
auquel  educateurs  et  parents  accordent  assez  peu  souvent  l’importance 

-  (1)  Voir  Ann.  Med.-Psych.,  octobre  1934,  p.  453. 


ANALYSES 


491 


considerable  qu’il  merite.  II  enumere  les  maladies  qui  genent  l’attention,  en 
indique  le  traitement  et  conclut  a  son  tour  a  la  necessite  d’une  etroite  col¬ 
laboration  des  psychologues,  des  pedagogues  et  des  miedecins. 

Apres  avoir  expose  les  causes  et  les  symptomes  avant-coureurs  des  psy¬ 
choses  infantiles,  le  D 1  Andre  Mestrallet  conclut  que  bien  des  troubles  psy- 
chiques  de  l’enfance  sont  dus,  partiellement  ou  integralement,  a  des  erreurs 
educatives,  a  des  maladresses,  a  des  incomprehensions  des  parents  ou  des 
educateurs. 

Le  DT  Rene  Biot  expose  la  delicate  question  des  problemes  medicaux  et 
psychologiques  de  l’education  des  filles,  constatant  d’abord  que  l’etre  a  edu- 
quer  est  une  femme  et  que  le  role  de  1’educateur  consiste  a  la  preparer  a  rem- 
plir  demain  un  role  de  femme.  II  releve  les  caracteristiques  feminines  cons- 
tantes,  les  fms  spirituelles,  biologiques,  psychologiques,  et  degage  les  regies 
pratiques  qui,  selon  lui,  devraient  en  decouler  (regies  d’hygiene,  discipline 
intellectuelle,  education  morale).  Nulle  tache,  ajoute-t-il,  n’est  plus  grande 
que  d’eduquer  cette  educatrice  nee. 

S’il  est  une  question  a  l’ordre  du  jour,  c’est  bien  celle  de  l’orientation 
professionnelle  dont  le  professeur  agrege  Pierre  Mazel  indique  toute  la 
complexite.  II  montre  que  l’orientation  de  l’apprenti  a  pour  bases  la  connais- 
sance  des  aptitudes  et  des  inaptitudes  physiques  et  psychologiques  du  sujet 
et  la  connaissance  du  marche  du  travail.  La  recherche  des  inaptitudes  phy¬ 
siques,  la  recherche  des  etats  pathologiques  susceptibles  de  faire  obstacle  a 
l’exercice  d’une  profession,  la  recherche  aussi  des  tares  mentales,  absolues 
ou  relatives,  posent  des  problemes  delicats  de  diagnostic  et  de  pronostic  que 
seul  uii  medecin  peut  mener  a  bien.  Mais  pour  donner  les  resultats  escomp- 
tes,  l’oeuvre  d’orientation  necessite  la  collaboration  conflante  des  parents,  des 
educateurs,  des  instituteurs,  du  medecin  et  du  conseiller  d’orientation.  Et 
loin  de  demander  —  comme  certains  —  que  les  conclusions  de  1’examen 
comportent  un  caractere  obligatoire,  M.  Pierre  Mazel  estime  que  le  r61e 
du  conseil  d’orientation  devrait  etre  d’eclairer  les  parents,  tous  les  parents, 
en  les  astreignant  a  prendre  un  avis  qualifie,  mais  en  laissant  a  cet  avis 
le  caractere  d’un  conseil  que  les  interesses  pourraient  librement  ou  suivre 
ou  rejeter. 

En  conclusion,  de  ces  etudes  dont  mieux  que  cette  breve  analyse  les  titres 
et  les  noms  des  auteurs,  disent  assez  le  grand  interet,  le  R.P.  Simon  Jacquet 
etablit  l’esquisse  d’un  plan  d’education  integrale.  Du  point  de  vue  de  la 
collaboration  necessaire  entre  1’educateur  et  l’enfant,  il  s’attache  a  dega¬ 
ger  les  principes  qui  doivent  guider  pour  cultiver  l’intelligence  de  1’en- 
fant,  former  sa  volonte  et  assurer  sun  education  religieuse  en  l’habituant  a 
tout  envisager  en  fonction  des  enseignements  de  l’Evangile. 

Rene  Charpentier. 


THfeRAPEUTIQUE 

L’hyposulfite  de  magnesium  en  therapeutique  psychiatrique,  par  Maurice 
Cappelle,  une  brochure  in-8“,  94  pages.  Imprimerie  Leon  Sezanne,  Lyon, 
these  n»  53,  Lille,  1935. 

Apres  avoir  situe  le  magnesium  dans  le  monde  vivant,  son  role  general 
en  biologie,  sa  pharmacodynamie,  l’auteur  etudie  le  retentissement  de  Pac¬ 
tion  de  l’hyposulfite  de  magnesium  sur  les  grandes  fonctions  de  l’organisme 


492 


ANALYSES 


et  les  modifications  objectives  et  subjectives  prodoites  par  l’introduclion 
de  ce  corps  chimique  dans  le.sang.  II  donne  ensuite  les  resultats  de  l’ap- 
plication  therapeutique,  commercialisee  sous  le  nom  d’Emge  Lumiere,  de 
ce  produit  dans  differentes  affections  mentales.  II  nvontre  que  1’hyposulfite 
de  magnesium  tient  sa  place  dans  l’arsenal  psychiatrlque  ;  que  dans 
l’anxiete,  a  la  dose  moyenne  de  10  cc.  par  jour,  d’une  solution  a  10  %  injec- 
tee  dans  les  veines,  1’hyposulfite  de  magnesium  produit  frequemment  une 
sedation  tres  nette  de  tous  les  symptomes  physiques  et  psychiques  et  que 
son  action  sedative  est  souvent  superieure  aux  effets  qu’on  obtient  avec  les 
opiaces  ;  que  dans  les  etats  melancoliques  francs,  l’hyposulflte  de  magne¬ 
sium  donne  des  resultats  encourageants  si  les  injections  intra-veineuses 
sont  repetees  journellement  pendant  un  temps  suffisamment  long  —  plu- 
sieurs  semaines  en  general  ;  qu’enfin  les  acces  maniaques  de  la  psychose 
maniaque  depressive  sont  souvent  heureusement  combattus  a  la  condition 
d’injecter  journellement  au  moins  20  cc.  :  ces  doses  sont  sans  inconvenient. 

P.  COMBEMALE. 


Essai  sur  la  pharmacologie  et  l’emploi  therapeutique  des  sels  de  strontium, 
en  particulier  de  l’iodure,  par  le  Dr  Jean  Goujon  (1  brochure  in-8”,  78,  pages, 
Bose  freres  M.  et  L.  Rion  edit.,  These  Lyon  1945). 

Dans  cette  interessante  these,  qui  resume  les  importants  travaux  des  Pro- 
fesseurs  Mouriquand,  Leulier  et  Pomme  sur  le  r61e  et  la  fixation  du  stron¬ 
tium  dans  l’organisme,  on  trouvera  l’etude  pharmacologique  du  strontium 
et  ses  indications  therapeutiques.  Parfaitement  tolere,  1’iodure  de  stron¬ 
tium  peut  £tre  administre  pendant  longtemps.  Si  les  sels  de  strontium  ont, 
en  general,  un  pouvoir  decalcifiant.  Taction  speciale  de  l’iodure  de  stron¬ 
tium  peut  etre  expliquee  en  partie  par  cette  propriety,  mais  aussi  par  Tac¬ 
tion  vaso-dilatatrice  et  hyperemiante  de  l’iode.  Cette  action  de  l’iodure  de 
strontium  ne  se  revele  qu’apres  une  administration  assez  prolongee  du  medi¬ 
cament,  deux  ou  trois  mois  environ. 

Dans  le  rhumatisme  chronique  vertebral,  a  forme  ankylosante,.  on  obtient 
par  ce  moyen  la  sedation  des  douleurs  et,  en  partie,  le  retour  de  1’activite, 
fonctionnelle.  M.  Jean  Goujon  rapporte  quatre  observations  de  malades  trai- 
tes  au  Service  de  neuro-psychiatrie  de  THopital  Desgenettes  et  donne  une 
t'res  utile  bibliographic. 

R.  C. 


JOURNAUX  ET  REVUES 


MEDECINE  LEGALE 

De  la  legalite  des  peines,  par  J.  Constant  ;  {Revue  de  Droit  penal  et  de  Cri- 
minologie,  15s  annee,  n°  5,  mai  1935). 

L’adage  Nullum  crimen,  nulla  poena  sine  lege  a  longtemps  ete  eonsidere 
comme  Tun  des  principes  les  plus  intangibles  du  droit  penal  moderne,  mais 
depuis  les  reformes  adoptees  par  le  legislateur  sovietique  et  celles  propo- 


ANALYSES 


493 


sees  recemment  par  le  gouvernement  du  troisieme  Reich  allemand,  il  fait 
l’objet  d’attaques  violentes.. 

Ce  principe  constitue  a  la  fois  line  imperieuse  necessity  logique  (avertis- 
sement  donne  au  citoyen  pour  lui  fai^e  connaitre  le  catalogue  des  actes 
considers  comrae  antisociaux  et  partant  punissables)  et  une  fort  heu- 
reuse  mesure  preventive  (menace  precise  d’une  sanction  determinee  qui 
fera  reflechir  l’individu  et  pourra  le  retenir  sur  la  pente  du  crime). 

S’il  permet  parfois  a  des  delinquants  habiles  de  cdtoyer  les  marges  du 
Code  et  de  nuire  a  la  Soeiete  sans  encourir  une  sanction  repressive  cet 
etat  de  choses  est  uniquement  imputable  au  legislateur,  et  c’est  a  ce  der¬ 
nier  qu’il  incombe  de  remedier  aux  lacunes  des  textes  represses.  Le  prin¬ 
cipe  nullum  crimen  sine  lege  peut  parfaitement  coincider  avec  les  mesures 
de  surete  necessaires  pour  assurer  la  defense  de  la  soeiete  centre  les  delin¬ 
quants  d’habitude  et  les  recidivistes  dangereux. 

II  n’est  pas  souhaitable  qu’un  droit  pretorien  s’instaure  en  matiere 
penale,  car  il  ne  serait  qu’un  retour,  peut-etre  inconscient,  a  1’arbitraire 
des  peines,  si  dangereux  pour  la  liberte  individuelle. 

LA-UZIER. 


Le  Droit  penal  allemand.  (Revue  de  Droit  penal  et  de  Criminologie,  15°  anne'e, 

n"  5,  mai  1935). 

La  Revue  de  Droit  penal  reproduit,  a  titre  d’information,  les  indications 
suivantes  fort  interessantes.  La  Commission  de  reforme  du  droit  penal 
allemand,  instituee  par  le  Ministre  de  la  Justice,  vient  de  deposer  son  rap¬ 
port  sur  la.  reforme  de  la  «  partie  speciale  *  du  Code  penal.  Cette  partie 
speciale  qui  enumere  les  delits  et  les  peines  introduit  dans  le  Droit  de 
nombreux  actes  delictueux  nouveaux  qui  derivent  des  notions  politiques 
et  sociales  du  natipnal-socialisme. 

Deja  la  partie  generale  indiquait  par  ses  tendances  une  reforme  radicale 
des  conceptions  regnantes  en  matiere  de  droit  penal.  C  est  ainsi  que  1  an- 
cien  principe  nulla  p.oena  sine  lege  est  abandonne.  La  peine  peut  etre  appli- 
quee  par  analogic,  meme  si  le  delit  n’est  pas  formellement  enonce  dans  le 
Code.  Le  juge  peut,  en  ce  cas,  lui  appliquer  la  peine  prevue  pour  un  delit 
analogue,  en  se  guidant  sur  «  l’ordre  moral  du  peuple  »  inspire  d’une 
conception  saine.  Les  deux  principes  directeurs  du  Code  penal  sont  la 
protection  du  peuple  et  l’expiatian  de  l’injustice. 

Les  delits  ne  sont  plus  etroitement  definis.  Leur  appreciation  est  inspi- 
ree  d’elements  generaux  de  caractere  moral.  On  cite  par  exemple  ceux-ci  : 
1’indignation  justifiee,  la  discussion  provocante,  l’abjection  particuliere. 
Certains  delits  auront  d’ailleurs  un  caractere  purement  moral,  comme  l’in- 
sulte  au  passe  de  1’Allemagne,  l’atteinte  a  1’instinct  de  procreation,  les 
menaces  a  la  puissance  du  travail.  Les  peines  jusqu’a  present  de  56  cate¬ 
gories  differentes,  seront  reduites  a  dix  groupes,  dont  les  limites  sont  natu- 
rellement  elargies.  La  notion  de  «  circonstances  attenuantes  »  disparait. 

En  un  mot,  dans  le  nouveau  Code  penal  allemand,  le  pouvoir  depre¬ 
ciation  du  juge  est  beaucoup  plus  etendu  et  les  normes  de  son  jugement 
sont  moins  juridiquement  deflnies  et  plus  inspirees  de  considerations  mora¬ 
les  et  sociales. 


Lauzier. 


494 


ANALYSES 


Le  probleme  du  Tribunal  des  Enfants,  par  P.  de  Nemeth  ( Arxius  de  psicolo- 
gia  i  psiquiatria  infantil,  Barcelone,  1935,  n°  9). 

Un  tribunal  d’enfants  ne  peut  etre  parfait  s’il  ne  s’occupe  que  des  mi- 
neurs  qui  ont  commis  un  delit.  Ce  qui  est  capital  dans  la  protection  de 
l’enfance,  c’est  la  prevention,  et  par  Implication  de  ce  principe,  la  compe¬ 
tence  du  juge  des  enfants  doit  s’etendre  a  la  sphere  des  enfants  exposes  au 
danger  moral.  On  devrait  autoriser  le  juge  des  enfants  a  proceder  contre 
les  parents,  les  tuteurs,  les  patrons  qui  ont  commis  un  delit  contre  la  per- 
sonne  ou  sur  la  personne  de  leurs  pupilles,  qui  usent  de  mauvais  traite- 
ments  envers  eux  ou  qui  les  exposent,  par  negligence,  a  un  danger  moral. 
La  loi  la  plus  parfaite  est  celle  qui  donne  au  juge  des  enfants  les  pouvoirs 
les  plus  larges,  lui  permettant  le  choix  parmi  les  mesures,  des  plus  mode- 
rees  aux  plus  energiques. 

Les  enfants  de  parents  divorces  sont  beaucoup  plus  exposes  au  danger 
moral  que  les  mineurs  dont  les  parents  vivent  en  bonne  intelligence.  Aussi 
l’auteur  propose  d’etendre  la  competence  du  tribunal  des  enfants  aux  affai¬ 
res  de  divorce,  car  le  sort  de  l’enfant  est  etroitement  lie  a  1’evenement, 
aussi  bien  en  ce  qui  touche  son  developpement  moral  et  intellectual  que 
son  avenir  materiel.  L’action  preventive  doit  etre  l’idee  dominante  dans  le 
souci  de  la  protection  de  l’enfance. 

Lauzier. 


Nevrose  et  criminalite.  (Neurose  und  kriminalitat),  par  M.  Muller,  Munsin- 

gen.  Archives  Suisses  de  Neurologie  et  de  Psgchiatrie,  XXXVI,  1,  1935. 

La  nevrose  est-elle  capable,  a  elle  seule,  d’engendrer  l’activite  delinquante 
ou  criminelle,  chez  un  sujet  au  developpement  etbique  normal  ?  On  pour- 
rait  supposer  entre  le  symptome  nevrotique  et  le  delit  nevrotique  une  sim¬ 
ple  difference  quantitative,  tout  se  reduisant  a  une  question  de  seuil,  c’est- 
a-dire  l’acte  delictueux  se  produisant,  lorsque  les  manifestations  obsession- 
nelles  et  impulsives  atteignent  une  intensite  suffisante  pour  vaincre  les 
instances  de  controle  du  moi,  norm'alisanteS,  defensives,  inhibitrices.  Cette 
hypothese  n’est  guere  satisfaisante.  On  peut  penser  aussi  a  un  affaiblis- 
sement  de  ces  instances  du  moi,  or  c’est  au  contraire  leur  exageration  qui 
caracterise  le  moi  nevrotique.  Elies  peuvent  flechir  passagerement,  mais 
ce  flechissement  n’est  point,  alors,  la  consequence  directe  de  la  nevrose, 
mais  il  est  du  a  l’intervention  de  facteurs  heterogenes.  Deux  exemples 
illustrent  cette  maniere  de  voir.  Dans  le  premier,  il  s’agit  de  vols  repetes, 
commis  toujours  la  veille  de  l’apparition  des  regies,  et  apparaissant  nette- 
ment  comme  des  actes  de  compensation  erotique.  Dans  l’autre,  il  s’agit  d’un 
cambriolage  nocturne  de  vitrine  de  magasin  ;  l’etat  nevrotique  est  mani- 
feste,  le  delit  apparait  comme  la  satisfaction  du  sentiment  de  culpabilite, 
mais  il  n’a  ete  possible  qu’a  la  faveur  d’un  etat  crepusculaire  intense,  pro- 
voque  par  une  periode  de  surmenage  intellectuel  et  physique. 


E.  Bauer. 


VARIATES 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Seances. 

La  seance  ordinaire  du  mois  d’AVBiL  de  la  Societe  Medico-psychologique 
aura  lieu  le  lundi  27  avril  1936,  a  4  heures  tres  precises,  au  siege  de  la 
Societe,  12,  rue  de  Seine,  a  Paris  (VI'  arrondissement).  La  Societe  Medico- 
psychologique  ne  tiendra  au  mois  d’avril  qu’une  seule  seance. 

La  seance  supplemental  du  mois  de  mai  de  la  Societe  Medico-psycho¬ 
logique,  seance  exclusivement  reservee  a  des  presentations,  aura  lieu  le 
jeudi  li  mai  1936,  a  9  heures  30  tres  precises,  a  l’Hdpital  Henri-Rousselle, 
1,  rue  Cabanis,  a  Paris  (XIV'  arrondissement),  dans  l’Amphithe&tre  du 
Pavilion  Magnan. 

La  seance  ordinaire  du  mois  de  mai  de  la  Societe  Medico-psychologique 
aura  lieu  le  lundi  25  mai  1936,  a  4  heures  tres  precises,  au  siege  de  la 
Societe,  12,  rue  de  Seine,  a  Paris  (VI'  arrondissement). 

Le  diner  annuel  de  la  Societe  Medico-psychologique  aura  lieu  le  lundi 
25  mai  1936  apres  la  seance  de  la  Societe. 


ASILES  PUBLICS  D’ALIENES 


Nominations. 

M.  le  Dr  Noyeh  est  nommS  Medecin-Directeur  de  l’Asile  public  d’alienes 
de  Mont-de-Marsan  (Landes)  ; 

M.  le  Dr  Bobe.  est  nomme  Medecin-Directeur  de  l’Asile  de  Vauclaire  (Dor- 
dogne)  ;  # 

M.  le  Dr  Dagand  est  nomme  Medecin-Chef  a  l’Asile  prive  faisant  fonction 
d’Asile  public  d’alienes  de  Limoux  (Aude). 

Poste  vacant. 

Est  declare  vacant  : 

un  poste  de  Medecin-Chef  a  l’Asile  public  d’alienes  de  Naugeat,  a  Limoges 
(Haute-Vienne). 


496 


VARIETES 


HYGIENE  ET  PROPHYLAXIE 

Prochaine  creation  a  Nantes  d’un  etablissement  d’education  de 
jeunes  fllles  anormales  ou  arrier6es. 

Le  Conseil  general,  estimant  que  la  recente  creation  a  la  Papotiere  d’un 
etablissement  d’education  pour  gargons  arrieres  ou  anormaux  avait  donne 
des  resultats  appreciables,  a  envisage  la  Creation  d’un  etablissement  simi- 
laire  a  l’usage  des  jeunes  fllles  arrierees  ou  anormales,  qui  sont  actuelle- 
ment  au  nombre  d’environ  deux'  cent  dix  dans  le  departement  de  la  Loire- 
Inferieure. 

Dans  ce  but,  la  Commission  departementale  est  entree  en  pourparlers  avec 
I’ceuvre  des  soeurs  missionnaires  de  Notre-Dame  des  Apotres  et  s’occupe 
activement  de  realiser  l’acquisition  de  la  propriety  a  amenager  en  vue  de 
cette  creation. 

(Le  Siecle  Medical,  15  mars  1936). 

REUNIONS  ET  CONGRES 

IX°  Conference  des  psychanalystes  de  langue  franijaise. 

La  IXe  Conference  des  psychanalystes  de  langue  frangaise  se  tiendra  a 
Nyon  (Suisse),  les  10  et  11  avril  1936  sous  la  presidence  de  M.  le  Dr  R.  de 
Saussure. 

92e  reunion  annuelle  de  l’American  Psychiatric  Association. 

La  92°  Reunion  annuelle  de  V American  Psychiatric  Association  aura  lieu 
a  Saint-Louis  (Mo),  du  4  au  8  mai  1936,  sous  la  presidence  de  M,  le  Profes- 
seur  C.  Macfie  Campbell,  de  Boston  (Mass.). 

Le  Secretaire-Tresorier  est  le  D1'  William  C.  Sandy,  d’Harrisburg  (Pa). 
Les  seances  auront  lieu  au  New  H6tel  Jefferson,  a  Saint-Louis  (Mo). 

XI«  Congres  International  de  Psychologie. 

Le  XI"  Congres  International  de  Psychologie  se  tiendra  a  Madrid,  du  6 
au  12  septembre  1936,  sous  le  Haut  Patronage  du  Gouvernement  de.  la  Repu- 
blique,  et  sous  la  presidence  du  Professeur  Ed.  Mira,  de  Barcelone.  Le  Secre¬ 
taire  general  est  le  Dr  Jose  Germain,  de  Madrid.  Les  langues  officielles  du 
Congres  seront  :  l’ailemand,  l’anglais,  l’espagnol,  le  frangais,  l’italien. 

Le  bureau  du  Congres  est  installe  a  l’lnstituto  Nacional  de  Psicotecnia, 
Alberto  Aguilera,  25,  a  Madrid. 

Vllle  Cours  International  de  Haute  Culture  Medicale  (Fondation 
Tomarkin. 

Le  VII P  Cours  International  de  Haute  Culture  Medicale,  organise  par 
L.  W.  Tomarkin,  sous  les  auspices  de  l’Universite  d’Atlienes  et  du  Minis- 
tre  de  l’Hygiene  de  Grece,  aura  lieu  a  Athenes,  du  7  au  21  septembre.  1936. 

Ce  cours  presentera  un  interet  autant  archeologique  que  medical.  D’emi- 
nents  archeologues  frangais,  grecs,  anglais,  guideront,  en  effet,  les  auditeurs 
a  Athenes,  Delphes,  Corfou,  Myeene,  Sparte,  en  Crete,  etc. 

Secretaire  general  :  M.  L.  W.  Tomarkin,  Faculte  de  Medeciue,  115,  bd  de 
Waterloo,  a  Bruxelles. 


Le  Redacteur  en  chef-Gerant  :  Rene  Ciiarpentier. 


Cahors,  Imprimerie  Coueslant  ( personnel  interesse).  —  52.132 


Tome  I.  —  N°  4 


Avril  1936 


ANNALES 

MEDICO-PSYCHOLOGIQUES 

% 

MEMOIRES  ORIGINAUX  3  C, 

_ _  ' 

LE  SYNDROME  D’ADIE  EN  PATHOLOGIE 
MENTALE 

■Ses  rapports  avec  les  syndromes  neuro  et  psycho-anemiques 


Georges  PETIT  et  Jacques  DELMOND 


I.  —  Le  syndrome 

En  1932,  William-John  Adie,  de  Londres  (1),  fit  paraitre  un 
memoir e  intitule  :  «  Tonic  pupils  and  absent  tendon  reflexes  : 
a  benign  disorder  sui  generis ;  its  complete  and  incomplete 
forms  »  (27).  Ce  travail  comprenait  une  etude  de  44  cas  puises 
dans  la  litterature  et  l’analyse  de  19  observations  personnelles. 
Le  sujet  etait  d’un  particulier  interet  pour  Adie.  Ses  premiers 
travaux,  en  collaboration  avec  Collier  et  Greenfield,  avaient  porte 
sur  les  dystrophies  myotoniques  et  les  diverses  myopathies. 
Dans  ces  affections,  un  symptome  essentiel  et  souvent  initial  con- 
siste  en  une  areflexie  tendineuse.  Par  la  suite,  Adie  fut  amene  a 
s’occuper  de  la  pupille  tonique  (myotonische  Pupille,  de  Saenger). 

(1)  Le  Dr  YT.  J.  Adie.  ret:  1  dn  ,  ■  eeii  Square  Hospital,  est  mort 

le  17  mars  1935. 

Ann.  Med.-psych.,  XV  sf.r:e.  94'  annee.  t.  I.  —  Avril  1936.  32. 


498 


G.  PETIT  ET  J.  DELMOND 


II  retrouva,  dans  des  observations  de  Nonne,  Marcus,  Behr,  etc., 
s’echelonnant  depuis  1902,  des  cas  s’apparentant  a  ses  observa¬ 
tions  et  dans  lesquels  la  pupille  tonique,  apparemment  insensi¬ 
ble  a  la  lumiere,  se  trouvait  associee  a  des  areflexies  tendineuses, 
en  general  des  membres  inferieurs  ;  dans  tous  ces  cas,  la  syphi¬ 
lis  ne  pouvait  etre  mise  en  cause. 

Cette  association  etait  deja  fort  remarquable.  Un  probleme 
de  diagnostic  en  decoulait  immediatement,  avec  des  consequences 
therapeutiques  et  sociales  importantes  au  premier  chef.  D’autre 
part,  le  probleme  pathogenique  n’etait  pas  moins  interessant. 
L’areflexie  tendineuse  (ou  irreflectivite,  selon  Babinski),  s’observe^ 
de  facon  transitoire  ou  durable,  soit  a  l’etat  isole  (sans  autres 
manifestations  associees  que  quelques  troubles  vegetatifs),  soit. 
encore  dans  des  affections  comme  les  myotonies,  la  narcolepsie 
encephalitique,  la  paralysie  periodique,  les  myasthenies  gra¬ 
ves,  etc...  «  Dans  la  plupart  de  ces  affections  —  ecrivait  W.-J. 
Adie  —  il  existe  des  symptomes  oculaires.  II  y  a  peu  de  doute  — 
ajoutait-il  —  qu’elles  ne  presentent  entre  elles  des  relations  plus 
ou  moins  etroites.  »  Ces  considerations  le  porterent  a  donner 
valeur  de  syndrome  a  l’association  :  «  pupilles  toniques  »  — 

,  areflexie  tendineuse  —  absence  de  syphilis. 

Adie  decrivit,  em  outre,  comme  «  formes  incompletes  »  du 
syndrome  :  a)  la  pupille  tonique  a  Vetat  isole  ;  b )  les  formes 
aty piques  de  pupilles  toniques ;  c )  ces  memes  formes  atypiques 
avec  areflexie  tendineuse  ;  d)  V areflexie  tendineuse  isolee.  Pour 
Subirana  (70),  ce  dernier  groupe  serait  le  moins  solidement  eta- 
bli  ;  mais  nous  avons  indique  pourquoi  les  faits  avaient  ete  reunis 
de  la  sorte.  II  se  peut  qu’il  n’y  ait  la  qu’un  groupement  d’attente, 
que  l’on  opposerait,  par  exemple,  a  l’association  analogue  obser- 
vee  dans  le  tabes.  A  l’interieur  de  ce  syndrome  et  de  ses  formes 
incompletes,  se  trouveront  confrontes  des  faits  peut-etre  dispa¬ 
rates.  Mais  ces  faits  conduiront  a  des  recherches  cliniques  nou- 
velles.  La  pupillotonie  en  particulier  n’etait  guere  connue  que 
des  ophtalmo.logistes.  Elle  doit  etre  a  present  couramment  dis- 
tinguee  du  signe  d’Argyll-Robertson,  et  son  identification  porte. 
a  reviser  la  symptomatologie  des  autres  pupilles  anormales. 

De  plus,  l’etude  de  ces  faits  conduit  egalement  a  des  recherches 
pathogeniques  et  etiologiques  nouvelles.  La  syphilis  semble  bien 
etrangere  a  leur  determinisme.  Certaines  areflexies  tendineuses. 
restaient  mysterieuses  ;  elles  le  demeurent,  en  l’espece.  Mais. 
deja  peuvent  s’observer,  associes  a  ce  syndrome,  des  troubles 
vegetatifs  varies.  Jusqu’a  present,  toutefois,  en  dehors  de  ce 
desequilibre  neuro-vegetatif,  on  n’avait  guere  decrit  de  symptomes 


LE  SYNDROME  D'A  DIE  EN  PATHOLOGIE  MEN  TALE 


499 


associes,  notamment  de  signes  d’atteinte  du  systeme  nerveux. 
B.  Brouwer  (36),  Gaudissart  (40),  Subirana,  de  Busscher  (37) 
penchent  en  faveur  de  l’opinion  d’Adie  et  de  ses  devanciers  qui 
consideraient  le  syndrome  comme  «  a  benign  disorder  » .  Cepen- 
dant,  de  nombreuses  observations,  rapportees  avant  ou  apres  les 
travaux  de  notre  auteur,  ou  tout  a  fait  independamment  de  ces 
travaux,  plaident  en  faveur  d’infections  ou  d’intoxications 
latentes. 

L’objet  de  notre  travail  est  precisement  de  inontrer  que  le 
syndrome  d’Adie  peut  s’observer  en  dehors  des  consultations 
d’ophtalmologie  ou  de  trouvailles  fortuites.  Une  cause  infectieuse 
peut  etre  invoquee  dans  de  nombreux  cas.  Des  symptomes  infun- 
dibulo-tuberiens,  des  troubles  mentaux  ont  ete  notes  plusieurs 
fois.  Nous-memes  avons  vu  deux  fois  le  syndrome  d’Adie  accom- 
pagner  des  troubles  psycho-anemiques  (62,  63)  et  nous  avons  pu 
rapprocher  ces  observations  de  cas  analogues  observes  au  cours 
de  psychopathies  infectieuses.  Les  formes  incompletes  sont 
encore  plus  frequentes  en  psychiatrie.  Nous  montrerons  quelle 
nous  parait  etre  leur  signification,  apres  avoir  rappele  les  connais- 
sances  acquises  sur  la  pupille  tonique  et  sur  les  areflexies  tendi- 
neuses. 


II.  —  La  pupillotonie 

Ainsi  nommee  par  Behr  (33),  la  pupillotonie  est  encore  desi¬ 
gnee  sous  les  noms  de  bradycorie  (Donath),  de  pupille  tonique 
ou  myotonique,  de  reaction  neurotonique  a  la  convergence,  de 
«  faux-Argyll  »,  etc.  La  pupillotonie  aurait  ete  decrite,  sous  une 
forme  atypique,  par  Piltz,  en  1893.  Strassburger  (69)  l’observe  en 
1902.  Mais  ce  furent  Saenger  (67)  et  Nonne  (59)  qui,  la  meme 
annee,  la  decrivirent  sous  sa  forme  clinique  la  plus  habituelle, 
qui  se  manifeste  avec  les  modalites  suivantes  :  la  pupille  est 
immobile  a  la  lumiere,  mais  se  dilate  lentement  a  l’obscurite  et 
reprend  alors  sa  contractilite  sous  un  fort  eclairage.  Le  fait  le 
plus  caracteristique  est  l’hesitation,  la  lenteur  et  l’ampleur 
excessive  de  la  contraction  a  l’accommodation-convergence,  sui- 
vies  d’une  nouvelle  hesitation,  puis  du  retour  tres  lent  a  la 
dimension  normale.  (Dans  le  «  type  Strassburger  »,  ce  retour  est 
rapide  et  la  lenteur  des  mouvements  diminue  par  la  repetition 
des  stimuli). 

L’ evolution  montre  la  particuliere  variability  de  ces  sympto¬ 
mes,  leur  perpetuel  devenir. 

Chez  un  malade  observe  par  Markus  (54)  en  1906,  les  troubles 


500  G.  PETIT  ET  J.  DELMOND 

sont  sensiblement  differents  en  1933  (Weber,  72).  Un  malade  de 
Foster-Moore  (56)  presentait,  des  l’age  de  six  mois,  une  inegalite 
pupillaire  manifeste;  a  cinq  ans,  la  pupille  la  plus  grande  etait 
typiquement  «  tonique  ».  C’est  le  cas  le  plus  precoce  qui  ait 
ete  rapporte. 

Beaucoup  de  sujets  ont  presente  d’abord  des  troubles  visuels 
dus  a  I’accommodation  lente,  entre  20  et  30  ans. 

Chez  une  femme  de  38  ans  (cas  de  Branrwell  et  Sinclair  (34), 
avec  bilateralite  des  troubles  pupillaires),  on  n’avait  note,  12  ans 
auparavant,  aucun  symptome  oculaire  lors  d’un  examen  effectue 
par  Mackay. 

Dans  un  cas  de  Wilbrand  et  Saenger  (73),  chez  un  enfant  de 
13  ans,  l’anomalie  disparut  au  bout  de  quelques  semaines. 

Dans  le  cas  III  de  Behr,  les  troubles  caracteristiques  debuterent 
par  la  pupille  gauche,  puis  la  pupille  droite  fut  atteinte.  De 
meme,  dans  une  observation  de  Nielsen  et  Stegman  (58),  la 
pupille  droite  se  montre  tonique  en  1921,  la  gauche  le  devient 
en  1923  ;  en  1926,  il  y  a  presque  ophtalmoplegie  interne  a  droite, 
convergence  tonique  a  gauche.  Dans  le  cas  II  de  Hassin  et 
Thompson  (43),  il  y  avait  anisocorie  depuis  l’age  de  6  ans  ;  a 
30  ans,  on  notait  une  pupillotonie  atypique  (la  pupille  anormale 
etait  la  plus  petite). 

Dans  nos  propres  observations,  les  reactions  pupillaires  se 
sont  ameliorees  ;  nous  ne  saurions  prevoir  comment  elles  se 
manifesteront  a  des  examens  ulterieurs. 

Diagnostic.  —  1°  Nous  donnons,  dans  le  tableau  ci-contre,  les 
caracteres  differentiels  de  la  pupille  tonique  avec  le  signe  d’Ar- 
gyll-Robertson. 

Nous  rappellerons  qu’Argyll-Bobertson  etudiait  le  miosis  (O 
dans  ses  rapports  avec  les  affections  medullaires.  Mais  l’ensem- 
ble  des  particularity  pupillaires  qui  definissent  actuellement  le 
signe  ou  plutot  le  «  Syndrome  d’Argyll-Bobertson  »  (Henri  et 
Anne-Marie  Lagrange)  (53),  cet  ensemble  de  signes  est  loin  de 
resumer  tous  les  caracteres  des  pupilles  anormales  dans  la  neuro¬ 
syphilis.  Dans  les  troubles  neurologiques  d’origine  specifique,  le 
signe  le  plus  constant  parait  bien  etre  1’ abolition  isolee  du  reflexc 
pupillaire  d’adaptation  a  la  lumiere  (Lagrange),  ou  plutot,  pour 
Uriate  (24),  Vabsence  de  dilatation  a  I’obscurite,  la  contraction  a 
la  convergence  demeurant,  de  toute  fa^on,  rapide.  Le  miosis  est 
purement  «  incidental  »  (K.  Wilson).  Les  statistiques  modernes, 

<I)  Miosis  :  orthographe  correcte  d’apres  [istiaa-.;  '■  diminution. 


LE  SYNDROME  D’ADIE  EN  PATH0L0G1E  MENTALE  501 


502 


G.  PETIT  ET  J.  DELMOND 


de  L.  Lowrey  et  Mary  Benedict  (12),  de  Houston  Merritt  et  Mer- 
rill-Moore  (14),  montrent,  en  outre,  que  les  reactions  pupillaires 
anormales  ne  s’observent  que  dans  60  %  a  70  %  des  cas  de 
syphilis  nerveuse,  1’Argyll-Robertson  veritable  dans  8,7  %  des 
cas  seulement. 

Par  ailleurs,  V abolition  isolee  du  reflexe  pupillaire  a  la  lumiere 
est  tres  frequente  en  dehors  de  la  syphilis  («  Argylls  non  syphili- 
tiques  »,  dans  l’encephalite,  les  tumeurs  pedonculaires,  l’alcoo- 
lisme  chronique,  etc...),  comme  l’ont  montre  notamment  M.  le 
Professeur  Guillain,  M.  le  Professeur  Barre  et  leurs  collabora- 
teurs. 

II  nous  parait  interessant  de  signaler  que  Babinski  (30)  insis- 
tait,  tout  le  premier,  sur  la  necessity  de  realiser  l’obscuration 
prealable  avant  d’affirmer  l’existence  d’un  signe  d’Argyll-Ro- 
bertson.  Babinski  avait  reconnu,  de  son  cote,  les  faits  de  pupil- 
lotonie. 

Cependant,  malgre  ses  caracteres  differentiels  que  l’on  connait 
mieux  aujourd’hui,  la  pupillotonie  fut  meconnue  dans  bien  des 
cas.  Malgre  l’absence  de  toutes  reactions  humorales  positives,  les 
malades  qui  presentaient  cette  anomalie  furent  souvent  conside- 
res  comme  syphilitiques,  traites  comme  tels  et  meme  exclus  de 
services  publics,  ainsi  que  l’ont  montre,  depuis  les  etudes  d’Adie 
et  de  MM.  Guillain  et  Sigwald  (41),  des  observations  de  Maurice 
Renaud  et  Miget  (66),  Gaudissart  et  Massion-Verniory  (40). 

2°  Les  caracteres  differentiels  de  I’ophtalmoplegie  interne  ou 
iridoplegie  et  de  la  pupillotonie  ont  ete  serieusement  discutes  par 
W.-J.  Adie,  a  propos  de  nombreuses  observations  ou  il  s’agissait 
en  realite  de  troubles  toniques.  Dans  son  esprit,  il  y  avait  identite 
absolue,  dans  la  plupart  des  cas,  si  l’on  consentait  a  les  etudier 
avec  scrupule  et  patience. 

Cependant,  Hassin  et  Thompson  se  prononcent  avec  Behr  sur 
la  nature  syphilitique  en  general  de  l’ophtalmoplegie  interne 
qu’ils  considerent  comme  differente  de  la  pupille  tonique.  Si  l’on 
se  refere  aux  caracteres  recemment  donnes  par  Puglisi-Du- 
ranti  (19),  les  differences  seraient  assez  nettes  :  il  y  aurait,  en 
particular,  dans  l’ophtalmoplegie  interne,  abolition  du  reflexe 
a  1’accommodation-convergence.  Il  y  a  toutefois  lieu  de  signaler 
que  certains  cas  de  pupillotonie  ont  evolue  ensuite  vers  l’ophtal¬ 
moplegie  totale. 

Cette  ophtalmoplegie  est  bien  differente  de  la  paralysie  de 
1’accommodation  d’origine  diphterique,  qui  ne  peut  etre  mise 
en  cause  dans  le  syndrome  d’Adie. 

3°  Des  troubles  pupillaires  varies,  et  qui  s’averent  variables  a 


LE  SYNDROME  D’ADIE  EN  PATHOLOGIE  MENTALE 


503 


des  examens  successifs,  s’observent  avec  une  particuliere  fre¬ 
quence  dans  la  plupart  des  psychoses  ou  psychopathies. 

«  Les  reflexes  a  la  lumiere  inconstants  et  variables  sont  carac- 
teristiques  des  psychoses  fonctionnelles.  »  Telle  est  une  des 
conclusions  de  notre  Maitre,  M.  Roger  Mignot,  dont  le  memoire 
inaugural  (15)  constitue  l’un  des  travaux  les  plus  complets  sur  ce 
sujet.  De  ses  observations,  il  ressortit  que  l’anisocorie  apparait 
encore  plus  fr£quente  dans  la  psychose  periodique  que  dans  la 
paralysie  generate.  Dans  la  demence  precoce,  le  reflexe  a  la 
lumiere  est  trouble  dans  62  %  des  cas,  l’accommodation  dans 
13  %  ;  il  existe  une  anisocorie  dans  32  %  des  cas. 

Bumke  (6)  signale  que  des  troubles  pupillaires  variables,  allant 
jusqu’a  la  rigidite  absolue,  surviennent  dans  l’hysterie. 

Westphal  (25)  note,  dans  la  stupeur  catatonique,  la  perte  tran- 
sitoire  du  reflexe  a  la  lumiere,  avec  modifications  des  dimensions 
et  de  la  forme  de  la  pupille.  Sioli  (22)  a  observe  egalement  la  rigi- 
dite  pupillaire  variable  chez  5  catatoniques. 

Kehrer  (50),  de  Breslau,  dans  un  important  travail,  designe, 
sous  le  nom  de  spas  me  mobile  pupillaire,  «  cette  immobilite 
moyenne,  apparaissant  et  disparaissant  spontanement,  chez  des 
parkinsoniens  et  des  catatoniques  ». 

Herman  (44)  a  constate  l’immobilite  mydriatique  variable  a  la 
lumiere,  associee  a  des  troubles  d’origine  endocrino-sympathique. 

Bromberg  (35)  a  observe  l’immobilite  transitoire  a  la  lumiere, 
sur  des  pupilles  de  faible  dimension,  jointe  a  1’areflexie  tendi- 
neuse  achilleenne.  Les  troubles  se  rapprochaient  plus  particulie- 
rement  de  ceux  qui  ont  ete  decrits  chez  les  catatoniques.  Dans 
le  cas  mentionne,  il  ne  s’agissait  pas  cependant  d’un  etat  «  schi- 
jzophrenique  ».  La  malade,  une  jeune  femme  de  19  ans,  avait  ete 
internee  au  Bellevue  Hospital  pour  un  etat  de  depression  avec 
anxiete,  sitiophobie  passagere,  troubles  de  l’humeur  et  du  carac- 
tere.  Les  troubles  pupillaires  n’etaient  pas  modifies  par  la 
manoeuvre  de  Meyer  et  Redlich  (pression  sur  la  region  iliaque), 
ainsi  qu’ils  le  sont,  en  general,  chez  les  catatoniques.  Paul 
Schilder  (68)  a  signale  la  frequence  de  tels  symptomes.  Pour 
Bromberg,  il  faut  faire  une  place  a  ce  genre  de  faits  dans  le 
groupe  construit  par  W.  Adie. 

Hassin  et  Thompson  (43)  ont  observe,  chez  deux  psychopathes, 
des  troubles  qu’il  est  possible  de  classer  dans  les  formes  atypi- 
ques  de  pupilles  toniques.  Le  premier  malade,  un  homme  de 
30  ans,  etait  «  nerveux  »  depuis  l’age  de  15  ans  ;  c’etait  un 
obsede  anxieux  craignant  sans  cesse  de  devenir  «  fou  »  ;  il 
souffrait  de  cephalees,  avec  sensation  de  pression  intra-cra- 


504 


G.  PETIT  ET  J.  DELMOND 


nienne,  et  presentait  une  ar'eflexie  tendineuse  des  membres  infe- 
rieurs.  La  seconde  malade,  une  Juive  de  30  ans,  se  plaignait  de 
faiblesse  generate,  de  vertiges,  de  paresthesies,  de  troubles  visuels 
et  gastro-intestinaux.  En  1929,  elle  avait  ete  internee  pendant  un 
an  au  Chicago  State  Hospital. 

C’est  Kehrer,  pensons-nous,  qui  apporte  le  plus  de  faits  en 
faveur  du  rapprochement  de  la  pupillotonie  avec  les  troubles 
pupillaires  observes  chez  les  psychopathes,  notamment  chez. 
certains  parkinsoniens  et  catatoniques. 

4°  L’hippus  affecte  souvent  les  pupilles  en  mydriase  tonique. 
Les  signes  particuliers  constates  chez  des  dements  precoces  par 
Xavier  Abely  et  Trillot  (1)  —  contraction  a  la  lumiere  sous  un 

arc  tres  faible,  non  maintenue  sous  le  faisceau  lumineux _ 

different  apparemment  de  la  pupillotonie,  quoique  ces  faits  nous 
paraissent  voisins  de  ceux  qu’observerent  Westphal,  Kehrer  et 
Bromberg. 

5°  «  La  lenteur  des  mouvements  pupillaires  ne  constitue  pas 
par  elle-meme  une  reaction  tonique  »  (Adie).  Un  examen  appro- 
fondi,  s’inspirant  par  exemple  de  celui  qui  figure  dans  notre 
tableau,  peut  seul  faire  affirmer  le  diagnostic.  II  semble  cepen- 
dant  que  l’on  puisse  tenir  compte,  dans  une  certaine  mesure,  de 
ces  «  faux-Argylls  »  non  syphilitiques,  lorsque  des  examens 
repetes  ont  montre  la  coexistence  de  mydriase,  d’immobilite 
apparente  a  la  lumiere,  de  lenteur  a  la  convergence,  et  d’areflexie 
tendineuse  d’autre  part.  Nous  en  avons  retrouve  des  exemples. 

6°  Enfin,  la  pupillotonie  nous  parait  nettement  differente  des 
reflexes  paradoxaux  de  Piltz  (accentuation  de  la  phase  de  dila¬ 
tation  prealable,  dans  le  reflexe  a  la  lumiere)  et  des  reflexes 
invertis  de  Brunton  et  Vyson. 

III.  -  Les  ARfiFLEXIES  TENDINEUSES 

Sur  les  19  observations  personnelles  d’Adie,  13  fois  1’ absence 
des  reflexes  tendineux  est  relevee.  Dans  les  44  cas  de  pupillotonie 
qu’il  a  retrouves  dans  la  litterature,  1’areflexie  est  constatee 
neuf  fois  ;  mais  1’examen  neurologique  n’avait  pas  ete  pratique 
systematiquement  dans  tous  les  cas. 

L’abolition  unilaterale  ou  bilaterale  des  reflexes  achilleens  est 
la  plus  frequemment  observee.  On  note,  en  second  lieu,  generale- 
ment,  l’abolition  des  reflexes  rotuliens  (signe  de  Westphal). 
D’autres  fois,  les  reflexes  patellaires  subsistent,  mais  se  mani- 
festent  tres  faibles,  parfois  asymetriques  et,  dans  quelques  cas, 
demandent,  pour  etre  mis  en  valeur,  l’emploi  des  methodes  de 


LE  SYNDROME  D'ADIE  EN  PATH0L0G1E  MENTALE  _  505 

renforcement.  Les  reflexes  anti-brachiaux  et  tricipitaux  sont  par- 
fois  egalement  abolis.  L’areflexie  cliniquement  etablie  fut  veri- 
fiee  par  des  electromyogrammes,  dans  les  cas  de  Pagniez  et 
Pasteur  Vallery-Radot  (61)  et  de  Guillain  et  Sigwald. 

L’areflexie  tendineuse  se  montre  quelquefois  transitoire.  Dans 
un  cas  d’Axenfeld  (29),  les  reflexes  furent  abolis  pendant  neuf 
ans  ;  dans  un  cas  de  Behr,  pendant  3  ans  seulement.  Chez  deux 
malades  de  S.-Ely  Jelliffe  (49),  classes  comme  «  dysthyro'idiens  », 
l’etat  des  reflexes  fut  ameliore  par  l’administration  d’extraits 
thyroidiens.  Dans  nos  cas  personnels,  apres  opotherapie  gastro- 
hepatique,  seuls  les  achilleens  demeurerent  abolis.  Dans  notre 
premiere  observation  (62),  l’areflexie  pouvait  etre,  certes,  impu- 
tee  a  une  polynevrite  anemique  ;  mais  cette  notion  ne  supprime 
pas,  a  notre  avis,  le  probleme  etiologique.  L’abolition  des  reflexes 
n’est  pas,  en  effet,  consideree  comme  congenitale.  Les  reflexes 
etaient  presents  cinq  ans  auparavant,  chez  un  malade  d’Oloff  (60). 
Mais,  dans  le  cas  de  Bromberg,  les  achilleens  manquent  egale¬ 
ment  ou  sont  tres  diminues  chez  la  mere,  un  frere  et  une  sceur 
du  malade  observe. 


Depuis  1932,  Guillain  et  Sigwald  (41),  Barre  et  Mile  Helle  (31), 
Barre  et  Klein  (32),  ont  rapporte  de  nombreux  cas  d’areflexie 
d’origine  mysterieuse,  accompagnee  ou  non  de  pupillotonie. 
Parallelement,  se  poursuivaient  des  recherches  cliniques  sur  les 
areflexies  dites  congenitales,  la  dystaxie  areflexique  hereditaire 
(de  G.  Roussy  et  Mile  G.  Levy),  et  les  maladies  familiales  obser- 
vees  par  Popow,  Ludo  van  Bogaert  et  Borremans  (89,  86,  76). 
Un  rapprochement  etait  etabli  entre  ces  syndromes  et  certaines 
infections  neurotropes  hereditairement  transmissibles  (formes 
frustes  de  la  maladie  de  Friedreich).  Les  etats  mentaux  depres- 
sifs,  avec  troubles  vegetatifs,  paraissent  frequents  dans  ces  affec¬ 
tions,  comme  l’ont  montre  Sterling  (90),  Guiraud  et  Mile  Derom- 
bies  (84)..  Des  troubles  oculaires  existent  egalement.  Dans  un  cas 
de  Guiraud  et  Ajuriaguerra  (85),  ils  se  rapprochaient  du  type 
Argyll-Robertson  ;  les  auteurs  avaient  alors  pense  a  la  possibi- 
lite  d’un  syndrome  d’Adie.  L’ensemble  de  ces  travaux  a  remis 
en  lumiere  le  probleme  des  areflexies  tendineuses,  qui  se  pose 
frequemment  en  neuro-psychiatrie. 

Gowers  (8)  enseignait,  a  la  fin  de  sa  carriere,  que  l’areflexie 
rotulienne  «  congenitale  »  s’observe  dans  un  cas  sur  10.000, 
c’est-a-dire,  qu’apres  examen  complet,  il  reste  bien  peu  d’areflexies 
que  l’on  ne  puisse  expliquer  par  une  lesion. 


506  G.  PETIT  ET  J.  DELMOND 

Oppenheim  (18)  considerait  le  signe  de  Westphal  dans  de  tels 
cas  comme  un  stigmate  de  degenerescence,  et  le  trouvait  fort 
rare. 

Louis  Dupuy,  Medecin  de  la  Garde  Republicaine  (79),  fut  frappe 
par  l’analogie  de  ces  irreflectivites  dites  «  idiopathiques  »  avec 
celles  des  polynevrites  et  des  radiculites  graves.  Dans  tous  les 
cas  qu’il  put  observer,  les  reflexes  achilleens  se  montrerent  atteints 
en  premier  lieu,  les  rotuliens  ne  le  furent  que  secondairement. 
Get  auteur  estime  que  «  l’irreflectivite  monosymptomatique  pour- 
rait  bien  n’etre  qu’un  cas  particulier  de  l’irreflectivite  patholo- 
gique  ». 

En  1916  et  1917,  Dumolard  et  ses  collaborateurs  des  Centres 
Neurologiques  militaires,  Rebierre,  Quellien,  Courjon,  Regnard, 
(80,  81,  82),  decrivaient  1’abolition,  la  variability,  1’instabilite  des 
reflexes  tendineux  (souvent  accompagnees  de  myalgies,  de  trou¬ 
bles  toxi-infectieux,  de  signes  psychiques  ressortissant  au  syn¬ 
drome  de  Korsakow),  comme  symptomatiques  des  asthenies  gra¬ 
ves  d’epuisement.  Avec  le  recul  des  annees,  on  peut  penser, 
comme  M.  Souques  le  pressentait  alors,  qu’il  s’agissait  defec¬ 
tions  neurotropes  graves,  peut-etre  meme  des  premieres  epide- 
mies  d’encephalite. 

Redlich  (87)  ne  croit  pas  que  l’on  puisse  incriminer  la  degene¬ 
rescence  chez  les  malades  areflexiques,  mais  bien  plutot  des 
infections  ou  des  intoxications. 

M.  Ducoste  a  presente,  a  la  Society  Neurologique  (78),  un  cas 
d’areflexie  tendineuse  et  periostee  totale,  avec  hyperexcitabilite 
idiomusculaire,  chez  un  sujet  atteint  de  psychose  maniaque- 
depressive.  Le  desequilibre  vegetatif  etait  tres  net  dans  ce  cas. 
G.  Rourguignon  etudia  les  chronaxies  de  ce  malade  ;  en  confor¬ 
mity  avec  ses  experiences  anterieures,  il  conclut  que  des  modifi¬ 
cations  humorales  du  pH  urinaire  et  de  1’equilibre  acide-base 
du  plasma  sanguin,  pouvaient  provoquer  les  variations  de  la 
chronaxie,  que  1’on  voit  accompagner  les  alterations  motrices 
ou  reflexes. 

A  propos  d’un  cas  d’areflexie  totale,  Friedmann  (83)  a  ineri- 
mine  chez  le  malade  1’existence  d’une  intoxication  alcoolique 
hereditaire,  qui  aurait  touche  electivement  le  systeme  sympathi- 
que,  «  avec  integrity  du  systeme  animal  ». 

W.  J.  Adie  (27)  a  pu  observer,  au  National  Hospital,  une  base- 
dowienne  qui  presentait  des  pupilles  toniques  et  une  areflexie 
tendineuse  generalisee.  La  force  musculaire  et  la  sensibility  des 
membres  etaient  absolument  intactes.  Le  Rordet-Wassermann 
etait  negatif  dans  le  sang  et  dans  le  liquide  cephalo-rachidien. 


LE  SYNDROME  D’ADIE  EN  PATHOLOGIE  MENTALE 


507 


Quelques  semaines  apres,  la  malade  revint  avec  les  signes  d  une 
myasthenie  grave  dont  Tissue  fut  fatale. 

R.  Brun  (de  Zurich)  (77)  pense  egalement  qu’a  la  base  de  tou- 
tes  les  areflexies  dites  «  idiopathiques  »,  il  existe  un  etat  patho- 
logique.  II  eut  a  examiner  un  sujet  de  17  ans,  presentant  une 
abolition  des  reflexes  rotuliens,  achilleens  et  tricipitaux,  sans 
aucun  autre  symptome.  Huit  ans  apres,  le  sujet  manifeste  des 
signes  de  polyradiculite  et  d’encephalomyelite  ayant  evolue  a 
bas  bruit.  II  avoue  alors  une  heredite  chargee  :  tuberculose  de  la 
mere,  morte  d’accidents  meninges  trois  semaines  apres  la  nais- 
sance  de  l’enfant  ;  epilepsie  du  grand-pere  paternel  ;  maladie  qua¬ 
lify  «  tabes  »  chez  le  grand-pere  maternel.  Ces  antecedents 
pathologiques  ne  prouvent  toutefois  pas  la  nature  congenitale  de 
l’areflexie,  dont  pourrait  rendre  compte  une  encephalopathie  du 
jeune  age,  evoluant  sur  ce  terrain  predispose,  et  se  traduisant  par 
des  reactivations  successives. 

Pour  Stanley  Barnes  (75),  qui  fonde  ses  conclusions  sur  une 
etude  generate  de  l’etat  neuro-musculaire  chez  284  descendants 
d’un  myopathique,  l’areflexie  tendineuse  doit  etre  tenue  pour  un 
signe  de  latence  d’une  maladie  particuliere,  de  nature  toxi-infec- 
tieuse,  peut-etre  une  forme  fruste  d’une  affection  lentement  evo¬ 
lutive.  II  semble  bien  que  les  faits  verifient  cette  conception. 

Diagnostic.  —  L’abolition  des  reflexes  tendineux,  soit  generali- 
see,  soit  limitee  aux  membres  inferieurs  ou  meme  a  certains 
reflexes  (patellaires,  achilleens)  est  un  des  symptomes  importants 
des  dystrophies  myotoniques.  Elle  s’accompagne,  dans  ces  affec¬ 
tions,  de  symptomes  musculaires  (atrophies  localises,  reactions 
myotoniques)  et  de  symptomes  «  dystrophiques  »  extra-muscu- 
laires  :  amaigrissement  ou  adiposite,  troubles  glandulaires,  trou¬ 
bles  vaso-moteurs,  cataracte,  etc... 

La  pupillotonie  associee  a  ete  signalee  par  Hoche  (46)  dans  un 
cas  de  myopathie  de  Thomsen.  Saenger  avait,  des  l’abord,  consta¬ 
te  1’analogie  que  presente  la  decontraction  myotonique  avec  la 
decontraction  lente  de  la  pupille  tonique. 

II  existe  dans  les  myotonies  un  desequilibre  vegetatif  indenia- 
ble,  une  «  perte  de  controle  du  parasympathique  »  (Jelliffe). 
Mais  ce  trouble  associe  ne  justifie  pas  entierement  le  rapproche¬ 
ment  de  la  pupille  tonique  et  des  myopathies,  conception  que 
Kyrieleis  (51,  52)  a  critique  recemment.  Hassin  et  Thompson  font 
justement  observer  que,  dans  ces  affections  neuro-musculaires, 
c’est  le  muscle  strie  qui  est  atteint,  tandis  que,  pour  la  pupille,  il 
s’agit  d’un  trouble  de  l’innervation  des  muscles  lisses  de  l’iris.  De 
plus,  l’etat  tonique  du  muscle,  qui  se  relache  par  des  efforts  repe- 


508 


G.  PETIT  ET  J.  DELMOND 


tes,  reste  inchange  dans  la  pupille  dite  «  myotonique  »,  tout  au 
moins  dans  le  type  habituel  decrit  par  Saenger. 

Quoi  qu’il  en  soit,  il  reste  que  dans  les  diverses  formes  de 
myopathies  un  element  important  du  diagnostic  est  constitue  par 
l’areflexie  tendineuse.  J.  Rosett  (88)  a  retrouve  ainsi,  dans  des  cas 
limites,  cette  areflexie  sans  aucUne  atrophie  ou  hypertrophie 
musculaire  ;  seules  existaient  des  douleurs  musculaires  sponta- 
nees.  Adie  et  Greefield  (74)  l’ont  observee  associes  a  des  troubles 
neuro-vegetatifs,  les  troubles  myotoniques  etant  extremement 
limites  :  aux  flechisseurs  de  la  main,  par  exemple  ;  mais  la  force 
musculaire  etait  le  plus  souvent  conservee.  Pour  Stanley  Barnes 
(op.  cit.),  la  perte  precoce  des  reflexes  tendineux  constituait  le 
caractere  frqppant  dans  les  cas  presentes.  Parfois,  c’etait  le  seul 
trait  anormal,  comme  chez  une  fillette,  eleve  d’une  ecole  profes- 
sionnelle  de  danse.  L’apparition  de  symptomes  endocriniens  etait 
de  mauvais  augure  dans  cette  famille  myopathique. 

L’areflexie  tendineuse  est  encore  couramment  observee  dans 
les  attaques  de  cataplexie  (huit  fois  sur  dix,  pour  Max  Levin(  (10), 
ainsi  qu’a  la  phase  post-paroxytique  de  Vepilepsie,  ou  l’on  cons¬ 
tate,  par  ailleurs,  frequemment  la  rigidite  pupillaire. 

Dans  la  narcolepsie  encephalitique,  on  retrouve  l’abolition  des 
reflexes  profonds  associes  a  des  troubles  oculaires  et  a  des  symp¬ 
tomes  infundibulo-tuberiens  aujourd’hui  classiques,  et  qui  indi- 
diquent  clairement  1’atteinte  des  noyaux  vegetatifs  de  la  base. 

Les  auteurs  etrangers,  Goldflam  (7),  Mac  Lachlan  (13)  en  parti- 
culier,  ont  isole  certaines  manifestations  de  paralysie  familiale 
periodique,  d’une  duree  de  quelques  heures  a  quelques  jours, 
qui  semblent  bien  voisines  des  trois  manifestations  que  nous 
signalions  (cataplexie,  epilepsie,  narcolepsie).  Dans  ces  para¬ 
lyses,  l’areflexie  tendineuse  se  montre,  egalement,  associee  a  un 
desequilibre  neuro-vegetatif  ;  et  l’on  pense  qu’elle  pourrait  etre 
due  a  des  toxi-infections  latentes,  peut-etre  a  l’accumulation 
toxique  de  produits  anormaux  du  metabolisme,  elabores  pendant 
la  phase  de  latence. 


IV.  —  Pathog£nie 

Voici  done  tout  un  groupe  d’affections  ou  1’atteinte  des  centres 
vegetatifs  parait  assez  bien  mise  en  evidence  par  la  symptomato¬ 
logy  clinique.  II  peut,  sans  doute,  paraitre  encore  assez  aventu- 
reux  de  faire  entrer  ces  affections  dans  le  cadre  des  «  syndromes 
infundibulo-tuberiens  ».  II  s’agit  la,  pourtant,  de  troubles  des 
correlations  neuro-vegetatives,  glandulaires,  vaso-motrices,  etc.  ; 


LE  SYNDROME  D’ADIE  EN  PATHOLOGIE  MENTALE 


509 


et  la  lesion  ou  Alteration  fonctionnelle,  responsable  de  ce  dese- 
quilibre,  nous  parait  pouvoir  etre  localisee  au  niveau  de  la  partie 
terminate  du  tronc  cerebral.  Un  nombre  assez  important  de  tra- 
vaux  a  plaide,  deja,  en  faveur  d’une  telle  localisation  diencepha- 
lique. 

Sur  le  mecanisme  de  l’abolition  des  reflexes  tendineux,  des 
qu’il  ne  s’agit  plus  de  lesions  medullaires  ou  peripheriques,  on 
possede  bien  peu  d’elements  certains.  Par  exemple,  l’areflexie 
est  frequente  dans  les  tumeurs  du  IV'  ventricule  ;  on  pourrait 
invoquer,  avec  Batten  et  Collier  (2),  le  role  de  1  hypertension 
intra-cranienne,  transmise  aux  cordons  posterieurs  par  les  raci- 
nes.  Paul  Van  Gehuchten  (92)  pense  plutot  devoir  incriminer  une 
lesion  du  noyau  rouge  ou  des  fibres  rubro-spinales  ;  l’areflexie 
peut  etre  produite  «  par  interruption  de  l’arc  excito-tonique, 
indispensable  au  mecanisme  de  ces  reflexes  ». 

Dans  les  tumeurs  du  IIP  ventricule,  l’hypertension  intra-cra¬ 
nienne  ne  peut  plus  etre  mise  en  cause  ;  bien  souvent,  ll  n’y  a 
pas  de  stase  papillaire  et  la  tension  du  liquide  est  normale.  Et 
pourtant,  l’on  connait,  depuis  Oppenheim,  Needles  (17),  des  cas 
d’adenome  pituitaire  ayant  determine  la  symptomatology  sui- 
vante  :  abolition  des  reflexes  tendineux  des  membres  inferieurs, 
rigidite  pupillaire  ou  reactions  paresseuses  a  la  lumiere  (atrophie 
optique),  manifestations  endocriniennes,  hypogenitalite.  Ces  syn¬ 
dromes  ont  ainsi  merite  le  nom  de  pseudo-tabes  pituitaires.  Les 
auteurs  ont  estime  que  des  modifications  chimiques,  d  origine 
endocrinienne,  pouvaient  avoir  determine  des  troubles  de  la 
conduction  dans  les  cordons  posterieurs. 


Les  troubles  pupillaires  sont  egalement  d’interpretation  deli¬ 
cate,  en  l’absence  de  toute  excitation  de  la  chaine  sympathique 
ou  de  ses  ganglions,  qui  pourrait  en  rendre  compte.  Ils  sont 
cependant  —  la  mydriase  notamment  —  particulierement  symp- 
tomatiques  de  desequilibre  vegetatif. 

«  L’elargissement  des  pupilles  revele  la  predominance  des 
influx  nerveux  sympathiques  sur  les  influx  parasympathiques.  » 
(Marcel  Monnier  (16).  Le  centre  —  sympathique  —  de  la  dilata¬ 
tion  irienne  est  situe  (Karplus  et  Kreidl)  (9)  a  la  partie  mediane 
du  noyau  hypothalamique  de  Luys,  tout  pres  de  la  substance 
grise  centrale.  Sa  connexion  avec  le  centre  cilio-spinal  s  effectue 
par  l’intermediaire  du  pedoncule  cerebral  homolateral  et  du 
faisceau  medullaire  lateral.  Les  etudes  de  Roussy  et  Mosinger  (21) 


510 


G.  PETIT  ET  J.  DELMOND 


nous  ont  appris  a  considerer  l’unite,  «  la  solidarity  fonction- 
nelle  de  tout  le  systeme  neuro-vegetatif  peri-ventriculaire  .»,  qui 
s’etend  en  verite  sans  interruption  jusqu’a  la  moelle,  et  dont  le 
groupe  photo-moteur  de  la  III0  paire,  en  tout  etat  de  cause,  ne 
represente  qu’un  noyau  de  condensation. 

Ranson,  Rabat  et  Magoun  (20)  «  par  excitation  de  l’aire  late- 
rale  hypothalamique,  partie  rostrale,  de  rhypothalamus  sous- 
jacent  et  de  la  region  au-dessus  du  fornix  »,  obtiennent  des; 
effets  pupillaires  mydriatiques  constants.  Cette  dilatation  irienne 
est  encore  accompagnee  d’acceleration  de  la  respiration,  d’eleya- 
tion  de  la  temperature,  de  contraction  de  la  vessie,,  et,  d’une  fa<jon 
generate,  des  signes  qui  accompagnent  les  etats  emotionnels. 

Les  connexions  hypothalamiques  des  fibres  pupillo-dilatatri- 
ces  ont  encore  ete  bien  precisees  par  Beattie  et  ses  collabora- 
teurs  (3): 

Si  done,  il  existe  de  fortes  presomptions  en  faveur  de  l’origine 
diencephalique  .des  troubles  pupillaires  constates  dans  le  syn¬ 
drome  d’Adie,  l’areflexie  tendineuse  ne  recoit  pas  d’explication 
aussi  satisfaisante.  On  ne  peut  qu’accumuler  les  faits  qui  prou- 
vent  1’existence  d’une  meme  lesion  des  noyaux  centraux  et  d’une 
etiologie  commune. 

Les  symptomes  vegetatifs  sont  aujourd’hui  bien  connus.  Ils 
ont  ete  mis  en  valeur  par  la  plupart  des  observateurs.  Le  dese- 
quilibre  est  souvent  complexe  :  hyperamphotonie  ou  hypotonia 
vegetative.  II  y  a  generalement  predominance  des  effets  sympa- 
thiques  (cas  de  Weill  et  Reys,  de  Nielsen  et  Stegman,  de  Barre 
et  Mile  Helle,  Barre  et  Klein,  de  Subirana,  etc...).  Les  perturba¬ 
tions  psychiques  meme,  que  l’on  retrouve  dans  un  grand  nombre 
de  ces  observations,  portent  bien  la  marque  des  troubles  qui 
accompagnent  les  etats  de  desequilibre  neuro-vegetatif  :  moro- 
site,  troubles  du  caractere,  subanxiete,  tendance  depressive,  reac¬ 
tions  d’agacement.  Nous  tenons  done  pour  probable  1’atteinte  des 
centres  vegetatifs  peri-ventriculaires,  et  des  notions  etiologiques 
nous  semblent  plaider  en  faveur  de  cette  localisation. 

V.  —  Etiologie. 

Rapports  avec  les  syndromes  neuro  et  psycho-an£miques 

Adie  declare  n’avoir  pas  observe,  associes  au  syndrome  qu’il 
decrivait,  de  symptomes  d’une  maladie  quelconque. 
i  Cette  assertion  est  infirmee-  par  de  nombreuses  observations. 


LE  SYNDROME  D’ADIE  EN  PATHOLOGIE  MENTALE 


511 


Citons,  d’abord,  un  des  propres  cas  de  W.-J.  Adie  (27),  que  nous 
avons  signale  plus  haut,  ou  le  syndrome  caracteristique  de  pupil- 
lotonie  avec  areflexie,  sans  syphilis,  fut  sum,  au  bout  de  quel- 
ques  .  semaines,  d’une  myasthenie  rapidement  mortelle.  Remar- 
quons,  egalement,  que  le  propre  malade  de  Strassburger  etait 
atteint  de  sclerose  en  plaques.  Nonne  avait  rencontre  la  pupillo- 
tonie  dans  le  diabete.  Herming-Roenner  (45)  l’avait  signalee  par- 
mi  les  sequelles  de  la  rougeole.  Pagniez  et  Pasteur  Vallery-Radot 
l’observent  a  l’occasion  d’une  scarlatine.  Jaensch  (48)  l’aurait 
retrouvee  au  cours  de  l’encephalite  epidemique.  Weil  et  Reys  (71) 
constatent  son  association  avec  une  polynevrite,  qui  pourrait 
etre  due  a  une  grippe  a  forme  nerveuse. 

Dans  les  observations  d’Axenfeld,  de  Harvier  et  Roudin  (42), 
de  Chavany  (38),  il  est  possible  de  suspecter  une  syphilis  heredi- 
taire.  Mais  ce  sont  la  les  seules  observations  relevees  dans  la 
litterature,  sur  un  nombre  deja  eleve  de  cas.  Hassin  et  Tompson 
combattent  cette  etiologie  et  pensent  meme  que,  si  le  signe  d’Ar- 
gyll-Robertson  constitue  une  presomption  de  neuro-syphilis,  la 
pupillotonie  reconnue  exclut  ce  diagnostic  —  «  quoiqu’elle  puisse 
survenir  chez  un  syphilitique  » . 

La  pupillotonie "  a  ete  encore  signalee  au  cours  de  certains 
etats  psychopathiques  (Hassin,  Rromberg),  du  myo-oedeme,  de 
la  myopathie  (Hoche). 

Quoique  1’alcoolisme  puisse  s’accompagner  de  manifestations 
pupillaires  voisines  du  signe  d’Argyll-Robertson,  1’intoxication 
ethylique  peut,  dans  la  regie,  etre  ecartee  de  l’etiologie. 

Nous  tenons  pour  particulierement  importante  l’opinion  de 
M.  le  Professeur  Guillain  et  de  Sigwald  (op.  cit.),  qui  ont  fait  con- 
naitre  en  France  le  syndrome  d’Adie,  d’apres  deux  observations 
personnelles  :  «  II  est  possible  que  le  systeme  vegetatif,  comme 
le  specific  W.-J,  Adie,  soit  touche  ;  mais  il  n’est  certes  pas  seul 
touche.  Une  atteinte  infectieuse  ou  toxique  anterieure,  insuffisante 
pour  exercer  des  actions  destructives,  mais  sufifisante  pour  trou- 
bler  la  conductibilite  en  des  zones  de  l’arc  reflexe,  nous  parait 
etre  la  cause  premiere  de  l’affection  decrite  par  W.-J.  Adie.  » 

Cette  opinion  est  corroboree  par  de  recents  travaux  etrangers, 
qui  classent,  parmi  les  troubles  pupillaires  des  affections  dites 
post-encephalitiques,  le  spasme  mobile  pupillaire  et  la  reaction 
neurotonique  a  la  lumiere  (11). 

A  propos  des  areflexies  isolees,  nous  avons  deja  vu  de  nom- 
breux  auteurs  designer  de  telles  etiologies  infectieuses.  Telle  est 
encore,  a  propos  de  leur  association  a  des  troubles  pupillaires, 
l’opinion  de  Strohmayer  (91),  qui  estime  qu’il  s’agit,  dans  ces 


512 


G.  PETIT  ET  J.  DELMOND 


cas,  de  processus  evolutifs,  toxi-infectieux  et  non  pas  degenera¬ 
tes  :  polyradiculites  chroniques  ou  encephalomyelites. 

On  voit  done  que  si  les  areflexies  cliniquement  liees  a  une 
polynevrite  doivent  theoriquement  etre  ecartees  du  diagnostic, 
il  n’est  pas  exclu  que  les  areflexies  «  idiopathiques  »  ou  «  con- 
genitales  »  ne  tirent  leur  origine  de  causes  tres  analogues.  Elies 
pourraient  etre  une  manifestation  de  polynevrites  chroniques 
endotoxiques  ou  de  nevraxites  infectieuses,  touchant  elective- 
ment  les  noyaux  vegetatifs  de  la  base. 

Cette  atteinte  rendrait  compte  des  symptomes-  psycho-organi- 
ques  complexes  que  nous  avons  releves  dans  deux  cas  personnels 
ou  existait  une  anemie  de  type  pernicieux. 


Dans  une  communication  sur  les  syndromes  infundibulo-tube- 
riens  presentee  au  Congres  de  Lyon,  l’un  de  nous  (105)  faisait 
remarquer,  entre  autres  symptomes  pouvant  relever  de  cette 
localisation  pathogenique,  des  anemies,  a  type  dit  cryptogeneti- 
que,  qu’il  n’etait  pas  exceptionnel  d’observer  chez  les  psychopa- 
thes.  Dans  un  recent  travail,  MM.  Trelles  et  Ajuriaguerra  (23) 
exposent  une  serie  d’arguments  au  sujet  des  rapports  qui  peuvent 
unir  les  anemies  de  type  pernicieux  et  les  lesions  infundibulo- 
tuberiennes.  Arguments  experimentaux,  d’une  part,  tels  qu’ils 
resultent  des  experiences  de  Riccitelli  (109),  de  Roger,  Houssay 
et  Arias  ;  arguments  anatomo-cliniques  deja  nombreux,  d’autre 
part.  Dans  un  cas  d’angiome  interessant  rhypothalamus,  Davi¬ 
son  et  Selby  (97)  ont  note  une  anemie  importante.  Les  lesions 
des  noyaux  gris  centraux  dans  l’anemie  pernicieuse  avaient  ete 
mises  en  evidence  de  longue  date  par  Birulja  (94),  Ransohoff  (108), 
puis  par  Pfeiffer  (106).  Lhermitte,  Worms  et  Ajuriaguerra  (99) 
relevent  en  particular  la  degenerescence  de  toutes  les  cellules 
du  noyau  paraventriculaire,  dans  un  cas  de  syndrome  neuro-ane- 
mique  grave,  avec  troubles  psychiques  terininaux.  Enfin,  dans 
une  observation  de  syndrome  neuro-anemique  publiee  par  Paviot 
et  Dechaume  (102),  il  existait  de  nombreux  signes  :  cephalees, 
troubles  de  la  vue,  troubles  de  la  regulation  hypnique  —  sommeil 
incoercible  —  qui  firent  porter  par  les  auteurs  le  diagnostic 
etiologique  de  nevraxite  a  virus  neurotrope  ;  dans  ce  cas,  on  avait 
note,  a  l’autopsie,  de  grosses  lesions  diencephaliques 

Cette  etiologie  infectieuse  des  syndromes  neuro  ou  psycho- 
anemiques  —  que  l’un  de  nous  (104)  soutenait,  en  1931,  a  propos 
d’un  syndrome  neuro-psycho-anemique  ou  l’on  pouvait  noter 


LE  SYNDROME  D’ADIE  EN  PATHOLOGIE  MENTALE  513 

-eealement  de  nombreux  signes  d’une  encephalo-myelite  de  type 
epidemique  —  parait  actuellement  admise  par  de  nombreux 
auteurs.  De  cette  infection  polyvalente,  resulteraient  a  la  fois  les 
troubles  psychiques  et  l’anemie  pernicieuse. 

Des  recherches  bibliographiques  recentes  nous  ont  montre, 
d’ailleurs,  que,  des  1913,  Barrett  (93)  considerait  ces  etats  comme 
symptomatiques  de  processus  toxi-infectieux  affectant  le  sys- 
teme  nerveux.  Leur  aspect  clinique  le  plus  frequent  est  celux  des 
confusions  ( amentias  symptomatiques  de  Meynert),  du  type  de  la 
psvchose  de  Korsakoff  des  alcooliques  :  il  est  ainsi  caracterise, 
des  1904,  par  Pickett  (104),  puis  par  Bonhoffer  (95),  Barrett, 
P  -Emile  Weill  et  Cahen  (108),  Goldkuhl  (98),  Bowmann  (96),  etc. 
Tous  ces  auteurs  ont  signale  l’etroite  ressemblance  des  troubles 
mentaux  de  l’anemie  pernicieuse  avec  les  etats  confusionnels 
toxi-infectieux.  Les  lesions  sont,  en  general,  diffuses  ;  mais 
l’atteinte  du  diencephale  pourrait  rendre  compte  d’une  grande 
partie  de  la  symptomatology  observee.  Cette  atteinte  ne  peut 
guere  etre  raise  en  doute  lorsque  des  signes  de  parkinsomsme 
s’adjoignent  au  tableau  psycho-organique,  comme  dans  l’observa- 
tion  publiee  par  l’un  de  nous  en  1921  (103). 

Bouchut  et  Croizat,  ainsi  que  Siegheim  (5),  ont  rapporte  des 
observations  de  parkinsoniens  (par  encephalite  epidemique)  chez 
lesquels  se  developpa,  en  meme  temps  qu’un  syndrome  d’insuffi- 
sance  glandulaire,  une  anemie  grave.  Sidney  et  Robert  Schwab 
ont,  tout  recemment,  signale  l’association  de  parkinsomsme  et 
d’anemie  grave,  avec  diabete  (107). 

Nous  avons  pu  retrouver  un  certain  nombre  d’observations  ou 
se  trouvaient  rapportes,  anterieurement  aux  descriptions  d’Adie, 
des  troubles  pupillaires  tres  particuliers.  C’est  ainsi  que  Babon- 
neix  et  Maurice  Levy,  dont  l’observation  figure  dans  la  these 
bien  connue  de  Pierre  Mathieu  (101,  obs.  VI),  ont  note,  au  cours 
d’un  etat  stuporeux  neuro-anemiqhe,  l’existence  d’une  mydriase 
unilaterale  avec  paresse  extreme  des  reflexes  a  la  lumiere.  Citons, 
eealement,  les  observations  I,  II,  III,  IV  de  la  these  inspiree  pai 
Pun  de  nous  a  Mile  Martrille  (100),  ou  les  malades,  observes  par 
Pun  de  nous,  presentaient  des  troubles  mentaux  polymorphes  de 
nature  infectieuse,  associes  a  une  anemie  grave  et  a  des  signes  de 
parkinsomsme;  auxquels  troubles  s’ajoutait  l’inegalite  pupil- 
laire  avec  mydriase  et  «  bradycorie  ».  Dans  le  premier  des  cas 
de  syndrome  d’Adie  recemment  rapporte  par  nous  (62),  il  s’agis- 
sait  'd’un  syndrome  psycho-anemique  de  type  korsakowien  accom- 
paenant  une  pupille  tonique.  Dans  le  second  cas  (63),  le  syndrome 
d’Adie  etait  au  complet,  aucune  polynevrite  ne  pouvant  etre  raise 

Anx.  Med. -psych.,  XV*  sebie,  9\'  annee,  t.  I.  —  Avril  1936. 


514 


G.  PETIT  ET  J.  DELMOND 


en  cause,  cliniquement  du  moins.  Dans  les  deux  cas,  l’atteinte= 
du  systeme  neuro-vegetatif  se  traduisait  par  de  nombreux  symp- 
tomes  :  troubles  glandulaires,  phenomenes  vaso-moteurs,  dese- 
quilibre  emotionnel,  etc...  Dans  le  second  cas,  il  y  avait  associa¬ 
tion  de  parkinsonisme  fruste  :  tremblement  vibratoire  intense, 
hypertonie  marquee,  signe  de  Froment,  diminution  des  mouve- 
ments  automatiques  pendant  la  marche. 

Ces  diverses  observations  semblent  mettre  en  valeur  l’exis- 
tence  d’un  certain  rapport  entre  le  syndrome  d’Adie  et  1’atteinte 
des  centres  vegetatifs  diencephaliques,  si  frequemment  touches 
par  des  infections  du  type  encephalo-myelite  ou  nevraxite  epi- 
demique.  Pour  Paviot  et  Dechaume,  l’infection  neurotrope  pour¬ 
rait  etre  a  l’origine  d’une  «  maladie  de  systeme  »,  le  systeme  feti- 
culo-endothelial  :  celui-ci  serait  touche  a  la  fois  dans  sa  fonction 
hematopoietique,  d’ou  anemie,  et  dans  sa  fonction  de  metabolisme 
des  lipoides,  d’ou  la  demyelinisation,  retrouvee  a  l’autopsie,  de 
zones  tres  etendues  du  pallidum  et  de  1’infundibulo-tuber.  II  se 
pourrait  qu’un  processus  du  meme  genre  puisse  etre  envisage  en 
ce  qui  concerne  la  pathogenie  de  la  pupillotonie  et  de  l’areflexie 
tendineuse  associee  :  des  modifications  chimiques,  d’origine  vrai- 
semblablement  infectieuse,  atteindraient  la  myeline  et  determi- 
neraient  des  troubles  de  la‘  conduction,  soit  au  niveau  de  l’hypo- 
thalamus,  lieu  de  passage  des  fibres  irido-dilatatrices,  soit  en 
des  zones  plus  etendues  de  1’arc  reflexe. 

VI.  —  Conclusions 

La  pupille  tonique  est  nettement  differente  de  la  pupille  stati- 
que  (signe  d’Argyll-Robertson),  avec  laquelle  elle  ne  doit  plus 
etre  confondue.  Dans  ses  formes  typiques  ou  atypiques,  elle  nous 
semble  frequente  au  cours  des  syndromes  mentaux.  Un  rappro¬ 
chement  peut  etre  tente  avec  la  pupille  des  catatoniques.  De  tou- 
tes  fagons,  dans  son  etiologie,  n’intervient  pas  la  neuro-syphilis. 

L’areflexie  tendineuse  dite  corigenitale  pourrait  bien  n’etre 
qu’un  cas  particulier  des  areflexies  pathologiques.  Le  syndrome 
d’Adie  pose  ainsi  des  problemes  diagnostiques  et  pathogeniques 
tres  importants. 

De  multiples  observations  revelent  une  grande  variete  de  symp- 
tomes  associes  au  syndrome  propre  d’Adie,  alors  que  cet  auteur 
affirmait  qu’il  n’existait  pas  d’autres  signes  du  desordre  «  sui 
generis  »  qu’il  decrivait.  Nous  pensons  precisement  que  1’etude 
des  concomitants  organiques  peut  permettre  d’apporter  quelque 
lumiere  sur  la  pathogenie  et  1’etiologie  du  syndrome  d’Adie. 


LE  SYNDROME  D’ADIE  EN  PATHOLOGIE  MENTALE  515 

Des  malades  atteints  de  troubles  mentaux  tres  divers  et  chez 
lesquels  nous  constatons  en  meme  temps  l’existence  d’ar^flexie 
tendineuse  et  de  pupilles  toniques,  presentent  egalement  des 
troubles  neurologiques,  endocriniens,  vaso-moteurs,  hematologi- 
ques,  etc.,  dont  l’origine  infundibulo-tuberienne  parait  peu  dou- 
teuse.  II  serait  sans  doute  premature  de  designer  les  points  precis 
du  diencephale,  les  centres  neuro-vegetatifs,  dont  la  lesion  est 
capable  de  produire  de  tels  ensembles  psycho-organiques.  Mais 
de  tels  faits,  si  disparates  soient-ils,  pourraient  peut-etre  trouver 
place  dans  la  conception  d’ensemble  d’une  «  maladie  de  sys- 
teme  »,  que  nous  suggerent  certains  observateurs. 

A  la  base  de  ce  desequilibre  complexe,  il  est  possible,  dans 
certains  cas,  de  reconnaitre  les  signes  d’une  infection  neurotrope, 
encephalo-myelite  ou  nevraxite  de  type  epidemique,  ces  infec¬ 
tions  touchant,  avec  une  particuliere  frequence,  les  regions  sous- 
corticales  ou  s’opere  la  regulation  des  fonctions  vegetatives. 

Enfin,  la  constatation  d’une  anemie  de  type  pernicieux  relevee 
dans  nos  observations  de  syndrome  d’Adie,  concurremment  avec 
les  autres  troubles  neurologiques  et  psychologies  constates 
dans  les  infections  neurotropes,  peut  plaider  en  faveur  de  cette 
etiologie  commune,  dont  l’un  de  nous  soutient,  depuis  longtemps, 
1’importance  primordiale  en  psychiatrie. 


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LE  SYNDROME  D’ADIE  EN  PATHOLOGIE  MENTALE 


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EXAMEN  AUDIOMETRIQUE  DE  MALADES 
PRESENTANT  DES 

HALLUCINATIONS  AUDITIVES  VERBALES 

PAR 


Ferdinand  MOREL  0) 


L’historique  de  la  question  «  Audition  et  Hallucination  auditive 
verbale  »  ne  sera  pas  aborde  dans  cette  note,  qu’il  surchargerait 
inutilement. 

Toutefois,  en  parcourant  les  travaux  relativement  nombreux 
sur  ce  probleme  a  deux  donnees  essentielles,  je  n’ai  pas  constate 
que  raudiometrie  ait  jamais  encore  ete  utilisee.  Aussi  cette  etude 
est-elle  peut-etre,  a  ce  point  de  vue,  purement  technique,  la  pre¬ 
miere  en  son  genre. 


J’ai  utilise,  pour  l’exainen  de  mes  malades,  l’audiometre  Type 
G  II,  de  E.-B.  Meyrowitz  a  Paris. 

Get  appareil  produit  des  sons  depouilles  d’harmoniques  supe- 
rieurs  et  correspondant  aux  neuf  frequences  suivantes  :  (14,  128, 
256,  512,  1.024,  2.048,  4.096,  8.192  et  12.288  V.  D.  a  la  seconde, 

Un  potenticmetre  gradue  permet  d’augmenter  ou  de  diminuer 
l’intensite  de  ces  sons  sur  une  echelle  qui  s’etend  de  l’intensite 
—  25  a  +  95  decibels  (2). 

Les  excitations  sonores,  d’intensite  et  de  frequence  connues^ 
sont  transmises  soit  par  voie  aero’-tympanique  a  l’aide  d’un 


(1)  Travail  de  la  Clinique  psychiatrique.  Bel-Air,  Geneve.  Directeur.:  Pro- 
fesseur  Ch.  Ladame. 

(2)  Le  decibel  est  un  dixieme  de  bel.  Le  bel  peut  Stre  defini  de  la  fagon- 
suivante  :  lorsque  l’intensite  d’un.  son  est  10  ,fois  une  autre  intensite,  on  dit 
que  ces  intensites  different  entre  elles  d’un  bel.  Lorsque  la  proportion  phv- 
sique  est  100  :  1,  elles  different  de  2  bels,  et  ainsi  de  suite. 

Ann.  Mf.d.-psych.,  XVe  sehie,  94'  annee,  t.  I.  —  Avril  1936. 


HALLUCINATIONS  AUDITIVES  VERBALES  521 

ecouteur  uni-auriculaire  avec  amortisseur  pneumatique,  pour 
supprimer  tcute  possibility  de  conduction  osseuse,  soit  par  voie 
osseuse  a  l’aide  d’un  vibrateur. 

Le  malade  a  examiner  tient  dans  sa  main  un  interrupteur  elec- 
trique,  qui  lui  permet  d’indiquer  par  un  signal  lumineux  l’ms- 
tant  precis  ou  commence  pour  lui  la  sensation  auditive. 

Les  seuils  de  Faudition  peuvent  etre  fixes  soit  en  ,  montant 
l’echelle  des  intensity,  au  moment  de  l’apparition  de  1  audition, 
soit  en  descendant,  au  moment  de  sa  disparition.  Les  temps 
deposition  d’une  excitation  donnee  peuvent  etre  allonges  autant 
que  l’on  veut.  Les  excitations  elles-memes  peuvent  etre  repetees 
aussi  souvent  que  Fon  veut. 

Grace  a  ces  differentes  possibility,  j’ai  pu  determiner  pour  la 
conduction  osseuse  et  pour  chaque  oreille  de  mes  malades  les 
plus  petites  intensity  sonores  necessaires  pour  etre  entendues. 
Le  seuil  se  placait  a  l’endroit  de  l’accumulation  de  nombreuses 
reponses.  Les  seuils  etablis  pour  les  neuf  frequences  allant  de 
04  a  12.288  V.  D.  constituent  les  audiogrammes. 

Mais  je  ne  me  suis  pas  borne  a  prendre  de  simples  audiogram¬ 
mes,  comme  s’il  s’agissait  de  l'examen  de  Faudition  chez  des 
individus  par  ailleurs  normaux.  J’ai  note  egalement  les  acci¬ 
dents  de  l’audiometrie,  qui  sont  une  des  caracteristiques  les  plus 
interessantes  de  cette  categorie  de  malades.  D’autant  plus  qu’il 
est  extremement  malaise  avec  les  procedes  habituels  de  l’examen 
aux  diapasons  d’observer  precisement  cette  espece  d’accidents 
de  Faudition.  C'est  done  non  seulement  de  1  acuite  auditive  qu  il 
s  agit,  mais  en  somme  du  comportement  de  ces  malades  en  pre¬ 
sence  d’un  appareil  precis  et  sensible,  permettant  des  excita¬ 
tions  sonores  variees  maniables  et  dosables. 

J’ai  examine  —  ou  du  moins  cherche  a  examiner  34  mala¬ 
des,  presentant  actuellement,  ou  ayant  presente  de  facon  indubi¬ 
table  des  hallucinations  dites  auditives  verbales.  Chez  trois  de 
ces  malades,  tous  frois  paralytiques  generaux,  je  n’ai  pu  obtenir 
suffisamment  de  reponses  valables  ;  aussi  n’en  ai-je  pas  tenn 
compte.  Par  contre,  les  31  autres  malades,  17  femmes  et  14 
homines,  se  sont  montres,  a  des  degres  divers,  susceptibles  d’un 
examen  precis  et  meme  tres  precis. 

Au  point  de  vue  de  la  forme  clinique  de  leur  affection  psy- 
chiatrique,  ces  31  malades  se  repartissent  de  la  facon  suivante  : 
des  17  femmes,  une  presente  un  delire  hallucinatoire  auditif 
subaigu,  probablement  d’origine  alcoolique  ;  les  16  autres  sont 
atteintes  d’une  psychose  hallucinatoire  chronique  absolument 


522 


F.  MOREL 


typiique,  ancienne  de  quelques  mois  a  plusieurs  annees.  Parmi 
les  homines,  6  presentent  un  syndrome  relativement  pur  de 
psychose  hallucinatoire  chronique,  au  debut  chez  les  uns,  deja 
ancien  chez  les  autres.  Sept  sont  des  dements  precoces,  avec  des 
automatismes  pathologiques  multiples,  dont  des  hallucinations 
verbales.  Un  dernier  enfm  est  atteint  d’un  delire  auditif  subaigu 
d’origine  alcoolique. 

Tous  ces  malades  ont  entre  eux  ceci  de  commun,  qu'ils  pre¬ 
sentent  le  syndrome  de  l’hallucination  verbale,  avec  les  particu¬ 
larity  cliniques  propres  a  chacune  des  etiologies  differentes. 

Je  me  suis  efforce  de  ne  retenir  pour  cet  examen  audiometri- 
que  que  des  hallucines  jeunes,  afin  d’exclure,  dans  la  mesure 
du  possible,  les  alterations  de  1’oui'e  dues  a  un  age  avance.  Le 
plus  jeune  a  29  ans,  le  plus  age  66.  Mais  ce  dernier  age  est 
exceptionnel  ;  presque  tous  ont  entre  30  et  50  ans. 

A  part  trois  on  quatre,  ayant  eu  une  affection  otologique,  et 
sur  lesquels  j’aurai  a  revenir,  aucun  de  ces  malades  n’avait  a 
se  plaindre  de  bruits  entotiques,  soit  musculaires,  soit  vasculai- 
res.  Je  voulais  avoir  affaire  a  des  hallucinations  verbales  clini- 
quement  pures,  c’est-a-dire  non  compliquees  au  point  de  vue 
auditif.  Aussi  me  suis-je  adresse  de  preference  a  des  malades 
sans  passe  otologique,  et  presentant  actuellement,  et  a  un  pre¬ 
mier  examen,  une  audition  apparemment  normale. 

Void,  du  reste,  l’ordre  dans  lequel  se  passaient  les  differents 
temps  de  l’examen.  Les  oreilles  etaient  examinees.  Les  amas  de 
cerumen,  plus  ou  moins  occlusifs,  etaient  relativement  rares  (un 
sur  dix  malades)  ;  les  corps  etrangers  etaient  plus  rares  encore. 
Apres  lavage,  examen  des  tympans  et,  trois  ou  quatre  jours 
apres,  c’est-a-dire  lorsque  l’hyperemie  du  lavage  avait  disparu, 
prise  de  1’audiogramme. 

Chez  un  assez  grand  nombre  de  ces  malades,  1’audiometrie 
avait  ete  precedee  d’un  examen  aux  diapasons.  A  part  trois  ou 
quatre  exceptions,  sur  lesquelles  je  reviendrai,  je  me  trouvais 
en  presence  d’individus  sans  aucune  lateralisation  du  Weber, 
ayant  un  Rinne  positif  des  deux  cotes,  et  une  audition,  soit  par 
conduction  osseuse,  soit  par  voie  aero-tympanique  approxima- 
tivement  egale  entre  la  gauche  et  la  droite,  et  apparemment 
normale. 

11  est  vrai  que  l’examen  de  la  voix  chuchotee  pouvait  parfois 
mettre  en  evidence  une  insuflisance  disproportionnee  avec  les 
resultats  de  l’audition,  telle  qu’elle  apparaissait  a  la  recherche  ins¬ 
trumental.  Et  meme  la  voix  haute,  brusquement,  de  facon  inopi- 
nee,  et  du  reste,  toute  passagere,  n’etait  parfois  pas  entendue,  du 


HALLUCINATIONS  AUDITIVES  VERBALES 


523 


moins  pas  comprise.  Les  choses  se  passaient  exactement  comnie 
si  une  brusque  et  tres  breve  surdite  verbale  s’installait  l  espace 
de  quelques  fractions  de  secondes. 

C’est  dans  ces  conditions  exactement  que  j’ai  entrepris  ces 
examens  audiometriques,  dont  je  vais  maintenant  donner  les 
resultats. 

La  courbe  des  seuils  d’auditicn  ne  passe  pas  au-dessous  de  la 
courbe,  telle  qu’elle  a  ete  etablie  avec  le  meme  appareil  sur  des 
sujets  normaux.  Autrement  dit,  il  n’y  a  pas  d’hyperesthesie, 
d’hyperacousie,  dans  le  sens  d’un  abaissement  des  seuils  de 
1’ audition.  II  y  a  done  lieu  d’abandonner  completement  la 
croyance  a  l’hyperesthesie  auditive  des  sujets  souffrant  d’hallu- 
cinations  auditives  verbales. 

D’autre  part,  et  pour  autant  que  les  constantes  de  l’appareil 
dont  je  me  suis  servi  n’ont  pas  subi  de  modifications  (1),  on  ne 
note  pas  d’hypoesthesie  auditive.  Un  passe,  meme  deja  fort 
ancien,  d'hallucinatio'ns  verbales  ne  s’accompagne  pas  a  la  ton¬ 
gue  d’une  baisse  de  l’audition.  Si  une  partie  du  champ  sonore 
devait,  dans  quelques-uns  de  nos  cas,  paraitre  un  peu  diminue, 
c’est  la  region  des  aigus.  En  effet,  on  observe  une  elevation  de 
leurs  seuils  pour  les  frequences  8.192  et  12.288.  II  est  vrai  que 
les  sujets  qui  presentent  cette  particularite  sont  parmi  les  plus 
ages  de  notre  serie,  ce  qui  n’a  rien  d’etonnant,  puisque  l’on 
admet  que  pareille  regression  est  courante  avec  la  progression 
de  l’age. 

Enfin,  je  n’ai  remarque  aucun  scotome,  aucun  trou  stable  du 
champ  sonore  chez  ces  malades.  Leur  audiogramme  ne  presente 
aucune  deformation.  II  a  l’allure  d’un  audiogramme  normal. 

Ainsi  done,  il  est  possible  de  resumer  nos  premieres  consta- 
tations  de  la  facon  suivante  : 

S’il  n’y  a  pas  d’ affection  de  l’oreille  externe  ou  interne,  unila¬ 
teral  ou  bilaterale,  venant  compliquer  l’affection  cerebrale,  on 
trouve  une  audition  normale  et  symetrique  dans  les  syndromes 
d’hallucinations  dites  auditives  verbales. 

L’affection  otologique  de  nature  a  modifier  l’acuite  auditive, 
ou  du  moins  a  deplacer  les  seuils  de  l’auditio'n  tant  aero-tympa- 
nique  qu’osseuse,  ne  fait  pas  partie  integrante  du  syndrome 
hallucination  auditive  verbale. 

(1)  Pareille  modification  parait  exclue  par  un  controle  de  1’appareil,  que 
nous  avons  fait  faire  a  la  fin  de  nos  recherches. 


524 


F.  MOREL 


Jusqu’ici,  il  n’a  ete  question  que  de  l’audition  d’hallucines  en 
dehors  de  l’etat  hallucinatoire.  Mais  il  y  a  lieu  maintenant 
d’examiner  cette  audition  au  moment  meme  de  l’hallucination,. 
de  retrouver  la  perturbation  au  cours  de  l’audiometrie  apportee 
par  l’hallucination  elle-meme,  son  action  de  presence  sur  l’au- 
diogramme. 

Alors  que  le  seuil  d’audition  d’une  intensity  sonore  donnee  a 
ete  etabli,  il  arrive  tout  a  coup  que  ce  seuil  puisse  etre  atteint, 
et  meme  depasse,  sans  que  le  malade  paraisse  entendre.  Puis, 
brusquement,  l’audition  reparait,  et  l’ancien  seuil  se  retro'uve  : 
le  malade  a  ete  trouble  par  une  hallucination  verbale.  Certains 
signes  exterieurs,  comme  des  mouvements  de  la  region  glottique 
ou  le  remuement  des  levres  nous  l’avait  parfois  laisse  deviner, 
mais  chaque  fois  nous  en  avo'ns  eu  la  confirmation  la  plus  nette, 
par  une  mention  explicitee  ou  encore  par  une  description  plus 
ou  moins  complete  de  suite  apres  sa  production. 

La  duree  de  ce  phenomene  peut  etre  tres  breve,  n’etre  que  de 
quelques  fractions  de  secondes.  Il  peut  se  repeter,  par  acces,  et 
modifier,  momentanement,  toute  une  partie  de  1’audiogramme, 
qu’a  un  autre  moment  on  pourra  retrouver  completement  nor¬ 
mal,  Il  arrive  du  reste  que  les  automatismes  pathologiques  sub¬ 
intrants  constituent  un  veritable  etat  hallucinatoire,  au  point 
que  toute  audiometrie  doit  etre  abandonnee,  quitte  a  la  repren- 
dre  dans  des  conditions  parfaites  de  calrne  queliques  heures  plus 
tard. 

Qu’il  s’agisse  d’un  veritable  etat,  d;un  acces  ou  d’une  hallu¬ 
cination  verbale  isolee,  tres  fugace,  l’audiometrie  s’en  trouvera 
affectee.  Elle  presentera  des  irregularites,  des  rates.  C’est  comme 
une  claudication  intermittente  de  l’audition,  qui  se  marque  sur 
1’audiogramme  par  une  elevation  anormale  d’un  seuil,  par  ci 
par  la,  au-dessus  des  seuils  habituels.  Cette  superposition  de 
seuils  est  le  trait  caracteristique  d’audiogrammes  pris  dans  de 
telles  conditions. 

Du  reste,  en  examinant  aux  diapasons  ces  memes  malades,  il 
m’etait  arrive  a  deux  ou  trois  reprises  d’observer  que  l’un  ou 
l’autre,  brusquement,  disait  cesser  d’entendre,  puis  d’entendre  a 
nouveau,  au  bout  de  5  ou  10  secondes,  bien  que  l’intensite  soil 
allee  en  diminuant.  Ainsi  le  malade  Gu.,  qui,  de  roreille  droite,: 
entendait  le  128  Y.D.,  ne  l’entend  plus  a  la  85c  seconde,  fait 
quelques  mouvements  de  la  face,  pour  «  chasser  une  idee  », 
comme  il  dit,  puis  il  entend  a  nouveau  jusqu’a  la  110°  seconde,. 
qui  est  la  limite  de  son  audibilite.  Il  y  avait  exactement  un  trou 
dans  la  sensation,  une  parenthese  ouverte  et  fermee,  une  anes- 


HALLUCINATIONS  AUDITIVES  VERB  ALES  525 

thesie  lacunaire.  A  celle-ci  co'rrespondait  un  automatisme  patho- 
logique,  nettement  explicit  par  le  malade  lui-meme,  des  que 
l’audition  du  diapason  avait  repris. 

A  l’audiometre,  ces  rates  se  manifestent  de  differentes  facons, 
selon  que  Pintensite  de  l’excitation  reste  stable,  ou  qu’elle  vane, 
soit  en  descendant,  soit  en  montant.  En  intensity  stable  on  pent 
voir  reapparaitre  une  sensation  absente.  Par  exemple  le  malade 
Gr  a  la  cessation  d’une  hallucination  verbale,  entend  brusque- 
Tii ent  une  intensity  sur  laquelle  nous  etions  arretes,  et  il  continue 
a  l’entendre  diminuer  jusqu’au  seuil. 

II  est  vrai  qu’habituellement,  lorsque  Ton  diminue  les  inten- 
sites,  et  qu’il  se  produit  une  hallucination  verbale  precisement 
a  cet  instant,  le  malade  ne  signale  pas  la  cessation  de  l’audition, 
et  l’on  peut  continuer  a  descendre,  franchir  le  seuil  normal,  le 
depasser,  et  tomber  a  une  intensity  nulle,  sans  qu’a  aucun 
moment  il  ait  indique  la  cessation  de  son  audition. 

A  la  montee,  au  contraire,  la  suppression  passagere  de  l’audi- 
tion,  ou  plus  exactement  sa  reapparition,  se  marque  par  des 
points  aberrant*  plus  ou  moins  eleves,  constituant  comme  une 
frange  irreguliere  au-dessus  du  trace  des  seuils  habituels  de 
l’audition. 

Cette  frange  est  sans  rapport  de  dependance  avec  le  trace  de 
Paudiogramme,  en  ce  sens  qu’elle  peut  varier  independamment 
de  celui-ci.  Le  malade  fera  toujours  le  meme  trace,  mais  jamais 
la  meme  frange.  Elle  peut  faire  defaut  un  jour,  et  reapparaitre 
le  lendemain  ou  affecter  tel  jour  sur  tout  Paudiogramme  gauche 
et  tel  jour  le  droit,  ou  surtout  la  region  des  sons  graves  ou  celle 
des  aigus  (fig.  1  et  2). 

Tout  au  plus  ai-je  trouve  cette  frange  un  peu  plus  frequente 
dans  la  region  des  sons  aigus  de  Paudiogramme.  Peut-etre  faut-il 
en  chercher  la  raison  dans  ce  fait,  que  toujours  l’audiometrie 
commengait  pour  les  sons  graves,  tant  pour  l’oreille  gauche  que 
pour  la  droite,  qu’il  y  avait  une  accommodation  tres  speciale  a 
une  situation  toute  nouvelle,  excluant,  semble-t-il,  les  autoina- 
tismes  pathologiques,  lesquels  ne  commencaient  a  apparaitre 
qu’au  cours  de  l’audicmetrie,  pour  pulluler,  dans  certains  cas,  a 
la  fin. 

La  qualite  elle-meme  du  son  ne  seinble  pas  etre  la  cause  de  ce 
pullulement  des  automatismes  pathologiques  que  sont  les  hallu¬ 
cinations  verbales.  Il  est  vrai  que  parfois  certains  sons  etaient 
de  nature  a  provoquer  des  reactions  specifiques.  Differents  mala- 
des  ont  trouve.  par  exemple,  que  le  4.096  ou  le  8.192  «  faisait 
rire  ».  Bien  d’autres  ont  mis  en  branle  une  ideation  a  la  suite 


526 


F.  MOREL 


immediate  d’une  frequence  donnee.  C’est  par  cette  voie  detour¬ 
nee  de  l’ideation  et  de  son  echo,  qui  n’est  pas  autre  chose  que 
Thallucination  verbale,  que  l’on  peut  imaginer  partiellement  le 
mecanisme  de  Taction  du  son  elementaire  sur  Thallucination 
verbale. 


Ca.,  53  arts.  —  Audiogr.  du  1-11-35. 

Enervement.  Hallucinations  verbales  subcontinues.  Une  voix,  toujours  la 
mcme,  l’appelle  par  son  nom  a  chaque  instant.  Pretend  ne  pas  entendre 
de  son  a  cet  instant. 

O  Tres  nombreux  seuils  superposes. 


Mais  si  Taction  directe  de  Tun  sur  l’autre  nous  echappe,  du 
moins  les  particularites  audiometriques  laissent-elles  entrevoir 
la  possibilite  d’utiliser  Tun,  comme  terme  de  comparaison  et 
meme  comme  mesure  de  l’autre. 

Les  frequences,  c’est-a-dire  les  hauteurs  de  sons  produits  par 
l’audiometre,  sont-elles  en  quelque  mesure  comparables  a  ce  que 
Ton  pourrait  appeler,  de  facon  un  peu  imagee,  la  hauteur  du  son 


HALLUCINATIONS  AUDITIVES  VERBALES 


527 


des  hallucinations  verbales  ?  Non.  II  n’y  a  pas  de  commune 
mesure  entre  ces  deux  ordres  de  phenomenes,  qui,  du  reste,  ne 
s’influencent  pas  l’un  l’autre.  Par  exemple,  on  ne  voit  pas  plus 
de  «  voix  »  graves  ou  d’hommes  se  produire  au  moment  des 
basses  frequences,  que  des  hautes,  et  inversement.  Au  point  de 


o.sr'. 

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Fig.  2. 


Ca.,  53  ans.  (Meme  malade  que  fig.  1).  —  Audiogr.  du  5-11-35. 

La  malade  est  parfaitement  calme.  Pas  d’hallucinations  verbaies  au  eours 
de  la  seance. 

Tres  peu  de  seuils  superposes,  lesqucls  du  x-este  sont  dans  les  limites  nor- 

vue  qualite  sonore,  ces  deux  ordres  ne  se  comparent  pas  entre 
eux.  II  en  est  tout  autrement  des  bruits  entotiques,  et  sur  ce 
point  la  difference  est  parfaitement  nette  entre  «  voix  »  et 
bruits  subjectifs,  ces  derniers  etant  souvent  compares  a  des 
hauteurs  de  son  donnees.  En  effet,  tel  malade,  en  entendant  par 
exemple  le  4.0%  recommit  immediatement  la  hauteur  de  son 
sifflement,  ou  tel  autre,  dans  le  1.024,  retrouve  celle  de  son  bour- 
donnement.  Mais  pour  leurs  «  voix  »  je  n’ai  jamais  note  pareille 


528 


F.  MOREL 


comparaison.  Et  lorsque  l’on  cherche  a  les  inciter  a  comparer 
its  s’en  montrent  incapables. 

L ’intensity,  la  force  des  sons  produits  par  l’appareil  se 
compare-t-elle  mieux  avec  l'intensite  des  «  voix  »  ?  «  Laquelle 
des  deux  est  la  plus  forte  ?  »  sernble  etre  une  question  mal 
posee,  ne  comportant  pas  de  reponse.  Une  malade  (Ja.),  qui  eut 
plusieurs  hallucinations  au  cours  de  1’examen  audiometrique, 
entendit  une  voix  d’homme  en  meme  temps  que  la  frequence 
512  V.D.  a  l'intensite  de  15  decibels,  qui  est  l'intensite  liminaire 
normale,  et  elle  trouva  qu’ils  etaient  «  de  la  meme  force  ».  Mais 
dans  la  regie,  les  malades  ne  donnent  que  des  reponses  vagues, 
peu  affirmatives  ;  ils  ne  comparent  pas,  declarent  la  chose  impos¬ 
sible.  Plusieurs  donnent  comme  raison,  que  les  deux  intensites 
s’excluent. 

11  semble,  en  effet,  y  avoir  comme  une  competition  entre  les 
«  voix  »  et  le  son  de  1’audiometre,  competition  dans  laquelle  ce 
sont  les  «  voix  »  qui  l’emportent  le  plus  souvent  :  ce  sdnt  elles 
qui  sont  ecoutees,  et  qui  elevent  le  seiiil  de  l’audition  du  son 
elementaire. 

On  peut  se  demander  si  precisement  dans  cette  elevation  de 
seuil  on  n’a  pas  une  mesure  indirecte  de  l'intensite  de  l’halluci- 
nation  auditive  verbale.  L’intensite  hallucinatoire  se  mesurerait 
a  la  hauteur  au-dessus  du  seuil  habituel,  a  laquelle  il  serait 
necessaire  d’elever  l’intensite  du  son  elementaire,  pour  que 
l’audition  reapparaisse.  La  difference  (l’intensite  entre  ces  deux 
seuils,  exprimee  en  decibels,  serait  une  facon  indirecte,  detour¬ 
nee,  d’evaluer  l’intensite  du  processus  hallucinatoire,  ou  son 
importance.  Et  si  tel  est  le  sens  a  donner  a  la  difference  entre 
des  seuils  superposes,  on  peut  dire  que  les  hallucinations  verba- 
les,  pour  un  seul  et  meme  individu,  varient  considerablement 
d’intensite  en  l’espace  de  quelques  minutes.  Cette  variation 
serait  de  l’o'rdre  de  10,  20,  30  decibels  et  meme  plus,  exprimee 
en  intensite  d’excitation  sonore. 

II  est  du  reste  probable  que  l’intensite  d’une  hallucination 
verbale  aussi  breve  que  l’on  voudra,  est  loin  d’etre  elle-meme 
stable,  comme  1’est  une  intensite  stabilisee.  Et  ici  encore,  nous 
nous  trouvons  en  presence  d’un  incommensurable. 

Si  1’on  cherche,  en  tenant  compte  a  la  fois  des  rates  dans 
l’audiogramme  et  des  indications  des  malades  eux-memes,  a  se 
faire  une  idee  un  peu  plus  precise  de  cette  competition,  on  voit 
d’un  cote  l’hallucination  dite  auditive  verbale,  mais  sans  carac- 
teres  proprement  sonores  bien  nets,  et  de  l’autre  un  trouble 
passager  de  l'audition,  visible  a  l’elevation  du  seuil  correspon- 


HALLUCINATIONS  AUDITIVES  VERBALES 


529 


dant.  Ce  trouble  consiste-t-il  en  une  abolition  totale  de  Paudi¬ 
tion  ?  Faut-il  admettre  pendant  rhallucination  un  silence  absolu, 
une  insensibility  totale  pour  toute  excitation  sono're  se  produi- 
sant  a  cet  instant  ?  II  ne  le  semble  pas.  C’est  plutot  une  gene  de 
pun  par  l’autre,  c’est-a-dire  de  Paudition  par  Phallucination. 


Cu.,  42  ans.  —  Automatismes  verbo-acoustiques  et  hallucinations  verbales 
explicitees,  O  pendant  1’audiogramme  droit,  x  pendant  l’audiogramine 
gauche. 


«  La  voix  est  plus  forte  que  le  son,  lorsque  les  deux  se  produi- 
sent  en  meme  temps  ;  la  voix  couvre  »,  nous  disait  une  malade 
(Ca.).  —  «  On  ne  peut  prefer  attention  aux  deux  choses  a  la 
fois  »,  declarait  le  malade  Gu.  Un  troisieme  malade  (Cur.),  souf- 
frant  d’hallucinations  verbales  subintrantes  au  cours  de  la  prise 
de  son  audiogramme,  lequel  presente  une  frange  trcs  large,  pre- 
tendait  «  donner  la  preference  aux  voix,  lorsqu’elles  viennent 
en  meme  temps  que  le  son  musical  ».  Et,  en  fait,  il  en  resultait 
un  decalage  du  seuil  de  Paudition  allant  jusqu’a  45  decibels 
(fig.  3). 

Ann.  Med.-psych.,  XVs  serie,  94e  annee,  t.  I.  —  Avril  1936.  34. 


530 


F.  MOREL 


De  ce  point  de  vue,  il  faut,  semble-t-il,  se  representer  l’hallu- 
eination  comme  I’empechement  d’une  fonction  normale  en 
cours,  telle  l’audition  d’un  son  periodique  simple.  Mais  cet 
empechement  de  l’audition  elementaire,  mise  en  evidence  par 
1’audiometrie,  n’est  probablement  qu’un  cas  particulier  de  cet 
empechement  qui  se  retrouve  dans  l’exercice  de  fonctions  pins 
complexes  :  l’auditio'n  et  la  comprehension  vei’bales.  L’halluci- 
pation  verbale,  en  effet,  peut  s’accompagner  de  facon  indeniable 
d’une  tres  breve  surdite  verbale.  Cette  surdite  verbale  fugace  est 
d’observation  courante,  si  non  de  la  part  du  medecin,  du  mo'ins 
de  la  part  de  certains  malades.  Et  ce  n’est  pas  seulement  de  la 
surdite  verbale  que  1’on  peut  constater,  mais  egalement  de  la  sur- 
dite  coi’ticale,  de  l’agnosie  auditive,  le  malade  etant  dans  l’inca- 
pacite  momentanee  de  reconnaitre  et  d’identifier  des  bruits; 
familiers.  La  claudication  cerebrale  intermittente,  fugace,  n’af- 
lecte  pas  que  l’audition  elementaire,  comme  1’indique  l’audio- 
gramme  avec  ses  seuilS  superposes,  mais  egalement  les  formes 
plus  elaborees  de  l’audition  :  audition  verbale  et  gnosie  auditive. 

Cette  claudication  n’est  pas  produite  par  les  seules  hallucina¬ 
tions  auditives  verbales,  les  «  voix  »  comme  disent  les  malades.. 
J’ai  vu  d’autres  automatismes  cerebraux  pathologiques,  dont  la 
composante  soi-disant  auditive  etait  encore  moins  importante 
que  dans  l’hallucination  verbale,  et  qui  modifiaient  eux  aussi  un 
audiogramme.  Par  exemple  une  malade  (He.),  dont  l’automa- 
tisme  est  particulierement  moteur  (scansion  syllabique  frappee 
par  la  main  ou  par  le  pied),  presente  brusquement  sur  la  fre¬ 
quence  4.096  des  seuils  superposes,  etages  sur  une  largeur  de 
plus  de  30  decibels.  Ou  encore  cette  autre  malade  (Bo.),  qui  subi- 
tement,  eprouvait  un  «  engourdissement  »  du  cote  droit  de  la 
machcire  inferieure  avec  sensation  qu’on  «  1’empeche  de  cau¬ 
ser  »  et  elevation  passagere  de  20  et  25  decibels  au-dessus  de. 
son  seuil  normal  d’audition  (fig.  4). 

II  est  remarquable  de  noter  que  jamais  les  malades  presen- 
tant  des  hallucinations  verbales  non  compliquees  d’une  affection 
otologique  n’indiquaient  d’audition  sous  le  seuil  normal.  Ce  fait 
peut  s’interpreter,  semble-t-il,  de  la  facon  suivante  :  Au  point 
de  vue  de  la  sensation  auditive  elementaire,  l’hallucination  ver¬ 
bale  ne  fait  que  du  negatif,  un  trou,  une  hypoesthesie  ou  une 
anesthesie  passagere.  Elle  ne  fait  rien  de  positif,  qui  soit  de 
nature  a  etre  confondu  avec  une  des  neuf  frequences  situees 
entre  64  et  12.288  V.D.,  et  qui  vienne  se  marquer  sous  le  seuil 
normal. 


HALLUCINATIONS  AUDITIVES  VERBALES 


531 


Les  choses  se  passent  differemment,  lorsque  les  hallucina¬ 
tions  verbales  se  compliquent  de  bruits  entotiques  Ainsi  j’ai  eu 
la  bonne  fortune  de  pouvoir  prendre  l’audiogramme  d’une 
malade  (Je.),  atteinte  a  la  fois  d’une  otospongiose  et  d’une 
psychose  hallucinatoire  chronique  avec  hallucinations  verbales 


Bo.  5 9  ans.  —  ©correspondent  k  sensation  d’engourdissement  du  bord 
droit  de  la  miachoire  inferieure  et  de  gene  pour  parler. 


d’une  grande  intensite.  Or,  son  audiogramme  presentait  cette 
particularite,  qu’en  plus  des  seuils  superposes,  comparables  a 
ceux  des  hallucines  verbaux,  il  comportait  de  nombreuses  indi¬ 
cations  d’audition  sous  le  seuil  normal.  Ces  dernieres  correspon- 
daient  non  a  des  hallucinations  verbales,  mais  a  des  bruits  ento¬ 
tiques,  qui  genaient  fort  la  malade,  et  qu’elle  etait  souvent  dans 
l’incapacite  de  discerner  des  excitations  venant  de  l’audiometre, 
en  particulier  des  hautes  frequences.  Ges  bruits  entotiques, 
qu’elle  imitait  en  faisant  djii,  apparaissaient  selon  un  certain 
rythme,  et  etaient  signales  egalement  rythmiquement  par  la 


532 


F.  MOREL 


malade  en  1’absence  de  toute  modification  d’intensite,  et,  du 
reste,  bien  en-dessous  de  son  seuil  d’audition  (fig.  5). 

II  y  a  dans  cette  particularite  un  element  de  discrimination 
entre  ces  deux  series  de  phenomenes  parasites,  de  mecanisme 


Fig.  5. 


Je„  62  arts.  —  Otospongiose  et  psychose  hallucinatoire  chronique. 
Automatismes  verbo-acoustiques  ;  hallucinations  verbales.  @  pendant  audio- 
gr.  dr.,  <x)  pendant  audiogr,  g. 

fgj  pj|  Indications  rythmees  de  bruits  entotiques,  sous  le' seuil  et  merae 
L2J  1*1  en  1’absence  de  toute  excitation  sonore. 

Difficulty  de  fixer  un  seuil  a  cause  de  ces  phenomenes  parasites  de  deux  ordres 
diiferents. 


obsolument  different,  et  qu’on  a  trop  tendance  a  confondre  : 
hallucinations  auditives  verbales  et  bruits  entotiques. 

II  est  enfin  un  dernier  point  que  ces  recherches  nous  ont  fait 
aborder,  celui  de  l’inegalite  de  l’ouie  entre  les  deux  cotes  et  les 
hallucinations  verbales,  en  particular  leur  soi-disant  lateralisa- 
tion.  En  effet,  deux  de  nos  malades  presentaient  avec  toute  la 
nettete  desirable  la  combinaison  de  surdite  unilaterale  et  d’hal- 
lucinations  auditives  verbales. 


HALLUCINATIONS  AUDITIVES  VERBALES  533 

Le  malade  Pf.,  depuis  7  ans,  a  des  hallucinations  verbales  dans 
sa  poitrine,  mais  aussi  a  l’oreille,  tant  gauche  que  droite.  II  y  a 
deux  ans,  a  la  suite  d’une  otite  grippale  gauche  et  d’un  evide- 
inent  mastoidien,  baisse  de  l’ouie  a  gauche  et  apparition  d  un 
bruit  subjectif,  qu’il  compare  a  la  percussion  d’un  tonneau  vide. 
A  l’audiogramme,  il  y  a  une  difference  de  20  a  30  decibels  entre 
l’oreille  gauche  et  la  droite,  au  detriment  de  la  gauche.  Or, 
l’affection  otologique  semble  n’avoir  modifie  en  rien  ni  la  force 
ni  le  timbre  des  hallucinations  verbales,  qui  n’ont  subi  aucune 
lateralisation. 

La  malade  Ra.,  a  la  suite  d’une  ancienne  affection  de 
Foreille  gauche,  dont  il  subsiste  une  assez  grosse  perte  de  subs¬ 
tance  du  tympan,  presente  une  lateralisation  du  Weber  a  gau¬ 
che  et  a  l'audiogramme  line  grosse  difference  de  l’audition, 
Foreille  droite  montrant  une  elevation  generate  de  10  a  15  deci¬ 
bels  au-dessus  de  la  normale,  alors  que  la  gauche  se  tient  Ires 
en-dessus,  au-dessus  meme  du  trace  de  l’audition  par  conduction 
osseuse  au  vertex.  Mais  l’audiometrie  met  en  evidence  cette  par¬ 
ticularity  que  pour  la  meilleure  oreille  les  ecarts  sont  minimes, 
de  4  ou  5  decibels  au  plus,  avec  des  series  de  reponses  identiques, 
alors  que  du  cote  gauche  les  ecarts  sont  plus  considerables,  et 
qu’il  n’y  a  jamais  deux  repcnses  identiques  a  la  suite  Fune  de 
Fautre.  Or,  cette  malade  fait  une  sorte  de  lateralisation  de  ses 
hallucinations  verbales,  en  ce  sens  qu’elle  ressent  tres  differem- 
ment  celles  de  gauche  et  celles  de  droite.  Elle  leur  trouve  un 
caractere  propre,  pretendant  que  celles  de  gauche  ont  un  «  tim¬ 
bre  agreable  »,  qu’elles  sont  toujours  «  amicales  »,  lui  don- 
uent  un  sentiment  de  «  securite  »,  d’etre  «  protegee  ».  A 
droite,  au  contraire,  elles  sont  plus  rapprochees,  elles  ont  un 
timbre  moins  agreable,  et  elles  ont  quelque  chose  d’  «  etran- 
ger  »,  ne  «  correspondant  pas  a  ses  pensees  ». 

De  tous  nos  sujets  hallucines,  cette  derniere  malade  est  la 
seule  a  eprouver  une  difference  aussi  accusee  entre  les  hallu¬ 
cinations  gauches  et  les  droites.  Elle  est  egalement  celle  dont 
Faudition  d’une  Oreille  est  aussi  differente  de  celle  de  Fautre. 
Mais  il  y  a  lieu  de  bien  souligner,  qu’a  part  la  localisation  plus 
rapprochee  precisement  du  cote  de  la  meilleure  oreille,  tous  les 
autres  caracteres  qu’elle  prete  a  ses  hallucinations,  tant  droites 
que  gauches,  sont  extra-acoustiques,  extra-sonores.  Et  la  raison 
de  ces  caracteres  nous  echappe.  Ils  se  laissent  difficilement 
ramener  a  des  faits  de  pure  audition,  qu’ils  debordent  ample- 
ment.  Du  reste,  tout  ce  que  nous  croyons  savoir  des  hallucina¬ 
tions  verbales  nous  incline  egalement  a  l’admettre. 


ASCARIDIOSE  ET  PSYCHOPATHIE 


PAR 

G.  GASSIOT  et  J.  LECLERC 


«  On  n’examine  pas  avec  assez  de  soin  s’il  y  a  des  vers  dans 
les  malades  ;  de  la  vient  que  plusieurs  personnes  de  tout  age, 
faute  d’avoir  pris  des  remedes  ou  des  preservatifs  contre  les  vers, 
tombent  en  langueur  sans  qu’on  sache  la  veritable  cause.  » 
(Nicolas  Andry,  1700,  cite  par  le  Dr  Moutier). 

Ainsi  s’exprimait,  void  plus  de  deux  siecles,  celui  qui  devait 
etre  plus  tard  Doyen  de  la  Faculte  de  Medecine  de  Paris  (1724- 
1726). 

Bien  avant  lui,  Hippocrate  n’avait-il  pas  fait  une  judicieuse 
observation,  quand  il  disait  d’une  de  ses  malades  : 

«  ...Elle  avait  quelque  chose  de  maniaque,  mais  avant  rendu 
un  ver  assez  epais  et  un  peu  d’excrement,  aussitot  elle  fut  dcli- 
vree,  elle  dormit  et  se  trouva  bien  portante.  »  ( Des  Epidemies, 
livre  IV,  §  55,  trad.  E.  Littre). 

Le  sujet  n’est  done  pas  inedit.  II  fut  traite  depuis  par  des 
maitres  avertis  et  experimentes  (1),  dans  les  ouvrages  desquels 
nous  avons  abondamment  puise.  Nous  nous  en  excusons  aupres 
d’eux. 

Ce  court  expose  ne  viserait  qu’a  considerer  la  remarque  de 
Nicolas  Andry  par  rapport  a  un  cadre  particulier  :  celui  des 
Asiles  d’alienes,  sans  adopter  cependant  l’intransigeance  de  vue 
de  cet  esprit  coinbattif  qui  attribuait  aux  parasites  les  mefaits 
les  plus  divers  et  fut  surnomme  par  ses  adversaires  :  «  Homo 
vermiculosus.  » 

Nous  voudrions  ici  montrer  l’importance  qu’il  peut  y  avoir  a 
depister  les  lombricoses  chez  les  malades  mentaux  et,  tout  en 
soulignant  chez  eux  la  frequence  de  ces  parasitoses  et  leur 

(1)  Voir  Bibliographie,  p.  547. 

Ann.  Med.-psych.,  XVc  serie,  94'-  annee,  t.  I.  —  Avril  1936. 


ASCARIDIOSE  ET  PSYCH0PATH1E 


coexistence  avec  des  troubles  cenesthesiques,  etudier  les  diffe- 
rentes  formes  sous  lesquelles  elles  peuvent  se  presenter,  la  plus 
interessante,  mais  encore  a  l’etude,  etant  sans  conteste  la  psychose 
ascaridienne. 

La  difficulte  de  diagnostic  est  d’autant  plus  grande  que  peu 
d’affections  presentent  un  polymorphisme  aussi  accentue  que 
l’ascaridiose  et  occasionnent  des  troubles  aussi  varies  dans  tou- 
tes  les  spheres. 

On  ne  peut  songer  a  faire  une  recapitulation  aride  et  peu 
Clinique  de  tous  les  signes  deceits  par  les  differents  auteurs  : 
phenomenes  digestifs,  vaso-moteurs,  nerveux,  sensoriels  ■  et 
psychiques  qui  s’accompagnent  d’une  atteinte  de  1  etat  genera 
ct  se  groupent  pour  donner  differentes  formes  cliniques  :  la 
forme  pseudo-dysenterique,  l’appendicite  a  ascarides,  la  forme 
lyphoide,  la  forme  pseudo-meningitique,  la  forme  choreique 
(Bessieres,  Bouchut),  la  forme  melancolique. 

II  est  plus  interessant  de  rechercher,  parmi  les  symptomes  de 
l’ascaridiose  en  general,  ceux  qui  se  rencontreront  le  plus  sou- 
TCnt  chez  le  psychopathe  et  pourront  donner  a  sa  maladie  un 
aspect  special. 

Tableau  clinique  de  l’ascaridiose  chez  le  psychopathe 

II  faut,  avant  tout,  se  representer  les  conditions  dans  lesquel¬ 
les  on  se  trouve  a  la  maison  de  sante  pour  faire  ce  diagnostic. 
On  ne  doit  compter,  en  aucune  maniere,  sur  les  signes  subjec- 
tifs.  La  clinique  se  bornera  ici  a  observer  et  a  surveiller  le  malade 
pour  depister  un  trouble  chez  lui,  sans  attendee  qu’il  vienne  s’en 

plaindre.  ,  .  , 

Cet  inconvenient  doit  etre  prevu  pour  bien  des  categories  de 
malades  mentaux.  Les  imbeciles  et  les  debiles  ne  prennent  pas 
assez  soin  de  leur  personne  pour  remarquer  en  eux  un  pheno- 
mene  anormal.  Les  dements  sont  plonges  dans  leur  autisme  et, 
comme  les  confus,  seraient  incapables  d’integrer  le  concept  de 
maladie,  meme  s’ils  en  ressentaient  les  symptomes.  Les  mania- 
ques  n’ont  pas  le  temps  de  traduire  par  la  parole  leur  impres¬ 
sion  de  malaise,  ou  le  font  d’une  facon  si  touffue  qu’elle  deyient 
incomprehensible.  Quant  aux  melancoliques,  ils  supportent  leurs 
maux  en  gemissant  ou  meme  les  acceptent  stoiquement  en 
punition  de  leurs  crimes. 

Devant  les  autres  categories  :  delirants,  hallucines,  hypocon- 
driaques,  qui  peuvent  s’analyser  et  indiquer  les  caracteres  de 
leurs  troubles,  il  faut  se  garder  de  commettre  1’erreur  inverse. 


536 


G.  GASSIOT  ET  J.  LECLERC 


qui  consisterait  a  considerer  comme  symptomes  de  l’ascaridiose^ 
des  signes  de  leur  psychopathie.  II  faut,  ici,  savoir  faire  une  sage 
discrimination  dans  leurs  plaintes,  tout  en  se  souvenant  que 
des  hallucinations  cenesthesiques,  ou  etiquetees  telles,  peuvent 
correspondre  a  des  troubles  reels. 

Les  signes  objectifs  devant  seuls  aiguiller  le  diagnostic,  c’est 
souvent  l’aspect  du  malade  qui  attire  d’abord  l’attention.  II  se 
presente  avec  un  mauvais  etat  general,  le  teint  est  jaune,  bistre, 
la  langue  saburrale  avec  fetidite  de  l’haleine.  On  note  de  la  cons¬ 
tipation,  avec  ou  sans  coliques,  ou  une  diarrhee  rebelle  et  un 
amaigrissement  notable.  II  refuse  de  s’alimenter  et  rejette  pres- 
que  instantanement  le  liquide  introduit  dans  1’estomac  par  la 
sondg  eesophagienne. 

La  temperature  est  normale  ou  au-dessous  de  la  moyenne,  le 
pouls  ordinairement  accelere,  la  tension  arterielle  est  abaissee. 

Les  troubles  psychiques  seront  caracterises  au  moindre  degre 
par  des  variations  de  1’humeur  et  du  caractere  qui  devient 
irritable.  Ils  constituent  plus  souvent,  soit  un  syndrome  de 
confusion,  soit  un  syndrome  melancolique  avec  gemissements 
et  parfois  cris  de  terreur  a  predominance  nocturne  (1). 

En  presence  de  tels  phenomenes,  il  faut  songer  a  une  infec¬ 
tion  ou  une  intoxication,  et  en  rechercher  la  cause.  Les  examens 
de  laboratoire  doivent  etre  faits.  Les  urines  ont  deja  ete  analy- 
sees  ;  une  prise  de  sang  permettra  de  faire  la  reaction  de  Bordet- 
Wassermann  et  le  dosage  de  l’uree.  Le  liquide  cephalo-rachidien 
est  examine  aux  points  de  vue  chimique,  cytologique  et  biolo- 
gique. 

Ces  recherches  etant  negatives,  c’est  alors  que  doit  etre  envi- 
sagee  la  possibilite  d’une  parasitose,  surtout  chez  un  melancoli¬ 
que.  On  peut  decouvrir  des  signes  accessoires  ou  assez  legers 
pour  etre  passes  inapercus  au  cours  d’un  premier  examen  chez 
un  malade  souvent  difficile  :  prurit  nasal,  douleurs  articulaires, 
urticaire,  troubles  oculaires  (nystagmus,  strabisme,  mydriase, 
iritis,  etc.).  Mais  surtout,  des  que  1’idee  d’ascaridiose  est  venue 
a  1’esprit,  il  faut  nombrer  les  eosinophiles  dont  la  proportion 
sera  augmentee  (8  a  16  %)  et  pratiquer  l’analyse  des  selles  afin 
d’y  rechercher  les  oeufs  du  parasite.  Ce  dernier  signe  seul  est 
pathognomonique. 

Tel  est  le  tableau  clinique  type  qui  permettra  de  diagnostiquer 
la  lombricose.  Mais,  dans  la  pratique,  il  est  bien  rarement  rea¬ 
lise.  Tout  d’abord,  l’etat  general  peut  etre  moins  touche  ;  les 


(1)  Dr  Moutier.  —  Journal  Medical  frangais,  1924,  p.  372. 


ASCARID10SE  ET  PSYCHOPATHIE 


537 


ascaris  peuvent  parasiter  un  intestin  pendant  tres  longtemps 
(cinq  ans)  sans  occasionner  de  troubles  sensibles  et  la  periode 
de  debut  peut  etre  tres  discrete.  Les  troubles  digestifs  peuvent 
etre  moins  prononces  et,  s’ils  existent  en  meme  temps  que  des 
signes  d’infection  ou  d’intoxication,  il  faut  eliminer  un  syndrome 
uremique,  l’alcoolisme,  les  shocks  traumatiques  ou,  plus  couram- 
ment,  la  phase  aigue  d’une  psychose. 

Nous  verrons  plus  loin  que  1’ascaridiose  coincide  souvent  avee 
la  melancolie  ;  encore  faut-il  y  songer  en  presence  d’un  syndrome 
melancolique  et  une  fois  le  diagnostic  etabli,  rechercher  le  role 
respectif  des  vers  et  de  la  psychose  dans  les  troubles  constates 
et  lequel  de  ces  deux  accidents  est  le  premier  en  date  ou  a  le  plus 
d’influence  sur  l’autre. 

Si  le  malade  est  maniaque,  debile  ou  dement,  la  difficulte  aug- 
mente.  II  arrive  alors,  si  les  signes  generaux  sont  peu  marques, 
que  le  diagnostic  soit  fait  par  la  simple  constatation  d  un  para¬ 
site  dans  les  selles. 

Dans  le  plus  grand  nombre  des  cas,  il  necessite,  de  la  part  du 
medecin  psychiatre,  une  grande  perspicacite  raise  a  1  epreuve 
dans  un  examen  tres  attentif  de  tous  les  symptomes,  tant  psychi- 
ques  que  physiques,  ces  derniers  ne  devant  pas  etre  negliges 
au  profit  des  autres. 

Les  examens  serologiques  du  sang  et  du  liquide  cephalo-rachi- 
dien  etant  faits  systematiquement  chez  les  entrants,  nous  insis- 
terons  sur  l’importance  de  l’etude  de  la  formule  leucocytaiie.  Les 
services  qu’elle  peut  rendre  sont  en  raison  directe  de  la  facilite 
avec  laquelle  elle  peut  etre  effectuee.  Et  l’on  s’explique  mal  les 
raisons  pour  lesquelles  elle  est  encore  si  peu  repandue  dans  la 
pratique  courante.  Elle  pourra  montrer  ici  une  eosinophilie  qui 
mettra  sur  la  voie  du  diagnostic. 

Les  signes  presomptifs  en  faveur  de  1’ascaridiose  seront  .  le 
refus  d’alimentation  chez  un  melancolique  presentant  des  ter- 
reurs  nocturnes  (1)  et  un  abaissement  de  la  presssion  arterielle. 
Le  seul  signe  de  certitude  est  la  constatation  du  parasite  ou  de 
ses  ceufs  dans  les  selles  du  malade. 

Cette  etude  rapide  sera  illustree  par  trois  exemples  pris  parmi 
les  entrantes  de  l’Asile  Saint-Yon  a  quelques  mois  d’intervalle. 
Ces  observations  montreront  en  meme  temps  les  differents 
aspects  sous  lesquels  peut  se  presenter  la  lombricose  chez  les 
psychopathes. 

(1)  «  CJest  aussi  le  soir  que  les  ascarides  tourmentent.  »  (Hippocrate,. 
Des  Epidemics,  Liv.  VI,  lre  section,  §  II,  trad.  E.  Littre). 


53S 


G.  GASSIOT  ET  J.  LECLERC 


Observation  I.  —  T.  M.,  femme  Lem.,  22  ans,  entree  dans  le  ser¬ 
vice  ie  28  novembre  1935,  «  presente  un  etat  maniaque  caracterise 
par  une  grande  surexcitation  intellectuelle  et  motrice  avec  fuite  des 
idees,  gesticulations  incessantes,  grimaces,  humeur  tres  exube- 
rante  »  (Dr  Latapie). 

Les  propos  peu  suivis  sont  souvent  erotiques,  pimentes  d’allu- 
sions  grivoises  et  entrecoupes  de  chants  et  de  rires  explosifs. 

La  paleur,  les  traits  tires  de  la  malade  peuvent  etre  attribues  5 
la  phase  aigue  qu’elle  traverse. 

Une  therapeutique  par  la  methode  de  Fochier  (abces  de  fixation) 
est  tentee  qui  donne  une  assez  forte  reaction.  L’etat  d’agitation  per- 
siste  mais  on  decouvre  le  10  decembre  un  ascaris  dans  les  selles. 
Un  traitement  au  semen  contra  et  au  calomel  est  entrepris.  On  decou¬ 
vre  le  lendemain  dans  le  lit  souille  de  la  malade  gateuse  une  collection 
de  vers  dont  on  compte  une  quinzaine. 

Le  19  decembre  les  symptomes  d’excitation  ne  sont  guere  atte- 
nues  ;  mais  l’etat  general  s’ameliore.  L’analyse  des  selles  ne  montre 
pas  d’oeufs  de  parasite.  Eosinophilie  :  1  %. 

Observation  II.  —  Gar.  M.,  65  ans,  domestique,  entre  le  3  mai 
1935  dans  le  service.  Elle  presente  un  syndrome  de  «  melancolie 
anxieuse  avec  troubles  cenesthesiques  et  craintes  imaginaires,  en 
parti culier  du  diable.  Gemissements  »  (Dr  Pochon). 

«  J’ai  peur  de  ce  qui  peut  arriver  aux  plus  grands  malheureux 
du  monde,  dit-elle.  J’ai  passe  par  des  moments  terribles.  J’ai  ete 
contrariee  par  la  mort  de  ma  mere  (94  ans)  que  je  n’ai  pas  bien 
soignee...  C’est  venu  tout  doucement.  C’est  quelque  chose  en  moi  qni 
me  dechire  et  je  ne  peux  rester  en  place  ». 

On  a  quelques  renseignements  sur  les  antecedents  personnels  de 
la  malade  qui  depuis  de  longues  annees  presentait  des  scrupules  et 
des  idees  d’indignite.  Cette  «  bouffee  delirante  caracterisee  par  des 
plaintes,  des  lamentations,  des  frayeurs,  remonterait  a  quinze  jours 
environ  »  (Certificat  d’admission). 

La  malade  se  montre  tres  anxieuse  durant  les  premiers  jours.  De 
plus  son  etat  general  est  mauvais.  Le  facies  est  jaunatre  comme  celui 
d’un  infecte,  la  langue  saburrale.  La  constipation  est  opiniatre  et  la 
malade  fait  de  grandes  diflicultes  pour  s’alimenter.  Elle  doit  etre 
bientot  nourrie  a  la  sonde  oesophagienne.  Plusieurs  fois,  au  cours 
de  cette  alimentation  artificielle,  des  vomissements  se  produisent  a 
mesure  que  le  lait  est  introduit  dans  l’estomac. 

Les  reactions  serologiques  sont  negatives.  Par  contre  la  pression 
arterielle  est  abaissee  (10-5  au  Yaquez).  On  songe  a  une  parasitose 
et  l’on  fait  un  examen  du  sang  et  des  selles.  Celles-ci  contiennent  des 
oeufs  d’ascaris.  Eosinophilie  :  8  %. 

Le  traitement  par  le  semen  contra  et  le  calomel  est  institue.  On 
doit  ici  administrer  le  semen  contra  en  infusion  a  10  pour  1000  par 
la  sonde,  toute  prise  de  medicament  «  per  os  »  etant  impossible. 


ASCARIDIOSE  ET  PSYCHOPATH  IE  539 

Le  troisieme  jour  on  trouve  trois  ascaris  dans  les  selles.  Le  trai- 
iernent  continue  fait  expulser  huit  vers.  En  quelques  jours  1  etat 
general  s’ameliore,  la  malade  commence  a  s’alimenter  et  les  symp- 
tomes  d’anxiete  s’attenuent. 

Au  mois  de  septembre,  l’etat  physique  reste  satisfaisant  avec 
alimentation  normale  et  selles  regulieres  ne  contenant  plus  ni  vers  m 
oeufs.  Mile  G.  s’occupe  a  de  petits  travaux  de  couture  et  s  lnteresse 
a  son  entourage.  Neanmoins  l’etat  mental  qui,  il  faut  le  dire,  etait 
peut-etre  atteint  depuis  longtemps,  reste  peu  brillant.  Le  syndrome 
melancolique  persiste.  La  conversation  avec  la  malade  est  possib  e, 
mais  la  crainte  du  demon  et  la  peur  d’etre  tuee  reviennent  dans  ses 
propos  comme  un  leit-motiv. 

Observation  III.  —  H.  Pal.,  femme  L.,  40  ans,  est  admise  le 
12  decembre  1935.  Le  certificat  de  24  heures  indique  une  «  confu¬ 
sion  mentale  avec  anxiete,  desorientation  partielle,  debit  de  paroles 
rapide  et  decousu  avec  evocation  de  troubles  hallucinatoires  a 
caractere  onirique  »  (Dr  Latapie).  , ...  .  .  e 

Les  renseignements  fournis  par  le  mari  font  remonter  le  debut  des 
troubles  mentaux  actuels  a  dix  jours  seulement  avant  1  entree.  Its 
auraient  commence  brusquement  par  de  l’agilation  et  du  desordre 
dans  les  propos.  Mais  un  interrogatoire  serre  revele  un  certain 
«  affaiblissement  »  constate  par  le  mari  chez  sa  femme  qui  se 
montrait  depuis  une  annee  environ  moins  active  et  se  plaignait 
souvent  de  malaises,  de  fatigue  generate.  ,  . 

Operee  en  1924  pour  appendicite,  en  1933  pour  salpingite,  e  e 
presente  depuis  1917  des  troubles  oculaires.  Une  feuille  de  consul¬ 
tation  recente  indique  le  diagnostic  :  oeil  droit  :  kerato-sclerite  , 
ceil  gauche  :  episclerite,  sclerite.  .  , 

Flip  aurait  ces  temps  derniers  manifesto  des  idees  de  suicide  a 
cause  des  douleurs  qu’elle  ressentait  dans  la  tete  et  les  veux. 

Une  reaction  de  Bordet-Wassermann  du  sang  a  ete  negative  en 

19A  l’entree,  la  malade  se  montre  instable  et  presente  des  raptus 
d’agitation  tres  vive  accompagnes  de  reactions  violentes.  Elle  pousse 
des  cris  de  frayeur  surtout  pendant  la  nuit.  Ses  propos  decousus  sont 
debites  sur  un  ton  lent,  trainard,  avec  paroles  achoppees.  Malgre  son 

obnubilation,  elle  cite  l’annee  et  le  mois  exacts. 

«  Je  vois  bien  que  je  ne  suis  plus  dans  le  vrai.  J’ai  toujours  ete 
dans  le  noir.  Je  vois  encore  deux  personnes.  » 

Son  etat  physique  est  peu  brillant.  Le  facies  est  terreux,  les  yeux 
cernes.  les  traits  tires.  La  temperature  est  basse  :  36-4.  Le  pou  s  bien 
frappe  est  normal.  L’examen  des  organes  somatiques  ne  revele  nen 

d’important.  ,  .  - 

Cependant  on  note  des  troubles  digestifs  prononces  :  langue 
saburrale,  fetidite  de  l’haleine,  constipation.  La  malade  ne  s  alimente 
que  dilficilement.  Elle  se  plaint  de  vagues  douleurs  articulaires  et 


540 


G.  GASSIOT  ET  J.  LECLERC 


presente  en  outre  une  irido-cyclite  bilaterale  plus  accentuee  du 
cote  droit. 

L’analyse  d’urine  ne  decele  ni  albumine,  ni  sucre,  mais  il  se  fait 
une  precipitation  abondante  d’urates  par  l’acide  acetique  a  froid. 

Examen  du  sang  :  Bordet-Wassermann  :  — .  Hecht  :  — .  Vernes  :  0-0. 

Dosage  de  l’uree  :  0  gr.  56  par  litre. 

La  ponction  lombaire  assise  donne  un  liquide  clair,  eau  de  roche 
s’ecoulant  en  jet  (28  cm.  au  manometre  de  Claude),  contenant  un 
lymphocyte  pour  deux  travees  de  la  cellule  de  Nageotte.  Le  precipite 
atteint  une  division  dans  le  rachialbuminimetre  de  Siccard  et 
Cantaloub. 

Bordet-Wassermann  :  — . 

Vernes  :  0-0. 

Reaction  de  Guillain  au  benjoin  colloidal  :  000.000.222.110.000. 

La  tension  arterielle  est  de  9-4  au  Vaquez. 

Apres  avoir  elimine  les  troubles  d’insuflisance  hepatique,  l’alcoolis- 
me  subaigu  et  le  taux  trop  eleve  de  l’uree  dans  le  sang  ne  suffisant 
pas  a  expliquer  des  phenomenes  si  accentues,  on  songe  devant  cette 
hypotension,  devant  l’aspect  intoxique  de  la  malade,  ses  troubles 
digestifs,  a  une  parasitose. 

La  formule  leucocytaire  etudiee  montre  une  eosinophilie  notable 
(12  0/0)  et  des  oeufs  d’ascaris  sont  decouverts  dans  les  selles. 

Le  26  deeembre,  le  traitement  au  semen  contra  (3  grammes  pen¬ 
dant  3  jours),  suivi  de  l’administration  de  0  gr.  50  de  calomel,  est 
institue.  On  trouve  alors  dans  les  selles  un  couple  d’ascaris. 

En  quelques  jours  tous  les  symptomes  s’attenuent,  l’etat  physique 
s’ameliore,  les  troubles  oculaires  s’amendent  et  la  confusion  mentale 
diminue  sensiblement. 

Le  3  janvier,  nouvel  acces  d’agitation,  reactions  violentes  et  im- 
pulsives  de  la  malade  avec  hurlements  de  frayeur.  Le  traitement  ver¬ 
mifuge  est  repris  et  continue.  Mais  on  ne  decouvre  pas  d’autre  ver 
dans  les  selles. 

Actuellement  (fin  janvier),  la  malade  se  maintient  calme.  Son  etat 
physique  est  tres  ameliore  et  les  troubles  oculaires  en  particulier 
sont  tres  attenues.  Au  point  de  vue  mental  on  ne  peut  parler  jusqu’ici 
que  d’amelioration.  La  malade  se  montre  plus  presente,  fait  aux 
questions  posees  des  reponses  raisonnables.  Mais  on  remarque  de  la 
lenteur  de  1’ideation,  des  troubles  de  l’attention  et  une  certaine 
obnubilhtion  intellectuelle.  La  moindre  contrariete  la  laisse  encore 
sujette  a  des  reactions  Vives. 

Discussion. 

Relations  entre  l’ascaridiose  et  les  troubles  mentaux 

Est-il  permis  de  tirer  des  conclusions  de  ces  observations  ? 

On  remarque,  des  l’abord,  que  l’ascaridiose  dans  le  premier  cas 
se  presente  comme  une  maladie  surajoutee  aux  troubles  men- 


ASCARID10SE  ET  PSYCHOPATHIE 


541 


taux  existant  deja  chez  le  sujet.  Dans  les  deux  autres  cas,  au 
contraire,  elle  affecte  des  rapports  plus  etroits  avec  la  psychopa¬ 
thic  dont  elle  exagere,  sinon  provoque,  certains  symptomes. 
Nous  verrons  qu’il  est  peut-etre  legitime  d  envisager,  avec  cei 
tains  auteurs,  une  troisieme  forme  dans  laquelle  la  psychose 
serait  due  aux  ascaris  et  guerirait  par  leur  expulsion. 

Bien  loin  d’etre  protege  contre  les  infections  de  toutes  sortes, 
le  psychopathe  est  plus  expose  que  tout  autre  a  heberger  des 
parasites.  Nous  pourrons  trouver  des  lombrics  chez  des  malades 
de  toutes  categories  mentales.  C’est  ainsi  que  notre  maniaque  en 
expulsa  quinze  grace  au  traitement  anthelminthique  qui,  par 
contre,  n’exer§a  nulle  influence  sur  la  psychose. 

II  n’est  guere  necessaire  d’insister  sur  cette  forme,  si  ce  n’est 
pour  en  rappeler  la  difflculte  de  diagnostic  en  l’absence  de 
l’expulsion  spontanee  d’un  ver.  Mais  si  elle  se  montre  peu  mte- 
ressante  au  point  de  vue  theorique,  elle  devient  importante  par 
sa  frequence  et  doit  etre  recherchee  et  diagnostiquee  pour  qu’un 
traitement  approprie  puisse  apporter  au  malade  un  soulagement 
physique  auquel  il  a  droit. 

D’ailleurs,  est-on  sur  d’emblee  que  la  parasitose  n  exerce 
aucune  influence  sur  la  psychopathic  ?  Le  soulagement  physique 
sera  parfois  suivi  d’une  amelioration  mentale,  comme  on  a  pu 
le  constater  dans  nos  deux  dernieres  observations. 

Nous  voyons  notre  malade  II,  presentant  depuis  longtemps  des 
scrupules,  des  idees  d’indignite,  entrer  a  la  maison  de  sante  dans 
une  phase  aigue  qui  coincide  avec  l’infestation  de  son  intestm  pai 
les  ascaris.  La  psychose  etait  done  annoncee  de  longue  date  et 
le  syndrome  melancolique  finalement  constate,  peut  etre  consi¬ 
der  comme  ayant  ete  aggrave  en  partie  par  l’involution,  en 
partie  par  l’ascaridiose.  En  effet,  le  traitement  de  cette  dermere 
amena  la  disparition  de  deux  grands  symptomes  :  le  refus  d  ali¬ 
mentation  et  les  troubles  cenesthesiques. 

Remarquons  ici  la  frequence  de  ces  derniers  chez  les  parasi¬ 
tes.  On  a  beaucoup  insiste  sur  ce  fait  que  le  delire  zoopathique 
etait  motive  par  un  trouble  visceral.  Inversement,  la  presence  de 
vers  dans  les  voies  digestives  peut  occasionner  des  troubles  de 
la  cenesthesie.  II  semblerait  que  le  malade  sente  avec  precision 
le  travail  malefique  qui  s’opere  dans  son  organisme  ;  en  effet, 
les  idees  delirantes  qu’il  emet,  les  hallucinations  qu’il  avoue, 
traduisent  d’assez  pres  l’impression  qu’il  peut  ressentir  et  Ion 
ne  sait  jusqu’a  quel  point  elles  peuvent  etre  qualifiees  d  idees 
delirantes  et  d’hallucinations. 

Ce  fait  a  ete  signale  par  nombre  d’auteurs. 


542 


G.  GASS10T  ET  J.  LECLERC 


«  Le  plus  souvent,  dit  Regis,  a  la  base  de  l’idee  hypocondria- 
que,  existe  un  trouble  reel  de  l’organe,  de  l’appareil  ou  de  la 
function.  » 

Picque,  en  1908,  insistait  sur  l’importance,  en  presence  de  tela 
troubles  mentaux,  de  rechercher  et  de  traiter  la  cause  organique. 

II  est  done  interessant  de  noter,  dans  notre  cas,  la  disparition 
des  troubles  cenesthesiques  chez  une  melancolique  par  le  traite- 
ment  de  l’ascaridiose. 

Chez  notre  malade  III,  a  l’etat  de  tristesse,  de  depression,  aux 
frayeurs  qu’elle  presente,  s’ajoute  un  tableau  de  confusion  men- 
tale.  Ici,  nous  ne  pouvons  trouver,  dans  1’anamnese,  des  pheno- 
menes  precurseurs  du  domaine  psychique  et  l’affaiblissement,  la 
fatigue  signales  comme  ayant  precede  la  phase  aigue,  peuvent 
etre  expliques  par  la  presence  des  lombrics  dans  l’appareil  diges¬ 
tif.  C’est  ce  qui  pouvait  faire  prevoir  une  guerison  par  therapeu- 
tique  vermifuge.  Les  resultats  n’ont  pas  correspondu  a  l’espe- 
rance. 

Mais  si  1’on  peut  en  conclure  que  les  troubles  mentaux  n’etaient 
pas  dus  uniquement  a  la  parasitose,  il  faut  reconnaitre  que  celle- 
ci  jouait  un  role  tres  important  et  specialement  dans  la  confu¬ 
sion  mentale  et  les  acces  d’agitation  a  predominance  nocturne 
pendant  lesquels  la  malade  poussait  des  cris  de  frayeur.  Aprea 
traitement  d’ailleurs,  Mme  L.  encore  obnubilee  et  ralentie  intel- 
lectuellement,  se  montre  calme  et  presente. 

Des  phenomenes  nerveux  varies  ont  ete  ranges  parmi  les  symp- 
tomes  de  l’ascaridiose  avec  laquelle  ils  ont  des  rapports  d’effet. 
a  cause.  Citons  les  nevralgies,  les  paresies,  les  convulsions,  les. 
signes  meninges,  l’encephalite  et  enfin  la  choree  etudiee  dans  lea 
travaux  de  Bessieres  :  «  Choree.  —  Expulsion  d’une  grande 
quantite  d’ascaris  lombricoldes.  —  Guerison.  »  (J.  de  Med.  de 
Toulouse,  1848)  et  dans  ceux  de  Bouchut  sur  la  «  Choree  vermi- 
neuse  »  ( Gaz .  des  Hop.  1862). 

Existe-t-il  de  meme  des  signes  psychiques  ? 

II  est  certain  qu’une  atteinte  quelconque  de  l’etat  general  peut 
retentir  sur  le  comportement  du  malade,  occasionner  chez  lui 
des  variations  dans  son  humeur,  son  caractere,  influer  sur  sea 
facultes  superieures,  le  rendant  moins  apte  a  juger,  a  raisonner, 
diminuer  sa  volonte,  son  attention.  On  ne  peut  pour  ces  raisons 
conclure  a  une  psychose  dont  la  maladie  primitive  serait  respon- 
sable. 

II  faut  se  souvenir  cependant  qu’entre  le  «  normal  »  et  l’«  ab¬ 
normal  »,  il  n’est  pas  de  delimitation  nette.  On  passe  du  premier 


ASCARIDIOSE  ET  PSYCHOPATHIE  54i 

au  second  a  travers  une  «  zone  frontiere  »  (1)  assez  etendue,  par 
une  seriede  degradations  insensibles  et  bien  souvent  1  on  doit 
pour  le  diagnostic  se  contenter  d’une  appreciation  subjective. 

Peut-on  parler  de  psychose  ascaridienne  ? 

Bien  que  notre  troisieme  malade  nous  ait  donne  quelque  temps 
l’espoir  de  guerir  completement  apres  l’expulsion  de  ses  vers, 
nous  ne  pouvons  prendre  son  cas  comme  preuve  de  cette  hypo- 
these  II  y  eut  une  amelioration  nette  des  symptomes  mentaux  et 
le  traitement  continue  donna  des  resultats  appreciates,  pas  assez 
formels  cependant  pour  pouvoir  mettre  la  psychose  sur  le  compte 

des  ascaris.  . 

Neanmoins  si  nos  observations  qui  pechent  en  premier  lieu  pa 
leur  petit  nombre,  ne  concordent  pas  avec  la  theone  de  la  psy¬ 
chose  ascaridienne,  il  ne  nous  est  pas  permis  pour  cela  d  infirmer 
cette  derni ere. 

La  remarque  de  Picque  dans  les  annales  medico-psycholo- 
giques  (Seance  du  24  fevrier  1908)  viendrait  au  contraire  1  ap- 

P  «  L’experience  de  la  chirurgie  des  alienes,  dit-il,  m’a  depuis 
longtemps  demontre  qu’en  dehors  de  l’infection,  une  lesion  orgam- 
que  meme  legere  peut  chez  un  sujet  predispose  faire  eclater  un 
delire  ou  l’entretenir,  quand  elle  entraine  un  etat  d’epuisement, 
de  preoccupation  ou  un  defaut  de  nutrition.  » 

Ce  qui  est  bien  le  cas  pour  l’ascaridiose. 

D’ailleurs  de  nombreuses  publications  ont  ete  faites  a  ce  sujet. 
Le  D‘  Moutier  en  1924  publie  dans  le  Journal  de  Medecine  Fran¬ 
cois  trois  cas  de  «  Neurasthenic  ascaridienne  »  dans  lesquels  le 
reiet  des  ascaris  amene  la  guerison  complete  des  malades.  Or  un 
aphorisme  ancien  ne  nous  dit-il  pas  que  «  naturam  morborum 
ostendit  euratio  ». 

De  meme,  le  D'.Naudascher  en  1921  ( Bulletin  de  la  Sac.  Clin,  de 
Med  mentale)  nous  montre  trois  observations  de  melancolie 
s’accompagnant  de  parasitos'e  (trichocephale,  toenia,  ascaris) 
dans  lesquelles  le  traitement  anthelminthique  permet  la  guerison 
et  la  sortie  des  malades. 

Citons  encore  les  travaux  de  Codeceira,  la  «  psychose  vermi- 
neuse  »,  dans  le  Journal  de  Medecine  -de  Pernambouc. 

Mais,  ’opposera-t-on  a  ces  faits,  bien  des  cas  de  parasitose  par 
les  ascaris  revetent  une  forme  clinique  toute  differente  et  sou¬ 
vent  meme  la  presence  de  vers  dans  l’organisme  ne  se  tradmt 
que  par  des  troubles  tres  discrets.  De  plus,  le  Dr  Naudascher, 


(1)  Ball.  —  Les  frontieres  de  la  folie. 


-544 


G.  GASSIOT  ET  J.  LECLERC 


•devant  ses  trois  cas  de  melancolie  gueris  par  l’expulsion  des 
parasites,  analysa  les  selles  d’une  trentaine  d’autres  melancoli- 
ques  sans  trouver  ni  un  ver,  ni  un  ceuf. 

Ces  objections,  en  montrant  la  rarete  de  la  forme  psychique 
de  l’ascaridiose,  n’en  prouvent  pas  la  non-existence.  II  semble 
toutefois  qu’il  faille  admettre,  chez  ce  genre  de  malades,  des 
predispositions  particulieres  qui  les  font  reagir  de  cette  facon 
speciale. 

Pathog^nie.  —  Frequence.  - —  Etiologie 

L’influence  que  peut  avoir  l’ascaris  sur  les  centres  nerveux 
cadre  bien  cliniquement  avec  Interpretation  pathogenique  rela¬ 
tive  aux  toxines  vermineuses.  II  est,  en  effet,  difficile  d’admettre 
que  le  parasite  puisse  agir  sur  ces  centres  d’une  facon  mecani- 
que  ou  irritative. 

Nous  ne  pouvons  nous  etendre  sur  cette  question  importante  du 
mode  de  production  des  troubles  psychiques,  mais  signalerons 
entre  autres  travaux  qu’elle  a  inspires,  ceux  de  Leroy  (1910),  qui 
montre  la  toxicite  du  liquide  peri-enterique  de  l’ascaris  megalo- 
cephala,  c’est-a-dire  du  liquide  secrete  par  les  cellules  de  la 
membrane  sous-cuticulaire  du  ver  ;  ceux  de  Weinberg  (1912),  de 
Weinberg  et  Julien  (1913),  la  these  de  Simonin  (1919-1920)  et 
Particle  de  J.  Rouillard  (1921)  dans  la  Presse  Medicale. 

Ils  tendent  tous  a  prouver  qu’a  cote  de  Taction  irritative  et 
infectieuse  de  l’ascaris,  il  faut  reserver  une  large  part  aux  acci¬ 
dents  toxiques  parmi  lesquels  nous  rangerons  les  phenomenes 
psychiques  constates  chez  nos  malades. 

L’interet  de  l’etude  de  l’ascaridiose  dans  les  maisons  de  sante 
■est-il  justifie  par  la  frequence  de  l’affection  ? 

L’on  serait  peut-etre  tente  de  croire  que  sa  rarete,  au  contraire, 
attire  l’attention.  C’est  une  opinion  erronee.  Nous  n’avons  a  notre 
disposition  aucune  statistique  permettant  d’apporter  sur  la 
question  des  donnees  precises.  Celles-ci  d’ailleurs  pourraient  etre 
faussees  par  la  tendance  a  passer  sous  silence  les  cas  de  parasi- 
tose  discrets  ne  s’accompagnant  pas  de  signes  graves  ou  particu- 
liers. 

Les  trois  malades  observees  plus  haut  sont  entrees  dans  le 
service  entre  les  mois  de  mai  et  decembre  1935.  Mais  on  peut 
regarder  ce  fait  comme  une  simple  coincidence  et  lui  refuser  la 
valeur  d’un  argument,  comme  ne  s’etendant  pas  sur  un  laps  de 
•temps  assez  prolonge. 

Cependant,  on  peut  admettre  que  l’ascaridiose  est  frequente 
chez  les  malades  mentaux,  si  on  la  considere  sous  les  trois 
-aspects  qu’elle  peut  revetir  chez  eux  et  si  Ton  montre  que  le 


ASCARID10SE  ET  PSYCHOPATHIE 


545 


manicome  realise  des  conditions  particulierement  favorables  au 
Meveloppement  du  parasite. 

Les  psychoses  a  forme  melancolique  reconnaissant,  pour 
cause  immediate  et  certaine  l’ascaridiose,  sont  evidemment  assez 
rares.  Mais  celles  dont  les  signes  sont  aggraves  par  la  presence 
du  parasite  dans  l’organisme  sont  beaucoup  plus  repandues.  Les 
cas,  enfin,  dans  lesquels  la  lombricOse  survient  chez  un  rnalade 
mental,  comme  un  epiphenomene  sans  aucun  rapport  avec  la 
psychopathie,  sont  aussi  frequents,  mais  risquent  de  passer 
inapercus  en  raison  de  la  difficulte  du  diagnostic  ou  de  1  etat 
trouble”  du  rnalade.  Leur  benignite  pourrait,  de  meme,  les  faire 
negliger.  II  n’est  done  pas  superflu  d’insister  sur  l’importance 
de  leur  depistage. 

II  serait  interessant  de  connaitre  les  categories  mentales  qui 
sont  le  plus  souvent  parasitees.  Nos  observations  se  rapportent 
chacune  a  un  diagnostic  different  :  une  maniaque,  une  melanco¬ 
lique,  une  confuse.  Ici  aussi,  des  statistiques  seraient  necessaires 
pour  donner  une  reponse  ferme.  Nous  croyons  cependant  pou- 
voir  attribuer  aux  melancoliques,  sous  leurs  differents  aspects, 
la  premiere  place  parmi  les  malades  atteints  par  les  ascaris.  Et 
cela  a  cause  de  Faction  reciproque  qui  existe  entre  la  psychose 
et  la  parasitose. 

D’un  cote,  en  effet,  les  troubles  psychiques  occasionnes  par 
le  lombric,  sont  souvent  caracterises  par  un  syndrome  melanco¬ 
lique.  D’autre  part,  ce  syndrome,  de  meme  que  les  autres  psycho¬ 
pathies,  ne  fait  que  favoriser  l’installation  du  ver. 

Cette  frequence  de  l’ascaridiose  chez  les  malades  mentaux, 
d’ailleurs  signalee  dans  tous  les  manuels,  peut  facilement  s’expli- 
quer.  Les  conditions  du  developpement  de  l’ascaris  sont  en  effet 
chez  eux  pleinement  realisees. 

La  reunion,  la  vie  en  commun  d’un  grand  nombre  d’individus 
favorisent  tou jours  la  propagation  d’une  infection.  Mais,  de  plus, 
l’ascaris  qui  affecte  une  predilection  pour  le  jeune  age,  e’est-a- 
dire  pour  un  organisme  faible,  non  encore  pourvu  de  tous  ses 
moyens  de  defense,  trouvera  souvent  chez  l’aliene,  et  plus  peut- 
etre  dans  l’element  feminin,  cet  etat  de  moindre  resistance  pro- 
pre  a  son  etablissement. 

D’autre  part,  les  reactions  si  imprevues  parfois  des  malades 
suffiraient  a  justifier  sa  frequence.  Malgre  la  surveillance  la 
mieux  organisee,  il  est  des  actes  auxquels  on  ne  peut  empecher  le 
rnalade  de  se  livrer.  II  en  est  d’autres  qui  peuvent  paraitre,  au 
premier  abord,  anodins  et  sans  consequences,  et  intervenir 
cependant  comme  facteurs  de  dissemination  du  parasite. 

Ann.  Med.-psych.,  XVp  serie,  94f  annee,  t.  I.  —  Avril  1936.  35. 


546 


G.  GASSIOT  ET  .1.  LECLERC 


Tantot  nous  serons  en  presence  d’un  geophage.  Une  demente 
precoce  du  service,  des  qu’on  la  laisse  seule  dans  le  jardin,  se  met 
immediatement  a  genoux,  la  face  et  la  bouche  contre  terre. 

Tantot  le  malade  porte  tout  a  sa  bouche  et  ne  choisit  pas  ses 
aliments.  Une  delirante  les  choisissait  :  elle  ne  mangeait  que  les 
feuilles  et  l’ecorce  des  arbres. 

Tantot,  on  ne  peut  lutter  avec  assez  d’efficacite  contre  la 
malproprete  du  malade.  On  trouve  un  jour,  dans  le  corsage  d’une 
paralytique  generate  qu’on  allait  baigner,  un  rat  enorme  com- 
mencant  deja  a  se  decomposer. 

Tantot,  enfin,  le  malade  ne  se  contente  pas  d’etre  gateux,  il 
triture,  repand  autour  de  lui  ses  excrements,  quand  il  ne  pousse. 
pas  1’originalite  jusqu’a  la  coprophagie. 

Devant  de  telles  reactions,  on  comprend  la  facilite  avec 
laquelle  le  parasite  peut  se  disseminer.  Et  si  l’on  songe  aux. 
epidemies  anciennes  signalees  en  1730  a  Beziers,  en  1757  a  Fou- 
geres  et  en  1765  a  Clisson,  a  celles  signalees  dans  les  armees 
danoises,  anglaises  en  1743  et  francaises  a  Ravenne  (an  X), 
dans  la  Pouille  en  1806  et  en  Pologne  en  1807,  on  voit  l’impor- 
tance  des  soins  a  prendre  pour  eviter  la  pullulation  du  parasite. 

Mais  ces  faits  se  passaient  a  une  epoque  oil  les  precautions  de 
proprete  n’etaient  pas  la  premiere  preoccupation  des  gens.  Et 
de  nos  jours,  si  1’ascaris  cause  moins  de  mefaits,  et  en  particu- 
lier  dans  les  maisons  de  sante,  c’est  que  le  malade  est  protege 
contre  les  infections  exterieures  par  une  hygiene  rigoureuse  et 
intelligente,  et  contre  lui-meme  par  une  surveillance  attentive 
et  continuelle  dont  l’entoure  un  personnel  bienveillant. 

En  resume,  chez  tous  les  malades  mentaux,  et  en  particulier 
lors  de  leur  admission,  avant  de  porter  un  diagnostic,  il  faut 
avoir  presente  a  l’esprit,  surtout  s’il  s’agit  d’une  melancolique 
infectee  refusant  la  nourriture,  la  possibilite  d’une  parasitose. 
Si  celle-ci  ne  peut  etre  toujours  consideree  comme  la  cause 
efficiente  de  la  maladie  constatee,  elle  n’en  exagere  pas  moins 
les  symptomes  et,  traitee,  peut  amener  une  amelioration  notable 
dans  1’etat  du  malade.  On  verra,  en  effet,  disparaitre  les  troubles 
cenesthesiques  ou  les  preoccupations  hypocondriaques. 

L’ascaridiose  peut  se  presenter  sous  trois  formes  chez  le 
psychopathe  :  les  parasites  peuvent  exister  independamment  des 
troubles  mentaux.  Ou  bien,  ils  exercent  sur  les  centres  nerveux 
une  action  toxique  qui  se  traduit  par  des  troubles  en  rapport 
avec  les  dispositions  reactionnelles  de  chaque  individu  :  choree, 
melancolie. 

Ils  peuvent  aussi,  chez  des  sujets  predisposes  ou  atteints  deja 


ASCARW10SE  ET  PSYCH0PATH1E 


547 


de  troubles  psychiques,  exagerer  les  symptomes  et  creer,  a  cote 
d’un  syndrome  defmi,  un  tableau  clinique  special  capable  de 
derouter  ou  de  faire  hesiter  le  diagnostic. 

Notons  enfln  la  frequence  relative  des  ascaris  lombricoides 
chez  les  malades  mentaux.  Cette  constatation  chez  eux  peut  etre 
expliquee,  soit  par  une  deficience  de  leur  etat  general  livrant 
un  acces  plus  facile  de  l’organisme  a  ces  hotes  qui  trouveraient 
ainsi  un  terrain  tout  prepare,  soit  par  le  defaut  de  precautions 
et  de  proprete  des  malades  qui,  en  depit  de  la  surveillance, 
facilitent  la  dissemination  du  parasite  par  leurs  reactions  anti- 
hygieniques. 


BIBBIOGRAPHIE 


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RECHERCHES 


SUR  L’  INDEX-TYROSINE  DE  POLYPEPTIDEMIE 
DANS  LES  MALADIES  MENTALES 

PAR 

P.  TOMESCO,  N.  GRUIA  IONESCO  et  P.  CONSTANTINESCO 


Les  polypeptides  constituent  un  des  anneaux  de  la  chaine  des 
substances  albumino'ides  du  sang  eirculant,  dont  les  extremites 
sont  occupees  d’une  part  par  les  acides  amines  —  les  plus  sim¬ 
ples  molecules  peptidiques  connues,  —  et  d’autre  part  par  les 
substances  protidiques  complexes  telles  que  la  serine,  la  globu- 
line,  le  fibrinogene. 

Elies  font  partie  integrante  des  substances  albuminoiides  inter- 
mediaires  et  sont  constitutes  par  la  reunion  de  plusieurs  mole¬ 
cules  d’acides  amines  :  2-3-n.. .molecules. 

Le  nombre  et  les  proprietes  des  molecules  peptidiques  sont 
nombreux  et  varies,  parce  qu’elles  sont  l’expression,  d’un  cote 
de  la  qualite  des  acides  amines  qui  entrent  dans  leur  consti¬ 
tution  et  de  l’autre  du  mode  d’enchainement  des  acides  amino- 
carboniques  dans  la  molecule  peptidique. 

La  difflculte  de  caracteriser  ces  elements,  de  par  leur  com- 
plexite  de  structure,  est  augmentee  par  l’absence  de  meth'odes 
precises  de  dosage,  qui  delimiteraient  exactement  les  frontieres 
de  ce  groupe  par  rapport  a  d’autres  composes  plus  complexes  ou 
plus  simples. 

En  verite,  les  methodes  actuelles  nous  donnent  des  chiffres 
relatifs,  qui  pechent  ou  bien  par  exces  ou  bien  par  defaut,  tandis 
que  d’un  autre  cote  elles  mettent  ensemble  et  sur  le  meme  plan 
les  polypeptides  les  plus  simples  comme  structures  moleculaires 
—  constitutes  par  2-3  acides  amines  —  et  celles  d’une  structure 
moleeulaire  complexe.  Or  on  peut  facilement  prtvoir  qu’elles  dif- 
fereront  entre  elles,  tant  comme  proprietts  chimiques  que  comme 
role  physiologique. 

Ann.  Med.-psygh.,  XVe  serIe,  94'  annee,  t.  I.  —  Avril  1936. 


RECHERCHES  SUR  V INDEX-TYROSINE  DE  POL YPEPTIDEMIE  549 


Une  partie  des  polypeptides  du  sang  circulant  est  l’aboutissant 
des  processus  multiples  et  varies  d’hydrolyse  et  de  synthese,  que 
les  albumines  alimentaires  ont  subis  ;  elles  doivent  avoir  un 
role  bien  determine  dans  la  morphologie  et  la  physiologie  cel- 
lulaire. 

Mais,  par  l’activite  cellulaire,  et  comme  un  resultat  du  cata- 
bolisme  des  tissus,  une  autre  serie  de  polypeptides  sont  formees 
et  deversees  dans  la  circulation  ;  elles  ne  sont  plus  necessaires  et 
sont  destinees  a  etre  degradees  et  eliminees. 

Le  taux  normal  de  la  polypeptidemie  est  variable  d  apres  la 
methode  employee.  Nous  laisserons  de  cote  les  details  des 
methodes  de  dosage  et  nous  ne  nous  arreterons  pas  aux  diverses 
interpretations  de  la  polypeptidemie. 

Depuis  quelques  annees,  l’attenticn  des  differents  chercheurs 
a  ete  attiree  par  1’augmentation  du  taux  des  polypeptides  une 
hyperpolypeptidemie  par  consequent  —  qu’ils  rencontraient 
dans  certains  etats  pathologiques  :  uremie,  insuffisance^  hepa- 
tique,  choc  post-operatoire,  brulures,  etc.  Ils  ont  attribue  a  ces 
substances  un  role  toxique  assez  important,  les  considerant 
souvent  comme  des  facteurs  determinants  d’une  serie  de  symp- 
tomes  plus  ou  moins  graves.  Le  taux  de  la  polypeptidemie  est 
regie  par  quelques  organes  dont  le  foie  et  le  rein  paraissent  les 
principaux,  et  par  les  tissus  eux-memes  qui  interviennent  dans 
ce  processus  de  regulation.  Un  dereglement  dans  le  fonctionne- 
ment  normal  a  comme  consequence  une  hyperpolypeptidemie  a 
laquelle,  etant  donne  le  coefficient  toxique  de  ces  substances,  on 
a  donne  le  nom  de  «  polypeptidotoxie  ». 

11  n’est  pas  devolu  jusqu’a  present  au  systeme  nerveux  d’ autre 
role  que  celui  dont  sont  dotes  en  general  tous  les  tissus.  C’est-a- 
dire  qu’il  peut  etre  producteur  de  polypeptides,  grace  a  des 
processus  inflammatoires  ou  autolytiques,  qu’il  est  possible 
—  emettons-en  rhypcthese  —  que  ces  produits  puissent  en  de¬ 
passer  les  barrieres  et.  passer  dans  le  sang  en  determinant  une 
hyperpolypeptidemie  d’crigine  nerveuse.  Quant  a  l’existence 
d’un  centre  nerveux  regulateur,  cette  question  n’est  pas  encore 
en  discussion. 

Dans  la  cliniqne  de  psychiatrie  de  Bucarest,  durant  la  derniere 
annee,  ont  ete  etudies,  au  point  de  vue  de  la  polypeptidemie, 
166  malades,  pour  lesquels  ont  ete  faits  517  dosages. 

II  nous  fallait  une  methode  dont  la  simplicite  pourrait  se  pre- 
ter  a  des  dosages  en  serie.  Nous  avons  choisi,  comme  correspon- 
dant  le  mieux  a  nos  besoins,  la  methode  decrite  par  Goiffon  et 
Spaey.  On  met  en  contact,  en  milieu  alcalin,  avec  le  reactif  dit 


550  P.  TOMESCO,  N.  GRUIA  IONESCO  ET  P.  CONSTANTINESCO 


des  phenols  de  Folin.  et  Wu,  dont  la  preparation  a  ete  indiquee 
par  un  de  nous  (Bull,  et  mem.  soc.  hop.  Bucarest,  N"  2,  1934),  un 
filtrat  trichloracetique  et  un  autre  phosphotungstic.  Le  virement 
de  couleur  produit  est  apprecie  par  comparaison  avec  un  etalon 
d’une  solution  de  tyrosine  mise  dans  des  conditions  identiques  de 
proportion  et  d’alcalinite,  en  presence  du  reactif  des  auteurs 
americains.  Les  chiffres  colorimetriques  obtenus  sont  exprimes 
en  milligrammes  de  tyrosine.  Les  auteurs  l’appellent  index-tyro- 
sine  de  polypeptidemie,  parce  que  le  virement  de  couleur  est  rea¬ 
lise  par  les  noyaux  tyrosiniques  seuls  (d’apres  les  auteurs), 
contenus  dans  les  molecules  peptidiques.  Comme  les  polypep¬ 
tides  sanguines  peuvent  contenir  de  ces  noyaux  dans  des  propor¬ 
tions  variables,  on  ne  peut  pas  calculer  le  taux  des  polypeptides 
sanguines.  C’est-a-dire  que  cette  methode  traduirait  seulement  le 
pouvoir  chromogene  des  noyaux  tyrosiniques  envers  le  reactif. 
Mais  comme  le  pouvoir  chromogene  de  ces  noyaux  presente  un 
rapport,  sinon  proportionnel,  au  moins  assez  lie  a  la  quantite 
des  polypeptides,  l’index-tyrosine  nous  donne  une  appreciation 
satisfaisante  du  taux  de  la  polypeptidemie.  Les  auteurs  preten- 
dent  que  l’importance  de  leur  methode  est  augmentee  par  ce 
fait  que  les  noyaux  tyrosiniques  sont  parmi  les  plus  toxiques  de 
ceux  qui  entrent  dans  la  composition  des  polypeptides.  Nous  ne 
discutercns  pas  les  interpretations  purement  chimiques  de  la 
methode,  les  details  peuvent  etre  trouves  dans  le  travail  original 
(Goiffon  et  Spaey  :  C.R.  Soc.  Biol.,  t.  CXV,  p.  711).  Outre  la  me¬ 
thode  sus-indiquee,  nous  avons  employe  aussi  la  methode  azoto- 
metrique  (voir  Cristol  et  Puech,  Bull.  Soc.  Sc.  Med.  et  Biol,  de 
Montp.  et  du  Lang,  med.,  t.  VII,  20  nov.  1925,  p.  48-52  ;  N.  Fies- 
singer  :  Diagnostics  biologiques,  Maloine,  1929). 

Les  recherches  anterieures  de  H.  Claude,  P.  Masquin,  J.  Dubli- 
neau  et  Mile  Bonnard,  et  encore  celles  de  H.  Claude,  Baruk  et 
H.-R.  Olivier,  ont  montre  que  les  polypeptides  peuvent  avoir  un 
role  dans  divers  etats  psycho-patholcgiques. 

L’augmentation  de  la  polvpeptidorachie  peut  etre  accompagnee 
ou  non  d’une  hyperpolypeptidemie.  En  vue  d’etablir  si  l’origine 
des  polypeptides  rachidiennes  se  trouve  dans  le  sang  ou  dans  le 
systeme  nerveux,  on  a  imagine  un  rapport  : 

Polypeptides  rachidiennes _ ^ 

Polypeptides  du  sang 

Son  augmentation  signifierait  production  locale.  L’augmentation 
des  deux  facteurs,  tout  en  maintenant  la  valeur  du  rapport  ou 
ne  la  diminuant  que  faiblement,  signifierait  que  les  polypeptides 
rachidiennes  auraient  une  origine  sanguine. 


RECHERCHES  SUR  L’ INDEX-TYROSINE  DE  POLYPEPTIDEMIE  551 


Nos  constatations  sur  le  serum  des  166  cas  nous  montrent  que 
■chez  66  d’entre  eux  1 ’index-tyrosine  depassait  le  taux  admis 
comme  normal. 


Cas  dont  l’index-tyrosme 
est  augmente 


Maladies 


©ebilite  mentale . 

Melancolie . 

Manie  et  liypomanie . 

Paraphrenie . 

Schizophrenic . 

Catatonies  symptomatiques 

Obsessions . 

Syndrome  adiposo-genital. 

Menopause . 

Confusion  mentale . 

Alcoolisme . 

Uremie  (psychose) . 

Epilepsie . t . 

Senilite . 

Paralysie  generale . 

Syphilis  cerebrate . 

Hypertension  arterielle  . . . 
Diverses . 


Total. 

II  ne  nous  a  pas  paru  suffisant  de  determiner  la  proportion  des 
index  augmentes  et  nous  avons  continue  nos  recherches  pour 
nous  rendre  compte  s’il  n’existe  pas  de  manifestations  anormales 
qui  expliqueraient  cette  augmentation,  dans  la  mesure  ou  ces 
manifestations  sont  considerees  aujourd’hui  comme  generatrices 
d’hyperpolypeptidemie.  C’est-a-dire  que  nous  nous  sommes  effor- 
ees  de  separer  les  hyperpolypeptidemies  —  symptome  d’une 
manifestation  extra-nerveuse  —  de  celles  qui  pourraient  avoir 
une  telle  origine.  Les  malades  etant  hospitalises,  nos  recherches 
en  ont  ete  facilitees. 

On  peut  voir  ainsi  que  sur  66  cas  d’hyperpolypeptidemie,  il 
est  34  cas  dans  lesquels  aucun  motif  expliquant  le  phenomene 
n’a  pu  etre  mis  en  lumiere.  En  revanche,  chez  32  malades,  nous 
avons  constate  l’existence  de  diverses  manifestations  :  insuffi- 


532  P.  TOMESCO,  .V.  GRUIA  IONESCO  ET  P.  CONSTANTINESCO 


sance  renale,  azotemie,  insuffisance  hepatique,  acces  de  malaria- 
(4  paralytiques  generaux),  la  pyretotherapie  par  le  lait.  D'apres- 
nos  recherches,  la  malaria,  aussi  bien  qne  les  injections  de 
lait,  provoquent  une  augmentation  de  1’index-tyrosine  de  polypep- 
tidemie  en  dehors  de  l’acces  febrile. 

De  notre  statistique,  il  faut  elirniner  32  cas,  dans  lesquels  la 
modification  humorale  ne  paraissait  pas  avoir  une  relation  trop 
etroite,  au  meins  en  apparence,  avec  la  psychose,  et  donnait  plu- 
tot  l’impression  d’une  coincidence. 

Sur  les  166  cas  etudies,  il  ne  nous  reste  que  34  cas,  dans  les¬ 
quels  1’augmentation  de  l’index  ne  pouvait  etre  mise  sur  le 
compte  d’aucune  autre  cause  possible,  que  nos  connaissances 
actuelles  interpretent  ccmme  generatrices,  d’apres  les  notions 
que  nous  possedons  aujourd’hui  sur  la  physiopathologie  des 
polypeptides. 

Tout  en  comparant  nos  resultats  a  ceux  publies  par  Th.  Simon, 
J.-Ch.  Roux  et  R.  Goiffon  (C.R.  Soc.  Biol.,  n”  24-935),  obtenus  sur 
des  malades  presented  a  un  service  de  consultation  pour  les  mala¬ 
dies  mentales,  on  constate  qu’ils  different.  Les  notres  sont  carac- 
terises  par  un  nombre  plus  restreint  de  cas,  dans  lesquels  l’in- 
dex  est  augmente.  Ainsi,  la  statistique  de  ces  auteurs  montre 
que  chez  77,4  %  de  malades  mentaux,  la  polypeptidemie  a  depasse 
le  taux  normal,  tandis  que  chez  des  malades  chirurgicaux,  la 
proportion  ne  depasse  pas  31  %  des  cas.  Chez  nos  alienes,  cette 
proportion  est  a  peine  a  39,7  %.  Si  de  ce  taux  on  elimine  les  cas 
dans  lesquels  on  peut  dire  que  l’augmentation  de  l’index  etait. 
due  a  un  trouble  du  fonctionnement  des  divers  visceres,  qui  inter- 
viennent  dans  le  processus  de  regulation  de  ces  substances, 
e’est-a-dire  qu’on  elimine  32  cas,  il  ne  reste  plus  que  20,4  %  dont 
la  raison  n’a  pu  etre  trouvee. 

Tout  comme  ces  auteurs,  nous  n’anticipons  rien  sur  une  even- 
tuelle  relation  entre  le  phenomene  biochimique  constate  et  les 
psychoses.  Nous  voulons  signaler  seulement  la  coexistence  de  ces 
deux  processus,  mais  dans  une  proportion  moins  importante 
que  celle  observee  par  les  auteurs  sus-cites.  Nous  remarquons 
en  passant  que,  parmi  les  maladies  etudiees,  celles  qui  ont  donne 
la  proportion  la  plus  importante  d’hyperpolypeptidemies  sont  :  la 
schizophrenic,  la  psychose  maniaque,  la  confusion  mentale, 
l’epilepsie  et,  dans  une  certaine  mesure,  la  paralysie  generate. 

Nous  voulons  signaler  que  de  la  statistique  presente  nous 
avons  exclu  25  pellagreux  dont  les  observations  seront  communi- 
quees  ailleurs.  Nos  chiffres  sont  ainsi  plus  comparables  avec  la 
statistique.  des  auteurs  precites,  qui  certainement  n’ont  rencontre- 


RECHERCHES  SUR  L’ INDEX-TYROSINE  DE  POLYPEPTIDEMIE  55* 

au  cours  de  leurs  etudes  qu’un  nombre  tres  restreint  et  meme 
probablement  aucun  cas  de  pellagre. 

L’existence  de  ces  hyperpolypeptidemies  dans  une  proportion 
assez  importante,  sans  qu’on  puisse  accuser  de  sa  production 
aucun  des  organes  regulateurs  de  la  peptidemie,  pose  devant  nous 
un  probleme  nouveau,  celui  de  Tinfluence  du  systeme  nerveux 
sur  l’equilibre  polypeptidique  du  sang.  II  est  possible  que,  a  l’etat 
pathologique,  le  systeme  nerveux  influence  le  taux  de  la  polypep- 
tidemie  ;  il  se  produirait  des  phenomenes  comparables  aux  azo- 
temies  dites  nerveuses,  etudiees  par  de  nombreux  auteurs,  et 
dont  Fetude  a  ete  reprise  dernierement  par  A.  Courtois. 


LES  TENDANCES  ACTUELLES 
DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  HOLLANDE  (D 


W.-M.  VAN  DER  SCHEER  et  W.  HEMMES 


Ce  n’est  pas  une  tache  facile  de  dOnner  au  psychiatre  etran- 
ger,  dans  les  limites  d’un  article,  un  apercu  sur  les  tendances 
actuelles  de  la  psychiatrie  en  Hollande.  La  recherche  d’un  fil 
conducteur  dans  ce  domaine  etendu,  dont  les  valeurs  touchent 
aussi  bien  au  terrain  des  sciences  theoriques  qu’a  celui  des 
sciences  appliquees,  rencontre  quantite  de  difficultes. 

Revues  periodiques 

Essayer  de  le  faire  en  se  reportant  aux  publications  neerlan- 
daises  relatives  a  ces  questions  et  aux  rapports  de  reunions  de 
ces  dernieres  annees  serait  chose  impossible,  vu  l’etendue  de  ce 
materiel.  La  «  Bibliographie  des  auteurs  neerlandais  dans  le 
domaine  de  la  psychiatrie  et  de  la  neurologie  »,  publiee  par 
K.  Herman-Bouman,  Professeur  a  l’Universite  d’Amsterdam  et 
redigee  par  Mile  Mesdag,  et  qui  comprend  environ  800  pages 
de  texte  imprime,  en  est  une  preuve  suffisante. 

Les  plus  importants  travaux  relatifs  a  la  psychiatrie  se  trou- 
vent  dans  les  «  Psychiatrische  Neurologische  Bladen  »,  organe 
de  I’Association  Neerlandaise  de  psychiatrie  et  de  neurologie  oil 
Lon  trouve,  en  plus  d’articles  originaux,  les  rapports  des  reu¬ 
nions.  Le  «  Nederlandsch  Tijdschrift  voor  Geneeskunde  » 
recueille  aussi  beaucOup  de  travaux. 

(1)  Cet  article  du  Professeur  W.  M.  Van  der  Scheer,  de  l’Universite  de  Gro- 
ningue,  et  du  Dr  W.  Hemmes,  fait  partie  d’une  serie  d’articles,  consacres  par 
les  Annates  Medico-psychotogiques  a  une  enquete  internationale  sur  les 
tendances  de  la  psychiatrie  contemporaine.  —  R.  C. 


Ann.  Med.-psych.,  XVs  serie,  94e  annee,  t.  I.  —  Avril  1936. 


LES  TENDANCES  DE  LA 


PSYCHIATRIE  EN  HOLLANDE  555 


Les  Associations  et  leer  activite: 


Ce  qui  caracterise  les  rapports  existant  entre  la  psychiatr 
€l  la  neurologie,  c’est  que  presque  tons  les  specialistes  hollan- 
dais  du  systeme  nerveux  sont  reunis  en  une  association  unique, 

<  V Association  Neerlandaise  de  Psychiatrie  et  de  AeuroZopie  >>. 
Les  neurologues,  les  psychanalystes  et  les  psychotherapeutes 
au  JZen  que  les  mMecins  d’asile,  collaborent  activement  dans 
cette  Association.  11  ne  serait  eependant  pas  exact  de  Imre 
eroire  que  cette  Association  est  arrivee  a  satisfaire  equitable- 
ntipnt  toutes  les  tendances. 

Le  fait  que,  a  Amsterdam  par  exemple  et  dans  la  province 
de  la  Hollande  meridionale,  des  Associations  isolees  de  necrolo¬ 
gues  se  soient  creees,  n’a  pas  nui  a  l’umte  ;  tous  les  memb 
restaient  aussi  membres  actifs  de  la  Grande  Association  Neer- 

'"“S'X  flit  pas  de  meme  en  1919,  lore  de  la  creation  de 
«  V Association  des  Medecins  d’Asilc  »,  qui  montra  que  les 
interets  professionnels  des  medecins  d’asile  u’etment  pas  siiffi- 
samment  pris  en  consideration.  Mais  ici  non  plus  H  ne  fut  pas 
question  de  divergences  dans  le  domaine  de  la  psychiatrie 

feCLeslft?avaux  des  medecins  d’asile  continuerent  a  representer 
une  part  importante  de  l’ordre  du  jour  des  reunions  de  1  Asso¬ 
ciation  Neerlandaise  de  Psychiatrie  et  de  Neurologie,  dont  pres¬ 
que  tous  les  medecins  d’asile  sont  restes  des  membres  fideles. 

Cependant,  le  depart  des  psvchanalvstes,  qui  suivit,  parut 
ulus  grave.  11  etait  du  a  une  certaine  animosite  nee  dans  le  sein 
de  1’ Association  a  la  suite  des  Conferences  faites  sur  les  concep¬ 
tions  de  Freud.  A  l’initiative  surtout  de  Van  der  Chijs,  \  an 
Fmbden  J  et  A.  Stareke,  on  crea  VAssocation  Neerlandaise  de 
Psuchanalgse.  Elle  fut  constituee  coinme  branche  de  «  1’Asso- 
ciation  Internationale,  de  Psychanalyse  »  a  la  tete  de  laquelle  se 


trouve  Freud.  '  ,  ,  .  , 

Ce  qui  est  caracteristique  de  l’Association  Neerlandaise  de 
Psychanalyse,  et  qui  s’oppose  aux  Associations  etrangeres,  est 
le  fait  que  les  membres  de  cette  Association  sont  umquement 
des  medecins.  II  n’est  pas  question  en  Hollande  de  psychana- 
lyse  pratiquee  par  des  non-medecins.  L’Association  defend  ce 
point  de  vue  que  Education  medicate  et  la  connaissance  de  la 
psychiatrie  et  de  la  neurologie  sont  indispensables  pour  bien 
appliquer  la  psychanalyse.  . 

Et  pourtant,  les  relations  avec  1’ Association  Neerlandaise  de 


556  W.-M.  VAN  DER  SCHEER  ET  W.  HEMMES 

Psychiatrie  et  de  Neurologie  ne  sont  pas  brisees.  La  preuve  ert 
est  que  la  plupart  des  psychanalystes  sont  membres  des  deux 
Associations  et  qu’il  y  a  des  psychanalystes  siegeant  a  la  direc¬ 
tion  de  P Association  Neerlandaise  de  Psychiatrie  et  de  Neurolo¬ 
gic,  et  qu’en  xneme  temps,  ces  deux  Associations  organisent  des 
seances  communes. 

II  existe  encore  une  «  Association  de  Psychanalyse  et  de 
Psycho-pathologie  »  a  Leyde.  Celle-ci  ne  s’eni  tient  pas  exclusi- 
vement  au  point  de  vue  de  Freud.  Elle  aussi  reste  en  contact 
avec  l’Association  Neerlandaise  de  Psychiatrie  et  de  Neurologie. 

En  1930,  quelques  psychiatres  se  sont  reunis  en  une  «  Asso¬ 
ciation  Neerlandaise  de  Psychotherapie  ». 

Ce  qui  prouve  egalement  qu’aux  reunions  de  l’Association 
Neerlandaise  de  Psychiatrie  et  de  Neurologie  on  n’avait  pas 
sufflsamment  l’occasion  de  discuter  de  tons  les  sujets  pouvant 
satisfaire  le  desir  et  le  besoin  de  certains  groupes  du  monde 
psychiatrique.  On  put  done  se  rejouir  lorsque  l’ancien  Presi¬ 
dent  de  l’Association,  K.  Herman-BOuman,  reussit  a  faire  colla- 
berer  plus  intimement  les  Associations  isolees,  dont  il  est  ques¬ 
tion  plus  haut,  avec  l’Association  mere.  C’est  le  foyer  commun 
qui  empeche  toute  separation  nette  et  toute  inimitie,  et  qui 
fournit  largement  aux  specialistes  neerlandais  du  svsteme  ner-: 
veux  de  se  mettre  et  de  se  tenir  au  courant  des  diverses  ten¬ 
dances. 

Non  seulement  les  rapports  des  seances  et  les  articles  de- 
revues,  mais  aussi  les  rapports  generaux  presentes  aux  dernie- 
res  seances  annuelles  prouvent  combien  la  vie  scientifique  s’epa- 
nouit  dans  le  domaine  de  la  psychiatrie.  En  1927,  on  parla  de 
la  question  de  la  schizophrenic  (1),  en  1929,  on  presenta  un 
rapport  sur  les  psychoses  d’involution  (2),  en  1930,  on  s’occupa 
du  probleme  de  paranoia  (3),  en  1932,  on  traita  de  la  psychose 
maniaque  depressive  (4),  en  1934,  le  probleme  de  Vhysterie  (5) 
fut  a  l’ordre  du  jour,  cependant  que  cette  annee,  le  programme 
porte  le  probleme  de  I’encephalite  dont  le  cote  neurologique, 
aussi  bien  que  le  cote  psychiatrique,  sera  envisage.  Tous  ces 
sujets  furent  confies  aux  plus  competents.  On  traita  aussi  bien 
ces  questions  du  point  de  vue  clinique,  psychopathologique^ 
psychanalitique,  experimental,  anatomique,  biologique,  que  the- 
rapeutique. 

(1)  Zur  Frage  der  Schizophrenie,  P.N.B1.,  1928,  n°  5,  en  6. 

(2)  Zur  Frage  der  Involutionspsychosen,  P.N.B1.,  1929,  n°  5. 

(3)  Paranoianummer,  P.N.BL,  1931,  n°  3. 

(4)  Over  de  Manisch  depressieve  psgehosen,  P.N.Bl.,  n°  3  en  4. 

(5)  Over  de  Hysterie,  P.N.B1.,  1935,  n°  4  eii  5. 


LES  TENDANCES  DE  LA 


PSYCHIATRIE  EN  HOLLANDE 


Education  psychiatrique  du  medecin 

Les  etudes  de  mededne  se  font,  en  Hollande,  aux  Families 
mOdicales  des  University  de  l'Etat  de  Leyde,  Amsterdam, 
Utrecht  et  Groningue. 

Pour  ce  qui  est  des  exigences  an  point  de  vue  de  la  connais- 
sance  de  la  psychiatric,  on  oblige  l’etudiant  en  medecine  de 
-siiivre  les  cours  de  psychiatrie.  Ces  cours  sont  donnes  par  les 
Professeurs  de  psychiatrie  E.  Carp,  K.-H.  Bonman,  L  Bouman 
W  -M.  Van  der  Scheer.  Ces  deux  derniers  enseignent  aussi  la 
neurologie.  Apres  avoir  passe  l’examen  de  candidat  en  mede¬ 
cine  (deux  a  trois  ans),  Fetudiant  suit,  pendant  deux  a  troisans, 
les  cliniques  de  psychiatrie.  Ensuite,  il  passe  son  examen  thcor - 
que  dans  lequel  la  psychatrie  et  la  neurologie  reumesseti  cur¬ 
ve  nt  au  meme  rang  que  les  autres  cours  cliniques  (Medecine 
interne,  chirurgie,  accouchements).  Apres  un  a  deu^  anS’ 
passe  ses  examens  pratiques.  A  ce  moment,  il  a  trsvaille ^  dans 
les  divers  services  ainsi  que  dans  le  service  de  psyc  n 
peut  alors  s'etablir  comme  medecin  .ordinaire,  mais  non  comme 
specialiste. 

Specialistes  du  systjeme  nerveux 

Pour  etre  reconnu  comme  specialiste  du  systeme  nerveux, 
oelui  qui  a  termine  ses  etudes  de  medecine  doit  avoir  trayaille 
pendant  au  mains  trois  ans  dans  une  clmique^  universrtore 
neuro-psychiatrique,  ou  dans  un  service  equivalent  (certains 
asiles  d’alienes  sont  mis  au  meme  rang  que  les  cliniques  psychia- 
triques).  Une  commission  de  specialistes  decide  si  on  satisfait 
a  ces  exigences.  Pas  meme  la’moitie  des  specialistes  du  systeme 
nerveux  ne  recherche,  apres  leurs  etudes,  une  situation  mde- 

E ^ H oi  1  ande ,  oil  il  y  a  une  population  de  8.200.000  ames,  il 
existe,  sur  4.500  medecins,  environ  250  specialistes  du  systeme 
nerveux  (psychiatres  et'  neurologues), 

De  ces  250  specialistes,  110  seulement  font  de  la  clientele 
privee,  les  autres,  pour  la  plupart,  trouvent  leur  pleine  occupa¬ 
tion  comme  medecins  ou  medecins  directeurs  dans  les  etablisse- 
ments  pour  alienes  et  pour  anormaux. 


Les  diverses  tendances  de  la  psychiatrie 

Les  diverses  tendances  de  la  psychiatrie  sont  determinees 
surtout  par:  1°  les  prolfesseurs  de  psychiatrie  ;  2°  les  medecins 


558 


W.-M.  VAN  DER  SCHEER  ET  W.  HEMMES 


des  asiles  d’alienes  ;  3°  le  groupe  de  psychanalystes  et  psycho- 
therapeutes.  Si,  a  la  clinique  universitaire,  nous  trouvons  sur- 
tout  une  tendance,  celle  d'u  professeur  de  psychiatrie  qui,  pour 
develop  per  ses  conceptions,  peut  avoir  recours  a  la  collaboration 
des  medecins  attaches  a  sa  clinique,  it  n’en  est  plus  de  meme 
dans  les  asiles  ou  les  medecins  ont  toute  liberte  pour  faire  des 
i-echerches  suivant  leur  propre  conception. 

Je  vais  maintenant  resumer  les  diverses  tendances  qui  se 
manifestent  dans  les  quatre  Universites,  apres  quoi  j’examine- 
rai  le  travail  scientifique  des  asiles. 

Tendances  et  travail  scientifique  dans  les  Universities. 

Leyde  ( University  de  I’Etat) 

Apres  le  depart  de  G.  Jelgersma,  qui,  autant  par  la  publica¬ 
tion  d’un  traite  que  par  ses  lecons,  restera  le  pionnier  de  la 
psychiatrie  neerlandaise,  sa  chaire  fut  occup-ee  par  son  eleve 
Carp. 

La  classification  de  Jelgersma,  qui  divise  les  psychoses  en 
psychoses  constitutionnelles  et  psychoses  drntoxication,  qui 
ont  comme  base  les  conceptions  sur  les  reactions  individuelles 
et  generales  du  systeme  nerveux  central,  vis-a-vis  de  I’action 
des  toxiques,  reactions  qui  dependent  de  l’intensite  et  de  la  duree. 
de  cette  action,  restent,  pour  la  clinique  de  Leyde,  a  l’origine 
de  l’etude  systematique  des  psychoses.  On  discerne  : 

1°  Etat  d’insuffisance  mentale  ou  oligophrenie. 

2°  Etat  psychotique  se  developpant  sur  un  terrain  psychopa- 
thique  (psychoses  maniaques  depressives,  reactions  paranoi¬ 
des). 

3°  Psychoses  exogenes  (psychoses  toxi-infectieuses,  involuti- 
ves,  schizophreniques,  processiVes). 

Dans  l’etude  des  diverses  psychoses,  la  clinique  de  Leyde 
n’essaie  pas,  il  est  vrai,  de  suivre  une  tendance  psychologique 
unique.  Cependant,  personne  ne  contestera  qu’on  accorde  la 
plus  grande  et  la  principale  place  a  cette  tendance,  et,  pour 
1’appeler  par  son  nom,  la  tendance  qui  utilise  la  recherche 
psychanalytique.  Comment  pourrait-il  en  etre  autrement,  la  ou 
Jelgersma,  le  premier  dans  notre  pays,  accepte  dans  leur 
entier  les  conceptions  freudiennes.  Sans  doute,  Carp  ne  se  situe 
pas  parmi  les  psychanalystes  orthodoxes.  En  tant  qu’esprit 
religieux,  il  n’accepte  pas  la  psychanalyse  comme  philosophic. 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  HOLLANDE  559 

parce  qu’il  considere  la  psychanalyse  comm.e  une  conception 
trop  materialiste-realiste.  Cependant,  il  est  d'opinion  que  ce  nest 
cue  grace  a  la  psychanalyse  qu’on  arrivera  a  approfondir  le 
inecanisme  des  diverses  psychoses,  alors  que  l’etude  psychana- 
lytique  est  une  condition  sine  qua  non,  pour  apprendre  a  con- 
naitre  une  nevrose. 

Comme  forme  de  psychotherapie,  cette  methode  trouve  assez 
peu  d’utilisation  a  cause  du  risque  que  comporte  la  psychana- 
lyse  et  les  principales  formes  de  psychotherapie  utihsees  a  la 
Clinique  de  Leyde  sent  les  methodes  suggestives  directes,  la 
psychocatharsis  et  l’hypnotherapie. 

II  est  certain  que  la  plupart  des  medecins  partisans  de  la 
psychanalyse  preferent  l’Universite  de  Leyde  aux  autres.  Cha- 
que  annee,  cette  clinique  publie  des  theses  et  des  articles  pene- 
tres  de  l’esprit  psychanalytique. 

Comme  principal  d’entre  eux,  je  citerai  la  these  de  Blok  : 
«  Sur  des  idees  delirantes  de  femmes  atteintes  de  psychose 
schizophrenique  paranoide  »  et  celle  de  Manse  :  «  Sur  les 

psychoses  devolution  chez  des  femmes  et  leurs  rapports  avec 
le  negativisme  ». 

Outre  un  grand  nombre  d’articles  dans  lesquels  la  psychopa- 
thologie  et  la  psychanalyse  tiennent  une  grande  place,  Carp  lui- 
meme  publia  en  volume  «  Un  traite  des  nevroses  »  et  «  Conflits 
dans  la  vie  de  l’enfant  ».  Avec  d’autres  collaborateurs,  il  publia 
un  livre  sur  les  psychopathes.  Au  point  de  vue  de  la  notion  de 
psvehopathie,  il  admet  un  developpement  dysharmomque  de 
la  structure  de  la  personnalite,  d’ou  resulte  un  important  defaut 
d'adaptation  vis-a-vis  de  l’ordre  social. 


Amsterdam.  —  Uniuersite  communale. 

Clinique  neuro-psychiatrique  (180  lits) 

La  chaire  de  professeur  de  psychiatric  et  de  neurologic  est 
occupee,  depuis  de  longues  annees,  par  K.  Herman-Bouman.  Il 
donne  surtout  un  cours  de  psychiatrie.  Comme  il  fut  1  eleve  du 
Professeur  C.  Winkler,  le  repute  anatomiste  du  cerveau,  l’ensei- 
gnement  de  la  psychiatrie  se  base  entierement  sur  l’anatomie 
et  la  physiologie  du  systeme  nerveux  central. 

C’est  surtout  la  psychiatrie  clinique  qu’on  y  presente  a  1  etu- 
diant.  Pour  ce  qui  est  de  la  systematisation  des  psychoses,  c’est 
la  classification  de  Kraepelin  qui  est  suivie.  D'apres  les  statisti- 
ques  de  la  clinique,  les  psychoses  dependant  de  l’alcoolisme  et 


.560 


W.-M.  VAN  DER  SCHEER  ET  W.  HEMMES 


de  la  syphilis  semblent  constituer  un  grand  pourcentage.  II  est 
done  comprehensible  que  la  malariatherapie  de  la  paralysie 
generale  trouve  une  utilisation  frequente  et  etendue,  et  que, 
grace  a  une  selection  et  une  etude  soigneuses  des  cas  traites,  on 
ait  acquis  une  riche  experience.  Les  resultats  ont  ete  communi¬ 
ques  recemment  dans  une  these  de  R.  Tolsma  («  Les  resultats 
de  la  malariatherapie  dans  la  paralysie  generale  »,  1935). 

C’est  surtout  le  cote  social  .de  la  psychiatrie  qui  trouve  en 
Bouman  un  defenseur  ardent.  C’est  lui  qui  eut  l’initiative  de 
creer  l’Association  Neerlandaise  d’Hygiene  Mentale  (voir  plus 
loin).  Le  probleme  de  l’alcool  le  preo'ccupe  sans  arret  (voyez  : 
1’alcool  et  l’hygiene  mentale.  International  Congres  of  mental 
Hygiene.  Washington,  1930). 

La  criminalite  infantile  et  la  psychologie  pedagogique  sont 
l’objet,  dans  la  clinique  de  Bouman,  d’un  grand  interet.  A  cote 
de  Riimke  qui,  dans  le  domaine  psychopedagogique,  a  fourni 
beaucoup  de  travail,  il  faut  citer,  comme  un  des  eleves  impor- 
tants,  Grewel. 

La  recherche  experimentale,  elle  aussi,  n’est  pas  oubliee  dans 
la  clinique  d’Amsterdam.  II  me  sufflra  de  citer  l’important  tra¬ 
vail  de  Jacques  Ley  :  Recherches  experimentales  sur  la  circu¬ 
lation  cerebrale  et  ses  troubles  (Erven  F.  Bohn). 

De  plus,  dans  le  laboratoire  de  psychologie  experimentale 
jnstalle  dans  la  clinique-  de  Bouman  avec  l’aide  de  Godefroy,  la 
psychologie  experimentale  des  sens  trouve  en  J.  Van  der  Waals, 
un  de  nos  plus  jeunes  travailleurs  a  1’esprit  penetrant. 

Pour  ce  qui  est  des  recherches  scientifiques,  c’est  l’histologie 
des  psychoses  qui  a  la  preference.  Les  recherches  de  Bouman 
sur  les  anomalies  de  l’ecorce  cerebrale  dans  la  schizophrenic 
sont  d?un  puissant  interet.  «  On  trouve  dans  le  cortex  une 
necrose  cellulaire  (en  intensite  degradante)  dans  les  couches 
III,  V,  VI  et  IV.  » 

Bouman,  d’une  facon  magistrale,  arrive  a  ramener  le  syn¬ 
drome  schizophrenique  a  une  regression  genetique  (1),  aussi 
bien  en  se  placant  au  point  de  vue  histo-pathologique  qu’au  point 
de  vue  psycho-pathologique. 

C.  Van  der  Heide  developpa  dans  une  excellente  these  les 
recherches  histo-pathologiques  concernant  la  maladie  de  Pick. 

A  cote  de  ses  travaux  d’ordre  psyehiatrique,  Bouman  s’inte- 
resse  particulierement  a  l’art  prehistorique,  et  l’on  peut  retrou- 

(1)  Le  Congres  hollando-belge  de  psychiatrie  et  de  neurologie.  Psych. 
Neural.  Bl.,  1934,  n°  2  (resume  de  cette  etude  en  frangais). 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  HOLLANDE  5G1 

ver  le  psychiatr'e  dans  ses  jugements  sur  l’art  primitif  (Das 
biogenetische  Grundgesetz  und  die  Psychologie  der  primitiven 
bildenden  Kunst.  Z.  f.  angewandte  Psychologie.  Bd  XIY). 

L’etroite  collaboration  existant  entre  le  service  neuro-psychia- 
trique  de  Bouman  et  le  service  de  neurologie  de  Brouwer  constir 
tue  le  grand  interet  de  PUniversite  d’ Amsterdam  comme  centre 
d’enseignement  pour  le  medecin  ordinaire  et  le  specialiste  du  sys- 
teme  nerveux.  D'autant  plus  que  l’etudiant  peut  en  meme  temps 
suivre  les  cliniques  de  psychiatric  de  L.  Van  der  Horst,  qui  est 
attache  comme  professeur  a  PUniversite  libre  (Enseignement 
superieur  organise  par  l’Eglise  Reformee).  Cette  Universite  pos- 
sede  un  service  de  psychiatrie  (Clinique  Valerius)  sous  la  direc¬ 
tion  de  Van  der  Horst,  eleve  de  Wiersma,  la  psychiatrie  y  est 
surtout  pratiquee  sur  les  bases  psychologiques  et  experimenta- 
les.  II  a  publie  des  travaux  sur  la  tendance,  les  methodes,  les 
limites  et  les  possibility  de  la  psychologie,  sur  les  rapports  exis- 
lant  entre  la  psychiatrie  et  la  philosophic. 

Son  explication  des  psychoses  d’involution  d’apres  le  caractere 
pre-psychotique  et  sa  monographic  dans  laquelle  il  decrit  le 
syndrome  de  Korsakow  comme  un  trouble  de  l’orientation  dans 
le  temps,  se  reclament  entierement  du  domaine  de  la  psychologie. 

Ses  reeherches  de  psychologie  expcrimentale  s’attachent  sur¬ 
tout  a  l’analyse  structurale  et  conduisent  a  la  constatation  d’ana- 
logies  entre  le  type  constitutionnel  chez  le  malade  et  chez 
Phomme  normal  et  a  des  correlations  entre  le  caractere  des  lep- 
losomes  sains  et  des  dements  precoces,  et  entre  des  pycniques 
sains  et  des  psychoses  icycliques. 

Sur  son  initiative  et  avec  la  collaboration  d’un  grand  nombre 
•de  psychiatres  etrangers,  on  edite  une  Revue  Neerlandaise  de 
psychologie.  Cette  revue  n’a  rien  de  specifiquement.  neerlandais 
a  cause  de  la  collaboration  etrangere  preponderante. 

Nous  ne  pouvons  terminer  cette  notice  sur  PUniversite  d’Ams- 
terdam  sans  rappeler  les  interessantes  reeherches  de  De  Jong 
qui,  dans  le  laboratoire  de  la  clinique  de  Neurologie,  seul  et  en 
collaboration  avec  d’autres,  notamment  avec  Henri  Baruk  et 
Van  der  Horst,  s’est  livre  et  se  livre  encore  a  d’importantes  etu¬ 
des  relatives  a  la  catatonie  experimeniale,  reeherches  qui,  des  a 
present,  sont  d’un  grand  interet  pour  la  psychiatrie  (1). 


(1)  Voyez  :  La  Catatonie  experiment  ale.  Revue  Neurologique,  1929  ;  L’En - 
> eephale ,  1930  ;  Ann.  Med.-Psgch..  1933. 


Ann.  Med.-i 


!.,  XVe  SEHIE,  94e  ANNEE,  T.  I.  —  Avril  1936. 


36. 


582  W.-M.  VAN  DER  SCHEER  ET  W.  HEMMES 

Utrecht.  —  University  de  VEtat 
Clinique  Nearo-Psychiatrique  (130  lits) 

Jusqu’en  1925,  la  chaire  de  psychiatrie  et  neurologie  a  et& 
occupee  par  C.  Winkler.  Sans  doute  Winkler  etait  avant  tout 
clinicien  quand  il  s’agissait  de  psychiatrie,  mais  de  plus  il  etait 
ncurologue  et  anatomiste. 

Il  defend  ce  point  de  vue  que  sans  la  connaissance  approfondie 
de  l’anatomie  et  de  la  physiologie  de  lappareil  de  la  vie  de  rela¬ 
tion  (c’est  ainsi  qu’il  appelle  le  systeme  nerveux)  il  n’est  pas 
possible  de  pratiquer  la  psychiatrie  clinique.  Etant  notre  plus- 
grand  anatomiste  du  cerveau,  l’examen  neurologique  methodi- 
■que  avait  la  preference  dans  son  enseignement  de  la  psychiatrie. 
S’appuyant  sur  les  principes  de  Meynert  et  de  Wernicke  il  a 
donne  a  la  psychiatrie  des  bases  biologiques.  Il  etablit  comme 
une  premiere  exigence  l’etude  de  la  partie  inccnsciente  qui  regie 
les  manifestations  cbnscientes.  Sans  clo’ute  il  considerait  la  psy- 
chologie  comme  base  utile  de  la  psychiatrie,  mais  certes  pas  a 
la  facon  de  Jaspers  et  Freud.  Il  ne  considere  pas  la  psychopatho- 
logie  de  Jaspers  qui  traita  des  rapports  comprehensibles  a  cote 
des  rapports  causaux,  comme  apte  a  faire  progresser  la  psychia¬ 
tric,  pas  plus  que  le  «  diagnostic  dimensionnel  » .  La  notion  des 
phenomenes  subjectifs,  la  phenomenologie,  opposee  a  1  etude  des 
phenomenes  objectifs,  qui  sont  sous  la  dependance  de  transfor¬ 
mations  anatomiques,  n’est  pas  considere  par  lui  comme  permet- 
tant  une  differenciation  exacte  entre  les  maladies  organiques- 
et  les  maladies  fonctionnelles. 

Il  s’accorde  tout  aussi  mal  avec  la  psychanalyse  Freudienne, 
dans  laquelle  il  voit  l’accumulation  d’hypotheses  non  confirmees 
et  qui  ne  le  seront  jamais,  dues  a  un  liomme  genial  po’ssedant 
des  dons  de  «  combinaison-  »  presque  impossibles  a  suivre. 
Seule  la  psychologie  descriptive  et  experimentale,  telle  que 
Wiersma  l’a  fait  fleurir  dans  notre  pays,  est  pour  lui  d’impor- 
tanee  capitale  pour  juger  les  facultes  psychiques  speciales  sur- 
tput  lorsque  cette  psychologie  s’adapte  parfaitement  aux  resul- 
tats,  obtenus  de  toute  autre  facon,  auxquels  Pavlov  arriva  dans 
ses  recherches  sur  les  reflexes  conditionnels  (Voyez  :  Winkler  y 
1’ Avenir  de  la  psychiatrie.  Lecon  d’adieu.  Haarlem  De  Erven. 
F.  Bohn,  1925). 

En  1925,  L.  Bouman,  decede  depuis  que  cet  article  a  ete  redige^ 
succeda  a  Winkler.  Il  pratiqua  ses  premieres  recherches  dans 
1’asile  d’alienes  de  Bloemendaal-Loosduinen.  En  1907,  il  fut 
nomme  professeur  a  l’Universite  libre  d’ Amsterdam.  En  1925, 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIC  EN  HOLLANDE 


563 


il  inaugura  sa  carriere  de  professeur  a  Utrecht  en  y  prononcant 
un  discours  sur  «  la  pratique  scientifique  de  la  psychiatrie  » 
discours  dans  lequel  il  montre  netteraent  sa  sympathie  a  l’egard 
des  decouvertes  anatomiques  et  serologiques  mais  oil  il  s’oppose 
immediatement  a  une  conception  anatomique  trop  unilateral. 

Contrairement  a  Winkler,  il  defendait  la  grande  signification 
des  methodes  psychologiques.  Son  discours  «  Psychiatrie  et  Neu¬ 
rologic  »,  se  termine  par  ces  mots  de  Pascal:  «  Nous  connaissons 
la  verite  non  seulement  par  la  raison,  mais  encore  par  le  coeur  ». 
Dans  son  article  «  Biologie  et  Psychopathologie  »,  il  insista  une 
fois  de  plus  sur  cette  conception  :  que  les  considerations  bio'lo- 
giques  sont,  bien  entendu,  d’une  tres  grande  importance  en  psy¬ 
chiatrie,  mais  ne  sont  pas  suffisantes.  La  phenomenologie  et  la 
psychopathologie  comprehensive  restent  indispensables  a  la  psy¬ 
chiatrie.  Et  il  attachait  aussi  une  grande  valeur,  dans  l’examen 
clinique,  a  tout  ce  qui  tient  compte  de  la  constitution,  de  l’ana- 
lyse  de  la  structure,  de  la  caracteriologie,  de  la  psychanalyse  et 
de  la  phenomeriologie.  Il  fut  parmi  les  premiers  chez  nous  & 
exprimer  cette  idee  que  la  psychopathologie,  constitute  par  lui 
comme  base  de  la  psychiatrie  clinique,  demandait  a  etre  revue  ; 
il  introduisit  chez  nous  la  psychologie  de  Kulpe  et  la  psychopa- 
thologie  de  Jaspers.  Il  considerait  comme  adjuvants  indispensa¬ 
bles  a  la  comprehension  clinique,  la  recherche  des  rapports 
c.omprehensibles,  1’examen  phenomenologique,  la  notion  d’un  pro¬ 
cessus  vis-a-vis  du  developpement  de  la  personnalite,  les  actes 
psychiques.  Il  apprecie  beaueoup  la  psychanalyse  mais  ne  lui 
menage  pas  ses  critiques. 

Deja  avant  la  publication  des  travaux  de  Kretschmer,  il  tentait 
de  rendre  le  diagnostic  «  dimensionnel  »,  depuis  des  annees  il 
emploie  la  methode  d’analyse  de  la  structure.  Il  tend  vers  une 
classification  suivant  des  types.  Dans  son  enseignement  ces  con¬ 
ceptions  se  montrent  nettement.  Il  s’interesse  aux  modifications 
cliniques  dans  les  psychoses.  Avec  Van  Hasselt  il  a  etudie  la 
reaction  d’Abderhalden  dans  les  psychoses  ;  Heidema  fit  dans 
son  service  une  these  sur  la  «  teneur  du  sang  et  sucre  dans  les 
psychoses  ».  Mais  l’interet  de  Bouman  allait  surtout  aux  troubles 
liistopathologiques  dans  les  psychoses.  Il  etudia  a  fond,  avec 
Bok,  la  paralysie  generale,  la  demen.ce  senile  et  l’encephalite. 
Avec  Griinbaum  il  travailla  le  problesne  ardu  de  l’aphasie,  de  la 
chronc-gnosie  et  de  1’agraphie. 

Dans  diverses  etudes  de  ces  dernieres  annees  on  decouvre  net- 
tenient  une  tentative  de  synthese  des  differentes  methodes  de 
recherches  psychiatriques  («  psychose  d’involution  et  psychoses 


564 


W.-M.  VAN  DER  SCHEER  ET  W.  HEMMES 


preseniles  »,  «  la  paranoia  »,  «  l’hysterie  »,  «  biologic  et  psy- 
chopathologie  »). 

En  outre  Bouman  possedait  l’art  de  s’assurer  la  collaboration 
d’esprits  scientifiques  d'avant  plan.  A  ce  sujet  je  nommerai 
Van  Hasselt,  pour  ses  recherches  chimico-serologiques  ;  Bok, 
histopathologiste,  Grunbaum  psychologue,  avec  qui  il  travailla 
de  longues  annees.  II  taut  encore  citer  Biimke  qui  actuellement 
est  attache  a  la  Clinique  Universitaire  d’Utrecht  comma  profcs* 
seur  extraordinaire  de  psvchologie  medicale.  Riinike  a  fourni  du 
beau  travail  au  sujet  de  diverses  questions  psychopathologiques 
et  pedagogiques  relatives  a  l'enfance.  Dans  un  article  intitule 
«  Psychiatrie  clinique  »  (Psychiatrische  et  Neurologisehe.  Bla¬ 
den  1932)  il  expose  son  point  de  vue  au  sujet  de  la  recherche  et 
de  1’enseignement  psychiatrique  scientiiique.  Il  considcre  que  la 
psychiatrie  clinique  est  le  point  de  depart  et  la  pierre  de  touche 
de  toutes  les  autres  branches  de  la  psychiatrie. 

Parmi  -ces  dernieres,  ses  preferences  vont  a  la  phenomenolo- 
gie,  la  caracteriologie,  et  la  psychotherapie  et  son  esprit  est  sur- 
tout  oriente  vers  la  recherche  d’une  base  de  psychologie  evolu- 
tionnelle.  A  ce  sujet  citons  son  «  Lebensphasen  und  Psycho¬ 
therapie  »,  oil  il  dit  :  «  La  psychologie  devolution  a  comme 
tache  de  donner  une  base  a  la  psychotherapie.  Rien  he  manque 
a  la  psychotherapie  autant  que  d’etre  appuyee  sur  des  donnees' 
de  psychologie  normale.  » 

Ces  preoccupations  on  les  retrOuve  encore  dans  ses  ecrits  au 
sujet  de  l’hysterie  et  au  sujet  «  du  rapport  existant  entre  le  con- 
tenu  manifeste  et  le  contenu  latent  du  reve  ». 


Groningue.  —  Universite  de  I’Etat.  —  Clinique  de  I’Etat 
(144  lits) 

La  clinique  de  Groningue  a  ete  pendant  des  annees  le  -centre, 
pour  la  psychiatrie,  de  la  tendance  psychologique  orientee  vers 
des  voies  experimentales.  Le  professeur  etait  alors  E.-D.  Wiers- 
ma.  Partisan  du  psychomonisme,  il  executa  quantite  de  recher¬ 
ches  realisees  aux  fonctions  psychiques  et  a  leurs  rapports  avec 
la  constitution,  la  structure  du  corps  et  le  caractere.  Pour  quan¬ 
tite  de  psychoses,  on  recherchait  une  explication  psychologique 
basee  sur  le  caractere  premorbide.  En  ineme  temps,  on  accor- 
dait  une  grande  place  aux  troubles  de  la  conscience.  A  la  suite 
de  cela,  Tepilepsie  prit  un  aspect  tres  particulier.  Une  grande 
partie  de  ces  recherches  sont  reunies  dans  «  Capita  Psychopa- 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  HOLLANDE  565 

thologica  *';■  livre  public  par  Wiersma  et  qui  fut  egalement  tra- 
duit  en  anglais. 

En  ces  dernieres  annees,  Wiersma  publia  encore  des  recher- 
ehes  basees  principalement  sur  une  importante  enquete  iaite 
avec  Heymans  sur  les  rapports  entre  les  fonctions  psychologi- 
ques,  la  structure  du  corps,  la  race  et  la  constitution,  et  oil  il 
conclut  que  l’euryblastie  et  la  leptoblastie  ne  conditionnent  pas 
seulement  la  forme  du  corps,  mais  sont  parallels  au  developpe- 
ment  de  fonctions  physiologiques  et  psychologies  speciales. 

Dans  le  laboratoire  de  Wiersma,  ses  eleves  se  sont  occupes 
de  nombreuses  recherches  relatives  a  la  psychologic  experi- 
mentale,  dont  nous  citerons  celles  de  Weinberg,  bien  connues  a 
l’etr  anger.  II  etudia  experimentalement  la  dependence  existant 
entre  les  processus  psychiques  et  les  processus  somatiques.  Les 
conclusions  l’amenerent  a  etablir  une  theorie  psychopbysiologi- 
que. 

Apres  le  depart  de  Wiersma,  en  1930,  la  chaire  de  psychia¬ 
tric  et  neurologie  fut  occupee  par  Van  der  Scheer.  Son  ensei- 
gnement  est  base  sur  l’anatomie  et  la  physiologie  du  systeme 
nerveux  central,  sur  la  conception  que  tout  fait  psychique 
anormal  resulte  d’un  fonictionnement  anormal  du  systeme  ner¬ 
veux  central. 

On  recherche  une  base  anatomo-physiologique  du  mecanisme 
des  reactions  de  l’homme.  On  accorde  une  grande  importance 
au  developpement  phylogenetique  et  ontogenetique  du  systeme 
nerveux  central  et  de  ses  fonctions,  grace  auquel  le  fon-ctionne- 
ment  ancien  de  certains  instincts  est  transforme,  tandis  que  de 
nouveaux  naissent.  On  se  base  dans  ces  travaux  sur  la  theorie 
des  reflexes  de  Beehterev  et  Pavlov. 

On  se  preoccupe  principalement  de  la  grande  importance  du 
tronc  cerebral  pour  les  diverses  psychoses  et  principalement 
pour  les  psycho-nevroses.  Les  conceptions  selon  lesquelles  1’affec- 
livite  dans  sa  forme  aneestrale  est  incluse  dans  le  tronc  cere¬ 
bral,  et  que,  lors  de  l’eclosion  des  nevroses,  l’affectivite  est 
d’une  importance  capitale,  oblige  a  preter  une  grande  valeur 
pathogenique  aux  lesions  du  tronc  ou  a  ses  dispositions  insuf- 
fisantes,  vu  la  frequence  des  phenomcnes  nevrosiques  lors  de 
l’atteinte  du  tronc  cerebral.  Les  troubles  qualitatifs,  qui  trans- 
forment  la  personnalite,  soht  mis  en  rapport  avec  un  trouble 
maladif  de  la  fonetion  du  tronc  cerebral,  l’insuflisance  quanti¬ 
tative  des  processus  psychiques  plus  fins  est  rapportee  a  une 
degenerescence  de  la  substance  d’ecorce  cerebrale.  L’etude  des 


W.-M.  VAN  DER  SCHEER  ET  W.  HEMMES 


566 


etats  encephalitiques  et  post-encephalitiques  indique,  dans  ce 
domaine,  la  vdie  a  suivre  et  conduit  a  la  suppression  de  la  notion 
trop  etendue  de  la  schizophrenic. 

Lo'rs  de  l’examen  clinique,  .une  grande  valeur  est  attribute  a 
l’examen  somatique,  a  cause  de  ce  pi’incipe  que  le  systeme 
nerveux  central  et  le  soma  torment  un  seul  ensemble  organique, 
ainsi  il  se  pourra  que  des  troubles  psychiques  provoquent  des 
affections  somatiques,  et  que  des  troubles  somatiques  provo¬ 
quent  des  reactions  psychiques  anormales. 

Lo'rs  des  examens,  on  utilise  largement  les  recherches  de 
psychologic  experimentale  pratiquees  dans  le  laboratoire  orga¬ 
nise  par  Wiersma.  C’est  la  que  Wuite,  au  point  de  vue  clinique 
et  au  point  de  vue  de  la  psychologie  experimentale,  mit  au  point 
sa  these  sur  «  la  methode  de  Hirsauer  et  le  parkinsonisme  post- 
encephalitique  ». 

L’analyse  du  liquide  cephalo-racliidien  est  faite  systemati- 
quement,  la  reaction  de  l’or  colloidal  est  consideree  comme  tres 
importante.  L’analyse  du  sang  aussi  se  fait  regulierement,  au 
point  de  vue  chimique  et  ■  miicroscopique  (Emotion  et  tronc  cere¬ 
bral,  these  Palies). 

On  voit.  done,  dans  cette  orientation  des  recherches,  une 
grande  similitude  avee  celle  de  la  clinique  viennoise  de  Wagner 
von  Jaureg. 

Pour  ce  qui  est  de  la  nomenclature  des  syndromes  psy¬ 
chiques,  on  utilise  principalement  la  classification  de  Kra?- 
pelin  et  on  partage  sa  conception  qui  considere  les  syndromes 
psychiques  comme  une  reponse  naturelle  de  la  machine  humaine 
et  ccmme  entierement  sous  la  dependanice  de  rexistence  de  cer¬ 
tains  mecanismes  de  reaction. 

On  prete  beaucoup  d’attention  a  la  therapeutique.  On  appli¬ 
que  largement  la  malariatherapie  dans  la  paralysie  generale,  la 
cure  au  pyrifer  dans  les  psychoses  syphilitiques,  la  cure  de 
sommeil  par  le  somnifene  dans  la  psychose  maniaco-depressive 
(qui  est  souvent  concue  comme  une  reaction  allergique  dans 
laquelle  le  tronc  cerebral  johe  un  role  preponderant),  la  cure 
d’urotropine  et  de  septojod  dans  les  psychoses  post -encephaliti¬ 
ques  et  les  psychopathies. 

La  psych otherapie  s’emploie  surtout  sous  forme  de  la  the¬ 
rapeutique  dite  active  avec  la  therapie  du  travail  comme  adju¬ 
vant  essentiel.  L’experience  que  Van  der  Scheer  acquit  a  ce 
sujet  a  Santpoort  l’incita  a  l’introduire  egalement  dans  cette 
clinique  ou  il  s’avera  que  les  psycho-nevroses  surtout,  en  reti- 
raient  des  avantages. 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  HOLLANDE  567 

Dans  l’enseignement,  on  accorde  une  grande  place  a  la  psychia¬ 
tric  sociale,  qui,  pour  le  medecin  praticien,  a  une  si  grande 
importance. 

Tendance  des  recherches  et  dii  travail  scientifique 
DANS  LES  ASILES  d’ALI£n£s 

A  cote  des  cliniques  universitaires,  les  asiles  d’alienes,  grace 
a  leur  organisation  en  Holland®,  interviennent  d’une  facon 
vivante  dans  la  formation  des  psychiatres  et  dans  les  progres 
de  la  psychiatrie.  Pourtant  ces  asiles,  malgre  leurs  forces  remar- 
quables  et  leur  materiel  enorme,  ne  sont  pas  encore,  mallieu- 
reusement,  inclus  dans  l’ensemble  du  fonctionnement  univer- 

^  Dans  les  bons  asiles  neerlandais,  on  trouve,  a  cote  des  biblio- 
theques,  des  laboratoires  de  recherches  histopathologiques, 
psychologiques  et  serologiques.  > 

La  remarquable  oeuvre  psychiatrique  des  medecins  d  asile 
prouve  l’importance  des  asiles  comme  centres  scientiflques  a 
ranger  a  cote  des  cliniques  universitaires.  Pour  rester  concis, 
nous  ne  pouvons  citer  ici  que  quelques  travaux  et  quelques 
chercheurs.  Nous  les  choisirons  dans  le  domaine  de  la  thera- 
peutiique  des  recherches  relatives  a  l’heredite  et  du  probleme 
des  constitutions  dans  les  psychoses. 

Therapeutique.  —  A  l’asile  provincial  de  Santpoort,  sous  la 
direction  de  Van  der  Scheer,  les  Docteurs  Dozy,  Stuurman,  Gans, 
Bramson,  Meerloo,  Beyerman,  pnt  etudie  Pinfluence,  sur  les 
malades  atteints  de  psychoses,  de  la  cure  de  quinze  jours  de 
somnifene,  preconisee  par  Klasi  dans  la  demence  precoce.  Dans 
une  experimentation  portant  sur  cinq  cents  cas,.la  grande  valeur 
de  cette  cure  s’est  afflrmee  pour  la  guerison  des  phases  mania- 
ques  et  depressives  de  la  psychose  maniaco-depressive  (1). 

Donkersloot,  a  Maasoord,  et  Starcke,  a  Den  Do'lder,  arriverent 
aux  memes  conclusions.  Des  recherches  paralleles  ont  ete  faites 
par  Engelman  (2)  a  l’lnstitut  Sainte-Anne  de  Venraay.  Ce  der¬ 
nier  n’a  pas  seulement  utilise  le  somnifene,  mais  aussi  le  dial. 
Au  «  Appeldoornsche  Bosch  »  Schrijver  fournit  une  belle 
contribution  a  l’etude  du  mecanisme  biologique  de  la  cure  du 
somineil  (3)  Meerloo  alors  que,  de  SantpooTt,  il  avait  passe  a 

(1)  Congres  des  medecins  alienistes  et  neurologistes,  1927. 

(2)  Ned.  Tijdsch.  v.  Gen. 

<3)  Z.  f.  d.  G.  N.  u.  P.,  Bd.  135,  P.N.B1.,  1931. 


568 


W.-M,  VAN  DER  SCHEER  ET  W.  HEMMES  ■ 


Maasoord,  rassembla  et  combina  le  materiel  recueilli  en  Hol- 
lande  en  line  excellente  these  (L’action  des  derives  barbituriques 
principalement  dans  les  psychoses,  Paris-Amsterdam). 

D  un  grand  nombre  d’articles  publies  par  ce  chercheur  apres 
cette  these,  ressortent  ses  preferences  pour  l’etude  des  pheno- 
inenes  psychiques  dependant  du  fonctionnenient  du  tronc  cere¬ 
bral. 

La  pyretolherapie  de  la  paralysie  generate  a  ete  appliquee 
au  moyen  de  la  malaria  a  Santpoort  (Cans),  au  moyen  de  la. 
malaria  et  de  la  fievre  recurrente  a  Maasoord  (Frets)  et  a  Den 
Dolder  au  moyen  d’injections  de  lait.  Starcke  (1)  injecte  du  lait. 
et,  a  l’acme  de  la  poussee  de  temperature  provoquee  ainsi,  la 
plus  grande  dose  de  neosalvarsan.  En  menie  temps,  l’organisme 
est  inonde  d’iodure  de  potassium.  Les  resultats  obtenus  ne  sont 
pas  inferieurs  a  ceux  que  donne  la  malaria. 

La  therapeutique  active,  qu'on  pent  appeler  une  therapeuti- 
que  pedagogique,  a  introduit  une  reforme  dans  le  traitement  des 
alienes  et  est  capable  de  faire  disparaitre  les  vieux  prejuges 
existant  a  1’egard  des  alienes  (2). 

Lorsque  le  plus  grand  etablissement  hollandais,  1’Asile  Pro¬ 
vincial  de  Santpoort,  prit  1’initiative  de  reorganiser,  suivant  les 
principes  de  la  therapeutique  active  de  Simon,  le  traitement  qui. 
eependant  etait  de.ja  arrive  a  un  niveau  eleve  (ergotherapie),  un 
grand  nombre  d’asiles  importants  ont  suivi  la  meme  voie.  II 
serait  trop  long  de  developper  ces  principes.  Nous  renverrons 
au  bref  rapport  donne  au  Congres  des  Medecins  Alienistes  et 
Neurologistes  de  France  (1928).  On  peut  constater  avec  satis¬ 
faction  qu  en  Hollande,  les  principes  de  cette  therapeutique 
active,,  pedagogique,  se  sont  implantes,  et  que  l’agitation  et 
Finquietude  des  malades  se  transforme  de  plus  en  une  activite 
tranquille.  I?  i 

Heredite.  —  L’heredite  des  psychoses  fut  surtout  etudiee'  dans- 
notre  pays  par  Frets,  l’anatomo-pathologiste  de  l’Institut  psychia- 
trique  Maasoord  de  la  ville  de  Rotterdam. 

Frets,  qui  est  un  de  nos  bons  chercheurs  dans  le  domaine  de 
rhistopathologie  des  psychoses,  est  en  meme  temps  un  de  nos 
specialistes  de  l’heredite  des  plus  eminents  («  recherches  sui- 

(1)  Stabcke.  —  Moderne  behandeling  van  -geesteszieken.  Ned.  Maandschr. 
voor  Geneeskiinde. 

(2)  Va*  DER  Scheer.  —  Nieuivere  inzichten  in  de  behandel'ing  van  Gees¬ 
teszieken,  Walters,  Groningen.  Idees  nouvelles  sur  le  traitement  des  alienes 
agites,  iCongre,?  jjg.s  Medecins  et  Neui’ologistes,  1928. 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIC  EN  HOLLANDE  56ft- 

l’heredite  en  psychiatrie  »,  voyez  plus  loin  aux  mesures  d euge- 
nique) .  -  '  ^ 

L’heredite  des  psychoses  fut  etudiee,  en  dehors  de  v  rets,  par 
Stuurman,  attache  d’abord  a  l’Asile  Provincial  de  Santpoort, 
puis  a  l’Institut  Endegeest  de  Leyde,  dont  il  est  actuellement 
medecin  directeur.  Ensuite  par  Lohstein  du  «  Appeldoorn 
sche  Bosch  »  qui,  a  plusieurs  reprises,  fit  des  recherches  impor- 
tantes  sur  l’heredite  des  psychoses  paranoides  et  des  affections 
mentales  et  nerveuses  chez  les  Juils.  Cependant  que  Hutter 
(Clinique  psychiatrique  Ockenburg  a  Loosduinen)  etudia  l’here¬ 
dite  dans  la  schizophrenic,,  les  psychoses  devolution  et  la  para- 
lysie  generate.  . 

Le  probleme  des  constitutions  aussi  fut  etudie  de  pres  a  1  Asile 
de  Santpoort,  d’abord  par  Stuurman  et  Briede,  plus  tard,  sous 
la  direction  de  Rombouts,  par  Audier,  qui  fit  une  these  sur 
«  Constitution  et  Psychose  ».  Braat  egalement  consacra  une 
these  a  des  cas  observes  a  Santpoort,  «  La  psychologie  experi- 
mentale  et  les  types  constitutionnels  de  Kretschmer  »,  etude 
qui  peut  etre  consideree  comme  la  suite  des  recherches  entre- 
prises  d’abord  par  Van  der  Horst  au  laboratoire  de  Wiersma  a 
Groningue.  On  y  essaye  d’etablir  objectivement  certaines  pro- 
prietes  definies  des  types  de  Kretschmer  en  usant  d’experimen- 
tations  psychologiques. 

En  rapport  avec  ceci,  il  ne  faut  pas  oublier  les  travaux  de 
Rombouts,  medecin  de  l’asile  provincial  de  Santpoort.  Ses  nom- 
breuses  etudes  sur  la  psychologie  de  la  personnalite  l’amene- 
rent  a  publier  un  livre  intitule  :  Structure  du  caractere.  Ce  livre 
est  base  sur  des  conceptions  medico-biologiques. 

Je  ne  peux  pas  terminer  ce  chapitre,  relatif  a  la  signification 
des  asiles  dans  la  science  psychiatrique,  sans  citer  encore  quel- 
ques  autres  chercheurs  de  ces  dernieres  annees. 

A  l'asile  Oud  Itozenburg  de  La  Haye,  Verhaart  travaillait  sur- 
tout  l’anatomie  pathologique,  Endtz  la  psychanalyse,  Flohil  la 
clinique  et  la  serologie. 

A  l’asile  de  Santpoort,  le  medecin  directeur  Kraus  s’occupait 
de  la  psychiatrie  sociale,  Posthumus  Meyes  de  I’anatomie  patho¬ 
logique,  Timmer  de  l’anatomie  pathologique  et  de  la  psycho- 
physiologie  comparee. 

A  l’asile  de  Maasoord,  le  medecin  directeur  Van  der  Spek  s’inte- 
resse  a  la  psychologie  et  a  la  psychiatrie  sociale,  Teenstra  aime 
ile  domaine  organique,  clinique  et  therapeutique  de  la  psychia¬ 
trie,  de  me  me  que  Visser. 

A  Grave,  Trotsenburg  apporta  des  contributions  interessan- 


570 


W.-M.  VAN  DER  SCHEER  ET  W.  HEMMES 


tes  a  Tetu.de  de  la  signification  de  l’electricite  pOnr  la  psycholo¬ 
gic  et  la  psychiatric. 

A  l’asile  Endegeest  a  Leyde,  Jelgersma  Jr.  est  un  ardent  defen- 
seur  de  la  psychanalyse. 

A  l’Institut  Sainte-Anne.  a  Venraay,  Schmidt  met  en  valeur 
l’importance  de  l’anatomie  pathologique  en  psychiatric,  cepen- 
dant  que  le  medecin  directeur  Schim  van  der  Loeff,  en  collabo¬ 
ration  avec  Barnhoorn,  medecin  directeur  de  l’asile  Saint-Wille- 
hrordus  a  Heiloo,  ecrivait  un  livre  sur  «  Les  malades  mentaux 
et  leur  traitenient  ». 

Au  «  Appeldoornsche  Bosch  »,  le  medecin  directeur  Kat  est 
un  de  nos  eminents  specialistes  des  questions  de  psychiatric 
sociale  et  Schrijver,  en  collaboration  avec  sa  femme,  y  travaillait 
beaucoup  de  problemes  chimiques  et  serologiques. 

A  1’Institut  de  Willem  Arntzhoeve,  a  De  Dolder,  De  Sauvage 
Nolting  s’oriente  vers  la  psychanalyse,  mais  il  faut  citer  particu- 
lierement  Starcke,  qui  est  un  des  meilleurs  psychanalystes  du 
pays.  J’aurai  f  occasion  plus  loin  de  revenir  a  Van  der  Hcr-ven, 
Medecin  de  l'Asile  d’Utrecht. 

A  Wolfhezen,  Ronda  a  etudie  les  troubles  menstruels  dans  les 
psyehoses  cependant  qu’a  l’lnstitut  Saint-Servais,  de  Venraay, 
De  Vries  et  Haverman  etudiaient  des  questions  psychanalyti- 
ques. 

Le  medecin  directeur  de  1’Institut  Bloemendael  a  Loosduiven 
Meinema,  a  publie  un  petit  volume  sur  le  traitement  en  famille, 
flutter  iqui  est  attache  a  la  clinique  «  Oclcenburg  »  (qui  depend 
de  ce  dernier  Institut)  s’occupe,  en  plus  de  ses  recherches  rela¬ 
tives  a  l’heredite,  de  l’eschatologie  chez  les  schizophrenes. 

Pour  ce  qui  est  de  l’Institut  medical  Voorburg,  je  citerai 
Koenen,  l’actuel  inspecteur  gouvernemental  des  alienes,  qui 
ecrivit  un  travail  sur  la  «  Faiblesse  mentale  chez  l’Enfant  », 
etude  d’une  grande  signification  pedagogique  et  sociale,  et 
Kortenhorst  et  Jansen,  qui  ont  obtenu  leurs  galons  dans  le 
do'maine  de  la  psychiatrie  sociale. 

Beyerman  aussi,  medecin  directeur  de  l’hopital  Sint-Joris 
a  Delft,  a  fort  contribue  au  developpement  de  la  notion  de 
«  Psychiatrie  sociale  ». 

Psychanalystes  et  psychothkrapeutes 

II  faut  encore  citer  les  psychanalystes  et  psychotherapeutes. 
Jls  exercent  une  assez  grande  influence  sur  les  tendances  actuel- 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  HOLLANDS 


571 


les  de  la  psychiatric  en  Hollande.  Beaucoup  d’entre  eux  n’appar- 
tiennent  ni  a  une  Universite,  ni  a  un  asile,  d’autres  y  appar- 
tiennent,  tels  Staacke,  Riimke,  Carp  et  Jelgersma. 

Les  psychanalystes  en  general  s’orientent  nettement  vers  la 
doctrine  de  Freud. 

Ils  ont  publie  des  apercus  generaux  tres  importants  sur  la 
psychanalyse.  Je  n’en  citerai  que  le  livre  de  Starcke  «  Psycho¬ 
analyse  und  Psychiatrie  »  (Int.  Ps.  Vrl.  1921)  et  le  traite  e 
psvchopathologie  de  Muller,  Professeur  agrege  de  l’Umversite 
de  Leyde.  On  a  beaucoup  publie  au  sujet  de  cas  de  psychoses. 
Aiiisi,  a  cote  d’analvses  de  nevroses,  il  y  a  des  analyses  de  cas 
de  schizophrenic,  de  psychose  maniaco-depressive,  de  demence 
senile  (Starcke,  Westerman  Holsteyn,  Rombouts,  Jelgersma). 
Les  apercus  analytiques  sur  Fart  et  les  artistes  sont  egalement 
fort  interessants  (Starcke,  Van  der  Chijs,  Westerman  Holsteyn). 
Riimke,  Professeur  extraordinaire  de  psychologie  medicale  a 
Utrecht,  et  Van  der  Hoop,  Prolfesseur  agrege  a  1’ Universite  d’Ams- 
terdam,  sont  a  citer  comme  principaux  representants  des  ten¬ 
dances  de  Jung,  Maeder. 

Ils  ont  publie  egalement  divers  travaux  :  de  Riimke  par  exem- 
ple  :  «  Sur  les  rapports  entre  la  psychotherapie  et  la  psycholo¬ 
gie  evolutive  »,  sur  «  la  psychotherapie  et  les  phases  de  la 
vie  »,  «  l’enfant  asocial  »,  «  la  psychiatrie  clinique  »,  publi¬ 
cations  oil  se  revelent  son  gout  pour  la  phenomenologie,  la  carac- 
teriolOgie  et  la  psychotherapie,  et  sa  recherche  d’une  base  de 
psychologie  evolutive  pour  la  psychiatrie  ;  de  Van  der  Hoop  . 
«  Sur  la  sexualite  »,  «  la  morale  et  la  conception  de  la  vie  », 
«  la  valeur  de  la  psychanalyse  pour  la  medecine  infantile  », 
«  Fhomosexualite  ». 

La  theorie  d’ Adler  trouve  peu  d’adeptes  parmi  les  psychia- 
tres.  Ronge  est,  parmi  eux,  le  plus  en  vue.  II  a  publie  des  arti¬ 
cles  sur  «  La  psychologie  individuelle  d’ Adler  »  (N.  T.  v.  G. 
1930)  sur  les  obsessions  et  sur  les  enfants  psychopathes  (Ge- 
neeskundige  Gids  1930,  1931  et  1932).  Cependant,  parmi  les  me- 
decins  ordinaires,  les  theologues  et  les  pedagogues,  les  theoiies 
d’ Adler  comptent  beaucoup  de  partisans. 


PSYCHIATRIK  SOCIALE  ET  HYGIENE  MENTALE 

Nous  tenons  a  montrer  brievement  les  voies  suivies  dans  le 
domaine  scientifique  de  la  psychiatrie  clinique  par  les  Asso¬ 
ciations,  les  cliniques  universitaires,  les  asiles  d’alienes  et  le 
groupe  de  psychanalystes  et  psychotherapeutes.  11  nous  faut 


572 


W.-M.  VAN  DER  SCHEER  ET  W.  HEMMES 


maintenant  envisager  les  different s  problemes  souleves  par  la 
psychiatric  dans  ses  rapports  avec  la  so'ciete  et  son  influence 
sur  celle-ci. 

Ici,  nous  entrons  dans  le  domaine  du  traitement  des  malades 
mentaux,  de  la  psychiatrie  sociale  et  de  l’hygiene  mentale. 

Dans  ce  domaine  aussi,  il  y  a  du  nouveau  chez  nous  et  on 
s’est  preoccupe  de  ces  questions  qui  lie  sont  pas  seulement  rela¬ 
tives  a  Fetat  mental  du  malade,  mais  aussi  et  surtout  a  la  sante 
mentale  de  la  societe.  On  porte  un  grand  interet  a  la  prophylaxies 
la  prevention  et  la  limitation  des  troubles  affectant  la  menta¬ 
lity  du  peuple.  La  lutte  contre  Vabus  de  Valcool  a  pris  chez  nous 
une  grande  ampleur.  De  nombreuses  societes  d’abstinents  pro- 
duisent  un  travail  remarquable,  aidees  par  les  contributions 
scientifiques  de  medecins  eminents  (K.-H.  Bouman,  Delhez).  La 
lutte  contre  d’autres  toxiques  que  l’alcool  (morphine,  cocaine) 
est  a  peine  necessaire  dans  notre  pays. 

La  lutte  contre  les  maladies  veneriennes  et  la  divulgation 
d’une  meilleure  connaissance  de  leurs  dangers  est  realisee  par 
«  FAssoeiation  Neerlandaise  pour  Fhygiene  morale  ». 

Des  questions  auxquelles  on  porte  aussi  un  grand  interet 
dans  notre  pays  sont  celles  qui  recherchent  jusqu  a  quel  point 
la  profession,  le  rythme  et  la  rationalisation  du  travail  peuvent 
etre  nuisibles  a  la  sante  mentale  publique  et  celles  qui  recher¬ 
chent  jusqu’a  quel  point  peuvent  etre  nuisibles  les  lois  sociales 
qui  s’appliquent  a  l’ouvrier  dans  ces  domaines.  Ces  reeherches 
pourtant  n’ont  pas  encore  abouti  a  une  decision  definitive. 

On  accorde  aux  conditions  de  milieu  une  grande  influence 
sur  le  developpement  mental  de  1 ’enfant.  Ces  questions  ont  ete 
etudiees  avec  soin  chez  nous.  Je  citerai,  comme  psychiatres,. 
Riimke  et  Groeneveld,  comme  pedagogues,  Casimir,  Watering, 
Kohnstam. 

L’etude  de  l’importance  des  facteurs  sociaux,  misere,  pro- 
bleme  du  logement,  vie  dans  les  grandes  villes,  au  point  de 
vue  de  la  delinquance,  de  1’immoralite,  de  la  prostitution,  de  la 
psychopathic,  de  l’arrieration,  eveille  de  plus  en  plus  Finteret 
et  quantite  de  chercheurs  serieux  tendent  a  accorder  un  tres 
grand  role  a  des  facteurs  sociaux  defavorables.  Je  citerai  Posl- 
ma  (1),  Querido  (2),  Bonger  (3). 

(1)  De  oorzaken  van  antisociaal  gedrag  bij  kinderen  liggende  in  de 
samenstelling  van  het  gezin.  Mensch.  en  Maatschappij,  7e  Jaargang,  n°  3. 

(2)  Het  Zeeburgerdorp. 

(3)  a.  Zelfmoord  als  maatschappelijk  versehijnsel.  Mensch.  en  Maais- 
chappij,  1929  ;  b.  Tijdschrift  voor  Armwezen.,  Jg.  7,  n°  155. 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCH1ATRIE  EX  HOLLANDE 


Mesures  eugeniques  : 

LE  PROBLEME  DE  LA  STERILISATION  ET  DE  LA  CASTRATION 


Des  mesures  deugenique  ne  peuvent  etre  legitimees  que  par 
des  recherches  sur  1’heredite.  II  existe  dans  notre  pays  un  grand 
nombre  dissociations  preoccupees  des  problemes  de  lhered!  e. 
Elies  se  sont  groupees  en  une  «  Federation  Neerlandaise  cltuge- 
nique  ».  11  en  resulte,  en  1933,  la  creation  de  1’  «  InstitntJSeei- 
landais  d’etudes  sur  Vheredite  chez  Vhomme  et  de  bwlogie 
racique  ».  De  plus,  on  publie  une  revue  tnmestnelle,  «  L  Here- 
dite  chez  Vhomme  ».  Une  de  nos  meilleures  speciality  des 
questions  de  l’heredite  etait  Mile  Van  Herwerden,  decedee  en 
1933.  Son  livre  «  L’Heredite  chez  l’liomme  et  1  Eugemque  » 
fournit  au  chercheur  une  documentation  serieuse.  II  faut,  dans 
cet  ordre  d’idees,  citer  encore  Van  Waardenburg  parmi  les 
hommes  d’avant-plan,  de  meme  que  Sanders. 

Parmi  les  psychiatres,  il  faut  nommer  en  tout  premier  lieu 
Frets,  sur  le  travail  de  qui  nous  avons  deja  attire  l’attention 
(page  568).  ,  , 

Ilya  peu  de  mois,  il  publia  un  livre  excellent  sur  «  1  here- 
dite  »  ( Arbeiderspers .  1935). 

j’ai  cite  Stuurman,  Lobstein,  Hutter,  qui  ont  fait  des  recher- 
ches  sur  Pheredite  des  psychoses. 

Ces  recherches  cependant  n’ont  pas  semble  conduire  a  des 
resultats  scientifiques  suffisamment  etages  pour  qu’on  ne  pmsse 
deduire  des  regies  applicables  a  cette  partie  de  1  eugenique 


qu’on  nomme  sterilisation. 

Pendant  ces  dernieres  annees,  on  s’est  preoccupe  notamment 
de  savoir  si  le  principe  de  la  sterilisation  peut  se  prevaloir  de 
conclusions  tirees  de  Peugenique,  et  si  elle  doit  etre  reglementee 
par  la  Loi.  Des  lois  de  ce  genre,  en  effet,  n’existent  pas  encore 

chez  nous.  . 

Pendant  longtemps  les  psychiatres,  a  l’exception  de  Frets,  se 
sont  tenus  a  l’ecart  de  ce  probleme  et  so'nt  restes  dans  l’expecta- 
tive.  Lorsque,  dans  le  discours  inaugural  de  1930,  van  der  Scheer 
eut  preconise  une  etude  serieuse  de  ce  probleme,  l’association  des 
psychiatres  et  juristes  en  1932  mit  cette  question  a  l’ordre  du 
jour  et  invita,  comme  psychiatre,  Frets,  comme  juriste,  Van 
Bemmelen. 

Il  est,  certes,  etonnant  que  la  premiere  etude  approfondie  sur 
-ce  probleme  ne  fut  pas  ecrite  par  un  psychiatre,  mais  par  un 
juriste  (Pippel.  These.  Leyde,  1933). 

Sanders  a  pris  chez  nous  la  position  la  plus  extreme  et  il  est 


574 


W.-M.  VAN  DER  SCHEER  ET  W.  HEMMES 


partisan  d’une  loi  qui  autoriserait  la  segregation,  la  sterilisa¬ 
tion  et  la  castration,  pour  prevenir  une  progeniture  degeneree. 

Frets  souhaite  une  reglementation  legale,  mais  est  prudent 
dans  ses  opinions.  II  trouve  admissible  un  essai  prudent  qui 
etudierait  chaque  cas  l’lin  apres  l’autre,  mais  pense  qu’il  existe 
des  empechements  moraux  a  ce  qu’on  prenne  une  decision 
d’ensemble. 

Grewel  considere  comme  non  scieniifiqu.es  les  bases  sur  les- 
quelles  on  a  etabli,  a  l’etranger,  les  lois  de  sterilisation,  et  il  en 
est  plusieurs  parmi  elles  qu’il  qualifie  de  «  eugenique  apparem- 
ment  biologique  ». 

Herderschee,  qui  ecrivit  un  ouvrage  modele.  sur  «  les  enfants 
arrieres  »,  est  egalement  sceptique  vis-a-vis  de  la  sterilisation 
si  developpee  a  l’etranger. 

P er s on n el  1  cm e n t ,  nous  sommes  d’avis  que  les  formes  d  alie¬ 
nation  et  d’arrieration  mentales  reunies  jusqu’a  ce  jour  dans 
des  groupes  distincts  ne  sont,  ni  etiologiquement  ni  nosologique- 
menit,  des  entites.  Ce  qui  complique  hautement  l’etude  de  l’here- 
dite,  c’est  que  les  memes  diagnostics  reunissent  souvent  en  une 
seule  rubrique  des  choses  apparemment  mais  non  reellement 
identiques.  II  en  resulte  que  les  fondements  sur  lesquels  on 
pourrait  baser  des  mesures  d’eugenique  et  des  lois  de  sterilisa¬ 
tion  sont  encore  fort  incertains. 

Pour  autant  que  nous  connaissions  notre  pays,  nous  jugeons 
improbable  que  d’ici  longtemps  on  reglemente  la  sterilisation  en 
se  basant  sur  Vinsuffisance  mentale. 

Pour  ce  qui  est  du  probleme  de.  la  castration,  on  il  s’agit,  non 
de  questions  d’eugenique,  mais  de  questions  medicales,  et  oil 
la  question  se  pose  de  savoir  si  1’anomalie  sexuelle  est  gueris- 
sable  par  la  castration,  les  experiences  sont  encore  trop  limitees 
dans  notre  pays. 

Cette  annee  .a  paru  un  livre,  ecrit  par  Sanders,  en  collabora¬ 
tion  avec  les  psychiatres  Van  der  Horst,  Kortenho'rst  et  Wester- 
terp,  dans  lequel  ce  probleme  est  long’uement  etudie  et  oil  l’on 
emet  le  voeu  qu’en  haut  lieu,  on  procede  a  la  creation  d’une  com¬ 
mission  superieure  dont  on  pourrait  solliciter  l’avis  (Sanders. 
Le  probleme  de  la  castration,  Naeff.  ’s  Gravenhage). 

La  pratique  de  la  psychiatrie  sociale 

Nous  en  sommes  arrives  maintenant  it  la  pratique  de  la 
psychiatrie  sociale,  telle  qu’elle '  existe  en  Hollande,  et  qui  com- 
prend  le  traitement  des  alienes  et  des  malades  mentaux. 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  HOLLANDE  5/5 


Cette  aide  comprend  : 

A)  Les  etablissements  destines  a  des-  categories  determinees. 
de  troubles  mentaux  ; 

B)  L’aide  dans  la  vie  sociale. 

4)  Traitement  uans  les  asiles.  —  Les  cliniques  universitaires 
mises  a  part,  il  existe  en  Holland?  quarante-trois  instituts  pour 
arrieres  et  alienes,  les  uns  etant  des  instituts  ouverts,  les  autres. 
des  instituts  fermes.  De  plus,  notre  pays  possede  une  colome 
pour  traitement  familial,  restitution  «  Beileroord  »  a  Beilen 
(Medecin  directeur  Hemmes). 

A  la  date  du  1"  janvier  1935,  la  population  des  asdes  s  elevait 
a  23.700,  le  nombre  de  medecins  d'asile  a  115,  de  sorte  qu  il 
existe  une  movenne  de  un  psychiatre  pour  deux  cents  malades. 

Organisation  de  Vetablissement :  Le  personnel  prepose  aux 
soins  —  y  compris  le  personnel  des  etablissements  religieux 
recoit  un  enseignement  professdonnel.  Les  medecins,  la  plupart 
psychiatres,  sont  nommes  par  un  college  independant  de  l’asile, 
auquel  ils  adressent  leur  demande.  La  direction  de  l’asile  est 
entierement  confiee  au  medecin  directeur  qui,  lui  aussi,  est  nom¬ 
ine  par  le  college.  La  direction  medico'-psyehiatrique  unique 
donne  l’assurance  que  le  traitement  medical  est  pris  a  coeur 
aussi  bien  que  l’assistance  des  alienes. 

Inspection  et  surveillance  gcuvernementales  :  La  surveil¬ 
lance  de  la  construction,  du  fonctionnement  et  de  l’organisation 
des  asiles  (nombre  de  pieces,  nombre  de  medecins),  a  laquelle 
le  Gouvernement  est  astreint  par  la  loi,  est  egalement  confiee 
a  des  psychiatres  specialises.  Il  y  en  a  trois  :  Pameyer,  Koenen, 
Wessels.  L’influence  des  inspecteurs  des  asiles  d’alienes  a  tou- 
jours  ete  grande. 

Il  faut  nommer  ici  fancien  inspecteur  Schuurmans  Stekhoven, 
qui  favorisa  la  creation  de  pavilions  ouverts.  Actuellement,  19 
des  43  instituts  comprennent  une  section  ouverte  (1). 

Il  y  a,  parmi  les  psychiatres  de  noire  pays,  une  forte  ten¬ 
dance  a  favoriser  les  sections  ouvertes  et  a  limiter  1  interne- 
ment  aux  malades  qui  s’opposent  violemment  a  l’hospitalisa- 


(1)  Pour  1’admission  dans  une.  section  fermee  de  l’asile  d  alienes,  il  faut 
un  requisitoire  judiciaire  qui  pent  etre  delivre  par  le  Juge  du  canton  et 
plus  tard  par  le  Tribunal  sur  presentation  d’un  certificat  medical  cousta- 
tant  nettement  l’alienation  mentale  du  malade. 

Pour  1’admission  dans  une  section  ouverte,  il  ne  faut  pas  de  requisitoire. 

Pourtant,  les  sections  ouvertes  des  asiles,  tout  comme  les  sections  fer- 
mees  sont  soumises  a  la  surveillance  des  Inspecteurs  de  l’Etat. 


W.-M.  VAN  DER  SCHEER  ET  IF.  HEMMES 


■570 

tion.  Mais  il  faudrait  pour  cela  modifier  la  loi,  a  quoi  les  juristes 
.s’opposent  fortement. 

Epilepsie.  —  Dans  presque  tous  les  pays,  les  epileptiques  ont 
occupe  une  place  speciale  au  milieu  des  autres  alienes.  Cela  a 
■ete  le  cas  aussi  en  Hollande. 

Pour  ce  qui'est  de  l’etude  de  l’epilepsie,  Muskens  est  une 
iigure  d’avant-plan,  non  seulement  chez  nous,  mais  aussi  a 
d’etr  anger. 

Son  cuvrage,  recemment  paru,  sur  1‘epilepsie,  a  interesse  a 
juste  titre  notre  pays  et  l’etranger. 

Le  traitement  de  ces  malades  se  fait  en  general  d’une  facon 
disseminee,  au  milieu  des  autres  malades  des  asiles  ordinaires. 
Mais  deux  asiles  sont  reserves  aux  epileptiques,  l’un  a  Heel  et 
Panheel,  et  1’autre  a  Heemstede.  Ce  dernier  institut  est  dirige 
par  des  psychiatres  specialises.  Anciennement,  c’etaient  Van 
der  Spelt  et  Van  Walsem.  Actuellement,  Ledeboer  y  est  attache. 

B)  L’aide  aux  ALif:N#.s  EN  liberte.  —  Prevention  et  soins 
-consecutifs. 

Comme  suite  a  la  tendance  vers  1’amelioration  du  sort  des  alie¬ 
nes  et  au  desir  d’une  liberation  precoce,  on  crea  une  organisation 
pour  assister  les  anormaux  mentaux  en  liberte. 

On  la  retrouve  sous  deux  formes  dans  notre  pays,  qui  sont  : 

1°  La  prevention  et  les  soins  consecutifs  se  trouvant  sous  la 
dependance  d’etablissements  pour  alienes. 

2°  L’aide  pretee  par  des  associations  independantes  on  des 
‘ administrations . 

1.  Les  services  de  prevention  et  de  soins  consecutifs  dependant 
-des  instituts  s’appellent  aussi  parfois  «  services  externes  ».  A 
leur  tete  se  trouve  un  psychiatre,  seconde  par  une  infirmiere  ou 
une  assistante  sociale.  A  la  consultation  du  service  on  donne  des 
eonseils  aux  malades  et  aux  families.  Le  premier  service  externe 
en  Hollande  fut  organise  par  Pameyer,  a  ce  moment  medecin- 
directeur  a  Maasoord,  actuellement  Inspecteur  des  Asiles  de 
1’Etat.  Aujourd’hui  on  trouve  des  services  de  soins  consecutifs, 
attaches  a  beaucoup  d’autres  asiles,  et  organises  selon  les  memes 
principes. 

2.  Aide  aux  alienes  en  liberte,  emanant  d’associatio'ns  inde- 
jjendantes  ou  organismes  gouvernementaux. 

a)  II  faut  citer,  comme  la  plus  ancienne,  l’ Association  centrale 
pour  la  gestion  des  interets  sociaux  des  malades  nerveux  et 
mentaux. 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  HOLLANDE  577 


Actuellement  elle  possede  des  consultations  a  vingt-deux  en- 
droits  du  pays,  consultations  qui  sont,  spit  rattachees  aux  servi¬ 
ces  ext  ernes  cites  plus  haut,  soit  independantes. 

Cette  association  doit  son  essOr  a  l’ardeur  infatigable  et  au 
devouement  de  son  president,  Meyers,  qui  a  publie  un  grand  nom- 
bre  d’ecrits  de  propagande. 

b )  A  cote  de  cette  association,  ayant  le  meme  but  et  une  orga¬ 
nisation  similaire,  en  sont  nees  d’autres,  telle  UAssociation  Cha¬ 
ritable  Catholique  d’Hijgiene  Mentale,  a  laquelle  l’impulsion  est 
donnee  par  le  psychiatre  Kortenhorst. 

c)  II  faut  citer  a  part  le  service  communal  d’Hygiene  Mentale 
d’ Amsterdam  (Directeur,  Heyermans)  avec  deux  psychiatres 
(Querido  et  Wuite)  et  un  grand  nombre  d’assistantes  sociales, 
qui  s’occupent  de  la  prevention  et  des  soins  consecutifs  neces- 
saires  a  tous  les  anormaux  mentaux  de  cette  grande  ville. 

Alors  que  la  direction  et  l’organisation  de  la  prevention  et  des 
soins  consecutifs  a  donner  aux  alienes  sont  entierement  aux 
mains  des  psychiatres,  alors  que  les  consultations  citees  plus 
haut,  les  services  externes  et  les  associations  dont  il  a  ete  ques¬ 
tion,  peuvent  s’appeler  des  organismes  de  psychiatrie  appliquee, 
il  n’en  est  plus  de  meme  aussitot  que  nous  entrons  dans  le 
domaine  du  traitement  des  insuffisants  mentaux,  du  traitement 
des  psgchopathes  et  de  la  criminalite. 

Le  traitement  des  insuffisants  mentaux.  —  Il  est  vrai  que  le 
traitement  des  formes  graves  d’insuffisance  mentale  appartient 
au  domaine  du  traitement  des  alienes  et  que  la  loi  sur  les  alienes 
met  au  meme  rang  les  instituts  pour  insuffisants  mentaux  et  les 
asiles  d’alienes,  Ici  aussi  la  direction  est  done  confiee  au  psychia¬ 
tre.  Mais  a  cote  de  lui,  le  pedagogue  prend  son  importance  dans 
le  traitement  de  l’enfant  arriere.  Cependant,  on  apprecie  fort  la 
collaboration  avec  le  psychiatre.  De  la  resulte  que  pendant  ces 
dernieres  annees  est  ne  en  Hollande  un  mouvement  grace  auquel 
VEnseignement  special  pour  enfants  arrieres  est  devenu  un  foyer 
d'interet  et  grace  auquel  les  consultations  pour  1’examen  psycho¬ 
technique  ont  attire  l’attention. 

Il  y  a  dans  notre  pays  deux  instituts  pedagogiques.  L’un, 
catholique,  a  Nimegue  (Directeur,  le  Professeur  Ruten)  ;  l’autre, 
dependant  de  l’Universite  libre  d’ Amsterdam  (Directeur,  le  Pro¬ 
fesseur  Watering).  Il  existe,  en  Hollande,  cinquante-huit  ecoles 
communales  pour  arrieres,  avec  environ  9.000  eleves.  L’ensei- 
gnement  special  est  donne  a  des  arrieres  dans  treize  internats. 
Il  y  a  un  inspecteur  medical  de  1’Etat,  Van  Voorthuyzen,  qui  a 
beaucoup  fait  et  fait  actuellement  encore  beaucoup  pour  le  deve- 

Ann.  Med.-psych.,  XV  SERIE,  94“  ANNEE,  t.  I.  —  Ayril  1936.  37 . 


W.-M.  VAN  DER  SCHEER  ET  W.  HEMMES 


loppement  de  cet  enseignement  special,  et  qui  est  un  vrai  pere 
pour  ce  grand  groupe  d’insuffisants  mentaux,  La  plupart  des 
provinces  encouragent  la  frequentation  de  ces  ecoles,  au  moyen 
de  subventions  financieres. 

En  ces  dernieres  annees  on  a  recherche  une  plus  grande  per¬ 
fection  en  organisant  un  bon  service  de  soins  consecutifs  et  en 
creant  des  centres  de  travail  grace  auxquels  les  resultats  obtenus 
par  l’enseignement  special  ne  vont  pas  perdus.  De  ces  centres  de 
travail,  il  en  existe  deja  dix-neuf  en  Hollande. 

La  criminalite  et  l’aide  aux  psychopathes 

Si  dans  le  domaine  de  l’education  de  l’enfant  anormal  l’in- 
lluence  du  pvchiatre  devient  toujours  plus  grande,  cette  influence 
est  aussi  de.fa  marquante,  bien  que  toujours  insuffisante,  dans  le 
domaine  de  la  criminalite  et  du  traitement  des  psychopathes. 

La  loi  penale  neerlandaise  a  donne  une  place  de  grande  impor¬ 
tance  au  psychiatre. 

Si  l’on  suppose  que  la  responsahilite  du  delinquant  est  insut- 
fisante  par  suite  «  de  trouble  pathologique  ou  developpement 
insuffisant  des  facultes  mentales  »,  le  Tribunal  peut  demander 
Tavis  du  psychiatre.  Son  opinion  au  sujet  du  manque  ou  de  la 
diminution  de  la  responsahilite  de  l’accuse  a  une  grande  influence 
sur  le  jugement. 

Le  delinquant  peut  : 

a)  etre  place  pendant  un  an  dans  un  asile  d  alienes  , 

b)  etre  enferme  dans  une  prison  spcciale  a  la  tete  de  laquelle 
se  trouve  le  psychiatre  SchOltens  ; 

c)  etre  place  pour  deux  ans  dans  un  asile  pour  psychopathes 
dirige  par  le  psychiatre  Westerterp. 

Lorsque  le  malade  ne  s’ameliore  pas  ou  que  l’on  craint  des 
recidives,  la  duree  de  placement  a  l’asile  peut  etre  prolongee. 

Les  psychopathes  criminels  peuvent  egalement  etre  places  dans 
les  sections  speciales  attachees  a  des  asiles  d’alienes. 

L’interet  qu’on  porte  a  la  psychiatrie  legale  est  tres  grand  et  a 
donne  lieu  a  l’etude  des  diverses  questions. 

Van  der  Hoeven  a  ecrit  un  excellent  ouvrage  sur  la  psychiatrie 
a  l’usage  des  juristes  et  des  assistants  sociaux  (trois  tomes),  qui 
a  cependant  une  portee  trop  large  que  pour  etre  limitee  aux 
juristes  et  aux  travailleurs  sociaux.  II  a  publie  egalement  un 
travail  sur  la  signification  medico-legale  de  la  psychose  maniaco- 
dSpressive.  Beaucoup  de  communications  ont  ete  consacrees  a 
rimportanee  du  psychiatre  en  justice. 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  HOLLANDE  579 

On  pent  encore  citer  celles  sur  la  signification  des  nouvelles 
idees  en  psychopathologie  pour  le  juriste  (Rombouts),  celle  sur 
la  valeur  de  l’examen  psychologique  pour  le  Tribunal  (L.  Bou- 
man,  Heidema,  Van  den  Hoeven,  Wicrsma),  celle  sur  la  collabo¬ 
ration  du  psychiatre  et  le  reclassement  (Kortenhorst),  celles  sur 
]  enfant  antisocial  (Riimke)  et  l’enfant  criminel  (Grewel),  celle 
sur  la  faute  et  la  punition  (Standee),  et  celle  sur  la  psychiatrie 
et  l’applicatio'n  des  lots  sur  les  psychopathes  (Barnhoorn).  D. 
Wiersma,  qui  fut  d’abord  attache  a  l’asile  pour  psychopathes  de 
Leyde,  et  qui  est  actuellement  professeur  agrege  a  l’Universite 
de  Leyde,  a  publie  beaucoup  d’ articles  sur  la  psychologie  crimi- 
nelle  et  la  psychopathologie  bases  en  partie  sur  la  recherche 
experimentale  (intellect,  jugement,  fantaisie,  temps  dissocia¬ 
tion),  en  partie  sur  les  recherches  relatives  a  la  recherche  de  la 
personnalite  (menteurs  pathologiques,  vol  comme  exteriorisation 
de  tendances  vitales,  signification  de  la  frequence  du  tempera¬ 
ment  nerveux  chez  les  psychopathes  criminels,  psychopathes 
amorphes  et  psychopathes  nerveux).  Pour  terminer  il-faut  encore 
citer  de  lui  une  monographie  sur  la  notion  «  irresponsabilite  ». 

La  collaboration  du  juriste  et  du  psychiatre  a  conduit  a  la 
creation  d’une  «  Association  psychiatrique  et  juridique  ».  Nom- 
bre  de  sujets  y  ont  ete  traites  depuis  des  annees  par  des  psychia- 
tres  et  des  juristes  a  la  fois.  Cette  association  a  fortement  con- 
tribue  a  resoudre  les  difficultes  existant  dans  les  theories  et  la 
terminologie  de  ces  deux  branches  et  a  augmenter  la  confiance 
reciproque  des  deux  disciplines. 

De  ce  qui  precede  apparait  que  non  seulement  on  porte  une 
grande  attention  a  la  criminalite  des  adultes,  mais  beaucoup 
d’interet  aussi  a  l’enfant  delinquant  et  d’education  difficile.  II 
existe  ainsi  a  Rotterdam  une  «  Institution  pedagogique  pour 
enfants  psychopathes  »  ou  «  ecole  A.  H.  Francken  »,  dont  De 
Bloois  est  directeur. 

L’influence  du  psychiatre  sur  le  traitement  de  l’enfance  psy- 
chopathique  se  revele  par  le  fait  qu’a  l’lnstitut  National  d’educa¬ 
tion  pour  filles,  a  Zeist,  le  psychiatre  Postma  se  trouve  a  la  tete 
de  l’etablissement. 

II  a  fait  diverses  recherches  importantes  dans  le  domaine  de  la 
psychiati  ie  sociale  (entre  autres  :  recherches  psychiatriques  expe- 
rimentales  sur  la  signification  du  numero  d’ordre  de  naissance). 

L’interet  du  peuple  neerlandais  pour  l’hygiene  mentale  est 
prouve  egalement  par  la  creation  d’une  «  Association  pour  pro- 
mouvoir  les  consultations  pour  enfants  difficiles  »,  qui  ont  une 


W.-M.  VAN  DER  SCHEER  ET  W.  HEMMES 


activite  pratique  a  beaucoup  d’endroits,  et  par  1  existence  d  asso¬ 
ciations  qui  se  preoccupent  de  la  jeunesse  abandonnee  (les  foyers- 
Boddaert  a  Amsterdam). 

Association  neerlandaise  d’hygiEne  mentale 

Cet  interet  que  l’on  portait  aux  questions  d’Hygiene  mentale 
a  amene  Bouman,  Meyers,  Cox  et  Van  der  Scheer  a  prendre  l’ini- 
tiative,  en  1930,  de  reunir  toutes  les  personnes  et  toutes  les  Asso¬ 
ciations  dont  1’ activite  se  manifestait  dans  les  domaines  precites, 
en  une  Association  Neerlandaise  d’ Hygiene  Mentale.  Dans  la 
suite,  sont  nees  encore  :  l’Association  de  Charite  catholique 
d’Hygiene  mentale,  1’ Association  Neerlandaise  protestante  d’Hy¬ 
giene  mentale,  l’Association  d’Hygiene  mentale-  de  confession 
reformee.  Toutes  ces  Associations  sont  reunies  en  une  Federa¬ 
tion  Rationale  d’Hygiene  mentale.  Cependant,  l’Association 
neerlandaise  creee  en  premier  lieu  a,  jusqu’a  present,  eu  et 
garde  la  direction.  Elle  possede  une  section  de  pedagogie  et  une 
section  de  eriminologie,  et  depuis  sa  creation,  en  1930,  a  ses 
reunions  qui  ont  pris  une  allure  de  Congres  nationaux,  elle  a 
traite  les  sujets  suivants  :  l’Hygiene  mentale  et  la  profession, 
l’importance  de  l’Eugenique  pour  THygiene  mentale,  la  signi¬ 
fication  de  l’asile  dans  l’Hygiene  mentale,  les  conditions  d’edu- 
cation  et  l’Hygiene  mentale,  l’Ecole  et  l’Hygiene  mentale,  Hygiene 
mentale  et  Protection  de  l’Enfance. 

Ainsi,  dans  ce  domaine  egalement  nous  remarquons  en 
Hollande  une  forte  tendance  vers  ramelioration  des  forces 
psychiques  du  peuple. 

Bien  qu’il  nous  manque  encore  beaucoup  de  choses,  bien  que 
les  prejuges  du  public  vis-a-vis  du  psychiatre  et  des  anormaux 
mentaux  soient  encore  nombreux,  bien  qu’il  existe  encore  beau¬ 
coup  de  fausses  notions  au  sujet  du  traitement  des  alienes,  l’in- 
iluence  psychiatrique  gagne  sans  cesse  du  terrain. 


SOCIETfi  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Seance  du  Lundi  27  Avril  1936 


Presidence  :  M.  VURPAS,  president 
et  M.  Rene  CHARPENTIER,  vice-president 


Adoption  du  proces-verbal 

Le  proces-verbal  de  la  seance  du  jeudi  12  mars  et  le  proces-verbal 
de  la  seance  du  lundi  23  mars  1936  sont  adoptes. 

Correspondance 

M.  Paul  Coukbon,  Secretaire  general.  —  La  correspondance  ma- 
nuscrite  comprend  : 

une  lettre  de  la  famUle  de  M.  le  professeur  Leendert  Bouman, 
d’Utrecht,  qui  remercie  la  Societe  des  sentiments  de  condoleance 
qu’elle  en  a  regus  ; 

une  lettre  de  M.  le  docteur  Osvaldo  Loudet,  professeur  adjoint  de 
Clinique  psychiatrique  a  la  Faculte  de  medecine  et  professeur 
extraordinaire  de  Psychologie  a  la  Faculte  de  Philosophic  et  Lettres 
de  l’Universite  de  Buenos-Ayres,  qui  pose  sa  candidature  au  titre  de 
membre  associe  etranger.  La  Societe  designe  une  Commission  composee 
de  MM.  Georges  Dumas,  Levy-Valensi  et  Paul  Abely,  rapporteur,  pour 
l’examen  de  cette  candidature  :  le  vote  aura  lieu  a  la  seance  du 
lundi  25  mai  1936  ; 

une  lettre  de  M.  le  professeur  Pierre  Combemale,  secretaire  general 
du  Congres  des  medecins  alienistes  et  neurologistes  de  France  et  des 
pays  de  langue  frangaise,  qui  invite  la  Societe  a  se  faire  representer 


582  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

a  la  prochaine  session  du  Congres  a  Bale,  Zurich,  Berne  et  Neucba- 
tel,  du  20  au  25  juillet  1936  :  la  Societe  designe  MM.  Rene  Charpen- 
tier,  vice-president,  Collet,  Marchand,  Peron,  Petit  et  Th.  Simon 
pour  la  representer  a  cette  40®  session. 

Election  d’un  membre  correspondant  national 

Apres  lecture  d’un  rapport  de  M.  Paul  Abely  au  nom  d’une  com¬ 
mission  composee  de  MM.  P.  Abely,  R.  Anglade  et  P.  Guiraud,  il  est 
procede  au  vote  sur  la  candidature  de  M.  le  Dr  Mans. 


Nombre  de  votants  .  23 

Majorite  absolue  .  12 

A  obtenu  : 

M.  Mans  .  15  ™ix. 

Bulletins  blancs  . .  •  •  •  7 

Bulletin  negatif  .  * 


M.  le  Dr  Mans,  de  Leyme  (Lot),  est  elu  membre  correspondant 
national  de  la  Societe  medico-psychologique. 


COMMUNICATIONS 


Contribution  a  l’dtude  des  psycho-anemies.  Examen  psycbia- 
trique  de  quatre  cas  d ’anemic  de  Biermer,  par  MM.  Andre  Cain 
et  Andre  Chillier. 

A  la  seance  de  notre  Societe  du  27  janvier  1936,  MM.  Petit  et 
Delmont  faisaient  une  interessante  communication  :  «  Syndro¬ 
me  d’Adie  et  syndrome  neuro-anemique  a  type  de  psychose  poly- 
nevritique.  Amelioration  par  la  methode  de  Castle.  »  La  malade 
qui  faisait  l’objet  de  cette  communication,  presentait,  en  dehors 
du  syndrome  d’Adie  des  signes  physiques  de  polynevrite  et  un 
syndrome  mental  analogue  a  celui  de  la  psychose  de  Korsakoff, 
avec  desorientation,  amnesie,  tabulation  compensatrice,  anxiete 
et  onirisme.  Tout  ce  syndrome  etant  sous  la  dependance  d’une 
anemie  de  Biermer. 

Or,  le  hasard  nous  a  permis  de  reunir  dans  le  service  de  l’un 
de  nous,  a  l’hopital  St-Antoine,  quatre  cas  de  cette  affection  tres 
rare  que  constitue  l’anemie  de  Biermer. 

Notre  etude  neuro-psychiatrique  ne  nous  a  pas  permis  de 
decrire  un  syndrome  neuro  et  psycho-anemique  constant.  Au 


SEANCE  DU  27  AVRIL  1936 


:.s3 


contraire,  nous  avons  ete  plutot  degus  par  la  variete  des  cas 
observes  et  meme  parfois  leur  aspect  contradictoire  ayant,  par 
exemple,  constate  une  polynevrite  neurologique  typique  sans 
aucune  confusion  ou  Korsakoff  et  un  syndrome  net  de  Korsakoff 
sans  le  moindre  signe  de  polynevrite. 

Nous  croyons  cependant  utile  de  donner  nos  observations, 
meme  si  elles  ne  cadrent  pas  avec  les  opinions  habituelles. 

Les  quatre  malades  qui  font  l’objet  de  notre  communication 
ont  ete  examinees  par  un  specialiste  en  ophtalmologie  qui  n  a 
trouve  aucun  trouble  oculaire  et  en  particular  aucun  trouble 
pupillaire  (notamment  le  signe  de  la  «  pupille  tonique  »  ou 
«  bradycorie  de  Donath  »). 

Nos  quatre  malades  ne  presentaient  done  pas  le  syndrome 
d’Adie. 

Dans  l’article  precite,  MM.  Petit  et  Delmont  disaient  :  «  Les 
troubles  mentaux  de-  la  neuro-anemie  sont,  d’apres  tous  les 
auteurs,  tout  a  fait  analogues  a  ceux  des  toxi-infections...  Dans 
le  cas  presente  a  la  Societe,  troubles  mentaux,  polynevrite  et 
anemie  paraissent  relever  d’une  meme  cause  :  une  infection  du 
nevraxe  par  virus  neurotrope  du  type  encephalo-myehte  epide- 
mique.  » 

Notre  role  sera  plus  modeste  et  nous  ne  voulons  fame  aucune 
theorie  etiologique  ou  pathogenique.  Nous  nous  bornerons  a  don¬ 
ner  quatre  observations,  en  ne  faisant  qu’enregistrer  des  faits 
cliniques,  hematologiques  et  neuro-psychiatriques,  que  nous 
esperons  avoir  bien  observes. 

On  trouvera  des  indications  bibliographiques  dans  l’article  pre¬ 
cite  de  Petit  et  Delmont,  et  dans  la  communication  de  A.  Cain, 
A.  Ceillier,  Catan  et  Bachmann,  a  la  Societe  Frangaise  d’Hema- 
tologie  (Seance  de  mars  1936). 

Observation  I.  —  Mme  L.,  45  ans,  cigariere,  entre  a  l’hopital 
Saint-Antoine  pour  une  asthenie  profonde  remontant  a  plusieurs 
mois  et  des  signes  d’ anemie. 

Teint  cireux,  muqueuses  decolorees.  Amaigrissement  considerable. 
Leger  oedeme  malleolaire,  Tachycardie.  Souffles  doux  et  prolonges  a 
tous  les  orifices. 

Placards  de  depapillation. 

Hemorragies  oculaires  peripapillaires. 

Anemie  intense  (1.120.060),  hyperchrome  (1,60),  megalocytaire  et 
megaloblastique,  avec  anisocytose  et  polychromatophilie. 

Hypochlorhydrie,  hypopepsie. 

Sous  l’influence  de  l’hepatotherapie,  amelioration  rapide  de  l’ane- 
mie.  La  formule  sanguine  redevient  normale  (3.900.000  G.R.,  H., 


584 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


80  p.  100,  valeur  globulaire,  0,82  ;  disparition  des  hematies  nucleees). 
La  langue  prend  un  aspect  normal. 

Mais,  tandis  qu’on  assiste  a  la  disparition  des  signes  biermeriens, 
evolue  'avec  rapidite  une  tuberculose  pulmonaire  avec  granulie  termi- 
nale.  II  y  a  eu  done  une  dissociation  nette  entre  l’anemie  et  l’infec- 
tion  bacillaire,  dissociation  fondee  sur  l’efficacite  du  traitement  et 
permettant  de  rattacher  ce  cas  a  l’affection  autonome  qu’est  la  mala- 
die  de  Biermer,  au  lieu  d’en  faire  une  anemie  secondaire  et  sympto- 
matique. 

Durant  le  sejour  de  la  malade  dans  notre  service,  1  attention  est 
egalement  attiree  par  des  signes  nerveux  et  psychiques  qui  ne  se  sont 
pas  modifies  sous  Vaction  de  l’ hepatotherapie. 

Signes  nerveux.  —  La  malade  se  tient  diiflicilement  debout ;  reflexes 
tendineux  exageres.  Absence  du  signe  de  Babinski  et  de  troubles  de 
la  sensibilite  objective.  Douleurs  spontanees  tres  vives  dans  les  mem- 
bres  inferieurs.  Amyotrophie  considerable  et  globale. 

Signes  psychiques.  —  Sujet  anxieux,  inquiet,  donnant  l’impression 
d’un  etre  traque  ;  prenant  sans  motif  des  attitudes  de  supplication  ; 
a  d’autres  moments,  se  blottissant  sous  ses  couvertures  en  pleurant  et 
en  poussant  des  cris  d’effroi.  A  1’interrogatoire,  on  ne  peut  decouvnr 
les  motifs  de  cette  terreur  panique  que  la  malade  ne  peut  justifier, 
dont  il  semble  meme  qu’elle  n’a  pas  conscience.  On  ne  met  pas  en 
evidence  d’etat  hallucinatoire  ni  de  desorientation  dans  le  present; 
toutefois,  les  reponses  sont  assez  incoberentes  et  ne  permettent  pas, 
par  exemple,  de  preciser  la'  situation  sociale  de  la  malade,  son  passe, 
les  conditions  d’apparition  de  la  maladie  actuelle.  Le  sujet  n’a  pas 
davantage  conscience  de  la  gravite  de  son  etat.  Elle  est  seule,  sans 
famille  et  sans  amis,  si  bien  que  nous  ne  pourrons  obtenir  d’autres 
precisions.  ,  , 

Ce  n’est  qu’a  la  periode  iiltime,  plus  de  deux  mois  apres  1  entree  a 
l’hopital,  que  les  signes  de  granulie  sont  apparus.  Quelques  jours 
avant  la  mort  des  signes  de  reaction  meningee  (raideur  de  la  nuque, 
kernig,  subdelire)  traduisent  une  atteinte  terminale,  bien  distincte 
des  troubles  mentaux  auparavant  observes. 

Obs.  II.  —  Mme  Les.,  54  ans,  se  presente  depuis  plusieurs  annees  a 
notre  consultation  pour  des  troubles  mal  determines  et  ou  dominent  : 
la  lenteur  de  la  digestion,  les  malaises,  les  brulures,  les  nausees  ; 
apres  les  repas,  les  douleurs  abdominales  diffuses,  les  alternatives  de 
diarrhee  et  de  constipation,  les  poussees  hemorro’idaires.  Les  difife- 
rents  examens  cliniques  et  radiologiques  font  eliminer  une  affection 
organique.  La  malade  est  maigre,  la  musculature  abdominale  defi- 
ciente;  l’estomac  est  allonge  et  hypertonique  et  ne  se  vide  bien  qu’en 
decubitus.  A  ces  malaises  s’ajoutent  de  veritables  crises  d’anxiete  et 
de  depression  durant  lesquelles  la  malade,  veritablement  aneantie, 
refuse  toute  nourriture.  L’oeil  est  brillant,  les  extremites  tremulantes  , 
on  recherche  vainement  d’autres  signes  en  faveur  d’une  maladie  de 
Basedow.  Le  metabolisme  basal  est  normal. 


SEANCE  DU  27  AVR1L  1936 


Jusqu’cn  decembre  1935,  la  malade  «  traine  »,  sans  etre  amelioree 
par  nos  differents  essais  therapeutiques.  G’est  alors  seulement  que 
nous  prenons  en  consideration  sa  paleur,  preoccupe  surtout  que  nous 
avons  ete  jusqu’alors  par  son  agitation,  ses  malaises  et  son  anxiete. 

Nous  trouvons  tous  les  signes  d’une  anemie  de  Biermer  :  G.  R., 
2.880.000  ;  H.,  8  p.  100  ;  valeur  globulaire,  1,85  ;  G.  B.,  6.000  ;  poly, 
69,7  p.  100.  Anisocytose  et  poikilocytose.  Reticulocytes,  2  p.  100.  Me- 
dullogramme  :  reaction  erythroblastique  dominante,  avec  megaloblas- 
tes.  Glossite  depapillante  marginale.  Sue  d ’histamine  :  acblorhydrie 
et  apepsie. 

La  mere  de  la  malade  serait  decedee  a  63  ans  de  cirrhose  alcooli- 
que.  Son  pere  est  mort  de  vieillesse  a  84  ans.  II  n’y  a  jamais  eu  d’alie- 
nes,  a  sa  connaissance,  dans  sa  famille.  Rile  a  obtenu  aisement  son 
certiflcat  d’etudes,  puis  a  travaille  comme  bonne  a  tout  faire  et  cui- 
siniere.  Elle  s’est  mariee  a  24  ans  avec  un  gargon  de  cafe  et  a  pris  un 
commerce  de  cafe-restaurant  en  mai  1914. 

A  partir  de  cette  epoque  elle  a  eu  de  grands  ennuis  et  gros  chagrins: 
difficultes  pecuniaires,  surmenage  et  mort  de  son  mari,  decede  en 
1921  des  suites  de  la  gperre  (gaze  et  prisonnier). 

Elle  a  eu  un  seul  enfant,  age  actuellement  de  24  ans. 

L’examen  psychiatrique  actuel  ne  montre  aucun  signe  de  demence 
ou  d’aff aiblissement  intellectuel.  La  memoire  est  excellente,  tant  pour 
les  faits  anciens  que  recents.  II  n’y  a  pas  trace  de  confusion  mentale 
ou  d’onirisme  et  aucune  ebauche  du  syndrome  de  Korsakoff. 

Par  contre,  on  note  de  l’anxiete  et  des  tendances  hypocondriaques 
avec  troubles  cenesthopathiques. 

L’anxiete  est  surtout  vive  le  matin  au  reveil.  Anxiete  diffuse  sans 
idees  precises. 

Les  idees  hypocondriaques  sont  en  partie  justifiees  par  le  mauvais 
etat  de  sante  de  la  malade  et  par  son  anemie,  mais  il  s’y  ajoute  des 
troubles  cenesthesiques  consistant  en  sensations  vagues  et  indefinis- 
sables  dans  l’abdomen  avec  impression  de  deplacement  et  d’abaisse- 
ment  des  organes,  bien  que  l’examen  clinique  et  les  controles  radio- 
logiques  n’aient  montre  aucune  ptose  viscerale. 

De  plus,  la  malade  presente  des  troubles  nettement  fonctionnels  et 
d’apparence  pithiatique  de  la  marche.  Elle  titube,  perd  l’equilibre, 
s’appuie  aux  meubles  ou  contre  les  murs.  Cependant,  elle  ne  presente 
pas  de  vrai  Romberg. 

Retour  a  une  formule  sanguine  normale  sous  faction  de  1’epatothe- 
rapie.  Guerison  de  la  glossite. 

La  malade  se  realimente,  et,  en  l’espace  de  2  mois,  engraisse  de 
pres  de  3  kilos.  (Insuline,  serum  sucre,  repos  strict  au  lit). 

Examen  neurologique  negatif.  Reflexes  tendineux,  cutanes  et  pupil- 
Iaires  normaux.  Absence  de  signes  cerebelleux.  Examen  ophtalmosco- 
pique  negatif. 


586  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

Obs.  III.  —  Mine  B.,  65  ans,  a  subi  en  mai  1935  une  gastro-pylorec- 
tomie  avec  anastomose  gastro-jejunale  de  Polya,  pour  un  gros  ulcere 
du  bulbe  duodenal.  Un  examen  radiologique,  pratique  en  janvier 
1935  a  l’hopital  Saint-Antoine,  dans  le  service  de  lun  de  nous  ou 
elle  a  ete  adinise  en  raison  de  sa  faiblesse  extreme,  montre  que  la 
partie  subsistante  de  l’estomac  est  souple,  a  des  contours  et  des  plis 
reauliers,  que  la  substance  opaque  s’engage  par  grosses  bouchees 
dans  l’anse  anastomotique  et  se  trouve,  au  bout  de  quelques  minutes, 
tout  entiere  rassemblee  dans  les  anses  greles.  . 

La  malade  est  pale,  les  muqueuses  sont  decolorees,  la  langue  est 

depapiUee^o  ooo  _  Q  B  5  800  .  H>>  80  p.  100  ;  valeur  globulaire,  1,48  ; 
63,8  p.  100  de  polynucleaires.  Absence  d’hematies  nudeces^  Anisocy- 
tose  et  poikilocytose,  mais  absence  de  megalocytes,  5  p.  100  de  reu- 

C  Achlorhydrie  et  apepsie.  Absence  de  sang  dans  le  liquide  gastrique 

Ct  Malgre^plusieiirs  transfusions  et  l’administration  du  foie  de  veau, 
aucune  amelioration  de  l’anemie  n’est  obtenue.  Le  chiffre  des  reti- 
culocytes  ne  se  modifie  pas.  , , 

La  malade  est  astheniee  et  confinee  au  lit.  Elle  ne  se  nourrit  qu  a 
peine  •  sa  cachexie  va  en  augmentant.  L’azotemie  est  de  0  gr.  10. 

Au  point  de  vue  neuro-psychiatrique,  il  y  a  lieu  de  mentionner 
surtout  la  discordance  entre  l’absence  de  signes  neurologiques  de 
polynevrite  et  les  tres  graves  troubles  mentaux. 

Ceux-ci  realisent  le  syndrome  de  Korsakoff  avec,  peut-etre,  un 
affaiblissement  intellectuel  surajoute.  ■  ,  „ 

Desorientation  totale  dans  le  temps  et  dans  l’espace.  Sait  qu  elle 
est  a  l’hopital,  mais  ignore  dans  quel  hopital.  Dit  etre  entree  a  1  ho- 
pital  le  matin  meme  (alors  qu’elle  y  est  depuis  environ  3  mois)  Ignore 
le  jour,  le  mois  et  l’annee,  declarant  lundi  janvier  1934  au  lieu  de 
mardi  mars  1936. 

Dit  etre  nee  le  1"  aout  1970  et  etre  agee  de  /0  ans  ! 

Ne  peut  donner  aucun  renseignement  precis  sur  son  curriculum 
vitie,  certains  renseignements  pouyant,  peut-etre,  se  trouver  exacts, 
d’autres  etant  manifestement  errones. 

La  derniere  guerre  a  eu  lieu  le  jour  de  sa  naissance,  en  1850  (sic). 
Cependant,  elle  prononce  le  nom  du  general  Pau  et  se  rappelle  qu  il 

etait  inutile.  ,  . 

Les  souvenirs  anciens  de  sa  vie  personnel^  paraissent  relativement 
un  peu  mieux  conserves  que  les  souvenirs  recents. 

Elle  peut  citer  plusieurs  villes  ou  son  mari  a  ete  receveur  de  1  en- 
remstrement  et  meme  quelques  adresses  des  maisons  oil  elle  a  habite. 
Nous  n’avons  pu  confirmer  Pexactitude  de  ses  dires,  mais  ils  nous  ont 
paru  vraisemblables,  ainsi  que  certains  autres  renseignements  sur 
son  passe  lointain.  ,  •••*•:.  , 

Par  contre,  les  troubles  sont  considerables  pour  les  faits  plus 


SEANCE  DU  27  AVRIL  1936 


587 


recents,  la  malade  croit  etre  entree  a  l’hopital  le  matin  meme  ;  elle 
ignore  le  nom  de  tous  les  medecins  qui  la  soignent,  ainsi  que  celui 
des  infirmieres  et  de  la  surveillante. 

La  tabulation  n’est  pas  extremement  developpee  et  notamment,  on 
ne  peut,  en  la  suggestionnant,  lui  faire  dire  qu’elle  est  allee  au  mar- 
che  le  matin,  qu’elle  a  fait  son  menage,  sa  cuisine,  qu’elle  a  rencon¬ 
tre  telle  ou  telle  personne.  Elle  ne  fait  que  repondre  d’une ,  facon 
voiontairement  vague  et  imprecise  :  «  Je  ne  sais  pas  ce  que  j  ai  fait 
hier.  Je  n’ai  pas  du  aller  au  cinema,  car  j’y  vais  rarement.  Je  ne  me 
rappelle  pas  qui  j’ai  rencontre.  » 

En  somme,  elle  se  «  refugie  »  davantage  dans  l’amnesie  que  dans 
une  fabulation  compensatrice. 

Cependant,  il  existe  des  symptomes  de  «  fabulation  onirique  ». 
«  Mon  fils,  dit-elle,  vient  de  mourir  il  y  a  quelques  jours.  Je  suis 
allee  a  son  enterrement  ;  mais  pas  d’une  fagon  «  officielle  »•  Il  a 
jete  une  bombe  dans  Paris  «  pour  pousser  la  guerre  en  avant  ».  Il 
a  ete  tue  sur  le  coup.  » 

11  n’y  a  aacun  signe  de  polynevrite,  les  reflexes  tendineux  et 
cutanes  du  membre  inferieur  sont  normaux  :  l’amaigrissement  est 
generalise,  mais  sans  amyotrophie  particuliere,  sans  douleurs  spon- 
tanees  ou  provoquees. 

La  malade  serait  regulierement  gateuse,  perdant  urines  et  matieres 
dans  son  lit.  La  marche  est  impossible  a  cause  de  l’etat  cachectique 
general.  ; 

En  resume,  chez  cette  malade,  nous  avons  note  :  d’une  part,  1  ab¬ 
sence  de  signes  neurologiques  precis  de  polynevrite  ;  d’autre  part, 
un  syndrome  mental  caracterise  par  un  certain  degre  d’affaiblisse- 
ment  intellectuel,  avec  confusion  mentale  surajoutee  et  certaine, 
desorientation  dans  le  temps  et  dans  l’espace,  troubles  amnesiques 
considerables,  mais  predominant  sur  les  faits  recents,  peu  de  fabula¬ 
tion  vraie  (type  Korsakoff),  c’est-a-dire  peu  de  fabulation  «  extempo- 
ranee  »  et  «  de  suppleance  »,  mais  des  recits  oniriques. 

Ce  syndrome  mental  ressemble  de  tres  pres  (malgre  quelques 
legeres  nuances  psychiatriques)  au  syndrome  de  Korsakoff.  Mais 
(plus  exactement)  nous  pensons  qu’il  s’agit  d’un  etat  d’affaiblisse- 
ment  intellectuel  avec  confusion  mentale  importante  et  onirisme. 

Obs.  IV.  —  Mme  Ca...,  48  ans.  Maladie  de  Bienner  a  forme  febrile. 
Sejour  a  St-Antoine  de  decembre  33  a  mars  34.  Asthenie,  paleur  extre¬ 
me,  souffle  anemique  a  la  pointe  du  cceur.  Pas  de  glossite.  Anemie 
hyperchrome.'  G.R.  =  724.000;  G.B.  =  3.600;  Valeur  glob.  =  1,20. 
En  janvier  34,  apres  transfusion,  G.R.  =  2.036.000  ;  G.B.  =  2.600  ; 
Valeur  glob.  =  1,76.  Par  suite,  reglobulisation  importante,  amelio¬ 
ration  nette  par  l’hepathotherapie.  Hospitalisee  de  nouveau  a  St-An- 
toine  de  fevrier  35  a  mai  35  (transfusion,  hepathotherapie)  et  d’aout 
a  octobre  35.  Syndrome  neuro-anemique.  Fourmillements  dans  les 
jambes,  reflexes  abolis  aux  membres  inferieurs.  Nouveau  sejour  du 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


12  novembre  au  2  decembre  35.  Memes  symptomes.  Hematologie  satis- 
faisante.  Sortie  sur  sa  demande. 

Examen  neuro-psychiatrique.  Signes  de  polynevrite.  Abolition  des. 
reflexes  tendineux  des  membres  inferieurs  (conservation  des  reflexes 
des  membres  superieurs),  fourmillements  et  douleurs  spontanees  aux 
membres  inferieurs.  Douleur  a  la  pression  des  masses  musculaires.. 
Leger  steppage.  Aucune  trouble  oculaire. 

Au  point  de  vue  mental  intelligence  normale,  lucidite  parfaite,  pas 
la  moindre  trace  de  confusion,  de  desorientation,  d’onirisme  ni  de 
Korsakoff.  Pendant  un  de  ses  sejours  a  St-Antoine  a  ete  un  peu 
anxieuse  et  un  peu  recriminatrice.  S’est  plainte  au  Directeur  de  1  hopi- 
tal.  Mais,  renseignements  pris,  il  s’agissait  d’un  petit  episode  reel  et 
en  partie  legitime  par  une  plaisanterie  de  mauvais  gout  d’une  infir- 
miere  qui  avait  menace  une  malade  gateuse  de  la  barbouiller  de  ses. 
matieres. 

Chez  cette  malade,  il  existait  une  serie  de  gros  ennuis  tres  reels 
(familiaux,  pecuniaires,  de  sante,  etc.),  contre  lesquels  elle  a  reagi 
normalement. 

En  resume,  chez  cette  malade  atteinte  de  maladie  de  Biermer  typi- 
que  et  intense  (724.000  G.R.)  avec  polynevrite  tres  nette  au  point  de 
vue  neurologique,  il  n’a  ete  releve  aucun  trouble  mental  important  et 
en  particulier  pas  de  trace  de  confusion  ou  de  Korsakoff. 

Les  quatre  malades  dont  nous  avons  donne  l’observation  peu- 
vent  se  resumer  de  la  fafon  suivante  : 

1°  Mme  L...,  Biermer  type,  amelioree  par  le  traitement  hepa- 
tique,  mais  sans  amelioration  concomitante  des  troubles  psychi- 
ques  (anxiete  sur  fonds  confusionnel).  A  signaler  la  granulie 
terminate  alors  que  l’anemie  Biermerienne  etait  tres  amelioree 
(ce  qui  tendrait  a  prouver  la  nature  cryptogenetique  et  non 
secondaire  de  la  maladie  de  Biermer). 

2°  Mme  Les...,  atteinte  de  maladie  de  Biermer,  sans  aucun 
signe  neurologique,  sans  confusion,  sans  Korsakoff,  mais  avec 
anxiete,  preoccupations  hypocondriaques  et  surtout  comporte- 
ment  hysterique  avec  troubles  pithiatiques  de  la  marche. 

3°  Mme  B...  Anemie  pernicieuse  apres  gastro-pylorectomie  pour 
ulcus  duodenal.  Aucun  signe  neurologique  de  polynevrite,  mais 
syndrome  mental  confusionnel  ;  onirique  anxieuse  realisant 
presque  typiquement  le  syndrome  de  Korsakoff. 

4°  Mme  Ca...,  Biermer  type,  anemie  intense.  Polynevrite  neuro¬ 
logique  sans  aucun  trouble  mental  important  et  notamment  sans 
la  moindre  trace  de  confusion,  d’onirisme  ou  de  Korsakoff  (tres 
legere  anxiete). 

Ces  deux  dernieres  malades  sont  curieuses  a  opposer  l’une  a 
l’autre. 


SEANCE  DU  27  AVRIL  1936 


Comme  nous  l’avons  dit  au  debut,  ces  constatations  sont  assez 
etranges  et  ne  nous  permettent  pas  de  preciser  le  syndrome 
psycho-anemique.  II  semble  que  l’element  le  plus  constant  soit 
1’ anxiete.  Ensuite  on  observe  (avec  ou  sans  polynevrite)  des  symp- 
tomes  confusionnels  avec  onirisme  et  syndrome  identique  a  celui 
de  Korsakoff  ou  tres  voisin  de  celui-ci. 

Enfin  dans  un  cas  particulierement  grave  (724.000  G.R.)  il  n’y  a 
eu  aucun  trouble  mental  important  (sauf  peut-etre  une  tres  legere 
anxiete),  et  ceci  malgre  une  polynevrite  typique. 

M.  N.  P£ron.  —  Au  cours  de  l’anemie  pernicieuse,  particulie¬ 
rement  compliquee  de  troubles  neurologiques  (syndromes  neuro- 
anemiques),  les  troubles  mentaux  ne  sont  pas  rares  :  tantot  il 
s’agit  de  manifestations  du  type  onirique  avec  anxiete,  compara¬ 
bles  a  celles  signalees  par  le  docteur  Ceillier  ;  tantot  on  note  des 
troubles  mentaux  plus  caracterises  a  type  delirant  :  idees  de 
revendication,  de  persecution,  de  prejudice  ou  de  jalousie. 

M.  Crouzon.  —  Nous  venons  d’observer  avec  M.  Mollaret  un 
cas  de  psychose  greffee  sur  une  neuro-anemie  dont  nous  publie- 
rons  l’observation  et  l’autopsie.  Je  signale  a  ce  propos  1’ouvrage 
que  viennent  de  publier  MM.  Roger  et  Olmer  sur  les  syndromes 
neurohematiques. 


Remarques  et  statistiques  surle  service  de  psy chiatrie  d’urgence 
de  l’hdpital  St-Antoine,  par  MM.  Ph.  Pauniez  et  A.  Ceillikr. 

A  la  suite  de  l’interessante  communication  de  MM.  Laignel- 
Lavastine  et  G.  d’Heucqueville,  nous  desirons  verser  au  dossier 
des  «  Services  de  Psychiatrie  d’Urgence  des  Hopitaux  »,  nos  sta¬ 
tistiques  concernant  le  pavilion  Dupre  de  l’Hopital  St-Antoine, 
en  les  accompagnant  de  quelques  remarques. 

La  necessity  d’un  service  de  «  Psychiatrie  d’urgence  »  appele 
a  tort,  quelquefois,  «  Service  des  Agites  » ,  se  faisant  sentir  depuis 
de  nombreuses  annees,  le  professeur  Claude,  qui  etait  alors  mede- 
cin  de  l’hopital  St-Antoine,  a  obtenu  la  creation  d’un  Pavilion 
special.  Le  docteur  Pagniez  ayant  succede  au  professeur  Claude 
dans  son  service  de  St-Antoine,  a  ete  heureux  de  diriger  ce  pavil¬ 
ion  et  a  fait  appel  a  la  collaboration  d’un  psychiatre  specialiste. 
Nous  avons  desire  honorer  la  memoire  d’un  maitre  commun, 
en  baptisant  ce  pavilion  «  Ernest  Dupre  ». 

Ce  pavilion  a  ete  ouvert  en  novembre  1923  avec  le  chiffre  tres 


590  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOG1QUE 

faible  de  6  lits.  Pendant  11  ans,  il  a  fonctionne  ainsi,  puis  un 
modeste  agrandissement  du  pavilion  a  permis  de  porter  le  nom- 
bre  de  lits  de  6  a  10  (decembre  1934). 

Or,  malgre  ce  nombre  si  faible  de  places,  notre  modeste  pavil¬ 
ion  Dupre  a  regu  un  nombre  considerable  de  malades  et  a  ren  u, 
croyons-nous,  de  reels  services. 

Le  nombre  des  lits  de  l’hopital  St-Antoine  est  de  1.084 
(med.,  716  ;  chir.,  221  ;  otorh.,  34  ;  ophtal.,  20  ;  accouch.  93). 

Avec  l’effectif  actuel  de  10  lits,  cela  represente  une  chambre 
d’isolement  pour  108  malades  (la  proportion  etant,  a  la  Pitie, 
de  1  pour  85,  alors  que  cet  hopital  possede  un  service  neuro- 
psychiatrique  important  et  un  service  de  neuro-chirurgie) .  L  ho¬ 
pital  St-Antoine  se  trouve  done  assez  defavorise  quant  au  nom¬ 
bre  de  lits  reserves  aux  cas  de  psychiatrie  d’urgence. 

Ouelques  mots  seulement  sur  l’organisation  matenelle  du  ser¬ 
vice.  Le  pavilion  Dupre  ne  comprend  qu’un  rez-de-chaussee. 
Les  chambres  ont  un  cubage  moyen  de  30  m3.  Tous  les  lits  son 
amovibles.  II  y  a  eu,  au  debut,  deux  cellules  capitonnees,  mais 
nous  en  avons  supprime  une,  car  elles  ne  nous  ont  donne  aucune 
satisfaction,  les  malades  agites  arrivant  presque  toujours  a  decla¬ 
rer  le  capitonnage.  Les  vitres  sent  incassables  et,  dans  certaines 
chambres,  protegees  par  un  grillage.  Un  vasistas  qui  s  ouvre  du 
dehors  donne  une  large  aeration.  La  porte  d’entree  est  mume 
d’un  «  judas  »  avec  vitre  theoriquement  incassable,  mais  pia- 
tiquement  souvent  brisee.  Dans  les  nouvelles  chambres,  nous 
avons  remplace  la  vitre  par  un  grillage. 

Lorsque  les  malades  sont  tres  agites,  on  les  maintient  soit 
avec  des  bracelets  de  cuir,  aux  poignets  et  aux  chevilles,  soit  par 
la  classique  camisole  de  force.  Malgre  son  nom  rebarbatif,  cette 
camisole  de  force  nous  a  toujours  paru  le  meilleur  moyen  de 
contention.  Elle  laisse  au  malade  une  assez  grande  liberte  de 
mouvements  a  l’interieur  de  la  camisole  et  n’a  pas  les  mconve- 
nients  des  liens  qui  immobilisent  trop  et  qui  blessent  les  grands 

a8Chaque  fois  que  nous  le  pouvons,  nous  ne  mettons  ni  entrave, 
ni  camisole.  Dans  le  cas  d’agitation,  on  enleve  tout  mobilier  et 
on  laisse  simplement  un  matelas  a  terre.  . 

Le  pavilion  Dupre  ne  possede  pas  de  laboratoire  particulier  (c 
qui  serait  excessif  pour  10  lits),  mais  les  examens  sont  pratiques 
dans  le  laboratoire  de  medecine  generate  de  l’un  de  nous. 

Le  personnel  fixe,  e’est-a-dire  celui  de  la  matinee  et  du  debut 
de  l’apres-midi,  est  au-dessus  de  tout  eloge.  Par  contre  nous 
deplorons  que  dans  la  soiree  ou  dans  la  nuit,  le  personnel  soit 


SEANCE  DU  27  AVRIL  1936 


frequemment  change.  Cette  constatation  nous  interdit,  par 
exemple,'  d’entreprendre  aucune  cure  de .  desintoxication  chez  les 
morphinomanes,  car  trop  d’inflrxniers  ou  infirmieres  se  succe- 
dent  dans  le  service. 

Etant  donne  que  le  pavilion  Dupre  est  passe  de  6  a  10  lits,  en 
decembre  1934,  il  est  difficile  d’etablir  une  moyenne  depuis  l’ou- 
verture  du  pavilion  jusqu’a  ce  jour,  et  on  doit  scinder  la  statis- 
tique  en  deux  : 

1°  de  novembre  1923  a  decembre  1934  (6  lits),  c’est-a-dire  pen¬ 
dant  onze  ans  et  un  mois,  il  est  passe  4.273  malades,  soit  une 
moyenne  de  385  malades  par  an,  avec  une  duree  de  sejour 
moyenne  de  5  jours  1/2  ; 

2°  en  1935,  le  service  comprenant  10  lits,  nous  avons  recu 
485  malades,  soit  48,5  par  lit,  avec  duree  de  sejour  de  7  jours  1/2 
environ. 

Ces  chiffres  nous  montrent  done  que  plus  le  nombre  de  lits 
est  grand,  non  seulement  augmente  le  nombre  de  malades,  mais 
la  duree  de  leur  sejour  (ce  qui  est  un  element  important  d’ obser¬ 
vation  et  de  traitement). 

Notre  pavilion  est  presque  toujours  plein  (surtout  depuis  qu  il 
a  10  lits)  et  s’il  y  a  une  urgence,  nous  pouvons  activer  une  deci¬ 
sion  qui  etait  en  suspens,  soit  en  provoquant  la  sortie  d’un  ma- 
lade,  soit  en  le  renvoyant  dans  une  salle  commune,  soit  en  l’in- 
ternant.  Pratiquement,  nous  n’avons  jamais  ete  dans  l’obliga- 
tion  de  refuser  un  malade  urgent,  soit  qu’il  vienne  d’un  des  ser¬ 
vices  de  l’hopital,  soit  qu’il  soit  re?u  a  la  consultation.  Nous 
n’avons  jamais  fait  appel  a  des  pavilions  similaires  d’autres 
hopitaux.  La  reciproque,  cependant,  n’est  pas  vraie,  car,  a  notre 
grande  surprise,  nous  avons  recu  des  malades  qui  etaient 
envoyes  par  certains  hopitaux,  ayant  des  pavilions  psychiatri- 
ques.  Nous  en  avons  recu,  par  exemple,  un  certain  nombre 
venant  directement  de  la  Pitie. 

En  ce  qui  concerne  les  maladies  observees,  nous  ferons  por¬ 
ter  notre  statistique  uniquement  sur  l’annee  1935  (premiere 
annee  entiere  pendant  laquelle  il  y  a  eu  10  lits).  Sur  un  total  de 
485  malades,  il  y  a  un  groupe  assez  important  represente  par 
72  cas  qui  ont  ete  envoyes  au  pavilion  Dupre  pour  des  raisons 
qu’on  peut  appeler  para-psychiatriques.  Ce  groupe  comprend  : 
1-  quelques  malades  qui  ont  ete  diriges  a  tort  sur  le  pavilion 
Dupre  par  l’interne  de  garde  ou  le  service  de  consultation  ;  2°  un 
assez  grand  nombre  de  malades  simplement  organiques,  mais 


592 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


qui,  par  leurs  gemissements,  leurs  plaintes,  troublaient  la  tran¬ 
quillity  de  la  salle  commune  ;  3°  quelques  malades  moribonds 
dont  l’agonie  constituait  un  trop  penible  et  trop  bruyant  spec¬ 
tacle  pour  leurs  voisins.  Ceci  explique  la  forte  proportion  de  mor¬ 
tality  dans  le  pavilion  Dupre  ;  4°  des  malades  qui,  pour  une  rai¬ 
son  ou  pour  une  autre,  causaient  de  la  perturbation  dans  un  ser¬ 
vice  de  medecine  generate. 

Nous  avons  d’ailleurs  ete  obliges  de  reagir  contre  cette  tendance 
qu’avaient  certains  chefs  de  service  a  considerer  le  pavilion 
Dupre  comme  une  espece  de  «  salle  de  police  »  et,  dans  certains 
cas,  nous  n’avons  pas  hesite  a  renvoyer  dans  leur  service  d’ori- 
gine,  quelques  malades  simplement  turbulents  ou  irascibles. 

En  dehors  de  ces  72  cas  inclassables  au  point  de  vue  psychia- 
.  trique,  nous  avons  note  413  cas  d’affections  diverses  relevant 
legitimement  du  pavilion  Dupre. 

Alcoolisme  =  188,  se  repartissant  ainsi  :  ivresse  simple  :  33  ; 
acces  sub-aigu  ou  aigu  :  137  ;  acces  alcoolique  avec  delire  plus 
ou  moins  systematise  :  18. 

Demence  =  .34  :  demence  precoce  :  10  ;  demence  senile  :  20  ; 
demences  diverses  :  4. 

Etat  depressif  =  47  :  melancolie  :  18  ;  depression  psychique 
non  melancolique  avec  tentative  de  suicide  :  29  (1). 

Etat  d’excitation  maniaque  =11. 

Etat  confusionnel  =  18  (15  de  causes  diverses  ;  3  d’origine 
puerperale). 

Epilepsie  =  49  :  crises  simples  :  27  ;  epilepsie  chez  les  alcooli- 
ques  :  15  ;  equivalents  psychiques  :  6  ;  manie  epileptique  :  1  (2). 

Deifies  divers  (hallucinatoire,  interpretatif,  paranoide  avec  ou 
sans  debilite  mentale)  =  15. 

Troubles  simples  du  caractere  =  10. 

Paralysies  generales  =  14. 

En  plus  de  ces  cas,  nous  devons  signaler  :  anorexie  men¬ 
tale  =  1  ;  toxicomanie  =  4  (mais  ces  malades  ne  sont  generale- 
ment  pas  acceptes  a  cause  de  la  difficulty  d’une  surveillance  effi- 
cace)  ;  lacunaires  et  pseudo-bulbaires  =  3  ;  aphasies  de  Wer- 
nick  =  5  ;  tabes  =  2  ;  Parkinson  avec  troubles  psychiques  =  2; 
meningites  =  4  ;  uremie  =  1  ;  Basedow  =  2  ;  hypertendu  avec 

(1)  Nous  avons  ete  frappes  depuis  l’ouverture  du  pavilion  par  la  grande 
frequence  des  tentatives  de  suicide  qui  vont  en  augmentant  et  qui  sont  dues, 
pour  une  petite  part  a  des  causes  passionnelles,  et  pour  une  grande  part  a 
des  causes  sociales  (misere  et  crise  economique,  etc...). 

(2)  Notre  chiffre  considerable  d’epileptiques  s’explique  peut-etre  parce  que 
nous  nous  interessons  specialement  a  cette  maladie. 


SEANCE  DU  27  AVRIL  1936 


593 


eclipses  =  1  ;  Friedreich  avec  debilite  mentale  =  1  ;  tetanos  =  1. 
Total  ±=  413. 

Nous  rappelons  qu’en  plus  de  ces  413  malades,  il  y  en  a  eu  72 
lie  presentant  pas  d’affection  mentale  caracterisee.  Total  gene¬ 
ral  =  485. 

Les  sorties  ont  ete  les  suivantes  : 

Hopital  Henri-Rouselle  :  3. 

Internes  a  Ste-Anne  :  91. 

Decedes  :  49  (1). 

Evades  :  1  (2). 

Retour  en  salle  ou  sortie  libre  :  341. 

Nous  avons  done  interne  91  malades  sur  485,  soit  un  pour- 
centage  de  18,76  %,  e’est-a-dire  tres  inferieur  a  ceux  des  autres 
pavilions  similaires  des  hopitaux  ou  a  celui  de  l’hopital  Henri- 
Rousselle  (Pitie  :  25  %  ;  Lariboisiere  :  24  %  ;  Salpetriere  : 
25  %  ;  Henri-Rousselle :  50  %). 

Dans  la  presque  totalite  des  cas,  les  placements  ont  ete 
d’office,  bien  que  nous  nous  efforcions  d’obtenir  aupres  des 
parents  des  placements  volontaires.  Le  placement  d  office  est 
impossible  a  eviter  dans  les  cas  d’urgence  et  de  danger  ou  lors- 
que  le  malade  n’a  aucune  famille  s’occupant  activement  de 
lui  (3). 

Merne  si  le  malade  a  des  parents  qui  s'interessent  a  son  sort, 
il  est  rare  qu’ils  comprennent  les  differences  qui  existent  entre 
le  placement  d’office  et  le  placement  vofontaire. 

Bref,  a  notre  grand  regret,  nos  malades  sont  presque  tou- 
jours  internes  d’office. 

Si  nous  gardions  nos  malades  un  mois,  comme  M.  Crouzon, 
a  la  Salpetriere,  nous  obtiendrions  probablement  un  beaucoup 
plus  grand  nombre  de  placements  volontaires. 

Nous  tenons  a  signaler  le  fait  suivant  qui  est  curieux  et  qui 
doit  interesser  d’autres  services  psychiatriques  d’urgence.  Les 
ambulances  de  la  ville  de  Paris  refusent  de  transporter  les  alie- 
nes  (vraisemblablement  par  la  crainte  que  ceux-ci  abiment  la 
voiture  ambulanciere) .  L’exemple  suivant  est  assez  typique  : 
un  certain  1"  mai,  il  y  a  plusieurs  annees,  les  taxis  etant  en 


(1)  Ce  chiffre  enorme  de  deces  s’expliq  ie  par  le  fait  que  nous  avons  re§u 
beaucoup  de  moribonds  agites  et  gemisseurs. 

(2)  n  s’agissait  d’un  repris  de  justice  qui  a  enferme  a  clef  une  iniirmiere, 
s’est  deguise  en  femme  et  est  sorti  sans  attirer  l’attention  du  concierge. 

(3)  Nous  avons  ete  a  meme  de  constater  les  conditions  familiales  et 
sociales  defectueuses  et  irregulieres  de  la  plupart  des  malades  qui  sont  en- 
tres  au  pavilion  Dupre. 

Ann.  Med.-psych.,  XVe  serie,  94®  annee,  t.  I.  —  Avril  1936.  38. 


594 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


greve,  nous  avons  demande  une  ambulance  pour  transporter  un 
aliene  agite  a  Sainte-Anne.  L’un  de  nous  (Dr  Pagniez)  est  alle  lui- 
meme  au  poste  des  ambulances  de  la  rue  de  Chaligny.  L’employe 
de  service  a  refuse  nettement  de  transporter  un  aliene.  Ce  trans¬ 
port  ne  s’effectue  que  sur  requisition  du  commissaire  de  police. 

Pratiquement,  nos  malades  internes  sont  transports  en  taxi 
avec  un  ou  deux  infirmiers  aux  frais  de  l’A.P. 


Des  chiffres  qui  precedent  on  peut  tirer  quelques  remarques  : 

1°  Malgre  son  nombre  infime  de  lits,  le  pavilion  Dupre,  a 
rendu,  croyons-nous,  de  reels  services.  Avec  6  lits  il  hospitalisait 
annuellement  385  malades,  avec  sejour  moyen  de  5  jours  1/2. 
Avec  10  lits,  il  en  report  485,  avec  duree  de  sejour  de  7  jours  1/2. 

Cette  duree  moyenne,  generalement  insuffisante  au  point  de 
vue  therapeutique  est,  au  contraire,  presque  toujours  accepta¬ 
ble  au  point  de  vue  observation,  diagnostic  et  triage,  avec  toutes 
les  ressources  d’un  grand  hopital  parisien. 

D’une  fagon  generate,  nous  constatons  que  les  statistiques 
concernant  le  pavilion  Dupre  sont  tres  voisines  de  celles  des 
pavilions  similaires  des  autres  hopitaux.  Notre  pourcentage 
d’internement  est  cependant  nettement  le  plus  faible. 

Nous  pensons  que  ces  pavilions  de  psychiatric  d’urgence  des 
hopitaux  rendent  de  tres  grands  services,  malgre  leur  petit 
nombre  de  lits,  en  evitant,  dans  un  grand  nombre  de  cas,  1’inter- 
nement  et  en  ne  procedant  a  cette  derniere  mesure  qu’apres  une 
observation  suffisante  et  les  plus  grandes  garanties. 

Les  auteurs  de  cet  article  ne  croient  pas  mesestimer  la  loi  de 
1838,  les  services  d’asiles  d’alienes  et  la  valeur  des  medecins 
d’asiles,  dont  l’un  de  nous  est  her  d’avoir  le  titre,  mais,  contrai- 
rement  a  ce  qu’ont  dit  a  la  derniere  seance,  MM.  Ey  et  Cour- 
bon,  nous  ne  croyons  pas  que  ce  soit  «  une  erreur  fondamen- 
tale  de  lutter  contre  l’internement  ». 

Dans  les  hopitaux  ou  l’on  observe  tant  de  cas  aigus,  confu- 
sionnels,  toxiques,  infectieux  ou  traumatiques,  il  est  utile  de 
proceder  a  une  serieuse  discrimination  et  de  ne  pas  interner  a 
la  legere. 

Quant  a  la  question  de  savoir  si  l’internement  est  une  mesure 
souvent  penible  pour  les  malades  et  la  famille  nous  n’hesitons 
pas  a  repondre  categoriquement  par  l’afflrmative.  Il  est  possi¬ 
ble  que  la  reputation  facheuse  des  asiles  soit  immeritee,  et  nous 
devons  tout  faire  pour  que  l’internement  ne  soit  pas  considere, 
a  tort,  comme  une  tare,  tant  pour  le  malade  que  pour  sa  famille. 


SEANCE  DU  27  AVRIL  1936 


595 


Nous  nous  associons  tres  volontiers  a  cette  genereuse  «  croi- 
sade  »  proposee  par  MM.  Ey  et  Courbon. 

Mais,  pratiquement,  le  fait  d’avoir  ete  interne  dans  un  asile 
d’alienes  peut  avoir  au  point  de  vue  social,  familial,  conjugal, 
professionnel,  juridique,  etc...  les  plus  grosses  consequences. 

Nous  pensons  que  les  plus  farouches  defenseurs  de  1  interne- 
ment  feraient  l’impossible  (a  moms  de  necessity  absolue)  pour 
eviter  une  mesure  d’internement  a  une  personne  de  leur  famille 
tres  chere  et  tres  proche. 

C’est  avec  cet  etat  de  coeur  et  d’esprit  que  nous  agissons  pour 
nos  malades  de  l’hopital  St-Antoine  et  que  nous  evitons  cHaque 
fois  que  nous  le  pouvons,  l’internement.  Dans  le  cas  oil  l’inter- 
nement  est  obligatoire,  s’ajoute  pour  nous  la  deception  d’avoir 
a  proceder  presque  tou jours  a  un  placement  d’office. 

II  nous  semble  que  le  placement  d’office  devrait  etre  reserve  : 
1°  aux  alienes  judiciaires  apres  expertise  ;  2°  aux  alienes  dan- 
gereux  ;  3°;  aux  alienes  qui  n’etant  ni  judiciaires  ni  dangereux 
refusent  de  se  laisser  soigner. 

Le  placement  d’office  devrait  etre  la  tres  petite  exception 
des  malades  envoyes  par  les  hopitaux. 

M.  Heuyer.  —  La  communication  de  MM.  Pagniez  et  Ceillier, 
comme  celle  de  MM.  Laignel-Lavastine  et  Vigneron-d’Heucque- 
ville,  et  celle  anterieure  de  M.  Crouzon,  montrent  l’interet  des 
services  ouverts  destines  au  traitement  des  maladies  mentales, 
et  qui  fonctionnent  dans  le  cadre  des  hopitaux  generaux.  Actuel- 
lement,  ces  services  sont  encore  embryonnaires  et  destines  seu- 
lement  aux  cas  d’urgence  et  aux  delirants  aigus. 

J’ai  ete  charge,  naguere,  d’un -service  de  ce  genre  a  l’Hopital 
Tenon  :  il  etait  analogue  au  Service  de  M.  Pagniez  a  l’Hopital 
St-Antoine.  J’ai  constate,  comme  MM.  Pagniez  et  Ceillier,  que  ce 
service  recevait  a  peu  pres  tous  les  types  de  malades  mentaux, 
aigus  ou  subaigus  ;  mais  l’observation  et  le  traitement  des  mala¬ 
des  etaient  rendus  tres  difficiles  a  cause  de  la  mauvaise  instal¬ 
lation  des  locaux.  Je  crois  que  les  services  de  psychiatrie  d’ur¬ 
gence  des  nouveaux  hopitaux,  en  particulier  de  Beaujon,  pre¬ 
sented  des  ameliorations  et  permettent  de  donner  aux  malades 
les  soins  que  comporte  leur  etat. 

Le  traitement  des  malades  mentaux  dans  les  services  ouverts 
hospitaliers  est  la  formule  de  l’avenir.  Elle  a  ete  appliquee 
depuis  longtemps  par  Gilbert-Ballet  a  l’Hotel-Dieu,  par  Dupre 
a  Laennec,  par  Claude  a  St-Antoine  ;  elle  est  realisee  a  peu  pres 
dans  la  perfection  a  Lyon,  dans  le  service  du  professeur  Lepine, 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


a  l’hopital  Grange-Blanche.  A  Paris,  elle  est  encore  incomplete  et 
imparfaite  :  les  services  de  psychiatrie  d’urgence,  que  l’on 
appelle  encore  services  pour  «  agites  »  ou  «  delirants  aigus  », 
sont  inclus  dans  les  services  de  medecine  generale,  dont  les  titu- 
laires  ne  s’interessent  point  tou jours  aux  malades  mentaux. 

II  est  desirable  de  creer,  dans  les  hopitaux  generaux,  de  grands 
services  libres,  consacres  entierement  au  traitement  des  mala¬ 
dies  mentales,  comme  ont  ete  crees  des  services  speciaux  pour  les 
tuberculeux.  Les  malades  mentaux  sont  des  malades  comme  les 
autres  ;  la  plupart  d’entre  eux  peuvent  etre  soignes  en  cure 
libre  ‘dans  des  services  hospitaliers.  En  particulier,  deux  types 
de  malades  mentaux  peuvent  etre  traites  dans  les  services  libres 
des  hopitaux,  ce  sont  les  malades  aigus  ou  subaigus  et  les  petits 
malades  deprimes,  obsedes,  etc.,  qui  ne  relevent  pas  de  1’asile 
et  pour  lesquels  l’hospitalisation  est  actuellement  tout  a  fait 
insuffisante. 

Quand  j’assurais  la  consultation  de  medecine  generale  de  l’ho- 
pital  Broussais,  j’ai  compte  et  j’ai  fait  constater  a  mes  eleves  que 
1/6  des  malades  venaient  consulter  pour  des  troubles  ou  le  psy- 
chiatre  pouvait  donner  un  avis  utile.  L’experience  du  Service  que 
j ’assure  depuis  15  ans  a  l’lnfirmerie  Speciale  de  la  Prefecture 
de  Police,  me  permet  d’affirmer  la  necessity  de  creer  dans  les 
grandes  villes  des  services  hospitaliers  speciaux  pour  le  traite¬ 
ment  des  malades  mentaux,  en  cure  libre.  La  mesure  adminis¬ 
trative  de  l’internement  est  a  reserver  aux  malades  dangereux  et 
aux  protestataires. 

On  ne  peut  nier  le  role  capital  de  M.  Toulouse  dans  la  diffu¬ 
sion  de  ces  notions,  qui  sont  les  principes  d’avenir  de  l’assistance 
et  du  traitement  des  malades  mentaux. 

Le  fait  que  des  malades  traites  dans  des  services  libres,  comme 
celui  de  la  Pitie,  ont  du  etre  ensuite  internes,  n’est  pas  une  objec¬ 
tion  valable  contre  le  fonctionnement  des  services  libres  des 
hopitaux  ;  combien  d’alienes  ont  du  etre  reinternes  quelques 
jours  apres  leur  sortie  de  l’asile  ?  —  Si  la  question  est  discutee 
un  jour  a  la  Societe  Medicale  des  Hopitaux,  il  sera  possible 
d’apporter  d’autres  arguments. 

En  tout  cas,  il  est  inutile  de  retablir,  dans  le  cadre  des  hopi¬ 
taux,  des  sections  speciales  d’asiles  pour  alienes  avec  un  corps 
special  d’alienistes,  destines  a  appliquer  des  reglements  admi- 
nistratifs.  Les  malades  mentaux,  aigus  ou  subaigus,  les  petits 
psychopathes  et  meme  les  grands  malades  en  observation  avant 
leur  internement,  peuvent  etre  soignes  ou  observes  par  des  mede- 
cins  que  specialisent  leurs  travaux  ou  leurs  titres,  comme  sont 


SEANCE  DU  27  AVRIL  1936 


597 


specialises  les  dermatologistes,  les  neurologistes,  les  phtisio- 
logues. 

Toutes  les  mesures,  qui  donneront  aux  malades  mentaux  non 
dangereux  et  non  protestataires,  la  conviction  qu’ils  sont  traites 
dans  les  memes  conditions  que  les  malades  de  medecine  gene- 
rale,  permettront  generalement  d’exercer  a  temps  une  thera- 
peutique  qui,  pour  etre  efflcace,  doit  etre  precoce. 

II  parait  evident  que,  dans  un  certain  nombre  de  cas,  ces 
malades  mentaux,  traites  dans  un  service  libre  hospitalier,  peu- 
vent  etre  l’objet  d’un  internement  ;  meme  s’ils  sont  entres  libre- 
ment,  ils  doivent  etre  internes  lorsque  devient  aver'e  le  danger 
de  leur  traitement  en  liberte.  Des  mesures  medico-administra- 
tives  sont  prises  de  la  meme  maniere  pour  des  malades  conta- 
gieux  qui  sont  transferes  dans  des  services  speciaux  et  ne  peu- 
vent  etre  gardes  dans  les  hopitaux  generaux.  Si  la  famille  ne 
peut  ou  ne  veut  assurer  l’internement  volontaire,  il  est  legitime 
que  Tadministration  supplee,  par  l’internement  d’office,  a  la 
carence  familiale.  Pratiquement,  le  resultat  est  le  meme. 

M.  H.  Baruk.  —  Les  services  libres  qui  existent  actuellement 
repondent  a  des  principes  souvent  tres  differents.  Le  service  de 
l’Hopital  St-Antoine,  dont  vient  de  nous  parler  M.  Ceillier,  consti- 
tue  surtout  un  service  d’aigus,  un  service  d’ observation  provisoire 
de  malades  agites.  C’est  une  formule,  et  sans  vouloir  opposer  les 
unes  aux  autres  des  organisations  qui  peuvent  se  completer,  je 
voudrais  donner  quelques  details  sur  le  petit  service  libre  que 
j’ai  pu  fonder  a  St-Maurice,  et  qui  s’inspire  de  principes  tout 
a  fait  differents. 

Ce  service  est  encore  fort  modeste,  puisqu’il  ne  comprend  que 
huit  lits.  II  se  trouve  a  cote  de  mon  service  ferine,  ouvert  sur  le 
pare,  presentant  une  entree  speciale  sur  la  rue.  II  doit  etre  sur¬ 
tout  dans  mon  esprit  un  service  de  traitement,  et  de  repos.  La 
selection  des  malades  doit  done  se  faire  a  V entree.  II  est  en  effet 
indispensable,  si  l’on  veut  obtenir  de  bons  resultats  therapeu- 
tiques,  de  ne  pas  melanger  les  malades,  et  de  creer  une  atmos¬ 
phere  morale  favorable.  Je  m’attache  done  le  plus  possible  a 
eviter  l’entree  dans  ce  service  de  malades  mentaux  graves,  et 
d’alienes.  Ce  service  libre  doit  en  effet  rester  rigoureusement 
libre  :  il  doit  y  regner  une  atmosphere  de  calme,  de  detente,  si 
importante  dans  le  traitement  de  ces  etats  nevropathiques,  de 
ces  petits  troubles  depresses,  et  aussi  de  ces  multiples  malaises 
nerveux  (cephalees,  vertiges,  etc...)  qui  sont  parfois  le  prelude 
eloigne  de  psychoses.  La  porte  reste  ouverte  sur  le  pare  ;  les 
malades  peuvent  se  promener,  converser,  lire,  etc... 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOG1QUE 


Les  malades  mentaux  importants,  qui  necessitent  une  surveil¬ 
lance,  sont,  a  mon  avis,  mieux  traites  dans  le  service  ferme,  et 
a  ce  point  de  vue,  je  ne  partage  pas  l’opinion  exprimee  par 
M.  Ceillier  sur  la  loi  de  1838.  On  oublie  trop  que  cette  loi  ne 
represente  pas  uniquement  une  loi  de  preservation  sociale.^mais 
que,  dans  son  esprit,  elle  vise  surtout  a  creer  des  etablissements 
specialement  organises  pour  le  traitement  des  maladies  men- 
tales.  Cette  organisation  speciale  est  necessaire,  et  il  n’y  a  aucun 
interet  a  placer  des  malades  alienes  dans  des  services  libres,  ou 
les  malades  seraient  obliges  d’etre  plus  ou  moins  maintenus, 
tout  en  etant  prives  des  garanties  importantes  que  leur  assure 
la  loi  de  1838,  tant  pour  la  protection  de  leur  personne  que  pour 
la  protection  de  leurs  biens.  Ce  serait  une  veritable  regression,  et 
nous  reviendrions  ainsi  aux  abus  qui  existaient  avant  la  loi  de 
1838  et  contre  lesquels  s’est  tant  eleve  Esquirol. 

II  y  a  en  outre  un  grand  avantage  a  installer  le  service  libre 
tel  que  je  le  con§ois,  a  cote  du  service  ferme.  Dans  ma  reponse 
au  questionnaire*  du  Ministre  de  la  Sante  publique,  sur  les  ser¬ 
vices  libres,  reponse  publiee  dans  L’ Alienist  e  (1),  j  insistais  sur 
la  necessity  dans  toute  organisation  psychiatrique,  de  reunir 
dans  la  mesure  du  possible  trois  elements  :  la  consultation 
externe,  le  service  libre,  le  service  ferme.  C’est  ce  que  j  ai  pu 
maintenant  realiser  dans  mon  service  de  St-Maurice.  La  consul¬ 
tation  externe,  si  interessante  a  tous  les  points  de  vue,  permet 
en  partie  le  recrutement  du  service,  et  la  selection  dont  je  viens 
de  parler.  Elle  alimente  notamment  le  service  libre,  mais  celui- 
ci  peut  recevoir  aussi  des  malades  convalescents  sortant  du 
service  ferme,  ne  presentant  plus  de  troubles  mentaux  impor¬ 
tants,  mais  restant  encore  fatigues,  et  incapables  de  supporter 
1’ effort  de  readaptation  sociale.  Cette  triple  organisation  assure 
non  seulement  une  grande  souplesse  dans  les  moyens  thera- 
peutiques,  mais  elle  permet  de  suivre  les  malades  tout  le  temps 
necessaire. 

Bien  entendu,  les  internements  dans  un  tel  service  restent  tres 
rares,  puisque  la  selection  des  malades  est  faite  a  1  entree. 

Tels  sont  les  principes  qui  nous  ont  guides  dans  le  fonction- 
nement  de  ce  service  libre.  II  nous  semble  qu’il  y  a  interet  a  pre- 
ciser  et  a  bien  limiter  les  indications  respectives  des  services 
libres  et  des  services  fermes,  et  a  assurer  le  jeu  harmonieux  de 
ces  diverses  formations  psychiatriques. 

(1)  La  question  des  services  ouverts  et  l’Evolution  de  la  Psychiatrie  medi¬ 
cate  (Lettre  au  Ministre  de  la  Sante  Publique).  L’Alieniste  Frangais,  n°  2, 
fevrier  1933. 


SEANCE  DU  27  AVR1L  1936 


J’ai  pu  tout  specialement  apprecier  pendant  mon  internal  k 
la  Salpetriere  les  immenses  services  rendus  par  le  service  libre 
de  M.  Crouzon  :  il  realise  precisement  les  conditions  de  calme, 
de  repos  necessaires  au  traitement  de  ces  malades,  dans  le  cadre 
vaste  et  tres  agreable  de  la  Salpetriere.  J’ai  pu,  de  meme,  appre¬ 
cier  pendant  et  apres  mon  clinicat  les  grands  avantages  du  ser¬ 
vice  libre  du  professeur  Claude,  qui  est  conqu  dans  le  meme 
esprit,  et  qui  est  aussi  extremement  precieux. 

M.  Th.  Simon.  —  Je  me  rallie  entierement  a  l’expose  ^  de 
M.  Baruk,  qui  a  lumineusement  mis  en  evidence  ce  que  doit  etre 
un  service  libre.  Je  me  contenterai  done  de  repeter  ce  que  je 
disais  a  la  precedente  seance  :  une  comparison  globale  des  sta- 
tistiques  des  divers  services  libres  ne  peut  conduire  qu’a  des 
conclusions  erronees.  A  Henri-Rousselle,  nous  a-t-on  dit  encore 
auj  ourd’hui,  il  y  a  50  %  d’internements.  Eb  bien,  en  fait,  e’est 
90  %  ou  meme  95  %  dans  la  section  d’observation,  qu’il  fau- 
drait  dire,  et  moins  de  10  %  dans  la  section  de  traitement  libre. 

D’autre  part,  j’entends  declarer  par  les  chefs  des  services 
libres  :  nous  internons  peu.  Mais  faut-il  approuver  cette  ten¬ 
dance  ?  L’internement  n’est-il  pas  certaines  fois  une  mesure 
preferable  a  une  sortie  prematuree  ?  Un  alcoolique  est-il  gueri  au 
bout  de  quelques  jours  de  traitement  ?  Il  est  des  cas  ou  il  faut 
savoir  prendre  des  decisions  d’autorite.  En  fait,  la  question  capi¬ 
tal  est  celle  de  la  categoric  des  malades  traites.  Je  suis  heureux 
qu’elle  ait  ete  abordee  plus  categoriquement  aujourd’hui,  car 
elle  est  la  seule  qui  puisse  etre  instructive. 

M.  Ach.  Delmas.  —  Je  regrette  de  parler  apres  le  Dr  Simon,  qui 
vient  de  dire  ce  que  je  me  proposals  d’indiquer,  mais  je  crois 
qu’il  n’y  a  pas  d’inconvenient  a  y  insister.  Je  suis  etonne,  en  effet, 
qu’on  paraisse  trop  preoccupe  de  considerer  comme  un  avan- 
tage  d’eviter  l’internement,  meme  lorsqu’il  parait  utile  et  indis¬ 
pensable.  C’est  en  particulier  le  cas  des  acces  subaigus  de  l’al- 
coolisme  chronique.  Lorsque  ces  malades  sont  conserves  en  ser¬ 
vice  libre,  comme  leur  guerison  apparente  est  obtenue  en  une 
huitaine,  ils  sont  rendus  a  la  liberte  dans  un  temps  trop  court 
pour  que  la  recidive  ait  quelque  chance  d’etre  retardee.  Si  au 
contraire  ils  etaient  internes,  d’une  part  il  y  aurait  une  sanc¬ 
tion  morale  qui  pourrait  avoir  quelque  action  sur  le  sentiment 
du  danger  couru  par  le  patient  ;  d’autre  part,  il  pourrait  etre 
conserve  le  temps  voulu  pour  que  la  cure  soit  vraiment  complete 
et  la  recidive  eloignee  au  maximum.  Done,  ne  pas  interner  les 
alcooliques  me  parait  une  faute  et  je  la  souligne  d’autant  plus 


SOCIETE  MED1C0-PSYCH0L0GIQUE 


que  dans  la  statistique  de  M.  Geillier,  il  y  a  eu  pres  de  180  alcooli- 
ques,  et  seulement  en  bloc  a  peu  pres  80  internements. 

En  deuxieme  lieu,  je  ne  crois  pas  qu’il  faille  aussi  se  montrer 
particulierement  hostile  a  l’internement  d’office.  Le  seul  desa- 
vantage  de  ce  mode  de  placement  nous  a  ete  signale  dans  la 
derniere  seance  :  c’est  d’empecher  les  sorties  d’essai.  Or,  c’gst  la 
une  interpretation  un  peu  rigoureuse  de  l’administration,  qui 
pourrait  etre  revisee  sans  atteinte  a  l’internement  d’office.  C’est 
en  tous  cas  un  inconvenient  minime,  a  cote  des  avantages 
importants  que  j’indique  brievement.  En  effet,  pour  un  place¬ 
ment  volontaire,  il  faut  quelqu’un  qui  prenne  la  responsabilite 
de  la  demande  de  placement.  Or,  tres  souvent,  personne  ne  veut 
accepter  cette  responsabilite,  tant  pour  ne  pas  encourir  les  repro- 
ches  ou  les  griefs  de  l’interne,  appele  a  sortir  un  jour,  que  pour 
ne  pas  etre  en  opposition  avec  d’autres  membres  de  la  famille, 
plus  aptes  a  critiquer  qu’a  agir.  Pour  l’interne,  comme  pour  la 
famille,  l’intervention  de  1’administration  donne  un  caractere 
officiel  et  indiscutable  a  la  legitimite  du  placement.  Il  y  a  plus, 
quand  se  pose  la  question  d’une  sortie  prematuree,  ni  les  tirail- 
lements  familiaux,  ni  les  revendi cations  de  l’interne  ne  genent 
le  medecin  dans  le  maintien  justifle. 

C’est  pourquoi  tout  en  approuvant  les  chefs  des  services 
libres  de  mettre  les  families  au  courant  —  ce  qui  est  indispen¬ 
sable  —  et  en  leur  donnant  le  choix  entre  le  placement  volon¬ 
taire  et  celui  d’office,  il  n’y  a  que  des  avantages  a  recourir  au 
placement  d’office,  s’il  y  a  carence  de  la  famille. 

Je  ne  veux  point  terminer  sans  m’associer  a  l’opinion  expri- 
mee  par  M.  Baruk  sur  ce  que  doivent  etre  les  services  ouverts  ; 
il  a  dit  excellemment  ce  qui  me  parait  etre  la  verite  et  la  sagesse. 

M.  Rene  Charpentier.  —  Je  ne  voudrais,  ni  pro'longer  cette 
discussion,  ni  rappeler  un  plan  d’assistance  psychiatrique  et  de 
transformation  des  Services  de  1’Asile  Sainte-Anne  que  j’ai  pro¬ 
pose  dans  un  article  paru  en  1923  dans  les  Annales  medico-psij- 
rfiologiques  (1). 

Mais  il  est  une  categorie  de  malades  ddnt  on  ne  s’occupe 
pas  assez  et  dont  le  traitement  ne  peut  etre  assure,  ne  doit 
itre  assure  qu’en  «  cure  libre  »,  dans  un  «  service  ouvert  ». 
Ce  sont  les  asthendques,  psychastheniques,  obsedes,  petits 
deprimes,  etc.  J’ai  connu  un  temps  ou,  dans  les  consultations 
d’Hopital,  on  deplorait  chaque  fois  d’etre  completement  de- 

(1)  Rene  Chabpentier.  —  L’H6pital  Magnan.  Annales  Midico-Psycholo - 
giques,  n°  3,  mars  1923. 


SEANCE  DU  27  AVRIL  1936 


sarme  pour  resistance  de  ces  malades.  II  n’etait  pas  pos¬ 
sible  de  songer  a  les  interner.  Leur  indigence  et  leur  etat 
pathologique  ne  permettaient  pas  un  traitement  efficace  a  domi¬ 
cile.  Et  cet  etat  special,  habituellement  de  longue  duree,  fai- 
sait  qu’on  ne  les  acceptait  pas  ou  qu’on  n’acceptait  pas  de  les 
conserver  dans  la  plupart  des  services  hospitaliers. 

Assurement,  la  situation  a  ce  point  de  vue  s’est  amelioree, 
mais  dans  une  proportion  encore  bien  insuffisante.  S’il  existe 
des  services  comme  celui  du  Dr  Crouzon  a  la  Salpetriere,  ou  celui 
de  l’Hopital  Henri-Rousselle,  ou  des  salles  speciales  sont  reser- 
vees  a  ces  sujets,  ces  services  sont  trop  peu  nombreux  et  dis- 
posent  d’un  nombre  de  lits  trop  restreint. 

Ces  malades,  que  leur  etat  rend  tres  a  plaindre,  ne  peuvent 
etre  soignes  au  contact  des  alienes.  II  faut,  pour  eux,  des  condi¬ 
tions  speciales,  des  services  speciaux.  C’est  la  une  lacune  de 
l’assistance  neuro-psychiatrique,  et  peut-etre,  a  mon  avis,  l’oeu- 
vre  qu’il  est  le  plus  urgent  d’accomplir. 

En  conclusion  de  cette  discussion,  on  peut  seulement  s’eton- 
ner  qu’elle  puisse  encore  avoir  lieu  actuellement.  L’initiative 
privee,  a  laquelle  sans  doute  on  n’accorde  pas  toujours  chez  nous 
l’attention  qu’elle  pourrait  meriter,  a  realise  depuis  bien  long- 
temps  tous  ces  modes  d’assistance.  Maisons  de  Sante  «  fer- 
mees  »,  Maisons  de  Sante  «  mixtes  »,  Maisons  de  Sante  «  ouver- 
tes  »  de  types  divers  et  adaptees  a  des  categories  differentes, 
existent  depuis  longtemps  en  France,  ou  1’on  peut  s’etonner  de 
ne  pas  trouver  a  la  disposition  des  indigents,  et  en  quantite  suffl- 
sante,  les  divers  modes  d’assistance  et  de  traitement  que  les 
memes  malades  trouveraient  pour  se  soigner  s’ils  etaient  for¬ 
tunes. 

M.  Henri  Claude. - Les  divergences  d’opinion  que  j’entends 

enoncer  par  nos  divers  collegues  tiennent  sans  doute  a  ce  qu’ils 
ont  observe  chacun  dans  des  milieux  differents. 

Ayant  ete  a  meme  d’observer  dans  les  hopitaux  et  d’y  voir, 
aussi  bien  a  la  Salpetriere  qu’a  Saint-Antoine,  des  services  libres 
pour  malades  mentaux  ;  ayant  actuellement,  d’autre  part,  a 
Sainte-Anne,  simultanement  un  service  libre  et  un  service  de 
malades  internes,  je  me  permets  de  vous  faire  part  de  mon 
opinion. 

Dans  le  milieu  hospitalier,  je  crois  qu’il  n’est  possible  de 
reclamer  que  de  petits  services  pour  separer  certains  malades 
atteints  temporairement  d’affections  aigues  ou  d’origine  toxique, 
infectieuse  ou  traumatique.  C’est  ce  que  je  m’etais  efforce  de 
realiser  a  l’hopital  Saint-Antoine  et  apres  de  nombreuses  annees 


602  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

d’effort  j’etais  arrive  a  voir  edifie  le  service  qii’a  actuellement 
mon  collegue  Pagniez,  assiste  du  Docteur  Ceillier,  service  qui  n’a 
d’ailleurs  ete  termine  que  lorsque  j’ai  quitte  cet  hopital. 

Un  tel  petit  service  ne  peut  etre  adapte  qu’a  des  hospitalisa¬ 
tions  temporaires,  en  permettant  neanmoins  de  laisser  passer 
une  crise  d’excitation  passagere,  delirante  ou  non,  et  d’eviter  a 
de  tels  malades  la  tare  inevitable  d’un  sejour  dans  un  asile,  qui, 
ainsi  que  j’ai  pu  m’en  rendre  compte,  bien  des  fois,  etait  une 
entrave  aux  conditions  professionnelles  des  sujets  dans  l’avenir. 

II  ne  saurait  etre  question  de  placer  dans  des  hopitaux  de 
medecine  generate  de  veritables  services  pour  des  maladies 
mentales  de  l’ordre  des  etats  depresses,  obsedants,  tou jours  si 
voisins  de  veritables  psychoses,  et  encore  moins  naturellement, 
de  certains  etats  psychopathiques  qui  peuvent  evoluer  vers  les 
types  divers  d’alienation  mentale.  En  effet,  l’organisation  hospi- 
taliere  ne  se  prete  pas,  en  raison  de  l’insuffisance  de  la  surveil¬ 
lance  ou  des  competences  medicales,  a  des  traitements  d’etats 
mentaux  ou  nevropathiques  graves  qui  donnent  lieu  bien  sou- 
vent  a  des  suicides,  a  des  violences,  a  des  fugues,  etc. 

De  tels  services  pour  accidents  psychopathiques  necessitant 
un  traitement  et  une  surveillance  active,  malgre  leur  caractere 
de  benignite  apparente,  devraient,  a  mon  avis,  etre  places  a 
proximite  ou  a  l’interieur  de  services  asilaires,  mais  a  condition 
qu’ils  soient  loges  dans  des  batiments  a  part  et  ayant  une  porte 
d’entree  speciale,  de  nature  a  rassurer  les  malades  et  leurs 
families  et  a  donner  confiance  par  un  caractere  reellement  uni- 
quement  hospitalier  qu’on  leur  assignerait. 

Depuis  14  ans,  j’ai  l’experience  de  ce  que  donne  une  installa¬ 
tion  encore  tres  insuffisante  et  relativement  mal  adaptee  a  cette 
condition,  puisque  mon  service  de  la  Clinique  des  maladies  men¬ 
tales  comporte,  a  un  etage  different  du  service  des  malades  alie- 
nes,  des  chambres  pour  les  sujets  atteints  d’affections  mentales 
benignes  et  ne  comportant  pas  de  risques  de  violences  ou  de  dan¬ 
ger  pour  les  malades  ou  pour  1’entourage.  Dans  ce  service  de 
malades  libres,  on  peut  garder  ainsi  un  certain  temps  en  obser¬ 
vation  des  sujets  et  l’on  peut  leur  appliquer  les  methodes  de 
traitement  dont  ils  sont  justiciables  (moyens  physiques  ou 
medieamenteux  ;  psychotherapie,  et  surtout  isolement,  alite- 
ment,  repos).  II  est  entendu  que  dans  un  tel  service  tout  moyen 
de  contrainte  est  supprime  ;  seuls  la  discipline,  ou  l’alitement 
force,  la  separation  des  families  constituent  les  mesures  prescri- 
tes.  L’avantage  de  la  proximite  d’un  tel  service  avec  le  service 
d’internes,  c’est  que  lorsque  le  diagnostic  permet  d’etre  fixe,  ou 


SEANCE  DU  27  AYR1L  1936 


que,  contre  toute  attente,  le  caractere  dangereux  de  certaines 
affections  apparait,  on  peut  faire  passer  le  malade  dans  le  service 
d’alienes  ou  il  est  suivi  par  les  medecins  qui  connaissent  revo¬ 
lution  de  la  maladie  et  ne  se  decident  a  l’internement  qu’a  bon 
escient. 

D ’autre  part,  le  caractere  de  tels  services  mixtes  permet  de 
faire  passer  du  service  ferme  dans  le  service  ouvert  les  malades 
en  etat  de  sortir,  et  de  ne  les  rendre  a  la  liberte  qu’apres  un 
temps  de  sejour  dans  un  service  ouvert,  afin  d’apprecier  plus 
facilement  et  de  favoriser  leur  capacite  d’adaptation  a  la  vie 
libre. 

II  serait  absolument  necessaire  que  les  pouvoirs  publics  et 
1’ administration  soient  bien  penetres  de  la  necessity  de  creer  de 
ces  services  ouverts  dans  les  conditions  que  j’indiquais,  c’est-a- 
dire  en  les  plagant  entre  les  mains  de  medecins  competents  et 
impregnes  d’un  esprit  assez  liberal  et  assez  judicieux  pour  appre- 
cier  les  diverses  opportunity  d’une  assistance  hospitaliere  aux 
diverses  affections  nerveuses  ou  mentales.  La  discrimination 
entre  les  differents  moyens  therapeutiques  a  mettre  en  oeuvre  est 
une  obligation  a  laquelle  il  convient  de  se  plier  en  dehors  de  tout 
esprit  de  parti. 

J’ai  entendu  plusieurs  de  nos  collegues  se  montrer  partisans 
tres  convaincus  de  la  pratique  de  plus  en  plus  etendue  de  1’in- 
ternement.  Je  crois  que  cette  pratique  devrait  de  plus  en  plus 
tomber  en  desuetude,  d’abord,  parce  qu’avec  une  bonne  organi¬ 
sation  des  services  hospitaliers,  on  arriverait,  —  sauf  le  cas  de 
reactions  dangereuses  ou  de  protestations  des  malades  contre  la 
therapeutique,  —  a  soigner  en  cure  libre,  ce  que  l’on  fait  d’ail- 
leurs  dans  les  maisons  de  sante  privees. 

D’autre  part,  quoi  qu’on  en  dise,  la  tare  de  l’internement  per- 
siste  tou jours,  qu’il  s’agisse  de  placement  volontaire  ou  de  pla¬ 
cement  d’ office.  Combien  de  fois  ai-je  entendu  dire  a  des  malades, 
parfaitement  revenus  a  un  etat  normal,  combien  ils  avaient  eu 
a  lutter  pour  arriver  a  se  reclasser  au  point  de  vue  social  ou  pro- 
fessionnel,  en  raison  du  discredit  reste  attache  a  leur  personne 
du  fait  d’un  internement. 

Certes,  le  placement  volontaire  offre  pour  les  families  une  atte¬ 
nuation  de  la  rigueur  de  1’internement,  puisque  le  sejour  a  l’asile 
peut  etre  ecourte  ou  meme  supprime  au  gre  des  malades  et  de 
leurs  parents,  dans  les  cas  favorables.  Mais,  aux  yeux  du  public, 
il  s’agit  tou  jours  d’une  prevention  a  l’egard  de  la  nature  de 
l’affection  traitee. 

D’autres  de  nos  collegues  preconisent  le  placement  d’offlce 


604 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


plutot  que  le  placement  volontaire  ;  alors,  la  situation  est  encore 
aggravee,  car  ce  placement  d’office  est  encore  plus  difficile  a 
obtenir  que  le  placement  volontaire,  et  la  sortie  plus  aleatoire. 
Nous  savons  tous  combien,  en  presence  d’un  sujet  dangereux 
et  que  nous  ne  pouvons  approcher,  —  ce  qui  est  le  cas  le  plus 
frequent,  —  il  nous  est  impossible  de  prevenir  par  un  interne- 
ment  administratif,  les  dangers  que  nous  entrevoyons.  Je  ne 
reviendrai  pas  sur  ce  sujet  archi-connu  de  l’impossibilite  ou  l’on 
se  trouve  dans  tant  de  cas,  d’obtenir  l’internement  d’office.  L’im- 
mense  avantage  des  services  fibres,  qui  est  apparu  depuis  la 
creation  de  l’hopital  Henri-Rousselle,  a  ete  de  demontrer  qu’ils 
constituaient  le  dispositif  le  plus  convenable  pour  arriver,  apres 
un  temps  d’observation,  a  mettre  a  l’abri  des  dangers  qu’ils  font 
courir  a  eux-memes  et  a  la  societe,  un  nombre  considerable  d’in- 
cfividus  qu’il  eut  ete  impossible,  dans  le  courant  de  la  vie  ordi¬ 
naire,  de  traiter  par  les  moyens  medicaux  et  administratifs 
ordinaires. 

Quant  a  la  question  de  l’avantage  que  presente  l’hospitafisa- 
tion  sous  le  regime  de  la  loi  de  1838,  au  point  de  vue  de  la  pre¬ 
servation  des  biens  des  alienes,  contrairement  a  ce  qui  resulte- 
rait  de  la  condition  de  liberte  des  sujets  en  service  ouvert,  je  me 
permets  de  faire  remarquer  que  cette  protection  des  biens  des 
alienes  me  parait  singulierement  insuffisante.  J’ai  recueilli  une 
serie  de  documents  qui  me  permettent  de  formuler  cette  opinion. 
La  charge  qui  incombe  a  ceux-ci  est  trap  etendue  ;  je  crois  meme 
qu’elle  est  bien  souvent  purement  benevole,  de  sorte  qu’aucune 
reglementation  ne  permet  d’assurer  une  bonne  administration 
des  biens  de  ces  malheureux  malades. 

Le  jour  ou  1’on  se  decidera  a  modifier  la  loi  sur  les  alienes,  il 
s’agit  d’un  chapitre  auquel  il  devra  etre  necessaire  de  porter 
serieuse  attention.  Une  mesure  comme  celle  de  l’interdiction, 
plus  ou  moins  accommodee  aux  circonstances,  pourrait  etre 
avantageusement  envisagee. 

Pour  me  resumer,  je  crois  done  qu’il  serait  necessaire  de  mul¬ 
tiplier  dans  les  hopitaux  generaux  de  petits  services  d’isolement 
pour  malades  agites  et  a  traiter  par  un  sejour  temporaire  qui 
peut  varier  de  8  jours  a  un  mois,  services  qui,  a  la  suite  de 
l’effort  que  beaucoup  de  neuro-psychiatres  ont  fait  depuis  30  ans, 
existent  deja  d’une  facon  tres  satisfaisante. 

En  second  lieu,  favoriser  la  creation  de  services  ouverts,  beau- 
coup  plus  ndmbreux  et  notablement  plus  grands  que  ceux  qui 
ont  ete  crees  jusqu’a  present.  Ces  services  devraient  etre  annexes, 
mais  dans  une  situation  independante,  aux  services  des  asiles 


SEANCE  DU  27  AVR1L  1936 


departementaux,  ayant  une  situation  autonome  et  d’un  acces 
absolument  libre.  Ces  services,  munis  de  .tous  les  moyens  thera- 
peutiques  permettraient  l’observation,  la  discrimination  des  cas 
a  traiter  sur  place,  ou,  au  contraire,  a  transferer  en  service  ferme, 
et  ils  s’adapteraient  egalement  a  l’ceuvre  de  recuperation  des 
malades  sortant  des  services  fermes,  dont  on  favoriserait  la  rea¬ 
daptation  a  la  sortie.  Des  services  de  surveillance  et  d’assitance 
sociale  pourraient  etre  ad  joints  a  ces  services  ouverts,  ce  qui 
permettrait  la  prolongation  de  l’observation  de  ces  malades  dans 
la  vie  au  dehors. 

M.  Gouriou.  —  Si  je  comprends  bien  le  sens  des  communica¬ 
tions  des  Medecins  des  Hopitaux  psychiatres  et  des  Assistants 
des  petits  services  libres  des  Hopitaux,  il  s’agit  pour  eux  d  obte- 
nir  l’agrandissement  de  ces  services,  reserves  aux  malades  men- 
taux  legers,  qui  acceptent  le  traitement. 

Tout  d’abord,  a  mon  avis,  un  trouble  mental,  meme  leger,  s’il 
reclame  des  soins,  les  reclame  pour  une  periode  minima  de  trois 
mois  (et  ceci  en  dehors  de  toute  consideration  medico-legale). 
Renvoyer  ces  malades  avant,  c’est  les  exposer  a  une  rechute 
rapide.  C’est  evidemment  aussi  augmenter  le  rendement  quanti- 
tatif  du  service  et  ameliorer  les  statistiques  de  guerisons,  telles 
qu’elles  nous  ont  ete  presentees. 

Quant  a  l’acceptation  du  traitement  par  ces  malades,  c’est 
renoncer  a  avoir  des  anxieux,  des  confus,  des  maniaques,  des 
melancoliques,  et  bref,  la  plupart  des  psychopathes  (dont  la 
caracteristique  des  troubles  est  generalement  d’etre  meconnus 
d’eux),  ces  malades  ayant  une  tendance  naturelle  a  gagner  les 
portes  ou  les  fenetres. 

Si  c’est  pour  leur  eviter  notamment  l’internement  d  office,  rien 
n’est  plus  facile  que  de  les  placer  volontairement  meme  apres 
refus  de  la  famille  de  signer  cette  demande  de  placement.  Un 
ami  ou  une  personne  etrangere  (assistante  sociale,  employe  admi- 
nistratif)  peut  faire  cette  demande.  Si  la  famille  proteste  contre 
cet  internement,  la  loi  prevoit  la  transformation  du  Placement 
volontaire  en  Placement  d’office  dans  l’interet  du  malade  et  de 
la  Societe  avec  toutes  les  garanties  medicales,  administratives 
et  judiciaires.  D’autre  part,  la  personne  qui  a  signe  la  sortie,  et 
il  faut  le  faire  connaitre  aux  families,  n’a  aueune  responsabilite 
pour  ce  qui  est  du  maintien  ou  de  la  sortie  du  malade  place  volon¬ 
tairement  qui  peut  etre  reclame  par  n’importe  quelle  personne 
:  s’interessant  a  lui. 

Mon  ami,  le  Dr  Heuyer,  qui  defend  la  conception  du  ser- 


606 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


vice  en  Cure  libre,  doit  se  trouver  gene  quand  il  agit  en  temps- 
que  Medecin  de  l’lnfirmerie  Speciale  pres  la  Prefecture  de  Police 
ou  se  font  la  majorite  des  internements,  justifies  d’ailleurs  a  mon 
sens,  avec  cette  reserve  que  la  Procedure  des  placements  d’office 
pourrait,  pour  les  raisons  que  j’ai  dites  plus  haut,  etre  plus  rare- 
ment  appliquee. 

Notre  Societe  ne  doit  pas  oublier  que  la  Seine  a,  dans  les  Asiles, 
8.000  lits  occupes  par  les  malades  mentaux.  II  serait  grave  pour 
elle  de  laisser  opposer  a  nouveau  l’interet  de  ces  malades  et  l’in- 
teret  des  petits  mentaux  acceptant  le  traitement,  et  de  reserver 
pour  eeux-ci  sa  vigilance  et  son  zele.  Les  affections  mentales  qui 
durent  6  mois,  1  an,  2  ans  et  plus,  sont  nombreuses  ;  elles  sont 
traitables,  ameliorables,  guerissables  autant  que  les  etats  fuga- 
ces  ;  leur  guerison  doit  etre  poursuivie  dans  les  memes  condi¬ 
tions  hospitalieres  de  traitement,  de  calme  et  de  confort.  L’ame- 
lioration  dans  ce  sens  des  Services  asilaires  consacres  tant  aux 
formes  aigues  qu’aux  formes  durables,  merite  toute  l’attention 
de  notre  Societe  et  je  lui  demande  en  fin  de  discussion  de  vouloir 
bien  se  persuader  de  son  role  vis-a-vis  de  tous  les  malades  et  de 
ne  pas  laisser  renaitre  un  malentendu  opposant  les  aigus  et  les 
chroniques. 

M.  Ceillier.  —  II  m’est  impossible  de  repondre  a  tous  les  argu- 
mentateurs,  d’autant  plus  que  la  discussion  a,  parfois,  un  peu 
devie.  Je  tiens  seulement  a  faire  remarquer  que  nous  n’avons 
fait,  M.  Pagniez  et  moi,  que  verser  au  dossier  des  services  de 
psychiatrie  des  Hopitaux  nos  statistiques  et  nos  observations. 

L’utilite  de  ces  pavilions  ne  me  parait  pas  susceptible  de  la 
moindre  contestation.  Malgre  leur  petit  nombre  de  lits,  ils  ren- 
dent  de  grands  services,  soit  en  ordonnant  le  traitement  et  la 
mesure  necessaires,  soit  en  internant,  mais  avec  toutes  les  garan- 
ties  necessaires. 

Le  petit  service  fibre  de  Baruk  n’est  nullement  comparable 
au  notre.  II  en  est  meme  presque  l’tfppose.  De  meme,  il  y  a  d’im- 
menses  differences  entre  les  services  psychiatriques  fibres  de  la 
Salpetriere,  de  Henri-Rousselle  et  de  la  Clinique  (Pr  Claude). 

Je  tiens  a  protester,  tres  energiquement,  contre  l’opinion  que 
paraissent  avoir  certains  de  mes  collegues  que  je  suis  un  adver- 
saire  de  l’internement  et  de  la  loi  de  1838.  Je  suis  au  contraire, 
personnellement,  un  admirateur  de  la  loi  de  1838  qui  est  souvent 
bienfaisante  pour  le  malade. 

Ce  que,  peut-etre,  tous  n’ont  pas  compris,  c’est  la  profonde 
difference  qui  existe  entre  les  malades  du  pavilion  Dupre  et  les; 


SEANCE  DU  27  AVRIL  1936 


607 


asiles  d’alienes.  Le  nombre  de  delirants  et  de  chroniques  est 
infime  a  Dupre.  Nous  voyons  presque  exclusivement  des  cas 
aigus  d’origine  toxique,  infectieuse  et  traumatique.  Peut-etre, 
comme  le  suggerait  M.  Delmas,  les  alcooliques  aigus  devraient-ils 
etre  internes,  mais,  dans  l’etat  actuel  des  lois,  il  nous  est  impos¬ 
sible  d’interner  un  alcoolique  qui,  apres  24  heures  de  delire 
subaigu,  est  redevenu  absolument  calme  et  lucide.  Peut-etre  fau- 
drait-il  pour  ces  malades  une  legislation  speciale  et  des  asiles 
de  buveurs. 

Quant  a  la  question  du  placement  d’office,  nous  maintenons 
entierement  notre  point  de  vue.  Nous  rappelons  que  les  malades 
places  d’office  ne  peuvent  sortir  qu’avec  Yassentiment  de  la  Pre¬ 
fecture.  Cet  assentiment  est  tres  souvent  refuse.  Or,  si  ce  controle 
administratif  est  legitime  pour  les  alienes  judiciaires,  dange- 
reux,  protestataires,  il  nous  parait  inutile  et  vexatoire  pour  les 
malades  aigus  qui  viennent  des  hopitaux. 


Productions  gommeuses  survenues  chez  deux  paralytiques 
generaux  impaludes.  Tertiarisation  precoce  ou  tardive,  par 
MM.  Henri  Claude  et  FI.  Coste. 

Les  incidents  qui  peuvent  survenir  au  cours  ou  a  la  suite  de  la 
malariatherapie  chez  les  paralytiques  generaux  doivent  etre  bien 
connus,  non  seulement  pour  permettre  de  les  eviter  ou  de  les 
conjurer  rapidement,  s’ils  se  produisent,  mais  egalement  d’un 
point  de  vue  theorique,  car  ils  nous  renseignent  dans  une  certaine 
mesure  sur  le  mode  d’action  de  la  malaria. 

La  paralysie  generate  est  attribute,  a  tort  ou  a  raison,  a  une 
syphilis  «  anallergique  »  :  syphilis  active,  mais  n’eveillant  pas 
dans  l’organisme  du  malade  les  manifestations  r'eactionnelles 
habituelles,  elle  progresse  a  bas  bruit.  Aucun  effort  defensif  ne 
s’oppose  a  sa  marche  envahissante.  Le  processus  anatomique  de 
la  fonte.  gommeuse  qui  aboutit  a  l’elimination  des  tissus  infestes, 
ne  s’ observe  pas.  Depuis  longtemps,  on  a  constate  que  la  para¬ 
lysie  generale  ne  s’accompagne  presque  jamais  d  accidents  de 
syphilis  tertiaire.  Cette  incapacity  de  l’organisme  a  reagir  est  sans 
doute  la  raison  de  1’impuissance  des  traitements  chimiotherapi- 
ques,  en  general  dans  la  paralysie  generale.  On  sait  d’ailleurs  que 
les  medicaments  antisyphilitiques  (arsenic,  bismuth,  mercure) 
ne  sont  pas  treponemicides  in  vitro  ;  leur  pouvoir  curateur  n  est 
qu’incident  ;  il  reclame  la  collaboration  de  l’organisme,  de  ses 
reactions  defensives. 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Or,  le  resultat  le  plus  net  de  l’impaludation  (qui,  a  notre  avis, 
souvent  est  peu  active  par  elle-meme)  est  de  rendre  au  traitement 
specifique  habituel  Fefficacite  qui  jusque-la  lui  manquait.  Appli¬ 
que  energiquement  apres  la  fin  des  acces  febriles,  il  est  l’agent 
essentiel  des  ameliorations  remarquables  enregistrees  chez  les 
deux-tiers  des  paralytiques  generaux  impaludes. 

Tout  se  passe  done  comme  si,  d’une  syphilis  sans  reactions, 
anallergique,  la  fievre  et  la  maladie  parasitaire  avaient  fait  une 
syphilis  ordinaire  ou  F  organism®  a  retrouve  la  faculte  d’utiliser 
contre  le  treponeme  les  medicaments  habituellement  actifs. 

L’observation  de  certains  accidents,  heureusement  rares,  sur- 
venus  a  la  suite  de  la  pyretotherapie  malarique,  ou  d’une  autre 
cause,  donne  a  cette  hypothese  un  fondement  objectif.  Nous  en 
rapportons  ici  deux  exemples  : 

M.  H...,  42  ans,  a  contracts,  25  ans  auparavant,  une  syphilis  qui  a 
ete  mal  soignee. 

Depuis  un  an  environ  sont  apparus  des  troubles  du  caractere  et 
des  desordres  mentaux,  realisant  un  debut  a  type  depressif  :  anxiete, 
fatigabilite,  inaptitude  au  travail,  idees  de  ruine,  de  faillite.  Le  carac¬ 
tere  est  modifie  :  humeur  inegale,  crises  de  colere,  mutisme  passager. 
Preoccupations  phobiques  (crainte  de  contaminer  sa  femme  et  les 
personnes  qui  l’entourent). 

II  a  au  debut  conscience  de  ces  troubles,  il  se  dit  fou.  Au  bout  de 
quelque  temps  surviennent  des  troubles  moteurs  passagers  (paresie 
d’une  jambe,  genant  la  marche  pendant  queiques  jours,  aphasie  tran- 
sitoire). 

On  pose  alors,  d’apres  les  antecedents,  certains  signes  somatiques 
et  les  troubles  mentaux,  le  diagnostic  de  syphilis  cerebrale.  Le  Bor- 
det-Wassermann  est  a  ce  moment  negatif  dans  le  sang,  mais  la  ponc- 
tion  lombaire  (9-2-31)  donne  un  liquide  clair  avec  une  albuminose 
de  0,65  (au  Sicard),  12,5  cellules  par  mm3,  une  reaction  de  Bordet- 
Wassermann  tres  positive  et  la  formule  suivante  de  benjoin  colloidal: 
2222.000.22000000. 

Un  traitement  intensif  par  les  injections  de  cyanure  de  mercure  et 
de  bismuth  liposoluble  est  institue.  Il  n’empeche  pas  ces  troubles  de 
progresser.  Le  comportement  devient  celui  d’un  paralytique  general. 
Le  malade  nous  est  adresse  en  vue  d’une  impaludation,  a  la  fin  de 
decembre  1931. 

11  presente  a  cette  epoque  tous  les  symptomes  d’une  paralysie 
generate  confirmee  :  atteinte  profonde  de  toutes  les  facultes  intellec- 
tuelles,  realisant  un  etat  presque  dementiel  avec  desorientation, 
perte  de  tout  jugement,  propos  absurdes  et  sans  suite,  euphorie, 
inconscience  complete  de  son  etat,  gatisme.  On  note  l’existence  d’un 
signe  d’Argyll,  d’un  tremblement  typique  de  la  langue  et  des  levres, 
avec  dysarthrie  caracteristique. 


SEANCE  DU  27  AVRII.  1936 


Les  reactions  de  Bordet-Wassermann  (techniques  classiques  et  de 
Calmette-Massol)  et  de  Hecht  sont  fortement  positives  dans  le  sang, 

Le  Jiquide  cephalo-rachidien,  clair,  un  peu  hypertendu,  contient 
0  gr.  35  d’albumine,  1,3  lymphocytes  par  mm3,  0,90  de  sucre.  La 
reaction  de  Bordet-Wassermann  y  est  fortement  positive.  Celle  du 
benjoin  donne  la  formule  :  22222.2222.000000.  La  reaction  de  Pandy 
est  negative. 

L’etat  general  est  bon.  Urines  normales.  Tension  arterielle  normale. 
Azotemie  :  0  gr.  31. 

Impaludation  le  6-1-32  :  48  heures  plus  tard  survient  une  legere 
lievre  d’invasion.  Les  acces  debutent  le  19  janvier  ;  ils  sont  reguliers, 
mais  quotidiens.  Le  malade  les  supporte  bien,  mais  tres  vite  on 
constate  l’apparition  d’une  gomme  tendue  et  fluctuante  a  la  partie 
anterieure  du  palais  et  de  la  cloison  nasale.  Elle  s’ulcere  en  quelques 
jours,  par  une  fistule  buccale,  d’ou  sourd  un  pus  malodorant. 

Le  DT  Rouget,  consulte  alors  (27-1-32),  reconnait  l’existence  d’une 
gomme  specifique  de  la  partie  anterieure  du  septum  nasal.  Elle  en- 
traine  une  necrose  du  cartilage  du  septum  et  s’accompagne  d’osteite 
du  maxillaire  superieur  (bourgeon  incisif).  Une  fistulette  aboutit  un 
peu  a  gauche  de  la  ligne  mediane,  derriere  les  arcades  dentaires.  II 
s’en  ecoule  du  pus  fetide,  surtout  quand  on  comprime  la  collection 
septale.  Rougeur  de  la  pyramide  nasale  a  hauteur  des  os  propres. 

Le  D1'  Rouget  considere  alors  l’effondrement  du  nez  comme  vrai- 
semblable  et  conseille  un  traitement  antispecifique  intensif  pour  limi¬ 
ter  les  degats  portant  sur  l’architecture  nasale.  R  envisage,  des  que 
1’etat  du  malade  le  permettra,  l’incision  (nasale)  de  la  collection  sep¬ 
tale,  de  faqon  a  eviter  autant  que  possible  l’ecoulement  constant  dans 
la  bouche  d’un  liquide  purulent  et  fetide. 

Aussi  interrompons-nous  prematurement  le  traitement,  apres 
7  acces,  et  commenqons-nous  un  traitement  soutenu  :  du  25  fevrier 
au  2  mars,  le  malade  recoit  12  injections  de  bismuth  liposoluble,  puis 
une  forte  dose  de  sulfarsenol,  on  le  remet  ensuite  au  bismuth. 

Le  23  avril,  le  Dr  Rouget  constate  que  la  fistule  du  maxillaire  supe¬ 
rieur  ne  donne  plus  lieu  a  aucun  ecoulement.  Un  stylet  penetre  a 
5  cm.  de  profondeur,  traverse  le  massif  incisif  et  gagne  le  septum 
nasal.  Ce  dernier  reste  gonfle,  et  une  fistule  y  est  apparue.  11  n’y  a 
pas  encore  d’effondrement  nasal,  mais  celui-ci  reste  vraisemblable. 
L’incision  nasale,  qui  devrait  etre  assez  large,  apparait  contre- 
indiquee. 

Le  malade,  que  la  premiere  impaludation  n’avait  que  tres  legere- 
ment  ameliore,  et  qui  restait  dans  un  etat  dementiel  avec  gatisme, 
periodes  d’agitation  et  de  violences,  a  ete  de  nouveau  impalude.  Cette 
deuxieme  inoculation,  suivie  d’une  reprise  du  traitement  arsenico- 
bismuthique,  puis  d’une  cure  par  un  arsenic  pentavalent,  a  amene 
une  legere  remission. 

Le  malade  a  echappe  a  notre  observation  a  partir  du  15  mai  1933. 

Ann.  M£d.-psych.,  XV8  sehie,  94*  annee,  t.  I.  —  Avril  1936.  39. 


610 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOG1QUE 


II  restait  dans  un  etat  mental  mediocre.  Localement,  la  suppuration 
naso-palatine  persistait. 

Un  deuxieme  cas  vient  de  se  presenter  a  notre  observation, 
qu’il  suffira  de  resumer  tres  succinctement. 

Or...,  coiffeur,  40  ans,  se  presente  le  28  aout  1933  avec  des  signes 
nets  de  paralysie  generale.  II  a  ete  traite  vers  l’age  de  28  ans  pour 
une  hemiplegie  syphilitique  qui  a  ete  traitee  tres  regulierement.  Sou- 
mis  a  notre  observation  en  1933,  il  a  subi  une  impaludation  du 
9  septembre  au  28  septembre  de  la  meme  annee,  puis  il  a  suivi  un 
traitement  de  plusieurs  jours  par  la  quinine  et  ensuite  un  autre  trai- 
tement  par  l’arseno-benzol  et  le  bismuth.  N’etant  pas  ameliore,  le 
malade  est  soumis,  du  6  decembre  1933  au  12  janvier  1934,  a  un  trai¬ 
tement  par  les  ondes  courtes.  11  est  sorti  le  6  fevrier  1934,  nettement 
ameliore,  et  put  reprendre  son  metier  de  coiffeur  ;  depuis  cette  epo- 
que,  il  est  revenu  regulierement  dans  le  service  continuer  son  trai¬ 
tement. 

Des  renseignements  qui  ont  ete  fournis  par  sa  femme,  il  semble 
que  son  comportement  soit  normal,  peut-etre  est-il  un  peu  affaibli 
intellectuellement  a  un  interrogatoire  un  peu  pousse,  mais  dans  les 
conditions  ordinaires  de  la  vie,  rien  n’est  remarque  d’anormal. 

Il  se  presente  a  nous  le  15  avril  1936,  en  se  plaignant  d’une  tume¬ 
faction  au  niveau  de  la  voute  du  palais  ;  celle-ci  n’est  pas  doulou- 
reuse,  elle  ne  presente  ni  battements,  ni  rougeur  ;  elle  est  situee 
exactement  sur  la  ligne  mediane,  pres  des  incisives  medianes  et  en¬ 
viron  du  volume  d’une  petite  cerise.  Son  aspect  est  celui  d’une  tume¬ 
faction  sans  caractere  inflammatoire  ;  elle  est  induree,  legerement 
renitente  a  la  palpation,  qui  ne  determine  pas  d’ailleurs  de  douleur. 

En  raison  de  1’evolution  lente,  de  l’absence  de  caractere  inflamma¬ 
toire,  de  1’ absence  de  douleur,  il  n’est  pas  possible  de  porter  d’autre 
diagnostic  que  celui  de  gomme  syphilitique,  probablement  develop- 
pee  au  niveau  de  la  voute  palatine  et  pres  de  l’insertion  des  incisives 
medianes. 

Le  malade  est  mis  immediatement  au  traitement  par  le  Quinby. 

Nous  suivrons  ulterieurement  1’evolution  de  l’affection. 

Dans  le  premier  cas,  on  assistait  done  a  l’apparition  subite 
d’une  fonte  gommeuse  de  la  cloison  nasale  et  du  bourgeon  incisif, 
des  la  malariatherapie  :  nous  croyons  meme  que  Faction  directe 
du  parasite  a  joue  un  role  determinant  beaucoup  plus  que  la 
fievre.  En  revoyant  l’observation,  on  a  en  effet  l’impression  que 
la  complication  nasale  debutait  deja  pendant  la  periode  d’incu- 
bation,  avant  le  premier  acces,  mais  elle  n’ayait  pas  ete  nette¬ 
ment  reconnue.  En  tout  cas,  e’est  la  un  frappant  exemple  de 
«  tertiarisation  »  de  la  syphilis  anallergique,  aussi  suggestif  par 


SEANCE  DU  27  AVRIL  1936 


6H 


les  deductions  theoriques  qu’il  justifie,  quant  au  mode  d’action 
de  la  malaria  sur  1’evolution  syphilitique,  qu’instructif  au  point 
de  vue  pratique  :  le  risque  de  tertiarisation  doit  etre  toujours 
present  a  1’esprit.  A  la  moindre  alerte,  il  faut  etre  pret  a  inter- 
rompre  les  acces  et  commencer  un  traitement  energique,  quoique 
celui-ci  ne  cicatrise  pas  rapidement  les  gommes.  Si  certaines  d’en- 
tre  elles  n’entrainent  pas  d’inconvenients  serieux,  d’autres,  par 
leurs  localisations,  peuvent  au  contraire  engendrer  des  accidents 
redoutables.  On  a  vu  de  la  sorte  des  accidents  de  syphilis  cere¬ 
brate  tertiaire  faire  suite  a  l’impaludation. 

L’apparition  d’accidents  tertiaires  chez  les  paralytiques  impa¬ 
ludes  a  ete  signalee  par  de  nombreux  auteurs,  que  l’on  trouvera 
dans  les  livres  de  Gerstmann  et  de  Leroy  et  Medakovitch,  de  Gui- 
raud  a  cette  Societe,  et  de  quelques  autres  auteurs,  dont  les 
observations  sont  eparses  dans  la  litterature. 

M.  Guiraud.  —  Cette  communication  est  interessante,  car  les 
manifestations  de  tertiarisme  chez  les  paralytiques  generaux 
impaludes  sont  tres  rares.  On  reste  des  annees  sans  en  constater. 
A  ce  propos,  je  rappelle  que  divers  auteurs  ont  signal  e  des  faits 
d’intoxication  grave  produite  par  l’application  simultanee  des 
ondes  courtes  et  de  1’arsenotherapie.  J’ajoute  que  l’epreuve  de 
l’intradermo-reaction  pour  apprecier  les  soi-disant  etats  d’aller- 
gie  et  d’anergie,  ne  m’a  jamais  fourni  que  les  plus  contradictoi- 
res  resultats. 


Paraplegie  en  flexion  d’origine  cerebrale  chez  un  paralytique 
general  traits  par  les  ondes  courtes,  par  MM.  Henri  Claude  et 
FI.  Coste. 

Guiraud  et  Caron,  apres  une  etude  sur  les  manifestations  syphi- 
litiques  tertiaires  chez  les  paralytiques  generaux  impaludes,  ont 
reuni  5  observations  sur  110  cas  de  paralytiques  generaux  impa¬ 
ludes. 

II  resulte  de  ce  travail  que  la  tertiarisation  est  beaucoup  plus 
frequente  chez  les  sujets  qui  ont  subi  l’impaludation.  Ces  acci¬ 
dents  peuvent  etre  tardifs  ou  tres  precoces  par  rapport  a  l’impa- 
ludation.  Au  moment  de  l’apparition  des  accidents  du  tertiarisme, 
les  reactions  specifiques  du  serum  sont  plus  ou  moins  accusees 
suivant  les  malades. 

Ces  considerations  ont  un  interet  pathogenique,  car  le  pronos- 
tic  depend  de  la  localisation  des  accidents  tertiaires  :  ils  devront 


612 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


done  etre  traites  le  plus  rapidement  possible  par  la  medication 
chimique,  et  conduisent  a  preconiser,  apres  l’impaludation,  de 
traiter  les  accidents  syphilitiques  possibles  plutot  par  les  arseni- 
caux  trivalents  jusqu’a  negativation  des  reactions  sanguines. 

L’observation  que  nous  rapportons  est  un  exemple  de  plus  des 
phenomenes  de  tertiarisation  qui  peuvent  survenir  chez  des  para- 
lytiques  generaux  a  la  suite  d’un  traitement  par  les  ondes  cour- 
tes.  Sans  revenir  sur  les  complications  syphilitiques  qu’on  observe 
a  la  verity  tres  rarement  chez  les  paralytiques  generaux  et  qui 
ont  deja  fait  l’objet  d’observations  anterieures,  nous  rapporte- 
rons  seulement  ici  tres  brievement  le  cas  interessant,  au  point 
de  vue  clinique  comme  au  point  de  vue  pathogenique,  d’une  de 
nos  malades  qui,  entree  avec  des  signes  indiscutables  de  paraly- 
sie  generate,  et  traitee  par  les  ondes  courtes,  a  fait  subitement  un 
petit  ictus  qui  a  entraine  une  paraplegie  en  flexion  independante 
de  toute  lesion  medullaire  et  qui  est  nettement  en  rapport  avec 
les  lesions  cerebrales  telles  que  celles  qui  ont  ete  decrites  dans 
la  these  d’Alajouanine. 

La  dame  F...,  51  ans,  entre  a  la  Clinique  le  24  mars  1935,  avec  le 
diagnostic  suivant  :  gros  affaiblissement  intellectuel,  dysarthrie  tres 
prononcee,  signe  d’Argyll,  myosis,  euphorie,  approbativite.  Ponction 
lombaire  nettement  positive.  Paralysie  generale. 

La  malade  est  soumise  a  la  pyretotherapie  par  les  ondes  courtes 
du  9  avril  au  16  mai.  Dans  le  courant  des  mois  suivants,  on  constate 
une  amelioration  tres  nette.  Bien  que  la  malade  soit  illettree  et  d’un 
niveau  intellectuel  peu  eleve,  on  note  surtout  que  ses  reponses  sont 
pertinentes,  qu’elle  se  rend  compte  d’un  certain  degre  d’inferiorite 
intellectuelle  et  que  son  auto-critique  est,  d’une  facon  generale,  net¬ 
tement  normale.  Les  signes  somatiques  persistent  :  legere  dysarthrie, 
tremblement  des  mains  et  de  la  langue,  areflexie  pupillaire. 

Le  5  septembre,  la  malade,  qui  est  traitee  par  les  arsenicaux  et  le 
bismuth,  paraissait  tout  a  fait  en  voie  d’amelioration  et  circulait 
dans  les  cours,  quand,  vers  6  heures  et  demie,  elle  presente  nette¬ 
ment  un  ictus  avec  obnubilation  intellectuelle  durable,  sans  perte  de 
connaissance  mais  derobement  des  jambes,  troubles  de  la  parole  pas¬ 
sages,  troubles  de  l’equilibration,  reflexe  plantaire  indifferent, 
reflexes  rotuliens  normaux,  sans  clonus. 

Les  jours  suivants,  peu  a  peu,  on  constate  une  faiblesse  de  plus  en 
plus  grande  des  membres  inferieurs,  qui  etaient  encore  en  position 
normale,  des  troubles  sphincteriens  constants,  alterations  psychiques 
tres  prononcees.  La  malade  eprouve  des  douleurs  surtout  nocturnes 
au  niveau  des  membres  inferieurs  qui  empechent  le  sommeil,  et  peu 
a  peu  on  voit  ses  membres  inferieurs  modifier  leur  position  et 
tendre  a  se  flechir  de  telle  sorte  que  dans  le  courant  du  mois 


SEANCE  DU  27  AVRIL  1936 


d’octobre  les  phenomenes  apparaissent  de  plus  en  Plus  nets  et  en 
uovembre  l’attitude  en  flexion  des  membres  inferieurs  est  extre- 
inement  marquee,  sans  paralysie  des  membres  superieurs.  L’exten- 
sion  est  impossible  car  elle  est  extremement  douloureuse  sans  qu’il 
y  ait  de  troubles  objectifs  de  la  sensibilite  marques  des  membres  infe¬ 
rieurs,  elle  provoque  une  exageration  de  la  flexion.  Le  signe  de 
Babinski,  qui  n’existait  pas  au  debut,  apparait  maintenant  nettement 
des  deux  cotes.  II  existe  un  clonus  inepuisable  et  une  escarre  sacree 
qui  d’ailleurs  s’est  modifiee  peu  a  peu  sous  l’influence  du  traitement. 
La  ponction  lombaire  faite  au  debut  de  decembre  1935  montre  une 
tension  de  15  dans  la  position  horizontale  ;  Pandy  legerement  posi- 
tif  ;  albumine  0,45  et  4  elements  a  la  cellule  de  Nageotte. 

Une  seconde  ponction  lombaire  a  ete  faite  plus  recemment  (avril 
1936),  qui  a  montre  un  Queckenstedt  nettement  positif,  albuminose 
moyenne  (0,55),  Bordet-Wassermann  positif  et  sans  lymphocytose 
(2  lymphocytes).  L’etat  reste  stationnaire  actuellement  depuis  plu- 
sieurs  mois  ;  il  n’y  a  plus  d’affaiblissement  intellectuel  tres  prononce, 
mais  il  y  a  des  hallucinations  auditives.  Pas  de  rire  ou  pleurer  spas- 
modique. 

Il  s’agit  done  vraisemblablement  d’une  lesion  bilaterale  a  evolution 
progressive  de  la  voie  pyramidale,  probablement  en  rapport  avec 
des  alterations  arterielles  des  noyaux  gris  centraux. 


Delire  de  gynecopathie  interne  chez  une  paralytique  generale 
apres  malarisation,  par  MUe  Cullerre  et  Mme  Edert. 

Nous  vous  rapportons  1’observation  d’une  paralytique  generale, 
realisant,  apres  malarisation,  une  forme  delirante  un  peu  particu- 
liere  et  dont  l’etude  nous  a  semble  presenter  quelqu’interet. 

Il  s’agit  d’une  femme  entree  dans  notre  service  le  21  septembre 
1931,  a  l’age  de  43  ans  et  presentant  alors  une  paralysie  generale  a 
forme  expansive,  avec  affaiblissement  intellectuel,  perte  de  1’auto- 
critique,  idees  absurdes  de  richesse,  satisfaction,  fabulation,  agitation 
motrice  assez  vive. 

Les  pupilles  sont  inegales,  de  contour  irregulier,  la  reaction  a  la 
lumiere,  paresseuse  a  droite,  est  abolie  a  gauche.  Il  existe  du  trem- 
blement  des  extremites,  les  reflexes  patellaires  sont  vifs.  L’examen 
du  liquide  cephalo-ra-chidien  montre  une  formule  positive. 

La  malade  est  impaludee  le  4  octobre  ;  on  laisse  evoluer  8  acces. 
Apres  1’impaludation,  deux  series  de  Stovarsol  solique  (21  gr.)  sont 
pratiquees  entre  le  11  novembre  1931  et  le  30  mars  1932. 

Pendant  toute  la  duree  de  la  periode  febrile,  l’agitation  est  tres 
intense  avec  desordre  des  propos  et  des  actes,  euphorie,  cris,  chants. 


614 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


On  n’a  pas  1’impression  cependant  que  cette  agitation  soit  le  fait 
d'un  onirisme  intense.  Elle  s’acconupagne  d’un  etat  general  tres  defi¬ 
cient  et  persiste  sans  amelioration  pendant  deux  mois.  Au  debut  de 
janvier,  elle  s’est  notablement  attenuee,  et  bientot  a  fait  place  a  un 
etat  de  depression,  la  malade  se  montrant  craintive,  puerile  et  inca¬ 
pable  d’aucune  activite  utile. 

Pourtant,  a  la  fin  de  janvier,  elle  ecrit  spontanement  a  son  mari, 
•une  lettre  dont  la  forme  et  le  contenu,  contrastant  avec  son  compor- 
tement  habituel,  nous  surprend.  Elle  s’y  exprime  d’une  facon  perti- 
nente  au  sujet  de  sa  maladie,  donne  des  details  sur  l’emploi  de  son 
temps,  s’enquiert  de  tous  les  siens,  demande  des  visites  et  manifeste 
le  desir  de  rentrer  bientot  a  son  foyer,  tout  en  reconnaissant  qu’elle 
ne  manque  de  rien  a  l’Asile. 

Pendant  les  mois  qui  suivent,  l'amelioration  s’accentue  surtout  en 
ce  qui  concerne  la  reprise  de  l’activite,  mais  la  malade  reste  puerile, 
triste  et  concentree  et  nous  avons  l’impression  de  n’avoir  obtenu 
qu’une  remission  assez  incomplete,  la  malade  restant  une  «  eclopee 
mentale  » . 

La  sortie  etant  instamment  demandee  par  la  famille,  la  malade 
quitte  l’Asile  le  14  mai  1932. 

Nous  restons  sans  nouvelle  de  cette  paysanne  vosgienne  pendant 
trois  ans  et  demi,  lorsque,  le  21  novembre  1935,  elle  entre  de  nouveau 
dans  notre  service. 

Au  milieu  de  manifestations  anxieuses  tres  intenses  qui  pendent 
un  premier  examen  difficile,  la  malade  nous  expose  un  delire  de  pos¬ 
session  dans  lequel  les  phenomenes  cenesthesiques  tiennent  une  place 
preponderate.  Apres  sa  sortie,  elle  continua  a  eprouver  une  impres¬ 
sion  de  malaise,  compatible  cependant  avec  ses  besognes  menageres. 
Mais  bientot  elle  ressentit  des  douleurs  tres  intenses  au  niveau  des 
membres  superieurs,  de  la  face,  de  la  nuque. 

Dans  les  mains,  c’etaient  comme  des  fourmillements,  des  engour- 
dissements,  des  sensations  electriques.  Au  visage,  c’etaient  des  bru- 
lures  au  niveau  des  levres,  de  la  langue,  des  sensations  de  durete  ou 
de  ratatinement  des  tissus. 

Bientot  le  caractere  xenopathique  de  ces  sensations  s’impose  a  la 
malade  qui  developpe  un  delire  qu’avec  MM.  Laignel-Lavastine,  Papil- 
laut  et  Bonnard,  on  peut  qualifier  de  delire  de  gynecopathie  interne. 
Elle  se  croit  en  eflfet  habitee  par  une  femme,  qui  s’acharne  a  la  faire 
souffrir,  dirige  ses  moindres  gestes,  preside  a  toutes  ses  fonctions, 
exerce  sur  elle  des  pressions,  des  inhibitions. 

Actuellement,  cette  femme  siege  dans  sa  tete,  elle  detruit  les  tissus, 
fait  craquer  les  os  ;  le  visage  se  ratatine  et  bientot  il  n’y  aura  plus 
que  la  peau  et  les  os. 

Dans  les  membres,  elle  envoie  comme  des  engourdissements,  des 
courants  electriques.  Cela  lui  endort  les  mains  et  lui  a  fait  casser 
beaucoup  d’objets  de  vaisselle.  Parfois,  elle  lui  fait  le  «  tourbillon  s>. 


SEANCE  DU  27  AVRIL  1936 


6t5 


e’est-a-dire  qu’elle  la  fait  tomber  sur  le  sol,  et  tourner  plusieurs  fois 
sur  elle-meme. 

Lorsqu’elle  etait  a  bicyclette,  elle  l’empechait  de  pedaler,  l’obligeant 
a  s’arreter  par  des  «  pressions  »  qui  lui  arrachaient  les  mollets.  Elle 
la  balance,  elle  la  secoue,  elle  la  fait  crier. 

La  malade,  agee  maintenant  de  47  ans,  presente  de  la  dysmenorrhee 
et  nous  dit  que  ses  regies,  plus  frequentes,  ne  la  font  pas  souffrir 
comme  d’habitude.  Elle  en  conclut  que  le  sang  qu’elle  perd  n’est  pas 
le  sien,  mais  celui  de  la  femme  qui  1’habite. 

Au  debut,  «  la  femme  qui  est  en  elle  »  causait  dans  son  estomac, 
lui  disant  parfois  de  «  belles  choses  »  et  lui  indiquait  le  soir  ce 
qu’elle  devait  faire  le  lendemain.  Puis  cela  devint  penible  et  sa  perse- 
cutrice  se  mit  a  parler  avec  rapidite,  la  traitant  de  facon  iterative 
de  «  sotte  »  et  de  «  vache  »,  chantant  parfois  a  «  toute  vitesse  ». 

La  nuit,  la  malade  dort  fort  peu,  la  femme  lui  «  fait  voir  »  beau- 
coup  de  choses  :  Ce  sont  des  homines  surtout,  se  depla?ant  en  scenes 
cinematographiques,  parfois  son  mari  ou  ses  enfants. 

Ces  representations  visuelles  sont  denuees  de  caractere  penible, 
elles  sont  meme  gaies  parfois,  mais  ce  qui  est  constant,  c’est  que 
pendant  qu’elles  se  deroulent  la  malade  cesse  de  souffrir,  sa  perse- 
cutrice  relachant  son  action  destructrice. 

II  n’y  a  pas  d’hallucinations  auditives,  la  malade  n’accusant  que 
quelques  phenomenes  elementaires  a  caractere  indifferent.  La  malade 
est  bien  orientee,  adaptee  a  l’entourage  et  au  milieu.  Si  on  ne  la 
sollicite  pas,  elle  est  le  plus  souvent  triste,  concentree,  maintenant 
d’une  main  sa  nuque,  meme  lorsqu’elle  quitte  son  lit. 

Par  moment,  elle  pousse  des  gemissements,  pleure,  presente  la 
mimique  de  la  souffrance  ainsi  que  des  reactions  vaso-motrices  sous 
forme  de  rougeurs  en  placard  tres  intenses  au  niveau  de  la  face  et 
du  cou.  La  malade  exprime  des  sentiments  normaux  a  l’egard  de  son 
mari  et  de  ses  enfants,  auxquels  sa  persecutrice  a  fait  bien  du  mal. 
Elle  nous  explique  en  effet  que  son  mari,  supportant  mal  le  spectacle 
de  sa  souffrance,  s’est  mis  a  boire  et  s’est  endette.  Elle  lui  reproche 
de  l’avoir  amenee  a  1’Asile,  car,  dit-elle,  sa  fin  est  prochaine  et  elle 
aurait  voulu  mourir  chez  elle. 

Une  ponction  lombaire  faite  a  la  seconde  entree  a  montre  une  for- 
mule  biologique  entierement  negative  : 

Bordet-Wassermann  .  — 

Lymphocytes  .  0,8 

Albumine  . .  0,10 

Benjoin  .  00000.22100.00000 

Les  signes  pupillaires  ne  se  sont  pas  modifies.  Une  serie  de  Quinby 
soluble  a  ete  pratiquee,  elle  semble  avoir  eu  pour  effet  une  attenua¬ 
tion  des  reactions  anxieuses  et  une  amelioration  du  sommeil. 

Nous  avons  profite  de  cette  accalmie  pour  soumettre  la  malade  a 


616 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


l’epreuve  des  Tests  de  Binet  et  Simon.  Les  reponses  obtenues  per- 
mettent  de  lui  attribuer  nn  niveau  mental  de  8  ans. 

L’examen  de  la  sensibilite  objective  est  reste  negatif. 

En  somme,  apres  malarisation,  chez  une  paralytique  generate 
a  forme  expansive,  nous  voyons  apparaitre  une  phase  de  malaise 
physique  et  de  depression,  bientot  suivie  d’un  syndrome  dou¬ 
loureux  assez  special,  a  l’occasion  duquel  parait  bien  s’etre  deve- 
loppe  un  delire  de  possession  a  forme  de  gynecopathie  interne. 

Les  differentes  formes  de  «  paraphrenies  paralytiques  »  sont 
bien  connues  et  nous  n’y  insisterons  pas,  toutefois  nous  ferons 
remarquer  que  le  delire  presente  par  notre  malade,  bien  qu’assez 
pauvre  et  stereotype,  est  plus  pur  que  les  themes  delirants  habi- 
tuellement  decrits,  oil  se  retrouvent,  melees,  des  idees  delirantes 
de  teinte  diverse,  et  qu’accompagne  surtout  une  discordance 
emotionnelle  avec  frequemment  euphorie  residuelle. 

Nous  ne  saurions  non  plus  passer  en  revue  les  hypotheses  ten- 
dant  a  rendre  compte  de  la  frequence  relative  depuis  l’emploi 
general  de  la  malarisation,  de  ces  paraphrenies  rares  jadis.  Disons 
seulement  que  le  role  etiologique  des  troubles  cenesthesiques  si 
particuliers  eprouves  par  ces  malades  nous  semble  avoir  ete 
trop  systematiquement  neglige  par  certains  auteurs. 

Pourtant,  au  Congres  d’Anvers,  en  1928,  MM.  Vermeylen  et 
Vervaeck  attiraient  deja  l’attention  sur  les  formes  hypocondria- 
ques,  plus  rares  que  les  formes  paranoides  et  sur  le  role  impor¬ 
tant  qu’on  peut  aceorder  a  ces  phenomenes  douloureux,  dans  la 
genese  des  idees  delirantes. 

Ils  attribuent  une  origine  organique  a  ces  «  paresthesies  etran- 
ges  »  dont  se  plaignent  des  malades,  d’autre  part  non  delirants, 
et  capables  de  reprendre  une  vie  sociale,  assez  normale.  Ils  sont 
frappes  des  «  termes  metaphoriques  »  dont  se  servent  les  mala¬ 
des  pour  faire  comprendre  «  des  sensations  indescriptibles  en 
elles-memes  »  :  «  c’est  comme  si  leur  cerveau  devenait  deli¬ 
quescent,  il  y  a  une  coulee  froide  qui  leur  descend  de  la  tete 
dans  les  reins,  ils  sentent  que  la  malaria  leur  monte  au  cer¬ 
veau,  etc...  ». 

M.  Guiraud,  tout  recemment,  ici-meme,  dans  une  etude  fort 
interessante  et  documentee,  decrit  les  syndromes  sensitifs  des 
paralytiques  malarises  et  insiste  egalement  sur  la  qualite  parti- 
culiere  des  douleurs,  qui,  sans  etre  franchement  nevralgiques, 
consistent  exclusivement  en  fourmillements,  en  brulures,  en  sen¬ 
sation  de  vent,  en  impression  de  ratatinement,  de  durete.  Ces 
caracteres  suggerent  d’autant  plus  un  rapprochement  avec  les 


SEANCE  DU  27  AVRIL  1036 


617 


sympathalgies  que  les  phenomenes  sensitifs  s’accompagnent 
habituellement  de  manifestations  vaso-motrices. 

Or,  notre  malade,  elle  aussi,  s’est  servie  pour  decrire  les  dou- 
leurs  qu’elle  ressent  de  termes  absolument  identiques,  et  elle  pre¬ 
sente  des  troubles  vaso-moteurs  manifestes,  s’accompagnant  d’un 
etat  d’anxiete. 

Dans  ces  conditions,  il  ne  nous  parait  pas  trop  hardi,  malgre 
le  caractere  absurde  de  l’explication  qu’elle  en  fournit,  d’admet- 
tre  que  ee  syndrome  sensitif  soit  l’expression  de  desordres  orga- 
niques. 

L’etat  de  malaise,  d’inquietude  qui  l’accompagne,  nous  parait 
eminemment  propice  a  l’elaboration  d’un  theme  delirant  et  cela, 
d’autant  mieux,  que  le  caractere  d’etrangete  des  douleurs  elles- 
memes  est  bien  de  nature  a  imposer  la  notion  de  xenopathie  a 
une  intelligence  d’autre  part  diminuee. 

Des  cas  de  ce  genre  ne  sont  pas  exceptionnels  en  clinique,  leur 
interet  nous  semble  etre  surtout  d’ordre  documentaire  et  leur 
valeur  en  quelque  sorte  schematique.  Joints  a  d’autres  faits  ana¬ 
logues,  ils  constituent  un  materiel  d’ etude  oil  l’on  pourrait  sans 
doute  puiser  des  elements  de  nature  a  eclairer  certains  cotes  du 
probleme  de  la  genese  des  delires. 

Nous  nous  garderons  cependant  de  deductions  trop  hatives  et 
insuilisantes  pour  resoudre  une  question  aussi  complexe  et  dis- 
cutee. 

BIBLIOGRAPHIE 

P.  Guiraud  et  Ch.  Nodet.  —  Les  syndromes  sensitifs  chez  les  paralytiques 
malarises. 

Laignel-Lavastine,  Papillaut  et  Bonnard.  —  Delire  de  gynecopathie  interne 
(, Societe  de  Psychiatrie,  le  15  novembre  1928). 

Masquin  et  Borel.  —  Onirisme  malarique  et  paraphrenies  paralytiques. 
Enciphale,  fevrier  1934.- 

Vermeylen  et  Vervaeck.  —  Apparition  d’un  syndrome  hypocondriaque  chez 
les  paralytiques  generaux  malarises  (Congres  d’Anvers  1928). 
Vermeylen  et  Vervaeck.  —  Les  formes  psychosiques  chez  les  paralytiques 
generaux  malarises  et  la  notion  de  demence  paralytique.  Encephale, 
1930,  nos  8  et  S. 

Jacques  Vie.  —  L’idee  delirante  d’anthropopathie  interne  (Congres  de 
Bruxelles,  1935). 

M.  Vi£.  —  Ces  cas  sont  tres  interessanfs.  Et  j’ai  moi-meme 
observe  de  tels  delires,  auxquels  j’avais  doiine  le  nom  d’anthro¬ 
popathie  interne,  chez  des  malades  dont  j’ai  rapporte  l’bistoire 
au  Congres  de  Bruxelles  de  l’an  dernier.  On  les  rencontre  sur¬ 
tout  chez  des  syphilitiques  ou  des  paralytiques  generaux.  La 


618  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

recherche  des  reactions  humorales  syphilitiques  a  ete  positive 
6  fois  sur  8. 

M.  Guiraud.  —  Ils  ne  sont  pas,  d’apres  mon  experience,  l’apa- 
nage  des  syphilitiques.  Sur  des  centaines  de  paralytiques  gene- 
raux  impaludes  ou  non,  je  ne  crois  en  avoir  rencontre  qu’un  seul. 


Reactions  psychopathiques  ebauchees  en  rapport  avec  des 

difficultes  sociales  chez  des  desequilibres,  par  M.  J.  Vie. 

MM.  Laignel-Lavastine,  G.  d’Heucqueville  et  Sambron  ont 
presente  devant  la  Societe,  le  13  fevrier  dernier,  un  jeune  homme 
de  21  ans  qui,  a  Tissue  du  service  militaire,  se  trouvant  sans  tra¬ 
vail,  fit,  dans  un  etat  d’instabilite  et  d’inquietude,  une  serie  de 
tentatives  de  suicide,  ne  paraissant  pas  traduire  une  veritable 
resolution  de  se  tuer,  et  destinees  d’ailleurs,  de  par  leur  tech¬ 
nique  meme,  a  l’echec. 

Notre  attention  a  ete  attiree,  depuis  que  nous  dirigeons  la 
Colonie  d’Ainay-le-Chateau,  sur  une  serie  de  jeunes  sujets  inter¬ 
nes  pour  des  episodes  psychopathiques  frustes,  aux  signes  seule- 
ment  ebauches,  qui  cedent  vite  au  traitement  des  asiles.  Ces 
sujets  sont  plus  ou  moins  tares,  mais  parfois,  le  desequilibre 
est  demeure  chez  eux  inapparent  jusqu’a  ce  qu’il  soit  revele  par 
des  circonstances  sociales  difficiles,  trop  frequentes  malheureu- 
sement  en  ces  dernieres  annees. 

En  void  six  cas  typiques,.  ranges  suivant  l’importance  crois- 
sante  du  desequilibre  fonder.  Chez  le  premier  d’entre  eux,  le 
role  du  facteur  sociologique  apparait  a  son  maximum. 

Ob  Si  I.  —  Raymond  V.,  ne  en  1911,  employe  de  commerce.  Desar- 
roi  post-regimentaire.  Trois  tentatives  de  suicide.  Orphelin.  Fond 
d’hyperemotivite.  Gnerison  complete. 

Orphelin  de  pere  et  de  mere  a  12  ans  (heredite  alcoolique  et  tuber- 
culeuse),  4  freres,  intelligent,  muni  de  son  brevet  elementaire,  bon 
comptable.  11  devance  l’appel  du  service  militaire,  fait  campagne  au 
Maroc.  A  son  retour,  a  21  ans,  il  ne  peut  retrouver  de  travail  malgre 
tous  ses  efforts  (juillet  1932).  II  perd  courage.  Trois  tentatives  de 
suicide  en  1933  au  moyen  de  gardenal.  Toutes  echouent. 

Interne  le  28  novembre  1933  (venant  de  THopital  Henri-Rousselle) 
pour  «  etat  depressif  chronique  avec  idees  de  suicide  et  tentatives 
repetees...,  desordre  des  actes,  vend  des  objets,  des  habits  apparte- 
nant  a  son  frere  ;  conscient  d’un  certain  flechissement,  activite  spon- 
tanee  reduite,  n’a  de  gout  a  rien,  reconnait  son  incapacite  a  vivre  au 
dehors,  accepte  l’internement  dans  un  asile  »  (Dr  Courtois). 


SEANCE  DU  27  AVR1L  1936 


619 


A  Ste-Anne,  il  s’ameliore  tres  vite,  travaille  presque  d’emblee,  est 
envoye  en  Colonie  Familiale  par  M.  Truell.e  le  13  janvier  1934,  s’y 
montre  gai,  travailleur,  de  bonne  teriue. 

Au  point  de  vue  morphologique  :  nez  en  selle,  strabisme  leger, 
thorax  un  peu  etroit.  Toutes  reactions  humorales  negatives.  Tachy- 
cardie,  transpiration  emotives  tors  de  l’arrivee  a  Ainay. 

II  sort  le  3  juin  1934,  trouve  bientot  une  place  aux  Messageries 
Hachette  :  il  l’occupait  encore  au  ler  janvier  1936. 

Raymond  represente  un  type  de  desequilibre  tres  leger,  mis  en 
evidence  par  le  chomage  au  retour  du  regiment,  en  l’absence 
d’un  encadrement  familial  suffisant.  Sur  le  fond  d’emotivite  s  est 
developpee,  a  la  suite  d’echecs  repetes,  une  inquietude  diffuse, 
suivie  d’un  sentiment  d’impuissance,  d’un  renoncement  a  la  lutte 
pour  la  vie,  des  tentatives  de  suicide  qui  echouent.  Le  traitement, 
isolement  sociotherapique,  a  ramene  la  securite  ;  puis,  dans  le 
milieu  neutre  du  placement  familial  a  pu  renaitre  1  espoir,  et  la 
sortie  a  ete  suivie  d’un  plein  sueces. 

Le  cas  suivant  se  trouve  complique  par  l’appoint  toxique  de 
l’alcool. 

Obs.  II.  —  Auguste  S.,  ne  en  1905,  chauffeur  de  taxi.  Exces  de  bois¬ 
son  faisant  perdre  une  situation.  Epilepsie  alleguee.  Desarroi  par 
suite  de  la  arise  economique.  Tentative  de  suicide.  Isolement  fami¬ 
lial.  Instability  legere. 

Fils  naturel,  en  mauvais  termes  avec  le  mari  de  sa  mere.  Intelli¬ 
gent,  mais  pas  de  certificat  d’etudes.  Place  a  13  ans  comme  employe 
dans  1’ alimentation.  Au  retour  du  service  militaire,  devient  chauffeur 
de  taxi,  se  marie,  a  un  enfant.  Separe  de  sa  femme  au  bout  de  4  ans 
«  pour  des  raisons  d’interet  »,  fait  des  exces  de  boisson  avec  des 
camarades.  Un  soir,  il  laisse  sa  voiture  dans  une  rue,  sans  lumiere. 
Mene  au  poste,  puis  a  la  Sante,  il  allegue  l’epilepsie,  une  histoire  de 
fugues  inconscientes  et  il  est  interne  a  Villejuif  pendant  9  mois 
(1931). 

A  sa  sortie,  il  ne  trouve  que  des  emplois  de  raccroc,  il  est  desem- 
pare  ;  infirmier  dans  un  sanatorium  de  Berck,  son  pays,  il  a  des 
rhumatismes  ;  il  travaille  a  la  campagne,  dans  le  Loiret,  rentre  a 
Paris,  sans  travail.  Il  tente  de  se  suicider  avec  du  gardenal,  est 
amene  a  St-Antoine,  s’y  fait  avec  une  lame  de  rasoir  des  incisions 
de  l’avant-bras. 

Interne  le  7  avril  1934  pour  «  epilepsie  »  en  etat  depressif,  il  ne 
presente  aucun  symptome  caracteristique,  se  montre  calme  et  bon 
travailleur  (service  de  M.  P.  Abely).  Transfere  a  Ainay  le  8  aout 
.1935,  il  s’y  occupe  bien,  mais  se  livre  a  quelques  exces  de  boisson. 

Constitution  physique  robuste  et  imrmale. 


620 


SUCIETE  MED1CO-PSYCHOLOGIQUE 


L’habitude  des  exces  de  boisson  constitue  le  point  noir  pour 
l’avenir  de  ce  jeune  homme,  par  ailleurs  tres  peu  tare,  d  une 
intelligence  assez  vive,  tres  conscient  de  sa  situation.  Nous  arri- 
vons  maintenant  a  un  sujet  beaucoup  moins  doue,  que  le  cho- 
mage  a  trouve  completement  desarme. 

Obs.  III.  —  Edouard  L.,  ne  en  1905,  manoeuvre.  Desarroi  conse- 
cutif  a  la  crise  economique,  tentative  de  suicide.  Orphelin.  Debilite 
mentale,  instability  mythomanie,  appoint  alcoolique. 

Orphelin,  sans  relations  avec  ses  freres  et  bouts,  se  trouve  5  28  ans 
sans  travail  pendant  de  nombreux  mois,  se  laisse  alter.  M.  de  Ue- 
rambault,  le  10  janvier  1933,  signale  l’aboulie,  le  desequilibre  emo- 
tionnel,  mais  aussi  l’excentrisme,  le  dilettantisme,  l’opportumsme 
des  declarations.  Edouard  aurait  eu  une  crise  epileptoide  dans  un 
hopital  en  1931.  II  fait  un  premier  sejour  a  l’infirmerie  du  depot; 
renvoye,  il  y  est  ramene  des  le  lendemain,  apres  une  apparence  de 
tentative  de  suicide,  petites  coupures  par  lames  de  rasoir  sur  l’avant- 
bras  «  J’avais  bu  »,  nous  dira-t-il,  «  dans  un  moment  de  cafard  ». 

On  ne  constatera  dans  les  asiles  que  ce  «  desequilibre  mental  avec 
troubles  de  la  conduite  et  du  caractere  »  (Genil-Perrin). 

A  Ainay,  le  19  decembre  1933,  Edouard  se  montre  instable  et  pro- 
testataire,  au  bout  de  quinze  jours,  quitte  un  premier  placement,  ne 
se  trouvant  pas  assez  paye  et  entraine  un  camarade  a  en  faire  autant; 
replace,  il  part  trois  jours  apres,  en  pleine  nuit,  a  St-Amand,  ou 
manquant  d’argent  pour  prendre  le  train  il  se  rend  au  Commissariat 
de  police.  Transfere  a  1’Asile  de  Chezal-Benoit,  il  en  sort  au  bout  de 
quelques  mois. 

Edouard  L.,  sachant  lire  et  ecrire,  mais  peu  intelligent,  de  juge- 
ment  borne,  fait  preuve  d’une  instability  fonciere  et  d’une  paresse 
inveteree.  Grand  garcon  bien  bati,  il  presentait  neanmoins  des  vari¬ 
ces  de  la  jambe  droite  et  aurait  subi  une  meniscectomie  en  1933. 

Les  trois  autres  malades  de  notre  serie  joignent  a  un  dese¬ 
quilibre  foncier  beaucoup  plus  marque,  l’accomplissement  d’ac- 
tes  delictueux  —  deux  d’entre  eux  ont  ete  internes  a  la  suite  de 
non-lieux  apres  expertises  medico-legales  ;  ils  semblent  toute- 
fois  ne  pas  appartenir  a  la  categorie  des  pervers  amoraux. 

Obs.  IV.  —  Edmond  B„  ne  en  1911,  ouvrier  boulanger.  Desarroi  du 
a  la  crise  economique  :  vols,  epilepsie  alleguee.  Enfant  assiste.  Emo- 
tivite.  Mythomanie. 

Pupille  de  l’Assistance  Publique,  il  perd  de  bonne  heure  ses 
parents  nourriciers.  Pas  de  certificat  d’etudes,  mais  ne  parait  pas 
debile  intellectuel.  Reforme  pour  troubles  psychiques  (?)  :  «  On 

disait  que  j’avais  des  crises,  que  je  tombais  par  terre,  je  ne  m’en  suis- 
jamais  apergu.  »  Ouvrier  boulanger  en  cbomage,  20  ans,  il  est. 


SEANCE  DU  27  AVRIL  1936 


621 


condamne  a  4  mois  de  prison  pour  vol  ;  a  21  ans,  en  1933,  ce  sont 
deux  vols,  l’un  de  1.000  fr.,  l’autre  d’un  coupon  d’etoffe  a  la  devan- 
ture  d’un  grand  magasin,  «  accomplis  sciemment  et  volontaire- 
ment  »,  dit  1’expert,  M.  Truelle,  mais  par  un  sujet  psychiquement 
malade,  isole  dans  la  vie,  «  atteint  de  desequilibre  mental  avec 
hyperemotivite,  instabilite,  impulsivite.  Tendances  depressives  ac- 
tuellement  predominantes,  ajoute  le  rapport,  crises  nevropathiques, 
de  type  apparemment  pithiatique  ».  Non-lieu  suivi  d’internement. 

A  l’Asile,  ne  persiste  que  le  fond  mental  avec  troubles  de  la  volonte, 
manque  d’initiative.  Edmond  travaille  regulierement.  Une  demande 
de  sortie  formulee  par  sa  maitresse  est  rejetee  apres  enquete  de  la 
Prefecture  de  Police.  A  Ainay  (30  janvier  1935,  le  jeune  homme, 
agreable,  de  tenue  impeccable,  travaille  assidument  de  son  metier  de 
boulanger.  II  est  capable  de  gagner  sa  vie.  II  sort,  le  1"  avril  1935, 
plein  de  bonnes  resolutions  qu’il  expose  avec  elegance  et  apparente 
sincerite.  Quinze  jours  plus  tard,  sans  avoir  jamais  paru  chez  le 
correspondant  honorable  qui  l’avait  reclame,  il  etait  inscrit  au  cho- 
mage  a  Montmartre... 

Bonne  constitution  physique.  Tremblement  et  erethism  e  cardiaque 
lors  des  examens. 

Aux  circonstances  sociales  facheuses,  s’ajoutent  encore  par- 
fois  des  influences  familiales  nefastes.  En  voici  un  exemple 
chez  un  jeune  homme  qui  parait  peu  capable  de  mener  une  vie 
normale. 

Obs.  V.  —  Andre  G.,  ne  en  1910,  jardinier.  Instabilite,  mytho- 
manie,  vols,  epilepsie  alleguee,  idees  de  suicide. 

Fils  unique  dont  les  parents  sont  separes.  Certiflcat  d’etudes.  A 
l’en  croire,  il  a  ete  traite  a  10  ans  pour  une  lesion  pulmonaire,  dans 
un  sanatorium  ;  il  a  ete  exempte  du  service  militaire  pour  faiblesse 
de  constitution  ;  depuis  quelques  annees  il  presente  des  «  crises 
bi-mensuelles  »  ;  en  1932,  il  est  atteint  d’une  meningite  cerebro- 
spinale,  puis  il  tombe  sous  une  voiture,  au  cours  d’une  crise,  et  on  le 
trepane  a  Bicetre.  De  fait,  on  sent  au  niveau  d’une  cicatrice  du  cuir 
chevelu  une  depression  de  l’os  parietal  gauche.  Ne  pouvant  trouver 
de  travail,  il  vagabonde,  ebauche  des  tentatives  de  suicide,  brise  des 
vitres,  presente  des  coleres  furieuses  dans  lesquelles  il  frappe  et 
mord. 

Mais  la  Prefecture  de  Police  nous  signale,  des  1929,  deux  condam- 
nations  a  6  mois  de  prison  pour  abus  de  confiance,  a  un  mois  avec 
sursis  pour  le  meme  motif,  et  en  1932,  une  troisieme  condamnation  a 
un  mois  de  prison  pour  vol... 

Interne  le  10  avril  1934,  Andre  presente  a  la  quinzaine  «  des  trou¬ 
bles  habituels  du  caractere,  des  equivalents  confusionnels,  des  im¬ 
pulsions  au  suicide  ;  mais  pendant  9  mois  d’observation,  on  ne 
constate  aucune  crise  epileptique  »  (P.  Abely). 


622 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


A  Ainay  (30  Janvier  1935),  le  jeune  homme  se  montre  instable,  pre- 
tentieux,  volontiers  protestataire  ;  cette  tendance  est  entretenue  par 
les  revendications  de  sa  mere,  a  laquelle  il  se  plaint  d’etre  maltraite, 
mal  nourri,  pour  se  faire  envoyer  de  l’argent.  II  parait  incapable  de 
gagner  sa  vie,  bien  qu’il  se  dise  horticulteur  specialise. 

"  An  point  de  vue  morphologique,  on  note  une  hemiasymetrie  d’en- 
semble,  la  moitie  droite  du  corps  se  trouvant  moins  developpee 
(bouche,  membres  inferieurs  asymetriques,  scoliose).  Petits  rales  fins 
au  sommet  du  poumon  droit. 

Repris  par  sa  mere  le  30  avril  1935,  Andre  etait,  au  ler  janvier 
1936,  hospitalise  a  Paris. 

Nous  terminons  par  un  cas  quelque  peu  different  comme  pre¬ 
sentation  pittoresque  :  il  s’agit  d’une  bouffee  delirante  imagina¬ 
tive,  demeuree,  elle  aussi,  a  l’etat  d’ebauche  chez  un  jeune  homme 
atteint  de  myopathie  progressive. 

Obs.  VI.  —  Olivier  Ch„  ne  en  1910.  Vie  aventureuse,  escroquerie, 
bouffee  delirante  imaginative.  Heredite  complete,  mythomanie,  myo¬ 
pathie  progressive.  .... 

Pere  mort  d’affection  hepatique,  mere  demente  parano'ide  internee 
depuis  9  ans,  un  grand-pere  maternel  atteint  de  myopathie.  Lui- 
meme  intelligent,  employe  de  commerce.  Syphilis  acquise  a  19  ans. 
Apres  le  service  militaire,  debut  d’une  myopathie  avec  atrophie 
diffuse,  tres  inegalement  repartie,  predominant  au  membre  superieur 
droit.  Tres  agreable,  extremement  «  debrouillard  »,  plein  d’entrain, 
fertile  en  expedients,  mais  instable,  Olivier  a  une  activite  desordon- 
nee,  a  fait  de  nombreuses  places. 

Inculpe  d’escroquerie  relative  a  une  somme  de  13.000  fr.  dans  des 
circonstances  qui  decelent  un  acces  d’ excitation  avec  idees^  deliran- 
tes  d’origine  imaginative  et  interpretative,  tendances  revendicatrices. 
Non-lieu  et  internement  apres  expertise  de  M.  Truelle. 

A  Villejuif,  P.  Abely  traite  la  syphilis,  note  l’etat  hypomaniaque, 
le  theme  imaginatif  :  le  cheque  touche  par  Olivier  lui  aurait  ete  don- 
ne  en  recompense  d’une  mission  delicate  et  dangereuse  de  detective 
prive.  Tout  cela  se  calme  rapidement. 

En  Colonie  familiale  (8  aout  1935),  Olivier,  tres  conscient  de  son 
etat  physique  et  mental,  s’attire  la  sympathie  des  nourriciers,  rentre 
en  relation  avec  des  amis  qui  lui  procurent  une  situation.  Il  sort  le 
7  novembre  1935. 


Nous  desirerions  souligner  quelques  points  de  la  semiologie 
de  ces  troubles,  ainsi  que  le  terrain  individuel  sur  lequel  ils  se 
sont  developpes,  et  les  circonstances  sociales  qui  ont  favorise  leur 
apparition. 


SEANCE  DU  27  AVR1L  1936 


623 


Remarques  semiologiques.  —  Les  reactions  episodiques  ont  eu 
lieu  toutes  avant  l’internement,  soit  en  ville,  soil  a  l’hopital. 
Aucune  d’entre  elles  n’a  ete  observee  a  Vasile  ;  on  n’y  constatait 
plus  qu’un  trouble  emotionnel  qui  s’est  attenue  clans  le  delai 
d’un  a  deux  mois,  ne  laissant  subsister  aprfes  lui  que  le  dese- 
quilibre  foncier. 

Les  certiiicats  de  placement  et  les  recits  des  inalades  mettent 
au  premier  plan  : 

1)  Les  tentatives  de  suicide.  —  Deux  procedes  ont  ete  employes: 
le  gardenal  a  dose  de  quelques  comprimes  ;  les  incisions  de 
l’avant-bras  gauche,  faites  sur  le  trajet  suppose  de  l’artere  radiale 
au  moyen  de  lames  de  rasoir  de  surete.  Parfois  multiples,  elles 
sont  toujours  demeurees  tres  superficielles.  Alors  que  nous  etions 
interne  de  M.  Sorrel,  a  1’Hopital  Maritime  de  Berck,  en  1923, 
nous  observions  deja  un  cas  semblable,  chez  un  peintre  dese- 
quilibre,  traite  pour  coxalgie  ;  ce  sujet  devait,  au  debut  de  1928, 
etre  condamne  a  mort  pour  assassinat  d’une  femme  beaucoup 
plus  agee  que  lui,  avec  laquelle  il  vivait. 

Ces  tentatives  sont  repetees  jusqu’a  ce  que  1’internement  soit 
obtenu.  Ainsi  Raymond  V.,  pour  sa  premiere  tentative,  est 
amene  a  Henry-Rousselle,  en  fevrier  1933  ;  de  meme  pour  la 
seconde,  en  septembre  ;  quelques  jours  apres  sa  sortie,  en  novem- 
bre,  la  troisieme  l’amene  a  Beaujon,  puis  a  Ste-Anne.  Ces  sujets 
ne  paraissent  pas  avoir  voulu  reellement  se  donner  la  mort.  «  Je 
n’en  avais  pas  reellement  envie  »,  avoue  Edouard  L. 

2)  Les  crises  epileptiqiles  ne  sont  qu’alleguees,  les  certificats 
de  placement  ne  les  mentionnent  que  d’apres  les  renseignements 
de  temoins  profanes.  Souvent,  d’ailleurs,  ne  parlent-ils  que  de 
crises  epileptoides,  d’equivalents  —  vertiges  ou  fugues.  Pour 
Edouard  B.,  M.  Truelle  indique  des  crises  «  apparemment  pithia- 
tiques  ».  Andre  G.  fait  accepter  son  recit  de  crises  comitiales  bi- 
mensuelles,  consecutives  a  une  pretendue  meningite,  mais  ne 
parle  pas  des  actes  delictueux  anterieurs,  qui  l’avaient  fait 
condamner.  Quant  aux  fugues,  aux  periodes  d’amnesie,  Au¬ 
guste  S.  assure  que  rien  de  tout  cela  n’a  existe,  qu’il  a  invente 
tous  ces  faits  pour  echapper  aux  poursuites  judiciaires.  Les 
affirmations  actuelles  du  malade  ne  suffisent  evidemment  pas 
pour  rejeter  a  priori  les  troubles  anciens,  mais  nous  orientent 
peut-etre  vers  une  autre  interpretation. 

De  meme,  la  bouffee  delirante  d’Olivier  Ch.,  centree  par  ce 
fait  veritable,  l’escroquerie  de  13.000  fr.,  aux  depens  d’une 
employeuse  ;  des  documents  presentes  par  le  malade  diminuent 
singulierement  la  part  du  delire  dans  cet  etrange  roman  poli- 


624 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


cier  :  hableur  et  astucieux,  peu  scrupuleux,  legerement  hypo- 
maniaque,  le  jeune  homme  avait  eu  une  proie  facile.  Les  idees 
de  persecution  demeuraient  imprecises,  les  tendances  revendi- 
catrices  diffuses.  Rien  n’en  a  persiste,  mais  a  peine  sorti,  Oli¬ 
vier  se  trouvait  deja  lance  dans  des  aventures  non  moins 
curieuses. 

Le  trouble  de  I’humeur  et  le  desequilibre  foncier.  —  A  la  porte 
des  Asiles  s’est  close  la  phase  pittoresque.  Ce  que  l’on  a  observe, 
ce  sont  des  troubles  de  l’humeur  qui,  sauf  pour  l’enthousiaste 
et  loquace  Olivier  Ch.,  appartiennent  a  la  serie  depressive,  par- 
fois  avec  appoint  confusionnel.  Edouard  L.  s’abandonne  comple- 
tement  ;  la  mobilite  de  l’humeur,  les  tendances  impulsives,  les 
moments  d’anxiete,  l’aboulie  dominante  dictent  a  M.  de  Cleram- 
bault  un  pronostic  sombre  :  decheance  rapide,  parasitisme  pro¬ 
chain.  «  Je  n’avais  plus  d’espoir  de  me  relever  »,  nous  dit  ce 
jeune  homme.  Chez  Raymond  V.,  existait  la  conscience  d’un 
flechissement  de  l’activite,  de  l’incapacite  a  vivre  au  dehors, 
l’impossibilite  totale  de  se  ressaisir.  Le  fond  de  cet  etat  est  fait 
d’inquietude,  de  lassitude,  d’amertume  devant  la  defaite  eprou- 
vee  dans  la  lutte  pour  la  vie. 

Lorsque  nous  avons  re§u  ces  sujets,  en  Colonie  Familiale,  il 
ne  nous  restait  plus  a  apprecier  que  leur  desequilibre  primitif, 
basal,  si  l’on  peut  dire.  Ce  desequilibre  etait  d’ailleurs  chez  eux 
tres  inegal.  Notons  d’abord,  que  seul,  Edouard  (obs.  Ill)  releve 
de  la  debilite  mentale.  Les  autres  ont  fait  preuve  d’une  intelli¬ 
gence  vive  (obs.  I)  ou  tout  au  moins  normale.  Chez  le  premier 
malade,  ne  subsistaient  que  de  petits  signes  A’emotivite,  ere- 
thisme  cardiaque  et  tremblement.  Chez  les  cinq  autres  se  retrouve 
de  fafon  constante  la  mythomanie  avec  sa  vanite  puerile,  son 
besoin  de  soigner  la  presentation  exterieure,  de  plaire,  parfois  des 
tendances  revendicatrices  et  un  penchant  a  charger  l’entourage 
de  ses  echecs.  Sur  ce  terrain,  sont  nees  les  fabulations  du  chauf¬ 
feur  de  taxi,  qui  oublie  sa  voiture  ;  les  manifestations  excessives, 
theatrales,  de  dilettante  (de  Clerambault,  de  Fobs.  Ill)  ;  le 
contraste  entre  la  tenue  parfaite,  la  bonne  conduite  a  Ainay,  les 
belles  promesses  de  Fobs.  IV,  et  la  negation  immediate  de  toute 
l’attitude,  des  le  lendemain  de  la  sortie  ;  les  aventures  romanes- 
ques  du  detective  amateur  et  escroc  (obs.  VI)  ;  les  bistoires  de 
crises,  de  meningite  modifiant  le  caractere  chez  Andre  (obs.  V), 
ses  pretentions  hautaines  d’horticulteur  specialise.  Peut-on,  chez 
ce  dernier  malade,  ainsi  que  chez  les  autres  delinquants,  parler 
de  perversion  ?  II  faut  faire,  de  meme  que  pour  l’instabilite,  la 
part  des  circopstances  sociales  oil  ces  sujets  se  sont  trouves. 


SEANCE  DU  27  AVRIL  1936 


625) 


Les  circoustances  societies  et  la  phase  de  desarroi.  —  Chez  tous 
ces  sujets,  on  releve  l’inexistence  ou  le  relachement  des  liens 
familiaux  :  un  orphelin  de  pere  et  de  mere,  un  orphelin  de  pere 
avec  mere  internee,  lui-meme  separe  de  sa  femme,  un  fils  natu- 
rel  isole,  un  enfant  assiste  qui  a  perdu  des  parents  nourriciers 
attaches  a  lui.  Le  seul  qui  corresponde  avec  sa  mere,  elle-meme 
revendicatrice  et  mythomane,  n’en  recoit  que  des  directives 
facheuses. 

Dans  ces  conjonctures  familiales  desastreuses,  nos  sujets,  deja 
mis  en  etat  d’inferiorite  par  leur  desequilibre,  ont  ete  des  victi- 
mes  toutes  designees  pour  les  difficultes  actuelles  de  la  vie.  Pour 
les  desequilibres  frustes,  qui  ont  pu  franchir  sans  anicroche  le 
cap  du  service  militaire,  on  serait  tente  de  decrire  une  phase  cri¬ 
tique  post-regimentaire  (obs.  I)  :  le  service  militaire  amene  une 
rupture  dans  la  vie  du  jeune  homme,  la  necessity  de  retrouver 
une  profession,  parfois  une  crise  psychologique.  Pour  eux,  d’ail- 
leurs,  tout  comme  pour  les  exemptes  de  service,  se  produit  une 
prise  de  contact  inevitable  avec  la  vie  reelle,  le  passage  de  l’ado- 
lescence  a  l’etat  adulte. 

La  crise  economique,  depuis  1932,  a  rendu  cette  periode  par- 
ticulierement  angoissante,  les  plus  tares,  les  premiers,  devaient 
y  succomber.  A  cet  age,  ou  toute  esperance  est  ouverte,  les  echecs 
repetes  amenent  une  usure  de  l’effort,  accident  les  jeunes  gens  a 
une  situation  sans  issue.  Ils  sont,  suivant  leurs  expressions, 
«  tout  a  fait  desorientes,  desempares,  plonges  dans  le  desarroi  » . 
L’oisivete  du  chomage  ajoute  a  l’inquietude  faction  nefaste  du 
desceuvrement,  dont  M.  Courbon  a  bien  etudie  les  incidences 
hypocondriaques  chez  des  sujets  d’un  age  plus  avance. 

La  periode  de  desarroi  peut  durer  de  un  a  deux  ans,  pendant 
lesquels  l’instabilite  et  l’inquietude  realisent  un  enfoncement 
progressif  de  l’individu.  On  voit  apparaitre  la  phase  des  expe¬ 
dients,  de  caractere  souvent  delictueux  ;  en  dernier  lieu,  les 
reactions  psychopathiques  atypiques,  bizarres,  insolites,  avant 
tout  pueriles,  sur  lesquelles  nous  avons  insiste.  Pourrait-on,  en 
face  d’elles,  songer  a  la  simulation  ?  Nous  ne  le  pensons  pas. 
Elies  ne  revelent  qu’a  un  examen  tres  superflciel  un  caractere 
utilitaire.  L’hysterie,  anomalie  relative  et  conditionnelle  (Dide), 
reprend  ici  sa  place,  dans  un  nouveau  chainon  de  revolution 
humaine.  Les  tentatives  de  suicide,  les  crises  nevropathiques  ne 
sont  en  somme  que  des  manifestations  symboliques  de  l’adoles- 
cent  qui  concretise  son  recul  devant  la  vie  de  l’adulte  inaccessi¬ 
ble  pour  lui.  L’Hopital  — r  e’est  un  fait  curieux  —  n’apporte  k 
aucun  de  ces  apparents  «  petits  mentaux  »  la  sedation  necessairej 

Ann.  Med.-psych.,  XVe  sehie,  94°  annee,  t.  I.  —  Avril  1936.  40. 


626 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


c’est  qu’ils  sont  de  grands  blesses  de  la  lutte  sociale  :  seuls,  les 
murs  de  l’Asile  font  renaitre  en  eux  le  sentiment  de  securite,  la 
reprise  tres  prochaine  de  la  lutte,  tous  nous  l’ont  dit,  leur  parait 
fatalement  vouee  a  de  nouveaux  echecs.  Puis,  dans  le  milieu 
familial  neutre  des  Colonies,  ces  sujets  sentent  renaitre  l’espoir. 
Le  pronostic  lointain  demeure  conditionne  par  le  degre  de  leur 
desequilibre. 

M.  ConET.  —  J’ai  ete  tres  heureux  d’entendre  M.  Vie,  a  la  fin 
de  sa  presentation,  prononcer  le  mot,  que  j’attendais,  d’hysterie, 
a  propos  des  faits  decrits.  En  effet,  je  trouve  que  l’on  y  observe 
les  traits  essentiels  de  la  mentalite  hysterique  :  utilisation  de 
troubles  imaginaires  ou  tres  reels,  pour  obtenir,  plus  ou  moins 
inconsciemment,  un  avantage  d’interet,  d’apitoiement  ou  de 
mise  en  vedette.  Et  ceci,  chez  des  sujets  qui  se  sentent  en  etat 
d’inferiorite  sociale,  incapables  d’obtenir  ce  qu’ils  desirent  par 
le  travail,  l’intelligence  ou  la  volonte.  On  peut  constater  ici  le 
benefice  de  la  maladie. 

Cette  notion  se  trouve  confirmee  par  leur  guerison  relativement 
facile  en  colonie  agricole.  Pour  les  malades  aises,  dans  leur 
famille  ou  en  maison  de  sante,  pour  ceux  meme  qui  sont  traites 
a  l’hopital,  le  symptome  hysterique  conserve  ses  avantages  de 
mise  en  vedette  du  malade  qui  a  un  public.  Dans  le  milieu  asi- 
laire,  au  contraire,  l’hysterique  percoit  vite  qu’il  n’est  pas  inte- 
ressant  et  ne  fait  pas  grande  difficulty  pour  renoncer  a  ses  trou¬ 
bles  demonstrates,  surtout  des  que  le  malaise  reel  (episode 
depressif,  choc  emotionnel,  anxiete  de  la  subsistance,  etc.)  s  est 
efface. 

Bien  entendu,  dans  ces  cas,  on  ne  saurait  parler  de  guerison 
de  l’hysterie.  Ces  sujets  etaient  arrives  a  l’age  adulte  sans  acci¬ 
dent  anterieur.  Leur  avenir  depend  de  ce  que  la  vie  leur  reser- 
vera  comme  difficultes,  selon  qu’elles  depasseront  ou  non  leur 
limite  individuelle  de  tolerance. 

M.  Th.  Simon.  —  Je  crois  qu’en  effet,  on  ne  guerit  pas  de  tels 
sujets. 

M.  Gouriou.  —  Pendant  le  sejour  de  telles  malades  dans  inon 
service,  je  pratique  a  leur  egard  la  psychotherapie  par  la  douche 
ecossaise  usant  tantbt  de  douceur,  tantot  de  ligueur,  pour  les 
readapter  aux  conditions  changeantes  et  souvent  dures  de  la  vie. 

Mi  H.  Baruk.  —  L’hopital  et  1’asile  agissent  par  le  repos,  mate¬ 
riel  et  par  l’isolement  qui  est  un  repos  moral,  Et  cela  est  efficace 


SEANCE  DU  27  AVRIL  1936 


627 


parce  que  les  hvsteriques  sont  des  fatigues  qui  ont  besoin  de 
reparer  leurs  forces. 

M.  Rene  Charpentier.  —  L’internement  de  ces  sujets  peut 
cependant  presenter  aussi  des  inconvenients  —  et  d’abord  leur 
education  pathologique  au  contact  d’etats  morbides  qu’ils  ne 
connaissent  pas  encore. 

D’autre  part,  dans  la  categorie  de  sujets  dont  vient  de  parler 
M.  Vie,  certains  sont  seulement  des  desequilibres  paresseux  et 
amoraux.  L’internement  risque  de  creer  pour  eux  dans  l’avenir 
des  chances  d’impunite  et  de  faciliter  ainsi  des  actes  delictueux. 
II  est  necessaire  d’y  songer  avant  de  recourir  a  leur  internement. 


Folie  d’opposition  chez  un  ancien  catatonique  traumatis6 
cranien  et  tab6tique.  Contribution  a  l’etude  des  attitudes 
d’opposition  pseudo-volontaires  par  dissociation  psychique 
et  psycho-motrice.  Leurs  mecanismes  psycbo-physiologiques. 
Indications  therapeutiques,  par  MM.  H.  Baruk,  Cheneveau 
et  Alliez. 

Dans  des  etudes  precedentes  sur  le  negativisme,  l’un  de 
nous  (1)  a  montre  qu’a  cote  du  negativisme  plus  ou  mains 
inconscient  et  automatique  qui  accompagne  notamment  certains 
etats  de  stupeur  catatonique,  il  existe  chez  l’homme  un  autre 
negativisme,  accompagne  parfois  d’un  assez  riche  contenu 
psychologique  et  en  rapport  avec  des  idees  delirantes  d’oppo¬ 
sition  et  il  considerait.  qu’il  n’y  avait  pas  la  deux  types  differents 
de  maladies,  mais  bien  une  seule  maladie  a  deux  stades  diffe¬ 
rents.  Dans  un  premier  stade,  on  observe  un  etat  de  stupeur, 
1’esprit  du  malade  parait  a  peu  pres  vide  de  contenu  psycholo¬ 
gique  et  on  note  un  negativisme  quasi-automatique,  ne  laissant 
que  peu  ou  pas  de  traces  dans  la  memoire  ;  dans  un  deuxieme 
stade,  des  fragments  de  reve  apparaissant  dans  la  conscience 
moins  inhibee,  s’organisent  en  un  delire  qui  s’intrique  avec  le 
negativisme  et  quelquefois  le  commandent.  Peu  a  peu,  lorsque 
revolution  est  favorable,  le  delire  s’estompe  et  le  negativisme 
disparait  en  meme  temps  que  le  delire. 

Ces  deux  stades  apparaissent  parfois  d’une  facon  frappante,  et 

(1)  H.  Baruk.  —  L’etat  mental  an  cours  de  l’acces  catatonique.  R61e  de 
l’onirisme  et  des  idees  fixes  post-oniriques  dans  le  negativisme,  les  deli  res 
et  les  hallucinations  des  catatoniques.  Faux  aspect  de  simulation,  Etiologie 
toxique.  Ann.  medico-psych.,  mars  1934, 


SOC1ETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


1’un  de  nous  les  a  observes  notamment  dans  la  catatonie  coli- 
bacillaire  (1)  ;  mais  ils  se  retrouvent  au  corns  des  catatonies 
d’etiologie  les  plus  variees.  Nous  venons  d’en  observer  un  cas, 
que  nous  rapportons  ci-apres  : 

B.  G.  est  un  homme  age  aujourd’hui  de  46  ans.  II  nous  raconte  lui- 
merae  son  histoire  et  un  controle  pratique  a  l’aide  des  renseigne- 
ments  fournis  par  sa  famille,  et  de  documents  certains  que  nous  pos- 
sedons,  montre  en  meme  temps  que  la  parfaite  sincerite  du  malade, 
une  remarquable  conservation  des  souvenirs. 

II  est  done  ne  le  3  janvier  1890,  a  Paris.  Son  enfance  ne  presente 
rien  qui  ait  retenu  l’attention  et  specialement  aucune  maladie.  II  fait 
des  etudes  secondaires,  mais  ne  passe  pas  son  baccalaureat.  Vers 
18  ans,  il  sejourne  un  an  en  Angleterre  puis  revient  en  France  et 
travaille  comme  metreur  verificateur. 

«  J’avais,  dit-il,  une  existence  reguliere,  mais  vers  Page  de  18  ans, 
«  a  la  suite  d’un  chagrin  intime,  j’ai  contracte  une  certaine  tristesse. 
«  J’ai  ressenti  un  grand  decouragement  et  je  me  suis  engage  pour 
«  3  ans  au  T  chasseurs  a  cheval,  1909-1912.  En  1911,  j’ai  re?u  un  coup 
«  de  pied  de  cheval  sur  la  tete,  j’ai  perdu  connaissance  pendant 
«  5  minutes  et  suis  reste  8  jours  a  1’Infirmerie. 

«  J’avais  de  belles  idees,  j’ai  vu  que  celui  qui  veut  arriver  doit  tra- 
«  vailler.  Aussi,  leve  des  quatre  heures  du  matin,  je  ne  me  couchais 
«  qu’a  onze  heures  du  soir  et  j’allais  au  cours  le  dimanche.  A  tel 
«  point  que  mon  pere  trouvant  que  je  travaillais  trop  m’engagea  a  sor- 
«  tir  tous  les  samedis  soirs.  Je  le  fis  et  m’en  trouvais  bien.  » 

Au  retour  du  regiment,  il  reprend  done  son  metier  de  metreur  verifi¬ 
cateur  et  semble  avoir  ete  apprecie  par  ses  patrons,  mais  etant  «  tres 
susceptible  »,  il  ne  tolere  aucune  remarque  desobligeante  et  il  change 
souvent  d’employeur.  Il  reste  toujours  triste. 

«  J’aimais  beaucoup  la  solitude  ou  je  travaillais  beaucoup  et  je  me 
«  passionnais  pour  mon  metier  ;  quand  je  travaillais  je  n’avais  plus 
«  de  tristesse.  Aussi  j’aimais  ma  solitude,  mon  travail  et  ma  religion.  » 

«  J’etais  bien  portant,  si  on  entend  par  la  :  faire  son  travail, 
«  manger,  dormir  et  se  comporter  comme  tout  le  monde.  » 

Il  se  marie  a  24  ans,  en  1914  ;  «  mais,  dit-il,  ma  femme  etait  tres 
«  autoritaire.  Nous  avions  de  frequentes  discussions  et  nous  etions 
«  en  disaccord  » .  B.  G.  insiste  d’ailleurs  sur  son  autoritarisme  et  sa 
susceptibility  «  J’avais  beaucoup  de  volonte.  Depuis  que  j’etais  nour- 
«  risson  j’etais  tetu  et  on  a  du  m’envoyer  en  nourrice.  Avec  les  miens 
<i<  plus  tard,  j’etais  docile,  mais  des  que  j’etais  sorti  de  chez  moi,  je 
«  retrouvais  ma  volonte  de  fer.  » 

«  Au  regiment  j’avais  ete  habille  de  facon  epouvantable.  Je  1’ai 

(1)  H.  Baruk.  —  Stupeur  catatonique  par  pyelonephrite  colibacillaire. 
Ann.  medico-psychol.,  n°  5,  mai  1934. 


SEANCE  DU  27  AVRIL  1936 


629 


«  ecrit  a  mon  pere  qui  m’a  fait  faire  un  uniforme  en  drap  de  sous- 
«  ofiicier.  J’ai  obtenu  l’autorisation  de  le  porter  et  je  l’ai  toujours 
«  conserve.  »  (Le  fait  est  exact  et  B.  G.  a,  dans  son  paquetage  de  l’asi- 
le,  la  tenue  en  question). 

La  mobilisation  vint  separer  un  menage  qui  ne  demandait  qu’a  se 
desunir.  Sa  femme  partit  chez  ses  parents  et  lui  a  la  guerre.  Le  divorce 
sera  prononce  aux  torts  reciproques  en  1921. 

«  J’ai  fait  mon  service,  mais  toujours  en  proie  a  la  tristesse.  Je 
«  trouvais  toujours  des  endroits  pour  m’isoler.  J’ai  cherche  les  cau- 
«  ses  de  ma  tristesse  et  j’ai  voulu  me  rendre  gai.  J’ai  bien  regarde 
«  mon  etat  mental  et  mon  etat  physique,  je  n’ai  trouve  aucune  cause 
«  a  cette  tristesse.  Je  me  decidai  done  a  etre  gai  et  j’ai  ete  gai,  mais 
«  j’ai  ete  en  butte  a  quelques  sourires  et  j’ai  ete  repris  par  ma  tris- 
«  tesse.  » 

II  etait  a  ce  moment  dans  le  train  des  equipages  et  il  fait  une  de- 
mande  pour  passer  dans  l’infanterie.  Mais  son  frere  ayant  ete  tue  a 
la  guerre  et  son  pere  le  priant  instamment  de  rester  dans  le  train  des 
equipages,  il  obeit  et  retire  sa  demande.  II  avoue  a  cette  epoque  avoir 
contracts  une  maladie  qu’il  appelle  blennorragie. 

En  1916,  il  est  hospitalise  a  Amiens  pour  «  depression  psychique  ». 
Il  part  en  convalescence  et  au  cours  d’une  visite  medicale  pour  obte- 
nir  une  prolongation  de  conge  il  est  hospitalise  au  Val-de-Grace  ou  il 
entre  le  9  decembre  1916. 

Depuis  cette  date  il  est  reste  toujours  en  traitement  a  l’hopital  ou 
a  l’asile. 

Si  nous  faisons  le  bilan  des  signes  notes  jusqu’a  cette  epoque,  nous 
trouvons  : 

a)  Au  point  de  vue  somatique  : 

Rien  jusqu’a  21  ans. 

A  21  ans,  traumatisme  cranien  avec  perte  de  connaissance  de  cinq 
minutes  et  qui  aurait  laisse  subsister  encore  en  1915  «  une  espece  de 
depot  sanguin  au  sommet  de  la  tete  ». 

A  26  ans,  une  maladie  venerienne  mal  determinee. 

b)  Au  point  de  vue  mental  : 

Une  intelligence  normale  avec  une  memoire  excellente,  des' associa¬ 
tions  d’idees  justes,  une  imagination  sans  doute  un  peu  vagabonde  et 
un  jugement  peut-etre  un  peu  trop  rigoriste,  une  sensibilite  exageree 
avec  tendance  a  l’isolement,  susceptibilite  vive  et  tristesse  immo- 
tivee. 

Une  volonte  que  le  malade  qualifie  «  de  fer  »  mais  qui  parait  plu- 
tot  avoir  deja  pris  la  forme  de  l’entetement. 

Une  activite  cyclique  :  periodes  d’excitation  et  periodes  de  repos 
avec  repli  sur  soi-meme,  auto-examen  et  vis-a-vis  des  autres  :  vanite 
et  mefiance. 

Dans  les  antecedents  familiaux  nous  relevons  :  un  pere,  probable- 
ment  excite  constitutionnel ;  «  quand  il  dormait  cinq  heureis  par 


630  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

nuit,  c’etait  tout  »,  une  mere  soignee  en  1906  par  Dejerine,  un  frere 
tue  a  la  guerre,  mais  qui  etait  un  desequilibre,  une  soeur  morte  de 
meningite  a  27  mois,  et  une  autre  soeur  encore  actuellement  vivante 
et  normale. 

Grace  a  l’obligeance  de  M.  le  Professeur  Fribourg-Blanc,  nous  avons 
pu  prendre  connaissance  de  l’observation  de  B.  G.  lors  de  son  sejour 
au  Val-de-Grace  en  1916. 

M.  le  Docteur  Briand  qui  l’examine  a  ce  moment  note  :  depression 
melancolique,  idees  d’indignite,  douleur  morale,  besoin  d’isolement, 
delire  d’attente.  Pas  de  preoccupations  hypocondriaques,  ni  d’idees 
d’incurabilite.  Idees  secondaires  de  persecution.  Depression  consti- 
tutionnelle.  Cyclothymie.  Deux  acces  anterieurs  de  depression  sem- 
blable.  Appoint  ethylique.  Heredite  chargee. 

B.  G.  est  evacue  a  Maison-Blanche  pour  «  eviter  si  possible  l’in- 
ternement  ».  La,  il  devient  agite  et  ses  idees  de  persecution  s’accen- 
tuent  :  «  Tout  l’asile  semblait  contre  moi.  Je  me  suis  mis  en  colere  et 
j’ai  casse  quatre  carreaux.  » 

Huit  jours  apres  il  est  interne  a  Ville-Evrard,  ou  il  restera  jusqu’en 
juillet  1922,  c’est-a-dire  5  ans  et  6  mois.  Il  presente  alors  des  periodes 
de  grande  agitation  alternant  avec  des  periodes  d’accalmie.  Il  en 
conserve  le  souvenir  et  cberche  meme  a  les  expliquer  :  «  A 
Ville-Evrard  on  a  continue  a  me  tourmenter  pendant  18  mois.  On 
n’etait  pas  gentil,  l’atmosphere  n’etait  pas  sympathique.  Un  Mede- 
cin-Major  du  Ministere  est  venu  me  voir  ;  il  a  parle  au  Medecin-Chef 
et  M.  Rogues  de  Fursac  qui  etait  sec  au  debut  est  devenu  plus  aimable. 
Je  me  suis  mis  a  dessiner  et  M.  Rogues  de  Fursac  me  felicitait  de  mes 
dessins.  Mais  un  jour  il  est  parti  et  son  successeur  s’est  mis  a  me  tour¬ 
menter.  Il  me  menafait  de  me  faire  des  tourments  si  je  mangeais. 
Alors  je  n’ai  plus  mange.  » 

Effectivement,  pendant  un  an,  il  dut  etre  nourri  a  la  sonde.  Il  est 
transfere  a  St-Maurice  en  1922.  Le  Dr  Rodiet  mentionne  :  «  Idees  de 
persecution  et  de  culpabilite  avec  hallucinations  multiples,  echo  de  la 
pensee,  hallucinations  psychiques,  anxiete  et  agitation  episodique.  » 
Au  certiflcat  de  quinzaine,  le  Dr  Mignot  note  :  «  Stupeur  avec  mu- 
tisme,  negativisme,  impulsions,  refus  des  aliments.  » 

Au  meme  moment,  il  declare  a  sa  soeur  «  qu’on  lui  prend  ses  pen- 
sees,  qu’on  lui  abime  le  cerveau,  qu’il  faut  qu’il  ne  mange  pas  parce 
que  cela  lui  ferait  du  mal  s’il  mangeait  et  que  cela  attirerait  du  mal 
sur  sa  soeur  et  sur  sa  mere.  Je  suis  abruti  de  ce  qu’on  me  fait  souf- 
frir  ».  Il  etait  las  et  ecoutait  sa  soeur  sans  interroger. 

En  janvier  1923,  il  devient  agressif  et  se  plaint  des  mauvais  traite- 
ments  qu’on  lui  ferait  subir.  Il  accuse  son  medecin  de  lui  avoir  fait 
des  menaces  sur  sa  nourriture  :  «  Il  m’a  fait  la  sonde  sous  mena- 
nace  !  »  Il  ecrit  au  President  de  la  Republique  une  lettre  ou  il  expose 
ses  griefs  apres  les  avoir  longuement  etablis  dans  de  nombreux 
essais. 


SEANCE  DU  27  AVRIL  7936 


631 


En  mars  1923,  nouvelle  periode  de  mutisme  et  de  refus  d’aliments 
necessitant  la  reprise  de  la  sonde. 

Le  8  avril  1923,  au  moment  ou  on  allait  lui  passer  la  sonde,  il  se 
leve  et  dit  d’un  ton  irrite  :  «  Je  vais  voir  le  Medecin-Chef  »  et  il  se 
plaint  d’etre  place  a  cote  de  malades  bruyants  alors  qu’on  ne  lui  dit 
jamais  un  mot  :  «  C’est  par  malveillance  qu’on  me  fait  cela.  »  Il 
exige  qu’on  le  change  de  cellule.  «  J’ai  le  droit  de  ne  pas  etre 
ennuye  ».  Apres  cet  eclair  >d’ agitation  revendicatrice,  il  se  recouche 
tranquillement,  se  laisse  passer  la  sonde  sans  protester  et  retombe  dans 
son  mutisme,  ne  repondant  plus  jamais  aux  questions  qu’on  lui  pose. 

De  tout  ceci  B.  G.  se  souvient  tres  bien  «  a  ce  point,  nous  dit-il 
maintenant,  que  je  ferai  un  proces  a  l’asile,  ou  vous  serez  engage. 
C’est  le  medecin  qui  a  commence  qui  aura  la  plus  grosse  part,  mais 
je  vous  le  dis  tout  de  suite,  car  je  veux  etre  loyal  avec  vous  et  le 
proces  se  terminera  par  un  jugement.  » 

Depuis  1923,  ce  meme  etat  de  mutisme,  de  refus  d’aliments  et  de 
negativisme  persiste.  Le  malade  ne  mange  spontanement  que  de  loin 
en  loin.  Il  est  contracts,  raidi,  souvent  dans  une  attitude  en  flexion. 

En  fevrier  1932,  nouvelle  sortie  brusque  de  l’etat  de  mutisme.  Il 
fait  a  1’un  de  nous  une  declaration  qui  a  ete  rapportee  dans  une 
etude  precedente  (1)  et  dont  nous  retenons  seulement  ces  phrases  : 
«  Si  je  mangeais  cela  ferait  du  tort  aux  miens.  Je  prefere  mourir. 
aller  dans  la  tombe,  plutot  que  de  prendre  un  morce'au  de  pain.  Il  y 
a  des  choses  qu’un  honnete  homme  ne  fait  pas.  Mon  honnetete  m’em- 
peche  de  manger.  G’est  une  question  de  conscience.  Je  ne  mange  pas 
parce  que  je  suis  ici  et  que  je  ne  travaille  pas.  Si  je  travaillais,  je 
mangerais  normalement.  » 

Notons  en  passant  qu’il  donne  la  une  explication  tout  a  fait  nou¬ 
velle  de  son  refus  d’aliments. 

Pour  expliquer  sa  «  neurasthenic  »,  il  parle  de  pensees,  «  qui 
etaient  tout  a  fait  involontaires  »  et  declare  «  apres  cela  »  (cela, 
c’est  son  service  militaire)  «  c’est  une  autre  folie.  C’est  une  pensee 
qui  me  dit  qu’il  ne  faut  pas  manger  ».  «  Ma  conscience  me  dit  de 
ne  pas  manger,  c’est  volontaire,  mais  les  pensees  que  j’ai  ici  sont 
involontaires,  j’entends  faire  mon  devoir  d’une  fagon  parfaite  ». 

Le  11  octobre  1932,  B.  G.  sort  spontanement  du  mutisme  dans 
lequel  il  etait  retombe.  Il  donne  une  nouvelle  explication  de  son 
refus  d’aliments.  On  l’aurait  menace  de  choses  terribles  s’il  mangeait 
et  il  avait  obei  «  pour  qu’on  ne  puisse  pas  lui  dire  de  choses  vilai- 
nes  »  ;  mais  le  sacrifice  a  assez  dure.  Il  va  manger,  puis  brusquement 
il  annonce  qu’il  ne  dira  plus  rien,  et  effectivement  retombe  dans  son 
mutisme  et  le  refus  d’aliments. 

En  juillet  1933,  le  mutisme  est  complet.  Le  malade  ne  repond 
meme  plus  par  des  signes  de  tete,  mais  presente  de  petits  mouve- 


(1)  H.  Baruk.  —  Loco  citato. 


632 


SOCIETE  MEDICOrPSYCHOLOGIQUE 


ments  incessants  des  muscles  du  front  :  contractions  alternativement 
a  droite  et  a  gauche  du  frontal,  d’une  fagon  dissociee,  impossible  a 
realiser  a  l’etat  normal.  On  essaie  de  lui  mettre  un  porteplume  a  la 
main,  il  met  sa  main  en  hyperextension,  puis  aussitot  qu’elle  est  libre 
la  ramtoe  sous  ses  draps. 

Depuis  quelques  mois  l’etat  mental  de  B.  G.  s’est  beaucoup  ame- 
liore.  B.  G.  reste  toujours  alite,  nous  verrrons  pourquoi  plus  loin.  II 
est  toujours  tres  susceptible,  mais  il  semble  avoir  repris  coniiance 
en  son  medecin  ;  il  repond  correctement  aux  questions  qu’on  lui 
pose  et  execute  aimablement  les  mouvements  qu’on  lui  demande. 
Seul  persiste,  non  pas  le  refus  d’aliments,  mais  le  refus  d’une  alimen¬ 
tation  normale. 

«  Je  reviens  absolument  avec  mes  pensees  ordinaires  »,  nous 
declare-t-il  en  octobre  1935,  «  mes  peurs  se  dissipent.  La  crainte 
morale  imaginaire  qui  me  tourmentait  a  disparu.  C’etait  une  crainte 
religieuse.  Je  suis  tres  religieux.  J’avais  la  crainte  d’offenser  Dieu. 
Je  me  rends  compte  que  c’etait  un  scrupule  qui  n’existait  pas  et  qui 
n  a  jamais  existe.  Il  me  semblait  que  mes  pensees  n’etaient  pas  d’ac- 
cord  avec  ma  conscience.  Ces  pensees  etaient  le  resultat  d’une  ane- 
mie  cerebrale.  Je  ne  mangeais  pas  assez.  Chateaubriand  lorsqu’il 
etait  en  Angleterre  ne  mangeait  pas  assez,  avait  comme  ga,  le  matin, 
des  idees  anormales.  La  faim  am, toe  un  peu  des  hallucinations. 
C  etait  une  sorte  d’obsession.  Cette  annee  il  y  a  un  progres  enorme. 
Certainement  que  d’ici  un  temps  tres  court,  ca  ira  tout  a  fait  bien. 
J’ai  une  memoire  extraordinaire  de  tout  ce  qui  s’est  passe.  Je  me 
souviens  de  toutes  les  reflexions  que  j’entendais.  » 

—  Etait-ce  votre  pensee  a  vous  ? 

—  Pas  precisement.  J’aurais  ete  autre  part  qu’ici,  je  n’aurais  pas 
eu  ces  pensees  parce  qu’elles  sont  contraires  a  mon  esprit.  Je  passe 
mes  journees  a  penser.  Je  fais  des  reves.  J’imagine  que  je  reussirai 
Je  me  contente  de  ce  que  j’ai.  Je  vis  dans  mes  reves  la  vie  que  je 
desirerais  vivre  en  realite. 

—  Comment  vous  trouvez-vous  ici  ? 

—  J’aimerais  mieux  etre  ailleurs.  Le  temps  me  semble  long.  Ma 
famille  serait  heureuse  que  je  sois  pres  d’elle. 

Pourquoi  continuez-vous  a  ne  pas  vous  nourrir  normalement  ? 
a  SOn  Secret-  Aide'toi>  le  ciel  t’aidera.  On  m’a  passe 
1U.UU0  tors  la  sonde,  maintenant  je  marche  vers  les  20.000  !  J’atten- 
drai  d’etre  revenu  cbez  moi.  Comme  je  reviens  a  mon  etat  anterieur 
avec  les  sondes,  je  ne  vois  pas  pourquoi  changer  1 

—  Vous  menace-t-on  encore  ? 

—  Tant  que  je  serai  ici,  je  ne  serai  jamais  tranquille.  Je  ne  me 
croirai  en  securite  que  quand  je  serai  chez  moi.  C’est  un  souvenir 
malheureux  mais  que  je  garderai.  Ilya  des  choses  qui  ne  passeront 
pas  du  cote  de  mon  ooeur.  Ma  decision  est  prise  :  sondes,  tant  que  je 
serai  ici,  parce  que  M.  D.  m’a  menace.  Je  suis  un  peu  entete  •  on  m’a 


SEANCE  DU  27  AVR1L  1936 


menace  des  sondes,  je  les  garderai  jusqu’au  bout.  II  y  a  trop  long- 
lemps  que  9a  dure  pour  que  9a  cesse. 

—  Mais  si  on  vous  mena9ait  de  ne  plus  vous  donner  la  sonde,  que 
feriez-vous  ? 

—  Je  n’en  sais  rien  !  Je  sais  qu’au  regiment  je  suis  reste  longtemps 
sans  rien  prendre.  » 

L’interet  presente  par  ce  malade  est  encore  accru  par  la  coexisten¬ 
ce  d’un  syndrome  neurologique. 

Depuis  1929,  le  malade  etait  alite.  II  a  eu  quelques  cephalees  sur- 
tout  localisees  a  gauche  et  un  peu  a  droite,  aux  tempes  ;  il  n’a  jamais 
eu  de  douleurs  gastriques,  mais  declare  au  contraire  avoir  toujours 
eu  un  estomac  d’autruche,  et  on  assista  a  revolution  progressive 
d’un  tabes. 

En  1932,  les  reflexes  rotuliens  etaient  completement  abolis. 
Actuellement  l’etat  physique  est  le  suivant  : 

Station  debout  est  possible  mais  marche  difficile.  Lancement  des 
pieds  en  avant,  talonnage  —  marche  tabetique  —  acrocyanose  or- 
thostatique  —  signe  de  Romberg  positif. 

Face  :  Contractions  du  frontal  et  de  l’orbiculaire  des  Jevres.  Immo- 
bilite  du  regard.  Pas  de  paralysie  faciale.  Mouvements  des  yeux 
normaux.  Reflexes  photomoteur  et  accommodateur  normaux.  Conver¬ 
gence  bonne.  Voix  monotone.  Aucun  trouble  notable  du  cote  de 
l’odorat,  du  gout  et  de  la  vue,  sauf  que  le  malade  declare  avoir  vu  a 
certains  moments  les  objets  colores  en  rose.  Jamais  de  diplopie. 

Membres  inferieurs  :  Execution  normale  des  ordres,  force  segmen- 
taire  excellente,  mais  impossibility  de  tenir  les  jambes  soulevees  au- 
dessus  du  plan  du  lit.  Hypotonie  considerable  :  le  talon  est  facile- 
ment  porte  au  contact  de  la  fesse  et  le  genou  a  celui  du  menton. 
Ballottement  des  pieds.  Dysmetrie  dans  le  mouvement  du  talon  au 
genou.  Tendance  a  l’equinisme.  Reflexes  tendineux  achilleens  et 
rotuliens  abolis.  Reflexe  cutane  plantaire  aboli.  Legere  douleur  a  la 
pression  forte  des  masses  musculaires  du  mollet  et  a  celle  du  tendon 
d’Achille. 

Confusion  de  la  piqure  et  du  toucher  surtout  marquee  aux  jambes 
et  aux  pieds.  La  piqure  est  mieux  per9ue  que  le  contact. 

Perte  de  la  sensibilite  fine  au  frolement  dans  les  2/3  inferieurs  des 
deux  jambes  (anesthesie  en  bottes). 

Perte  de  la  notion  de  position  du  gros  orteil  dans  les  mouvements 
passivement  provoques. 

Sensibilite  a  la  chaleur  conservee. 

Membres  superieurs  :  Force  segmentaire  assez  bonne.  Reflexe  tri- 
cipital  et  bicipital  moderes. 

Ni  atrophie  musculaire,  ni  hypotonie,  ni  dysmetrie,  ni  adiadococy- 
nesie. 

Tronc  :  Dermographisme.  Reflexes  cutanes  abdominaux  normaux. 
Reflexes  cremasteriens  nuls.  Sensibilite  normale  a  la  pression  des 
testicules. 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Exctmen  des  divers  appareils  : 

Digestif  :  normal.  Foie  normal  a  la  percussion  et  a  la  palpation. 
Selles  regulieres. 

Rate  non  percutable. 

Goeur  :  souffle  a  la  fin  du  1"  bruit. 

P.  :  88. 

Tension  au  Vaquez  :  6-11. 

Poumons  :  respiration  courte  et  superficielle  sans  signe  stetha- 
coustique. 

Appareil  urinaire  normal  :  mictions  normales. 

Examens  speciaux : 

Sang  :  Bordet-Wassermann  negatif  le  20  septembre  1927. 

Liquide  cephalo-rachidien  :  albumine  :  0,70;  globulines:  Pandy  6; 
Weicbbrodt  0  ;  leucocytes  :  0,2  ;  Meinicke  :  negatif  ;  Bordet-Wasser¬ 
mann  :  negatif  (10  juillet  1933). 

En  somme,  il  s’agit  d’un  malade  a  heredite  nevropathique 
chargee,  avec  tendance  a  l’isolement,  a  l’introspection,  a  la  tris- 
tesse  et  aux  sentiments  affectifs  profonds,  ayant  eu  au  cours  de 
son  service  militaire  un  traumatisme  cranien  assez  leger,  une 
affection  venerienne  mal  definie,  et  qui  a  la  suite  des  fatigues  de 
la  guerre  a  presente  depuis  1’age  de  25  ans  un  etat  morbide 
caracterise  par  : 

1°  Au  debut,  un  syndrome  depressif  marque,  traite  en  forma¬ 
tion  hospitaliere,  mais  qui  ulterieurement  fut  accompagne  de 
quelques  reactions  violentes,  necessitant  l’internement,  au  cours 
duquel  se  developpa  un  syndrome  catatonique  ayant  dure  de  lon¬ 
gues  annees. 

Un  delire  d’opposition  avec  refus  d’aliments,  qui  subsiste 
encore  18  ans  apres  le  debut  de  la  maladie. 

Des  longues  periodes  de  mutisme  px-esque  absolu. 

2°  Un  syndrome  neurologique  de  la  serie  tabetique. 

Tous  ces  troubles  ont  evolue  vers  une  amelioration  ;  notam- 
ment  le  syndrome  catatonique  et  le  mutisme  ont  disparu,  le 
malade  ayant  recouvre  une  grande  partie  de  son  intelligence  ; 
enfin,  les  sentiments  affectifs  sont  conserves  avec  persistance 
d’un  trouble  de  la  volonte,  oriente  seulement  vers  le  refus  du 
mode  normal  d’alimentation. 

L’evolution  de  ce  syndrome  est  interessante  a  plus  d’un  titre. 

Le  malade,  pendant  plus  de  quinze  ans,  a  ete  considere  comme 
un  dement  precoce  :  debut  a  allure  schizophrenique,  periodes 
depressives  avec  tendance  a  l’isolement,  a  1’auto-observation, 
doute,  tristesse,  coupure  progressive  chez  un  sujet  a  fond  consti- 
tutionnel  pseudo-paranoiaque  :  orgueilleux,  rigide  psychique- 


SEANCE  DU  27  AVR1L  1936  635 

ment,  opiniatre,  avec  des  jugements  paralogiques  ;  apres  un 
traumatisme  cranien,  apres  les  emotions  et  fatigues  de  la  guerre, 
declanchement  d’une  periode  depressive  plus  marquee,  avec 
crises  d’agitation,  puis  etat  de  stupeur  catatonique  avec  mutisme, 
refus  d’aliments,  idees  de  persecution. 

Et  a  ces  symp tomes  s’ajoutait  une  heredite  assez  chargee  : 
pere  excite  constitutionnel,  mere  traitee  par  Dejerine,  frere  dese- 
quilibre,  une  jeune  sceur  morte  de  meningite. 

11  n’en  fallait  pas  davantage  pour  faire  poser  un  diagnostic 
de  demence  precoce,  et  ce  fut  la  conclusion  des  medecins  tres 
distingues  qui  virent  alors  le  malade. 

C’est  seulement  devolution  qui,  en  faisant  apparaitre  des 
periodes  de  calme,  des  remissions  et  meme  une  amelioration  pro¬ 
gressive  tres  nette,  a  permis  de  sonder  l’etat  mental  de  notre 
sujet  et  de  rechercher  les  causes  de  ces  troubles,  tant  psychiques 
que  somatiques.  Or,  ces  troubles  apparaissent  surtout  comme 
lies  a  une  perturbation  de  la  volonte. 

En  quoi  consiste  cette  perturbation  de  la  volonte  ? 

On  pourrait  croire  au  premier  abord  qu’il  s’agit  simplement 
d’une  attitude  systematique  d’opposition  prise  par  le  malade, 
d’un  simple  trouble  de  caractere,  en  Tin  mot  d’une  sorte  de  mau- 
vaise  volonte  a  l’egard  de  son  entourage.  On  pourrait,  en  faveur 
de  cette  maniere  de  voir,  rappeler  que  le  malade  a  toujours  pre¬ 
sente,  meme  tout  jeune,  une  tendance  a  l’entetement,  a  la  resis¬ 
tance,  qu’il  avait,  suivant  sa  propre  expression,  une  «  volonte 
de  fer  ».  En  rapprochant  ces  divers  elements,  il  semblerait  ten- 
tant  de  considerer  le  syndrome  actuel  comme  la  simple  exage- 
ration  des  tendances  constitutionnelles. 

Malgre  sa  logique  apparente,  une  telle  interpretation  ne  nous 
parait  pas  exacte,  elle  ne  cadre  ni  avec  l’etude  psychologique  un 
peu  plus  approfondie  du  malade,  ni  avec  les  donnees  de  l’exa- 
men  neurologique. 

Au  point  de  vue  psychologique,  l’aspect  volontaire  des  trou¬ 
bles  n’est  qu’une  apparence.  Cette  opposition  du  malade,  ce 
negativisme  qu’il  a  presente  autrefois,  ce  refus  d’aliments  encore 
persistant  n’est  pas  l’effet  d’une  decision  consciente  et  libre- 
ment  concertes  ;  mais  il  s’agit  la  d’une  attitude  imposee  au 
malade  malgre  lui.  11  se  sent  oblige,  comme  par  un  comman- 
dement,  ou  comme  par  une  obligation  morale,  de  refuser  de 
s’alimenter  et  de  se  faire  passer  des  sondes.  Le  malade  doit 
lutter  pour  suivre  cette  obligation  ;  parfois  meme  pousse  par  la 
faim,  il  se  laisse  aller  a  manger,  mais  bientot  le  remords  survient, 
et  de  nouveau  il  doit  s’imposer  de  «  suivre  son  devoir  »,  c’est- 
a-dire  de  refuser  de  nouveau  la  nourriture. 


636  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

II  s’agit  done  la  non  d’une  manifestation  volontaire  vraie 
representant  la  synthese  de  la  personnalite,  mais  d’une  pseudo- 
volonte  morbide,  traduisant  une  veritable  dissociation  psychi- 
que,  ou  plus  exactement  une  sorte  de  dedoublement  de  la  person¬ 
nalite.  Le  malade  a  d’ailleurs  relativement  conscience  de  la 
nature  de  ces  troubles  :  il  lui  semble,  dit-il  ;  que  ses  pensees 
ne  sont  pas  d’accord  avec  sa  conscience,  et  cette  phrase  qu’il 
nous  a  dite  est  vraiment  caracteristique  :  «  Ma  conscience  me 
dit  de  ne  pas  manger,  e’est  volontaire,  mais  les  pensees  que  j’ai 
ici  sont  involontaires,  j’entends  faire  mon  devoir  d’une  facon 
parfaite  ». 

On  saisit  ici,  sur  le  vif,  les  reactions  reciproques  des  deux 
parties  de  la  personnalite,  d’une  part  ce  qui  reste  de  conscience 
normale,  d’autre  part  la  poussee  d’elements  involontaires,  plus 
ou  moins  incoercibles.  II  n’y  a  done  pas  d’exageration  de  la 
volonte  dans  un  sens  determine,  mais  au  contraire  affaiblisse- 
ment  des  fonctions  volontaires  vraies,  avec  dislocation  de  1’unite 
psychique,  de  la  synthese.  L’entetement  et  l’opposition  sont  un 
signe  ici  de  faiblesse  et  de  dissociation  psychique. 

Cette  dissociation  apparait  d’ailleurs  non  seulement  dans  le 
comportement  psychique,  mais  encore  dans  l’etat  musculaire, 
L’attitude  du  visage  et  de  la  mimique  de  ce  malade  est,  a  ce 
point  de  vue,  du  plus  haut  inter  et.  Au  repos,  son  visage  est 
souvent  immobile,  peu  vivant,  peu  expressif.  Lorsqu’on  lui 
parle,  et  qu’il  s’anime  pour  repondre,  on  est  frappe  d’une  veri¬ 
table  asynergie  des  muscles  frontaux  d’un  cote  a  l’autre,  qui  se 
contractent  separement.  II  y  a  la  une  veritable  dissociation 
motrice  qu’il  est  impossible  de  realiser  volontairement,  et  qui 
traduit  un  manque  d’unite  et  de  coordination  dans  1’influx 
moteur  volontaire.  nous  avons  observe  a  plusieurs  reprises  ce 
signe  de  la  mimique  dans  les  etats  schizophreniques. 

Tous  ces  troubles  ne  s’expliquent  pas  seulement  par  un  fac- 
teur  constitutionnel.  Certes,  le  malade  a  des  antecedents  assez 
charges.  II  presentait  peut-etre,  comme  le  montre  son  carac- 
tere  anterieur,  une  certaine  difficulty  d’adaptation,  une  cer- 
taine  fragility  des  fonctions  volontaires,  qui  explique  non  seu¬ 
lement  son  entetement  habituel,  mais  aussi  la  sorte  de  tutelle 
exercee  sur  lui  par  son  pere.  Mais,  ces  donnees  ne  constituent 
que  des  elements  predisposants.  Le  passage  de  l’activite  psy¬ 
chique  normale  a  l’activite  dissociee  a  pu  etre  en  grande  partie 
conditionnee,  par  deux  grands  facteurs  acquis  :  d’une  part  le 
traumatisme  cranien,  d’autre  part  une  toxi-infection  du  sys- 
teme  nerveux  aboutissant  au  tabes. 


SEANCE  DU  27  AVR1L  1936 


637 


Le  role  des  traumatismes  craniens  dans  la  genese  des  troubles 
psycho-moteurs  du  type  negativisme,  catalepsie  ou  catatonie 
apparait  beaucoup  plus  important  qu’on  ne  pourrait  le  croire. 
L’un  de  nous  avec  Claude  et  Lhermitte  (1),  en  a  rapporte  des 
exemples  en  insistant  notamment  sur  les  atteintes  cellulaires 
abiotrophiques  diffuses  (encephalose)  que  l’on  peut  parfois 
observer  en  pareil  cas.  Ces  traumatismes  agissent  d’autant  plus, 
semble-t-il,  qu’ils  constituent  un  ebranlement  diffus  :  une 
lesion  localisee  est  parfois  moins  lourde  de  consequences  dans 
ce  domaine  qu’une  simple  commotion  cerebrale.  Nous  avons  ete 
frappes  en  outre  chez  les  nombreux  anciens  traumatises  cra¬ 
niens  que  nous  pouvons  observer  a  la  Maison  Nationale  de 
St-Maurice,  de  la  frequence  de  petits  syndromes  dissociatifs  a 
forme  de  negativisme,  ou  d’opposition  parfois  intense  et  gene¬ 
ralise.  II  en  etait  de  meme  chez  un  curieux  malade  egalement 
ancien  commotionne  que  l’un  de  nous  a  pu  etudier  avec  Ellen¬ 
berger,  d’abord  dans  le  service  du  D'  Crouzon  a  la  Salpetriere, 
ensuile  dans  le  service  du  Prof.  Claude  a  Sainte-Anne.  L’obser- 
vation  de  ce  malade  a  ete  publiee  in  extenso  dans  la  these  de 
notre  el&ve  Ellenberger  (2),  et  a  ete  commentee  dans  un  travail 
de  Claude  et  Corman  (3). 

Ce  malade  presentait  egalement  un  tableau  d’opposition  avec 
une  surdite  psychique  si  etrange  qu’il  avait  ete  considere  par 
divers  medecins  comme  un  simulateur.  Lui-meme  avouait  qu’il 
realisait  son  attitude,  qu’il  faisait  le  sourd,  mais  il  ajoutait 
•qu’il  realisait  tout  cela  par  ordre  malgre  lui  sous  l’empire  d’une 
force  qui  le  poussait,  et  a  laquelle  il  devait  envers  et  contre  tout 
obeir  «  comme  un  soldat  qui  a  recu  une  consigne  ».  Or,  les 
examens  speciaux  que  l’un  de  nous  avait  pu  poursuivre  avec 
divers  specialistes  chez  ce  malade  lui  avaient  montre  des  pertur¬ 
bations  physiologiques  importantes  :  troubles  des  reactions  ves- 
tibulaires  (Dr  Aubry),  elevation  enorme  de  la  chronaxie  vestibu- 
laire  (Dr  Bourguignon),  abolition  complete  du  reflexe  psychogal- 
vanique  (etudie  avec  le  Dr  Lahy) .  Il  ne  s’agissait  done  pas, 
comme  plusieurs  medecins  l’avaient  cru  au  debut,  d’une  action 
volontaire  vraie,  mais  la  aussi  d’une  attitude  morbide  imposee 

(1)  H.  Claude,  J.  Lhermitte  et  H.  Baruk.  —  Syndrome  catatonique  avec 
negativisme  unilateral,  aphasie,  troubles  pseudo-bulbaires,  perturbation  de 
la  circulation  et  de  la  nutrition  generale  par  encephalose  diffuse.  Encephale, 
n“  3,  1932. 

(2)  Ellenberger.  — -  Le  syndrome  psychpiogique  de  la  catatonie.  These, 
Paris,  1933.  . 

(3)  Claude  et  COrman.  —  Syndrome  catatonique  atypique  avec  sursimula- 
tion  chez  un  delirant  chronique.  Ann.  m&dico-psychol.,  nev,  1933,  ;p.  492. 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


par  dissociation  psychique.  D’ailleurs  devolution  a  bien  confir¬ 
ms  cette  derniere  interpretation  :  le  malade  a  presente  ensuite 
les  signes  d’une  veritable  psychose  paranoide. 

Le  role  des  traumatismes  craniens  est  encore  renforce  quahd 
il  se  combine  a  des  facteurs  toxiques  ou  toxi-infectieux  :  chez  plu- 
sieurs  de  nos  malades  (notamment  dans  le  cas  anatomoclinique 
etudie  par  l’un  de  nous  avec  Claude  et  Lhermitte),  il  s’agissait 
de  traumatismes  associes  a  l’ethylisme,  d’autrefois  a  des  intoxi¬ 
cations  digestives.  Dans  l’observation  que  nous  venons  de  rap- 
porter,  il  semble  probable  qu’il  existe  une  syphilis  en  cause,  puis- 
que  nous  trouvons  des  signes  tres  accentues  d’ataxie  tabetique. 
Notons  toutefois  que  la  reaction  de  Wassermann  reste  negative, 
et  que  l’on  constate  une  importante  dissociation  albumino-cyto- 
logique  dans  le  liquide  cephalo-rachidien.  Cependant,  nous 
n’avons  jamais  pu  mettre  en  evidence  des  signes  d’hypertension 
intra-cranienne  :  tons  les  examens  de  fond  d’ceil  sont  restes 
negatifs.  De  meme,  nous  n’avons  retrouve  aucun  signe  hemato- 
logique  susceptible  d’expliquer  une  atteinte  medullaire,  ou  des 
cordons  posterieurs  (pas  d’anemie,  etc...).  Il  semble  done  bien 
qu’il  s’agisse  d’un  tabes. 

Au  point  de  vue  therapeutique,  nous  avons  institue  chez  ce 
malade  un  traitement  specifique.  Mais  il  faut  noter  que,  meme 
avant  l’institution  de  ce  traitement,  son  etat  a  presente  une 
amelioration  notable.  Cette  amelioration  a  coincide  d’une  facon 
remarquable  avec  le  debut  de  notre  action  psychotherapique. 
Autrefois,  ce  malade  etait  vigoureusement  hostile,  renfrogne  dans 
le  mutisme  et  dans  l’hostilite  la  plus  systematique.  Son  attitude 
a  commence  de  se  modifier  a  partir  du  jour  ou  nous  nous  som- 
mes  occupes  de  lui  en  medecin  :  les  examens  neurologiques,  les 
efforts  de  reeducation  de  sa  marche,  ont  eu,  a  notre  avis,  incon- 
testablement  une  action  heureuse  sur  son  etat  mental  :  le  malade 
a  eu  l’impression  d’etre  considere  comme  un  malade  ordinaire,  et 
non  comme  un  homme  qui  se  trompe.  Nous  1’avons  ensuite 
change  de  division,  installe  dans  une  salle  plus  claire,  plus 
confortable,  eritoure  de  soins  hygieniques  d’infirmieres  atten- 
tives  et  devouees  :  de  nouveaux  progres  tres  sensibles  ont  imme- 
diatement  suivi  ce  changement,  le  malade  est  devenu  plus 
ouvert,  cause  longuement,  est  plus  en  confiance,  et  enfin,  fait 
capital,  commence  mainteriant  de  lui-meme  a  reconnaitre  que 
«  son  cerveau  est  malade  »  et  qu’il  a  besoin  de  se  soigner.  Il  lui 
reste  ehcore  toutefois  le  refus  d’aliments. 

Ces  donnees  therapeutiques  doivent  etre  tout  specialement  sbu- 
lignees  :  on  oppose  trop  souvent  tnaladies  organiques  et  mala- 


SEANCE  DU  27  AVR1L  1936 


dies  psychiques.  On  oublie  que  les  malades  cerebraux  sont  exces- 
sivement  sensibles,  et  que  les  conditions' affectives,  une  psycho- 
therapie  bien  adaptee,  peuvent  ameliorer  considerablement  leur 
etat. 

II  faut  done  combiner  ce  traitement  psychotherapique  et  le 
traitement  etiologique,  et  ne  jamais  desesperer  d’amelioration 
parfois  meme  de  guerisons  tardives  et  insoup£onnees.  Mais  le 
maniement  de  cette  psychotherapie  est  extremement  delicat  :  il 
faut  d’abord  tenir  grand  compte  des  stades  successifs  de  tels 
syndromes.  Au  debut,  dans  la  periode  active  de  la  maladie,  au 
stade  d’erethisme,  il  est  souvent  preferable  de  laisser  le  malade 
tranquille.  Les  efforts,  meme  la  sollicitude  affectueuse  peuvent 
parfois  a  ce  stade  aggraver  les  reactions  d’opposition.  Il  faut 
savoir  attendre,  mais  en  evitant  toute  parole  malencontreuse, 
toute  reflexion  blessante,  critique,  ou  ironique,  qui  peut  parfois 
laisser  dans  l’esprit  du  malade  des  blessures  profondes  et  tena- 
ces.  C’est  plus  tard,  lorsque  l’effervescence  psychique  commence 
a  se  calmer  que  l’intervention  douce  et  charitable  du  medecin 
peut  avoir  les  plus  heureux  effets.  Il  faut  toutefois  tenir  compte 
egalement  chez  notre  malade,  en  ce  qui  concerne  Famelioration 
constatee,  des  interreactions  du  syndrome*  tabetique  et  du  syn¬ 
drome  mental,  ce  dernier  ayant  semble  s’ameliorer  au  moment 
de  la  constitution  des  signes  les  plus  accuses  d’atteintes  des  cor¬ 
dons  posterieurs.  Nous  nous  bornerons  a  signaler  cette  sorte  de 
balancement  psycho-organique. 


La  seance  est  levee  a  18  h.  45. 


Le  Secretaire  des  seances, 
P.  Carrette. 


SOCIETES 


Societe  de  Neurologie  de  Paris 


Seance  da  Jeudi  2  Avril  1936 


Presidence  :  M.  TINEL,  president 


Forme  acroparesthesique  de  la  syringomyelie, 
par  MM.  J.  Lhermittb,  Bijon  et  Nemours-Augdste. 

II  s’agit  d’un  nouvel  exemple  de  cette  forme  de  syringomyelie  que  MM.  Lher- 
mitte  et  Nemours  ont  decrite  et  qui  est  caracterisee  par  1’apparition  pre- 
coce  et  presque  exclusive  de  perturbations  de  la  sensibilite  subjective  : 
engourdissement,  fourmillements  des  mains,  et  meme  sensations  intolera- 
bles  survenant  dans  la  deuxieme  moitie  de  la  nuit.  Ces  perturbations  sont 
accompagnees  de  modifications  vaso-motrices  des  extremites  :  rougeur, 
paleur,  refroidissement.  Le  mouvement  des  bras  fait  disparaitre  ces  phe- 
nomenes. 

A  cette  periode  marquee  pai’  les  perturbations  acroparesthesiques,  1’exa- 
men  objectif  ne  permet  de  relever  que  tres  peu  de  signes  caracteristiques  : 
pas  de  troubles  trophiques,  pas  de  modifications  des  reflexes,  pas  de  pare- 
sie  ;  seule  la  thermoanalgesie  se  montre  caracteristique. 

II  n’y  a  nul  doute  que  cette  forme  speciale  soit  due  a  l’envahissement  pre- 
coce  et  elective  de  la  colonne  sympathique  intermedio-laterale  de  la  moelle; 
on  en  a  la  preuve  dans  l’existence  de  modifications  objectives  que  font  appa- 
raitre  les  epreuves  des  bains  chaud  et  froid. 

Enfin,  fait  a  noter,  de  meme  que  chez  la  malade  presentee  precedemment, 
par  MM.  Lhermitte  et  Nemours,  la  radiotherapie  se  montra  d’emblee,  d’une 
remarquable  eflicacite. 

Epilepsie  extrapyramidale  avec  crises  pseudo-emotives  et  polyurie 
paroxystique.  Diagnostic  avec  les  crises  psycho-motrices  hysteriques, 
par  MM.  Baruk  et  Pommeau-Delille. 


S0C1ETES 


641 

Maladie  osseuse  de  Paget.  Installation  progressive  de  signes  de  compres¬ 
sion  medullaire  grave.  Decompression  operatoire  avec  restauration 
de  l’etat  anterieur,  par  MM.  Cl.  Vincent,  L.  Langeron,  J.  Dereux  et 
L.  Lemaitre. 

-Ces  auteurs  rapportent  l’observation  d’un  malade  atteint  de  maladie  de 
Paget,  chez  lequel  un  syndrome  de  compression  medullaire  due  a  la  malfor¬ 
mation  osseuse  fit  son  apparition. 

La  laminectomie  fit  retroceder  les  troubles  de  compression.  La  guerison 
de  ce  malade  se  maintient  stable  et  complete. 

Paraplegie  pattique.  Laminectomie.  Ponction  d’un  abces  intra-racbidien. 
Aucune  modification  de  Revolution  clinique.  Guerison  ulterieure  dans 
les  delais  normaux,  par  M.  E.  Sorrel  et  Mme  Sorrel-De.ierine . 

Syndrome  constitue  par  l’association  de  polynevrite,  de  nephrite 
et  de  crampes,  par  MM.  J.  Dereux  (de  Lille)  et  J.  Titeca  (de  Bruxelles). 

Observation  d’une  malade  qui  presente  l’association  de  trois  signes  : 
polynevrite,  nephrite  et  crampes.  MM.  J.  Dereux  et  J.  Titeicai,  discutent  1’auto- 
nomie  du  syndrome  qui  se  rapproche  de  celui  qu’ont  deerit  Wernicke  et 
Wilder  sous  le  nom  de  «  Crampaskrankheit  ». 

Le  feutrage  arachnoidien  posterieur  dans  la  maladie  de  Friedreich  et 
l’heredo-ataxie  cerebelleuse,  par  MM.  Th.  Alajouanine,  Th.  Hornet  et 
R.  Andre. 

Dans  ces  maladies  degeneratives,  les  lesions  medullaires  peuvent  deter¬ 
miner  a  la  longue  une  reaction  feutree  des  meninges. 

II  s’agit  d’un  feutrage  arachnoidien  situe  a  la  partie  posterieure  de  la 
moelle,  developpe  surtoul  dans  la  region  dorsale.  La  lesion  est  due  a  la 
proliferation  d’un  element  anatomique  preexistant,  c’est  le  ligament  pos¬ 
terieur  de  la  moelle.  Les  images  projetees,  des  coupes  seriees  de  la  moelle 
et  des  meninges,  demontrent  le  role  joue  par  ce  ligament  dans  la  genese 
du  feutrage  arachnoidien. 

II  s’agit  d’une  reaction  meningee  secondairc  aux  lesions  de  la  moelle 
et  ressemble  par  cela  aux  autres  arachnoi'dites,  publiees  anterieurement 
par  les  auteurs,  qui  concerne  des  cas  de  syringomyelie,  sclerose  en  plaques, 
poliomyelite,  tabes  et  myelite  syphilitique. 

A  propos  d’un  cas  de  cysticercose  cerebrale,  par  MM.  Monier-Vinard  etWEiL. 

L’etat  penetre  de  l’ecorce.  Contribution  a  l’etude  des  troubles  eircula- 
toires  localises  aux  diverses  couches  du  cortex,  par  MM.  Alajouanine, 
Th.  Hornet  et  R.  Thurel. 

Les  auteurs  apportent  des  documents  de  lesions  donnant  l’aspect  d’etat 
fenStre  de  l’eeorce.  L’interet  de  cette  lesion  reside  dans  sa  localisation 
stricte  dans  une  des  couches  cellulaires  du  cortex,  tantot  dans  la  2e,  tantot 
dans  la  3”,  ou  dans  la  4e,  ou  la  6®  coudhe.  Ces  lesions  apparaissent  au  cours  de 
troubles  circulatoires  du  cerveau  (hemorragies,  ramollissements).  La  loca- 

Ann.  Med.-psych.,  XV6  serie,  94a  annee,  t.  I.  —  Avril  1936.  41. 


642 


SOCIETES 


lisation  differente,  dans  une  couche  ou  dans  une  autre,  est  une  preuve  de 
I’existenee  de  troubles  circulatoires  localises  aux  divers  reseaux  des  couches 
du  cortex. 


Neuromyelite  optique  autonome,  par  MM.  Halbron,  Levigne  et  Klotz. 


Sur  un  cas  de  radiculo-nevrite  avec  hyperalbuminose  du  liquide  cephalo- 
rachidien  sans  reaction  cellulaire.  Guerison  complete,  mais  persistance 
de  l’abolition  des  reflexes  tendineux  ;  ses  consequences  pour  les 
diagnostics  d’avenir,  par  M.  Georges  Guillain. 

M.  Georges  Guillain  a  observe,  en  1930,  chez  une  femme  de  30  ans,  le 
syndrome  de  radiculo-nevrite  avec  hyperalbuminose  du  liquide  cephalo- 
rachidien  sans  reaction  cellulaire,  qu’il  a  decrit  avec  J.-A.  Barre.  La  ma- 
lade  presentait  des  signes  paralytiques  predominant  aux  extremites  a  type 
polynevritique,  des  paresthesies,  des  douleurs  a  la  pression  des  muscles, 
la  demarche  etait  ataxique,  tous  les  reflexes  tendineux  etaient  abolis,  les 
reflexes  cutanes  normaux  ;  l’examen  electrique  montra  une  hypo-excitabi- 
lite  galvanique  et  faradique  aux  membres  superieurs  et  inferieurs. 

L’examen  du  liquide  cephalo-rachidien  fit  reconnaitre  une  hyper-albumi- 
nose  a  2  gr.  40  sans  hypercytose.  La  reaction  de  Wassermann  etait  negative 
dans  le  sang  et  le  liquide  cephalo-rachidien.  Par  un  traitement  anti-infec- 
tieux  et  un  traitement  electrique,  la  guerison  fut  complete  en  quelques 
mois.  Cette  malade  reprit  sa  vie  normale,  eut  deux  grossesses  normales. 
Toutefois,  examinee  durant  cinq  annees,  on  constata  la  persistance  de  l’abo¬ 
lition  clinique  de  tous  les  reflexes  tendineux  qui,  d’ailleurs,  ne  provoquait 
aucune  gene. 

M.  Guillain  attire  specialement  l’attention  sur  cette  persistance  de  l’abo¬ 
lition  des  reflexes  tendineux.  En  effet,  que  dans  10  ans  ou  15  ans,  cette 
jeune  femme  ait  des  signes  d’hyperchlorhydrie,  des  douleurs  abdominales  en 
rapport  avec  une  ulceration  gastrique  ou  duodenale,  des  algies  rhumatis- 
males,  il  est  certain  que  tout  medecin,  meme  tres  competent,  qui  l’exa- 
minera  et  constatera  l’abolition  des  Teflexes  tendineux,  portera  le  diagnos¬ 
tic  de  tabes.  On  fera  des  ponctions  lombaires  qui  seront  negatives  ;  on 
pratiquera  des  reactions  de  Wassermann  qui  seront  negatives.  Malgre  ces 
resultats,  on  instituera  des  traitements  antisyphilitiques,  en  invoquant  une 
syphilis  hereditaire,  un  tabes  heredo-syphiiitique,  on  traitera  peut-etre 
aussi  les  enfants  innocents  de  toute  syphilis,  on  creera  un  desastre  fami¬ 
lial.  C’est  dans  le  hut  d’eviter  de  telles  erreurs  d’avenir  que  cette  simple 
observation  clinique  est  mentionnee. 

Methodes  speciales  de  traitement  de  certaines  maladies  nerveuses 
et  mentales,  par  M.  Henrique  Roxo  (de  Rio-de-Janeiro). 


M.  Leconte. 


SOCIETES 


643 


Societe  de  Medecine  legale  de  France 


Seance  dn  Eundi  20  Avril  1936 


Presidence  :  M.  LECLERCQ,  president 


Nouveau  cas  de  delinquance  repetee  et  identiquement  renouvelee, 
par  M.  E.  Gelma. 

L’auteur  rapporte  le  cas  d:un  jeune  homme  de  19  ans  qui  avait  commis, 
depuis  deux  ans,  des  vols  repetes  de  linge  de  femme  qu’il  detruisait  le  plus 
souvent.  II  ne  s’agit  pas  d’actes  de  fetichisme.  Les  delits  ont  ete  commis  a 
[’occasion  d’abus  de  boisson  et  l’inculpe  est  incapable  de  dire  dans  quel  but 
il  derobait  ces  pieces  de  vetements.  Ces  vols  repetes,  identiquement  executes, 
sont  un  exemple  des  faits  de  recidivisme  stereotype  deja  rapportes  par 
1’auteur. 


F  IU'B  O  li  RG--B  L  AN  C . 


Societe  Frangaise  de  Psychologie 


Seance  du  Jeudi  26  Mars  1936 


Presidence  :  M.  GUILLAUME,  President 


Les  relations  de  la  jalousie  et  de  l’erotomanie, 
par  MM.  Henri  Clacde  et  Daniel  Lagache. 

Le  probleme  des  relations  de  la  jalousie  et  de  l’erotomanie  est  pose  par 
leur  parente  psychologique  (ce  sont  deux  deviations  de  la  relation  amou- 
reuse  normale),  par  leur  voisinage  nosographique  ;  par  leur  exclusion 


644 


SOCIETES 


reciproque  signalee  par  Clerambault,  E.  de  Morsier  ;  par  leur  communaute 
de  signification  selon  Freud.  L’etude  phenomenologique  de  leurs  caracteres 
generaux  les  oppose  l’une  a  Pautre,  l’evidence  de-la  possession  ne  limite 
pas  ehez  le  jaloux  le  desir  d’etre  aime  ;  celui-ci,  au  contraire,  ne  limite 
pas  assez  chez  l’erotomane  le  sentiment  vecu  de  regner  sur  l’etre  dont  il 
se  croit  aime  ;  jalousie  et  erotomanie  s’excluent  en  vertu  des  prircipes 
generaux  :  1)  on  n’a  pas  ce  que  l’on  desire  et  2)  on  ne  desire  pas  ce  que 
l’on  a.  Les  faits  cliniques  confirment  cette  exclusion  reciproque,  qui  n’empe- 
che  cependant  pas  la  communaute  de  mobile,  l’une  et  l’autre  etant  a  base 
de  passivite  (besoin  d’etre  aime)  et  de  structure,  l’une  et  l’autre  se  construi- 
sant  par  projection.  C’est  ce  qui  explique  qu’elles  puissent  se  succeder  l’une 
a  l’autre,  mais  settlement  dans  un  certain  sens  :  on  ne  voit  pas  la  jalousie 
succeder  a  l’erotomanie  mais  on  peut  voir  Perotomanie  succeder  a  la  jalou¬ 
sie.  L’etude  de  deux  cas  m'ontre  que  cette  evolution  a  la  signification  d’un 
passage  du  conflit  avec  la  realite  aux  satisfactions  autistiques.  II  est  a  rap- 
procher  du  passage  classique  des  idees  de  persecution  aux  idees  de  gran¬ 
deur,  avec  lequel  il  peut  s’intriquer.  Le  plus  grand  orgueil  des  erotomanes, 
signale  par  les  cliniciens,  peut  s’interpreter  analytiquement  comme  une 
regression  plus  profonde  ou  une  fixation  narcissique  plus  intense.  Au 
point  de  vue  nosographique,  la  jalousie  est  plus  pres  de  la  paranoia,  l’ero- 
tomanie  de  la  schizophrenic. 

D.  L. 


Seance  du  Jeudi  28  Avril  1936 


Presidence  :  M.  GUILLAUME,  president 


Recidive  d’hallucinations  apres  une  hemorragie.  Conservation 
de  la  conscience,  par  MM.  Vuhpas  et  Fabre. 

L’observation  rapportee  par  MM.  Vurpas  et  Fabre.  est  un  cas  de  reappari¬ 
tion  d’hallucinations  a  la  suite  d’une  hemorragie  abondante  causee  par 
I’avulsion  d’une  dent. 

Llhistoire  du  sujet  est  la  suivante  :  dans  son  enfance  la  malade  fut 
tourmentee  par  un  etat  hiabituel  d’inquietuide  et  d’emotivite,  elle  presente 
en  somme  les  petits  troubles  de  la  psychasthenie.  Accouchement  a  vingt  ans. 
Quatre  ans  plus  tard,  hysteropexie  et,  peu  apres,  mort  de  son  enfant  a  la  suite 
d’une  diphterie  a  l’4ge  de  quatre  ans  :  gros  choc  moral  suivi  d’un  acces  de 
depression  avec  cephalee  intense,  etat  anxieux,  insomnie,  tristesse  et  pleurs, 
degout  ;  exasperation  des  troubles  a  l’epoque  des  regies.  Soignee  a  la  Salpe- 
triere  :  guerison.  Elle  demeure  en  bonne  sante  pendant  huit  ans.  A  ce 
moment,  troubles  digestifs  et  cystite.  S’agissait-il  d’une  colibacillose  ?  En 


SOCIETES 


645 


tous  cas,  reapparition  du  syndrome  depressif  (cephalee,  tristesse  et  degout, 
pleurs),  puis  rapidement  manifestations  d’accidents  nouveaux  se  traduisant 
par  des  hallucinations  visuelles  (un  homme  habille  de  noir  apparalt,  mais  la 
vision  s’evanouit  presque  aussitot  ;  elle  assiste  a  un  defile  de  rats  noirs)  ; 
puis  lorsqu’elle  va  s’endormir,  elle  sent  sia  poitrine  comprimee  et  elle  voit 
alors  a  ce  niveau  un  animal  velu,  de  couleur  brune,  sans  tete,  avec  de  lon¬ 
gues  pattes  ressemblant  a  un  crabe,  qui  l’enserre  et  dont  la  constriction 
energique  gene  la  respiration,  pas  d ’hallucination  tactile,  olfactive  ou  gus- 
tative.  Lorsqu’elle  fixe  son  hallucination  et  qu’elle  y  porte  son  attention, 
1’hallucination  disparait  aussitot.  En  somme,  deux  varietes  d’hallucinations  : 
visuelle  et  cenesthesique  essentiellement  fugitives.  La  malade  est  parfaite- 
ment  consciente  de  la  nature  pathologique  du  trouble.  Lorsqu’elle  marche, 
elle  voit  devant  ses  pas  un  grand  trou  noir  qui  l’empeche  d’avancer.  Exa¬ 
cerbation  accentuee  de  ses  desordres  au  moment  des  regies.  Soignee  a  nou¬ 
veau  a  la  Salpetriere  :  guerison  absolue  de  ces  accidents  pendants  plusieurs 
annees. 

Mais  recemment  une  hemorragie  dentaire  abondante  survient,  a  l’occa- 
sion  de  l’avulsion  d’une  dent.  Reapparition  du  syndrome  depressif 
fmste  accompagne  des  memes  hallucinations  (la  bete:  enserre  la  poitrine  du 
sujet,  l’homme  vetu  de  noir  revient  et  il  s’y  ajoute  la  vue  du  buste  d’une 
femme  brune  apparaissant  dans  l’embrasure  de  la  t  enet  re  ) .  Toujours  cons¬ 
cience  absolue  de  la  nature  morbide  des  accidents.  Ces  troubles  ballucina- 
toires  peuvent  etre  consideres  comme  dus  a  l’hemorragie,  car  ils  s’exagerent 
toujours  et  notablement  pendant  la  periode  catameniale. 

L’etat  somatique  est  caracterise  par  les  particularites  suivantes  :  troubles 
digestifs  et  vesicaux,  ayant  precede  les  hallucinations,  troubles  ovariens 
constants,  desequilibre  cardio-vaseulaire  constate  directement  et  demontre 
par  l’administration  d’epbedrine,  troubles  vaso-moteurs,  bouffees  de  chaleur, 
refroidissement  des  extremites,  retard  de  la  coagulation  du  sang,  etc... 

En  somme,  hallucinations  visuelles  et  cenesthesiques  fugaces,  tantot  hyp- 
nagogiques,  tantot  diurnes  ayec  conservation  absolue  de  la  conscience  et  de 
la  critique.  Reapparition  des  hallucinations  consecutivement  a  une  hemor¬ 
ragie,  desordres  ovariens,  dereglement  cardio-vasculaire  et  sanguin. 

On  sait  que  1’hallucination  est  un  syndrome  qui  apparalt  au  cours  des 
affections  mentales  les  plus  diverses  (alterations  organiques  et  troubles  fonc- 
tionnels  du  cerveau,  vesanies,  cecite,  etc...),  mais,  d’une  faejon  generale,  ce 
trouble  repond  a  un  etat  de  meiopragie  cerebrale  dont  la  depression  sanguine 
due  k  l’hemorragie,  semble,  dans  ce  cas,  avoir  ete  la  cause. 


L.  R. 


646 


SOCIETES 


Societe  de  Medecine  Mentale  de  Belgique 


Seance  du  28  Mars  1936 


Presidence  :  M.  G.  VERMEYLEN,  president 


Psychoses  et  cecite,  par  MM.  Heernu  et  Baudoux. 

Presentation  de  deux  malades  atteintes  de  cecite  et  qui  ont  presente  un 
syndrome  dementiel  avec  idees  delirantes  et  hallucinations,  visuelles  dans 
un  cas,  auditives  dans  l’autre.  La  senilite  est  probablement  un  des  elements 
etiologiques  de  ces  troubles,  mais  la  cecite  parait  egalement  jouer  un  role 
important  chez  la  malade  atteinte  d’hallucinations  visuelles.  La  relation 
entre  la  nature  des  hallucinations  et  une  lesion  decelable  est  interessante  a 
etudier  ;  les  hallucinations  paraissent  etre  ici  une  compensation  de  la  cecite. 
On  peut  penser  a  l’hyperendoscopie  decrite  par  Claude. 

Vitamines  C  et  troubles  mentaux,  par  MM.  Vermeylen  et  Heernu. 

L’acide  ascorbique  est  un  reducteur  et  un  catalyseur.  II  est  surtout 
apporte  a  I’homme  par  les  fruits  et  les  legumes.  II  existe  une  courbe  sai- 
sonniere  de  sa  production  chez  les  animaux.  Diverses  observations  (trou¬ 
bles  du  caractere  chez  des  collegiens  nourris  de  conserves-reactions  de 
cobayes  avitamines,  et  qui  deviennent  anorexiques  et  apathiques  par  exem- 
ple),  ont  attire  l’attention  sur  les  carences  et  surtout  les  precarences  et  sur 
le  role  qu’elles  pourraient  avoir  dans  la  genese  de  certains  troubles  de 
l’activite  mentale. 

Les  auteurs  ont  recherche  le  taux  de  la  vitamine  C  dans  le  liquide 
cephalo-rachidien  des  melancoliques.  II  y  est  nettement  inferieur  a  celui 
du  liquide  d’autres  malades.  Lorsqu’on  ameliore  1’etat  de  ces  melancoliques 
par  un  traitement  au  dinitrophenol,  le  taux  de  l’acide  ascorbique  du  liquide 
cephalo-rachidien  augmente.  L’administration  d’acide  ascorbique  aux  melan¬ 
coliques  ne  modifie  pas  le  taux  de  cette  vitamine  dans  le  liquide.  II  semble 
qu’il  s’agisse  de  manque  d’assimilation  cellulaire  et  de  precarence. 

Epilepsie  post-malariatherapique,  par  MM.  Alexander  et  J.  Titeca. 

Presentation  de  deux  malades  :  il  s’agit  de  paralytiques  generaux  dont 
1’etat  s’ameliora  partiellement  par  la  malariatherapie  et  qui,  en  meme 
temps  qu’evoluait  une  decheance  intellectuelle  progressive,  furent  atteints 
de  crises  epileptiformes  et  de  divers  equivalents  comitiaux. 


SOCIETES 


647 


Relation  du  cas  de  trois  autres  malades  dont  l’un  n’eut  qu’une  crise  epi- 
leptiforme  typique,  sans  aucun  signe  de  demence. 

La  pathogenic  de  ces  crises  a  ete  expliquee  par  diverses  theories  ;  l’epi- 
lepsie  serait  due  a  une  malaria  larvee,  a  1’allergisation  de  la  syphilis  cere- 
brale  prenant  le  caractere  tertiaire,  a  l’existence  de  cicatrices  cortico-menin- 
gees,  ou  a  des  ictus  ordinaires  de  la  paralysie  generale. 

J.  Le.y. 


Groupement  Beige  d’Etudes  Oto-neuro-ophtalmologiques 
et  Neuro-chirurgicales 


Seance  du  28  Mars  1936 


Presidence  :  M.  CHEVAL,  president 


Nouvelle  observation  de  myoclonies  velo-palato-linguales  et  des  globes 
oculaires,  par  MM.  Helsmooktel  et  L.  Van  Bogaert. 

Projection  d’un  film  cinematographique  montrant  nettement,  chez  un 
sujet  atteint  d’arteriosclerose  et  d’atrophie  corticale  cerebelleuse  diffuse, 
un  gros  syndrome  cerebelleux  bilateral,  et  surtout,  des  mouvements  myo- 
cloniques  transversaux  de  la  langue. 

Etude  anatomique  d’un  cas  de  myoclonies  velo-palato-linguales  et  des 
globes  oculaires,  par  M.  E.  De  Savitsch. 

Ce  sont  surtout  les  regions  du  noyau  dentele,  du  noyau  rouge  et  de 
l’olive,  ainsi  que  leurs  connexions,  qui  sont  atteints  de  lesions  caracteris- 
tiques.  II  existe  en  outre  des  lesions  additionnelles  nombreuses.  Projections 
de  figures  schematiques  et  de  microphotographies. 

La  duree  de  la  perception  osseuse  dans  l’audition,  parM.  G.  Hicguet. 

La  duree  de  perception  d’un  diapason  place  sur  la  mastoi'de  peimet  le 
diagnostic  differentiel  entre  les  surdites  de  transmission  (oreille  moyenne) 
et  les  surdites  de  perception  (cochleaire) .  C’est  l’epreuve  de  Schwabach.  On 
se  sert  du  diapason  128  V.D.  et  la  duree  est  de  20  secondes.  G’est  ce  qui 
est  le  plus  generalement  admis.  Cependant,  ces  chiffres  peuvent  varier  sui- 
vant  les  auteurs. 


648 


SOCIETES 


En  realite,  la  duree  de  perception  osseuse  est  de  45”  suivant  le  temps  qui 
s’ecoule  entre  la  mise  en  vibration  du  diapason  et  le  moment  ou  on  place 
le  pied  du  diapason  sur  la  miastoi'de. 

La  premiere  perception  serait  de  20”,  les  suivantes  de  10  environ.  On 
peut  proceder  a  cette  epreuve  de  differentes  fagons,  soit  en  reappliquant  sur 
la  mastoide  le  diapason  qui  a  cesse  d’etre  entendii,  soit  en  le  plagant  la 
premiere  fois  immediatement  sur  la  mastoide  et  les  fois  suivantes  en  lais- 
sant  chaque  fois  s’ecouler  la  limite  de  temps  au  bout  de  laquelle  il  a  cesse 
d’etre  pergu. 

Ces  experiences  constantes  chez  le  meme  individu  varient  d’un  individu 
a  l’autre,  meme  normal.  L’explicatipn  du  phenomene  reside  dans  le  fait 
de  la  fatigabilite  auditive  par  voie  osseuse  :  elle  est  due  aux  muscles  de 
l’etrier  et  du  marteau,  tout  comme  le  relaehement  du  muscle  de  1’etrier 
(paralysie  faciale),  provoque  de  l’hyperacousie  douloureuse.  Pratiquement, 
il  y  a  lieu  de  tenir  compte  de  cette  fatigabilite  auditive  pour  eviter  des 
erreurs  de  diagnostic. 

Un  cas  d’hypotonie  traumatique  de  l’artere  centrale  de  la  retine, 
parM.  H.  Coppez. 

L’auteur  presente  une  femme  de  24  ans,  qui  a  ete  victime  d’un  accident 
en  novembre  1935.  Contusion  du  crane  avec  arrachement  du  cuir  chevelu 
a  la  region  parietale.  Actuellement  on  constate,  outre  des  signes  de  syn¬ 
drome  commotionnel,  des  contractures  cloniques  du  muscle  droit  interne 
gauche,  de  1’hypotonie  de  1’artere  centrale  de  la  retine  (20),  avec  circula¬ 
tion  generate  normale  ;  un  reflexe  oculo-cardiaque  positif  (22-17),  avec 
tendance  lipothymique  et  vertiges.  Ces  vertiges  consistent  essentiellement 
en  une  tendance  a  la  chute  en  arriere  ou  a  droite.  L’epreuve  de  Kobrak- 
Hautant  declanche,  aussi  bien  a  l’oreille  droite  qu’a  l’oreille  gauche,  une 
chute  vers  la  droite  alors  que  1’orientation  du  nystagmus  est  normale. 

Il  semble  bien  que  l’on  ait  affaire  a  un  dereglement  vago-sympathique 
accompagne  de  reflexes  conditionnels  (chute)  d’origine  nevrosique. 

Les  affections  chirurgicales  para-hypophysaires  a  symptomatologie 
Clinique  uniquement  ophtalmologique,  par  M.  P.  Martin. 

Relation  d’une  serie  de  cas  dans  lesquels  il  existait  des  lesions  attei- 
gnant  de  plus  ou  moins  pres  le  chiasma.  Une  disposition  particuliere  de 
l’artere  cerebrale  anterieure  —  qui  presente  de  frequentes  anomalies  — 
peut  provoquer  des  troubles  visuels  et  faire  croire  a  l’existence  d’une 
tumeur.  Le  chiasma  lui-meme  se  presente  sous  divers  aspects  qui  peuvent 
expliquer  la  production  de  troubles  oculaires.  La  tumeur  peut  egalement 
etre  une  lesion  isolee  du  nerf  optique  lui-meme.  Certains  gliomes  du  nerf 
peuvent  realiser  un  aspect  de  papille  de  stase. 


ANALYSES 


LIVRES,  THESES,  BROCHURES 


PSYCHOLOOIE 

De  Faction  A  la  pens6e,  par  W.  Malgacd.  1  vol.  in-8",  331  pages,  Felix  Alcan, 

edit.,  Paris  1935. 

Le  titre,  dans  sa  concision,  resume  le  livre  :  a  la  base  de  la  vie  psychique 
se  trouve  Faction  ;  'Involution  du  psychisme  se  poursuit  par  etapes  succes- 
sives  de  Paction  a  la  pensee. 

L’aetion  est  d’abord  instinctive.  L’element  essentiel,  la  «  piece  centrale  » 
de  l’instinct  est  le  «  senti  »,  qui,  «  d’une  part  regoit  les  excitations  sen- 
sibles  du  dehors  et,  d’autre  part,  provoque  les  reactions  motrices  ».  L’ins¬ 
tinct  apparait  ainsi  comme  un  transformateur  conscient  qui,  d’unc  excita¬ 
tion  lumineuse,  tactile,  sonore  on  autre,  fait,  sortir  un,  mouvement.  Ce  n’est 
pas  encore  la  connaissance  au  sens  intellectuel  du  mot,  l’etat  de  conscience 
que  comporte  le  phenomene  restant  purement  aft'ectif.  C’est  une  «  quasi- 
connaissance  ».  Le  developpement  du  psychisme  vers  la  connaissance  pro- 
prement  dite  continue,  en  s’appuyant  toujours  sur  la  perception  des  mou- 
vements  du  corps  et  des  sensations  qu’ils  determinent,  notamment  sur  les 
variations  de  la  coenesthesie.  C’est  ainsi  que  du  mouvement'  nait  l’idee  de 
forme,  car  tout  mouvement  possede  une  forme  et  chaque  geste  dessine  une 
«  figure  ».  Nous  acquerons  1’idee  d’un  objet  exterieur  par  les  mouvements 
que  nous  executons  pour  explorer  cet  objet.  Puis,  intervient  le  jeu  complexe 
des  impressions  exterieures  fournies  par  les  differents  sens  et  les  mouve¬ 
ments  qui  les  accompagnent. 

Nous  arrivons  ainsi  a  «  l’acte  capital  »,  «  decisif  »,  du  psychisme  qui 
nous  permet  de  decouvrir  «  ce  qu’il  y  a  dans  les  formes,  d’y  mettre  un 
contenu,  de  faire  de  la  forme  une  chose  »,  et  de  parvenir,  par  l’interpreta- 
tion  des  donnees  sensibles,  a  la  connaissance. 

Toute  cette  evolution,  dont  ie  terme  rinal  est  la  pensee,  s’est  effectuee 
sur  la  base  de  notre  organisme  et  des  modifications  dont  il  est  le  siege. 

«  Nous  pensons  avec  notre  corps  ;  notre  corps  est  ce  qui  pense  et  ce  qui 
est  pense. 

«  II  est  ce  qui  pense.  Bati  pour  agir,  il  en  arrive  a  controler  son  action, 
a  la  ralentir  pour  l’etaler  sous  nos  yeux  dans  ses  attitudes  successives  », 


650 


ANALYSES 


et  l’on  doit  voir  «  dans  ce  travail  de  l’arret  et  du  mouvement  lent  les  ope¬ 
rations  memes  de  l’analyse  et  de  la  synthese  psychologique.  » 

«  II  est  ce  qui  est  pense.  L’ensemble  de  la  donnee  sensible,  fondue  a  tout 
moment  dans  une  impression  unique,  fournit  a  la  conscience  un  premier 
contenu,  le  senti,  connaissance  directe  qui  se  suffit  a  elle-meme.  Les  memes 
donnees  sensibles  admettent  apres  cela  une  interpretation  differente  ;  au 
lieu  de  les  eprouver  dans  leur  cenesthesie,  on  peut  les  distinguer,  les  defi- 
nir  qualitativement  1’une  par  l’autre  en  termes  de  sensations.  Nous  entrons 
ainsi  dans  la  connaissance  veritable  ;  les  sensations  sont  la  matiere  de  tou- 
tes  nos  idees.  Mais  definir  les  sensations  comme  qualites  n’est  qu’un  debut. 
Nous  les  interpretons,  nous  en  composons  des  ensembles  et  le  premier  de 
ces  ensembles  est  notre  corps.  Les  sensations  de  mouvement  et  de  position 
nous  donnent  l’idee  de  notre  mouvement,  compris  dans  sa  figure,  et  par  la 
1’idee  de  notre  etre  materiel  et  de  son  action.  Toutes  nos  sensations  et 
toute  notre  conscience  sont  ordonnees  desormais  autour  de  cette  idee  cen- 
trale.  Tout  le  contenu  de  notre  conscience  se  presente  comme  le  fait  de 
notre  etre  en  chair  et  en  os.  Nous  n’irons  pas  au  dela.  En  vain  formons-nous 
le  projet  de  connaitre  en  outre  le  monde  exterieur  ;  nous  sommes  victime 
d’une  illusion,  nous  prenons  pour  une  chose  le  double  de  nous-meme  que 
nous  mettons  dans  les  apparences,  nous  croyons  deviner  la  nature  du  monde 
alors  que  c’est  la  notre  que  nous  interrogeons.  Notre  corps  est  le  seul  objet 
de  notre  pensee.  » 

Cette  conception  du  psychisme,  essentiellement  biologique,  doit  interesser 
les  psychiatres.  Son  application  a  l’etude  des  psychoses,  plus  particuliere- 
ment  de  celles  ou  dominent  les  troubles  de  la  ceenesthesie  et  de  la  sensibilite 
motrice  (psychoses  paranoides  et  psychose  hallucinatoire  chronique),  pcurra 
se  montrer  feconde. 

J.  Rogues  de  Fuesac. 


Le  Cycle  de  l’lnconscient,  par  Emile  Lubac.  1  vol.  in-8°,  191  pages,  Felix  Alcan, 
edit.,  Paris  1935. 

Travail  de  philosophie  pure,  qui  fait  suite  a  deux  etudes  precedentes  du 
meme  auteur  (Les  Niveaux  de  conscience  et  d’inconscient  et  leurs  inter¬ 
communications,  Alcan,  1929  ;  les  dimensions  du  temps,  correspondant  a 
l’expansion  de  la  vie  de  l’esprit  dans  l’inconscient.  Revue  phiiosophique, 
1931).  —  A  signaler  comme  susceptibles  d’interesser  les  psychiatres,  des  don¬ 
nees  nouvelles  et  des  considerations  originales  sur  la  memoire  et  sur  le  reve. 


J.  Rogues  de  Fursac. 


ANALYSES 


651 


JOURNAUX  ET  REVUES 


PSYCHIATRIE 


Psychopathologie  collective,  par  H.  Claude.  Le  Progres  Medical,  n«  13, 
pp.  530-537,  30  mars  1935. 

Les  psychoses  collectives  suivent  les  lois  d’hetero-suggestion  et  de  conta¬ 
gion  mentale  observees  quotidiennement  dans  les  variations  d’opinions  et 
de  passions  des  foules.  Les  sujets  se  divisent  en  deux  categories,  les  deli- 
rants  actifs,  inducteurs  et  les  passifs,  induits.  Ces  derniers,  beaucoup  plus 
nombreux,  subissent  l’impulsion  d’un  petit  groupe  ou  meme  d’un  seul  indi- 
vidu.  En  clinique  courante,  on  observe  le  delire  a  deux,  dont  le  professeur 
Claude  rapporte  quelques  exemples.  L’internement  et  la  separation  s’im- 
posent. 

P.  Carrette. 


L’actualite  et  les  psychoses,  par  J.  Levy-Valensi.  L’ Avenir  Medical.  XXXII' 
annee,  n»  1,  pp.  7-11,  janvier  1935. 

L’avenir  dira  si  la  detresse  de  l’epoque  presente  a  multiplie  les  psychoses 
et  les  suicides.  Elle  puise  largement  dans  les  delires  progressifs  et  dans  les 
episodes  aigus  des  confus,  des  agites  et  des  melancoliques.  Dans  les  periodes 
de  cataclysmes,  les  caracteristiques  de  la  psychologie  des  foules  s’exaspe- 
rent.  La  suggestibility,  la  mythomanie,  l’irritabilite,  1’autoritarisme  abou- 
tissent  a  des  explosions  parfois  dramatiques.  M.  Levy-Valcnsi  ajoute  que 
1’inconscient  collectif  «  ressuscite  chez  le  civilise  1’homme  ...des  annees 
instinctives  de  l’humanite  ».  L’evasion  du  schizoide  lui  inspire  des  delires 
metaboliqiies.  II  existe  toujours  ce  que  M.  Wahl  appelle  des  «  delires 
archaiques  »,  mais  dans  la  majorite  des  cas  les  themes  psychopathiques 
sont  empruntes  a  l’actualite  immediate. 

P.  Carrette. 


Psychiatric  hindoue  ancienne.  (Altindische  Psychiatrie),  par  B.  F.  G.  Muller. 

Monatsschrift  fur  Psychiatrie  und  Neurologie.  Vol.  92,  4,  1935. 

L’auteur  essaie  de  degager,  d’apres  la  litterature  hindoue  ancienne,  les 
notions  sur  les  maladies  mentales,  repandues  chez  les  vieilles  populations 
aryennes  de  l’Inde.  On  y  rencontre  de  bonne  heure,  a  cote  de  l’influence  de 
la  mythologie  aryenne  primitive,  celles  venues  des  cultures  asiatiques,  et 
surtout  de  la  culture  mediterraneenne.  Comme  detail  interessant,  on  peut 
noter  la  connaissance  du  role  de  l’hyperpnee  dans  la  production  des  crises 
epileptiques. 


E.  Bauer. 


652 


ANALYSES 


La  notion  devolution  et  les  rapports  de  la  mentalite  primitive  avec  la 
psyehopathologie,  par  P.  Rubenovitch.  L’evolution  psychiatrique,  fasc.  2, 
pp.  77-94,  1935. 

La  decouverte  ehez  un  individu  d’une  forme  de  pensee  rappelant  la  men¬ 
talite  dite  primitive  n’impliquerait  pas  necessairement  un  5tat  de  regres¬ 
sion.  M.  Rubenovitch  montre  qu’il  faut  d’abord  replacer  le  sujet  dans  son 
milieu.  On  observe  alors  que  la  singularity  ne  provient  pas  du  caractere 
prelogique.  Si  le  terme  de  regression  est  employe,  il  designera  le  simple 
retour  a  un  stade  psychique  infantile.  Les  vestiges  de  la  pensee  primitive 
existent  chez  l’adulte  normal  et  la  regression  s’applique  a  la  valeur  quan¬ 
titative  des  facteurs  psychologiques,  non  pas  a  leur  valeur  qualitative. 

P.  Carrette. 

Politiques  morbides  de  la  maladie,  par  M.  Montassut.  L’  evolution  psychia¬ 
trique,  fasc.  2,  pp.  45-76,  1935. 

Excellente  analyse  de  l’attitude  des  ddsequilibres  inadaptes  sociaux  et  de 
la  therapeutique  qui  leur  convient.  II  est  en  effet  habituel  de  trouver  chez 
certains  sujets  paranoiaques  un  refuge  dans  la  maladie,  qui  vise  a  «  l’ex- 
plication  »  et  a  «  l’excuse  de  la  carence  sociale  »,  une  tendance  a  1’offensive 
destinee  a  manager  le  «  prestige  individual  »  et  un  besoin  de  «  gouver- 
nement  du  milieu  ».  M.  Montassut  s’attache  a  dissocier  les  symptomes 
physiques  du  comportement.  II  faut  cependant  tenir  compte  de  notre  igno¬ 
rance  des  repercussions  exactes  des  troubles  somatiques  sur  l’equilibre 
humoral  et  neuro-vegetatif,  et  siecondairement  sur  l’emotivite.  L’exipli- 
cation  qui  parait  logique,  des  attitudes  et  des  troubles  du  caractere  au  cours 
des  psychonevroses,  est  maintes  fois  mise  en  defaut  quand  le  medecin  veut 
bien  se  contenter  d’observer  les  fails  sans  y  ajouter  un  besoin  d’interpreta- 
tion  qui  risque  d’emprunter  davantage  a  son  propre  fonds  qu’a  celui  du 
malade. 

P.  Carrette. 

Etudes  experimentales  sur  la  suggestibilite  dans  les  troubles  mentaux 
(Experimental  Studies  of  Suggestibility  in  Mental  Disturbances),  parC.  G.  Ing- 
varssok  et  S.  J.  Lindberg.  Acta  Psychiatrica  et  Neurologica.  T.  X  ;  fasc.  1-2,. 
Copenhague,  1935. 

La  methode  de  Binet-Henri  par  l’appreciation  de  sensations  olfactives 
est  employee  pour  fixer  la  suggestibility  dans  les  troubles  mentaux.  Elle 
permet  de  reconnaitre  avec  precision  ce  que  la  clinique  nous  apprend  :  la 
suggestibilite  du  debile,  de  l’hysterique,  du  dement  est  tres.  superieure  a  la 
moyenne  des  sujets  non  atteints  de  troubles  mentaux,  tandis  que  l’asth5- 
nique  et  le  schizophrene  sont  moins  suggestibles. 

P.  Carrette. 

Versification  psychopathique  (Versificacion  psicopatica),  par  F.  Gorriti.  La- 
Semana  Medica ,  n°  2138,  pp.  58-61,  3  janvier  1935. 

La  production  poetique  des  alienes  prend  les  formes  exactement  adaptees: 
a  leurs  psychoses.  L’automatisme  mental  et  la  facilite  de  l’excitation  ma- 
niaque  produisent  une  versification  sans  poesie,  avec  des  repetitions  et  un 


ANALYSES 


653 

souci  presque  exclusif:  des.  rimes.  Quand  ces  manifestations  sont  sympto- 
-matiqueS  de  paralysie  generale,  leu?,  valeur  s’.abaisse  encore.  Toutefois,  on 
connait  des  -  fornies  d’exaltation  contenue  qui  permettent  des  realisations 
intbressantes.  Elies  s’associent  avec  des  cas  de  mediumnite.  Le  symbolisme 
plus  pousse,  a  froid,  caracterise  la  production  poetique  des  schizophrenes. 
II  rejoint  par  des  transitions  insensibles  les  precedes  d’expression  tres 
personnels  de  certaines  ecoles  artistiques. 

:  ■  ,  P.  Carrette. 


Delire  d’lmagination  et  Mythomanie,  par  Luisce  Levi.  Rassegna  di  Studi 
Psichiatrici,  fevrier  1935. 

L’auteur  montre,  a  la  faveur  d’exemples  cliniques,  que  dans  la  patho- 
vjnie  du  delire  d’imagination,  il  y  a  a  la  base  une  constitution  hystero- 
paranoide,  a  laquelle  s’ajoutent  des  elements  confusionnels  epileptoides  et 
un  appoint  suggestif  hysterbide.  Le  ' delire  ainsi  constitu^  tend  a  realiser  le 
desir  subconscient  du  sujet,  et  par  consequent  il  repond  a  line  «  volonte 
de  maladie  ».  Il  est  alors  presque  impossible  de  differencier  nettement 
la  part  du  delire  et  celle  du  mensonge  volontaire.  Un  mecanisme  analogue 
a  celui  du  delire  mythomaniaque  a  probablement  donne  lieu  aux  mythes 
des  peuples  primitifs. 

P.  Abely. 

Remarques  sur  l’analgesie  hysterique,  par  Quercy  et  Hedouin.  Societe  de 
medecine  et  de  chirurgie  de  Bordeaux,  seance  du  20  decembre  1934.  Gazette 
hebdomadaire  des  sciences  medicates  de  Bordeaux,  n*  7,  17  fevrier  1935. 

L’embarras  des  auteurs  justifie  le  notre.  Nous  ne  pouvons  que  citer  leur 
explication  de  l’anesthesie  hysterique  :  «  Une  analgesie  qui  n’est  ni  psychi- 
que,  ni  pseudo,  ni  illusoire,  qui  ne  parait  pas  due  aux  causes  psychiques 
habituellement  invoquees,  qui  ne  parait  pas  rattachable  au  desordre  de 
telle  fonction  ou  de  telle  region  de  l’encephale,  dont  la  physiologie  nous 
echappe,  qui  coincide  etroitement  (sans  que  nous  puissions  preciser  davan- 
tage)  avec  une  affection  nerveuse,  et  qu’il  n’y  a  aucun  inconvenient  a  appe- 
ler  :  hysterique  ».  P-  Carrette. 

Etude  Clinique  sur  la  question  des  phobies,  par  M.  Shaschter  (de  Bucarest). 
II  Cervello,  juillet  1935,  p.  231  a  239. 

Bref  article  en  frangais,  dont  l’interet  reside  dans  quelques  observations 
de  syphilophobie. 

Henri  Ey. 

Note  sur  l’illusion  des  amputes,  par  Quercy  et  de  Boucaud.  Gazette  hebdo¬ 
madaire  des  Sciences  Medicates  de  Bordeaux,  n°  1,  Ojanvier  1935. 

L’illusion  des  amputes  serait  d’origine  centrale  et  meme  corticale.  A 
l’appui  de  cette  assertion  les  auteurs  citent  des  faits  dont  l’interet  depasse 
ceux  qui  sont  communement  rapportes.  Il  ne  s’agit  plus  de  sensations  de 
localisation,  de  douleurs  et  de  paresthesies,  mais  d’halliicinations  psycho- 
motrices  et  d’evocation,  de  resurrection  des  souvenirs ;  sensitifs  immediate- 
ment  anterieurs  a  l’amputation.  P.  Carrette. 


654 


ANALYSES 


Desequilibre  vago-sympathique  dans  les  maladies  mentales  (Desequllibrio 
vago-sympathico  nas  doencas  mentales),  par  Henrique  Roxo.  Revista  de  Neu- 
rologia  e  Psychialria  de  Sao  Paulo.  T.  I,  n°  2,  pp.  131-141,  janvier-mars,  1935. 

L’auteur  constate  le  desequilibre  neuro-vegetatif  des  psyehopathes.  Aux 
signes  cliniques,  il  ajoute  les  epreuves  pharmacodynamiques  et  la  recherche 
du  reflexe  oculo-cardiaque,  qu’il  considere  comme  un  test  sur.  II  groupe 
la  psychose  maniaque-depressive,  l’epilepsie  et  les  tendances  aux  toxico- 
manies,  qui  donnent  generalement  un  reflexe  positif.  Au  contraire,  on 
trouve  frequemment  un  reflexe  inverse  dans  la  schizophrenic,  les  psychas- 
thenies  et  les  etats  d’involution  arterio-sclereux. 

P.  Carrette. 

Sur  quelques  cas  de  psychoses  de  la  dengue.  Contribution  a  l’etude  Clini¬ 
que  des  psychoses  infectieuses,  par  Nic  M.  Arcalides.  «  Elliniki  latriki  ». 
N1-  9,  septembre  1935.  Salonique. 

Apres  une  courte  revue  des  progres  recents  de  la  psychiatrie,  en  parti- 
eulier  de  ceux  qui  concernent  1’etiologie  des  psychoses,  M.  N.  M.  Arcalides 
rappelle  l’historique  des  troubles  psychiques  observes  au  cours  de  la  dengue. 
II  rapporte  5  cas  personnels  de  psychoses  a  la  suite  de  cette  maladie  infec- 
tieuse,  cas  suivis  par  lui  a  l’hopital  psychiatrique  Dromokaition  d’Athenes. 
De  ces  cas,  deux  concernent  des  syndromes  de  confusion  mentale,  deux 
autres  des  etats  de  psychose  maniaque-depressive,  le  cinquieme  malade 
fut  atteint  de  manie  aigue  avec  crises  epileptiformes.  A  1 ’exception  d’un 
cas  (delire  febrile),  les  troubles  psychiques  sont  apparus  entre  le  26  et  le 
20'  jour  de  la  convalescence,  apres  1’apyrexie  complete.  L’auteur  analyse 
chacun  de  ces  cas  et  discute  le  diagnostic  differentiel,  surtout  au  point  de 
vue  etiologique.  Excluant  de  leur  genese  toute  autre  etiologie,  que  celle  de 
la  dengue,  il  insiste  sur  ce  fait  qu’aucun  autre  facteur  etiologique,  en  par¬ 
ticular  aucun  facteur  congenital  (heredite,  predisposition,  constitution,  etc.) 
ne  peut  etre  considere  comme  ayant  contribue  a  l’apparition  des  deux  syn¬ 
dromes  maniaco-melancoliques  ni  de  la  manie  aigue,  de  sorte  que  la  den¬ 
gue  aurait  agi  ici  comme  cause  provocatrice.  M.  Arcalides  conclut  que,  non  seu- 
lement  la  confusion  mentale,  mais  d’autres  syndromes  psychiques,  peuvent 
se  manifester  a  la  suite  d’infections,  en  l’absence  de  causes  congenitales, 
et  que  ces  dernieres  ne  constituent  pas  toujours  la  pierre  de  touche  pour 
l’apparition  des  maladies  mentales.  Le  facteur  infectieux  et  toxique,  peut, 
a  lui  seul,  provoquer  des  troubles  mentaux  consideres  en  general  surtout 
comme  psychogenes. 

Kouretas. 

Gertaines  particularites  des  debuts  aigus  dans  la  schizophrenie,  par  J.  J. 
Rosenblum  et  B.  S.  Guesselsox  (Sovietskaia  Psychonevrologuia,  T.  XI,  n»  1, 1935). 

L’auteur  rapporte  les  resultats  de  remarques  faites  sur  20  cas  de  schi¬ 
zophrenic  a  debut  aigu,  presentant  de  nombreuses  analogies  avec  le  type 
exogene  de  reaction  de  Bonhoeffer.  Les  traits  caracteristiques  de  cette 
forme  sont  figures  par  des  troubles  du  raisonnement  et  les  changements 
de  sensation  du  «  moi  ».  L’auteur  conclut  a  l’existence  d’une  forme  de 
schizophrenie  ayant  un  debut  aigu  et  rappelant  le  tableau  des  psychoses 


ANALYSES 


655 


symptomatiques  sans  infection  a  l’origine.  Elle  peut  donner  des  remis¬ 
sions  rapides  et  prolongees,  mais  en  definitive  .evolue  vers  la  cbronicite.  Le 
facteur  toxique  semble  jouer  dans  cette  forme  un  role  plus  important  que 
dans  d’autres  formes  de  schizophrenic. 

Fribourg-Blanc. 


Syndrome  schizophrenique  exogene  (Ein  schizophrenes  Syndrom  mit  exo- 
generGenese),  par  Gunnar  Lindquist.  Acta  Psychiatrica  et  Neurologica,  X,  1-2, 
1935,  Copenhague. 

Un  malade,  atteint  de  parkinsonisme  traumatique,  presente,  a  la  suite 
d’une  cure  atropinique,  des  troubles  psychiques  aux  caracteres  suivants  : 
courte  phase  confusionnelle  onirique  d’abord,  ensuite,  en  meme  temps  que 
^orientation  se  retablit,  hallucinations  auditives,  vol  et  echo  de  la  pensee, 
idees  d’influence,  idees  de  transformation,  interpretations  delirantes  ;  cette 
deuxieme  phase  dure  environ  trois  mois  et  se  termine  par  la  guerison 
complete.  L’anamnese  n’a  revele  aucune  heredite  psychopathique,  par  contre, 
une  heredite  tuherculeuse  ;  quelques  traits  schizothymes  ont  ete  rencontres 
dans  les  antecedents  psychiques. 

E.  Bauer. 

Schizophrenias  exogenes  et  composantes  «  symptomatiques  »  des  schizo¬ 
phrenias  idiopathiques  (Exogene  Schizophrenien  und  die  symptomatischen 
Bestandteile  bei  den  genuinen  [idiopathischen]  Schizophrenien),  par 
K.  Leonhard.  Monatsschrift  far  Psychiatrie  und  Neurologie,  91,  5/6,  1935. 

Les  psychoses  exogenes  realisent  des  aspects  cliniques  tout  a  fait  sembla- 
bles  a  ceux  des  phases  aigues  de  la  schizophrenic.  L’auteur  le  montre  a 
l’aide  de  trois  exemples  cliniques  :  deux  psychoses  puerperales,  une  psy- 
chose  consecutive  a  une  ovariectomie.  Les  malades  presentment  d’abord  un 
syndrome  amentiel  typique,  ensuite  un  etat  schizophrenique  de  plus  en  plus 
caracterise,  pour  aboutir  en  fin  de  compte  a  la  guerison  complete.  Les  cas  de 
cet  ordre  sont  d’ailleurs  frequents  ;  ils  ne  supposent,  ainsi  que  le  prouvent 
les  antecedents  dans  les  exemples  cites,  aucune  predisposition  hereditaire 
ni  constitution  schizoide.  Seule  revolution  permet  de  faire  le  diagnostic 
differential  entre  une  psychose  exogene  d’aspect  schizophrenique  et  une 
schizophrenic  aigue  vraie.  Celle-ci,  qu’elle  ait  ete  declanchee  par  une  cause 
exogene  comm  il  arrive  souvent,  ou  qu’elle  ait  debute  spontanement,  evo- 
lue  toujours  vers  un  etat  de  deficit  mental  caracteristique,  specifique  de  la 
schizophrenic,  car  les  psychoses  exogenes  sont  incapables  de  la  realise!'. 
Ainsi  1’auteur  est  amene  a  distinguer,  dans  la  schizophrenic,  entre  les  symp- 
tomes  essentiels,  specifiques  :  ce  sont  les  signes  de  deficit  intellectuel,  et  les 
symptomes  non  essentiels,  reversibles,  de  nature  toxique  probablement, 
pouvant  etre  realises  par  des  psychoses  autres  que  la  schizophrenie.  II  rap- 
pelle  a  ce  sujet  les  idees  de  Hoche  concernant  la  paralysie  generale,  ou  il 
convient  de  distinguer  les  signes  «  axiaux  »,  specifiques  de  la  maladie,  dus 
aux  lesions  destructrices,  et  les  signes  «  periphej-iques  »  (Randsymptome), 
reversibles,  en  rapport  avec  des  lesions  toxiques,  et  rencontres  egalement 
dans  les  syndromes  pseudo-paralytiques. 


E.  Bauer. 


656 


ANALYSES 


Sur  l’influence  des  processus  focaux  du  cerveau  sur  le  tableau  de  la 
schizophrenic,  par  J.  Dretler.  Rocznick  Psychiatrycny,  T.  XXV,  1935, 
p.  135-148. 

En  soulignant  1’interet  theorique  de  l’associatiori  de  plusieurs  maladies 
mentales  chez  le  meme  sujet,  l’auteur  rapporte  1’analyse  de  11  cas  de  schizo¬ 
phrenie  indubitable,  compliquee  de  tumeur  cerebrale.  L’evolution  clinique 
demontre  que  la  tumeur  influence,  dans  la  plupart  des  cas,  le  processus 
c  schizopln-enique,  de  telle,  sorte  que  les  cas  de  longue  duree  changent  la 
«  ligne  generale  »  de  la  personnalite  et  revelent  une  syntonisation'  progres¬ 
sive  du  malade  qui  devient  de  plus  en  plus  calme,  moins  autiste  et  montre 
une  vie  affective  de  plus  en  plus  normale.  Les  tumeurs  a  expansion  rapide 
evoquent  les  syndromes  confusionnels  sous  lesquel.s  s’efface,  de  plus  en  plus, 
la  schizophrenie.  Le  processus  schizophrenique  lui-meme  n’a  pas  de  valeur 
pour  le  tableau  clinique  de  la  double  maladie.  Les  hallucinations  auditives 
disparaissent  dans  la  plupart  des  cas.  Parfois  on  a  pu  observer  l’eclosion 
d’hallucinations  en  rapport  avec  des  processus  focaux.  Le  mecanisme  de 
cette  differenciation  des  phenomenes  hallucinatoires,  quoique  interessant 
du  point  de  vue  theorique,  ne  peut  pas  etre  resolu  d’une  maniere  satisfai- 
sante-  Fribourg-Bi,anc. 

La  question  de  l’etiologie  et  de  la  pathogenie  de  la  schizophrenie  (Zur 
Frage  der  Atiologie  und  Pathogenese  der  Schizophrenie),  par  Torsten  Lindner 
(de  Stockholm).  Zeitsch.  f.  d.  ges.  Nemo  und  Psych.,  Tome  CXLVI,  p.  781  a 

L’auteur  declare  d’abord  que,  malgre  les  recherches  d’histopathologie 
cerebrale  entreprises,  nous  n’avons  pas  encore  de  connaissances  positives 
sur  la  nature  de  «  cette  maladie  ».  Placard  la  notion  sur  le  terrain  oh 
eHe  s’est  instituee,  apres  Kriepelin  et  avec  Kretschmer  en  Allemagne,  il  se 
demande  si  et  dans  quelle  mesure  les  facteurs  toxi-infectieux  ne  font 
qu’activer  le  developpement  d’un  processus  oonstitutionnel  (endogene).  Des 
lors,  se  pose  egalement  la  question  de  savoir  si  cette  predisposition  ne 
serait  pas  autre  chose  qu’une  sensibiilisation  generale  a  des  facteurs  toxi- 
infectieux  ?  II  est  bien  certain  que  pour  si  interessantes  que  soient  les 
reflexions  de  I’auteur  sur  les  eomposantes  endocriniennes  de  cette  predis¬ 
position  aux  infections  et  notamment  a  la  tuberculose,  le  probleme  pose 
sous  cette  forme  trop  generale  et  sans  examen  critique  prealable  de  la 
notion  de  la  delimitation  et  de  la  valeur  nosographique  de  «  la  schizpr- 
phrenie  »  ne  risque  guere  d’etre  elucide  par  ce  travail.  Bibliographic  ou 
figurent  a  peu  pres  exclusivement  les  precedents  travaux  de  l’auteur. 

Henri  Ev. 

La  constitution  morphologique  des  schizophrenes  en  rapport  avec  les 
manifestations  psychopathologiques  et  avec  leur  etiopathogenese.  La 
costituzione  morfologica  degli  scliizofrenia  in  rapporto  aile  manifestazioni 
psicopatologiche  e  alia  loro  etiopatogenesi),  par  Carmelo  Ventra  (Nocera 
inferiore).  Archivio  generale  di  Neurologia,  psychiatria  et  psicoanalisi, 
octobre  1935,  p.  381  a  388. 

Depuis  que  nous  lisons  des  travaux  sur  la  typologie,  nous  sommes  habi¬ 
tues  aux  exposes  prodigieusement  detailles  de  mensurations,  de  chiffres  et 


ANALYSES 


657. 


de  moyennes,  mais  Je  present  memoire  parait  etre  un  record.  II  n’y  a  pas 
moins  de  27  tableaux  numeriques,  dont  certains  comportent  30  colonnes 
de  50  chiffres.  Les  recherches  out  porte  sur  360  sehizophrenes  (215  honun.es 
et  145  femmes).  II  n’existe  pas  chez  ]es  sehizophrenes  de  type  unique.  Les 
longitypes  ont  predomine,  ce  qui  verifie  l’opinion  de  Kretschmer,  d’autant 
plus  que  les  statistiques  de  l’auteur  ont  porte  sur  «  l’homo  mediterraneus  » 
et  non  sur  «  l’homo  nordicus  ».  Naturellement,  il  y  a  eu  aussi  des  bra- 
chytypes  et  des  types  intermediaires  produits  de  la  combinaison  des  deux 
autres.  Le  reserrement  constant  du  premier  et  du  dernier  arc  thoraeique, 
plus  marque  chez  les  hebepheno-catatoniques,  ont  determine  par  la  loi 
constitutionnaliste  des  correlations  transversales,  une  meiopragie  des  som- 
mets  pulmonaires,  du  foie,  de  l’estomac,  des  surrenales,  de  l’intestin,  etc. 
Les  brachytypes  sont  plus  frequents  chez  les  dements  paranoides.  Telles 
sont  les  constatations  de  fait  auxquelles  aboutit  l’auteur  de  ce  monumental 
travail  de  patience. 


Henri  Ey. 


Les  differences  sexuelles  dactylographiques  chez  les  sehizophrenes 
(Dactylographische  Geschlechts  unterschiede  der  Schizophrenen),  p:  r 
H.  Poll.  Monatsschrift  fur  Psychiatrie  und  Neurologie,  Vol.  91,  fasc.  2,  1935. 

Les  impressions  digitales  ont  ete  etudiees  par  l’auteur  chez  des  sujets 
normaux  et  chez  des  sehizophrenes,  a  l’aide  d’une  technique  speciale.  Les 
resultats  sont  representes  par  une  courbe  dactylographique  (Dactylodia- 
gramm),  qui  presente,  chez  les  sujets  normaux,  des  differences  caracteristi- 
ques  entre  les  2  sexes.  Or,  ces  caracteres  distinctifs  ont  tendance  a  s’effacer 
chez  les  sehizophrenes.  II  est  permis  de  rapprocher  ces  constatations  do 
certains  faits  cliniques  et  therapeutiques  :  apparition  relativement  frequente 
de  caracteres  sexuels  opposes  au  cours  de  la  schizophrenic,  notamment  chez 
les  femmes  ;  action,  dans  certains  cas,  d’une  therapeutique  hormonale. 

E.  Bauer. 


De  l’influence  du  processus  sur  le  caractere  dans  la  schizophrenic  a  evo¬ 
lution  benigne  (Uber  den  Einfluss  des  Prozesses  auf  den  Charakter  bei  mild 
verlaufenden  Schizophrenien),  par  B.-D.  Friedmann  (Moscou).  Zeitsch.  /'.  d. 
ges.  Neuro.  und  Psych.,  Tome  CXLVI,  p.  712  a  719. 

Le  but  de  ce  travail  est  de  poser  quelques  questions  embarrassanteis  a 
Kretschmer.  Comment  oo  nee  voir  l’apparition  d’un  etat  schizophirenique 
chez  des  individus  non  schizoides  ?  L’element  schizo'ide  est-il  toujours 
obligatoire  ?  Si  oui,  quel  role  joue-t-il  dans  l’etablissement  du  processus 
schizophrenique  ?  La  schizophrenic  se  developpe-t-elle  h  partir  de  ces  ele¬ 
ments  constitutionnels  ou  jouent-ils  seuleirient  le  rdle  d’indicateurs  ?  Est- 
il  possible  de  se  satisfaire  d’une  explication  qui  invOque  une  autre  consti¬ 
tution?  Peut-etre  devons-nous  etudier  certains  troubles  et  notamment  .  la 
non-affectivite  par  le  processus  schizophrenique  lui-meme  ? 

Henri  Ey. 

Ann.  M^d. -psych.,  XV6  serie,  94'  annee,  t.  I.  —  Avril  1936.  42. 


658 


ANALYSES 


Contribution  au  probleme  des  pseudo-hallucinations  dans  la  schizophrenia 
et  de  leurs  rapports  avec  la  constitution  eidetique  (Zur  Frage  der  Pseu- 
dohalluzinationen  bei  der  Schizophrenie  und  ihrer  Beziehungen  zur  eidetis- 
chen  Anlage),  par  G.  Pisk.  Monatsschrift  fur  Psychiatrie  und  Neurologie,  Vo). 
92,  3,  1935. 

Chez  la  malade  decrite  par  l’auteur,  une  constitution  eidetique  particulie- 
rement  nette  a  ete  manifeste  depuis  l’enfance.  Peu  a  peu,  elle  a  pris  un 
caractere  penible,  obsedant,  des  pseudo-hallucinations  visuelles  de  plus  en 
plus  intenses  se  sont  produites.  La  malade  est  hospitalisee  avec  un  syn¬ 
drome  anxieux  intense  determine  par  les  troubles  hallucinatoires,  mais  au 
bout  de  quelque  temps  le  tableau  clinique  se  transforme  et  cede  la  place 
a  un  etat  de  schizophrenie  catatonique  typique.  Cette  observation  souleve 
plusieurs  problemes  :  rapports  entre  les  pseudo-hallucinations  visuelles  et 
la  constitution  eidetique,  influence  pathoplastique  de  la  constitution  eide¬ 
tique  sur  la  psychose,  debut  du  processus  pathologique,  qui  se  place  a 
l’epoque  oil  la  malade  a  commence  a  ressenti'r  sa  constitution  eidetique 
comme  un  phenomene  penible,  morbide. 


E.  Bauer. 


Contribution  au  problems  de  la  schizophrenie  greffee  (Beitrag  zum 
Problem  der  Pfropfschizophrenie),  par  H.  Katzemfuss.  Archives  Suisses  de 
Neurologie  et  de  Psychiatrie,  XXXV,  2,  1935. 

L’opinion  classique,  que  la  schizophrenie  evolue  souvent  sur  un  terrain 
de  debilite  mentale,  est  loin  d’etre  partagee  par  tous  les  auteurs.  Les  sta- 
tistiques  sur  la  «  schizophrenie  greffee  »  varient  d’ailleurs  entre  4  0/0  et 
44  0/0  de  la  totalite  des  cas.  Bumke,  Maier-Gross  estiment  qu’elle  est 
rare  ;  Neustadt  a  nie  son  existence.  L’importance  de  ces  divergences  d’opi- 
nion  s’explique  en  partie  par  les  divergences  doctrinales  quant  k  la  nature 
et  aux  limites  de  la  schizophrenie  en  general,  et  quant  au  probleme  des 
•psychoses  de  la  debilite  qui  a  ete  souleve  encore  recemment  par  Horst. 

L’auteur  a  etudie  le  probleme  dans  une  population  d’asile,  en  ne  consi- 
derant  que  les  cas  dans  lesquels  le  diagnostic  de  schizophrenie  avait  ete 
confirme  par  1’evolution  et  une  observation  prolongee.  II  a  observe 
72  schizophrenics  greffees  sur  des  etats  d’indigence  congenitale,  soil 
11,1  0/0  de  l’ensemble  des  schizophrenics.  II  rapporte  sommairement 
60  observations  et  insiste  sur  les  particularites  symptomatiques  et  evolu- 
tives,  peu  importantes  d’ailleurs.  Le  tableau  clinique  est  relativement  pau- 
vre,  plus  simple,  mais  les  symptomes  sont  aussi  plus  marques,  plus  nets. 
L’evolution  est  plus  grave,  les  remissions  sont  rares  et  de  courte  duree. 
L’indigence  intellectuelle  n’a  avec  la  schizophrenie  greffee  sur  elle  que  des 
rapports  pathoplastiques,  mais  aucun  rapport  pathogenique.  11  s’agit 
d’une  association  morbide  due  au  hasard. 

L’auteur  insiste  egalement  sur  la  valeur  de  l’epreuve  de  Rorschach  qui 
permet  de  discriminer  entre  les  elements  oligophreniques  et  schizophreni- 
ques  et  de  trancher  les  cas  douteux. 


E.  Bauer. 


ANALYSES 


De  l’apparition  de  tableaux  cliniques  schizophreniques  dans  la  paralysie 
g6nerale  et  leur  importance  (Das  Vorkommen  von  schizophrenenBildern  bei 
der  progressiven  Paralyse  und  deren  Bedeutung),  par  I.  Somogyi  et  L.-V. 
Angyal  (de  Budapest).  Zeitsch.  f.  d.  g.  Neuro.  und  Psych.,  Tome  CXLVI, 
p.  145  a  166. 

De  1’etude  de  quatre  observations,  les  auteurs  proposent  de  tirer  les 
conclusions  suivantes  :  II  peut  s’agir  parfois  de  coincidences  (Rath  et 
Somogyi).  D’autres  fois,  le  processus  paralytique  joue  un  r61e  incontestable 
dans  le  determinisme  de  ces  syndromes  schizophreniques.  Dans  ce  dernier, 
car  il  faut  signaler  trois  eventualites  :  tantot  le  processus  paralytique 
spontane  ou  modifie  par  la  malaria  produit  un  etat  schizophrenique.  Tan¬ 
tot  chez  un  individu  ayant  deja  presente  une  bouffee  schizophrenique,  le 
processus  paralytique  le  deelenche  a  nouveau.  Tantot  enfin  le  processus 
paralytique  doit  etre  rendu  responsable  du  developpement  d’une  schizo¬ 
phrenic  endogene,  qui  evolue  parallelement  a  la  paralysie  generale.  Mal- 
gre  ces  conclusions  un  peu  artificielles,  le  travail  est  interessant  par  ses 
observations  et  sa  documentation. 

Henri  Ey. 


Les  paralytiques  generaux  avant  et  apres  le  traitement  malarique  (Pro¬ 
gressive  Paralytiker  von  und  mach  der  Malaria  betraiidlung),  par  M.  Weis- 
sfeld  (Moscou).  Zeitsch.  f.  d.  g.  Neuro.  und  Psych.,  Tome  CXLVI,  p.  661  a 
691. 


L’auteur  a  soigneusement  etudie  le  fond  mental  des  paralytiques  gene¬ 
raux  avant  et  apres  la  malariatherapie.  Les  recherches  ont  porte  sur  29  ma- 
lades.  II  rapporte  les  resultats  de  ses  epreuves  d’exploration  des  capacites 
psychiques.  Celles-ci  ont  augmente  de  plus  de  10  %,  au  moins,  dans  le 
pourcentage  des  cas  suivants  :  capacites  mnesiques  (56  %),  d’observation 
(31  %),  d’attention  (13  %),  de  construction  (47  %),  de  calcul  (50  %),  d’aeti- 
vite  ideique  (57  %),  d’intelligence  (27  %),  de  rapidite  (30  %),  de  jugement 
moral  (9  %),  d’ecriture  et  d’activite  motrice  (17  %).  Le  travail  s’acheve  par 
des  considerations  interessantes  sur  la  comparaison  des  remissions  thera- 
peutiques  et  les  remissions  spontanees  dont  il  donne  les  pourcentages  anciens 
de  1888  a  1924. 


Henri  Ey. 


La  paralysie  generale  des  tabetiques,  par  A.  Sezary  et  H.  Gallot.  La  Presse 
Medicale,  n°  13,  pp.  241-243,  13  fevrier  1935. 

Pour  MM.  Sezary  et  Gallot,  il  n’y  a  que  tres  rarement  coexistence  de  tabes 
et  de  paralysie  generale.  Les  signes  medullaires  des  deux  affections  se  res- 
semblent  au  debut  et  ce  que  1’on  observe  plus  souvent,  c’est  1’evolution 
d’une  paralysie  generale,  d’une  syphilis  cerebrale  diffuse  plutot  de  la  variety 
lente  attenuee  avec  troubles  sensoriels  et  quelques  signes  de  la  serie  tabe- 
tique.  Le  tabes  est  une  forme  de  desordre  nerveux  moins  profond,  moins 
rapidement  destructeur  que  la  paralysie  generale.  Le  serum  des  tabetiques 
ne  pourrait-il  etre  injecte  utilement  aux  paralytiques  pour  ralentir  devo¬ 
lution  du  mal  et  preparer  le  terrain  aux  therapeutiques  actuelles  ? 

P.  Carrette. 


ANALYSES 


Les  troubles  psychiques  dans  les  tumeurs  cerebrales,  par  W.  Sterling. 
Rocznik  Psychiatryczny ,  T.  XXV,  1935,  p.  54-65. 

L’auteur,  dont  l’experience  personnelle  se  base  sur  66  cas  de  tumeurs 
cerebrales  (45  cas  avec  troubles  mentaux)  distingue,  a  cote  des  troubles 
psychiques  elementaires  (troubles  de  la  perception,  de  la  memoire,  apathie, 
indolence,  hallucinations,  etc.),  les  troubles  psychiques  speciaux,  plus 
compliques,  se  rapprochant  plus  ou  moins  des  syndromes  psychopathiques 
bien  connus.  Comme  elements  transitoires,  entre  les  troubles  psychiques 
elementaires  et  les  troubles  psychiques  speciaux,  il  a  observe  des  troubles 
episodiques  representant  des  alterations  profondes  de  Forfentation  lies 
aux  etats  delirants.  En  analysant  le  syndrome  de  Korsakow,  comme  le 
representant  le  plus  important  et  le  plus  caractferistique  des  troubles  psychi¬ 
ques  speciaux,  il  discute  le  probleme  de  la  desorientation. 

II  analyse  ensuite  les  alterations  cerebrales  au  cours  des  tumeurs  de 
Fencephale  en  mettant  en  evidence  leur  caractere,  non  seulement  topogra- 
phique,  mais  surtout  diffus,  ce  qui  rend  la  valeur  localisatrice  des  troubles 
psychiques  accompagnant  les  tumeurs  cerebrales  tres  restreinte  et  bien 
problematique.  Les  troubles  psychiques  elementaires  et  les  syndromes 
mentaux  plus  compliques  dependent  de  l’importance  de  ces  alterations  dif¬ 
fuses,  de  leur  localisation  secondaire  et  surtout  de  la  constitution  heredi- 
taire  du  cerveau. 

Friboubg-Blanc. 

Sur  la  valeur  localisatrice  et  sur  la  pathogenie  des  troubles  psychiques 
au  cours  des  tumeurs  cerebrales,  par  J.  Rothfeld.  Rocznik  Psychjairyczny, 
T.  XXV,  1935,  p.  66-92. 

Se  basant  sur  198  cas  de  tumeurs  cerebrales,  dont  55  avec  troubles  psychi¬ 
ques,  Fauteur  conclut  que  ce  sont  les  coefficients  toxiques  qui  jouent  le  role 
principal  dans  la  pathogenie  des  troubles  mentaux  :  toxines  produites  par 
les  neoplasmes  provoquant  inflammation  et  cedeme,  alteration  du  Iiquide 
cephalo-rachidien...  Ce  sont  done  des  facteurs  generaux,  dont  Faction  est 
independante  de  la  localisation  des  tumeurs,  qui  donnent  naissance  aux 
troubles  psychiques.  II  s’ensuit  que  toute  conclusion  tiree  des  troubles 
psychiques  au  cours  des  tumeurs  cerebrales  et  concernant  la  localisation 
est  illicite.  Les  troubles  psychiques  au  cours  des  tumeurs  cerebrales  doivent 
etre  consideres  comme  symptome  general  et  non  local. 

Fribourg-Blanc. 

Les  perturbations  psychiques  chez  les  blesses  du  cr&ne,  par  J.  Nelken. 
Rocznik  Psychiatryczny,  T.  XXV,  1935,  p.  149-160. 

En  rappelant  Fimmense  litterature  relative  aux  blessures  de  guerre  de 
la  tete  par  coup  de  feu,  Fauteur  etudie  les  coups  de  feu  a  la  tete  par  tenta¬ 
tive  de  suicide.  Il  s’occupe  specialement  de  Fetat  d’amnesie  retrograde,  de 
l’affaiblissement  psychique  terminal,  de"  l’epilepsie  et  des  idees  de  persecu- 

Dix  cas  de  coup  de  feu  a  la  tete  servent  de  base  aux  conclusions  de 
Fauteur. 

Il  existe  toujours  un  trouble  de  la  conscience.  Le  choc  des  operations 
chirurgicales  du  crane  joue  un  role  dans  les  troubles  observes.  L’amnesie 


ANALYSES 


retrograde  survint  dans  3  sur  7  cas  de  lesion  du  cerveau.  L’auteur  s’attache 
particulierement  aux  perturbations  tonctionnelles  qui,  dans  certains  cas, 
depassent  meme  les  troubles  organiques.  La  lesion  organiquc  du  cerveau 
cree  dans  ces  cas  des  conditions  favorables  aux  troubles  de  la  conscience. 

De  Fanalyse  de  divers  cas  cliniqUes,  N  el  ken  tire  la  conclusion  que  l’amne- 
sie  differe  suivant  les  victimes  d’u  n  meme  drame  (suicide  a  deux)  et  qu’elle 
n’est  pas  seulement  fonction  de  la  lesion  anatomique  du  cerveau.  L’auteur 
se  refere  aux  symptomes  denommes  la  triade  de  Neustadt  :  perte  du  tonus 
psychique,  —  trouble  de  la  perception  et  de  la  memoire,  —  troubles  affectifs. 
La  lesion  organique  peut  provoquer  des  mecanismes  semblables  a  ceux  de 
l’hysterie. 

En  general  les  troubles  du  caractere  qui  surviennent  apres  un  coup  de  feu 
au  cerveau  rappellent  ceux  de  1’epilepsie,  quoique  aucun  des  cas  rapportes 
ne  s’accompagnat  d’attaque  d’epilepsie  ni  d’equivalents.  La  litterature 
demontre  que  1’experience  de  la  guerre  a  tres  peu  eclairci  l’etiologie  de 
1’epilepsie  et  sa  therapeutique.  Un  erysipele  de  la  tSte,  survenu  dans  un 
des  cas,  influa  d’une  maniere  favorable  sur  l’etat  general  du  malade,  mais 
n’eut  aucune  influence  sur  les  lesions  organiques  causees  par  le  coup  de  feu. 
Les  idees  de  persecution  se  manifesterent  dans  3  cas  sur  10.  Les  idees  de 
grandeur  resultaient  de  ia  disposition  affective  anterieure. 

Fribourg-Blanc. 

De  l’amnesie,  suite  de  blessure  du  cr&ne  par  arme  a  feu,  par  J.  Handelsman 
et  J.  Nelken  (Warszawskie  Czasopismo  Lekarskie,  T.  XII,  n»  19  du 
16  mai  1935). 

En  complement  d’une  etude  anterieure  de  J.  Nelken  sur  l’origine  de  l’am¬ 
nesie  retrograde  faisant  suite  aux  blessures  de  la  tete  par  arme  a  feu  dans 
le  suicide,  les  auteurs  rapportent  l’observation  d’un  aliene  schizophrene 
qui,  blesse  a  la  tSte  par  sa  fiancee  d’une  balle  penetrante,  ne  presenta 
aucune  amnesie  retro  ou  anterograde.  A  la  suite  de  cette  blessure,  1’etat 
psychique  du  malade  s’ameliora  et  la  guerison  pratique  fut  obtenue.  L’ab- 
sence  d’amnesie  pourrait  etre  attribuee  a  l’absence  de  troubles  catathymi- 
ques  en  rapport  avec  la  blessure  de  l’encephale. 

Fribourg-Blanc. 

Nouvelle  contribution  k  l’etude  du  syndrome  interparietal  dans  les  mala¬ 
dies  mentales  (Weitere  Bertrage  zun  Lehre  von  interparietal  en  Syndrom 
bei  Geistes  krank  heiten),  par  M.  Gurewjtsch  (Moscou).  Zeilschr.  f.  d.  g. 
Neuro  iind  Psych.,  Tome  CXLVI,  p.  126  a  144. 

L’auteur  rapporte,  a  la  suite  de  son  travail  precedent  (meme  Revue,  t.  140, 
1932)  neuf  nouvelles  observations  qui  lui  paraissent  demonstratives  du 
role  que  jouerait  le  syndrome  interparietal  (troubles  du  schema  corporel) 
dans  certaines  psychoses.  De  ces  neuf  observations,  une  seule  (le  deuxieme 
cas)  est  particulierement  interessante.  II  s’agirait  d’un  jeune  homme  de 
26  ans  qui,  8  ans  auparavant,  avait  recu  une  balle  dans  la  tete,  qui  avait 
contracte  la  syphilis  depuis  6  ans  et  etait  alcoolique.  II  presente  de  juillet 
1931  a  janvier  1933  des  troubles  mentaux  rapportes.  a  une  meningo-ence- 
phalite  au  cours  desquels  parmi  d’autres  troubles  neurologiques  on  nota  des 
troubles  sensitifs  et  notamment  une  alteration  assez  curieuse  de  la  stereo- 
gnosie,  consistanl  a  identifier  l’objet  mis  sous  la  main,  a  l’objet  anterieu- 


ANALYSES 


rement  palpe  (palistereognosie).  Pour  les  autres  cas,  il  s’agissait  de  schizo¬ 
phrenic  (1,  3,  4,  5),  d’epilepsie  (6),  de  nevrose  d’angoisse  (8),  de  syndrome 
de  Parkinson  (7),  de  psychose  traumatique  (9).  On  trouvera  des  commen- 
taires  interessants  sur  les  alterations  du  schema  corporel,  decrites  par 
Poetzl  et  Hoff.  Aucune  de  ces  observations  n’a  ete  sanctionnee  par  un 
controle  anatomique. 

Henri  Ev. 


PSYCHANALYSE 


Genetique  et  psychanalyse,  par  W.  Bischler  (Geneve)  (en  francais).  Archivio 

generate  di  Neurologia,  Psichiatria  e  Psicoanalisi,  juin  1935,  p.  249  a  252. 

Les  phenomenes  d’heredite  influent  sur  notre  vie  comme  les  evenements 
de  notre  premiere  enfance.  La  psychanalyse  examine  l’inconscient  person¬ 
nel,  infantile,  et  d’autre  part  l’inconscient  colleetif,  racial  (Jung)  ;  or,  entre 
les  deux,  il  y  a  place  pour  un  inconscient  mi-personnel  :  l’inconscient  here- 
ditaire.  C’est  cet  inconscient  que  permet  d’etudier  l’analyse  de  la  schizo¬ 
phrenic.  La  genetique  et  la  psychanalyse  examinent  en  outre  des  pheno¬ 
menes  dynamiques  nes  des  tendances  et  predispositions  latentes,  non  encore 
realisees.  Sans  doute,  mais  ne  reste-t-il  pas  a  resoudre  ce  probleme  autre- 
ment  que  par  des  speculations  un  peu  artificielles  sur  les  equivalents  dans 
1’inconscient  de  la  dominance  et  de  la  recessivite  ? 

Henri  Ey. 

Ce  que  la  Clinique  franqaise  a  retenu  de  la  psychanalyse,  par  A.  Hesnaro. 

La  Clinique,  n"  240,  pp.  61-66,  fevrier  1935. 

Apres  une  periode  de  vogue  etendue,  la  psychanalyse  est  revenue  aux 
medecins  trap  peu  nombreux  et  trap  isoles  qui  la  pratiquent,  consi- 
deree  par  la  majorite  avec  une  «  sorte  d’indifference  vaguement  hostile  ». 
Et  pourtant,  malgre  la  repugnance  du  clinicien  francais  pour  le  dogme 
du  pansexualisme  et  pour  la  terminologie  conformiste,  le  Freudisme  a 
laisse  une  empreinte  profonde,  implicite,  dans  la  pensee,  et  meme  dans  le 
langage  des  psychiatres  et  des  psychologues.  Il  a  mis  en  lumiere  une  telle 
quantite  de  faits,  il  a  enseigne  tant  de  precedes  duplications  que  l’indis- 
pensable  analyse  des  troubles  dans  les  psychonevroses  s’est  inspiree  tou- 
jours  plus  profondement  de  ses  methodes.  M.  Hesnard  fait  le  bilan  de  ce 
qui  a  ete  adopte  et  rejete. 

P.  Carrette. 

Nos  rOves  et  leura  qualites,  par  Rene  Franquet.  La  Clinique,  n"  240,  pp.  67- 

72,  fevrier  1935. 

La  valeur  du  r6ve  comme  element  symptomatique  est  encore  trop  negli¬ 
gee.  Il  represente  cependant  un  mode  d’activite  psychique  tres  important, 
libera  des  entraves  sociales  de  l’etat  de  veille.  Certains  rives  renseignent  sur 
1’etat  ceenesthesique,  sur  Revolution  d’affections  organiques.  M.  F'ranquet 
montre  comment  leur  analyse  conduit  parfois  au  diagnostic  precoce  que 
l’examen  clinique  ne  permet  pas  encore.  Il  rappelle  egalement  les  exemples 
dont  l’interpretation  est  si  precieuse  dans  le  traitement  des  psychonevroses. 

P.  Carrette. 


ANALYSES 


NEUROLOGIE 

Manifestations  encephaliques  des  embolies  gazeuses,  par  J.  Lhermitte.  La 
Medecine,  n°  2,  pp.  129-134,  fevrier  1935. 

Les  travaux  recents  de  MM.  Goret  et  Gillard  aboutissent  a  cette  conclu¬ 
sion  que  les  embolies  gazeuses  sont  arretees  dans  les  capillaires  pulmonaires 
et  que  les  accidents  proviennent  de  l’asphyxie  par  arret.  M.  Lhermitte 
contredit  ce  point  de  vue  en  presentant  des  faits  demonstratifs  :  les  bulles 
d’air  cheminent  parfaitement  dans  les  capillaires  pulmonaires  et  dans  le 
reseau  cerebral.  La  moindre  perturbation  suspendant  1’irrigation  encepha- 
lique  peut  avoir  des  consequences  redoutables  :  paralysies  et  convulsions 
notamment. 

P.  Carrette. 

Les  dysplasies  neuro-ectodermiques  congenitales,  par  Ludo  van  Bogaert. 
Revue  Neurologique.  T.  LXIII,  n°  3,  pp.  353-398,  mars  1935. 

Certaines  affections  sont  caracterisees  par  une  atteinte  simultanee  de  la 
peau,  du  systeme  nerveux  et  des  glandes  endocrines.  Elies  tendent  a  adop¬ 
ter  une  disposition  metamerique,  une  topographie  cutanee  repondant  a 
l’innervation  sympathique,  un  developpement  maximum  dans  les  terri- 
toires  de  plus  grande  complexity  embryonnaire.  M.  van  Bogaert  decrit  la 
sclerose  tubereuse,  la  neurofibromatose,  les  angiomatoses  de  la  peau,  de  la 
retine  et  des  centres  nerveux,  l’idiotie  xerodermique,  les  keratoses  et 
ichtyoses  familiales.  Toutes  ces  dysphagies  touchent  aux  problemes  consti- 
tutionnels.  La  participation  mesodermique  variable  ne  saurait  faire  perdre 
de  vue  les  caracteres  communs  du  processus,  dont  le  point  de  depart  se 
situe  dans  une  periode  fcetale  assez  nettement  limitee. 

P.  Carrette. 

Etude  des  modifications  fonctionnelles  du  nerf  au  cours  de  la  degene- 
rescence  wallerienne,  par  Jean  Titeca.  Archives  internationales  de 
Phgsiologie.  T.  XLI,  fasc.  1,  1935. 

L’excitabilite  du  sciatique  de  grenouille,  separe  de  ses  origines  centra¬ 
les,  est  etudifi  par  M.  Titeca.  Les  recherches  sur  la  chronaxie,  sur  le  seuil 
d’excitation  au  choc  d’induction,  sur  la  periode  refractaire,  sur  la  repeti¬ 
tion  des  stimuli  indiquent,  qu’apres  une  courte  periode  de  stabilite,  le  nerf 
temoigne  d’une  «  fatigabilite  »  toute  speciale.  Les  troubles  fonctionnels, 
apparus  d’abord  dans  le  bout  proximal,  se  propagent  vers  la  peripheric, 
en  fonction  de  la  temperature  d’experience.  La  reversibilite  des  phenome- 
nes  provoques  perd  progressivement  sa  rapidite.  Les  terminaisons  nerveu- 
ses  motrices  degenerent  precocement  et  repondent  a  la  disparition  de 
l’excitabilite  musculaire  indirecte,  alors  que  le  nerf  lui-meme  a  conserve 
sa  conductibilite  propre.  Le  mecanisme  de  la  degenerescence  wallerienne 
parait  double.  D’vme  part,  la  separation  du  nerf  d’avec  son  centre  provo- 
que  une  denutrition  fatale  et  d’autre  part  un  processus  d’autolyse,  a  pro¬ 
pagation  centrifuge,  atteint  la  gaine  de  myeline  et  favorise  la  disintegra¬ 
tion  du  nerf  sous-jacent. 


P.  Carrette. 


664 


ANALYSES 


Le  signs  de  flexion  de  la  tete.  (Das  Kopfbeugesymptom),  par  F.  Th.  Munzer. 
Monatsschrift  / fir  Psychiatrie  und  Nenrologie,  Vol.  92,  4,  1935. 

Chez  les  sujets  atteints  d’une  affection,  primitive  ou  seeondaire,  des  raci- 
nes  posterieures,  1’anteflexion  forcee  de  la  t§te  determine  une  douleur  plus 
ou  moins  vive,  dans  la  zone  innervee  par  les  racines  atteintes,  parfois  dans 
une  zone  plus  diffuse.  La  douleur  apparait  dans  les  mouvements  passifs 
et  actifs,  en  position  debout,  couehee,  assise  ;  dans  la  position  assise,  elle 
est  particulierement  forte  en  cas  d’atteinte  des  racines  posterieures  lombo- 
sacrees.  L’auteur  etudie  le  mecanisme  de  production  du  signe,  tres  simple 
a  comprendre,  ses  aspects  differentiels  suivant  l’etage  medullaire  atteint, 
sa  valeur  symptomatique  et  diagnostique. 

E.  Bauer. 

Un  reflexe  oculo-cardiaque  spontane  et  intempestif,  par  S.  Vialard.  La 
Presse  Medicale,  n»  4,  pp.  71-72,  12  janvier  1935. 

L’auteur  presente  I’observation  d’un  sujet  jeune  qui,  a  la  suite  d’une 
intervention  pour  cataracte  traumatique,  fut  atteint  brusquement  de 
malaises,  d’angoisse,  de  lipothymie  avec  acroasphyxie  et  d’une  bradycardie 
considerable.  Ces  accidents  sont  imputables  au  pansement  compressif  et  au 
developpement  d’un  hematome  qui  realiserent  automatiquement  un  declan- 
chement  du  reflexe  oculo-cardiaque  chez  un  vagotonique.  Les  troubles  ces- 
serent  avec  la  suppression  de  la  compression.  L’hypertension  locale  ne  per- 
met  pas  d’administrer  1’atropine.  M.  Vialard  conseille  le  gardenal  associe 
4  la  quinine  et  a  la  valeriane. 

P.  Carrette. 

Le  probleme  des  migraines  allergiques,  par  Jean  Hamburger.  Revue  d'im- 
munologie.  T.  I,  n°  1,  pp.  102-112,  janvier  1935. 

Une  crise  colloidoclasique  precede  certains  acces  de  migraine,  mais  nous 
sommes  peu  renseignes  sur  les  rapports  de  cause  a  effet.  Les  tests  biologi- 
ques  positifs  manquent  pour  affirmer  qu’une  migraine  est  due  a  une  sen- 
sibilisation  speciflque  de  1’organisme.  Ainsi  on  a  incrimine  des  aliments.  II 
n’est  pas  niable  qu’ils  peuvent  favoriser  la  crise.  Toutefois  les  sujets  obser¬ 
ves  presentent  un  terrain  digestif  deficient,  des  troubles  hepato-biliaires. 
Les  traitements  des  hypersensibilites,  par  la  peptone  notamment,  ne  sont 
pas  non  plus  ddmonstratifs.  Leur  effet  est  transitoire  et  des  ameliorations 
importantes  sont  obtenues  dans  des  cas  de  migraines  dont  1’origine  allergi- 
que  est  plus  que  douteuse. 

P.  Carrette. 

Troubles  vaso-moteurs  associes  aux  paralysies  d’origine  centrale  (Vaso¬ 
motor  Changes  Associated  with  Paralysis  of  Cerebral  Origin),  par  Paul  C.  Bucy. 
Archives  of  Neurology  and  Psychiatry .  T.  XXXIII,  n»  1,  pp.  30-52,  janvier  1935. 

L’examen  des  hemiplegiques  n’apporte  pas  de  contribution  valable  sur 
le  mecanisme  qui  preside  a  la  centralisation  du  systeme  vaso-moteur  parce 
que  les  resultats,  bien  qu’abondants,  sont  contradictoires.  M.  Bucy  rappelle 
les  modifications  de  la  temperature  locale,  de  la  tension  arterielle,  de 


ANALYSES 


ia  nutrition  cutanee,  de  l’actiyite  pilo-motrice  qui  expriment  l’interrup- 
tion  fonctionnelle  des  fibres  inhibitrices  allant  du  cortex  aux  centres  vaso- 
constricteurs  de  Fhypothalamus  et  de  la  moelle. 

P.  Carrette. 

Le  syndrome  de  la  pointe  du  rocher,  par  G.  Marinesco  el  Grigoresco. 

(Archivos  argentinos  de  neurologia,  Vol.  XII,  n°  4,  avril  1935) 

Le  syndrome  de  la  pointe  du  rocher  represente  une  entite  anatomo-clini- 
que  bien  determinee.  II  est  produit  par  l’atteinte  simultanee  des  paires  V 
et  VI  et  il  se  traduit  cliniquement  par  des  douleurs  parieto-temporo-faciales 
de  type  gasserien,  avec  strabisme  interne  de  l’ceil  correspondant.  Ce  syn¬ 
drome  algo-strabique  s’explique  par  le  fait  que  le  siege  du  ganglion  de 
Gasser  est  tres  rapproche  du  nerf  moteur  oculaire  commun  au  niveau  de 
la  pointe  du  rocher  du  temporal. 

Cliniquement,  on  note  une  nevralgie  faciale  unilaterale  presentant  les 
caracteres  habituels  des  douleurs  dans  le  domaine  du  trijumeau,  s’accom- 
pagnant  parfois  d’un  hemispasme  facial  ou  d’un  veritable  syndrome  Claude 
Bernard-Horner.  Le  strabisme  interne  de  l’oeil,  du  meme  c6te  que  la  douleur, 
s’installe  posterieurement  et  peu  a  peu. 

Ce  syndrome  peut  etre  realise  par  des  causes  multiples.  Les  plus  fre- 
quentes  sont  des  complications  des  otites  moyennes  constituant  le  syndrome 
de  Gradenigo,  par  propagation  de  l’infection  a  la  pointe  du  rocher.  La 
syphilis,  sous  la  forme  d’une  gomme  ou  d’une  osteite,  peut  realiser  egale- 
ment  ce  syndrome.  Exceptionnellement,  il  peut  s’agir  de  foyers  d’infection 
intracerebraux. 

Le  syndrome  de  la  pointe  du  rocher  offre  des  caracteres  anatomiques  et 
semiologiques  assez  nets  pour  etre  individualise  et  range  dans  le  cadre 
nosologique  des  syndromes  paralytiques  des  nerfs  craniens  de  la  base. 

Lauzier. 

Le  syndrome  myoolonique  synchrone  et  rythme  velo-pharyngo-laryngo- 

oculo-diaphragmatique,  par  Georges  Gcillain  et  Pierre  Mollaret.  La  Presse 

Medicate,  n°  4,  pp.  57-60,  12  janvier  1935. 

Les  myoclonies  interessant  les  muscles  stries  annexes  a  l’appareil  res- 
piratoire,  ceux  des  premiers  segments  digestifs  et  de  la  face  forment  un 
syndrome  dont  l’etiologie  apparalt  assez  complexe.  Lie  a  l’arterio-sclerose, 
euglobe  dans  une  affection  tumorale  ou  une  maladie  infectieuse,  il  n’est 
pratiquement  jamais  isole  et  repond  a  des  alterations  histologiques  variees. 
Toutefois,  si  la  question  de  nature  des  lesions  reste  indecise,  des  recherches 
reiterees  ont  apporte  a  la  physiopathologie  du  tronc  cerebral  une  contri¬ 
bution  tres  utile.  Elies  montrent  la  participation  habituelle  du  systeme 
olivo-dentele  au  syndrome  myoclonique.  Homolaterales  par  rapport  au 
noyau  dentele  du  cervelet,  contralaterales  par  rapport  a  l’olive  bulbaire, 
les  lesions  seraient  par  consequent  assez  strictement  limitees  et  les  voies 
d’association  avec  le  noyau  rouge  ne  seraient  pas  inevitablement  lesees. 
De  nouvelles  observations  montreront  sans  doute  si  le  syndrome  myoclo- 
riique  peut  fournir  des  precisions  sur  le  role  des  fibres  cerebello-rubri- 
ques,  de  la  bandelette  lougitudinale  posterieure  et  du  faisceau  central  de  la 
calotte. 


P.  Carrette. 


ANALYSES 


Contribution  4  l’etude  des  tumours  do  l’angle  ponto-cerebelleux,  par 
Darquier  et  Schmite.  Memoire  presente  a  la  Societe  de  Neurologie  pour  le 
Prix  Charcot  le  13  decembre  1934.  Benue  Neurologique,  T.  LXIIII,  n°  2, 
pp.  257-312,  aout  1935. 

MM.  Schmite  et  Darquier  font  une  etude  clinique,  anatomique  et  chirur- 
gicale  des  tumeurs  de  l’angle  et  des  tumeurs  de  1’acoustique. 

Au  point  de  vue  clinique,  ils  insistent  sur  la  periode  de  debut  oh  le 
diagnostic  precoce  entraine  une  sanction  therapeutique  et  modifie  le  pro- 
nostic.  A  cette  periode,  la  symptomatologie  est  fruste,  souvent  il  s’agit  de 
formes  mono-symptomatiques,  Pexamen  systematise  permet  alors  d’arri- 
ver  a  un  diagnostic  precis.  La  recherche  des  epreuves  vestibulaires  peut 
rendre  de  grands  services.  La  radiographie  peut  egalement  fournir  un 
appoint  non  negligeable.  A  la  periode  d’etat,  la  symptomatologie  est  clas- 
sique  et  le  probleme  diagnostique  facilement  soluble. 

Dans  une  deuxieme  partie,  les  auteurs  etudient  la  question  anatomique 
et  soulignent  l’interet  de  certaines  formes  generalisees  ;  les  relations 
entre  les  tumeurs  de  1’acoustique  avec  la  neuro-iibromatose  generalisee, 
avec  la  maladie  de  Bourneville-Brissaud,  avec  les  blastomatoses  du  sys- 
teme  nerveux. 

La  troisieme  partie  a  trait  au  probleme  neuro-chirurgicale.  Les  diffe- 
rentes  methodes  sont  l’objet  d’une  critique  serree.  Enfin,  pour  terminer, 
des  donnees  statistiques,  du  plus  grand  interet,  sont  fournies. 

J.-O.  Treli.es. 

Etude  clinique  de  20  cas  d’astrocytomes  du  vermis  chez  l’enfant,  par 
Guy  Loisel.  Gazette  Medicate  de  France  et  des  Pays  de  Langue  francaise, 
n°  3,  pp.  133-141,  ler  fevrier  1935. 

Nettement  caracterises  par  un  syndrome  d’hypertension  et  de  perturba¬ 
tion  cerebello-vestibulaires,  les  astrocytomes  du  vermis  doivent  etre  operes 
precocement,  sans  rien  attendre  de  la  radiotherapie.  Le  pronostic  est  favo¬ 
rable.  La  tumeur,  kystique  dans  la  majorite  des  cas,  bien  limitee,  s’extirpe 
aisement.  Toutes  ces  considerations  font  deplorer  d’autant  plus  les  erreurs 
de  diagnostic  et  les  negligences,  car  les  accidents  evolutifs  sont  mortels  : 
engagement  progressif  au  niveau  du  trou  occipital,  hydrocephalie  interne 
et  compression  bulbaire. 

P.  Carrette. 

Paralysis  recidivante  des  nerfs  craniens  dans  la  maladie  de  Quincke, 
par  J.  Pinczewski  et  W.  Stein  ( Warszawskie  Czasopismo  Lekarskie,  T.  XII,' 
n«s  27-28  du  25  juillet  1935). 

Les  auteurs  relatent  1’observation  d’une  malade  agee  de  22  ans,  qui  a 
presente  a  deux  reprises,  en  l’espace  de  trois  ans,  a  1’occasion  de  poussees 
d’oedeme  de  Quincke,  des  troubles  multiples  mais  transitoires,  allant  jusqu’h 
la  paralysie  des  V',  VI«,  VIP  et  VIIP  paires.  Ces  troubles  etaient  accompagnes 
de  cephalees  et  de  prostration.  L’origine  de  ces  manifestations  semble  se 
rattacher  a  l’cedeme  angioneurotique  de  Quincke. 


Fribourg-Blanc. 


ANALYSES 


667 


De  l’angiomatose  du  systems  nerveux  central  et  de  la  retine  (syndrome 
d’Hippel-Lindau)  en  tenant  compte  en  particulier  des  lesions  pan- 
creatiques  (Uber  Angiomatosis  des  Zentralnervensystems  und  der  Netzhaui, 
unter  besonderer  Beriicksicbtigung  der  Pankreasveranderungen),  par 
W.  Putschar.  Munchener  Medizinische  W  ochenschrift,  1935,  n°  27. 

L’auteur  rapporte  4  observations  de  maladie  d’Hippel-Lindau  et  insiste  en 
particulier  sur  les  kystes  et  adenomes  kystiques  du  pancreas,  rencontres 
dans  ces  cas.  II  rappelle  les  analogies  qui  existent  entre  cette  maladie,  la 
maladie  de  Recklinghausen  et  la  sclerose  tubereuse,  et  propose  de  les  reunir 
sous  1’etiquette  d’  «  hamartoses  »  (du  verbe  grec  a/xasravstv,  aberrer).  La 
syringomyelie  pourrait  egalement  rentrer  dans  ce  groupe. 

E.  Bauer. 


Anosognosie  de  cecite  dans  un  cas  de  cysticercose  cerebrale,  par 
Mme  H.  Joz  (W  arszawskie  Cznsopismo  Lekarskie,  T.  XII,  n”s  29-30  du  8  aout 
1935). 

L’auteur  rapporte  1’observation  et  le  compte  rendu  d’autopsie  d’un  malade 
atteint  de  cysticercose  cerebrale.  II  presentait  de  la  stase  papillaire  avec 
cecite,  dont  il  ne  se  rendait  pas  compte.  II  n’existait  point  d’autres  troubles 
psyehiques.  La  localisation  topographique  de  l’anosognosie  n’a  pas  et£ 
etablie. 

Fribourg-Blanc. 


Myasthenie  bulbo-spinale  et  paralysies  ooulaires  periodiques,  par  Henri 
Schaeffer.  La  Presse  Medicale,  n°  18,  pp.  351-352,  2  mars  1935. 

L’etiologie  de  la  myasthenie  bulbo-spinale  reste  obscure.  Elle  s’associe 
parfois  avec  des  ophtalmoplegies  alternantes  et  recidivantes  dont  les  rap¬ 
ports  avec  la  myasthenie  sont  mal  definis.  M,  Schaeffer  presente  une  obser¬ 
vation  nouvelle.  II  signale  des  migraines  dans  les  antecedents  et  emet 
1’hypothese  d’un  trouble  humoral  sous  la  dependance  d’une  intoxication 
recidivante.  L’heredite  syphilitique  est  evidente,  mais  elle  n’ajoute  rien  aux 
tentatives  faites  pour  preciser  le  mecanisme  des  accidents.  Le  traitement 
ne  renseigne  pas  davantage.  Signalons  toutefois  l’amelioration  passagere 
obtenue  par  les  injections  d’extrait  cortico-surrenal. 

P.  Carrette. 


Sur  les  ophtalmoplegies  familiales.  Un  cas  d’apparition  tardive,  par 
Crouzon,  Christophe  et  Mme  Braun-Vallon .  La  Medecine,  n°  2,  pp.  117-122, 
fevrier  1935. 

L’interet  des  ophtalmoplegies  familiales  reside  encore  dans  la  rarete  des 
observations  publiees.  Le  cas  actuel  est  complexe.  II  ne  s’agit  pas,  en  effet, 
de  syndrome  deja  decrit,  le  ptosis  tardif  de  Dutil,  mais  d’une  degenfires- 
cence  importante  des  noyaux  oculaires,  secondaire  a  une  meningite  fibreuse 
de  la  base  et  des  lobes  frontaux. 


P.  Carrette. 


ANALYSES 


Observations  de  meningiomes  cerebraux  (fiber  Hirnmeningiome  in  Ein- 

zeldarstellungen),  par  L.  Puusepp.  Folia  Neuropalhologicd  Esloniana, 

Vol.  XIV,  1935. 

L’auteur  rapporte  17  observations  de  meningiomes  groupees  en  :  1)  me¬ 
ningiomes  des  sinus  veineux,  6  cas  dont  4  du  sinus  sagittal  superieur,  1  du 
confluent,  1  du  sinus  transverse  ;  2)  meningiomes  de  la  faux  du  cerveau, 
2  cas  ;  3)  meningiomes  de  la  gouttiere  olfactive,  2  cas  ;  4)  meningiomes 
suprasellaires,  1  cas  ;  5)  meningiomes  de  la  region  sphenoidale,  2  cas  : 
6)  meningiomes  de  la  convexite,  3  cas  ;  7)  meningiomes  de  Tangle  ponto- 
cerebelleux,  1  cas.  Les  symptomes  cardinaux  des  tumeurs  cerebrales  : 
cephalees,  nausees  ou  vomissements,  stase  papillaire,  hyperalbuminora- 
chie,  ont  fait  defaut  meme  dans  des  cas  de  tumeur  volumineuse.  C’est 
surtout  dans  les  meningiomes  sinusaux,  meme  de  petites  dimensions,  et 
dans  celui  de  tumeur  de  Tangle  pontocerebelleux  que  le  syndrome  etait  an 
complet.  L’hyperalbuminorachie  etait  de  tous  les  symptomes  le  plus 
constamment  observe.  Les  signes  de  localisation  etaient  surtout  moteurs, 
sensitifs  (sensibilite  douloureuse),  visuels,  irritatifs  d’abord,  deficitaires 
ensuite.  Les  modifications  de  la  paroi  cranienne,  epaississement,  hypere- 
mie,  ont  contribue  au  diagnostic  dans  plusieurs  cas.  La  ventriculographie 
a  rendu  des  services  tres  precieux  pour  le  diagnostic  de  localisation  et  de 
nature  de  la  tumeur.  Celui-ci  a  pu  dtre  fait  exactement  dans  12  cas  sur  17. 

La  technique  operatoire  est  exposee  en  detail  pour  chaque  cas.  Les 
resultats  des  16  interventions  ont  ete  les  suivants  :  dans  14  cas,  l’extirpa- 
tion  complete  de  la  tumeur  a  pu  etre  rdalisee  ;  4  de  ces  malades  inouru- 
rent  des  suites  de  l’intervention.  II  s’agissait  des  cas  les  plus  graves  par 
suite  du  grand  volume  de  la  tumeur  ou  du  mauvais  etat  general  avant 
l’intervention.  Dans  plusieurs  cas,  Fintervention  fut  faite,  avec  succes,  en 
2  ou  3  temps-. 

E.  Bauer. 

Les  meningiomes  de  la  petite  aile  du  sphenoide  (Considerations  anatomo- 
cliniques),  par  Marcel  David  et  D.  Mahoudeau.  Gazette  Medicate  de  France 
et  des  Pays  de  Langue  francaise,  n°  3,  pp.  111-131,  1«  fevrier  1935. 

Les  meningiomes  de  la  petite  aile  du  sphenoide,  les  plus  frequents,  les 
plus  dangereux  par  leur  debut  insidieux,  leurs  bizarreries  cliniques  et  radio- 
logiques  ont  ete  longtemps  redoutes  des  chirurgiens  a  cause  des  difficultes 
d’extirpation  et  d’hemostase.  Grace  a  la  methode  d’electro-coagulation  uni- 
polaire,  les  guerisons  sont  aujourd’hui  nombreuses  et  definitives. 

P.  Carrette. 

Les  arachnoidites  opto-chiasmatiques.  Leur  diagnostic  et  les  indications 
therapeutiques,  par  Pierre  Puech  et  D.  Mahoudeau.  Gazette  Medicate  de 
France  et  des  Pays  de  Langue  francaise,  n°  3,  pp.  101-109,  lEr  fevrier  1935. 

La  diversity  etologique  de  Tarachnoi'dite  opto-chiasmatique  est  un  avan- 
tage  et  un  inconvenient,  L’affection  est  trop  souvent  meconnue.  La  baisse 
rapide  de  la  vision  aboutit  a  la  cecite  avec  atrophie  optique  apres  une  otite, 
un  trauma  cranien,  au  cours  du  diabete  ou  du  rhumatisme.  II  faut  savoir 
que,  memo  en:cas  d’echec  du  traitement  medical,  et  alors  que  le  malade 


ANALYSES 


est  aveugle,  1’exploration  chirurgicale  peut  etre  pratiquee  avec  plein  succes, 
en  particulier  dans  les  cas  de  meningite  kystique. 

P.  Carrette. 


Meningite  sereuse  evoluant  sous  forme  de  tumeur  du  cerveau,  parV.  G. 

Lazarev  et  B.  Leibovitch.  (Sovietskaia  Psychonevroloyuia,  T.  XI,  n°  1, 1935). 

Un  ensemble  de  six  cas  cliniques  de  meningite  sereuse  verifies  a  l’au- 
topsie  ont  permis  aux  auteurs  de  souligner  les  difficultes  du  diagnostic  diffe¬ 
rentiel  avec  les  tumeurs  du  cerveau.  Dans  la  plupart  des  cas  observes,  il 
s’agissait  de  meningo-encephalite  chronique  ou  subaigue.  Dans  d’autres 
cas,  la  meningite  sereuse  etait  une  manifestation  de  meningopathie. 

Fribourg-Blanc. 


Contribution  a  la  olinique  et  a  l’anatomie  pathologique  des  meningites 
infeetieuses,  par  G.  G.  Sokolanski  et  E.  N.  Kovalov  ( Sovietskaia  Psychone¬ 
vrologuia,  T.  XI,  n»l,  1935). 

L’etude  clinique  et  anatomo-pathologique  semble  prouver  que  dans  cer- 
taines  formes  de  meningite  infectieuse  avec  tendance  a  la  chronicite,  il 
se  produit  un  deplacement  de  1’activite  du  processus  pathologique  de  la 
surface  vers  la  profondeur  qui  transforme  le  processus  initial  en  «  ven- 
triculite  s>  ou  en  epindymo  ou  sous-epindymo-encephalite  ou  en  choroi'dite. 
Les  auteurs  soulignent  le  defaut  de  parallelisme  entre  les  signes  cliniques 
et  l’amelioration  apparente  des  caracteres  du  liquide  cephalo-rachidien 
sous-arachnoi'dien.  Ce  fait  s’explique  par  la  difference  de  propriete  du 
liquide  cephalo-rachidien  sous-arachnoi'dien  et  celui  des  ventricules.  Cette 
particularity  est  due  a  l’obliteration  des  trous  de  Magendie  et  de  Luschka 
et  s’explique  par  l’existence  d’une  barriere  entre  le  liquide  eephalo-raehi- 
dien  et  le  tissu  cerebral  represente  par  la  couche  glieuse  marginale. 

Fribourg-Blanc. 


La  meningite  sereuse  de  la  poliomyelite  et  la  meningite  tuberculeuse. 
Cyto-diagnostic  differentiel,  par  B.  Tassovatz.  La  Presse  Medicate,  n°  15, 
pp.  285-286,  20  fevrier  1935. 

Le  diagnostic  differentiel  des  meningites  a  liquide  clair  est  parfaitemcnt 
possible  par  le  seul  examen  des  resultats  de  la  ponction  lombaire,  mais  a 
la  condition  de  la  repeter  en  cours  d’evolution.  En  efifet,  la  meningite  polio- 
myelitique  peut  avoir  la  meme  cytologie  que  la  meningite  tuberculeuse.  La 
polynucleose  du  debut  de  1’une  ressemble  a  celle  qui  marque  le  declin  de 
1’autre.  Trois  ponctions  successives  levent  generalement  l’hesitation. 

P.  Carrette. 

Un  cas  de  meningite  lymphocytaire,  par  Laurent  Pinelli  et  Pierre  Ventre. 
Provence  Medicale,  n*  41,  pp.  13-14,  15  fevrier  1935. 

Observation  curieuse  de  meningite  de  cause  inconnue,  avec  lymphocytose 
importante  (112  elements),  guerie  immediatement  apres  le  prelevement  du 
liquide  cephalo-rachidien. 


P.  Carrette. 


670 


ANALYSES 


L’arachnoidite  spinale  kystique,  cause  de  compression  medullo-radicu- 
laire  (La  aracuoidis  espinal  quistica  como  causa  de  compresion  medulo- 
radicular),  par  Ramon  Soto  Romay.  La  Semana  Medica,  n°  2141,  pp.  251-260, 
24  janvier  1935. 

Parmi  les  causes  multiples  d’araehnoidile,  1’auteur  retient  surtout  le  trau- 
matisme  et  la  tuberculose.  II  rapporte  trois  observations,  dans  lesquelles 
le  diagnostic  precoce,  etabli  des  l’apparition  des  signes  de  compression,  fut 
suivi  d’une  intervention  destinee  a  retabiir  la  permeabilite  du  canal  rachi- 
dien.  Le  traitement  general  anti-infectieux  peut  seul,  dans  un  grand  nom- 
bre  de  cas,  completer  la  guerison  et  prevenir  les  recidives. 

P.  Carrette. 

L’etude  des  fonctions  cochleo-vestibulaires  dans  la  maladie  de  Friedreich 
et  les  affections  heredo-degeneratives  du  meme  groupe,  par  Georges 
Guillain,  P.  Mollaret  et  M.  Aubry.  Revue  Neurologiquc.  T.  LXIII,  n"  1, 
pp.  36-44,  janvier  1935. 

L’examen  des  fonctions  cochleo-vestibulaires  fournit  un  nouvel  argument 
en  faveur  de  la  doctrine  uniciste  des  affections  heredo-degeneratives.  II  per- 
met  de  retrouver,  dans  des  formes  cliniques  d’aspect  assez  different,  la  meme 
diminution  progressive  de  1’excitabilite  vestibulaire,  decelee  objectivement 
par  l’abolition  elective  du  nystagmus  provoque  de  forme  rotatoire. 

P.  Carrette. 

Un  cas  de  maladie  de  Friedreich  avec  atrophie  musculaire  du  type  Char¬ 
cot-Marie  (Un  caso  de  doenca  de  Friedreich  com  Atrofia  muscular  Charcot- 
Marie),  par  A.  Borges  Fortes.  Arquivos  Brasileiros  de  Neuriatria  e Psiquiatria. 
XVIIP  annee,  n°  1,  pp.  5-12,  janvier-fevrier  1935. 

Observation  a  retenir  pour  deux  raisons  :  elle  renferme  d’abondants  docu¬ 
ments  sur  1’heredite  du  sujet  et  elle  apporte  une  contribution  a  l’etude  des 
relations  de  la  maladie  de  Friedreich  et  de  l’atrophie  du  type  Charcot- 
Marie.  La  descendance  combinee  de  psychopathes  donne  des  oligophrenies, 
des  surdi-mutites,  des  tuberculoses  et  des  neuro-scleroses.  Le  cas  renseigne 
mieux  que  l’etude  d’une  forme  intermediate,  c’est  une  association  du  syn¬ 
drome  de  Friedreich  et  de  celui  de  Charcot-Marie  realisant  le  type  Gal- 
lotti.  Les  lesions  degeneratives  atteignent  les  cornes  anterieures,  les  raci- 
nes,  les  nerfs  et  les  muscles. 

P.  Carrette. 


Maladie  de  Recklinghausen  associee  a  d’autres  dysgenesies  du  systeme 
nerveux,  par  V.  M.  Slonimskaia  et  S.  B.  Balaban.  Sovietskaia  Psichonevro- 
loguia,  T.  X,  fasc.  5,  1934. 

Les  auteurs  rapportent  un  cas  de  maladie  de  Recklinghausen  ayant  debute 
dans  l’enfance,  et  a  laquelle  s’est  associee  une  syringomyelie.  Le  syndrome 
narcoleptique  observe  chez  la  malade  est  lie  a  la  maladie  de  Recklinghausen 
et  doit  etre  interprete  comme  dependant  d’une  lesion  du  mesencephale,  due 
a  un  blastome. 

Au  point  de  vue  de  la  pathogenie,  il  faut  souligner  dans  ce  processus  lfe 


ANALYSES 


671 


defaut  de  developpement  du  systeme  nerveux,  qui  s’etend  sur  les  diffe- 
rentes  etapes  de  son  evolution.  II  y  a  done  onto-dysgenesie  avec  tendance 
a  la  blastomatose. 

Fribourg-Blanc. 

L’etiopathogenese  de  la  sclerose  en  plaques  (Sa  etiopatogenesi  della  sclerosi 
multipla),  par  Salvatore  Gullotta.  Rivista  di  Neurologia,  aout  1935,  p.  512  a 
532. 

Excellente  revue  generale  sur  la  question,  tres  claire  et  tres  complete. 
On  y  trouvera  brievement  exposes  les  principaux  travaux  recents  dans  les 
divers  pays,  et  notamment  les  recherches  experimentales  des  Anglo-Saxons. 
Bibliographie  des  plus  recents  memoires,  depuis  1933. 

Henri  Ev. 

Le  diagnostic  precoce  de  la  sclerose  en  plaques,  par  S.  Justman  ( War za ivs- 
kie  Czasopismo  Lekarskie,  T.  XII,  n°  23-24  du  27  juin  1935). 

A  propos  de  quatre  cas  de  sclerose  en  plaques  au  debut,  l’auteur  fait 
-essortir  l’interet  que  presente,  pour  le  traitement  et  le  diagnostic  de 
cette  affection,  la  connaissance  des  symptomes  initiaux  ou  precurseurs. 

Ces  signes  peuvent  etre  subjectifs  ou  objectifs. 

Parmi  les  signes  subjectifs,  les  malades  presentent  des  paresthesies,  des 
engourdissements,  des  sensations  douioureuses  ou  penibles  diverses,  des 
vertiges,  des  manifestations  oculaires,  etc... 

Parmi  les  signes  organiques,  l’auteur  souligne  le  nystagmus,  l’affaiblis- 
sement  des  reflexes  cutanes  et  l’exageration  des  reflexes  tendineux.  L’appa- 
rition  du  reflexe  de  Babinski  et  de  Rossolimo  est  precedee  par  l’immo- 
bilite  des  orteils.  C’est  un  des  signes  les  plus  constants. 

Fribourg-Blanc. 


De  l’association  de  la  maladie  de  Basedow  ala  sclerose  en  plaques,  M.  A.- 
I.  Vilkomirsky.  Sovielskaia  Psichonevrologuia,  T.  X,  fasc.  5,  1934. 

L’auteur  decrit  un  cas  de  maladie  de  Basedow  associe  a  la  sclerose  en 
plaques.  La  maladie  de  Basedow  a  prepare  le  terrain  a  revolution  de  la 
sclerose  multiple.  La  thyroldectomie  est  la  seule  therapeutique  efficace.  En 
raison  du  traumatisme  mental  que  cette  intervention  peut  entrainer,  elle 
exige  une  preparation  prealable  du  malade. 

Fribourg-Blanc. 

Myelose  funiculaire.  Considerations  cliniques  a  propos  de  2  cas  (Myelose 
Funicular.  Considerasoes  clinicas  em  torno  de  dois  casos),  par  Jairos  Kamos. 
Revista  de  Neurologia  e  Psychiatria  de  Sao  Paulo,  T.  I,  n°  2,  pp.  173-195, 
janvier-mars  1935. 

Les  deux  observations  de  M.  Ramos  montrent  l’anemie  avec  ana- 
chlorhydrie  et  colite  chronique  d’une  part,  de  forme  pernicieuse  d’autre 
part,  s’associant  a  des  complications  nerveuses.  II  s’agit  bien  du  syndrome 
denomme  myelose  funiculaire  :  troubles  moteurs  pyramidaux,  troubles 
sensitifs  tactile  et  thermique  sans  participation  des  sensibilites  profondes, 


672 


ANALYSES 


demarche  spastique,  pas  de  troubles  cerebelleux,  pas  de  signes  meninges. 
Si  l’hepatotherapie  ameliore  l’etat  general  et  les  dysesthesies,  elle  n’a  pas 
d’influence  nette  sur  l’ensemble  des  troubles  nerveux. 

P.  Carrette. 

Polynevrite  tuberculeuse  (Polineuritis  tuberculosa),  par  Carlos  F.  Cardenas, 
Francisco  J.  Menendez,  Emilio  Soto  Pradera,  Sidney  Orret  et  Augustin 
M.  Abril.  Archivos  de  Medicina  Interna  (La  Habana),  T.  I,  n°  1,  pp.  85-95 
janvier-fevrier  1935. 

La  polynevrite  des  tuberculeux,  assez  rare  en  periode  evolutive,  est  fre- 
quente  dans  la  cacbexie  terminale.  Elle  n’a  pas  de  rapports  directs  habituels 
avec  1’intensite  de  la  symptomatology  pulmonaire.  Ce  serait  plutot  une 
localisation  nerveuse  d’allure  toxique.  L’interet  de  son  etude  reside  dans  la 
possibility  d’un  diagnostic  etiologique  base  sur  le  tableau  Clinique.  C’est  le 
type  de  la  polynevrite  sensitivo-motrice  qu’on  observe  generalement,  mais 
avec  les  caracteristiques  suivantes  :  exaltation  de  la  reflectivite  rotulienne, 
hyperreflectivite  idio-musculaire,  myo-cedeme  marque,  absence  de  flacci- 
dite  et  au  contraire  tendance  a  la  contracture  douloureuse  des  masses 
musculaires  atrophiees.  Cette  conception  s’appuie  sur  3  observations  net- 
tes  :  lesions  tuberculeuses  pulmonaires  et  troubles  nerveux  evoluant  favo- 
rablement  apres  collapsotherapie  dans  le  premier  cas  ;  installation  de  la 
polynevrite  au  cours  d’une  poussee  bronchopneumonique  dans  le  deuxieme 
cas  ;  eclosion  du  syndrome  nerveux  comme  manifestation  initiale  d’une 
toxhemie  bacillaire  reveillee,  permettant  la  decouverte  de  lesions  cicatri- 
cielles  des  voies  respiratoires  dans  le  troisieme  cas. 

P.  Carrette. 


Les  nevralgies  du  trijumeau,  par  J.  Haguenau.  La  Presse  Medicate,  n«  17, 
pp.  331-332,  27  fevrier  1935. 

Les  nevralgies  faciales,  essentielles  et  secondaires,  sont  justiciables  des 
calmants  analgesiques,  et  c’est  devant  leur  ecbec  que  se  pose  la  question 
des  injections  neurolytiques  ou  des  radicotomies  plus  ou  moins  completes. 
II  existe,  en  outre,  une  forme  qu’il  importe  de  reconnaitre,  justement  pour 
ne  pas  lui  appliquer  les  traitements  precedents,  c’est  la  sympathalgie  contre 
laquelle  il  convient  d’associer  a  la  radiotherapie  et  a  la  reflexotherapie  les 
procedes  babituels  de  suggestion  employes  chez  les  nevropathes. 

P.  Carrette. 

Nevralgie  du  glosso-pharyngien  et  son  traitement,  par  D.  Petit-Dutaillis 
et  P.  Schmite.  Gazette  Medicate  de  France  et  des  Pays  de  Langue  francaise, 
n°  3,  pp.  95-99,  ler  fevrier  1935. 

L’etude  elinique  de  la  nevralgie  du  glosso-pharyngien  et  les  resultats  des 
neurotomies  ou  des  radicotomies  ont  permis  de  preciser  le  role  et  la  distri¬ 
bution  pour  certains  rameaux  de  la  IX6  paire  cranienne,  qui  assure  la  sen- 
sibilite  pharyngee,  partiellement  sa  motricite,  le  sens  gustatif,  la  secretion 
salivaire  et  la  voie  de  certains  reflexes,  tel  le  reflexe  nauseeux. 


P.  Carrette. 


ANALYSES 


673 


ANATOM  IE 

Degenerescence  amyloide  de  la  cellule  nerveuse  :  les  corpuscules  spheru- 
laires  amyloides  (Huit  mierophotos)  par  L.  Marchand.  Ann.  d'anat.  path, 
et  d’anat.  norm.  mid.  chir..  janvier  1935,  p.  1. 

Les  corpuscules  amyloides  intracellulaires,  decrits  d’abord  par  Lafora, 
ont  et6  observes  dans  les  syndromes  myocloniques.  Dans  le  cas  d’epilepsie 
myoclonique  etudie  par  1’auteur,  ils  sont  peu  nombreux  dans  l’ecorce 
cerebrale,  les  noyaux  caudes,  les  putamens,  le  bulbe  et  la  moelle. 

Dans  l’ecorce  cerebelleuse,  on  ne  les  observe  que  dans  la  couche  des  cel¬ 
lules  de  Purkinje  et  dans  la  couche  granuleuse.  Par  contre,  ils  sont  tres 
nombreux  dans  les  couches  optiques,  les  noyaux  denteles  du  cervelet  et  le 
locus  niger. 

Ils  revetent  deux  formes,  l’une  homogene,  l’autre  concentrique.  II  s’agit 
d’un  processus  degeneratif  qui  entraine  la  disparition  lente  de  la  cellule 
nerveuse  sans  neurophagie,  sans  reaction  nevroglique  ou  microglique. 

L.  M. 


Nouveau  procede  de  topographic  cranio-encephalique,  par  V.  Bertola. 

Ann.  d'anat.  path,  et  d'anat.  norm.  med.  chir.,  n°  19,  decembre  1935,  p.  1001. 

La  ligne  medio-sagittate,  allant  du  point  sous-nasal  a  Pinion,  est  divisee 
en  deux  et  sa  rnoitie  posterieure  est  subdivisee  en  trois  parties  egales. 

Chaque  tiers,  uni  au  tubercule  retro-orbitaire,  determine  les  lignes  : 
rolandique,  sylvienne  et  temporo-sinusale. 

La  scissure  de  Rolando  correspond  aux  deux  tiers  superieurs  de  la  ligne 
rolandique.  La  scissure  de  Sylvius  correspond  aux  deux  tiers  inferieurs  de 
la  ligne  sylvienne  (en  partant  de  l’intersection  de  cette  ligne  avec  une  per- 
pendiculaire  elevee  du  milieu  de  l’arcade  zygomatique) .  A  ce  point  d’in- 
tersection,  on  trouve  aussi  la  branche  anterieure  de  Partere  meningee 
moyenne. 

La  portion  transversale  du  sinus  lateral  correspond  au  tiers  posterieur 
de  la  ligne  temporo-sinusale. 

La  branche  moyenne  de  Partere  meningee  moyenne  se  trouve  a  la  limite 
du  tiers  inferieur  et  du  tiers  moyen  de  la  ligne  rolandique. 

L.  Marchand. 

Zone  de  jonction  myoneurale  ou  plaque  motrice  a  l’etat  normal  et  dans 

quelques  cas  pathologiques,  par  R.  Noel  et  B.  Pomme.  Ann.  d'anat.  path. 

et  d’anat.  norm.  med.  chir.,  juin  1935,  p.  621. 

La  plaque  motrice  apparait  aux  auteurs  comme  une  fibre  nerveuse  com¬ 
plete,  etalee  avec  tous  ses  elements  constitutifs  a  la  surface  de  la  fibre  mus- 
culaire  ;  elle  est  est  une  edification  nerveuse  et  non  une  simple  zone  mus- 
culaire  de  reception  pour  la  terminaison  du  nerf. 

La  zone  de  jonction  myoneurale  a  l’etat  pathologique  peut  presenter  : 

1°  des  modifications  du  chondriome  sans  alterations  musculaires  (poly- 
nevrite  post-diphterique,  syndrome  parkinsonien,  sclerose  en  plaques  ; 

2°  des  alterations  du  chondriome,  allant  jusqu’k  la  disparition  de  ce 

Ann.  MEn.-PSYCH.,  XVe  serie,  94“  annee,  t.  I.  —  Avril  1936.  43. 


674 


ANALYSES 


dernier  avec  alteration  qualitative  de  Certaines  fibres  musculaires  [sequel- 
Ies  de  paralysie  post-serotherapique,  myopathies  atrophiques  progressives, 
myopathies  pseudo-hypertrophiques,  sequelles  de  poliomyelite  anterieure 
aigue]. 

L.  Marchand. 

Sur  le  mode  de  terminaison  des  nerfs  sympathiques.  Donnees  experimen- 
tales,  par  C.  Ungar.  Soc.  anat.,  4  avril  1935.  Ann.  d'anat.  path.,  avril  1935, 
p.  473. 

Le  sympathique  semble  posseder  une  action  double  :  excitatrice  et  inhi- 
bitrice. 

La  section  et  la  regenerescence  des  nerfs  sympathiques,  non  seulement 
n’entrainent  pas  la  paralysie  des  organes,  mais  l’automatisme  de  ceux-ci  est 
exalte.  L’etude  de  l’inversion  d’action  de  l’adrenaline  et  du  sympathique 
permet  de  concevoir  l’appareil  de  transmission,  appareil  intermediate  qui 
mettrait  en  relation  chaque  neurone  sympathique  avec  un  appareil  excita- 
teur  et  un  appareil  inhibiteur.  Au  moment  de  l’excitation  des  nerfs,  les  deux 
appareils  seraient  stimulus,  mais  a  des  degres  divers. 

L.  Marchand. 


Sur  les  rapports  des  appareils  peripheriques  vasodilatateurs  avec  les 
terminaisons  nerveuses  sensitives  d’apres  la  conception  de  la  transmis¬ 
sion  humorale  histaminique,  par  C.  Ungar.  Soc.  anat.,  2  mai  1935.  Ann. 
d'anat.  path.,  mai  1935,  p.  586. 

En  dehors  de  ses  deux  systemes,  sympathique  et  para-sympathique,  l’ap¬ 
pareil  nerveux  de  la  vie  vegetative  comprend  une  troisieme  categorie  d’ele- 
ments  encore  inconnus,  dont  l’importance  physiologique  et  pathologique 
est  considerable. 

Le  premier  fait  est  la  vasodilatation  consecutive  a  l’excitation  du  bout 
peripherique  des  racines  posterieures,  le  stimulus  etant  conduit  dans  le 
sens  oppose  a  celui  de  l’influx  habituel.  Le  second  fait  est  l’existence  de 
phenomenes  reflexes  au  niveau  d’organes  prives  de  leur  connexion  avec 
des  centres  nerveux  connus.  Ces  influx  dits  «  antidromiques  »  seraient 
conduits  par  des  elements  speciaux.  En  agissant  sur  le  bout  peripherique 
d’un  nerf  sensitif  tel  que  le  nerf  crural  du  chien,  l’auteur  a  constate  la 
mise  en  liberte  de  l’histamine,  qui  constituerait  ainsi  l’agent  de  transmis- 
mission  neuro-humoral  de  ces  phenomenes  paradoxaux. 

L.  MarChand. 


Physiopathologie  et  syndromes  anatomo-cliniques  du  lobe  parietal  (Fisio- 
patologia  y  sindromes  anatomo-clinicos  del  lobulo  parietal),  par  Koque 
Orlando.  La  Semana  Medica,  n°  2138,  pp.  11-29,  3  janvier  1935. 

II  est  difficile  de  presenter  des  syndromes  precis  en  rapport  avec  des  lesions 
circonscrites  du  lobe  parietal.  La  systematisation  fonctionnelle  de  cette 
region  est  encore  trop  peu  connue  dans  certaines  zones.  On  differencie  les 
lesions  du  pli  courbe,  de  l’artere  du  sillon  inter-parietal,  de  la  region  insulo- 
capsulaire,  etc.,  mais  il  est  probable  qu’elles  correspondent  a  des  syndromes 
d’attente.  Plus  fecondes  en  resultats  d’ensemble,  les  recherches  sur  la  valeur 
de  certains  centres  et  de  certains  faisceaux  dissociation  paraissent  devoir 


ANALYSES 


675 


aboutir  a  fixer  le  mecanisme  des  agnosies  motrices  denommees  apraxies  et 
dyspraxies,  en  particulier  de  celles  qui  proviennent  de  troubles  des  represen¬ 
tations  visuelles,  les  apraxies  optiques. 

P.  Carrette. 

L’hypothalamus  chez  l’homme  et  chez  le  chien,  par  G.  Koussy  et  M  .  Mosin- 
gek.  Revue  Neurologique.  T.  LXIII,  n1  1,  pp.  1-35,  Janvier  1935. 

Le  point  de  vue  embryologique  du  probleme  de  1’hypothalamus  a  ete 
expose  par  MM.  Roussy  et  Mosinger  a  la  XIVe  Reunion  Neurologique  inter- 
nationale  (5-6  juin  1934).  Cette  etude  aboutit  a  la  separation  de  la  region 
sous-optique  en  2  parties,  1’hypothalamus  proprement  dit  et  la  serie  des 
noyaux  internes  et  preoptiques  d’origine  telencephalique.  L’importance  des 
discussions  ouvertes  depuis  15  ans  sur  la  physiologique  des  regions  sous- 
optiques,  peri-ventriculaires  et  infundibulo-tuberiennes  justifie  pleinement 
les  travaux  d’anatomie  comparee  destines  a  preciser  la  constitution  de 
1’hypothalamus  chez  l’homme  et  chez  les  animaux  choisis  par  les  experi- 
mentateurs  pour  etayer  leurs  theories.  II  y  a  certes  des  differences  structu- 
rales  evidentes,  mais  1’analogie  est  frappante  entre  les  connexions  de  1’hypo- 
thalamus  humain  et  celles  du  chien,  analogie  qui  autorise  l’application  a 
la  pathologie  des  resultats  obtenus  par  les  recherches  experimentales. 

P.  Carrette. 

Les  alterations  des  noyaux  de  la  base  et  de  1’hypothalamus  dans  l’alcoo- 
lisms  (Circa  le  alterazioni  dei  nuclei  della  base  e  eH’ipotalamo  nell’alcoolismo 
cronico),  par  A.  Cacchione  (dome),  Rivista  di  Neurologia,  octobre  1935, 
p.  620  a,  638. 

Reprenant  les  etudes  de  Gamper  et  Neubiirger,  l’auteur  a  procede  a  un 
examen  histologique  des  noyaux  de  la  base  et  de  1’hypothalamus  de  six 
alcooliques  chroniques  (delirium  tremens,  demence  alcoolique,  etats  confu- 
sionnels).  II  a  trouve,  comme  Marchand  et  Courtois  qui  ne  sont  pas  cites, 
des  alterations  dans  le  thalamus  (intense  proliferation  nevroglique).  II  a 
note  egalement  des  lesions  des  tubercules  quadrijumeaux  et  dans  le  pal¬ 
lidum,  mais  en  revanche,  contrairement  aux  recherches  de  Neubiirger,  il 
n’a  pas  rencontre  de  lesions  des  corps  mamillaires. 

Henri  Ey. 


Note  sur  les  faits  anatomo-cliniques  concernant  les  centres  cortico-ocu- 
logyres,  par  G.-E.  Jayle.  Soc.  anat.  4  Juillet  1935  et  Ann.  d'anat.  path., 
juillet  1935,  p.  878. 

Les  classiques  admettent  deux  centres  cerebraux  ayant  pour  role  de 
commander  aux  mouvements  conjugues  des  globes  oculaires  : 

1°  un  centre  frontal  siegeant  dans  la  region  du  pied  de  la  2e  circon- 
volution  frontale  ; 

2°  un  centre  occipital.  L’existence  d’un  troisieme  centre  au  niveau  du 
pli  courbe  a  ete  admise  egalement.  Passant  en  revue  les  faits  anatomo- 
cliniques,  les  faits  physiologiques,  l’auteur  conclut  que  la  theorie  clas- 
sique  des  centres  oculogyres  est  fausse. 


L.  Marchand. 


676 


ANALYSES 


Contribution  a  l’etude  anatomo  et  physio-pathologique  des  infarctus  du 
poumon  d’origine  embolique.  Le  role  du  systeme  nerveux  vaso-moteur, 
par  J.  Delarue,  L.  Justin  Besancon  et  P.  Bardin.  Ann.  d’anat.  path,  et 
d'anat.  norm,  medic,  et  chir.,  juin  1935,  p.  681. 

Production  experim,entale  chez  le  chien  d’infarctus  pulmonaires  par 
l’introduction  dans  la  veine  jugulaire  de  corps  embolisants  (perles  d’email, 
perles  de  paraffine). 

L’existence  tres  precoce  de  phenomenes  d’cedeme,  de  diapedese  leuco- 
cytaire,  de  metamorphose  macrophagique  et  de  multiplication  des  elements 
parieto-alveolaires,  Pinflltration  hemorragique  de  la  paroi  des  vaisseaux 
dans  le  territoire  de  l’infarctus  plaident  en  faveur  de  la  survenue  brusque 
d’une  vaso-dilatation  capillaire.  La  section  du  tronc  vago-sympathique  gau¬ 
che  chez  le  chien,  la  section  unilaterale  dn  pneumogastrique,  du  sympa- 
thique  et  des  nerfs  de  Lyon  chez  le  lapin,  la  section  chez  le  lapin  du 
pneiimo-gastrique  au  cou  et  l’excitation  chimique  du  tronc  du  sympa- 
thique  cervical  peuvent  provoquer  de  veritables  foyers  apoplectiques.  Les 
auteurs  trouvent  dans  ces  faits  un  argument  en  faveur  de  la  these  que  l’in- 
flltration  hemorragique  du  parenchyme  pulmonaire  est  surtout  l’effet  d’une 
brusque  vaso-dilatation  capillaire,  d’origine  nerveuse,  reflexe,  dans  un  ter¬ 
ritoire  limite.  L  Marchand. 

Un  cas  de  paraplegie  obstetricale  avec  myelomalacie,  par  G.  Hcerner.  Ann. 
d’anat.  path,  et  d'anat.  norm.  med.  chir.,  n°  19,  decembre  1935,  p.  1049. 

La  dystocie  matemelle  ou  foetale  conduit  tres  frequemment  a  l’hemorra- 
gie  meningee  chez  l’enfant.  Les  lesions  medullaires  sont  rares.  Bans  cette 
observation  de  paraplegie  post-obstetricale,  la  survie  fut  d’un  mois.  Les 
differents  etages  de  la  moelle  etaient  atteints,  d’une  part  par  des  sequelles 
d’hemorragies  meningees,  d’autre  part  par  une  necrose  des  cordons  poste- 
rieurs  et  une  destruction  complete  de  la  moelle  dorsale  terminale  et  de 
la  moelle  lombaire. 

L’auteur  admet  que  la  myelomalacie  est  d’origine  ischemique  ;  l’ischemie 
serait  due  a  Petranglement  des  vaisseaux  nourriciers  par  la  sclerose, 
sequelle  d’hemorragies  obstetricales.  L’etude  de  ces  lesions  fait  penser  a  la 
possibilite  d’un  lien  genetique  entre  ces  necroses  systematisees  et  certaines 
syringomyelies. 

L.  Mahchand. 

Contribution  a  la  pathologie  de  la  dure-mere  spinale  (Hematome  et 
pachy-meningite  interne  spinaux),  par  E.  Rutishauer.  Ann.  d’anat.  path, 
et  d’anat.  norm.  med.  chir.,  janvier  1935,  p.  51. 

Etude  de  trois  cas  comparables  d’affections  dure-meriennes.  Dans  le  pre¬ 
mier,  hematome  dure-merien  en  voie  de  resorption  survenu  chez  un  nou- 
veau-ne  des  apres  l’accouchement  ;  aucune  lesion  apparente  des  meninges 
ou  des  arteres.  Dans  le  second,  pachy-meningite  chronique  des  lames  cere¬ 
brate  et  spinale  chez  une  flllette  de  neuf  mods.  Dans  le  troisieme,  hemorra- 
gie  developpee  au  niveau  de  la  queue  de  cheval  chez  une  femme  de  62  ans 
et  due  a  une  pachymeningite.  Discussion  sur  les  diagnostics  d’hematome 
sous-dural  (traumatique)  et  de  pachymeningite  vraie. 


L.  Marchand. 


ANALYSES 


677 


Quelques  considerations  sur  les  elements  constitutifs  d’un  adeno-epithe- 
liome  metastatique  de  la  dure-mere.  R61e  de  la  microglie,  par  G.  Mari- 
nesco  et  M.  Goldstein.  Ann.  d’anat.  path,  et  d’anat.  norm.  mid.  chir . , 
fevrier  1935,  p.  101. 

Tumeur  metastatique  de  la  dure-mere  d’un  aspect  adeno-epitheliomateux, 
chez  une  femme  qui  avait  ete  operee  quelques  annees  auparavant  pour  un 
neoplasme  du  sein.  L’etude  histologique  de  la  tumeur  mOntre  la  presence 
de  la  microglie  dans  ce  neoplasme,  qui  n’a  pas  son  point  de  depart  dans  la 
substance  cerebrale. 

Cette  constatation  plaide  en  faveur  de  l’opinion,  d’apres  laquelle  la  micro¬ 
glie  est  d’origine  mesodermique  et  a  un  pouvoir  migrateur. 

L.  Marchand. 

Toutes  les  meningites  :  generates,  idiopathiques  —  partant  les  meningites 
epidemiques,  purulentes  simples  et  tuberculeuses  —  sont  plexogenes 
par  K.  Lewkowicz.  Bulletin  international  de  t’Academie  Polonaise  des  sciences, 
et  des  lettres,  n°*  3-4,  1935,  p.  69-S8. 

Se  basant  sur  l’examen  des  preparations  provenant  de  deux  cas  tres  pre- 
coces  de  meningite  epidemique,  puis  sur  quelques  cas  de  meningite  puru- 
lente  simple,  enfm  sur  les  lesions  constatees  dans  un  cas  de  meningite 
tuberculeuse,  l’auteur  arrive  aux  conclusions  suivantes  :  Les  meningites 
cerebro-spinales  generates,  idiopathiques,  c’est-a-dire  les  meningites  se  deve- 
loppant  par  suite  de  la  dissemination  des  microbes  par  voie  sanguine,  sont 
la  consequence  de  devolution  dans  les  plexus  choroides  de  petits  foyers 
metastatiques  s’ouvrant  ensuite  dans  la  lumiere  des  ventricules  et  ense- 
mengant  ainsi  les  microbes  dans  le  liquide  cephalo-rachidien,  qui  les 
emporte  et  les  dissemine  dans  1’espace  sous-arachnoidien.  Entrent  avant 
tout  en  ligne  de  compte  les  foyers  metastatiques  se  formant  primitivement 
comme  thrombus  infectieux  de  petits  v-aisseaux  dans  les  villosites,  car  ils 
peuvent  s’ouvrir  presque  immediatement  apres  leur  formation.  Des  foyers 
semblables,  issus  de  petits  vaisseaux  de  la  base  des  plexus,  sont  beaucoup 
moins  nombreux  et  l’ouverture  de  l’abces  dans  les  ventricules  survient 
alors  relafivement  tard. 

La  source  principale  de  1’ensemencement  des  bacilles  dans  la  meningite 
tuberculeuse  git  dans  les  tubercules  des  villosites  qui  subissent  une  disin¬ 
tegration  tres  rapide  pendant  laquelle  on  voit  se  detacher  du  tubercule,  non 
seulement  des  lambeaux  de  son  tissu,  mais  encore  des  cellules  geantes  tout 
entieres. 

Dans '  cette  pathogenie  des  meningites,  il  devient  tout  a  fait  superflu 
d’admettre,  ou  une  susceptibilite  speciale  des  meninges  pour  l’infection,  ou 
une  affinite  elective  des  microbes  pour  les  meninges. 

Fribourg-Blanc. 

Les  plexus  choroides  dans  la  paralysie  generale,  par  M.-B.  Ubaldo.  Rasse- 
gna  di  Studi  Psichiatrici,  janvier  1935. 

L’auteur  a  examine  les  plexus  choroides  de  quinze  paralytiques  generaux. 

II  y  a  remarque  des  lesions  tres  caracteristiques  et  specialement  une  infil¬ 
tration  avec  presence  d’une  tres  grande  quantite  de  plasma-cellules  ainsi 
qu’une  grande  quantite  de  pigment  ferrique  qu’on  trouve  dans  le  tissu 


678 


ANALYSES 


conjonctif  et  dans  les  cellules  epitheliales.  Dans  deux  cas,  il  a  constate 
une  veritable  soudure  entre  les  plexus  choroi'des  et  la  paroi  du  ventricule. 

P.  Abkly. 

A  propos  de  la  distribution  des  pigments  neuroferriques  dans  l’encephale 
des  paralytiques  generaux  (Circa  la  distribuzione  dei  pigmenti  nem oosidti i- 
uici  nell’encefalo  dei  dementi  paralitici),  par  Carlo  Panara  (Rome).  Hivista  di 
ncurologia,  aout  1935,  p.  439  a  455. 

Ces  pigments  se  trouvent  dans  la  paralysie  generale  en  grande  abon- 
dance  dans  l’ecorce  et  en  moindre  quantite  dans  les  noyaux  de  la  base  ;  par- 
fois,  mais  tres  rarement  dans  le  cervelet,  la  protuberance  et  le  bulbe.  Les 
recherches  bien  conduites  et  clairement  exposees  ont  porte  seulement  sur 
cinq  cas.  L’article  est  interessant  par  l’expose  des  recherches  sur  le  fer 
dans  les  formations  nerveuses.  Henri  Ey. 

Les  particularites  anatomo-pathologiques  de  la  paralysie  generale 
etudiees  en  tenant  compte  des  formes  cliniques  et  de  l’impaludation 
(Die  pathologisch  anatomischen  Besonderheiten  der  progressiven  Paialyse 
unter  Beriicksichtigung  der  Klinischen  Befunde  und  der  Malariabchandlung 
540  cas),  par  M.  Gurewitsch  (de  Moscou).  Archives  Suisses  de  Neuroloyie  et 
de  Psychiatric ,  XXXV,  2,  1935. 

Les  recherches  anatomopathologiques  sur  la  paralysie  generale  ont  ac¬ 
quis  une  actualite  nouvelle  due  a  sa  transformation  clinique  manifeste  et 
aux  repercussions  profondes  qu’ont  sur  sa  formule  lesionnelle  les  metho- 
des  modernes  de  son  traitement,  l’impaludation  en  particulier.  Depuis  des 
annees  l’auteur  a  pratique  l’examen  histologique  des  cerveaux  de  tous  les 
malades  decedes  a  l’asile  d’alienes  Kaschtschenko,  de  Moscou.  Ainsi  aucuu 
cas  de  paralysie  generale,  y  compris  les  plus  atypiqUes,  n’a  echappe  au 
diagnostic  anatomo-pathologique.  Les  resultats  demontrent  les  rapports 
etroits  qui  existent  entre  l’aspect  des  lesions  et  les  formes  cliniques.  A 
chacune  de  ces  formes,  ainsi  qu’aux  differents  degres  d’intensite  du  pro¬ 
cessus  clinique,  repond  un  type  lesionnel  ;  aux  aspects  atypiques  corres¬ 
pond  une  image  anatomo-pathologique  atypique.  Toutefois  cette  regie 
comporte  des  exceptions.  II  faut  penser  a  l’influence  sur  1’aspect  des 
lesions  de  ces  recrudescences  hrusques  du  processus  avant  la  mort,  et  a 
celle  qu’ont  sur  1’aspect  clinique  des  facteurs  autres  que  la  meningo- 
encephalite  elle-meme  :  etat  somatique,  personnalite  prepsychotique,  etc. 
Quant  a  1’impaludation,  elle  fait  devier  le  processus  anatomo-pathologique 
dans  un  sens  atypique  autant  qu’elle  deforme  1’evolution  clinique.  Mais 
des  discordances  sont  constatees  ;  l’intensite  et  1’aspect  des  lesions  trou- 
vees  ont  ete  parfois  en  disaccord  avec  le  resultat  du  traitement. 

E.  Bauer. 

Contribution  clinique  et  anatomique  a  l’etude  de  la  maladie  de  Pick 
(Klinische  und  anatomische  Beitrage  zur  Pickschen  Krankheit),  par  E.  Becker. 
Monatsschrift  fur  Psijchiatrie  und  Neurologic,  Vol.  92,  2,  1935. 

L’auteur  rapporte  une  observation  de  maladie  de  Pick,  avec  lesions  dif¬ 
fuses  de  toute  l’ecorce  et  des  noyaux  gris  ;  les  lesions  sont  toutefois  plus 
intenses  dans  les  lobes  frontaux  et  temporaux  ;  des  phenomenes  logocloni- 


ANALYSES 


679 


ques  tres  prononces  sont  en  rapport,  probablement,  avec  la  destruction  pres- 
que  entiere  du  noyau  caude.  II  s’agissait  d’un  sujet  de  80  ans  ;  la  maladie 
avait  evolue  depuis  douze  ans.  L’auteur  oppose  a  cette  observation  une 
autre  avec  atteinte  exclusive  des  lobes  temporaux.  II  insiste  sur  la  nature 
specifique  des  lesions  de  la  maladie  de  Pick,  maladie  autonome. 

E.  Bauer. 

Anatomie  pathologique  du  parkinsonisme  post-encephalitique,  par  S. 

Messing  ( Nowing  Psychjatryczne,  T.  XU,  fasc.  1-1,  1935). 

En  se  basant  sur  un  materiel  de  7  cas  de  parkinsonisme  post-encepbali- 
tique,  1’auteur  etudie  1’anatomie  pathologique  de  cette  affection.  11  conclut 
que  les  lesions  sont  les  plus  accentuees  au  niveau  du  locus  niger  et  peu- 
vent  aller  jusqu’a  la  destruction  cellulaire  complete.  Le  pallidum,  la  region 
sous-thalamique,  les  centres  vegetatifs  du  3e  ventricule,  le  neostriatum, 
les  noyaux  de  la  IIP  et  IVe  paire,  le  faisceau  longitudinal  posterieur,  les 
noyaux  vegetatifs  de  la  X°  paire,  et  certains  points  bulbaires  sont  moins 
atteints.  Les  olives  bulbaires  et  le  cerv'elet  presentent  souvent  des  lesions. 
Par  contre,  le  cortex  est  relativement  epargne.  Les  infiltrations  peri-vascu- 
laires  indiquent  que  le  processus  inflammatoire  n’est  pas  eteint. 

Fribourg-Blanc. 


BIOLOQIE 


Le  sommeil  et  la  veille  au  cours  du  cycle  vital  de  l’homme,  par  le  Prof. 

J.  Mazurkiewicz.  Rocznik  Psychiairyczny,  T.  XXV,  1935,  p.  37-53. 

Le  sommeil  presque  continuel  du  nouveau-ne  est  le  prolongement  de 
l’etat  foetal.  Le  nouveau-ne  ne  sort  de  cet  etat  de  sommeil  qu’a  la  suite 
de  Faction  de  stimuli,  qui  peuvent  etre  bien  differents  quant  a  leur  ori- 
gine,  mais  qui  tous  ont  un  caractere  commun  :  ils  sont  toujours  desagrea- 
bles.  L’enfant  se  reveille  quand  son  «  centre  thalamique  de  l’affectivite  pro- 
topathique  »  (Head)  est  mis  en  jeu  par  ces  stimuli.  L’action  de  ce  centre 
est  done  opposee  a  l’action  inhibitrice  des  centres  hypnogenes  et  si,  pour 
provoquer  l’etat  de  veille  chez  l’enfant  dont  l’ecorce  cerebrale  est  encore 
inactive,  il  n’y  a  qu’un  seul  mecanisme,  celui  de  l’action  des  stimuli  desa- 
greables,  pour  provoquer  chez  lui  le  sommeil  il  y  a  deux  mecanismes  : 
Paction  des  centres  hypnogenes  d’un  cote  et  l’inhibition  du  centre  thalami¬ 
que  de  l’autre.  G’est  pourquoi  l’anencephale  decrit  par  Edinger  et  Fischer, 
chez  qui  les  couches  optiques  faisaient  defaut,  ne  sortait  pas  de  l’etat  de 
sommeil. 

L’activite  psychique,  e’est-a-dire  l’activite  de  Pecorce  cerebrale,  devient, 
au  cours  de  son  evolution,  le  deuxieme  facteur  energetique  qui  peut  s’op- 
poser  a  Paction  des  centres  hypnogenes.  Ce  n’est  plus  l’affectivite  poroto- 
pathique,  mais  l’affectivite  intellectualisee  qui  entre  ici  en  jeu  comme  une 
nouvelle  force  antagoniste  de  Paction  inhibitrice  des  centres  hypnogenes. 
C’est  done  l’activite  centrale  qui  raccourcit  les  periodes  de  sommeil,  pro- 
longe  les  periodes  de  veille  et  change,  au  cours  du  cycle  vital  de  l’homme, 
le  rythme  polyphasique  de  ces  etats  de  l’enfance  en  rythme  monophasique 
chez  l’homme  adulte. 


Fribourg-Blanc. 


ANALYSES 


Nouvelles  recherches  experimentales  sur  les  centres  encephaliques  de 
regulation  des  fonctions  vegetatives  (Ulteriori  ricerche  sperimentali  sui 
centri  encefalici  di  regolazione  delle  funzioni  vegetative),  par  L.  Riccitelli 
(Perouse).  Rivista  di  Palo.  nerv.  a  mentale,  mai-juin  1835,  p.  499  a  544. 

Travail  experimental  abondamment  illustre,  sur  les  centres  bulbo-mesen- 
cephaliques  et  dont  l’interet  principal  reside  dans  l’action  de  diverses 
substances  pharmacodynamiques  et  d’extraits  glandulaires  poites  directe- 
ment,  au  contact  des  formations  nerveuses.  Les  experiences  faites  par 
Riccitelli  et  ses  eleves  ont  porte  sur  des  lapins.  II  s’agissait  d’etablir  les 
modifications  de  la  motilite  gastrique,  des  electrocardiogrammes,  des  ele¬ 
ments  sanguins,  de  la  vites.se  de  sedimentation,  de  la  regulation  thermique, 
de  la  reserve  alcaline,  des  taux  de  calcium  et  de  potassium,  d’uree  et  de  la 
cholesterine  apres  des  interventions  traumatisantes  et  apres  des  injections 
sous-corticales  ou  transcerebrales  de  diverses  substances  (histamine,  adre¬ 
naline,  insuline,  thyroxine,  etc.).  Cette  serie  d’experiences,  interessante, 
comprend  egalement  l’etude  de  telles  alterations  sur  des  crises  anaphylac- 
tiques.  Ces  dernieres  recherches  ont  donne  des  resultats  negatifs.  Dans 
l’ensemble,  l’experimentation  exposee  dans  ce  travail  ne  manque  ni  d’ori- 
ginalite,  ni  de  fecondite.  Henri  Ey. 

Influence  du  systeme  vestibulaire  sur  la  pression  arterielle,  par  Rubinsztejn 
(H arszawskie  Czasopismo  Lekarskie,  T.  XII,  n°  35  du  19  Septembre  1935, 
p.  640-642,  et  h»  36  du  26  septembre  1935,  p.  665-668). 

En  conclusion  d’une  etude  experimentale  faite  sur  des  lapins,  Tauteur 
souligne  que  l’excitation  du  labyrinthe  par  le  courant  galvanique  ou  par 
un  facteur  calorique  produit  une  chute  transitoire  de  la  pression  arterielle. 
Cet  abaissement  de  la  pression  sanguine  se  produit  simultanement  avec  le 
nystagmus,  mais  persiste  plus  longtemps.  La  section  hilaterale  du  pneumo- 
gastrique  au  niveau  du  cou  n’abolit  pas  Taction  labyrinthique  sur  la  pres¬ 
sion  sanguine.  Fbibouhg-Blakc. 

Recherches  sur  le  metabolisme  chez  Phomme  avant  et  pendant  la  morphi- 
nisation  (Stoffwechseluntersuchungen  am  Menschen  vor  und  wahrend  der 
Morphinverabveichung),  par  H.  Birkhauser.  Archives  Suisses  de  Nsurologie  et 
de  Psychiatrie,  XXXV,  2,  1935. 

L’auteur  rapporte  les  resultats  de  ses  recherches  sur  5  malades,  alienes 
chroniques,  soumis  a  la  morphinisation  experimentale.  II  a  constate  les 
modifications  suivantes  :  hypoglycemie  insulinique  plus  intense  dans 
quatre  cas  ;  hyperglycemie  adrenalinique  diminuee  dans  trois  cas  ;  action 
albuminique  dynamique-specifique  fortement  diminuee  dans  deux  cas  ; 
glycogene  du  sang  augmente  dans  quatre  cas,  diminue  dans  un  cas  ;  elimi¬ 
nation  hydrique  renale  ralentie  dans  quatre  cas  avec  diminution  du  pou- 
voir  de  dilution  dans  tous  les  cas  ct  du  pouvoir  de  concentration  dans 
deux  cas.  Le  Ca  du  sang  a  ete  augmente  au  bout  de  4  mois.  Les  erythro¬ 
cytes  et  le  taux  de  l’hemoglobine  montrent  une  tendance  a  la  diminution. 

Le  poids  a  baisse  dans  trois  cas,  est  reste  stationnaire  dans  deux  cas.  Les 
resultats  n’ont  pas  ete  concluants  en  ce  qui  concerne  la  sedimentation  glo- 
bulaire,  la  glycemie  d’origine  alimentaire,  la  pression  du  sang. 

E.  Bauer. 


ANALYSES 


681 


Des  modifications  de  l’etat  affectif  en  cas  de  deviation  de  l’equilibre 
acidobasique  (Uber  Aenderungen  der  seelischen  Stimmungslage  bei 
Verschiebungen  des  Saurebasengleichgewichtes).  par  F.  Hoff.  Munchener 
medizidinische  Wochenschrift,  1935,  n»  37. 

Des  etats  d’acidose  d’origine  experimentale  ou  therapeutique  ont  ete 
accompagnes  de  phenomenes  marques  de  depression.  L’auteur  cite  entre 
autres  son  auto-observation.  Un  etat  d’alcalose  a  ete  accompagne  par  contre 
d’euphorie  et  d’excitation  psycho-motrice.  L’auteur  etablit  des  paralleles 
avec  les  manifestations  depressives  coexistant  avec  l’acidose  des  periodes 
premenstruelle  et  menstruelle  au  debut  et  des  maladies  febriles  a  la  periode 
d’etat,  et  avec  les  tendances  euphoriques  de  la  periode  de  convalescence  des 
maladies  febriles  qui  est  accompagnee  d’alcalose.  II  signale  les  rapports 
etroits  qui  existent  entre  l’acidose,  la  leucocytose  avec  neutrophilie,  l’ascen- 
sion  thermique  et  la  reaction  sympathicotonique  d’une  part,  l’alcalose, 
l’hypoleucocytose,  la  chute  thermique  et  la  vagotonie  d’autre  part.  Or  des 
phenomenes  de  cet  ordre  sont  observes  en  psychiatrie. 

E.  Bauer. 

Recherches  sur  la  reaction  de  Donaggio  en  psychiatrie,  par  G.  Cjafaloki. 
L'ospedale  Psychiatrico,  janvier  1935. 

D’apres  l’auteur,  la  reaction  de  Donaggio  (phenomene  d’obstacle)  est  posi¬ 
tive  dans  des  cas  tres  particuliers  de  maladies  mentales.  Elle  pourrait  ser- 
vir  dans  certains  cas,  et  en  particulier  dans  l’epilepsie,  a  depister  la  simu- 

La  reaction  de  Donaggio  dans  les  urines,  par  Ciampi  et  Bruno  (Renisla  de 
Medicina  legal  y  jariipradencia  medica.  Tome  I,  n«  3,  septi  mbre  1935). 

Le  professeur  Donaggio,  de  Modene,  a  presente  en  janvier  1931,  une  nou- 
velle  reaction  pouvant  se  pratjquer  sur  Purine,  le  liquide  cephalo-rachidien 
et  les  autres  liquides  organiques,  basee  sur  la  precipitation  d’un  colorant 
basique  d’aniline  sous  Faction  du  molybdate  d’ammonium.  Normalement, 
il  y  a  en  quelques  heures  action  precipitante  du  principe  colorant  et  le 
liquide  qui  surnage  est  completement  incolore.  Cependant,  dans  de  multi¬ 
ples  etats  pathologiques  accompagnes  en  particulier  d’un  processus  febrile. 
Paction  precipitante  du  molybdate  ne  se  produit  pas  et  Donaggio  a  donne 
a  cette  propriete  d’inhibition  le  nom  de  phenomene  d’obstacle. 

Apres  avoir  indique  la  technique  et  le  mecanisme  de  la  reaction,  les 
auteurs  rapportent  les  resultats  obtenus  sur  des  urines  provenant  de  sujets 
en  etat  de  profonde  preoccupation  emotionnelle,  de  joueurs  de  football,  d’ou- 
vriers  ma§ons  et  d’employes  aux  ecritures.  Le  phenomene  de  Donaggio  est 
constamment  positif  dans  les  urines  des  travailleurs  physiques  ;  l’inten- 
site  de  la  reaction  est  directement  proportionnelle  a  l’intensite  de  l’effort 
musculaire.  L’entrainement  attenue  Pintensite  de  la  reaction.  Les  etats 
emotifs  de  longue  duree  donnent  une  reaction  positive,  mais  son  intensite 
est  toujours  inferieure  a  celle  qui  s’observe  apres  une  fatigue  musculaire. 
On  peut  done  considerer  le  phenomene  d’obstacle  de  Donaggio  comme  un 
veritable  reactif  de  la  fatigue,  et  il  peut  etre  d’une  grande  utilite  en  mede- 
cine  sportive  comme  en  pedagogie.  Lauzif.r. 


ANALYSES 


Polyglobulie  et  psychonevroses  hysteriques,  par  G.  Bravetta.  Note  et  Revista 
di  Psychiatrici,  fevrier  1935. 

L’auteur  decrit  longuement  un  cas  clinique  chez  lequel  on  rencontre  une 
polyglobulie  et  un  syndrome  hysterique.  En  partant  de  cet  exemple  et  en 
rappelant  des  resultats  identiques  chez  d’autres  auteurs,  M.  Bravetta  emet 
l’hypothese  qu’il  existe  une  etiologie  unique  des  deux  entites  nosologiques 
et  qu’elle  reside  dans  l’alteration  des  noyaux  de  la  base. 

P.  Abely. 

Le  brome  sanguin  dans  les  psychoses  (Blood  Bromine  in  the  Psychoses),  par 
T.  J.  Hennely  et  E.  D.  Yates.  The  Journal  of  Menial  Science.  T.  LXXXI, 
n»  332,  pp.  173-183,  janvier  1935. 

La  valeur  de  la  recherche  du  brome  sanguin  n’est  pas  encore  nettement 
fixee.  Les  proportions  faibles  (0,6  a  2  mgr.  %),  l’extreme  variability  des 
quantites  contenues  dans  les  produits  alimentaires  ingerees  rendent  toute 
appreciation  delicate.  Chez  la  femme,  le  niveau  du  brome  peut  etre  extreme- 
ment  abaisse  (0,25)  en  dehors  de  tout  etat  pathologique.  D’ailleurs,  les 
modifications  du  taux  ne  sont  pas  en  correlation  avec  les  transformations 
mentales  bien  que  dans  la  plupart  des  cas,  ce  taux  soit  abaisse  dans  l’oligo- 
phrenie,  la  schizophrenic,  les  delires  chroniques  et  la  psychose  intermittente. 
Les  auteurs  notent  que  la  base  des  fluctuations  du  brome  n’est  pas  exo¬ 
gene,  mais  qu’elle  depend  du  mode  de  distribution  des  brpmures  dans  le 
sang  et  dans  les  tissus. 

P.  Cahrette. 

Les  variations  du  brome  sanguin  pendant  la  crise  oculogyre  du  parkin- 
sonisme  post-encephalitique  (II  comportemente  del  bromo  ematico  durante 
le  crisi  oculogire  del  Parkinson  post-encefalitico),  par  Giuseppe  Aragona 
(Reggio  Calabria).  Rivista  di  Pato-nevosa  e  mentale,  janvier-fevrier  1935, 
p.  64  a  68. 

Breve  note,  confirmant  les  recherches  de  Cutti  (1934).  Sur  deux  sujets  par- 
kinsoniens  post-encephalitiques,  l’auteur  a  dose  le  brome  sanguin  pendant 
les  crises  oculogyres.  II  a  trouve  une  hyperbromhemie  (7  au  lieu  de  ,6). 

Henri  Ey. 

L’augmentation  du  brome  sanguin  en  rapport  avec  les  crises  d’epilepsie, 
par  Giuseppe  Curti.  Rassegna  di  Studi  Psichiatrici,  fevrier  1935. 

L’auteur  aflirme,  comme  conclusion  a  des  travaux  anterieurs,  que  les 
modifications  du  brome  dans  le  sang  sont  reellement  associees  au  determi- 
nisme  des  crises  d’epilepsie. 

On  trouve  les  augmentations  considerables  de  brome  sanguin  pendant 
l’etat  de  mal  epileptique  et  dans  les  crises  oculogyres. 

P.  Abely. 

Le  metabolisms  de  l’eau  dans  l’epilepsie,  par  A.  Neri.  Rassegna  di  Studi 
Psichiatrici,  .janvier-fevrier  1935. 

Etudiant  1’epreuve  de  la  diurese  fractionnee,  l’auteur  arrive  aux  conclu¬ 
sions  suivantes  :  «  Les  troubles  de  l’elimination  de  l’eau  doivent  etre 


ANALYSES 


consideres  comme  des  sympathoses  secretaires  de  l’appareil  urmaire  ;  lls 
sont  insufflsants  pour  etre  consideres  comme  une  cause  etiologique  de  l’epi- 
lepsie,  cela  en  raison  de  leur  extreme  variability  d’un  jour  a  l’autre  chez 
le  meme  sujet  et  de  l’integrite  habituelle  de  l’appareil  renal  et  extra- 


La  methode  de  Hartung  pour  la  recherche  du  bacille  de  la  tuberculose 
dans  les  maladies  mentales,  par  A.  Anscuri.  Rassegna  di  Stuai  PsichialriCi, 
fevrier  1935. 

L’auteur  decrit  la  methode  de  Hartung,  qui  permet  la  recherche  du 
bacille  de  Koch  dans  1’eau  de  lavage  de  l’estomac.  Ce  procede  permet  de 
faire  d’utiles  recherches  bacteriologiques  chez  des  malades  mentaux  dont 
on  ne  peut  obtenir  d’expectoration. 

P.  Abkly. 

A  propos  de  la  valeur  des  variations  du  tryptophane  dans  le  serum  san- 
guin  des  malades  mentaux  (Circa  il  valore  del  comportamento  del  tripto- 
fauo  nel  siero  di  sangue  di  malati  mentaii)  par  Antonio  Campana  (Florence). 
Rivista  di  Pato  nervosa  e  meniale,  janvier-fevrier  1935,  p.  69  a  86. 

De  ses  recherches  methodiques  sut  le  taux  de  la  tryptophanhemie,  dose 
par  la  methode  de  Neri  et'ayant  porte  sur  43  sujets  normaux,  46  oonfus, 
29  dements  precoees,  52  maniaco-depressifs  et  48  paralytiques  generaux, 
l’auteur  parvient  aux  conclusions  suivantes  :  seuls  les  etats  confusionnels 
et  la  paralysie  generale  ont  modifie  la  valeur  du  sang  en  tryptophane  la 
paralysie  generale  notamment  parait  provoquer  les  taux  les  plus  eleves  (de 
0,15  a  0,20,  la  normale  etant  de  0,12  en  moyenne).  —  Le  taux  de  trypto¬ 
phane  n’aurait  pas  de  valeur  pronostique. 

Henri  Ey. 

Les  relations  entre  la  cholesterinemie  et  la  cholesterinorachie  (Uber  die 
Behiebungen  z  wichen  Blutcholesterin  und  Liquor  cholesterin),  parF.  Pi.aut 
et  H.  Rudy  (de  Munich).  Zeitsch .  f.  d.  g.  Neuro.  und  Psych.,  Tome  CXLVI, 
p.  262  a  276. 

De  diverses  epreuves  sur  la  permeabilite  meningee  et  la  comparaison  des 
variations  de  la  cholesterine  du  sang  et  du  liquide,  les  auteurs  eoncluent 
que  les  taux  pathologiques  de  cholesterinorachie  sont  imputables  aux  con¬ 
ditions  propres  du  systeme  nerveux  et  du  liquide,  independantes  de  la 
cholesterinemie. 

Henri  Ey. 


■Considerations  sur  le  taux  de  cholesterine  du  liquide  cephalo-rachidien 
(Unter  suchungen  uber  den  Cholesteringehalt  des  Liquor  cerebro-spinaiis), 
par  F.  Plaut  et  H.  Rudy  (Munich).  Zeitsch.  f.  d.  g.  Neuro.  und  Psych., 
Tome  CXLVI,  p.  229  a  261. 

Ce  travail,  conduit  avec  une  rigueur  scientifique  remarquable,  est  fonde 
sur  des  dosages  de  cholesterine  pratiques  par  une  methode  originale,  minu- 
tieusement  decrite,  sur  230  liquides.  Le  taux  normal  est  de  0,2  milligram- 


684 


ANALYSES 


mes  %.  Dans  les  affections  arteriopathiques  et  seniles  (22  cas),  il  y  a  aug¬ 
mentation  (jusqu’a  >0,5).  Dans  l’epilepsie  (28  cas),  seulement  dans  2  cas, 
il  y  a  eu  des  variations  au  cours  ou  apres  la  crise  (0,35-0,45)  chez  des  sujets 
qui  deja  dans  l’intervalle  des  crises  avaient  des  taux  de  0,4  et  0,3.  Dans  la 
schizophrenic  (34  cas),  legere  augmentation  (0,3  ou  0,35)  dans  7  cas.  Chez 
les  syphilitiques  (17  cas),  sans  alterations  de  la  formule  humorale,  taux 
normal,  legere  augmentation  chez  les  autres  (9  cas),  legere  augmentation 
dans  un  cas  jusqu’a  0,6).  Chez  les  paralytiques  generaux  non  traites  (28  cas), 
augmentation  chez  les  malarises  (11),  deux  seulement  avaient  un  taux 
un  peu  eleve.  Dans  dix  cas  de  tabes  legere  elevation.  Dans  cinq  cas  de  scle¬ 
rose  en  plaques,  taux  normal.  Dans  4  cas  de  tumeur  cerebrale,  forte  aug¬ 
mentation  ;  comme  dans  7  cas  de  meningite. 

Henri  Ey. 

Des  cellules  cancereuses  dans  le  liquide  cephalo-rachidien  (Uber  Karzi- 
nomzellen  im  Liquor  cerebrospinalis),  par  H.  Bertha.  Monatsschrift  fur 
Psychiatrie  u.  Neurologie ,  Vol.  91,  fasc.  I”,  1935. 

Dans  un  cas  de  cancer  metastatique  des  meninges  et  dans  un  autre  des 
centres  cerebraux,  le  liquide  cephalo-rachidien  s’est  montre  riche  en  cellu¬ 
les  cancereuses.  Celles-ci  n’apparaissent  dans  le  liquide  qu’a  un  stade 
avance  de  Devolution  du  cancer,  dont  la  propagation  par  voie  liquidienne 
ne  doit  etre  admise  que  dans  le  cas  de  l’extension  d’un  cancer  cerebral 
aux  meninges.  A  propos  de  trois  autres  cas,  l’auteur  discute  le  probleme 
de  la  production  des  metastases  encephaliques  et  meningees  des  cancers 
somatiques.  Les  voies  lymphatiques  peri  et  endoneurales  servent  de  voie 
de  propagation  jusqu’a  l’entree  du  canal  rachidien,  a  partir  de  la  e’est  la 
voie  sanguine  qui  est  empruntee. 

E.  Bauer. 

Recherches  electro-myographiques  dans  le  parkinsonisme  tRicerche  elet- 
tromiografiche  nel  parkinsonismo),  par  E.  Miserocchi  (Milan).  Rivisla  di 
neurologia,  octobre  1935,  p.  639  a  660. 

Les  experiences  ont  ete  pratiquees  a  l’aide  d’electrodes  coaxiales  en 
connexion  avec  des  appareils  ampliflcateurs  a  valvule  thermoionique  et 
avec  l’oscillographe  de  Matthews.  Leur  but  etait  d’etudier  l’activite  elec- 
trique  des  muscles  des  parkinsoniens.  L’article  contient  la  photographie  de 
25  electromyogrammes,  pris  sur  ie  triceps  et  quelques-uns  sur  le  biceps 
durant  les  diverses  phases  dp  la  contraction  (repos,  tremblement,  mouve- 
ments  volontaires).  Chez  le  parkinsonien,  qu’il  a  pu  observer  au  repos,  apres- 
qu’il  a  ete  invite  a  cesser  la  contraction  volontaire,  l’oscillographe  continue 
a  enregistrer  des  oscillations  rythmiques  de  potentiel  pendant  une  duree 
superieure  de  ce  qui  se  passe  chez  le  normal.  Parfois,  cette  «  activite  pos- 
thume  >>  se  prolonge  jusqu’a  deux  minutes.  La  confrontation  de  traces  obte- 
nus  pendant  le  tremblement  involontaire  et  ceux  de  la  contraction  volon¬ 
taire,  on  se  rend  compte  de  la  parfaite  analogie  (perfetta  soiniglianza)  des 
electrogrammes.  Cependant,  dans  le  parkinsonisme,  ces  manifestations  elec- 
triques  chez  le  sujet  normal  sont  l’expression  d’une  contraction  moderee 
qui  differe  du  tetanos  physiologique  seulement  par  1’intensite.  C’est  ce 
fait  qui  peut  sefvir  de  base  de  1’interpretation  du  tremblement.  Le  carac- 
tere  de  continuite  de  la  contraction  moderee  de  l’individu  normal  serait 


ANALYSES 


due  au  fait  que  dans  chaque  moment  du  temps  les  contractions  seraient  en 
nombre  suffisant  pour  maintenir  le  muscle  dans  une  position  determinee. 
Mais  si  dans  les  conditions  pathologiques  l’influx  tonique,  au  lieu  d’entrer 
en  action  phasique  dans  le  temps,  tend  a  se  synchroniser  le  caractere  de 
continuite  est  rompu.  Durant  la  contraction  volontaire  qui  abolit  le  trem- 
blement  parkinsonien,  l’entree  en  activite  de  nouvelles  unites  motrices  et 
l’augmentation  de  la  frequence  de  contraction  font  disparaitre  le  caractere 
discontinu.  L’£tude  de  l’hypertonie  musculaire  n’a  pas  pu  etre  abordee, 
elle  parait  constituer  une  forme  de  contraction  moderee,  l’assise  sur  laquelle 
s’inscriraient  les  secousses  du  tremblement.  L’auteur  de  ce  travail  metho- 
dique  qui  n’est,  dit-il,  qu’une  note  preliminaire,  donne  quelques  references 
bibliographiques  tres  recentes. 

Henri  Ey. 


THEiRAPEUTIQUE 

Une  methode  de  traitement  de  la  schizophrenie  par  l’insuline,  par 
L.  Baranowski,  J.  Borysowicz,  Marzynski,  A.  Ossendowski,  J.  Paradowski 
et  S.-T.  Witek  ( Warszawskie  Czasopismo  Lekarskie,  T.  XII,  n°s  29-30  du 
8  aout  1935). 

Essai  de  traitement  par  choc  insulinique  fait  sur  19  malades  atteints  de 
schizophrenie  avancee.  Chaque  malade  est  soumis  a  30  heures  environ  d’hypo- 
glycemie  avec  des  doses  moyennes  variant  de  100  a  150  unites.  La  methode 
peut  etre  dangereuse,  particulierement  dans  le  collapsus  convulsif,  mais  elle 
meriterait  d’etre  experimentee,  surtout  dans  la  schizophrenie  moins  dcses- 
peree  que  dans  les  cas  qui  ont  servi  aux  auteurs. 

Fhibourg-Blanc. 

Le  traitement  de  la  schizophrenie.  par,  l’insuline  (Die  insulinbehandlung 
der  schizophrenie),  par  H.  Strecker.  Munchener  medizinische  Wochenschrift, 
1936,  n«  16. 

L’auteur  resume  dans  cet  article  les  impressions  recueillies  pendant  un 
sejour  a  la  Clinique  psychiatrique  de  Vienne,  ou  la  methode  de  Sakel  est 
systematiquement  appliquee.  L’efficacite  de  la  methode  est  indiscutable.  La 
proportion  et  1’intensite  des  remissions  sont  frappantes.  Sur  102  malades 
traites  depuis  1933,  54  ont  pu  reprendre  leurs  occupations  professionnelles 
et  n’ont  pas  eu  de  l-echute.  Aucune  methode  de  traitement  de  la  schizo¬ 
phrenie  n’a  donne  des  resultats  comparables.  Les  risques  de  la  methode 
sont  minimes  a  condition  d’observer  toutes  les  precautions,  et  pour  cela  la 
lecture  du  travail  original  de  Sakel  est  indispensable.  Quant  au  meca- 
nisme  d’action  du  traitement,  il  est  encore  inconnu  ;  le  choc  proprement 
dit  ne  parait  pas  en  etre  le  facteur  essentiel. 

E.  Bauer. 

Le  traitement  de  la  schizophrenie  par  le  choc  hypoglycemique  (Scliizo- 
phrenietherapie  durch  hypoglykamischen  Schock),  par  W.  Ederle.  Munchener 
medizinische  Wochenschrift ,  1936,  n°  3,  p.  121. 

Les  premiers  essais  de  traitement  par  le  choc  insulinique,  chez  15  mala¬ 
des  de  la  Clinique  psychiatrique  de  Giessen,  ont  donne  des  resultats  encou- 


ANALYSES 


rageants  :  remissions  produites  avec  une  rapidite  frappante  dans  les  cas 
avec  debut  recent,  amelioration  appreciable  de  cas  pins  anciens,  sedation  de 
1’agitation,  suppression  rapide  de  la  stupeur.  Le  fond  mental  jse  modifie 
parfois  apres  quelques  chocs,  et  on  a  l’impression  que  l’hypothese  d’une 
desagregation  irreparable  de  la  personnalite,  chez  ces  malades,  est  efronee, 
Les  risques  du  traitement  out  ete  exageres,  les  accidents  sont  plus  faciles  a 
juguler  que  ceux  de  la  malariatherapie.  11  n’a  pas  ete  possible  d’expliquer, 
jusqu’ici,  le  mecanisme  d’action  du  choc  hypoglycemique.  Celui-ci  deter¬ 
mine  une  hypersecretion  du  liquide  cephalo-rachidien,  d’ou  hypertension 
intrarachidienne.  Les  taux  de  l’albumine  et  de  la  cholesterine  du  liquide 
sont  abaisses  en  mime  temps  que  celui  du  glucose.  (Resunje  d’une  commu¬ 
nication  a  la  Societe  de  Medecine  de  Giessen). 

E.  Bauer. 

Action  de  certains  medicaments  dans  la  schizophrenic  (On  the  Action 
of  Certain  Drugs  in  Schizophrenia),  par  H.  C.  Becci.e.  The  Journal  of  Menial 
Science.  T.  LXXXI,  n»  332,  p.  46-60,  janvier  1935. 

Les  hormones  sexuelles  et  l’yohimbine  administrees  a  des  schizophrenes 
des  deux  sexes  ont  donne  a  l’auteur  de  tres  appreciables  ameliorations  dans 
la  grande  majorite  des  cas.  L’effet  des  extraits  testiculaires  parait  plus 
variable  que  celui  de  la  folliculine.  Le  traitement  a  ete  applique  malgre 
1’absence  de  signes  manifestes  d’insufflsance  glandulaire  genitale.  11  n’y  a  pas 
eu  le  moindre  signe  d’intolerance  a  l’yohimbine.  La  medication  a  pu  etre 
ordonnee  par.  voie  orale,  sous-cutanee  et  intra-musculaire.  M.  Beccle  propose 
comme  moyen  de.  controle  biologique,  le  retour  a  ia  normale  de  1’index  du 
phosphore  sanguin,  frequemment  trop  eieve  dans  la  schizophrenie. 

P.  Carrette. 

Therapeutique  aspecifique  complete  dans  les  cas  de  confusion  mentale 
et  de  demence  precoce,  par  A.  Lasszea.  L’ospedale  Psichialrico ,  jan¬ 
vier  1935. 

L’auteur  montre  dans  de  tels  cas  l’avantage  de  l’emploi  successif  de  me- 
thodes  pyretogenes.  differentes.  II  utilise:  le  lait,  le  soufre,  le  manganese, 
les  derives  bactericides,  —  parfois  l’association  de  plusieurs  de  ces  methodes 
—  et  cela  chez  le  meme  malade.  II  obtient  ainsi  de  tres  interessants  pour- 
centages  de  guerisons  et  d’ameliorations. 

P.  Abely. 

Le  traitement  des  troubles  mentaux  de  l’alcoolisme  par  la  strychnine, 
par  L,  Corman  et  Paul  Horveno.  Gazette  medicate  de  Nantes,  1='  janvier  1935. 

Les  excellents  resultats  donnes  par  les  injections  de  strychnine  —  de 
8  a  12  mmgr.  par  24  heures  —  dans  les  accidents  de  l’alcoolisme  ont  ete 
verifies  par  MM.  Corman  et  Horveno.  Les  troubles  mentaux  temoignent 
de  l’etat  d’epuisement  du  systeme  nerveux  que  la  strychnine  combat.  II 
faut  s’attendre  a  d’heureux  effets  dans  les  manifestations  toxiques,  telles 
que  le  delirium  tremens,  mais  l’echec  est  inevitable  dans  les  cas  anciens 
avec  atteintes  viscerales  multiples  et  lesions  cerebrales  importantes. 

P.  Carrette. 


VARIETES 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Seances 

La  seance  supplementaire  du  mois  de  mai  de  la  Society  Medico-psycho- 
logique,  seance  exclusivement  reservee  a  des  presentations,  aura  lieu  le 
jeudi  U  mai  1936,  a  9  heures  30  tres  precises,  a  l’Hopital  Henri-Rousselle, 
1,  rue  Cabanis,  a  Paris  (XlVe  arrondissement),  dans  P  Amphitheatre  du 
Pavilion  Magnan. 

La  stance  ordinaire  du  mois  de  mai  de  la  Societe  MSdicd-psychologique 
aura  lieu  le  lundi  25  mai  1936,  a  4  heures  tres  precises,  au  siege  de  la 
Societe,  12,  rue  de, Seine,  a  Paris  (VI8  arrondissement). 

Le  diner  annuel  de  la  Societe  Medico-psychologique  aura  lieu  apres  la 
seance  du  lundi  25  mai  1936. 

La  seance  supplementaire  du  mois  de  jura  de  la  Societe  Medico-psycho¬ 
logique,  seance  exclusivement  reservee  k  des,  presentations,  aura  lieu  le 
jeudi  11  juin  1936,  a  9  heures  30  tres  precises,  a  l’Asile  Clinique  (Sainte- 
Anne),  1,  rue  Cabanis,  a  Paris  (XIV8  arrondissement),  dans  l’Amphitheatre 
de  la  Clinique  de  la  Faculte. 

La  seance  ordinaire  du  mois  de  juin  de  la  Societe  Medico-ipsychologique 
aura  lieu  le  lundi  22  juin  1936,  a  4  heures  tres  precises,  au  siege  de  la 
Societe,  12',  rue  de  Seine,  a  Paris  (VI8  arrondissement). 


Legion  d’Honneur 

Est  nomme  Chevalier  de  la  Legion  d’Honneur  : 

M.  le  Professeur  Ernest  De  Craene,  medecin  des  Hopitaux  de  Bruxelles, 
ancien  president  du  Congres  des  medecins  alienistes  et  neurologistes  de 
France,  et  des  pays  de  langue  francaise,  memhre  associe  etranger  de  la 
Societe  Medico-Psychologique. 


VARIETES 


ASILES  PUBLICS  D’ALIENES 

Nominations 

M.  le  Dr  Couleon  est  nomine  Medecin-Directeur  du  Quartier  d’Hospice 
de  Pontorson  (Manche)  ; 

M.  le  Dr  J.  Bohel  est  nomine  Medecin-Chef  a  l’Asile  public  d’alienes  de 
Breuty-la-Couronne  (Charente)  ; 

M.  le  Dr  Stoer  est  nomme  Medecin-Chef  a  l’Asile  public  autonome  d’alie¬ 
nes  de  Bassens  (Savoie)  ; 

Mile  le  Dr  Derombies  est  nominee  Medecin-Chef  a  l’Asile  public  d’alienes 
de  Vauclaire  (Dordogne)  ; 

M.  le  D"  Tove  est  nomme  Medecin-Chef  a  l’Asile  public  autonome  d’alienes 
de  Bailleul  (Nord)  ; 

M.  le  Dr  Menuau  est  nomme  Medecin-Chef  a  la  Maison  Departementale  de 
Sante  de  la  Seine-Inferieure. 

Postes  vacants 

Est  declare  vacant  : 

un  poste  de  Medecin-Chef  a  l’Asile  public  d'alienes  de  Sarreguemines 
(Moselle)  ; 

un  poste  de  Medecin-Chef  a  1’Etablissement  psychotherapique  de  Fleury- 
les-Aubrais  (Loiret). 

HYGIENE  ET  PROPHYLAXIE 
La  sterilisation  en  Suisse 

C’est  en  Suisse,  dans  le  canton  de  Vaud,  que  la  sterilisation  legale  des 
sujets  attemts  de  troubles  mentaux,  fut  pour  la  premiere  fois  adoptee  en 
Europe.  Cette  legislation  ne  fit  d’ailleurs  que  rendre  legale  une  pratique  qui 
etait  depuis  longtemps  en  usage  dans  une  grande  partie  de  la  Suisse. 

Seules  les  personnes  incurables  peuvent  etre  sterilisees  en  Suisse,  encore 
faut-il  qu’il  soit  prouve  que  leurs  tares  sont  transmissibles  a  leur  descen¬ 
dance.  La  majorite  des  personnes  sterilisees  entre  1919  et  1934  etaient  des 
femmes  atteintes  de  maladies  mentales.  Les  rapports  des  cinq  dernieres 
annees  montrent  qu’on  a  sterilise  des  femmes  atteintes  de  schizophrenic 
(5  sur  7  ont  ete  sterilisees  apres  l’achevement  d’une  grossesse,  de  psychose 
maniaque  depressive,  d’epilepsie  ou  d’instabilite  mentale  congenitale).  Dans 
les  cinq  dernieres  annees,  jusqu’en  1934,  88  applications  de  la  loi  furent 
faites  dans  le  canton  de  Vaud. 

Afm  d’eviter  les  abus,  les  cas  sont  prealablement  soumis  a  une  enquete 
medicale  stricte.  Chaque  sterilisation  est  accompagnee  d’un  certificat  medi¬ 
cal  :  deux  experts,  un  psychiatre  et  un  gynecologue  le  delivrent  apres  exa- 
men.  En  aucun  cas,  le  corps  medical  ne  peut  ordonner  la  sterilisation,  il 
peut  seulement  l’autoriser.  L’operation  ne  peut  etre  faite  qu’avec  le  consen- 
tement  des  parents  ou  tuteurs  et  sur  1’acceptation  ecrite  du  malade.  Dans 
l’etude  des  cas,  l’expert  etablit  la  genealogie  de  son  malade,  avec  l’aide  de 
la  famille,  du  medeein  et  des  autorites  sanitaires  locales. 

(Le  Siecle  Medical,  1"  avril  1936). 


Le  Redact eur  en  chef-Geranl  :  Rene  Charpentier. 


Gabors,  Imprii 


nie  Couesi.ant  (personnel  inleresse).  —  52.317 


Tome  I.  —  N°  5 


Mai  1936 


ANNALES 

MfiDICO-PSYCHOLOGIQUES 


MEMOIRES  ORIGINAUX 


CHOREE  FIBRILLAIRE  DE  MORVAN 
ACRODYNIE  INFANTILE 
ET  TROUBLES  PSYCHIQUES 


PAR 


Henri  ROGER  et  Joseph  ALL1EZ  (de  Marseille) 


En  1890,  Morvan  decrivait  sous  le  nom  de  «  choree  fibril- 
laire  »  une  affection  particuliere  dont  il  avait  observe  plusieurs 
exemples. 

Cette  maladie  etait  caracterisee  par  des  secousses  musculaires 
a  type  de  contractions  fibrillaires,  qui  lui  ont  fait  donner  son 
nom,  par  des  algies  disseminees,  par  des  troubles  psychiques, 
anxiete  et  agitation  pouvant  alter  jusqu’au  delire,  par  des  suda- 
tions  abondantes  et  par  un  etat  special  des  extremites,  rappelant 
l’erythromelalgie. 

Aucune  publication  framjaise  n’a  ete  ensuite  consacree  a  une 
affection  semblable,  jusqu’au  travail  de  Mollaret,  en  1930.  Cet 
auteur  presente  a  la  Societe  de  Neurologie  l’observation  d’un 
jeune  homme  chez  lequel  coexistent,  pendant  trois  semaines,  des 
contractions  fibrillaires  typiques,  des  sudations  abondantes,  une 
desquamation  palmaire  et  piantaire  intense,  des  algies  diffuses 
et  un  etat  asthenique. 

Ann.  MIed.-psych.,  XVe  serie,  94e  annee,  t.  I.  —  Mai  1936.  44. 


690 


II.  ROGER  ET  J.  ALLIEZ 


Depuis  lors,  nous  avons,  d’abord  a  la  Societe  de  Neurologie, 
puis  dans  un  memoire  du  Marseille-Medical  (1935,  p.  333-403), 
attire  1’attention  sur  ces  faits.  II  nous  a  ete  donne  d’observer  qua- 
tre  cas  de  ce  syndrome.  Nous  avons  pu  lui  rattacher  un  cas  de 
Colin  et  Dutil,  les  cas  de  Chavany  et  de  Chaignot,  de  Gernez-Rieux, 
publies  sous  d’autres  titres.  Notre  communication  princeps  a  sus- 
cite  celles  de  Porot,  de  Lambrechts,  de  Porot  (fils),  ce  qui  au  total 
constitue  un  ensemble  de  12  observations. 

De  cet  ensemble  de  faits,  on  peut  attribuer  a  la  choree 
fibrillaire  de  Morvan  les  caracteristiques  suivantes  :  contractions 
fibriUaires  disseminees  a  tout  le  corps,  crises  sudorales,  erytheme 
des  quatre  extremites  avec  desquamation,  algies  de  type  contu- 
sif  avec  paresie  legere,  tachycardie  et  hypertension  arterielle, 
troubles  psychiques. 

Ces  troubles  psychiques  nous  avaient  frappe  deja  chez  le  pre¬ 
mier  malade,  jeune  homme  de  IS  ans,  que  nous  avons  eu  l’occa- 
sion  d’observer.  Des  que  la  maladie  a  commence,  le  malade  s’in- 
quiete  facilement,  devient  maussade,  agite,  se  querelle  avec  ses 
parents.  Tres  asthenique,  il  remue  cependant  constamment  sans 
raison.  Ces  desordres  mentaux  associes  a  Pinsomnie  attirent  son 
attention  et  ce  sont  eux  qu’il  nous  demande  avant  tout  d’atte- 
nuer.  Vers  la  tin  de  la  maladie,  il  a  senti  que  son  etat  psychique 
se  transformait,  il  devient  moins  irritable,  l’anxiete  et  l’asthenie 
disparaissent. 

Chez  notre  deuxieme  malade,  cette  alteration  du  psychisme 
existe  aussi,  quoique  plus  attenuee.  Habituellement  tres  patient, 
le  sujet  s’irritait  et  s’enervait  facilement. 

Un  autre,  dont  1’evolution  mortelle  se  compliqua  de  diplegie 
faciale  et  de  spasmes  de  fonction  faciaux,  avait  des  troubles 
psychiques,  legers  au  debut,  qui  se  sont  aggraves  lorsque  les 
complications  apparurent. 

Le  quatrieme  cas  que  nous  avons  observe  concerne  un  enfant 
de  14  ans,  dont  le  tableau  clinique  typique  presentait  une 
anxiete  et  une  insomnie  d’intensite  moyenne,  dont  1’evolution  a 
ete  parallele  a  celle  des  autres  troubles.  A  noter  que  1’enfant  a 
fait  deux  crises  d’allure  comitiale. 

Des  troubles  analogues  se  rencontrent  dans  la  plupart  des 
autres  observations  publiees  par  les  auteurs. 

On  peut  les  grouper  de  la  fa?on  suivante  : 

1)  Un  fait  particulier,  que  l’on  retrouve  dans  la  plupart  des 
observations  publiees,  consiste  en  une  insomnie  souvent  rebel  le 
et  epuisante  pour  le  malade.  Certains  auteurs  la  rattachent  aux 
douleurs  vagues  eprouvees  par  certains  malades  et  d’autres  aux 


CHOREE  F1BRILLAIRE  DF.  MORVAN  691 

sudations  abondantes  qui  obligent  les-  patients  a  changer  de 
linge  la  nuit.  En  realite,  elle  fait  partie  d’un  ensemble  de  trou¬ 
bles  psychiques,  qui  constitue  une  des  principales  caracteristi- 
ques  de  la  maladie. 

2)  L ’anxiete  est  le  phenomene  predominant  :  elle  entraine  par 
exemple  des  gemissements,  des  pleurs,  des  lamentations  conti- 
nuelles  chez  un  malade  de  Chavany  et  Chaignot.  Celui-ci,  a  1’ap- 
proche  de  la  nuit,  avait  peur  de  mourir  et  reclamait  continuelle- 
ment  son  medecin. 

Une  certaine  teinte  melancolique  impregne  parfois  ces  trou¬ 
bles  psychiques  :  le  malade  de  Colin  et  Dutil  pleure  comme  un 
enfant  et  exprime  des  idees  de  suicide. 

3)  Uirritabilite  est  un  autre  symptome  important.  Ces  mala- 
des,  meme  de  caractere  habituellement  assez  doux,  se  mettent 
facilement  en  colere  et  deviennent  insupportables  pour  leurs 
proches. 

4)  Cet  ensemble  de  symptomes  entraine  des  reactions  motri- 
ces.  Un  certain  etat  de  subagitation  se  retrouve  chez  plusieurs 
malades  insomniques  qui  ne  peuvent  rester  dans  leur  lit,  deam- 
bulent  dans  le  couloir  de  l’hopital.  Tel  le  malade  de  Lambrechts, 
qui  interpelle  toutes  les  personnes  qui  passent,  qui  enleve  a  tous 
moments  les  pansements  qui  recouvrent  ses  extremites  atteintes 
de  pyodermite. 

Un  des  malades  de  Chavany  et  Chaignot  doit  etre  enferme 
dans  une  maison  de  sante. 

De  cet  etat  de  subagitation,  nous  pouvons  rapprocher  les  mou- 
vements  anormaux  presentes  par  le  malade  de  Porot  qui,  tant 
a  cause  de  ses  algies  difficilement  explicables  qu’a  cause  de 
contorsions  bizarres,  avait  ete  considere  en  1906  comme  hyste- 
rique.  D’ailleurs,  la  suggestion  par  le  regard  permettait  de  plon- 
g'er  facilement  ce  malade  dans  le  sommeil  hypnotique,  d’arreter 
ou  de  provoquer  a  volonte  les  crises  de  contorsion. 

Le  malade  de  Gernez-Rieux  presentait  des  troubles  psychiques 
serieux,  ou  l’agitation  etait  incessante  :  incapable  de  dormir, 
il  se  levait  sans  cesse  la  nuit,  la  confusion  mentale  etait  d’ail¬ 
leurs  intense  et  l’importance  de  l’etat  psychique  plus  marquee 
que  dans  le  cas  de  Lambrechts. 

5)  Les  troubles  intellectuels  proprement  dits  sont  plutot  au 
second  plan.  S’il  y  a  des  troubles  du  caractere,  il  n’y  a  pas  de  . 
troubles  de  la  comprehension  ni  de  l’ideation,  ni  de  la  memoire. 
Cependant,  le  malade  de  Morvan  fait  une  poussee  delirante  ter- 
minale.  Celui  de  Lambrechts  presente,  il  est  vrai  au  cours  d’une 


H.  ROGER  ET  J.  ALL1EZ 


periode  febrile  due  a  des  infections  cutanees,  des  hallucinations 
visuelles  et  auditives. 

Un  de  nos  malades  a  presente  aussi  un  etat  onirique  terminal. 

Des  troubles  psychiques  de  la  choree  tibrillaire  de  Morvan, 
nous  croyons  pouvoir  rapprocher  ceux  que  l’on  constate  dans 
Yacrodynie  infantile.  Nous  avons  developpe  ailleurs  les  raisons 
qui  nous  permettent  de  classer  dans  le  meme  groupe  morbide, 
choree  fibrillaire  de  Morvan  et  acrodynie. 

On  connait  les  caracteristiques  primordiales  de  cette  derniere 
affection  :  douleurs  speciales  des  extremites,  en  particulier  des 
mains,  avec  desquamation  et  aspect  souvent  cruente,  sudations 
assez  frequentes,  tachycardie  et  hypertension  arterielle  et  trou¬ 
bles  particuliers  du  caractere  et  de  l’affectivite. 

Or,  nous  retrouvons  dans  la  choree  fibrillaire  de  Morvan  a  peu 
pres  les  memes  symptomes,  puisque  dans  cette  derniere  les 
algies  des  extremites  sont  a  peu  pres  constantes,  s’accompagnant 
plus  ou  moins  d’un  erytheme  localise  a  ces  parties. 

Les  sueurs  existent  dans  les  deux  affections,  quoique  plus 
abondantes  dans  la  choree  fibrillaire. 

Sans  doute,  il  manque  dans  l’acrodynie  les  contractions  fibril- 
laires  si  speciales  a  la  maladie  de  Morvan.  Cependant,  quelques 
observations  comportent  des  myoclonies. 

La  concordance  des  troubles  psychiques  nous  parait  rappro¬ 
cher  encore  une  fois  les  deux  maladies.  Dans  l’acrodynie  aussi, 
l’insomnie  est  des  plus  accusees,  les  troubles  affectifs  et  du  carac¬ 
tere  ne  sont  pas  moins  marques,  mais  prennent  une  teinte  spe- 
ciale  du  fait  de  leur  apparition  chez  de  jeunes  enfants. 

Le  caractere  devient  maussade,  l’enfant  est  d’une  mauvaise 
jiumeur  constante,  repond  par  des  grognements  quand  on 
s’adresse  a  lui,  l’impatience  est  presque  constante,  l’irritabilite 
va  meme  jusqu’a  l’hostilite.  «  Vilaine  maman  »,  repetait  un 
enfant  jusqu’alors  doux  et  affectif.  Certains,  quoique  autrefois 
de  temperament  doux  et  facile,  prennent  des  coleres  irraison- 
nees  :  tel  petit  malade  ne  permet  plus  qu’on  l’approche,  se  defen¬ 
dant  contre  la  moindre  caresse,  le  moindre  contact. 

Ces  troubles  du  caractere,  comme  dans  la  choree  fibrillaire, 
comportent  une  teinte  melancolique. 

Certains  de  ces  enfants  sont  tristes,  les  traits  sont  tendus 
et  plisses,  donnant  au  visage  l’impression  d’une  «  affreuse 
detresse  »  (Wycoff),  ce  qui  sans  doute  peut  etre  considere  chez 
l’enfant  comme  temoignant  d’une  veritable  anxiete.  Quelques- 
uns  expriment  meme  des  idees  melancoliques,  repetant  les  me- 


CHOREE  FIBRILLAIRE  DE  MORVAN 


mes  phrases  pendant  des  heures  et  des  jours,  tout  en  geignant 
et  se  lamentant  :  «  que  je  suis  malheureux  !  que  je  suis  malheu- 
reux  ». 

L’irritabilite  n’est  pas  moins  manifeste. 

Le  comportement  des  petits  acrodyniques  est  particulier.  Sur 
le  fond  de  tristesse  anxieuse  et  deprimee,  se  development  des 
acces  d’agitation.  Des  enfants  poussent  des  cris,  font  des  gestes 
brutaux,  deviennent  vraiment  mechants,  mordent,  griffent  ceux 
qui  veulent  les  approcher,  battent  leurs  freres  et  soeurs  :  «  Ce 
n’est  plus  notre  fille  »,  disait  la  mere  d’une  malade  de  Rocaz. 
Puis  ils  sont  repris  de  leur  tendance  a  pleurer  et  a  geindre  sur 
un  ton  monotone,  et  retombent  enfln  dans  leur  silence  indiffe¬ 
rent  et  leur  immobilite. 

Les  troubles  intellectuels  sont,  comme  dans  la  choree  fibril- 
laire,  moins  accentues  que  les  troubles  de  1’affectivite,  du  carac- 
tere  et  du  comportement.  Toutefois,  il  n’est  pas  etonnant,  etant 
donne  le  jeiine  age  des  sujets  qui  sont  en  plein  developpement 
intellectuel,  de  voir  un  arret  momentane  de  ce  dernier  et  une 
diminution  de  1’attention. 

Certains  petits  malades  ont  meme  des  hallucinations.  Un 
malade  de  Rocaz,  age  de  4  ans  et  demi,  voyait  en  plein  jour  un 
loup  qui  se  precipitait  a  chaque  instant  sur  son  lit  ;  la  nuit, 
c’etait  une  lumiere  eclatante  qu’il  jirenait  pour  un  eclair. 

On  volt  done  les  ressemblances  vraiment  etranges  qui  rappro- 
chent,  en  particulier  en  ce  qui  concerne  les  troubles  psychiques, 
choree  fibrillaire  de  Morvan  et  acrodynie  infantile. 

La  coexistence  dans  les  deux  affections  de  troubles  psychiques 
permet  de  supposer  une  localisation  fonctionnelle  encephalique. 
Bien  des  auteurs,  et  en  particulier  Rocaz,  rattachent  l’acrodynie 
a  une  infection  a  virus  neurotrope,  probablement  localise  au 
diencephale,  aux  formations  neuro-vegetatives  de  la  base,  a  cause 
des  troubles  sympathiques  predominant  dans  cette  maladie. 

Nous  avons  developpe  ailleurs  les  arguments  qui  nous  per- 
mettent  de  rattacher  la  choree  fibrillaire  de  Morvan  a  une  loca¬ 
lisation  analogue. 

S’agit-il  d’un  meme  virus  neurotrope  ou  de  deux  virus  voi- 
sins  ?  La  question  est  bien  difficile  a  trancher.  mais  on  peut  se 
demander  si  la  choree  fibrillaire  ne  serait  pas  chez  l’adulte  l’equi- 
valent  de  l’acrodynie  infantile,  l’apparition  chez  l’adulte  de 
contractions  fibrillaires  pouvant  peut-etre  tenir  aux  conditions 
particulieres  de  developpement  d’un  systeme  nerveux  plus  evo- 
lue.  . 


CONTRIBUTION  A  L’ETUDE  DES  FORMES 
MENTALES  DES  TUMEURS  CEREBRALES 


PAR 

E.  LARRIVE  et  R.  MATHON 


S  il  est  inutile,  a  l’heure  actuelle,  de  montrer  1’importance  et 
la  frequence  des  troubles  psychiques  dans  les  tumeurs  cere¬ 
brales,  il  convient,  dans  beaucoup  de  cas,  de  noter  que  le  psy- 
chisme  n’est  lese  qu’a  titre  secondaire  ou  episodique.  Le  diag¬ 
nostic  s  impose  alors  par  1’existence  et  la  predominance  d’autres 
signes  :  neurologiques,  ophtalmologiques  en  particulier,  qui 
orientent  vers  la  possibility  d’une  tumeur  cerebrate.  Il  est  cepen- 
dant  d  autres  cas,  ou  les  symptomes  revelateurs  sont  minimes 
ou  ont  passe  inapercus  ;  les  troubles  mentaux  existent  seuls  et 
dominent  la  scene  clinique  au  point  que  l’on  pourrait  parler  de 
formes  mentales  des  tumeurs  cerebrales. 

Sur  quoi,  dans  ces  formes,  peut-on  s’appuyer  pour  porter  le 
diagnostic  de  tumeur  cerebrale  ? 

En  d’autres  termes,  existe-t-il  en  pathologie  mentale,  un 
ensemble  de  signes  qui  ne  se  rencontrent  que  dans  cette  affection 
et  dont  la  constatation  suffit  a  elle  seule  pour  porter  le  diag¬ 
nostic  ?  ;  ;di  8 

H.  Baruk,  au  Congres  Neurologique  Internationql  de  Berne 
en  1931,  insistait  sur  I’etude  des  troubles  mentaux  et  sur  le  role- 
important  qu'ils  peuvent  jouer,  non  seulement  pour  etablir  le 
diagnostic  de  tumeur  cerebrale,  mais  encore  pour  preciser  le 
diagnostic  de  localisation.  Parmi  les  divers  syndromes  psychi¬ 
ques  pouvant  attirer  l’attention  sur  l’existence  d’une  tumeur 
cerebrale,  il  signalait  surtout  la  confusion  mentale  et  les  syn¬ 
dromes  depresses,  en  disant  que  la  confusion  mentale  est  tres 
trequente,  qu’elle  peut  se  caracteriser  par  ces  deux,  elements 
essentiels  :  le  ralentissement  mental  et  1’onirisme.  Elle  revet 
parfois  une  forme  clinique  speciale,  la  confusion  amnesique  dans 
Ann.  Med.-psych.,  XV'  serie,  94'  annee,  t.  I.  —  Mai  1936. 


FORMES  MENTALES  DES  TUMEURS  CEREBRALES 


695 


laquelle  le  malade  se  trouve  transports  a  une  periode  anterieure 
de  son  existence,  il  revit.  Parfois,  disait-il,  la  confusion  men- 
tale  prend  une  allure  torpide  et  chrcnique,  elle  simule  alors  un 
etat  dementiel,  le  plus  souvent  la  paralysie  generale.  Dans  un 
certain  nombre  de  cas,  la  confusion  mentale  peut  constituer  le 
seul  signe  de  1’evolution  d’une  neoplasie  ;  aussi  tout  etat  confu- 
sionnel  qui  ne  fait  pas  sa  preuve,  surtout  lorsqu’il  est  precede 
d’un  passe  de  cephalees,  doit  eveiller  l’altention  sur  la  possi¬ 
bility  d’une  tumeur  cerebrale. 

Quant  aux  syndromes  depressifs,  ils  prejinent  1’aspect,  tantot 
d’un  etat  melancolique  ou  psychasthenique,  tantot  d’une  sorte 
d’anxiete  et  d’inquietude,  de  pressentiment  sombre,  que  le  ma¬ 
lade  n’exprime  qu’avec  reserve  et  qui  precede  souvent  les  pre¬ 
miers  signes  d’hypertension  intracranienne. 

Enfin,  quelquefois,  bien  que  plus  rarement,  on  peut  observer, 
principalement  au  cours  des  poussees  d’hypertension  intra¬ 
cranienne,  des  troubles  beaucoup  plus  fins  de  la  pensee  :  trou¬ 
bles  du  courant  de  la  pensee,  automatisme  psychique,  modifica¬ 
tions  de  la  tension  psychologique,  troubles  psychomoteurs.  Ces 
formes  cliniques  peuvent  simuler  une  nevrose  ou  une  psychose. 

Mais,  H.  Baruk  montrait  surtout  que  l’analyse  du  tableau  men¬ 
tal  est  extremement  importante  pour  appuyer  le  diagnostic  de 
localisation.  On  pouvait  schematises  d’apres  lui,  ce  psycho¬ 
diagnostic  de  la  facon  suivante  : 

les  etats  confusionnels  profoiids  et  precoces,  l’indifference 
affective,  l’euphorie,  la  moria,  traduisent  principalement  une 
atteinte  des  lobes  frontaux  ; 

les  etats  d’anxiete,  d’inquietude  et  de  depression,  s’observent 
plus  souvent  dans  les  tumeurs  de  la  base  ou  siegeant  au  voisi- 
nage  des  centres  vegetatifs  :  tumeurs  temporales,  mesencepha- 
liques,  pedonculaires. 

Enfin,  les  hallucinations,  et  plus  particulierement  les  halluci¬ 
nations  visuelles  hemianopsiques  et  paroxystiques  ont  une  tres 
grande  valeur  dans  le  diagnostic  des  tumeurs  situees  au  voisi- 
nage  des  voies  optiques  :  tumeurs  occipitales,  temporales.  Ces 
hallucinations  hemianopsiques,  le  plus  souvent  conscientes,  doi- 
vent  etre  distinguees  des  hallucinations  visuelles  oniriques,  qui 
sont  intimement  melangees  a  un  etat  de  reve,  qui  ne  presentent, 
ni  la  nettete,  ni  la  brievete  des  precedentes  et  qui  s’observent 
plutot  au  cours  des  tumeurs  de  la  base,  periventriculaires,  pedon¬ 
culaires,  et  d’une  facon  generale  au  cours  des  etats  de  sommeil 
pathologique  ou  de  narcolepsie. 

L’auteur  insistait  surtout  sur  le  fait  que  ces  divers  elements 


696 


E.  LARRJVE  ET  R.  MATHON 


de  psychodiagnostic  sont  loin  d’etre  absolus.  II  faut  faire  le 
depart,  notamment  entre  les  troubles  psychiques  lies  a  1’hyper- 
tension  intracranienne  et  ceux  lies  a  la  localisation  de  la  tumeur. 

En  pratique,  selon  nous,  les  malades  peuvent  etre  classes  en 
deux  groupes  bien  distincts  : 

Au  premier  groupe  appartiennent  les  malades  chez  qui  le 
diagnostic  de  tumeur  cerebrale  s’impose  par  la  constatation  de 
nombreux  signes,  vertiges,  cephalees,  vomissements,  et  qui,  en 
plus  de  ces  symptomes,  presentent  des  troubles  psychiques. 

Dans  le  deuxieme  groupe,  se  classent  les  malades  dont  la  pre¬ 
miere  manifestation  morbide  a  ete  la  manifestation  mentale. 

De  1’ensemble  des  observations,  tant  personnelles  que  celles 
que  nous  avons  pu  parccurir,  il  nous  est  apparu  que,  a  eux  seuls, 
les  troubles  psychiques  ne  permettent  pas  de  faire  le  diagnostic. 
C’est  pourquoi,  si  l’on  n’a  pas  l’attention  en  eveil  de  ce  cote,  on 
peut  faire  fausse  route. 

C’est  bien  souvent,  en  procedant  par  elimination,  que  Ton 
arrive  en  derniere  analyse,  a  penser  a  la  possibility  d’une  tumeur 
intracranienne. 

II  semble  bien  que  ce  soit  aussi  l’opinion  de  E.  Toulouse  et 
Paul  Schiff  au  Congres  des  Alienistes  et  Neurologistes  de  Lan- 
gue  Francaise  de  1925.  «  Des  observations  assez  nombreuses 
ont  ete  publiees  de  malades  consideres  comme  atteints  d’une 
psychose  classique  et  chez  lesquels  l’autopsie  revela  une  tumeur 
cerebrale.  Parfois,  il  parait  bien  n’y  avoir  pas  eu  de  relation 
entre  le  neoplasme  et  le  trouble  mental.  Dans  d’autres  cas,  une 
analyse  plus  attentive  des  signes  cliniques  aurait  pu  tout  au 
moins  faire  soup£onner  la  tumeur.  Mais  il  est  certain  aussi 
qu’il  y  a  eu  des  malades  tres  bien  observes,  chez  lesquels  n’etait 
apparu,  durant  la  vie,  aucun  signe  de  tumeur,  et  qui  avaient 
presente  seulement  des  troubles  psychiques  :  on  peut  dire  qu’il 
existe,  a  titre  exceptionnel,  des  tumeurs  cerebrales  larvees  a 
forme  psychopathique.  On  peut  rapprocher  de  cette  derniere 
eategorie  un  groupe  de  cas  sur  lesquels  l’attention  ne  parait  pas 
avoir  ete  attiree  nettement  jusqu’ici  :  c’est  celui  des  syndromes 
psychiques  initiaux  des  neoplasmes  cerebraux... 

...Les  signes  psychiques  qui  constituent  dans  de  tels  cas  la 
seule  symptomatologie  du  neoplasme  intracranien,  ne  peuvent 
etre  differencies  cliniquement  des  signes  analogues  observes  au 
cours  d’etats  psychopathiques  banaux.  On  ne  peut  done  pas 
decrire  un  syndrome  psychique  qui  permettrait  le  diagnostic  de 
certaines  tumeurs  cerebrales  a  leur  stade  initial,  pas  plus  d’ail- 
leurs  qu’on  ne  peut  attribuer  de  valeur  formelle  aux  syndromes 


FORMES  MENTALES  DES  TUMEURS  CEREBRALES 


697 


psyckiques  decrits  classiquement  comme  caracteristiques  des 
tumeurs  frontales  ou  calleuses.  » 

A  notre  avis,  c’est,  en  presence  d’un  syndrome  confusionnel 
dont  l’etiolcgie  echappe  aux  investigations,  d’un  etat  dementiel 
que  ni  la  syphilis,  hi  l’arterio-sclerose  ne  paraissent  conditionner, 
que  l’on  est  amene  a  pratiquer  des  radiographic  s  craniennes, 
un  Laruelle,  une  ventriculographie,  un  examen  du  fond  d’ceil 
et  du  champ  visuel  ;  ce  sont  ces  moyens  d’investigation  qui, 
seuls,  la  plupart  du  temps,  permettent  la  solution  du  probleme. 

Mais  il  est  des  cas  cu  rien  dans  les  troubles  psychiques  n’in- 
cite  a  penser  a  la  possibilite  d’une  neoformatiOn  intracranienne 
et  ou  tout  dans  la  symptomatology  fait  plutot  penser  a  une 
psychose  d’ordre  constitutionnel  ou  degeneratif  jusqu’au  jour 
oil  apparait  un  incident  ou  un  symptome  qui  montre  l’erreur. 

Temoin  le  malade  Ch...  Marius,  qui  entre  pour  la  premiere  fois  a 
la  Maison  de  Sante  de  St-Jean-de-Dieu,  le  8  avril  1925,  avec  le  certifi- 
cat  suivant  : 

«  Melancolie  caracterisee  par  un  etat  de  depression  et  d’abatte- 
ment.  Tentatives  de  suicide.  » 

Attitude  depressive,  idees  de  culpabilite.  Leger  degre  de  confusion. 
Depuis  Padolescence  a  toujours  ete  nerveux.  Le  debut  des  troubles 
remonte  a  2  mois  1/2  environ. 

Examen  neurologique  negatif. 

Sort  tres  ameliore  le  18  mai  1925.^ 

Deuxieme  internement  le  18  mars  1926  :  «  Asthenie  generalisee 
avec  absence  prolongee  de  mouvemeut  et  de  parole.  Apparence  sour- 
noise  ou  stupide,  immobile,  yeux  fixes.  Est  susceptible  d’acces  d’agita- 
tion  explicables  par  des  hallucinations.  » 

Examen  a  l’en-tree  :  pas  de  confusion,  pas  d’idees  delirantes.  Apa- 
thique  et  indifferent.  Faiblesse  generale. 

Sort  tres  ameliore  le  11  aout  1926. 

Troisieme  internement  mars  1928  :  «  Degenere  irresponsable  de  ses 
actes.  Parle  d’une  fapon  d^raisonnee  :  on  a  cherche  a  l’empoisonner, 
demande  du  contre-poison,  etc...  Dort  tres  peu,  est  tres  irritable,  la 
moindre  contradiction  le  rend  furieux,  » 

A  Pentree,  on  note  :  confusion  mentale  avec  idees  delirantes 
polymorphes,  preoccupations  hypocondriaques.  Excitation  par  inter- 
valles. 

De  juillet  1928  a  septembre  1929,  on  reussit  a  le  faire  travailler, 
mais  son  fond  mental  reste  inchange.  Se  plaint  continuellement.  Les 
preoccupations  hypocondriaques  dominent  toujours. 

Janvier  1930  :  Depuis  plusieurs  mois  ne  travaille  plus.  Apathie, 
indifference  emotiye  et  affective.  Persistance  de  Phypocondrie. 

De  1930  a  1932  :  L’etat  demeure  stationnaire.  Le:  malade  travaille  a 


698 


E.  LARRIVE  ET  R.  MATHON 


certaines  periodes  tandis  que,  a  d’autres  moments,  il  reste  comple¬ 
ment  inactif.  Toujours  hypocondriaque.  Meme  fond  d’inditference 
sounres  discordants. 

An  cours  de  1933  et  pendant  plusieurs  mois,  on  put  noter  une  ame¬ 
lioration  manifeste.  Les  preoccupations  hypocondriaques  etaient 
beaucoup  moindres  et  il  s’occupait  regulierement. 

Mais  au  debut  de  1934,  periode  d’agitation  avec  impulsions  :  il 
ledevint  ce  qu’il  etait  auparavant. 

Septembre  1934  :  Depuis  quelque  temps  se  plaint  que  la  vision  de 
son  oeil  gauche  b,aisse,progressivement.  Il  ressent  egalement  des  dou- 
leurs  a  son  niveau. 

II.681  envoye  en  consultation  a  l’Hopital  Grange-Blanche,  dans  le 
service  du  Professeur  Bonnet,  ou  le  diagnostic  de  tumeur  cerebrale 
est  porte.  Il  entre  alors  pour  intervention  dans  la  clinique  du  Profes¬ 
seur  Lepine. 

Le  D’  Dechaume  note  alors  :  «  Il  est  difficile  d’avoir  des  renseigne- 
ments  precis  sur  revolution  des  syndromes  d’hypertension  intra- 
cramenne.  Il  n’y  a  pas  eu  de  cephalees  tres  violentes.  La  baisse  unila¬ 
teral  de  la  vision  (O.G.)  a  ete  decelee  il  y  a  plusieurs  mois.  Les 
vomissements  datent  seulement  de  quelques  semaines. 

L’examen  neurologique  est  presque  negatif  :  il  n’y  a  pas  d’hemi- 
plegie,  pas  de  modification  de  la  reflectivite  tendineuse  ou  cutanee 
A  peine  note-t-on  une  diminution  de  la  force  de  la  main  droite.  Pas 
de  troubles  de  la  sensibilite.  Pas  de  troubles  cerebelleux.  Pas  de  signes 
du  cote  des  nerfs  craniens  :  il  y  a  une  petite  asymetrie  labiale.  L’anos- 
mie  nest  pas  retenue.  Il  faut  noter  une  legere  exophtalmie  gauche 
sans  modification  papillaire. 

Notons  les  signes  ophtalmologiques  : 


H  ne  s’agit  pas  d’un  syndrome  de  Kennedy-Forster  veritable  puis- 
que  1  atrophie  papillaire  gauche  n’est  pas  primitive.  On  peut  se 
demander  s’ll  ne  s’agit  pas  d’un  syndrome  d’hypertension  intracra- 
menne  progressive  ayant  abouti  a  l’atrophie  d’un  cote. 

Il  n  y  a  pas  de  modification  du  champ  visuel. 

La  radiographie  montre  une  hypertrophie  avec  modification  de 
J  nypophyse  clinoide  anterieure  gauche. 

Ceci  serait  en  faveur  d’un  menigiome  en  H  interessant  la  region 
anterieure  gauche  de  la  selle  turcique  et  allant  en  arriere  vers  la  lame 
hasillaire. 

La  ventriculographie  montre  qu’il  s’agit  d’une  tumeur  de  1’etage 
moyen  gauche  juxtasellaire,  refoulant  un.  peu  le  troisieme  ventricule 
mais  deplapant  surtout  en  haut  la  corne  temporale  et  un  peu  la  corne 
occipitale  qui  est  rejetee  en  dehors. 

Le  diagnostic  porte  est  celui  de  meningiome  en  nappe  de  la  partie 
interne  de  la  fosse  cerebrale  moyenne  gauche  avec  lesions  osseuses 
de  la  partie  anterieure  de  la  selle  et  de  la  lame  basillaire.  La  tumeur 
volumineuse  qui  cause  le  bloquage  est  dans  la  fosse  cerebrale  moyen- 


FORMES  MENTALES  DES  TUMEURS  CEREBRALES 


ne  mais  il  y  a  un  prolongement  a  travers  l’oriflce  de  la  tente  du 
cervelet. 

II  est  curieux  de  ne  pas  voir  d’aphasie  chez  ce  droitier  ni  de  modi¬ 
fication  du  champ  visuel. 

Intervention  le  14-9-34  :  (Dr  Wertheimer). 

On  se  contente  d’une  ablation  partielle  faite  en  partie  au  bistouri 
electrique,  en  partie  a  la  pince  coupante,  d’une  vaste  tumeur  menin- 
gee  qui  est  un  meningiome  en  plaque  tres  vasculaire  qu’on  decouvre 
progressivement  dans  une  partie  de  son  etendue  qui  parait  vaste, 
occupant  en  tout  cas  l’etage  moyen  dans  son  entier  et  debordant 
probablement  dans  l’etage  anterieur  et  posterieur.  Sauf  du  cote  cere¬ 
bral,  il  n’y  a  pas  de  plan  de  bloquage  et  l’extirpation  totale  se  heur- 
terait  a  d’enormes  difficultes.  Reapplication  du  volet. 

Suites  operatoires  :  coma  progressif.  Deces  18-9-34. 

Autopsie  :  Enorme  tumeur  meningee  de  la  grosseur  d’une  orange, 
visible  a  la  partie  interne  de  1’etage  moyen,  arrivant  en  avant  jusqu’a 
la  petite  aile  du  sphenoide  pres  de  l’apophyse  clinoide  qui  est  hyper- 
trophiee.  La  tumeur  remplit  la  selle  turcique  souleve  le  chiasma, 
atteint  le  nerf  optique  droit  en  arriere  ;  elle  recouvre  les  apophyses 
clinoides  posterieures,  descend  le  long  de  la  lame  basillaire.  Au  niveau 
de  l’oriflce  de  la  tente  du  cervelet,  un  prolongment  refoule  le  front 
cerebral  a  droite.  A  l’incision  de  la  tente  du  cervelet,  on  s’apercoit 
que  la  tumeur  en  tapisse  la  face  inferieure,  le  long  du  bord  posterieur 
du  rocher  mais  en  dehors  du  trijumeau.  On  essaie  d’enlever  la  tumeur 
pour  voir  si  1’os  est  infiltre:  il  n’en  est  rien  au  niveau  de  la  petite  aile 
du  sphenoide  ou  la  dure-mere  se  decolle.  Le  sinus  caverneux  n’est 
pas  envahi  mais  aplati,  il  semble  que  1’os  soit  envahi  au  niveau  de  la 
grande  aile  du  sphenoide,  la  fossette  de  Meckel  ne  l’est  pas,  par 
contre  la  lame  basillaire  est  infiltree.  Les  constatations  anatomiques 
sont  celles  prevues  avant  1’intervention. 

Sans  etre  tres  frequents,  il  est  cependant  des  cas  de  malades 
internes  parfois  depuis  de  longues  annees  avec  des  diagnostics 
tres  divers,  chez  lesquels  la  tumeur  n’est  qu’une  decouverte 
d’autopsie.  Nous  pouvons  rapprocher  de  cette  categorie  cette 
observation  de  Claude  et  Baruk,  rapportee  a  la  Societe  Medico- 
Psychologique  le  15  janvier  1931,  ou  le  malade  s’etait  presente 
comme  un  schizo-maniaque.  Dans  1’histoire  clinique  de  ce  ma- 
lade,  tout  au  plus  releve-t-on  1’existence  de  cephalees  quelques 
mois  avant  l’internement  ;  plus  interessants  sont  les  troubles 
de  l’elocution  qui  avaient  frappe  la  mere  du  malade.  Toutefois, 
il  est  difficile,  sur  de  simples  donnees  de  la  clinique,  de  deceler 
des  rapports  rigourem  entre  Revolution  clinique  de  la  tumeur 
et  celle  des  troubles  mentaux.  Il  s’agissait  d’un  gliome  kystique 
du  lobe  temporal  gauche,  ne  s’etant  manifeste  cliniquement 


700 


E.  LARRIVE  ET  R.  MATRON 


que  par  un  syndrome  mental  de  type  schizophrenique  caracte- 
nse  par  des  troubles  du  comportement  et  du  caractere.  En 
dehors  de  ce  syndrome  psychopathique,  il  n’y  avait  aucun  signe 
de  localisation  et,  malgre  le  siege  de  la  tumeur  dans  I’hemisphere 
gauche  et  dans  la  zone  de  Wernicke,  il  n’y  eut  pas  d’aphasie. 
Mais  il  serait  singulierement  temeraire  de  se  fonder  sur  ces  don- 
nees  relativement  negatives  pour  penser  qu’il  n’y  eut  aucun  rap¬ 
port  entre  revolution  de  la  tumeur  et  le  syndrome  schizophre¬ 
nique.  Nous  savons,  en  effet,  avec  quelle  frequence  les  neoplasies 
cerebrales  retentissent,  au  debut,  sur  le  psychisme  et  l’etat  affec¬ 
ts  :  il  est  extremement  frequent  de  constater,  dans  la  periode 
prodromique  de  l’affection,  un  veritable  etat  d’anxiete  morale, 
consistant  dans  un  pressentiment  sinistre,  dans  une  impression 
de  mort  prochaine,  dans  un  pessimisme  general,  traduisant  en 
somme  un  etat  de  malaise  cenesthesique  mal  defini.  C’est  ce  que 
nous  avons  pu  observer  chez  le  jeune  Henri  M„  dont  MM.  Pomme 
et  Dechaume  publient  l’observation  dans  les  Annales  Medico- 
Psychologiques  de  novembre  1934. 


«  C  est  apres  les  huits  premiers  mois  de  services  militaires  qu’in- 
tervinrent  les  prodromes  mentaux.  Us  revetirent  l’allure  depressive 
qui  avait  frappe  Duret  et  sur  laquelle  Toulouse  et  Paul  Schiff  dans 
leur  rapport  au  Congres  des  Alienistes  et  Neurologistes  de  1935  puis 
Marchand  et  Schiff,  avaient  attire  l’attention. 

«  On  peut  ici  reconstituer  aisement  l’existence  de  crises  de  tris- 
tesse,  d’ennui,  de  degout  de  vivre,  sans  aucune  interpretation  deli- 
rante,  auto-accusatrice  ou  hypocondriaque.  Ces  crises  sur  lesquelles 
a  insiste  longuement  H.  Baruk  dans  son  travail  inaugural  etaient 
suivies  de  periodes  de  longueuF  irreguliere  au  cours  desquelles  l’am- 
biance  reprenait  sa  coloration  habituelle.  Puis,  les  phenomenes  psy- 
chiques  aigus  disparurent,  la  securite  familiale  se  renforca.  Lorsque 
le  jeune  caporal  fut  hospitalise,  le  syndrome  neurologique  seul  retint 
l’attention  en  vue  d’une  localisation  et  d’une  decision  d’ordre  chirur- 
gical.  » 


Il  y  a  done  lieu  de  tenir  grand  compte  lorsqu’on  suit  revo¬ 
lution  de  certaines  tumeurs  cerebrales,  des  modifications  de 
l’humeur,  de  l’etat  affectif,  et,  en  quelque  sorte,  de  l’existence 
d’un  veritable  malaise  moral.  Il  est  d’aiileurs  frequent  de  noter 
l’existence  de  ces  manifestations  psychiques  dans  les  tumeurs 
ne^  s  acccmpagnant  encore  d’aucun  signe  somatique  ;  souvent 
meme,  il  existe  un  veritable  balancement  entre  ces  troubles  sub- 
jectifs  anxieux  et  les  signes  physiques,  qui  n’apparaissent  que 
lorsque  les  premiers  ont  disparu.  Ces  troubles  subjectifs  n’en 


FORMES  MENTALES  DES  TUMEURS  CEREBRALES 


701 


ont  pas  moins  leur  valeur  et  Ton  peut  dire  avec  Duret  que  «  s  ils 
traduisent  encore  d’une  facon  obscure  l’atteinte  du  cerveau, 
c’est  bien  parce  qu’on  ne  sait  pas  comprendre  son  langage  ». 
Bien  entendu,  cette  modification  de  la  tonalite  affective  pourra 
donner  lieu  a  des  reactions  psychologiques  variees  et  plus  mar¬ 
quees  chez  certains  sujets  presentant  anterieurement  un  terrain 
psychopathique.  Le  trouble  fondamental  reste  le  malaise  cenes- 
thesique  ;  celui-ci  determine  secondairement  de  1’irritabilite  ou 
des  reactions  psychologiques  diverses  suivant  le  terrain  anterieur. 

Existe-t-il  dans  ces  cas  un  certain  rapport  entre  le  siege  de 
la  tumeur  et  le  syndrome  psychique  ?  Au  cours  de  ces  etats 
anxieux,  il  faut  attacher  plus  d’importance  a  la  perturbation  des 
fonctions  cerebrales  en  general  qu’a  une  atteinte  localisee.  11 
semble  qu’apres  les  tumeurs  frontales  et  calleuses,  les  tumeurs 
des  lobes  temporaux  sont  celles  qui  donnent  lieu  le  plus  souyent 
a  des  troubles  mentaux.  C’est  dans  ces  cas  que  Kennedy  a  decrit 
i’etat  psychologique  d’anxiete  si  special  qui  accompagne  les 
crises  de  «  dreamy  state*.  U  s’agit  d’une  sorte  d’anxiete  mtel- 
lectuelle  avec  exaltation  de  la  conscience,  exacerbation  de  toutes 
les  sensations  et  surtout  une  impression  d’intuition  presque 
tragique  de  l’avenir.  «  Cette  impression  de  prescience  va  jus- 
qu’a  la  souffrance,  tant  par  son  acuite  que  par  la  sensation  ine¬ 
vitable  d’inachevement  qui  l’accompagne.  » 

D’autres  fois,  c’est  un  malade  considere  comme  un  chro- 
nique,  chez  lequel  apparaissent  des  signes  d’hypertension  intra- 
cranienne.  Quelquefois  d’ailleurs,  lorsque  cette  hypertension 
n’existe  pas,  on  aura  cependant  a  faire  le  diagnostic  chez  de  tels 
malades.  Ce  sont  alors  certains  etats  confusionnels,  avec  lalen- 
tissement  et  onirisme,  la  desorientation  spatiale,  ces  etats  depres- 
sifs  avec  anxiete  s’accompagnant  de  pressentiment  general,  le 
syndrome  de  Moria,  qui  feront  penser  immediatement  a  la  tumeur 

cerebrale.  .  „  , 

II  n’en  est  pas  de  meme  de  cette  femme  dont  Crouzon  et 
Baruk  rapportent  l’observation  dans  les  Annales  Medico-Psijcho- 
loqiques  de  novembre  1927,  et  chez  laquelle  on  a  vu  evoluer  pen¬ 
dant  plus  de  cinq  ans,  d’une  facon  concomitante,  un  delire  de 
persecution  tout  a  fait  caracteristique  et  quelques  signes  soma- 
tiques  d’ailleurs  relativement  discrets,  en  rapport  ave(j  une 
tumeur  cerebrale  qui  ne  s’est  traduite,  an  point  de  vueclinque 
durant  de  longues  annees,  que  par  des  cnses  de  cephalees  ' tran- 
sitoires  et  par  quelques  tres  courts  moments  d  obnubilation.  Les 
sicmes  de  localisation  et  d’hypertension  eonfirmes  ne  sont  sur- 
venus  que  quelques  mois  avant  la  mort.  Pendant  presque  toute 


702 


E.  LARRIVE  ET  R.  MATHON 


1  evolution  de  la  maladie,  la  malade  a  ete  soignee  comme  une 
delnante  banale.  Ce  ne  sont  que  les  accidents  terminaux  qui  ont 
pu  attirer  I’attention  sur  l’existence  d’une  tumeur  cerebrale,  veri- 
fiee  a  l’autopsie,  et  dont  le  developpement  tres  lent  s’est  surtout 
traduit  pendant  plusieurs  annees  par  des  troubles  psychiques. 
«  De  tels  faits,  font  remarquer  les  auteurs,  sont  excessivement 
frequents  au  ccurs  des  gliomes  ;  il  est  important  de  signaler 
cette  phase  prodromique  presque  latente,  parfois  tres  longue, 
dans  laquelle  la  neoplasie  debutante  ne  se  traduit  que  par  quel- 
ques  signes  tres  intermittents  (cephalees,  petites  manifestations 
comitiales)  qui  le  plus  souvent  passent  inapercus.  » 

Dans  un  travail  recent,  intitule  «  Tumeurs  cerebrates  et 
psychoses  »,  Gordon  fait  remarquer  que  si  les  tumeurs  cere- 
brales  s’accompagnent  assez  souvent  de  troubles  mentaux  simu¬ 
lant  divers  syndromes  psychiques,  le  plus  habituellement,  il 
existe  une  difference  clinique  quelque  peu  sensible  entre  les 
troubles  mentaux  des  neoplasies  intracraniennes  et  les  psycho¬ 
ses.  L’auteur  en  conclut  que  le  cerveau  n’intervient  que  tres 
indirectement  dans  la  pathogenie  des  maladies  mentales.  Comme 
le  disent  Crouzon  et  Baruk  :  «  Si  le  fait  rapporte  par  Gordon 
nous  apparait  jusqu’a  present  relativement  exact  dans  un  grand 
nombre  de  cas,  il  n’en  existe  pas  moins  certaines  observations, 
qui  montrent  revolution  parallele  d’une  tumeur  cerebrale  et 
d’une  psychose  en  apparence  essentielle.  D’autre  part,  il  ne 
peut  etre  question  de  demander  a  des  lesions  cerebral’es  plus 
ou  moms  localisees,  de  realiser  des  syndromes  exactement  super- 
posables  aux  syndromes  psychiatriques.  Le  fait  que  ces  deux 
ordres  de  troubles  mentaux  sont  seulement  analogues  mais  non 
identiques,  ne  permet  pas  d’eliminer  les  perturbations  cerebrales 
dans  1’etiologie  des  psychoses.  Les  dilFerentes  atteintes  d’un 
meme  organe  ne  donnent  pas  lieu  au  meme  tableau  clinique.  En 
se  rapportant  aux  donnees  de  la  pathologie  generale,  ne  voyons- 
nous  pas  que  certaines  lesions  aortiques  tres  volumineuses  peu- 
vent  donner  lieu  a  peu  de  signes  fonctionnels,  alors  qu’une  epine 
irritative  minime  au  niveau  du  meme  vaisseau  peut  se  traduire 
par  un  syndrome  tres  impressionnant  d’angine  de  poitrine.  Il  est 
fort  possible  qu’il  en  soit  de  meme  au  niveau  du  cerveau  et  que 
des  troubles  superflciels  simplement  irritatifs  ou  des  troubles 
vasculaires  de  cet  organe,  donnent  lieu  a  des  troubles  plus 
bruyants  que  de  grosses  lesions  destructives  localisees.  Il  en  est 
ainsi  par  exemple  dans  l’epilepsie.  Mais  les  lesions  destructives 
nous  sont  precieuses  pour  connaitre  les  principals  fonctions  de 
l’organe  qu’elles  atteignent,  et  de  meme  qu’en  pathologie  gene- 


FORMES  MENTALES  DES  TUMEURS  CEREBRALES 


703 


rale  la  methode  anatomo-clinique  a  permis  de  mieux  compren- 
dre  les  troubles  fonctionnels  des  organes  grace  a  la  connaissance 
des  troubles  en  rapport  avec  les  lesions  anatomiques,  de  meme 
l’etude  des  troubles  psychiques  observes  dans  les  lesions  orga- 
niques  du  cerveau  nous  permettra  de  mieux  comprendre  la 
semeiologie  des  psychoses.  » 

De  tout  ce  qui  precede,  pouvons-nous  vraiment  etablir  la  notion 
de  psycho-diagnostic  des  tumeurs  cerebrales  ?  II  semble  bien 
qu’on  ne  puisse  le  faire  d’une  fagon  absolue.  Les  troubles  psychi¬ 
ques  ne  sent  en  verite  que  des  elements  de  presomption  et,  au 
point  de  vue  localisation,  ils  sont  loin  d’avoir  une  valeur  absolue. 

Un  diagnostic  precoce  serait  cependant  de  premiere  necessity. 
G’est  a  l’examen  clinique  qu’on  le  doit.  II  conservera  la  prepon¬ 
derance,  il  reste  le  premier  en  date  et  le  plus  important. 

L’interrcgatcire  doit  etre  pousse  a  fond  et,  s’il  faut  garder 
une  certaine  defiance  contre  les  phenomenes  pithiatiques,  il  est 
cependant  necessaire  de  signaler  et  de  discuter  tous  les  rensei- 
gnements  fournis  par  le  malade  et  son  entourage.  Il  est  capital 
de  noter  les  premiers  symptomes  en  date  et  l’ordre  d’apparition 
des  troubles.  Il  est  frequent  d’apprendre,  malheureusement  trop 
tard,  que  le  malade  a  presente  avant  qu’on  puisse  l’observer 
dans  un  service  hcspitalier,  en  clientele  et  meme  avant  son  inter- 
nement  dans  un  asile  d’alienes,  des  cephalees,  quelques  vomis- 
sements  que  la  famille  a  mis  sur  le  compte  d’un  embarras  gas- 
trique,  «  d’une  fatigue  du  foie  ». 

Il  ne  faut  jamais  negliger  l’examen  general  visceral  pour 
depister  une  tuberculose  evolutive  ou  cicatricielle  qui  permettra 
de  penser  au  tubercule,  pour  mettre  en  evidence  une  syphilis 
qui  signera  la  nature  de  troubles  cerebraux  realisant  un  syn¬ 
drome  tumoral,  pour  demasquer  l’hypertension  arterielle,  pour 
decouvrir  le  neoplasme,  point  de  depart  de  la  metastase,  cause 
des  troubles  mentaux,  et  bientot  de  l’hypertension  intra-cra- 
nienne. 

Ce  n’est  qu’apres,  que  l’on  aura  recours  aux  examens  de  labo- 
ratoire,  a  la  radiologie  directe  ou  mediate,  aux  examens  dits  de 
specialite  pour  etudier  l’atteinte  de  la  fonction  visuelle,  les  trou¬ 
bles  de  la  VIII'  paire  ou  des  nerfs  craniens  relevant  du  domaine 
de  l’oto-rhino-laryngologie. 

A  l’heure  actuelle,  le  reperage  ventriculaire,  en  particulier, 
permet  de  deceler  les  lesions  du  cerveau  dans  les  cas  psychia- 
triques.  On  pourra,  grace  a  lui,  distinguer  les  vraies  tumeurs 
des  pseudo-tumeurs.  D’une  maniere  generale,  on  peut  dire  qu’un 
examen  psychiatrique  attentif,  permet,  dans  la  plupart  des  cas,, 


704 


E.  LARRIVE  ET  R.  MATRON 


de  differencier  les  malades  chez  qui  les  troubles  mentaux  sont 
1’expression  d’une  lesion  circonscrite  du  cerveau,  de  ceux  qui 
ont  des  lesions  diffuses  ou  des  troubles  fonctionnels.  Dans  les 
cas  neuro-psychiques,  meme  en  1’absence  de  signes  neurolo- 
giques  de  localisation,  l’investigation  psychique  donnera  sou- 
vent  l’eveil.  Lorsque  le  syndrome  mental  est  rarement  typique, 
que  le  groupement  des  symptomes  ne  rappelle  qu’imparfaite- 
ment  celui  que  l’on  constate  dans  les  psychoses  dites  essentielles, 
on  sera  en  droit  de  pousser  plus  avant  les  methodes  d’examen. 
Les  manifestations  psychopathiques  sont  souvent  imposees  au 
malade  et  non  creees  et  developpees  par  lui  ;  elles  ont  un  carac- 
tere  fragmentaire  et  une  labilite  qu’on  rencontre  peu  dans  les 
etats  psychosiques  purs.  C’est  devant  de  tels  tableaux,  chez  des 
malades  chroniques,  qu’il  est  opportun  de  pousser  plus  loin  l’in¬ 
vestigation  et  de  demander  aux  specialistes  des  renseignements 
complementaires.  G’est  a  cet  egard  que  le  reperage  ventriculaire 
peut  entrer  dans  l’arsenal  de  recherches  du  psychiatre.  On  y 
aura  recours  pour  ne  pas  laisser  passer  ignoree  une  tumeur 
extirpable  chez  un  malade  a  qui  un  manque  de  localisation  ferait 
perdre  le  benefice  d’une  exerese  chirurgicale.  Elle  rendra  d’au- 
tant  plus  de  services  qu’elle  sera  plus  preccce.  Elle  sera  aussi 
d’une  grande  utilite,  comme  tous  les  examens  de  speciality,  dans 
ces  cas  de  «  pseudo-tumeurs  »,  oil  le  tableau  clinique  ay  ant  ete 
celui  d’une  tumeur  cerebrale  typique,  l’autopsie  n’a  cependant 
montre  aucune  neo-formation  intracranienne.  Ces  cas  relevent 
de  meningites  sereuses  generalisees  externes  ou  internes,  ou 
circonscrites  meconnues.  D’autres  sont  d’ordre  infectieux  :  qu’il 
s’agisse  de  la  meningite  hypertensive  des  otologistes  ou  des 
complications  sensorielles  de  l’encephalite  epidemique.  D’autres 
maladies  a  virus  neurotrope,  comme  la  sclerose  en  plaques  aigue, 
peuvent  declancher  des  syndromes  analogues. 

Nous  rangerons  aussi  dans  cette  categorie  les  cas  de  ramollis- 
sement,  d’hydrocephalie,  d’encephalite  chronique. 

II  est  done  assez  difficile  de  faire  un  diagnostic  de  localisation 
d’apres  les  symptomes  mentaux.  Le  disaccord  des  idees  vient 
souvent  de  ce  que  les  psychiatres  et  les  neurologistes  donnent 
au  mot  «  mental  »  des  sens  differents,  les  uns  s’attachant  aux 
petites  perturbations  de  la  personnalite,  les  autres  aux  troubles 
sensoriels  ou  aux  psychoses  cliniquement  bien  definies.  II  est 
utile,  dans  tous  les  cas,  de  depister  precocement  tous  les  symp¬ 
tomes.  II  est  indispensable  pour  cela  de  recourir  a  tous  les 
moyens  d’investigation  physiques  quand  les  troubles  mentaux 
existent  seuls,  lorsque  le  syndrome  neurologique  fruste  et  tardif 


FORMES  MENTALES  DES  TUMEURS  CEREBRALES 


705 


est  deja  l’indice  de  l’extension  de  la  diffusion  du  processus 
tumoral. 

Grace  aux  procedes  modernes  d’examen,  nous  savons  mainte- 
nant  depister  precocement  le  syndrome  d’hypertension  intra- 
cranienne,  et  meme,  en  son  absence,  nous  voyons  se  creer  en 
nous  le  re.flexe  necessaire  qui  declanche  la  serie  des  recherches 
permettant  d’etayer  le  diagnostic  de  tumeur  cerebrale.  Sous  le 
masque  psychiatrique,  neurasthenique,  dementiel  ou  de  para- 
lysie  generate,  les  examens  methodiques  perjnettent  maintenant 
de  depister  la  lesion  :  le  risque  operatoire  n’est-il  pas  preferable 
a  la  maison  de  sante  ? 

Nous  pourrions  etendre  encore  ces  considerations  et  montrer 
nombre  d’erreurs  qu’ont  evite  la  mise  en  oeuvre  des  procedes 
d’explcration  courante,  dans  des  cas  ou  il  eut  ete  legitime  d’y 
penser  sans  donner  l’impression  d’etre  o'bnubiles  par  la  fre¬ 
quence  des  tumeurs  cerebrales. 

C’est  trop  souvent  encore,  sur  la  table  d’autopsie  ou  au  cours 
d’une  verification  medico-legale,  que  nous  trouverons  une  tumeur 
restee  ignoree  ou  silencieuse  jusqu’a  l’accident  grave  qui  aura 
entraine  la  mort. 


Ann.  Meod.-psych.,  XVe  serie,  94e  annee,  t.  I.  —  Mai  1936. 


45. 


LE  SYNDROME  DE  CAPGRAS 


PAR 

Alberto  BROCHADO  (de  Porto) 


En  janvier  1923,  MM.  Capgras  et  Reboul-Lachaux  ont  presente 
a  la  Societe  Clinique  de  Medecine  Mentale  une  malade  affectee 
de  delire  systematise  chronique,  dont  la  symptomatologie  pre- 
sentait  un  symptome  curieux  et  qui  n’avait  pas  encore  appele 
specialement  l’attention  des  alienistes  :  Vilhision  des  sosies. 

Quoique  Magnan,  le  perspicace  observateur  a  qui  rien  n’echap- 
pait,  ait  deja  publie,  en  1893,  dans  ses  admirables  Legons  clini- 
ques,  une  observation  de  delire  systematise  chronique,  ou  I’illu- 
sion  des  sosies  apparait  avec  ses  caracteres  les  plus  typiques  et 
les  plus  classiques,  ce  symptome  n’a  pas  ete  isole  par  le  grand 
savant  francais,  ni  recu  une  designation  speciale. 

Dans  la  these  de  Bessiere  (1),  de  1913,  il  est  question  d’une 
malade  (Obs.  II,  p.  50)  qui  accuse  son  mari  de  la  persecutes 
«  II  existe  a  Saint-A...  (son  pays)  une  femme  qui  lui  ressemble 
d’une  fagon  etonnante  et  qui  profite  de  cette  ressemblance  pour 
commettre  toutes  sortes  de  mefaits.  Cette  femme  est  d’ailleurs 
payee  par  le  mari.  Une  autre  femme  qui  ressemble  a  la  mere  de 
la  malade  se  livre  egalement  a  des  actes  delictueux  et  est  aussi 
payee  par  M.  B...  Pour  ne  pas  etre  confondue  avec  son  sosie, 
M.  B...  s’est  blessee  volontairement  au  front  avec  des  tenailles. 
Elle  se  met  un  cachet  avec  de  la  cire  sur  le  front,  se  blesse  au 
poignet,  se  brule,  s’enfonce  des  aiguilles  sous  la  peau.  De  cette 
fagon,  dit-elle,  elle  ne  peut  etre  confondue  avec  la  criminelle  aux 
gages  de  son  mari.  » 

On  ne  peut  aflirmer  absolument  qu’il  s’agisse,  dans  ce  cas,  de 
Villusion  des  sosies.  Peut-etre  a-t-on  affaire  a  de  simples  ressem- 
blances  reelles  et  le  trouble  morbide  consiste  simplement  en  des 

(1)  Bessiere.  —  Paranoia  et  psychose  periodiyue.  These  de  Paris,  Leclerc, 
113. 

Ann.  M-ed.-psych.,  XVe  serie,  94“  annee,  t.  I.  —  Mai  1936, 


LE  SYNDROME  DF.  CAPGRAS 


707 


interpretations  delirantes  des  actes  de  ces  personnes.  Neanmoins, 
l’existence  de  deux  personnes,  ressemblant  tout  a  fait  a  la  malade 
et  a  sa  mere,  parait  une  coincidence  un  peu  invraisemblable,  et 
il  semble  plus  naturel  qu’il  soit  question  de  Villusion  de  Capgras. 

N’ayant  pas  encore  vu  cette  observation  discutee  dans  aucun 
des  travaux  parus  sur  les  sosies,  j’ai  cru  devoir  la  rappeler. 

Cependant,  comme  il  vient  d’etre  dit,  c’est  a  M.  Capgras  et  a 
ses  eleves  que  revient  le  merite  d’avoir  isole  et  etudie  speciale- 
ment  ce  curieux  symptome,  en  tachant  d’en  expliquer  la  psycho- 
genese. 

Apres  le  cas  princeps  de  MM.  Capgras  et  Reboul-Lachaux,  des 
observations  diverses  ont  ete  publiees  par  l’eminent  psychiatre 
et  ses  eleves  et  d’autres  alienistes,  et  des  travaux  d’ensemble  ont 
vu  le  jour  sur  «  ce  curieux  petit  syndrome,  comme  l’a  dit  recem- 
ment  encore  M.  Capgras,  qui,  par  l’ensemble  de  ses  caracteres, 
peut  avoir  une  valeur  semeiologique  appreciable  ». 

Parmi  ces  travaux  d’ensemble,  je  citerai  la  these  de  Bouvier, 
une  lecon  de  l’eminent  Professeur  Levy-Valensi,  un  travail  de 
Vie  et,  tout  dernierement,  une  these  de  Mile  Derombies,  dans 
laquelle  il  est  fait,  de  ce  symptome,  un  expose  clair  et  elegant, 
base  sur  les  observations  deja  connues  et  sur  quelques  autres 
personnelles  et  inedites. 

Apres  tout  ce  qui  a  ete  ecrit  sur  Villusion  des  sosies,  et  les 
personnes  eminentes  qui  s’en  sont  occupees,  je  n’ai  rien  a  dire 
de  nouveau  sur  ce  sujet.  Mais,  etant  donne  qu’il  s’agit  d’un  symp¬ 
tome  qui  n’est  pas  des  plus  frequents  en  pathologie  mentale  et 
que  les  observations  publiees  ne  sont  guere  nombreuses,  je  crois 
interessant  de  publier  six  observations  personnelles  de  ce  trouble 
de  l’identification.  Il  y  a  d’ailleurs,  dans  me's  observations,  des 
details  qui  me  semblent  dignes  d’etre  mis  a  contribution  pour 
ceux  qui,  plus  tard,  viendraient  a  s’occuper  de  nouveau  de  la 
psychogenese  de  Villusion  des  sosies. 

Obs.  I.  —  M.,  36  ans.  Schizophrenic  parano'ide.  La  mere  a  ete  mariee 
deux  fois.  Un  fits  du  premier  lit  est  mort  aliene.  Une  niece  du  pere 
de  M.  a  eu  une  psychose  dont  elle  est  guerie  (?)  ;  une  fille  naturelle  du 
meme  pere  fut  1’objet  de  l’observation  II. 

Meningite  dans  l’enfance.  Guerison.  En  1923,  apres  une  grippe, 
eclate  un  acces  confusionnel  ;  puis  tout  s’arrange  et  sept  ou  huit  mOis 
apres,  M.  travaille  deja  dans  une  industrie  d’encres  pour  chaussures, 
dans  laquelle  il  etait  l’associe  de  son  pere.  La  mi-decembre  1924 
apparaissent  des  idees  erotiques,  pendant  un  mois  environ,  mais  M. 
ne  quitte  pas  le  travail.  En  octobre  1925,  l’etat  du  malade  empire,  et. 


ALBERTO  BROCHADO 


apres  une  fugue,  M.  est  interne  a  1’asile  Comte  Ferreira.  Au  moment 
de  l’admission,  le  malade,  que  son  pere  accompagnait,  a  dit  que  cet 
individu  qui  l’amenait  n’etait  pas  son  vrai  pere,  car  celui-ci  avait  ete 
rendu  fou  ( foi  endoidecido,  dit-il  en  portugais),  il  y  avait  25  ans  de 
cela.  II  avait  ete  eleve  par  des  faux  parents,  mais  ce  monsieur  n’etait 
pas  meme  son  faux  pere,  quoiqu’il  lui  ressembldt  extremement,  com- 
me,  du  reste,  il  ressemble  extremement  aussi  a  celui  qui  etait  son  asso- 
cie  dans  l’industrie  d’encre  pour  chaussures.  Il  y  a  done  trois  person- 
nes  avec  la  meme  physionomie  de  son  pere  (son  faux  pere,  pretend-il). 

Il  y  a  aussi  trois  individus  avec  la  physionomie  du  directeur  d’un 
des  journaux  de  Porto  oil  le  pere  a  publie  une  annonce  a  l’occasion  de 
la  fugue  de  son  fils.  Des  idees  mystiques,  de  grandeur,  de  persecution, 
des  pseudo-hallucinations,  des  neologismes,  de  petites  stereotypies, 
voila  le  tableau  initial.  Peu  a  peu  apparaissent  des  rires  immotives. 
En  fevrier  1927  Villusion  des  sosies  fait  place  a  la  meconnaissance 
pure  et  simple.  Il  ne  connait  pas  ce  monsieur  (son  pere),  il  ne  l’a 
jamais  vu.  Un  jour,  mis  en  presence  de  sa  demi-soeur,  il  affirme  egale- 
ment  ne  pas  la  connaitre.  Il  y  a  une  assez  grande  rigidite  dans  l’adap- 
tation  a  l’ainbiance.  Sa  marche,  ses  gestes,  ses  phrases  ont  un  caractere 
nettement  mecanique.  Il  a  Pair  d’un  pantin  a  qui  on  tire  des  ficelles. 
En  1928  des  stereotypies  nouvelles  paraissent.  En  fevrier  de  cette 
annee  il  parle  de  nouveau  des  sosies  de  son  faux  pere,  dont  le  nombre 
est,  maintenant,  de  12. 

En  juin,  on  note  un  symptome  nouveau  et  curieux  :  il  dit  que  les 
articles  des  journaux  sont  la  repetition  d’autres  articles  de  l’annee 
precedente.  Tous  les  faits  qui  s’ecoulent  pendant  sa  vie  sont  la  repe¬ 
tition  de  faits  identiques  survenus  l’annee  precedente,  dit-il.  En  sep- 
tembre,  il  ecrit  au  regrette  Prof.  Magalhaes  Lemos,  sept  lettres,  pres- 
que  exactement  identiques.  Seuls  un  ou  deux  mots  different.  En  no- 
vembre  il  ecrit  deux  lettres  exactement  semblables  a  Pune  des  sept 
precedentes.  Il  explique  qu’ayant  ecrit  14  lettres  a  M.  Lemos,  7  en  juin 
et  7  en  septembre,  il  lui  fallait  completer  le  chitfre  de  18.  Or,  en  juin, 
il  n’a  ecrit  aucune  lettre  au  Dr  Lemos. 

Un  jour  il  perd  ses  lunettes.  Quelques  jours  apres  on  les  trouve,  mais 
il  refuse  de  les  mettre,  parce  que  ce  ne  sont  pas  les  siennes.  Elies  sont 
tres  semblables,  mais  pas  tout  a  fait  egales.  En  fevrier  1929,  son  pere 
lui  fait  teindre  son  pardessus,  parce  qu’il  se  refusait  a  en  porter  un 
neuf  qu’il  avait  commande  pour  lui.  En  recevant  le  pardessus  teint,  il 
s’ecrie  :  «  Ce  pardessus  n’est  pas  le  mien  ;  il  est  tres  semblable,  mais 
ce  n’est  pas  le  mien  »  ;  et  il  se  refuse  a  le  mettre,  quoique  cela  l’empe- 
chat  de  sortir  pour  visiter  sa  famille. 

Il  y  a,  dit-il,  des  sosies  de  moi-meme.  Au  bout  de  10  annees,  il  sera 
brfile  vif  et  sera  substitue  par  un  autre  sujet  avec  sa  physionomie  et 
son  nom. 

Par  la  suite,  il  presente  une  intense  activite  delirante  de  type  imagi- 
natif,  avec  des  expressions  bizarres,  pleines  de  neologismes.  Dans 
chaque  nation,  chaque  individu  a  18  sosies,  dit-il  en  1932,  11  sembla- 


LE  SYNDROME  DE  CAPGRAS 


709 


blcs  et  7  dissemblables,  c’est-a-dire  qu’il  est  tres  difficile  de  distinguer 
les  premiers,  tandis  que  les  derniers,  quoiqu’ils  se  ressemblent,  peu- 
vent  etre  distingues. 

Pendant  l’annee  1934,  quand  je  l’aborde,  il  me  demande  :  «  Vous 
etes  bien  le  medecin  de  l’infirmerie  ? 

—  Ne  me  connaissez-vous  pas,  alors  ?  —  C’est  que  ce  pouvait  etre 
quelqu’un  semblable  a  lui-meme.  » 

En  juillet  1935,  V illusion  des  sosies  fait  de  nouveau  place  a  la  me- 
connaissance  pure  et  simple.  II  ne  me  connait,  ni  son  pere,  ni  l’infir- 
mier,  ni  le  personnel.  Cependant,  quand  il  a  quelque  besoin  pressant, 
il  dit  correctement  :  M.  «  l’infirmier  »,  en  lui  indiquant  ce  qu’il 
desire.  Cela  montre  que  la  meconnaissance  est  seulement  le  resultat 
d’une  attitude,  car  elle  se  manifeste  uniquement  quand  on  l’interroge 
sur  l’identification  des  personnes. 

Obs.  II.  —  A.,  40  ans.  Demi-soeur  de  M.  Schizophrenic  parano'ide. 
Elle  a  toujours  ete  une  debile  mentale.  En  novembre  1925,  elle  se 
plaint  de  cephalalgies  et  presente  des  idees  de  grandeur  et  erotiques. 
En  juillet  1926  des  hallucinations  auditives  apparaissent. 

Il  y  a  deux  sosies  de  son  pere  (dont  elle  nie  d’ailleurs  la  paternite, 
en  vertu  de  ses  idees  de  grandeur  —  elle  se  dit  la  fille  de  la  reine 
d’Angleterre).  Un  des  sosies  de  cet  individu,  qui  se  dit  son  pere  sim- 
plement  pour  la  voler,  est  un  peu  plus  gras  et  plus  beau  aussi  ;  il  porte 
un  complet  brun.  Celui  qui  travaille  dans  les  encres  est  plus  grossier. 
Le  troisieme  portait  des  vetements  plus  clairs.  Plus  tard  elle  dit  que 
son  pere  —  que  je  designerai  dorenavant  par  S.  —  est  mort,  mais 
qu’il  y  a  cinq  individus  tout  semblables  a  lui  et  qui  sont  des  Italiens. 
Ils  ont  les  yeux  verts  et  S.  avait  un  ceil  louche  (ce  qui  est  faux).  Il  y  a 
aussi  deux  sosies  de  moi-meme  :  celui  qui  l’a  interrogee  depuis  janvier 
jusqu’a  avril,  c’est  le  vrai  A.  B.  ;  il  est  un  peu  moins  haut  et  plus  clair. 
Un  autre  serait  celui  qui  lui  a  parle  en  septembre  —  je  dois  remarquer 
que  pendant  ce  mois  j’ai  ete  absent  de  Porto,  en  vacances.  Il  est  plus 
maigre  et  un  peu  plus  basane.  Le  troisieme  est  celui  qui  l’a  examinee 
dernierement.  Il  y  a  aussi  des  sosies  des  autres  malades  et  du  per¬ 
sonnel. 

Pendant  l’annee  1928  elle  presente  des  acces  d’agitation,  des  impul¬ 
sions  agressives,  du  manierisme  et  une  anesthesie  affective  qui  va  tou¬ 
jours  grandissant.  Les  idees  delirantes  sont  assez  mobiles  et  absurdes. 
Dans  son  disc.ours  il  y  a  des  incoherences.  L’illusion  des  sosies  per- 
siste  toujours. 

En  1935,  l’activite  hallucinatoire  demeure,  avec  des  hallucinations 
et  des  pseudo-hallucinations,  il  y  a  des  idees  de  resurrection  et  de 
metempsychose,  des  neologismes  et  du  negativisme. 

Le  vrai  S.  a  11  sosies.  Les  malades  sont  mortes  deja  11  fois.  De  plu- 
sieurs  d’entre  elles  on  n’en  aperpoit  que  l’esprit,  et  d’autres  c’est  seu¬ 
lement  le  fa,  qui  n’est  meme  pas  l’esprit.  D’autres  fois  elle  dit  que  c’est 
1’esprit  de  ga  tel  (d’isto  tal). 


710 


ALBERTO  BROCHADO 


Obs.  III.  —  J.  F.,  49  ans  (en  1930).  Folie  periodique  melancolique. 
Pas  d’antecedents  psychopathiques  importants,  Son  premier  acces 
date  deja  de  20  ans,  avec  des  idees  de  culpabilite  et  de  suicide.  Plu- 
sieurs  autres  acces  posterieurement.  En  juillet  1930,  elle  fait  un  nou- 
vei  acces.  En  rentrant  d’un  pelerinage  a  Lourdes,  on  lui  a  vole  un 
sac  a  main  dans  la  gare  de  Porto.  Elle  est  devenue  triste,  dormant  mal 
et  ne  voulait  se  separer  un  seul  instant  de  sa  soeur,  avec  qui  elle  de- 
meurait,  parce  qu’elle  craignait  qu’on  allait  l’enlever.  Elle  ne  se  cou- 
chait  pas,  et  passait  les  nuits  devant  la  porte  de  sa  soeur  pour  qu’on 
ne  Fenlevat  pas.  Un  jour,  celle-ci,  impatientee  et  irritee  par  les  plaintes 
de  la  malade,  lui  donna  une  gifle.  Quelques  jours  apres,  comme  la 
soeur  sortait  de  sa  chambre,  J.  F.  lui  dit  :  «  Ah  !  qui  etes-vous  ?  —  Je 
suis  So.  ta  soeur.  —  Mais  non  ;  vous  portez  ses  vetements,  mais  vous 
ne  l’etes  pas  ;  vous  jouez  tres  bien  la  comedie  ;  ma  soeur,  on  me  l’a 
volee  !  » 

On  Finterne  le  8  septembre.  Elle  dit  que  cette  dame  qui  la  visite  a 
trois  fausses  dents.  Or  sa  soeur  en  avait  deux  seulement.  Les  jambes 
de  sa  soeur  etaient  plus  maigres  et  avaient  des  varices.  Et  elle  voulait 
toujours  voir  les  jambes  de  sa  soeur,  sans  toutefois  se  convaincre.  Sa 
soeur  avait  les  cheveux  plus  blancs  et  etait  plus  vieillie.  «  Et  si  elle 
etait  ma  soeur,  elle  ne  m’aurait  pas  enfermee  »,  conclut-elle. 

Son  beau-frere  n’etait  pas  le  meme,  non  plus.  Celui-ci  n’est  pas  si 
distingue  que  l’autre  et  est  plus  indolent.  Le  vrai  se  peignait  mieux. 
C’est  son  vrai  beau-frere  qui  a  trame  ce  crime  (de  la  substitution  de 
personnes).  Et  elle  explique  la  facon  dont  le  rapt  a  ete  execute.  Un 
medecin,  le  Dr  R.,  est  entre  dans  la  conspiration  et  lui  a  ordonne  des 
comprimes  qui  Font  fait  dormir  toute  la  nuit.  Sur  ces  entrefaites,  on 
a  enleve  sa  soeur. 

Un  jour,  apres  avoir  re$u  celle-ci  comme  d’habitude,  en  sosie,  elle 
lui  examine  une  fois  de  plus  les  dents  et  les  jambes  et  se  dit  convain- 
cue.  Mais,  le  lendemain,  elle  affirme  de  nouveau  que  ce  n’etait  pas 
elle. 

Le  31  octobre,  elle  la  reconnait  definitivement.  Le  29  novembre,  elle 
quitte  l’asile  guerie  de  l’acces. 

En  janvier  1933,  elle  rentre  a  cause  d’un  nouvel  acces  qui  avait 
debute  un  mois  auparavant.  Triste,  pleurarde,  elle  parle  peu.  Ses  mou- 
vements  sont  lents  et  rares.  On  va  enlever  sa  soeur.  Celle-ci  lui  ecrit 
une  carte  postale.  En  la  recevant,  elle  la  lit,  la  relit,  Fexamine  avec 
la  plus  grande  attention. 

—  Si  e’etait  bien  d’elle.  11  y  a  tant  de  gens  qui  savent  imiter  si  bien 
Fecrilure  d’une  personne. 

Son  beau-frere  est  mort  depuis  deux  mois.  Toutefois  J.  F.  nie  le  fait: 
il  s’est  enfui  et  il  va  se  marier  a  une  autre  femme.  Son  premier  beau- 
frere  (sa  soeur  avait  ete  mariee  deux  fois)  n’est  pas  mort  non  plus  et 
il  va  se  marier  a  une  soeur  du  deuxieme. 

Il  y  a  un  peu  d’anxi6te.  Insomnie.  Le  25  janvier,  elle  regoit  la  visite 
de  sa  soeur.  Au  debut  son  attitude  est  froide  et  reservee.  Elle  re^oit 
sechement  ses  compliments  et  lui  jette  a  brule-pourpoint  : 


LE  SYNDROME  BE  CAPGRAS 


711 


—  Qui  a  achete  cette  valise?  —  Mon  premier  mari,  lui  repond  la 
sceur.  —  Ah  !  je  vois  Men  que  c’est  toi.  Elle  lui  pose  encore  quelques 
questions  pour  bien  se  certifier,  lui  examine  attentivement  les  vete- 
ments  et,  enfin,  s’avoue  convaincue.  Au  debut  de  fevrier  elle  se  trou- 
vait  deja  assez  amelioree  et  a  quitte  l’asile  le  25  du  meme  mois. 

Obs.  IV.  —  Si.,  29  ans.  Schizophrenic  hebephrenique.  Dans  les  ante¬ 
cedents  hereditaires  on  ne  trouve  rien  de  plus  que  la  simple  nervo- 
site.  Si.  a  toujours  ete  nerveuse  et  entetee.  Elle  s’est  mariee  malgre  sa 
iamille,  ce  qui  lui  a  procure  force  chagrins.  Son  mari  est  syphilitique 
et  tuberculeux.  Elle  a  eu  un  fils  quatre  mois  auparavant.  La  psychose 
a  eclate  par  de  l’excitation  avec  des  hallucinations  auditives,  de  va- 
gues  idees  de  persecution,  refus  d’aliments,  insomnie.  Discordance 
entre  1’excitation  psychique  et  1’agitation  motrice,  qui  sont  conside¬ 
rables,  et  l’humeur  normale.  II  y  a  de  l’incoherence.  Par  la  suite,  des 
alternances  d’agitation  et  de  mutisme,  negativisme,  manierisme,  mimi- 
que  theatrale,  parfois  un  air  mysterieux.  Elle  me  parle  souvent  en  voix 
chuchotee,  ou  me  repond  par  mimique.  Par  moments  il  y  a  des  idees 
d’influence,  parfois  des  rires  immotives. 

En  octobre  1930,  quelques  jours  apres  avoir  repu  la  visite  de  sa 
mere,  je  lui  demande  qui  l’a  visitee.  «  II  me  semble  que  §’a  ete  ma 
mere  et  mon  cousin.  —  Alors  vous  n’en  etes  pas  sure  ?  —  Mais  non, 
parce  que  d’habitude  les  egales,  celles  qui  se  ressemblent,  se  ras- 
semblent.  » 

J’insiste  et  elle  me  raconte  qu’un  jour  elle  est  venue  rejoindre  sa 
mere  au  parloir  et  que,  en  meme  temps,  entra  une  autre  personne, 
exactement  semblable,  par  la  p'orte,  et  dit  :  «  Ce  n’est  pas  celle-la, 
c’est  moi  »,  et  la  premiere  venue  dit  la  meme  chose  :  «  Celle-la  est 
venue  maintenant  et  je  suis  arrivee  dans  le  train  du  matin.  »  Jp  n’ai 
pu  obtenir  plus  de  renseignements  sur  le  phenomene,  parce  que  le 
psychisme  de  la  malade,  avec  ses  reponses  a  cote  et  ses  divagations, 
vient  frustrer  toute  tentative  d’analyse  psychologique  plus  fouillee. 
Mais  elle  a  continue  d’affirmer  qu’il  y  a  des  personnes  egales,  qu’elle 
les  a  vues  ensemble,  et  qu’elle  ne  sait  pas,  a  un  moment  donne,  si  elle 
a  ete  visitee  par  la  vraie  ou  par  la  fausse  mere,  a  cause  de  cette  his- 
toire  du  troc.  Le  27  novembre  elle  sort  de  l’asile. 

Obs.  V.  —  Ad.,  64  ans,  femme  de  chambre.  Psgchose  hallucinatoire 
chronique.  Pas  d’antecedents  hereditaires  d’importance.  La  psychose 
a  debute  huit  ans  avant  la  date  de  l’entree  (3  nov.  1927).  On  note  :  des 
idees  de  persecution  relativement  systematisees,  des  hallucinations 
auditives,  tactiles  et  peut-etre  cenesthesiques,  des  interpretations  deli- 
rantes,  des  illusions  visuelles  et  des  faux  souvenirs.  En  1929  il  y  a  des 
acces  d’agitation.  En  mai  de  l’annee  suivante  on  note  Villusion  des 
sosies.  Si  l’inflrmiere  insiste  pour  qu’elle  prenne  les  remedes  ou  si  on 
la  camisole  —  a  cause  des  episodes  d’agitation  —  elle  dit  :  «  Vous 
n’etes  pas  l’infirmiere  ;  l’inflrmiere  est  bonne  et  elle  ne  me  faisait  pas 


712 


ALBERTO  BROCHAItO 


cela.  »  Peu  a  peu,  les  sosies  se  multiplient.  II  y  en  a  plusieurs  de  l’in- 
firmiere,  du  restant  du  personnel,  du  secretaire  de  l’hopital  et  de 
moi-meme. 

Peu  a  peu  les  idees  de  persecution  s’e'ffacent,  faisant  place  a  des 
idees  de  grandeur.  Un  certain  degre  de  dissociation  mentale  com¬ 
mence  a  se  faire  jour.  Des  neologismes  emaillent  son  discours.  Parmi 
les  sosies  il  y  a  des  individus  en  chair  et  en  os  —  ce  sont  les  person- 
nes  naturelles  ( pessoas  de  naturalidade,  dit-elle  en  portugais)  • — ■  et 
les  pensees.  Voici  comment  elle  congoit  ces  pensees  :  n’importe  qui 
peut,  en  pensant  a  une  personne  quelconque,  la  faire  paraitre  dans 
un  certain  endroit,  pres  ou  loin  de  soi.  II  peut  aussi  se  faire  paraitre 
lui-meme  en  pensee.  Ces  pensees  parlent  et  pensent  comme  les  per¬ 
sonnel  naturelles  et  on  ne  les  distingue  pas  de  celles-ci. 

En  avril  1933  elle  parle  de  sosies  d’elle-meme.  Elle  a  plus  de  vingt 
saeurs,  toutes  semblables,  et  toutes  ont  ete  a  I’hopital.  Ici  elles  sont 
toutes  connues  par  le  meme  nom,  on  leur  met  le  meme  visage.  Qui  les 
voit  croft  que  c’est  toujours  la  meme  personne,  mais  ce  n’est  pas  vrai. 
11  est  deja  arrive  d’etre  a  I’hopital  quatre  le  meme  jour,  mais  jamais 
pins  d’une  a  la  fois.  Cependant  elle  se  souvient  de  toute  son  existence 
a  l’asile,  parce  que  toutes  les  soeurs  ont  la  pensee  les  unes  des  autres. 
Mais  cela  seulement  pour  ce  qui  concerne  leur  vie  asilaire. 

Frequemment  elle  parle  a  la  troisieme  personne,  pour  bien  montrer 
qu’un  certain  fait  est  arrive  a  une  de  ses  saeurs  et  pas  a  elle,  ou  a  la 
premiere  du  pluriel,  pour  faire  remarquer  la  multiplicity  des  person- 
nalites.  Par  exemple  :  «  II  y  a  six  ans  que  nous  sommes  ici  »,  ou 
alors  :  «  Elle  semble  la  meme  personne,  car  elle  dit  tout  ce  qui  est 
arrive.  » 

La  dissociation  mentale  progresse  relativement  vite.  Le  delire 
s’effrite,  mais  1  ’illusion  des  sosies  persisle  toujours. 

Obs.  VI.  —  B„  sans  profession,  61  ans.  Psychose  hallucinatoire  chro- 
nique.  Branche  paternelle  :  le  grand-pere  est  mort  en  demence,  un 
oncle  semble  avoir  souffert  d’atrophie  musculaire  progressive  ;  le 
pere  est  mort  a  la  suite  d’un  ictus  apoplectique.  Branche  maternelle  r 
la  grand’mere  a  eu  plusieurs  ictus  et  deux  tantes  sont  mortes  alienees. 
Apres  quelques  bouffees  delirantes  qui  ont  gueri,  s’installe  un  delire 
systematise  de  persecution,  avec  un  discret  coloris  de  grandeur,  des 
hallucinations  auditives,  des  interpretations  delirantes  et  des  neolo¬ 
gismes. 

Elle  dit  qu’a  1’asile  il  y  a  plusieurs  medecins  semblables  a  M.  le 
Dr  Bahia  (le  directeur  de  l’etablissement)  et  a  moi-meme.  Tous  tra- 
vaillent  a  l’asile.  Il  est  difficile  de  distinguer  ces  differentes  personnes, 
Celui-la  seul  qui  les  connait  bien  peut  en  etre  capable. 

Je  commencerai  par  faire  une  petite  remarque  :  c’est  qu’aucun 
de  mes  malades  n’a  employe  le  vocable  sosie  que,  en  portugais 
(sdsia),  les  gens  tres  instruits  seuls  connaissent  et  emploient. 


LE  SYNDROME  DE  CAPGRAS 


713 


Toutefois,  M...  (Obs.  I),  ayant  une  certaine  instruction,  je  lui  ai 
demande  un  jour  si  les  personnes  semblables  n’etaient  pas  des 
sosies.  «  Quelques-unes  peuvent  l’etre,  a-t-il  repondu,  d’autres 
non,  car  un  sosie,  c’est  un  individu  exactement  egal  a  un  autre  et 
ceux-ci  sont  seulement,  en  general,  extremement  semblables.  » 
Or,  quoique,  a  la  lettre,  le  sens  du  terme  soit  celui-ci,  dans  le 
symptome  illusion  des  sosies,  il  ne  s’agit  jamais,  ou  presque 
jamais,  d’une  identite  photographique,  car  les  malades  insistent 
sur  les  petits  signes  distinctifs  entre  les  divers  sosies.  Ainsi, 
Mme  de  Rio  Branco,  le  cas  princeps  de  M.  Capgras,  explique 
comme  elle  distingue  les  sosies  :  «  £a  se  voit  a  des  details...  un 
petit  signe  a  l’oreille...  la  figure  plus  mince...  la  moustache  plus 
longue...  les  yeux  de  couleur  differente...  la  fagon  de  parler...  la 
fagon  de  marcher...  »  Expressions  que  je  trouve  dans  la  bouche 
de  tous  mes  malades,  celle  de  l’Obs.  IV  exceptee,  parce  que  celle- 
ci  dit  nettement  qu’il  s’agit  de  personnes  tout  a  fait  pareilles 
(as  iguaisinhas) . 

II  y  a  un  fait  curieux  sur  lequel  insistent  Larrive  et  Jasienski. 
Toutes  les  observations  publiees  jusqu’alors  concernaient  des 
femmes.  Je  connais  seulement  deux  exceptions  a  cette  regie  : 
l’Obs.  XIII  de  Mile  Derombies  et  mon  malade  M...  (Obs.  I).  Quoi- 
qu’on  ne  puisse  voir  aisement  la  raison  de  cette  preference,  il 
est  certain  que  ce  sont  presque  toujours  des  femmes  qui  sont 
dupes  de  Villusion  des  sosies. 

Pour  expliquer  la  genese  du  symptome,  M.  Capgras  invoque  : 
«  un  etat  affectif  d’abord,  une  habitude,  une  tournure  d’esprit 
ensuite  »,  c’est-a-dire  un  trouble  affectif  initial  qui,  le  premier, 
declencherait  le  phenomene,  et  une  attitude  mentale  (Seglas)  qui 
lui  donnerait  de  la  stability  et  l’etendrait  progressivement. 

Mais  quel  est  ce  trouble  affectif  qui  nous  semble  etre  a  la  base 
de  la  meconnaissance  ?  se  demande  Mile  Derombies.  Il  semble 
qu’il  s’agisse  d’une  modification  de  la  cenesthesie,  mais  se  tra- 
duisant  de  differentes  fagons  :  soit  Yinquietude,  Yanxiete,  soit  une 
intuition  delirante,  un  etat  passionnel  morbide,  un  sentiment 
d’etrangete  interieure... 

D’autres  theories  sont  venues  ensuite.  Quelques-unes,  se  rap- 
prochant  des  precedentes,  insistent  sur  l’importance  de  l’ele- 
ment  affectif,  d’autres  mettent  au  premier  plan  un  trouble  intel- 
lectuel. 

Apres  avoir  cite  les  principales  de  ces  theories.  Mile  Derombies 
rappelle  que  Kinner-Wilson  et  Pierre  Janet  rapprochent  cer¬ 
tains  troubles  eprouves  par  des  epileptiques  au  moment  de  l’aura 
des  impressions  d’etrangete,  de  non  realite  observees  chez  les 


714 


ALBERTO  BROCHADO 


psychastheniques  et  cite  l’hypothese  de  Franckhauser  et  de  plu- 
sieurs  neuro-psychiatres  de  l’Ecole  suisse  qui  pretendent  expli- 
quer  les  phenomenes  de  fausse  reconnaissance,  illusion  de  fausse 
familiarite  et  de  non  familiarite  par  une  dysjonction  entre  les 
couches  corticales  exterieures  (reconnaissance  et  ideation)  et  les 
inferieures  (perception). 

«  Ces  dernieres  theories,  continue  Mile  Derombies,  nous 
feraient  envisager  la  possibility  d’une  explication  univoque,  appli¬ 
cable  peut-etre  a  tous  les  troubles  de  la  reconnaissance  que  nous 
avons  etudies  :  Illusion  de  sosie,  impression  de  jamais  vu,  fausse 
amnesie,  meconnaissance,  impression  de  deja  vu,  fausse  recon¬ 
naissance.  » 

Or,  je  crois  que  l’Obs.  I  est  tres  interessante  a  ce  point  de  vue, 
parce  que,  a  Villusion  des  sosies  tout  a  fait  classique,  ce  malade 
joint,  pendant  quelques  annees,  Villusion  du  deja  vu  d’une  facon 
continue,  systematique.  D’autre  part,  Villusion  de  sosie  alterne 
avec  la  meconnaissance  pure  et  simple  (pendant  une  annee,  de 
fevrier  1927  a  fevrier  1928  et  depuis  juillet  1935). 

Dans  un  des  travaux  que  j’ai  consacre  a  1  ’illusion  des  sosies, 
en  portugais  (1),  j’insiste  sur  le  rapport  qui  doit  exister  entre  les 
deux  phenomenes,  illusion  des  sosies  et  illusion  du  deja  vu.  Je 
ne  puis  m’etendre  ici  sur  ce  point,  mais  j’appelle  seulement  l’at- 
tention  sur  cette  coexistence,  ce  qui  ne  s’est  pas  encore  rencontre 
dans  aucune  des  observations  qui  ont  vu  le  jour. 

Dans  1’une  et  l’autre,  nous  avons  comme  symptomes  :  a)  un 
trouble  simple  et  primitif  ;  b )  une  attitude  mentale  qui  lui  donne 
de  la  stability,  le  fait  progresser  et  le  transforme  en  c)  un  verita¬ 
ble  delire,  delire  palingnostique  (Mendel)  pour  Villusion  du  deja 
vu,  delire  des  sosies,  pour  l’illusion  de  Capgras. 

Sans  employer  cette  terminologie,  Arnaud  etait  arrive,  toute- 
fois,  aux  memes  conclusions  :  «  II  me  parait  legitime  de  conclure 
que  la  continuity  de  Villusion  n’est  qu’apparente,  qu’elle  est  le 
resultat  d’une  sorte  d’entrainement,  d’une  habitude  ayant  deter¬ 
mine  un  faux  pli  de  l’esprit  et  un  veritable  delire.  >> 

Parlant  du  delire  des  sosies,  M.  Capgras  ecrit  :  «  De  la  sorte, 
elle  (Mme  de  Rio  Branco)  arrive  presque,  sinon  au  delire  meta- 
bolique,  du  moins  au  delire  de  metamorphose.  »  Je  crois  qu’on 
peut  dire  meme  delire  metabolique  sans  aucune  restriction.  «  C’est 
incroyable  la  comedie  qui  se  joue  avec  les  sosies  »,  dit  Mme  de 
Rio  Rranco.  Et,  qu’est-ce  que  le  delire  palingnostique,  du  moins 

(1)  Alberto  Bhochado.  —  0  sindromo  de  Capgras.  Portugal  Medico,  n°  3, 
mars  1932. 


LE  SYNDROME  DE  CAPGRAS 


715 


dans  des  cas  semblables  a  celui  de  M...  (Obs.  I),  sinon  une  moda- 
lite  de  delire  metabolique  ?  Une  telle  repetition,  symetrique  et 
mecanique,  de  la  vie,  ne  peut  etre  qu’une  vaste  comedie.  Le 
malade  d’Arnaud  attribuait  cette  comedie  a  des  machinations 
des  siens,  comme  M...  affirme  que  les  articles  sont  repetes  inten- 
tionnellement  et  que  le  journal  qu’il  lit  n’est  pas  le  vrai  journal, 
imprime  pour  tout  le  monde,  mais  un  journal  compose  expres 
pour  lui. 

L’episode  des  lettres  ecrites  au  Dr  Lemos  me  fait  croire  que 
M...,  comme  le  malade  d’Arnaud,  eprouvait  l’impression  du 
deja-vu,  non  seulement  pour  les  perceptions,  mais  aussi  pour  ses 
propres  souvenirs. 

Le  role  de  1’element  affectif  dans  la  genese  de  l’illusion  des 
sosies  apparait  evident  dans  presque  toutes  mes  observations, 
mais  avec  des  modalites  differentes.  Dans  les  cas  I  et  II,  ce  serait 
peut-etre  la  haine  morbide,  symptomatique  de  la  psychose,  exa- 
cerbee  peut-etre,  dans  le  cas  I,  par  l’insistance  avec  laquelle  le 
pere  —  qui  attribuait  les  troubles  mentaux  de  son  fils  exclusive- 
ment  a  la  syphilis  —  pretendait  lui  faire  subir  des  traitements 
specifiques,  que  celui-ci  refusait  energiquement.  Dans  l’observa- 
tion  V,  l’illusion  est  nettement  engendree  par  les  sentiments  que 
fait  naitre  dans  la  malade  une  attitude  que  celle-ci  estime,  hos¬ 
tile —  administration  de  medicaments,  application  de  la  cami¬ 
sole.  C’est  le  mecanisme  invoque  par  Roger  Dupouy  et  Montas- 
sut.  Dans  le  cas  III,  ce  serait  peut-etre  un  facteur  identique,  mais 
marquant  une  hostility  plus  reelle,  la  giflle  que  lui  a  administree 
sa  sceur.  Mais,  dans  ce  cas,  nous  voyons  1’illusion  precedee,  pen¬ 
dant  quelques  jours,  d’une  idee  delirante,  celle  de  l’enlevement 
de  sa  sceur,  qui  a  contribue  certainement  aussi  a  l’eclosion  du 
symptome.  Cette  idee,  de  son  cote,  semble  resulter  d’un  deplace¬ 
ment  affectif  (Freud)  du  trauma  qui  a  ete  la  cause  occasionnelle 
de  l’acces  :  les  sentiments  eveilles  par  le  vol  du  sac-a-main  se 
sont  detaches  de  son  objet  primitif  et  se  sont  associes  a  un 
nouvel  objet  —  la  sceur  —  d’ou  la  croyance  a  son  enlevement. 
Dans  ce  cas,  il  y  a  aussi  une  autre  curiosite  :  la  reapparition  du 
symptome  a  l’occasion  d’un  nouvel  acces.  Cette  fois,  il  est  vite 
rectifie,  parce  que  l’intensite  des  troubles  est  petite. 

Comme  le  dit  M.  Capgras,  «  le  melancolique,  plus  ou  moins 
perplexe,  cherche  la  certitude,  pose  des  questions  embarrassan- 
tes  au  pretendu  sosie,  examine  certains  signes  qu’il  croit  connus 
de  lui  seul  ».  Tous  ces  details  sont  amplement  confirmes  dans 
le  cas  de  J... 

En  ce  qui  concerne  Si...,  il  est  plus  difficile  d’expliquer,  sinon  la 


716 


ALBERTO  BROCHADO 


genese,  du  moins  la  forme  par  laquelle  le  symptome  a  fait  irrup¬ 
tion  dans  la  conscience  de  la  malade.  A  mon  avis,  trois  hypothe¬ 
ses  pourraient  etre  admises  :  a)  une  hallucination  visuelle  se 
serait  jointe  a  la  perception  reelle  de  la  mere,  au  moment  de  la 
visite  ;  b )  toute  la  scene  racontee  aurait  ete  vecue  dans  un  etat 
hallucinatoire  ;  c)  il  s’agirait,  tout  simplement,  de  faux  souve¬ 
nirs.  Si  la  premiere  hypothese  etait  exacte,  on  aurait  un  exemple 
de  la  coexistence  de  la  vraie  personnalite  et  de  son  sosie,  laquelle,. 
comme  observe  Vie,  ne  s’est  encore  manifestee  dans  les  observa¬ 
tions  publiees.  Car,  dans  celles-ci,  jamais  des  hallucinations 
visuelles  ne  sont  intervenues  dans  le  determinisme  de  l’illusion. 
Des  hallucinations  auditives,  par  contre,  ont  ete  deja  notees  dans 
ce  determinisme-la. 

Reste  le  cas  VI,  dont  le  mecanisme  psychogenetique  n’est  pas 
tres  net.  Peut-etre  s’agirait-il  du  sentiment  d’etrangete  invoque 
pour  M.  Capgras  ;  peut-etre  aussi,  comme  je  me  le  suis  demande 
dans  un  travail  publie  en  portugais  (1),  Yidee  de  sosie  ne  serait 
que  l’aboutissement  des  idees  de  grandeur  de  la  malade  lesquel- 
les,  quoique  legeres,  n’en  etaient  pas  moins  delirantes.  Celle-ci 
se  croyait  apparentee  a  plusieurs  personnes  d’une  condition 
sociale  un  peu  superieure  a  la  sienne.  Elle  a  plus  de  700  parents 
dans  ces  conditions.  Or,  apres  en  avoir  multiplie  le  nombre, 
n’irait-elle  pas  jusqu’a  dedoubler,  en  plusieurs  individuality 
distinctes,  ceux  avec  qui  elle  vit  de  plus  pres  ?  Un  petit  fait  me 
semble  demontrer  que  cette  hypothese  n’est  pas  completement 
invraisemblable  :  c’est  que  la  malade  n’a  jamais  affirme  l’exis- 
tence  de  sosies  des  personnes  qu’elle  n’aime  pas  —  le  personnel 
par  exemple. 

Mile  Derombies  se  demande  «  lequel  des  deux  apparait  en 
premier  lieu,  ou  l’idee,  souvent  delirante,  concernant  le  vrai 
personnage,  ou  la  creation  d’un  sosie  »,  et  incline  pour  une 
certaine  priorite  de  la  certitude  delirante.  II  y  a,  certes,  des  cas 
ou  il  en  est  ainsi,  1’Obs.  Ill  le  prouve  nettement.  L’idee  du  rapt 
a  precede  et  prepare  l’idee  de  l’existence  d’un  sosie. 

Comme  le  remarque  encore  Mile  Derombies,  Yillusion  des  sosies 
se  rapporte  toujours  a  un  etre  qui,  d’une  facon  ou  d’une  autre, 
suscite  chez  le  malade  un  interet  affectif  intense.  «  Les  Gran¬ 
gers,  les  objets  quelconques,  ne  semblent  pas  transformes,  ils 
sont  reconnus  immediatement.  »  Cependant,  on  note  quelque- 
fois  une  meconnaissance  des  objets  familiers,  mettons  meme  une 

(1)  Alberto  Brochado.  —  La  genese  de  I’illusion  des  sosies.  Portugal 
Medico,  n°  6,  juin  1934. 


LF.  SYNDROME  DE  CAPGRAS 


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illusion  des  sosies  des  choses  :  «  On  a  truque  sa  malle,  dit  la 
malade  de  Bouvier,  on  lui  a  fait  fairedes  vetements  copies  sur 
les  siens,  on  a  imite  les  faux  plis  et  1’usure,  mais  elle  se  rend  bien 
compte  de  la  supercherie.  »  Elle  s’etonne  cependant  de  la  res- 
semblance  parfaite.  Mon  malade  de  l’Obs.  I  a  aussi  affirme, 
comme  nous  l’avons  vu,  que  les  lunettes,  aussi  bien  que  le  par- 
dessus,  n’etaient  pas  les  siens,  mais  tres  semblables. 

Dans  les  cas  publies,  quand  les  malades  parlent  de  sosies 
d’eux-memes,  il  s’agit  toujours  d’une  ressemblance  physionomi- 
que,  externe.  Les  personnalites,  par  contre,  demeurent  entiere- 
ment  distinctes.  Les  sosies  de  Ad...  (Obs.  V),  toutefois,  sont  lies, 
non  seulement  par  une  ressemblance  physionomique,  mais  aussi 
par  une  identite  interne,  psychique.  Elies  ont  la  pensee  les  unes 
des  autres,  quoique  seulement  pour  ce  qui  concerne  leur  vie  asi- 
laire.  C’est-a-dire,  Yillusion  des  sosies  conduit,  dans  ce  cas,  au 
dedoublement  de  la  personnalite. 

Une  derniere  remarque  pour  terminer.  «  Les  sosies  ne  sont 
pas  immateriels,  sans  corps  »,  dit  Mile  Derombies.  Or,  quoique 
dans  mes  cas  il  en  soit  presque  toujours  ainsi,  nous  avons  vu  que 
A.,  a  cote  des  personnes  en  chair  et  en  os,  admettait  l’existence 
de  pensees  qui,  pourtant,  parlent  et  agissent  comme  les  person¬ 
nes  naturelles  et  ne  s’en  distinguent  en  rien. 


LES  TENDANCES  ACTUELLES 
DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  SUISSE 

PAR 

A.  REPOND 


L’exercice  de  la  medecine  mentale,  bien  plus  que  celui  de  tou- 
tes  les  autres  branches  de  l’art  de  guerir,  depend  du  degre  de 
civilisation  d’un  pays,  de  son  statut  politique,  de  son  etat  social, 
de  sa  legislation,  de  sa  prosperite  materielle,  de  ses  prejuges 
usuels,  de  ses  conceptions  religieuses  et  morales,  bref,  de  l’en- 
semble  des  conditions  spirituelles  et  materielles  dans  lesquelles 
il  vit. 

Cette  constatation  est  peut-etre  plus  frappante  en  Suisse  qu’ail- 
leurs,  ou  les  24  petites  republiques,  fort  dilferentes  les  unes  des 
autres,  qui  composent  ce  pays,  ont  garde  leurs  traditions,  leur 
regime  et  leur  legislation  propres  pour  tout  ce  qui  concerne 
l’assistanee  publique  et  l’assistance  aux  alienes,  le  code  penal, 
l’administration  et  bien  d’autres  choses  encore,  qui  exercent  une 
influence  directe  sur  la  pratique  de  la  medecine  mentale.  En 
voici  quelques  exemples  :  certains  cantons,  tel  que  Neuchatel 
ou  Geneve,  possedent  une  loi  assez  complete  sur  le  regime  des 
alienes.  A  Neuchatel,  le  Procureur  de  la  Republique  y  possede 
un  droit  de  controle  sur  les  internements.  Ailleurs,  ce  droit  sera 
devolu  a  une  autorite  administrative  ou  executive,  a  une  Com¬ 
mission  de  Surveillance  ou  au  Conseil  d’Etat.  Autre  exemple  : 
le  canton  de  Vaud  s’est  offert  une  loi  sur  la  sterilisation  des  alie¬ 
nes  qui,  bien  que  parfaitement  redigee  et  maniee  avec  une 
extreme  prudence,  est  un  objet  de  vive  reprobation  pour  les  deux 
pays  catholiques  voisins  de  Fribourg  et  du  Valais. 

La  plupart  des  cantons  suisses,  cependant,  ne  possedent 
aucune  loi  speciale  sur  le  regime  des  alienes,  mais  seulement 
des  decrets  determinant  l’activite  des  etablissements  officiels 
pour  malades  mentaux,  les  conditions  d’admission,  d’interne- 

Ann.  Med.-psych.,  XV°  serie,  94e  annee,  t.  I.  —  Mai  1936. 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATR1E  EN  SUISSE  719 

ment,  d’exeat,  les  competences  medicates  et  administratives  des 
medecins  directeurs,  des  economes,  des  autorites  de  surveil¬ 
lance,  etc... 

Les  charges  de  l’assistance  aux  alienes  necessiteux  sont,  dans 
la  plupart  des  cantons,  partagees  entre  l’Etat  et  les  communes 
de  domicile  et  d’origine.  La  repartition  de  ces  frais  varie  d’ail- 
leurs  beaucoup  d’un  canton  a  l’autre  :  dans  certains,  l’Etat  en 
assure  la  presque  totalite  ;  dans  d’autres,  il  n’intervient  pas  du 
tout  ou  pour  une  miiiime  partie  seulement.  Ce  partage  depend 
souvent  de  la  situation  financiere  des  communes  ou  des  bour¬ 
geoisies  qui  doivent  payer  pour  leurs  malades  un  prix  propor- 
tionnel  a  la  fortune  ou  au  revenu  de  la  collectivite.  La  repar¬ 
tition  des  charges  d’assistance  entraine  du  reste  parfois  des 
conflits  administratifs  :  certains  malades  possedent,  par  exem- 
ple,  la  bourgeoisie  de  deux  communes  differentes,  qui  essaient 
alors  de  rejeter  l’une  sur  l’autre  les  frais  d’internement  ;  des 
difficultes  peuvent  aussi  se  presenter  pour  la  repartition  des 
charges  entre  la  commune  de  domicile  et  la  commune  d’origine, 
ou  encore  a  l’occasion  du  rapatriement  des  alienes  indigents 
dans  leur  canton  d’origine.  On  apprecie  aussi  differemment,  sui- 
vant  les  cantons,  les  conditions  de  fortune  ou  plutot  d’indigence 
d.onnant  a  un  malade  le  droit  d’etre  soigne  aux  frais  de  1’assis- 
tance  publique  :  il  peut  done  arriver,  par  exemple,  que  Ton 
interne  a  Geneve  comme  aliene  necessiteux  un  Yalaisan  qui  y 
habite,  puis  qu’on  le  transfere  dans  1’asile  de  son  canton  d’ori¬ 
gine,  oil  les  autorites  communales  responsables  refusent  d’assu- 
mer  la  charge  de  son  entretien  pour  la  raison  que  la  tamille  du 
malade  dispose  d’un  revenu  tel  qu’clle  ne  saurait  etre  consideree 
comme  indigente  d’apres  les  conditions  ec.onomiques  du  Valais. 

De  pareilles  situations  peuvent  avoir  une  certaine  influence 
sur  le  sort  des  malades.  En  effet,  quand  les  frais  de  traitement 
incombent  a  une  famille  plus  ou  moins  besogneuse,  a  une  petite 
commune  pauvre,  il  est  naturel  que  l’on  retarde  le  plus  possible 
l’entree  du  malade  a  la  clinique,  qu’on  restreigne  le  placement 
d’office  aux  cas  les  plus  graves,  et,  qu’on  ne  soigne  gu^re  les 
psychoses  legeres  ne  faisant  pas  de  symptomes  bruyants  ou  ne 
presentant  pas  de  dangers  apparents  pour  la  securite  publique. 
Aussi,  les  suicides  des  melancoliques  sont-ils  assez  frequents 
dans  certains  cantons  :  on  n’y  prend  qu’a  vegrfet  l’initiative  d’un 
internement  qui  entrainerait,  si  le  malade  est  necessiteux,  l’obli- 
gation  de  subvenir  a  son  entretien  dans  l’asile.  De  meme,  on  a 
tendance  a  limiter  a  cause  des  frais  la  duree  du  traitement  des 
malades  au  plus  strict  minimum.  Cela  n’est  pas  toujours  un  desa- 


720 


A.  RE  POND 


vantage  et  l’on  sait  combi  en  une  sortie  precoce  peut  hater  la 
guerison  dans  certaines  formes  de  schizophrenic,  sinon  meme 
la  provoquer.  Quand  l’Etat  assume  les  frais,  les  families  et  les 
autorites  communales  opposent  plus  volontiers  des  difficultes  a 
la  sortie  des  malades,  se  montrent  plus  sensibles  a  la  persis¬ 
tence  de  certains  symptomes,  a  certains  traits  penibles  du 
caractere,  a  la  possibility  d’un  risque,  meme  minime,  pour  la 
securite  publique.  Le  resultat  en  est  que  dans  les  cantons  ou 
l’Etat  se  montre  genereux,  les  asiles  sont  facilement  encombres 
de  cas  chroniques  et  qu’il  faut  toute  l’energie  du  medecin  pour 
imposer  leur  sortie. 

C’est  en  partie,  pour  remedier  a  ces  difficultes  et  ces  compli¬ 
cations  qu’ Auguste  Forel  avait  tente,  il  y  a  une  trentaine  d’an- 
nees,  d’obtenir  une  loi  federate  sur  le  regime  des  alienes.  Mal- 
gre  l’appui  que  la  Societe  Suisse  de  Psychiatrie  donnait  a  ce  pro¬ 
jet,  il  echoua,  car  son  acceptation  eut  entraine  le  transfert  a  la 
Confederation  de  la  plupart  des  competences,  comme  des  char¬ 
ges,  de  l’Assistance  publique,  chose  impossible  a  concilier  avec 
le  federalisme  qui  caracterise  les  institutions  helvetiques. 

La  bigarrure  administrative  du  regime  des  malades  mentaux 
est  encore  renforcee  par  le  fait  que,  chaque  canton  possedant  son 
propre  code  penal,  l’appreciation  des  debts  ou  des  crimes  com- 
mis  par  les  psychopathes  varie  aussi  passablement  d’un  endroit 
a  1’autre,  de  meme  que  les  mesures  de  protection  prises  contre 
eux.  Un  psychopathe  declare  irresponsable  dans  un  canton  ne  le 
sera  pas  necessairement  dans  un  autre.  Si  ce  malade  est  origi- 
naire  d’un  autre  canton  que  celui  oil  il  a  ete  declare  irrespon¬ 
sable,  il  sera  rapatrie  dans  l’asile  de  son  canton  d’origine.  Les 
frais  de  son  entretien  tombant  desormais  a  la  charge  de  sa  com¬ 
mune,  celle-ci  pourra,  si  le  cas  n’est  pas  trop  grave,  refuser  de 
les  assumer,  et  le  malade  sera  remis  en  liberte  :  parfois  sans 
controle  aucun. 

Ce  serait  cependant  une  erreur  de  ne  voir  de  ces  regimes  si 
divers,  auxquels  sont  soumis  les  asiles  suisses,  que  les  inconve- 
nients.  Les  difficultes  administratives  que  j’ai  relevees  sont  assez 
exceptionnelles  et  cette  decentralisation  presente  en  contre-par- 
tie  bien  des  avantages  qui  me  semblent  meme  l’emporter  de 
beaucoup.  Les  petites  collectivites  que  forment  les  cantons 
suisses  fonctionnent  tout  naturellement  d’une  maniere  plus 
souple  qu’un  grand  Etat  et  il  est  toujours  possible  de  remedier 
aux  insuffisances  dent  je  parlais  tout  a  l’heure.  Il  est  aussi  plus 
facile  d’organiser  en  petit  des  oeuvres  d’assistance,  de  realiser 
un  progres  social  pour  une  communaute  limitee  que  si  1’ oeuvre 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  SUISSE  721 

devait  s’etendre  simultanement  a  tout  le  pays.  D’ailleurs,  les 
besoins  des  differents  cantons  sont  aussi  fort  divers  et  les  oeu¬ 
vres  sociales  ne  sauraient  etre  les  memes,  par  exemple,  dans  un 
canton  industriel  et  citadin  que  dans  un  autre  presque  exclusi- 
vement  agricole.  Les  policliniques  psychiatriques  qui  existent 
dans  toutes  les  villes  universitaires  et  sont  tres  frequentees  par 
la  population  citadine  ne  pourraient  guere  fonctionner  dans  les 
contrees  rurales.  Celles  qui  ont  ete  creees  dans  les  asiles  situes  a 
la  campagne  ne  sont,  si  je  suis  bien  renseigne,  guere  frequentees, 
malgre  la  gratuite  des  soins. 

Les  differences  politiques,  administratives,  legislatives  des  can¬ 
tons  ne  sont  pas  les  seules  a  exercer  une  influence  sur  la  pra¬ 
tique  de  la  medecine  mentale  en  Suisse.  11  y  a,  de  plus,  les  diver¬ 
gences  confessicnnelles  qui  sont  fort  importantes  (deux  tiers 
environ  de  la' Suisse,  sont  prctestants  et  un  tiers  catholique)  et 
enfin,  comme  on  le  sait,  sa  culture  est  triple  et  determinee  en 
grande  partie  par  celle  des  trois  grands  pays  d’Europe  dont  elle 
partage  les  langues.  L’influence  de  chacun  de  ces  pays  ne  s’ar- 
rete  pas  a  son  territoire  linguistique,  elle  peut  le  deborder  sen- 
siblement  ou  creer  avec  une  autre  des  zones  d’interference  ou  de 
luttes  dans  lesquelles  les  di-verses  doctrines,  tantot  se  fondent 
et  s’harmonisent,  tantot  s’affrontent  nettement,  car  elles  trou- 
vent  toujours  dans  le  pays  certains  protagonistes  plus  ou  moins 
intransigeants.  C’est  un  fait  aussi  que  l’intluence  doctrinale  et 
scientifique  des  divers  pays  varie  tant  en  qualite  qu’en  quantite 
suivant  les  epoques.  Avant  la  guerre  mondiale,  par  exemple,  il 
est  constant  que  1’influence  de  la  psychiatrie  allemande  etait 
predominate  dans  toute  la  Suisse  au  point  de  vue  theorique  et 
pratique.  Cette  preponderance,  qui  ne  se  bornait  pas  au  domaine 
de  la  psychiatrie,  etait  due  partiellement  a  1’identite  du  cours 
des  etudes  medicales,  qui  permettait  aux  etudiants  suisses  d’aller 
passer  quelques  semestres  dans  les  Universites  allemandes  sans 
retarder  pour  autant  leurs  etudes  et  leurs  examens.  Cela  ne  veut 
pas  dire  d’ailleurs  que  la  psychiatrie  suisse  ait  suivi  aveugle- 
ment  les  enseignements  venus  d’Allemagne  ou  qu’elle  ait  accepte 
sans  auti-e  ses  doctrines  scientifiques  offlcielles.  Une  preuve  en 
est  l’interet  immediat  qu’eveilla  en  Suisse  la  psychanalyse,  et,  le 
fait  que  la  plupart  des  alienistes  suisses  s’inspirerent  aussitot  de 
ses  decouvertes  et  de  ses  doctrines,  alors  que  celles-ci  etaient 
combattues,  comme  elles  le  sont  encore  du  reste  actuellement, 
par  la  grande  majorite  des  maitres  allemands.  Le  seul  de  ces 
derniers,  dont  on  peut  dire  qu’il  exerca  sur  la  psychiatrie  suisse 
une  influence  preponderate  et  qui  dure  encore,  est  :  Kraepelin, 


Ann.  MjED.-psYca.,  XVe  serie,  94«  annee,  t.  I.  — ■  Mai  1936. 


46. 


722 


A.  RE POND 


dont  les  conceptions  sur  la  demence  precoce  et  la  cyclothymie 
furent  tres  vite  suivies,  et  dont  la  systematisation  fut  aussi  adop¬ 
tee  pour  l’etablissement  des  statistiques  officielles,  alors  que  ce 
n’etait  le  cas  ni  en  Allemagne,  ni  en  Autriche. 

Cette  entente  de  toute  la  psychiatrie  suisse  sur  la  classification 
des  maladies  mentales  eut  evidemment  pour  resultat  de  creer 
une  certaine  unite  dans  la  maniere  de  considerer  quelques  pro- 
blemes  psychiatriques  fondamentaux.  II  n’est  pas  indifferent,  en 
effet,  que  l’on  se  soit  entendu  dans  tout  le  pays  sur  les  criteres 
diagnostiques  des  affections  mentales  les  plus  frequentes  ou  sur 
1’appreciation  des  resultats  therapeutiques. 

Cet  accord  a  propos  des  conceptions  cliniques  essentielles  a  ete 
beaucoup  favorise  par  le  fait  qu’il  n’y  a  guere  eu,  jusqu’a  main- 
tenant,  qu’une  seule  ecole  psychiatrique  suisse  :  celle  du  Biir- 
gholzli  a  Zurich.  Elle  doit  le  debut  de  sa  renommee  a  Auguste 
Forel,  auquel  succeda  Bleuler.  L’influence  de  ces  deux  hommes 
et  surtout  du  dernier  a  ete  absolument  preponderate  sur  les 
alienistes  suisses,  et,  ce  sont  actuellement  les  eleves  directs  de 
Bleuler  qui  occupent,  a  l’exception  d’une  seule,  les  chaires  de 
psychiatrie  des  Universites  du  pays,  ou  sont  a  la  tete  des  eta- 
blissements  o-fflciels  et  prives  pour  malades  mentaux.  La  for¬ 
mation  qu’un  maitre  si  eminent  a  donne  a  toute  une  generation 
d’alienistes  et  qui  se  continue  par  l’intermediaire  de  ses  eleves 
est  encore  determinante  pour  l’attitude  mentale  de  nombreux 
psychiatres  suisses  qui  suivent  toujours  ses  traces,  continuent 
a  etudier  les  problemes  qu’il  a  poses,  se  meuvent  dans  les  limi- 
tes  des  conceptions  psychiatriques  qu’il  a  tracees,  acceptent 
encore  sans  les  mettre  en  doute  les  idees  fondamentales  qui  sont 
les  siennes.  Cette  unanimite  tacite  se  revele  assez  nettement 
dans  les  assemblees  de  la  Societe  Suisse  de  Psychiatrie  ou, 
somme  toute,  on  n’attaque  guere  le  point  de  depart  ou  les  pre¬ 
misses  des  travaux  scientifiques  qui  y  sent  presentes,  et  qui 
s’appuient  pour  la  plupart  sur  l’ensemble  des  notions  fonda¬ 
mentales,  criteriologiques  et  methodologiques,  pensees  et  eta- 
blies  par  Bleuler. 

II  est  un  autre  caractere  tres  important  commun  aux  alienistes 
suisses,  et  qui  n’est  pas  du  a  une  formation  theorique,  a  un 
entrainement  doctrinal  quelconque,  mais  procede  du  sens  social 
si  developpe  chez  le  peuple  suisse.  La  psychiatrie  de  notre  pays 
est,  en  effet,  avant  tout  sociale,  et,  bien  avant  la  creation  du  mou- 
vement  pour  l’hygiene  mentale,  une  grande  partie  des  efforts 
des  alienistes  etaient  voues  a  des  taches  de  prophylaxie  generale. 
Je  rappelle  a  ce  propos  l’extraordinaire  activite  deployee  par 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATR1E  EN  SUISSE  723 

Auguste  Forel  dans  la  lutte  contre  l’alcoolisme  qu’il  organisa, 
non  seulement  en  Suisse,  mais  a  l’etranger.  II  reussit  si  bien  a 
faire  partager  ses  opinions  a  cet  egard  par  les  alienistes  de  notre 
pays,  qu’il  etait  considered  par  exemple,  comme  allant  de  soi, 
qu’un  psychiatre  fut  abstinent  afin  de  servir  d’exemple  vivant 
dans  la  lutte  contre  l’abus  de  la  boisson.  C’est  a  son  activite 
aussi  qu’est  due  la  creation  de  multiples  etablissements  pour  les 
buveurs,  de  centres  de  prcphylaxie  centre  l’alcoolisme,  de  lois 
contre  l’abus  des  boissons,  etc...  Dans  un  domaine  psychiatrique 
plus  limite,  il  faut  signaler  aussi  la  creation  de  nombreuses 
societes  de  patronage  pour  les  alienes,  dont  les  buts  sont  de 
repandre  dans  la  population  certaines  connafssances  utiles  concer- 
nant  les  maladies  mentales  et  surtout  de  s’occuper  des  malades 
sortant  des  asiles  ameliores  ou  gueris,  de  leur  trouver  un  tra¬ 
vail  en  rapport  avec  les  managements  qu’impose  encore  leur 
etat,  de  venir  en  aide  moralement  et  financierement  aux  famil¬ 
ies  des  alienes,  etc... 

C’est  aussi  a  cette  activite  sociale  de  la  psychiatrie  suisse 
qu’est  due  la  creation  de  services  de  placement  hetero-familial 
pour  les  alienes,  qui  fonctionnent  dans  plusieurs  cantons.  D’au- 
tres  milieux  de  la  population  n’avaient  pas  attendu  d’ailleurs 
que  la  psychiatrie  fit,  en  hesitant,  ses  premiers  pas  au  dehors 
des  murs  des  asiles  et  abordat  les  problemes  de  l’assistance  aux 
categories  de  psychopathes  auxquels  elle  ne  s’etait  guere  inte- 
ressee  tout  d’abord.  C’est  le  merite  d’une  venerable  association, 
dite  :  Societe  Suisse  d’Utilite  Publique,  dont  l’activite  s’etend  a 
tout  le  pays,  que  d’avoir  cree  ou  tout  au  moins  stimule  la  crea¬ 
tion  d’une  quantite  d’ceuvres  de  patronage,  de  maisons  d’educa- 
tion  et  de  reeducation  en  faveur  de  l’enfance  anormale,  aban¬ 
donee,  de  l’adolescence  devoyee  ou  delinquante,  etc.  II  existe 
en  Suisse  une  tres  grande  quantite  de  pareilles  oeuvres  d’assis- 
tance,  dont  la  creation  et  l’entretien  sont  dus  presque  exclusive- 
ment  a  l’initiative  privee,  et  auxquelles  la  psychiatrie  suisse  n’a 
jusqu’a  maintenant  coopere  que  pour  une  assez  faible  part. 

Dependant,  au  cours  de  ces  dernieres  annees,  sous  l’influence 
du  mouvement  en  faveur  de  l’hygiene  mentale,  et  surtout  a 
cause  du  grand  developpement  pris  par  les  methodes  psychothe- 
rapiques  dans  1’education  et  la  reeducation  des  enfants  psycho¬ 
pathes,  difficiles  et  delinquants,  la  plupart  de  ces  oeuvres  eurent 
recours  de  plus  en  plus  aux  conseils  et  a  1’activite  des  alienistes 
pour  l’accomplissement  de  leur  tache  speciale.  Beaucoup  de 
pedagogues  charges  de  la  reeducation  des  anormaux  se  sont  mis 
aussi  au  courant  des  methodes  modernes  de  la  psychotherapie 


724 


A.  REPOND 


et  surtout  de  la  psychanalyse  pour  les  utiliser  dans  leur  profes¬ 
sion,  en  sorte  que  bien  des  Instituts,  diriges  autrefois  d’apres 
les  principes  elementaires  de  la  pedagogie  traditionnelle,  se  ser- 
yent  actuellement  des  methodes  psychologiques  les  plus  moder- 
neys.  L’Institut  des  Sciences  de  l’Education  a  Geneve  (ancienne- 
ment  appele  Institut  Jean-Jacques  Rousseau)  et  l’lnstitut  dit  de 
Pedagogie  curative  a  Zurich,  qui  forment  le  personnel  desireux 
de  se  devouer  a  L’enfance  anormale,  ont  beaucoup  aide  a  cette 
evolution. 

La  propagation  des  idees  et  des  methcdes  de  la  psychothera- 
pie  dans  le  public  n’a,  d’autre  part,  pas  ete  sans  creer  quelques 
inconvenients.  Alors  que  la  psychanalyse  ne  reconnait  le  droit 
de  pratiquer  cette  branche  de  la  psychotherapie  qu’aux  person- 
nes  en  ayant  suivi  l’enseignement  special,  ayant  ete  analysees 
elles-memes,  et  pratique  sous  controle  des  analyses  didactiques, 
il  s’est  cree  en  marge,  et  surtout  dans  certains  cantons,  toute  une 
foule  de  psychotherapeutes  non  medecins  :  pedagogues,  pasteurs, 
anciens  malades  mem.es,  dont  l’interet  pour  les  problemes  de  la 
psychopathologie  n’etait  frequemment  determine  que  par  leurs 
propres  anomalies,  et  qui  essayaient  de  soulager  les  autres  avec 
plus  d’ardeur  que  de  competence.  Ces  psychotherapeutes  ama¬ 
teurs,  qui  s’affublent  des  titres  les  plus  divers  tels  que  :  patho- 
psychologuesj  orthopsychologues,  etc...  commencent  meme  dans 
certains  cantons  oil  ils  sont  plus  particulierement  nombreux  a 
devenir  un  certain  danger,  non  seulement  par  la  concurrence 
qu’ils  font  aux  alienistes  pratiquant  la  psychotherapie,  mais 
surtout  par  leur  absence  de  culture  medicale,  et  le  tort  qu’ils 
peuvent  ainsi  faire  aux  malades  eux-memes.  La  Societe  Suisse 
de  Psychiatrie  et  le  Comite  National  d’Hygiene  Mentale  ont 
commence  a  s’emouvoir  de  cet  etat  de  choses.  Cependant,  il  ne 
semble  pas,  etant  donne  l’etat  actuel  de  la  legislation  et  surtout 
le  manque  de  frontiere  definie  entre  les  nevroses  et  les  anomalies 
du  caractere  et  du  comportement  qui  peuvent  etre  considerees 
comme  du  ressort  de  mesures  pedagogiques  reeducatives  spe- 
ciales,  qu’il  soit  possible  encore  d’intervenir  d’une  maniere 
efficace  contre  un  abus. 

On  sait  que  la  majorite  des  alienistes  suisses  n’a  jamais  fait 
a  la  psychanalyse  une  opposition  de  principe  :  bien  au  contraire, 
l’adhesion  de  Bleuler  et  de  Jung,  et  les  importants  travaux  scien- 
tiflques  de  ces  deux  maitres  sur  l’application  de  la  psychanalyse 
a  la  comprehension  psychologique  des  maladies  mentales  fonc- 
tionnelles,  notamment  de  la  schizophrenie,  firent  accepter  tres 
vite  une  partie  tout  au  moins  des  theories  psychanalytiques 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  SUISSE 


725 


comme  un  chapitre  de  la  psychiatrie  et  de  la  psycho-pathologie. 
L’interet  meme  apporte  a  ces  questions  et  les  nombreuses  etu¬ 
des  qu’elles  susciterent  furent  ensuite  la  principale  cause  des 
dissensions  qui  se  prcduisirent  entre  les  differentes  ecoles  nees 
de  la  psychanalyse.  Le  mouvement  secessionniste  commenca 
avec  Jung,  qui  se  separa  avec  eclat  de  Bleuler,  puis  de  Freud,  et 
qui  fut  suivi  par  la  plupart  des  psychanalystes  suisses  de  l’epo- 
que.  Bleuler,  a  son  tour,  demeura  a  mi-chemin  dans  l’accepta- 
tion  des  theories  de  Freud,  et  la  rupture  scientifique  fut  consom- 
mee  entre  ces  deux  maitres.  Adler,  qui  se  separa  a  son  tour  de 
Freud,  emmena  avec  lui  queiques  eleves,  et  il  n’est  pas  ju.squ’a 
Stekel  lui-meme  qui,  avec  ses  theories  elementaires,  ne  reussit 
a  gagner  l’un  ou  l’autre  adepte  dans  la  psychiatrie  suisse.  Mieux 
encore,  la  Societe  Suisse  de  Psychanalyse  se  scinda  en  deux  il  y 
a  queiques  annees,  non  pour  des  raisons  scientiflques  mais  pour 
un  dissentiment  purement  pratique  concernant  l’exercice  de  la 
psychanalyse  par  des  non-medecins.  Un  bon  nombre  de  mede- 
cins  analystes  s’en  retirerent  pour  fonder  une  societe  indepen- 
dante,  alors  que  dans  l’ancien  groupement,  seul  reconnu  officiel- 
lement,  demeurerent  tous  les  analystes  non-medecins,  dont  plu- 
sieurs  avaient  apporte  d’importantes  contributions  scientiflques 
au  developpement  des  theories  de  Freud  et  a  leur  application  a 
Part,  la  religion,  l’histoire,  l’anthropologie,  etc...  Ces  dissensions 
anciennes,  presque  oubliees  maintenant,  sont  toutefois  toujours 
demeurees  a  la  peripherie '  du  mouvement  psychiatrique  suisse 
et  n’ont  exerce  aucune  influence  sur  l’activite  pratique  et  scien¬ 
tifique  de  la  societe  qui  rassemble  la  presque  totalite  des  alie- 
nistes  du  pays.  La  Societe  Suisse  de  Psychiatrie  (qui  jusqu’en 
1919  portait  le  nom  de  Societe  Suisse  des  medecins  alienistes) 
compte  environ  150  membres.  Elle  exige,  pour  qu’un  candidat 
soit  recu  au  nombre  de  ses  membres  ordinaires,  qu’il  ait  ete 
medecin  assistant  pendant  trois  ans  au  moins  dans  un  etablisse- 
ment  pour  malades  mentaux.  Le  societe  se  reunit  deux  fois  par 
an,  et  les  travaux  qui  lui  sont  presentes  sont  generalement  d’une 
haute  tenue  scientifique. 

Entrainee  par  les  necessites  de  l’heure,  la  Societe  de  psychia¬ 
trie  a  du,  en  plus  de  son  activite  scientifique,  aborder  l’etude  de 
questions  pratiques,  par  l’intermediaire  de  commissions  spe¬ 
cials.  La  plus  ancienne  est  la  commission  dite  «  des  asiles  » 
qui  a  entre  autres  aborde  et  resolu  de  maniere  satisfaisante  le 
probleme  capital  de  la  formation  du  personnel  infirmier  specia¬ 
lise  pour  maladies  nerveuses  et  mentales.  Auparavant,  ce  der¬ 
nier  etait,  comme  dans  la  plupart  des  pays,  recrute  au  petit 


726 


A.  REPOND 


bonheur  dans  la  classe  paysanne  ou  ouvriere,  et  ne  recevait 
aucune  formation  professionnelle  quelconque.  On  laissait  an 
soin  de  l’infirmier  chef  d’un  asile  le  souci  d’initier  les  nouveaux 
employes  aux  details  du  service,  et  il  est  a  peine  besoin  de  dire 
que  cette  preparation  toute  empirique  etait  presque  toujours 
insuflisante.  De  plus,  ce  personnel  occasionnel  ne  presentait  sou- 
vent  aucune  vocation  particuliere  pour  la  profession  d’infir- 
mier  :  considerant  meme  cette  situation  comme  temporaire, 
comme  un  pis  aller,  en  attendant  mieux,  il  n’avait  aucune  stabi¬ 
lity.  D’apres  les  calculs  auxquels  je  me  suis  livre  lors  de  1’etablis- 
sement  des  programmes  de  formation  pour  les  candidats  infir- 
miers,  la  proportion  des  changements  annuels  dans  le  per¬ 
sonnel  variait,  suivant  les  asiles,  de  60  a  100  0/0.  Il  est  facile  de 
se  rendre  compte  par  ces  chiffres  quelle  pouvait  etre  la  qualite 
technique  des  soins  qui  etaient  donnes  aux  malades  mentaux.  Get 
etat  de  choses  a  maintenant  radicalement  change.  La  commis¬ 
sion  nominee  a  cet  effet  par  la  Societe  Suisse  de  Psychiatrie  et 
presidee  par  le  Dr  Morgenthaler  avec  autant  de  competence 
que  de  devouement,  etablit  d’abord  un  programme  minimun 
d’etudes  theoriques  et  pratiques  obligatoires,  donnant  droit  aux 
infirmiers  de  se  presenter  aux  examens  devant  une  commission 
speciale.  Les  branches  d’examen  sent  les  suivantes  :  elements 
d’anatomie  normale  et  pathologique,  de  physiologie  et  physio- 
pathologie,  de  pathologie  generale,  et  enfin  de  soins  aux  mala¬ 
des  corporels.  Ce  dernier  examen  est  theorique  et  pratique.  Les 
gardes-malades  deja  en  possession  d’un  diplome  de  Croix-Rouge 
ou  de  son  equivalent  en  sont  dispenses.  Puis  les  infirmiers  sont 
interroges  sur  leurs  connaissances  en  psych ologie  et  psycho- 
pathologie  generale,  sur  les  principaux  points  de  la  psychiatrie 
clinique,  de  la  legislation  concernant  les  alienes  (code  civil, 
code  penal,  lcis  d’assistance)  et  de  1’liygiene  mentale  ;  la  der- 
niere  branche  d’examen  et  la  plus  importante  concerne  les 
soins  aux  malades  mentaux  (examen  theorique  et  pratique). 
Pour  l’obtention  des  certiflcats  d’examen  il  est  tenu  compte 
aussi  d’une  note  d’experience  decernee  par  les  directeurs  des 
hopitaux  ou  travaillent  les  infirmiers  ;  un  stage  prealable  de 
deux  ans  dans  un  etablissement  d’alienes  est  necessaire  pour 
se  presenter  a  l’examen,  et  la  duree  des  cours  theoriques  et 
pratiques  fixes  d’abord  a  six  mois  a  ete  portee  a  une  annee. 
Apres  l’obtention  du  certificat  d’examen,  les  infirmiers  ont  a 
travailler  une  annee  encore  dans  un  asile,  et,  ceci  a  la  satis¬ 
faction  des  medecins,  avant  d’etre  mis  en  possession  de  leur 
diplome.  Ce  systeme  de  formation,  uniforme  dans  toute  la  Suisse, 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATR1E  EN  SUISSE  727 

est  en  vigueur  depuis  une  dizaine  d’annees  et  a  donne  les  resul- 
tats  les  plus  satisfaisants.  Les  capacity's  professionnelles  et  tech¬ 
niques  du  personnel  infirmier  ont  beauccup  augmente  et  deve- 
loppe  chez  lui  aussi  une  conscience  professionnelle  collective 
tres  nette,  un  sentiment  souvent  profond  de  la  dignite  et  de 
l’importance  de  son  role  en  meme  temps  qu’une  emulation  dont 
les  malades  ont  beneficie  en  tout  premier  lieu,  et  qui  a  sensi- 
blement  ameliore  la  tenue  des  etablissements  pour  psychopathes. 

Ces  progres  n’ont  cependant  pas  ete  obtenus  sans  peine,  car 
ils  ne  pouvaient  pas  etre  imposes  et  bien  des  directeurs  d’eta- 
blissements  y  ont  oppose  au  debut  des  objections  plus  ou  moins 
valables.  Depuis  qu’il  est  ainsi  forme,  le  personnel  infirmier  se 
montre  aussi  infiniment  plus  stable  dans  sa  profession  et  ceci  au 
point  qu’il  est  devenu  exceptionnelqu’un  garde-malade  diplome 
quitte  sa  place  ou  doive  etre  congedie  pour  une  faute  technique. 
II  faut  ajouter  d’ailleurs  que  les  conditions  materielles  dont 
jouissent  les  infirmiers  sont  bien  superieures  a  ce  qu’elles 
etaient  avant  guerre  et  que  presque  partout,  par  exemple,  ils  ont 
droit  maintenant  a  une  retraite  a  partir  d’un  certain  age  et  de 
25  ans  a  30  ans  de  service. 

La  Societe  Suisse  de  Psychiatrie  a  constitue  recemment  une 
commission  speciale  dite  «  de  psychotherapie  »  chargee 
entre  autres  de  defendre  les  interets  des  alienistes  n’apparte- 
nant  pas  aux  cadres  des  asiles  et  qui  pratiquent  la  psychiatrie 
isolement.  En  effet,  les  caisses  d’assurances  maladies  tres  deve- 
loppees  en  Suisse  font  des  difficultes  de  plus  en  plus  grandes 
pour  reconnaitre  leur  obligation  d’assurer  un  traitement  psycho- 
therapique  aux  malades  qui  en  ont  besoin.  Certaines  d’entre- 
elles  n’ont  jamais  voulu  admettre  la  psychotherapie,  et  les 
autres,  a  cause  de  la  crise  economique  qui  leur  impose  des 
charges  toujours  plus  grandes  tout  en  diminuant  leurs  recettes, 
tendent  de  plus  en  plus  a  refuser  aux  nevroses  le  droit  a  des 
soins  speciaux. 

La  commission  de  psychotherapie  va  aussi  s’occuper  de  defi- 
nir  et  de  preciser  certaines  conditions  d’activite  de  cette  nou- 
velle  branche  de  la  psychiatrie  et  elle  s’efforce  de  maintenir  le 
contact  avec  des  societes  scientifiques  etrangeres  fort  eprou- 
vees  par  les  changements  politiques  recents  survenus  dans  cer¬ 
tains  pays. 

Le  Comite  National  Suisse  d’hygiene  mentale,  fonde  en  1926, 
est  egalement  une  creation  de  la  Societe  Suisse  de  psychiatrie 
et  il  est  charge  d’organiser  et  de  coordonner  dans  tout  le  pays 
les  efforts  faits  en  vue  de  l’hygiene  et  la  prophylaxie  mentales. 


728 


A.  REPOND 


II  se  compose  d’un  certain  nombre  de  groupes  voues  a  1’etude 
de  taches  speciales  qui  sont  actueliement  les  suivantes  : 

Propagande  generale  :  D‘  A.  Repond. 

Commission  de  statistique  :  D1'  Bersot. 

Prophylaxie  generale  :  Dr  O.  Fore!. 

Prevention  des  accidents  du  travail  :  D‘  Blum. 

Hygiene  mentale  et  medecine  generale  :  (Dr  Morgenthaler. 

Hygiene  mentale  dans  la  legislation  et  l’application  des  pei- 
nes  :  Prof.  Maier. 

Prophylaxie  de  la  delinquance  juvenile  :  D'  de  Saussure. 

Hygiene  mentale  dans  l’armee  :  D‘  Brunner. 

Hygiene  mentale  dans  les  asiles  :  D;r  Steck. 

Hygiene  mentale  et  formation  du  personnel  infirmier  pour 
les  maladies  physiques  :  D‘  de  Fischer. 

Hygiene  mentale  de  l’enfance  :  D1'  Tramer. 

En  outre  certaines  societes  d’utilite  publique,  telle  que  l’asso- 
cation  «  Pro  Juventute  »  ;  le  Cartel  Romand  d’hygiene  morale 
et  sociale  ;  l’Association  Suisse  en  faveur  des  anormaux,  etc... 
sont  representees  par  des  delegues  au  Comite  National  d’Hygie- 
ne  Mentale,  et  certaines  d’entre  elles  ont  appele  des  membres 
de  ce  Comite  a  sieger  avec  les  leurs  pour  etudier  les  taches 
communes  et  tenter  de  les  realiser  de  la  facon  la  plus  eflicace  et  la 
plus  adequate.  Cette  collaboration,  qui  pourrait  d’ailleurs  etre 
plus  etroite  et  plus  active,  a  cet  avantage  d’eviter  l’emiettement 
des  forces  qui  est  particulierement  a  redouter  en  Suisse,  et  a 
faire  collaborer  les  psychiatres  avec  tous  ceux  qui  sont  engages 
dans  un  domaine  d’activite  sociale  quelconque. 

Le  Comite  National  d’Hygiene  Mentale  a  publie  deja  une 
vingtaine  de  brochures  populaires  de  propagande  traitant  les 
sujets  les  plus  divers.  Celles  qui  ont  connu  le  plus  grand  succes 
sont  celles  qui  etaient  redigees  en  style  aussi  simple  et  direct 
que  possible  et  contenaient  des  conseils  immediatement  appli- 
cables  par  chacun.  Les  opuscules  plus  scientifiques  ont  penetre 
dans  d’autres  milieux  et  leur  vente  a  ete  naturellement  beau- 
coup  moins  importante.  Les  conferences  par  radio  qui  se  don- 
nent  regulierement  dans  les  grands  postes  emetteurs  suisses  et 
surtout  en  Suisse  Romande  sont  une  des  formes  de  propagande 
les  plus  efficaces  en  faveur  du  mouvement  pour  Phygiene  men¬ 
tale.  Pour  les  rendre  plus  vivantes  et  plus  accessibles,  elles  ont 
ete,  cette  annee,  donnees  sous  forme  de  causeries  dialoguees. 

Le  mouvement  pour  l’hygiene  mentale  a  eveille  un  peu  par- 
tout  un  vif  interet,  notamment  pour  les  questions  de  la  psycho- 
pathologie  quotidienne,  pour  les  menus  symptomes  qui  sont  le 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIA TRIE  EN  SUISSE 


729 


lot  de  chacun  et,  qui  sans  atteindre  l’iritensite  d’une  nevrose 
caracterisee,  contribuent  a  rendre  1’existence  difficile  et  penible 
pour  beaucoup. 

Ce  sont  surtout  les  educateurs  qui  out  trouve  dans  1’hygiene 
mentale  un  moyen  utile  d’enrichir  leurs  connaissances  psycho- 
logiques  et  pedagogiques  et  de  les  utiliser  pour  depister  et 
comprendre  les  troubles  du  caractere  et  du  comportement  de 
leurs  eleves,  les  deficiences  intellectu'elles,  les  insuffisances  de  la 
concentration  de  l’attention  pendant  la  classe  etc...  Au  cours 
de  ces  dernieres  annees  il  s’est  cree  dans  divers  cantons  des 
services  medico-pedagogiques  dont  l’activite  s’est  inspiree  par- 
tiellement  des  «  child  guidance  clinics  »  qui  fonctionnent  aux 
EJtats-Unis.  Ces  services  auxquels,  soit  les  families,  soit  les  auto¬ 
rites  scolaires  adressent  les  cas,  s’occupent  non  seulement  du 
depistage  des  anormaux,  mais  surtout  du  traitement  psycho- 
therapique  des  enfants  difficiles,  de  ceux  qui  presentent  des 
troubles  du  caractere,  du  comportement.  Nous  avons  organise, 
par  exemple,  depuis  cinq  ans,  en  Valais,  un  pareil  service  qui 
depend  de  notre  etablissement  de  Malevoz.  Son  activite  s’exerce 
non  seulement  dans  la  localite  mais  dans  tout  le  canton.  Des 
consultations  regulieres  ont  lieu  deux  fois  par  semaine  dans  les 
petites  villes  du  canton  et,  cette  annee-ci  meme,  une  de  nos 
assistantes  a  ete  detachee  pendant  quelques  mois  pour  entre- 
prendre  une  campagne  d’hygiene  mentale  dans  une  grande 
commune  de  la  montagne,  de  facon  a  y  depister  dans  les  ecoles 
les  enfants  anormaux,  y  soigner  ceux  qui  sont  reeducables,  en 
meme  temps  que  pour  former  autant  que  possible  le  corps  ensei- 
gnant,  a  comprendre  les  troubles  psychopathiques  de  1’enfance. 
Nous  avons  organise  aussi  des  reunions  de  parents  pour  les 
interesser  aux  problemes  de  l’education  dans  la  petite  enfance 
et  dans  l’age  prescolaire.  De  meme,  nous  avons  fonde  dans  plu- 
sieurs  endroits  des  cercles  d’etudes  de  psychologie  educative 
pour  le  corps  enseignant.  On  y  fait  des  conferences  regulieres 
sur  certains  points  de  psychologie  ou  de  psychopathologie  infan- 
tiles  qui  sont  suivies  de  discussions.  Ces  cercles  d’etudes  colla- 
borent  de  la  maniere  la  plus  heureuse  avec  les  assistantes  du 
service  medico-pedagogique. 

L’ambition  de  beaucoup  d’asiles  cantonaux  en  Suisse  est, 
actuellement,  de  creer  des  cliniques  speciales  de  neuropsychia- 
trie  infantile.  Le  Burghozli  k  Zurich  en  possede  uiie  depuis  plu- 
sieurs  annees  :  elle  sert  non  seulement  de  station  de. triage,  mais 
aussi  de  traitement  pour  les  nevroses,  les  troubles  du  carac¬ 
tere  etc...  Une  autre  clinique  de  psychiatrie  infantile  est  en 


A.  RE  POND 


•voie  de  creation  a  1’asile  de  la  Waldau,  pres  de  Berne,  et  plu- 
sieurs  autres  etablissements  n’attendent  que  l’avenement  de 
conditions  plus  favorables  pour  en  creer  a  leur  tour. 

J’en  reviens  pour  terminer  a  la  psychiatrie  clinique  qui  depuis 
quelques  annees  met  de  plus  en  plus  la  therapeutique  au  cen¬ 
tre  de  ses  preoccupations.  Cette  orientation  est  encore  une  des 
consequenses  logiques  des  travaux  de  Bleuler  qui,  cependant,  se 
montrait  assez  sceptique  a  Cet  egard.  Les  conceptions  de  Bleulei 
sur  le  role  de  «  l’autisme  »  dans  la  schizophrenic  devaient 
necessairement  conduire  a  tenter  de  briser  par  une  reeducation 
psychologique  la  tendance  anormale  des  malades  a  fuir  le  reel 
et  a  se  refugier  dans  la  reverie.  Aussi  la  therapeutique  par  le 
travail  etait-elle  deja  appliquee  dans  certains  asiles  suisses, 
d’une  maniere  intensive  et  fort  differenciee,  bien  avant  les 
efforts  d’ailleurs  tres  interessants  de  Simon  a  Giitersloh.  Je 
citerai  par  exemple  l’asile  de  Wil,  dans  le  canton  de  Saint-Gall, 
sous  la  direction  du  Dr  Schiller,  ou  encore  celui  de  Cery,  pres 
de  Lausanne,  oil,  sous  l’impulsion  du  Professeur  Preisig,  on  est 
arrive  a  occuper  regulierement  pres  de  90  0/0  des  malades.  De 
meme,  nous  avions  des  1920  reussi  a  creer  a  Malevoz  un  milieu 
psychologique  favorable  a  une  emprise  suggestive  sur  les  mala¬ 
des  mentaux,  a  y  creer  une  atmosphere  sympathique,  une 
ambiance  morale  heureuse  permettant  de  lutter  efficacement 
centre  les  symptomes  resultant  de  l’opposition,  consciente  ou 
non,  des  malades  a  leur  internement.  Les  resultats  favorables 
de  cette  psychotherapie  collective  des  malades  mentaux  ont 
d’ailleurs  bien  montre  l’efficacte  de  ces  methodes  :  en  effet,  on 
peut  constater  que  dans  les  cliniques  oil  l’on  s’inspire  de  ces 
principes  psychologiques,  les  symptomes  de  negativisme,  de 
refus  de  nourriture,  d’agitation  chronique,  de  violence,  ont 
presque  entitlement  disparu,  et  que  la  guerison  des  malades, 
du  moins  leur  readaptation  a  la  realite,  s’y  fait  dans  des  condi¬ 
tions  plus  aisees  qu’ailleurs  a  cause  de  la  conliance  qu  on  reus- 
sit  a  leur  donner  dans  les  medecins  qui  les  soignent. 

Plusieurs  cliniques  suisses  ont  entrepris  actuellement  le 
traitement  des  schizophrenies  par  les  «  chocs  »  a  l’insuline.  II  est 
encore  trop  tot  pour  pouvoir  se  prononcer  sur  les  resultats 
de  cette  methode  empirique,  qui  parait  cependant  interessante. 

Les  etablissements  prives  destines  au  traitement  des  malades 
nerveux  et  mentaux  sont  nombreux  en  Suisse.  Presque  tous 
actuellement  sont  diriges  par  des  alienistes  de  carnere  et  la 
valeur  scientifique  et  clinique  de  ces  etablissements  ne  le  cede 
en  rien  et  parfois  est  meme  superieure  a  celle  de  certains  asiles 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCH1ATR1E  EN  SUISSE  731 

publics.  La  plupart  de  ces  derniers  ont  fait  aussi,  depuis  une 
dizaine  d’annees,  de  grands  progres  techniques.  Presque  tous  les 
grands  etablissements  cantonaux  se  sont  recemment  moder¬ 
nises,  reorganises,  embellis  et  mis  a  meme  de  faire  face  aux 
exigences  scientiflques  et  therapeutiques  les  plus  strictes.  Ils 
ont  aussi  complete  leur  outillage  par  l’organisation  de  services 
sociaux,  charges  de  surveiller  les  malades  sortis  de  l’etablisse- 
ment,  tout  au  moins  de  maintenir  le  contact  avec  eux,  de  trou- 
ver  du  travail  et  un  milieu  favorable  pour  les  cas  incapables  de 
le  faire  eux-memes,  pour  servir  d’agent  de  liaison  entre  le  ma- 
lade  et  les  autorites,  etc... 

Bref,  si  nous  comparons  l’equipement  technique  actuel  de  la 
medecine  mentale  en  Suisse,  son  armement  prophylactique,  ses 
possibilites  dans  l’assistance  sociale,  avec  les  moyens.  dont  elle 
disposait  il  y  a  une  dizaine  d’annees  seulement,  nous  pouvons 
constater  partout  un  progres  considerable.  L’interet,  tou jours 
tres  vif,  des  alienistes  suisses  pour  les  methodes  psychothera- 
piques,  a  trouve  ces  dernieres  annees  un  heureux  complement 
dans  le  renouveau  des  moyens  therapeutiques  biologiques.  Aussi, 
malgrp  les  diffir.nlt.6s  economiques  de  rheure presente,  lapsychia- 
trie  suisse,  assuree  de  l’importance  de  son  role  et  des  services 
de  plus  en  plus  grands  qu’elle  pent  rendre  a  la  societe,  envisage 
l’avenir  avec  eonfiance. 

Pour  completer  cet  expose,  j’ai  demande  a  un  certain  nombre 
de  mes  confreres,  dont  l’activite  scientifique  est  notoire,  de  bien 
vouloir  me  renseigner  brievement  sur  les  objets  et  les  tendan¬ 
ces  generates  de  leurs  recherches  actuelles.  La  plupart  m’ont 
repondu  souvent  de  facon  detaillee  avec  infiniment  de  bonne 
grace,  et  je  les  en  remercie.  Je  regrette  d’autant  plus  vivement 
de  ne  pouvoir  citer  in  extenso  certaines  reponses  extremement 
interessantes. 

En  analysant  les  resultats  de  ce  questionnaire,  il  me  seinble 
■qu’on  peut  repartir  en  4  ou  5  classes  differentes  les  recherches 
faites  actuellement  par  les  alienistes  et  psychotherapeutes 
suisses.  La  psychiatrie  clinique  fait,  comme  il  est  naturel, 
l’objet  des  etudes  de  la  plupart  des  medecins  du  cadre  des  asi- 
les,  alors  que  eeux  qui  pratiquent  la  neuro-psychiatrie  d’une 
maniere  independante  sont,  pour  la  plupart,  occupes  a  des 
travaux  d’ordre  plus  etroitement  psychologique  et  psychopalho- 
logique.  Toutefois,  en  dehors  de  ce  partage  bien  naturel  des 
activites  scientiflques  et  qui  correspond  a  l’activite  pratique  de 
cha-cun,  il  existe  des  differences  tres  notables  quant  au  point  de 
depart  et  a  l’orientation  generate  des  recherches  de  chacun.  Ceci 


732 


A.  REPOND 


se  montre  bien,  par  exemple  en  comparant  l’activite  scientifique. 
deployee  par  les  chefs  des  5  cliniques  psychiatriques  universi- 
taires  du  pays.  Celle  de  Geneve,  sous  la  direction  du  Professeur 
Ladame,  est  nettement  engagee  dans  line  conception  purement 
somatique  de  la  psychiatrie.  Le  Professeur  Ladame  m’ecrit  qu’il 
envisage  de  plus  en  plus  la  psychiatrie  sous  Tangle  de  la  mede- 
cine  generate  et  s’elforce  de  lui  appliquer,  d’une  facon  toujours 
plus  rigoureuse  et  minutieuse,  les  methodes  d’examen  de  celle- 
ci.  II  veut  aussi  qu’on  exploite  la  methode  anatomoclinique  de 
la  neurologie  pour  l’etude  des  affections  psychiatriques,  et 
qu’on  oriente  l’analyse  clinique  des  symptomes  neuro-psychia- 
triques  vers  les  manifestations  pathologiques  les  plus  elemen- 
taires,  aussi  procede-t-il  a  l’examen  toujours  plus  methodique 
des  annexes  du  cerveau,  en  particulier  de  1’oeil  et  de  Toreille,  et 
de  leurs  fonctions.  . 

Le  predecesseur  de  Ladame,  le  Professeur  Weber  qui  s’est  re^ 
tire  il  y  a  quelques  annees,  plus  eclectique  dans  sa  facon  de  con- 
cevoir  les  prcblemes  psychiatriques,  v  faisait  une  place  impor- 
tante  a  la  psychologic  et  a  la  psychopathologie. 

L’autre  clinique  psychiatrique  universitaire  de  la  Suisse 
romande,  celle  de  Cery  a  Lausanne,  sous  la  direction  du  Protes- 
seur  Preisig  (dont  nous  regrettons  la  recente  retraite),  est  au 
contraire  nettement  orientee  vers  l’aspect  social  de  la  psychia¬ 
tric.  Preisig  deplore  qu’on  tende  actuellement  a  faire  de  la 
psychiatrie  une  discipline  trop  exclusivement  medicate  et  dans 
laquelle  au  point  de  vue  therapeutique,  on  surestime  l’impor- 
tance  des  traitements  medicaux  quels  qu’ils  soient  (interven¬ 
tions  chimiques,  physiques  psychotherapie,  psychanalyse).  On 
ne  peut  bien  comprendre  le  traitement  du  malade  mental  — 
dit  M.  Preisig  —  que  si  on  Taborde  sous  son  aspect  total  qui 
comprend  la  somme  de  ses  attitudes,  de  son  comportement,  de 
ses  symptomes  et  de  ses  reactions  qui,  tous  ensemble,  forment 
1’aspect  social  du  malade.  Les  interventions  therapeutiques 
speciales  gardent,  bien  entendu,  leur  valeur,  rnais  doivent  etre 
subordonnees  au  point  de  vue  general.  Le  Dr  Steck,  collabora- 
teur  du  Professeur  Preisig  et  son  successeur,  a  deja  beaucoup 
publie  sur  les  sujets  psychiatriques  les  plus  divers  :  sa  preoccu¬ 
pation  principale  semble  etre  l’etude  du  substratum  organique 
des  troubles  mentaux. 

Le  Professeur  Staehelin,  Directeur  de  la  Clinique  psychia¬ 
trique  universitahe  de  la  Friedmatt  a  Bale,  etudie  surtout  des 
questions  cliniques  :  il  s’occupe  presentement  des  toxicomanies 
et  des  predispositions  biologiques  qui  y  conduisent.  L’un  de 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  SUISSE 


733 


ses  'collaborateurs,  le  D1  Binder,  se  livre  a,  des  recherches 
psychologiques  ;  un  autre,  le  D1'  Dukor,  s’occupe  plus  specia- 
lement  de  questions  medico-legales  ;  et  un  troisieme,  le  Dv 
Brugger,  continuant  la  tradition  de  Rudin,  se  livre  a  des  tra- 
vaux  de  biologie  hereditaire.  On  sait,  en  effet,  que  le  Profes- 
seur  Rudin,  pro'tagoniste  des  lois  eugeniques  allemandes,  est 
d’origine  suisse  et  a  dirige,  pendant  plusieurs  annees  (1923  a 
1928),  la  clinique  de  la  Friedmatt. 

Le  Professeur  Klaesi,  chef  de  la  clinique  universitaire  de  la 
Waldau  a  Berne,  poursuit,  avec  ses  collaborateurs,  des  etudes 
convergeant  vers  la  demonstration  de  certaines  theses.  Celles- 
ci  tendraient  a  prouver  que  les  tableaux  pathologiques  des 
maladies  mentales  sont  formes  par  le  caractere  des  malades 
et  expriment  leur  personnalite  qui  cherche,  par  des  moyens 
ancrmaux,  un  contact  avec  la  realite  :  somme  toute,  les  tableaux 
pathologiques  ne  seraient  pas  la  resultante  de  la  maladie  seule, 
mais  une  resultante,  un  compromis  de  celle-ci  avec  la  per¬ 
sonnalite  preexistante. 

Les  travaux  d’anatomie  pathologique  faits  a  la  Waldau  ten- 
dent  aussi,  actuellement,  a  edifier  certaines  theories  que 
M.  Klaesi  ne  peut  preciser  encore  et  qui  ont  trait  a  l’histoire 
du  developpement  de  differentes  attitudes,  de  reactions  et  du 
comportement  etudies  parallelement  chez  rhomroe  et  chez 
certains  animaux  On  sait  que  le  Professeur  Klaesi  a  mis  au 
point,  il  y  a  un  certain  nombre .  d’annees,  la  therapeutique  de 
certaines  affections  mentales,  notamment  des  schizophrenies,  par 
la  cure  de  sommeil  prolonge,  et  qu'entre  autres  travaux  interes- 
sants,  il  a  etudie  la  signification  psycholcgique  et  biologique  des 
stereotypies. 

Plus  que  toute  autre  clinique,  le  Burgholzli  a  Zurich  est 
demeure  dans  la  tradition  de  Bleuler  et  les  travaux  du  Pro¬ 
fesseur  Maier,  son  successeur,  sont  plutot  d’ordre  pratique  et 
tendent  a  mettre  en  valeur  et  a  appliquer  les  theories  de  son 
maitre.  Il  deploie,  en  outre,  une  activite  scientifique  marquante 
dans  le  domaine  medico-legal,  et  a  publie  une  remarquable 
monographic,  deja  classique,  sur  le  eocaiinisme. 

Telle  est,  fort  resumee,  l’activite  scientifique  actuelle  des  5 
cliniques  psychiatriques  universitaires  suisses. 

La  decentralisation  et  le  particularisme  helvetiques  dont  j’ai 
parle  plus  haut  font,  cependant,  que  l’activite  scientifique  n’est 
nullement  concentree  dans  les  centres  universitaires,  mais  se  fait 
aussi  bien  remarquer  dans  les  differents  etablissements  cantonaux 
publics  oil  prives.  C’est  ainsi  qu’une  partie  fort  importante  des 


734 


A.  REPOND 


travaux  de  Bleuler  avail  ete  deja  concue  alors  que  ce  dernier 
etait  directeur  de  l’asile  cantonal  zurichois  de  Rhemau.  De 
meme,  un  des  auteurs  les  plus  marquants  de  la  psychiatrie 
suisse,  prematurement  enleve  a  la  science  il  y  a  quelques  annees, 
le  D'  Rorschach,  etait  medecin  adjoint  a  l’asile  d’Hensau,  dans 
le  canton  d’Appenzell,  lorsqu’il  publia  ses  travaux  si  connus, 
notamment  ses  fameuses  experiences  sur  l’interpretation  des 
images  en  taches  (Formdeuteversuch).  Le  directeur  actuel  de 
cet  asile,  le  D1  Henrichsen,  a  publie  de  fort  interessantes  etudes 
sur  les  problemes  psychologiques  poses  par  les  hommes  de 
talent  et  de  genie.  Doue  lui-meme  d’un  beau  talent  d’ecrivain, 
il  a  tente  d’introduire,  dans  les  jugements  psychiatriques,  cer¬ 
tains  criteres  et  certaines  normes  de  valeur  empruntes  aux 
sciences  morales,  et  meme  plus  specialement  a  la  littejature. 

A  l’asile  de  Will,  dans  le  canton  de  St-Gall,  le  Dr  Schiller  a 
•ete,  avec  Preisig  a  Cery,  le  precurseur  de  la  therapeutique  par 
le  travail,  et  c’est  dans  ces  deux  etablissements  qu’ont  ete  eta- 
blis  les  p’rincipes  scientifiques  de  ce  traitement  social  si  impor¬ 
tant  pour  les  maladies  mentales.  C’est  dans  un  autre  asile  Saint- 
Gallois,  a  St-Pirminsberg,  que  Monakow  fit  ses  premieres  armes 
psychiatriques  :  il  n’aurait  pas  demande  mieux,  d’ailleurs,  que 
de  demeurer  fidele  a  cette  carriere,  si  des  circonstances  contrai- 
res  ne  l’avaient  pousse  vers  la  neurologie. 

Le  D1  Tramer,  directeur  de  l’asile  de  la  Rosegg  (Scleure), 
s’est  interesse  plus  specialement  a  la  psychiatrie  et  a  la  psj'cho- 
pathologie  infantiles  pour  I’etude  desquelles  il  a  fonde,  il  y  a 
deux  ans,  une  revue  speciale.  C’est  un  auteur  d’une  grande 
ouverture  d’esprit  qui,  arrive  a  la  inedecine  apres  s’etre  voue 
pendant  de  longues  annees  aux  sciences  mathematiques,  a 
apporte  a  la  psychiatrie  un  esprit  lucide,  aussi  exact  dans  l’ob- 
servation  que  dans  l’expose  des  idees  generales. 

A  l’asile  de  Munsingen  (Berne),  le  medecin  adjoint,  Dr  Mul¬ 
ler,  se  voue  a  l’etude  du  traitement  clinique  des  affections  men¬ 
tales  et  a  publie  recemment  une  excellente  monographie  sur  ce 
sujet.  Il  a  introduit  en  Suisse  la  cure  des  schizophrenies  par 
les  chocs  a  Finsuline. 

Pour  terminer  cette  breve  revue  de  l’activite  seientifique  des 
hopitaux  psychiatriques  publics,  je  mentionnerai  qua  la  maison 
de  sante  de  Malevoz,  en  Valais,  je  me  suis  applique,  depuis  une 
vingtaine  d’annees,  a  divers  problemes  de  la  therapeutique  lnen- 
tale.  En  utilisant  et  combinant  des  methodes  variees  d’ordre 
psychologique  comme  d’ordre  medical,  j’ai  pu  etablir  que  la 
presque  totalite  des  symptomes  dits  catatoniques  ne  sont  pas 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIE  EN  SUISSE 


735 


inherents  a  la  maladie  elle-meme,  car  ils  ne  se  produisent  pas 
si  Patinosphere  psychique  du  milieu  asilaire  est  favorable,  et 
qu’ils  doivent  done  etre  consideres  comme  des  attitudes  reaction- 
nelles  et  symboliques  protestataires. 

L’activite  seientifique  deployee  dans  certains  etablissements 
prives  ne  le  cede  en  rien  a  celle  des  asiles  publics.  Aux  clini- 
ques  de  Prangins,  par  exemple,  le  D1'  O.  Forel,  en  plus  de  nom- 
breuses  recherches  personnelles,  s’est  occupe  surtout  de  l’orga- 
nisation  seientifique  de  la  psychotherapie  clinique,  et  la  realise 
pratiquement  par  la  collaboration  du  medecin  avec  un  personnel 
qualifie  et  specialement  forme.  De  meme,  l’activite  seientifique 
de  Bersot,  dans  sa  clinique  du  Landeron,  est  fort  variee.  Tout 
en  collaborant  a  la  solution  pratique  des  problemes  de  l’hygiene 
mentale,  il  poursuit,  avec  le  D‘  Desruelles  (de  St-Ylie),  une 
oeuvre  tres  interessante  sur  le  plan  national  et  international 
pour  l’elabcration  et  l’unification  des  statistiques  concernant  les 
alienes  et  les  enfants  anormaux.  II  est  aussi  engage  actuellement 
dans  une  serie  d’etudes  sur  le  comportement  de  la  vitamine  C 
chez  les  malades  nerveux  et  mentaux. 

L’activite  seientifique  des  alienistes  et  des  psychotherapeutes 
qui  ne  sent  plus  rattaehes  au  cadre  des  asiles  est  des  plus  inte- 
ressantes.  II  est  inutile  de  parler  ici  des  travaux  si  connus  de 
C.-G.  Jung,  ce  psychopatliologue  genial,  dont  Pinfluence,  surtout 
dans  les  pays  de  langue  anglaise  et  allemande,  est  si  conside¬ 
rable.  Je  ne  citerai  aussi  que  pour  memoire  les  nombreuses 
publications  des  psychanalystes  de  langue  allemande,  notam- 
ment  MM.  Sarrazin,  Behn-Eschenburg  et  Blum.  Kielholz,  direc- 
teur  de  l’asile  de  Konigsfelden  (Argovie),  merite  une  mention 
speeiale  pour  ses  remarquables  travaux  de  psychanalyse  appli- 
quee  a  la  psychiatrie  clinique,  comme  pour  ses  etudes  histori- 
ques.  Je  m’en  voudrais  aussi  de  ne  pas  citer  le  Dr  Christoffel,  de 
Bale,  dont  les  travaux  psychanalytiques  et  psyebiatriques  sont 
fortement  inspires  de  tendances  biologiques  et  du  souci  d’exa- 
miner  les  problemes,  non  pas  sous  un  seul  aspect,  mais  en 
etroite  union  des  points  de  vue  somatiques,  biologiques  et 
psychologiques. 

II  me  faut  citer  enfin  les  travaux  du  Dr  Morgenthaler  (de 
Berne),  dont  l’activite  seientifique  est  variee  et  importante  et 
dont  j’ai  deja  releve  les  merites  au  sujet  de  la  formation  pro- 
fessionnelle  du  personnel  des  asiles. 

En  Suisse  romande,  le  D1  Boven  (de  Lausanne),  qui  travaille 
lui  aussi  sur  plusieurs  fronts,  a  publie  d’interessantes  reeher- 
ches  sur  Pheredite.  II  est  d’avis  qu’il  faut  laisser  volontairemeni 


736 


A.  RE POND 


dans  l’cmbre  les  preoccupations  inendeliennes  et  les  statistiques 
demographiques  qui  voilent  par  leur  schematisme,  rigoureux 
seulement  en  apparence,  le  mecanisme  de  la  transmission  here- 
ditaire  avee  ce  qu’il  peut  comporter  de  transfo'rmisme  d’une 
generation  a  l’autre.  Actuellement,  il  fait  des  recherches  biologi- 
ques  sur  le  mecanisme  de  l’angoisse  dont  il  pretend  qu  elle  nait 
toujours,  ce  qui  est  une  condition  necessaire  et  suffisante,  des 
que  deux  innervations,  deux  impulsions,  deux  tendances  se 
contrecarrent  en  se  disputant  l’hegemonie  de  Faction,  immediate- 
ment  indispensable  ou  jugee  telle. 

En  Suisse  romande  encore,  deux  psychopathologues  meritent 
une  attention  toute  speciale  ;  c’est,  en  premier  lieu,  le  Dr  Henri 
Flournoy,  qui  a  continue  a  suivre  la  direction  des  recherches 
psychologies  et  psychopathologies  entreprises  par  son  pere. 
Amene  a  la  psychiatrie  par  la  psychologie  qu’il  considere,  d’ail- 
leurs,  comme  une  science  naturelle  autonome,  ses  travaux  luci- 
des  et  exacts  sont  dignes  d’etre  retenus.  Puis,  c’est  le  D1  R.  de 
Saussure  dont  les  recherches,  au  debut  plus  strictement  psycha- 
nalytiques,  s’etendent  de  plus  en  plus  vers  une  conception  biblo- 
gique  generale  des  problemes  d'u  psychisme. 

Nous  comptons,  enfln,  en  Suisse  allcmande,  un  chercheur  fort 
original,  le  D*  L.  Binswanger,  qui  a  public  toute  une  serie 
d’ouvrages  fort  important,  notamment  un  traite  de  psycholo¬ 
gie.  Sa  tendance  s’y  affirme  toujours  davantage  d’arriver  a  une 
conception  «  anthropologique  »  totale  de  l’homme,  et  non  seu¬ 
lement  fragmentaire,  comme  le  decrivent  les  concepts  psycho- 
logiques,  psychopathologiques  et  psychanalytiques.  Binswanger 
cherche  done  a  definir  l’homme  dans  sa  totalite,  tel  qu’il  existe, 
en  s’efforcant  d’eviter  la  creation  de  theories  psychologies 
baties  d’apres  le  schema  des  sciences  naturelles  qui,  elles, 
concoivent  1’homine  comme  une  chose  ou  un  complexe  de  fonc- 
tions.  Comme  on  le  voit,  les  travaux  de  Binswanger  sont  d’ins- 
piration  nettement  philosophique  et  il  insiste  d’ailleurs  forte- 
rnent  sur  cette  tendance  generale  dans  son  oe.uvre  scientifique. 

Il  y  aurait  encore  bien  des  auteurs  a  citer,  comme  par  exemple 
les  interessantes  et  originales  personnalites  du  Dr  et  de  Mme  Ch. 
Strasser  a  Zurich.  Il  faudrait  surtout  pouvoir  mentionner  les 
.  points  essentiels  des  travaux  que  j’ai  mentionnes.  Ce  que  j’en  ai 
dit  sufflt  cependant  peut-etre  a  montrer  la  diversity  d’interets 
des  auteurs  suisses.  Comme  on  le  voit  aussi,  ties  peu  sont  infeo- 
des  a  une  seule  maniere  d’envisager  les  problemes  oardinaux  de 
la  psychiatrie.  Les  psychanalystes  eux-memes  tendent  a  faire 
rentrer  leurs  etudes  dans  un  cadre  biologique  general,  et  plii- 


LES  TENDANCES  DE  LA  PSYCHIATRIC  EN  SUISSE 


737 


sieurs  d’entre  eux,  qui  disposent  de  services  cliniques  en  plus 
de  leur  activite  psychotherapique,  tendent  aussi,  sous  1  influence 
des  recentes  decouvertes  sur  les  therapeutiques  biologiques,  a 
faire  des  recherches  dans  ce  domaine. 

On  sait  combien  fortes  ont  ete  les  preoccupations  biologiques 
generates  de  Monakow,  surtout  dans  les  dernieres  annees  de  sa 
vie  et  qu’il  les  a  formulees  dans  des  travaux  du  plus  puissant 
interet."  Son  influence,  dont  je  n’ai  pas  parle  dans  la  premiere 
partie  de  cet  expose,  a  ete  grande  sur  un  certain  nombre  d’alie- 
aistes  suisses.  Son  nom,  avec  ceux  de  Forel  et  de  Bleuler,  aux- 
quels  il  faut  aj outer  celui  de  Jung,  montre  que  la  neuropsychia- 
trie  contemporaine  a  compte,  en  Suisse,  plusieurs  etoiles  de 
premiere  grandeur.  II  ne  sefnble  pas  que,  malgre  la  profondeur 
des  sillons  traces  par  ces  maitres,  les  alienistes  suisses  soient 
demeures  trop  strictement  limites,  dans  leurs  etudes  et  leurs 
travaux  par  les  concepts  qu’ils  ont  crees.  Si  je  l’ai  dit  plus  haut 
cependant,  a  propcs  des  conceptions  cliniques  de  Bleuler  et  des 
decouvertes  de  Freud,  c’est  que  les  ideas  emises  par  ces  deux 
maitres  sont  encore  generatrices,  d’une  foule  de  recherches  a 
entreprendre  et  de  taches  pratiques  a  accomplir.  II  n’est  pas 
dans  le  caractere  helvetique  de  rejeter,  par  un  souci  d’indepen- 
dance  ou  d’originalite,  des  idees  et  des  principes  dont  l’expe- 
rience  afflrnre  la  valeur.  II  semlde  bien,  d’ailleurs,  que  l’heureuse 
situation  de  la  Suisse,  au  confluent  des  principales  civilisations 
europeennes,  soit  specialement  propice  a  une  attitude  mentale 
receptive  et  comprehensive  qui  perrnet  d’aborder  1’ensemble  des 
problemes  psychiatriques  sous  leur  aspect  total.  C’est  probable- 
ment  aussi  a  cette  situation  que  sont  dues  la  vigueur  et  la  diver- 
site  du  travail  psychiatrique  qui  se  poursuit  dans  notre  pays. 


Ann.  Med.-psych.,  XVe  serie,  94'  annee,  t.  I.  —  Mai  1936. 


47. 


SOCIETY  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Seance  du  Jeudi  l'l  Mai  1936 


Presidence  :  M.  VURPAS,  president 


Seances  de  juillet  et  octobre 

M.  P.  Courbon,  Secretaire  general.  —  Afln  de  pouvoir  l’annoncer 
a  temps  aux  lecteurs  des  Annales  Medico-psychologiques,  la  Societe 
doit  decider  aujourd’hui  s’il  y  a  lieu  de  tenir  en  juillet  deux  seances,, 
la  derniere  fixee  au  lundi  27.  A  cette  date,  bien  des  membres  ne  se- 
ront  pas  revenus  de  Suisse,  ou  siege  le  Congres  des  medecins  alienistes 
et  neurologistes. 

La  Societe  decide,  comme  les  annees  precedentes,  de  ne  tenir  au 
mois  de  juillet  qu’une  seule  seance  qui  aura  lieu  le  jeudi  9  juillet 
1936  a  9  heures  30  tres  precises  a  l’Hopital  Henri-Rousselle,  dans 
l’amphitheatre  du  Pavilion  Magnan,  et  de  ne  tenir  au  mois  d’octobre 
qu’une  seule  seance  qui  aura  lieu  le  lundi  26  octobre  1936  apres- 
midi  a  4  heures  precises,  au  siege  de  la  Societe,  12,  rue  de  Seine,  a 
Paris. 

A  Punanimite  des  membres  presents,  il  est  decide  que,  sauf  cir- 
constances  exceptionnelles,  la  Societe  ne  tiendra  habituellement 
qu’une  seule  seance  en  juillet  et  en  octobre,  la  seance  de  juillet  ayant 
lieu  le  deuxieme  jeudi  et  la  seance  d’octobre  ayant  lieu  le  quatrieme 
lundi  du  mois. 

Conformement  a  Particle  3  de  son  Reglement,  la  Societe  Medico- 
psychologique  ne  tiendra  pas  de  seance  pendant  les  mois  d’aout  et 
de  septembre. 


SEANCE  DU 


MAI  1936 


739 


PRESENTATIONS 


Dipsomanie  reactionnelle  et  periodique,  par  M.  G.  Daumezon 
(Travail  du  Service  du  Dr  Capgras). 

Nous  avons  observe  une  malade  presentant  un  alcoolisme  chro- 
nique  du  a  la  coexistence  d’obsessions  a  boire  et  d’ivresses 
compensant  les  periodes  de  depression  d’une  cyclothymique. 

Mile  G...  Eulalie,  36  ans,  entre  dans  le  service  le  5  mars  1936.  Le 
certificat  de  la  Prefecture  de  Police  signale  un  etat  depressif  avec 
anxiete,  inhibition,  themes  d’auto-accusation,  tentatives  de  suicide. 
A  Ste-Anne,  l’anxiete  a  diminue  rapidement,  il  a  ete  possible  de  re- 
constituer  une  histoire  ou  des  facteurs  divers  s’intriquent  constam- 
ment  : 

Quatrieme  enfant  d’une  famille  de  petits  commergants  bretons, 
notre  malade  requt  une  instruction  primaire  et  obtint  le  Brevet  ele- 
mentaire.  A  22  ans,  elle  quitte  sa  province  pour  venir  a  Paris  ;  em¬ 
ployee  dans  une  usine,  elle  s’est  laissee  seduire  apres  une  longue 
resistance  par  l’ingenieur  et  a  du  fuir  pour  cacher  sa  grossesse, 
maudite  par  sa  mere  et  abandonnee  de  son  amant. 

Courte  periode  de  depression  a  la  suite  de  l’accouchement.  Depuis 
cette  epoque,  oscillations  cycliques  nettes  :  «  Je  suis  courageuse, 
interessee  a  mon  interieur,  pleine  d’entrain  pendant  8  jours,  puis  je 
m’ennuie  les  15  jours  suivants.  »  L’enfant  est  place  en  nourrice,  elle 
travaille  de-ci,  de  la,  faisant  preuve  d’une  grande  instabilite  :  «  J’ai 
fait  de  tout,  employee  de  bureau,  femme  de  menage,  caissiere,  bonne 
a  tout  faire.  »  Mais  elle  conserve  une  conduite  d’une  honnetete  scru- 
puleuse  :  extremement  serieuse,  elle  n’est  jamais  allee  .au  cinema,  n’a 
jamais  eu  la  moindre  aventure.  Souvent,  des  idees  de  suicide  l’ont 
efileuree,  elle  s’est  toujours  retenue  pour  subvenir  a  la  vie  de  son  fils. 

En  1927,  la  mort  de  sa  mere  lui  procure  un  petit  heritage,  mais 
aussi  un  surcroit  de  remords.  C’est  a  cette  date  que  remontent  les 
premiers  exces  ethyliques  :  un  jour,  souffrant  d’insomnie  rebelle  aux 
hypnotiques  habituels,  ses  camarades  1’entrainent  a  boire  deux  verres 
de  vin,  cette  nuit-la  elle  reposa  normalement.  «  Depuis  lors,  j’ai  ete 
perdue,  j’ai  pris  du  gardenal  et  du  vin  par-dessus  pour  dormir 
chaque  fois  que  j’etais  triste.  » 

En  1929,  son  seducteur-  vient  s’installer  a  Pqris,  retrouve  son 
adresse  et  la  presse  de  lui  fixer  un  rendez-vous.  Elle  laissa  les  trois 
premieres  lettres  sans  reponse,  mais  finit  par  accepter  un  rendez-vous 
pour  fournir  une  aide  a  son  enfant  et  reprit  les  relations  avec  son 
amant.  Elle  le  revoit  une  ou  deux  fois  par  mois,  le  samedi  soir,  a  l’ho- 
tel,  car  elle  n’a  jamais  accepte  d’introduire  qui  que  ce  soit  chez  elle. 


740 


SOCIETE  MEDICO -PSYCHOLOG  JQ  UE 


Depuis  cette  epoque,  les  ivresses  vont  etre  rythmees  par  deux  faits  : 
les  separations  et  les  periodes  catameniales.  «  Quand  je  quitte  mon  ami, 
je  m’en  vais  a  la  derive.  Je  m’ennuie  de  rentrer  chez  moi  toute  seule  ; 
je  ne  connais  personne  que  je  puisse  voir  dans  mes  moments  de  de- 
tresse,  si  je  rentre  je  ne  puis  pas  dormir,  je  pense  a  ma  vie  gachee 
par  ma  faute,  a  mon  enfant  mal  soigne,  a  la  femme  de  mon  ami  que 
je  trompe.  Alors,  je  bois.  »  Elle  designe  ces  acces  de  fa?on  tres  expli- 
cite  :  «  quand  je  suis  triste  «  quand  ?a  ne  va  pas  »,  «  quand  je 
suis  deprimee  ». 

II  en  va  tout  autrement  a  l’epoque  des  regies.  «  A  ce  moment  la 
j’ai  terriblement  soif,  en  general,  je  bois  a  peine  un  peu  de  vin,  mais 
quand  j’ai  mes  regies,  j’ai  envie  de  vin,  de  vin  rouge  ou  de  Dubonnet. 
Au  debut,  j’ai  resiste,  j’ai  pu  m’empecher  de  boire  pendant  les  deux 
ou  trois  jours,  alors  cela  disparaissait,  mais  maintenant  je  n’arrive 
plus,  je  lutte  quelques  heures,  deux,  trois  heures,  et  puis  je  suc- 
combe.  »  ... 

Quant  aux  modalites  de  1’ivresse,  elles  sont  toujours  identiques  : 
alcoolisme  furtif,  la  malade  part  d’un  cafe  a  l’autre,  prend  un  aperitif, 
jamais  deux  au  meme  debit.  Tres  rapidement,  elle  perd  conscience  de 
ce  qu’elle  fait  :  «  Je  marche  indefiniment  sans  savoir.  »  Pour  eviter 
de  tomber,  elle  entre  dans  un  hotel  et  Se  fait  monter  un  peu  de  vin 
rouge.  Elle  dort  ensuite  «  comroe  une  masse  ».  A  son  reveil,  elle  est 
toute  etonnee  de  se  retrouver  dans  un  quartier  qu’elle  ignore  ;  elle  ne 
se  souvient  de  rien. 

Depuis  le  debut  de  ces  habitudes  alcooliques,  les  sentiments  d’m- 
feriorite  se  sont  exageres.  Elle  a  fait  au  cours  de  ses  acces  depres¬ 
ses  quatre  tentatives  de  suicide  au  gardenal.  En  novembre  dernier, 
elle  doit  entrer  a  Bichat  pour  faire  soigner  une  polynevrite  :  17  jours 
de  traitement  a  la  strychnine  suffisent  a  la  remettre  sur  pied.  Elle 
presente  a  son  arrivee  a  Phopital,  alors  qu’elle  n’avait  pas  bu  depuis 
trois  semaines,  un  episode  aigu  avec  agitation  incoercible  etiquete 
delirium. 

Ces  temps  derniers,  au  cours  d’une  de  ses  ivresses  amnesiques,  elle 
s’est  refugiee  au  commissariat  demandant  a  etre  ramenee  chez  elle. 
Une  amie  a  pretendu  l’avoir  apergue  en  compagnie  d’un  homme. 
A  l’idee  qu’elle  a  peut-etre  ete  prise  pour  une  prostituee,  notre  ma- 
lade  accomplit  la  tentative  de  suicide  qui  motive  son  entree  a  l’asile. 

Depuis  1’ arrivee  dans  le  service,  l’anxiete  a  rapidement  disparu, 
mais  la  malade  reste  tres  emotive,  elle  travaille  regulierement,  mais 
s’inquiete  de  l’avenir.  II  n’existe  a  proprement  parler  aucun  delire; 
durant  les  premieres  journees  passees  a  l’asile,  nous  avons  note 
l’ebauche  d’un  etat  interpretatif  :  certainement  au  commissariat  on 
l’a  prise  pour  une  prostituee  ;  on  la!  meprise,  on  a  cru  qu’elle  joue  la 
comedie  avec  sa  tristesse.  Ici-meme,  les  malades  doivent  etre  au  cou- 
rant,  les  inflrmieres  sont  gentilles,  mais  elles  doivent  savoir  a  quoi 
s’en  tenir.  Tres  rapidement,  cette  impression  de  defiance  generale 
s’est  dissipee,  mais  la  malade  persiste  a  croire  a  1  existence  d  une 
certaine  hostilite  qui  aurait  cede  devant  sa  docilite  constante. 


SEANCE  DU  U  MAI  1936 


741 


A  trois  reprises,  dans  les  jours  qui  ont  precede  l’apparition  des 
regies,  la  malade  a  presente  une  soif  de  vin  vive,  contre  laquelle  elle 
a  pu  facilement  lutter,  et  qui  a  cede  au  bout  de  3  ou  4  heures.  Ces 
phenomenes  se  deroulaient  le  soir,  alors  que  la  malade  etait  revenue 
de  Fatelier  et  avait  pris  normalement  son  repas.  Nous  n’avons  note 
aucune  perturbation  du  reflexe  oculo-cardiaque  le  lendemain  de  ces 
episodes. 

Actuellement,  a  Fexamen  physique,  les  reflexes  tendineux  sont 
vifS,  legere  hyperesthesie  des  masses  musculaires  du  mollet,  le  foie 
est  normal,  on  ne  note  aucune  trace  de  specificite.  Le  reflexe  oculo- 
cardiaque  recherche  a  l’entree  donnait  80-84-79-80,  actuellement  : 
88-90-86-88. 

Telle  est  l’histoire  lamentable  de  notre  malade,  deprimee  perio- 
dique  a  intervalles  courts  et  reguliers,  avec  alcoolisme  de  compen¬ 
sation.  Mais  aussi  presentant  a  1’occasion  du  cycle  menstruel  un 
etat  obsessionnel  poussant  a  boire.  «  II  y  a  deux  choses  —  dit- 
elle  —  quand  je  suis  triste  je  bois,  et  quand  j’ai  mes  regies  je 
suis  poussee  a  boire.  » 

Le  caractere  des  ivresses  nous  arretera  un  instant  :  ivresses 
amnesiques  inconscientes  avec  un  veritable  automatisme  ambu- 
latoire.  Discutant  le  caractere  des  transes  alcooliques,  MouratotF 
les  rattache  a  deux  etiologies  :  epileptiques  et  hysteriques,  la 
physionomie  clinique  permettant  de  choisir  entre  les  deux  hypo¬ 
theses.  C’est  aussi  le  caractere  hysterique  que  Marchand,  Dupouy 
et  Montassut  discutent  chez  leur.«  dromodipsomane  ».  En  rea- 
lite,  bien  des  observations  publiees  ces  temps  derniers  prouvent 
la  frequence  de  ces  ivresses  amnesiques  chez  les  dipsomanes 
cyclothymiques. 

C’est  a  la  pericdicite  qu’on  peut  rattaclier  certains  acces  de 
notre  malade.  Gilbert  Ballet  le  premier,  Deny  et  Rene  Charpentier, 
Regis,  Mayer,  ont  insiste  sur  les  formes  maniaco-depressives  de 
la  dipsomanie.  Marchand  et  Abely,  Laignel-Lavastine  et  Largeau, 
Laignel-Lavastine  et  Kahn,  Courbon  et  Cailleux,  Courbon  et 
Tusques,  ont  publie  des  observations  de  malades  buvant  soit  en 
periode  depressive  par  compensation,  soit  en  periode  maniaque. 
Kretschmer  considere  la  toxicomanie  comme  un  apanage  de  la 
cyclo'idie.  Marchand  remarque  meme  :  «  II  semble  que  la  forme 
obsedante  etudiee  par  Magnan  devienne  de1  plus  en  plus  rare  et 
que  la  plupart  des  cas  de  dipsomanie  actuellement  publies  entrent 
dans  la  psychose  maniaco-depressive.  » 

Soutiendrons-nous  une  etiologie  identique  pour  les  acces  mens- 
truels  ?  Magnan  soulignait  la  recrudescence  de  1’obsession  a  boire 
en  periode  menstruelle.  Ceillier  proposait  une  explication  physio- 


742 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


logique  :  alcoolisme  de  compensation  d’une  hvpervagotonie.  La 
soif  catameniale  est  un  phenomene  bien  connu  et  mal  explique. 

On  pourrait,  et  particulierement  a  la  lueur  des  idees  de 
MM.  Abely,  rapprocher  la  periode  menstruelle  des  phases  cyclo- 
thymiques.  Cependant,  l’independance  chez  notre  malade,  du 
cycle  periodique  et  du  cycle  menstruel  plaident  en  faveur  d  une 
dualite. 

En  resume,  notre  malade  semble  done  appartenir  a  cette 
variete  de  psychose  periodique  caracterisee  par  des  acces  depres- 
sifs  de  courte  duree  mais  de  repetition  frequente,  Elle  presente 
toutefois  des  particularites  sur  lesquelles  nous  insistons  parce 
qu’elles  font  l’interet  principal  de  cette  observation. 

Les  acces,  foncierement  identiques,  sont  de  deux  sortes  :  les 
uns  nettement  reactionnels,  consecutifs  a  des  rendez-vous  que 
la  malade  se  reproche  et  qui  la  depriment  :  elle  boit  alors  pour 
se  consoler,  .pour  oublier  ;  les  autres,  au  contraire,  au  moment 
des  regies,  franchement  obsessionnels,  vraiment  dipsomaniques 
ceux-ci,  sont  precede  d’une  lutte,  d’une  resistance  plus  ou  moins 
longue,  plus  ou  moins  anxieuse.  Notons  enfin  que  cette  periodi- 
cite  des  acces,  liee  sans  doute  a  un  etat  cyclothymique,  apparait 
aussi  sous  la  dependance  d’un  etat  d’asthenie,  d’aboulie.  En  effet, 
depuis  deux  mois  qu’elle  est  soumise  a  la  discipline  et  a  l’absti- 
nence,  elle  n’a  presente,  au  moment  de  ses  regies,  que  des  epi¬ 
sodes  obsessionnels  tres  discrets  et  qui  ne  nous  ont  ete  d’abord 
signales  qu’a  l’occasion  d’interrogatoires  systematiques. 

M.  Marchand.  —  Dans  ce  cas  il  y  a  eu,  comme  e’est  la  regie, 
un  choc  affectif  assez  intense  qui  declenche,  semble-t-il,  toute  la 
serie  des  acces  dypsomaniaques. 

M.  Levy-Valensi.  —  Je  rappelle  que  e’est  le  professeur  Gilbert- 
Ballet  qui  a  le  premier  integre  la  dypsomanie  dans  la  psychose 
maniaque-depr  essive . 

M.  Vurpas.  —  En  effet,  Gilbert  Ballet  en  France  et  Schule  en 
Allemagne  sont,  a  ma  connaissance,  les  premiers  auteurs  a  avoir 
rapproche  les  paroxysmes  obsessionnels  des  acces  de  la  psychose 
periodique. 

Amnesie  retardee  dans  une  intoxication  oxycarbon6e, 
par  M.  G.  Daumezon  (Travail  du  service  du  Dr  Capgras) 

Nous  avons  eu  l’occasion  d’observer,  un  mois  apres  une  intoxi¬ 
cation  oxycarbonee  aigue,  un  syndrome  amnesique  avec  tabula¬ 
tion,  qui  nous  a  paru  meriter  d’etre  signale. 


SEANCE  DU  U  MAI  1936 


743 


M.  et  Mme  B..i;  ages  respectivement  de  56  et  58  ans,  sont  concierges 
d’un  immeuble  de  70  logements  environ.  Tous  deux  viva-ient  dans  un'e 
loge  exigue.  Mme  B...  a  toujours  ete  en  bonne  sante.  Elle  a  perdu  un 
premier  mari  a  la  guerre,  et  une  fille  a  Page  de  5  ans  de  broncho- 
pneumonie.  Pas  de  fausse-couche.  M.  B...  a  presente  des  accidents 
graves  d’hypertension  arterielle,-  notamment  une  hemiparesie  droite 
passagere. 

Le  9  mars  dernier,  les  epoux  B...  ont  ressenti  un  violent  malaise 
avec  vomissements,  dont  ils  ne  comprirent  pas  l’origine.  Le  lende- 
main,  10  mars,  l’intoxication  se  reproduisit  et  un  locataire  impatient 
alerta  les  pompiers.  D’apres  le  rapport  du  sergent,  lors  de  l’arrivee 
du  secours,  le  mari  etait  en  plein  coma,  l’ecume  aux  levres,  la  respi¬ 
ration  faible  et  irreguliere.  La  femme  avail  encore  sa  connaissance, 
mais  avait  vomi  abondamment,  l’impotence  des  membres  inferieurs 
etait  complete.  Apres  inhalation  de  carbogene,  les  deux  malades  fu- 
rent  conduits  a  Tenon.  Une  enquete  ulterieure  attribua  l’intoxication 
au  tirage  defectueux  d’un  poele  voisin  dont  les  emanations  toxiques 
etaient  refoulees  dans  la  loge. 

Mme  B...  sortait  de  Tenon  le  14  mars  et  reprenait  immediatepient 
ses  fonctions.  Elle  presentait  seulement  de  Pcedeme  du  membre  infe- 
rieur  droit  et  un  peu  de  dyspnee  d’effort.  Le  mari,  plus  grav-ement 
atteint,  ne  rentre  a  la  maison  que  le  19,  son  medecin  habituel  constate 
une  notable  baisse  de  la  tension  arterielle,  15-10  au  lieu  de  20-12 
{Vaquez),  lui-meme  accuse  une  amelioration  notable  sur  l’etat  ante- 
rieur. 

Aux  environs  du  7  avril,  pres  d’un  mois  apres  1’intoxication, 
Mme  B...  commence  a  se  troubler,  donne  des  indications  fausses  aux 
visiteurs  ;  partie  pour  porter  une  lettre  a  un  locataire,  elle  revient 
une  heure  apres  s’etant  perdue  dans  sa  maison.  Elle  ne  s’habille  plus, 
passant  tout  juste  un  peignoir  sur  sa  chemise  de  nuit.  Le  mari  signale 
en  outre  des  troubles  du  caractere  :  «  la  premiere  dispute  de  notre 
menage  »,  au  cours  de  laquelle  la  malade  tente  d’assommer  son  con¬ 
joint. 

Amenee  a  Thopital  Henri-Bousselle,  elle  est  internee  le  18  avril  et 
entre  dans  notre  service  deux  jours  plus  tard.  A  cette  date,  la  malade 
presente  un  tableau  complexe,  fait  des  troubles  confusionnels  et 
amnesiques  avec  un  syndrome  meninge  fruste  qui  retrocede  rapide- 
ment. 

24  avril.  —  A  l’examen  physique  :  coeur,  poumons  normaux.  Ten¬ 
sion  arterielle  14-9,  foie  normal.  Les  reflexes  tendineux  sont  vifs, 
polycinetiques,  irreguliers,  les  rotuliens  et  les  achilleens  sont  parti- 
culierement  vifs,  trepidation  epilepto’ide  et  clonus  vite  epuises.  Pas 
de  Babinski.  Reflexes  oculo-pupillaires  normaux.  Hyperesthesie  mar¬ 
quee  au  niveau  des  membres  inferieurs  aux  divers  modes  de  sensibi- 
lite.  Hypersensibilite  des  masses  musculaires  des  mollets.  La  marche 
et  la  station  debout  sont  impossibles.  Gatisme  complet. 


744 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQVE 


Le  syndrome  mental  fait  songer  a  un  tableau  de  demence  avee 
amnesie  et  desorientation.  La  malade  ne  sait  plus  que  le  nom  de  son 
premier  mari,  elle  ignore  la  date  et  se  croit  chez  elle.  Incapable  de 

retrouver  son  lit,  elle  repond  frequemment  :  «  Je  ne  me  souviens 

plus  »  aux  questions,  puis,  lorsque  l’examen  devient  plus  pressant, 
apparait  la  tabulation.  Fabulation  assez  pauvre  coexistant  avec  des 
reponses  a  cote  signalees  dans  le  certificat  d’internement.  Le  ton 
general  est  pleurnichard,  la  malade,  de  mauvaise  humeur,  recrimine 
et  se  prete  mal  a  l’examen. 

5  mat  —  L’etat  physique  et  mental  parait  notablement  ameliore. 
Les  troubles  objectifs  des  reflexes  et  de  la  sensibilite  ont  disparu,  la 
marche  est  devenue  possible  en  s’etayant  a  droite  et  a  gauche,  pas. 
de  Romberg. 

Le  ton  a  aussi  change  :  les  recriminations  ont  fait  place  a  une 

euphorie  un  peu  niaise,  a  une  complaisance  souriante.  La  malade 

retrouve  son  lit,  mange  et  s’habille  correc.tement,  ne  gate,  plus.  La 
memoire  est  plus  deficitaire  malgre  de  reels  progres  sur  l’etat  ante- 
rieur  :  les  dates  de  la  guerre  sont  citees  exactement  ainsi  que  les  noms 
des  deux  maris,  la  date  de  naissance  et  quelques  souvenirs  d’enfance. 
Mais  des  que  les  questions  se  rapprochent  du  moment  present,  les 
reponses  deviennent  fantaisistes,  la  fabulation  provoquee  permet 
d’obtenir  les  recits  les  plus  baroques,  les  fausses  reconnaissances  les 
plus  invraisemblables.  Certains  faits  prennent  une  importance  capi¬ 
tal  :  un  examen  par  le  professeur  Dumas  devient  un  sejour  de  15 
jours  a  son  domicile  ;  la  visite  d’un  medecin  japonais  se  transfonne  en 
voyage  aux  antipodes.  Quelques  questions  relatives  aux  souvenirs 
scolaires  elementaires  resolvent  des  reponses  correctes.  La  lecture 
est  satisfaisante  a  condition  de  fixer  l’attention,  sinon  la  malade  fa- 
bule  sur  l’apparence  typographique  du  texte,  a  la  place  de  «  je  legae 
ma  fortune  »,  elle  lit  «  les  loyers  du  trimestre  ».  Capable  de  tracer 
sur  notre  demande  deux  traits  parallels,  elle  ne  peut  reproduce  un 
triangle  ni  aucune  autre  figure  geometrique  elementaire.  Le  juge- 
ment,  comme  les  fonctions  superieures,  n’est  pas  moins  affaibli  et 
nous  faisons  facilement  signer  a  notre  malade  un  pseudo-testament 
en  notre  faveur. 

Le  U  mai,  la  presentation,  le  ton  et  failure  generale  n’ont  pas 
change,  mais  les  troubles  mnesiques  ont  notablement  retrocede,  la 
fabulation  spontanee  est  nulle  et  on  ne  parvient  a  obtenir  des^  repon¬ 
ses  fantaisistes  qu’apres  un  temps  assez  long  necessaire  pour  xatiguer 
la  malade.  On  note  une  desorientation  assez  speciale  faite  d’une 
meconnaissance  systematique  de  la  saison  :  nous  sommes  en  novem- 
bre,  et  on  ne  peut  faire  rectifier  cette  affirmation  par  la  malade  qui, 
pour  affermir  son  opinion,  explique  que  les  feuilles  vont  bientot 
jaunir  et  tomber,  que  la  temperature  va  baisser.  II  subsiste,  en  somme, 
une  amnesie  lacunaire  dont  la  malade  elargit  le  champ  et  de  gros 
troubles  du  comportement. 


SEANCE  DU  U  MAI  1936 


745 


L’examen  physique  est  toujours  negatif.  Numeration  globulaire  : 
globules  rouges  :  4.450.000  ;  globules  blancs  :  4.700.  Formule  leucocy- 
taire  :  poly.  :  72  ;  grand  mono.  :  9  ;  petits  mono.  :  8  ;  lympho.  :  11. 

La  constatation  d’un  tel  ensemble  de  troubles  apres  une  intoxi¬ 
cation  oxycarbonee  n’a  en  soi  rien  d’etonnant.  Desoille  (1),  dans 
sa  these,  a  reuni  de  nombreuses  observations  identiques  eparses 
dans  la  litterature.  Mais  si  la  notion  d’intervalle  libre,  de  temps 
de  latence,  est  aussi  une  donnee  classique,  signalee  par  la  plu- 
part  des  auteurs  depuis  Greidenberg  (2),  l’intervalle  separant 
l’intoxication  de  1’apparition  des  troubles  mentaux  est  fixe  de 
2  a  15  jours.  Recemment,  des  auteurs  allemands  ont  signale  un 
temps  de  latence  de  20  jours.  II  y  a  deux  mois,  Levy-Valensi, 
Philbert,  Beley  et  Ajuriaguerra  (3)  ont  rapporte  l’observation 
d’un  homme  intcxique  le  7  decembre  dernier,  interne  le  15  jan- 
vier  apres  avoir  repris  ses  occupations  cessees  le  6.  C’est  a  notre 
connaissance  un  des  cas  qui  peuvent  se  comparer  a  notre  obser¬ 
vation. 

Un  temps  de  latence  aussi  prolonge  pose  un  probleme  de 
diagnotic  etiologique.  Crouzon  (4)  a  publie  un  cas  de  tabes  ecla- 
tant  a  la  suite  d’une  intoxication  oxycarbonee,  et  sans  lien  autre 
que  chronclogique  avec  elle.  Nous  croyons  pouvoir  defendre 
l’eticlogie  oxycarbonee  des  troubles  presentes  par  notre  malade 
en  l’absehce  de  l’alcoolisme  et  de  la  syphilis.  En  effet,  la  famille 
et  le  medecin  sont  d’accord  pour  aliirmer  que  le  menage  B... 
achetait  seulement  une  bouteille  de  vin  par  semaine.  Les  reac¬ 
tions  sont  negatives  dans  le  sang  et  le  liquide  cephalo-rachidien. 

Le  pronostic  de  1’affection  que  nous  venons  d’envisager  parait 
difficile  a  indiquer.  Les  troubles  de  la  memoire,  a  eux  seuls,  sont 
de  nature  a  regresser  facilement,  mais  il  existe  aussi  un  profond 
degre  d’aff'aiblissement  qui  assombrit  considerablement  l’avenir. 
Nous  devons  cependant  signaler  la  frequence  des  evolutions 
favorables.  Dans  un  cas  que  Briand  (5)  avail  etiquete  demence, 
dans  le  cas  de  Levy-Valensi,  Philbert,  Beley  et  Ajuriaguerra 

(1)  Henri  Desoille.  —  Les  troubles  nerveux  dus  aux  asphyxies  aigues. 
These  Paris,  1932. 

(2)  Greidenbeig.  —  Des  psychoses  consecutives  a  1’intoxication  oxycar¬ 
bonee.  Ann.  Med.-Psych.,  1900,  t.  II,  p.  58. 

(3)  Levy-Valensi,  Philbert,  Beley,  Ajuriaguerra.  —  Intoxication  oxycar¬ 
bonee.  Semaine  des  Hdpitaux  de  Paris,  ler  mars  1936. 

(4)  Crouzon.  —  Intoxication  par  l’oxyde  de  carbone.  Tabes  revele  par  l’ac-  . 
cident.  Ann.  Med.  Leg.,  192'3,  p.  573. 

(5)  Briand  et  Salomon.  —  Troubles  intellectuels  a  forme  dementielle 
consecutifs  a  une  intoxication  par  C.O.  Soc.  Clin.  Med.  Ment.,  17  fevrier 
1913,  p.  55!  —  Truelle  :  Soc.  Clin.  Med.  Ment.,  mai  1913,  p.  147. 


746 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


pourtant  presente  de  maniere  tres  sombre,  on  a  pu  constater  des 
guerisons  rapides,  bouleversant  le  pronostic  primitivement  pose. 

M.  Rayneau. —  On  peut  distinguer  deux  types  :  les  troubles 
mentaux  en  rapport  avec  l’intoxication  aigue,  debutant  brus- 
quement  apres  une  absorbtion  massive  d’oxyde  de  carbone, 
caracterises  par  une  amnesie  immediate  qui  guerit  ;  les  troubles 
mentaux  en  rapport  avec  l’intoxication  chronique  debutant 
insidieusement  apres  une  absorbtion  lente  d’oxyde  de  carbone, 
caracterises  par  une  amnesie  incurable  et  une  evolution  demen- 
tielle. 


Parkinsonisme  post-encephalitique  chez  un  enfant  traite  par 
la  methods  de  Roemer.  Resultats  peu  encourageants  (Pre¬ 
sentation  de  malade),  par  MM.  M.  Brissot  et  Delsuc. 

L’interet  de  cette  presentation  reside  dans  le  fait  qu’un  enfant 
de  15  ans  atteint  de  troubles  post-encephalitiques  et  traite  par 
l’atropine  a  doses  progressives  et  fortes,  suivant  la  methode  de 
Roemer,  a  vu  son  etat  s’ameliorer  tres  sensiblement  au  cours 
et  a  la  fin  du  traitement.  Mais  aussitot  que  celui-ci  a  ete  cesse  et 
dans  les  quelques  jours  qui  ont  suivi,  l’enfant  a  repris  entiere- 
ment  son  attitude  premiere  due  a  la  rigidite  spasmodique  des 
muscles  du  cou,  ainsi  que  vous  pourrez  vous  en  rendre  compte 
en  voyant  le  malade.  La  medication  atropinique  a  ete  donnee 
jusqu’au  19  mars  dernier  :  sa  suppression  date  done  de  moins 
de  deux  mois. 

Voici  1’observation  : 

Antecedents  personnels.  —  R...  Germain  entre  le  2  juin  1934  a  la 
Colonie  de  Vaucluse  avec  le  certificat  suivant  :  «  Est  atteint  de  trou¬ 
bles  mentaux  et  nerveux  'consecutifs  a  une  encephalite  lethargique 
survenue  a  l’age  de  deux  ans,  avec  troubles  du  caractere,  actes  vio- 
lents,  tendance  a  frapper  ses  camarades,  grosse  instabilite,  agitation, 
forte  sialorrhee,  torticolis  spasmodique,  tremblement  des  extremi- 
tes.  » 

Cet  enfant,  qui  est  age  de  13  ans  lors  de  son  admission  et  qui  est 
d’origine  etrangere,  a  contracts  une  encephalite  vers  l’age  de  deux 
ans,  laquelle  serait  consecutive  a.  une  pneumonic.  II  aurait  eu  egale- 
ment  la  variole  peu  avant  la  pneumonic.  R...  vient  en  France  a  l’age 
de  6  ans  ;  les  manifestations  spasmodiques  apparaissent  quelques 
annees  plus  tard  et  en  1930.  (l’enfant  a  9  ans),  il  .est  traite  suceessive- 
ment  a  l’hopital  Rothschild  et  a  St-Louis  (Service  du  D.'  Babonneix). 

Yoici  la  note  qui  nous  est  communiquee  a  son  sujet  par  le  Dr  Ba¬ 
bonneix  : 


SEANCE  DU  U  MAI  1936  747 

Examen  du  15  fevrier  1930  :  age  de  8  ans.  A  ete  soigne  pour  ence- 
phalite  lethargique  par  le  Dr  Flatau,  de  Varsovie,  a  1’age  de  4-  ans. 
Aurait  eu  ulterieurement  de  Pinsomnie  durant  trois  annees.  Nous  est 
adresse  pour  symptomes  : 

a)  Neurologiqu.es  :  secousses  choreiformes  de  la  face  ;  tremblement 
des  mains,  facies  fige,  parkinsonien,  torticolis  spasmodique  ; 

b)  Intellectuels  :  leger  retard  ; 

c)  Caracteriels* :  tendances  a  la  violence  ;  se  jette  sur  ses  voisins 
pour  les  frapper. 

Examens  speciaux  :  rien  a  la  colonne  vertebrale  (Dr  Mouchet)  ; 
pas  de  vegetations  adenoides  ;  rien  aux  yeux,  sauf  tremulations  des 
paupieres  (Dr  Dupuy-Dutemps). 

R...  entre  ensuite  a  l’hopital  des  Enfants  malades  et  a  Trousseau,  ou 
il  reste  deux  annees,  pour  une  toute  autre  raison.  Une  tumeur  blan¬ 
che  est  en  effet  apparue  au  genou  droit  qui  necessite  une  interven¬ 
tion  sanglante  et  une  longue  immobilisation.  Comme  l’enfant  presente 
de  gros  troubles  du  caractere,  il  est  dirige  successivement  sur  l’hopi- 
tal  de  Bicetre  (sejour  d’un  an),  le  Patronage  de  Vaugirard  (sejour  de 
meme  duree),  l’hopital  Henri-Rousselle,  et  l’admission  de  Ste-Anne. 

R...  a  trois  petites  sceurs  de  9,  5  et  2  ans;  qui  sont  en  bonne  sante. 

Il  a  frequente  l’ecole  a  Paris,  sans  grand  succes,  de  7  a  10  ans. 

Antecedents  hereditaires.  —  Nous  avons  peu  de  renseignements  sur 
sa  famille  qui  est  etrangere  et  qui  parle  tres  difficilement  le  francais. 

Pere,  34  ans,  marchand  d’habits. 

Mere,  36  ans,  tous  deux  bien  portants. 

Il  semble  qu’il  n’y  ait  pas  d’alienes  dans  sa  famille  (grands-parents, 
■oncles,  tantes  normaux). 

Etat  a  Ventree.  —  Ce  qui  frappe  au  premier  examen,  c’est  l’incli- 
naison  de  la  tete  qui  penche  presque  a  angle  droit  sur  l’epaule  gau¬ 
che.  Hypertonie  considerable  des  muscles  du  cou,  du  thorax  et  des 
membres  superieurs.  Torticolis  spasmodique  a  gauche.  Il  est  impossi¬ 
ble  de  mettre  la  tete  dans  la  rectitude,  par  suite  de  la  rigidite  muscu- 
laire  ( voir  photographic  n°  1). 

Juin  193b.  —  Salivation  abondante.  Tremblement  des  extremites. 
Troubles  de  l’elocution.  Demarche  trainante  et  rendue  difficile  par 
une  ankylose  du  genou  droit. 

Au  point  de  vue  mental,  l’enfant  presente  de  l’arrieration  (niveau 
de  8  ans)  avec  gros  retard  scolaire.  Il  connait  seulement  les  lettres 
de  l’alphabet  et  assemble  quelques  consonnes  simples  ;  compte  jus- 
qu’a  100  ;  la  prononciation  est  tres  difficile.  De  plus,  R...  est  instable, 
tres  turbulent.  II  ne  peut  se  tenir  assis  longtemps  et  les  troubles  gra¬ 
ves  de  son  caractere  ne  vont  pas  lui  permettre  de  frequenter  l’ecole 
de  la  Colonie.  En  effet,  il  se  revele  bientot  comme  un  malade  insup¬ 
portable,  querelleur,  tres  mechant  envers  ses  petits  camarades  qu’il 
frappe  pour  un  rien.  Il  ment  d’une  fa?on  continuelle,  est  signale  pres¬ 
que  journellement  pour  les  larcins  qu’il  commet.  C’est  le  type  acheve 
du  pervers  acquis  post-encephalitique. 


748 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Ajoutons  que  nous  avons  ete  temoin,  dans  les  semaines  qui  ont 
suivi  son  admission,  de  petites  crises  oculogyres. 

Essais  de  traitement.  —  1°  Nous  ne  parlerons  que  pour  memoire 
des  trois  series  de  traitement  (hyoscine  et  atropine  a  tres  petites 
doses)  que  nous  lui  avons  faites  du  20  juin  1934  au  18  septembre  de 
la  meme  annee.  Chaque  serie  se  composait  ainsi  :  10  jours  de  bromhy- 
drate  d’hyoscine  (injections  sous-cutanees  de  1/2  mmgr.),  2  jours  de 
repOs  et  10  jours  de  sulfate  neutre  d’atropine  (injections  sous-cuta- 


Photographie  n°  1,  juin  1934  (a  1’entree  du  malade) 


nees  de  1/4,  1/2  et  1/4  mmgr.).  L’enfant  prenait,  durant  cette  periode, 
0,10  a  0,20  cgr.  de  gardenal  pro  die.  Les  series  etaient  espacees  d’une 
vingtaine  de  jours.  Ce  traitement  a  ete  un  echec  complet.  II  a  ete 
continue  en  janvier-fevrier  1935  sans  plus  de  resultats. 

2°  Devant  l’echec  de  cette  premiere  tentative,  nous  avons  admi- 
nistre  l’atropine  au  jeune  malade  selon  la  methode  de  Roemer.  Em- 
ploi  du  sulfate  d’atropine  en  solution  a  0  gr.  50  %,  dont  une  goutte 
correspond  a  un  quart  de  mmgr.  du  medicament  :  debut  par  trois 
gouttes  le  premier  jour  en  trois  prises  separees  par  des  intervalles 
reguliers.  Augmentation  d’une  goutte  par  jour.  Le  traitement  a  com¬ 
mence  le  8  septembre  1935  et  s’est  termine,  sans  aucune  interruption, 
le  19  mars  1936.  Nous  sommes  arrives  ainsi  a  80  gouttes  (soit 
20  mmgr.  d’atropine  pro  die),  sans  aucun  incident.  La  secheresse  de 


SEANCE  DU  U  MAI  1936 


749 


la  gorge  a  disparu  rapidement  et  n’a  pas  empeche  d’augmenter  les 
doses.  Pas  de  vertiges,  ni  de  bouffees  de  chaleur,  de  palpitations,  de 
troubles  gastriques  ou  oculaires.  Absence  de  fievre,  sauf  un  ou  deux 
acces  thermiques  tres  courts  provoques  par  des  angines. 

Cependant,  l’enfant  s’est  anemie  rapidement  et  a  presente  de  la 
torpeur  intellectuelle  aux  doses  elevees,  de  sorte  que  nous  n^avons 
pas  pu  depasser  les  80  gouttes.  La  descente  s’est  effectuee  en  dimi- 
nuant  d’une  goutte  par  jour  jusqu’a  40  gouttes  (10  mmgr.  d’atropine). 


Photographie  n"  2,  mars  1936  (au  cours  et  a  la  fin  du  traitementR 

Maintien  de  cette  dose  pendant  31  jours,  mais  les  symptomes  de  pa- 
leur  et  d’anemie  persistant,  la  medication  atropinique  est  diminuee 
d’une  fapon  progressive,  jusqu’a  cessation  complete  du  traitement. 

L’application  au  jeune  B...  de  la  methode  de  Roemer  a  provoque 
une  amelioration  rapide  :  attenuation  de  l’hypertonie  des  les  pre¬ 
mieres  doses  (20  gouttes),  disparition  a  peu  pres  complete  de  la  rigi- 
dite  aux  doses  de  60  a  80  gouttes,  ainsi  qu’on  peut  s’en  rendre  compte 
sur  la  photographie  n°  2  (1).  Les  resultats  immediats  ont  done  ete 
remarquables.  Malheureusement,  ils  ne  se  sont  pas  maintenus  et  1’exa- 
men  du  malade,  quelques  semaines  seulement  apres  la  fin  du  traite¬ 
ment,  va  nous  en  apporter  la  confirmation  absolue. 

(1)  La  tete  n’est  tenue  que  pouf  empecher  le  tremblcment  et  permettre 
la  prise  de  la  photographie  (mars  1936). 


750 


SOC1ETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Etat  actuel.i avril  1936).  —  Le  niveau  intellectuel,  qui  etait  de  8  ans 
en  1934,  parait  s’etre  legerement  ameliore  depuis  cette  epoque. 
Memoire  bien  conservee.  Au  dire  du  personnel,  les  troubles  du  carac- 
tere  semblent  s’etre  un  peu  amendes  depuis  le  dernier  trai- 
tement  :  l’enfant  est  plus  calme,  moins  colereux,  moins  batailleur, 
surtout  moins  enclin  au  vol,  mais  peut-etre  cette  docilite  n’est-elle 
qu’apparente. 


Photographie  n"  3,  10  avril  1936  (15  jours  apres  la  cessation  du  traitement)  . 

Reprise  de  l’attitude  ancienne  de  la  tete 

Ex  amen  physique.  —  Rigidite  permanente  de  toute  la  masse  des 
muscles  du  cou  et  de  la  nuque  avec  predominance  du  cote  gauche. 
Torticolis  Spasmodique.  L’inclinaison  laterale  de  la  tete  a  gauche  est 
si  accentuee  qu’elle  a  provoque  un  sillon  a  la  base  de  la  region  maxil- 
laire  du  meme  cote.  Hypertonie  un  peu  moins  accentuee  des  muscles 
des  membres  superieurs  et  de  la  region  thoracique. 

Neanmoins,  depuis  que  l’enfant  a  ete  soumis  au  traitement  atropi- 
nique,  il  arrive  a  vaincre  momentanement  la  contracture  des  muscles 
du  cou  et  a  remettre  sa  tete  droite,  ce  qu’il  ne  pouvait  pas  faire  autre¬ 
fois.  Mais  ce  maintien  n’est  que  tout  a  fait  temporaire  et  l’inclinai¬ 
son  de  la  tete  reprend  aussitot. 

Facies  immobile,  fige  ;  attitude  soudee  pendant  la  marche.  Trem- 
blement  continu  et  rapide  de  la  tete,  surtout  dans  les  efforts  de  re- 


SEANCE  DU  H  MAI  1936 


751 


dressement  ;  tremblement  leger  des  membres  superieurs.  Sialorrhee 
un  peu  moins  abondante  depuis  le  traitement.  Elocution  difficile, 
langage  souvent  incomprehensible.  La  parole  est  bredouillante,  scan- 
dee,  impulsive.  Fort  tremblement  de  la  langue. 

Appareil  oculaire  :  pas  de  crises  oculogyres,  quoiqu’on  en  ait  cons¬ 
tate  au  moment  de  l’admission.  Pas  de  troubles  de  la  reflectivite  pupil- 
laire.  La  reaction  a  la  lumiere  s’etablit  rapidement. 

Reflectivite  tendineuse  :  impossible  a  deceler  aux  membres  supe¬ 
rieurs,  en  raison  de  la  contracture.  La  percussion  des  masses  muscu- 
laires  provoque  des  secousses  tres  vives. 

Aux  membres  inf erieurs,  amplitude  du  reflexe  rotulien  gauche.  Pas 
de  Babinski,  ni  de  clonus  du  pied.  II  n’existe  pas  d’hypertonie  aux 
membres  inferieurs,  ni  a  1’abdomen.  On  constate  une  ankylose  com¬ 
plete  du  genou  droit  avec  membre  dans  I’extension,  ce  qui  rend  la 
demarche  difficile. 

Constitution  physique  mediocre  :  maigreur  des  masses  musculaires 
des  jambes.  Alimentation  deflciente.  Absence  de  gatisme.  Bouffissure 
du  visage,  paleur,  anemie. 

Conclusions.  —  Ainsi  que  vous  pouvez  le  constatcr,  le  jeune 
R...  a  repris  presque  entierement  son  attitude  premiere  apres 
plus  de  6  mois  de  traitement  par  la  methode  de  Roemer.  Sa  tete 
est  inclinee  tres  fortement  sur  l’epaule  gauche  et  cette  attitude 
a  fait  sa  reapparition  des  les  premiers  jours  qui  ont  suivi  la  fin 
du  traitement.  La  photographic  n°  3  qui  date  du  debut  d’avril 
1936  —  soit  15  jours  apres  la  cessation  de  l’atropine  vous  montre 
les  effets  decevants  de  cette  medication. 

Cependant  et  jusqu’a  preuve  du  contraire,  on  peut  inscrire  a 
l’actif  de  celle-ci  une  certaine  diminution  de  la  sialorrhee  et  des 
tremblements.  L’hypertonie  musculaire  est  toujours  aussi 
intense,  mais  il  semble  que  l’enfant  arrive  a  vaincre  plus  facile- 
ment  cette  rigidite.  C’est  ainsi  qu’il  redresse  la  tete  au  comman- 
dement,  mais  il  ne  maintient  cette  attitude  que  pendant  un 
temps  tres  court.  Les  troubles  du  caractere,  de  leur  cote,  parais- 
sent  un  peu  moins  aigus,  mais  il  est  possible  que  cette  ameliora¬ 
tion  ne  soit  qu’apparente  et  due  seulement  a  la  somnolence,  a 
I’apathie  du  sujet,  qui  persistent  depuis  qu’il  a  ete  soumis  aux 
doses  fortes  d’atropine. 

Aussi,  ne  partageons-nous  pas  l’eptimisme  de  MM.  G.  Mari- 
nesco  et  E.  Facon  (1)  qui  insistent  sur  I’efficacite  du  traitement 
atropinique  (methode  de  Roemer),  dans  les  symptomes  parkin- 
soniens  et  admettent  son  action  durable  sur  la  rigidite. 

(1)  G.  Mahinesco  et  E.  FAgoN.  —  L’atropine  a  doses  fortes  et  progressives 
dans  le  traitement  des  troubles  post-encephalitiques.  Acad,  de  Med.,  seance 
du  24  mars  1936. 


752 


SOCJETE  MED1C0-PSYCH0L0GIQUE 


Polydactylie  chez  un  imbecile  mental.  Pouce  surnumeraire 
(Presentation  de  malade  et  de  radiographie),  par  MM.  M.  Bris- 
sot  et  Delsuc. 

Le  malade  qui  se  trouve  devant  vous  n’est  interessant  que  par 
la  malformation  assez  particuliere  qu’il  otfre  a  la  main  droite, 
ou  l’on  constate  la  presence  d’un  pouce  surnumeraire.  Le  pre- 


Pouce  surr 


mier  de  ces  deux  doigts  (le  plus  externe)  est  le  plus  petit  et  ses 
phalanges  sent  reduites.  Le  deuxieme  pouce  a  une  conformation 
normale. 

Ainsi  que  vous  pouvez  vous  en  rendre  compte  par  la  radio- 


SEANCE  DU  U  MAI  1936 


753 


graphie  ci-jointe,  il  n’existe  qu’un  seal  metacarpicn  pour  les 
deux  doigts.  Cet  os  presente  une  structure  assez  curieuse  au 


Deformation  en  Y  du  premier  metacarpicn. 

Surfaces  articulaires  (extremite  distale)  correspondant  aux  deux  pouces 


niveau  de  son  extremite  distale,  oil  il  existe  deux  surfaces  arti¬ 
culaires  pour  chaque  pouce  correspondant.  En  outre,  le  pre¬ 
mier  metacarpien  a  la  forme  generate  d’un  Y,  les  branches  de 


Ann.  Med.-psych.,  XVs  serie,  94e  annee,  t.  I.  —  Mai  1936. 


48. 


751 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


YY  —  qui  sont  tres  courtes  —  n’etant  constitutes,  en  somme,  que 
par  les  deux  surface  articulaires. 

Le  jeune  J...,  age  de  15  ans,  est  le  type  de  l’imbecile  mental- 
Relativement  prqpre,  docile,  son  langage  est  restreint.  Vous  pou- 
vez  cdnstater  qu’il  porte  de  grosses  deformations  cranio-faciales. 
II  presente  done  le  facies  classique  du  degenere. 

—  Aucune  dystrophie  au  niveau  des  orteils. 

—  Rien  au  niveau  de  l’appareil  oculaire  (absence  du  syndrome 
de  Laurens-M oon-Biedl,  caracterise  par  la  coexistence  de  cho- 
roldo-retinite  pigmentaire  et  de  polydactylie  avec  du  sans  symp- 
tomes  adiposo-gtnitaux) .  Par  ailleurs,  la  malformation  des  doigts- 
n’offre  aucun  caractere  familial. 

Sa  physionomie  exprime  une  satisfaction  constante.  II  est 
entre  a  la  Colonie  de  Vaucluse  le  31  janvier  1936. 


Meningite  aigue  pneumococcique  enkystee  chez  un  paralytique 

general,  par  M.  L.  Marchand,  Mile  P.  Petit  et  M  J.  Fortineau- 

Les  cas  de  meningite  aigue  purulente  survenant  au  cours  de  la 
paralysie  generale  ne  sont  pas  communs  et  il  y  a  lieu  de  rappe- 
ler  ceux  qui  ont  ete  observes  par  Laignel-Lavastine  et  Meunier  (1),. 
Le  Grand  (2),  Pactet  et  Marchand  (3),  Guiraud  et  Caron  (4),  Mar¬ 
chand  et  Courtois  (5).  L’observation  suivante,  en  raison  de  ses 
particularity  cliniques,  humoFales  et  anatomo-pathologiques. 
merite  d’etre  rapportee. 

Ferdinand  Ev...,  charpentier,  55  ans,  entre  a  l’Asile  Sainte-Anne  le 
8  aout  1935.  II  avait  ete  arrete  la  veille  a  la  suite  d’un  vol  de  plan¬ 
ches  dans  un  chantier  et  conduit  a  1’Infirmerie  speciale. 

D’apres  sa  femme,  le  malade  presente  depuis  deux  mois  seulement 
des  troubles  mentaux  consistant  en  dysmnesie,  modification  du  carac¬ 
tere  et  de  l’humeur  ;  il  etait  devenu  exuberant.  Projets  absurdes.  Le 
28  juillet,  a  la  suite  d’une  dispute,  il  se  montra  menaeant  et  mit  sa 

(1)  Laignel-Lavastine  et.  Meuniek.  —  Suppurations  meningees  chez  trois: 
paralytiques  generaux.  Soc.  Anat 21  nov.  1902,  p.  913. 

(2)  Le  Grand.  —  Mort  par  meningite  a  pneumobaciiles  de  Friedlander  au 
cours  de  1’evolution  d’une  paralysie  generale.  Soc.  Med.  des  Hop.,  31  juil¬ 
let  1925,  p.  1250. 

(3)  Pactet  et  Marchand.  —  Paralysie  generale  et  meningite  pneumo¬ 
coccique  terminale.  Soc.  Clin,  de  Med.  Ment.,  18  juin  1928. 

(4)  P.  Guiraud  et  M.  Caron.  —  Les  meningites  bacteriennes  aigues  dans, 
la  paralysie  generale.  Soc.  Med.-Psych.,  21  mai  1931. 

(5)  L.  Marchand  et  A.  Courtois.  —  Meningite  aigue  pneumococcique  ter- 
ininale  chez  un  paralytique  general.  Soc.  Med.-Psych.,  8  dec.  1932. 


SEANCE  DU 


MAI  1936 


755 


femme  a  la  porte  ;  celle-ci,  effrayee,  a  ete  loger  a  l’hotel  et  ne  l’a  plus 
revu  depuis. 

A  son  entree,  F.  E.  presente  line  euphorie  niaise  :  «  II  est  heureux 
comme  un  roi  »,  dit-il.  II  exprime  des  idees  de  satisfaction  corpo- 
relle.  II  a  «  un  cerveau  epatant,  comme  on  n’en  trouve  pas  dans  le 
monde  ».  II  peut  exercer  tous  les  metiers.  II  a  «  une  puissance 
sexuelle  extraordinaire  ».  Erotisme  avec  exhibitionnisme  au  cours  de 
l’interrogatoire.  Idees  de  puissance  avec  theme  politico-social  :  des 
inspirations  lui  sont  venues  «  celestement  ».  II  va  couvrir  le  monde 
d’or.  II  part  ce  soir  pour  Moscou  afin  d’obtenir  de  i’U.R.S.S.  5  mil¬ 
lions  qu’ii  distribuera  aux  chomeurs  frangais. 

L’affaiblissement  intellectuel  est  encore  peu  accuse,  la  memoire  est 
relativement  conservee.  L’evocation  des  dates,  des  faits  importants 
est  assez  exacte  ;  cependant,  il  croit  que  le  President  de  la  Republique 
est  Felix  Faure.  Les  epreuves  elementaires  de  calcul  sont  rapidement 
resolues.  Les  troubles  du  jugement  sont  tres  marques  ;  perte  complete 
du  sens  moral,  inconscience  de  sa  situation  et  de  l’etat  morbide. 

Le  syndrome  neurologique  est  ainsi  constitue  :  dysarthrie,  myosis 
et  rigidite  pupillaire,  tremblement  digital  et  lingual  leger  ;  les  reflexes 
rotuliens  et  achilleens  sont  normaux.  Le  malade  est  pale,  amaigri  ; 
faiblesse  musculaire  ;  la  marche  est  instable,  a  petits  pas,  sans  incoor¬ 
dination. 

Les  reactions  de  Bordet-Wassermann,  de  Meinicke  et  de  Kahn  sont 
positives  dans  le  sang. 

'  Liquide  cephalo-rachidien  :  albumine  :  1  gr.  30  ;  reaction  de  Pandy 
et  de  Weichbrodt  :  +  +  leucocytes:  4;  benjoin  colloidal: 
22222.22222.21000  ;  reactions  de  Meinicke  et  de  Wassermann  :  posi¬ 
tives. 

Antetecents  personnels.  —  Le  malade  aurait  contracts  la  syphilis  a 
38  ans  et  n’aurait  jamais  ete  traite. 

II  avoue  des  exces  ethyliques  anciens  (jusqu’a  5  litres  de  vin  par 
jour  ?). 

II  a  4  enfants  bien  portants,  un  enfant  est  mort  a  8  jours  de  «  cya- 
nose  ».  Sa  femme  n’a  pas  fait  de  fausse-couche. 

Antecedents  hereditaires.  —  Rien  de  special,  le  malade  serait  le 
14*  d’une  famille  de  21  enfants. 

Le  traitement  par  injections  de  stovarsol,  a  la  dose  de  1  gramme, 
3  fois  par  semaine,  est  commence  le  14  aout,  apres  verification  de  1’in- 
tegrite  du  fond  d’oeil.  Dans  les  semaines  qui  suivent,  notable  amelio¬ 
ration  :  le  malade  est  plus  calme,  des  periodes  d’euphorie  alternent 
avec  de  courtes  phases  de  depression. 

Le  16  octobre,  brusque  elevation  thermique  a  40 °4  ;  ron- 
chus  dissemines  dans  les  deux  champs  pulmonaires  ;  suspension  du 
traitement  au  stovarsol.  Les  jours  suivants,  la  temperature  descend 
en  lysis  et  atteint  37°  le  21. 


756 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Le  22  octobre,  nouveau  crochet  thermique  a  38°.  L’examen  revele 
un  foyer  pneumonique  au  sommet  du  poumon  droit. 

Le  23,  forte  dyspnee,  obnubilation  intellectuelle  plus  marquee. 
Legere  diminution  de  la  force  musculaire  du  cote  droit  sans  modifi¬ 
cation  des  reflexes. 

Le  24,  six  crises  avec  mouvements  convulsifs  localises  du  cote 
droit  ;  duree  :  5  a  6  minutes.  Hemiparesie  droite  avec  exageration  des 
reflexes  tendineux  de  ce  cote  et  signe  de  Babinski  des  deux  cotes.  Pas 
de  clonus  des  pieds  ;  pas  de  signe  de  Kernig.  Deviation  conjuguee  de 
la  tete  et  des  yeux  vers  la  gauche  sans  raideur  de  la  nuque.  Etat  de 
stupeur.  Mouvements  automatiques  dans  les  membres  du  cote  gauche. 
La  temperature  se  maintient  aux  environs  de  39°. 

L’etat  de  torpeur  intellectuelle,  les  crises  convulsives,  l’hemipare- 
sie  droite,  la  presence  d’un  foyer  pneumonique  avec  temperature 
elevee  et  continue  nous  orientent  vers  le  diagnostic  d’une  meningite 
aigue,  d’origine  septicemique,  malgre  1’absence  de  signes  meninges 
plus  nets  :  absence  de  Kernig,  de  raideur  de  la  nuque,  de  vomisse- 
ments,  de  cephalee. 

La  ponction  lombaire  confirme  ce  diagnostic,  en  donnant  issue  a 
un  liquide  opalescent,  puis  trouble,  legerement  xantochromique  : 
Albumin e  :  2  gr.  80.  Pandy  et  Weichbrodt  :  +  +  +.  Leucocytes: 
850  elements  a  la  cellule  de  Nageotte  avec  nombreuses  cellules  endo- 
theliales.  Benjoin  :  22222.22002.22222.  Bordet-Wassermann  :  positif. 
Meinicke  positif  :  +  +  +•  Culot  de  centrifugation  assez  abondant,  se 
composant  de  95  %  de  polynucleaires  et  de  5  %  de  lymphocytes. 
Amicrobie  apparente  ;  absence  de  bacilles  de  Koch. 

Le  25  octobre,  les  crises  convulsives  se  repetent,  localisees  du  cote 
droit  et  predominant  a  la  face.  Elies  deviennent  subintrantes  et  per¬ 
sistent  jusqu’a  la  mort  qui  survient  le  lendemain  26  octobre. 

Examen  macroscopique.  —  Encephale  :  apres  incision  de  la  dure- 
mere,  la  pie-mere  de  1’hemisphere  droit  apparait  epaissie,  laiteuse  ; 
elle  adhere  au  cortex. 

Du  cote  de  I’hemisphere  gauche,  les  circonvolutions  ne  sont  pas 
apparentes.  Toute  la  corticalite  est  recouverte  d’un  tissu  lardace, 
jaune-rougeatre  par  endroits,  s’etalant  sur  les  lobes  frontal,  temporal, 
parietal,  ne  laissant  libres  que  la  partie  posterieure  de  la  premiere  et 
de  la  deuxieme  circonvolutions  temporales  gauches,  la  face  externe 
et  le  pole  du  lobe  occipital.  La  face  interne  de  l’hemisphere  n’est  pas 
recouverte  par  cette  neo-formation  en  forme  de  galette.  La  surface 
externe  s’accole  a  la  face  interne  de  la  dure-mere.  Apres  avoir  incise 
le  tissu,  on  note  qu’il  comprend  une  membrane  externe  sous  laquelle 
s’etend  une  nappe  d’un  pus  jaunatre  fortement  lie,  et  une  membrane 
interne  moins  organisee  appliquee  sur  la  pie-mere.  Au  niveau  de  sa 
plus  grande  epaisseur,  ce  tissu  couenneux  atteint  5  millimetres.  Tres 
epais  au  niveau  du  lobe  frontal,  il  va  en  s’amincissant  de  plus  en  plus 
vers  le  lobe  occipital. 


SEANCE  DU  U  MAI  1936 


757 


II  existe  egalement  du  pus  libre  entre  ce  tissu  neoforme  et  la  pie- 
mere  cerebrale.  Cette  derniere  est  epaissie,  a  une  apparence  laiteuse 
et  adhere  aux  circonvolutions  cerebrales. 

Sur  les  coupes  transversales  des  hemispheres  cerebraux,  on  ne  note 
aucune  lesion  localisee. 

Adherences  des  lobes  frontaux  entre  eux  a  leur  face  interne. 

A  1’origine  de  la  scissure  de  Sylvius  gauche,  au  niveau  de  la  region 
pedonculo-cerebelleuse  et  au  pourtour  de  la  tige  pituitaire,  presence 
de  pus  epais,  jaunatre,  infiltrant  la  pie-mere. 

Les  ventricules  cerebraux  ne  sont  pas  dilates.  Granulations  du 
4"  ventricule.  Pas  d’atherome  des  arteres  de  la  base. 

Poids  de  l’hemisphere  droit  (avec  le  tissu  lardace)  :  570  gr.  ;  he¬ 
misphere  gauche  :  570  gr.  ;  cervelet  et  bulbe  :  160  gr. 

Organes.  —  Poumons  :  le  droit  pese  1170  gr.  ;  pneumonie  du  som- 
met  a  la  phase  d’hepatisation  grise.  Du  pus  s’echappe  de  la  grosse 
bronche  ;  exsudation  de  muco-pus  quand  on  comprime  le  tissu  pul- 
monaire.  Le  poumon  gauche  pese  620  gr.  Legere  congestion  de  la 
base. 

Cceur  :  poids,  440  gr.  Aorte  legerement  atheromateuse. 

Foie  :  1.880  gr.  Apparence  normale  a  la  coupe. 

Reins  :  le  gauche  pese  170  gr.,  le  droit,  140  gr.  Congestion  simple. 

Rate  :  150  gr. 

Examen  microscopique.  —  Eneephale.  —  Hemisphere  gauche  :  le 
tissu  de  neo-formation  qui  recouvre  V hemisphere  presente  les  carac- 
teres  histologiques  d’un  abets  purulent  enkyste.  La  paroi  externe  est 
formee  d’une  couche  de  fibroblastes  semblable  a  celle  qui  se  forme 
si  rapidement  autour  des  hemorragies  sous-durales  avec  neoforma¬ 
tion  vasculaire.  Sous  cette  couche,  il  en  existe  une  autre,  formee  d’un 
reseau  lache  de  fibrine  renfermant  des  lymphocytes,  des  macrophages 
et  quelques  polynucleaires.  Enfln,  entre  cette  couche  et  la  pie-mere, 
l’espace  est  rempli  d’une  couche  purulente  epaisse  formee  de  poly¬ 
nucleaires  qui  sont  en  voie  de  degenerescence  de  plus  en  plus  mar¬ 
quee  a  mesure  que  l’on  se  rapproche  de  la  pie-mere.  Au  voisinage  de 
la  pie-mere,  la  couche  purulente  a  une  certaine  tendance  a  s’organi- 
ser.  Presence  de  nombreux  diplocoques  lanceoles,  encapsules,  pre- 
nant  le  Gram  (pneumocoques)  et  de  cocci  dans  la  couche  purulente. 

Pie-mere  epaissie  et  infiltree  de  lymphocytes,  de  fibroblastes  et  de 
cellules  volumineuses  du  type  macrophagique.  Peu  de  polynucleaires. 
Dilatation  enorme  des  vaisseaux  sans  suffusions  sanguines. 

Dans  le  cortex,  l’architectonie  des  cellules  ganglionnaires  est  com- 
pletement  bouleversee.  Degenerescence  granuleuse  du  cytoplasma  des 
cellules  ;  noyaux  excentriques. 

Le  cortex  est  parseme  de  petits  lymphocytes  prenant  fortement 
les  colorants  basiques,  s’appliquant  tantot  sur  les  cellules  nerveuses, 
tantot  restant  isoles  dans  le  parenchyme. 

Dans  la  couche  moleculaire  et  le  cortex,  proliferation  considerable 


758 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


des  cellules  nevrogliques,  surtout  dans  la  zone  situee  immediatement 
sous  la  pie-mere. 

Les  vaisseaux  corticaux  et  sous-corticaux,  principalement  les  vei- 
nules,  sont  entoures  d’un  manchon  de  cellules  plasmatiques  develop- 
pees  dans  leur  adventice.  Les  cellules  endotheliales  des  capillaires  et 
des  petits  vaisseaux  sont  hypertrophiees.  Dans  la  substance  blanche, 
nombreux  macrophages  bourres  de  pigments  situes  dans  les  espaces 
perivasculaires. 

Cellules  microgliques  hyperplasiees  dans  tout  le  cortex,  satellites 
des  cellules  et  des  vaisseaux,  se  presentant  aussi  a  l’etat  isole  ;  leurs 
corps  sont  tres  developpes,  d’aspect  vacuolaire,  spongieux  ;  les  pro- 
longements  sont  tres  ramifies  et  epineux.  Cellules  en  batonnets. 

Dans  la  substance  blanche  sous-corticale,  la  proliferation  micro- 
glique  est  peu  accusee.  Les  cellules  microgliques  y  sont  rares  et  peti- 
tes,  avec  peu  de  prolongements.  Elies  ne  se  rencontrent  que  dans  la 
zone  situee  immediatement  sous  la  substance  grise. 

On  ne  note  aucun  element  microbien  dans  le  parenchyme. 

HSmisphere  droit :  les  lesions  de  la  pie-mere  et  du  cortex  sont  les 
memes  que  celles  decrites  dans  1’hemisphere  droit  ;  l’infiltration  me- 
ningee  et  la  perivascularite  des  vaisseaux  intra-corticaux  y  sont  moins 
accusees. 

Cervelet :  1’infiltration  de  la  pie-mere  est  tres  accusee.  On  y  ren¬ 
contre  les  memes  elements  que  dans  la  pie-mere  cerebrale,  lympho¬ 
cytes,  fibroblastes,  grands  macrophages,  mais  ici  les  polynucleaires 
y  sont  plus  nombreux.  Le  parenchyme  cerebelleux  presente  relative- 
ment  peu  de  lesions. 

Bulbe  :  infdtration  de  la  pie-mere  peribulbaire  par  des  lymphocy¬ 
tes,  des  macrophages  et  des  polynucleaires.  Granulations  nevrogliques 
ependymaires  du  plancher  du  4l  ventricule.  Les  vaisseaux  intrabul- 
baires  sont  entoures  de  manchons  de  cellules  plasmatiques  et  lyrnpho- 
cytaires.  Alteration  des  cellules  des  noyaux  des  nerfs  craniens.  Les 
cellules  des  olives  renferment  une  zone  pigmentee. 

Hypophyse  :  petit  adenome  a  cellules  foetales  ;  sclerose  diffuse  ; 
cellules  chromophiles  tres  abondantes.  La  zone  intermediate  ren- 
ferme  de  nombreux  acini  remplis  de  substance  colloide.  Lobe  ney- 
veux  normal. 

Organes.  —  Reins  :  nephrite  interstitielle  chronique.  Nombreux 
foyers  d’infiltration  lencocytaire  ;  glomerules  en  voie  de  transforma¬ 
tion  fibreuse.  Congestion  intense. 

Foie  :  congestion  simple,  pas  de  sclerose  ;  ordination  des  cellules 
normales.  Aucune  degenerescence  graisseuse. 

Rate  :  apparence  normale  ;  corpuscules  de  Malpighi  tres  develop¬ 
pes. 

Poumon  droit  :  broncho-pneumonie  a  foyers  dissemines.  Zone  d’al- 
veolite  purulente.  Infiltration  des  cloisons  inter-lobulaires  et  zone 
d’alveolite  catarrhale.  Nombreux  pneumocoques. 


SEANCE  DU  U  MAI  1936 


759 


En  resume,  un  sujet  atteint  de  paralvsie  generate  au  debut, 
presente,  au  cours  d’un  etat  pulmonaire  carncterise  d’abord  par 
une  bronchite  aigue,  puis  par  une  pneumonie,  un  etat  de  tor- 
peui’,  des  crises  convulsives  localisees  au  cote  droit,  une  hemipa- 
resie  droite,  une  temperature  elevee.  En  se  basant  sur  l’obser- 
vation  de  cas  anterieurs  semblables,  le  diagnostic  de  meningite 
aigue,  survenant  au  cours  d’une  pneumonie  et  compliquant  la 
paralysie  generate,  est  pose  malgre  l’absence  du  syndrome 
meninge  habituel.  It  est  confirme  par  les  resultats  de  la  ponction 
lombaire. 

Comme  dans  le  cas  de  Marchand  et  Courtois,  le  bouleverse- 
ment  du  liquide  cephalo-rachidien  consista  en  une  hvperalbu- 
rainose  et  une  polynucleose  considerables,  un  benjoin  precipi¬ 
tant  dans  les  cinq  derniers  tubes  (zone  meningitique)  et 
cependant,  les  reactions  de  Bordet- Wassermann  et  de  Mei- 
nicke,  la  precipitation  du  benjoin  dans  la  zone  syphilitique  ne 
furent  pas  modifiees. 

Au  point  de  vue  anatomo-pathologique,  il  est  curieux  de 
noter  que  le  pus  s’est  collecte  dans  l’espace  sous-dural  intra- 
arachnoidien  de  l’hemisphere  gauche,  s’est  organise  absolument 
comme  un  hematome  sous-dural  (1),  mais  ici,  le  pus  a  remplace 
le  sang  ;  la  neoformation  presente  ainsi  les  caracteres  histologi- 
ques  d’un  abces  purulent  enkyste. 

L’infiltration  purulente  de  la  pie-mere,  par  contre,  s’est 
localisee  a  la  partie  anterieure  de  la  scissure  de  Sylvius,  au 
pourtour  de  la  tige  pituitaire  et  a  la  region  pedo'neulo-cerebel- 
leuse.  Dans  les  autres  regions,  la  pie-mere  est  surtout  infiltree 
de  lymphocytes,  de  flbroblastes  et  de  cellales  volumineuses  du 
type  macrophagique.  Les  lesions  intra-corticales  sont  celles  de 
la  paralysie  generale. 

Autre  remarque  deja  faite  dans  nos  observations  precedentes  : 
les  elements  figures  (pneumocoques,  cocci),  observes  dans  la 
pie-mere,  ne  penetrent  pas  dans  le  parenchyme  cerebral,  malgre 
les  lesions  intenses  d’encephalite. 

Ce  nouveau  cas  montre  qu’un  processus  inflammatoire  inte- 
ressant  les  meninges,  loin  d’etre  un  obstacle  a  revolution  d’une 
meningite  aigue,  sernble  rendre  plus  sensible  la  pie-mere  a  une 
nouvelle  infection. 

M.  Guiraud.  —  J’ai  eu  un  cas  identique.  Ce  paralytique,  un 
beau  jour,  fit  de  la  temperature,  eut  le  facies  hebete,  une  moitie 

(1)  L.  Marchand.  —  Hemorragie  intra-arachnoi'dienne  enkystee  chez  un 
paralytique  general  senile.  Soc.  Clin,  de  Med.  Ment.,  15  nov."  1926. 


760 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOG1Q  UE 


du  corps  impo.tente,  cOmme  s’il  venait  d’avoir  un  ictus.  La  ponc- 
tion  lombaire  revela  la  presence  de  nombreux  polynucleaires. 
sans  aucun  microbe.  L’autopsie  revela  les  inemes  lesions  que 
celles  du  malade  de  M.  Marchand. 

M.  Rayneau.  —  Je  rappelle,  a  ce  propos,  a  M.  Marchand,  le 
cas  publie  par  lui  et  moi  du  sujet  de  mon  service  qui,  apres 
avoir  ete  projete  violemment  dans  un  accident  de  chemin  de  fer* 
fit  un  syndrome  paralytique.  11  allait  beaucoup  mieux,  lorsqu’il 
fut  foudroye  par  un  ictus.  Et  l’autopsie  nous  montra  une 
meningite  purulente  (Rev.  Neurolog.,  30  avrii  1912). 


Neurinome  du  nerf  acoustique.  Cecit6  et  troubles  psychiques,. 
par  M.  L.  Marchand. 

II  est  souvent  tres  difficile  de  preciser  le  diagnostic  entre  une 
tumeur  de  Tangle  ponto-cerebelleux  et  une  tumeur  frontale.  Le 
cas  suivant,  dans  lequel  les  troubles  psychiques  et  une  atrophie 
optique,  a  marche  rapide,  sont  venues  s’associer  aux  phenome- 
nes  acoustico-vestibulaires,  en  est  un  exemple. 

M...,  sans  profession,  age  de  57  ans,  entre  a'  1’Asile  Sainte-Anne  le 
30  aout  1935,  venant  de  Thopital  Tenon. 

Les  renseignements  suivants  nous  ont  ete  fournis  par  sa  fille  et  par 
le  consul  de  France  a  Mons. 

Antecedents  hereditaires.  —  Mere  decedee.  Elle  etait  atteinte  de 
paralysie  et  de  tremblement.  Aucun  renseignement  sur  son  pere. 

Un  frere  alcoolique,  mort  a  l’asile  de  Tours.  Deux  autres  freres 
sont  bien  portants.  Deux  soeurs,  dont  Tune  serait  bizarre  et  alcooli¬ 
que. 

Antecedents  personnels.  —  M...  n’a  jamais  ete  normal  et  a  toujours 
eu  un  caractere  difficile.  Marie,  il  a  eu  deux  enfants,  une  fille,  atteinte 
de  nanisme  par  mal  de  Pott,  et  un  fils,  qui  aiirait  des  troubles  du  ca¬ 
ractere. 

Desertion  pendant  son  service  militaire.  II  se  rend  en  Belgique. 

«  II  est  condamne  par  arrete  de  la  cour  d’assises  du  Brabant  en  date 
du  12  novembre  1909  aux  travaux  forces  a  perpetuite  du  chef  de  vio¬ 
lences  ayant  entraine  la  mort  sans  intention  de  la  donner.  Vols  qua¬ 
lifies,  tentative  de  vols  qualifies,  vols  simples.  »  D’apres  sa  fille,  il  a 
commis  un  vol  au  cours  duquel  il  a  etrangle  une  vieille  femme. 

Il  est  gracie  en  1930,  apres  une  detention  de  22  ans  pour  homicide. 
Il  revient  en  France.  Sa  femme  est  decedee  durant  son  incarceration. 


SEANCE  DU  U  MAI  1936 


761 


Sa  fille  le  reqoit  chez  elle.  II  trouve  du  travail  dans  une  usine  dans  le 
Loir-et-Cher.  Des  cette  epoque,  il  est  atteint  d’hallucinations  visuelles; 
il  voit  des  chats,  cherche  a  attraper  des  images  et  des  objets  sur  une 
table  et  s’etonne  que  ses  visions  ne  repondent  a  rien.  II  se  plaint 
bientot  d’etourdissements,  de  vertiges,  de  tremblement,  d’insomnie. 

En  1931,  il  vient  a  Paris,  se  met  en  menage  avec  une  amie,  mais 
celle-ci  terrorisee  le  quitte  au  bout  de  8  jours.  Il  la  menafait,  lui  fai- 
sait  des  predictions  sinistres.  Il  demande  alors  a  sa  fille  de  quitter 
son  mari  pour  le  soigner.  A  partir  de  cette  epoque,  il  se  plaint  conti- 
nuellement  de  maux  de  tete  et  sa  vue  commence  a  baisser. 

En  1932,  il  se  rend  a  la  consultation  de  la  Pitie  (service  du  Dr  Clo¬ 
vis  Vincent),  ou  on  diagnostique  une  tumeur  cerebrale.  Il  refuse  Pin- 
tervention. 

Il  se  plaint  de  bourdonnements,  entend  des  sons  de  cloche  et  meme 
des  voix  venant  du  cote  gauche.  Souvent,  il  demande  a  sa  fille  : 
«  Qu’est-ce  que  tu  dis  ?  »,  ou  bien  il  croit  entendre  sonner  un  reveil. 
Les  troubles  de  la  memoire  apparaissent  a  la  meme  epoque,  troubles 
de  la  memoire  de  fixation  et  d’evocation,  sans  desorientation  toute- 
fois.  La  cephalee  est  tres  accusee.  A  plusieurs  reprises,  vomissements 
sans  effort  et  en  fusee  aussitot  apres  l’ingestion  des  aliments.  II 
eprouve  la  sensation  de  faim  meme  aussitot  apres  avoir  mange. 

Plusieurs  fois,  il  vient  faire  du  scandale  au  domicile  de  sa  fille 
ainsi  qu’a  l’atelier  ou  elle  travaille.  Il  raconte  a  tout  le  monde  qu’elle 
veut  se  debarrasser  de  lui.  Phases  de  depression  au  cours  desquelles 
il  pleure  ;  il  demande  qu’on  lui  donne  un  revolver  pour  se  suicider. 
Son  caractere  est  devenu  insupportable.  Il  fait  plusieurs  sejours  dans 
les  hopitaux  ou  on  refuse  de  le  garder  en  raison  de  son  irritabilite. 
La  cecite  est  devenue  complete.  Il  est  d’abord  recueilli  par  sa  soeur 
qui  le  remet  ensuite  a  sa  fille.  Place  a  Tenon,  il  s’agite,  insulte  le  per¬ 
sonnel  et  il  est  interne  a  Sainte-Anne. 

A  son  arrivee  a  l’Asile,  M...  est  calme  ;  il  est  completement  aveugle. 
Il  nous  dit  qu’il  vient  de  Tenon  et  sait  ou  il  est.  Il  donne  exactement 
son  nom,  son  age,  la  date  et  le  lieu  de  sa  naissance.  11  vivait  avec  sa 
soeur  dont  il  donne  l’adresse,  mais  ne  se  rappelle  pas  le  numero.  Il 
est  veuf  et  ne  peut  dire  a  quelle  epoque  est  morte  sa  femme.  Il  a  vecu 
longtemps  en  Belgique  ;  il  nous  cache  son  acte  criminel  et  sa  deten¬ 
tion.  Il  nous  ment  en  disant  qu’il  a  ete  mobilise  pendant  la  guerre  et 
qu’il  a  ete  sur  le  front  ;  il  sait  que  la  guerre  a  commence  en  1914  et 
croit  que  Parmistice  a  eu  lieu  en  1917.  Sa  vue  a  commence  a  baisser 
«  depuis  l’exposition  coloniale  en  1931  ».  Quant  a  sa  legere  surdite, 
elle  n’existerait  d’apres  lui  que  depuis  un  mois.  Il  a  deux  enfants,  une 
fille  et  un  fils  ;  il  ne  peut  dire  leur  age.  Il  ne  se  rappelle  pas  avoir 
ete  soigne  a  la  Pitie  il  y  a  plusieurs  annees. 

Pendant  1’interrogatoire,  mouvements  d’impatience.  Chaque  fois 
qu’on  lui  demande  des  precisions,  il  repond  :  «  Ce  sont  la  des  details 


762 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


sans  importance.  »  II  manifeste  de  1’anxiete,  semble  aux  aguets  et 
croit  qu’on  parle  de  lui  dans  la  piece  voisine. 

II  emet  des  idees  de  persecution.  A  Tenon,  on  lui  a  fait  beaucoup 
de  miseres  ;  on  l’a  frappe,  on  s’est  moque  de  lui.  On  l’a  traite  «  de 
vieille  canaille,  de  vieux  fou,  de  fripon  ».  II  refuse  de  dire  tout  ce 
qu’on  lui  a  fait  parce  que  toutes  ses  paroles  sont  repetees  et  «  on  lui 
tombera  dessus  a  la  sortie  ».  Depuis  qu’il  est  ici,  on  1’a  deja  traite 
de  fou  ;  on  l’insulte  du  matin  an  soir  et  il  refuse  de  designer  les  per- 
sonnes.  C’est  une  honte  pour  toute  sa  famille.  Avant  d’etre  hospitalise 
a  Tenon,  personne  ne  l’avait  injurie. 

L’examen  physique  decele  les  troubles  suivants  :  outre  la  cecite 
complete,  il  existe  une  hypoacousie  bilaterale  sans  bruits  subjectifs. 

La  marche  sous  conduite  se  fait  a  petits  pas  avec  titubation  legere, 
sans  que  le  corps  soit  entraine  plutot  d’un  cote  que  de  l’autre.  Rai- 
deur  des  membres  ;  absence  des  mouvements  pendulaires  des  bras 
pendant  la  marche.  Pas  de  Romberg.  Le  sujet  ne  se  plaint  d’aucune 
sensation  vertigineuse. 

Pas  de  paralysie  ou  paresie.  La  force  musculaire  est  conservee  des 
deux  cotes.  La  resolution  musculaire  ne  peut  etre  obtenue.  Pas  de 
dysmetrie,  ni  d’incoordination.  Pas  de  troubles  de  la  sensibilite. 

Les  reflexes  patellaires  et  achilleens  sont  vifs.  Pas  de  clonus.  Le 
reflexe  cutane  plantaire  se  fait  en  flexion  des  deux  cotes.  Conserva¬ 
tion  des  reflexes  abdominaux  et  cremasteriens. 

L’examen  est  rendu  difficile  par  le  mauvais  vouloir  que  le  malade 
met  a  accomplir  les  epreuves  demandees  et  par  la  cecitA 

A  Texamen  ophtalmologique,  papilles  atrophiques.  Les  urines  ne 
renferment  ni  sucre,  ni  albumine. 

Aucun  signe  de  maladie  de  Recklinghausen. 

Le  Bordet-Wassermann  est  negatif  dans  le  sang.  Le  diagnostic  de 
tumeur  cerebrale  etant  certain,  la  ponction  lombaire  n’est  pas  prati- 
quee  en  raison  de  son  danger. 

La  temperature  oscille  entre  36°  et  37°.  Pouls  :  56  pulsations. 

Les  jours  suivants,  on  note  des  hallucinations  auditives  avec  tabu¬ 
lation.  M...  parle  tres  souvent  seul.  Un  matin,  a  la  visite,  ignorant  notre 
presence,  il  s’adresse  a  une  personne  qu’il  croit  placee  a  sa  droite, 
lui  dit  qu’il  va  aller  en  Touraine  pour  les  vendanges,  qu’il  s’occupera 
du  pressoir  et  qu’il  mangera  des  raisins. 

10  septembre  1935.  Il  s’imagine  qu’il  a  une  lettre  sous  son  traversin 
et  se  met  en  colere  parce  qu’il  ne  la  trouve  pas.  Il  a  commande,  dit-il, 
du  pain  a  la  cantine,  mais  on  lui  a  repondu  que  c’etait  la  greve  des 
boulangers.  Il  tient  des  conversations  avec  des  personnages  imaginai- 
res.  Il  se  plaint  qu’on  lui  refuse  tout  ce  qu’il  desire,  meme  de  1’eau. 
Tous  les  matins,  a  la  visite,  il  demande  a  quitter  Thopital,  seul  ;  il 
trouvera  bien  son  chemin  avec  une  canne  et  il  pourra  gagner  facile- 
ment  sa  vie. 


SEANCE  DU  U  MAI  1936 


763 


3  octobre  1935.  A  onze  heures  et  demie,  au  moment  du  dejeuner, 
vomissements  bilieux  et  perte  de  conna,issance  ;  secousses  peu  eten- 
dues  dans  les  quatre  membres  ;  hypertonie  ;  facies  colore  ;  sueurs 
generalisees.  Duree  de  la  crise,  5  minutes.  Puis,  gemissements  et  im¬ 
possibility  de  parler.  Reflexes  tendineux  exageres  ;  signe  de  Babinski 
a  gauche  ;  reflexe  cutane  plantaire  en  flexion  du  cote  droit.  Cephalee. 

4  octobre  1935.  Prostration  profonde  ;  M...  ne  repond  pas  aux  ques¬ 
tions.  Vomissements  dans  la  matinee.  Pas  de  paralysie.  Reflexes  patel- 
laires  plus  vifs  a  droite.  Reflexe  achilleen  aboli  a  droite,  normal  a 
gauche.  Clonus  du  pied  et  signe  de  Babinski  du  cote  gauche.  Gatisme 
urinaire.  Cephalee. 

5  octobre  1935.  Meme  etat,  mais  le  reflexe  cutane  plantaire  reste 
indifferent  du  cote  gauche. 

7  octobre  1935.  Excitation  intellectuelle.  Agressivite.  M...  exprime 
les  memes  idees  de  persecution  qu’a  son  arrivee.  II  accuse  le  mede- 
cin  d’etre  de  mauvaise  foi  et  de  le  garder  arbitrairement.  II  veut  par- 
tir  ;  il  prefere  aller  en  prison,  il  n’a  besoin  de  personne  pour  le  con- 
duire. 

Les  reflexes  patellaires  et  achilleens  sont  exageres.  Hypertonie  ge- 
neralisee  sans  paresie.  Pas  de  signe  de  Babinski,  ni  de  clonus  des 
pieds.  Parole  normale.  M...  a  pu  se  lever  et  marcher  etant  guide. 

Temperature  normale.  Pouls  :  60. 

8  octobre  1935.  M...  reste  assis  sur  le  bord  de  son  lit  ;  obnubilation 
intellectuelle  et  fabulation  :  «  Le  directeur  est  venu  le  voir  et  il  s’est 
promene  avec  lui.  »  Secousses  cloniques  dans  les  membres  du  cote 
droit.  Il  demande  a  boire,  mais  porte  difflcilement  la  timbale  a  ses 
levres  avec  son  bras  droit. 

Les  jours  suivants,  somnolence  presque  continue,  seulement  entre- 
coupee  de  courts  reveils  pendant  lesquels  il  repond  aux  questions  sur 
un  ton  doucereux,  ironique,  se  plaignant  des  misares  qu’on  lui  fait 
subir.  Crises  de  tremblement  avec  predominance  des  mouvements  du 
cote  droit  sans  perte  de  connaissance,  d’une  duree  de  dix  minutes. 
Pouls  :  80. 

30  decembre  1935.  Somnolence  continue,  etat  presque  comateux.  M... 
n’a  pas  reconnu  sa  fllle  venue  le  voir.  Il  tient  les  membres  inferieurs 
demi-flechis  et  gemit  des  qu’on  les  touche  ou  qu’on  les  remue.  Signe 
de  Babinski  bilateral.  Temperature  normale. 

3  janvier  1936.  Mort. 

Autopsie.  —  A  1’extraction  de  l’encephale  de  la  boite  cranienne  on 
note  du  cote  gauche  au  niveau  de  l’angle  ponto-cerebelleux  la  pre¬ 
sence  d’une  tumeur  de  la  grosseur  d’une  petite  noix,  qui  adhere  lege- 
remenl  a  la  dure-mere.  (fig.  1).  Elle  est  de  couleur  grisatre,  de  consis- 
tance  ferme.  Elle  a  repousse  du  cote  droit  la  protuberance  en  deter¬ 
minant  sur  celle-ci  une  encoche  sans  cependant  l’envahir.  Elle  corn- 
prime  le  pedoncule  cerebelleux  moyen  gauche,  la  partie  superieure  du 


764 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


lobule  digastrique,  le  sillon  marginal  anterieur  du  cervelet  ;  atrophie 
du  lobe  quadrilatere  anterieur.  La  tumeur  s’est  developpee  sur  le 
trajet  du  nerf  apditif.  Le  nerf  facial  la  contourne  a  sa  face  supe- 
rieure,  le  glosso-pharyngien,  le  pneumogastrique  et  le  spinal  a  sa  face 
inferieure. 

Les  ventricules  lateraux  sont  distendus,  mais  le  troisieme  ventricule 
l’est  davantage  au  point  que  la  tige  pituitaire,  elle-meme  dilatee,  n’existe 
plus.  Les  nerfs  optiques  et  le  chiasma  ont  un  volume  rnoitie  moindre 
qu’a  l’etat  normal. 


Fig.  1.  —  Neurinome  du  nerf  acoustique  gauche. 


Organes.  —  Aucune  lesion  pulmonaire.  Cceur,  450  gr.  Atherome  avec 
incrustations  calcaires  au  niveau  des  valvules  sigmoides.  Foie  :  aucune 
lesion.  Rale  :  200  gr.  Rein  gauche  :  200  gr.  ;  rein  droit  :  175  gr. 

Examen  microscopique.  —  Cerveau  :  pie-mere  normale  ;  quelques 
suffusions  sanguines  recentes.  Pas  d’adherences  cortico-meningees. 

Dans  le  cortex,  les  cellules  ganglionnaires  presentent  une  zone  pig- 
mentee  sans  autres  lesions.  Nevroglie  normale.  Les  vaisseaux  sont  dila¬ 
tes,  surtout  les  capillaires,  les  arterioles  et  les  veinules.  Dans  la  subs¬ 
tance  blanche  sous-corticale,  certains  vaisseaux  ont  leur  adventice 
infiltree  de  cellules  embryonnaires  ;  nombreux  corps  granuleux  bour- 
res  de  granulations  lipoido-pigmentaires  dans  les  espaces  perivascu- 
laires.  Les  regions  calcarines  ne  presentent  aucune  lesion  localisee. 

Tout  le  parenchyme  est  infiltre  de  serosite  se  disposant  en  goutte- 
lettes  entre  les  divers  elements  et  dilatant  les  espaces  perivasculaires 
(oedeme  cerebral). 


SEANCE  DU  U  MAI  1936 


765 


Dans  les  noyaux  caudes  et  les  putamens,  memes  lesions  vasculaires 
et  meme  infiltration  cedemateuse.  Pas  de  lesions  de  1’ epithelium  ventri- 
culaire,  mais  la  couche  nevroglique  sous-ependymaire  est  epaissie. 

Dans  le  nerf  optique,  degenerescence  de  toutes  les  fibres  myeliniques 
au  Weigert-Pal.  Le  nerf  est  parcouru  par  des  tractus  de  collagene  qui 
partent  de  la  gaine  pie-merienne  et  qui  le  divisent  en  loges  multiples 
dans  lesquelles  le  nerf  n’est  plus  represente  que  par  de  petites  cellules 
nevrogliques  tres  riches  en  fibrilles.  Les  vaisseaux  ont  leur  adventice 
tres  epaissie  sans  aucune  infiltration  lymphocytaire.  Presence  de  nom- 
breux  corps  amyloides. 

La  tumeur  est  constitute  par  des  cellules  allongees,  a  cytoplasma 
nettement  fibrillaire,  a  noyaux  fusiformes,  se  groupant  en  faisceaux  qui 
s’entrecroisent  et  qui,  souvent,  forment  des  tourbillons.  Par  endroits 
les  faisceaux  sont  assez  laches  et  les  cellules  sont  separees  par  de  la 
serosite.  Presence  de  collagene  entre  les  faisceaux,  mais  cette  substance 
forme  surtout  une  coque  lamelleuse  autour  de  la  tumeur.  Le  stroma  est 
tres  riche  en  vaisseaux.  Foyers  d’hemorragie  ancienne  et  foyers  d’he- 
morragie  recente.  Pseudo-kystes  dans  des  zones  necrosees.  II  s’agit  d’un 
(jliome  peripherique  ou  neurinome. 

Hijpophyse  :  congestion  intense.  Nombreuses  cellules  acidophiles. 

Moelle  cervicale  :  un  certain  nombre  de  cellules  radiculaires  sont 
en  voie  d’atrophie.  Degenerescence  de  nombreuses  fibres  myeliniques 
a  la  peripherie  des  cordons  anterieurs. 

Organes  :  Foie  :  aspect  normal.  Reins  ;  legere  sclerose  diffuse.  Rate: 
la  pulpe  rouge  est  tres  developpee  et  gorgee  de  sang. 

On  peut  resumer  ainsi  revolution  des  accidents  chez  ce 
malade  :  hallucinations  visuelles,  etourdissements,  vertiges, 
tremblement,  insomnie,  cephalee,  troubles  du  caractere  ;  baisse 
progressive  de  la  vue  aboutissant  a  une  cecite  complete  par 
atrophic  optique.  Troubles  auditifs  unilateraux  co'nsistant  en 
bourdonnements,  sons  de  cloche,  hallucinations  auditives  ver- 
bales,  legere  hypoacousie  bilaterale.  Bradycardie.  Vomissements 
sans  efforts.  Puis,  apparaissent  des  troubles  de  la  memoire,  des 
phases  de  depression  avec  idees  de  suicide,  des  idees  de  persecu¬ 
tion,  des  troubles  du  jugement,  de  la  tabulation.  L’hypoacousie 
ne  progresse  pas.  On  constate  ensuite  des  troubles  de  la  marche 
avec  titubation  et  sensation  vertigineuse,  des  signes  d’irrita- 
tion  pyramidale  bilaterale  avec  predominance  du  cote  droit,  des 
crises  convulsives,  un  etat  stuporeux  terminal.  A  l’autopsie, 
tumeur  (neurinome)  du  nerf  acoustique  gauche  de  la  grosseur 
d  une  noix,  comprimant  la  protuberance  et  avant  detruit  une 
partie  du  lobe  cerebelleux  gauche. 

La  duree  de  l’affection  semble  avoir  ete  5  ans. 

Le  diagnostic  de  la  localisation  de  la  tumeur  etait  particulie- 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


rement  delicat,  puisque  la  cecite,  les  troubles  de  l'equilibre,  sans 
autres  signes  cerebelleux,  les  vertiges,  les  troubles  psychiques, 
les  signes  d’irritation  pyramidale,  les  crises  convulsives,  pou- 
vaient  etre  attribues  a  une  tumeur  des  lobes  frontaux.  Contraire- 
ment  a  ce  que  l’on  observe  habituellement  (1),  il  n’existait 
aucune  paralysie  des  nerfs  voisins  du  VIII.  Seuls,  les  troubles 
acoustico-vestibulaires  ne  cadraient  pas  avec  ce  diagnostic. 

II  est  exceptionnel  d'cbserver  des  troubles  visuels  hallucina- 
toires  comme  symptcmes  de  debut  d’une  tumeur  du  nerf  acous- 
tique  et,  a  la  phase  clinique,  une  cecite  complete  par  atrophie 
optique.  On  ne  constate,  habituellement,  qu’une  stase  papillaire 
a  Poccasicn  des  phenomenes  acoustico-vestibulaires  en  rapport 
avec  1’hypertension  intra-cranienne  [Darquier  et  Schmite  (2)]. 
C’est  cependant  a  cette  derniere  que  Ton  peut  attribuer  l’atro- 
phie  optique.  Notre  malade  presentait  des  symptomes  d’hyper- 
tension  intra-cranienne  et,  a  I'autopsie,  nous  observons  la  dis¬ 
tension  des  ventricules  lateraux  et  principalement  du  3*  ventri- 
cule,  au  point  que  la  tige  pituitaire  participait  a  la  dilatation. 
Cette  hypertension  etait  due  a  la  tumeur  qui  apportait  une 
gene  dans  la  circulation  liquidienne  des  espaces  ventriculo- 
arachnoidiens. 

Quant  aux  troubles  psychiques,  nous  les  attribuons  a  l’cedeme 
cerebral  et  aux  reactions  inflammatoires  diffuses.  C’est  la  un 
nouvel  exemple  que,  dans  les  tumeurs  cerebrales  de  petit  volume, 
ce  n’est  pas  leur  localisation,  mais  les  lesions  cerebrales  diffuses, 
associees  qui  determinent  les  phenomenes  mentaux. 


Impulsions  au  suicide  chez  un  vieillard  epileptique, 
par  M.  P.  Courbon  et  Mile  S.  Rousset. 

Le  malade  est  un  homme  de  75  ans,  sujet,  depuis  l’age  de 
57  ans,  a  des  crises  convulsives,  qui  vient  d’etre  interne  pour  la 
seconde  fois  en  2  ans  a  cause  de  l’acuite  prise  soudain  par 
Penvie  de  se  suicider  qu’il  manifeste  a  la  moindre  contrariete 
depuis  une  dizaine  d’annees. 

C’est  sur  cette  envie  du  suicide,  chez  un  vieillard  epileptique, 
que  nous  voudrions  attirer  Pattention. 

(1)  L.  Marchand  et  Schiff.  —  Meningoblastome  de  l’angle  pontp-cerebel- 
leux.  Soc.  anat.,  7  mars  1925. 

(2)  Darquier  et  Schmite.  —  Contribution  a  l’etude  des  tumeurs  de  Tan¬ 
gle  ponto-cerebelleux.  Revue  Neurol.,  aout  1935,  p.  257. 


SEANCE  DU  U  MAI  1936 


767 


Age  de  75  ans,  il  fut  successivement  berger,  marechal-ferrant,  puis 
cocher  de  fiacre  a  Paris.  II  vit  depuis  12  ans  de  sa  pension  avec  sa 
femme  qu’il  epousa  il  y  a  pres  d’un  demi-siecle.  II  fut  tpu jours  sobre 
et  bien  portant. 

Depuis  l’age  de  57  ans,  apparaissent,  presque  chaque  mois,  une  ou 
deux  crises  d’epilepsie  convulsive  qui  ne  se  sont  pas  modifiees.  Brus- 
quement,  il  perd  connaissance,  tombe  a  terre,  generalement  du  cote 
gauche,  et,  pendant  1  a  2  minutes,  des  convulsions  l’agitent,  puis  il 
revient  a  lui,  et  recouvre  lentement  sa  validite,  gardant  pa.rfois  pendant 
longtemps  le  membre,  sur  lequel  il  est  tombe  brutalement,  endolori. 

Depuis  une  quinzaine  d’annees,  le  sujet  presque  unique  de  ses 
conversations  est  le  proces  des  automobiles,  leur  danger,  leur  laideur, 
leur  mauvaise  odeur,  la  ruine  qu’ils  indigent  a  tous  les  corps  de  metier 
de  la  carrosserie,  de  la  bourrellerie,  etc...  Il  aborde  les  cochers  de 
fiacre,  cause  amicalement  avec  eux,  flatte  leurs  chevaux  de  la  main, 
fait  sonner  les  grelots,  caresse  les  harnachements.  Il  commente  longue- 
rnent  les  accidents  d’automobile  et  les  courses  de  chevaux  publies 
dans  les  journaux. 

Peu  a  peu  ses  camarades  meurent.  Il  passe  souvent  devant  les  sta¬ 
tions  de  fiacre  en  interpellant  de  moins  en  moins  les  cochers.  Il  se 
promene,  solitaire,  rapportant  des  clous,  des  bouts  de  cuir,  des  talons 
de  soulier,  des  ficelles,  ramasses  dans  les  poubelles,  et  qu’il  range  soi- 
gneusement.  Cette  manie  est  pretexte  a  reproches  de  la  part  de  sa 
femme,  car  ces  dechets  sont  inutilisables.  Mais  il  defend  avec  vehe¬ 
mence  ces  epaves  qui  lui  rappellent  son  ancien  metier,  et  menace  de 
se  jeter  a  l’eau  si  on  les  lui  prend. 

Les  efforts  lui  sont  de  plus  en  plus  penibles.  Ce  sont  des  scenes  pour 
obtenir  qu’il  change  de  linge,  qu’il  se  lave  les  mains,  qu’il  se  rase  :  «  A 
quoi  bon,  repete-t-il,  pa  peut  bien  aller  encore.  »  Et  si  sa  femme  insiste, 
il  menace  de  la  frapper,  puis  sort  en  colere  sans  jamais  avoir  leve  la 
main  sur  elle.  Il  reste  de  plus  en  plus  au  logis,  lisant  et  relisant  le 
meme  journal,  ou  chantant  les  chansons  patoises  de  son  pays.  Son 
humeur,  en  effet,  est  habituellement  gaie  ;  mais  les  moindres  contra- 
rietes  sont  pretextes  a  souhaiter  la  mort.  Le  paiement  du  loyer,  la 
necessite  d’aller  au  marche,  de  mettre  du  charbon  au  feu,  la  tombee  de 
la  pluie,  les  douleurs  lombaires  auxquelles  il  est  sujet  par  crises,  ame- 
nent  ces  reflexions  :  «  Mieux  vaudrait  etre  mort.  Quel  embetement  de 
yieillir.  Les  vieux  sont  mieux  au  cimetiere  qu’a  la  maison  oil  ils  ne 
peuvent  pas  faire  ce  qu’ils  veulent.  »  Il  n’essaya  jamais  de  se  suicider, 
mais  il  parle  de  se  noyer  a  chaque  discussion  ;  quand  sa  femme  le  prie 
de  ne  pas  chanter  si  fort,  de  ne  pas  marcher  si  bruyamment  dans  la 
chambre,  de  ne  pas  aller  se  promener  si  tard,  de  ne  pas  enfoncer  un 
clou  pour  ne  pas  incommoder  les  voisins. 

Une  nuit  de  septembre  1934,  alors  qu’il  souffrait  d’insomnie  par  dou- 
leur  de  la  fesse  sur  laquelle  il  etait  tombe  au  cours  d’une  crise  deux 
jours  plus  tot,  il  quitta  le  domicile  pour  aller  se  jeter  dans  la  Seine. 
Sa  femme  le  suivit,  prevint  des  agents  cyclistes  qui  l’apprehenderent. 


S0C1ETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


II  ne  resists  pas,  fut  conduit  a  l’hopital  et,  de  la,  a  Sainte-Anne  ou  il 
resta  du  18  septembre  1934  au  2  juin  1935.  II  reprit  alors  aupres  de  sa 
femme  la  meme  vie.  II  vient  d’etre  interne  pour  la  seconde  fois.  II  se 
declare  enchante  d’etre  dans  un  hopital,  dont  il  ignore  le  nom  qui  ne 
l’interesse  pas,  mais  ou  il  est  loin  de  sa  femme.  Il  ne  vent  pas  retourner 
chez  elle,  car  il  en  a  assez  d’etre  traite  d’idiot  et  d’ane.  Il  ferait  un 
malheur  en  la  tuant,  il  prefere  aller  se  jeter  a  la  Seine.  Ici,  a  I’hopital, 
il  est  bien.  Il  est  avec  de  bons  garpons.  Il  peut  y  faire  tout  ce  qu’il 
veut.  Et  sa  volonte  doit  etre  de  rester  au  lit,  car,  depuis  son  entree,  il 
n’a  pas  demande  a  se  lever.  Il  n’a  rien  demande  du  tout  et  s’est  tou- 
jours  montre  souriant. 

Sociable,  il  repond  avec  animation  et  correction  aux  questions 
posees.  Il  sait  approximativement  la  date  et  il  fait  avec  exactitude  le 
recit  de  son  passe,  et  des  itineraires  a  travers  Paris  qu’on  lui  pose. 
Mais  il  est  incapable  de  preciser  les  dates  des  evenements  des  dernieres 
annees  et  confond  ses  deux  internements.  Il  se  rappelle  les  deux  guer- 
res,  redit  avec  emotion  comment  il  apprit  la  declaration  de  la  pre¬ 
miere,  alors  qu’il  etait  enfant  de  choeur  dans  son  pays.  Et  ce  recit  est 
suivi  de  maints  autres  sur  son  enfance,  sur  la  composition  des  trou- 
peaux  dont  il  etait  berger,  sur  ses  patrons,  sur  la  fapon  dont  un  batard 
de  la  famille  de  son  pere  decede  le  mit  en  apprentissage  par  reconnais¬ 
sance  de  ce  que  son  pere  avait  fait  pour  lui.  Il  est  prolixe  egalement 
sur  les  metiers  de  marechal-ferrant  et  de  cocher  qu’il  exerca.  Mais  il 
est  concis  faute  de  souvenirs  sur  ses  dernieres  annees.  Jamais  il  ne 
inanifcste  spontanement  d’idees  de  suicide.  Mais  il  avoue  ne  pas 
redouter  la  mort,  et  la  preferer  au  retour  chez  sa  femme.  Cette  decla¬ 
ration  est  faite  sans  emotion,  sur  un  ton  plutot  gai.  Et  elle  ne  l’empe- 
che  pas  de  recevoir  tres  affectueusement  les  visites  de  sa  vieille  compa- 
gne.  D’ailleurs  elle  ne  l’avait  pas  empeche,  en  1935,  lors  de  sa  sortie 
de  1’asile,  de  retourner  vivre  bien  en  paix  avec  elle. 

En  somme,  le  malade  presente  episocliquement  des  crises 
d’epilepsie  convulsive,  et  perpetuellement,  le  syndrome  mental 
non  pas  de  la  demence,  mais  de  l’involutio'n  senile  tel  que  Fun 
de  nous  a  essaye  de  1’etablir  (1)  :  restriction  generale  de  l’affecti- 
\dte  et  de  1’activite  intellectuelle  avec  perte  de  la  memoire  des 
faits  recents  et  radotages  des  faits  anciens  (2). 

L’existence  d’idees  de  suicide  chez  ce  vieillard,  atteint  recem- 
ment  de  crises  convulsives,  pose  le  probleme  des  rapports  du 
suicide  et  de  1’epilepsie.  Ce  rapport  semblerait,  a  priori,  devoir 
etre  extremement  frequent,  etant  donne  les  conditions  terribles 
d’existence  que  cree  Fepilepsie  avec  l’ineluctable  fatalite  de  ses 
pertes  de  connaissance,  les  dangers  de  ses  chutes  mutilantes  ou 
mortelles,  la  menace  de  ses  actes  delictueux  ou  criminels  incons- 
tiemment  accomplis.  Or,  la  clinique  montre  que  le  suicide 


SEANCE  DU  U  MAI  1936 


Tolontaire,  execute  en  toute  lucidite  par  horreur  de  son  triste 
sort,  est  tout  a  fait  exceptionnel  chez  l’epileptique.  L’un  de 
nous  (3)  a  rapporte  des  examples  saisissants  de  la  persistanee  du 
gout  de  vivre  chez  de  tels  sujets.  Ces  examples  so'nt  une  demons¬ 
tration  convaincante  de  l’illusion  egomorphique  qui  nous  fait 
juger  les  autres  d’apres  nous-memes. 

Le  cas  de  not  re  malade  n’infirme  pas  la  regie  affirmee  par 
1’un  de  nous  (4),  et  confirmee  par  le  medecin  du  Service  des  Epi- 
leptdques  de  Bicetre,  Maillard  (5),  que  le  degout  de  l’existence 
eprouve  par  un  epileptique,  en  dehors  des  acces  de  sa  maladie 
intermittente,  a  generalement  un  autre  fondement  que  la  cons¬ 
cience  des  conditions  miserables  creees  par  cette  maladie.  Les 
cas  cites  par  quelques  auteurs,  dont  Picard  (6),  etc.,  de  certains 
epileptiques  qui,  en  plus  des  absences  et  des  chutes,  ont  de 
l’anxiete  n’infirment  pas  la  regie.  L’anxiete  supprime  la  luci¬ 
dite.  Ainsi  que  s’est  efforce  de  le  demontrer  l’un  de  nous  a 
propos  d’une  etude  generate  sur  le  suicide  (7),  l’etat  d’un  anxieux 
est  comparable  a  celui  d’un  delirant,  non  a  celui  de  l’homme  sain 
qui  raisonne  librement. 

Les  idees  de  suicide  de  notre  vieillard  n’ont  pas  de  rapport 
direct  avec  ses  crises.  Elies  ne  s’imposent  pas  a  lui  arbitraire- 
ment  avec  le  caractere  d’un  automatisme  qu’il  doit  subir  malgre 
lui,  comme  cela  se  produit  dans  l’epilepsie  consciente  et  mnesi- 
que  dont  Marchand  a  si  bien  mis  en  evidence  les  traits  essen- 
tiels.  Elies  ne  sont  que  l’exacerbation  logique  et  passagere,  sous 
1’aggravation  des  circonstances  exterieures,  du  detachement  qu’il 
a  de  l’existence.  L’idee  de  se  donner  la  mort  n’apparait  jamais 
qu’a  l’occasion  d’un  incident  venant  faire  obstacle  k  la  realisa¬ 
tion  d  un  desir,  ou  causant  de  la  douleur.  C’est  quand  une  pous- 
see  de  rhumatismes,  ou  les  meurtrissures  d’une  chute  l’imnrobi- 
lisent,  quand  les  quintes  de  toux  d’une  bronchite  grippale 
l’empechent  de  dormir,  quand  sa  femme  le  contredit,  lui  repro- 
che  de  rentrer  trop  tard,  qu’il  parle  de  se  noyer.  La  nuit  oil  il 
s’enfuit  pour  se  jeter  a  la  Seine,  ce  qui  fut  le  pretexte  de  son 
premier  internement,  avait  ete  precedec  de  deux  journees  et  de 
deux  nuits  d’insomnie  causee  par  les  douleurs  de  la  fesse  sur 
laquelle  il  etait  tombe  en  perdant  conrraissance. 

En  somme,  le  suicide  se  presente  au  malade  comnre  un  refuge 
contre  les  miseres  et  les  contrarietes  de  la  -vie,  et  son  epilepsie 
n’est  qu’une  de  ces  miseres.  Nous  voyons,  chez  notre  malade 
la  forme  ultime  de  cette  intolerance  de  tout  vieillard  pour  les 
contrarietes,  intolerance  que  l’un  de  nous  (8)  a  propose  de  desi¬ 
gner  par  le  nom  d’  «  incontinence  mentale  senile  »,  et  qui 
Ann.  Med.-psych.,  XVe  sehie,  94°  an  nee,  t.  I.  _  Mai  1936. 


49. 


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SOCIETE  MED1CO-PSYCHOLOG1QUE 


consiste  dans  l’incapacite  de  differer  1’execution  de  ses  idees,  de 
maltriser  ses  emotions,  de  refrener  l’expression  de  ses  sentiments, 
de  retarder  le  soulagement  de  ses  besoms  et  de  surseoir  a  la 
satisfaction  de  ses  desirs. 

BIBLIOGRAPHIE 

1.  Courbon  (P.).  —  Psychologie  de  la  vieillesse.  Journ.  de  Psychol.,  1927,. 
p.  455. 

2'.  Courbon  (P.) .  —  Le  radotage.  Ann.  Med.-Psych.,  janvier  1923. 

3.  Courbon  (P.)  et  Mine  Frances.  —  Inconscience  des  epileptiques  vis-a-vis 

de  la  gravite  des  consequences  de  leurs  crises.  Revue  Neurol.,  1932, 
t.  I,  p.  1351. 

4.  Courbon  (P.).  —  Contribution  a  l’etude  de  la  psychologie  des  maladies. 

chroniques.  Encephale,  1920,  p.  682, 

5.  Maillard.  —  Discussion  de  la  communication  de  Courbon  sur  la  ps3'cho- 

logie  des  maladies  chroniques.  Encephale,  1920,  p.  685. 

6.  Picard.  —  Parentes  de  l’epilepsie  et  de  la  psychose  maniaque-depres- 

sive.  Evolution  psychiatrique,  1934. 

7.  Courbon  (P.).  —  Psychophysiologie  du  suicide.  Ann.  Med.-Psych.,  1934, 

t.  II,  p.  384. 

8.  Courbon  (P.).  — •  Incontinence  mentale  senile  et  reactions  mystificatrices. 

de  Pentourage.  Ann.  Med.-Psych.,  1930,  t.  II,  p.  58.  —  Voir  aussi 
la  discussion  du  rapport  de  R.  Anglade  sur  les  Psychoses  perio- 
diques  tardives,  Congres  des  Alienist es  et  Neurologist es,  Bordeaux, 
1931,  page  94. 


Impulsion  au  magnicide  revelatrice  d’hebephrenie, 
par  MM.  P.  Courbon  et  Fortineau. 

Le  jeune  homme  que  nous  aliens  presenter  eut  pu  avoir  une 
triste  celebrite,  car  il  vint  a  Paris  pour  accomplir  l’assassinat 
politique  qu’une  Ligue,  dont  il  admirait  le  programme,  aurait 
bien  voulu  lui  commander.  La  Gendarmerie,  le  Ministere  de  l’ln- 
terieur  et  la  Prefecture  de  Police  echangerent  a  son  sujet  des 
telegrammes  alarmes.  Fort  heureusement  il  n’en  fut  rien.  Tout 
1’interet  de  son  cas  sera  purement  medical.  Il  est  triple  :  posant 
d’abord  le  diagnostic  entre  trois  etats  psychopathiques  :  la  para¬ 
noia  revendicatrice,  la  bouffee  delirante  puberale  et  la  pre- 
demence  hebephrenique  ;  soulevant  ensuite  la  question  de  l’ori- 
gine  infectieuse  de  Thebephrenie  ;  pretant  enfin  matiere  a  quel- 
ques  considerations  sur  la  splanchnectomie. 

Il  s’agit  d’un  gar^on  de  16  ans,  appartenant  a  une  excellente 
famille  bourgeoise,  et  qui,  un  beau  jour,  quitta  furtivement  le  lycee 


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111 


oil  il  etait  en  seconde,  pour  debarquer  a  Paris  ou  il  alia  immediate- 
ment  au  siege  d’line  organisation  politique  dont  il  faisait  partie  afin 
de  s’y  engager  comme  «  homme  de  main  ». 

Sa  famille,  epouvantee  de  sa  disparition  et  connaissant  ses  opinions 
exaltees,  prevint  la  gendarmerie  qui  alerta  par  depeches  toutes  les 
autorites  policieres. 

Il  fit  part  de  ses  intentions  aux  premieres  personnes  rencontrees  a 
la  Permanence.  On  prit  son  nom  et  on  lui  demanda  son  adresse.  Il  dit 
n’en  point  avoir,  on  lui  indiqua  done  un  hotel  modeste  ou  i!  retint 
une  chambre  a  40  fr.  par  semaine,  esperant  que,  d’ici-la,  il  serait,  sui- 
vant  la  promesse  qui  lui  en  avait  ete  faite,  convoque  pour  executer 
la  besogne  qu’on  souhaiterait  de  lui. 

En  attendant,  il  ecrivit  a  une  tante  pour  lui  fixer  rendez-vous  pour 
le  lendemain.  Elle  y  vint,  le  decida  a  la  suivre  chez  des  amis,  le 
confia  a  un  medecin  qui  l’avait  deja  soigne  enfant  et  qui  I’amena  a 
l’un  de  nous  pour  examen  psychiatrique.  Le  jeune  homme  expliqua 
qu  en  se  mettant  a  la  dispostion  de  la  Ligue  pour  accomplir  un  acte 
dangereux,  comme  I’assassinat  d’un  adversaire  politique,  il  pensait  a 
la  fois  rendre  service  a  sa  Cause  et  aussi  trouver  une  carriere  pour 
laquelle  le  succes  au  baccalaureat  ne  serait  pas  exigible.  Cet  aveu  fut 
fait  sans  la  moindre  jactance  avec  un  niais  sourire. 

Prie  de  fournir  des  details  sur  ce  que  serait  cette  carriere,  il  se 
lanca  dans  un  grand  discours  sur  la  malhonnetete  contemporaine,  la 
necessity  d’epurer  la  societe,  l’utilite  de  la  propagande  par  le  fait  et 
sur  le  degout  des  etudes  !  Quant  a  fournir  des  precisions  sur  la  situa¬ 
tion  qu’il  attendait  de  sa  venue  chez  les  ligueurs,  ce  lui  fut  impossi¬ 
ble.  «  Je  ne  peux  pas  prevoir  d’avance,  disait-il,  je  pense  qu’on  me 
chargera  de  quelque  poste  pour  lequel  on  me  payera.  » 

Le  peu  d’empressement  avec  lequel  fut  accueillie  sa  proposition 
par  ceux  a  qui  il  la  fit,  le  vague  de  leurs  promesses,  le-  manque  de 
preparation  de  l’attentat,  tous  points  sur  lesquels  on  attira  son  atten¬ 
tion,  ne  1’embarrasserent  guere.  Il  les  concedait,  mais  n’y  voyait  pas 
d’elements  d’insucces.  D’ailleurs,  il  avouait  avoir  change  de  projet, 
puisque  sa  tante  lui  avait  promis  de  ne  plus  le  ramener  ni  chez  son' 
pere,  ni  chez  son  oncle.  Il  irait  chez  elle,  en  Allemagne,  ou  elle  habite 
toute  l’annee,  et  d’ou  elle  ne  revient  qu’aux  vacances.  Malgre  sa  me- 
connaissance  de  1’allemand,  il  savait  qu’il  s’y  interesserait.  Et  il  etait 
aussi  incapable  de  preciser  les  conditions  d’existence  qui  lui  plai- 
raient  la-bas,  que  de  preciser  celles  de  son  exploit  politique. 

Le  medecin  qui  depuis  l’age  de  12  ans  le  soigne  nous  raconta  son 
passe  :  jusqu’a  12  ans  il  aurait  ete,  d’apres  les  parents,  un  assez  bon 
eleve  et  un  enfant  afTeclueux,  malgre  maintes  maladies  bizarres  qui 
furent  1’objet  des  diagnostics  les  plus  differents  :  bronchites  infectieu- 
ses,  asthme  infantile,  suffocations,  poussees  febriJes  essentielles. 

A  cet  age,  il  fut  atteint  de  poliomyelite  aigue,  diagnostic  porte  par 
un  neurologiste,  et  qui  laissa  une  legere  atrophie  du  membre  inferieur 


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SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


gauche.  C’est  depuis  cette  maladie  que  son  caractere  se  serait  trans¬ 
forme.  II  devient  taciturne,  irritable,  solitaire,  cesse  de  jouer  avec  ses 
camarades  et  ses  freres  et  soeurs.  11  travaille  mal,  pretend  ne  plus 
aimer  que  la  poesie  et  la  geologic. 

On  attribua  cette  modification  a  la  masturbation  qu’il  reconnut 
pratiquer  moderement,  pratiques  qui  ne  1’empecherent  pas  d’acquerir 
un  developpement  physique  superieur  a  celui  des  enfants  de  son  age. 
II  devint  ergoteur,  lecteur  de  journaux,  apologiste  des  jeunesses  pa- 
triotes,  se  fit  inscrire  a  une  ligue,  et  ce  furent  desormais  des  discus¬ 
sions  incessantes  avec  ses  parents  qu’il  accusait  de  tiedeur  patrioti- 
que  quand  ils  lui  reprochaient  sa  paresse  et  ses  pertes  de  temps. 

L’an  dernier,  son  etat  empira,  il  avait  des  crises  atypiques,  restait 
immobile,  oisif  pendant  des  heures  avec  des  tremblements  par  tout 
le  corps,  une  coloration  rose  ou  une  palcur  de  la  peau,  des  crispa- 
tions  du  visage  avec  tachycardie  a  140,  et  hypertension  arterielle  a 
26.  II  declarait  sentir  pendant  ses  crises  «  sa  tete  qui  eclatait,  ses 
idees  qui  se  brouillaient  et  avoir  l’impression  de  devenir  fou  ». 
Tous  ces  troubles  furent  mis  sur  le  compte  de  1’hypertension  et  en 
novembre  1935  on  pratiqua  sur  lui  la  section  des  deux  splanchniques 
gauches.  La  tension  tomba  immediatement  a  15,  mais  ne  tarda  pas, 
au  bout  de  quelques  jours,  a  remonter  a  18.  II  y  eut  une  sedation 
appreciable  des  crises,  mais  la  conduite  du  sujet  ne  fut  pas  ame- 
lioree. 

Pensant  qu’un  changement  de  milieu  lui  serait  salutaire,  on  l’en- 
voya  en  janvier  1936  chez  son  oncle,  a  800  km.  de  la,  pour  y  continuer 
ses  etudes  au  lycee.  II  accepta,  car  la  ville  ou  habitaient  ses  parents, 
qui  est  pourtant  l’une  des  plus  belles  et  des  plus  gaies  de  province, 
lui  a  toujours  deplu,  dit-il.  Les  monuments,  les  habitants  et  les  moeurs 
ne  lui  conviennent  pas.  II  n’y  est  pas  compris.  II  quitta  done  ses 
parents  d’un  coeur  allegre,  ce  qui  ne  les  surprit  pas,  car  depuis  long- 
temps  il  ne  leur  manifestait  aucune  affection,  mais  aussi  ses  camara¬ 
des  ligueurs  a  1’influence  nefaste  desquels  on  le  croyait  passionnement 
attache. 

Chez  son  oncle,  il  ne  se  trouva  pas  mieux.  Il  est  aussi  severe  que 
son  pere.  La  ville  n’est  pas  plus  interessante  ;  les  camarades  pas  plus 
comprehensifs  ;  les  cours  pas  plus  passionnants.  Aussi,  pensant  que 
s’il  accomplissait  un  grand  coup  politique,  il  s’assurerait  un  genre  de 
vie  pour  lequel  on  n’a  pas  de  baccalaureat  a  passer,  il  decida  de  faire 
ce  dont  il  avait  deja  parle  a  divers  parents  ou  amis.  Quand  il  eut 
amasse  une  somme  de  300  fr.  par  ses  economies  et  en  empruntant  a 
des  camarades,  il  partit  pour  Paris. 

Sans  trop  de  difficulte,  a  la  fin  de  1’entrevue,  il  se  laissa  retenir  a 
Henri-Rousselle,  puis  dans  notre  service  ou  on  lui  fit  un  abces  de 
fixation  a  la  terebenthine  et  au  serum  radio-actif  de  Petit,  therapeuti- 
que  qui  eut  pour  effet  de  l’engraisser. 

Il  y  passe,  sans  resistance,  ses  journees  au  lit,  a  lire  le  journal  et 


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des  romans,  a  converser  avec  ceux  qui  lui  adressent  la  parole,  a  jouer 
aux  cartes  avec  ceux  qui  le  lui  demandent,  quelle  que  soit  leur  vali¬ 
dity  mentale,  ou  a  ne  rien  faire  du  tout. 

II  ecrit  a  ses  parents  des  lettres  parfaitement  correctes,  pleines  de 
repentir  et  de  fermes  propos  qui  leur  font  croire  a  sa  guerison.  II  ne 
fera  plus  de  politique  militante,  il  sera  un  fils  modele,  mais  veut  se 
lancer  dans  l’agriculture.  Aux  infirmiers,  il  explique  que  les  travaux 
des  champs  lui  ont  toujours  plu,  que  ce  sont  les  plus  hygieniques,  les 
plus  poetiques,  les  plus  reposants.  Cette  derniere  reflexion  choque 
beaucoup  ces  braves  gens  qui  le  contredisent.  Mais  il  riposte  qu’il 
sait  ce  qu’il  a  vu  en  vacances.  Tous  les  paysans  vont  a  la  peche,  soir 
et  matin,  pour  se  distraire  d’avoir  passe  la  journee  a  faucher.  A  la 
visite  il  salue  gentiment  les  medecins,  declarant  qu’il  ne  faut  pas 
s’en  faire,  et  sourit  niaisement. 

Jamais  ce  ligueur  soi-disant  passionne  et  qu’on  laisse  libre  de  sa 
correspondance  n’a  adresse  la  moindre  lettre  a  un  de  ses  co-afiilies, 
meme  pendant  la  periode  electorale  actuelle. 

Quand  on  lui  parle  de  son  avenir,  il  ne  fait  aucun  effort  pour  se  le 
representer.  Il  avoue  que  vraisemblablement  il  ne  se.  mariera  pas, 
car  les  femmes  ne  lui  disent  rien.  Il  est  vrai  que  jadis  il  a  beaucoup 
aime  une  fillette  de  12  ans  comme  lui  et  qu’il  se  masturbait  en  pen- 
sant  a  elle.  Mais  ces  gouts  lui  ont  bien  passe. 

Les  seuls  signes  physiques  a  retenir  sont  :  une  legere  amyotro- 
phyie  du  membre  inferieur  gauche,  sequelle  de  la  poliomyelite,  et 
une  tension  arterielle  de  21  et  15  au  Vaquez  avec  un  pouls  a  84. 

Au  point  de  vue  clinique,  trois  diagnostics  sont  a  discuter  : 
la  paranoia,  la  bouffee  delirante  et  l’hebephrenie. 

S’agit-il  d’une  paranoia  revendicatrice  ?  Le  diagnostic  a  ete 
porte  par  l’un  des  psychiatres  qui  l’examinerent.  Il  voit  dans  cette 
proposition  d’etre  l’homme  de  main  d’une  ligue,  la  manifes¬ 
tation  d’un  amour  primordial  de  la  liberte  et  de  l’independance, 
la  recherche  vaniteuse  de  la  gloire,  et  une  preuve  d’insociabilite. 

Nous  repondons  carrement  :  non.  Le  sujet  n’a  ni  orgueil,  ni 
susceptibilite.  Spontanement,  il  ne  se  plaint  de  personne  et  ne 
se  croit  pas  superieur  aux  autres.  C’est  lorsqu’on  lui  reproche 
d’etre  plus  paresseux,  d’avoir  de  moins  bonnes  places,  qu’il  se 
defend  en  disant  qu’on  ne  le  comprend  pas,  qu’il  est  capable  de 
vivre  autrement  que  les  autres.  Il  supporte  la  promiscuite  de 
l’asile  avec  un  bon  gar§onnisme  surprenant,  se  Jaissant  tutoyer 
par  tous,  repondant  poliment  aux  plus  gueux,  jouant  aux  cartes 
avec  n’importe  qui.  Aux  infirmiers,  il  raconte,  quand  ils  le  lui 
demandent,  les  motifs  de  sa  venue  a  Paris,  mais  sans  l’ombre  de 
vanite,  ajoutant  que,  desormais,  c’est  la  vie  de  paysan  qu’il  veut 
mener. 


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SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


En  realite,  son  exaltation  politique  ne  fut  jamais  que  sa  reac¬ 
tion  aux  efforts  de  son  entourage  pour  le  faire  sortir  de  son 
autisme.  II  s  escrimait  a  faire  1’apologie  de  la  propagande  par  le 
fait  pour  echapper  a  1’accusation  de  ne  s’interesser  a  rien. 

S’agit-il  d’une  bouffee  delirante  puberale  ?  Dans  la  penetrante 
analyse  qu’il  a  faite  en  ces  dernieres  annees  de  la  psycho!  ogie 
de  1  enfant,  Vermeylen  a  donne  le  nom  de  desequilibre  psycho¬ 
social  de  1’adolesc.ence  a  l’un  des  caracteres  les  plus  dangereux 
de  la  mentalite  de  cet  age.  Les  conflits  avec  la  famille  sont  pres¬ 
et116  de  regie  chez  le  jeune  homme  qui,  ainsi  que  l’a  bien  montre 
l’auteur,  tend  a  se  degager  des  entraves  qu’il  n’avait  pas  choi- 
sies  pour  s’en  donner  d’autres  qu’il  croit  choisir.  Les  mauvais 
exeinples  des  camarades,  I’influence  d’adultes  pervers,  ou  meme 
la  simple  maladresse  des  parents  les  mieux  intentionnes  peuvent, 
en  effet,  amener  les  ecarts  de  conduite  les  plus  desastreux, 
ecarts  que  le  sujet  deplorera  amerement,  une  fois  double  le  cap 
perilleux  de  la  puberte.  Est-ce  le  cas  ici  ? 

Incontestablement,  le  sujet  est  en  pleine  puberte.  Certains 
des  signes  pour  lesquels  on  lui  sectionna  les  splanchniques  (bouf- 
fees  de  chaleur,  enervement,  hypertension)  sont  fonctions  de  la 
poussee  glandulaire  physiologique.  De  meme,  1’esprit  de  contra¬ 
diction,  le  gout  de  1’ideologie  propre  a  l’adolescent,  «  moins  rai- 
sonnable  que  l’enfant  et  plus  raisonneur  que  lui  »,  dit  Men- 
douze,  expliquent  en  partie  ses  conflits  familiaux. 

Mais  les  perturbations  de  la  cenesthesie  cerebrale  et  les  dis¬ 
cordances  psychiques  n’ont  rien  de  physiologique.  Ce  garcon 
qui,  alors  qu’il  n’avait  que  12  ans,  se  masturbait  en  pensant  a 
des  fillettes,  se  dit  blase  sur  les  jouissances  sexuelles  maintenant 
qu’il  a  16  ans,  avec  la  structure  d’un  garcon  de  20  ans. 

Non  seulement  il  n’aime  aucune  femme,  mais  il  n’a  pas  un 
seul  ami,  fait  inconcevable  pour  un  adolescent  normal.  «  La  sym- 
pathie,  ecrit  Vermeylen,  s’allume  ainsi  qu’une  llamme  nouvelle 
dont  1’adolescent  reste  comme  ebloui...  Il  aspire  a  trouver  un 
confident,  un  ami  auquel  il  puisse  tout  dire.  »  Cette  aspiration 
devrait  etre  d’autant  plus  forte  chez  lui,  ligueur,  qui  se  reclame 
d’un  ideal  commun, 

C’est  done  a  I’hebephrenie  que  l’on  est  oblige  de  conclure.  Cer- 
tes,  l’etat  dementiel  est  loin  d’etre  evident.  Il  parle,  discute  avec 
une  correction  qui  en  impose,  use  des  cliches  avec  une  oppor¬ 
tunity  qui  dupe  les  profanes.  Il  fait  dans  ses  lettres  une  auto¬ 
critique  impressionnante  de  sa  conduite  passee. 

Mais  les  defaillances  de  sa  conduite  actuelle  a  1’asile  que  nous 
avons  signalees  ne  nous  permettent  pas,  helas  !  un  tel  optimisme. 


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Nous  nous  trouvons  en  presence  d’un  de  ces  cas  ou  l’affaiblis- 
sement  intellectuel  ne  se  manifeste  avec  une  evidence  incontes¬ 
table  que  lorsque  le  sujet  est  livre  a  lui-meme  ;  ce  jeune  homme 
a.,  suivant  1’expression  de  l’un  de  nous  (1),  conserve  la  rhetorique 
ou  art  de  bien  dire,  mais  il  a  perdu  l’art  de  bien  faire.  Le  pronos- 
tic  nous  parait  done  tres  sombre.  Puissions-nous,  pour  lui  et 
pour  les  siens,  nous  tromper. 

Au  point  de  vue  etiologique,  nous  nous  contenterons  de  signa¬ 
ler  1’existence  d’episodes  infectieux  divers,  et  notamment  de  la 
paralysie  infantile  aigue,  comme  antecedents  de  ces  troubles  psy- 
chiques  hebephreniques.  Rappelons  que  certains  auteurs,  notam¬ 
ment  Marchand,  Guiraud,  Courtois,  ont  signale  les  rapports  de  la 
demence  precoce  et  de  la  poliomyelite  aigue  (2). 

Au  point  de  vue  therapeutique,  nous  retiendrons  la  section 
des  splanchniques  gauches.  Elle  a  ete  pratiquee  conformement 
a  l’enseignement  du  professeur  Leriche,  qui  combat  1’hyperten- 
sion  arterielle  en  diminuant  la  secretion  d’adrenaline  par  l’inner- 
vation  de  la  glande  surrenale.  L’operation  amena  la  disparition 
definitive  des  crises  de  tachycardie,  et  une  baisse  de  la  tension 
qui,  pendant  quelques  jours,  resta  a  15  et  n’atteignit  jamais  plus 
le  degre  de  26.  Elle  fut  done  salutaire  a  l’etat  physique  du  ma- 
lade,  mais  sans  effet  sur  son  etat  mental. 


La  seance  est  levee  a  11  h.  20. 


Le  Secretaire  des  seances, 
Paul  Carrette. 


(1)  Courbon.  —  Les  etats  psychopathiques  latents  et  les  sequestrations 
arbitral  res.  Informateur  des  Alienistes,  juin  1922.  —  Voir  aussi  :  Courbon  et 
Bauer.  —  Apparence  d’autocritique  par  conservation  de  la  rhetorique  apres 
10  ans  de  demenee.  Soc.  de  Psychiatrie,  fevr.  1924,  in  Journ.  de  Psychol., 
novenibre  1924. 

(2)  Voir  la  bibliographie  dans  Particle  de  Marchand  sur  la  demence  pre¬ 
coce  symptomatique  d’encephalite.  Ann.  Med.-Psych.,  fevr.  1930. 


776 


S0C1ETE  MEDIC0-PSYCH0L0G1QUE 


Seance  da  lundi  25  mai  1936 


Presidence  :  M.  VURPAS,  president 
et  M.  Rene  CHARPENTIER,  vice-president 


M.  Rene  Charpentier,  vice-president,  qui  preside  cette  partie  de 
ia  seance,  adresse  les  felicitations  de  tous  a  M.  le  Professeur  Ernest 
De  Craene,  de  Bruxelles,  nomme  Chevalier  de  la  Legion  d’Honneur, 

a  M.  le  Dr  Golombani,  d’Oran,  elu  membre  correspondant  de  V Aca¬ 
demic  de  Medecine, 

et  a  M.  le  Dr  H.  Steck  nomme  Professeur  de  Clinique  psychiatri- 
que  a  l’Universite  de  Lausanne  et  Directeur  de  l’Asile  de  Cery-sur- 
Lausanne. 

Le  Secretaire  general  est  charge  de  leur  faire  part  des  felicitations 
de  la  Societe  Medico-psychologique. 

Adoption  du  proces-verbal 

Le  proces-verbal  de  la  seance  du  27  avril  1936  est  adopte. 

Correspondance 

M.  Paul  Courbon,  secretaire  general.  —  La  correspondance  manus- 
crite  comprend  : 

une  lettre  de  M.  le  Dr  Mans,  qui  remercie  la  Societe  de  l’avoir  elu 
membre  correspondant  national  ; 

une  lettre  de  M.  le  Dr  Jean  Tusques,  medecin  des  Asiles  publics 
d’alienes,  qui  demande  a  faire  partie  de  la  Societe  au  titre  de  membre 
correspondant  national  :  la  Societe  designe  une  Commission  composee 
de  MM.  H.  Claude,  Marchand  et  Courbon,  rapporteur,  pour  l’examen 
de  cette  candidature  :  le  vote  aura  lieu  a  la  seance  du  lundi  22  juin 
1936. 


C616bration  du  IIP  Centenaire  de  1’Universite  Harvard 

M.  le  Professeur  Pierre  Janet.  —  Mes  chers  collegues,  excusez- 
moi  si  je  prends  un  instant  la  parole  pour  vous  demander  une 
petite  autorisation. 


SEANCE  DU  25  MAI  1936  777 

Au  debut  de  septembre  prochain  la  grande  Ecole  americaine  de 
Harvard  a  Boston  va  celebrer  par  de  grandes  fetes  son  troisieme 
centenaire.  Le  president  de  Harvard,  le  Dr  Conant,  m’a  fait  l’hon- 
neur  de  m’inviter  a  ces  fetes,  parce  qu’il  y  a  malheureusement 
bien  longtemps,  deux  annees,  j’etais  venu  faire  des  cours  a  l’Ecole 
de  Medecine  de  Harvard.  A  l’occasion  de  cette  invitation  1’Aca- 
demie  des  Sciences  morales  m’a  delegue  pour  la  representer  a 
ces  fetes.  Les  principales  Societes  medicales  americaines  auront 
des  reunions  a  cette  occasion  a  Boston,  en  particular,  V American 
psychiatric  association,  I’American  neurological  association,  la 
Society  of  New-York  Hospital,  I’American  psycho-pathological 
association,  l’ Academy  of  arts  and  sciences  de  Boston,  et  comme 
je  suis  membre  de  ces  diverses  Societes  je  devrai  me  rendre  a 
leurs  reunions. 

Je  voudrais  pouvoir  presenter  a  l’Ecole  de  Harvard  et  a  ces 
diverses  Societes  en  particular  a  V Association  psychiatrique 
americaine  qui  correspond  a  notre  Societe,  le  salut,  les  felicita¬ 
tions  et  les  voeux  de  la  Societe  medico-psychologique  fran§aise  et 
je  vous  prie,  si  cela  vous  parait  convenable,  de  vouloir  bien 
m’autoriser  a  vous  representer. 

M.  Rene  Charpentier,  vice-president,  s’associant  a  la  proposi¬ 
tion  de  M.  le  Professeur  Pierre  Janet,  le  remercie  de  bien  vouloir 
representer  la  Societe  Medico-Psychologique  a  ces  differentes 
ceremonies  et  porter  a  nos  collegues  des  Etats-Unis  d’Amerique 
l’expression  de  l’estime  des  psychiatres  francais. 

La  proposition  mise  aux  voix  est  adoptee  a  l’unanimite  des  mem- 
bres  presents. 

Voeu  concernant  la  protection  des  malades  mentaux 

Au  nom  d’une  Commission  composee  de  MM.  Claude,  Cour- 
ron,  Guiraud,  Heuyer,  Marchand,  Rayneau  et  Vurpas,  designee 
par  la  Societe  dans  sa  seance  du  12  mars  1936,  M.  Heuyer  pre¬ 
sente  le  voeu  suivant  a  adresser  aux  Pouvoirs  Publics  : 

La  Societe  Medico-psychologique  attire  Vattention  des  Pou¬ 
voirs  Publics  sur  l’ exploitation  dont  sont  victimes  de  nom- 
breux  malades  mentaux,  de  la  part  de  charlatans,  sorciers,  spi- 
rites,  magnetiseurs,  radiesthesistes,  etc.,  qui  ajoutent  a  Vexer- 
cice  illegal  de  la  medecine  des  pratiques  malhonnetes  et  de 
veritables  escroqueries.  La  Societe  demande  que  des  mesures 
efficaces  soient  prises  pour  la  protection  des  malades  et  la  re¬ 
pression  de  cette  forme  de  charlatanisme. 

Ce  voeu  est  adopte  a  l’unanimit^  des  votants. 


778 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


PRIX  DE  LA  SOCIETE 


I.  Prix  Aubanel  ( 3.000  francs) 

Rapport  sur  le  memoire  presents  pour  le  prix  Aubanel 

M.  Capgras.  —  Messieurs,  vous  avez  charge  une  commission 
composee  de  MM.  Mignot,  Simon  et  Capgras,  de  nous  presenter 
un  rapport  sur  les  travaux  relatifs  a  la  question  proposee  pour  le 
prix  Aubanel  :  «  Existe-t-il  des  relations  entre  la  psychose  perio- 
dique  et  la  demence  precoce  ?  »  Un  seul  memoire  a  ete  depose. 
L’auteur,  le  Dr  Julien  Rouart,  ancien  interne  des  asiles  de  la 
Seine,  chef  de  clinique  des  maladies  mentales,  a  deja  traite  un 
sujet  a  peu  pres  identique  dans  son  interessante  these  intitulee  : 
Psychose  maniaque-depressive  et  Folies  discordantes.  L’analyse 
de  cette  these  ayant  ete  publiee  recemment  dans  les  Annales 
medico-psychologiques,  je  ne  crois  pas  utile  d’insister  sur  les 
qualites  de  cette  nouvelle  etude  qui  complete  et  precise  la  prece- 
dente.  II  me  suffira  done  d’en  reproduire  les  conclusions. 

I.  La  structure  meme  des  etats  maniaques-depressifs  et  des 
etats  schizophreniques,  si  elle  est  differente,  ne  constitue  pas 
une  opposition  telle  que  ces  etats  soient  en  tous  points  incompa¬ 
tibles. 

Dans  les  etats  maniaques-depressifs,  la  possibility  d’adaptation 
a  la  realite,  1’interet  porte  au  monde  exterieur  se  trouve  conserve 
mais  legerement  altere,  car  il  est  soumis  aux  exigences  imme- 
diates  des  tendances  instinctivo-affectives  ou  aux  variations  ludi- 
ques  de  l’activite  du  malade. 

Dans  les  etats  schizophreniques,  il  est  plus  profondement  altere, 
mais  persiste  encore  parfois  dans  la  mesure  ou  les  capacites  du 
malade  le  lui  permettent  et  en  dehors  des  irruptions  de  l’incons- 
cient  que  le  malade  ne  peut  retenir. 

Il  y  a  done,  entre  les  deux,  difference  de  degre  d’alteration  et 
de  degradation  des  fonctions,  mais  pas  incompatibility  comme 
tendrait  a  le  soutenir  la  theorie  constitutionnaliste,  qui,  sans  le 
formuler,  aboutit  cependant  a  ce  dilemme  :  predestination  ma- 
niaque-depressive  ou  predestination  schizophrenique. 

Concus  comme  des  reactions  de  la  personnalite  vis-a-vis  d’un 
trouble  d’origine  extra-psychique,  les  etats  morbides  observes 
sont  done  fonction  de  la  personnalite  anterieure  et  des  possibili- 
tes  de  reaction  que  laisse  subsister  le  trouble,  e’est-a-dire  qu’ils 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


779 


sont  fonction  de  son  intensity,  de  son  evolution  plus  que  de  sa 
nature. 

Ces  tendances  permettent  d’admettre  l’existence  de  formes 
intermediates  entre  les  deux  etats  ou  participant  plus  ou  moins 
de  1’tln  ou  de  l’autre. 

II.  L’evolution  n’est  pas  suffisamment  specifique  pour  qu’ici 
encore  l’opposition  soit  absolue. 

Des  etats  appartenant  a  1’un  ou  a  l’autre  type  peuvent  s’obser- 
ver  au  cours  de  1’evolution  chez  un  meme  individu,  soit  par 
complication  (processus  secondaire  surajoute  a  une  psychose 
maniaque-depressive)  (These  de  De  Boucaud),  soit  par  accentua¬ 
tion  d’un  processus  n’ayant  jusqu’alors  donne  lieu  qu’a  des 
manifestations  legeres  et  intermittentes. 

On  doit  accorder  une  certaine  autonomie  a  des  formes  intermit¬ 
tentes  telles  que  la  forme  intermittente  maniaque-depressive 
catatonique,  et  telles  que  les  schizophrenics  legeres  intermitten¬ 
tes  qui  ne  s’accentuent  pas  a  chaque  acces  et  empruntent  le  mode 
devolution  de  la  psychose  maniaque-depressive. 

III.  L’etiologie  actuellement  connue  de  ces  etats  ne  permet  pas 
de  les  opposer  essentiellement.  II  est  vraisemblable  cependant 
que  des  etiologies  tres  differentes  sont  en  cause  ;  mais  il  faut 
reconnaitre  que  Texistence  d’etats  maniaques  ou  melancoliques 
au  cours  de  1’evolution  de  la  demence  precoce  ne  permet  pas  de 
dire  qu’il  y  ait  specificity.  D’ailleurs,  les  conditions  tres  differen¬ 
tes  pouvant  realiser  l’apparition  de  certains  de  ces  etats  et  la 
possibility  de  leur  apparition  a  titre  purement  reactionnel  mon- 
trent  bien  le  caractere  non-specifique  de  leur  etiologie. 

Les  tares  hereditaires  ont  la  valeur  de  predispositions  genera- 
les  plutot  que  specifiques.  La  similarity  plus  grande  de  l’heredite 
dans  les  cas  de  psychose  maniaque-depressive  tient  peut-etre  a 
ce  qu’il  s’agit  d’une  tare  transmise  legere,  predisposant  a  des 
troubles  variables  mais  legers. 

La  psychose  maniaque-depressive  et  la  demence  precoce  ne 
nous  apparaissent  done .  pas  constituer  deux  voie's  absolument 
divergentes  dans  lesquelles  la  personnalite  morbide  doit,  en  choi- 
sissant  l’une  a  l’exclusion  de  1’autre,  s’engager.  Elies  ne  sont  pas, 
malgre  leurs  differences  caracteristiques  dans  les  cas  typiques, 
exemptes  de  tous  rapports  dans  leur  structure,  puisque  des  cas 
intermediaires  peuvent  se  presenter,  ni  dans  leur  evolution,  ni 
probablement  dans  leur  etiologie. 

De  telles  considerations  ont  des  consequences  d’ordre  pronos- 
tique.  Elies  comportent  des  reserves  en  ce  qui  concerne  l’opti- 


780 


SOC1ETE  MEDICO  PSYCHOLOGIQVE 


misme  habituel  dans  les  cas  de  psychose  maniaque-depressive. 
Mais  elles  en  comportent  aussl  en  ce  qui  concerne  le  pessimisme 
habituel  en  face  de  tout  en  qui  presente  la  moindre  allure  schi- 
zophrenique.  De  toutes  facons,  nous  croyons  pouvoir  enoncer 
que  le  pronostic  est  d’autant  plus  favorable  que  les  types  clini- 
ques  se  rapprochent  davantage  du  type  pur  de  psychose  mania¬ 
que-depressive  et  que  revolution  est  plus  nettement  intermittente 
avec  des  periodes  intercalates  normales. 

Vous  l’avez  remarque,  Messieurs,  dans  ce  travail  important 
qui  s’appuie  sur  des  observations  soigneusement  etudiees,  l’au- 
teur  adopte  d’une  part  la  classification  de  Krsepelin,  d’autre  part 
les  conceptions  de  Bleuler  et  Kretschmer.  En  consequence,  pour 
lui,  psychose  periodique  devient  synonyme  de  psychose  mania¬ 
que-depressive  et  demence  precoce  egale  schizophrenic.  Peut-etre 
s’il  avait  tente  de  serrer  de  plus  pres  le  sens  des  termes  que  vous 
aviez  choisis  pour  poser  la  question,  aurait-il  affirme  plus  cate- 
goriquement  qu’il  n’y  a  aucun  interet  k  trop  elargir  le  cadre  de 
certaines  psychoses  et  que  mieux  vaut  s’en  tenir  a  des  types  cli- 
niques  bien  definis,  tout  en  reconnaissant  1’existence  de  formes 
atypiques  ou  intermediates. 

Ce  memoire  n’en  reste  pas  moins  une  oeuvre  de  premier  ordre. 

Votre  commission  vous  propose  de  lui  donner  le  prix  Aubanel. 


II.  Prix  Moreau  de  Tours  ( 200  francs') 

Rapport  sur  le  memoire  presente  pour  le  prix 
Moreau  de  Tours 

M.  Desruelles.  —  Messieurs,  vous  avez  designe,  le  27  janvier, 
une  commission,  composee  de  MM.  Laignel-Lavastine,  A.  San- 
tenoise,  et  Desruelles,  rapporteur,  pour  examiner  le  memoire 
depose  pour  le  prix  Moreau  de  Tours.  Ce  memoire,  intitule  «  Le 
Travestissement  »  (essai  de  psychopathologie  sexuelle),  a  pour 
auteur  Mme  le  docteur  Agnes  Masson,  medecin-directeur  de 
l’asile  public  d’alienes  de  Saint-Alban. 

C’est  un  important  travail  de  141  pages,  abondamment  docu¬ 
ment  et  dont  la  bibliographic  scientifique,  medicale  et  historique 
comporte  plus  de  cent  vingt  ouvrages,  non  compris  les  oeuvres 
litteraires  citees  au  cours  du  volume. 

En  Allemagne,  Hirschfeld  a  publie  de  nombreux  travaux  sur 
cette  deviation  de  l’instinct  sexuel  qu’il  a  appelee  «  le  trans- 
vestitismus  »  et  est  assez  voisine  de  l’homosexualite,  du  feti- 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


781 


chisme  et  du  narcissisme.  Dans  une  etude,  dont  la  traduction  a 
ete  publiee  lorsque  le  livre  de  Mme  Masson  etait  sous  presse, 
Havelock  Ellis  a  appele  cette  inversion  vestimentaire  «  Eonis- 
me  »,  par  analogic  avec  le  sadisme  et  le  masochisme. 

L’auteur  du  memoire  a  prefere  le  terme  de  travestissement, 
et,  pour  justifier  son  choix,  cite,  dans  son  introduction,  un  pas¬ 
sage  de  Chantecler,  ou  Edmond  Rostand,  pour  designer  la  Fai- 
sane,  emploie  le  mot  «  travesti  »,  qui,  au  theatre,  a  un  sens 
precis. 

Pour  montrer  que  le  travestissement  sexuel  est  ancien  et  fre¬ 
quent,  Mme  Masson  l’etudie  dans  l’histoire,  la  litterature,  le 
theatre  et  l’ethnographie. 

Dans  l’histoire,  Mme  Masson  nous  cite  les  cas  les  plus  connus 
d’hommes  ou  de  femmes  ayant  revetu  les  habits  de  1’autre  sexe, 
et,  en  particular,  elle  resume  la  vie  de  l’abbe  de  Choisy,  dont  Vin- 
ceneux  a  donne  une  excellente  etude,  la  vie  du  chevalier  d’Eon, 
de  Savalette  de  Lange,  du  chevalier  de  Freminville,  de  Mile  de 
Maupin,  de  Catalina  de  Erauso,  de  Mme  de  Bennes,  de  George 
Sand,  etc.  L’auteur  rappelle  les  romans  connus  :  VAstree,  Fau- 
blas,  Mile  de  Maupin,  Monsieur  Venus,  ou  le  theme  du  travestis¬ 
sement  est  developpe  et  dans  une  note  signale  les  romans  contem- 
porains  fort  nombreux  qui  ont  utilise  ce  sujet. 

Cette  anomalie  vestimentaire,  qu’il  ne  faut  pas  confondre  avec 
l’homosexualite,  qu’elle  soit  coutume  ou  rite,  est  assez  frequente 
chez  des  peuples  primitifs. 

Puis  l’auteur  reproduit,  en  les  resumant,  cinquante-sept  obser¬ 
vations  de  travestis.  Deux  d’entre  elles  montrent  qu’EsquiroI 
avait  observe  cette  anomalie  chez  des  alienes.  De  meme,  Marc  en 
a  donne  une  longue  observation  a  propos  d’une  affaire  d’annu- 
lation  de  testament.  En  1877,  Marandon  de  Montyel  publia,  dans 
les  Annales  medico-psychologiques,  un  memoire  sur  la  «  Maladie 
des  Scythes  »  atteints  d’effemination  vestimentaire  et,  dans  la 
meme  revue,  en  1909,  L’Hospital,  a  propos  d’un  fait-divers, 
commenta  avec  humour  cette  perversion. 

Apres  avoir  resume  la  plupart  des  observations  connues  et 
publiees  par  Hirschfeld,  Krafft-Ebing,  Moll,  etc.,  Mme  Masson 
donne  les  observations  qu’elle  a  recueillies  dans  la  litterature 
medicale  francaise  et  qui  sont  dues  a  Magnan,  a  Paul  Garnier,  a 
Legludic,  a  Petit,  a  Laurent,  a  Laupts  et,  recemment,  a  Claude 
et  Vinceneux,  a  Dupouy,  a  Guiraud,  a  Godet,  Cossa  et  Migault,  a 
G.  Petit. 

Mais  la  plupart  des  auteurs,  en  publiant  leurs  observations, 
ne  consideraient  pas  cette  anomalie  psychosexuelle  comme  un 


782 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


syndrome  clinique.  Par  ces  nombreux  exemples  et  les  comment 
taires  qui  les  accompagnent,  et  en  recherchant  les  conditions 
sociales  ou  anatomiques  (pseudo-hermaphrodisme,  androgynie, 
gynandrie)  qui  ont  pu  amener  l’individu  au  travestissement 
sexuel,  Mme  Masson  montre  que  cette  anomalie,  bien  que  tres 
voisine  de  l’homosexualite,  du  fetichisme  et  du  narcissisme,  peut 
s’en  distinguer  entierement  et  constituer  une  entite  clinique. 

Un  nouveau  chapitre  resume  les  theories  nombreuses  qui  ont 
cherche  a  expliquer  et  a  classer  cette  inversion  psychique  ou 
«  sexo-esthetique  »  comme  dit  Havelock  Ellis.  Ces  theories 
sont  anatomiques,  psychologiques,  biologiques,  psychanalytiques, 
endocrinologiques  ou  eclectiques.  Puis,  en  se  basant  sur  les 
observations  qu’elle  a  resumees,  Mme  Masson  decrit  le  caractere 
des  travestis  qu’elle  suit  dans  1’evolution  ou  la  realisation  de  leurs 
tendances  depuis  l’enfance,  dans  leur  «  effemination  ou  virilisa- 
tion  »  progressives  et  qui  poussent  parfois  fort  loin  leur  trans¬ 
formation  vestimentaire. 

Pour  terminer,  1’auteur  note  les  consequences  medico-legales 
du  travestissement  et  donne  quelques  indications  therapeuti- 
ques. 

Ce  memoire  est  fort  bien  ecrit,  et,  malgre  1’abondance  de  sa 
documentation,  d’une  lecture  facile  et  d’un  interet  soutenu.  Cet 
essai  de  psychopathologie  sexuelle  est  une  synthese  et  une  mise 
au  point,  faites  pour  la  premiere  fois  en  France,  d’un  syndrome 
psychosexuel  qui  interesse  a  la  fois  les  psychiatres  et  les  endo- 
crinologistes,  les  medecins  legistes,  les  criminologistes  et  les. 
magistrats. 

Notre  collegue,  le  Professeur  Laignel-Lavastine,  a  ecrit  dans 
l’elogieuse  preface  qu’il  a  donnee  a  ce  volume  publie  dans  la  collec¬ 
tion  Hippocrate  :  «  Le  livre  de  Mme  Masson  ne  vaut  pas  seule- 
ment  par  son  pittoresque  et  son  piquant  :  c’est  un  important 
travail  critique  et  medical,  ou  l’auteur,  avec  une  double  techni¬ 
que,  bibliographique  et  clinique,  a  su  trouver  les  materiaux 
necessaires  a  l’edification  d’un  syndrome  vestimentaire,  le  tra¬ 
vestissement,  qui  merite  une  place  marquee  dans  la  psycho¬ 
pathologie  sexuelle.  » 

Nous  rappelons  que  J.  Moreau'de  Tours,  en  publiant  sa  «  Psy¬ 
chologic  morbide  »  en  1859,  et  Paul  Moreau  de  Tours,  en 
publiant  «  les  Aberrations  du  sens  genesique  »  en  1883,  ont  ete 
parmi  les  premiers  auteurs  francais  qui  se  sont  interesses  a  la 
psychopathologie  sexuelle. 

Votre  Commission  vous  propose  d’attribuer  le  Prix  Moreau 
de  Tours  a  Mme  le  Docteur  Agnes  Masson. 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


COMMUNICATIONS 


Rapport  sur  les  Assistantes  sociales  psychiatriques, 
par  M.  Jacques  Vie. 

Dans  sa  seance  du  25  novembre  1935,  la  Societe  Medico-psy- 
chologique  a  nomine  une  Commission  composee  de  MM.  Th. 
Simon,  president  ;  de  MM.  Brissot,  Ceillier,  H.  Claude,  Demay, 
Frirourg-Blanc,  Heuyer,  Raviart,  MM.  Dublineau  et  ViE,  ad- 
joints,  dans  le  but  d’etudier  1’organisation  d’une  assistance 
post-hospitaliere  pour  les  enfants  et  les  adultes  sortis  des  eta- 
blissements  d’assistance  ou  de  traitement  medico-pedagogiques, 
ainsi  que  l’augmentation  du  nombre  des  assistantes  sociales 
chargees  de  ces  services. 

Nous  avons  l’honneur  de  presenter  le  resultat  de  nos  travaux. 
Ce  resultat  demeure  fragmentaire  et  incomplet  en  raison  de  la 
diversite  des  questions  soulevees,  de  la  diversite  aussi  des  efforts 
deja  accomplis  de  divers  cotes. 

Notre  rapport  comportera  trois  points  : 

1)  Quelles  sont  les  categories  de  sujets  justiciables  de  l’acti- 
vite  d’assistantes  sociales  psychiatriques  ? 

2) .  Quelles  sont  les  realisations,  actuelles  ? 

3)  Comment  peut-on  en  concevoir  l’extension  aux  diverses 
categories  de  beneficiaires  dans  toute  1’etendue  du  pays  ? 

I.  Categories  de  bEnEficiaires.  —  Des  la  discussion  initiale 
a  la  Societe,  ainsi  que  lors  des  reunions  de  la  Commission,  on 
a  signale  des  categories  de  sujets  bien  determinees,  qui  sont  jus¬ 
ticiables  de  l’assistance  sociale  psychiatrique. 

a)  En  premier  lieu,  les  enfants  anormaux  rendus  a  leur 
famille,  a  la  sortie  des  etablissements  medico-pedagogiques. 

II  serait  tres  desirable  qu’un  service  social  renseigne  le  mede. 
cin  sur  le  milieu  familial  dans  lequel  vont  se  trouver  ces  en¬ 
fants  :  la  decision  a  prendre  peut  etre,  pour  chaque  cas  parti¬ 
cular,  bien  mieux  adaptee,  et  parfois  tout  a  fait  differente, 
lorsqu’on  possede  sur  ce  point  des  donnees  exactes. 

Dans  la  suite,  ces  enfants  sont  le  plus  souvent  perdus  de  vue. 
Or,  ils  ont  besoin  d’etre  suivis,  surveilles,  soutenus,  si  l’on  ne 
veut  pas  voir  s’aneantir  tous  les  resultats  therapeutiques 
acquis. 


784 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


b)  Les  memes  problemes  se  posent  avec  encore  pips  d’acuite 
pour  les  enfants  delinquants,  qui  d’ailleurs  se  retrouvent  dans 
certains  etablissements  medico-pedagogiques.  (Montesson,  Ar- 
mentieres,  etc...). 

Dans  la  Seine,  1’ceuvre  privee  du  «  Service  social  de  l’enfance 
en  danger  moral  »  «  fait  l’etude  sociale  et  psychologique  des 
enfants  et  des  jeunes  gens  deferes  au  Tribunal  d’Enfants,  cher- 
che  a  trouver  la  cause  des  difficultes,  familiales  ou  autres,  et 
donne  sa  documentation  aux  magistrats.  II  cherche  egalement 
le  remede  qu’il  y  a  lieu  d’apporter  a  la  situation  et  propose  des 
solutions  pratiques  de  readaptation.  II  aide  le  magistrat  dans 
leur  execution  ». 

Les  enquetes  de  ces  assistantes  sociales  fournissent  au  mede- 
cin  expert  des  elements  de  grande  valeur. 

M.  Dublineau  souhaiterait  que  les  resultats  en  fussent  com¬ 
muniques  aux  medecins  des  Instituts  medico-pedagogiques  ou 
sont  places  ulterieurement  ces  enfants. 

De  plus,  il  faudrait  organiser  la  surveillance  medico-sociale 
des  enfants  qui,  ayant  passe  par  les  Tribunaux,  sont  confies  a 
des  Societes  de  patronage. 

c )  A  I’armee.  M.  Fribourg-Blanc  a  attire  l’attention  sur  le 
groupe  des  arrieres  et  des  desequilibres  que  leur  famille  fait 
engager  :  une  fois  au  regiment,  ces  anormaux  sont  bientot  refor¬ 
mes.  II  serait  utile  d’adjoindre  au  Conseil  de  reforme  un  orga- 
nisme  destine  a  orienter  ces  sujets  et  eventuellement  de  creer 
un  genre  d’etablissement  approprie. 

d)  Consultations  psychiatriques,  dispensaires  d’hygiene  men- 
tale.  —  Le  role  des  assistantes  sociales  aupres  des  consultations 
de  psychopathies  frustes  est  de  premiere  importance.  Les  fac- 
teurs  familiaux  et  sociaux  occupent  souvent  une  place  prepon- 
derante  dans  la  genese  des  defaillances  temporaires  de  ces 
malades.  La  connaissance  du  milieu  ou  ils  evoluent  permet  seule 
de  trouver  la  formule  exacte  rendant  possible  leur  reequilibra¬ 
tion. 

Pour  Paris  repondent  a  ce  but  l’CEuvre  privee  du  Service  so¬ 
cial  a  l’Hopital  et  les  Assistantes  sociales  de  l’Hopital  Henri- 
Rousselle. 

e)  Les  alienes  internes.  II  n’existe  aucun  service  social  aupres 
des  Asiles,  et  c’est  la  une  grosse  lacune. 

Lors  de  l’admission  des  malades,  il  serait  utile  de  posseder 
des  renseignements  exacts  sur  le  milieu  dans  lequel  s’est  deve- 
loppee  la  psychose. 


SEANCE  DU  35  MAI  1936 


785 


Lors  des  permissions,  les  malades  ne  sont  pas  suivis,  le  mede- 
■cin  ignore  ce  qu’a  ete  en  realite  leur  comportement  pendant 
cette  «  sortie  d’essais  »,  dont  la  valeur  experimentale  demeure 
ainsi  bien  imparfaite. 

Pour  la  sortie  definitive,  elle  devrait  etre  precedee  d’une  en- 
quete  medico-sociale  sur  le  milieu  oil  elle  va  se  produire.  Actuel- 
lement  et  d’une  facon  toute  particuliere,  lorsque  le  placement  a 
eu  lieu  apres  une  affaire  de  justice,  les  alienes  sortis  des  asiles 
ne  sont  l’objet  d’aucun  mode  de  protection  ni  de  surveillance. 

Le  Patronage  des  Alienes  gueris,  oeuvre  utile  d’assistance 
transitoire  et  de  placement,  ne  joue  pas  le  role  d’un  service 
social  apres  la  sortie. 

II.  Les  realisations  actuelles.  —  Deux  des  organisations 
actuellement  existantes  a  Paris  sont  des  oeuvres  privees  :  le 
Service  social  des  Enfants  en  danger  moral,  pour  les  mineurs 
delinquants  ;  le  Service  social  k  l’Hopital,  pour  les  consultations 
hospitalieres.  Les  infirmieres  visiteuses  de  ces  oeuvres,  diplo- 
mees  des  diverses  ecoles  de  Paris,  re5oivent  une  retribution  de 
12  a  15.000  fr.  par  an. 

Les  infirmieres  visiteuses  de  l’Hopital  Henri-Rousselle  appar- 
tiennent  aux  cadres  de  la  Prefecture  de  la  Seine. 

Dans  les  ecoles,  la  Ville  de  Paris  a  des  infirmieres  scolaires. 

Indiquons  enfin,  pour  les  alienes  places  d’office,  le  role  joue 
par  les  agents  de  la  brigade  des  alienes  de  la  Prefecture  de 
Police.  Leurs  enquetes  a  l’entree  des  malades,  et  sur  demande 
du  medecin,  avant  la  sortie,  sont  faites  avec  conscience,  mais 
evidemment  en  dehors  de  toute  preoccupation  et  de  toute  me- 
thode  medicales. 

Pour  elargir  le  champ  de  nos  investigations,  sans  pretendre 
embrasser  la  totalite  de  tentatives  multiples,  souvent  isolees, 
faites  sans  aucune  publicity,  nous  avons  pratique,  aupres  de 
quelques  collegues  des  departements,  une  enquete  dont  nous 
resumerons  les  resultats.  Remercions  ici  tOus  nos  correspon- 
dants  de  l’empressement  qu’ils  ont  mis  a  repondre  et  du  vif 
interet  suscite  par  la  question. 

Les  deux  tiers  des  reponses  sont  completement  negatives. 

Plusieurs  correspondants  indiquent  que  les  visiteuses  d’hy- 
giene  sont  amenees,  au  cours  de  leurs  fonctions  ordinaires,  a 
s’occuper  du  placement  des  enfants  anormaux. 

D’autres  nous  signalent  d’interessantes  initiatives  locales 
dues  a  des  collaborateurs  benevoles. 

Voici  les  organismes  constitues  sur  lesquels  nous  avons  recu 
des  precisions  : 

Ann.  Med.-psych.,  XVs  serie,  94"  annee,  t.  I.  —  Mai  1936.  50- 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Bas-Rhin.  —  La  ville  de  Strasbourg  utilise  une  assistante  socials 
attachee  au  dispensaire  d’Hygiene  Mentale.  Deux  autres  sont  dele- 
guees  aupres  du  Tribunal  d’Enfants.  Le  depistage  des  anormaux  est 
fait  dans  les  localites  ayant  une  classe  d’arrieres  par  une  commis¬ 
sion  comprenant  un  medecin,  dans  les  communes  rurales  par  les 
visiteuses  departementales.  Les  unes  et  les  autres  sortent  de  l’Ecole 
d’lnfirmieres  de  la  Faculte  de  Strasbourg,  avec  stages  specialises.. 
Leur  traitement  va  de  9.600  a  16.000  fr.  (Arsimoles). 

Doubs.  —  Aux  consultations  d’enfants  anormaux  du  Doubs  sont 
detachees  deux  inflrmieres  du  dispensaire  municipal  de  Besangon, 
les  frais  sont  partages  par  la  ville  et  le  departement.  Leur  action 
s’etendra  prochainement  a  la  surveillance  des  mineurs  delinquants,. 
Les  inflrmieres  sont  diplomees  de  l’Ecole  de  Besan^on  (Desruelles). 

Gironde.  ■ —  A  Bordeaux,  la  Federation  des  CEuvres  de  l’Enfance 
(oeuvre  privee)  a  mis  a  la  disposition  de  l’autorite  judiciaire  une 
visiteuse  specialisee  pour  les  enquetes  relatives  aux  mineurs  delin¬ 
quants.  Elle  repoit  750  fr.  par  mois.  II  existe  de  plus  un  organisme 
annexe  a  la  police  municipale,  pour  l’enfance  en  danger  moral 
(Quercy). 

Haute-Garonne.  —  L’assistance  aux  enfants  mentalement  deficients, 
et  aux  mineurs  delinquants  possede  deux  assistantes  diplomees  du 
Comite  francais  d’assistance  de  1’enfance  deficiente,  et  deux  visi¬ 
teuses  qui  font  les  enquetes  sociales.  Toutes  appartiennent  a  une 
oeuvre  privee,  la  «  Protection  toulousaine  de  l’enfance  »  (Ducoudray,. 
communication  au  Congres  de  Bruxelles,  1935). 

Isere.  —  Depuis  le  15  fevrier  1936,  la  ville  de  Grenoble  possede 
deux  inspectrices  morales  de  la  police  municipale.  Ces  deux  «  fonc- 
tionnaires  »  ont  ete  formees  a  Paris,  specialement  pour  les  fonctions 
qui  leur  sont  devolues.  Elies  dependent  a  la  fois  du  Commissaire 
central  et  du  Directeur  des  services  d’hygiene  de  la  ville  de  Greno¬ 
ble.  Leur  role  est  complexe  ;  elles  ont  a  veiller  sur  l’enfance  malheu- 
reuse  et  sur  la  frequentation  scolaire,  aussi  bien  que  sur  la  surveil¬ 
lance  de  la  rue  et  des  etablissements  publics,  ou  la  morale  peut  etre 
mise  en  peril  (Brissot). 

Loire-Inferieure.  —  A  Nantes,  Corman  a  obtenu  de  l’administration 
des  Hospices  une  assistante  sociale,  visiteuse  diplomee  de  1’ecole  de 
Nantes,  pour  le  service  de  psychiatrie  :  elle  s’occupe  de  toutes  les 
questions  concernant  les  alienes  internes,  ainsi  que  de  la  consulta¬ 
tion  externe  de  psychiatrie  de  I’hopital,  que  suivent  un  grand  nom- 
bre  d’enfants  anormaux.  Pour  les  mineurs  delinquants  se  proposent 
actuellement  des  assistantes  benevoles  (Corman). 

Meurthe-et-Moselle.  —  La  Section  d’Hygiene  Mentale  de  I’Offlce  de- 
partemental  d’Hygiene  sociale  dispose,  pour  ses  consultations,  de 
deux  inflrmieres  specialisees  sorties  de  l’ecole  de  Nancy  ;  leur  statut 
est  celui  des  Inflrmieres  departementales  d’hygiene  (traitement  de 
10.800  a  16.500,  indemnites  comprises).  De  plus,  les  inflrmieres  des 


SEA  MCE  DU  25  MAI  1936 


787 


dispensaires  du  departement  pretent  leur  concours  ;  elles  ne  sont  pas 
specialises,  mais  elles  connaissent  bien  la  population  et  les  medecins 
des  regions  ou  elles  operent  (Meignant). 

Nord.  —  Les  enquetes  relatives  aux  mineurs  delinquants  sont  faites 
benevolement,  a  titre  de  stage  d’etudes,  par  les  eleves  de  l’ecole  d’in- 
firmieres-visiteuses  de  la  Ligue  antituberculeuse  du  Nord,  ou  de 
l’ecole  de  service  social. 

Le  depistage  des  anormaux  dans  les  ecoles  privees  de  Lille  est 
fait  par  une  assistante  benevole  (Dublineau). 

Oise.  —  Une  assistante  de  psychologie,  diplomee  par  le  Comity 
National  de  1’Enfance  deflciente,  et  une  assistante  adjointe  sont 
attachees  aux  consultations  pour  enfants  anormaux.  Elles  dependent 
d’une  oeuvre  privee,  le  Comite  departemental  de  l’Enfance  deflciente, 
neanmoins  rattachee  a  la  Prefecture  de  l’Oise.  Elles  touchent  l’une 
10.850,  l’autre  4.200  fr.  (Lauzier). 

Rhone.  —  A  Lyon,  pour  les  mineurs  delinquants,  une  inflrmiere- 
visiteuse  est  attachee  au  service  special  dirige  par  le  Professeur 
Et.  Martin. 

A  Villeurbanne,  une  infirmiere-visiteuse  diplomee  d’Etat  est  atta¬ 
chee  au  depistage  des  anormaux  dans  les  ecoles  (Larrive,  Mestrallet). 

Seine-et-Marne.  —  Les  consultations  d’Hygiene  mentale,  dependant 
des  Dispensaires  d’Hygiene  sociale,  sont  dotees  d’une  assistante  de 
psychologie,  diplomee  du  Comite  National  de  l’Enfance  deflciente, 
et  retribuee  par  l’Office  departemental  d’Hygiene  (Beaudouin). 

III.  Nous  n’avons  rapporte  ces  details  qu’a  titre  d’exemples 
pour  objectiver  combien  les  problemes  ont  ete  diversement  poses 
et  resolus  suivant  les  regions.  II  faudra  tenir  compte  a  la  fois  de 
cet  etat  de  fait  et  de  1’experience  qu’elle  apporte,  pour  preconiser 
dans  nos  conclusions  une  formule  d’ensemble  souple  et  efficace. 

Les  principaux  desiderata  exprimes  notamment  par  M.  le  Pro¬ 
fesseur  Claude  et  par  M.  Brissot  ont  ete  de  munir  les  assistantes 
de  pouvoirs  etendus,  leur  permettant  de  suivre  reellement  les 
malades,  de  penetrer  dans  les  families,  les  ateliers,  etc.,  de  les 
accrediter  aupres  des  Tribunaux,  de  leur  conferer  en  somme 
I’investiture  ofpcielle. 

Nous  devons,  en  effet,  insister  sur  les  obstacles  que  rencon- 
trent  trop  souvent  les  investigations  des  assistantes  sociales, 
qu’il  s’agisse  d’enfants  anormaux,  de  la  surveillance  de  la  rue  ou 
des  taudis,  du  travail  d’un  enfant  et  surtout  des  sujets  delin¬ 
quants  ou  d’alienes  ayant  quitte  l’asile,  des  refus  sont  frequem- 
ment  opposes  qui  entravent  l’action  sociale  et  qu’il  faudrait 
pouvoir  lever. 

Est-ce  a  dire  qu’on  doive  demander  pour  elles  de  veritables 
pouvoirs  de  police,  comme  c’est  le  cas,  parait-il,  en  Angleterre  ? 


788 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Cela  parait  peu  soutenable.  Pour  les  maladies  mentales  comme 
pour  les  autres  fleaux,  il  faut  se  placer  resolument  sur  le  terrain 
de  1’hygiene,  avec  des  moyens  de  persuasion  plus  que  de 
contrainte,  mais  en  donnant  toutefois  aux  institutions  nouvelles 
placees  dans  le  cadre  8 des  lois  d’hygiene  sociale,  des  pouvoirs 
suffisants. 

Quelle  forme  pourraient  revetir  ces  institutions  ?  On  ne  peut 
songer  a  fondre  dans  un  organisme  d’etat  les  oeuvres  privees  qui, 
notamment  a  Paris,  exercent  depuis  des  annees,  chacune  dans 
son  domaine,  une  action  efficace.  Ces  oeuvres,  toutes  disposees  a 
accepter  le  contrdle  avec  sa  contre-partie,  les  credits  officiels, 
tiennent  a  conserver  le  droit  de  recruter  leur  personnel  et  d’orga- 
niser  leur  travail.  Elies  se  defendent  a  la  fois  de  l’amateurisme 
et  du  fonctionnarisme.  C’est  la  un  fait  qui  ne  peut  etre  neglige. 

Suivant  les  possibility  locales,  qui  offrent  ici  plus  de  riches 
initiatives  privees,  la  plus  de  comprehension  ou  de  possibility 
budgetaires  de  la  part  des  assemblies  deliberates,  les  assistantes 
psychiatriques  seront  fonctionnaires  municipals  ou  departemen- 
tales,  ou  releveront  dissociations  privees. 

Neanmoins,  il  apparait  desirable  :  1°  En  ce  qui  concerne  les 
assistantes  sociales  de  psychiatrie,  pour  conferer  au  personnel 
une  valeur  plus  uniforme  et  une  autorite  accrue,  d’envisager  un 
dipldme  special,  ou  une  mention  speciale  du  diplome  d’assistante 
sociale,  en  rapport  avec  des  cours  et  stages  speciaux,  conferant  le 
titre  d’assistante  sociale  psychiatrique. 

2°  En  ce  qui  concerne  les  oeuvres,  d’assurer  leur  coordination 
avec  les  pouvoirs  publics,  de  facon  a  eviter  par  exemple  que  ces 
oeuvres  ne  disparaissent  lorsque,  pour  des  raisons  financieres, 
elles  cessent  de  pouvoir  subvenir  a  leur  but.  On  pourrait  s’ins- 
pirer  des  conventions  qui  unissent  la  Societe  de  Secours  aux 
Blesses  Militaires  et  la  Direction  du  Service  de  Sante,  et  qui  font 
l’objet  d’une  instruction  ministerielle.  Il  y  aurait  lieu  d’etudier 
dans  ce  sens  les  termes  d’une  convention-type. 

Remarquons  enfrn  qu’une  organisation  univoque  "  ne  peut 
s’appliquer,  d’une  part  aux  differentes  categories  de  beneficiaires 
envisages  au  debut  de  ce  rapport,  d’autre  part  aux  diverses  loca¬ 
lity. 

Il  faut  d’emblee  mettre  a  part  le  Service  social  des  asiles  entie- 
rement  a  creer.  A  chaque  etablissement  seraient  attachees  des 
assistantes  relevant  de  l’administration  de  1’asile. 

Pour  les  autres  categories,  la  situation  differe  pour  Paris,  pour 
les  grands  centres,  pour  les  departements  a  peuplement  moins 
exclusivement  urbain. 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


789 


1)  A  Paris,  des  fondations  speciales  existent  pour  les  consul¬ 
tations  psychiatriques,  pour  le  depistage  des  anormaux  et  peu- 
vent  etre  developpees  pour  les  mineurs  delinquants.  II  existe, 
d’autre  part,  deux  assistantes  sociales  affectees  a  la  Prefecture 
de  Police.  Leur  nombre  doit  etre  porte  a  30.  Sans  doute,  une 
liaison  pourrait-elle  s’etablir  avec  elles  en  ce  qui  concerne  les 
alienes,  soit  avant  leur  placement,  soit  apres  leur  sortie. 

2)  Dans  les  grands  centres,  on  peut  concevoir  un  certain  nom- 
bre  d’assistantes  s’occupant  parallelement  des  anormaux,  des 
mineurs  delinquants,  de  la  consultations  psychiatrique.  On  pour- 
rait  egalement  avoir  recours  a  elles  pour  les  anormaux  reformes 
de  l’armee. 

3)  Pour  les  autres  departements,  deux  de  nos  collegues  preco- 
nisent  une  organisation  dans  le  cadre  regional  :  ils  se  basent 
sans  doute  sur  le  manque  d’initiative  de  leurs  assemblies  locales, 
mais,  a  l’heure  actuelle,  le  cadre  regional,  au  point  de  vue  admi- 
nistratif  et  budgetaire,  demeure  inexistant.  Avec  l’un  de  nos  cor- 
respondants,  Inspecteur  d’hygiene,  nous  envisagerions  plutot  une 
formation  departementale  en  rapport  avec  les  offices  sociaux 
departementaux.  C’est  au  personnel  local,  fourni  par  l’adminis- 
tration  ou  par  des  oeuvres  privees  en  contact  avec  elle,  que  nous 
souhaiterions  de  voir  donner  des  notions  succinctes  de  psychia- 
trie  pratique  pour  realiser  les  infirmieres  polyvalentes  (Dubli- 
neau),  assistantes  psychiatriques  en  meme  temps  que  visiteuses 
d’hygiene  generale.  Connaissant  bien  les  personnes  et  les  habi¬ 
tudes  locales,  ces  infirmieres  rendraient  de  bien  plus  grands  ser¬ 
vices  que  des  assistantes  regionales,  obligees  a  de  couteux  depla¬ 
cements.  II  ne  s’agirait  pas  par  ailleurs  de  creer  une  nouvelle  serie 
de  fonctionnaires,  mais  de  developper  seulement  —  ce  qui  en  fait 
existe  deja  —  leurs  attributions  respectives. 

Conclusions.  —  I.  Les  essais  pratiques  a  Paris  et  en  Province 
demontrent  l’utilite  de  developper  l’institution  d’assistantes  socia¬ 
les  psychiatriques,  en  particulier  : 

1)  Aupres  des  asiles  :  services  sociaux  des  asiles  entierement 
a  creer. 

2)  Aupres  des  consultations  et  dispensaires  psychiatriques. 

3)  Aupres  des  ecoles,  pour  depister  les  anormaux. 

4)  Aupres  des  tribunaux  d’enfants,  pour  les  enquetes  et  la  sur¬ 
veillance  ulterieure  des  mineurs  delinquants. 

5)  Aupres  des  conseils  de  reforme,  pour  l’orientation  des 
anormaux  renvoyes  dans  leurs  foyers. 


790 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


II.  Les  assistantes  sociales  psychiatriques  doivent  avoir  I’inves- 
titure  offtcielle  et  trouver  place  dans  le  cadre  des  lois  d’hygiene 
sociale,  qu’elles  appartiennent  a  des  institutions  publiques  (natio- 
nales,  departementales,  communales),  ou  a  des  oeuvres  privees. 
Ces  dernieres  devraient  etre  liees  a  1’administration  par  des 
conventions,  telles  que  celles  qui  lient  la  S.S.B.M.  a  la  Direction 
du  Service  de  sante  militaire. 

Les  assistantes  sociales  de  psychiatric  devraient  etre  pourvues, 
outre  le  diplome  d’etat  d’assistante  sociale,  d’une  mention  psy- 
chiatrique  speciale  repondant  a  des  stages  appropries. 

III.  Mais,  surtout,  il  nous  apparait  necessaire  que  ces  assistan¬ 
tes  sociales  recoivent  des  autorites  administratives  et  judiciai- 
des  des  pouvoirs  speciaux  de  requisition,  pouvoirs  analogues  a 
ceux  des  assistantes  sociales  rattachees  aux  tribunaux  d’enfants 
et  dont  elles  pourraient  user  en  cas  de  difficultes  au  cours  de  leurs 
enquetes. 

M.  Porc’her.  —  J’admire  le  travail  de  la  commission  et  je  ne 
voudrais  pas  ralentir  le  zele  de  ses  membres,  mais  je  ne  partage 
pas  leur  optimisme.  Pratiquement,  toutes  les  donnees  d’enque- 
tes  recueillies  par  les  assistantes  sociales,  toutes  leurs  demar¬ 
ches  ne  serviront  a  rien,  car  aucun  organisme  n’est  cree  pour 
recevoir  l’aliene  a  sa  sortie  de  l’asile  et  suppleer  a  la  defaillance 
de  sa  famille  pour  le  readapter  a  la  societe. 

M.  Hamel.  —  Je  ne  suis  pas  de  1’avis  de  M.  Porc’her.  S’il  est 
vrai  que  1’absence  de  Patronages  soit  deplorable,  et  qu’il  reste 
presque  tout  a  creer  pour  la  readaptation  des  psychopathes 
convalescents,  il  n’en  est  pas  moins  vrai  que  l’assistante  sociale 
peut  des  maintenant  etre  tres  utile.  L’exemple  de  1’initiative 
privee  en  Amerique,  oil  des  etudiants  s’embaucherent  pour 
venir  en  aide  aux  families  de  chomeurs,  pourrait  etre  suivi  et 
applique  a  nos  malades.  Je  crois  que  1’Assistance  regionale  et 
non  departementale  devrait  etre  poursuivie,  surtout  dans  les 
regions  a  departements  pauvres.  C’est  ce  qu’a  commence  a  faire 
notre  collegue  Desruelles  pour  les  deux  departements  du  Jura 
et  du  Doubs.  Aussi  faut-il  se  feliciter  que  dans  le  projet  de 
reforme  du  reglement  de  1857,  la  fonction  de  l’assistante  sociale 
ait  ete  prevue. 

M.  G.  Demay.  —  Moi  aussi  je  desapprouve  le  scepticisme  de 
notre  collegue  Porc’her  qui  ne  s’appuie  sur  aucun  fait.  Partout 
ou  existent  des  assistantes  sociales,  leur  activite  est  efficace.  Il 
y  en  a  une  a  Maison-Blanche  qui  nous  est  precieuse.  Chaque 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


791 


service  medical  devrait  en  posseder  une.  L’utilite  de  1’assistante 
sociale  ne  sera  complete  que  le  jour  ou  seront  crees  les  dispen- 
saires. 

M.  Desruelles. —  Ne  serait-ce  que  pour  eclairer  le  medecin 
sur  les  conditions  du  milieu  ou  sera  place  le  convalescent  a  sa 
sortie,  le  role  de  l’assistance  sociale  est  tres  important.  Grace 
&  la  connaissance  qu’elle  nous  apporte  de  ces  conditions,  elle 
nous  permet  de  diminuer  de  beaucoup  le  sejour  du  convalescent 
a  l’asile,  et  soulage  d’autant  la  charge  d’assistance. 

En  province,  on  fait  comme  1’on  peut,  vu  les  faibles  ressour- 
ces.  J’essaie  actuellement  de  creer  dans  le  Doubs  une  consulta¬ 
tion  d’hygiene  mentale  avec  une  infirmiere  dont  le  role  serait 
a  la  fois  d’assister  a  la  consultation  et  d’assister  les  malades 
sortis  de  l’asile.  Elle  serait  retribuee  en  partie  par  le  Patronage 
a  creer  et  par  l’Office  d’Hygiene  sociale. 

Je  ne  pense  pas  que  l’on  doive  exiger  la  specialisation  en  psy¬ 
chiatric  de  l’assistante  sociale.  Le  personnel  en  fait  n’existe  pas. 
II  est  a  former.  Et  les  assistantes  se  specialiseraient  peu  a  peu 
dans  le  service  qui  les  emploierait.  Le  stage  dans  un  service 
psychiatrique  serait  obligatoire. 

M.  Brissot.  —  L’organisation  de  la  ville  de  Grenoble  pour- 
rait  servir  de  modele.  L’assistance  sociale  y  jouit  de  pouvoirs 
etendus  qui  equivalent  a  ceux  des  agents  de  police. 

M.  Heuyer.  —  Dans  certains  hopitaux  et  a  Paris,  notamment 
dans  le  service  de  notre  collegue  Crouzon  a  la  Salpetriere,  le 
vole  de  l’assistance  sociale  est  bien  defini  et  s’exerce  journelle- 
ment  pour  le  plus  grand  bien  des  malades  et  des  mddecins. 

M.  Porot.  —  Je  puis  apporter  une  contribution  interessante 
a  l’organisation  du  Service  Social  dans  les  Services  de  Psychia¬ 
tric  par  l’exemple  de  ce  que  nous  avons  fait  en  Algerie,  paralle- 
lement  a  la  creation  de  nos  services  hospitaliers  de  premiere 
ligne. 

Grace  a  V Office  Algerien  d’Hygiene  et  de  Medecine  Preventive 
qui  a  bien  voulu  les  doter,  des  Dispensaires  d’Hygiene  mentale 
sont  rattaches  a  nos  services.  Celui  d’ Alger  fonetionne  depuis 
deux  ans.  A  Oran  et  Constantine,  leur  ouverture  est  imminente. 
Une  infirmiere  sociale,  retribuee  par  l’Office,  integree  dans  l’or- 
ganisation  generate  du  Service  Social  a  I’Hopital,  est. attache©  a 
mon  service. 

La  Medecine  Mentale  est,  au  premier  chef,  une  medecine 
sociale.  Elle  l’est  dans  ses  origines  immediates  ou  lointaines, 


792 


S0C1ETE  MEDICO-PSYCHOLOG1Q  UE 


individuelles  ou  collectives.  Elle  l’est  dans  ses  consequences  par 
les  repercussions  que  les  desordres  mentaux  entrainent,  de 
suite  ou  a  longue  echeance,  dans  le  milieu  familial  ou  le  grou- 
pement  social  de  l’individu  frappe.  Chaque  cas  particulier  neces- 
site  une  enquete  minutieuse  et  elargie  sur  les  circonstances 
etiologiques  de  la  maladie  ;  et  il  faut  presque  toujours  chercher 
la  verite  dans  des  depositions  contradictoires  ou  interessees, 
reduire  la  part  de  calcul  malveillant  ou  de  pudeur  mal  comprise, 
qui  pousse,  selon  les  cas,  l’entourage  a  grossir  ou  a  diminuer 
l’importance  des  reactions.  On  pent  dire  que,  contrairement  a 
la  Medecine  ou  a  la  Chirurgie  courante,  dans  lesquelles  l’obser- 
vation  directe,  objective,  fournit  presque  tous  les  elements  du 
diagnostic,  en  Psychiatrie,  c’est  l’etude  indirecte  du  comporte- 
ment  du  sujet  vis-a-vis  d’autrui,  qui,  seule,  apporte  les  rensei- 
gnements  necessaires.  Or,  tous  ces  renseignements,  le  sujet 
lui-meme  est  trop  souvent  hors  d’etat  de  les  donner  ;  les  pre¬ 
miers  temoignages  recueillis,  suivant  les  cas,  de  proces-verbaux 
de  police,  plus  ou  moins  standardises,  ou  de  parents  qui  ne  rea- 
lisent  pas  la  situation  exacte,  demandent  presque  toujours  a  etre 
completes  par  des  investigations  minutieuses  et  impartiales. 

Ajouterai-je  aussi  que  l’isolement  s’imposant  pour  la  plupart 
de  ces  malades,  le  role  de  l’infirmiere  sociale  comme  agent  de 
liaison  est  considerablement  plus  important,  dans  un  service 
de  cette  nature,  que  dans  tout  autre  service  ordinaire. 

Enfin,  plus  qu’ailleurs,  la  reprise  du  contact  avec  le  milieu, 
des  possibilites  de  sortie  et  de  surveillance  ulterieure  creent  une 
tache  importante  a  I’injirmiere  sociale. 

Le  travail  y  est  tellement  important  que  j’ai  du  demander, 
il  y  a  quelques  mois,  une  seconde  assistante. 

En  1934,  notre  dispensaire  avait  donne  87  consultations.  En 
1935,  ce  chiffre  s’est  eleve  a  267. 

Mais  la  tache  de  ce  Service  Social  ne  se  borne  pas  aux  enque- 
tes,  a  Fetablissement  des  dossiers  de  ces  267  consultants.  Notre 
intirmiere  a  encore  a  fournir  tout  le  travail  d’enquete  et  d’infor- 
mations  necessite  pour  les  434  malades  entres  dans  le  service. 
C’est  1’infirmiere  sociale  qui  retient  les  families  au  moment  de 
1’admission  pour  tacher  d’en  recueillir  le  minimum  de  rensei¬ 
gnements  necessaires  ;  c’est  elle  qui,  par  la  suite,  poursuit  a 
domicile  ou  par  correspondance  les  complements  d’informa- 
tions  utiles. 

Ce  service  est  apprecie  comme  il  le  merite,  et  il  arrive  mainte- 
nant  que  1’ Administration  Prefectorale,  saisie  de  plaintes,  de 
reclamations  ou  de  lettres  etranges,  nous  envoie  des  dossiers  a 
etudier  et  des  enquetes  a  faire  pour  la  suite  a  donner. 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


7‘J3- 


Les  services  hospitaliers  de  psychiatrie  dans  l’Afrique  du  Nord. 

(Algerie  et  Tunisie),  par  M.  A.  Pobot. 

II  peut  paraitre  inopportun  de  parler  encore  des  «  Services  de 
Psychiatrie  »  dans  les  Hopitaux  generaux.  Yous  me  permettrez 
cependant  d’y  revenir  et  je  vous  en  offre  deux  excuses.  La  premie¬ 
re  est  que  je  possede  sur  la  question  une  experience  personnelle 
vieille  de  25  ans  deja  ;  je  crois  avoir  ete,  en  elfet,  un  des  pre¬ 
miers  a  ouvrir,  en  1911,  un  de  ces  services  complets  dans  un 
Hopital  frangais,  celui  de  Tunis.  La  seconde,  c’est  que  le  debat  n’a 
concerne  jusqu’ici  que  la  region  parisienne  ou  l’on  se  trouve,  qu’on 
en  convienne  ou  non,  gene  par  des  organisations  et  des  formules 
preexistantes  qui  risquent  parfois  de  masquer  un  peu  l’horizon 
et,  par  les  traditions  qu’elles  ont  etablies,  n’assurent  peut-etre  pas 
a  l’esprit  toute  l’impartialite  et  toute  la  serenite  de  jugement  desi¬ 
rables. 

On  peut  cependant  et  l’on  doit  se  placer  a  un  point  de  vue  qui 
donne,  je  crois,  toute  garantie.  II  faut  faire  abstraction  pour  un 
instant  de  tout  ce  qui  existe  et  se  dire  ceci  :  si  nous  avions  a 
creer  de  toutes  pieces  une  assistance  mentale,  comment  la  conce- 
vrions-nous  ?  Ou,  si  vous  aimez  mieux,  quel  est  l’ideal  en  pareille 
matiere  ?  Les  directives  se .  degagent  alors  aisement.  Elies 
commandent  les  plans  d’ensemble  dans  les  pays  ou  une  organi¬ 
sation  neuve  est  a  realiser  ;  elles  fournissent,  ailleurs,  des  sug¬ 
gestions  pour  adapter  ce  qui  existe  deja  a  ce  qui  devrait  etre. 

A  cet  egard,  il  n’est  pas  douteux  —  puisque  tout  le  monde  est 
d’accord  pour  integrer  la  pathologie  mentale  dans  le  plan  de 
la  pathologie  generale  —  que  VAssistance  mentale,  comme  tou¬ 
tes  les  autres  assistances,  doit  se  faire  en  profondeur,  sur  deux 
lignes  qui  doivent  etre  articulees  entre  elles.  La  psychiatrie  a  ses 
urgences,  ses  cas  aigus  et  rapidement  curables  auxquels  la 
conception  purement  hospitaliere  doit  s’appliquer.  Elle  a  ses  for¬ 
mes  trainantes,  ses  cas  chroniques  et  incurables  qui  sont  justi- 
ciables  d’une  assistance  dans  une  seconde  zone. 

Premiere  ligne.  —  Ilya  tout  interet  a  ce  que  soient  recueillis 
au  plus  tot,  et  dans  les  conditions  de  simplification  les  plus  gran- 
des,  les  urgences  psychiatriques,  les  formes  legeres,  les  cas  aigus 
et  les  phases  initiales,  si  souvent  aigues,  des  psychoses  a  plus- 
longue  duree.  Or,  cette  premiere  ligne  d’assistance  ne  peut  etre 
realisee  nulle  part  mieux  que  dans  un  Hopital  general,  chaque 
fois  que  la  chose  est  possible.  Elle  beneficie  d’un  cadre  general 
facilement  adaptable,  d’une  reserve  de  personnel  soignant  pos- 


794 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


sedant  une  instruction  generale  a  laquelle  it  sera  facile  d’ajouter 
un  complement  technique  un  peu  special.  Elle  pourra  y  recueil- 
lir  les  psychoses  accidentelles  survenues  dans  d’autres  services 
a  l’occasion  d’une  affection  medicale,  chirurgicale  ou  obstetricale, 
qui  sont  une  quantite  non  negligeable  de  ces  psychoses  aigues. 
Les  malades  y  proflteront  de  toutes  les  ressources  de  laboratoire, 
de  radiographic,  des  secours  chirurgicaux  ou  des  examens  de 
specialistes  si  souvent  necessaires  a  cette  periode  aigue  de  la 
maladie  mentale.  Tout  cela  ne  me  parait  guere  discutable. 

2‘  ligne.  —  Puis,  en  arriere,  la  seconde  ligne  d’Assistance, 
representee  par  de  grandes  formations  sanitaires  dans  la  formule 
Asile  ou  Colonie  speciale,  absorbera  tout  ce  qui  semblera  neces- 
siter  des  soins  plus  prolonges  ou  les  cas  a  evolution  chronique. 

Elle  sera,  par  rapport  au  Service  hospitalier  de  premiere  ligne, 
ce  que  les  etablissements  de  convalescence,  les  hospices  de  chro- 
niques  et  d’incurables  sont  a  I’hopital  d’aigus. 

Cette  formule,  si  logique,  n’est  que  l’application  au  domaine 
particulier  de  la  pathologie  mentale,  du  plan  general  qui  regit 
la  repartition  de  tpus  les  malades  dont  1’Assistance  doit  s’oc- 
cuper. 

C’est  elle  qui  vient  naturellement  a  l’esprit  et  s’impose  la  ou, 
partant  de  la  table  rase,  il  faut  creer  tout  un  equipement  psy- 
chiatrique. 

Qu’on  me  permette  ici,  a  titre  d’exemple,  une  relation  succincte 
de  ce  que,  depuis  25  ans,  je  me  suis  applique  a  realiser  dans 
1’Afrique  du  Nord. 


L’ experience  tunisienne.  —  L’experience  tunisienne  se  presen- 
tait  dans  des  conditions  bien  speciales.  La,  il  n’y  avait  rien,  que 
quelques  cellules  de  secours  a  l’Hdpital  civil  fran^ais  de  Tunis 
ou  j’arrivai  comme  medecin  en  1907.  Pas  d’Asile.  Pas  meme  de 
statut  des  alienes,  puisque  dans  ce  pays,  place  sous  la  souverai- 
nete  du  Bey,  la  loi  de  1838  n’etait  pas  promulguee.  J’eus  la  bonne 
fortune  de  pouvoir  faire  construire  et  d’ouvrir  en  1911,  dans 
l’interieur  meme  de  1’Hopital,  un  Pavilion  de  25  lits  qui  fut 
inaugure,  en  1912,  a  l’occasion  du  Congres  des  Medecins  alienis- 
tes  et  neurologistes,  et  dont  les  amenagements  speciaux  ont 
donne,  a  l’usage,  toute  satisfaction. 

Ce  service  a  ete  confie,  pendant  la  guerre,  a  mes  collegues 
Lemanski  et  Plancke.  En  1921,  il  echut  a  un  medecin  de  l’Hdpi- 
tal  Frangais,  le  Docteur  Gerard,  qui  continua  ma  premiere  entre- 
prise.  La  creation  d’un  petit  Asile  a  la  Manouba,  sous  la  direction 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


795 


du  Dr  Perrussel,  realisa  la  2*  ligne  d’Assistance  que  j’avais  indi- 
quee  comme  complement  necessaire  deja  avant  1914. 

J’avais  eu  1’occasion,  dans  un  Rapport  a  l’Administration,  en 
1915,  de  montrer,  par  des  statistiques,  les  premiers  services 
rendus.  Je  dois  a  l’obligeance  du  Docteur  Gerard  des  chiffres 
complementaires  (1)  qui  nous  permettent  de  mesurer  l’activite 
de  ce  Pavilion  hospitalier  de  1911  a  1925. 


—  Entrees  totales  =  994. 

—  Sorties  par  internement  .  197,  soit  19,8  % 

Sorties  par  guerison  ou  amelioration  .  483,  soit  48,6  % 

Etats  stationnaires  .  226,  soit  22,7  % 

Deces  . '. .  88,  soit  8,8  %. 


On  peut  done  dire  que  4/5  des  malades  ont  echappe  a  Vinter- 
nement. 

Nous  avons  toujours  lutte,  le  Dr  Gerard  et  moi,  pour  que  ce 
Pavilion  gardat  son  caractere  de  section  d’Hopital  General.  C’est 
a  quoi  tendait  sa  reglementation.  Les  formalites  d’entrees  etaient 
reduites  au  minimum  :  demande  ecrite  de  mise  en  observation 
signee  d’un  membre  de  la  famille,  ordre  de  mise  en  observation 
d’ office  du  Secretaire  general  du  Gouvernement  tunisien,  s’il 
s’agissait  d’un  malade  amene  par  voie  administrative. 

Ainsi  concu,  ce  service  a  rempli  pleinement  son  role  actif  de 
prophylaxie  et  de  traitement.  II  comptait  24  lits  a  sa  creation  ; 
en  1917,  il  a  ete  porte  a  32. 

L’experience  algerienne.  —  Vous  connaissez  la  situation  pe- 
nible  des  alienes  en  Algerie,  situation  souvent  denoncee,  jamais 
corrigee  jusqu’a  ces  dernieres  annees.  Ce  vaste  pays,  de  pres  de 
6  millions  d’habitants,  n’offrait,  comme  secours  immediat, 
qu’une  soixantaine  de  cellules  reparties  dans  les  hopitaux  des 
villes  importantes,  en  attendant  1’evacuation  des  malades  sur 
les  asiles  de  la  metropole  qui  voulaient  bien  les  recevoir  ;  le 
nombre  de  ces  internes  d’outre-mer  s’etait  eleve  a  1.500.  La 
porte  ayant  ete  definitivement  fermee,  il  a  bien  fallu  que  1’ Al¬ 
gerie  realisat  les  projets  qui  sommeillaient  dans  les  cartons  en 
les  rajeunissant  et  en  les  adaptant  aux  donnees  nouvelles  de  la 
Science  et  de  l’Assistance. 

Forte  des  conclusions  de  la  Commission  de  1924,  presidee  par 
le  doyen  J.  Lepine,  elle  a  resolument  adopte  cette  Assistance  en 
deux  echelons.  Une  instruction  du  Gouverneur  general  Carde, 

(1)  Voir  Particle  et  les  documents  du  Dr  Gerard  in  Revue  Tunisienne  des 
Sciences  Medicales  et  Tunis  Medical  reunis,  sept.-oct.  1926. 


796  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

en  date  du  10  aout  1934,  a  affirme  nettement  ce  principe  du 
dedoublement,  en  instituant  :  1°  des  services  psychiatriques  de 
premiere  ligne  dans  les  hopitaux  principaux  de  chefs-lieux  de 
departement,  Alger,  Oran  et  Constantine,  services  ouverts  pour 
les  psychoses  aigues  et  les  cas  en  observation  ;  2°  un  hopital 
psychiatrique  specialise  a  Blida,  etablissement  ferme,  recevant, 
dans  les  conditions  prevues  par  la  loi  de  1838,  tous  les  malades 
alienes  justiciables  de  l’internement. 

Ces  services  comportent  : 

A  Alger,  27  lits  en  plus  des  16  cellules  anciennes  qui  ont  ete 
absorbees  et  ameliorees.  Le  service,  nouvelle  formule,  a  com¬ 
mence  a  fonctionner  le  1"  novembre  1934.  II  fonctionne  aussi 
comme  Clinique  universitaire. 

A  Oran,  on  a  construit  un  Pavilion  nouveau  qui  comporte 
55  lits  et  a  ete  ouvert  en  1933.  II  est  sous  la  direction  du  Doc- 
teur  Livet. 

A  Constantine,  on  a  pu  etablir  50  lits  en  petites  salles  de 
4  a  6  malades  ou  en  chambres  d’isolement  et  on  a  garde  la  dis¬ 
position  des  12  cellules  anciennes.  Le  service  est  ouvert  depuis 
octobre  1935  et  confie  au  Docteur  Ramee. 

Malgre  l’engorgement  transitoire  de  ces  services,  du  au  retard 
dans  la  terminaison  des  Pavilions  de  Blida,  quelques  resultats 
se  degagent  deja  qui  meritent  d’etre  retenus  et  soulignes. 

1°  En  premier  lieu,  c’est  V augmentation  considerable  des  en¬ 
trees,  comme  on  peut  en  juger  par  le  tableau  suivant  : 

Alger  Oran 


1933  .  203  155 

1934  .  244  230 

1935  .  434  360 


Soit,  entre  les  annees  1934  et  1935,  une  augmentation  de 
81  %  pour  Alger  et  de  56  %  pour  Oran,  ce  qui  montre  la  quan¬ 
tity  de  malades  mentaux  qui  ne  recevaient  pas  de  soins  en  Alge- 
rie,  faute  d’organisations  appropriees. 

En  outre,  toute  la  categoric  des  psychoses  legeres,  aite  par- 
fois  des  «  petits  mentaux  »,  restait  sans  soin  et  sans  secours 
hospitalier.  Encore  est-il  que,  du  fait  de  l’engorgement  signale 
plus  haut,  beaucoup  de  ces  derniers  n’ont  pu  etre  admis. 

2°  Une  constatation  non  moins  interessante  est  la  transfor¬ 
mation  progressive  et  heureuse  du  regime  administratif  de: 
placement. 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


Je  dois  rappeler  ici  qu’on  ne  connaissait,  en  Algerie,  que  le 
placement  d’office  et  que  tous  les  malades  entraient  avec  un 
dossier  administratif  et  un  arrete  pre'fectoral.  Sous  l’ancien  re¬ 
gime,  leur  situation  hospitaliere  repondalt  a  celle  de  «  l’aliene 
de  passage  ». 

Nous  avons  done  commence,  des  l’ouverture  des  nouveaux 
services,  a  recevoir  des  malades  par  entree  simple,  comme  toute 
entree  d’hopital  ordinaire.  Et  voici  la  proportion  de  ces  deux 
modes  d’admission  pour  1935  : 


l  Placements  administratif s  .  174 

Alger  j  servjce  ouvert  .  260 

\  Placements  administratifs  .  179 

Orax  j  service  ouvert  .  181 


On  peut  dire  d’abord  que  la  creation  du  service  ouvert,  ou¬ 
tre  qu’elle  a  entraine  l’hospitalisation  de  toute  categorie  nou- 
velle  de  malades,  a  permis  de  faire  beneficier  d’un  regime 
plus  liberal  des  malades  qui,  autrefois,  ne  pouvaient  entrer  que 
par  internement.  Alors,  en  effet,  que  le  nombre  total  des  entrees 
augmentait  de  81  %,  le  nombre  des  placements  administratifs 
diminuait  de  25  %  :  il  n’etait,  en  1935,  que  de  174  contre  232 
en  1934. 

Mais  voici  le  fait  nouveau  et  le  plus  important  :  e’est  que  ces 
services  —  contrairement  a  l’orthodoxie  administrative  —  sont 
mixtes  et  bivalents.  Nous  recevons  dans  un  service  commun  : 

1°  des  malades  objet  d’une  mesure  d’internement  qui  vien- 
nent  pour  observation  et  sont  consideres  comme  «  en  passage  », 
passage  que  les  difficultes  d’evacuation  prolongent  parfois  anor- 
malement  ; 

2°  des  malades  libres  qui  sejournent  autant  que  leur  etat  le 
necessite. 

II  arrive  —  comme  corollaire  —  que  des  malades  «  places  » 
et  dont  la  guerison  se  produit  assez  vite,  quittent  le  service  sans 
avoir  ete  evacues  sur  un  etablissemeAt  asilaire  et  que  des  mala¬ 
des  «  libres  »,  une  fois  reconnu  le  caractere  dangereux  de 
leurs  reactions  ou  leurs  tendances  protestaires,  font  l’objet 
d’une  demande  d’internement  dont  nous  saisissons  la  Prefec¬ 
ture.  A  titre  documentaire,  voici  pour  le  service  d’ Alger,  en 
1935,  les  evolutions  et  les  changements  de  regime  qui  se  sont 
produits.  Sur  174  placements  administratifs,  122  seulement  ont 
fait  l’objet  d’un  internement  definitif  apres  observation,  soit 
70  %.  Par  contre,  sur  260  entrees  libres,  47  ont  fait  l’objet 
d’une  demande  d’internement,  soit  18  %. 


798 


SOC1ETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Nous  avons  senti  toute  la  delicatesse  de  cette  situation  au 
regard  de  la  loi  de  1838.  Aussi  avons-nous  tenu  a  la  regulariser 
et  a  donner  un  reglement  a  ces  services.  A  ce  reglement  ont 
collabore  les  representants  de  l’Administration,  les  medecins 
qualifies  et  un  representant  du  Parquet  General.  II  a  ete  promul- 
gue  sous  forme  d’Instruction  signee  du  Gouverneur  General  en 
date  du  10  aout  1934.  J’en  reproduis  ici  les  articles  concernant 
les  admissions  et  les  sorties. 

Article  5.  —  Ce  service  repoit  tous  les  malades  atteints  de  troubles 
psychiques  ou  psychonevrosiques. 

Pour  les  malades  presentant  des  troubles  legers  et  inoffensifs, 
l’admission  est  soumise  aux  reglements  d’administration  generate 
de  l’hopital  et  se  fait  dans  les  memes  conditions  que  pour  les  autres 
services,  a  la  demande  du  malade  ou  de  sa  famille. 

Article  6.  —  Ce  service  re$oit  aussi  les  malades  qui,  dans  un 
autre  service  de  l’hopital,  presenteraient  accidentellement  des  trou¬ 
bles  mentaux. 

Ce  transfert  se  fera  par  une  simple  mutation  de  salle  ordinaire, 
mais  a  la  condition  que  le  medecin  du  service  de  psychiatrie  ait  ete 
appele  au  prealable  a  donner  son  avis. 

Article  7.  —  Dans  certains  cas,  lorsqu’il  s’agit  d’un  sujet  trou- 
blant  manifesjement  l’ordre  public  ou  mena?ant  la  securite  des 
personnes,  l’admission  peut  se  faire  par  voie  administrative,  selon 
la  formule  de  placement  d’ofFice  (art.  18  de  la  loi  de  1838),  sur  le  vu 
d’un  dossier  constitue  par  : 

a)  un  arrete  prefectoral  de  placement  ; 

b)  un  certificat  medical  n’ayant  pas  15  jours  de  date  ; 

c)  des  pieces  d’identite. 

Article  8.  Mais,  en  cas  d’urgence  ou  de  danger  imminent,  a  la 
demande  du  malade  ou  de  la  famille  ou  des  autorites,  conformement 
a  1  article  19  de  la  loi  de  1838,  ce  service  recoit  le  malade  sur  un 
simple  arrete  du  Maire  de  la  commune  ou  de  l’Administrateur  de  la 
commune  mixte,  ou  sur  avis  du  Commissaire  de  police  des  grandes 
villes,  etant  entendu  que  les  autorites  en  cause  en  refereront  imme- 
diatement  au  Prefet. 

Dans  un  delai  maximum  de  15  jours,  le  medecin  du  service  de 
psychiatrie  doit  faire  parvenir  a  l’Administration  prefectorale  son 
avis  sur  la  necessite  ou  non  d’une  procedure  d’internement,  ou  d’une 
prolongation  d’observation,  s’il  le  juge  necessaire. 

Article  9.  —  Dans  toutes  les  circonstances  prevues  par  la  loi,  le 
Procureur  de  la  Republique  aura  la  faculte  de  visiter  les  malades 
en  traitement  dans  ce  service. 

Article  10.  Toute  sortie  doit  etre  soumise  a  l’avis  prealable  du 
medecin. 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


799 


Article  11.  —  La  sortie  a  lieu  daus  les  conditions  ordinaires  de 
l’hopital  general,  si  l’admission  s’est  faite  librement  et  si  le  medecin 
estime  qu’il  n’y  a  aucun  danger. 

Mais  il  pourra  toujours  etre  exige  une  decharge  de  la  famille,  si  le 
medecin  le  juge  utile. 

Article  12.  —  Si  meme  le  medecin  traitant  estime  que  la  sortie 
demandee  par  le  malade  ou  sa  famille  est  perilleuse  et  peut  com- 
promettre  1’ordre  public  ou  la  securite  des  personnes,  il  en  referera 
immediatement  au  Prefet  et  il  sera  sursis  provisoirement  a  la  sortie 
jusqu’a  ce  qu’un  ordre  special  de  maintien  et  de  placement  d’office  in- 
tervienne. 

Pareille  mesure  pourra  etre  demandee  a  tout  moment  au  cours  de 
l’hospitalisation,  si  le  medecin  l’estime  necessaire. 

Article  13.  —  Si  le  medecin  traitant  estime  que,  pendant  la  pe- 
riode  d’observation  des  malades  places  par  autorite  administrative, 
la  maladie  a  perdu  son  caractere  d’acuite  et  de  danger,  il  pourra 
signer  la  sortie  du  malade  ;  avis  en  sera  transmis  aux  autorites. 

Article  14.  —  Lorsqu’un  malade,  admis  dans  les  conditions  pre- 
vues  par  les  art.  7  et  8,  et  sorti  depuis  moins  de  15  jours,  presente  a 
nouveau  des  troubles  rendant  necessaire  son  retour  au  service  de 
psychiatrie,  il  sera  reintegre  sans  nouvel  arrete. 

Article  15,  —  Lorsque  la  maladie  mentale,  par  sa  duree  ou  son 
caractere  dangereux,  necessitera  l’internement,  le  malade  sera  eva- 
cue,  par  la  procedure  ordinaire,  sur  un  etablissement  d’internement: 
hopital  psychiatrique,  asile,  etablissement  prive  ferine  (deuxieme 
ligne  d’assistance). 

J’ajoute  que  pour  tous  les  malades  entres  par  placement  admi- 
nistratif,  un  registre  special  rappelant  le  classique  «  Registre  de 
la  Loi  »  est  soigneusement  tenu  a  jour. 

Une  seule  fois,  une  plainte  au  Garde  des  Sceaux  s’etant  pro- 
duite  de  la  part  d’un  dipsomane  place  a  la  suite  de  scenes  de 
violence  a  motive  une  enquete  du  Parquet  ;  cette  enquete  a 
tourne  a  la  confusion  des  plaignants  et  le  Rapport  du  Parquet, 
longuement  et  dument  motive,  a  confirme  la  regularity  de  la 
procedure  et  fixe  en  quelque  sorte  la  jurisprudence. 

Quant  aux  locaux,  ils  se  composent  de  deux  sections  :  une 
salle  commune  avec  quelques  chambres,  d’une  part  ;  une  section 
d’isolement  composee  des  anciennes  cellules  rajeunies,  mais  en 
liaison  par  un  couloir  de  service  avec  la  salle  commune. 

Le  quartier  cellulaire,  autrefois  seul  existant  et  reserve  aux 
malades  places  administrativement,  a  encore  une  majorite  d’in- 
ternes  ;  mais  nous  n’hesitons  pas  a  y  mettre,  a  l’occasion,  des 
malades  «  libres  »,  temporairement  agites,  de  meme  que  nous 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


n  avons  aucun  scrupule  a  placer  en  salle  commune  au  milieu 
des  malades  «  libres  »  des  internes  tranquilles  ou  en  voie  de 
guerison.  L’etiquette  et  la  categorisation  ne  jouent  pas  sur  les 
locanx,  mais  sur  les  individus. 

3°  Voici  maintenant  quelques  donnees  statistiques  : 

La  mortality  generale  est  tombee  a  Alger  comme  a  Oran,  pour 
les  annees  1934  et  1935,  entre  4  et  5  %,  alors  qu’elle  etait  de  8 
a  10  %  sous  l’ancien  regime  cellulaire  de  passage. 

En  ce  qui  concerne  la  duree  de  sejour,  voici  les  chiffres  du  ser¬ 
vice  d’ Alger  pour  l’annee  1935  : 

68  %  des  malades  sont  restes  moins  d’un  mois  ; 

27  %  de  1  a  3  mois  et  5  %  seulement  plus  de  3  mois  ; 
ce  qui  est  interessant  tout  de  meme,  etant  donne  que  ce  service 
assure  le  traitement  pyretotherapique  des  paralytiques  generaux. 

Quant  aux  modes  de  sorties,  voici  la  repartition  : 


Deces  . 21,  soit  4,9  % 

Evacuations  sur  d’autres  services  hospitaliers  16,  soit  3,8  % 

Evacuations  sur  des  services  d’incurables.  . .  28,  soit  6,6  % 

Internments  .  167,  soit  39,5  % 

Guerisons  et  ameliorations  sociales  suffisantes  190,  soit  45  % 

Total  des  sorties  .  422 


Je  ne  veux  pas  terminer  cet  expose  sans  dire  un  mot  du  «  Ser¬ 
vice  Social  »  prevu  pour  chacun  de  ces  services  hospitaliers  de 
premiere  ligne.  J’ai  vu  avec  satisfaction  que  la  question  avait 
retenu  l’attention  de  votre  Societe. 

Je  ne  saurai  trop  en  souligner  l’importance  et  les  services  ren- 
dus.  Intimement  unie  au  service  d’observation  et  de  traitement, 
et  au  Dispensaire,  le  Service  Social  amplifie  singulierement  la  por- 
tee  de  ces  services  hospitaliers  de  premiere  ligne. 


Quelles  conclusions  tirer  de  cet  expose  ? 

A.  —  Les  unes  sont  d’interet  local  et  je  ne  m’y  appesantirai 
pas.  La  creation  de  ces  services  hospitaliers,  que  je  suis  heureux 
d’avoir  pu  faire  realiser  en  Afrique  du  Nord,  s’est  revelee 
comme  un  moyen  heureux  et  efficace  d’amortir  la  crise  de  l’As- 
sistance  mentale.  En  Tunisie,  elle  a  pare  au  plus  presse  et  per- 
mis  d’attendre  pendant  plusieurs  annees  l’amenagement  d’un 
petit  asile.  En  Algerie,  elle  a  ete  realisee  deliberement  et  paralle- 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


lement  a  la  construction  d’un  grand  asile  dans  un  plan  d’ensem- 
hle  oil  chacune  des  deux  lignes  trouve  sa  place  et  ses  indications. 

N’etant  pas  handicapes  par  des  formules  et  des  traditions 
anciennes,  nous  avons  pu  d’emblee  presenter  a  l’Administration 
et  lui  faire  realiser  des  pro  jets  en  conformite  avec  les  conceptions 
modernes  de  l’assistance  et  les  donnees  scientifiques  qui  doivent 
s’etendre  a  la  pathologie  mentale. 

Avant  un  an,  nous  pensons  avoir  termine  notre  equipement 
d’Assistance  mentale  et  le  voir  realise  en  profondeur  avec  des 
organismes  bien  articules  entre  eux,  comme  il  se  doit  a  l’heure 
actuelle. 

II  y  a  la,  pensons-nous,  une  lecon  de  choses  qu’il  peut  etre 
deja  utile  de  consulter  et  qui,  sur  le  plan  d’ensemble,  comme 
dans  certains  details  de  fonctionnement  ou  de  reglementation, 
justifie  l’opportunite  et  la  necessity  d’assouplir,  en  les  moderni- 
sant,  les  anciennes  formules. 

B.  —  D’un  point  de  vue  plus  general,  je  me  permets  de  revenir 
sur  des  principes  qui  ont  fait  leurs  preuves.  Logiques  dans  leur 
conception,  ils  se  sont  averes,  dans  la  pratique,  grandement  utiles 
et  parfaitement  viables. 

Je  n’aurai  pas,  certes,  la  pretention  indiscrete  et  temeraire  de 
m’immiscer  et  de  prendre  parti  dans,  un  debat  concernant  les 
retouches  a  apporter  a  l’organisation  metropolitaine.  A  chacun 
son  domaine. 

Toutefois,  je  crois  que  1’heure  est  venue  de  marquer  nettement 
le  dedoublement,  sur  deux  lignes,  de  l’Assistance  mentale.  Elle 
est,  nous  1’avons  dit,  dans  la  logique  des  choses  et  tout  le  monde 
en  sent,  clairement  ou  confusement,  le  besoin  :  —  les  medecins, 
qui  ne  peuvent  se  derober  aux  necessites  de  la  science  moderne 
et  au  secours  que  leur  apportent  d’autres  services  ou  de  grands 
laboratoires  ;  —  le  public,  qui  souffre  et  souffrira  longtemps 
encore  du  regime  trop  special  et  discreditant  de  l’Asile.  Ame- 
nons-le  doucement  et  par  etapes  aux  necessites  de  l’internement 
quand  il  est  necessaire,  apres  lui  avoir  montre  que  nous  avions 
tout  fait  pour  l’eviter.  Il  faut,  a-t-on  dit,  combattre  un  prejuge. 
N’est-ce  pas  la  le  moyen  le  plus  habile,  le  plus  rapide  et  le  plus 
sur  de  faire  tomber  les  preventions  ?  Pareil  etat  de  choses 
n’existe-t-il  pas  deja,  comme  l’a  fait  remarquer  Rene  Charpen- 
tier,  pour  les  malades  aises  qui  peuvent  faire  les  frais  de  Maisons 
de  Sante  ?  Dans  un  pays  democratique,  n’est-il  pas  choquant  ce 
privilege  des  malades  fortunes  ?  L’etranger  nous  a  donne  l’bxeni' 
pie,  comme  l’ont  donne  aussi  quelques  villes  heureuses  en  France, 
ainsi  qu’on  l’a  rappele. 

Ann.  Med.-psych.,  XVe  serie,  94e  annee,  t.  I.  —  Mai  1936.  Cl . 


802 


SOC1ETE  MEVICO-PSYCHOLOGIQUE 


Le  principe  admis,  comment  realiser  la  chose  ?  Partout  ou  il 
y  a  une  tres  grande  agglomeration  et  un  grand  Hopital  General,, 
il  doit  y  avoir  un  service  de  Psychiatrie,  service  totalitaire,  pour 
employer  une  expression  en  faveur,  non  pas  seulement  pour  les 
agitations  temporaires  et  intercurrentes  qui  peuvent  surgir  dans 
tous  les  services,  mais  pour  toute  la  Psychiatrie  courante  venue 
du  dehors,  service  d’observation  et  de  traitement  qui  fera  le  triage, 
procedera  aux  internements  devenus  necessaires,  auquel  sera 
rattache  le  Service  social  qui  se  doublera  d’un  service  d’enseigne- 
ment  dans  les  villes  universitaires  ou  les  etudiants  se  repandent 
dans  les  cliniques  hospitalieres. 

Partout  ou  ces  services  de  premiere  ligne  pourront  etre  crees, 
sans  dommage  pour  les  organisations  ou  les  situations  existantes, 
c’est  a  cette  formule  que  l’on  doit  tendre.  Ailleurs,  et  a  Paris  en 
particulier,  on  doit  se  penetrer  de  ces  directives  pour  des  adapta¬ 
tions  dont  il  ne  m’appartient  pas  de  fixer  les  modalites,  mais  que 
l’interet  des  malades  et  du  public  devra  toujours  inspirer. 

M.  Perrussel.  —  En  ce  qui  concerne  Tunis  oil  M.  Porot  nous 
dit  que  l’assistance  psychiatrique  est  son  oeuvre,  il  ne  semble 
pas  que  le  souci  de  la  competence  attestee  par  le  titre  de  mede- 
cin  des  asiles  publics  d’alienes  obtenu  au  concours,  soit  pour 
grand’chose  dans  les  affectations  de  service.  C’est  ainsi  que  l’at- 
tribution  de  la  consultation  psychiatrique  de  l’hopital  n’echut 
pas  au  candidat  qui  possedait  ce  titre  et  qui  etait  moi.  Et  il  en 
est  de  meme  pour  mon  successeur. 

M.  Hamel.  —  C’est  toujours  avec  plaisir  et  profit  que  nous 
ecoutons  M.  le  Professeur  Porot  nous  rapporter  les  progres  de 
ses  organisations  psychiatriques  en  Algerie.  Je  ne  puis  que  me 
ranger  entierement  a  son  opinion  en  ce  qui  concerne, la  necessity 
d’etablir  une  double  ligne  therapeutique,  la  premiere  etant  cons¬ 
titute  par  le  traitement  en  cure  fibre,  avec  tout  ce  que  cette 
conception  comporte  d’avantages  pour  les  malades  mentaux. 

Il  y  a  surement  quelques  reserves  a  faire  sur  la  possibility  de 
faire  beneficier  tous  les  malades  mentaux  sans  exception  de  la 
cure  fibre.  Mais  une  discussion  sur  ce  point  nous  entrainerait 
bien  loin,  et  ce  serait  poser  a  nouveau  dans  son  ensemble  le 
probleme  des  indications  et  des  contre-indications  du  service 
ouvert. 

Je  me  bornerai  done  a  une  seule  observation.  M.  le  Profes¬ 
seur  Porot  estime  qu’il  serait  desirable  que,  partout  ou  cela 
est  possible,  dans  les  grandes  villes  en  particulier,  le  service 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


ouvert  Soit  partie  integrante  de  l’hopital  general.  Des  arguments 
importants  militent  au  contraire,  a  mon  sens,  pour  l’accolement 
aux  asiles  de  ces  services  de  cure  libre.  Je  ne  veux  en  retenir  ici 
qu’un  seul  :  Tout  le  premier,  M.  Porot  proclame  que  ces  servi¬ 
ces  doivent  etre  confies  a  des  medecins  qualifies  et  que  ses  colla- 
borateurs  ont  tous  recu  la  formation  psychiatrique  dans  les 
asiles  de  la  metropole.  Comment  dans  ces  conditions,  etant 
donne  la  situation  actuelle  de  Penseignement  de  la  psychiatrie 
dans  nos  Facultes,  peut-il  esperer  trouver  meme  dans  les  gran- 
des  villes,  en  dehors  des  medecins  du  cadre  des  asiles,  des  alie- 
nistes  qualifies  ?  En  dehors  de  cas  particuliers,  seuls  les  mede¬ 
cins  des  asiles  peuvent  diriger  des  services  de  maladies  menta- 
les  oiiverts  ou  non,  et  il  en  sera  de  meme  pendant  longtemps 
sans  doute.  C’est  une  des  raisons,  mais  elle  est  loin  d’etre  la 
seule  qui  milite  en  faveur  du  point  de  vue  que  nous  avons  sou- 
tenu  recemment,  mes  collegues  de  la  Commission  des  Asiles  et 
moi-meme,  devant  le  Conseil  Superieur  de  l’Assisrance  Publi- 
que,  a  propos  de  1’etude  du  nouveau  reglement  du  service  inte- 
rieur  des  asiles.  La  legislation  en  vigueur  ne  permettant  pas  de 
reglementer  les  services  ouverts,  dont  l’existence  au  regard  de 
la  loi  de  1838  n’est  pas  legale,  nous  avons  obtenu  cependant  que 
sous  forme  de  «  note  annexe  »  la  possibility  de  creer  de  tels 
services,  a  proximite  des  asiles  et  sous  la  direction  des  mede¬ 
cins  du  cadre  des  asiles,  soit  au  moins  signalee. 

M.  Rene  Charpentier.  —  Dans  le  compte  rendu  de  la  discus¬ 
sion  qui  eut  lieu  sur  le  meme  sujet  a  la  seance  du  27  avril  1936, 
il  est  dit  (page  606)  que  le  nombre  des  alienes  internes  a  la  charge 
du  departement  de  la  Seine  est  de  8.000.  Je  crois  utile  de  preciser 
que  le  nombre  de  ces  malades  est  actuellement  de.  19.000  environ. 

M.  Picard.  —  Tout  en  louant  M.  le  Professeur  Porot  de  son 
oeuvre  considerable  pour  la  creation  et  1’organisation  de  l’assis- 
tance  psychiatrique  en  Afrique  du  Nord,  certaines  reserves  me 
paraissent  devoir  etre  formulees  quant  aux  formations  sur  deux 
lignes,  qui  veulent  rester  tres  distantes  l’une  de  l’autre,  des 
mesures  a  appliquer  aux  malades  mentaux. 

Ce  n’est  pas,  comme  M.  le  Professeur  Porot  vient  de  le  dire, 
diminuer  le  prejuge  qui  regne  a  l’egard  des  maladies  mentales 
que  de  vouloir  des  la  phase  aigue  (qui  peut  necessiter  les  memes 
mesures  de  preservation  sociale,  les  memes  moyens  de  coerci- 
tion,  les  memes  obligations  de  protection,  tant  individuelle  que 
des  biens)  operer  un  triage  selon  des  pronostics  qui  peuvent 
etre  controuves  ;  ce  n’est  pas  rendre  a  l’aliene  sa  qualite  de 


804  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

malade,  que  de  faire  de  1’asile  un  endroit  ou  ne  serait  plus  per- 
mise  aueune  esperance.  De  la  sorte,  on  ne  fait  que  fortifier  au 
contraire  la  facheuse  prevention  du  public  a  laquelle  partici- 
pent  trop  de  medecins  et  que  ne  manquent  jamais  d’appuyer 
malencontreusement  certains  journalistes  comme  certains  hom- 
mes  politiques,  a  savoir  que  tout  aliene  etant  irremediablement 
perdu,  toute  sortie  est  l’aveu  d’une  erreur  de  diagnostic. 

M.  Guiraud.  —  Nous  devons  remercier  M.  Porot  de  la  fran¬ 
chise  et  de  la  nettete  de  son  expose.  Nous  voyons  maintenant  ou 
nous  conduit  cette  question  des  services  ouverts  des  hopitaux 
posee  devant  la  Societe  depuis  quelques  seances.  Jusqu’ici  il 
avait  ete  question  de  petits  ou  de  moyens  services  destines  a 
traiter  des  cas  legers  et  rapidement  curables  de  troubles  men- 
taux  tels  que  :  maladies  febriles  bruyantes,  ivresses  prolongees, 
depressions  et  confusions  legeres,  tentatives  de  suicide  d’amou- 
ieux  delaisses.  II  est  bien  legitime  d’eviter  a  de  pareils  malades 
les  inconvenients  de  1’internement.  Nous  ne  pouvons  qu’approu- 
ver  ces  services  ouverts  a  condition,  comme  l’ont  dit  tres  bien 
MM.  Baruk  et  Delmas,  qu’ils  soient  vraiment  ouverts,  sans 
moyen  de  contention,  et  que  le  maintien  des  malades  y  soit  bref. 

La  realisation  du  Professeur  Porot  est  toute  difterente.  Tous 
les  psvchopathes  sans  exception  doivent  etre  traites  sans  inter- 
nement  tant  qu’ils  ne  sont  pas  incurables  et  le  residu  seulement 
doit  etre  interne  dans  un  Asile.  Or,  dans  leur  grande  majorite, 
les  malades  mentaux  :  1°  doivent  etre  maintenus  en  traitement 
malgre  leur  volonte  ;  2°  ne  guerissent  qu’apres  un  intervalle  de 
3  mois,  6  mois,  un  an  et  plus.  Contre  cette  realite,  la  phobie  de 
l’internement,  plus  intense  chez  certains  medecins  que  dans  le 
public,  reste  impuissante.  La  preuve,  c’est  que  quand  un  psy- 
chopathe  est  place  dans  le  service  de  M.  Porot,  on  fait  faire  une 
demande  par  la  famille,  on  previent  l’autorite  administrative  et 
on  inscrit  son  nom  sur  un  registre  que  sans  doute  par  ironie  on 
doit  appeler  registre  de  la  loi.  G’est  1’internement  sans  le  mot, 
avec  cette  difference  que  cette  pratique  est  illegale,  que  nous  ne 
savons  pas  comment  sont  proteges  les  Mens  du  malade,  com¬ 
ment  et  de  quel  droit  sa  correspondance  est  controlee,  quels 
sont  ses  moyens  de  defense  et  de  protestation.  Sans  doute,  on 
peut  admettre  que  le  Prefet,  avant  de  signer  un  arrete  de  pla¬ 
cement  d’office,  peut  decider  le  maintien  en  observation,  mais 
ce  maintien  provisoire  ne  saurait  raisonnablement  exceder  une 
ou  deux  semaines.  Le  regime  d’ Alger  ressemble  a  celui  de  la 
France  avant  la  loi  de  1838  ;  il  ne  peut  exister  que  par  le  consen- 


SEANCE  DU  25  MAI .  1936 


805 


tement  des  autorites  administratives  et  judiciaires  jusqu’au  jour 
ou  des  malades  protestataires  et  connaissant  la  procedure 
s’adresseront  non  plus  au  Garde  des  Sceaux  mais  reclameront 
une  forte  indemnity  en  dedommagement  d’une  sequestration 
illegale. 

Nous  estimons  que  cette  organisation  est  un  exemple  a  ne  pas 
suivre.  Pour  le  departement  de  la  Seine  ou  on  interne  5  a  6.000 
alienes  par  an,  il  ne  saurait  en  etre  question.  Pour  les  trois 
quarts  des  departements  francais,  il  ne  faut  pas  oublier  qu’il 
n’y  a  de  competents  en  psychiatrie  que  les  medecins  des  Asiles. 
Restent  une  dizaine  de  grandes  villes,  sieges  de  Faeultes  de  me- 
decine,  ou  la  solution  a  ete  resolue  autrement  qu’a  Alger.  La, 
si  l’on  veut  traiter  des  psychopathes  a  l’hopital,  il  est  bien  facile 
d’y  creer  a  la  fois  un  service  ouvert  et  un  quartier  d’hospice 
conforme  a  la  loi  de  1838. 

Si  nous  protestons  contre  le  renforcement  du  prejuge  de  1’in- 
ternement  par  les  medecins,  c’est  parce  que  nos  malades  —  dont 
la  majorite  est  curable,  comme  le  montrent  les  statistiques  de 
sortie  des  Asiles  —  souffrent  de  cette  campagne.  Ils  tendent  a 
etre  consideres  partout  comme  des  residus,  et  cela  nous  empe- 
che  d’obtenir  pour  eux  laboratoires  et  installations  de  traite- 
ments  modernes.  On  l’a  bien  vu  pour  le  departement  de  la  Seine 
ou  d’enormes  sacrifices  pecuniaires  (laboratoires,  specialistes, 
etc.)  ont  ete  jusqu’ici  reserves  aux  psychopathes  non  internes, 
alors  que  legalement  le  departement  a  la  seule  charge  des  psy¬ 
chopathes  internes. 

M.  Porot.  —  J’insiste  sur  ce  fait  qu’il  n’est  jamais  entre  dans 
mon  esprit  de  diminuer  le  merite  des  situations  actuelles  et  de 
toucher  aux  garanties  que  donne  le  recrutement  special  des 
medecins  d’asile  ;  et  la  meilleure  preuve  est  que  i’ai  tenu  la 
main,  en  Algerie,  a  ce  que  les  medecins  appeles  a  diriger  les 
services  hospitaliers  de  premiere  ligne  offrissent  toutes  les 
garanties  de  technicite  desirable. 

Mais  je  maintiens  le  principe  que  je  viens  de  defendre,  d’un 
dedoublement  en  profondeur  de  l’assistance  mentale.  Ou  il  n’y 
a  rien,  la  chose  est  aisee  a  etablir  d’emblee.  Quant  aux  modali- 
tes  d’adaptation  pour  les  organisations  deja  existantes,  qu’im- 
portent  ces  modalites,  pourvu  qu’elles  s’inspirent  du  principe 
en  cause.  Que  l’on  pose  une  premiere  ligne  devant  l’Asile  ou  que 
ce  soit  1’Asile  qui  detache  en  avant  de  son  service  fernj^.  un  ser¬ 
vice  ouvert,  la  chose  revient  au  meme.  A  chacun  de  resoudre  le 
probleme  en  s’inspirant  des  contingences  locales. 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Quant  a  faire  des  Services  hospitaliers  de  Psyciiiatrie  dans 
tous  les  hopitaux  generaux,  je  n’ai  jamais  envisage  cela  et 
j’estime  qu’on  doit  les  reserver  pour  les  tres  grosses  agglome¬ 
rations  et  les  tres  grands  hopitaux. 


Maladie  de  Biermer  et  responsabilite  mddico-legale  (a  propos 

d’une  expertise),  par  MM.  A.  Porot  et  R.  Valence  (d’Alger). 

La  maladie  de  Biermer  est  a  l’ordre  du  jour  des  Societes  Sa-: 
vantes  et  la  Societe  Medico-psychologique  elle-meme  a  entendu 
plusieurs  communications  toutes  recentes  sur  les  syndromes 
psycho-anemiques.  On  a  cherche  a  assimiler  ces  derniers  aux 
tableaux  observes  dans  les  toxi-infections  et  relate  plusieurs 
fois  des  manifestations  rappelant  le  syndrome  de  Korsakof. 
Toutefois,  comme  on  l’a  fait  remarquer,  il  ne  semble  pas  que 
l’on  puisse,  dans  les  differents  cas  observes,  degager  une  formule 
mentale  constante. 

II  fallait  s’attendre,  comme  corollaire,  a  voir  ces  etats  patho- 
logiques  soulever  parfois  des  problemes  d’ordre  medico-legal. 

Voici  precisement  un  cas  ou  la  question  de  responsabilite  a 
surgi  a  propos  d’une  malade  traduite  devant  la  Cour  d’Assises 
pour  une  tentative  d’assassinat. 

Au  cours  de  son  incarceration,  cette  malade  presenta  des 
troubles  d’asthenie  assez  graves  pour  motiver  son  hospitalisa¬ 
tion  et  c’est  a  cette  occasion  que  le  diagnostic  d’anemie  de  Bier¬ 
mer  fut  porte  apres  un  examen  clinique  et  des  recherches  hema- 
tologiques.  L’epreuve  du  traitement,  au  surplus,  fut  peremptoire. 
Un  premier  expert  commis  par  l’instruction  avait  conclu  a  1’in- 
tegrite  mentale  et  a  la  responsabilite.  Mais,  la  defense  ayant  fait 
citer  le  medecin  traitant  comme  temoin,  ce  dernier  crut  devoir 
faire  de  serieuses  reserves  sur  l’integrite  mentale  de  sa  patiente. 
La  Cour  dut  recourir  a  la  nomination  de  nouveaux  experts  pour 
s’eclairer  entre  ces  avis  contradictoires.  C’est  dans  ces  condi¬ 
tions  que  nous  eumes  a  connaitre  de  cette  affaire  et  que  notre 
avis  fut  sollicite. 

Voici  les  faits  : 

Mme  P...  Josephine,  agee  de  46  ans,  etait  veuve  avec  3  enfants, 
quand  elle  fit  la  connaissance  d’un  voisin,  marie  lui-meme  et  pere 
de  famille,  qui  devint  son  amant  pendant  2  ans,  dit-elle  (2  mois,  dit 
son  partenaire),  et  lui  fit  faire  4  fausses  couches.  II  lui  avait  promis 
le  manage,  lui  aurait  emprunte  15.000  francs  sans  reconnaissance 
pour  acheter  une  propriety  dans  Pinterieur,  mais  se  derobait  ensuite 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


807 


a  tous  ses  engagements.  Lassee  de  ces  deceptions  l’inculpee  cher- 
chait  a  rejoindre  son  amant  qui  se  derobait  aux  rendez-vous.  Finale- 
ment,  un  jour,  elle  se  trouvait  en  presence  de  la  fille  ainee  de  son 
seducteur,  jeune  fille  de  26  ans  qui  s’etait  toujours  opposee  au 
mariage  de  son  pere  ;  apres  une  discussion  courte,  mais  violente, 
elle  tirait  sur  son  antagoniste  3  coups  d’un  revolver  achete  2  mois 
auparavant  ;  l’un  deux  atteignait  la  victime  au  cerveau  et  entrainait 
une  hemiplegie  droite  definitive.  C’etait  le  17  juillet  1934.  Josephine 
P...  fut  incarceree  aussitot.  Comme  elle  n’avait  plus  ses  regies,  elle 
se  pretendit  enceinte  ;  une  visit©  medicale  conclut  a  de  simples 
troubles  de  la  menopause.  Le  22  fevrier  1935,  un  premier  examen 
mental  fut  present  qui  conclut  a  une  intelligence  normale  et  a  la 
responsabilite  entiere. 

En  prison,  elle  resta  pres  d’un  an  bien  portante,  puis  se  plaignait 
•de  lassitude  et  le  registre  medical  de  la  prison  montre  que,  depuis 
mai  1935,  on  dut  la  soigner  pour  asthenie,  anemie  et  troubles  car- 
diaques.  Elle  dut  s’aliter  et  finalement  fut  evacuee  a  l’hopital  le 
7  novembre. 

La  le  diagnostic  d’anemie  de  Biermer  fut  porte,  ainsi  que  celui  de 
dissociation  auriculo-ventriculaire  et  voici  le  resume  de  l’observa- 
tion  clinique  (1)  : 

Asthenie,  troubles  gastro-intestinaux  (vomissements,  diarrhee, 
anorexie). 

Troubles  de  la  sensibilite  subjective  et  objective  ;  perte  de  la 
sensibilite  vibratoire  aux  membres  inferieurs.  Reflexes  normaux. 

Fievre  continue  aux  environs  de  38°.  Traces  d’albumine. 

Pouls  petit,  irregulier  et  ralenti.  Souffle  systolique  intense  de  la 
base.  L’electrocardiogramme  confirm©  le  diagnostic  de  dissociation 
auriculo-ventriculaire. 

Le  tubage  gqstrique  montre  une  anachlorhydrie  absolue. 

L’examen  du  sang  indique,  a  la  date  du  23  novembre  : 

G.R.  =  2.380.000  avec  valeur  globulaire  a  1,25.  Anisocytose,  poiki- 
locytose.  Megaloblastes  typiques  a  1’epreuve  de  l’adrenaline.  Le  chif- 
fre  globulaire  tombe  jusqu’a  1.200.000  et  la  valeur  globulaire 
s’eleve  jusqu’a  2,04. 

L’epreuve  therapeutique  (methode  de  Whipple)  apporte  une 
confirmation  definitive  au  diagnostic.  Au  debut  de  fevrier  1936,  le 
nombre  des  globules  rouges  est  remonte  a  5  millions,  la  valeur  globu¬ 
laire  etant  de  1,19. 

Les  seules  donnees  que  nous  possedons  sur  1’etat  psychique,  conte- 
nues  dans  1’observation  prise  a  l’hopital,  sont  que  la  malade  etait 
«  sombre  et  toujours  reticente  »  au  moment  de  son  entree  et  qu’en 
moins  de  2  mois,  il  y  avait  «  un  changement  total  dans  son  aspect, 

(1)  Cette  observation  detaillee  a  etc  rapportee  a  la  Societe  Medicale  des 
Hopitaux  de  Paris,  n°  11  des  Bulletins  et  Memoires,  30  mars  1936',  p.  152'. 


S0C1ETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


qu’elle  causait  volontiers  avec  ses  conipagries  de  lit  et  qu’elle  n’avait 
plus  cet  air  sombre  qui  frappait  des  l’abord  ». 

C’est  le  18  mars  1936  qu’elle  comparaissait  devant  la  Cour  d’As- 
sises  et  qu’etait  prescrite  une  nouvelle  expertise. 

Au  moment  de  notre  examen  (debut  de  mai  1936),  il  n’y  avait 
aucun  symptome  neurologique,  pas  de  deficit  moteur,  pas  de  trouble 
de  la  coordination  ;  tous  les  reflexes  tendineux  et  cutanes  etaient 
normaux;  la  sensibilite  vibratoire  etait  encore  emoussee  aux  mem- 
bres  inferieurs;  la  notion  de  position  etait  conservee.  II  n’y  avait  pas 
de  Romberg. 

Les  signes  cliniques  d’une  dissociation  auriculo-ventriculaire  per- 
sistaient,  ainsi  que  le  souffle  systolique  de  la  base. 

Quant  a  I’etat  mental,  il  nous  parut  normal  en  tous  points.  Au 
debut,  elle  pretendait  ne  plus  se  rappeler  les  evenements  passes  ; 
mais  des  qu’on  commencjait  a  les  lui  raconter,  elle  entrait  a  son 
tour  dans  le  vif  du  sujet  et  faisait  preuve  d’un  tonus  intellectuel  et 
affectif,  ainsi  que  d’une  memoire  en  parfait  etat.  Elle  a  pu  fournir 
tous  les  details  et  toutes  les  circonstances  de  son  geste  meurtrier  et 
des  evenements  qui  l’avaient  encadre.  Elle  a  soutenu  un  interroga- 
toire  et  un  examen  prolonges  sans  en  paraitre  fatiguee,  donnant 
jusqu’a  la  fin  des  reponses  precises,  aisees,  faites  apres  un  temps 
de  reflexion  normal  ou  une  spontaneite  immediate. 

Elle  regrette  son  crime  et  l’explique  par  l’etat  d’irritation  ou  elle 
se  trouvait,  ce  jour-la  et  les  precedents,  devant  l’attitude  fuyante  de 
son  amant. 

Les  questions  qui  nous  etaient  posees  etaient  les  suivantes  : 

1°  determiner  I’etat  psychique  de  l’accusee  au  17  juillet  1934,  date 
du  crime  et  son  etat  psychique  actuel ; 

2°  dire  si  1’accusee  etait  atteinte,  au  moment  du  crime,  de  la  mala- 
die  de  Biermer  et,  dans  l’affirmative,  si  cette  maladie  a  pu  influencer 
sur  son  etat  mental  ; 

3°  si  sa  responsabilite  est  totale  ou  parti  elle  et,  dans  ce  dernier 
cas,  dans  quelle  mesure. 

Nous  avons  pu  repondre,  en  ce  qui  concerne  l’etat  actuel,  que  cette 
femme  ne  presentait  aucun  signe  de  flechissement  intellectuel, 
aucune  alteration  essentielle  de  ses  facultes,  aucun  modification  du 
caractere,  aucune  erreur  sensorielle  ou  idee  delirante  pouvant  faire 
supposer  chez  elle  1’existence  de  tares  ou  de  maladies  mentales  evo- 
lutives  dont  le  debut  aurait  pu  se  manifester  depuis  plusieurs  annees. 

Quant  a  son  etat  psychique  au  moment  de  l’attentat,  rien  ne  nous 
permettait  de  penser  qu’il  put  etre  altere.  Le  souvenir  tres  detaille 
qu’elle  gardait  de  toutes  les  circoiistances  du  crime  ecartait  toute 
idee  d’un  etat  confusionnel  ou  d’un  raptus  passionnel  ayant  obnu- 
bile  sa  conscience.  Il  ecartait  aussi  l’idee  d’urie  impulsion  de  nature 
epileptique.  Aucune  hallucination,  aucun  theme  delirant  ne  permet- 
taient  de  supposer  qu’elle  avait  agi  sous  1’influence  d’un  determi- 
nisme  mental  morbide. 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


II  etait  peut-etre  plus  delicat  de  repondre  a  la  seconde  question. 
II  est  toujours  malaise  de  fixer  le  debut  exact  d’une  maladie  a  ins¬ 
tallation  insidieuse  et  progressive  et  d’un  processus  hematologique 
dans  ses  premieres  etapes,  d’autant  plus  qu’il  y  a  une  periode  de 
tolerance  fonctionnelle  avant  qu’eclatent  les  premiers  accidents. 

Mais  nous  avions  dans  les  elements  trouves  dans  l’observation  de 
notre  collegue  et  dans  les  temoignages  recueillis  par  notre  enquete 
aupres  des  gardiennes  de  la  prison  des  reperes  assez  precis. 

D’abord,  les  allusions  a  l’etat  psychique  ne  permettaient  de  dega¬ 
ger  qu’une  for'mule  de  depression  mentale  simple,  assez  parallele  a 
l’asthenie  physique  et  la  suivant  dans  sa  courbe  evolutive. 

Dans  sa  publication,  notre  collegue  notait  que  les  premiers  signes 
d’asthenie  etaient  apparus  7  mois  avant  l’entree  a  1’Hopital,  ce  qui 
permettait  de  fixer  le  debut  approximate  au  mois  de  mai  1935,  soit 
10  mois  apres  le  crime.  Cela  concordait  avec  les  donnees  fournies 
par  le  service  medical  de  la  prison  et  les  temoignages  des  gardien¬ 
nes  auxquelles  cette  inculpee  etait  apparue,  a  son  entree,  lucide  et 
presente,  racontant  tres  bien  tous  les  details  du  crime  et  tous  les 
faits  qui  1’avaient  poussee  a  bout. 

Pour  toutes  ces  raisons,  nous  ne  pouvions  admettre  que  l’anemie 
de  Biermer  qui  s’etait  manifestee  posterieurement  au  crime  et  qui, 
dans  l’ordre  psychique,  n’avait  donne  que  de  simples  phenomenes 
de  depression,  put  avoir  joue  un  role  dans  le  comportement  de 
l’inculpee  et  dans  le  determinisme  de  ses  actes,  a  la  date  du  17  juillet 
1934.  Aucun  symptome  ne  trahissait  l’anemie  a  cette  epoque. 

Si  nous  avons  rapporte  cette  histoire  medico-legale,  c’est 
d’abord  en  raison  de  l’actualite  des  problemes  que  pose,  dans 
l’ordre  psychique,  la  maladie  de  Biermer. 

Elle  n’a  pas  et  ne  saurait  avoir  —  ainsi  qu’on  l’a  dit  —  de 
formule  mentale  specifique.  Tout  se  bornait  ici  a  de  simples 
phenomenes  de  depression  et  de  morosite,  explicables  par  la 
deficience  physique.  Encore  est-il  que,  dans  le  cas  particular, 
on  peut  se  demander  si  les  chagrins  et  les  deceptions  subies 
depuis  deux  ans  par  cette  femme,  si  la  reaction  a  l’incarceration, 
ce  qu’on  a  appele  la  «  psychose  penitentiaire  »,  ne  revendi- 
quaient  pas  une  part  etiologique. 

C’est  ensuite  pour  mettre  en  garde  nos  collegues  non  specia- 
listes  contre  la  facilite  a  laquelle  ils  risqueraient  de  ceder  trop 
volontiers  dans  leurs  deductions  sur  un  terrain  qui  demande 
beaucoup  de  prudence  et  de  circonspection. 

Ce  n’est  pas  tout,  en  effet,  que  de  constater  une  affection  dans 
le  passe  ou  le  present  d’un  sujet  pour  jeter  la  suspicion  sur  sa 
capacite  civile  ou  la  validite  de  ses  actes.  II  faut  encore  pouvoir 
etablir  deux  choses  : 


810 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


1°  Un  rapport  chronologique  suffisamment  net  entre  les  ma¬ 
nifestations  de  la  maladie  et  les  faits  suspectes,  pour  soulever 
d’abord  la  presomption  d’influence. 

2°  II  faut  ensuite  trouver  dans  l’acte  incrimine  des  traits 
pathologiques  suffisamment  caracterises  et  demontrer  que  la 
maladie  invoquee  peut  realiser  des  symptomes  de  cette  nature. 

Aucune  de  ces  conditions  ne  se  trouvait  realisee  dans  l’his- 
toire  que  nous  venons  de  rapporter. 

M.  G.  Petit.  —  Quelquefois  mais  plus  rarement  les  troubles 
mentaux  precedent  de  tres  longtemps  la  maladie  de  Biermer. 
Hulett  a  consacre  un  long  travail  aux  consequences  medico- 
legales  de  ces  faits.  Et  il  demande  que,  lorsque  se  pose  la  question 
de  l’incapacite  civile  ou  de  1’irresponsabilite  penale,  on  admette 
que  la  reponse  puisse  etre  affirmative  dans  la  maladie  de  Biermer. 


Syndrome  catatonique  post-typhique  curable,  par  MM.  Henri 
Roger,  Albert-Cremieux  et  Joseph  Alliez  (de  Marseille), 

Si  les  complications  mentales  de  la  fievre  typho'ide  sont  con- 
nues  depuis  Chomel  et  Louis,  on  peut  dire  que  la  pathologie 
neuro-psychiatrique  de  ces  dernieres  annees  a  remanie  profon- 
dement  nos  conceptions  sur  ce  sujet  : 

D’une  part,  au  point  de  vue  pathogenique,  la  notion  d’  «  en- 
cephalite  »  a  pris  une  importance  de  plus  en  plus  grande, 
d  autre  part,  du  point  de  vue  de  la  nosologie  psychiatrique,  le 
demembrement  de  l’ancienne  demence  precoce  (auquel  ont 
contribue  au  tout  premier  plan  les  travaux  du  Professeur 
Claude  et  de  ses  eleves)  a  substitue  a  la  trop  rigide  synthese 
krsepelinienne,  la  notion  plus  clinique  de  «  syndromes  »  pou- 
vant  evoluer  plus  ou  moins  separement. 

En  particulier,  les  travaux  experimentaux  et  cliniques  de 
M.  Baruk  sur  la  catatonie  tendent  a  isoler  a  nouveau  un  «  syn¬ 
drome  catatonique  »,  —  retour  a  la  Catatonie  de  Kahlbaum  — 
qui  peut  se  rencontrer  au  cours  des  demences  precoces  les  plus 
legitimes,  et  etre  alors  plus  ou  moins  associe  avec  les  autres 
syndromes  de  cette  maladie,  mais  aussi  etre  symptomatique 
d’infections  diverses,  surtout  infection  colibacillaire  et  infection 
typhoi'dique. 

Notre  but  n’est  pas  de  vous  presenter  une  etude  bibliogra- 
phique  complete  de  cette  question.  Les  hasards  de  la  clinique 
nous  ont  permis  d’observer,  dans  le  service  de  clinique  des 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


maladies  nerveuses  de  Marseille,  un  cas  de  syndrome  catatoni- 
que  post-typhique  curable.  II  nous  a  paru  justifie  de  verser 
cette  observation  aux  debats  de  la  Societe  Medico-psychologique. 

Observation.  —  II  s’agit  d’un  homme  de  22  ans,  G.  P.,  garcon  de 
restaurant,  que  l’un  de  nous  fit  admettre  a  l’Hotel-Dieu  de  Mar¬ 
seille  dans  le  service  de  notre  maitre  le  professeur  Roger,  le  16  jan- 
vier  1932,  pour  des  troubles  mentaux  apparus  apres  une  fievre 
typhoide. 

Nous  ne  relevons  dans  les  antecedents  de  notre  malade  aucun  fait 
digne  d’attirer  1’attention  : 

Son  developpement  neuro-psychique  s’est  fait  selon  leS  etapes 
normales  :  d’intelligence  moyenne,  il  a  suivi  ses  classes  d’ecole  pri- 
maire  sans  difficulty ;  rien  dans  sa  conduite  ne  manifestait  d’anoma- 
lies  caracterielles. 

D’origine  corse,  il  avait  eu  des  acces  paludeens,  disparus  depuis 
son  arrivee  sur  le  continent,  cinq  ans  avant  la  maladie  qui  nous 
occupe.  Il  n’a  jamais  eu  de  maladies  veneriennes,  n’a  jamais  fait 
d’abus  ethylique.  Sa  mere,  bien  portante,  a  eu  huit  enfants,  deux 
sont  morts  en  bas-age  (l’un  de  meningite)  ;  son  pere  a  succombe  a 
une  attaque  apoplectique,  a  l’age  de  56  ans.  On  ne  signale  dans  sa 
famine  aucun  antecedent  nevropathique  ou  vesanique. 

Au  mois  de  mai  1931,  done  huit  mois  avant  son  entree  a  l’hopital, 
et  quinze  jours  apres  avoir  absorbe  des  moules  suspectes,  notre 
malade  fait  une  infection  a  caractere  typhoide,  avec  temperature  a 
40°,  dont  le  diagnostic  fut  confirme  par  un  sero-diagnostic  de  Widal 
positif  au  1/150°  pour  l’Eberth,  negatif  pour  les  paratyphiques 
A  et  B.  Aucun  incident  cardiaque  ou  hemorragique  ne  vint  compli- 
quer  la  maladie.  Mais  cette  pyrexie  d’allure  severe  fut  caracterisee 
par  l’intensite  des  phenomenes  psychiques  :  confusion  mentale  avec 
•delire  particulierement  marque  et  agitation  sans  hallucinations. 

Au  bout  d’un  mois,  descente  progressive  de  la  temperature,  les 
troubles  mentaux  se  nettoient,  tout  parait  rentrer  dans  l’ordre, 
quand  se  produit  une  rechute,  qui  s’accompagne  a  nouveau  de  tem¬ 
perature  a  40°  et  de  delire  et  dure  vingt  jours.  Cette  fois-ci,  le 
malade  entre  en  convalescence. 

Brusquement,  le  28  septembre,  sans  nouvelle  ascension  de  tempe¬ 
rature,  sans  aucun  trouble  de  l’etat  general,  notre  convalescent  fait 
une  crise  d’excitation  violente,  impulsive,  avec  impulsion  a  crier,  a 
injurier  son  entourage,  et  cela  pendant  vingt-quatre  heures,  avec 
quelques  accalmies  au  cours  de  la  journee.  Le  lendemain,  le  calme 
est  revenu.  Mais,  dans  les  jours  qui  suivent,  le  caractere  se  modifie 
progressivement  :  il  a  tendance  a  s’isoler,  devient  triste,  taciturne, 
puis  bientot  indifferent.  Il  se  desinteresse  de  3’ambiance,  perd  toutc 
reaction  affective,  toute  initiative.  Sans  volonte,  il  tend  a  s’opposer 
aux  actes  commandes.  Son  activite  est  reduite  :  il  parle  seul,  fait 


812 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


quelques  gestes  avec  les  bras,  sans  signification  apparente,  toujours 
les  memes,  stereotypes.  Par  instants,  sans  motif,  il  rit 
Par  ailleurs,  il  s’alimente  bien,  ne  se  souille  pas.  C’est  avec  ce 
tableau  qu  il  entre  a  la  clinique  des  Maladies  Nerveuses. 

be  lendemain,  nous  nous  trouvons  en  presence  d’un  sujet  assez 
obnubile  desoriente  dans  le  temps  :  il  se  sait  a  l’hopital,  mais  ignore 
a  date  de  son  entree  ;  il  a  une  certaine  conscience  de  sa  maladie  • 
ui-meme  se  plaint  de  troubles  de  la  memoire,  portant  surtout  sur 
les  faits  recents  (les  faits  anciens  sont  conserves),  et  de  cephalees 
surtout  frontales,  assez  violentes,  mais  ne  genant  pas  le  sommeil.  Il 
n  exprime  aucune  idee  delirante,  ne  parait  pas  hallucine.  Son  acti- 
vite  est  reduite  a  quelques  gestes  stereotypes.  Par  moments,  il  rit 
sans  motif. 

L’examen  neurologique  met  en  valeur  la  tendance  a  conserver  les 
attitudes  imposees,  tendance  tres  accentuee,  surtout  aux  membres 
inferieurs  :  ceux-ci  sont  le  siege  d’une  certaine  raideur,  raideur 
exible  et  qui  s  amolbt  au  cours  des  mouvements  passifs.  Les  mou- 
vements  actifs  s’effectuent  avec  une  certaine  lenteur.  De  plus  on 
observe  par  moments  des  spasmes  d’ensemble  du  tronc  et  des  mem¬ 
bres  r appelant,  dans  leur  forme,  les  spasmes  de  torsion. 

Il  n’y  a  pas  de  paresie,  mais  un  certain  degre  d’irritation  pyrami- 
dale  .-  reflexes  rotuliens  vifs,  avec  ebauche  de  contro-lateral,  tendance 
k  1  extension  spontanee  du  gros  orteil,  sans  signe  de  Babinski.  Les 
achill^ens  sont  normaux,  les  cremasteriens  plutot  vifs.  Les  reflexes 
tendineux  des  membres  superieurs  sont  un  peu  vifs,  surtout  le  stylo¬ 
radial  gauche.  Il  n’y  a  aucun  signe  de  la  serie  cerebelleuse.  A  part 
es  spasmes  que  nous  avons  signales,  nous  ne  notons  aucun  signe  de 
la  sene  extra-pyramidale  :  ni  rigidite,  ni  exageration  des  reflexes  de 
posture,  ni  tremblement. 

Le  facies  est  un  peu  crispe,  mais  la  motilite  de  la  face  est  conser- 
,  vee.  Les  pupilles  reagissent  a  la  lumiere  et  a  la  distance.  Pas  de  stra- 
bisme.  Pas  d’atteinte  des  autres  nerfs  craniens.  La  nuque  est  souple. 
La  flexion  du  tronc  limitee  a  Tangle  droit,  sans  Kernig  vrai.  La  mar- 
ehe  se  fait  a  petits  pas,  a  la  maniere  des  contractures,  les  jambes  un 
peu  flechies,  les  coudes  ecartes  du  tronc. 

La  rachicentese  donne  issue  a  un  liquide  normal  :  liquide  clair 
eau-de-roche,  sous  tension  de  19-15  au  manometre  de  Claude,  conte- 
nant  deux  elements  par  mm*  a  la  cellule  de  Nageotte,  une  division 
d  albumine  au  tube  de  Sicard.  Le  Bordet-Wassermann  est  negatif 
ainsi  que  celui  du  sang.  L’azotemie  est  de  0,32  centigrammes  Le 
sero-diagnostic  de  Widal  est  positif  au  1/100",  le  sero-diagnostic  de 
Wright  est  negatif. 

Par  ailleurs,  coeur,  poumons,  foie,  rate,  paraissent  normaux.  Dans 
les  urines,  ni  sucre  ni  albumine.  Le  malade  est  apyretique. 

On  pratique  des  injections  intraveineuses  d’Electrargol,  qui  nro- 
voquent  la  premiere  fois  un  choc  assez  violent  avec  ascension  de 
temperature  a  39 »2  et  cyanose.  Apres  huit  injections,  cette  medica- 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


813 


lion  parait  apporter  une  amelioration  assez  nette,  mais  qui  ne  dure 
pas.  L’etat  trainant  en  longueur,  on  dirige  le  malade  sur  1’hospice  de 
Sainte-Marguerite,  et  nous  n’avons  plus  de  lui  que  des  nouvelles  loin- 
taines. 

Pendant  un  an  et  demi,  l’etat  demeure  stationnaire  :  malade  cal- 
me,  mais  indifferent,  et,  par  periodes,  refusant  de  s’alimenter.  Puis, 
peu  a  peu,  la  torpeur  diminue. 

Nous  le  revoyons  en  aout  1934,  deux  ans  apres  sa  sortie  du  service, 
l’amelioration  est  flagrante  :  les  fonctions  vegetatives  se  font  norma- 
lement.  L’etat  psychique  de  negativisme  avec  tendance  a  l’isolement, 
la  perseveration  des  attitudes  ont  disparu.  Le  gout  a  la  vie,  l’interet 
a  l’ambiance  reviennent.  Seuls  persistent  les  soliloques,,  a  voix 
basse,  quelques  gestes  stereotypes,  et,  par  instants,  1’ebauche  de  sou- 
rire  immotive. 

Le  malade  a  quitte  1’hospice  de  Sainte-Marguerite  a  Paques  1935, 
et  depuis  sa  sortie,  l’amelioration  s’est  accentuee  :  progressivement 
est  revenu  l’interet  a  la  realite,  d’abord  pour  les  occupations  du  me¬ 
nage  (il  aidait  sa  mere),  puis  pour  les  sports  (foot-ball,  courses  de 
chevaux)  et  les  spectacles  (cinema).  L’initiative  est  revenue  :  spon- 
tanement,  il  s’est  resinsere  dans  la  vie  sociale.  Bientot,  il  allait  voir 
travailler  ses  amis,  puis  il  a  cherche  du  travail  pour  lui-meme,  enfin, 
au  debut  d’octobre  1935,  il  a  trouve  une  place  de  gar^on  de  restau¬ 
rant  chez  son  ancien  patron. 

Le  15  octobre  1935  —  moment  ou  1’un  de  nous  le  revoit  —  il  tra- 
vaille  comme  avant  sa  maladie,  avec  la  meme  activite,  la  meme  rapi- 
dite,  aucune  erreur  dans  son  service  n’est  signalee  par  son  patron. 
A  la  maison,  il  est  plutot  triste,  deprime,  un  peu  «  absent  »  par 
instants,  mais  ses  reponses  sont  toujours  pertinentes.  Parfois,  il  lui 
arrive  encore  de  parler  seul,  a  voix  basse,  et  ces  soliloques  s’accom- 
pagnent  de  quelques  gestes  stereotypes  de  la  main  droite  et  de  l’index 
droit.  Sur  le  fond  deprime,  son  humeur  manifeste  un  certain  degre 
■d’irritabilite  avec  tendances  a  la  colere,  et  un  certain  entetement. 

Si  ce  n’est  l’amnesie  lacunaire  contemporaine  de  la  maladie  (dont 
le  souvenir  reste  tres  confus  dans  son  esprit),  il  ne  presente  plus 
aucun  trouble  de  la  memoire,  ni  des  faits  anciens,  ni  des  faits  recents. 
En  particulier,  il  a  retrouve  des  notions  scolaires  sufiisantes  pour 
resoudre  correctement  les  problemes  de  sa  niece  (qui  suit  un  cours 
superieur  au  certificat  d’etudes). 

Par  ailleurs,  le  sommeil  est  normal.  Il  n’y  a  ni  asthenie,  ni  cepha- 
lee.  Pas  de  troubles  de  la  vue  ni  de  l’ouie,  pas  de  vertiges.  L’appetit 
est  bon,  les  digestions  normales.  Le  malade  a  repris  du  poids. 

L’interrogatoire  revele  une  legere  dysarthrie  :  la  voix  est  lente, 
trainante,  un  peu  nasonnee,  avec  quelques  achoppements. 

L’examen  neurologique  montre  un  tres  leger  tremblement  de  la 
langue,  a  type  fibrillaire,  et  une  tendance  (a  la  verite  tres  attenuee) 
a  la  conservation  des  attitudes.  Il  n’y  a  aucun  autre  symptome  objec- 
tif  d’atteinte  des  fonctions  du  systeme  nerveux. 


814 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


L’examen  des  autres  appareils  ne  revele  qu’un  choc  precordial  un 
peu  etale.  Poumons,  foie,  rate,  urines  sont  normaux. 

Des  nouvelles  toutes  recentes  nous  apprennent  que  notre  garpon 
de  restaurant  a  pris  un  gros  service  chez  un  parent,  en  Corse,  et 
qu  il  est  tout  a  fait  bien  portant,  quoique  conservant  une  certaine 
tendance  a  la  tristesse. 


En  resume,  il  s’agit  d’un  homrae  de  22  ans,  sans  antecedents 
psychopathiques,  qui,  apres  la  guerison  d’une  fievre  typhoide 
severe,  avec  confusion  delirante  particulierement  marquee,  fit 
une  crise  d  excitation  impulsive  passagere,  marquant  l’entree 
dans  un  etat  d’autisme  avec  syndrome  catatonique  fait  de  nega- 
tivisme,  de  stereotypies  avec  rire  sans  motif,  et  de  perseveration 
des  attitudes  imposees. 

Deux  ans  apres,  le  malade  sort  progressivement  de  cet  etat  : 

1  inteiet  a  la  realite,  1’affectivite,  l’initiative,  Factivite  reapparais- 
sent.  Au  moment  de  notre  dernier  examen,  quatre  ans  apres  le 
debut  du  syndrome  catatonique,  il  ne  persiste  de  celui-ci  que 
quelques  stereotypies,  une  tendance  (a  la  verite  bien  minime)  a 
la  perseveration  des  attitudes,  et  un  etat  de  depression  avec  quel¬ 
ques  troubles  du  caractere. 

Les  fonctions  psychiques  sont  a  ce  point  retablies  que  le  malade 
peut  assurer  un  travail  important,  dans  sa  profession  de  garcon 
de  restaurant,  avec  les  memes  qualites  qu’avant  sa  maladie,  et  a 
l’entiere  satisfaction  de  son  patron. 

Bernheim,  en  1896,  avait  signale  la  catalepsie  au  cours  de  la 
dothienenterie.  Mais  c’est  Dufour  qui  le  premier,  en  1900,  decri- 
vit  vraiment  la  catatonie  de  la  fievre  typhoide.  Depuis,  les  cas 
rapportes  sont  tres  peu  nombreux,  tant  en  France  qu’a  Fetranger. 

May  et  Kaplan,  en  1929,  Guegen,  Chalier  et  Fromen,  Stehelin 
les  annees  suivantes,  dans  leurs  etudes  sur  Fencephalite  typhi- 
que,  signalent  les  phenomenes  hypertoniques  qu’ils  ont  pu  obser¬ 
ver.  Mais  il  s’agit  surtout  dans  ces  travaux  de  l’hypertonie  extra- 
pyramidale.  Par  contre,  nous  trouvons  dans  la  these  de  Garand, 
inspiree  par  le  professeur  Claude,  en  1929,  le  premier  travail 
d’ensemble  sur  «  le  syndrome  catatonique  en  rapport  avec  quel¬ 
ques  maladies  infectieuses  »,  montrant  qu’un  veritable  tableau 
d’hebephreno-catatonie  comparable  a  celui  de  la  demence  pre- 
coce,  peut  se  montrer  au  cours  ou  au  decours  des  toxi-infections. 

Schiff  et  Courtois  rapportent  en  1930  a  la  Societe  clinique  de 
medecine  mentale,  l’observation  caracteristique  d’un  malade  entre 
a  Sainte-Anne  avec  le  diagnostic  d’hebephreno-catatonie  et  un 
sero-diagnostic  positif  au  l/300e. 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


Toulouse,  Courtois  et  Roubenovitch  presentent  a  la  Societe 
medico-psychologique  une  demence  precoce  a  forme  hebephreno- 
catatonique  consecutive  a  une  fievre  typho'ide. 

Dans  des  conditions  experimentales,  Claude,  Baruk  et  Mei- 
gnant  signalent  l’apparition  d’un  syndrome  catatonique  avec 
ictere  au  cours  d’une  intoxication  par  la  toxine  typhique,  employee 
chez  un  dement  precoce  dans  un  but  de  choc  therapeutique. 

Sicard,  a  propos  d’un  cas  de  catatonie  au  cours  d’une  fievre 
typhoide  observe  avec  Baruk  et  Poumeau-Delille,  rapproche,  dans 
sa  these  de  1934,  le  syndrome  catatonique  au  cours  des  infections 
typhoidiques  du  syndrome  catatonique  colibacillaire,  suivant  les 
conceptions  de  M.  Baruk. 

Enfin,  Chalier  et  Etienne  Martin  decrivent,  d’apres  leurs  obser¬ 
vations  personnelles,  le  syndrome  catatonique  qu’ils  ont  pu 
isoler  comme  manifestation  de  l’encephalite  thyphique,  associee 
ou  non  a  la  meningite,  et  caracterise  comme  dans  la  demence 
precoce  par  :  catalepsie,  negativisme,  suggestibility,  tel  que  Kahl- 
baum  l’a  defini. 

De  l’ensemble  de  ces  travaux  se  degage  l’impression  que  les 
phenomenes  catatoniques  n’ont  pas  la  gravite  qu’on  peut  leur 
donner  si  l’on  considere  uniquement  la  demence  precoce  selon  la 
conception  de  Krsepelin. 

Dans  la  catatonie  typhique,  ou  post-typhique  —  comme  dans 
la  catatonie  colibacillaire  —  on  peut  conclure,  avec  MM.  Claude 
et  Baruk  «  qu’il  faut  tenir  compte  de  facteurs  d’ordre  fonction- 
nel  comparables  a  ceux  d’une  intoxication  (la  demonstration  expe- 
rimentale  en  a  ete  faite  pour  la  colibacillose),  par  consequent 
susceptible  de  variation,  de  regression,  au  lieu  de  considerer  la 
catatonie  sous  Tangle  d’une  localisation  anatomique  destruc- 
trice  ». 

Notre  observation  vient  s’ajouter  aux  precedentes  pour  confir¬ 
mer  cette  impression  optimiste.  Et  c’est  une  des  raisons  pour 
lesquelles  il  nous  a  paru  justifie  de  la  presenter  a  la  Societe 
Medico-Psychologique. 

M.  H.  Baruk.  —  J’ai  observe  aussi  de  tels  cas,  avec  apparition 
tardive  de  catatonie  chez  d’anciens  typhiques  dont  le  liquide 
cfiphalo-rachidien  etait  negatif.  J’ai  fait  d’infructueuses  expe¬ 
riences  pour  provoquer  la  catatonie  chez  des  animaux  en  leur 
injectant  1’exotoxine  typhique  dans  le  role  il  est  vrai  est  moins 
considerable  que  celui  de  l’exotoxine.  Chez  un  catatonique  post- 
typhique  j’ai,  avec  Poumeau-Delille  et  Sicard,  fait  un  tubage 
duodenal  et  ensemence  la  bile.  L’ensemencement  n’a  donne  que 


816  S0C1ETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

du  colibacille.  Cela,  confirme  par  les  experiences  d’Hillemand, 
prouve  1  importance  de  la  colibacillose  associee  aux  autres  infec¬ 
tions.  L’onirisme  est  un  signe  habituel  de  ces  catatonies  typhi- 
ques  et  colibacillaires  auxquelles  mon  eleve  Sicard  a  consacre 
sa  these. 

M.  Guiraud.  —  L’interessante  communication  de  M.  Cre- 
mieux  montre  une  fois  de  plus  qu’on  aurait  tort  de  faire  un 
pronostic  d’incurabilite  des  la  constatation  de  symptomes  de 
la  serie  catatonique.  Mais  il  ne  faudrait  pas  croire  que  ce  fait 
est  une  decouverte  de  ces  dernieres  annees.  Depuis  toujours  on 
a  insiste  sur  les  symptomes  catatoniques  des  affections  toxi- 
mfectieuses  aigues  ;  il  nous  suffit  de  rappeler  les  travaux  de 
Dupre  et  de  Regis.  Il  y  a  une  trentaine  d’annees,  au  moment  ou 
on  introduisait  en  France  les  idees  de  Kr^pelin,  certains  alie- 
nistes  ont  peut-etre  exagere  la  frequence  du  diagnostic  de 
demence  precoce.  Dans  les  cas  on  l’origine  toxi-infectieuse  aigue 
est  evidente,  ou  1’on  constate  des  symptomes  confusionnels  ou 
depressifs  associes  simultanement  ou  successivement  a  des 
symptomes  d’ordre  catatonique,  on  doit  rester  optimiste.  J’ai 
recemment  observe  une  serie  de  psychoses  puerperales  avec 
evolution  favorable,  dans  lesquelles  coexistaient  confusion,  etat 
depressif  et  symptomes  catatoniques. 


Les  troubles  psychiques  de  la  melitococcie, 
par  MM.  Henri  Roger  et  Albert-Cremieux  (de  Marseille). 

,  Parmi  Ies  aspects  neurologiques  de  la  melitococcie  (auxquels 
l’un  de  nous  a  consacre  un  grand  nombre  de  travaux  ces  dernie¬ 
res  annees),  les  troubles  psychiques  n’ont  fait  l’objet  que  d’un 
petit  nombre  de  publications,  tant  en  France  qu’a  l’etranger. 

Signales  par  Eyre,  Trambusti,  H.  Roger,  ils  ont  ete  etudies  en 
detail  par  Cantaloube,  puis  par  l’un  de  nous,  a  prop  os  de  quel- 
ques  observations  personnelles,  dans  un  article  public  en  decem- 
bre  1931.  On  en  trouve  dans  la  litterature  parue  depuis  un  cer¬ 
tain  nombre  d’observations. 

Semeiologie.  —  Certains  symptomes  psychiques  font  partie  du 
tableau  habituel  de  la  maladie  :  telle  est  l’asthenie,  signalee  par 
de  nombreux  auteurs,  depuis  Eyre,  le  plus  souvent  d’ailleurs 
moins  marque  que  1’asthenie  physique.  Eyre  avait  observe  egale- 
ment  l’insomnie  et  1’amnesie.  De  meme,  on  avait  remarque'  des 
troubles  de  l’affectivite  et  du  caractere.  Mais  le  plus  souvent,  la 
conservation  de  l’intellect  est  parfaite. 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


817 


Par  contre,  dans  certains  cas,  la  predominance  des  signes 
psychiques  est  telle  qu’on  peut  decrire  des  formes  mentales  de  la 
maladie. 

I.  Symptomes  psychiques  de  la  melitococcie  habituelle.  —  L’as- 
thenie  est  un  symptome  banal  de  la  melitococcie.  C’est  a  la  fois 
une  asthenie  physique,  une  fatigabilite  intense,  et  une  asthenie 
psychique,  avec  hyperemotivite  et  demoralisation,  done  realisant 
parfois  un  syndrome  neurasthenique.  Dans  les  formes  graves, 
l’asthenie  est  souvent  passagere  ;  dans  les  formes  legeres,  elle 
peut  etre  durable,  constituant  parfois  le  seul  symptome  de  la 
maladie  (Cantaloube,  Masselot).  Elle  peut  etre  tres  precoce,  pre- 
cedant  la  periode  febrile  (Cassuto),  ou  apparaitre  seulement  a  la 
periode  d’etat  ou  a  la  convalescence. 

Les  malades  qui  presentent  une  fievre  prolongee  ont,  surtout 
au  cours  des  acmes  de  leurs  ondulations  thermiques,  un  certain 
degre  de  torpeur,  beaucoup  moins  marque  que  dans  la  fievre 
typho'ide. 

L’insomnie  est  relativement  frequente  (Eyre). 

L’affectivite  est  souvent  touchee  :  parfois  les  malades  sont 
indifferents  a  leur  entourage  familial,  ou  a  la  situation  mate- 
rielle  de  leurs  proches. 

Le  caractere  est  trouble  :  irritabilite,  impressionnabilite,  hyper¬ 
emotivite,  parfois  anxiete,  avec  crainte  de  l’avenir  (Dargein)  ou 
•de  la  mort  (Cantaloube). 

II.  Formes  mentales  de  la  melitococcie.  —  A.  Confusion  men- 
tale.  —  1.  A  la  periode  de  debut  ou  d’etat,  les  troubles  mentaux 
de  la  melitococcie  revetent  le  plus  souvent  la  forme  de  la  confu¬ 
sion  mentale,  telle  qu’elle  se  rencontre  au  cours  des  toxi-infec- 
tions. 

Eyre,  Trambusti,  en  1908,  avaient  mentionne  quelques  cas  de 
•delire. 

Le  delire  peut  etre  passager  :  dans  une  observation  parue  dans 
la  these  de  notre  eleve  Le  Flemm,  le  malade  presenta  a  plusieurs 
reprises,  au  cours  de  crises  de  spasmes  vasculaires  cerebraux,  un 
delire  tres  passager,  puis  un  veritable  etat  confusionnel,  avec 
obnubilation,  desorientation  dans  le  temps  et  dans  1’espace,  oni- 
risme,  d’ou  il  sortit  en  une  semaine,  apres  deux  ponctions  lom- 
baires. 

Dans  d’autres  cas,  le  delire  est  plus  durable,  constituant  une 
veritable  «  forme  mentale  »  de  la  maladie. 

Cantaloube  trouve  tous  les  degres  de  delire  onirique,  depuis  le 
delire  parle,  survenant  au  reveil,  et  prolongeant  de  quelques 

Ann.  Med.-psych.,  XVe  serie,  94e  annee,  t.  I.  —  Mai  1936.  52. 


818  S0C1ETE  MEDICO-PSY  CH0L0G1QUE 

minutes  un  sommeil  termine  en  apparence  seulement,  jusqu’au 
delire  d’action  ou  l’automatisme  du  malade  realise  pour  sou 
propre  compte  une  seconde  vie.  II  existe  cependant  une  'tendance 
commune  a  ces  delires  d’intensite  differente  :  la  tristesse.  Les 
malades  ne  rient  qu’exceptionnellement,  et  leur  pensee  ne  s’ar- 
rete  pas  a  des  details  gais.  Enfermes  dans  un  cimetiere,  pour- 
suivis  par  des  betes  feroces,  des  chiens  enrages,  precipites  dans. 

des  ravins,  assassines,  noyes . ,  ils  brodent  leur  delire  autour  du 

meme  leitmotiv  de  douleur  ou  d’epouvante. 

Rudino  rapporte  un  syndrome  de  confusion  mentale  aigue, 
Gonzalez  Suarez  un  cas  avec  reaction  meningee. 

Dans  une  observation  personnelle,  le  malade  fit  une  periode 
d’agitation  de  quatre  a  cinq  jours,  avec  anxiete,  loquacite,  suivie 
d’une  periode  de  mutisme  avec  indifference. 

Lionello  de  Lisi  rapporte  deux  cas  de  confusion  mentale  :  l’un 
avec  desorientation  dans  1’espace  et  dans  le  temps,  troubles  de  la 
memoire,  tendance  a  la  tabulation,  depression  et  apathie  ;  un 
autre  ou  predomine  une  excitation  psycho-motrice  irreguliere 
avec  delire  incoherent,  surtout  teinte  d’idees  de  grandeur. 

Robert-Levy  et  Neimann  rapportent  egalement  une  observa¬ 
tion  de  confusion  mentale  avec  desorientation  dans  le  temps  et 
dans  1’espace,  et  agitation  extreme  avec  hurlements,  cas  qui 
s’est  termine  par  la  mort  dans  l’adynamie. 

2.  Dans  certains  cas,  c’est  a  la  fin  d’une  poussee  evolutive- 
qu  apparaissent  les  troubles  psychiques  : 

Dans  le  cas  de  Broc  et  Bonan,  le  delire  correspond  a  ce  qu’pn 
appelait  autrefois  la  «  crise  »  de  la  maladie  infectieuse  ;  delire 
critique,  s  installant  au  moment  ou  la  temperature  tombe  a  37°,. 
fait  d’agitation,  de  desorientation,  d’hallucinations  visuelles  et 
auditives,  et  suivi  d’amnesie  complete  de  la  periode  delirante. 

Dans  une  de  nos  observations  (these  de  Le  Flemm),  les  trou¬ 
bles  psychiques  sont  apparus  a  la  fin  de  la  periode  evolutive 
d’une  melitococcie  trainante  et  ont  affecte  un  aspect  dementieL 
Un  malade  de  Ughetti  fait  un  veritable  delire  de  la  convales¬ 
cence,  delire  tranquille,  suivi  d’une  periode  de  prostration  de 
courte  duree. 

>  c  est  parfois  longtemps  apres  la  guerison  apparente 

d’une  melitococcie  banale,  cinq  ou  six  mois  apres,  qu’apparais- 
sent  des  troubles  psychiques,  plus  ou  moins  graves,  plus  ou 
moins  durables. 

Dans  une  observation  recente,  rapportee  par  l’un  de  nous, 
avec  Jean  Pieri  et  M.  Bouet,  a  la  Societe  medicale  des  hopitaux 
de  Paris,  il  s’agissait  d’un  malade  qui,  quatre  mois  environ 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


819 


apres  une  melitococcie  d’allure  banale,  presenta  des  cephalees, 
des  crises  de  paresthesies  brachio-facio-linguales  avec  aphasie, 
puis  trois  episodes  psychiques,  de  duree  de  moins  en  moins 
longue,  avec  desorientation,  subagitation  et  zoopsie.  La  ponction 
lombaire  montra  une  reaction  meningee  intense  (hypercytose  a 
160  pour  0,70  d’albumine). 

Les  hallucinations  ne  sont  pas  tres  frequentes  : 

Axisa  les  signale  au  cours  d’un  delire  grave  pendant  une  meli¬ 
tococcie.  II  s’agit  souvent  d’hallucinations  de  la  vue,  comme 
1’avait  fait  remarquer  Cantaloube  :  des  etrangers  se  promenent 
dans  la  chambre,  dans  le  ciel-de-lit,  des  animaux  courent  sur  les 
couvertures,  1’eau  couvre  le  sol. 

Dans  l’observation  de  Lionello  de  Lisi,  le  malade  voit  deux 
enfants  autour  du  lit.  Dans  notre  cas  de  troubles  tardifs,  les 
trois  episodes  psychiques  s’accompagnerent  de  zoopsie. 

Un  malade  de  Rimbaud  et  Janbon  fait,  deux  ans  apres  le 
debut  de  sa  maladie,  des  acces  nocturnes  de  delire  hallucinatoire 
avec  hallucinations  auditives  :  il  entend  des  bruits  de  voix,  de 
la  musique,  un  poste  de  T.S.F . 

Associations  neurologiques.  —  La  confusion  mentale  peut 
constituer  a  elle  seule  toute  la  symptomatologie  cerebrale  de  la 
melitococcie.  Mais  les  troubles  psychiques  sont  assez  souvent 
associes  a  des  symptomes  neurologiques,  cerebraux,  peripheri- 
ques  ou  meninges. 

1.  L’un  de  nous  a  .constate  a  diverses  reprises,  chez  un  de 
ses  malades,  un  signe  de  Babinski  unilateral. 

II  est  des  observations  dans  lesquelles  les  troubles  mentaux 
sont  associes  a  des  syndromes  cerebraux,  en  particulier  a  des 
syndromes  paroxystiques  dus  a  des  spasmes  vasculaires  :  apha¬ 
sie,  hemiparesie,  epilepsie,  paresthesies  brachio-facio-linguales. 

2.  Plus  interessantes  peut-etre  sont  les  atteintes  du  neurone 
peripherique,  depuis  la  simple  abolition  d’un  reflexe  jusqu’a  des 
phenomenes  nevritiques  dont  1’association  a  la  confusion  realise 
des  vhrietes  de  syndrome  de  Korsakoff  (Cantaloube,  Devic  et 
Barbier). 

3.  Enfin,  1’examen  du  liquide  cephalo-rachidien  peut  deceler 
des  reactions  meningees  (Le  Flemm),  telles  qu’on  les  rencontre 
en  particulier  dans  le  syndrome  de  radiculo-nevrite  melitococ- 
cique  avec  xanthochromie  et  reaction  albumino-cytologique 
intense  du  liquide  cephalo-rachidien  (Henri  Roger  et  Albert- 
Cremieux).  Un  de  nos  malades  presenta  successivement  une 
paralysie  flasque  des  membres  inferieurs  avec  abolition  des 


820 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


reflexes,  dysurie,  douleur  a  la  pression  des  nerfs  des  membres, 
puis,  six  mois  apres,  un  etat  confusionnel,  avec  desorientatiori 
dans  le  temps  et  dans  l’espace,  agitations,  quelques  hallucina¬ 
tions  visuelles,  puis  abattement  avec  mutisme,  etat  qui  se  ter- 
mina  par  la  mort. 

Un  cas  de  Gonzalez  Suarez  concerne  un  jeune  homme  qui  fit 
un  delire  violent,  avec  agitation  extraordinaire,  puis  paresie 
flasque,  anesthesique  et  coma,  accompagne  d’une  reaction  liqui- 
dienne  intense  avec  dissociation  albumino-cytologique. 

Ges  reactions  meningees  de  la  melitococcie  ont  un  debut 
generalement  tardif ;  elles  se  caracterisent  par  une  reaction 
cytologique  intense,  depassant  la  centaine  de  leucocytes,  pour 
un  taux  d’albumine  correlativement  moins  eleve  et  contrastant 
parfois  avec  la  pauvrete  des  signes  cliniques. 

B.  Autres  troubles  mentaux.  —  Si  la  confusion  mentale  repre- 
sente,  au  cours  de  l’infection  melitococcique,  le  syndrome  le 
plus  frequent,  on  peut  observer,  au  cours  ou  au  decours  de  la 
maladie,  d’autres  syndromes  mentaux. 

Chez  un  de  nos  malades,  les  troubles  psychiques  affecterent 
un  caractere  dementiel  :  ce  malade,  inattentif,  dysmnesique, 
desoriente,  portait  machinalement  son  urinal  a  la  bouche, 
demandant  a  manger  «  de  la  bouillabaisse  de  morue  ». 

Dans  une  observation  rapportee  par  l’un  de  nous,  les  troubles 
psychiques,  apparus  au  cours  de  la  convalescence  d’une  lesion 
pleuro-pulmonaire  survenue  au  quatrieme  mois  de  la  melitococ¬ 
cie,  debuterent  par  des  idees  melancoliques,  puis  prirent  la 
forme  d’un  etat  stuporeux,  avec  gatisme  prolonge,  negativisme 
—  en  somme  un  syndrome  catatonique,  qui  persista  quatre 
mois,  avec  des  alternances  d’amelioration  et  d’aggravation  — 
puis  disparut  alors  que  l’etat  general  s’aggravait  progressive- 
ment  sous  l’influence  d’une  complication  tuberculeuse. 

De  cette  observation  il  faut  rapprocher  le  cas  assez  particulier, 
rapporte  par  Pedro  A.  Nouvillas,  d’une  jeune  fille  de  21  ans  qui 
entra  a  l’asile  avec  le  syndrome  suivant  :  gesticulation,  manie- 
risme,  rire  sans  motif,  irritabilite,  violences,  indocilite,  negati¬ 
visme,  dissociation  de  la  pensee,  perseveration  —  qui  fit  poser 
le  diagnostic  de  schizophrenic  :  cet  etat  guerit  completement 
au  bout  de  trois  mois,  et  1’on  apprit  alors  qu’il  avait  ete  pre¬ 
cede  d’une  fievre,  de  deux  mois  de  duree.  Le  serodiagnostic  de 
Wright  fut  positif. 

Plus  rarement  encore,  la  psychomelitococcie  affecte  l’allure 
des  delires  systematises  : 

Telle  1  observation  recente  de  J.  Picard  (d’Arles),  ou  les  trou- 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


bles  psychiques  prirent  pendant  quelques  jours  la  forme  d’un 
delire  hallucinatoire  si  bien  systematise  qu’on  se  disposait  a 
interner  la  malade.  Celle-ci  guerit  completement  de  sa  maladie 
et  de  ses  troubles  mentaux. 

Lemierre  et  Mahoudeau-Campayer  avait  rapporte  I’histoire 
d’une  jeune  femme  qui  fit,  pendant  la  convalescence  d'une  fie- 
vre  ondulante,  une  psychose  a  type  depressif  avec  idees  de  per¬ 
secution,  guerie  au  bout  de  trois  mois. 

Enfin,  Ricardo  Jorge,  Fornos,  Villa,  Barbera  auraient  aux 
dires  de  Partearroya  constate  des  syndromes  psychopathiques 
d’allure  plus  ou  moins  chronique  :  neurasthenic,  psychose 
maniaco-depressive.  De  meme,  Thromopoulos,  cite  par  Livie- 
rato,  a  rapporte  deux  cas  de  neurasthenie. 

Pronostic.  —  Si  1’on  excepte  les  rares  observations  de  psycho¬ 
pathies  d’allure  plus  ou  moins  chronique,  que  nous  venons  de 
citer,  on  peut  dire  d’une  facon  generale,  que  le  pronostic  des 
troubles  mentaux  de  la  melitococcie  en  eux-memes  est  favora¬ 
ble  :  dans  tous  les  cas  ou  la  maladie  a  gueri  (ou  presque)  les 
troubles  mentaux  ont  disparu,  sans  laisser  de  sequelles  chez  les 
malades  qui  ont  pu  etre  revus  ulterieurement. 

j  ^ar  contre,  l’apparition  de  troubles  psychiques  au  cours 
d’une  fievre  de  Malte  est  souvent  d’un  pronostic  facheux  :  sur 
les  dix  cas  de  Cantaloube,  six  sont  morts,  deux  ont  gueri  lente- 
ment,  deux  etaient,  quand  ils  ont  ete  publies,  en  cours  de  conva¬ 
lescence  penible.  Quatre  sur  six  de  nos  malades  ont  succombe, 
l’un  apres  guerison  des  troubles  psychiques. 

Au  point  de  vue  de  la  valeur  pronostique  des  troubles  psychi¬ 
ques,  il  convient  d’opposer  les  symptomes  du  debut,  a  type  de 
confusion  mentale,  probablement  symptomatiques  d’une  irrita¬ 
tion  passagere,  d’une  «  flambee  »  meningee,  qui  se  rencontrent 
au  cours  de  formes  souvent  curables,  aux  troubles  tardifs,  qui 
surviennent  parfois  cinq  a  six  mois  apres  la  guerison  apparente 
d’une  melitococcie  banale,  s’accompagnent  de  spasmes  vasculaires 
cerebraux  et  de  reactions  meningees  importantes  :  ces  formes 
evoluent  souvent  vers  une  meningo-encephalite  subaigue,  qui, 
progressivement  emportera  le  malade. 


Si  en  maniere  de  conclusions,  nous  voulions  paracteriser  les 
troubles  psychiques  de  la  melitococcie,  nous  pourrions  dire  : 
L’asthenie  est  frequente,  au  point  de  constituer  un  symptome 


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SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


habituel  de  la  fievre  ondulante.  En  revanche,  les  veritables  «  for¬ 
mes  mentales  »  de  la  maladie  sont  assez  rares. 

Elies  revetent  le  plus  souvent  la  forme  de  la  confusion  mentale 
ou  du  delire  onirique  des  toxi-infections,  sans  caractere  bien  spe¬ 
cial  :  tout  au  plus  peut-on  souligner  la  frequence  de  la  tendance 
depressive.  Ce  delire  apparait  au  debut,  mais  plus  souvent  a  la 
fin  de.  1’infection,  ou  tout  au  moins  d’une  ondulation  thermi- 
que  —  plus  rarement  apres  la  guerison  apparente.  II  s’accompa- 
gne  parfois  de  troubles  neurologiques  :  aphasie,  hemiparesie, 
paresthesies,  epilepsie,  plus  souvent  peut-etre  radiculo-nevrite 
(realisant  un  syndrome  de  Korsakoff),  parfois  de  reactions 
meningees. 

Si  le  pronostic  de  ces  troubles  psychiques  en  eux-memes  est 
favorable,  leur  apparition  au  cours,,  au  decours,  et  surtout  apres 
la  guerison  apparente  d’une  melitococcie  est  generalement  de 
facheux  augure. 

M.  Porot.  —  Des  faits  plus  rares  sont  ceux  ou  les  troubles 
mentaux  eclatent  des  le  debut  de  l’atteinte  melitococcique.  Dans 
le  Bulletin  de  la  Societe  medicale  des  hopitaux  paraitra  prochai- 
nement  le  cas  d’un  jeune  homme  que  j’ai  observe.  II  etait  conva¬ 
lescent  d’un  traumatisme  grave  quand  apparurent  brusquement 
des  troubles  mentaux  identiques  a  ceux  d’un  frere  traite  a  mon 
insu  dans  le  service  des  contagieux  pour  melitococcie.  Par  la 
suite,  tous  les  signes  cliniques  de  cette  infection  apparurent,  avec 
reaction  positive  a  la  melitine. 

M.  Perrussel.  —  J’ai  souvent  constate  l’existence  d’une  me¬ 
litococcie  dans  les  antecedents  de  dements  precoces  en  Tunisie. 

M.  Paul  Ab£ly.  —  La  melitococcie  doit  interesser  d’autant 
plus  les  psychiatres  que  les  troubles  cenesthopathiques  dominent 
souvent  la  symptomatologie  et  persistent  pendant  toute  la  conva¬ 
lescence.  II  serait  interessant  de  savoir  si  l’aboutissant  ne  peut 
pas  etre  un  syndrome  de  psychose  hallucinatoire  chronique. 

M.  Porot.  —  J’ai  vu  deux  cas  de  delirants  chroniques  atteints 
de  melitococcie. 

M.  H.  Roger.  —  Je  n’en  ai  jamais  vu. 

M.  G.  Petit.  —  J’ai  vu  un  cas  de  psychose  maniaque-depres- 
sive  a  acces  espaces  par  de  longs  intervalles  lucides,  apparaitre 
chez  un  sujet  peu  apres  une  atteinte  de  melitococcie. 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


Anxiete  chez  un  deprim6  hypochondriaque.  Heureux  effet 
de  la  vagotonine,  par  MM.  J.  Hamel  et  R.  Buisson. 

II  s’agit  d’un  jeune  soldat,  Frederic  J...,  age  de  21  ans,  dont 
wici,  brievement  resumee  l’histoire  clinique.  Fils  unique  d’une 
mere  en  bonne  sante  et  d’un  pere  tue  a  la  guerre,  il  aurait  eu 
une  enfance  normale.  On  peut  simplement  noter  une  enuresie 
jusqu’a  l’age  de  10  ans,  indice  de  fragility  nerveuse. 

J...,  intelligent  et  travailleur,  possedant  une  bonne  instruction  pri- 
maire,  exerce  le  metier  d’ajusteur-mecanicien  jusqu’a  Page  de  19  ans, 
mais,  par  suite  de  chbmage,  il  s’engage  au  22s  B.O.A. 

Ce  n’est  qu’a  cette  epoque  que  ce  jeune  soldat,  jusqu’alors  normal, 
serait  devenu  de  plus  en  plus  triste.  Des  le  debut  de  son  service 
militaire,  en  effet,  a  la  suite  d’une  angine  pour  laquelle  il  fut  soigne 
a  1’infirmerie  pendant  trois  semaines,  notre  jeune  malade  presente,  a 
deux  reprises,  a  15  jours  d’intervalle,  des  incidents  tres  penibles 
d’anxiete  paroxystique  avec  crainte  de  mort  imminente.  «  C’etait 
une  sensation  indefmissable  qui  lui  montait  de  la  colonne  vertebrale 
dans  la  fete,  plus  specialement  dans  la  region  frontale,  avec  crainte 
et  meme  tendance  a  la  chute. 

Ces  paroxysmes,  decrits  par  Mourgues  sous.le  nom  de  crises  de 
«  Kakon  »,  laissaient  a  notre  sujet  une  grande  impression  de  fai- 
blesse  ;  il  se  debattait  dans  son  lit  sans  pouvoir  se  lever,  se  sentant 
comme  paralyse.  Neanmoins,  il  continue  pendant  10  mois  a  assurer 
son  service  militaire,  tant  hien  que  mal,  tout  en  se  plaignant  regulie- 
rement  de  sa  sante. 

Pendant  toute  cette  periode,  il  nous  affirme  avoir  presente  une 
temperature  subfebrile,  ce  qui  lui  valut  de  frequentes  exemptions  de 
service,  ainsi.  d’ailleurs  qu’une  certaine  meflance  de  la  part  de  ses 
chefs.  (Cette  affirmation  est  vraisemblable,  car  il  presenta  un  febri- 
cule  analogue  jusqu’a  ces  derniers  temps).  Traite  frequemment  a 
l’infirmerie  pour  bronchite  (?)  et  nervosite,  il  ne  fit  pas  de  manoeu¬ 
vres. 

Cependant,  son  etat.de  depression  ne  fait  qu’augmenter,  la  cepha- 
lee  s’installe  apres  1’anorexie  et  la  rachialgie.  Un  amaigrissement  de 
pres  de  14  kilogs,  en  moins  d’une  annee,  le  fait  envoyer  a  l’hopital 
militaire  de  Strasbourg,  d’ou  il  sort  ameliore,  grace  a  un  traitement 
reconstituant  d’une  duree  de  quatre  semaines.  Neanmoins,  il  va 
consulter  deux  medecins  civils  qui  porterent  le  diagnostic  d’appen- 
dicite  chronique. 

Cette  amelioration  ne  fut  que  passagere,  puisque,  huit  jours  apres, 
il  est  envoye  a  I’Hopital  militaire  de  Metz  et  de  la.  dirige  sur  le  centre, 
de  neuro-psychiatrie  de  la  20e  region.. 


824  S0C1ETE  MEDIC0-PSYCH0L0G1QUE 

Des  lors,  son  etat  d’inquietude  empire  et  determine  une  fugue 
anxieuse,  au  cours  de  laquelle  il  se  rend  chez  ses  parents  pendant 
huit  jours.  Reintegre  a  l’Hopital  militaire,  il  est  isole.  C’est  a  cette 
epoque  que  se  placent  de  nombreux  paroxysmes  anxieux,  au  cours 
desquels  il  tente  plusieurs  fois  de  s’etrangler,  apres  avoir  redige  un 
testament  en  bonne  et  due  forme. 

Il  est  alors  envoye  a  l’Asile  de  Mareville  le  21  decembre  1935. 

A  l’entree,  ]e  malade  repond  correctement  et  sans  reticence  a  tou- 
tes  nos  questions.  C’est  lui-meme  qui  nous  fournit  tous  les  renseigne- 
ments  sur  ses  antecedents  et  l’histoire  de  sa  maladie.  Bien  qu’il 
s’efforce  de  sourire,  il  exprime  continuellement  des  idees  delirantes 
hypochondriaques  : 

«  J’ai  beaucoup  change  ;  je  me  reconnais  difficilement  ;  mon  vi¬ 
sage  n’est  plus  le  meme  ;  j’ai  des  crises  cardiaques  de  204  batte- 
ments  ;  mon  foie  est  tres  enfle  ;  mon  estomac  et  mes  intestins  ne 
fonctionnent  pas  ;  j’ai  egalqment  une  bronchite  chronique,  ainsi  que 
du  rhumatisme  dans  les  jambes  et  au  niveau  des  epaules  ;  j’ai  des 
craquements  dans  la  tete,  mes  yeux  sont  enfonces,  ils  me  font  mal 
et  sont  comme  morts  actuellement.  » 

A  cote  de  ces  idees  delirantes  hypochondriaques,  on  note  un  sen¬ 
timent  de  prejudice  et  des  craintes  d’incurabilite  avec  peur  et  desir 
de  la  mort. 

On  ne  peut  mettre  en  evidence  aucune  idee  d’auto-accusation  ou 
d’indignite,  ni  troubles  psvcho-sensoriels.  Par  centre,  existe  une 
ebauche  d’aggressivite  et  des  tendances  revendicatrices  a  l’egard 
des  medecins  militaires  «  qui  l’ont  mal  soigne  ou  plutot  qui  ne 
1  ont  jamais  soigne  ».  Des  sa  sortie,  il  ira  «  s’expliquer  »  avec  le 
medecin-chef  et  le  commandant  de  son  regiment.  Au  point  de  vue 
psychique  :  langue  saburrale  avec  constipation  habituelle  et  ten¬ 
dance  aux  vomissements.  On  note  une  certaine  diminution  du  tym- 
panisme  normal  dans  toute  la  partie  inferieure  de  l’abdomen,  avec 
leger  empatement  de  la  region  appendiculaire  et  point  douloureux 
a  la  palpation  profonde. 

Aucun  signe  neurologique,  a  part  des  reflexes  patellaires  vifs.  De 
plus,  cephalee  en  casque,  insomnie,  anorexie. 

Les  differentes  recherches  de  laboratoire  et  la  radioscopie  thora- 
cique  donnent  un  resultat  entierement  negatif. 

J...  reste  tres  deprime  dans  les  premiers  jours  de  son  internement 
et  presente  des  crises  d’anxiete  subintrantes,  n’entrainant  pas  de 
reactions  importantes,  sans  doute  grace  a  la  vigilance  des  inflrmiers. 

Voici  le  traitement  qu’il  a  subi  :  du  25  decembre  au  15  janvier 
1936,  il  refoit  quotidiennement  une  ampoule  de  2  cc.  de  serum 
nevrosthenique,  ainsi  qu’une  ampoule  de  5  cc.  de  Cinnozyl.  Il  se  pro- 
duit  une  amelioration  nette  de  l’etat  physique  (augmentation  de 
poids  de  plus  de  2  hgr.),  mais  sans  modification  nette  de  l’etat  mental. 

A  ce  moment,  devant  la  persistance  des  manifestations  anxieuses. 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


825 


nous  pensons  a  essayer  la  vagotonine.  Pendant  une  semaine,  le  ma- 
lade  refoit  chaque  matin  une  dose  de  10  gr.  de  sulfate  de  soude  et 
est  soumis  a  un  regime  lacto-vegetarien. 

Le  23  janvier,  debut  du  traitement  :  deux  ampoules  de  vagotonine 
(une  le  matin,  une  le  soir  pendant  10  jours).  Le  traitement  est  entre- 
pris  avec  les  precautions  habituelles,  c’est-a-dire  avec  un  regime 
riche  en  hydrates  de  carbone  (en  particulier  :  riz  au  lait  bien  sucre 
a  chaque  repas). 

Des  la  seconde  injection,  reaction  vaso-motrice  tres  importante 
avec  sensation  de  bien-etre,  transformation  brusque  de  1’etat  mental, 
par  disparition  presque  totale  de  1’anxiete.  Le  traitement  est  suspendu 
le  1"  fevrier  pour  essai.  L’etat  mental  est  nettement  ameliore,  le 
malade  se  leve  et  demande  a  travailler.  Un  traitement  psychothera- 
pique  associe  a  quelques  stimulants  de  l’appetit  constitue  la  seule 
therapeutique.  L’amelioration  se  maintient  jusqu’au  6  fevrier,  puis 
le  malade  retombe  dans  un  etat  de  depression,  mais  beaucoup  moins 
marque  que  le  precedent. 

Le  10  fevrier,  on  reprend  le  traitement  :  nouvelle  amelioration 
nette  des  le  quatrieme  jour,  a  partir  duquel  on  diminue  la  dose  de 
moitie,  dans  le  but  d’augmenter  la  duree  du  traitement.  En  meme 
temps,  en  raison  des  signes  gastro-intestinaux  et  du  febricule  si¬ 
gnals,  on  donne  du  Bacte  Intestiphage.  C’est  alors  que  l’on  voit,  au 
bout  du  cinquieme  jour,  la  temperature  tomber  pour  la  premiere  fois 
a  la  normale. 

Etat  actuel.  —  Le  4  mars,  le  patient,  dont  la  transformation,  tant 
physique  que  psychique,  est  un  fait  evident,  est  neanmoins  soumis 
a  un  examen  tres  minutieux. 

Au  point  de  vue  physique  :  etat  general  tres  satisfaisant  ;  augmen¬ 
tation  de  poids  de  pres  de  10  kilog.  en  deux  mois.  Le  teint  est  rose, 
la  cephalee  a  disparu,  le  sommeil  est  normal,  sans  hypnotique.  Les 
troubles  digestifs  se  sont  amendes,  il  n’y  a  plus  d’anorexie,  mais  la 
langue  est  encore  legerement  saburrale  en  son  centre  et  les  signes 
d’appendicite  chronique  persistent. 

Au  point  de  vue  mental :  anxiete  totalement  disparue,  humeur  plus 
gaie,  efforts  d’amabilite,  le  facies  est  detendu.  L’activite  est  a  peu 
pres  normale,  le  malade  s’emploie  et  se  distrait.  II  entrevoit  sa  gueri- 
son  et  son  exeat  pour  la  fin  du  mois. 

Toutefois,  il  est  important  de  noter  la  persistance  d’un  etat  de 
preoccupation  hypochondriaque.  F...  J...  reste  persuade  qu’il  est 
affaibli,  «  diminue  »  au  quart  de  sa  valeur  anterieure.  Neanmoins, 
il  lutte  contre  lui-meme  et  accepte  avec  reconnaissance  les  encoura¬ 
gements  des  medecins.  En  effet,  ses  lettres  sont  pleines  de  paroles 
d’espoir  et  d’eloges  pour  le  traitement  qu’il  a  subi,  mais  cependant 
on  y  voit  toujours  transparaitre  l’element  hypochondriaque  sous 
forme  d’analyse  tres  poussee  de  son  etat  physique  et  de  doutes  ex¬ 
primes  sur  la  sincerite  de  nos  affirmations  optimistes. 


826  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

Commentaires.  —  Ce  malade  evoque  a  nos  yeux  un  des  types 
decrits  par  Abadie  dans  son  discours  d’ouverture  du  Congres  de 
Bordeaux.  Quelle  que  soit  l’opinion  des  auteurs  sur  la  nature  de 
la  constitution  hypochondriaque,  nous  constatons  chez  notre 
sujet  d’une  part  un  element  affectif,  l’hyper-emotivite,  d’autre 
part  un  element  plus  specialement  intellectuel,  paralogique,  tres 
voisin  de  l’attitude  paranoiaque.  Ce  que  nous  voulons  priciser 
c  est  que  notre  malade  n’est  pas  seulement  un  psycho-neurasthe- 
nique,  mais  aussi  un  hypochondriaque. 

devolution  de  la  maladie  s’est  faite  a  la  faveur  d’un  change- 
ment  d’existence,  du  passage  d.e  la  vie  civile  a  la  vie  militaire, 
mais  c  est  cependant  une  atteinte  infectieuse  (angine  et  appendi- 
cite  chronique  simultanees)  qui  en  a  constitue  1’origine  reelle 
Les  troubles  neuro-vegetatifs  qui  ont  accompagne  cet  etat  infec¬ 
ts11*  se  sent  concretises  en  ces  crises  terrifiantes  que  nous  avons 
signalees,  et  qui  ont  laisse  chez  lui  une  veritable  anaphylaxie  de 
crainte. 

Dans  les  10  mois  qui  ont  suivi,  periode  douloureuse  pendant 
laquelle  les  soins  ont  peut-etre  ete  par  trop  hesitants,  s’est  instal- 
lee  chez  notre  malade  la  conviction  d’un  etat  pathologique  tres 
grave,  en  meme  temps  qu’apparaissait  chez  lui  l’impression 
puis  la  certitude  qu’il  n’etait  pas  l’objet  de  tous  les' soins  neces- 
saires,  d’ou  ses  revendications. 

L  etat  actuel  de  notre  jeune  soldat  nous  apparait  comme  un 
<<  etat  »  sequelle.  Nous  avons  l’impression  que  si  l’anxiete  avait 
ete  «  le  tout  »  de  la  maladie,  nous  aurions  certainement  obtenu 
un  resultat  comparable  a  ceux  cites  par  Combemale,  Deschildre, 
Mme  Gardien  et  la  guerison  serait  acquise. 

Que  reste-t-il  en  effet  ?  Nous  croyons  qu’il  demeure  d’une  part  : 
Un  etat  de  doute,  temoin  de  la  constitution  psychique  du  sujet. 
In  etat  de  crainte,  conditionne  par  le  souvenir  angoissant  de 
crises  paroxystiques  successives,  ^dont  les  deux  premieres  ont 
laisse  en  lui  une  empreinte  qui  ne  s’efface  que  tres  lentement. 

Nous  pensons  que  la  vagotonine  en  maitrisant  I’anxiete  a  sup- 
prime  le  facteur  d’entretien  le  plus  important  du  trouble  mental. 
La  psychotherapie  peut  faire  le  reste. 

Notre  impression  est  que  la  vagotonine  qui  n’a  pas  de  contre- 
mdication  importante,  surtout  chez  les  sujets  jeunes,  constitue 
une  medication  vraiment  specifique  de  1’anxiete.  Partout  oil  nous 
rencontrons  ce  dangereux  symptome  et  particulierement  dans  la 
demence  precoce  au  debut,  il  nous  parait  legitime  de  renouveler 
une  experience  aussi  encourageante. 


SEANCE  DU  35  MAI  1936 


827 


M.  Desruelles.  —  A  propos  de  l’interessante  observation  que 
vient  de  nous  donner  M.  Hamel,  je  crois  utile  de  rappeler  que  les 
premiers  essais  de  traitement  des  troubles  mentaux  par  la  vago^ 
tonine  ont  ete  faits  par  le  Pr  Combemale  et  son  eleve  Dechildre, 
et  par  Paul  Abely.  J’ai  moi-meme  communique  a  la  Societe,  il  y 
a  plus  de  deux  ans,  les  resultats  fort  encourageants  obtenus  dans 
Panxiete.  J’ai  continue  depuis,  et  Miiie  Gardien-Jourd’heuil  a 
apporte  une  contribution  tres  importante  a  cette  etude  dans  sa 
these  :  «  La  vagotonine  dans  les  etats  anxieux  ».  Par  P  etude 
fort  soigneusement  faite  des  reflexes  oculo-cardiaques  et  solaires, 
on  pouvait  esperer  determiner  a  l’avance  les  cas  d’anxiete  qui 
pourraient  beneficier  d’un  traitement  par  la  vagotonine.  Je  dois 
a  Pamitie  du  Pr  Santenoise  d’avoir  pu  traiter  de  nombreux  cas 
d’anxiete  par  la  vagotonine,  et  d’avouer  qu’il  n’est  pas  possible 
par  l’etat  des  reflexes  neuro-vegetatifs  de  determiner  les  cas  ou 
cette  therapeutique  est  efflcace.  II  vaut  mieux  rester  dans  l’em- 
pirisme,  parce  qu’il  infervient  peut-etre  des  «  decharges  d’adre- 
naline  »  qui  modifient  ces  reflexes  a  tout  moment. 

Comme  dans  l’observation  de  M.  Hamel,  quand  la  vagotonine 
agit,  elle  ag-it  souvent  tres  vite  et  d’une  maniere  evidente.  Des  les 
premieres  piqures,  Panxiete  disparait.  II  est  curieux  de  consta- 
ter  que  lorsque  l’anxiete  s’accompagne  de  troubles  delirants, 
on  voit  sous  l’action  de  la  vagotonine  l’anxiete  s’attenuer,  alors 
que  les  idees  delirantes  persistent.  C’est  done  la  une  therapeuti¬ 
que  efflcace  et  rapide  de  certains  etats  anxieux. 


Nanisme  achondroplasique  ;  Hyperorchidie  :  exhibitions 
et  bestialite  sadique,  par  MM.  J.  Picard  et  G.  Marquet. 

Si  l’etat  mental  des  achondroplasiques  a  fait  l’objet  d’etudes 
approfondies,  quoique  peu  nombreuses,  si  les  anomalies  de  la 
sphere  genitale  dans  la  grande  majorite  des  cas  sont  apparues 
assez  accusees  pour  constituer  un  trait  special  du  comportement 
habituel  de  ces  nains  micromeliques,  nous  ne  pensons  point 
qu’aucune  observation  ait  marque  aussi  nettement  que  celle  que 
nous  allons  rapporter  l’accent  sur  l’element  endocrinien  fonda- 
mental  de  ces  troubles  de  la  croissance,  et  Phyperorchidie  plus 
specialement. 

II  est  inutile  de  reprendre  ici  la  description  symptomatique  de 
cette  curieuse  affection  depuis  que  les  travaux  de  Parrot  et  de 
Pierre  Marie  lui  ont  conquis  son  autonomie  par  rapport  au  rachi- 
tisme  congenital.  D’ autre  part,  la  comparaison  des  configurations 


828 


SOCIETE  MEDJCO-PSYCHOLOGIQVE 


typiques  de  achondroplasiques  avec  la  morphologie  des  bouffons 
ae  cour  avait  autorise  une  certaine  assimilation  entre  l’etat  psy- 
chique  de  ces  sujets,  du  fait  de  la  conservation  de  leur  intelli¬ 
gence,  de  leurs  tendances  facetieuses,  de  leur  activite  ludique,  eu 
bref,  de  leur  comique  hypomanie  :  ce  sont  des  achondroplasiques, 
le  nain  des  festins  de  Veronese  et  le  «  el  primo  »  de  Velasquez. 
Une  curiosite  vive,  un  enjouement  plaisant  sont  etonnamment 
constants  chez  ces  malades,  et  le  notre  ne  fait  pas  exception  a 
cette  regie.  II  est  rare,  comme  dans  un  cas  recent  de  MM.  Nove- 
Josserand  et  Romagny,  d’observer  des  associations  de  myxcedeme 
thyroi'dien  avec  cretinisme.  L’interet  de  notre  cas,  classiquement 
tres  pur,  reside  dans  1’evidente  predominance  des  facteurs  hypo- 
physo-orchitiques  et  dans  des  reactions  medico-legales  precoces 
et  insolites.  Sans  doute,  le  malade  lascif  et  libidineux  de  Parhon 
et  Shunda  ne  pouvait  pas  voir  une  femme  sans  se  «  friser  les 
moustaches  »,  celle  de  Lauze  se  livrait  a  des  gestes  obscenes  et 
a  une  incoercible  nymphomanie,  celui  de  M.  Apert  se  desolait 
des  malheurs  et  des  peines  qu’il  causait  a  sa  femme  par  ses 
ardeurs  genitales  excessives,  mais  aucun  dans  la  litterature  ne 
fut  entraine  a  des  debts  sexuels. 

Observation.  —  C’est  a  la  suite  d’un  rapport  medico-legal  de  l’un 
de  nous  dans  une  affaire  d’outrage  public  a  la  pudeur  que  B...  Mau¬ 
rice,  alors  age  de  17  ans,  fut  interne  en  octobre  1933.  De  longue  date 
ll  etait  de  notoriete  publique  que  le  jeune  B...  presentait  des  perver¬ 
sions  sexuelles  rendant  son  sejoUr  impossible  dans  aucune  famille. 
Ce  sodt  d’ailleurs  les  siens  qui,  de  guerre  lasse,  en  ont  ete  en  partie 
cause,  par  leurs  plaintes.  Ne  pouvant  le  dominer,  impuissants  a  obte- 
nir  son  placement  dans  un  etablissement  special,  ils  se  sont  resignes 
a  la  poursuite  judiciaire,  esperant  ainsi  le  voir  soit  intimide  par  la 
sanction  penale,  soit  place  dans  une  maison  de  redressement. 

Les  exhibitions  publiques  et  repetees  devant  des  femmes  et  des 
enfants,  faits  retenus  par  l’instruction,  ne  sont  qu’une  faible  part  des 
actes  antisociaux  habituellement  accomplis  par  B...  Aussi  loin  que 
i’on  remonte  dans  son  enfance.  Ton  retrouve  des  tendances  precoces 
aux  actes  malins  ou  pervers  :  disttait  a  l’ecole,  inattentif,  instable  il 
s’en  fait  renvoyer  a  10  ans  parce  qu’il  se  vante  a  ses  camarades 
d’avoir  des  rapports  sexuels  avec  une  petite  fllle  de  son  age  L’insti- 
tuteur  coriflrme  ces  faits  en  ajoutant  qu’il  tenait  ouvertement  a  ce 
sujet  des  propos  «  a  faire  rougir  un  soudard  ».  Notons  en  passant 
que  des  cet  age  il  ne  cherche  pas  a  dissimuler,  trouve  cela  tout  natu- 
rel,  s’en  amuse,  ne  comprend  pas  la  punition.  Comme,  place  par  sa 
famille  dans  des  fermes,  il  se  fait  invariablement  renvoyer  ell- 
s’efforce  de  le  prefer  a  des  personnes  de  conflance  pour  de  menus 
travaux  en  echange  de  sa  nourriture.  Il  continue  de  se  promener 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


829 


deculotte  devant  les  servantes,  de  se  masturber  au  vu  de  tout  le 
monde,  de  souiller  de  sperme  le  linge  intime  des  femmes  par  ruse. 
Sa  malignite  le  pousse  bien  aussi  a  deteriorer  des  objets,  a  jeter  des 
<Kufs  pourris  sur  1’autOmobile  de  son  patron,  a  declarer  qu’il  va  se 
divertir  a  mettre  le  feu  sous  le  lit  de  la  bonne  et  qu’il  voudrait  bien 
voir  flamber  la  maison  ;  mais  sa  predilection  l’incite,  faute  peut-etre 


On  remarquera,  quoique  cette  photographie  ait  ete  prise  apres  le  traitement 
opotherapique,  les  malformations  typiques  des  membres,  la  grosseur  de 
la  tete,  le  developpement  genital,  de  meme  que  l’expression  enjouee  de  ce 


de  pouvoir  satisfaire  autrement  ses  desirs,  a  des  actes  de  bestialite 
plus  ou  moins  sadique  :  il- tente  et  realise  des  rapprochements  avec 
les  vaches  accroupies  ou  couchees,  au  besoin  juche  sur  une  brouette 
en  raison  de  sa  petite  taille  ;  s’il  a  parfois  blesse  des  vaches  a  coup 
de  fourche,  c’est,  dit-il,  parce  qu’elles  l’avaient  provoque  par  leur 
coup  de  queue  ou  de  pied  ;  de  meme  pour  une  truie  qui  ne  survecut 
point  a  ses  outrages  et  a  ses  sevices.  Passant  enfin  de  1’etable  et  de  la 
porcherie  a  la  basse-cour,  on  le  surprit  bien  souvent  en  train  d’assou- 
vir  ses  orgasmes  avec  les  poules  et  les  lapines,  ce  qu’il  reconnait  tres 


830  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

complaisamment,  sauf  toutefois  pour  ces  dernieres.  II  ne  cache  pas. 
le  plaisir  qu’il  ressentait  dans  I’accomplissement  de  ces  obscenites. 
tout  en  obeissant  a  ce  besoin  imperieux  quoique  non  obsedant,  et 
tout  en  regrettant  de  facon  apparemment  sincere  de  deplaire  de  la 
sorte  a  ses  parents. 

Quoique  1'onanisme  du  sujet  se  soit  revele  ires,  precocement  (vers 
Ja  9e  annee)  et  ait  revetu  un  type  d’hyperorchidie  continue,  il  semble 
que  revolution  genitale  de  cet  achondroplasique  se  soit  emaillee  de 
yeritables  paroxysmes  hyperorchidiques  assimilable*  aux  syndromes 
etudies  par  Carnot  et  Baufle.  Le  systeme  genital  est  tres  developpe 
et  la  ete  de  fort  bonne  heure  ;  les  testicules  bien  descendus  sont 
yolumineux  ;  le  penis  de  forte  taille.  Les  caracteres  sexuels  secon- 
daires  sont  tres  accuses  :  expression  et  voix  viriles,  ebauche  de  barbe 
(rasee  sur  la  photographie),  toison  pubienne  abondante. 

Aat*ce*ents‘  ~  Rien  de  bien  notable  a  ce  point  de  vue.  II  n’existe 
pas  d  achondroplasique  parmi  les  ascendants  ou  les  collateraux  ni 
de  geants,  ni  d’acromegales.  Aucune  tare  hereditaire,  aucune  notion 
de  psychopathic  familiale.  Une  tante  maternelle  de  B...,  de  conduite 
plutot  legere,  fut  placee  dans  sa  jeunesse  dans  une  maison  de  redres- 
sement. 

Notre  petit  malade  aurait,  quant  a  lui,  presente  des  convulsions, 
frequentes  et  nombreuses  a  l’age  de  deux  ans,  en  suite  de  quoi  il.se 
serait  mal  developpe,  ce  qui  laisse  a  penser  qu’une  atteinte  centrale 
ait  pu  se  produire  a  cette  epoque.  Par  la  suite,  il  a  presente  une  rou- 
geole  benigne. 

Examen  morphologiqne.  -  C’est  a  un  veritable  nain  que  nous 
avons  a  faire,  a  un  nanisme  microrhizomelique.  La  tete  enorme  est 
disproportionnee  pour  le  reste  du  corps  ;  le  tronc  est  normal  malgre- 
aplatissement  du  dos,  I’ensellure  lombaire  et  la  preeminence  des 
fesses.  Aucun  chapelet  costal  n’est  perceptible  a  la  perception.  Les 
bras  sont  tout  courts  par  rapport  aux  avant-bras  et  les  jambes 
cagneuses  forment  des  parentheses.  La  musculature  est  bien  deve- 
loppee  :  c’est  le  petit  athlete  classique.  Les  examens  radiographiques, 
faits  par  le  Dubois,  permettent  de  deceler  les  deformations  de 
1  humerus  avec  hypertrophie  epiphysaire  et  courbure  de  la  diaphyse 
et  la  pathognomonique  elevation  du  perone  jusqu’au  niveau  de  la 
face  articulaire  du  plateau  tibial. 

Les  mensurations  confirment  ces  donnees  :  la  taille,  qui  etait  de 
r  anS’  maintenant  4  21  et  a  la  suite  du  traitement 

J  Tpi  PT  ;,r„de  19  tSte  6St  de  61  cm’  La  Io"Sueur  du  bras 
est  de  21  cm.,  celle  de  1  avant-bras  de  24  cm.  La  longueur  des  cuisses 
(32  cm.)  par  rapport  aux  jambes  (29  cm.)  est  moins  disproportion- 
nee,  mais  il  n  a  pas  ete  tenu  compte  de  l’incurvation  de  ces  dernie- 

vSbi  gUre  d’Un  Petit  h0mme  grotesque,  fortement 

virilise,  auquel  une  personne  non  avertie  serait  en  peine  de  donner 
un  age  exact.  L  examen  somatique  ne  permet  de  reveler  aucune  lesion 
des  divers  appareils.  Les  reactions  humorales  sont  negatives  Le 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


831 


corps  thyroide  est  de  volume  normal.  Aucune  bouffissure  des  traits 
n’est  constatable. 

Examen  mental.  —  Deux  caracteres  principaux  frappent  dans  le 
psychisme  de  ce  nain  :  une  hypomanie  enjouee  ;  du  puerilisme 
accompagne  d’une  certaine  instability  du  comportement.  Ce  serait 
toutefois  une  erreur  d’attribuer  a  ce  dernier  symptome  la  valeur 
d’une  arrieration  intellectuelle.  Sa  faible  et  mauvaise  frequentation 
scolaire  ne  lui  a  pas  permis  un  developpement  normal,  mais  a  l’asile 
il  a  su  s’adapter  intelligemment  et  fait  un  excellent  apprenti  cordon- 
nier.  Enfin  l’epreuve  classique  des  tests  Binet-Simon  lui  fixe  un  age 
mental  entre  12  et  15  ans.  Tres  syntone,  son  affectivite  n’est  pas  per- 
turbee  :  il  ecrit  souvent  aux  siens  et  manifeste  de  l’amour-propre 
dans  son  travail.  Sa  curiosite  eveillee  lui  fait  attendre  avec  impa¬ 
tience  les  seances  de  cinema  et  ses  preferences  se  marquent  pour 
les  films  de  voyages.  Dans  ses  moments  d’inoccupation  cependant  il 
temoigne  du  plus  grand  enfantillage  :  il  leehe  les  vitres,  s’amuse  avec 
tout  et  rien,  regrette  parfois  de  n’avoir  pas  fait  un  clown.  Aucune 
tendance  au  travestissement  n’a  ete  son  fait. 

Essai  de  traitement.  —  Sans  espoir  serieux,  nous  1’avons  soumis  en 
decembre  dernier  a  une  serie  de  six  injections  de  vingt  unites  de 
lobe  anterieur  de  l’hypophyse.  Il  mesurait  au  debut  du  mois  1  m.  27. 
A  notre  grande  surprise,  en  fin  janvier,  sa  faille  etait  passee  a 
1  m.  32,  avec  des  poids  respectifs  de  44  a  46  kgs.  Il  niesure  actuelle- 
ment  1  m.  34  et  pese  47  kg.  200.  Il  est  a  noter  qu’aucune  excitation 
genitale  n’a  coincide  avec  ces  modifications  ;  au  contraire,  les  ten¬ 
dances  a  la  masturbation  ont  paru  diminuees. 

A  plus  d’un  egard,  cette  observation  nous  parait  fort  instruc¬ 
tive.  Du  point  de  vue  semeiologique,  c’est  intentionnellement 
que  nous  avons  parle  d’exhibitions  et  non  d’exhibitionnisme. 
Dans  ce  cortege  de  perversions  sexuelles,  ces  actes  prennent  la 
signification  d’un  erotisme  excessif  et  ne  sont  ni  limites  dans 
leurs  manifestations  ni  contraints  dans  leur  mode  d’apparition. 
La  recherche  voluptueuse  procede  de  mobiles  hedoniques  qui  se 
fortiflent  dans  des  plaisirs  cruels.  Cet  hypervirilisme  qui,  ce  qui 
n’est  pas  indifferent,  ne  s’est  jamais  traduit  dans  l’electivite  de 
l’appetit  genital,  meme  dans  les  actes  de  bestialite  que  par  une 
rigoureuse  heterosexualite,  ne  saurait,  croyons-nous,  ne  point 
relever  directement  des  crises  d’une  hyperendocrinie  orchitique. 

Cette  hyperendocrinie  va  fort  bien  de  pair  avec  les  troubles  de 
la  croissance  de  l’achondroplasie.  Dor  et  Maisonnave  avaient 
meme  pu  obtenir  une  diminution  de  la  taille  en  injectant  de 
1’orchitine  a  des  animaux.  Mais  il  est  possible  que  cette  hyper- 
orchidie  soit,  elle-meme,  sous  la  dependanee  d’un  hypofonetion- 
nernent  du  lobe  anterieur  de  l’hypophyse,  contrairement  aux  don- 


832  SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 

nees  qui  veulent  que  l’hyperhypophysie  anterieure  soit  stimula- 
tnce  des  fonctions  genitales,  ee  qui  est  surtout  vrai  pour  les  hor¬ 
mones  feminines.  II  est  certain  que,  dans  notre  cas,  le  peu  d’in- 
jections  d’extraits  du  lobe  anterieur  qui  orit  ete  faites  (et  nous 
les  contmuerons)  ont  suffi  a  declancher,  en  meme  temps  qu’un 
processus  osteogenetique  accelere,  une  apparente  diminution  de 
1’ardeur  genitale.  Ainsi  s’expliquerait,  ce  sur  quoi  l’un  de  nous  a 
recemment  insiste,  l’hyposexualite  des  acromegaliques. 

La  notion  de  convulsions  infantiles  doit  en  outre  etre  retenue 
chez  cet  achondroplasique  :  elles  localisent  le  debut  des  anoma¬ 
lies  constatees,  et,  a  defaut  d’autres  anamnestiques,  plaident  en 
faveur  de  la  theorie  toxi-infectieuse  de  la  pathogenie  de  ces 
nanismes. 


Syndrome  de  delire  aigu  chez  un  predispose.  Succes  d’un 
traitement  par  le  carbone  intraveineux,  par  ME  J.  Picard 
et  G.  Marquet. 


;  ^  syant  d’autre  intention  par  cette  breve  communication  que 
d  attirer  l’attention  sur  l’efficacite  d’une  methode  qui  a  deja  fait 
ses  preuves  dans  d’autres  domaines  de  la  pathologie,  nous  vou- 
dnons,  ce  faisant,  en  montrant  tout  l’interet  qu’on  en  peut  tirer 
dans  le  traitement  des  psychoses  infectieuses,  inciter  le  plus 
grand  nombre  possible  d’experimentateurs  a  controler  les  resul- 
tats  heureux  que  peut  reserver  la  granulotherapie.  L’idee  nous 
est  venue  en  effet  d’etendre  a  la  therapeutique  psychiatrique  ce 
traitement  qui  nous  avait  reserve  un  succes  inespere  dans  une 
septicemie  mabgne  (1).  Nous  esperons  ulterieurement  rapporter 
des  resultats  d’ensemble  d’investigations  qui,  pour  etre  infiniment 
satisfaisantes,  demeurent  fort  limitees. 

Orservation.  —  Le  malade  B...  Albert,  qui  fait  l’objet  de  cette 
communication,  age  de  34  ans,  a  deja  ete  interne  deux  fois  a  I’Asile 
et  presente  un  etat  congenital  d’imbecillite  avec  des  manifestations 
comitiales  surajoutees  lorsqu’il  se  livre  a  des  abus  de  boisson.  C’est 
un  etre  primitif  des  plus  frustes,  qui  par  deux  fois  a  ete  pousse,  sous 
Influence  de  1’alcool,  a  des  debts  sexuels  des  plus  banaux.  Dans  le 
courant  de  l’existence,  comme  durant  son  service  militaire,  il  se 
comportait  bien  tant  que  fermement  dirige  et  ses  derniers  patrons 
le  consideraient  comme  un  excellent  travailleur.  Aucun  antecedent 


(1)  Septicemie  enterococcique  maligne.  Endocardite.  pleuresie  sero-fibri- 
”936e’  M°deS  d’aCti0D  dU  Carbone  intraveineux.  Le  Progres  medical,  23  mai 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


special  n’est  connu.  Au  cours  de  ses  sejours  a  l’asile,  il  a  toujours 
fait  figure  d’un  degenere  chronique  de  bonne  sante  generate  suscep¬ 
tible  d’une  activite  utile.  L’examen  neurologique  du  sujet,  que  nous 
avons  pu  pratiquer  des  1933,  a  toujours  ete  negatif,  de  ineme  que  les 
reactions  humorales. 

Brusquement,  le  2  mai  dernier,  il  se  montre  profondement  trouble, 
tient  des  propos  incoherents,  s’enferme  par  moments  dans  un  semi- 
mutisme.  La  temperature  est  normale  ;  l’etat  general  sans  modifica¬ 
tion.  Il  parait  obtus,  egare  et,  en  vertu  des  anamnestiques  comitiaux, 
1’on  pense  tout  d’abord  a  un  equivalent  tout  a  fait  inaccoutume  puis- 
que  depuis  trois  ans  rien  de  semblable  n’avait  ete  constate.  L’agita- 
tion  persiste  les  jours  suivants  ;  il  veut  s’en  alien,  balance,  comme 
certains  idiots,  sa  tete  a  droite  et  a  gauche,  ne  dort  pas  la  nuit.  Jus- 
qu’au  7  mai,  l’etat  mental  s’aggrave.  La  confusion  devient  de  plus  en 
plus  profonde.  On  doit  le  maintenir  camisole  de  fa?on  presque 
continue.  Un  onirisme  visuel  terrifiant  le  harcele  :  son  lit  est  entoure 
de  flammes,  la  maison  brule,  le  feu  va  le  devorer.  Il  fait  de  vains 
efforts  pour  echapper  a  la  mort  imminente.  La  langue  devient  ires 
saburrale,  les  levres  sont  seches,  la  soif  est  intense.  La  temperature 
monte  le  soir  a  37°6.  Toils  les  traitements  sedatifs  sont  inefficaces. 
Du  sulfate  de  soude  administre  des  le  debut  puis  du  calomel  restent 
sans  effet. 

Le  9  mai  au  matin,  la  temperature  est  a  39°,  le  soir  a  39°2.  Le 
tableau  du  delire  aigu  se  precise.  Des  etats  de  fureur  entrecoupes  de 
somnolence  se  declanchent.  L’onirisme  visuel  est  aussi  terrifiant. 
L’incoherence  est  maintenant  complete.  L’amaigrissement  est  rapide. 
Les  reflexes  sont  exageres.  Les  pupilles  sont  en  myosis.  La  septicemine  . 
et  le  serum  glucose  sont  inoperants. 

Le  10  au  matin,  temperature  :  39°7.  Septicemine  20  cm3,  serum 
glucose  250  gr.,  des  tisanes  sont  absorbees.  Temperature  le  soir  : 
39“4.  Aggravation  des  precedents  symptomes.  Inegalite  pupillaire  : 

Le  11,  temperature  le  matin  :  39° 9.  L’etat  mental  est  maintenant 
domine  par  l’etat  general  de  plus  en  plus  grave.  Les  yeux  sont  exca¬ 
ves  et  les  paupieres  pleines  de  pus.  Haleine  fetide.  Epistaxis.  Consti¬ 
pation  opiniatre.  Peau  seche.  Pouls  :  96.  Signe  de  Kernig  avec  raideur 
du  rachis.  Abolition  presque  complete  des  reflexes  osteo-tendineux. 
Stupeur.  Insensibilite.  Impossibilite  de  toute  alimentation  meme 
liquide.  Vomissements. 

Pas  de  signes  de  typhoide.  Rate  normale.  L’hemoculture  et  le  sero- 
diagnostic,  qui  sont  negatifs,  le  resteront  par  la  suite.  En  raison  des 
signes  meninges,  une  ponction  lombaire  est  pratiquee  :  tension  posi¬ 
tion  couchee  :  26.  Liquide  clair.  Albumine  :  0,50.  Pandy  :  negatif. 
Leucocytes':  2,6.  Benjoin  colloidal  :  00000.02220.00000.  —  Hypergly- 
corachie  a  0,93  %. 

Le  diagnostic  d’encephalite  psychosique  est  porte,  mais  le  pronos- 
tic  parait  si  desespere  que  le  malade  re?oit  1’extreme-onction. 

Ann.  Med.-psych.,  XV'  serie,  94°  annee,  t.  I.  —  Mai  1936.  53 


834 


SOCIETE  MEDIC0-PSYCH0L0G1QUE 


Le  matin,  une  injection  intraveineuse  de  carbone  intraveineux  de 
5  cm8  a  2  %  a  ete  pratiquee.  Le  soir  meme  la  temperature  est  tornbee 
a  38°4.  Le  malade  s’eveille  legerement  et  s’alimente  un  peu. 

Le  12,  la  temperature  est  tonibee  a  37°5.  Le  mieux  s’afiirme.  Les 
signes  de  meningisme  persistent  et  le  malade  s’en  plaint  douloureu- 
sement  lorsqu’il  sort  de  sa  torpeur.  Les  reflexes  osteo-tendineux  res¬ 
tent  diminues,  comme  la  sensibilite.  Le  Babinski  est  indifferent.  On 
constate,  outre  le  Kernig,  un  signe  positif  de  Bruzinski.  L’inegalite 
pupillaire  est  toujours  remarquable.  Nouvelle  injection  de  5  cm3  de 
carbone  intraveineux.  Le  soir  :  38°1.  Pouls  :  72.  T.A.  :  16,7  —  une 
selle  normaie.  —  Uree  sanguine  :  0,78  par  litre.  Examen  hematologi- 
que  :  hematies  :  3.380.000.  Leucocytes  :  10.540,  sans  autre  modifica¬ 
tion  de  la  formule  qu’une  legere  mononucleose  a  type  de  grands  mo- 
nonucleaires  :  6. 

Le  13,  temperature  :  37°4  le  matin,  38°  le  soir.  Le  mieux  persiste. 
Le  malade,  toujours  stuporeux,  peut  s’asseoir  un  peu,  la  raideur  de 
la  nuque  et  du  rachis  ayant  diminue.  II  reagit  ir.ieux  aux  excitations 
exterieures.  Continuation  du  meme  traitement  par  le  carbone. 

Le  14  :  meme  etat.  Meme  traitement.  Temperature  :  38°  le  matin, 
37°6  le  soir.  Nouvel  examen  du  sang:  hematies  4.480.000.  Leucocy¬ 
tes  9.720.  Formule  leucocytaire  normaie  mais  eosinophiiie  legere  :  9. 

Le  15,  temperature  :  38°6.  Etat  general  plus  mauvais.  Un  abces  de 
fixation  est  tente.  La  temperature  monte  le  soir  a  39°.  La  langue  est 
rotie.  L’agitation  reprend  avec  onirisme  visuel  et  auto-accusations 
delirantes. 

Le  16,  temperature  :  le  matin  40°,  le  soir  40°5.  Pouls  98.  Langue 
fuligineuse.  Retour  des  symptomes  meninges,  Nouvelle  injection  de 
carbone  et  de  500  cm3  de  serum  glucose. 

Le  17,  temperature  :  38°6  le  matin,  39°  le  soir.  Nouvelle  injection 
de  carbone.  Apparition  d’une  escharre  sacree.  Diminution  des  re¬ 
flexes  osteo-tendineux.  Phenomenes  paretiques  des  membres  infe- 
rieurs. 

Le  18.  Le  matin  40°  ;  le  soir  38 °2.  Meme  traitement.  La  fievre  peut 
etre  attribute  a  l’abces  de  fixation  qui  d’ailleurs  n’evoluera  pas.  Le 
carbone  n’est  plus  injecte  que  tous  les  deux  jours. 

Les  jours  suivants  les  phenomenes  s’amendent  tout  a  fait.  La  stu- 
peur  diminue.  Les  signes  meninges  disparaissent  les  premiers.  La 
temperature,  apres  deux  oscillations  a  38° 2,  redevient  normaie.  L’ine¬ 
galite  pupillaire  disparait.  Les  phenomenes  paretiques  retrocedent. 
L’escharre  se  cicatrise. 

Le  malade  encore  deprime  s’anime  et  ne  delire  plus.  II  peut  etre 
considere  comme  convalescent  malgre  la  surveillance  qui  s’impose 
encore.  Toutefois  il  persiste  le  22  une  hyperglycorachie  a  0,70. 

Nous  eussions  pu  nous  etendre  longuement  sur  ce  cas  :  le  diag¬ 
nostic  s’impose.  Tout  laissait  a  prevoir  une  evolution  rapide  vers 


SEANCE  DU  25  MAI  1936 


835 


la  mort.  Les  injections  de  carbone  intra-veineux  ont  semble, 
apres  echec  des  autres  medications,  operer  une  veritable  resur¬ 
rection  du  malade,  supprimer  la  pyrexie,  faire  retroceder  les 
symptomes  nerveux.  L’efficacite  de  cette  methode  dans  un  delire 
aigu  soulignerait,  s’il  en  etait  besoin,  l’origine  vraisemblable- 
ment  infectieuse  des  delires  aigus  des  encephalites  psychosiques. 

Mile  Cullerre.  —  Dans  un  cas  d’encephalite  azotemique,  le 
carbone  ne  nous  a  rien  donne.  II  est  vrai  que  l’intensite  des  trou¬ 
bles  etait  extreme  et  que  le  malade  etait  a  l’agonie  quand  on 
nous  a  appelee  aupres  de  lui. 


La  seance  est  levee  a  19  heures  20. 


Le  secretaire  des  seances, 
Paul  Ab£ly. 


SOCIETES 


Societe  de  IMeurologie  de  Paris 


Seance  du  Jaiidi  7  Mai  1936 


Presidence  :  M.  TINEL,  president 


Les  troubles  labyrinthiques  dans  les  tumeurs  du  cervelet 
et  du  IVe  ventricule,  par  MM.  Aubry  et  Jean  Lereboullet. 

Les  auteurs  ont  etudie  les  troubles  labyrinthiques  dans  24  eas  de  tumeur 
du  cervelet  et  du  IV0  ventricule,  verifies  anatomiquement.  Us  ont  constate 
que  la  symptomatologie  lahyrinthique  obeissait  aux  regies  generales  de  la 
symptomatologie  nerveuse.  Dans  les  tumeurs  situees  loin  des  centres  vesti- 
bulaires,  l’appareil.  cochleaire  est  normal  et  il  n’existe  aucun  signe  vesti- 
bulaire  central  spontane,  aucun  signe  vestibulaire  de  deficit  aux  epreuves  ; 
au  contr&ire,  dans  les  tumeurs  comprimant  ou  envahissant  la  zone  vesti¬ 
bulaire,  on  observe  des  symptdmes  de  deficit  :  atteinte  de  1’appareil  coch¬ 
leaire,  signes  vestibulaires  spontanes  donnant  lieu  a  un  syndrome  vesti¬ 
bulaire  central  typique,  symptomes  d’inexcitabilite  vestibulaire.  Ces  symp- 
tomes  de  deficit,  qui  localisent  la  lesion  au  voisinage  immediat  des 
centres  bulbaires,  ont  une  valeur  pronostique  defavorable. 

Tumeur  du  raohis  seoondaire  a  un  kyste  du  thorax, 
par  MM.  Th.  de  Martel,  Guillaume  et  Thurei.. 

Reaction  myotonique  isolee  des  flechisseurs  de  la  main, 
par  M.  G.  Heuyer,  Mm°  Houdinesco  et  Mme  Lesueur. 

II  s’agit  d’une  fille  de  16  ans  ayant  une  reaction  myotonique  isolee  des 
flechisseurs  des  mains  et  des  doigts. 

La  percussion  d’un  certain  nombre  de  muscles  provoque  une  contraction 


SOCIETES 


rnpide,  suivie  d’une  decontraction  lente  (eminence  thenar,  jamhier  ante- 
X’ieur,  deltoi'de,  trapeze). 

L’examen  electrique  revele  une  reaction  myotonique-type  pour  les 
grands  palmaires. 

L’absence  de  signes  associes  ne  permet  pas  d’affirmer  avec  certitude 
l’etiologie  de  cette  myotonie  isolee. 


Syndrome  adiposo-genital.  Traitement  specifique.  Guerison, 
par  MM.  J.  Lhermitte  et  Albessar. 

Un  jeune  gargon  de  13  ans  presente  une  aplasie  sexuelle  avec  adiposite 
du  type  cerebral,  compliquee  de  polyurie,  polydipsie,  polyphagie,  somno¬ 
lence  diurne,  asthenie,  arret  du  developpement  intellectuel.  La  radiographie 
de  la  selle  turcique  ne  decele  rien  d’anormal  sauf  une  pachybasie  sellaire. 
La  reaction  de  B o rdet-Wa s s erm a n n  est  negative.  Malgre  l’absence  d’indi- 
cation  etiologique,  le  traitement  specifique  est  institue.  Cinq  mois  apres, 
le  malade  est  ameliore  et,  a  la  fin  de  la  premiere  annee,  la  transformation 
est  complete.  Un  an  et  demi  apres  le  debut  du  traitement,  la  guerison  est 
complete.  II  faut  ajouter  que  l’opotherapie  mixte  fut  associee  a  la  medica¬ 
tion  specifique,  mais  le  defaut  de  toute  demonstration  de  1’effieacite  de 
1’opotherapie  dans  le  syndrome  de  Frohlich  permet  aux  auteurs  de  penser 
que,  dans  ce  cas,  la  guerison  doit  etre  attribuee  a  la  medication  specifique. 

Etat  des  reactions  vestibulaires  dans  l’intoxication  ethylique  chronique, 
par  MM.  J.  A.  Barre  et  O.  Metzger  (de  Strasbourg). 

Les  auteurs  rapportent  le  resultat  des  observations  cliniques  et  instru- 
mentales  qu’ils  ont  poursuivies  chez  soixante  ethyliques  averes  dont 
39  etaient  atteints  de  polynevrite  ethylique  a  des  degres  varies. 

D’une  fagon  generale,  ils  peuvent  formuler  qu’il  n’existait  aucun  des 
signes  cliniques  classiques  d’excitation  anormale  de  l’appareil  vestibulaire. 
Par  contre,  dans  40  cas,  c’est-a-dire  dans  66,6  0/0  des  cas,  l’epreuve  rota- 
toire  etait  franchement  troublee  .dans  le  sens  d’une  hypo-excitabilite  de 
degre  variable  (nystagmus  post-rotatoire  de  15”  au.  maximum  jusqu’a 
l’abolition  complete).  L’hypo-excitabilite  calorique,  constatee  dans  quelques 
cas,  coincidait  avec  l’hypo-excitabilite  rotatoire  beaucoup  plus  frequente. 
La  reaction  galvanique  fut  toujours  normale. 

II  est  important  de  savoir  qu’un  nerf  sensoriel  est  frequemment  attaint 
par  l’alcool  quand  il  y  a  polynevrite  ou  meme  en  dehors  d’elle  ;  que  les 
polynev'rites  ethyliques  observees  jusqu’a  maintenant  par  les  auteurs  ne 
modifient  pas  le  reflexe  post-rotatoire  ;  que  certains  ethyliques  dont  on 
examine  l’appareil  vestibulaire  a  l’occasion  de  raisons  variees  (traumatis- 
mes,  etc.),  peuvent  avoir  de  l’hyporeflexie  rotatoire  qui  revient  a  1’intoxi- 
cation  ethylique  ;  que  la  lesion  qui  conditionne  ce  trouble  doit  sieger  a 
l’extreme  peripherie  du  nerf  vestibulaire,  dans  le  labyrinthe  posterieur. 

En  plus  de  deductions  pratiques,  ces  resultats  apportent  des  documents 
qui  pourront  servir  a  comprendre  mieux  le  mecanisme  des  epreuves  rota¬ 
toire  et  galvanique. 

Discussion  :  M.  Lhermitte  pense  que  le  cerv'elet  plus  que  le  vestibule 
est  atteint  dans  l’alcoolisme  aigu.  II  croit  en  outre  que  ce  n’est  pas  l’alcool 


S0C1ETES 


838 

lui-meme  qui  joue  un  r61e  dans  les  polynevrites  d’origine  alcoolique,  mais 
peut-etre  d’autres  toxines,  en  particiilier  hepatique,  produite  par  celui-ci. 

M.  Thomas  est  du  meme  avis  quant  a  1’origine  de  ces  polynevrites,  car 
il  a  toujours  trouve  des  lesions  hepatiques  dans  ces  cas. 

Tumeur  angiomateuse  du  bulbe  et  du  cervelet,  par  M.  David. 

L’auteur  presente  une  malade,  ayant  ete  atteinte  d’une  tumeur  angioma¬ 
teuse  multiple  du  cervelet  et  de  la  partie  inferieure  du  bulbe,  dont  l’abia- 
tion  fut  suivie  d’une  ataxie  marquee,  avec  troubles  du  sens  stereognosi- 
que  en  voie  d’amelioration. 

De  l’importance  de  l’oedeme  cerebral  dans  les  traumatismes  craniens, 
par  M.  Puech. 

L’auteur  rapporte  le'  cas  d’un  enfant  de  18  mois,  qui,  a  la  suite  d’un 
traumatisme,  a  pi-esente  des  crises  Bravais-Jacksoniennes  avec  hemiplegie 
gauche.  A  l’intervention,  pratiquee  dans  la  croyance  en  l’existence  d’un 
hematome  de  la  zone  de  Gerard  Marchand,  l’auteur  a  constate  1’integrite 
de  cette  zone  et  l’existence  d’un  cedeme  cerebral  tres  marque,  ameliore 
pendant  l’operation. 

Discussion  :  M.  Petit-DutaiLlis  rappelle  avoir  publie  un  cas  semblable 
a  la  Societe  de  Chirurgie  et  fait  remarquer  que  la  ponction  lombaire,  dans 
ce  cas-la,  ne  donne  aucun  resultat. 

M.  Lhehmitte  rapporte  le  cas  d’un  adulte  qui,  a  la  suite  d’un  trauma¬ 
tisme,  est  mort  d’un  oedeme  cerebral  decouvert  a  1’autopsie. 


Le  ramollissement  laminaire  de  Pecorce  cerebrale.  Ramollissement 
partiel  localise  a  la  IIIe  ou  a  la  Ve  couche.  Ses  rapports  avec  la 
disposition  vasculaire  du  cortex,  par  MM.  Th.  Alajouanine  et  Th.  Hornet. 

Au  niveau  du  cortex  cerebral  on  peut  trouver,  en  dehors  des  lesions 
globales,  certaines  lesions  qui  se  localisent  a  une  de  ses  couches  cellulai- 
res  en  respectant  les  autres.  Les  lesions  les  plus  connues  sont  les  altera¬ 
tions  des  cellules  nerveuses  avec  conservation  des  autres  elements. 

Les  auteurs  decrivent,  a  propos  d’un  cas,  de  veritables  ramollissements 
intra-corticaux,  localises  soit  a  la  III'  couche,  soit  a  la  Vc,  tandis  que  les 
cellules  nerveuses  situees  au-dessus  et  en-dessous  restent  normales. 

Le  ramollissement  laminaire  a  une  importance  pour  la  comprehension 
de  la  disposition  vasculaire  de  l’ecorce  et  est  en  faveur  de  l’existence  des 
reseaux  autonomes  fonctionnellement  pour  chaque  couche  cellulaire. 

Dans  la  clinique  on  peut  se  demander  si  l’atteinte  d’une  couche  cel¬ 
lulaire,  ne  donne  pas  des  symptdmes  differents  de  celles  de  l’atteinte 
globale  de  l’ecorce. 


Maurice  Leconte. 


SOCIETES 


Societe  de  Medecine  legale  de  France 


Seance  da  11  Mai  1936 


Presidence  :  M.  LECLERCQ,  president 


One  autoevisceration  considered  comme  un  crime,  par  M.  Triqueneaux. 

M  Triqueneaux  rapporte  le  cas  d’une  cabaretiere  qui  se  suicida  d  une 
etrange  faeon.  Le  corps  de  cette  femme  fut  decouvert  sur  le  parquet  de  son 
logis,  portant  une  plaie  de  l’abdomen  de  21  cm.  de  long,  avec  un  tres  large 
delabrement  de  la  parol.  Sur  une  table  voisine  on  trouva  une  volumineuse 
masse  de  visceres,  pesant  1.550  grammes  et  composee  de  sept  fragments 
d’epiploon,  de  deux  fragments  d’intestin  grele  et  de  mesentere  dilascere. 
On  crnt  d’abord  a  un  crime,  mais  l’enquete  permit  d’etablir  qu’il  s’agissait 
d’un  suicide  execute  par  une  alcoolique  presentant  un  delire  melancolique 
et  craignant  d’avoir  a  subir  une  operation  abdominale.  Elle  avait  declare 
auparavant  :  «  Je  ferai  le  travail  moi-meme  ».  M.  Triqueneaux  insiste  sur 
l’importance  des  lesions  abdominales,  sur  la  possibilite  pour  un  individu 
de  pratiquer  sur  lui-meme  d’aussi  cruelles  mutilations  et  sur  la  duree 
considerable  de  la  survie. 

Frirotirg-Blanc. 


Societe  de  Medecine  Mentale  de  Belgique 


Seance  du  25  Avril  1936 


Presidence  :  M.  VERMEYLEN,  president 


Contribution  a  l’etude  du  syndrome  denomme  :  «  mains  et  pieds 
en  fourche  »,  par  MM.  G.  Muyle  et  R.  Batselaere. 

Les  auteurs  rapportent  deux  nouveaux  cas  de  ce  complexe  symptomatique, 
dont  il  existe,  decrits  dans  la  litterature,  une  centaine  de  cas,  observes 
dans  environ  cinquante  families.. 

II  s’agit  de  deux  sujets  masculins,  cousins  sous-germains,  ages  respec- 


840 


SOC1ETES 


tivement  de  51  et  de  23  ans,  oligophrenes  restes  sans  descendance  et  comp- 
tant  parmi  leurs  collateraux  plusieurs  malades  mentaux.  Outre  une  combi- 
naison  d’ectro-,  de  clino-  et  de  syndactylies  aux  quatre  extremites,  ils  pre- 
sentent  des  malformations  osseuses  du  crane,  de  l’osteoporose,  des  troubles 
trophiques  des  ongles. 

De  1’etude  tres  complete  de  leurs  cas  personnels  et  des  donnees  de  la 
litterature,  les  auteurs  retiennent  :  1°  la  transmission  de  Panomalie  par 
l’homme,  qui  est  plus  frequemment  atteint  que  la  femme  ;  2°  le  caractere 
dominant  de  la  dystrophie  dans  un  grand  nombre  de  cas  ;  3°  dans  une 
meme  famille,  l’atteinte  preponderante  des  aines  ;  4°  Patteinte  plus  fre- 
quente  des  mains  et  plus  profonde  des  pieds  ;  5°  l’absence  frequente  de 
symetrie  dans  le  caractere  des  lesions  a  droite  et  a  gauche  ;  6°  Patteinte 
preponderante  du  second  rayon  digital,  quand  I’ectrodactylie  ne  se  limite 
pas  au  troisieme  ;  7°  l’atteinte  du  premier  rayon  digital  quand  il  y  a  ectro- 
dactylie  marginale  ;  8°  la  frequence  des  tares  degencratives  familiales,  de 
1’oligophrcnie  et  des  malformations  squelettiques  associees,  nolamment  au 
niveau  du  crane. 

Sur  la  teneur  du  sang  en  tryptophane  dans  les  maladies  mentales, 
par  MM.  Massaut  et  Mathieu. 

L’intervention  probable  des  acides  amines  et  notamment  du  tryptophane 
dans  la  pathogenie  des  processus  d’amyloi'dose  cevebrale,  ont  conduit  les 
auteurs  a  doser  ce  corps  dans  le  sang  de  25  malades  mentaux,  comprenant 
6  cas  de  demence  senile  et  19  cas  divers  (imbecillite,  demence  precoce,  alcoo- 
lisme,  melancolie).  Le  principal  resultat  de  cette  recherche  est  que  les  taux 
de  tryptophane  les  plus  eleves  ont  ete  rencontres  chez  les  sujets  atteints 
d’hypertension  arterielle,  quelle  que  soit  la  maladie  mentale  dont  ils  sont 
atteints.  L’amyloidose  cerebrale  ne  serait  done  pas  en  rapport  avec  un  trou¬ 
ble  general,  mais  il  se  peut  qu’elle  depende  d’un  trouble  humoral  local. 

* 

Cholesteatome  du  cervelet,  par  M.  P.  Divby. 

Il  s’agit  d’un  malade  dont  l’affection  evoluait  depuis  de  nombreuses 
annees.  Depuis  1925,  1’attitude  particuliere  de  la  tete  avait  fait  songer  au 
diagnostic  de  syndrome  de  Klippel-Feil  ;  puis  l’eventualite  d’une  tumeur  de 
l’hypophyse  avait  ete  envisagee.  Le  malade  fut  perdu  de  vue,  mais  1’autopsie 
put  neanmoins  etre  pratiquee  recemment  et  revela  une  enorme  tumeur 
cerebelleuse  formee  de  nodules  juxtaposes  contenus  dans  une  coque 
d’aspect  nacre,  caracteristique  du  cholesteatome.  L’examen  histologique 
conflrme  ce  diagnostic  en  montrant  les  trois  couches,  conjonctive,  epithe- 
liale  et  cornee,  dont  la  premiere  resulte  de  la  reaction  du  tissu  environnant. 

Maladie  de  Dercum  avec  troubles  mentaux  predominants, 
par  MM.  Vermeylen  et  Heernu. 

Presentation  d’une  malade  chez  laquelle  on  vit  se  developper,  au  cours. 
de  1’evolution  d’un  syndrome  melancolique  attribue  a  la  menopause,  un 
enorme  bourrelet  graisseux  abdominal,  tres  douloureux  a  la  palpation.  La 
malade  fait  partie  d’une  famille  de  sujets  generalement  obeses,  mais  elle 
est  la  seule  qui  presente  les  symptdmes  de  1’adiposite  douloureuse. 


SOCIEl'ES 


L’asthenie  et  la  depression  psychique  confirment  le  diagnostic  de  maladie 
de  Dercum. 

Les  auteurs  diseutent  le  role  des  episodes  febriles  dans  l’apparition  de 
cette  forme  d’adiposite,  et  signalent  qu’un  traitement  au  dinitrocresol  a  ete 
bien  supportc  bien  que  la  malade  fut  atteinte  egalement  de  diabete. 


Societe  Beige  de  IMeurologie 


Seance  du  25  Avril  1936 


Presidence  :  M.  P.  ENDERLE,  president 


Ictus  apoplectiforme  suivi  d’acalculie  avec  dyslexie  et  dysgraphie, 
sans  aucun  autre  trouble  de  la  serie  aphasique,  chez  un  polyglotte, 
par  M.  Jacques  Ley. 

Presentation  d’un  malade  de  59  ans,  qui,  a  la  suite  d’un  leger  ictus,  se 
trouva  totalement  incapable  de  mauler  les  chiffres  et  avait  oublie  jusqu’aux 
resultats  les  plus  elementaires  de  la  table  de  multiplication.  A  cote  de  cette 
acalculie  totale  il  existait  des  troubles  paralexiques  et  paragraphiques,  a 
peu  pres  equivalents  dans  les  quatre  langues  que  le  malade  connait. 

Au  point  de  vue  neurologique  :  legere  hemiparesie  droite  et  legere  dysar- 
thrie  aux  mots  d’epreuve  ;  pas  d’apraxie,  pas  d’hemianopsie.  L’ensemble  du 
syndrome  est  actuellement  en  voie  d’amelioration. 

L’interet  du  cas  reside  dans  le  fait  qu’a  aucun  moment  le  sujet  n’a  pre¬ 
sente  le  moindre  trouble  aphasique  proprement  dit  :  pas  d’oubli  du  vocabu- 
laire,  de  paraphasie  ni  de  troubles  gnosiques,  auditifs  ou  visuels,  integrite 
de  la  memoire  et  de  1’intelligence  generate. 


Syndrome  protuberantiel,  par  MM.  H.  Baonville,  M.  Moreau  et  J.  Titeca. 

Presentation  d’un  homme  de  54  ans,  atteint  de  syphilis,  qui  a  la  suite 
de  plusieurs  ictus  fut  atteint  d’hemiplegie  alterne  :  paralysie  des  membres 
du  cote  droit  et  paralysie  faciale  gauche  de  type  peripherique.  Plus  tard  il 
fit  une  hemiparesie  gauche  et  presenta  des  mouvements  choreiques  a  grosse 
amplitude  dans  le  bras  droit,  des  troubles  de  la  phonatiou,  de  la  deglutition 
et  des  reactions  labyrinthiqueg  a  gauche.  Les  sensibilites  sont  normales  ;  il 
existe  de  gros  signes  pyramidaux,  notamment  un  clonus  inepuisable  de  la 
main  et  un  reflexe  palmo-mentonnier.  Des  crises  de  rire  et  de  pleurs  spasmo- 
diques  et  des  troubles  mentaux  sont  venus  compliquer  le  tableau. 


SOCIETES 


812 


Tumeur  epiphysaire  ;  envahissement  des  ventricules  cerebraux, 
par  M.  J.  De  Busscher. 

Etude  anatomo-clinique  du  cas  d’une  jeune  fille  de  26  ans  qui  se  pesen- 
tait,  au  debut  de  son  affection,  comme  une  nevropathe,  et  chez  laquelle  on 
vit  eVoluer  un  syndrome  cerebelleux  droit  typique,  mais  sans  nystagmus, 
avec  ulterieurement  des  signes  d’hypertension  iiltra-cranienne. 

L ’intervention  simplement  decompressive  sur  la  fosse  posterieure  fut 
suivie  d’un  deces  subit,  probablement  par  engagement  du  lobe  temporal. 

L’autopsie  revela  l’existence  d’un  vaste  pinealoblastome  ayant  prolifere 
a  la  maniere  d’un  medulloblastome,  par  simple  refoulement  des  tissus  cere¬ 
braux,  vers  la  region  hypothalamique,  et  par  les  trous  de  Monro,  vers  les 
ventricules  lateraux. 

L’auteur  insiste  sur  l’absence  complete  de  toute  symptomatologie  pineale, 
ou  meme  para-pineale,  au  profit  d’un  syndrome  cerebelleux  droit,  et  sur 
le  caractere  decevant  de  cette  dissociation  anatomo-clinique,  dejouant  tout 
effort  diagnostique. 


Deux  observations  anatomo-cliniques  de  maladie  de  Landry, 
par  M.  Callkwaert  (fils). 

II  s’agit  de  deux  cas  de  syndrome  de  Landry  a  evolution  rapide  sans 
episode  febrile,  mais  avec  reaction  meningee  dans  le  second  cas. 

L’examen  anatomo-clinique  montre  que  le  premier  cas  realisait  lc  type 
polyomyelitique  de  l’affection,  le  second  le  type  de  myelite  transverse.  La 
cause  de  ces  myelites  ascendant.es  diffuse  reste  obscure. 


Sclerose  laterale  amyotrophique  a  debut  bulbaire, 
par  MM.  J.  Moldaver  et  J.  Titeca. 

Les  auteurs  attirent  l’attention  sur  la  forme  bulbaire  de  la  sclerose  late¬ 
rale  amyotrophique  qui  peut  preter  au  debut  a  des  difficultes  de  diagnostic. 
II  s’agit  d’un  homme  de  41  ans,  chez  lequel  1’unique  symptome  morbide  fut 
pendant  plusieurs  inois  une  paralysie  labio-glosso-laryngee,  ayant  debute 
brusquement.  Le  tableau  clinique  ne  s’est  complete  que  six  mois  plus  tard, 
par  l’apparition  de  troubles  amyotrophiques  et  spasmodiques  des  membres. 


Meningite  pneumococcique  traumatique,  par  M.  Evrard. 

Discussion  du  mecanisme  de  l’infection  dans  un  cas  de  meningo-ence- 
phalite  a  pneumocoques  chez  un  gar?on  de  14  ans  ayant  des  antecedents 
d’otite,  et  chez  lequel  la  meningite  apparut  a  la  suite  d’un  traumatisme 
cranien.  La  survie  ne  fut  que  de  4  jours. 


J.  Ley.' 


ANALYSES 


L1VRES,  THESES,  BROCHURES 


PSYCHOLOGIE 


X.’Ironie,  jiar  Vladimir  Jankelevitch,  (1  vol.,  in-16,  152  pages,  in  Noiwelle 
Encyclopedic  Philosophique,  Felix  Alcan  edit.,  Paris  193li). 

II  est  une  ironie  elementaire  qui  se  confond  avec  la  connaissance  et  qui 
■est,  comme  Part,  fille  du  loisir.  L’ironie  est  bien  trop  morale  cependant 
pour  etre  vraiment  artiste,  comme  elle  est  trop  cruelle  pour  etre  vraiment 
comique.  Dans  un  premier  chapitre  de  ce  tres  interessant  ouvrage,  etudiant 
successivement  l’ironie  socratique,  interrogeante,  dont  Socrate  est  mort 
apres  avoir  aneanti  la  securite  trompeuse  des  fausses  evidences,  et  l’inso- 
lence  cynique  d’un  Diogene,  M.  Jankelevitch  fait  remarquer  d’abord  que 
le  cynisme  est  toujours  au  bout  de  l’ironie.  C’est  une  ironie  frenetique,  le 
dilettantisme  du  paradoxe  et  du  scandale.  Et  tandis  que  l’ironie  socratique 
conteste  seulement  l’utilite  et  la  certitude  d’une  science  de  la  nature,  au 
debut  du  xix'  siecle  1’ironie  romantique  conteste  l’existence  meme  de  la 

La  conscience  peut  etre  consideree  comme  une  ironie  naissante,  un  sou- 
rire  de  l’esprit.  La  conscience  ironique  badine  sur  les  choses  mais  n’est  pas 
tout  a  fait  consciente  tant  qu’elle  est  dupe  d’elle-meme.  L’ironie  est  une 
activite  spirituelle  inflnie  et  la  conscience  en  devient  le  propre  sujet.  Car 
Pironie  sur  soi  est  le  resultat  de  1’  «  economic  »,  ensemble  des  amenage- 
ments  temporels  qui  servent  a  «  normaliser  »  notre  tragedie  interieure, 
et  de  la  «  diplomatic  »  par  l’art  d’e'illeurer  qui  resume  les  ruses  de  PirO- 
nie.  Multiple  et  deliee,  semblable  a  l’esprit  de  finesse,  l’ironie  freine  notre 
logique  affective  ;  elle  est  la  souplesse,  c’est-a-dire  l’extreme  conscience,  et 
nous  rend  attentifs  au  reel.  Elle  mesure  tout  le  chemin  parcouru  de  l’instinct 
guinde  a  la  subtile  intelligence.  Le  progres  de  l’ironie  va  du  meme  pas  que 
le  progres  de  la  conscience.  L’ironie,  c’est  la  liberte.  C’est  aussi  la  gaiete  un 
peu  melancolique  que  nous  inspire  la  decouverte  d’une  pluralite.  II  faut 
choisir  entre  l’intimite  et  la  justice  :  ironiser,  c’est  choisir  la  justice. 


S 14 


ANALYSES 


Apres  avoir  ainsi  decrit  le  «  genre  »  de  l’ironie,  l’auteur  differencie  les 
«  visages  »  de  1’ironie  et  recherche  comment  1’on  peut  distinguer  la  «  reflexion 
moqueuse  »  de  la  «  reflexion  serieuse  ».  L’ironie  est  une  certaine  fagon 
de  s’exprimer.  C’est  une  variete  de  l’allegorie.  C’est  l’arabesque,  c’est  un 
jeu  avec  les  extremes,  le  mouvement  dialectique  qui  relie  les  deux  termes 
les  plus  opposes  d’une  serie.  Tandis  que  l’hypocrite  est  un  mechant  qui 
veut  paraitre  bon,  on  pourrait  dire  que  l’ironiste  est  plulot  le  bon  qui  se 
donne  l’air  mechant.  C’est  une  simulation  plutot  qu’une  dissimulation. 
Comme  toute  activite  de  jeu,  elle  double  la  conduite  serieuse  d’une 
conduite  seconde  qui  s’organise  dans  le  loisir  et  la  recreation.  Mais  elle  est 
intermediate  entre  le  serieux  du  vecu  et  la  gratuite  des  vains  amusements. 
Elle  prend  pour  matiere  les  innombrables  mensonges  du  moi  et  de  la 
societe.  Elle  doit  etre  tenue  pour  la  medication  specifique  du  scandale. 

L’ironic,  c’est  l’imprevu  et  c’est  le  paradoxe.  Par  elle  le  lourd  devient 
leger  et  le  leger  ridiculement  grave.  Sa  forme  naturelle  est  la  litote.  Elle 
ne  veut  pas  tant  exprimer  que  suggerer.  II  y  a  un  silence  ironique,  tel  le 
silence  de  Socrate  devant  ses  accusateurs.  Comme  la  pensee  mystique, 
1’ironie  est  infmiment  taciturne.  Elle  est  laconique,  discontinue.  Le  silence, 
la  reticence  et  l’allusion  lui  composent  un  visage  bien  a  part.  Elle  sait 
qu’on  n’a  pas  besoin  de  tout  dire  et  que,  d’ailleurs,  1’esprit  est  inepuisable- 
ment  riche,  beaucoup  plus  riche  que  le  langage.  Non  seulement  elle  abrege, 
mais  elle  morcelle.  Elle  nous  preserve  des  routines,  nous  garde  souples  et 
alertes  en  nous  pliant  a  de  douloureuses  readaptations.  Elle  crible  de  ses. 
flechettes  acerees  le  manteau  de  nuages  dont  s’enveloppe  le  pathos.  Elle 
decourage  la  vaine  prolixite. 


Mais  1’ironie  a  aussi  ses  dangers  et  ses  pieges.  II  est  une  ironie  sociale 
faite  de  railleuse  urbanite  et  dont  la  sanction  est  le  rire,  ironie  classique, 
celle  de  Socrate,  de  Voltaire,  de  notre  xvme  siecle  en  general.  Mais  il  en  est 
une  autre,  lyrique  et  romantique,  qui  n’a  pas  envie  de  rire  et  qui  exalte, 
au  contraire,  la  solitude  du  moi.  D’ailleurs  si  l’ironie  fait  rire,  c’est  sans 
avoir  envie  de  rire.  Elle  est  moqueuse,  mais  sombre.  Elle  n’a  pas  davantage 
envie  de  pleurer.  Triste  et  moqueuse,  gaie  et  melancolique,  tres  capiteuse 
et  tres  froide,  elle  est,  selon  Henri  Heine,  semblable  a  un  champagne  glace 
ou  s’unissent  deux  climats  contraires.  Elle  est  au  dela  du  pessimisme  et 
de  l’optimisme  comme  elle  est  au  dela  du  plaisir  et  de  la  douleur. 

Jouant  avec  le  feu,  dupant  les  autres,  elle  se  dupe  parfois  elle-meme. 
Comme  le  cynique,  l’ironiste,  trop  assure  de  sa  propre  indifference,  devient 
alors  un  trompeur  trompe,  LTn  vertige  l’cntraine  :  il  se  prelasse  «  sur  la 
litiere  doree  des  songes  ».  Trop  legere,  trop  intelligente,  imponderable, 
1’ironie  risque  aussi  de  se  condamner  elle-meme  a  la  sterilite,  Le  «  desin- 
teressemept  »  ironique,  hesitant,  plus  .tolerant  que  genereux,  mene  a 
1’isosthenie  aussi  bien  par  le  scepticisme  que  le  relativisme,  N’acceptant 
aucune  limite,  voulant  regner  sur  tous  les  possibles,  l’ironie  ne  regnera 
que  sur  des  fantdmes. 

Enfin,  si  l’ironie  est  le  sens  du  detail,  c’est  aussi  la  pensee  de  1’univer- 
sel.  Elle  developpe  en  nous  la  conviction  que  le  tout  est  aussi  necessaire 
que  le  detail  est  contingent.  C’est  l’optimisme  du  pessimisme.  Ironiser, 
c’est  done  comprendre  et  s’elargir  pour  resorber  le  «  sporadisme  »  de 
revolution  et  les  disharmonies  de  l’existence.  L’ironie  observe  mille  nuan¬ 
ces  que  la  moquerie  sommaire  ne  connait  pas  :  car  celle-ci  est  une  gaiete 
selon  la  lettre,  et  celle-la  une  gaiete  selon  l’esprit.  Elle  joue  un  rdle  capital 


ANALYSES 


dans  riotre  perfectionnement  interieur.  C’est  un  des  visages  de  la  pudeur. 
Elle  cache  un  grand  fond  de  serieux. 

Rene  Charpentier. 


La  gratitude  chez  les  enfants  et  les  adolescents  (Die  Danlcbarkeit  bei  Kin- 

dern  und  Iugendlicben),  par  Franziska  Baumgarten,  avec  la  collaboration 

d’H.  Nobs.  Fasc.  de  106  pages,  A.  Francke  eiit.,  Berne,  1935. 

Cette  etude  est  la  deuxieme  d’une  collection  editee  par  l’auteur  :  Contri¬ 
butions  aux  recherches  sur  le  caractere  et  la  personnalite.  Elle  aborde  un 
domaine  psychologique  peu  explore  jusqu’ici,  dans  lequel  les  recherches 
experimentales  notamment  sont  inexistantes.  L’auteur  a  voulu  combler 
cette  lacune,  il  a  apporte  une  contribution  importante  aux  etudes  de  psycho¬ 
logic  infantile,  d’un  grand  interet  au  point  de  vue  caracterologique  et  peda- 
gogique. 

Plus  de  1.000  eleves  des  ecoles  primaires  et  secondaires  bernoises  ont  ete 
soumis  a  plusieurs  epreuves  concernant  la  gratitude  provoquee,  le  sentiment 
spontane  de  gratitude,  les  rapports  de  la  gratitude  avec  d’autres  contenus 
psychiques.  Pour  les  details  de  technique,  il  faut  se  rdferer  au  texte  ori¬ 
ginal.  Les  resultats  sont  schematises  dans  de  nombreux  graphiques  :  fre¬ 
quence  des  differentes  formes  de  gratitude  identifiees,  par  rapport  au  sexe, 
a  Page,  au  milieu  scolaire,  au  developpement  scolaire,  relations  avec  les 
desirs,  l’interet,  les  facultes  de  comprendre  la  situation  et  d’etablir  avec 
elle  un  rapport  affectif  adequat. 

Nous  reproduisons  textuellement  les  conclusions,  reponses  aux  questions 
soulevees  dans  les  chapitres  successifs  :  La  gratitude  parait  etre,  dans  une 
large  mesure,  un  sentiment  inne.  Elle  est  rencontree,  sous  toutes  ses  for¬ 
mes,  deja  chez  de  jeunes  enfants.  La  gratitude  est  un  sentiment  complexe, 
compose  des  elements  suivants  :  a )  plaisir  procure  par  le  bienfait  regu  ; 
b)  reconnaissance  de  la  personne  du  bienfaiteur  ;  e)  tendance  a  ffendre  le 
bienfait  sous  une  forme  quelconque.  La  forme  de  la  gratitude  considerce 
comme  la  plus  elevee,  celle  qui  s’inspire  de  sentiments  de  lien  affectif  et 
social  (Bindungsdank),  a  ete  rencontree  chez  les  plus  jeunes  enfants  exa¬ 
mines.  4  formes  de  gratitude  ont  ete  identifiees  :  1)  verbale  ;  2)  materielle 
(Sachdank)  ;  3)  affective-sociale  (Bindungsdank)  ;  4)  utilitaire  (zweckdien- 
licher  Dank),  dont  la  manifestation  profite  au  sujet  reconnaissant  lui- 
merne  ou  au  desir  realise.  On  peut  parler  de  formes  primitives  de  la  gra¬ 
titude  en  ce  sens  que  certaines  formes  :  affective-sociale  et  utilitaire,  sont 
plus  frequentes  chez  les  enfants  ages.  La  forme  affective  sociale,  dont  la 
frequence  augmente  avec  Page,  apparait  comme  une  forme  d’evolution. 
Dans  chacune  des  4  formes  identifiees,  on  distingue  2  types  d’expression  : 
le  type  expansif,  riche  en  manifestations,  et  le  type  pauvre  en  manifes¬ 
tations.  Des  differences  appreciables  sont  notees  entre  les  deux  sexes.  La 
forme  affective-sociale  est  observee  plus  frequemment  chez  les  filles,  son 
developpement  differe  dans  les  deux  sexes.  La  gratitude  depend  dans  une 
large  mesure  des  sentiments  sociaux  ;  elle  est  fonction  des  sentiments 
sociaux  et  du  sentiment  de  justice  ;  mais  elle  depend  aussi  de  la  comprehen¬ 
sion,  de  l’intelligence.  La  gratitude  est  done  dans  une  certaine  mesure  edu- 
cable,  une  meilleure  comprehension  permettant  de  mieux  apprecier  une 
situation  determinee  et  de  manifester  une  reconnaissance  plus  adequate. 


E.  Bauer. 


846 


ANALYSES 


PSYCHIATRIE 


La  schizophrenie  et  les  etats  schizoides  dans  le  milieu  militaire,  par  le 
Dr  Paul  Faveret.  These,  123  pages,  Bose  et  Riou  edit.,  Lyon  1935. 

Dans  ee  travail,  l’auteur  s’est  propose  d’examiner  dans  quelles  mesures 
et  dans  quels  cas  les  schizoides  sont  adaptables  a  l’armee  et  quelles 
influences  psychologiques  peut  produire  sur  eux  le  milieu  militaire,  mais 
au  prealable  il  a  aborde  la  question  suivante  :  lorsqu’une  schizoi'die  consti- 
tutionnelle  evolue  vers  la  schizophrenie  cbez  un  militaire,  sous  quelles 
conditions  cette  transformation  est-elle  imputable  au  service  ? 

En  principe,  Revolution  d’une  schizoi'die  constitutionnelle  vers  la  schi¬ 
zophrenic,  a  l’occasion  du  service  militaire,  ne  saurait  etre  imputee  a  celui- 
ci.  Si,  en  effet,  le  debut  de  la  schizophrenie  coincide  souvent  avec  Page  du 
service  militaire,  il  ne  s’agit  que  du  debut  apparent  et  le  service  militaire 
se  borne  souvent  a  reveler  une  metamorphose  morbide  deja  commence, 
mais  masquee  par  des  circonstances  sociales  favorables. 

Dans  son  second  chapitre,  l’auteur  envisage  les  cas  de  schizoidie  consti¬ 
tutionnelle  pour  lesquels  l’exclusion  de  Rarm.ee  lui  semble  indispensable 
et  pour  ces  inadaptables  il  propose  la  classification  suivante  :  1)  Etats 
schizoides  susceptibles  d’evoluer  vers  la  schizophrenie  ;  2)  Etats  schi¬ 

zoides  presentant  des  troubles  intellectuals  surajoutes  (debilite  mentale, 
coloration  paranoide)  ;  3°  Etats  schizoides  presentant  des  nuances  aflt'ec- 
tives  speciales  (boudeurs  a  type  pseudo-pervers,  psychastheniques). 

Par  contre,  les  veritables  schizoides,  dont  la  constitution  est  pure,  peu- 
vent  s’adapter  au  milieu  militaire  grace  a  des  mesures  speciales  de  pro¬ 
tection,  qui  varient  selon  les  cas  individuels.  Lorsqu’il  n’existe  pas  de  fac- 
teurs  psychologiques  pre-etablis,  qui  rendent  l’adaptation  impossible, 
l’armee  de  metier  constitue  une  carriere  tres  favorable  pour  les  schizoides 
equilibres  et  adaptes  dont  l’apragmatisme  se  trouve  protege  ;  souvent, 
d’ailleurs,  ceux-ci  s’engagent  parce  qu’ils  ont  conscience  de  leur  fragilite 
affective. 

D’une  fagon  generale,  l’etude  medico-militaire  des  constitutions  psycho- 
pathiques  est  indispensable,  non  seulement  pour  decouvrir  les  sujets  ina¬ 
daptables  a  l’armee,  mais  aussi  pour  faciliter  l’adaptation  des  petits  psycho- 
pathes  par  une  orientation  militaire  appropriee  a  chaque  cas  particulier. 

E.  Larrive. 

Les  mesures  de  protection  a  Regard  des  pervers  qui  s’engagent  dans 
l’Armee,  par  le  Dr  Georges  Fromaget.  These, ^99  pages,  Bose  et  Riou  edit 
Lyon  1935. 

Dans  ce  travail,  l’auteur,  apres  un  rappel  rapide  de  la  definition  clinique 
du  pervers,  examine  comment  celui-ci  entre  dans  l’armee  et  les  raisons 
pour  lesquelles  il  ne  peut  s’adapter  au  milieu  militaire. 

C’est  en  general  par  engagement  volontaire  que  les  pervers  entrent  dans 
Rarmee.  C’est  d’abord  parce  qu’ils  envisagent  deux  avantages  immediats  : 
la  possibilite  de  choisir  leur  corps,  l’obtention  d’une  prime  importante 
S’engager  est  parfois  une  necessite,  tant  pour  ceux  qui  se  sentent  «  en  plein 
dans  la  debine  »  que  pour  les  recidivistes  qui  ont  peur  de  la  «  relegation  ». 
La  plupart  voient  dans  le  metier  militaire  une  serie  de  satisfactions  d’amour- 
propre,  une  source  d’aventures  obtenues  a  bon  compte.  Pour  d’autres,  il 


ANALYSES 


847 


s’agit  d’engagements  imposes  par  une  famille  qui,  desesperant  de  faire  quel- 
que  chose  d’eux,  veut  essayer  de  les  faire  «  dresser  au  regiment  ». 

Mais  il  est  facile  de  prevoir  que  ces  gens  qu’aucune  force  n’a  fait  plier, 
qu’aucune  lbi  n’a  fait  obeir,  ne  s’adaptefont  pas  plus  a  l’armee  qu’ailleurs; 
mais  ce  qui  est  plus  grave,  1'armee  subit  de  leur  fait  un  grave  prejudice. 

II  y  a  done  un  intent  primordial  a  ce  qu’un  barrage  soit  etabli  et  pour 
cela  il  est  a  souhaiter  que  des  modifications  soient  apportees  aux  dispo¬ 
sitions  legales  existantes.  L’auteur  souhaite,  en  particulier,  que  l’examen 
medical  des  engages  ne  porte  pas  uniquement  sur  l’aptitude  physique,  que 
les  enqufetes  soient  mieux  orientees  par  un  questionnaire  plus  precis  et 
qu’elles  soient  reglementairement  l’objet  d’un  avis  medical.  Mais  surtout 
que  Fengagement  provisoire  soit  le  mode  unique  de  recrutemeut  des  engages. 

Mais  pour  parfaire  Foeuvre  .de  ces  nouvelles  mesures,  il  faudrait  orga¬ 
niser  des  l’Sge  scolaire  le  depistage  des  pervers,  realisation  qui  n’a  ete 
realisee  que  dans  quelques  grands  centres.  Il  serait  bon  enfin  que  l’auto- 
rite  militaire  eut  la  possibility  de  se  procurer  la  copie  de  la  notice  medico- 
psychologique  etablie  par  les  centres  de  triage  des  mineurs  delinquants, 
lorsque  son  attention  aurait  ete  attiree  sur  le  passe  d’un  candidat  a  l’en- 

gagement-  E.  Larrive. 


HISTOIRE  DE  LA  MEDECINE 


Histoire  illustree  de  la  Medecine,  par  Rene  Dumesnil.  Preface  du  Professcur 
Jean-Louis  Faure,  de  l’Academie  des  Sciences  et  de  l’Acade'mie  de  Medecine 
(1  vol.  in-4o,  260  pages,  avec  130  illustrations  en  heliogravure.  Editions  d'His- 
toire  et  d’Art.  Librairie  Plon,  Paris,  1935). 


Une  histoire  de  la  Medecine  est,  ainsi  que  l’ecrit  l’auteur,  faite  des 
explorations  et  des  completes  de  la  raison  sur  la  superstition,  sur  1  m- 
connu,  sur  l’indetermine.  Mais  tout  en  empruntant  chaque  jour  davantage 
aux  sciences  qui  l’enrichissent  perpetuellement  de  precedes  et  de  moyens 
d’investigation  ou  de  controle  nouveaux,  la  medecine,  sans  se  subordonner 
a  ses  auxiliaires,  n’en  est  pas  moins  demeuree  un  art  oil  la  conscience  et 
la  valeur  professionnelle  du  medecin  gardent  toujours  leur  role  essentiel. 

Dans  ce  beau  volume,  remarquablement  illustre,  et  pour  lequel  le  Pro- 
fesseur  Jean-Louis  Faure  a  ecrit  une  remarquable  preface,  M.  Rene  Dumes¬ 
nil,  a  la  fois  docteur  en  medecine  et  homme  de  lettres,  nous  donne  une 
histoire  generale  de  la  medecine  depuis  l’Antiquite  jusqu’a  la  clinique  mo- 
derne,  d’Hippocrate  aux  decouvertes  pastoriennes,  histoire  accessible  non 
seulement  aux  medecins  mais  a  tout  «  honnete  homme  ». 

Get  interessant  ouvrage  est  divise  en  quatre  parties  successivement 
consacrees  a  de  clairs  exposes  sur  la  medecine  antique,  le  moyen  age  et 
la  Renaissance,  le  dix-septieme  et  le  dix-huitieme  siecles,  Revolution  de 
la  medecine  au  xix”  siecle,  a  travel’s  lesquels  on  peut  suivre  le  chemine- 
ment  de  la  raison,  de  la  science,  gagnant  petit  a  petit,  et  souvent  par 
tatonnements  successifs,  du  terrain  sur  Fempirisme.  Car,  conclut  M.  Rene 
Dumesnil,  la  medecine  reste  un  art,  mais  un  art  dont  les  progres  se  mesu- 
rent  au  caractere  de  plus  en  plus  scientifique  qu’elle  acquiert  en  s’appuyant 
sur  les  sciences  pour  echapper  a  Fempirisme. 


Rene  Charpentier. 


848 


ANALYSES 


JOURNAUX  ET  REVUES 


NEURO-PSYCHIATRIE 


La  Narcolepsie  (La  narcolessia)  par  Pasquale  Penta  (Naples).  Riuista  di  neu- 
'p^TirT  1935’  P'  ^  ^  511’  °Ct0bre  1935’  p-  536  5  590  et  decembre  1935, 

II  s’agit  d’une  importante  monographie  de  200  pages  ou  tons  les  prohlemes 
que  pose  le  syndrome  de  Gelineau  sont  envisages.  Ce  travail  n’est  pas  seu- 
ement  une  revue  generale  tres  complete,  il  apporte  une  contribution  d’ob- 
servations  personnels  tres  interessantes.  L’auteur  expose  Phistoire  Clini¬ 
que  et  biologique  de  dix  cas  longuement  suivis  et  Studies.  La  premiere 
observation  est  particulierement  digne  d’interet.  II  s’agit  d’une  narcolepsie 
pour  amsi  dire  «  pure  »  ou  «  essentielle  »  survenue  chez  un  jeune  homme 
£*°.  anS-„En  dehOI'S  des  crises  narcoleptiques  il  y  avait  des  manifestations 
emctionnelles  paradoxales  et  des  acces  de  eataplexie,  il  existait  egalement 
des  representations  omriques  diurnes  vivaces,  quelques  troubles  oculo- 
rr%AU  P01",de  VUe  SOmatitIue  on  a  110t^  1’obesite,  du  tremblcment  a 
droite,  1  eosinophil, e,  de  la  lymphocytose,  une  augmentation  du  taux  de 
potassium  dans  le  serum  sanguin  enfln  des  signes  d’irritation  meninges 
Signa  ons  egalement  le  cas  n«  6  :  Syndrome  de  syphilis  infundibulaire  avec' 
naicolepsie,  eataplexie,  nres  incoercibles  et  infantilisme  chez  un  heredo 
L  observation  n°  8  contient  aussi  quelques  traits  curieux  :  chez  un  homme 
de  oO  ans  acces  de  narcolepsie,  de  rire  et  d’hypotonie  des  membres  inferieurs 
survenant  surtout  apres  les  rapports  sexuels  ;  syndrome  medullaire  conge¬ 
nital,  desequilibre  electrolytique  (hyperpotasshemie). 

L’auteur  commence  son  etude  d’ensemble  par  les  phenomenes  paroxysti- 
ques  de  la  narcolepsie  :  les  crises  de  sommeil,  la  eataplexie,  1’onirisme  nar- 
coleptique,  les  troubles  du  sommeil  nocturne.  L’etude  que  Penta  consa- 
cie  a  la  eataplexie,  etudiee  chez  nous  par  Lhermitte  et  ses  eleves  est 
particulierement  importante,  notamment  e„  ce  qui  concerne  I’associa 
lion  de  ces  crises  de  chute  du  tonus  avec  les  acces  de  rire  II  faut  aussi 
P;Tge  •P-.,553  a  567)  °"  I,aUteUr  troubles  hypna- 

thTnnn  T  **  notamment  les  hallucinoses  pedonculaires  les 

r- =  “  — 

observations  de  narcolepsie  hereditaire'  ™  rijrt^uelaTSvoS' ^2 
acteurs  «  predisposant  ou  prepara, it  ».  Reprenant  1’ensemble  de  ses 
recherches  bio-physiologiques  et  radiologiques,  il  insiste  sur  les  lesions 

qUi,ParaiSS6nt  «  determinisme  d 

la  narcolepsie.  Il  expose  dans  les  chapitres  suivants  les  etats  na  1 
tiques  au  tours  de  diverses  affections,  notamment  dans  IWphalfce  7a 
neuro-syphilis,  les  traumatismes  craniens  et  dans  les  syndromes  epi’lep- 


ANALYSES 


849 


tiques,  endocriniens,  etc.  Le  lecteur  regrettera  peut-etre  que  le  chapitre 
consacre  aux  narcolepsies  hysteriques  ne  soit  pas  plus  fouille. 

Le  traitement  (notamment  par  l’ephedrine)  et  la  medecine  legale  des  nar¬ 
colepsies  sont  enfin  l’occasion  pour  1’a-uteur  de  rendre  son  travail  aussi 
complet  et  pratique  qu’on  pouvait  le  desirer.  Une  bibliographic  comportant 
483  references  clot  ce  memoire  indispensable  a  consulter  pour  tous  ceux  qui 
s’interessent  a  la  pathologie  du  sommeil.  Ajoutons  encore  que  parmi  la  docu¬ 
mentation  considerable  qui  charpente  cette  serie  d’articles,  les  travaux 
frangais  occupent  une  grande  place. 

Henri  Ey. 


le  role  du  cortex  cerebral  dans  la  narcolepsie.  Classification  de  la  narco- 
lepsie  et  des  troubles  associes  (The  Role  of  the  Cerebral  Cortex  in  Narco¬ 
lepsy  ;  the  Classification  of  Narcolepsy  and  Allied  Disorders;)  par  Max 
Levin.  The  Journal  of  Neurology  and  Psychopathology.  T.  XV,  n°  59,  pp.  236- 
241,  janvier  1935. 

Si  c’est  le  cortex  cerebral  qui  dort,  il  n’est  pas  le  centre  du  sommeil. 
M.  Levin  distingue  la  somnolence  generalisee  et  les  «  sommeils  localises  » 
sans  somnolence  morbide  avec  cataplexie,  paralysies,  attaques  d’impuis- 
•sance  motrice.  Dans  la  somnolence,  il  est  impossible  de  determiner  si  le 
trouble  est  dans  le  cortex  ou  dans  le  centre,  sauf  dans  certains  cas  precis 
d’inhibition  ou  de  lesion  neurologique  evidente.  La  narcolepsie  typique  cor- 
respondrait  au  trouble  total,  sommeil  et  attaques  motrices.  Les  formes 
locales  pourraient  Stre  denommees  abortives,  rudimentaires  ou  designees 
plus  specialement  par  le  mot  cataplexie. 

P.  Carbette. 


Encephalites  epidemiques  (Unite  ou  pluralite  ?),  par  Robert  Clement. 

La  Presse  Meclicale,  n°  16,  pp.  302-305,  23  fevrier  1935. 

L’encephalite  epidemique  observee  de  1916  a  1919  et  decrite  par  von  Eco- 
nomo,  Netter  et  d’autres  cliniciens,  n’etait  sans  doute  pas  une  affection 
nouvelle  et  les  syndromes  encephalitiques  des  epidemies  ulterieures  ont 
mis  en  discussion  la  question  d’unite  du  syndrome  et  de  specificite  des 
reactions  humorales  decrites.  M.  Clement  estime  qu’il  n’est  pas  encore  per- 
mis  de  conclure  a  l’existence  de  virus  differents  possedant  des  affinites  ana¬ 
logues  ou  d’un  virus  unique  a  manifestations  biologiques  variables  suivant 
les  epidemies. 

P.  Carrette. 


Les  sequelles  oculaires  tardives  de  l’encephalite  epidemique,  par  F.  Ter- 
rien.  Le  Progris  Medical,  n°  9,  pp.  361-367,  2  mars  1935. 

Les  paralysies  oculaires  isolees  sont  caracteristiques  de  la  periode  aigue 
de  l’encephalite  epidemique,  les"  troubles  oculaires  tardifs  sont  tres  dif¬ 
ferents  d’aspects.  Ils  provoquent  des  paralysies  de  fonction  souvent  asso- 
ciees  a  des  signes  de  la  serie  parkinsonienne.  Les  malades  presentent  la 
perte  des  moiivements  associes,  un  defaut  de  la  convergence  et  de  la  diver- 

Ann.  Med.-psych.,  XV'  serie,  94'  annee,  t.  I.  —  Mai  1936.  54. 


850 


ANALYSES 


gence,  une  tendance  a  la  perseveration,  avec  participation  frequente  de  trou¬ 
bles  palpebraux,  diminution  de  la  motilite  et  crises  de  blepharospasmes. 

P.  Cabrette. 

Les  manifestations  oculaires  tardives  dans  l’encephalite  epidemique,  par 
M.  Teuheres  et  J.  Beauvieux.  Revue  Medicate  francaise,  n°  4,  pp.  297-331, 
avril  1935. 

L’experience  clinique  s’enrichit  constamment  de  faits  interessant  1’evo- 
lution  des  troubles  visuels  tardifs  de  l’encephalite  epidemique.  On  peut 
di«tinguer  avec  les  auteurs  des  paralysies  oculaires  extrinseques  et  intrin- 
seques,  un  syndrome  bradykinetique  local,  des  spasmes  a  1’etat  de  repos  et 
par  paroxysmes,  ensemble  de  manifestations  surtout  peripheriques.  Par 
ailleurs,  il  existe  des  syndromes  nevritiques  retro-bulbaire  et  retro-chias- 
matique,  l’amaurose,  l’hyperhemie  et  la  stase  papillaire.  Enfin,  au  cours  de 
l’evolution  parallele  tardive  des  lesions  inflammatoires  et  sclereuses,  et 
chez  les  parkinsoniens  en  particulier,  des  paralysies,  des  troubles  toniques, 
des  crises  oculogyres  et  des  manifestations  sensorielles  par  lesions  des  voies 
optiqp.es  extra  et  intracerebrales.  y  compris  les  radiations  de  Wernicke  au 
niveau  desquelles  on  observe  des  nodules  infectieux  de  peri-vascularite  et 
des  epanchements  lymphocytaires. 

P.  Carrette. 


Mouvements  associes  de  la  langue  controles  par  l'efifort  volontaire  dans 
l’encephalite  epidemique  (Associated  Movements  of  Tongue  in  Epidemic 
Encephalitis  controlled  by  Voluntary  Effort),  par  Melbourne  J.  Copper. 
Archives  of  Neurology  and  Psychiatry.  T.  XXXIII,  n»  1,  pp.  148-154,  janvier  1935. 

Le  cas  de  M.  Cooper  esf  une  curieuse  association  dp  troubles  moteurs  auto- 
matiques  partiellement  corriges  par  le  controle  cortical  au  cours  de  l’ence¬ 
phalite  epidemique.  Les  mouvements  de  la  langue,  des  mains  et  du  membre 
inferieur  droit,  exasperes  par  la  fatigue,  sont  corriges  progressivement  par 
J.’effort  et  la  concentration  psychique.  L’administration  de  datura  et  de  sco¬ 
polamine  aide  efficacement  la  malrde  a  reduire  la  spasticite  musculaire  et 
d’autres  signes  de  la  serie  parkinsonienne. 

P.  Carrette. 


Maladie  de  Parkinson  et  syphilis,  par  H.  Schaeffer  et  Rene  Bize.  La  Mcde- 

cine,  n- 2,  pp.  137-142,  fevrier  1935. 

On  conjoit  tres  bien  que  la  syphilis  puisse  toucher  les  noyaux  gris  cen- 
traux  et  les  regions  voisines,  determinant  un  syndrome  de  Parkinson, 
d’ailleurs  assez  souvent  associe  a  des  signes  pupillaires  du  type  Argyll- 
Robertson,  et  tout  naturellement  a  des  alterations  meningees  specifiques. 
MM.  Schaeffer  et  Bize  observent  que  la  therapeutique  est  souvent  impuis- 
sante.  Le  syndrome  de  Parkinson  est  l’expression  d’une  atteinte  profonde, 
destructrice,  quoique  lente,  de  zones  nerveuses  d’une  valeur  anatomique  et 
physiologique  essentielles,  processus  d’allure  plus  degeneratif  et  sclerosant 
qu’inflammatoire,  par  consequent  difiicilement  accessible  aux  traitements. 


P.  Carrette. 


ANALYSES 


851 


Maladie  de  Parkinson  familiale.  Le  signe  d’Argyll-Robertson  dans  la 
maladie  de  Parkinson  (Familiares  Vorkommeu  der  Parkinsonkrankheit  ; 
Argyll-Robertson-Symptom  bei  Parkinson),  par  M.  Nagy  (de  Budapest). 
Monatsschrift  fur  Psychiatrie  und  Neurologie,  Vol.  91,  fasc.  3,  1935. 

L’auteur  rapporte  l’observation  d’un  cas  de  maladie  de  Parkinson  remav- 
quable  a  deux  points  de  vue  :  aspect  familial,  existence  d’un  signe  d’ Argyll. 
Un  frere  de  la  malade,  sa  mere  et  deux  freres  et  soeurs  de  celle-ci  ont  ete 
atteints  de  la  m6me  maladie.  L’heredite  revet  le  type  dominant.  Quant  au 
signe  d’Argyll,  il  est  au  complet  :  abolition  des  reflexes  lumineux,  inegalite, 
deformation  pupillaire.  Les  reactions  de  specificite  ont  ete  negatives. 

E.  Bauer. 

Intoxication  chronique  par  les  composes  du  manganese.  Parkinsonisme 
manganique,  par  Louis  Lyon-Caen  et  Andre  Jude.  La  Presse  Medicare.  n°  4, 
pp.  60-63,  12  janvier  1935. 

Peu  connue  en  France,  ou  l’industrie  du  manganese  est  peu  developpee, 
l’intoxication  manganique  est  prevue  dans  la  legislation  des  maladies 
professionnelles  datfs  certains  pays  gros  producteurs  de  mineral  comme 
les  Etats-Unis,  la  Russie  ou  l’Allemagne.  Le  manganese  se  fixe  dans  le  foie 
et  altere  directement  le  systeme  nerveux,  plus  specialement  les  noyaux 
gris  centraux.  Les  troubles  de  la  marche,  le  facies,  le  tremblement,  les  hyper- 
esthesies  donnent  un  syndrome  qui  rappelle  le  parkinsonisme.  Le  manga¬ 
nese  s’identifie  dans  les  selles  et  l’urine  sous  forme  de  permanganate  par 
oxydation  au  persulfate  de  potasse  en  presence  du  nitrate  d’argent.  Des 
mesures  d’hygiene  s’imposent  pour  eviter  ^’inhalation  des  poussieres  toxi- 
ques  et  la  selection  des  ouvriers  est  indispensable,  les  sujets  atteints 
d’insuffisance  hepatique  —  les  alcooliques  en  particular  —  devant  etre 
consideres  comme  predisposes  aux  accidents. 

P.  Carrette. 

Le  syndrome  akinetico-hypertonique  dans  les  tumeurs  du  lobe  frontal 
(Le  sindrome  acinetico-ipertonica  nei  tumori  del  lobo  frontale),  par  Paolo 
Ottonello  (de  Pavie).  Rivista  di  Pato-nervosa  di  -  mentale,  janvier- 
fevrier  1935,  p.  1  a  53. 

Apres  une  excellente  revue  de  la  litterature  sur  ce  point,  1’auteur  rap¬ 
porte  une  observation  personnelle.  II  s’agissait  d’un  homme  de  48  ans.  La 
maladie  a  debute  en  mars  1929,  par  du  ralentissement  moteur  et  une  ten¬ 
dance  au  sommeil.  Dans  la  suite,  se  sont  installes  des  troubles  du  lan- 
gage,  des  cephalees,  et  ensuite  une  hemiparesie  droite  avec  hypertonie  de 
type  extrapyramidal  generalisee,  mais  avec  predominance  droite.  En  mars 
1931,  akinesie  generalisee,  rigidite,  tremblement  spontane  du  membre  supe- 
rieur  et  du  pied  droit.  Dans  la  suite,  aphasie  amnesique,  torpeur  et  aggra¬ 
vation  du  syndrome  parkinsonien.  En  1932,  troubles  catatoniques  (photo¬ 
graphic).  —  A  l’autopsie  :  gliome  du  lobe  prefrontal  gauche.  La  tumeur 
a  exerce  une  compression  sur  les  regions  avoisinantes  de  1’ecorce  prefron- 
trale  et  temporale  et  des  formations  de  la  base.  Degenerescences  secondaires 
du  pallidum  gauche  et  des  fibres  allant  au  thalamus  et  au  trigone.  L’in- 
terpretation  pathogenique  de  ce  cas  retient  longuement  l’attention  de  l’au¬ 
teur,  qui  discute  specialement  la  conception  localisatrice  de  Kleist.  Contrai- 


852 


ANALYSES 


rement  a  l’opinion  de  ce  dernier,  c’est  bien  aux  lesions  corticales  qu’il  fa u- 
drait,  selon  Ottonello,  rapporter  les  premiers  troubles  akinetico-hyperto- 
niques.  Ces  lesions  auraient  produit  tout  d’abord  un  simple  dysfonctionne- 
ment  des  structures  sous-corticales.  Ce  n’est  que  dans  la  suite  que  ces  'for¬ 
mations  auraient  ete  alterees  morphologiquement.  A  signaler  la  biblio- 
gaphie  et  les  illustrations. 

Henri  Ey. 

Innervation  antagoniste  systematique  et  irreductible  chez  une  maiade 
atteinte  de  rigidite  progressive  et  de  paroxysmes  epileptiques  et  hal- 
lucinatoires  (iiwangslaufige  antagonistische  Innervation  bei  einem  Fall  mit 
progressiver  Versteifung,  epileptischen  und  lialluzinatorischen  Axfallen),  par 
Ed.  Beck.  Monatsschrift  fur  Psychialrie  und  Neurologie,  Vol.  92,  1,  1935. 

Un  syndrome  de  rigidite  progressive  avec  troubles  athetosiques  du  type 
de  Fathetose  double  apparait  chez  une  maiade  atteinte  depuis  20  ans  de 
crises  comitiales.  En  outre,  elle  presente  une  innervation  antagoniste  sys¬ 
tematique,  surtout  des  membres  superieurs.  Une  impulsion  motrice  volon- 
taire,  spontanee  ou  provoquee,.  produit  l’acte  moteur  oppose  ;  cet  acte  pre¬ 
sente,  en  plus  de  son  caractere  paradoxal,  des  perturbations  importantes 
du  rythme  et  de  Ferret.  Les  troubles  moteurs  sont  suspendus  au  cours  des 
phases  delirantes,  qui  apparaissent  et  cessent  brusquement,  et  sont  accom- 
pagnees  d’hallucinations  visuelles  intenses.  II  s’agit  d’une  affection  de 
l’appareil  strie,  dont  la  grande  complexite  clinique  souleve  de  nombreux 
problemes  physiopathologiques,  soit  a  propos  des  troubles  moteurs,  soit  a 
propos  du  syndrome  epileptique  precurseur  (epilepsie  striee),  soit  a  propos 
de  la  genese  des  troubles  hallucinatoires  et  delirants.  S’agit-il  d’une  mala- 
die  non  decrite  jusqu’ici,  ou  d’une  forme  atypique  compliquee,  d’athetose 
double  ?  l’auteur  laisse  cette  question  ouverte. 

E.  Bauer. 

Le  role  des  noyaux  diencephaliques  dans  le  mecanisme  des  crises 
epileptiques,  par  Albert  Salmont.  La  Presse  Medicale,  n°  21,  pp.  405-408, 
13  mars  1935. 

L’epilepsie,  d’origine  corticale  ou  sous-corticale,  est  en  rapport  avec  des 
alterations  des  noyaux  diencephaliques.  Voici  les  arguments  de  M,  Sal¬ 
mon  :  leurs  lesions  experimentales  ou  pathologiques  se  t.raduisent  par  des 
phenomenes  convuisiis.  La  correlation  fonctionnelle  des  acces  comitiaux 
avec  le  sommeil,  la  thermogenese  et  la  diurese  est  un  fait  etabli.  Toutes  ces 
fonctions  sont  influencees  par  les  barbituriques,  dont  Faction  est  elective 
sur  les  noyaux  diencephaliques.  p.  Carrette. 

Cerveau  frontal  et  systeme  moteur  extrapyramidal  (Cervello  frontal  e 
sistema  motorio  extrapiramidale),  par  A.  Donaggio.  Rivista  di  Neurologia, 
octobre  1935,  p.  661  a  669. 

Expose  systematique,  remarquablement  clair,  des  arguments  (presentes 
au  Congres  de  Londres),  qui  militent  en  faveur  des  connexions  anatomo- 
physiologiques  du  cortex  et  des  ganglions  de  la  base.  Cette  these,  que  le 
professeur  Donaggio  soutient  depuis  longtemps,  est  developpee  ici  avec  la 
rigueur  et  la  vigueur  que  nous  lui  connaissons  tous. 


Henri  Ey. 


ANALYSES 


853 


Hemorragie  sous-durale  tardive  avec  heureuse  issue  operatoire,  suivie 
d’aphasie  motrice,  d’agraphie,  d’alexie  et  de  stase  papillaire  transitoires? 
par  M.  M.  W.  Sterling  et  M.  Wolff.  Warszamskie  Czasopismo  Lekarskie, 
T.  12,  n°  37  du  3  octobre  1935  et  n°  39  du  17  octobre  1935. 

A  l’occasion  d’une  observation  personnelle  rapportee  dans  leur  travail, 
les  auteurs  discutent  la  pathogenie  des  hemorragies  sous-durales  tardives. 
Ils  eliminent  successivement  la  theorie  inflammatoire  de  Virchow,  la  theo- 
rie  vasoparalytique  de  Ricker,  la  conception  «  encephalomalacique  »  de 
Bollinger,  ainsi  que  la  possibility  de  l’existence  d’une  meningite  sereuse  et 
penchent  pour  la  theorie  osmotique  des  auteurs  americains. 

Fribourg-Blanc. 

Sur  la  question  de  l’aphasie  dite  parietale  (Zur  Frage  der  sogenaunten  parie- 
talen  Aphasie),  par  Niessl  von  Mayendorf  (Leipzig).  Zeiisch.  f.  d.  g  '.  Neuro. 
iind  Psych.,  Tome  CXLVII,  p.  1  a  49. 

Dans  la  premiere  observation,  il  s’agit  d’aphasie  totale  avec  lesions  tem- 
porales  et  du  tiers  inferieur  de  la  circonvolution  pre-rolandique  (la  zone 
de  Broca  etait  epargnee).  Dans  le  deuxieme  cas,  il  y  avait  egalement  des 
lesions  paracentrales  anterieures.  Les  cas  3,  4,  5,  6,  7  et  8  presentaient,  soit 
une  destruction  complete,  soit  des  alterations  importantes  de  la  circonvo¬ 
lution  parietale  transverse  et  des  lesions  du  gyrus  supra-marginal  ou  pli 
courbe.  L’arguinentation  de  l’auteur  repose  sur  qes  faits,  elle  consiste  a  dire 
que  les  syndromes  aphasiques  n’ont  pas  ete  modifies  selon  qu’il  y  avait  ou 
non  participation  de  lesions  parietales.  On  ne  pourrait  parler  d’une  aphasie 
parietale  que  si  l’on  voyait  un  cas  de  lesion  permanente  du  lobe  parietal 
bien  circonscrite,  sans  diffusion  des  troubles  (tumeur  ou  inflammation). 
Or,  ce  cas,  Niessl  v.  Mayendorf  ne  le  connalt  pas.  On  devrait  banir  le  terme 
d’aphasie  parietale  du  vocabulaire  de  la  pathologie  cerebrale. 

Henri  Ey. 

Sur  la  logopedie  des  aphasies.  La  structure  en  miroir  dans  la  genese  des 
paraphasies  (Sulla  logopedia  delle  afasie.  La  strutture  a  speccliio  nella 
genesi  delle  parafasie),  par  J.-A.  Florensky  (Moscou).  Rivista  di  neurologia, 
aout  1935,  p.  405  a  438. 

Ce  travail,  du  a  la  directrice  du  centre  logopedique  de  l’lnstitut  de  Neuro- 
Psychiatrie  de  Moscou,  constitue  une  contribution  tres  importante  a  Fetude 
de  l’aphasie  envisagee  au  point  de  vue  de  la  reeducation.  L’auteur,  tres  au 
courant  des  travaux  modernes  sur  l’aphasie,  adoptant  un  point  de  vue 
resolument  dynamique  avec  ce  qu’il  comporte  d’eflicacite  pratique,  envisage 
specialement  la  paraphasie  comme  un  processus  de  reintegration  fonction- 
nelle,  de  restauration.  C’est  dire  qu’il  insiste  sur  les  notions  degagees  par 
Jackson  (desintegration),  reintegration  (Monakow)  et  compensation  (Hens- 
chen).  L’etude  historique  que  fait  J.-A.  Florensky  de  la  notion  de  para¬ 
phasie  est  excellente.  De  fait,  dans  l’evolution  generale  des  troubles  apha¬ 
siques  dont  les  diverses  formes  ne  sont  souvent  que  des  phases  evolutives, 
a  cote  des  phenomenes  fortuits  de  derivation  qui  se  produisent  sous  forme 
de  chaines  laterales,  il  existe  un  processus  «  teleologique  »  d’adaptation  et 
de  flnalite  reactionnelles  aux  troubles.  C’est  de  l’ensemble  de  ces  pheno¬ 
menes  et  de  ces  reactions  qu’est  faite  la  notion  de  paraphasie.  Elle  ne  sau- 


854 


ANALYSES 


rait  6tre  reduite  a  l’incorrection  du  langage  par  surdite  verbale,  comme 
l’exigeait  la  vieille  theorie  mecaniste  des  «  schemas  ».  Sous  ce  nom  de 
paraphasie,  on  range  bien  des  troubles  de  formes  differentes.  Voici  la  liste 
qu’en  donne  l’auteur  :  dans  un  premier  groupe,  il  y  a  des  produits  de 
disintegration  et  des  mecanismes  infantiles  dans  la  construction  de  la 
phrase  :  elisions  de  certains  sons  ou  de  certaines  lettres,  substitution  de 
sons  ou  paroles  faciles  a  des  sons  ou  parolee  difficiles  (L  a  /,  t  a  c),  redou- 
blement  de  syllabes  (tutu,  bibi),  abreviation  des  mots.  Dans  un  deuxieme 
groupe,  il  y  a  intercalage  d’elements  extrinseques  du  mot  ou  de  sons  conte- 
nus  dans  le  mot.  Dans  un  troisieme  groupe,  il  y  a  agglutination  des  flexions, 
c’est-a-dire  syncretisme  des  desinences  rompant  1’ordre  syntaxique,  c’est  Ie 
cas  du  trouble  proprement  aggrammatique.  Dans  un  quatrieme  groupe,  il 
y  a  agglutination  des  concepts,  contamination  semantique,  mecanisme  de 
beaucoup  de  neologismes.  Dans  un  cinquieme  groupe,  c’est  le  trouble  para- 
logique  qui  provoque  un  mot  de  mime  genre  et  non  speciflquement  adapte. 
Enfin,  —  et  c’est  la  l’objet  propre  de  son  travail  qu’elle  aborde  mainte- 
nant,  —  J.-A.  Florensky  a  remarque  que  chez  certains  malades,  au  cours 
de  la  reeducation,  apparaissaient  des  troubles  paraphasiques  curieux,  de 
caractere  constant  avec  phenomenes  d’effort  et  de  fatigue.  Parmi  ces  erreurs, 
un  type  particulier  a  pu  etre  isole  :  c’est  le  trouble  en  miroir  de  certaines’ 
syllabes.  Par  exemple,  sa  —  pot  — -  Ijali  au  lieu  de  sa  —  top  —  Ijali.  C’est 
C-e  phenomene  qui  est  longuement  et  finement  analyse.  Or,  ce  trouble  est 
precisement  ty, pique  de  1’effort  constructif  mais  ineflicace  que  fait  l’apha- 
sique.  C’est  cet  effort  qu’il  faut  aider,  guider  et  corriger.  Ainsi  ce  travail, 
a  notre  avis  d’un  remarquable  interit,  confirme-t-il  les  possibilites  thera- 
peutiques  qui  s’offrent  aux  neuro-psychiatres,  meme  dans  le  domaine  des 
troubles  aphasiques  des  qu’ils  cessent  de  voir  dans  le  symptome  des  pro¬ 
duits  fortuits  d’un  engrenage  purement  mecanique. 

Henri  Ey. 

De  Pexploration  encephalographique  dans  un  cas  de  syndrome  de  Pick 
probable  (Sul  reperto  encefalografico  in  uno  caso  di  probable  sindrome  di 
Pick),  par  B.  Spaunoli  (Genes).  11  Cervello,  juillet  1985,  p.  240  a  242. 

Interet  de  l’enoephalographie  qui  a,  dans  ce  cas,  revel*  un  evasement 
remarquable  des  cornes  frontales,  surtout  a  gauche. 

Henri  Ey. 

Contribution  a  l’etude  du  systeme  neuro-vegetatif  chez  les  alienes  et 
notamment  des  reflexes  pupillairos  (Contributo  alio  studio  del.sistema 
neurovegetativo  negli  alienati  con  speciale  riguardo  di  reflessi  pupillari),  par 
Giorgio  Sandor  (Bologne).  Archivio  generate  di  Neuro-Psych,  e  Psicoanalisi 
juin  1935,  p.  213  a  236. 

L’auteur  a  etudie  les  conditions  fonetionnelles  du  systeme  neurovege- 
tatif  oculaire  par  des  instillations  d’homatropine  et  de  pilocarpine.  Il  n’y  a 
pas  de  troubles  specifiques  dans  les  diverses  affections  mentales.  Cependant, 
en  general,  et  notamment  dans  la  melancolie  anxleuse  et  chez  les  para- 
lytiques  generaux,  il  existe  une  prevalence  du  systeme  orthosympathique 
sur  le  parasympathique. 


Henri  Ey. 


ANALYSES 


855 


Un  cas  d’idiotie  familiale  amaurotique  juvenile  (A  Case  of  Juvenile  Amau¬ 
rotic  Family  Idiocy),  par  R.  M.  Norman.  The  Journal  of  Neurology  and  Psy- 
chopalholog .  T.  XV,  n°  59,  pp.  219-229,  janvier  1935. 

11  semble  qu’un  compromis  doive  etre  admis  entre  les  deux  opinions  extre¬ 
mes  concernant  l’idiotie  familiale  amaurotique.  Elle  n’est  primitivement  ni 
exclusivement  neuronale,  ni  lipoi'dale.  Dans  le  cas  present,  11  est  curieux 
d’observer  des  anomalies  lipoidiques  hors  du  systeme  nerreux  central.  Le 
caractere  hereditaire  est  precise  par  des  malformations  eorticales  avec  age- 

P.  Carrette. 


Sclerose  tubereuse  avec  lesions  osseuses  rares  (Tuberous  Sclerosis  with 

Unsual  Lesions  of  the  Bones),  par  Jacques  S.  Gottlieb  el  Georges  R.  Lavine. 

Archives  of  Neurology  and  Psychiatry .  T.  XXXIII,  n°  2,  pp.  379-388,  fevrier  1935. 

La  sclerose  tubereuse  caracterisee  par  l’association  d’adenomes  sebaces  a 
des  stigmates  de  degenerescence,  la  deficience  mentale  et  des  crises  convul- 
sives,  presente  parfois  des  manifestations  qui  rappellent  celles  de  la  mala- 
die  de  Recklinghausen.  Notons,  dans  le  cas  present  :  une  tumeur  retinienne 
avec  nombreuses  neoformations  vasculaires  et  des  lesions  osseuses  du  crane 
et  des  extremites.  L’epaississement  du  perioste  et  la  decalcification  cen- 
trale  allant  jusqu’a  une  rarefaction  d’allure  kystique  s’explique  mal  par 
des  causes  humorales.  On  suppose  piutot  qu’il  s’agit  d’alterations  d’origine 
nerveuse  dans  le  tissu  osseux  superficiel,  analogues  a  celles  de^  schwanno- 
mes  cutanes. 

P..  Carrette. 


Sur  le  diagnostic  du  rhumatisme  cerebral.  I.  Vaieur  semeiologique  du 
delire  de  mort.  II.  Desordre  cerebral  et  trouble  de  l’equilibre  acide-base, 
par  J.  Cathala,  E.  Friedman  et  R.  Laplane.  La  Presse  Medicale,  n°  3,  pp.  41- 
44,  9  janvier  1935. 

Connu  depuis  longtemps,  bien  decrit  dans  les  traites,  le  rhumatisme 
cerebral  est  rarement  observe  par  les  medecins.  Pourquoi  ?  C’est  que  mal- 
gre  la  nettete  theorique  de  sa  presentation,  il  ne  reposera  sur  aucune  base 
Clinique  et  biologique  specifique  et  que  le  diagnostic  est  piutot  affaire  d’in- 
tuition,  la  symptomatologie  rhumatismale  disparaissant  generalement 
devant  la  violence  des  manifestations  encephalitiques.  MM.  Cathala,  Fried¬ 
man  et  Laplane  proposent  cependant  deux  faits  precis  a  notre  critique. 
C’est  d’abord  difns  la  serie  des  signes  psychiques  1’element  anxieux  sura- 
joute  a  la  confusion  delirante,  entretenu  par  la  hantise  de  la  mort.  Du 
point  de  vue  biologique,  l’alteration  capitale  des  humeurs  consisterait  dans 
une  rupture  de  1’equilibre  acido-basique  avec  alcalose.  Devant  l’echec 
des  recherches  sur  l’origine  infectieuse  de  la  maladie  de  Bouillaud,  il  n’est 
pas  inutile  de  s’attacher  a  1’etude  de  ses  manifestations  humorales.  Le 
rhumatisme  cerebral  pourrait  n’ctre  qu’un  desordre  metab'olique,  fatal 
pour  la  cellule  nerveuse. 


P.  Carrette. 


856 


ANALYSES 


De  1’apparition  de  tableaux  cliniques  pseudo-schizophreniques  dans  la 
raesencephalite  (liber  des  Entstehen  pseudo-schizophrner  Bilder  hei  Meten- 
ceplialitis),  par*Th.  Detenhoff  (Moscou).  Zeitsch.  f.  d.  g.  Neuro.  iind  Psych., 
Tome  CXLVI,  p.  167  a  179. 

Observation  detaillee  d’un  sujet  debile  qui,  apres  un  episode  encepha- 
litique  et  sans  syndrome  de  Parkinson  caracterise,  a  presente  des  troubles 
neuro-vegetatifs,  de  la  convergence,  de  la  serie  catatonique  et  des  hallu¬ 
cinations.  L’auteur  insiste  sur  la  localisation  des  lesions,  probabJement 
strio-pallido-rubique,  associees  a  des  lesions  corticales  micessaires  pour 
Schilder  a  la  determination  des  troubles  psycho-moteurs  catatoniques  et 
realisant  comme  le  dit  Wilkens,  une  rupture  entre  les  relations  du  neen- 
cephale  et  le  paleencephale.  II  insiste  egalement  sur  le  facteur  degeneratif 

Henri  Ey. 

Un  cas  de  psychose  assooiee  a  une  tumeur  cerebelleuse  de  la  ligne 
mediane  (A  Case  of  Psychosis  Associated  with  Midline  Cerebellar  Tumor), 
par  Leo  Stone  et  William  C.  Menninger.  Archives  of  Neurology  and  Psychia¬ 
try.  T.  XXXIII,  n°  2,  pp.  399-405,  fevrier  1935. 

Le  cas  present  permet  d’interessantes  considerations  sur  le  syndrome 
psychique  des  tumeurs  encejjhaliques.  L’importance  des  troubles  mentaux, 
la  torpeur  et  l’aphasie  suggerent  ie  diagnostic  de  tumeur  du  lobe  frontal 
gauche.  L’intensite  de  1’hypertension  intracranienne  est  plutot  indicatrice 
de  lesions  dfe  la  fosse  cerebrale  posterieure.  On  voit  des  lors  toute  l’impor¬ 
tance  de  la  ventriculographie.  La  difficult^  augment  e  par  le  fait  que  la 
tumeur  cerebelleuse  est  mediane.  II  est  vraisemblable  que  l’hydrocephalie 
facilite  le  developpement  des  troubles  mentaux  et  l’aphasie  en  alterant 
plus  electivement  les  zones  frontales,  plus  fragiles  que  le  reste  du  cortex. 

P.  Carrette. 

Troubles  psychiques  du  type  «  acairia  »  dans  la  choree  de  Huntington, 
par  M.  O.  J.  Volfovski .  Sovietshaia  Psichonevrologuia,  T.  X,  n"  6,  1934. 

Chez  trois  malades  atteints  de  choree  de  Huntington,  1’autenr  observe 
le  signe  d’  «  acairia  »,  qui  veut  dire  :  importunite  avec  insistance.  L’auteur 
souligne  l’analogie  de  cette  manifestation  psychique  avec  certaines  formes 
hyperkinetiques  d’encephalite  epidemique  et  il  presume  une  correlation 
entre  ces  troubles  psychiques  et  la  localisation  du  processus  dans  les 
noyaux  gris  centraux.  Ces  deductions  font  supposer  une  certaine  affinite 
entre  les  deux  affections. 

Fribourg-BlanC. 

Un  cas  de  choree  atypique  chez  un  sujet  hysterique  (Un  caso  di  corae 
atipica  in  soggetto  isterico),  par  Renato  Chistini  (Naples).  Rivista  di  Neurolo- 
gia,  juin  1935,  p.  335  a  353. 

Observation  d’une  malade  a  mentalite  hysterique  ayant  presente  des 
crises .  d’agitation  psycho-motrice  choreiforme  et  paradoxale.  L’auteur  dis- 


ANALYSES 


857 


cute  le  diagnostic  de  ce  cas  avec  les  diverses  formes  de  choree.  La  maljade 
avait  eu  la  grippe  «  espagnole  ». 

Henri  Ey. 

Psychasthenie  avec  acces  hysteroides  ou  simulation  ?  par  L.  Bai.lif,  Ch. 
Ballif  et  E.  Glinoer:  Bulletin  de  la  Soci-ete  roumaine  de  Neurologie,  Psychia- 
trie,  Psychologie  et  Endocrinologie.  XVIs  annee,  n°  2,  pp.  103-106,  1935. 

Des  acces  psycho-moteurs,  comparables  aux  crises  hystero-epileptiques, 
declanches  par  la  perception  de  certaines  odeurs,  sont  observes  chez  une 
femme  a  la  menopause.  Le  desequilibre  emotif  de  la  malade,  phobique  et 
obsedee,  l’effet  salutaire  de  la  faradisation,  ,le  caractere  reactionnel  des 
manifestations  aigues  au  cours  d’un  episode  de  desarroi  social  font  pen- 
cher  le  diagnostic  vers  la  simulation  d’une  maladie  imaginaire  plutot  que 
vers  une  affection  neuro-psychique  bien  determinee. 

P.  Carhette. 


Le  probleme  actuel  de  l’hysterie,  par  H.  Codet.  V evolution  psychiatrique , 
fasc.  2,  pp.  3-44,  1935. 

L’hysterie  est  pour  M.  Codet  1’expression  d’un  etat  psychique  special,  fait 
du  sentiment  de  faiblesse  devant  le  monde  exterieur  et  de  sa  consequence 
naturelle,  le  besoin  d’interet  eompensateur.  II  ne  s’agirait  pas  d’une  mal¬ 
formation  initiale  et  definitive,  mais  d’un  trouble  de  revolution  psychique 
chez  un  sujet  doue 'd’une  emotivite  et  d’une  suggestibility  speciales.  Du  point 
de  vue  de  1’expression  corporelle  des  troubles,  1’auteur  accepte  la  concep¬ 
tion  de  Babinsld.  De  sorte  que  le  probleme  essentiel  de  l’hysterie  reste  entier: 
existe-t-il,  oui  ou  non,  en  dehors  du  pithiatisme,  des  troubles  que  nous  nom- 
mons  fonctionnels  en  attendant  mieux,  capables  par  leur  caractere  meme 
d’engendrer  des  desordres  emotifs,  inevitablement  hysteriques  dans  leur 
apparence,  independamment  de  l’etat  prealable  du  psychisme  ? 

P.  Carhette. 

Classification  des  nevroses,  par  P.  Hartenberg.  La  Clinique,  n°  240,  pp.  56- 
58,  fevrier  1935. 

Dans  l’ensemble  des  troubles  psychiques,  on  isole  sous  le  nom  de  nevroses 
des  syndromes  complexes  faits  de  troubles  somatiques  fonctionnels  et  d’al- 
terations  des  fonctions  psychiques  inferieures,  automatiques.  Donner  une 
definition  plus  precise  serait  imposer  des  limites  discutables  et  contredire 
les  faits  cliniques.  La  classification  se  ressent  de  ces  incertitudes.  M.  Harten¬ 
berg  propose  de  distinguer  4  categories  :  1)  les  nevroses  simples  :  depres¬ 
sive,  irritative  et  anxieuse  ;  2)  les  formes  combinees  ;  3)  les  nevroses  sys¬ 
tematises  partant  d’une  base  d’emotion  morbide  devenant  obsedante  ; 
4)  les  nevroses  somatiques,  hypocondries  de  types  varies.  L’auteur  fait 
observer  qu’il  n’introduit  dans  le  cadre  des  nevroses,  ni  la  psychasthenie 
qui  n’est  qu’un  type  constitutionnel  de  nevrose  combinee,  ni  l’hysterie,  qu’il 
considere  comme  «  une'  construction  artificielle  dans  laqUelle  on  a  fait 
entrer  des  symptomes  de  natures  diverses  ». 


P.  Carrette. 


858 


ANALYSES 


Recherches  sur  les  associations  motrices  dans  les  psychonevroses  (Asso¬ 
ciation-Motor  Investigation  of  the  Psychoneuroses),  par  Clarke  H.  Barnacle, 
Franklin  G.  Ebauch  et  Frederik  Lemere.  90=  Meeting  Annuel  de  V American 
Psychiatric  Association,  New-York,  28  mai-l*r  juin  1934  in  The  American 
Journal  of  Psychiatry .  T.  LXXXXI,  n»  4,  pp.  925-937,  janvier  1935. 

La  methode  d’investigation  utilisee  est  inspiree  de  celle  de  Luria  qul 
associe  aux  mots  inducteurs  de  Jung  des  moyens  d’enregistrement  des  reac¬ 
tions  emotives  par  fixation  des  doigts  sur  un  recepteur,  la  main  droite 
appuyant  en  repondant  le  mot  evoque  et  la  main  gauelie  restant  si  possi¬ 
ble  immobile.  50  sujets  normaux  et  50  sujets  atteints  de  psychonevroses 
sont  examines  et  compares  ;  ils  ecoutent  alternativement  des  mots  «  neu- 
tres  »  et  des  mots  «  critiques*  ».  Les  modifications  du  pouls  notees  simulta- 
nement  avec  les  retards  dans  les  reponses  permettent  evidemment  de  repe- 
rer  les  mots  inducteurs  interessants  et  d  orienter  les  recherches  vers  les 
conflits  possibles  avec  beaucoup  plus  de  chances  de  succes  que  par  le  pro- 
cede  pureinent  psychologique  de  Jung  avec  simple  notation  du  retard  qui 
favorise  plus  qu’il  n’evite  le  barrage  et  le  refoulement. 

P.  Carrette. 

Recherches  critiques  sur  les  concepts  fondamentaux  de  l’hypnotisme 
(Ricerche  critiche  intorno  ai  concetti  fondamentali  dello  ipnotismo)  par 
Americo  FunK  (Budapest-Bologne).  Archivio  generate  di  Neuro-Psichiatria 
e  Psicoanalisi,  juin  1935,  p.  253  a  260. 

De  ce  probleme,  sur  lequel  on  n’a  certainement  pas  dit  encore  le  dernier 
mot,  Funk  tente  de  retracer  un  interessant  historique  centre  sur  les  deux 
conceptions  essentielles  qui  ont  oppose  dans  le  determinisme  de  l’hypnose 
les  facteurs  physiques  (Pauteur  pensant  au  mesmerisine  aurait  presque  pu 
dire  «  radiesthesique  »  !)  et  les  facteurs  psychologiques  (Braidisine,  Char¬ 
cot,  Bernheim).  Pour  Funk,  il  y  a  sue  telle  attirance  elective  de  Fhypno- 
tise  vers  l’hypnotise'ur  que  c’est  dans  le  pouvoir  propre  de  l’hypnotiseur 
qu’il  faut  chercher  la  cause  de  l’hypnotisme.  'Cette  «  theorie  du  rapport 
objectif  »,  comme  dit  Funk,  flatte  peut-etre  plus  1’hypnotiseur  qu’elle 
n’eclaire  le  fait. 

Henri  Ey. 

Facteurs  psychologiques  dans  l’etiologie  du  diabete  (Psychological  Factors 
in  the  Etiology  of  Diabetes),  par  W.  C.  Menniger.  The  Journal  oj  Nervous 
and  Mental  Disease.  T.  LXXXI,  n»  1,  pp.  1-13,  janvier  1935. 

Le  parallelisme  entre  les  troubles  mentaux  et  ceux  du  nWabolisme  hydro- 
carbone  est  demontre  en  plusieurs  circonstances.  Au  cours  d’acces  de  depres¬ 
sion,  de  confusion,  on  peut  admettre  que  les  perturbations  emotives  de 
I’anxiett  et  de  l’angoisse  se  fixent  sur  des  elements  neuro-vegetatifs.  II  tn 
resulterait  des  angio-spasmes,  des  mobilisations  toxiques,  mais  pourquoi 
cette  localisation  sur  certaines  fonctions  regulatrices  ?  Rien  ne  prouvf  que 
dans  les  cas  decrits  un  mecanisme  particulier  entraine  des  troubles  hepa- 
tiques  ou  pancreatiques  specifiques.  On  concevrait  mieux  un  complexe  neuro- 
psychique  en  rapport  avec  des  perturbations  emotives  et  le  diabete  insi- 
pide.  L’influence  reelle  des  facteurs  psychologiques  au  cours  du  diabete 
sucre  reste  plus  difficile  a  expliquer. 


P.  Carrette. 


ANALYSES 


859 


Syphilis  nord-africaine  et  localisations  nerveuses,  par  Etienne  Boltanski. 

La  Presse  Medicate,  n°  21,  pp.  417-418, 13  mars  1935. 

Les  progres  de  la  syphilis  nerveuse  dans  l’Afrique  du  Noril  sont  evidents. 
On  sait  que  deux  facteurs  sont  invoques  pour  expliquer  cette  progression  : 
l’insuffisance  des  cures  de  la  syphilis  au  debut  et  l'europeanisation  des  indi¬ 
genes.  Pour  M.  Boltanski,  le  premier  argument  est  dementi  par  les  faits  et 
ie  second  est  imprecis,  manque  de  criteres  scientifiques.  II  semble  que  ta 
situation  presente  reponde  a  une  periode  critique  de  la  luttc  anti-vene- 
rienne  et  que  les  efforts  accomplis  doivent  etre  poursuivis  par  une  propa- 
gande  constante  destinee  a  demontrer  aux  Arabes  la  necessity  imperieuse 
d’un  traitement  et  d’une  surveillance  prolonges. 

P.  Carrette. 


ANATOMIE 

Etude  du  cerveau  d’un  savant  biologiste  et  medecin,  par  R.  Anthony,  de 
Paris.  Archives  Suisses  de  Neurologie  et  de  Psychiatrie,  XXXVI,  1,  1935. 

L’etude  du  cerveau  du  professeur  N...,  qui  a  porte  sur  les  rapports  pop- 
deraux  des  hemispheres  et  du  corps  calleux,  ainsi  que  sur  la  morphologie 
de  l’ecorce,  sillons  et  circonvolutions,  montre  qu’a  tous  ces  points  de  vue 
il  se  classe  parmi  les  cerveaux  superieurs.  Le  cerveau  du  frere  du  savant 
a  egalement  ete  examine,  l’inferiorite  est  manifeste  au  point  de  vue  pon- 
deral,  mais  aucune  difference  caracteristique  n’a  ete  constatee  en  ce  qui 
concerne  la  configuration  neopallidale. 

E.  Bauer. 


La  regeneration  du  tissu  nerveux  chez  les  vertebres  superieurs  (La  rige- 
nerazione  del  tessuto  nervoso  nei  vertebrati  superiori),  par  O.  Rossi  et 
G.  Gastaldi  (Pavie).  Rivista  di  Patologia  nervosa  e  mentale,  juillet-aout  1935, 
p.  1  a  369. 

Ce  gros  «  volume  »  de  369  pages  est  du  a  l’Ecole  histologique  de  Pavie 
d’une  inlassable  fecondite.  Le  present  travail  est  une  etude  complete  de 
tous  les  problemes  de  la  regeneration  nerveuse.  Apres  avoir  etudie  les 
aspects  dc  la  regeneration  nerveuse  des  nerfs  peripheriques  sous  toutes  leurs 
formes  de  fait  et  historiques,  ils  abordent  dans  la  deuxieme  partie  le  pro¬ 
cessus  de  regeneration  du  systeme  nerveux  central.  Dans  un  appendice,  ils 
traitent  de  la  regeneration  des  fibres  sympathiques.  Une  bibliographie 
extremement  etendue  clot  cet  ouvrage  dont  on  ne  peut  qu’admirer  la 
richesse  de  documentation,  sans  pouvoir  songer  a  donner  ici  le  moindre 
apergu  de  l’ample  moisson  de  faits  que  nous  devons  a  Rossi  et  a  Gastaldi. 

Henri  Ey. 

Etude  sur  la  nevroglie  humaine  (Studio  sulla  nevroglia  umana),  par  V.  Tron- 
coni  (Pavie).  Rivista  di  Pato.  nervosa  e  mentale,  mars-avril  1935,  p.  223  a  277. 

Ce  travail  que  l’auteur  dit  modestement  etre  «  une  contribution  a  une 
ipeilleure  connaissance  du  tissu  interstitiel  du  cerveau  humain  »  est,  eu 


ANALYSES 


fait,  une  monographie  considerable  sur  Phistologie  et  l’histopathologie  de 
la  nevroglie.  Dans  une  premiere  partie,  Tronconi  fait  une  etude  systema- 
tique  de  gliotectonie  corticale.  II  expose  ses  recherches  sur  les  cinq  champs 
corticaux  stratifies  de  von  Economo.  II  n’existe  pas,  selon  lui,  de  caracteres 
nevrogliques  capables  de  permettre  la  differenciation  des  champs  corti¬ 
caux.  La  deuxieme  partie  est  consacree  a  l’etude  des  modifications  gliales 
dans  les  diverses  maladies  qui  n’interessent  pas  le  systeme  nerveux,  ce  qui 
lui  permet  de  recommander  la  plus  grande  prudence  d’interpretation  des 
images  nevrogliques.  Notamment,  la  troisieme  partie  met  en  evidence  que 
Phyperplasie  des  elements  gliaux  peut  se  rencontrer  dans  des  affections 
nullement  neurologiques,  notamment  en  ce  qui  concerne  la  microglie,  l’oli- 
goglie  et  l’astroglie.  Apres  avoir  envisage  le  contingent  fibrillaire  nevrogli- 
que  du  systeme  reticulaire  diifus  non  nerveux  (reticulo-glial  de  Held),  Pau- 
teur  signale  que  la  rapidite  d’impregnation  des  elements  nevrogliques  peut 
etre  consideree  comme  un  phenomene  caracteristique  en  lui-meme  (pha- 
nerose  gliale).  Enf(n,  s’il  y  a  lieu  de  se  montrer  tres  circonspect  dans  Pin- 
terpretation  des  modifications  gliotectoniques,  il  semble  cependant  que  des 
modifications  de  la  stratification  gliale  puissent  etre  en  relation  avec  des 
troubles  circulatoires.  Riche  bibliographic  et  tres  belles  microphotogra¬ 
phies.  A  signaler  specialement  les  magniflques  illustrations  (18  planches) 
placees  hors-texte  a  la  fin  du  volume. 

Henri  Ev. 


Recherches  sur  les  alterations  de  la  nevroglie  dans  la  meningo-encepha- 
lite  tuherculeuse  (Ricerche  sulle  alterazioni  della  nevroglia  nella  meningo- 
encefalite  tubercolare),  par  Andrea  Romero  (Turin).  Rivisla  di  Pato.  ne.rv.  e 
mentale,  mai-juin  1935,  p.  729  a  767. 

L’auteur  a  etudie  par  la  methode  d’impregnation  argentique  de  Lugaro 
la  macroglie  dans  la  meningo-encephalite  tuherculeuse.  II  s’agit  de  l’etude 
minutieuse  d’un  seul  cas.  Le  travail  est  illustre  de  21  microphotographies. 
Romero  conclut  qu’il  y  a  une  prevalence  absolue  dans  l’intensite  et  l’ex- 
tension  des  processus  regressifs,  qu’il  y  a  des  lesions  encephaliques  propre- 
ment  dites  et  qu’il  n’y  a  pas  rencontre  la  proliferation  nevroglique  qui  a 
ete  decrite  par  d’autres  auteurs. 

Henri  Ey. 

Les  fibres  motrices  intramedullaires  des  racines  rachidiennes  poste- 
rieures,  par  Andre  Barbe.  Revue  Neurologique.  T.  LXIII,  n»  2,  pp.  177-187, 
fevrier  1935. 

.  Les  observations  de  M.  Barbe  portent  sur  la  jonction  cervico-dorsale,  mais 
Pauteur  croit  que  la  disposition  observee  se  generalise  dans  toute  la  hau¬ 
teur  de  la  moelle.  Nees  de  la  corne  anterieure,  les  fibres  motrices  gagne- 
raient  la  region  intermediaire  entre  la  zone  de  Lissauer  et  le  cordon  de 
Burdach  et  se  meleraient  aux  fibres  radiculaires  posterieures.  Le  proble- 
me  de  l’interpretation  reste  a  resoudre.  Les  fibres  antero-posterieures  contri- 
bueraient  a  l’innervation  des  muscles  lisses  d’ou  le  nom  de  «  fibres  reflexo- 
motrices  »  que  leur  donne  Kolliker. 


P.  Carrette. 


ANALYSES 


Sur  le  champ  de  projection  de  la  vision  centrale  dans  le  corps  genouille 
externe  et  l’ecorce  visuelle  de  l’homme  (Uber  das  Projektionsfeld  des  zen- 
tralen  Sehens  im  ausseren  Kniehorker  iind  der  Sehrinde  des  Menschen),  par 
Adolf  Juba  (Budapest).  Zeitsch.  f.  d.  g.  Neuro  iind  Psych.,  Tome  CXLVI1, 
p.  121  a  143. 

iL’etude  de  la  nevrite  retrobulbaire  chronique  alcoolique  peut  permettre 
d’etudier  la  projection  de  la  vision  centrale  dans  le  corps  genouille  externe. 
Cette  projection  s’etend  dans  la  portion  caudale  a  tout  le  corps  genouille,  a 
la  portion  moyenne,  au  segment  dorso-central  jusqu’a  l’extremite  ou  il  n’y 
a  plus  de  fibres  en  relation  avec  la  vision  centrale.  La  representation  corti- 
cale  de  la  vision  centrale  doit  etre  localisee  au  pole  occipital.  La  macuma 
corticale  a  dans  l’ecorce  visuelle  une  representation  etalee.  Tres  interessante 
libliographie  en  raison  des  references  recentes. 

Henri  Ev. 


XJn  cas  d’hemiaplasie  du  cervelet  (Uber  einen  Fall  von  balbseitiger  Aplasie 
des  Kleinhirns),  par  Stanislaw  Mackiwiecg  (de  Varsovie).  Archives  Smsses  de 
Neurologie  et  de  Psychiatric,  XXXVI,  1,  1936. 

L’auteur  rapporte  un  cas  d’hemiaplasie  du  cervelet  chez  un  sujet  n’ayant 
presente  que  des  troubles  cerebelleux  tres  moderes.  L’aplasie  interesse  tout 
l’hemisphere  gauche  et  la  moitie  gauche  du  vermis,  done  a  la  fois  le  neo- 
et  le  paleo-cervelet  ;  de  ce  dernier,  toutefois,  le  floculus  et  le  noyau  du  toit 
sont  ebauches.  La  moitie  gauche  du  plexus  choroi'de  du  4'  ventricule  est 
egalement  absente.  Le  processus  pathogene  qui  a  determine  ce  trouble  du 
developpement,  se  situe  avant  le  3”  mois  de  la  vie  embryonnaire,  l’hemia- 
plasie  du  plexus  choroi'de  et  celle  du  cervelet  en  sont  deux  consequences 
paralleles,  independantes  entre  elles.  La  malade  ayant  ete  atteinte  de  crises 
epileptiques  ainsi  que  d’ailleurs  son  frere,  l’auteur  etablit  un  rapproche¬ 
ment  du  cas  avec  les  recherches  de  de  Allende-Navarro  et  de  Minkowski  sur 
le  role  de  la  dysplasie  des  plexus  choroides  et  de  l’ependyme  dans  l’epi- 
lepsie  idiopathique. 


E.  Bauer. 


VARIfiTES 


SOCIETE  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


La  seance  supplemental re  du  mois  de  juin  de  la  Societe  Medico-psycho¬ 
logique,  seance  exclusivement  reservee  a  des  presentations,  aura  lieu  le 
jeudi  11  juin  1936,  a  9  heures  30  tres  precises,  a  l’Asile  Clinique  (Sainte- 
Anne),  1,  rue  Cabanis,  a  Paris  (XIVe  arrondissement),  dans  I’Amphithe4tre 
de  la  Clinique  de  la  Faculte. 


La  seance  , ordinaire  du  mois  de  juin  de  la  Societe  Medico-psychologique 
aui  a  lieu  le  lundi  22  juin  1936,  a  4  heures  tres  precises,  au  siege  de  la 
Societe,  12,  rue  de  Seine,  a  Paris  (VP  arrondissement). 


La  Societe  Medico-psychologique  ne  tiendra  au  mois  de  juillet  qu’une 
seule  seance  exclusivement  reservee  a  des  presentations.  Cette  seance  aura 
Leu  le  jeudi  9  juillet  1936,  a  9  heures  30  tres  pre-ises,  a  l’Hopital  Henri- 
Rousselle,  1,  rue  Cabanis,  a  Paris  (XIV“  arrondissement),  dans  l’Amphi- 
theatre  du  Pavilion  Magnan. 


ASILES  PUBLICS  D’ALIENES 

Concours  pour  10  postes  de  Medecin  des  Asiles  publics  d’alienes. 

1 936  C°nCOU1S  S  eSt  ouvert  au  Ministere  de  la  Sante  publique  It  lundi  27  avril 
Composition  du  Jury 

Prisident  ;  M.  le  Dr  Raynieh,  Inspecteur  general  des  Services  Adminis¬ 
trates. 

Membres  Titulaires  :  MM.  les  Professeurs  Pfersdorff  et  Raviart  ;  MM.  les 
Docteurs  Brissot,  Guili.f.hm,  Robert,  Pezet,  et  M.  Leveque,  Chef  du  1«  Bu¬ 
reau  de  la  Direction  de  l’Hygiene  et  de  l’Assistance. 

Membres  Suppliants  :  MM.  les  Docteurs  Condomine  et  R.  Dedieu-Anglade. 
Questions  donnees  au  Concours 

l°  A;DMIN,STRATION  :  Droits  de  reclamations  des  alienes,  de  lent  famille, 
ciaires5  **  recours  aux  aatoritis  administratives  et  judi - 


VAR1ETES 


Questions  restees  dans  1’urne  :  Relations  des  medecins-directrurs  et  des 
medecins-chefs  de  service  avec  les  prefectures.  Role  du  prefet  dans 
l’application  des  lois  et  reglements  regissant  les  etablissemehts  d’alienes. 
—  F.tablissement  et  production  annuelle  des  comptes  administratifs,  des 
comptes  de  gestion,  et  du  rapport  moral  des  etablissements  publics 
d’alienes. 

2°  Anatomie  et  Physiologie  :  Lobe  prefrontal.  Anatomie  et  Physiologic. 

Questions  restees  dans  1’urne  :  Anatomie  et  physiologie  des  connexions 
nerveuses  expliquant  la  pathogenie  des  vertiges  et  des  diverses  reactions 
qui  les  accompagnent.  —  Anatomie  et  physiologie  de  l’appareil  nerveux  du 
iangage. 

3°  Hygiene  et  Pathologie  interne  :  Etiologie,  prophylaxie  et  traitement 
des  escarres.  Amenagement,  organisation  et  fonctionnement  d’un  service 
d’alites  grabataires. 

Questions  restees  dans  1’urne  :  bignes,  diagnostic,  traitement  et  prophy¬ 
laxie  des  accidents  et  des  intoxications  imputable s  aux  medications  anti- 
syphilitiques.  —  Role  des  matieres  fecales  dans  hi  propagation  des  mala¬ 
dies  transmissibles.  Prophylaxie  des  maladies  ainsi  transmises,  evacua¬ 
tion  et  traitement  des  nuisances  dans  les  asiles  d’alienes. 

4°  Pathologie  mentale  :  Troubles  mentaux  dans  les  traumatismes 
cr  aniens. 

Questions  restees  dans  1’urne  :  La  demence  organique.  —  Lea  elements 
du  pronostic  en  clinique  psychiatrique. 

A  la  suite  de  ce  Concours  ont  ete  designes  pour  remplir  les  fonctions  de 
Medecin  des  Asiles  publics  d’alienes  : 

1.  M.  Guilbert,  2.  M.  Tusques,  3.  ex-ecquo,  MM.  Balvet  et  Hedouin, 
5.  M.  Beaujard,  6.  Mme  Andre,  7.  M.  Aubin,  o.  M.  de  Bolcaud,  9.  M.  Gar- 
dien,  10.  M.  Royer. 

Asile  de  Bron 

Le  Conseil  general  du  departement  du  Rhone  a  decide  que  l’Asile  public 
departemental  d’alienes  de  Bron  prendrait  a  l’avenir  le  nom  d ’Hopital 
departemental  du  Vinatier. 


ASSISTANCE 


L’assistance  aux  psychopathes  non  internes 

Dans  sa  seance  du  29  mai  1936,  la  4e  section  du  Conseil  superieur  de 
I’Assistance  publique  a  charge  M.  le  Dr  Raynier,  Inspecteur  general  des 
services  administratifs,  et  M.  le  Dr  Lauzier,  Medecin  des  Asiles  publics 
dialienes,  de  lui  presenter  en  1937  un  rapport  sur  :  L’assistance  aux 
psychopathes  non  susceptibles  d’etre  internes  ou  en  convalescence. 


rARIETES 


861 


ACADEMIE  DE  MEDECINE 


M.  le  Dr  Golombani,  Directeur  Honoraire  de  la  Sante  publique  du  Pro- 
tectorat  franca  is  au  Maroc,  est  nomme  membre  correspondant  de  VAcade- 
mie  de  Medecine. 


UNIVERSITE  DE  LAUSANNE 


M.  le  D1'  H.  Steck  est  nomme  Professeur  de  Clinique  psychiatrique  a 
PUniversite  de  Lausanne  et  Directeur  de  l’Asile  Cantonal  de  Cery-sur- 
Lausanne  (Vaud). 


A  \ 

£  4  v* 

IZ-i 


Le  Redacteur  en  chef-Geranl  :  Rene  Charpentjer. 


Caliors,  Imprimerie  Coueslant  (personnel  interesse).  —  52.342 


SO MMA1RE  DU  N°  1  (tome  I),  JANVIER  1936 


MEMOIRES  OR1GINAUX 

L.  van  Bogaert.  —  Les  aspects  familiaux  des  paroxysmes  reflexes  du  tonus 
(Contribution  a  l’dtude.  des  faits  de  Cataplexie  et  d’Hypertonie  dites  affec- 


tives  et  de  leurs  relations  avec  la  pathologie  constitutionnelle) .  1 

J.. Hamel,  R.  BuiSson  et  M.  Chavarot.  —  Nouvelles  recherches  sur  l’acide 
formique  dans  le  liquide  cephalo-rachidien  (d’apres  la  methode  de  Toye' 

et  Jaulmes) . .  28' 

W.  Riese  et  A.  Requet.  —  Une  correspondance  de  Kant  sur  les  rapports  de 
1’ame  et  du  cerveau  (Premiere  traduction  francaise  des  lettres  de  E.  Kant  a 
S.  Th.  Scemmerring),  avec  une  note  preliminaire . .  44 


SOCIETE  MEDICO-PSY  CHOLOGIQUE 


Liste  des  Presidents,  Secretaires  generaux 
•  et  Tresoriers  de  la  Societe  Medico-Psy- 


chologique  (1852-1936)  52 

Bureau  pour  1936'  .  54 

Liste  des  membres  .  54 


Seance  du  jeiidi  ,9  janvier  1936 

P.  Coureon  et  C.  FEuillet.  —  Syndrome 
infundibulaire,  trophcedeme  '  et  troubles 

mentaux  .  73 

(Suite  du  sommaire  page  II). 


Annales  Medico-Psychologiques. 


A. 


R.  Axgi.ade  et  L.  Vidart.  —  Epilepsie  ge- 
lieralisee.  Ralentissement  intcllcctucl  et 
.  tumeur  cerebrate  probable  .  77 

Seance  du  Itindi  27  januier  1936 

Allocution  de  M.  Th.  Simon,  president  sor- 

tant  . 87 

Allocution  de  M.  Cl.  Vurpas,  president.  88 

Adoption  du  proces-verbal  .  89 

Correspondancc  .  89 

Commission  des  prix  .  90 

Election  d’un  membre  cor-respondant  natio¬ 
nal  .  91 

Election  d’un  membre  titulaire  .  91 


Commission  chargee  d’etudier  la  question 


des  Assistantes  sociales  .  91 

H.  Bersot.  —  Vitamine  C,  precarence  et 

neuro-psychiatrie  .  92 

E.  Minkowski  et  Mile  A.  Silz.  —  L’assis^t 
tance  aux  enfants  difficiles  an  Foyer  dei^ 

Soulins  . . ”.  92 

.(.  Picard.  Exhibitionnisme  et  acrome¬ 
galic  .  100. 

G.  Petit  et  .1.  Delmond.  —  Syndrome  d’Adiesj 
et  syndrome  neuro-anemique  a  type  de  J 
.  psychose  poly nevritique.  Amelioration  par.^ 

la  methode  de  Castle  .  1Q6 

X.  et  P.  Abki.y,  M.  et  Mine  Couleon.  —  line  | 
nouvelle  reaction  hypophysaire  applica-  1 
lde  a  la  psychose  intermittente  ....  113 


SOCIETE5 


Societe  de  Neurologic  de  Paris 

Seance  du  jeudi  9  Janvier  1936 

Harrk.  —  A  propos  des  arachnoidites  primitives 
sans  lesions  jnedullaires  . .  119 


caracteres  des  douleurs  I'ulgurantes  du  ta¬ 
bes  .  119 

I.aignel-Lavastine  el  .1.  Voisin.  —  Syndrome  de 
Claude-Bernard-Horner  par  blessure  intra-orbU./g 
laire  et  signe  d’Argyll-Kobertson  traumati-  ' 


( Suite  du  sommaire  page  IV). 

tfLif.yyj ~  .  »  v  IB 

/n^bON  PE  5ANTE  PE  BELLEVUE  (S.-ef-O.)  j 

8,  Avenue  du  11  Novembre  Observatolre  10=62 

Medecin-directeur  :  Dr  BUSSARD 
Medecin  assistant  :  Dr  Paul  CARRETTE 


Maladies 
du 

Systeme 
nerveux 
et  de  la 
Nutrition 
*=*> 

Cet  etablissement,  sitne  sur  le  coteau  de  Bellevue,  a  proximite  du  bois  de 
Meudon,  est  compose  de  plusieurs  pavilions  dans  an  pare.  11  offre  tout  le 
confort  moderne,  eclairage  electrique,  eau  courante  chaude  et  froide  dans  les 
chambres,  cliauffage  central. 


—  Ill  — 


CHATEAU  DE  SURESNES 


T6l6phone  :  SURESNES  2.88 

Maison 
de  Sanie 
de  Repos 
de  Regimes 

Fondee  par 

M.  1b  Dr  MAGNAN 

Membre  de 
I'icademie  de  Mfidecine 


La  Maison  de  Sante  du  Chateau  de  Suresnes  est  situee  a  la  Porte  de  Paris  (sortie 
du  Bois  de  Boulogne),  dans  un  grand  pare. 

Remise  a  neuf  et  embellie  depuis  la  guerre,  la  maison  regoit,  dans  des  parties 
distinctes  (chateau  et  pavilions  disperses  dans  la  verdure  du  pare),  des  convales¬ 
cents,  neurastheniques,  nerveux,  intoxiques  ou  psychopathes. 

Chateau  et  pavilions  reunissent  toutes  les  conditions  les  meilleures  d’hygiene 
et  de  bien-etre  (cliauffage  central,  eau  chaude,  electricite,  eau  de  source),  etc. 

Les  personnes  qui  y  sejournent  peuvent  y  disposer  a  leur  gre  d’une  chambre 
meublee  avec  luxe,  d’un  cabinet  de  toilette,  d’un  salon,  d’une  salie  de  bains, 

Les  Medecins  de  la  Maison  de  Sante  et  leurs  families  prennent  leurs  repas  avec 
les  pensionnaires  qui  desirent  frequenter  la  salie  a  manger. 

La  Maison  est  largement  o uverte  a  Messieurs  les  Medecins,  qui  peuvent  a/ns/ 
continuer  a  suivre  leurs  malades. 


HYDROTHERAPIE  -  ELECTROTHfiRAPIE 


Medecins  Directeurs  : 

Dr  FILLASSIER  O.  *  Dr  DURAND-SALADIN 


NOTICE  SUR  OEMANDE 


Communications  :  Tramway  du  Val  d’Or  a  la  Porte  Maillot 


MAISOI  de  S.%.\TK 

D’lVRY-SUR-SEINE 

23,  Rue  de  la  Mairie  a  IVRY 

Telephone  :  Gob.  01.67 


MALADIES  MENTALES  &  NERVEUSES 


NOMBREUX  PAV1LLONS 

DANS  UN  PARC  DE  12  HECTARES 


Mddecin-Directeur  :  Docteur  A.  DELMAS 
Ancien  chef  de  clinique  a  la  Faculte  de  Medecine  de  Paris 

Medecin-adjoint  :  Docteur  P.  DELMAS 


VILLA  DES  PAGES 


LE  VfiSINET.  (S.-et-O.) 

40,  Avenue  Horace  Vernet 

TRAITEMENT  DES  AFFECTIONS  NERVEUSES 
ET  DES  MALADIES  DE  LA  NUTRITION 

REPOS,  CONVALESCENCES,  REGIMES 

Cures  de  disintoxication 


Psychotherapie,  Reeducation,  Physiotherapie 


12  chalets  pourvus  du  confort  moderne 
dissemin.es  dans  un  pare  de  S  hectares. 
Chambres  ou  appartements  a  plasieurs  pieces 

La  clinique  est  entierement  ouverte  aux  Medecins 
qui  peuvent  ainsi  conserver  la  direction  de  leurs  malades 

Medecins  directeurs  :  Docteurs  LEULIER,  MIGNON,  CASALIS 
Medecin  assistant  :  Docteur  LECLERCQ 

Telephone  :  LE  VESINET  12 


VI  — 


Societe  de  Medecine  Mentale 
de  Belgique 

Seance  du  21  decembre  193$ 

H.  Baonville,  J.  Ley,  A.  Meyers  et  J.  Titeca.  — 
Augmentation  considerable  du  volume  du  crane 
cliez  unc  adolescente  ;  ’troubles  psychiques  et 

epilepsic  ;  discussion  du  diagnostic .  125 

Beeeens.  —  Recherche  du  virus  tuberculeux  daffs 
le  liquide  cephalo-rachidien  et  le  sang  de  de- 
.ments  priicoces  atteints  de  tuberculose  non  ner- 

veusc  .  12# 

A.  Leroy.  --  Rechcrches  comparatives  sur  le  sang 
de  malades  agites  non  sounds  a  un  traitement 
par  la  di£tylmalonyluree  .  12B 


Societe  beige  de  Neurologie 

Seance  du  21  decembre  193$ 

R.  Ley.  —  Le  traitement  du  parkinsonisme  post-; 

encephalitiqiie  . . .  127; 

L.  Massion-Verniory.  —  Un  cas  atypique  de  myo-.' 

tonie  atrophique  . .  127- 

Divry  et  Evrard.  —  Insutlisance  motrice  avec 
syndrome  myotouique  chez  un  debile  men¬ 
tal  . . .  12.7 

Andersen.  —  Crise  de  rire  spasmodique  imme- 
diatement  avant  le  deces  ;  autopsie  ;  hemor- 
ragie  thalamique  double  .  128 


ANALYSES 


JOURNAUX  ET  REVUES 
Histoire  de  la  Medecine. 

M.  Klippel.  —  Hippocrate  philosophe.  (Les  sour¬ 
ces-  philosophiques  de  ses  aphorismes) .  . .  12!) 

Psychiatrie. 

II.  Harris.  —  L’anxiete.  Sa  nature  et  son  traite- 


I.  UbTTsciiicK.  —  Hemarques  sur  le  probleme  des. 
psychoses  symptoinatiques  .  130 

(i.  Bianchi.  —  Des  rapports  ctiopatliogeniques 
entre  le  cancer  et  les -maladies  mentales. .  131 

B.  Prank.  —  Phenomenes  de  depersohnalisation 

dans  les  maladies  c^rebrales  .  131 

Evald.  —  De  l’indigence  intellectuelle .  131 

C. -J.-C.  Eahi..  —  La  psychose  catatonique  primi¬ 
tive  de  I’idiotie  . 132 

( Suite  du  sommaire  page  VIII). 


CHATEAU  DES  COUDRAIES 

Ancienne  Institution  d’Eatlbonne  (fond6e  en  1847) 


—  VII 


Saint- REMY 

CLINIQUE  MEDICALE 

46,  Boul.  Carnot  Tel.  Regional  755  et  850 

LE  VlSINET  (S.-et-O.). 


TRAITEMENT 

des  affections  du  Systeme  nerveux,  des 
intoxications  et  des  maladies  de  la  nutrition 

'  Rep.os  —  Convalescences  —  Regimes. 
Electrotherapie  —  -  Hydrotherapie  . 

Dans  banlieue  agreable,  paisible  et  saine. 
Tres  belle  installation  modele,  6  pavilions  separes 
dans  un  pare  fleuri  de  2  hectares 

Chambres  gaies,  meublees  avec  goOt,  tres  conforta- 
.  bles,  cabinets  de  toilette  avec  S.  B.  et  W.  C.  prives., 

'  Galeries  e.nsoleillees..  Terrain .  et  salons  de  jeux... 
Excellente  cuisine  bourgeoise  et  de  regimes 

Nl  MALADES  CONTAGIEUX  OU  BRUYANTS 


-  MEDECIN-DIRECTEUR  -  - 

-  Dr  P.  ALLAMAGNY  -- 

avec  la  collaboration  du  Dr  VIGNAUD, 
ex-Directeur  de.  la  Maison  de  Sar.te  de  Vanves 
et  d'un  medecin.  assistant.  '  -  -- 


IN  STOUT  MEDIC0-PEDAGOGIQUE 

DE  VITRY-SUR-SEINE 

Adresse  :  22,  rue  Saint-Aubin,  Vitry-sur-Seine  (Seine).  Tele¬ 
phone  :  Italie  06-96.  Renseignements  a  I’Etablissement  ou 
164,  faubourg  St-Honore  (VIIIe),  chez  le  Dr  Paul-Boncour. 
Telephone  :  Elysees  32-36. 

Affections  traitees  :  Maison  d  education  et  de  traitement  pour 
enfants  et  adolescents  des .  deux  sexes  :  retardes,  nerveux, 
difficiles,  etc. 

Disposition  :  Pavilions  separes.  Parc 
de  5  hectares. 

Confort  :  Eau  courante  chaude  et 
froide.  Chauffage  central. 

Traitement  :  Hydrotherapique. 

Directeurs  :  Dr  Paul-Boncour, 

O.  #  et  G.  Albouy. 


—  IX  — 


LES  RIVES  DE  PRANGINS 


‘PRANGINS  pres  KYON  (Suisse) 

ETABLISSEMENT  DE  PSYCHOTHERAPY 


TRAITEMENT  des  AFFECTIONS  NERVEUSES 

ANALYSES  PSYCHOLOGIQUES  -  CURES  DE  REPOS  -  REGIMES 
SUGGESTION  -  REEDUCATION  -  PHYSIOTHERAPIE 

Traitement  organotherapique  avec  contr6le  biologique  (Cures  d’insuline, 
pyrothSrapie,  malariath^rapie)  —  Laboratoire  d’analyses  —  Rayons  X 


Diyers  ateliers  tres  bien  installes 
Etudes  et  legons  particulidres  dans  I’Atablissement 

. Sports  d’6te  et  sports  d’hiver . 

-  Trois  tennis  —  Bains  du  lac  —  Equitation  -- 


Cinq  medecins  et  un  nombreux  personnel  specialises  assurent  le  traitement 
Prix  de  pension  variant  suioant  la  nature  du  traitement 
et  le  genre  de  1’ installation  choisie  (a  partir  de  Fr.  suisses  25  par  jour) 
DEMANDEZ  PROSPECTUS  A  L’ADMINISTRATION 


Adresse  leUgraphique  :  111  _  (Administration  :  Nyon  95.442 

RIVAPRANGI.NS  NYON  1  lp  °ne!  I  Service  Medical  :  Nyon  95.441 

cijo  <=5*>  'll  (de  preference  entre  1 1  heures  et  midi) 


,  ,  \  D  O.-L.  FOREL,  Privat-Docent  a  l’Universite  de  Geneve  ; 
Medecins-chefs  j  D  R  de  SAUSSURE,  Privat-Docent  k  l’Universite  de  Geneve. 


VARIETES 


INFORMATIONS 


12,  Boul.  du  Chateau  -  NEUILLY-SUR-SEINE 

Tel.  :  Maillot  20-92 

CENTRE  MEDICO-PiDAGOGIQUE  pour  le 
traitement  mdividuel  des  enfants  presentant  du 
retard  intellectuel,  de  l'instabilite,  de  l’apathie,  dos 
troubles  nerveux,  des  impotences  fonctionnelles, 
sous  la  surveillance  du  D'  Suzanne  SERIN. 
Reeducation  et  traitement  adapte  k  chaque  cas 
Personnel  specialise.  Atmosphere  familiale.  Grand 
jardin  ensoleille.  Etablissement  ouvert  aux  medecins 
qui  peuvent  continuer  a  suivre  leuis  mal;  des.  Ni 
contagieux,  rii  pervers,  ni  epileptiques. 
Directrioe  :  IVladame  P.  BAYARD 


—  XI  — 


DIVONNE-LES-BAINS 

OUVERT  Altitude  519  m.  (Geneve  16  km.)  —  AIN 

La  Grande  Station  Francaise  de  Repos 
L’ANNEe  __  , 

'  —  -  dans  un  pare  de  100  hectares  --  -- 


Indication  speciale  de  cure  pour  les 
troubles  fonctionnels  du  SYSTEME  NERVEUX 
ET  DES  MALADIES  DE  LA  NUTRITION 
. - ..  -  ...  qui  s'y  ratfachent  - § - 


Etablissement  hydrotherapique 

dans  le  pare. 

Hydrotherapie.  Psychotherapie.  Cures  d'air,  de  repos, 
d'exercices  et  de  regimes.  Massotherapie.  Electrothe- 
rapie.  Radiologie  — - 1 

• 

Les  Hotels  dans  le  Parc. 

Hotel  du  Golf.  Premiere  realisation  hpteliere  de  la  sup¬ 
pression  des  bruits.  Hotel  Chicago.  Le  (Srand  Hotel. 

Maison  de  Regime,  sous  la  direction  d'un  medecin 
specialise,  seconds  d'un  personnel  competent.-  Cuisine 
de  dietetique.  Laboratoire  d'analyses  et  de  recher- 
ches  biologiques. - -  ' 


Distractions. 

Theatre.  Concerts.  Cinema.  Parc  pour  enfants  - -7 


Tous  les  sports. 

Golf  18  trous.  "Tennis.  Promenades.  Canotage  (5  km.  du 
lac].  Peche  a  la.truite  — : - - ) - rrS 


Directeur  General  :  TARTAKOWSKY 


—  XII  — 


INFORMATIONS 


3*  CONGRES  INTERNATIONAL 
DE  PATHOLOGIE  COMPAREE 
a  la  Faculte  de  Medecine  d’Athenes 
du  15  au  18  avril  1936 


Sous  la  Presidence  de  M.  le  Professeur  W.  Bensis, 
Professeur  a  la  Faculte  de  Medecine  d’Athenes, 
Mcmbre  Correspondant  de  l’Academie  de  Medecine  de  Paris 

SOUS  LE  HAUT  PATRONAGE 
de 

M.  le  President  du  Conseil  Hellenique. 

M.  le  Ministre  de  FInterieur. 

M.  le  Ministre  de  l’Instruction  Publiciue. 

M.  le  Ministre  de  l’Hygiene. 

MM.  les  Membres  du  Gouvernement. 

M.  le  Prefet  d’Athenes. 

M.  le  Maire  d’Athenes. 

M.  le  President  de  l’Academie  d’Athenes. 

M.  Ie  Recteur  de  1’Universite  d’Athenes. 

M.  le  Doyen  de  la  Faculte  de  Medecine  d’Athenes. 

La  Societe  Internationale  de  Pathologie  Comparee 


(A  suivre,  page  d’annonces  XIV). 


Illllllilllllllllllll 

CENTRE 

MEDICO  -  PSYCHOLOGIQUE 
POUR  ENFANTS 


44  I Metairie  ” 


-  NYON  (Vaud)  -  SUISSE  -  Tel.:  Nyon  95.626  - 


Traitement  des  (roubles  nerveux  de  Fenfance. 
Action  pedagogique  combinee  au  traitement 
medical.  Individualisation  de  l'enseignement. 


Scours  d’observation. 


Institut  pathopsychologique  specialise 
pour  examens  et  expertises  neurologi- 
—  ques  et  psychologiques . 


Consultations  tous  les  jours.  Dr  Guillerey, 
Medecin  Directeur,  D''  Duby,  D''  Calame. 
Medecin  consultant  :  Professeur  d'Universite 
D1'  O.  Lcewenstein. 


llllllllllllllllllllBllllllllllllllllllllllllll 


^iiiiiiimiiiiiiiHiiiiiiiimiiimimimiiimiiiiiiiiiiiiiiiimimmiiimiimim 


—  XIII  — 


JMAISON  DE  SANTE 

161,  rue  de  Charonne  —  PARIS-XP 

T616phone  :  ROQUETTE  o5-o5 


Jraifemenf  de s  maladies  menfales  et  nerveuses  des  deux  sexes 
Grand  pare  de  2  hectares  en  plein  Paris 
Pavilions  et  japdins  sepanes 


Directeur  :  le  Dr  Cl.  VURPAS 

Medecin  de  La  Salpetriere 

Les  families  sont  revues  tous  les  jours  de  2  heures  a  5  heures 


VILLI  PENTHIEVRE 

Maison  de  Sante  et  de  Convalescence 

SCEAUX  (Seine)  t«.  12 


PSYCHOSES  —  YEV ROSES 


Medecin-Directeur  :  I»r  BOTVIIOSIME,  Ancien  Interne  des  A  siles  de  la  Seine 
Medecins  assistants  :  l»r  CODET,  Ancien  Chef  de  Clinique  de  la  Faculty 
»r  pi  cjl  AKI),  Ancien  Interne  des  Hopitaux 


—  XIV  — 


3-  CONGRES  INTERNATIONAL 
DE  PATHOLOGIE  COMPAREE  (suite) 

nrpirfipr^n  Pre,ni*e?8  1a<?Sgrfs  dc  Pathologie  Comparee  ont  eu  lieu  a  Paris,  le 

SPSeaus"i  Stc1q9u,4lita„tUSlCMC  *"  °Ct°brC  mi'  »*  ont  ™ 

(daLte  definitive)’  qUi  ^  COnr,<:'  *  Gr'Ce’  3  d“  C‘tre  aiourna  jusqu’en  avril  1936 

le  ^n!.nnii,ir„de  C%  C”ns;'6s>  comme  celie  des  Congres  precedents,  re?ut  partout 
le  meilleur  accueil.  Toutes  les  Nations  ont  deja  constitue  leurs  comites  natio- 
ou.  *°*}  en  tr?Ln  de  les  constituer.  Le  succes  scientifique  du  Congres  est 
d  ores  et  deja  magmfiquement  assure.  8 

Com,lt<;  ^’organisation  hellenique,  soucieux  de  faire  profiter  ses  hotes 
illustres  des  beautes  naturelles  ainsi  que  des  souvenirs  historiques  de  notre 

ien/’v^fe0/^  7gan-Ser,-  Ur  sej6.urde  telle  fa«on  qu’en  Peu  de  jours  ils  puis- 
sent  visiter  les  plus  reputees  parmi  les  antiquites  de  la  Grece.  II  etait  meme  en 
d  °rgamser  une  croisiere  de  19  jours  (journees  du  Congres  comprises),  qui 
petrmlS  d’eftectuer  cette  visite  dans  les  meilleures  conditions  de 
confort.  Entre  temps  les  evenements  mondiaux  ont  force  le  Comite  d’organisa- 
lion  de  modifier  partiellement  son  programme.  II  espere  fermement  si  des  eve¬ 
nements  nouveaux  ne  viennent  compliquer  la  situation  Internationale,  pou'voir 
realiser  cette  croisiere  dont  l’etude  est  deja  poussee.  P 

BUT  DU  CONGRES 

Gongres^International  de  Pathologie  Comparee,  dont  le  but  est  exclusi- 


vement  scientifique,  s’occupera  non  settlement'  des"  maiadTes'^coinmun’eT"  a 
pv1^^  "r  ani™a?x  dans  toute  Ia  sarie>  mai«  aussi  des  rapports  pouvant 
exister  entre  les  maladies  des  differentes  especes 
II  s’occupera  egalement  de  Pathologie  Vegetale  et  des  relations  possibles’ 
entre  certaines  maladies  des  plantes  et  celles  des  animaux.  La  Section  de 
Pathologie  Vegetale  ne  traitera  qu’une  seule  question,  celle  de  l’immunite  chez 
les  vegetaux.  L’ampleur  en  est  telle  qu’elle  fut  departagee  en  plusieurs  rapports. 
Bureaux  du  Congres  :  15,  rue  Hippocpate  (Club  Universitaire),  Athenes. 

L  suivre,  page  d’annonces  XVlll). 


Clinique  Bellevue 

Le  Landeron,  pres  Neuchatel  (Suisse) 


Vastes  pares  ombra- 
gis.  Vie  de  famille. 


Prospectus  —  tpes  modepes 

Directeur  :  Dr  H.  BERSOT 


—  XV  — 


LABOR  ATOl  RES  AMI  DO  | 

A.  BEAUGON1  N,  Pharmacicn 

4,  Place  des  Vosges,  4  —  PARIS,  4*  Arr* 

AMIDAL 

Poudre  —  Comprimes  —  Cachets  —  Dragees 
Deux  i  quatre  cuillerecs  k  cafe, 
ou  quatre  a  huit  comprimes,  dragees 
ou  cachets  par  jour 

Ententes  aigiies  et  chroniques. 

Entero  colites.  Dysenterie. 

Toutes  les  Diarrhees. 

La  constipation  spasmodique. 

VITAMYL  IBKADIE 

Extrail  concentre  de  vitamines  A.  B.  et  C. 
Ergosterol  irradie 

Une  cuilleree  a  cafe 
avant  chacun  des  trois  repas. 

Carences  et  Pre-carences. 

Rachitisme. 

Demineralisation. 

Troubles  de  la  Croissance 

GENESERINE 

Deux  a  troix  granules  ou  dragees  ou  JO  a  3o 
gouttes  a  chacun  des  trois  repas  ou  une  ampoule 
injectable  chaque  jour  pendant  to  jours. 

Hypo-acidite  gastrique. 

Syndrome  solaire. 

Dyspepsie  atonique. 

Palpitations  et  Tachycardie 
des  cceurs  nerveux. 

GMATROPUfE 

Polonovsx.  et  N.TZBERQ 

8  entre  les  rfpas  de  preference. 

1  ampoule  injectable  par  jour. 

Hyperchlorydrie. 

Spasmes  digestifs  —  Vomissements. 
Coliques  —  Diarrhees. 

GEiOSCOPOLAMlIE 

Polonovbki  et  Nitzberq 

4  a  8  granules,  ou  40  a  80  gouttes  par  jour, 
cn  a  ou  3  prises,  1  ampoule  par  jour. 

Maladie  de  Parkinson. 

Syndromes  post-encephalitiques. 
Anesthesie  chirurgicale  ou  obstetricale. 

GENHYOSCYAMINE 

3  gr>nul“;r“U1e1s°rfrdeprffe3ren«Pi‘r  ’°Ur 
.  ampoule  par  jour. 

Spasmes  digestifs. 

Tremblements. 

Syndromes  parkinsoniens. 

Sueurs  des  tuberculeux. 

GENOSTRYCHNINE 

Polonovsx)  et  N.tzberg 

Ampoules  -  Goutte  -  Granule, 

GENOSTHENIOEES 

Cacodylate  de  Ge'nostrychnine  et  de  Gene’serinc. 

1  granules,  ou  20  gouttes  a  chacun  des  trois  repas. 

1  ampoule  injectable  chaque  jour. 

Asthenie. 

Neurasthenic  —  Surmenage. 

Anemie  —  Convalescence. 

Paralysies  atoniques. 

GENOMORPHINE 

Polonovsx)  et  Nitzberq 

En  comprimes  doses  a  z  Ctgrs  (  1  ^3  fois 
par  jour)  ou  en  amp 1 

La  Douleur. 

L’Anxiete  —  1'Agitation. 

Les  Dyspnees  spasmodiques. 

La  Demorphinisation. 

fcCHANTILLONS  MEDICAUX  SUR  DEMANDE 

PHENYL -ETHYL-  MALONYLUREE 


EPILEPSIE 
CONVULSIONS 
ETATS  ANXIEUX 
INSOMNIES  REBELLES 

EN  TUBES  DE  (OMPTUMES 
A  0Gn0,0“05ET0™01 


SOCIETE  PARJSIENNE  D'EXPANSION  CHIMIOUE 

SPECIA 

MARQUES  POULENC  FRERES  ET  USINES  OU  RHONE 
Q6,  RUE  VIEILLE  DU  TEMPLE.  PAR  IS_3^e 


—  XVII  — 


CLINIQUE  MEDICALE  DE  FONTENAY-S.-BOIS 

• - -  (Seine)  - 

6,  Avenue  des  Marronniers  Tel.  :  Tremblay  12-87 

Mddecin-Directeur  : 

Docteur  G.  COLLET,  Ancien  interne  des  Asiles  de  la  Seine 

TRAITEMEIMT  DES  MALADIES  NERVEUSES 

ISOLEMENT  -  PSYCHOTHERAPIE  -  REGIMES  -  HYDROTHERAPIE 

ElEctrothErapie 

ETABLISSEMENT  SITUE  EN  BORDURE  DU  BOIS  DE  VINCENNES  —  PARC 
PA  VILLONS  SPECIAUX  POUR  DAMES  ET  JEUNES  FILLES 
MAISON  de  REPOS  pour  PERSONNES  AGEES  et  pout  CONVALESCENTS 
MOYENS  DE  COMMUNICATIONS  FACILES  AVEC  PARIS 

Chemin  de  fer  de  Vincennes,  Place  de  la  Bastille,  a  Paris 
Autobus  n°  122  au  Chateau  de  Vincennes  (Station  da  Metro). 


INSTITUT  MfiDICAL  PRIVfi 

POUR 

ENFANTS  RETARDES  ET  NERVEUX 

LE  HOHWALD  (Bas-Rhin) 

Station  climaterique  (600  metres) 


SONT  ADM  IS  :  1°  Les  deficients  mentaux  (instables,  astheniques,  nerveux). 
2°  Les  arri6r6s  accidentels. 

3°  Les  retardds  par  suite  de  chdtivitd  constitutionnelle. 

NOUS  N’ACCEPTONS  QUE  DES  ENFANTS  REEDUCABLES 
ET  NON  CONTAQIEUX 

Surveillance  mddicale  rigoureuse.  Education  mddico-pddagogique  adaptde 
aux  cas  particuliers.  Rythmique.  Jeux  et  sports  (sports  d’hiver  1.099  m.). 
Cure  d’air  et  de  soleil.  Climat  tonifiant. 

DIRECTION  s 

E.  HAAS  HAUTVAL  —  M"e  Dr  H.  HAAS  HAUTVAL 


Annates  Medico-Psychologiques. 


—  XVIII  — 


3*  CONGRES  INTERNATIONAL 
DE  PATHOLOGIE  COMPAREE  (suite) 

BUREAU  DU  CONGRES 

MM. 

President  :  W.  Bensis,  Professeur  de  Clinique  Medicale  a  la  Faculte  de  Mede¬ 
cine  d’Athenes,  Membre  Correspondent  de  1’Academie  de  Medecine  de  Paris. 

Vice-Presidents  :  A.  Aravantin-os,  Professeur  de  Clinique  Propedeutique  a  la 
Faculte  d’Athenes  ;  M.  Georgopoulos,  Professeur  de  Therapeutique  a  la  Faculte 
d’Athenes  ;  B.  Krimbas,  Professeur  de  Viticulture  a  l’Ecole  d’Agriculture  Supe- 
rieure,  Directeur  General  au  Ministere  de  l’Agriculture  ;  D.  Petrid£s,  Docteur, 
Veterinaire  General  ;  M.  Sakorrafos,  Professeur  de  Clinique  Medicale  a  la 
Faculte  d’Athenes. 

Secretaire  General  :  A.  Codounis,  Professeur  Agrege  a  la  Faculte  d’Athenes. 

Secretaire  Adjoint  :  N.  Tzortzakis,  Docteur,  Chef  de  la  Section  Veterinaire  du 
Laboratoire  Bacteriologique  au  Ministere  de  l’Agriculture. 

Secretaires  Administratifs  :  D.  Liaros,  Docteur,  Veterinaire  Departemental  ; 
E.  Matheakis,  Docteur,  Lieutenant  Veterinaire. 

Tresorier  :  A.  Gouttas,  Professeur  Agrege  a  la  Faculte  d’Atheiies. 

Tresorier  Adjoint  :  G.  Nonis. 

ORDRE  DU  JOUR 
Sujets 

Les  sujets  suivants  sont  inscrits  a  l’ordre  du  jour  : 

Section  de  Medecine  Humaine 

1)  Echinococcoses. 

2)  Nephroses  et  amyloses. 

3)  Leishmanioses. 

4)  Spirochetoses. 

5)  Avitaminoses  :  Influence  sur  les  fonclions  digestives. 

Section  de  Medecine  Veterinaire 

1)  Les  echinococcoses  chez  les  animaux  domestiques.  . 

2)  Les  spirochetoses  animates, 

(A  suivre  page  d’annonces  XX). 


MAISON  de  SANTE  de  PREFARGIER 

pres  Neuchatel,  Suisse  . 

Traitement 
des  maladies 
nerveuses 
et  mentales, 
de  l’alcoolisme, 
des  toxicomanies. 

9 

Installations 
modernes 

Situation  ravissante  au  bord  du  lac  de  Neuchatel 
Vaste  pare  de  30  hectares 

Deux  medecins  specialistes  residant  a  l’Etablissement 
Medecin-Directeur  :  Dr  A.  Roller  —  Medecin-Adjoint  :  Dr  Ch.  Barbezat 

:  '  -  — - ■:  PROSPECTUS  - 


Traitement 
individuel. 
Occasions  variees 
d’occupation 
rationnelle 
pour  les 
pensionnaires 


—  XIX  — 


M#I50N  PE  SAUTE  P’EpIN^-SUR-SEINE 

(Fond6e  par  le  Dr  Tarrius) 

6,  Avenue  de  la  Rdpublique,  EPINAY-sur-SEINE 

Tiliphone  :  68  St-Denis 

-9-  -9-  -9* 

Maladies  mentales  et  nerveuses  des  deux  sexes 
Desintoxications  -  Cures  de  repos  ■  Hydrotherapie  -  Electrotherapie 
Rayons  ultra-violets 


PAVILLONS  SEPARES  ET  VILLAS  PARTICULIERES 

tres  confortables  au  milieu  d’un  pare  de  1 5  hectares 

CHAUFFAGE  CENTRAL  -  ELECTRICITE  -  CHAPELLE 

L’etablissement  est  largement  ouvert  a  tout  let  Medecint 
qui  peuvent  continuer  d’y  trailer  leurs  maladet 


Moyens  de  communication  :  Tramway  n°  54,  Place  de  la  Trinite-Enghien  (s  arrete 
devant  l'Etablissement).  —  Chemin  de  fer  gare  du  Nord,  trajet  en  10  minutes.  —  Automobiles, 
route  d’Enghien,  7  kilometres  de  Paris. 


3“  CONGRES  INTERNATIONAL 
DE  PATHOLOGIE  COMPAREE  (suite) 

3)  Les  infections  anaerobies  chez  les  animaux  domesticities. 

4)  Les  narioles  animates. 

5)  Les  leishmanioses  animates. 

Section  de  Pathologie  Vegetale 
1)  L’immunile  chez  les  vegetaux. 


a  lieu  a  la  Faculte 


t  des  relations  possibles  entre 


REGLEMENT 

1"  Le  3 *  Congres  International  de  Pathologie  Comparee  a 
de  Mcdecine  d’Athenes,  du  15  au  IS  aoril  1936. 

2°  Ce  Congres,  dont  Je  but  est  exclusivement  scientifique,  s’occupera  non  seu- 
lement  de  maladies  communes  a  l’homme  et  aux  animaux  dans  toute  la  serie, 
mais  aussi  des  rapports  pouvant  exister  entre  les  maladies  des  differentes’ 
especes. 

II  s’occupera  egalement  de  pathologie  vegetale  e 
certaines  maladies  desplantes  et  celles  des  a  ' 

3°  II  comprend  : 

Des  membres  d’honneur  ; 

Des  membres  actifs  ; 

Des  membres  associes,  agrees  par  le  Bureau. 

Les  membres  de  la  famille  des  congressistes  peuveut  etrc  inscrits  au  titre  de 
membres  associes.  Ils  scront  admis  aux  seances,  fetes,  receptions  et  profitcront 
do  tous  les  avantages  accordcs  aux  congressistes,  mais  ils  ne  pourront  prendre 
part  aux  discussions. 

Un  Comite  de  dames  sera  constitue. 

La  cotisation  est  de  100  frs  fr.  pour  les  membres  actifs  c 
membres  associes. 

Les  delegues  ctrangers  officiels  sont  exoneres  du  paiement  de  la  cotisation. 

4»  Les  adhesions  devront  etre  envoyees  au  Secretaire  General  ;  elles  devront 
indiquer  tres  exactement  les  noms,  qualites  et  adresses.  Les  congressistes  rcce- 
vront  leur  carte  des  qu’ils  auront  paye  leur  cotisation. 


t  de  50  pour  les 


(A  suivre,  page  d’annonces  XXI j. 


ETABLISSEMENT  HYDROTHERAPIQUE 

ET 

MAISON  DE  CONVALESCENCE 

Docteur  J.-B.  BUVAT  el  Docleur  G.  VILLEY-DESMESERfiTS 

Anciens  Internes  des  Asiles  de  la  Seine 
M^decins-Directeurs 


VILLA  MONTSOURIS 

130,  rue  de  la  Glaciere 

PARIS 

Telephone  :  Gobel.  05-40 
MARDI,  VENDREDI 

2  a  5 


1  CHATEAU  de  l’ABB AYE 

VIRY-CHATILLOIV 

(S.-et-O.) 

Telephone  :  Juvisy  76 


PARC  :  Huit  Hectares 

TRAITEMENT  DES  MALADIES 

NERVEUSES  ET  DES  T0XIC0MANIES 

— «  PEIX  MODfiESlS  »— 


—  XXI  — 


3'  CONGRES  INTERNATIONAL 
DE  PATHOLOGIE  COMPAREE  (suite) 


5°  Les  membres  du  Congres  beneficieront  d’avantages  divers  (chemins  de  fei- 
grecs,  cOinpagnies  de  navigation,  hotels,  restaurants,  etc.). 

Us  recevront  le  volume  general  des  travaux  du  Congres  et  les  differents 
imprimis. 

6°  Les  langues  officielles  du  Congres  seront  le  grec,  le  frangais,  l’allemand, 
l’anglais,  l’italien  et  l’espagnol. 

Les  rapports  et  communications,  qui  seront  prisentes  dans  l’une  des  susdites 
langues,  devront  6trc  accompagnes  d’un  court  resume  ecrit  en  franfais. 

En  raison  des  frais  considerables  de  1’impression  en  langues  etrangeres,  les 
rapports  ne  devront  pas  occuper  plus  de  seize  pages  du  compte  rendu  imprime 
et  les  communications  plus  de  deux  pages  ;  dans  le  cas  contraire,  les  frais  sup- 
plimentaires  d’impression  devront  6tre  remboursis  par  les  auteurs. 

Au  cours  des  seances,  les  orateurs  pourront  parler  dans  leur  langue  natio- 

n3Le  resume  qu’ils  devront  donner  de  leurs  observations  devra  etre  ecrit  en 

^Les^auteurs  devront,  de  toute  fa$on,  envoyer  au  Secretariat  Giniral  du 
Congres  le  resume  de  leurs  communications,  en  se  faisant  inscrire  a,  1  ordre  du 


J°7»  Les  rapports  devront  etre  adresses  au  Secretaire  General  avant  le  1"  aout 
1935,  pour  etre  imprimes  avant  l’ouverture  du  Congres  et  envoyes  aux  congres- 

S1SEnS'meme  temps  devra  etre  remis  un  abrege  d’environ  une  page,  indiquant 
les  grandes  lignes  du  sujet.  Ce  resume  des  rapports  sera  envoye  &  chaque 
congressiste.  ,  . 

8°  L’experience  des  differents  congres  ayant  montre  les  inconvenients  de  la 
division  en  multiples  sections  separees,  qui  met  les  congressistes  dans  1’impos- 
sibilite  de  suivre  l’ensemble  des  travaux,  il  a  ete  decide  qu’autant  que  possible 
les  questions  seraient  traitees  en  seances  plenieres. 


(A  suivre  page  d’annonces  XXII). 


CHATEAU  DU  BEL-AIR 

VILLENEUVE-St-GEORGES,  IS  minutes  de  Paris 

65  trains  par  jour  dans  chaque  sens 
Voitures  k  la  gare  de  Villeneuve-St-Georges  :  Trajet  en  3  minutes 

Cures  de  Repos 
Convalescences 
Regimes 
Disintoxications 
Psychothirapie 
Heliotherapie 
Malariathirapie 

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SPECIALISTES 

reaidant 
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PRIX  MODERES.  —  NOTICES  ILLUSTREES  SUR  DEMANDE 


B* 


—  XXII  — 


3*  CONGRES  INTERNATIONAL 
DE  PATHOLOGIE  COMPAREE  (suite) 


9  L  expose  des  rapports  ne  devra  pas  durer  plus  de  vingt  minutes.  Leur 
texte  ne  devra  pas  exceder  vingt-quatre  pages  du  compte  rendu  imprime  (pages 
de  quaran te-cmq  lignes  de  soixante-cinq  lettres  environ). 

La  duree  des  communications  sera  limitee  a  dix  minutes  et  leur  texte  ne 
devra  pas  occuper  plus  de  deux  pages  du  compte  rendu  imprime.  Le  texte  des 
communications  devra  etre  remis  immediatement  apres  la  seance  au  secretaire 
en  fonctions  et  etre  accompagne  d’un  court  resume  destine  k  la  presse. 

rous  ces  documents  devront  etre  dactylographies,  sans  caracteres  douteux. 

61  les  memoH-es  comportent  des  figures  ou  des  graphiques,  les  cliches  devront 
en  etre  fournis  par  les  auteurs.  Sinon  ils  seront  etablis  a  leur  compte  et  pour- 
ront  leur  etre  donnes  apres  l’impression  du  compte  rendu. 

Au  cours  des  discussions,  chaque  argumentateur,  sauf  decision  contraire  du 
president,  ne  devra  pas  conserver  la  parole  plus  de  cinq  minutes. 

10°  Les  pieces,  instruments  ou  appareils  que  les  Congressistes  desireront  pre¬ 
senter  seront  exposes  dans  une  salle  speciale. 

11°  Toute  correspondance  devra  etre  adressee  au  Secretariat  General  15  rue 
Hippocrate,  Athenes,  Grece. 

12“  Chaque  congressiste  ayant  pris  part  a  la  discussion  devra  immediatement 
rediger  une  note  portant  son  nom  et  son  adresse  et  la  remettre  au  secretaire 
de  seance. 

L’omission  de  cette  formalite  entrainerait  l’absence  des  observations  de  l’in- 
teresse  dans  le  compte  rendu. 

13°  Le  Congres  tiendra  deux  seances  solennelles,  la  seance  d’ouverture  et 
celle  de  cloture.  Les  delegues  de  gouvernements  seront  invites  a  y  prendre  la 
parole.  v 

Dans  la  seance  d’o.uverture,  le  Congres  procedera  k  l’election  du  bureau  pour 
les  differentes  seances  et  a  la  nomination  des  presidents  d’honneur. 

Dans  la  seance  de  cloture,  les  travaux  du  Congres  seront  resumes,  des  vceux 
pourront  etre  votes,  et  il  sera  decide  du  lieu  et  de  l’epoque  du  prochain 
Congres  ;  a  cet  effet,  un  rapport  sera  presente 


(A  suivre  page  d’annonces  XXIII). 


NEUROBORE  PUR 

Solution  inalterable  de  tarlrate  borico-potassique  pur 
1  gr.  par  cuilleree  h  cafe 
SPECIFIQUE  DES  AFFECTIONS  NERVEUSES 
Pas  d’AcnS  —  Pas  de  troubles  gasiro-iniestinaux  —  Pas  de  depression  cardiaque 

NEUROBORE  -G-  ASSOCIE 

Tartrate  borico-potassique  +  Ph6nylethyl-malonylur£e  +  Correctif 
en  cachets  solubles 

MEDICATION  D’ATTAQUE 
des  Affections  nerveuses  graves,  des  Insomnies  rebelies 

CANTfilNE 

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(Crataegus  -  Passiflore  -  Hamameiis  -  Salix  alba) 
Erethisme  cardiaque  -  Neurasth£nie  -  Meiancplie  -  D<5prim6s 
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Echantillon  gratuit  sur  demande 


Laboratoire  E.  BOUTEILLE,  23,  rue  des  Moines,  PARIS  (17») 


3'  CONGRES  INTERNATIONAL 
DE  PATHOLOGIE  COMPAREE  (suite) 


eomposee  des  presidents  et  secretaires  des  comites  nationaux,  des  presidents, 
du  secretaire  general  et  des  secretaires  generaux  adjoints  du  3°  Congres  Inter¬ 
national  de  Pathologie  Comparee. 

14°  Les  discours  prononces  aux  seances  d’ouverture  et  de  cloture  seront 
publies. 

PROGRAMME  TOURISTIQUE 


Le  Comite  d’Organisation,  apres  avoir  longuement  etudie  avec  le  Bureau 
Touristique  du  Congres  toutes  les  possibility  de  MM.  les  Congressistes,  apres 
de  nombreuscs  revisions  de  son  programme  initial  imposees  par  les  circonstan- 
ces,  en  est  arrive  a  leur  offrir  une  serie  de  combinaisons  s’adressant  a  leur  pro¬ 
venance  ainsi  qu’aux  jours  et  aux  moyens  dont  ils  voudraient  disposer.  Les 
prix  de  chaque  groupe  ont  ete  reduits  a  la  limite  du  possible  de  fagon  a  faci- 
liter  le  voyage  a  un  plus  grand  nombre  de  congressistes  de  tous  les  pays.  Les 
grandes  reductions  que  notre  pays  a  consenti  a  leur  accorder  et  aussi  les  im- 
portantes  reductions  que  la  plupart  des  pays  etrangers,  surtout  europeens,  ont 
bien  voulu  accorder  aux  participants  du  3'  Congres  International  de  Pathologie 
Comparee,  nous  ont  permis  de  constituer  5  groupes  organises  et  un  groupe  libre. 

MM.  les  Congressistes  sont  pries,  apres  avoir  fait  le  choix  du  groupe  auquel 
ils  desireraient  participer,  de  remplir  la  fiche  qu’ils  auraient  choisie  et  de  la 
faire  parvenir  directement  au  Secretariat  Touristique  du  Congres  (Hermes,  Tou- 
risme-Voyages,  4,  rue  du  Stade,  Athenes).  .  .  , 

Le  «  Programme  de  5  jours  »  (Fiche  A)  interesse  MM.  les  Congressistes  de  ■ 
toutes  provenances,  ceux  dont  la  limite  des  jours  disponibles  n’excede  pas  les 

^°LeS  «UProgramnie  de  8  jours  »  (Fiche  B)  s’adresse  egalement  a  MM.  les 
Congressistes  de  toute  provenance  qui  sauraient  disposer  de  3  jours  supple- 

""Le  ^  Programme  de  19  jours  »  (Fiche  C)  s’adresse  aux  Congressistes  de  l’Eu- 
rope  Centrale  et  Occidentale,  ainsi  qu’aux  Yougoslaves.  Les  dates  avancees  de 
ce  programme,  comprenant  la  Semaine  Salnte  avec  les  fetes  de  Paques,  sau- 
■  (A  suivre  page  d’annonces  XXIV). 


LE  COTE  AIJ 

SAINT-MARTIN-LE-VINOUX 

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lledecin  ties  Hdpilatix  tie  Grcnolile 


—  XXIV  — 


3‘  CONGRES  INTERNATIONAL 
DE  PATHOLOGIE  COMPAREE  (suite) 

raient  intdresser  ceux  parmi  MM.  les  Congressistes  qui  pourraient  disposer  de 
leurs  fetes,  mais  qui  ne  sauraient  prolonger  leur  sejour  apres  les  jours  du 
Congres. 

La  «  Croisiere  de  19  jours  »  (Fiche  D)  s’adresse  aux  Congressistes  de  l’Eu- 
rope  Occidentale  et  a  ceux  de  l'Am6rique  du  Nord  qui  voudraient  consacrer 
13  jours  k  la  Grece.  Ils  auront  Pa vantage  d’habiter  k  bord,  sauf  pendant  les 
jours  du  Congres  k  Athenes,  ou  pourtant  ils  ont  le  droit  d’opter  entre  le  sejour 
a  bord  et  le  transfert  aux  hotels  d’Athenes. 

Enfin,  sous  Fiche  E,  nous  offrons  a  MM.  les  Congressistes  d’Egypte,  de 
Palestine,  de  Syrie  et  des  pays  du  Levant,  en  general,  un  programme  de 
13  jours  (voyage  d'aller  et  retour  compris)  avec  le  meme  paquebot  qui,  faisant 
escale  a  Haiffa,  permet  k  MM.  les  Congressistes  de  visiter  Nazareth  et  la  Tibe- 
riade. 

Nous  prions  instamment  MM.  les  Congressistes  de  bien  vouloir  envoyer  k 
temps  leurs  bulletins  d’adhesion  et  leurs  fiches  de  groupe.  Notamment  ceux 
des  groupes  C  et  D  sont  pries  de  faire  parvenir  leurs  fiches  au  Secretariat  Tou- 
ristique  au  moins  2  mois  avant  le  Congres  (vers  la  mi-fevrier  au  plus  tard),  les 
Compagnies  de  navigation  demandant  a  etre  renseignees  k  temps  sur  le  nombre 
des  Congressistes. 

Nous  attirons  tout  particulierement  l’attention  de  MM.  les  Congressistes  qui 
disposeraient  de  19  jours  de  l’interet  qu’il  y  aurait  pour  eux  de  s’inscrire  dans 
1’nne  des  deux  dernieres  categories  (Groupes  C  et  D).  Avec  une  somme  modique. 
ils  sauraient  visiter  dans  des  conditions  exceptionnelles  les  principales  curio- 
sites  de  la  Grece. 

PROGRAMME  DU  CONGRES 
Programme  de  5  jours  (14-19  avril) 

( Groupe  A  ■ —  Fiche  A) 

Mardi  U  avril :  Arrivee  des  Congressistes,  transfert  a  l’hdtel  et  installation. 

Mercredi  15  avril  :  Premier  jour  du  Congres. 


(.4  suivre,  page  d’annonces  XXV.) 


PRODU  ITS  - 


BIOLOG  I  QUES  CARRION 

54,  Faubourg  Saint-Honor6,  PARIS-80  ANJOU  36-45  (2  lignes) 


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Ampoules  -  ASTHENIES  -  Comprimes 


L.  CUNY,  Docteur  en  Pharmacie 


—  XXV  — 


3  CONGRES  INTERNATIONAL 
DE  PATHOLOGIE  COMPAREE  (suite) 

9-10  heures.  —  Distribution  des  insignes  au  Secretariat  du  Congres. 

10  heures.  —  Seance_inaugurale  du  Gongres  sous  la  Haute  Presidence  de  M.  le 
President  du  Conseil  des  Ministres. 

Allocution  de  M.  le  Prof.  W.  Bensis,  Professeur  dc  Glinique  Medicale  a  la 
Faculte  de  Medecine  d’Athenes,  Membre  Gorrespondant  de  l’Academie  de  Mede- 
cine  de  Paris,  President  du  Congres. 

Allocution  de  M.  le  Ministre  de  l’Hygiene. 

Allocution  des  Representants  Officiels  des  Pays  Etrangers,  par  ordre  alphabe- 
tique  des  nations. 

13  heures?  —  Dejeuner. 

15-18  heures.  —  Excursion  a  Daphni-Eleusis. 

18-20  heures.  —  Seance  des  trois  Sections  s^parees. 

21  heures.  —  Banquet  officiel-offert  par  le  President  du  Comite  d’Organisa- 
tion  Hellenique  aux  Representants  Officiels  des  Gouvernements  et  des  Univer- 
sjtes  a  l’Hotel  de  la  Grande-Bretagne. 

.  Jeudi  16  avril  :  Deuxieme  jour  du  Congres. 

8- 9  h.  30.  —  Visite  de  l’Acropole  et  de  son  Musee. 

10  heures.  —  Seance  des  Sections  jusqu’a  12  heures. 

12  h.  30.  —  Dejeuner  offert  par  le  Ministre  de  l’Hygiene. 

14  h.  30.  —  Depart  pour  le  Parnes. 

18-20  heures.  —  Seance  des  Sections. 

Venclredi  17  avril  :  Troisieme  jour  du  Congres. 

9- 1 1  h.  30.  —  Seance  des  Sections. 

12  heures.  —  Depart  pour  le  lap  artificiel  de  Marathon. 

Aperitif  au  pavilion  du  Tourisme.. 

13  h.  30.  —  Dejeuner  a  Iiiphissia  a  l’Hotel  Geeil,  offert  par  le  Maire  d’Athenes. 
Rentree  a  Athenes. 

16  heures.  —  Visite  du  Musee  National. 

Diner. 

(A  suivre  page  d’annonces  XXVI). 


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CHATEAU  DE  PREAIEEE 


Tel.  52  ORTHEZ  (Basses-Pyrenees) 


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de  Traitements 

de  Repos - 

de  Regimes  — 

Atfections  nerveuses 
intoxications 
Convalescences 


Installation  luxueuse  et  plaisante  sur  les  bords  du  Gave  au  milieu 
-  d’un  pare  de  douze  hectares  proximit6  de  Pau  et  Biarritz  - 
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3'  CONGRES  INTERNATIONAL 
DE  PATHOLOGIE  COMPAREE  (suite) 

Samedi  18  avril  :  Quatrieme  jour  du  Congfes. 

7  heures.  — •  Depart  cn  auto  pour  Mycenes  et  Nauplie. 

13  heures.  —  Dejeuner  a  Nauplie  et  depart  en  auto  pour  Kpidaure. 

Seance  de  cloture  a  l’amphitheatre  d’Epidaure.  Discours. 

Seance  des  Comites  Nationaux. 

Concert  Symphoniquc  de  rOrehestre  de  l’Odeon  d’Athenes. 

18  heures.  — •  Depart  d’Epidaure  et  arrivee  a  Athenes  un  peu  avant  minuit. 

Nuit  a  I’hotel. 

Dimanche  19  avril  :  Depart. 

Ce  programme  ne  peut  interesser  que  les  personnes  qui  comptent  arriver  a 
Athenes  par  le  Simplon-Orient-Express,  parce  que  le  mardi  14  avril  il  n’y  a  pas 
d’arrivee  de  bateaux. 

Prix  :  francs  frangais  7 50,  francs  suisses  150,  C  10.2.6,  comprenant  le  trans- 
fert  par  personne  Piree-Athenes  ou  garc-hotel  le  jour  de  l’arrivee,  toutes  les 
excursions  prevues  par  le  Oongres  du  15  au  17  avril,  l’excursion  en  auto  d’Athe¬ 
nes  a  Epidaure  et  retour,  accoinpagnement  par  guide  diplome,  et  l’hotel  a  par- 
tir  du  14  au  soil-  jusqu’au  19  avril,  repas  de  midi  compris. 

Le  prix  mentionne  prevoit  l’hotel  de  la  Grande-Bretagne.  Pour  le  sejour  dans 
d’autres  hotels  le  prix  serait  reduit  de  ia  difference  du  cout  de  I’hotei. 

MM.  les  Congressistes  qui  desireraient  participer  a  ee  programme  (Program¬ 
me  A)  sont  pries  de  remplir  la  Eiche  A. 

REDUCTIONS 

ACCOISDEES  PAli  LES  COMPAGNIES  DE  ChEMINS  DE  FEU  ET  DE  NAVIGATION 

Chemins  de  fer  de  l’Etat  Hellenique  :  50  %. 

Chemins  de  fer  Bulgares  :  35  %  du  10  au  30  avril. 

Chemins  de  fer  Italiens  :  30  %  du  5  au  28  avril. 

Chemins  de  fer  Frangais  :  40  %  du  8  au  27  avril. 

(A  suivre  page  d'annonces  XXVIII ). 


ALEPSAL 


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simplest!!:  sam  danger 

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Labdratoires  G£n£vrier  2  Rue  du  D^barcadfere  Paris. 


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Fond6  en  1881  par  le  Docteur  Ant.  COURJON 


Direction  medicate 

Dr  Remi  COURJON,  Medecin  des  Asiles,  Ancien  Chef  de  Clinique  Neuro- 
Psychiatrique  a  la  Faculte  de  Lyon,  Expert  pres  la  Cour  d’Appel  de  Lyon. 
D1’  Jean  THInVENON,  Ex-interne-  des  Hopitaux  de  Lyon,  Ancien  Chef  de 
Clinique  Neuro-Psychiatrique  a  la  Faculte  de  Lyon. 

Un  medecin-adjoint 


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tel.  n°  5,  ou  d  Lyon,  Cabinet  du  D'  Remi  Courjon,  h,  rue 
President  Carnot,  les  mardi  et  jeudi  de  15  a  17  h.  Tel. 
Franklin  07-28. 


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instables,  hyperemotifs,  an- 
goisses,  gtognons,  obstines, 
paresseux,  negligents, 
portes  a  dire  des  grossie- 
retes,  querelleurs,  mauvais 
instincts,  insomniques, 
tiqueurs.  Rediessement 
moral.  Retardes  scolaires  et 
thyro'idiens.  Delicats,  ane- 
m'es,  fatigues,  convales¬ 
cents,  malingres,  enteriti- 
ques,  ganglionnaires,  etc. 


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—  XXVIII  — 


3"  CONGRES  INTERNATIONAL 
DE  PATHOLOGIE  COMPAREE 


Chemins  de  fer  Portugais  :  50  % 

fcT  yongoslares  :  50  '%  au  retour,  du  15  au  30  avril. 

Les  Chemins  de  ler  Allemands  accordent  : 

groupes  de  12-100°pers^)infes.  ^  o0  aux  Congre.ssistes  qui  voyageront  par 
voyageront11  i nth vfdu element? C  la  dislanCe  kiW‘ 

AI]emagnermafsl°qnui^ deW“nt  ***  « 

(scion  acccordefit  une  reduction  de  25  %-33  1/2  % 

dcfshons  80  km'  ?U  V«H<U« 

Les  Chemins  de  ler  Danois  accordent  des  reductions  aux  Conffressistes  mil 

loyageront  par  groupes  d’au  moins  20  personnes.  Congressistes  qui 

services  Mantimes  Helleniques  :  50  % 

Messageries  Mari  times  :  30  %, 

Anglo  Egyptian  Mail  Line  :  30  %. 
lougoslaviskv  Lloyd  :  25  % 

Jadranska  Plovidba  :  facilitis  de  declassement. 

voySJ1’ in^"°duelleSe^  to  St  sur^ll  ST^" 

'ttTlt^  2V5°y|gean‘  rr  ?Tfm*eS  de  34  PersonnSesbllletS  "  aller-retour  , 

de  la  Mediterraniie.  "  SUr  6  PnX  dES  blllets  d’aller-retour  pour  les  passages 
.CongresMMeCti°nS  Ci'deSSUS  Serortt  accc?1’ddes  presentation  de  la  Carte  de 

ZrsCSe^S  etor^Ta^uer  nfifs  '££ 


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SOMMAIRE  DU  N°  2  (tome  I),  FEVRIER  1936 


MCMOIR.ES  ORIGINAUX 

H.  Steck.  -  Anatomo-patbologie  et  physio-pathologie  de  l’epilepsie. . . 

A.  Brunerie  et  R.  Goche.  —  Sur  trois  cas  d’hallucinations  visuelles  chez 

des  cataractes . . 

V:-L.  Huot.  —  Note  au  snjet  des  peintures  et  dessins  d’un  schizophr6ne 

malgache . . 

H.  Bersot.  —  Vitamine  C.  Precarence  et  neuropsycliiatrie . . 


SOCltTfc  MtDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Seance  du  jeudi  IS  fevrier  1936 

Paul  Courbon  et  Ch.  Feuillet.  —  Une  ma- 

{-  ratre  parkinsonienne  .  199 

Th.  Simon,  L.  Anglade  et  Mile  P.  Petit.  — 


Note  sur  un  appareil  pour  la  mesure  de 
l’amplitude  des  reflexes  rotuliens...  203 
L.  Marchand,  J.  Fortineau  et  Mile  P.  Petit. 
—  Hallucinations  visuelles  projetdes  et  des- 
sinees,  symptSmes  pr^-  et  post-paroxysti- 

(, Suite  du  sommaire  page  II). 


n  ilSII\  in:  SMTB 

D’lVRY-SUR-SEINE 

23,  Rue  de  la  Mairie  a  IVRY 

Telephone  :  Gob.  01.67 


MALADIES  MENTALES  &  NERVEUSES 


NOMBREUX  PAVILLONS 

DANS  UN  PARC  DE  12  HECTARES 

Mddecin- Direct  ear  :  Docteur  A.  DELMAS 

Ancien  chef  de  clinique  a  la  Faculte  de  Medecine  de  Paris 

Mddecin-adjoint  :  Docteur  P.  DELMAS 


Annales  Medico-Psychologiques. 


A. 


—  fl  — 


1 


ques  dpilepti'qucs  .  205 

P.  Gutraud,  Mine  Bonnafous-Serieux  et  Ch. 
Ngdet.  —  Symptomes  ct  lesions  flu  sys- 
teme  nerveux  vegetatif  dans  l’alcoolisme 

chroniquc  .  211 

Laignel-Eavasti.ne,  G.  d’Heucquevii.le  et 
J.  Sambiion.  —  Tentatives  dc  suicide  repe- 
tees  chez  un  instable  deprime,  sans  tra¬ 
vail  .  218 

Siance  du  lundi  24  fevrier  1930 


Adoption  du  proces-verbal  .  228 

Correspondance  .  223 

Date  de  la  seance  du  mois  d’avril  ....  223 

Declaration  de  vacance  d’une  place  de  mem- 

bre  titulaire  .  224 

Election  d’un  mcmbre  correspondant  natio¬ 
nal  .  224 

Election,  d’un  rnembre  associe  etranger.  224 
Rapport  de  la  Commission  sur  les  Assis- 
tantes  sociales  .  224 


Aubin.  —  Syndrome  catatonique  consecutif 
a  une  intolerance  au  novarsenobenzol  225- 


/bin.  —  Delire  d’analogie  chez  un  Hin- 1 

dou  .  2281 

Lhermitte  et  Ajuriaguerra.  —  Etude  cli'J| 
nique  et  pathogenique  des  hallucinations^! 

chez  les  ophtalmopathes  .  232a 

G.  Petit  ct  J.  Delmoxd.  —  Syndrome  d’Aclie  § 
transitoire,  anernie  et  parkinsonisme  f rustea 
au  cours  d’une  confusion  mentale  subai-ij 
gue  avec  lymphocytose  rachidieilne .  236 ja 

Laignel-Lavastine,  J.  Vinchon,  G.  i)’HEUci;9 
queville  et  J.-J.  Sambron.  —  Precedes  de  fl 
defense  sensorielle  chez.  un  persecute.  242  i 
.1.  Dublineau.  —  Contribution  a  l’etude  pa-  4 
thogenique  des  .formes  frustes  de  neuro-  i 
syphilis.  —  Paludisme  et  syphilis..  245  | 
,1.  Dublineau.  —  Superinfection  syphilitiquc 
et  formes  frustes  de  -neuro-syphilis.  Dis-l 

cussion  d’un  cas  .  249  | 

Y.  Porc’her.  —  Conductibilite  electrique  du 
corps  humain  et  dysendocrinie.  Un  nou-';l 
veau  test  biometrique  :  la  mesure  de  l’an-  $ 
gle  de  phase  (note  preliminaire)  ...  254  i 

Daumezon.  —  Hallucinations  visuelles,  cons-  -l 

cientes  et  transitoires  .  257ijl 

( Suite  du  sommaire  page  IV).  :j 


—  Ill  — 


CHATEAU  DE  SURESNES 


Telephone  :  SURESNES  2.88 

liaison 
de  Santfi 
de  Repos 
de  Regimes 

Fonder  par 

M.leDrMAGNAN 

Membre  de 
1’AcaiiAmie  ae  Medecine 


Le  Chateau 

La  Maison  de  Sante  du  Chateau  .de  Suresnes  est  situee  a  la  Porte  de  Paris  (sortie 
du  Bois  de  Boulogne),  dans  un  grand  pare. 

Remise  a.  nenf  et  embellie  depuis  la  guerre,  la  maison  regoit,  dans  des  parties 
distinctes  (chateau  et  pavilions  disperses  dans  la  verdure  du  pare),  des  convales¬ 
cents,  neurastheniques,  nerveux,  intoxiques  ou  psychopathes. 

Chateau  et  pavilions  reunissent  toutes  les  conditions  les  meilleures  d'hygiene 
et  de  bien-etre  (cliauffage  central,  eau  chaude,  electricite,  eau  de  source),  etc. 

Les  personnes  qui  y  sejoni  nent  peuvent  y  disposer  a  leur  gre  d'une  cliambre 
meuhlee  avec  luxe,  d’un  cabinet  de  toilette,  d'un  salon,  d’une  salle  de  bains, 
etc. 

Les  jSedecins  de  la  Maison  de  Sante  et  leurs  families  prennent  leurs  repas  avec 
les  pensionnaires  qui  desirent  frequenter  la  salle  a  manger. 

La  Maison  est  largement  ouverte  a  Messieurs  les  Medecins,  qui  peuvent  ainsi 
continuer  a  suivre  leurs  malades. 


HYDROTHERAPIE  -  ELECTROTHERAPIE 


Medecins  Dibecteurs  : 

Dr  FILLASSIER  O.  *  Dr  DURAND-SALADIN 


NOTICE  SUR  DEBIANDE 


Communications  Tramway  du  Val  d’Or  a  la  Porte  Maillot 


SOClfcTES 


Societe  de  Neurologic  de  Paris 

Seance  du  6  fivrler  1936 
J.  Tinf.i.  ct  M.  Jacquet.  —  Hemiplegic  passagere 
par  embolic  gazeuse  au  corns  tie  la'  re-insut- 

lV.-A.  Schwob  et  M.  Monnier.  —  Un  cas  de  ne- 
vrose  du  systeme  veg^tatil'  aycc  arret  du  cceur 
et  automatisme  ventriculaire  pendant  la  com- 

'•i.’pression  oculaire  .  264. 

E.  Gelma  et  P.  Chavigny.  —  Merasthenie  pa- 
roxystique  de  nature  psychonevrosique.  .  201 

myelitc  subaigue  consecutive  &  la  vaccination 

J.  Ebermittf.  et  Bollack.  —  Un  cas  de  syndrome 

de  Laurence-Moon  .  263 

3.  Dereux  et  A.  Provost.  —  Sclerose  on  plaques 

jp  familiale  . 203 

G.  Guii-lain  et  M.  Acbry.  —  Nevralgie  du  glosso- 

■  pharyngien  guerie  par  i’alcoolisafion .  203 

Coste,  Bollock,  Fauvf.t  ct  Mine  S.  Deltuil.  — 
Syringobulbie  avec  atrophie  optique  unilate- 

rale  ;  Cpreuves  manometriques  .  205 

Laruelle.  —  I-e  syndrome  du.  trou  occipital  203 
Mme  M.  Roudinesco.  —  Un  cas  de  doiichostcno- 
meiie  ou  maladie  de  Marfan .  200 


'tumours'  do  la  glande  pineale  sans  signes  l’ocaux 
des  localisations  . . .  200 

Societe  de  Medecine  legale  de  France 

Stance  du  13  Janvier  1936 
P.  Masquin.  —  Syndrome  tardif  d’hypertension 
intrarachidienne  post-traumatique  par  exostose 
des  os  de  la  voiite  . . .  200 

Societe  fran^aise  de  Psychologie 

Seance  du  jeudi  27  fiurier  1936 
Leiris.  —  Les  representations  religieuses  relit  tij 
ves  au  «  Zar  »  en  Ethiopie  du  Nord....  207 

Societe  de  Medecine  Mentale 
de  Belgique 

Seance  du  25  Janvier  1936 
G.  Vermeylex.  —  La  psychiatrie  dans  ses  rap¬ 
ports  avec  la  psychopatbologie  de  l’enfant  208 


(Suite  du  sommaire  page  VI). 


fl\AI50fl  PE  5WE  PE  BELLEVUE  (S.-ef-O.) 

8,  Avenue  du  11  Novembre  Observatoire  10-62 

Medecin-directeur  :  Dr  BUSSARD 
Medecin  assistant  :  Dr  Paul  CARRETTE 

Psycho- 
nevroses 

Intoxica¬ 
tions 
■=J» 

Convales¬ 
cences 

Cet  etablissement,  situe  sur  le  coteau  de  Bellevue,  a  proximite  du  bois  de 
Meudon,  est  compose  de  plusieurs  pavilions  dans  un  pare.  II  offre  tout  le 
confort  moderne,  eclairage  electrique,  eau  courante  chaude  et  froide  dans  les 
chambres,  chauffage  central. 


V  — 


VILLA  DES  PAGES 

LE  VESINET  (S.-et-O.) 

40,  Avenue  Horace  Vernet 

TRAITEMENT  DES  AFFECTIONS  NERVEUSES 
ET  DES  MALADIES  DE  LA  NUTRITION 

REPOS,.  CONVALESCENCES,  REGIMES 

Cures  de  disintoxication 


Psychotherapie,  Reeducation,  Physiotherapie 


12  chalets  pourvus  du  confort  moderne 
dissemines  dans  un  pare  de  5  hectares. 
Chambres  ou  appartements  a  plusieurs  pieces 


La  clinique  est  entierement  ouverte  aux  Medecins 
qui  peuvent  ainsi  conserver  la  direction  de  leurs  maladea 

Medecins  directors  :  Docteurs  LEULIER,  MIGNON,  CASALIS 
Medecin  assistant  :  Docteur  LECLERCQ 

Telephone  :  LE  VESINET  12 


Desmedt.-  •  Forme  delirantc  de  confusion  men- 
talc  due  a  une  pyohomic  a  colibaciltes.  .  .  .  2(i!) 

L.  Vervaeck.  La  proplij iaxje  criniinelle  et  los 
psy  ehiatres  .  2U0 

Groupement  Beige 

d’Etudes  Oto-Neuro-Ophtalmologiques 
et  Neuro-Chirurgicales 

Siance  du  25  jan'vier  IS 36 
,L  Coppez  et  P.  Martin.  —  Aspect  de  throiubo- 


phlcbite  du  sinus  caverneux,  complication  d'unc;i 

septicemie  .  27(1?S 

A.  Gerebtzoff.  ltechcrchos  anatomo-experi-fl 
mentales  sur  la  region  du  lemniscus  lateral  et 

ses  commissures  . 27tkj 

H,  Coppez.  —  Hypotone  atonique  traumatiquejl 

de  l’artere  centrale  d.e  la  retine  .  27(j|l 

P.  van  Gehuciiten.  —  Le  mecanisme  de  la  morfjl 
dans  certains  cas  do  tumeurs  cerebrales..  27r'3 
P.  Martin.  —  La  ventrieulographie  dans  les  abces  3 
cerebraux  .  271 J 


ANALYSES 


JOURNAUX  ET  REVUES 
Psychiatrie. 

M.  Levin.  _  Hypertonie  paroxystiquc  emotion- 


P.  Meignant.  —  La  catatonic  .  21'i 

P.-E.  Snessaree.  —  I>e  la  toxicite  dans  la  schizo- 

7  phr6nie  .  ;27J$ 

M.-M.  Cabeza.  —  Tuberculose  ct  d^mence  pre- 


W.  Lopez-Albo.  —  Deinence  infantile.  A  propos 


de  deux  observations  cliniqucs  .  273 

G.  Robin.  —  Les  demcnces  chcz  l ’enfant. . .  274 


K.-C.-L.  Paddi.e.  —  La  syphilis  congenitale  chezjl 

les  deficients  mentaux  adultes .  274  ‘ 

P.  Schilder.  —  Etudes  cliniques  sur  les  diffe^l 

rents  types  de  psychoses  depressives .  274  * 

P.  Armenise.  —  Des  .rapports  entre  la  pychose^ 

depressive  et  la  psyehasthenie .  275  ’ 

Iv.  Leonhard.  —  Psychoses  endogenes  atjrpiques 
a  la  liimiere  des  recherches  familiales. . .  .  275 

T.  Senisb.  —  Les  psychoses  atfectives  prodromi-7 
ques  de  l’encephalite  epidemique  et  des  syn¬ 
dromes  parkinsoniens  .  275  ; 

Mme  E.-L.  Kaganoxvskaia.  —  Des  hallucinations 
visuellcs  et  de  certaines  particularity  des  trou-J^ 
-  bles  de  la  perception  au  cours  de  l’encephalite 

(Suite  du  sommaire  page  VIII).  ;; 


CHATEAU  DES  COUDRAIES 

Ancienne  Institution  d’Eaubonne  (fundee  en  1847) 


Magnifique  Parc  de  5  hectares,  adosse  a  la  foret  de  Senart.  Tres  belle 
vue  sur  la  vallee  de  la  Seine.  Tres  grand  -con fort.  Eau  courante,  chaude 
et  froide,  dans  toutes  les  chambres..  electricite.  chauffage  central,  instal¬ 
lation  hydrotherapique  complete.  Rayons  U.  V.  Jardinage.  Horticulture. 

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Education  et  Traitement 
des  deficients  intellectuels 

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de  i  a  5  heures 
sauf  jeudis  et  dimanches 
2 5  km.  de  PARIS 
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pi.  Denfert-Rochereau 
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—  VII  — 


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ou  cachets  par  jour 

Ententes  aigiies  et  chroniques. 

Entero  colites.  Dysenterie. 

Toutes  les  Diarrhees. 

La  constipation  spasmodique. 

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Ergosterol  irradie 

Une  cuilleree  a  cafe 

Carences  et  Pre-carences. 

Rachitisme. 

Demineralisation. 

Troubles  de  la  Croissance 

Gi;A'i;§EiiiiE 

Polonovski  et  Nitzbero 

Deux  a  troix  granules  ou  dragees  ou  so  a  3o 
gouttes  a  chacun  des  trois  repas  ou  une  ampoule 
injectable  chaque  jour  pendant  lo  jours. 

Hypo-acidite  gastrique. 

Syndrome  solaire. 

Dyspepsie  atonique. 

Palpitations  et  Tachycardie 
des  coeurs  nerveux. 

GMATROPIM 

Polonovski  et  Nitzbero 
s  granu'es^ou^ao^outtes,  ^a^^fois  par  jour, 

1  ampoule  injectable  par  jour. 

Hyperchlorydrie. 

Spasmes  digestifs  —  Vomissements. 
Coliques  —  Diarrhees. 

ftEiO§COPOLAMIllE 

|  Polonovski  et  Nitzbero 

4  a  8  granules,  ou  40  a  80  gouttes  par  jour, 

Maladie  de  Parkinson. 

Syndromes  post-encephalitiques. 
Anesthesie  chirurgicale  ou  obstetricale. 

GE1HYOSCYAMISE 

Polonovski  et  Nitzbero 

3  granules,  ou  so  gouttes,  s  Par  >°ur 

1  ampoule  par  jour. 

Spasmes  digestifs. 

Trerpblements. 

Syndromes  parkinsoniens. 

Sueurs  des  tuberculeux. 

~GEI«STRYCniIIE 

Polonovski  et  Nitzbero 

Ampoule,  —  Goutte  -  Granule, 

CVEIYOSTHEMIQUES 

Cacodylate  de  Genostrychnine  et  de  Ge'neterine. 
s  granules,  ou  so  gouttes ^a  chacun  des  trois  repas. 

Asthenie. 

Neurasthenie  —  Surmenage. 

Anemie  —  Convalescence. 

Paralysies  atoniques. 

GEIOMOBPHME 

En  comprimes  doses  a  s  Cfgrs  (  s  a^3  fois 
parjourjdoseesa  4PCtgrs.  ' 

La  Douleur. 

L’Anxiete  —  1’Agitation. 

Les  Dyspnees  spasmodiques. 

La  Demorphinisation. 

ECHANTILLONS  MEDICAUX  SUR  DEMANDE 

—  VIII  — 


cpidemjquc  .  276 

R.  Helsper.  —  Psychoses  dc  l’encephalitc  epide- 

M.-M.  Cabesza.  —  Psychose  typhique .  276 

M.  Yahn.  —  Infection  des  voies  biliaires  et  trou- 

r  bles  mentaux  .  277 

W.  Muncie.  —  Etats  d’excitation  post-operatoi- 

L.  Marchand  et  A.  Courtoik.  —  La  psychose 

aigue  de  Korsakoif  des  alcooliques .  277 

VV.  Bromberg.  —  L'n  nouveau  procede  d’intoxi- 
BtS  cation  par  le  chanvre  indien  :  la  marihuana. 

Etude  Clinique  .  278 

S.  Ramirez-Moreno.  —  Troubles  mentaux  pro- 

duits  par  l’intoxication  aigue  par  la  ma¬ 
rihuana  .  278 

N'.-M.  Krol  et  L.-M.  Bonnegarde.  —  Les  etats 
f  cr6pusculaires,  leur  genese  et  leur  structure  279 

E. -M.  Bridge.  —  Etat  mental  des  Cpileptiques  279 
J.  Fettehman  et  M.-R.  Barnes.  —  Etudes  en  sefie 

de  Fintelligence  chez  les  epileptiques .  279 

D.  Rothschild.  —  Maladie  d’Alzheiiner. .  .  .  279 

F.  Colapietra.  —  Les  conditions  etiologiques  et 

pathogeuiques  des  psychoses  seniles .  280 

A.  Boteliio.  —  Paralysie'  generate  senile...  280 
I.  Seuise.  —  La  diffusion  de  la  paralysie  gene- 
rale  au  Bresil  et  dans  d’autres  parties  du 

;  monde  . 280 

A.  Obregia,  A,  Dimolesco  et  A.  Vasilesco.  —  La 


forme  clinique  dans  la  production  des  remis'3 
sions  chez  ies  paralytiques  generaux.  Etude. 

clinique  . .  28U.. 

P.-G.  Schube.  —  Etats  afl’ectifs  des  paralytiques ; 


D.  Curran.  —  Etude  clinique  du  delirium..  281 J 
8.  Stone.  —  Le  delire  de  Miller.  Etude  comparcej 

de  la  psychologic  des  foules  .  281  i 

G.  Carnevaei.  —  L’n  uto-ep  Ration  dans  les  mala- j 
dies  mentales  .  282/3 

Psychologie. 

Ch.  Baudouin.  —  Introduction  a  une  science  du,  | 


R.  Ruyer. 

tete  ?  . . 
M.  Svends 

E.  DuPRiiE 
tion  .  .  . 


is  sont-eiles  dans  notra 
nons  imaginaires  des  / 


e  et  1.  Mbs 


284  -aj 

Recherches  sur  4 
ies  singes.  —  j 
HI.  L’intermediaire  indcpendant  de  l’objet  284$) 
F.  FisHGOLn.  —  Une  presentation  nouvelie  des  ' 

proiils  psychoiogiques  de  Vermeylen  .  281  :*! 

E.  Pichon.  —  La  logiquc  vivante  de  i’esprit  ensei-  I 

gnee  par  le  iangage  . .  284'.; 

Pkzyluskt.  —  La  plasticite  des  mots  et.la  cohe¬ 
sion  du  discours  .  285 aS 


(Suite  du  sommaire  page  X). 


INSTITUT  MEDICO-PEDAGOGIQUE 

DE  VITRY-SUR-SEINE 

Adresse  :  22,  rue  Saint-Aubin,  Vitry-sur-Seine  (Seine).  Tele¬ 
phone  :  Italie  06-96.  Renseignements  a  l’Etablissement  ou 
164,  faubourg  SfHonore  ( V 1 1  Ie) ,  chez  le  Dr  Paul-Boncour. 
Telephone  :  Elysees  32-36. 

Affections  traitees  :  Maison  d’education  et  de  traitement  pour 
enfants  et  adolescents  des  deux  sexes  :  retardes,  nerveux, 
difficiles,  etc. 

Disposition  :  Pavilions  separes.  Parc 
de  5  hectares. 

Confort  :  Eau  courante  chaude  et 
froide.  Chauffage  central. 

Traitement  :  Hydrotherapique. 

Directeurs  :  Dr  Paul-Boncour, 

O.  &  et  G.  Albouy. 


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CLINIQUE  MEDICALE 

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LE  VtSINET  (S.-et-O.). 


TRAITEMENT 

des  affections  du  Systeme  nerveux,  des 
intoxications  et  des  maladies  de  la  nutrition 

Repos  —  Convalescences  —  Regimes 
Electrotherapie  —  — '  Hydrotherapie 

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bles,  cabinets  de  toilette  avec  S.  B.  et  W.  C.  prives. 
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-  MEDECIN-DIRECTEUR  - 

-  Dr  P.  ALLAMAGNY  - 

vec  la  -collaboration  du  D'  VIGNAUD, 
x-Directeur  de  la  Maison  de  Sante  de  Vanves 
et  d’un  medecin  assistant 


.  Psychogenese  et  pathoge- 


11.  Harpf.r-Hj 


Creindleb.  —  Des  reflexes 
.  Application  des  reflexes 
rtains  problemes  eliniques . . 
t.  —  Le  genie  et  le  bonheu 


Neurologie. 

P.  Baii.ey.  —  La  formation  du  n 


Exploration  des 

riculographie  . 

exander,  T.-S.  Jung  et  H.-S 
ryde  de  thorium  colloidal. 


E.  Moniz.  —  L’evolution 
giographie  cerebrale 
Th.  Ai.ajouanine  et  R.  '1 


S'obecoubt.  —  Syndromes  encephalo-n 
s  et  syndromes  abdominaux  douloureux 
xes  au  debut  de  la  pneumonie  chez  le 


-  Les  etats  spasn 


-  '  1 

diques  du  releveur  de  la  paupiere  superieure  1 

par  lesion  cerebrale  en  foyer  .  281)  J 

G.  Roussy  et  Mile  G.  Levy.  —  A  propos  de  la  I 

dystasie  areflexique  hereditaire.  (Contribution  I 
a  l’etude  de  la  genese  des  maladies  familiales  J 
et  de  leur  parents  entre  elles)  .  m  1 

.1.  Fehhaz-Ai.vim.  —  Les  calcifications  de  la  faux  1 
du  cerveau  . 2»*  | 

A.  Baudouin.  —  L’hemianopsie  binasale. . .  289  J 

L.  Rojas.  —  Status  dysraphicus.  Aspect  Clinique  | 

pseudo-encephalitique  .  289 

M.  Victoria.  —  Les  lesions  de  la  troisieme  fron-  j 

tale  gauche  sans  apliasie  .  290 

Mme  A. -A.  Mirotvorskaia.  —  Les  parasites  de  j 
l’encephale  .  25111 

H.  Cr.ft'nii  et  L;  Gorman.  —  L'n  nouveau  cas 

d’araehnoidite  Uystique  de  la  region  fronto-  4 
parietale  . ‘ . 

Robalinho  Cavai.canti.  —  Commentaire  autour  l 
d'un  cas  de  tuberculose  cerebrale .  291  •; 

L.  Ramond.  —  Diagnostic  etiologique  d’une  hemi- 

-  plegie  a  debut  progressif  .  25,1 

H.  Roger  et  J.-E.  Paielas.  -  Les  tumeurs  cert-  | 
brales  metastiques.  Etude  Clinique  .  -91 

Th.  de  Mautei..  —  Signes  et  diagnostic  des 
tumeurs  cerebrales  exeepte  les  tumeurs  de  l’hy- 
pophyse  .  25)1 

A.  Barrancos  et  R.  Hernandf.z-Ramirez.  —  Tabo- 
paralysie  aVcc  symptomatc»rogie  initial©  de 

( Suite  du  sommaire  page  XII).  jjj 


CLINIQUE  «  UA  METAIRIE  » 


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NERVEUSES.  TOUTES  DESlNTOXl- 
CATIONS.  CONVALESCENCES  ET  RE¬ 
GIMES.  CURES  DE  REPOS  ET  D’lSO- 
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’rofesseur  d’Universite  Dr  O.  Lcewenstein. 


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TOUTE 

L’ANNEE 

9 


Altitude  519  m.  (Geneve  16  km.)  —  AIN 

La  Grande  Station  Francaise  de  Repos 

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Indication  speciale  de  cure  pour  les 
troubles  fonctionnels  du  SYSTEME  NERVEUX 
ET  DES  MALADIES -DE  LA  NUTRITION 
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Etablissement  hydrotherapique 

dans  le  pare. 

Hydrotherapie.  Psychotherapie.  Cures  d'air,  de  repos, 
d'exercices  et  de  regimes.  Massotherapie.  Electrothe-  .  ■ 
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Les  Hotels  dans  le  Parc. 

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pression  des  bruits.  Hotel  Chicago.  Le  Grand  Hotel. 

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specialise,  seconde  d'un  personnel  competent.  Cuisine 
de  dietetique.  Laboratoire  d'analyses  et  de  recher- 
c.hes  biologiques. | - 

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Theatre.  Conce.rfs.'':Cinema.  Parc  pour  enfants  - ; —  S 

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Tous  les  sports. 

Golf  l8;trous.  Tennis.  Promenades.  Canotag'e  |5  km.  du 
lac).  Peche  a  la  truite  - - - — - ~-;V0 


Directeur  General  :  TARTAKOWSKY 


—  XII  — 


J.-C.  Montanaro  et  J.-L.  Hanon.  —  Crises  sali- 

vaires  tabetiques  .  292 

Ckstan,  Riser  et  Planques.  —  De  ia  neuro-mye- 

lite  optique  .  292 

F.  de  Oliveira  Rastos.  —  Meningite  aigue  lym- 

phocytaire  bdnigne  .  292 

H.-R.  Viets  et  J.-W.  Watts.  —  Meningite  aigue 

aseptique  .  293 

W.  Lopez  Ai.ro.  —  Un  eas  d’hcmorragic  menin- 

gec  ehez  un  hemophile  . .' .  293 

R.-L.  Goldberg.  —  Les  meningococcies .  293 


Anatomie. 

T.  Okhuma  et  K.  Tuvu.no.  —  A  propos  du  pro- 

blerne  des  centres  du  sommeil  .  294 

A.  Opai.ski.  —  Des  differences-  locales  dans  la 

l’homme  . 294 

K.  Watanabe.  —  Des  circonvolutions  caileuses 

ehez  les  Japonais  .  294 

G.  BE  Morsier  et  J.-J.  Mozer.  —  Agenesie  com¬ 
plete  de  la  commissure  calleuse  ,et  troubles  du 
developpement  de  l’hemisphere  gauche  avcc 
hemiparesie  droite  et  iniegrite  mentaie.  .  .  294 

E.  Hintzsche  et  P.  Gisler.  —  La  situation  des 
segments  medullaires  dans  lc  canal  verte¬ 
bral  .  295 


Fr.  Meyer.  —  Recherches  anatomo-  et  histopa.s 

thologiques  ehez  des  schizophrenes .  295  ' 

Fr.  Meyer.  —  Recherches  anatomo-  et  histopatho-; 
loglques  dans  la  psychose  inaniaque-depres-j 

sive  .  295  j 

F.-J.  Warmer.  —  Les  modifications  du  ccrveau  ij 
dans  Palcoolisme  chronique  et  la  psychose  de 

Korsakoff  .  296 

A.  Gomez-Marcano.  —  L’encephalite  guanidini- 

que  .  296 

Pehu,  J.  Dechaume  et  S.  Boncomond.  • —  Sur  1’ahajJ 
tomie  pathologique  de  l’acrodynie  infantile  29B  | 
P.  Bailey  et  A.  Ley.  —  Etude  anatomo-clinique a- 
d’un  cas  de  developpement  simultane  de  deux 
tumeurs  (gliome  et  sarcome)  dans  FhemisphSrsg 
cerebral  d’un  enfant .  297 


Biologie. 

K.  Koshimizu.  —  Recherches  experimentales  sur""! 
la  representation  en  relief  du  systeme  nerveux  j 
central,  dans’  1’iniage  radiologique,  apres  injec-  | 

tion  de  thorotrast  .  297  5 

C.  Vasquez-Yelasco.  —  L’exploration  du  systems  J 

nerveux  vegetatif  .  297 

E.-M.  Steblow.  —  Epilepsie  experimentale  du  i 
chien  dans  ses  conditions ,  d’experience  atypi-  | 

pation  prealabie  ou  piqure  de  ses  divers  lerri-  S 


JWAISOR  DE  SANTE 

161,  rue  de  Charonne  —  PARIS-XP 

T616phone  :  ROQUETTE  o5-o5 


Traitemenf  des  maladies  menfales  ef  nerveuses  des  deux  sexes 
Grand  pare  de  2  hectares  en  plein  Paris 
Pavilions  et  japdirts  sepapes 

Directeur  :  le  Dr  Cl.  VURPAS 

Medecin  de  La  Salpetriere 

Les  families  sont  revues  tous  les  jours  de  2  heures  a  5  heures 


y.  Seuise.  —  L’aclivile  electriquc  du  cerveau  298 
j[.  Gozzano.  —  Hecherchcs  sur  les  ph&oinfcnes 
electriques  de  Fticorce  cerebrale  .  298 

potassium  de  l’encephale  de  l’embryon  humaiii 

et  son  rapport  av'ec  1’age  du  foetus .  299 

j.-A.  Collazo  et  A.  Santos-Ruiz.  —  Coma  hyper- 

calcemique  experimental  .  299 

V.  Tronconi.  —  Infection  experimentale  du  sys- 
tirmc  nerveux  par  le  cryptococcus  hlstolytl- 
299 


|  BosAZZi.  —  L’intraderinoreaetion  a  l’alcooi 
pour  le  diagnostic  d’alcoolisme  . .  i .  299 

tion  psychique  a  l’adrenalinc  chez  des*  nniia- 
dcs  presentant  un  complexe  symptomatique 

• '  nevrosique  . . .  299 

J.-M.  Sacristan.  —  Le  metabolism*  hydrocar- 
bone  dans  la  psychose  mauiaque-depressive 

endogene  . ~ . .  300 

V.  Tomaszewski.  —  Le  probifeme  de  la  differen¬ 
cial  ion  psychique  par  rapport  aux  groupes  san- 


W.  Freeman,  J.-M.  Looney  et  lb-lb  Small.  ■ — 
L’index  phytotoxiquc.  Resultats  d’etudes  avec 
08  sujets  masculins  atteints  de  schizophre- 

[  nie  .'. .  300 

jL  CABifro.  —  Du  eomportemcnt  du  «  pheno- 
m fne  d’obstacle  »  de  Donaggio  dans  l’epilep- 


11.  Spaunoli.  —  Kxiste-t-il  un  virus'  liltrable  du 

M.  Fontana.  —  La  negativite  du  liquide  cfiphalo- 
rachidien  dans  la  paralysie  gcnerale  progres- 


nees  par  l’examen  du  liquide  cfiphalo-rachi- 

dien  chez  les  syphilitiques  .  301 

N.  Moulson.  —  Le  pouvoir  amylolytique  du  liqui¬ 
de  cerebro-spinal  .  302 

S.  Cagliero.  —  L’examen  du  liquide  ceplialo-ra- 

chidien  dans  l’dpilepsic  .  302 

L.  Jacchia  et  G.  Fattovitch.  —  Les  variations 
cholesterinemiques  et  les  desequilibres  du  me- 
tabolisme  lipoidique  chez  les  epileptiques  302 


Endocrinologie. 

Laignel-Lavastine.  —  Sympathique  et  interfero¬ 
metric  .  303 

A.  Salmon.  —  Le  role  du  faeteur  endocrino-sym- 
pathique  dans,  le  mecanisme  de  la  ilevre  303 
F.  Turyn.  —  Syndrome  de  Cushing,  basophilis- 

me,  formes  frustes  .  303 

M.-L.  Miller.  —  Psychoses  associees  avec  des 
alterations  probables  de  l’hypothalamus  et  des 
formations  voisines.  Elt'ets  de  la  solution  de 
(Sir iie  (in  sommaire,  page  XIV). 


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Maison  de  Sante  et  de  Convalescence  | 

SCEAUX  (Seine)  Tel.  12 
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E  Medecin-Directeur  :  HOVIIOIITI Ii.  Ancien  Interne  des  A siles  de  la  Seine  E 

E  MfiDECitjs  assistants  :  l>r  COBET,  Ancien  Chef  de  Clinique  de  la  Faculty  = 

l><-  BICIIARU,  Ancien  Interne  des  Hopitaux  S 

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12,  Boul.  du  Chateau  -  NEUILLY-SUR-SEINE 

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_  _ _ ,  __i  impotences  fonctionnelles, 

ous  la  surveillance  du  D'  Suzanne  SERIN, 
lucation  et  traitement  adapte  a  ehaque  cas. 
onm  l  specialise.  Atmosphere  familiale.  Grand 
n  ensoleille.  Etaldissement  ouvert  aux  medecins 
peuvent  continuer  a  suivre  leurs  malades.  Ni 
contagieux,  iii  pervers,  ni  epileptiques. 
Directrice  IVladame  P.  BAYARD 


VARIETES 


Clinique  Bellevue 

Le  Landeron,  pres  Neuchatel  (Suisse) 

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de  desintoxication, 
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et  d’isolement. 
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Directeur  :  Dr  H.  BERSOT 


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Medecin-Directeur  : 

Docteur  G.  COLLET,  Ancien  interne  des  Asiles  de  la  Seine 
TRAITEMEIMT  DES  MALADIES  IMERVEUSES 

ISOLEMENT  -  PSYCHOTHERAPIE  -  REGIMES  -  HYDROTHERAPIE 

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Autobus  n  122  au  Chateau  de  Vincennes  (Station  da  Metro). 


ETABLISSEMENT  HYDROTHERAPIQUE 

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Docteur  J.-B.  BUVAT  et  Docteur  G.  VILLEY-DESMESERETS 

Anciens  Internes  des  Asiles  de  la  Seine 
Mtidecins-Directeurs 


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130,  rue  de  la  Glaciere 

PARIS 


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Telephone  :  Juvisy  76 

PARC  :  Huit  Hectares 


Telephone  :  Gobel.  05-40 
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TRAITEMENT  DES  MALADIES 


NERVEUSES  ET  DES  T0XIC0MANIES 

— .  PK.IX  m;03d4;r.S;s  •— 


Annales  Medico-Psychologiques. 


B, 


—  XVIII 


INFORMATIONS 


CONGRES 

DES  MEDECINS  ALIENISTES  ET  NEUROLOGISTES 

de  France  et  des  Pays  de  langue  frangaise 

XL1'  Session.  —  Bale,  Zurich,  Berne,  Neuchalel  (20-25  Juillet  1936 ) 

Sous  le  Haut  Patronage  du  Conseil  Federal  Suisse 


BUREAU  DE  LA  XL"  SESSION 

Presidents  :  M.  le  D"  0.  Crouzon  (de  Paris)  et  M.  le  D'  A.  Repond  (de 
Malevoz). 

Vice-President  :  M.  le- Dr  M.  Olivier  (de  Blols). 

Secretaire  general  :  M.  le  Prof.  P.  Combemale  (de  Lille). 

Secretaire  annuel  :  M.  le  D"'  0.  Forel  (de  Prangins). 

Tresorier  :  M.  le  Dr  Vignaud  (de  Paris). 


PROGRAMME  DES  TRAVAUX  ET  EXCURSIONS 

Dimanche  19  juillet  a  Bale 

I.e  secretariat  du  Congnes  sera  ouvert  dimanche  19  juillet,  de  111  h.  a  12  h.  et  de 
17  h.  1/2  a  19  h.  au  Mi'mstersall  du  Bischofshof,  Rittergasse,  pres  de  la  Cathedrale. 
Les  Congressistes  pourront  y  faire  adresser  leur  courricr  pnrticulier.  Le  bureau  de 
l'Agence  Exprinter  y  sera  instaile  aussi,  de  11  h,  a  19  h. 

Les  Congressistes  sont  invites,  dimanehe  19  juillet,  a  prendre  part  a  une  excursion 
au  Gaetlieanum  (temple  des  anthroposophes)  a  Dornnch,  suivie  d’une  reception  au 
chateau  de  Reichenstein  par  Mmc  et  M.  le  It'  Brodheck,  President  du  Conseil  d’Admi- 
nistration  de  la  C.I.B.A. 

Depart  en  tram  a  14  lieures  de  PAeschenplatz. 

Prix  du  .trajet  :  fr.  suisses  1  environ.  —  Retour  vers  19  heures. 

21  heures.  —  Les  Congressistes  sont  cordialement  invites  a.  passer  la  soiree  au  res¬ 
taurant  du  Jardin  Zoologiqiie  (trams  de  la  gare  N»s  1  et  2,  trajet  de  5  minutes). 

LUNDI  20  JUILLET  a  BALE 

9  heures.  —  Seance  solennelle  d’ouuerture  sous  la  presidence  de  M.  le 
Conseiller  Federal  Etter,  Chef  du  departement  federal  de  l’lnterieur,  au 
Bischofshof  (Rittergasse),  pres  de  la  Cathedrale. 

11  heures.  —  Visite  de  la  Ville  en  auto-cars  (offerte  par  la  Direction  de  la 
Clinique  psychiatrique  Friedmatt).  Depart  :  Place  de  la  Cathedrale. 

(A  suivre,  page  d’annonces  XIX). 


—  XIX  — 


12  heures  .  —  Visite  de  la  Clinique  psijchiatrique  Universitaire  «  Fried- 
matt  »,  sous  la  direction  de  M.  le  Prof.  J.-E.  Staehelin. 

13  heures.  —  Lunch  effort  par  la  direction  de  la  Clinique  Friedmatt. 

15  heures.  —  Depart  en  auto-cars  do  la  Friedmatt  pour  la  gare. 

15  h.  30.  —  Depart  par  train  special  (perron  II)  pour  Liestal. 

15  h.  50.  —  Ar-rivce  a  Liestal.  Visite  de  VEtablissemenl  psijchiatrique  de 
Bdle-Canipagne,  sous  la-  direction  du  medecin  en  chef  D''  Stetz.  Buffet  [raid 
offert  par  l’etablissement. 

18  h.  30.  —  Depart  de  Liestal  pour  Zurich  par  le  meme  train  special.  Arri- 
vee  a  Zurich  a  19  h.  50.  (Prix  du  transport  Bale-Liestal-Zurich.  Fr.  suisses  3,90). 

iV.  B.  —  I-es  Congressistes  sont  pries  de  faire  transporter  a  Bale  leurs  hagages  par 
les  soins  de  leurs  hdtels  ou  de  l’Agence  Exprinter  sur  le  quai  II  oil  sera  range  le  train 
special.  Priere  de  mettre  sur  chaque  bagage  une  etiquette  indiquant  le  norn  du  Congres- 
siste  et  l’adresse  de  lihotel  oil  il  descend  a  Zurich.  Les  billets  devront  etre  pris  ii 
l’Agence  Exprinter  ou  au  secretariat  du  Congres  pour  tous  les  trains  sp^eiaux. 


MARDI  21  JUII.LKT  a  ZURICH 

9  heures.  —  Seance  a  l’Aula  de  l’Universite  (Ramistrasse,  tram  N°  6  depuis 
le  Paradeplatz  et  trams  N°“  5  et  8  depuis  la  place  Bellevue). 

Allocutions  de  M.  le  President  du  Conseil  d’Etat  du  Canton  de  Zurich  et  de 
M.  le  Prof.  Buroi,  Recteur  de  l’Universite  de  Zurich. 

(A  suivre  page  d’annonces  XX). 


Hcole  du  JDocteur  tlenriette  ttoffer 

ETABLISSEMENJ  PSYCHO  -  MEDICO  -  PEDAGOGIQUE 

POUR  ENFANTS  INAPTES  A  SUIVRE  LES  CLASSES  NORMALES 


Fondatrices  :  Dr  H.  HO.FFER  et  Madame  Anne-Marie  BUSSEAU 


«  MONTCLAIR  » 

I,  Grande  Rue,  BELLEVUE-MEUDON  (Seine-&-Oise)  -  Tdleph.  :  Observatoire  17-45 


—  XX  — 


1"  Rapport.  —  Psychiatrie  : 

«  I.’Heredite  des  affections  circulates  et  schizoplireniques  ».  Rapporteurs  : 
M.  le  IP  Boven,  Privat-Docent  a  l’Universite  de  Lausanne,  et  M.  le  Dr  A. 
Brousseau,  MedecinnChef  des  asiles  publics  de  France,  Medecin  de  l’Infirmerie 
speciale  de  la  Prefecture  de  Police,  a  Paris. 

Discussion  du  Rapport. 

14  h.  —  Seance  de  communications  a  l’auditoire  de  la  Clinique  psychiatri- 
que  du  Burghdlzli  (tram  N°  10,  trajet  de  15  a  20  minutes  du  centre  de  la  ville). 

17  h.  —  Visite  de  la  Clinique  psychiatrique  Universitaire  du  Burghozli,  sous  la 
direction  de  M.  le  Prof.  H.  W.  Maieh. 

20  h.  —  Banquet  offert  par  le  Comite  local  a  1’Hotel  Baur-au-Lac,  Zurich. 
(Tenue  de  soiree,  smoking). 


MERCREDI  22  JUILLET  a  ZURICH 


9  h.  —  Aula  de  l’Universite  (Ramistrasse,  tram  6  depuis  le  Paradeplatz  et 
trams  5  et  8  depuis  la  place  Bellevue). 


IP  Rapport  :  Neurologic  : 

«  Etude  semeiologique,  etiologique  et  pathologique  des  mouvemenls  cho- 
reiques  ».  Rapporteur  :  M.  le  Dr  Jean  Christophe,  ancien  chef  de  clinique  des 
maladies  nerveuses  a  la  Faculte  de  Medecine  de  Paris,  medecin-assistant  a  la 
Salpetriere. 

Discussion  du  rapport. 

(A  suivre,  page  d’annonces  XXI). 


MAISON  de  SANTE  de  PREFARGIER 

'  pres  Neuchatel,  Suisse  , 

Traitement 
des  maladies 
nerveuses 
et  mentales, 
de  l’alcoolisme, 
des  toxicomanies. 

9 

Installations 
modernes 

Situation  ravissante  au  bord  du  lac  de  Neuchatel 
Vaste  pare  de  30  hectares 

Deux  medecins  specialistes  residant  a  l’Etablissement 
Medecin-Directeur  :  Dr  A.  Roller  —  Medecin-Adjoint  :  Dr  Ch.  Barbezat 

-  PROSPECTUS  .. 


11  h.  30.  —  Visite  de  Vlnstitut  Monalcou),  Ramistrasse  67,  sous  la  direction 
de  M.  le  Professeur  Minkowski. 

14  h.  —  Seance  de  communications.  Aula  de  l’Universite  (Ramistrasse,  tram 
6  depuis  la  Paradeplatz  et  trams  5  et  8  depuis  la  place  Bellevue). 

17  h.  30.  —  Promenade  en  bateau  sur  le  lac  de  Zurich,  offerte  par  le  Sana¬ 
torium  du  Dr  Th.  Brunnet  a  Kiisnacht,  pres  Zurich.  Collation  sur  la  prcsqu’ile 
de  l’Au,  offerte  par  le  Comite  local.  (Rendez-vous  a  l’embarcadere,  a  l’extre- 
mite  de  la  Bahnhofstrasse).  Retour  vers  22  h. 

JEUDI  23  JUILLET  a  ZURICH 
IIP  Rapport  :  Therapeutique  psjjchiatrique 

8'  h.  30.  —  Aula  de  l’Universite  :  «  Therapeutiques  nouvelles  des  psychoses, 
dites  fonctionnelles  ».  Rapporteur  :  M.  le  Prof.  II.  W.  Maier,  Zurich. 

Discussion  du  rapport. 

11  h.  25.  —  Depart  par  train  special  (perron  IV)  pour  Kreuzlingen  (Lac  de 
Constance).  Arrivee  a  Kreuzlingen  5  13  h.  05.  -  ■ 

13  h,  15.  —  Collation  offerte  par  la  Clinique  Bellevue  a  Kreuzlingen. 

14  h.  45.  —  Visite  de  la  Clinique  Bellevue  sous  la  direction  du  D‘  L. 
BlNSWANGEll. 

16  li.  —  Emharqtiement  sur  bateau  special  qui  fera  le  tour  du  Petit-Lac  et 
(A  suivre  page  d’annonces  XXID. 


INSTITUT  MfiDICAL  PRIVfi 

POUR 

ENFANTS  RETARDES  ET  NERVEUX 

LE  HOHWALD  (Bas-Rhin) 

Station  climaterique  (600  metres) 


SONT  ADM  IS  :  1°  Les  deficients  mentaux  (instables,  asth6niques,  nerveux). 
2U  Les  arri6r6s  accidentels. 

3°  Les  retard6s  par  suite  dfe  c.h6tivit6  constitutionnelle. 

NOUS  N’ ACCEPTORS  QUE  DES  ENFANTS  REEDUCABLES 
ET  NON  CONTAQIEUX 

Surveillance  m^dicale  rigoureuse.  Education  m6dico-p6dagogique  adaptde 
aux  cas  particuliers.  Rythmique.  Jeux  et  sports  (sports  d’hiver  1.099  m.). 
Cure  d’air  et  de  soleil.  Climat  tonifiant. 

DIRECTION  : 

E.  HAAS  HAUTVAL  —  M"e  Dr  H.  HAAS  HAUTVAL 


—  xxn  — 

descendra  le  Rhiu  jusqu’a  Stein-am-fthein.  \'i si Le  dc  la  Ville.  (Excursion 
oiierte  par  la  clinique  Bellevue,  a  Kfeuzlingen). 

18  h.  40.  —  Depart  de  Stein-am-Rhein  par  le  meme  train  special  qui  aura 
conduit  les  Congressistes  a  Kreuzlingen.  Arrivee  a  Zurich  a  19  h.  47.  Depart 
pour  Berne  (perron  V)  a  20  h.  05.  Arrivee  a  Berne  a  22  h.  13.  Prix  du  trajet 
Zurich-Kreuzlingen  et  Streim-am-Rhein-Zurich  :  fr.  suisses  5,10’.  Prix  du 
fcrajet  Zurich-Berne  :  fr.  s.  :  4,90.  Trajet  complet  :  fr.  s,  10.  (Un  repas  pourra 
etre  servi  dans  les  wagons-restaurants  du  train  special  Stein-am-Rhein-Berne 
pour  le  prix  de  fr.  s.  :  3,50,  poiirboire  en  sus). 

Le  train  transportera  les  bagages  des  Congressistes.  Ceux-ci  pourront  les  y  laisser 
durant  la  vlsite  de  la  clinique  Bellevue  et  l’excurston  en  bateau.  Etant  donne  l’heure 
tardive  de  I’arrivee  a  Berne,  les  Congressistes  feront  bien  de  retenir  leur  cliambre  a 
I’avance. 

VENDREDI  24  JUILLET  a  BERNE 

10  h.  —  Aula  de  l’Universite  de  Berne,  Grosse  Schanze  (Grands  Rempartsj. 

Allocutions  :  M.  le  Conseiller  d’Etat  Mouttet. 

M.  le.  Prof,  de  Quervain,  Recteur  de  PUniversite. 

Assemblee  generate  des  membres  titulaires  du  Congres. 

L’Assemblee  generate  du  Congres  sera  precedee,  a  9  heures,  de  PAssemblee 
generale  de  1’Association  Amicale  des  Medecins  des  Etablissements  publics 
d’aliends  en  France. 

(A  suivre  page  d’annonces  XXIII). 


—  XXIII  — 


11  heures.  —  Visite  de  la  Ville  de  Berne  sous  la  conduite  de  Confreres  ber- 

12  h.  40.  —  Depart  en  auto-cars  pour  la  Clinique  psychiatrique  Universi- 
iaire  de  la  Waldau.  Depart  de  la  Bundesplatz,  Place  du  Palais  Federal  (Auto¬ 
cars  offerts  par  le  Comite  local. 

13  h.  —  Lunch  offert  par  la  Clinique  de  la  Waldau. 

14  heures  30.  —  Visile  de  la  Clinique  psychiatrique  de  la  Waldau  sous  la 
direction  de  M.  le  Professeur  Klaesi. 

16  heures  15.  —  Retour  a  Berne  en  auto-cars  (offert  par  le  Comite  local). 

16  heures  30.  —  Seance  de.  communications  a  l’Aula  de  l’Universite. 

21  heures.  —  Soiree  offerte  par  les  Presidents  et  les  Membres  du  Congres  a 
l’Hotel  Bellevue-Palace  a  Berne  (tenue  de  soiree  smoking).  Au  cours  de  la 
soiree,  representation  de  folklore  bernois  offerte  par  le  Comite  local. 

SAMEDI  25  JLTILLET  a  NEUCHATEL 


9  heures.  —  Depart  du  train  sjpecial  de  Berne  pour  Bienne.  (Pour  un  mini¬ 
mum  de  250  participants  le  prix  du  trajet  sera  de  :  francs  suisses  1,30,  sinon 
un  leger  supplement  sera  reclame). 

9  heures  40.  —  Embarquement  a  Bienne  sur  un  bateau  special  de  la  Compa- 
gnie  de  navigation  de  Neuchatel.  Le  voyage  en  bateau  par  le  lac  de  Bienne  et 
la  Thiele  est  offert  par  la  Clinique  Bellevue  du  Landeron. 

(A  suivre  page  d’annonces  XXIV). 


CHATEAU  DU  BEL-AIR 

VILLENEUVE-St-GEORGES,  IS  minutes  de  Paris 

65  trains  par  jour  dans  chaque  sens 
Voitures  a  la  gare  de  Villeneuve-St-Georges  :  Trajet ■  en  3  minutes 

Cures  de  Repos 
Convalescences 
Regimes 
Disintoxications 
Psychotherapie 
Heliotherapie 
Malariatherapie 

MEDECINS 
SPECIALISTES 

retidant 
au  Chateau 


»rs  H.  MEURIOT  &  REVAULT  D’ALLOMES 

Ancienne  Maison  de  Sante  fondee  par  le  Dr  Blanche  a  Passy 
Telephone  244  a  Villeneuve-St-George* 

PRIX  MODERES.  —  NOTICES  ILLUSTREES  SUR  DEMANDE 


—  XXIV  — 


11  heures.  —  Arrivee  a  Prefargier,  visite  de  VEtablissement. 

12  heures.  —  Lunch  offert  par  l’Etablissement  psychiatrique  de  Prefargier. 

14  heures.  —  Depart  en  bateau  pour  Neuchatel. 

14  heures  20.  —  Arrivee  au  port  de  Neuchatel. 

14  heures  30.  —  Depart  en  auto-cars  pour  la  Chaux-de-Fonds  par  la  Vue 
des  Alpes.  Le  Locle  et  la  Tourne,  apres  une  visite  de  la  Ville  de  Neuchatel, 

16  heures.  —  A  la  Grand-Joux,  reception  offerte  par  la  Ville  de  Neuchatel 
dans  son  grand  paturage  jurassien.  (Prix  de  l’auto-car  :  francs  suisses  2,50). 

En  cas  de  mauvais  temps  :  visite  des  chateaux  de  Colombier  et  Valangin  et 
du  Musee  de  Neuchatel  (automates  Jaquet-Droz). 

17  heures.  —  Arrivee  a  l’Asile  cantonal  de  Perreux.  Visite  de  1’etablisser 
ment.  Seance  de  communications. 

18  h.  30.  —  Collation  offerte  par  l’Etablissement  de  Perreux. 

Des  19  h.  30.  —  Depart  des  cars  pour  Neuchatel  oil  se  fera  la  dislocation 
du  Congres. 

Trains  pour  la  Suisse  orientale,  occidentale  ct  la  France. 

N.  B.  —  Les  Congressistes  yenant  de  Berne  et  qui  n’auraient  pas  l’intention  de  repas¬ 
ser  par  celte  ville,  pourront  laisser  leurs  bngages  dans  les  fourgons  du  train  special 
Berne-Bienne  d’ou  ils  scront  amenes  &  la  consigne  de  Neuchatel  par  les  ehemins  de  fer 
f&leraux.  Bien  etiqueter  ses  eolis. 

Les  Congressistes  qui  le  desiieraient  pourraient  Stre  loges  le  23  au  soir  a  Neuchatel. 
Iletenir  son  logement  bien  a.  l’avauce. 

(.1  suiure,  page  d’annonces  XXV.) 


NEVROSTHENINE  freyssinge 


—  XXV 


EXCURSIONS  APRES  LE  CONGRES 

I.  DIMANCHE  26  JUILLET 

Les  Congressistes  qui  passerofit  la  journee  de  dimanche  a  Neuchatel  sont 
invites  a  visiter  la  Clinique  Bellevue  au  Landeron  sous  la  direction  du  Dr  Ber- 
sot.  Un  car  sera  a  leur  disposition  devant  le  poste  de  Neuchatel  a  11  heures. 
Lunch  ofl'ert  par  la  Clinique  Bellevue. 


II.  DIMANCHE  26  JUILLET 


Depart  de  Neuchatel  a  8  h.  04.  Arrivee  a  Nyon  a  9  h.  37.  Transport  en  petits 
bateaux  ou  auto-cars  de  Nyon  a  la  propriety  du  Prince  Napoleon  a  Prangins.  • 
Visit e  du  Musee  et  de  la  campagne. 

Visile  de  VEtablissement  psycho therapique  «  Les  Rives  de  Prangins  »  sous 
la  direction  du  Dr  O.-L.  Forel,  Medecin  cn  chef  de  l’Etablissement. 

13  h.  —  Lunch  offert  par  «  Les  Rives  de  Prangins  ». 

i6  h.  —  Depart  de  Nyon  en  bateau  pour  Vevey. 

Diner  a  la  Clinique  «  Mon  Repos  »  au  Mont-Pelerin,  offert  par  le 
Dr  de  Montet,  Directeur  de  l’Etablissement.  (Les  participants  a  l’excursion 
pourront  passer  la  nuit  a  Montreux). 


(A  a 


;  page  d’annonces  XXVI). 


ill 

CHATEAU  DE  PREVIEEE 


Installation  luxueuse  et  plaisante  sur  les  bords  du  Gave  au  milieu 
-  d’un  pare  de  douze  hectares  &  proximity  de  Pau  et  Biarritz  - 
Rayon s  X  —  Electroth6rapie  —  Hydrotherapie  —  Psychoth6rapie 


—  XXVI  — 


LUNDI  27  JUILLET 

9  h.  30.  —  Depart  de  Montreux  en  auto-cars  pour  Monthey  (Valais). 

11  li.  —  Visite  de  la  Maison  de  Sante  de  Malevoz  (DT  A.  Repond). 

12  h.  30.  —  Reception  par  la  Direction  de  TEtablissement  folklore  :  «  La 
Chanson  Valaisienne  »,  chceurs  et  costumes  du  pays,  «  Raclette  » . 

15  h.  environ.  —  Depart  des  Congressistes  en  auto-cars  pour  Evian  oil  se 
terminera  l’excursion. 


COMITE  DES  DAMES 


Le  Comite  des  Dames  invite  specialement  les  dames  congressistes  aux 
excursions  suivantes  : 


Dimanche  19  juillet  it  Bale  (en  commun  av 
14  h.  —  Visite  du  Gcetheanum  de  Dornach  e 
21  h.  —  Soiree  au  Restaurant  du  Jardin  Zoologique. 

Lundi  20  juillet,  d  Bale  (en  commun  avec  les  Congressistes). 

11  h.  —  Visite  de  la  Ville  en  auto-cars. 

12  h.  —  Visite  de  la  Clinique  Friedmatt. 

Mardi  21  juillet,  a  Zurich.  —  10  h.  Visite  de  la  Ville. 

Mercredi  22  juillet,  a  Zurich'.  —  10  heures.  Excursion  organisee  par  le 
Comite  des  Dames.  Le  detail  en  sera  afiiche  au  Secretariat  du  Congres. 

17  h.  30.  —  Promenade  en  bateau  sur  le  lac  de  Zurich  (en  commun  avec  les 
Congressistes). 


(A  suivre  page  d’ai 


:  XXVII). 


NEUROBORE  PUR 

Solution  inalterable  de  tartrate  borico-potassique  pur 
•  1  gr.  par  cuiller^e  A  caf6 
SPECIFIQUE  DES  AFFECTIONS  NERVEUSES 
Pas  d’Acne  —  Pas  de  troubles  gastro-intestinaux  —  Pas  de  depression  cardiaque 

NEUROBORE  -G-  ASSOCIE 

Tartrate  borico-potassique  +  Ph6nylethyl-ma!onylur6e  +  Correctif 
en  cachets  solubles 

MEDICATION  D’ATTAQUE 
des  Affections  nerveuses  graves,  des  Insomnies  rebelles 

CANTEINE 

BO  UTEI LLE 

(Crataegus  -  Passiflore  -  Hamam6lis  -  Salix  alba) 
Erethisme  cardiaque  -  Neurasth6nie  -  M6lanco|ie  -  D6prim6s 
-  Troubles  circulatoires  et  troubles  nerveux  cons6cutifs  - 
Echantillon  gratuit  sur  demande 

Laboratoire  E.  BOUTEILLE,  23,  rue  des  Moines,  PARIS  (lV6) 


—  XXVII  — 


Vendredi  U  juillet,  a  Berne.  —  Visite  de  la  Ville  et  reception  selon  un  pro¬ 
gramme  qui  sera  affiche  au  Secretariat  du  Congres. 

Samedi  25  juillet.  —  Excursion  en  bateau  sur  le  lac  de  Bienne. 


Les  excursions  pendant  et  apres  le-  Congres  sent  organises  par  VAgence  Exprint 
Les  membres  du  Congres  qui  desireut  y  participer  sont  pries  de  s’mscrire  aupres 
l’Agence  Exprinter,  26,  Avenue  de  l’Opera,  Paris  (1“)  avant  le  30  juin  1936. 

Pour  les  receptions  s’inscrire  dans  les  memes  delais  aupres  du  Prof.  P.  Com 
male.  Route  d’Ypres,  Bailleul  (Nord). 


SECRETARIAT 


Le  Secretariat  du  Congres  sera  ouvert  : 

Le  dimanche  19  juillet  au  Miinstersall  du  Bischofshof  (Rittergasse  pres  de 
la  Cathedrale),  de  11  a  12  h.  et  de  17  h.  1/2  a  19  h. 

Le  lundi  20  juillet,  au  meme  endroit,  de  8  a  10  h. 

Le  mardi  21  juillet,  le  mercredi  22  juillet,  de  9  h.  a  12  heures. 

Le  jeudi  23  juillet,  de  8  h.  a  11  h.,  dans  une  salle  voisine  de  l’Aula  de 
l’Universite  de  Zurich  (Ramistrasse). 

Le  vendredi  24  juillet,  de  9  h.  a  11  heures,  dans  une  salle  voisine  de  l’Aula  de 
l’Universite  de  Bienne  (grosse  schanze,  grands  remparts). 


(A  suivre  page  d’annonces  XXVIII). 


V 


II 


Ins«jnnie 


fch  -  &  Literature 

Laboratoires  GBnEvrier 

2  Rue  du  DitbarcadCre  PARIS 


Troubles  nerveux 


7 


VOYAGE 


en  3“  classe,  dans 


Note  importante.  -  Pour  beneficier  des  differentes  reductions 
mins  de  fer  francais  et  beiges,  que  sur  les  chemms^  de  f®rjsul 
de  remplir  le  questionnaire  annexe  au  prograi 
a  l’Agence  des  Voyages  Duchemin-Exprlnter,  21 
voulu  se  charger  d’adresscr  aux  Congrcssistf 


rtgulieremcnt  an  Congres  pour  faire 


necessaire 
le  30  juin, 
de  l’Opera,  Paris,  qui  a  bien 
de  reductions. 


e  demande. 


La  liste  complete  des  H6tel 
Congres  sera  adresse  prochainem 


LOGEMENT 
(avec  prix)  para 


tra  dans  le  liyret-programme  du 


FORFAITS  PENDANT  LE  CONGRES 

du  20  au  25  juiUet 


complique. 


oyage  des  ( 


;ssistes,  voyage  qui,  cette  annec, 
preparation,  puisque  le  Congres 

differentes,  l’Agence  Duchemin-Exprlnter  a  prevu  deux  prix  forfaitaires  r  Pun, 
i"  1,  comprenant  toutes  les  depenses  du  20  au  2»  juillet  (trams  spOciaux,  bote  s,  . 
dee  des  bagages),  l’autre,  n*  2,  comprenant  seulement  les  hotels. 

(,1  suivre,  page  d'annorices  XXX). 


MEDICATION  ALCALINE  PRATIQUE 

COHIPRINlES  VICHY-ETAT 

3  a  4  comprim6s  par  verre  d’eau 
12  a  15  comprimes  par  litre. 


RECONSTITUANT 
DU  SYSTEME  NERVEUX 

NEUROSINE 

PRUNIER 

GLYCEROPHOSPHATE  DE  CALCIUM 

ASSIMILABLE 


EXCURSIONS  APRtS  LE  CONGRES 


EXCURSION  N°  I 

Dimanche  2(5  .iuillet.  —  Vlsite  de  la  Clinique  Bellevue ,  an .  Landeron.  Lunch. 

EXCURSION  N“  II 

Rimanche  26  et  lundi  27  juillet.  -  Les  Rives  de  Pram) ins.  Clinique  Mon-Repos,  an 
Mont  Pilerln.  Malevoz.  Train,  bateau.  Autocars. 

EXCURSION  N°  III  (27-31  juillet) 

Les  lacs  italiens 

Montheij.  Le  Simplon.  Le  I.ac  Majeur.  Stresa  et  les  lies  Borromees.  Luino.  Ponte 
Stresa.  Le  lac  de  Lugano.  Porlezza.  Menaggio.  Le  lac  de  C6me.  Rcllagio.  Come,  Le  Saint- 
Gothard.  Bale. 

Pour  torus  renseignements  pour  ces  excursions  s’adresser  A  VAgence  Exprinter,  26, 
Avenue  de  l’Opera,  k  Paris. 


PASSEPORTS 

Le  passeport  est  indispensable  pour  se  rendre  en  Suisse.  Cependant  pour  les 
ressortissants  francais  et  beiges,  une  carte  d’identite  munie  de  photographic, 
ou  un  passeport  pdrime,  peut  etre  accepte. 

( A  suivre,  page  d’annonces  XXXI). 


MM50H  PE  SAUTE  P£plN^y-5tlR-5E>ME 

(Fondde  par  le  Dr  Tarrius) 

6,  Avenue  de  la  Rdpublique,  EPINAY-sur-SEINE 

Tiliphone  :  68  St-Denis 

-9*  -9- 

Maladies  mentales  et  nerveuses  des  deux  sexes 
Desintoxications  •  Cures  de  repos  -  Hydrotherapie  •  Electrotherapie 
Rayons  ultra-violets 

PAVILLONS  SEPARES  ET  VILLAS  PARTICULIERES 

tres  confortables  au  milieu  d  un  pare  de  1 5  hectares 

CHAUFFAGE  CENTRAL  -  ELECTRICITE  -  CHAPELLE 

L’etablissement  est  largement  ouvert  a  tons  les  Medecins 
qui  penvent  continuer  d’y  trailer  leurs  malades 


Moyens  de  communication  :  Tramway  n°  54,  Place  de  la  Trimte-Enghien  (s  arrete 
devant  rEtablissement).  —  Chemin  de  (er  gate  du  Nord,  trajet  en  10  minutes.  —  Automobiles, 
route  d’Enghien,  7  kilometres  de  Paris. 


—  XXXI  — 


INSCRIPTIONS  AU  CONGRltS 


Le  Congres  eomporte  des  membres  titulaires,  des  membres  adherents  et  des 
membres  associes  : 

Les  membres  titulaires  de  ^Association  et  les  membres  adherents  a  la  ses¬ 
sion  ont  le  droit  de  presenter  des  travaux  et  de  prendre  part  aux  discussions. 
Us  resolvent  an  cxemplaire  des  rapports  et  d'es  comptes  rendus  de  la  session. 
Les  membres  adherents  inscrits  avant  le  15  juin  1935  recevront,  comme  les 
membres  titulaires,  les  rapports  des  leur  publication. 

(A  suivre,  page  d’annonces  XXXll). 


CENTRE  MEDICO-PfiDAGOGIQUE  DE  PAU 

FONDlS  EN  1930  ♦'♦♦♦♦ 

aux  portes  de  la  Ville,  sur  la  hauteur,  au  milieu  d'un  grand  pare  clos  avec  tout  confort  moderne.  CLIMAT  TONI-SEDATIF  REPUTE 
Directeur  Medical  :  oocteur  MONESTIEII,  Medecin  lronoraire  des  Asiles 
Directeur  administrate  :  E.  COCOA  S  Si,  Professeur  specialise  diplflme 


GARgONS  nerveux, 

instables,  hyperemotifs,  an- 
goisses,  grognons,  obstines, 
patesseux,  negligents, 
portes  a  dire  des  grossie- 
retes,  querelleurs,  mauvais 
instincts,  insomniques, 
tiqueurs.  Redressement 
moral.  Retardes  scolaires  et 
thyroidiens.  Delicats,  ane- 
mies,  fatigues,  convales¬ 
cents,  malingres,  enteriti- 
ques,  ganglionnaires,  etc. 


Action  pedagogique 
combinee  avec  traitement 
medical.  Instruction  par 
petits  groupes  et  classe- 
ment  par  categories  distinc- 
tes.  Orientation  profession- 
nelle. 

9  9  9 

Jsrdin  d’hiver.  Jeux. 
Sports.  Gymnastique  me- 
dicale.  Hydrotherapie 
complete . 


SECTION  ENTRAINEMENT  MEDICO-PROFESSIONNELLE  AVEC  ATELIERS 
Section  specials  pour  enfants  pouvant  frequenter  les  Cours  du  Lycee  ou  College 
©  PRIX  :  Depuis  450  fr.  par  mois.  Chambres  particulieres  9 
Contagieux,  grands  arrieres,  grands  nerveux  et  grands  agites  ne  sont  pas  admis 

VILLA  FORMOSE,  1,  Allies  de  Morlaas  -  PAU  (B.-P.)  Tel.  27-07 

©  NOTICE  II.I.CSTUIU  Sill  DEMANDS  ADMSSEIi  A  **•  LB  DIRECTEUR  9 


—  XXXtt  — 


Les  membres  titulaires  de  l’Association  versent  une  cotisation  annuelle  de 
75  francs  et  sont  dispenses  de  cotisation  a  la  session  du  Congres.  Pour  etre 
membre  titulaire  de  l’Association,  il  faut  etre  Docteur  en  medecine,  presente 
par  deux  membres  de  PAssoeiation  et  agree  par  le  Conseil  d’Administration.  Lc 
nombre  des  membres  titulaires  n’est  pas  limite. 

La  cotisation  des  membres  adherents  a  la  39'  session  a  ete  fixiie  a  80  francs 
frangais.  Jls  doivent  etre  agrees  par  le  Bureau. 

Les  asiles  d'alienes  et  les  etablissements  hospitaliers  peuvent  s’inscrirc  au 
Congres  et  recevoir  un  cxemplaire  des  rapports  et  des  comptes  rendus  de  la 
session.'  Le  minimum  de  lour  cotisation  a  ete  fixe  a  80  francs  frangais. 

Les  membres  associes  se  comp  6  sent  des  personnes  de  la  famille  des  membres 
titulaires  et  des  membres  adherents.  Le  prix  de  leur  cotisation  est  de  50  francs 
frangais.  IIs  ne  prennent  pas  part  aux  travaux  du  Congres,  mais  beneficient  des 
a  vantages  accordcs  pour  les  voyages  et  excursions. 

Envoyer  le  montant  des  cotisations  en  francs  frangais,  cheque  sur 
Paris,  mandat  international,  mandat-postal  on  cheque-postal,  avee  indication 
precise  des  noms  et  adresses, 

au  Docteur  Vignaud,  tresorier,  4,  avenue  d'Orleans,  Paris  (XIV).  Gompte 
chiques-postaux  :  Paris,  C.-C..  456-30. 


Efablissemenf  Medical  de  MEJ/ZIEU  (Isere) 

Pres  TATOAT 

Fond6  en  1881  par  le  Docteur  Ant.  COURJON 


Direction  m6(iicale 

Dr  Remi  COURJON,  Medecin  des  Asiles,  Ancien  Clief  de  Clinique  Neuro- 
Psycliiatrique  a  la  Faculte  de  Lyon,  Expert  pres  la  Courd’Appel  de  Lyon. 
D'  Jean  THEVENON,  Ex-interne  des  Hdpitaux  de  Lyon,  Ancien  Chef  de 
Clinique  Neuro-Psychia'trique  a  la  Faculte  de  Lyon. 

Un  medecin-adjoint 

MALADIES  Di:  SYSTEME  IERVEUX 

NEVROSES,  PSYCHOSES,  INTOXICATIONS 
CURE  DE  REGIME,  SEVRAGE,  ISOLEMENT 

Pour  tous  renseignements  :  s’adresser  au  Directeur  a  Megzieu, 
tel.  n°  5,  ou  a  Lyon,  Cabinet  du  Dv  Remi  Courjon,  k,  rue 
President  Carnot,  les  mardi  et  jeudi  de  15  a  17  h.  Tel. 
Franklin  07-28. 

i  —  m  . — — 


SOMMAIRE  DU  N°  3  (tome  I),  MARS  1936 


MEMOIRES  ORIGINAUX 


J.  Lhermitte  et  J.  de  Ajgriaguerra.  —  Hallucinations  visuelles  et  lesions  de 

l’appareil  visuel . 

C.-I.  Parhon,  A.  Kreindler  et  E.  Weigl.  —  Syndrome  psycbasthenique  et 
hyperhypophysie  (Relations  possibles  entre  le  trouble  endocrinien  et  1  orien¬ 
tation  des  manifestations  psychopathologiques) . 


G.  Vermeyle.v.  —  Les  tendances  actuelles  de  la  psycliiatrie  en  Belgique. 


(Suite  du  sommaire,  page  II)  • 


flWSOfl  PE  Smit  PE  BELLEVUE  (S.-ef-O.) 

8,  Avenue  du  11  Novembre  Observatoire  10*62 


Medecin-directeur  :  Dr  BUSSARD 
Medecin  assistant  :  Dr  Paul  CARRETTE 


Cet  etablissement,  situe  sur  le  coteau  de  Bellevue,  a  proximite  du  bois  de 
Meudon,  est  compose  de  plusieurs  pavilions  dans  un  pare.  11  offre  tout  le 
contort  moderne,  eclairage  electrique,  eau  courante  chaude  et  froide  dans  les 
chambres,  chauffage  central. 


Psycho- 


Maladies 


nevroses 


Systeme 

nerveux 


Intoxica¬ 

tions 


et  de  la 
Nutrition 


Annates  Midico-Psychologiques. 


A. 


—  II  — 


SOCIE.TE.  M&DICO-PSYCHOLOGIQUR 


Seance  du  jendi  12  mars  1936 

J.  Delmond  et  L.  Anglade.  —  Gigantisme, 
terreurs  nocturnes  et  delire  d’imagina- 

tion .  385 

P.  CotmBON  et  C.  Feuillet.  — ■  Stereotypic 
1  dernentielle  d’attitude  en  station  sur  la 

tete  . 390 

L.  Marchand.  —  Etat  du  fond  de  l’ceil  dans 
115  cajs  de  paralysie  generale  traites  par  le 

stovarsol  sodique  . . ' .  398 

P.  Guiraud  et  G.  Ferdiere.  —  Aphasie  chez 
Ies  syphilitiques  et  paralysie  generale.  Pro- 
blemes  de  diagnostic  et  de  traitement  404 


H.  Claude,  P.  Sivadon  et  A.-P.-L.  Beley.  —  ■ 

Un  cas  de  simulation  discute  . .  408 

H.  Claude,  P.  Sivadon  et  J.  Ajuriaguerra.  ' 
—  Desequilibre  mental  post-encephalitique.;^ 
(Perversions  sexuelles  :  autoerotisme  du 


mollet,  fetichisme  du  soulier,  etc.)  . .  412 

G.  Heuyer  et  Ch.  Durand.  —  Une  forme  par- 
ticuliere  de  delire  a  deux  chez  un  par- 
kinsonien  et  sa  mere  .  416 

Siance  dn  hindi  23  mars  1936 

Adoption  du  proces-verbal  .  426 

Deces  de  M.  le  Professeur  L.  Bouman  . .  426 


MAISOM  de  SAl^TE 

D’lVRY-SUR-SEINE 

23,  Rue  de  la  Mairie  a  IVRY 

Telephone  :  Gob.  01.67 


MALADIES  MENTALES  &  NERVEUSES 


NOMBREUX  PAVILLONS 

DANS  UN  PARC  DE  12  HECTARES 

Mddecin-Directeur  :  Docteur  A.  DELMAS 

Ancien  chef  de  clinique  a  la  Faculte  de  Medecine  de  Paris 

Mddecin-adjoint  :  Docteur  P.  DELMAS 


—  Ill  — 


CHATEAU  PE  SURESNES 

Telephone  :  SURESNES  2.88 


HYDROTHERAPIE  -  ELECTROTHERAPIE 


Medecins  Directeurs  : 

Dr  FILLASSIER  O.  #  Dr  DURAND-SALADIN 


Communications  :  Tramway  du  Val  d’Or  a  la  Porte  Maillot 


Le  CMteau 

La  Maison  de  Sante  du  Chateau  de  Suresnes  est  situee  a  la  Porte  de  Paris  (sortie 
du  Bois  de  Boulogne),  dans  un  grand  pare. 

Remise  a  neuf  et  embellie  depuis  la  guerre,  la  maison  regoit,  dans  des  parties 
distinctes  (chateau  et  pavilions  disperses  dans  la  verdure  du  pare),  des  convales¬ 
cents,  neurastheniques,  nerveux,  intoxiques  ou  psychopathes. 

Chateau  et  pavilions  reunissent  toutes  les  conditions  les  meilleures  d’hygiene 
et  de  bien-etre  (chauffage  central,  eau  chaude,  electricite,  eau  de  source),  etc. 

Les  personnes  qui  y  sejournent  peuvent  y  disposer  a  leur  gre  d’une  cliambre 
meublee  avec  luxe,  d’un  cabinet  de  toilette,  d’un  salon,  d’une  salle  de  bains, 
etc. 

Les  Medecins  de  la  Maison  de  Sante  et  leurs  families  prennent  leurs  repas  avec 
les  pensionnaires  qui  desirent  frequenter  la  salle  a  manger. 

La  Maison  est  largement  ouverte  k  Messieurs  les  Mkdecins,  qui  peuvent  ainsi 
continuer  k  suivre  leurs  malades. 


Fondee  par 

M.leDrMABNAN 


—  IV  — 


Gori’espondance  .  42'6 

L.  Marchand.  —  A  propos  dcs  lesions  du 
fond  de  l’ceil  chez  les  pavalytiques  gene- 


raux  trades  par  la  tryparsamide  .  .  .  427 

H.  Roxo.  —  Methodes  spdciales  de  traite- 
ment  des  maladies  mentales  .  428 


.1.  Rondepierre.  —  Cyclothymic  et  dysendo- 
crinie.  Essai  de  traitement  d’un  cas.  429 
Donnadieu  et  Barques.  —  Paralysie'  gene- 
rale  et  hemorragie  meningee  :  un  cas 
d’hematome  intra-arachnojdien  ....  435 


Barques  et  Grimal.  —  Le  butyl-ethyl-barbi- J 
turate  de  sodium  dans  le  traitement  du 

delirium  tremens  .  439  - 

Laignel-Lavastine  et  G.  d’Heucqueville,  — J 
Sfatistique  du  service  de  psychiatrie  d’ur-a 
gehce  de  la  Pitie  :  r61e  des  services  ou-  . 

verts  des  hopitaux  .  444 

G.  Petit.  —  Les  crises  oculogyres  en  patho-J 

logie  mentale  .  450'.; 

P.  Courbon  et  M.  Leconte.  —  Meryeisme  : 
dementiel  par  altruiSme  morbide  ...  463  \ 


SOCIETE5 


Societe  de  Neurologic  de  Paris 

.  Seance  du  jeudi  5  mars  1936 

A.  Barre  et  O.  Metzger.  —  Kesultats  eloignes 
d’lntervention  chirurgicalc  pour  arachnoi- 


dite . '. .  4#7> 

J.  Dereux.  —  Etude  Clinique  d’un  cas  de  nivo- : 

clonies  velo-pharyngo-laryngees  .  4(57 

Ai-ajoci anise,  Homet  et  Thither.  —  Conservation 
(Suite  du  sommaire  page  VI), 


—  V  — 


VILLA  DES  PAGES 

LE  VfiSINET  (S.-et-O.) 

40,  Avenue  Horace  Vernet 

TRAITEMENT  DES  AFFECTIONS  NERVEUSES 
ET  DES  MALADIES  DE  LA  NUTRITION 

REPOS,  CONVALESCENCES,  REGIMES 

Cures  de  disintoxication 


Psychotherapie,  Reeducation,  Physioth6rapie 


12  chalets  pourvus  du  contort  moderne 
dissemines  dans  un  pare  de  5  hectares. 
Chamhres  ou  appartements  a  plusieurs  pieces 


La  clinique  est  entierement  ouverte  aux  Medecins 
qui  peuvent  ainsi  copserver  la  direction  de  leurs  malades 

Medecins  directeurs  :  Docteurs  LEULIER,  MIGNON,  CASALIS 
Medecin  assistant  :  Docteur  LECLERCQ 

Telephone  :  LE  VESINET  12 


—  VI  — 


ties  couches  superlicielles  du  cortex  daus  les 

rafiiollisseinents  .  487 

Eoaz  Mokiz  et  Almeida  Lima.  —  Symptomes  du 

lobe  prefrontal  .  408 

Levy-Valensi,  J.  Bezancon  et  G.  Tilitoheef.  — 
Un  cas  de  syndrome  hemibulbaire  associe  a 

une  paralysie  croisee  du  pathetique .  408 

J.-A.  Chav  any,  F.  Thiebaut  et  S.  Thieffry.  — 
Coexistence  de  paralysie  due  au  serum  anti- 
diphterique  et  de  paralysies  diphteriques .  408 

Lhermitte.  —  Action  de  la  radiotherapie  sur  la 

?;  syrlngomyelie  .  409 

Lhermitte  et  Aleessar.  —  Syndrome  infundi- 
bulaire  avec  phenomene  de  depersonnallsa- 

tion .  409 

Tinel.  —  Un  cas  de  parkinsonisme  post-trau- 
matlque  chez  un  anclen  enccphalitique . .  409 

G.  Roussy,  J.  Lhermitte  et  R.  Huguenin.  —  Syn¬ 
drome  metastatique  aigu  medullalre  dans  le 
cancer.  (Syndrome  de  section  physiologique) 
par  myelomalacie  et  hematomyelie .  409 


A.  Thomas  et  Aubry.  — ■  Etude  anatomiquc  du 
nerf  vestibulaire  d’un  malade  atteint  de  Vcr-/- 
tige  de  Mtaiere . .  470  ! 

Societe  de  Medecine  Mental© 
de  Belgique 

Seance  du  samedi  29  fevrier  1936 

F.  d’Hoi.lander  et  Ch.  LaviStA.  —  Etudes  sur 7? 

la  catatonle  experimentale  .  470  •* 

H.  Baonviiee,  J.  Ley  et  J.  Titeca.  —  Intoxica-JH 
tion  oxycarbonce  avec  legere  hemorragie  me-. 

ningee  et  troubles  roentaux  tardifs .  470  (SB 

H,  Baonviele,  J.  Ley  et  J.  Titeca.  —  Un  nouveau  ’® 

cas  de  demence  presenile  . .  471  3 

Daelman.  —  Psycliose  puerperale  a  evolution"® 
dementielle,  guerison  brusque,  par  flevre  spon-  igj 


Hoven.  —  A  propos  des  psychoses  de  la  meno¬ 
pause  . . .  471 

(Suite  du  sommaire  page  VIII). 


1NSTITUT  MEDIC0-PEDAG0GIQUE 

DE  VITRY-SUR-SEINE 


Adresse  :  22,  rue  Saint-Aubin,  Vitry-sur-Seine  (Seine).  Tele¬ 
phone  :  Italie  06-96.  Renseignements  a  l’Etablissement  ou 
164,  faubourg  St'Honore  (VI I Ie),  chez  le  Dr  Paul-Boncour. 
Telephone  :  Elysees  32-36. 

Affections  traitees  :  Maison  d’education  et  de  traitement  pour 
enfants  et  adolescents  des  deux  sexes  :  retardes,  nerveux, 
difficiles,  etc. 

Disposition  :  Pavilions  separes.  Parc 
de  5  hectares. 

Confort  :  Eau  courante  chaude  et 
froide.  Chauffage  central. 

Traitement  :  Hydrotherapique. 

Directeurs  :  Dr  Paul-Boncour, 

O.  #  et  G.  Albouy. 


—  VII  — 


Saint- R  EM  Y 

CLINIQUE  MEDICALE 

46,  Boul.  Carnot  Tel.  Regional  755  et  850 

LE  VfSINET  (S.-ef-O.). 


TRAITEMENT 

des  affections  du  Systeme  nerveux,  des 
intoxications  et  des  maladies  de  la  nutrition 

Repos  —  Convalescences  —  Regimes 
Electrotherapie  —  —  Hydrofherapie 

Dans  banlieue  agreable,  paisible  et  saine. 
Tres  belle  installation  modele,  6  pavilions  separes 
dans  un  pare  fleuri  de  2  hectares  - 

Chambrestgaies,  meublees  avec  gout,  tres  conforta- 
bles,  cabinets  de  toilette  avec  S.  B.  et  W.  C.  prives. 
Galeries  ensoleillees.  Terrain  et  salons  de  jeux. 
Excellente  cuisine  bourgeoise  et  de  regimes  - 

Nl  MALADES  CONTAGIEUX  OU  BRUYANTS 


-  -  MEDECIN-DIRECTEUR  -  - 

-  Dr  P.  ALLAMAGNY  - 

avec  la  collaboration  du  Dr  VIGNAUD, 
ex-Directeur  de  la  Maison  de  Sante  de  Vanves 
et  d’un  medecin  assistant 


VIII  — 


Societe  beige  de  Neurologie 

Stance  du  samedi  29  fdvrier  1936 

C.  Hetmans.  —  Survie  et  revivisceucc  des  centres 

uerveux  apres  anemie  aigui:  .  472 

H.  Calleivaert.  —  Hemiplegic  a  la  suite  d’hc- 
morragic  ct  de  tamponuement  de  la  region 


carotidienne .  473 

P.  Martin  et  L.  van  Bogaeiit.  —  Un  cas  de 

diagnostic  difficile  .  473 

Be  B'usscher,  Martin  et  van  Bogaert.  — i  Crisesjj 
cataplexiques  et  anomalies  de  caractere..  473. 

Laruelle  et  L.  Massion.  —  Note  sur  I’liy. 

perpnee  .  473 


ANALYSED 


LIVRES,  THESES,  BROCHURES 
Histoire  de  la  Medecine. 

A.  Weber.  —  Tableau  de  la  caricature  medicale 

depuis  lcs  origiues  jusqu’it  nos  jours .  474 

J.-P.  Beteau.  —  La  pcstc  d’Athcncs  (430-421)  av. 
J.-C.)  .  475 

Psychiatrie. 

J.  ItouAUT.  —  Psyehosc  mauiaque-deprcssive  et 
folies  diseordantes,  Situation  nosograpbique  de 


i  particuliercs  par  rapport  a 


la’  schizophasie . . .  478 

ur  la  psychologie  et  la 


J.  Dislmom).  —  Essai  s 

physiologie  des  obsedes  .... 

A.  Masson.  —  Le  travestissement.  Essai  de  psycho-  J 

pathologie  sexuelle  .  470 

E.  Essen-Moeler.  —  Becherclies  sur  la  natalife 
dans  certains  groupes  de  maladies  mentales  480 
(Suite  du  sommairc  parte  X). 


CHATEAU  DES  COUDRAIES 

Ancienne  Institution  d’Eaubonne  (fond6e  en  1847) 

1  ETIOLLES(S  &o 


Magnifique  Parc  de  5  hectares,  adosse  a  la  foret  de  Senart.  T 
vue  sur  la  vallee  de  la  Seine.  Tres  grand  confort.  Eau  courante 

lation  hydrotherapique  complete.  Rayons  U.  V.  Jardinage.  Hor 
Potagers  de  20.000  m2.  Tennis. 


PRIX  DE  PENSION  A  PARTIR  DE  750  FR.  PAR  MOIS 


EIMFAIMTS 
ET  JEUIMES  GENS 
ARRIERES 

Education  et  Traitement 


DIRECTEURS 

M.  et  J.  deCHABERT 


27  -  28  -  29  :  Dep.  de  Paris 
pi.  Denfert-Rochereau 
Tel.  Corbeil  226 


=—  IX  — 


LES  RIVES  DE  PRANGINS 


‘PRANGINS  pres  ZACYON  (Suisse) 

ETABLISSEMENT  DE  PSYCHOTHERAPIE 


TRAITEMENT  des  AFFECTIONS  NERVEUSES 

ANALYSES  PSYCHOLOGIQUES  -  CURES  DE  REPOS  -  REGIMES 
SUGGESTION  -  REEDUCATION  -  PHYSIOTHERAPIE 

Traitement  organotherapique  avec  contrfile  biologique  (Cures  d’insuline, 
pyrothSrapie,  malariath^rapie)  —  Laboratoire  d’analyses  —  Rayons  X 
-  -  Divers  ateliers  tr6s  bien  ins’.alles  - 

Etudes  et  legons  particulidres  dans  I’etablissenient 

. Sports  d’et6  et  sports  d’hiver  - 

--  Trois  tennis  —  Bains  du  lac  —  Equitation  - 
Cinq  medecins  et  un  nombreux  personnel  specialises  assurent  le  traitement 
Prix  de  pension  Variant  suivant  la  nature  du  traitement 
et  le  genre  de  1' installation  choisie  (a  partir  de  Fr.  suisses  25  par  jour) 
DEMANDEZ  PROSPECTUS  A  L’ADMINISTRATION 
Adresse  iilegraphique  :  111  (  Administration  :  Nyon  95.442 

RIVAPRANGINS  NYON  Telephones  j  Service  M4dical  .  Nyon  95.441 

<=3j»  cjo  111  (de  preference  entre  1 1  heures  et  midi) 

. .  ,  ,  ,  \  Dr  O.-L.  FOREL,  Pfivat-Docent  a  l’Universite  de  Geneve  ; 

Mddecins-chefs  j  jy  R  de  SAUSSURE,  Privat-Docent  a  l’Universite  de  Geneve. 


1’.  Reiter  ct  Jacob  Jakobskn.  —  Dermatoses  pel- 
lagroidcs  chcz  les  malades  mentaux .  481 

Psychologic. 

P.  Janet.  —  La  psychologic  experimentale  ct 

comparee  .  481 

II.  Pirron.  —  L’Annee  psychologiquc,  35®  an- 
nec  .  482 

Neurologie. 

G.  Guii.i.ain.  —  Etudes  NeurologiqueS,  (5®  serie  483 

R.  Monier-Vinard.  —  Neurologie  .  484 

Pasteur  Vallery-Hadot  et  J.  Hamburger.  — 
Les  migraines.  Etude  pathogenique,  Clinique 

et  therapeutique  .  485 

It.  Rouroeois.  —  Les  hydrocephalics  aigues  ct 
subaiguCs  d’origine  optique,  accidents  mCnin- 

ges  otogenes  puremcnt  hypcrtensil's .  486 

J.  Curvei li.]’:.  —  Du  syndrome  d’Adie,  de  son 
diagnostic  ct  des  problemes  etiologiques  qu’il 


Biologie. 

G.  Marinesco  et  A.  Kreindler.  —  Des  reflexes: 
conditionnels.  Etude  de  physiologie  normale  ct 
pathologique  .  487 

P.  Doussinet.  —  Contribution  k  Petude  des  con- 
ditions  biologiques  de  certains  troubles  men¬ 
taux  . .  488 

Endocrinologie. 

N.  Fiessinger.  —  Endocrinologie .  488 

Hygiene  et  prophylaxie. 

Pehu,  G.  Mouriquand,  J.  Froment,  P.  Hazel, 
A.  Feyeux,  A.  Jouve,  A.  Mesthallet,  R.-P.  Jac- 
quet  et  R.  Riot.  —  Medecine  et  Education  490 

Therapeutique. 

M.  Capelle.  —  L’hyposulflte  de  magnesium  cn 
therapeutique  psychiatrique  .  491 

J.  Goujon.  —  Essai  sur  la  pharmacologie  et  l’em-« 
ploi  therapeutique  des  sels  de  strontium,  en 

particulier  de  Plodure  . .  492 

C Suite  du  sommaire,  page  XII). 


12,  Boul.  du  Chateau  -  NEUILLY-SUR-SEINE 

Tel.  :  Maillot  20-92 

CENTRE  M£D1CO-P£DAGOGIQUE  pour  le 
traitement  individuel  des  enfants  presentant  du 
retard  intellectuel,  de  l’instabilite,  de  i’apathie,  des 
troubles  nerveux,  des  impotences  fonctionnelles, 
sous  la  surveillance  du  D'  Suzanne  SERIN. 


Reeducation  et  traitement  adapte  a  chaque  cas. 
Personm  l  specialise.  Atmosphere  familiale.  Grand 
jardin  ensoleille.  Etablissement  ouvert  aux  medecins 
qui  peuvent  continuer  a  suivre  leurs  malades.  Ni 
contagieux,  ni  pervers,  ni  epileptiques. 
Directrice  :  Madame  P.  BAYARD 


—  XI  — 


DIVONNE-LES-BAINS 


OUVERT  Altitude  519  m.  (Geneve  16  km.)  —  AIN 

TOUTE 


AIN 


La  Grande  Station  Francaise  de  Repos 
-  --  dans  un  pare  de  100  hectares  --  -- 


Indication  speciale  de  cure  pour  les 
troubles  fonctionnels  du  SYSTEME  NERVEUX 
ET  DES  MALADIES  DE  LA  NUTRITION 


qui  s'y  rattachent 


Etablissement  hydrotherapique 

dans  le  pare. 

Hydrotherapie.  Psychotherapie.  Cures  d'air,  de  repoS, 
d'exercices  et  de  regimes.  Massotherapie.  Electrothe- 
rapie.  Radiologie  - 

• 

Les  Hotels  dans  le  Parc. 

Hotel  du  Golf.  Premiere  realisation  hotelie're  de  la  sup¬ 
pression  des  bruits.  Hotel  Chicago.  Le  Grand  Hdtel. 

Maison  de  Regime,  sous  la  direction  d’un  medecin 
specialise,  seconde  d'un  personnel  competent.  Cuisine 
de  dietetique.  Laboratoire  d'analyses  et  de  recher- 
ches  biologiques.  - 

• 

Distractions. 

Theatre.  Concerts.  Cinema.  Parc  pour.enfants  — - 

9 

Tous  les  sports. 

Golf  18  trous.  Tennis.  Promenades.  Canofage  (5  km.  du 
lac).  Peche  a  la  truite  - 


Directeur  General  :  TARTAKOWSKY 


—  XII  — 


JOURNAUX  ET  REVUES 
Medecine  legale. 

3,  Constant.  —  De  la  legalite  des  peines.. 


iroit  penal  allemand  . . . . 

e  Nemeth.  —  Le  probleme  du  Tribunal' 

Tiller.  —  Nevrosc  ct  criminalite  .  494  ! 


Soeiete  Medico-Psychologique  : 
Asiles  publics  d’alienes  : 


Reunions  et  Congres  : 

IXe  Conference  des  psychanalystcs  de  langue  jj 

92®  Reunion  annuelle  de  P  American  iJsychia-.|| 


ociatioi 


XI«  Congres  International  de  Psychologic.  4 
VIIP  Cours  International  de  Haute  Culture  m 
dicale  (Pondation  Tomarkin)  .  4 


INFORMATIONS 


Vaeances  de  Pftques  sur  la  Cote  d’Azur....  xiv  I  Voyage  medical  au  plus  grand  Maroc,  par  le 
H»  Congres  de  l’Association  Internationale  pour  Rill',  le  grand  Atlas  •  et  le  Souss  (l’aqucs. 

l’etudc  des  radiations  solaircs,  terrestres  et  l'J3(i)  .  xxvi 

cosmiques  (15-17  juillet  19513)  .  xxn  | 

llllllllillllllllllllllllllllMllllllllllll^ 

CENTRE 

m£dICO  -  PSYCHOLOGIQUE 
POUR  ENFANTS 

44  La  Metairie  ” 

--  NYON  (Vaud)  -  SUISSE  -  T41.  :  Nyon  95.626  - 

Traitement  des  troubles  nerveux  de  1  enfance. 

Action  pCdagogique  combinee  au  traitement 
medical.  Individualisation  de  l’enseignement. 

Sejours  d’observation. 

Institut  pathopaychologique  specialise 
pour  examens  et  expertises  neurologi- 
—  ques  et  psychologiques.  —  — 

Consultations  tous  les  jours.  Dr  Guillerey. 
Medecin  Directeur,  Dr  Duby,  D1’  Calame. 
Medecin  consultant  :  Protesseur  d’Universite 
Dr  O.  Loewenstein.  . 


—  XIII  — 


fAJUSOfi  DE  SANTE 

161,  rue  de  Charonne  —  PARIS-XP 

T616phone  :  ROQUETTE  o5-o5 


Traifemenf  des  maladies  menfales  ef  nerveuses  des  deux  sexes 
Grand  pare  de  2  hectares  en  plein  Paris 
Pavilions  e  t  japdirts  sepapes 


Directeur  :  le  Dr  Cl.  VURPAS 

Medecin  de  La  Salpetriere 

Les  families  sont  revues  tous  les  jours  de  2  heures  a  5  heures 


. . . . . . . . iiiiiiiiiiiiiiiiiiiil; 

|  VILLA  PMTHIEVBB 

1  Maison  de  Sante  et  de  Convalescence 

|  SCEAUX  (Seine)  tm.  12 

PSYCHOSES  -  YEVMOSES 


E  Medecin-Directeur  :  Dr  BOMOMME,  Ancien  Interne  des  Asiles  de  la  Seine 

E  Medecins  assistants  :  Ilr  COBET,  Ancien  Chef  de  Clinique  de  la  Faculty 

I»r  PICHAHD,  Ancien  Interne  des  Hopitaux 

fiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiimiiimiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii 


—  XIV  — 


INFORMATIONS 


VACANCES  DE  PAQUES  SUR  LA  COTE  D’AZUR 


Le  proehain  voyage  de  la  Societe  Medicale  du  littoral  mediterra¬ 
nean  se  deroulera  pendant  la  seniaine  de  Paques,  du  12  au  19  avril 
prochain.  Les  voyageurs  arriveront  dans  la  matinee  du  dimanche  de 
Paques  (12  avril)'  a  Hyeres,  et  visiteront,  dans  l’apres-midi,  les  Eta- 
blissements  de  la  Plage,  de  Giens  et  de  San-Salvador,  les  lies  d’Or  et 
passeront  la  soiree  a  Hyeres,  an  Casino  municipal. 

Durant  les  deux  journees  suivantes,  ils  parcourront  la  Cote  des 
(A  suivre,  page  d’annonces  XVIII). 


Clinique  Bellevue 

Le  Landeron,  pres  Neuchatel  (Suisse) 


Etablissement 

neuro-psychiatrique 

Installations  moder¬ 
ns s  et  confortables 


CURES 

de  desintoxication, 
de  repos 
et  d’isolement. 
Psychotherapie. 


Pastes  pares  ombra- 
g6s.  Vie  de  famille. 


Pnospeetus  —  Ppix  tr»es  modepes 

Directeur  :  Dr  H.  BERSOT 


—  XV  — 


LABOR ATO] RES  AM1DO 

A.  BEAUGON1N,  Pharmacien 

4,  Place  des  Vosges,  4  —  PARIS,  4®  Arr1 

AMiniL 

Vaudre  —  Comprimes  —  Cachets  —  Dragees 

cachets  P»r  jour  8 

Ententes  aigiies  et  chroniques. 

Entero  colites.  Dysenterie. 

Toutes  les  Diarrhees. 

La  constipation  spasmodique. 

VITAMYL  1RRADIE 

Extrait  concentre  de  vitamines  A.  B.  et  C. 

Une  cuillerVT  ’cafe 

Carences  et  Pre-carences. 

Rachitisme. 

Demineralisation. 

Troubles  de  la.  Croissance 

GEMESEBUME 

injectable  chaque  jour  pendant  10  jours. 

Hypo-acidite  gastrique. 

Syndrome  solaire. 

Dyspepsie  atonique. 

Palpitations  et  Tachycardie 
des  coeurs  nerveux. 

GMATROPIAEl 

Polonovski  et  Nitzbero 
j  granules,  ouio  gouttes,  x  4^3  fois  par  jour, 

i  ampoule  injectable  par  jour. 

Hyperchlorydrie. 

Spasmes  digestifs  —  Vomissements. 
Coliques  —  Diarrhees. 

6MO§COPOLAI»lIE 

Polonovski  et  Nitzbero 

4  a  8  granules,  ou  40  a  80  gouttes  par  jour, 
en  x  ou  3  prises,  1  ampoule  par  jour. 

Maladie  de  Parkinson. 

Syndromes  post-encephalitiques. 
Anesthesie  chirurgicale  ou  obstetricale. 

GMHYOSCYAMIIE 

3  granules,  ou  10  gouttes,  1  a  3  fois  par  jour 
entre  les  repas  de  preference. 

Spasmes  digestifs. 

Tremblements. 

Syndromes  parkinsoniens. 

Sueurs  des  tuberculeux. 

(illAOSTIlYtHAIiYE 

Polonovski  et  Nitzbero 

Ampoules  —  Goutte  —  Granules 

GMOSTHEYIQEES 

Cacodylate  de  Genostrychnxne  et  de  Geneserine. 

1  granules,  ou  30  gouttes  a  chacun  des  trois  repas. 

1  ampoule  injectable  chaque  jour. 

Asthenie. 

Neurasthenie  —  Surmenage, 

Anemie  —  Convalescence. 

Paralysies  atoniques. 

&EY0YI01tl>III\E 

Polonovski  et  Nitzbero 

En  comprimes  doses  a  z  Ctgrs  (  x  a  3  fois 
par  jour)  ou  en  ampoules  injectables 
dosces  a  4  Ctgrs. 

La  Douleur. 

L’Anxiete  —  1’Agitation. 

Les  Dyspnees  spasmodiques. 

La  Demorphinisation. 

tCHANTILLONS  MfeDICAUX  SUR  DEMANDE 

—  XVI  T-i 


TRAITEM  ENT  DE  LA! 
PARALYSIE  GENERALE: 


PAR  STOVARSOLTHERAPIE 

STOVAISDL  SODIQIIE 

4-oxy-3-acetylamino-phenyl-l-arsinate  de  sodium 

Traitemeni  efficaee  pour  un 
pourceniage  sieve  des  cas 
meme  avarices 

INJECTIONS  SOUS-CUTANEES  INDOLORES 


PAR  PYRETOTHERAPIE 


Stock-vaccin 

Emulsion  stabilisee  de  bacilles  de  Ducrey 

Tous  les  avantages  de  la 
Malariatherapie 
sans  ses  inconvenaents 
Action  thermique  reglable  a  volonte 

INJECTIONS  I  N  T  R  A  -  VEINEUSES 


SOC!£t£  PARISIENNE  D’EXPANSION  chimique 

SPECIA  MARQUES  “POULENC  FRERES”  ET  “USINES  DU  RHONE” 

21,  RUE  JEAN-GOUJON  -  PARIS-80 


—  XVII  — 


CLINIQUE  MfeDICALE  DE  FONTENAY-S.-BOIS 

- - -  (Seine)  - — - 

6,  Avenue  des  Marronniers  Tel.  :  Tremblay  12-87 

Medecin-Directeur- : 

Docteur  G.  COLLET,  Ancien  interne  des  Asiles  de  la  Seine 

TRAITEIWEIMT  DES  MALADIES  IMERVEUSE8 

ISOLEMENT  —  PSYCHOTHERAPIE  —  REGIMES  —  HYDROTHERAPIE 

ElEctrothErapie  ' 

ETABLISSEMENT  SITUE  EN  BORDURE  DU  BOIS  DE  VINCENNES  —  PARC 
PAVILLONS  SPECIAUX  POUR  DAMES  ET  JEUNES  FILLES 
MAISON  de  REPOS  pout  PERSONNES  AGEES  et  pour  CONVALESCENTS 
MOYENS  DE  COMMUNICATIONS  FACILES  AVEC  PARIS 

Chemin  de  fer  de  Vincennes ,  Place  de' la  Bastille,  a  Paris 
Autobus  n  122  au  Chateau  de  Vincennes  (Station  da  Metro). 


INSTITUT  MEDICAL  PRIVfi 

POUR 

ENFANTS  RETARDES  ET  NERVEUX 

LE  HOHWALD  (Bas-Rhin) 

Station  climaterique  (600  metres) 


SONT  ADM  IS  :  1°  Les  deficients  mentaux  (instables,  asthen'ques,  nerveux). 
2°  Les  arrieres,  accidentels. 

3°  Les  retard6s  par  suite  de  chetivite  constitutionnelle. 

NOUS  N’ACCEPTONS  QUE  DES  ENFANTS  REEDUCABLES 
ET  NON  CONTAQIEUX 

Surveillance  m£dicale  rigoureuse.  Education  medico-p£dagogique  adapt6e 
aux  cas  particuliers.  Rythmique.  Jeux  et  sports  (sports  d’hiver  1.099  m.). 
Cure  d’air  et  de  soleil.  Climat  tonifiant. 

DIRECTION  * 

E.  HAAS  HAUTVAL  -  M,le  Dr  H.  HAAS  HAUTVAL 


Annales  Medico-Psychologiques. 


B. 


—  XVIII  — 


VACANCES  DE  PAQUES  SUR  LA  COTE  D’AZUR 

(Suite) 


Maures,  Saint-Raphael;  sa  plage  et  ses  maisons  d’enfants  ;  —  puis, 
par  la  Corniche  de  porphyre  rouge  de  l’Esterel,  ils  arriveront  a 
Cannes  le  mardi  soir. 

Jeudi  16  avril,  les  yoyageurs  verront  Grasse  ;  —  Vence  et  ses  Sana¬ 
toria  ;  —  Cagnes  et  sa  colonie  de  poetes  et  de  peintres.  Ils  passeront 
la  nuit  a  Nice  et  continueront  Ieur  parcours  le  vendredi  17  avril,  par 
la  Voie  Romaine  (Grande  Corniche),  ou  des  arrets  sont  prevus  pour 
la  visite  de  l’Observatoire  du  Mont-Gros  (propriete  de  PUniversite  de 
Paris),  du  Trophee  d’Auguste  a  la  Turbie,  du  Chateau  medieval  de 
Roquebrune,  et  du  Cap  Martin  avec  ses  villas  princieres.  Ils  arrive¬ 
ront  dans  Papres-midi  a  Menton,  et  franchiront  la  frontiere  italienne 


(A  snivre,  page  d’annonces  XX). 


ETABLISSEMENT  PSYCHO  -  MEDICO  -  PEDAGOGIQUE 
POUR  ENFANTS  INAPTES  A  SUIVRE  LES  CLASSES  NORMALES 

(ENFANTS  RETARDfis,  DgLICATS,  SOURDS,  PARLANT  MALI 

Fondatrices  :  Dr  H.  HOFFER  et  Madame  Anne-Marie  BUSSEAU 


«  MONTCLAIR  >» 

I,  Grande  Rue,  BELLEVUE-MEUDON  (Seine-&-Oise)  --Teleph. :  Observatoire  17-45 


—  XIX  — 


simple,  stir  sans danger 


tchantillans  *.  LLtte rature 

Labdratoires  G£n£vrier  2  Rue  du  Debarcaddre  Paris. 


—  XX  — 


VACANCES  DE  PAQUES  SUR  LA  COTE  D’AZUR 

(Suite) 


pour  visiter  les  Laboratoires  du  Dr  Voronoff,  installes  au  Palais 
Grimaldi. 

La  journee  du  samedi  18  avril  sera  consacree  a  la  Principaute  de 
Monaco,  au  Palais  de  ses  Princes  et  au  Musee  Oceanographique.  Dans 
I’apres-midi  et  la  soiree,  on  visitera  les  oelebres  jardins  et  le  Casino 
de  Monte-Carlo.  Le  lendemain,  on  prendra  la  route  de  la  Moyenne 
Corniche  pour  voir  Beaulieu  et  sa  flore  tropicale,  Villefranqbe  et  sa 
rade.  On  sera  de  retour  a  Nice  dans  l’apres-midi  du  dimancihe  19,  et 
les  voyageurs  pourront,  a  leur  gre,  prolonger  leur  sejour  dans  la , 
metropole  du  littoral,  ou  la  quitter  par  les  grands  trains  de  la  soiree. 

11s  pourront  egalenient  prendre  part  a  une  Excursion  facultative 

(A  suivre,  page  d’annonces  XXI). 


feTABLISSEMENT  HYDR0THERAP1QUE 

ET 

MAISON  DE  CONVALESCENCE 

Docteur  J.-B.  BUVAT  el  Docteur  fl.  VILLEY-DESMESERETS 

Anciens  Internes  des  Asiles  de  la  Seine 
M6decins-Directeurs 


VILLA  MONTSOURIS 

130,  rue  de  la  Glaciere 

PARIS 

Telephone  :  Gobel.  05-40 
MARDI,  VENDREDI 

2  a  5 


CHATEAU  de  1’ ABB  AYE 

VIRY-CHATILLON 

(S.-et-O.) 

Telephone  :  Juvisy  76 

PARC  :  Huit  Hectares 


TRAITEMENT  DES  MALADIES 


NERVEUSES  ET  DES  TOXICOMANIES 


— «  PRIX  MODERES  »— 


—  XXI  — 


VACANCES  DE  PAQUES  SUR  LA  COTE  D’AZUR 

(Suite) 


dans  les  Alpes,  qui  sera  organisee  pour  eux  le  lundi  20  avril,  et  a 
un  Voyage  en  Corse,  qui  partira  du  port  de  Nice,  si  un  nombre  suffi- 
sant  de  voyageurs  en  fait  la  demande. 

Les  parcours  seront  tous  effectues  en  autocars.  Des  conferences  et 
demonstrations  seront  faites  chaque  jour.  Les  adherents  recevront 
des  permis  de  parcours  a  tarif  reduit,  valables  pendant  un  mois  sur 
les  Ghemins  de  fer  francais,  italiens  et  roumains.  Les  etudiants  en 
medecine  seront  admis  aux  memes  conditions  que  les  medecins. 

Le  Secretariat  de  la  Societe,  2't,  me  Verdi,  a  Nice,  envoie  gratuite- 
tement,  des  a  present,  le  programme  defaille  du  voyage  et  tous  les 
renseignements.  qui  lui  seront  demandes. 

( A  suivre  page  d’annonces  XXII). 


CHATEAU  DU  BEL-AIR 

VILLENEUVE-St-GEORGES,  1 5  minutes  de  Paris  ' 

65  trains  par  jour  dans  chaque  sens 
Voitures  a  la  gare  de  Villeneuve-St-Georges  :  Trajet  en  3  minutes 


Cures  de  Repos 
Convalescences 
Regimes 
Desintoxications 
Paychothe  rapie 
Heliotherapie 
Malariatherapie 


MEDECINS 

SPECIALISTES 

residant 
au  Chateau 


l»  II.  MKOiSOT  A  BKVA3  LT  U  ALLOME§ 

Ancienne  Maison  de  Sante  fondee  par  le  Dr  Blanche  a  Passy 
Telephone  244  a  Villeneuve-St-Georget 

PRIX  MODERES.  —  NOTICES  ILLUSTREES  SUR  DEMANDE 


B* 


—  XXII  — 


SECOND  CONGRES 

DE  L’ ASSOCIATION  INTERNATIONALE 
POUR  L’ETUDE  DES  RADIATIONS  SOLAIRES 
TERRESTRES  ET  COSMIQUES 
(15-17  juillet  1936) 


Le  premier  Congres  de  I’Association  (tenu  du  15  au  17  juillet  1935),  a 
ete  consacre  a  «  VEnfant  a  la  Mer  et  a  la  Montagne  ».  —  Le  second 
Congres  aura  lieu  a  la  meme  date  (15-17  juillet  1936)  et  en  voici  le 
theme  : 

«  Que  savons-nous  des  Radiations  electriques  solaires  ?  —  de 
«  l’Electricite  atmospherique  et  de  l’lonisation  de  l’air  ?  —  de  la 
«  Radio-activite  des  roches  et  des  eaux  ?  —  Quelle  est  l’influence  de 

(.4  suiure  page  d’annonces  XXIllj. 

NEUROBORE  PUR 

Solution  inalterable  de  tartrate  borico-potassique  pur 
1  gr.  par  cuilleree  5  caf6 

SPEC1FIQUE  DES  AFFECTIONS  NERVEUSES 

Pas  d'Acnii  —  Pas  de  troubles  gastro-intestinaux  —  Pas  de  depress  on  cardiaque 

NEUROBORE  -G-  ASSOCIE 

Tartrate  borico-potassique  +  Ph6nylethyl-malonylur£e  +  Correctif 
en  cachets  solubles 

MEDICATION  D’ATTAQUE 
des  Affections  nerveuses  graves,  des  Insomnies  rebelles 

CANTEINE 

BOUTEILLE 

(Crataegus  -  Passiflore  --  Hamam6lis  Salix  alba) 

Erethisme  cardiaque  -  Neurasth6nie  -  Meiancolie  -  D6prim6s 
-  Troubles  circulatoires  et  troubles  nerveux  consecutifs  - 
Echantillon  gratuit  sur  demande 

Laboratoire  E.  BOUTEILLE,  23,  rue  des  Moines,  PARIS  (17Q 


—  XXIII  — 


SECOND  CONGRES 

DE  L’ASSOCIATION  INTERNATIONALE 
POUR  L’ETUDE  DES  RADIATIONS  SOLAIRES 
TERRESTRES  ET  COSMIQUES 
(15-17  juillet  1936) 

(Suite) 


«  ces  Radiations  ambiantes  sur  la  charge  electrique  du  corps  humain 
«  et,  partant,  sur  l’apparition  et  1’evolution  des  Maladies  aigues  et 
«  chroniques  ?  » 

Ce  second  Congres  sera  tenu  a  La  Malou  (Herault).  Des  a  present, 
l’Association  prie  tous  ceux  qui  voudront  bien  lui  donner  leur  concours, 
de  signaler  les  travaux  deja  publies,  —  les  noms  des  personnalites 
(A  mivrt  page  d’annoncet  XXIV). 


MAISON  de  SANTE  de  PREFARGIER 

pres  Neuchatel,  Suisse  - 

Traitement 
des  maladies 
nerveuses 
et  mentales, 
de  l’alcoolisme, 
des  toxicomanies. 

9 

Installations 
modernes 

Situation  ravissante  au  bord  du  lac  de  Neuchatel 
Vaste  pare  de  30  Hectares 

Deux  medecins  specialistes  residant  a  l’Etablissement 
Medecin-Directeur  :  Dr  A.  Roller  —  Medecin-Adjoint  :  Dr  Ch.  Barbezat 

.  PROSPECTUS  - 


—  XXIV  — 


SECOND  CONGRES 

DE  L’ASSOCIATION  INTERNATIONALE 
POUR  L’ETUDE  DES  RADIATIONS  SOLAIRES 
TERRESTRES  ET  COSMIQUES 
(15-17  juillet  1936) 

(Suite) 


avant  l’experience  necessaire  pour  apporter  une  niise  an  point  des 
questions  posees,  —  et  les  noms  des  chercheurs  pouvant  exposer  leurs 
constatations  et  ieurs  essais,  on,  tout  au  inoins,  les  suggestions  et  les 
hypotheses  pouvant  servir  de  base  scientifique  pour  des  etudes  nou- 
velles.  Priere  d’ecrire,  a  cet  effet,  au  Secretariat  de  l’ Association,  24, 
rue  Verdi,  &  Nice. 

(A  suivre,  page  d’annonees  XXVI). 

B^ToSVs  carrion 

54,  Faubourg  Saint-Honor6,  PARIS-8e  ANJOU  36-45  (2  lignes) 


ANTASTHENE 

Glycerophosphates  y.  et  h  —  Extraits  opotherapiques 
Ampoules  —  ASTHlNIES  —  Comprimes 


—  XXV  — 


III 

CHATEAU  »E  PREVIEEE 


T6i.  52  ORTHEZ  (Basses-Pyrenees) 


D'  Marcel  DDEBS 

♦ 

Climat  toni-s6datif 
MAISON 

de  Traitements 

de  Repos  - 

de  R6gimes  — 

.Affections  nervcuses 
intoxications 
Convalescences 


Installation  luxueuse  et  plaisante  sur  les  bords  du  Gave  au  milieu 
-  d’un  pare  de  douze  hectares  &  proximity  de  Pau  et  Biarritz  -- 
Rayons  X  —  Electrotherapie  —  Hydrotherapie  —  Psychotherapie 


MAI50H  PE  SAUTE  P’£piN^y-5(lR-5EIHE 

(Fond6e  par  le  Dr  Tarrius) 

6,  Avenue  de  la  Repub lique,  EPINAY-sur-SEINE 

Telephone  :  68  St-Denis 

•** 

Maladies  mentales  et  nerveuses  des  deux  sexes 
Desintoxications  -  Cures  de  repos  -  Hydrotherapie  -  Electrotherapie 
Rayons  ultra-violets 

PAVILLONS  SEPARES  ET  VILLAS  PARTICULIERES 

tres  confortables  au  milieu  d’un  pare  de  1 5  hectares 

CHAUFFAGE  CENTRAL  -  ELECTRICITE  -  CHAPELLE 

L’etaklissement  est  largement  ouvert  a  toas  les  Medecint 
qui  peavent  continuer  d’y  frailer  leurs  malades 


Moyens  de  communication  :  Tramway  n°  54,  Place  de  la  Trinite-Enghien  (s  arrete 
devant  l'Etablissement).  —  Chemin  de  fer  gare  du  Nord,  trajet  en  10  minutes.  —  Automobiles, 
route  d’Enghien,  7  kilometres  de  Paris. 


—  XXVI  — 


VOYAGE  MEDICAL  AU  PLUS  GRAND  MAROC 
PAR  LE  RIFF,  LE  GRAND-ATLAS  ET  LE  SOUSS 
(PAQUES  1936) 


Un  voyage  reserve  aux  medecins  et  aux  personnes  specialement 
recommandees  par  eux  sera  organise  a  Paqiies,  au  Maroc.  De  pro¬ 
gramme  inedit,  il  aura  ceci  de  particulier,  qu’outre  les  endroits 
classiques,  il  visitera  des  regions,  nouvellement  ouvertes  a  la  colo¬ 
nisation,  du  Riff,  du  Grand  Atlas  et  du  Souss.  Itineraire  :  Taiiger, 
Tetouan  (Maroc  espagnol),  Ouezzan,  route  du  Riff,  Fes,  Moulay-Idriss, 
Volubilis,  Rabat,  Marrakech,  traversee  complete  du  Grand  Atlas  par 
le  col  de  Tizni-Test,  Taroudant  (chef-lieu  du  Souss)',  Agadir,  Mogador, 
Safi,  Mazagan,  Azemmour,  Casablanca. 

(A  suivre,  page  d’dnnonces  XXVIII). 


TRA  ITEM  ENTS  AURIQUES 

Tuberculose  D.  P.  Rhumatisme 

(Voie  intramusculaire) 

Oleochrysine  Lumiere 

Suspension  huileuse  d’auro-thiopropanol  sulfonate  de  calcium 

Allochrysine  Lumiere 

Sel  organique  d’or 

DBSENSIBILISATWM  omnivalentes  NON  SPECIFIQUES 

Anaphylaxie,  Manie,  Melancolie 

EMGE  LUMIERE 


(Thiosulfate  magn6sien) 


voie  veineuse 
voie  musculaire 


Le  meilleur  des  Borico-alcalins  : 

BOROSODINE  LUMIERE 

Littdrature  et  Echantillons  : 

LABORATOIRES  LUMIERE,  45,  Rue  Villon,  LYON 


-  XXVII  — 


Efablissemenf  Medical  de  MEJfZIEll  (Isere) 

Pres  IvYOJV 

Fond6  en  1881  par  le  Docteur  Ant.  COURJON 


Direction  m6dicale 

Dr  Remi  COURJON,  Medecin  des  Asiles,  Ancien  Chef  de  Clinique  Neuro- 
Psychiatrique  a  la  Faculty  de  Lyon,  Expert  pres  la  Cour  d’Appel  de  Lyon. 
D>'  Jean  THEVENON,  Ex-interne  des  Hopitaux  de  Lyon,  Ancien  Chef  de 
Clinique  Neuro-Psychiatrique  a  la  Faculte  de  Lyon. 

Un  medecin-adjoint 


MALADIES  DU  SYSTEME  MERVEEX 

NEVROSES,  PSYCHOSES,  INTOXICATIONS 
CURE  DE  REGIME,  SEVRAGE,  ISOLEMENT 

Pour  tous  renseignemants  :  s’adresser  au  Directeur  a  Meyzieu, 
tel.  n°  5,  ou  a  Lyon,  Cabinet  du  Dr  Remi  Courjon,  4,  rue 


President  Carnot,  les  mardi  et  jeudi  de  15  a  17  h.  Tel. 
Franklin  07-28. 


CENTRE  MEDICO-PEDAGOGIQUE  DE  PAU 


FONDla  EN  1930 
d'un  grand  pare  clos  avec  tout  co 
II-  MONESTIER,  Medeci 
I!.  COCOMAS,  Professe 


ort  moderns.  CLIKAT  TONI-SEMTIF  Rfpurf 
honoralre  des  Asiles 
-  specialise  diplome 

Action  pedagogique 
combinee  avec  traitement 
medical.  Instruction  par 
petits  groupes  et  dasse- 
ment  par,  categories  distinc- 
tes.  Orientation  profession- 


GARCONS  nerveux, 
instables,  hyperemotifs,  an- 
goisses,  grognons,  obstines, 
paresseux,  negligents, 
pottos  a  dire  des  grossie- 
retes,  querelleurs,  mauvais 
instincts,  insomniques, 

liqueurs.  Redressement  j  >1'  9  9  9 

moral.  Retardes  scolaires  et  i  jff. |Aj 
thyroidiens.  Delicats,  an 6-  WSKBtBM  J-”*'"  dl,iver-  Jeus 

mies,  fatigues,  convales-  Sports.  Gymnast.que  me- 

cents,  malingres,  enteriti-  Pf  dicale.  Hyd: 

ques,  ganglionnaires,  etc.  .  complete. 

SECTION  ENTRAINEMENT  MEDICO-PROFESSIONNELLE  AVEC  ATELIERS 
Section  specials  pour  enfants  pouvant  frequenter  les  Cours  du  Lycee  ou  College 
©  PRIX  :  Depuls  450  fr.  par  mois.  Chatpbres  particulldsres  9 
Contagieux,  grands  arrieres,  grands  nerveux  et  grands  agites  ne  sont  pas  admis 

VILLA  FORMOSE,  1,  Allees  de  Morlaas  -  PAU  (B.-P.)  Tel.  27-07 

©  NOTICE  IEEUSTRER  SIJR  DEMANDS  ADRESSEE  A  M.  EE  DIRECTEUR  © 


—  XXVIII  — 


VOYAGE  MEDICAL  AU  PLUS  GRAND  MAROC 
PAR  LE  RIFF,  LE  GRAND-ATLAS  ET  LE  SOUSS 
(PAQUES  1936) 

(Suite) 


Dans  chaque  ville  du  Circuit  il  a  ete  prevu  un  guide  indigene  pour 
les  visites, 

Le  depart  aura  lieu  de  Marseille  le  4  avril,  le  retour  dans  le  meme 
port,  le  21  avril.  Prix  forfaitaire  :  3.885  francs  franpais. 

S’adresser  pour  tous  reriseignements  a  la  Section  des  voyages  de 
«  Bruxelles-Medical  »,  29,  boulevard  Adolphe-Max  a  Bruxelles.' 

Passeport.  —  Les  voyageurs  se  rendant  au  Maroc  franpais  et  espa- 
gnol  doivent  etre  porteurs  d’un  passeport.  Independamment  du  passe¬ 
port,  les  mineurs  voyageant  isolement  devront  presenter  une  autorisa- 
tion  de  leurs  parents. 


llllllllllllllllll 

VIEEA  liUMIER 

a  BJLOIS 


consacree  am  maladies  mentales 


SOMMAIRE  DU  N°  4  (tome  I),  AVRIL  1936 


MEMOIRES  ORIGINAUX 

G.  Petit  et  J.  Delmond.  —  Le  syndrome  d’Adie  en  pathologie  mentale,  Ses 
jj,  rapports  avec  les  syndromes  neuro-  et  psycho-anemiques .  497 

F.  Morel.  —  Examen  audiometrique  de  malades  presentant  des  hallucinations 

auditives  verbales .  520 

G.  Gassiot  et  J.  Leclerc.  —  .Ascaridiose  et  psychopathie .  534 

P.  Tomesco,  N.  Gruia  Ionesco  et  P.  Constantinesco.  —  Recherches  sur  l’index- 

tyrosine  de  polypeptid6mie  dans  les  maladies  mentales .  548 

W.-M.  Van  der  Scheer  et  W.  Hemmes.  —  Les  tendances  actuelles  de  la  psy- 
p  chiatrie  en  Hollande .  554 


SOCIETt  MEDICO-PSYCHOLOGIQUE 


Seance  du  lundi  27  avril  1930 


Adoption  du  proces-verbal  .  581 

Correspondance  .  581 

Election  d’un  mem  lire  correspondant  na¬ 
tional  . 582 

A.  Cain  et  A.  Ceilliei:.  —  Contribution  a 


l’etude  des  psycho-anemies.  Examen  psy- 
ehiatrique  de  quatre  cas  d’anemie  de  Bier- 

mer  .  582 

Ph.  Paoniez  et  A.  Ceiluer.  —  Remarques  et‘ 
statistiques  sur  le  service  de  psychiatric 
d’urgencc  de  1’hopital  St-Antoine  .  . .  589 

(.Suite  du  sommuire,  page  II). 


Annates  Medico-Psijchologiqnes. 


A. 


SOCIETIES 


wMmmm 


M§MSSS[ 


m\S0\\  PE  Sm\t  PE  BELLEVUE  (S.-et-O.) 

8,  Avenue  du  It  Novembre  -:-  Observatolre  10^62 
Medecin-directeur  :  Dr  BUSSARD 
Medecin  assistant  :  Dr  Paul  CARRETTE 


,  a  proximite  c 
chaude  et  froid 


Psycho- 


Maladies 


Systeme 

nerveux 


Intoxica¬ 

tions 


et  de  la 


Nutrition 


Convales- 


CHATEAU  DE  SURESNES 


T616phone  :  SURESNES  2.88 


Le  Chateau 


La  Maison  de  Sante  du  Chateau  de  Suresnes  est  situee  a  la  Porte  de  Paris  (sortie 
du  Bois  de  Boulogne),  dans  un  grand  pare. 

Remise  a  neuf  et  embellie  depuis  la  guerre,  la  maison  regoit,  dans  des  parties 
distinctes  (chateau  et  pavilions  disperses  dans  la  verdure  du  pare),  des  convales¬ 
cents,  neurastheniques,  nerveux,  intoxiques  ou  psychopathes. 

Chateau  et  pavilions  reunissent  toutes  les  conditions  les  meilleures  d’liygiene 
et  de  bien-etre  (chauffage  central,  eau  chaude,  electricite,  eau  de  source),  etc. 

Les  personnes  qui  y  sSjournent  peuvent  y  disposer  a  leur  gre  d’une  chambre 
meublee  avec  luxe,  d’un  cabinet  de  toilette,  d’un  salon,  d’une  salle  de  bains, 

Les  Medecins  de  la  Maison  de  Sante  et  leurs  families  prennent  leurs  repas  avec 
les  pensionnaires  qui  desirent  frequenter  la  salle  a  manger. 

La  Maison  est  largement  ouverte  a  Messieurs  les  Medecins,  qui  peuvent  a/ns/ 
continuer  k  suivre  leurs  malades. 


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Medecins  Directeurs  : 

Dr  FILLASSIER  O.  #  Dr  DURAND-SALADIN 


NOTICE  SUR  DEMANDE 


Communications  :  Tramway  du  Val  d’Or  a  la  Porte  Maillot 


Societe  de  Medecine  Legale 
de  France 


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Mddecin-Directeur  :  Docteur  A.  DELMAS 

Ancien  chef  de  clinique  a  la  Faculte  de  Medecine  de  Paris 

Mddecin-adjoint  :  Docteur  P.  DELMAS 


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La  clinique  est  entiferement  ouverte  aux  Medecins 
qui  peuvent  ainsi  conserver  la  direction  de  leurs  malades 

Medecins  directeurs  :  Docteurs  LEULIER ,  MIGNON ,  CASALIS 
Medecin  assistant  :  Docteur  LECLERCQ 

Telephone  :  LE  VESINET  12 


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avec  la  collaboration  du  Dr  VIGNAUD, 
ex-Directeur  de  la  Maison  de  Sante  de  Va.nves 
et  d'un  medecin  assistant 


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Adresse  :  22,  rue  Saint-Aubin,  Vitry-sur-Seine  (Seine).  Tele¬ 
phone  :  Italie  06-96.  Renseignements  a  l’Etablissement  ou 
164,  faubourg  St'Honore  ( V 1 1  Ie) ,  chez  le  Dr  Paul-Boncour. 
Telephone  :  Elysees  32-36. 

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enfants  et  adolescents  des  deux  sexes  :  retardes,  nerveux, 
difficiles,  etc. 

Disposition  :  Pavilions  separes.  Parc 
de  3  hectares. 

Confort  :  Eau  courante  chaude  et 
froide.  Chauffage  central. 

Traitement  :  Hydrotherapique. 

Directeurs  :  Dr  Paul-Boncour, 

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Medecins  assistants  :  IV  (ODET,  Ancien  Chef  de  Clinique  de  la  Faculty  = 

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Rachitisme. 

Demineralisation. 

Troubles  de  la  Croissance 

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Hypo-acidite  gastrique. 

Syndrome  solaire. 

Dyspepsie  atonique. 

Palpitations  et  Tachycardie 
des  cceurs  nerveux. 

GEAATROPUYE 

Polonovski  et  Nitzbebo 

1  granules,  ou  20  gouttes,  1  a^3  fois  par  jour, 

Hyperchlorydr.ie. 

Spasmes  digestifs  —  Vomissements. 
Coliques  —  Diarrhees. 

&M0§C!0P0LAIM1IVE; 

Polonov8xi  et  Nitzberg 

4  a  8  granules,  ou  40  a  80  gouttes  par  jour. 

Maladie  de  Parkinson. 

Syndromes  post-encephal itiques . 
Anesthesie  chirurgicale  ou  obstetricale. 

CiMHYO§C¥AMIlG 

Polonovski  et  Nitzberq 

2  granules,  ou  ao  gouttes,  a  a  3  fois  par  jour 
entre  les  repas  de  preference, 
i  ampoule  par  jour. 

Spasmes  digestifs. 

T  remblements. 

Syndromes  parkinsoniens. 

Sueurs  des  tuberculeux. 

OMOSTItYCHmE 

Polonovski  et  Nitzberq 

Ampoules  —  Goutte  —  Granules 

GENOSXHEAIOEES 

Cacodylate  de  Genostrychnine  et  de  Ge'neserine. 
i  ampoule  injectable  chaque  jour. 

Aathenie. 

Neurasthenie  —  Surmenage. 

Anemie  —  Convalescence. 

Paralysies  atoniques. 

GEIOMORPH1ME 

Polonovski  et  Nitzbebo 

En  comprimes  doses  a  a  Ctgrs  (  a  a  3  fois 
par  jour)  ou  en  ampoules  injectable# 
dosees  a  4  Ctgrs. 

La  Douleur. 

L’Anxiete  —  1’Agitation. 

Les  Dyspnees  spasmodiques. 

La  Demorphinisation. 

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—  XVI  — 


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6,  Avenue  des  Marronniers  Tel.  :  Tremblay  12-87 

Medecin-Directeur  : 

Docteur  G.  COLLET,  Ancien  interne  des  Asiles  de  la  Seine 

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Autobus  n  122  au  Chateau  de  Vincennes  (Station  da  Metro). 


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Docteur  J.-B.  BUVAT  et  Docteur  G.  VILLEY-DESMESERETS 

Anciens  Internes  des  Asiles  de  la  Seine 
M6decins-Directeurs 


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PARIS 

Telephone  :  Gobel.  05-40 
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(S.-et-O.) 

Telephone  :  Juvisy  76 


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NERVEUSES  ET  DES  T0XIC0MANIES 

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Annales  Medico-Psycholor/iques. 


—  XVIII  — 


INFORMATIONS 


XV  REUNION  NEUROLOGIQUE 
INTERNATIONALE  ANNUELLE 
Paris,  26  et  27  mai  1936 


La  XV'  Reunion  Neurologique  Internationale  se  tiendra  a  Paris,  1'es 
mardi  26  et  mercredi  27  mai  1!)36,  a  la  Salpetriere,  47,  boulevard  de 
J’Hopital  (Amphitheatre  de  l’Ecole  des  Infirm ieres). 

Les  seances  auront  lieu  le  matin  de  9  h.  a  12  h.  et  l’apres-midi  de 
15  h.  a  18  h. 

La  question  suivante  a  ete  mise  a  l’etude  : 

La  circulation  cerebrale 

Physiologie :  Vasomotricite  et  nutrition  :  MM.  Villaret,  Justin 
Besanqon,  de  Seze  et  Cachera. 

M.  Riser  (de  Toulouse)  avec  la  collaboration  de  MM.  Becq,  Goua- 
dan,  Meriel,  Planques  et  de  Miles  Cambefort  et  Laritry. 

Pathologie  :  Clinique  :  MM.  Alajouanine  et  Thurei.. 

Radiognostic  :  Angiographic  cerebrale  :  M.  F.gas  Moniz  (de  Lis- 
bonne). 

(4  silivre,  page  tVannoncea  XIX). 


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Telephone  244  a  Villeneuve-St-Georges 

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—  XIX  — 


XV'  REUNION  NEUROLOGIQUE 
INTERNATIONALE  ANNUELLE 
Paris,  26  et  27  mai  1936 

(Suite) 


Pendant  la  Reunion  Neurologique,  les  adherents  entendront  ega- 
lement  l’expose  des  travaux  du  Fonds  Dejerine  par  : 

M.  Laruelle  (de  Bruxelles).  —  Sur  la  structure  de  la  substance 
arise  de  la  moelle, 

M.  Dechaume  (de  Lyon).  —  Amyelies  experimentales.  Etude  anato- 
moclinique  et  du  Fonds  Babinski  par: 

M.  Barre  (de  Strasbourg).  —  Syndromes  pyramiduux  frustes. 

MM.  David  et  Puech.  —  Syndrome  adiposo-yenital. 

Reglement  des  Reunions  Neurologiques 
Internationales  annuelies 

La  Societe  de  Neurplogie  de  Paris,  dans  le  but  de  faciliter  les  echan- 
ges  de  vues  sur  les  Questions  Neurologiques  d’actualite,  a  institue, 
chaque  annee,  tine  Reunion  Neurologique  a  laquelle  participent,  outre 
ses  membres  nationaux  et  etrangers,  des  personnalites  scientitiques 
directement  invitees  par  la  Societe. 

Ces  Reunions  Neurologiques  pnt  lieu  a  Paris.  Elies  comportent 
deux  jours  de  travaux  avec  deux'  seances  par  jour. 

Les  questions  presentant  un  interct  a  la  fois  scienlifique  et  pratique 

(A  snivre,  page  d’annonces  XX.). 


NEUROBORE  PUR 

Solution  inalterable  de  tartrate  borico-potassique  pur 
1  gr.  par  cuilieree  A  cafp 
SPECIFIQUE  DES  AFFECTIONS  NERVEUSES 
Pas  d'Acni  —  Pas  de  troubles  gastro-intestinaux  —  Pas  de  depression  cardlaque 

NEUROBORE  -G-  ASSOCIE 

Tartrate  borico-potassiqtie  4^: Phenylethyl-malonylur6e  +  Correctif 
en  cachets  solubles 

MEDICATION  D’ATTAQUE 

des  Affections  nerveuses  graves,  des  Insomnies  rebelles 

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--  Troubles  circulatoires  et  troubles  nerveux  consecutifs  -- 
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—  XX  — 


XV'  REUNION  NEUROLOGIQUE 
INTERNATIONALE  ANNUELLE 
Paris,  26  et  27  mai  1936 

(Suite) 


sont  mises  en  discussion  a  la  suite  d’un  expose  fait  par  des  Rappor¬ 
teurs  designes  a  l’avance  par  la  Societe. 

Le  programme  de  la  discussion  est  adresse  a  ceux  qui  annoncent 
leur  participation  a  la  Reunion. 

Les  communications  portent  uniqiiement  sur  ies  questions  posies. 
La  duree  de  chaque  communication  ne  peut  depasser  dix  minutes.  II 
est  accorde,  pour  chaque  communication,  au  plus  quatre  pages  d’im- 
pression  et  une  page  pour  chaque  discussion. 

Ne  sont  publiees  dans  les  comptes  rendus  de  la  Reunion  que  les 
communications  ou  discussions  dont  le  texte  est  remis  au  cours  des 
seances. 

Des  projections  cliniques  ou  anatomiques;  ainsi  que  des  presenta¬ 
tions  de  malades  peuvent  etre  faites,  apres  entente  prealable  avec  le 
Secretaire  general. 

Priere  d’adresser  les  reponses  aux  invitations  et  les  titres  de  com-  . 
munications  au  Secretaire  general :  D'  Crouzon,  70  bis,  Avenue  d’lena, 
Paris,  16°. 

Les  Grands  Reseaux  de  Chemins  de  fer  francais  nous  accorderont, 
cette  annee  encore,  la  reduction  de  tarif  des  Congres. 

U  suivre,  page  d'cmnonces  XXI). 


Efablissement  M6dicaJ  de  MEj/ZIEG  (Isere) 

Pres  IvYOX 

Fond6  en  1881  par  le  Docteur  Arit.  COURJON 


Direotton  m6dicale 

Dr  Remi  COURJON,  Medecin  des  Asiles,  Ancien  Chef  de  Clinique  Neuro- 
Psychiatrique  a  la  Faculte  de  Lyon,  Expert  pres  la  Cour  d'Appel  de  Lyon. 
D'-  Jean  THEVENON,  Ex-interne  des  Hopitaux  de  Lyon,  Ancien  Chef  de 
Clinique  Neuro-Psychiatrique  a  la  Faculte  de  Lyon. 

Un  medecin-adjoint 

IHAMDIES  DU  SYSTE11E  MERVEEX 

NEVROSES,  PSYCHOSES,  INTOXICATIONS 
CURE  DE  REGIME,  SEVRAGE,  ISOLEMENT 

Pour  toils  renseignements  :  s’adresser  au  Directeur  a  Meyzieu, 
tel.  n°  5,  ou  a  Lyon,  Cabinet  du  D'~  Remi  Courjon,  4,  rue 
President  Carnot,  les  mardi  el  jeudi  de  15  a  17  h.  Tel. 
Franklin  07-28. 


—  XXI  — 


XV'  REUNION  NEUROLOGIQUE 
INTERNATIONALE  ANNUELLE 
Paris,  26  et  27  mai  1936 

(Suite) 


Les  adherents  qui  desirent  beneficier  de  cette  reduction  doivent 
adresser  aux  Wagons-Lits-Cook,  40,  rue  de  l’Arcade,  avant  le  10  mai, 
le ui's  nom,  prenom,  qualite,  domicile  et  Vitineraire  suivi  du  domicile 
on  du  point  d’ entree  en  France  a  Paris  et  vice-versa,  avec  la  mention 
des  points  indispensables  pour  jalonner  Vitineraire  et,  s’il  y  a  lieu,  les 
points  d’ entree  sur  chaque  reseau. 

Les  Reseaux  sont  disposes  a  examiner  avec  bienveillance  les  deman- 
des  de  prorogation  de  validite  des  bons  de  reduction  pour  les  adhe¬ 
rents  ayant  a  parcourir  de  tres  grandes  distances  pour  assister  a  la 
Reunion. 

Les  bons  de  reduction  seront  adresses  aux  interesses  par  les  soins 
des  Wagons-Lits-Cook  dont  les  Agences  pourront,  en  outre,  s’occuper 
de  toutes  questions  relatives  au  s6jour  a  Paris  des  adherents  a  la 
Reunion. 

Une  excursion  aux  environs  de  Paris  sera  organisee  apres  la 
Reunion. 

A 

La  Societe  tiendra  sa  seance  mensuelle  le  jeudi  28  mai,  au  siege  de 
1’Academie  de  Chirurgie,  12,  rue  de  Seine.  Cette  seance  sera  consacree 
aux  communications  portant  sur  les  questions  diverses. 

■  _  .  (4  suivre,  page  d’aimonces  XXII). 

traitements  auriques 

Tuberculose  D.  P.  Rhumatisme 

(Voie  intramusculaire) 

Oleochrysine  Lumiere 

Suspension  huileuse  d’auroAhiopropano!  sulfonate  de  calcium 

Allochrysine  Lumiere 

_ _  Sel  organique  d’or 

DESEN  SIBIL/S  A  T10NS  ommvaientes  NON  SPECIFIQUES 

Anaphylaxie,  Matiie,  Melaticolie 

EMGE  LUMIERE 

(Thiosulfate  magngsien) 


Le  meilleur  des  Borico-alcalins  : 

BOROSODINE  LUMIERE 


Litterature  et  Echantillons  : 

LABORATOIRES  LUMIERE,  45,  Rue  Villon,  LYON 

~  - - i? 


)  ab  ore 
(  voie  veineuse 
)  vole  muscuiaire 


-  ■-  ■■■■■■■ . . . 


—  XXII  — 


SOCIETE  SUISSE  DE  PSYCHIATRIE 
Assemblee  de  Printemps  1936 

Samedi  2,  et  dimanche  3  mai  1936,  d  Geneve 


Programme 


Premiere  seance.  Samedi  2  mai  a  15  heures  dans  l’ Amphitheatre 
de  la  Clinique  chirurgicale  (entree  par  i.e  Boulevard  de  la  CluseX 


1.  Allocution  du  President,  Dr  H.  Flournoy,  Geneve. 

2.  Necrologies  :  D!  Bertsciiinger,  Breitenau,  Schaffhouse,  par  le 
D'  Kielholz,  Konigsfelden  (Argovie)  ;  Dr  Bezzola,  Celerina  (Orisons), 
par  le  D’  Braun,  Zurich. 

3.  Rapports:  a)  I)'  A.  ■  Brousseau,  Paris:  L’ automatisms  mental 
selon  G.  de  Clerambault  ; 

b)  IP  F,  Morel,  Geneve  :  Etude  cliniqiie  des  syndromes  d‘ auto¬ 
matisms. 

4.  Discussion  des  rapports.  La  discussion  sera  ouverte  par  M.  le 
Prof.  Ladame,  et  le  Dr  G.  de  Morsier,  charge  de  cours,  Geneve. 


—  XXIII  — 


SOCIETE  SUISSE  DE  PSYCHIATRIE 
Assemblee  de  Printemps  1936 

(Suite) 


5.  Communications  scientifiques. 

6.  Banquet  officiel  a  20  h.  30  a  l’Hotel  Metropole. 

II"  STANCE.  DlMANCHE  3  MAI  A  8  HEURES,  A  L’ASILE  CLINIQUE 
psychiatrique,  Bel-Air,  Chene 

1.  8  h.  Seance  administrative. 

1)  Communications  du  President. 

2)  Rapport  de  la  Commission  de  psychotherapie  (Dr  Mor- 

genthaler). 

3)  Rapport  sur  la  Bibliotheque  suisse  tie  psychiatric. 

4)  Rapport  des  autres  Commissions. 

5)  Rapport  de  la  Caisse  et  des  Verificateurs  des  comptes. 

6)  Admission  de  nouveaux  membres. 

7)  Nomination  de  deux  membres  correspondants. 

8)  Propositions  individuelles. 

(A  suivre,  paye  d’annonces  XXIV). 


CENTRE  MEDICO-PfiDAGOGIQUE  DE  PAU 

♦  ♦♦♦♦'  fondS  en  1930  ♦  ♦  ♦  ♦  ♦ 

aux  portes  de  la  Ville,  sur  la  hauteur,  au  milieu  d'un  grand  pare  clos  avec  tout  contort  moderne.  CUMAT  TONI-SEDATIF  REPUTE 
Directeur  Medical  :  itocteui-  n»\(SI  Ii:il.  Medecin  honoraire  des  Asiles 
Directeur  admitiistratif  :  COCOA  J  S1  Professeur  specialise  dipldme 

GARQONS  nerveux, 
instables,  hyperemotifs,  an- 
goisses,  grognons,  obstines, 
paresseux,  negligents, 
portes  a  dire  des  grossie- 
retes,  querelleurs,  mauvais 

tiqueurs.  Redressement 
moral.  Retardes  scolaires  et 
thyroi'diens.  Delicats,  ane- 
mies,  fatigues,  convales¬ 
cents,  malingres,  enteriti- 
ques,  ganglionnaires,  etc. 

SECTION  ENTRAINEMENT  MEDICO-PROFESSIONNELLE  AVEC  ATELIERS 
Section  speciale  pour  enfants  pouvant  frequenter  les  Cours  du  Lycee  ou  College 
©  PRIX  :  Depuis  450  fr.  par  mois,  Chambres  particulieres  » 
Contagieux,  grands  arrieres,  grands  nerveux  et  grands  agites  ne  sont  pas  admis 

VILLA  FORMOSE,  1,  Allies  de  Morlaas  -  PAU  (B.-P.)  Tel.  27-07 

©  NOTICE  II.LVSTREK  SCI*  OEMANDE  ADHESSKE  A  II.  II:  IIIHIIr  1111  9 


—  XXIV  — 


SOCIETE  SUISSE  DE  PSYCHIATRIE 
Assemblee  de  Printemps  1936 

(Suite) 


2.  9  h.  1/4.  Buffet  froid  offert  par  l’Asile. 

3.  9  h.  3/4.  Suite  des  communications  scientifiques  et  de  la  dis¬ 
cussion. 

4.  11  h.  Visite  de  la  Clinique  psychiatrique. 

5.  13  h.  Lunch  facultatif  a  l’Hotel  Metropole  (Le  convert  a  4  fr.). 

Communications  annoncees 

Prof.  Pfersdorff,  Strasbourg  :  «  Les  qutdmatismes  du  langage  ». 

L.  Redalie,  Geneve  :  «  Automatisme  mental  on  reaction  psychi - 

que  ?  » 

H.  Bersot,  Le  Landeron  :  «  Repartition,  age  et  formes  de  maladies 
des  malades  mentaux  soignes  en  Suisse  »  (avec  projections). 

H.  Schmid,  Miinchenbuchsee  et  H.  Bersot,  Le  Landeron  :  «  Les 
phenotnenes  moteurs  dans  le  choc  insulinique  »  (avec  iibn  cinema- 
tographique). 

u  suivre,  page  d’annonces  XXVI). 


NEVROSTHENINE  freyssinge 


Ill 

CHATEAU  l»i:  PREAIELE 


Installation  luxueuse  et  plaisante  sur  les  bords  du  Gave  au  milieu 
-  d’un  pare  de  douze  hectares  3  proximitd  de  Pau  et  Biarritz  >• 
Rayons  X  —  Electrotherapie  —  Hydrotherapie  —  Psychothirapie 


NEURINASE 


Amorce  le 

sommeil  natweL-> 


.  taisonmle 


Tch°-ns&  Litterature 
Labdratoires  OEnEvrier 

2  Rue  du  DSbarcadtre  PARIS 


/ 


—  XXVI  — 


IX  CONGRES 
DES 

SOCIETES  D’OTO-NEURO-QPHTALMOLOGIE 


Reunion  Internationale  en  langue  erancaise 

Ce  Congres  se  tiendra  a  Lyon,  les  ,  29,  30  et  31  mai  1936,  sous  la 
presidence  de  M.  le  prof.  M.  Lannois.  Le  rapport  sur  les  arachnoid ites 
de  la  base  da  cerveau  sera  presente  par  MM.  H.  et  R.  Bourgeois, 
Lapouge  (Otologie),  H.  Roger,  P.  Cossa  (Neurologie),  P.  Carlotti 
(Ophtalmologie),  Clovis  Vincent  (Neuro-Chirurgie). 

Le  Bureau  du  Congres  est  ainsi  constitue  :  President  honoraire, 
Prof.  Rollet  ;  President,  Prof.  M.  LaNnois  ;  Vice-Presidents,  Prof.  P. 
Bonnet,  J.  Collet,  J.  Froment,  J.  Lepine;  Membres  du  Bureau,  le  pre¬ 
sident  de  la  Societe  d’oto-rhino-laryngologie  de  Lyon  et  du  sud-est, 
M.  Chavanne  et  le  secretaire  de  la  Societe  d’oto-rhino-laryngologie 
de  Lyon  et  du  sud-est,  M.  Sargnon,  le  president  de  la  Societe  d’ophtal- 
mologie  de  Lyon,  M.  Grandclement  et  le  secretaire  de  la  Societe 
d’ophalmologie  dc  Lyon,  M.  Bussy,  le  medecin  lieutenant-colonel 
Gautier  et.  le  medecin-commandant  Desgouttes-Talbot,  chefs  de 
service  a  l’hopital  Desgenettes,  MM.  Beriel,  Dechaume,  Devic, 
Rebattu,  Ricard,  Wertheimer,  medecins  et  chirurgiens  des  Hopitaux 
dc  Lyon. 

Secretariat  local :  M.  Gaillaru  avec  MM.  Mayoux  et  Mounier- 
Kuhn  (Otologie),  Bourrat  et  P.  Girard  (Neurologic),  Paufique  et 

U'  suivre,  page  d:  anno  nee  s  XXVIII). 


f 

MEDICATION  ALCALINE  PRATIQUE 

COMPRIMES  VICHY-ETAT 

3  a  4  comprimes  par  verre  d’eau 
12  a  15  comprimes  par  litre. 

. . . . .  ■  — ^ 


REGONSTITUANT 
DU  SYSTEME  NERVEUX 

NEUROSINE 

PRUNIER 

GLYCEROPHOSPHATE  DE  CALCIUM 

ASSIMILABLE 


—  XXVII'  — 


MAISON  de  SANTE  de  PREFARGIER 

— . .  pres  Neuchatel,  Suisse  77"  "" 


Traitement 
des  maladies 
nerveuses 
et  mentales, 
de  l’alcoolisme, 
des  toxicomanies. 

9 

Installations 

modernes 


Psychotherapie. 

9 

Traitement 
individuel. 
Occasions  variees 
d'occupation 
rationnelle 
pour  les 
pensionnaires 


Situation  ravissante  au  bord  da  lac  de  Neuchatel 
Vaste  pare  de  30  Hectares 

Deux  medecins  specialistes  residant  a  l’Etablissement 
Medecin-Directeur  :  Dr  A.  Roller  —  Medecin-Adjoint  :  Dr  Ch.  Barbezat 

PROSPECTUS  ' 


MAISON  PE  SANTE  P’EpINM-SUR-SEINE 

(FondSe  par  le  Dr  Tarrius) 

6,  Avenue  de  la  Rtpuhlique,  EPINAY-sur-SEINE 

Telephone  :  68  St-Denis 

-9- 

Maladies  mentales  et  nerveuses  des  deux  sexes 
Desintoxications  -  Cures  de  repos  ■  Hydrotherapie  -  Electrotherapie 
Rayons  ultra-violets 

PAVILLONS  SEPARES  ET  VILLAS  PAR TICULIERES 

tres  confortables  au  milieu  d’un  pare  de  15  hectares 

CHAUFFAGE  CENTRAL  -  ELECTRICITE  -  CHAPELLE 

L’etablissement  est  largement  ouvert  a  tous  les  Medecins 
qui  peuvent  continuer  d’y  traiter  leurs  malades 


Moyens  de  communication  :  Tramway  n°  54,  Place  de  la  Trinite-Enghien  (s’arrete 
devant  l'Etablissement).  —  Chemin  de  fer  gare  du  Nord,  trajet  en  10  minutes.  —  Automobiles, 
route  d’Enghien,  7  kilometres  de  Paris. 


—  XXVIII  — 


IX  CONGRES 
DES 

SOCIETES  D’OTO-NEURO-OPHTALMOLOGIE 

(Suite) 


approfondie  du  rapport, 
ayant  trait  a  la  meme  question; 

du  Congres  ne  comporte 


SOMMAIRE  DU  N°  5  (tome  1),  MAI  1936 


MEMOIRES  ORIGIN  AUX 

H.  Roger  et  J.  Alliez.  —  Choree  fibrillaire  de  Morvan,  acrodynie  infantile 


*•  et  troubles  psychiques .  689 

|  E.  LarriviS  et  R.  Mathon.  —  Contribution  a  l’etude  des  formes  mentales 

V  des  tumeurs  cerebrales .  694 

Alberto  Brochado.  --  Le  syndrome  de  Capras .  706 

A.  Repond.  —  Les  tendances  actuelles  de  la  psycbiatrie  en  Suisse .  718 


SOCIETE  MEDICO-PSY  CHOLOGIQUE 

Seance  du  jendi  Vi  mai  193G  j  ().  Daumezon.  —  Dipsomanie  reactionnelle 

t  Seances  de  juilfet  et  octobre  .  738  I  ct  pModique  .  739 

(Suite  du  sommaire,  page  11). 

lllAISoSf 

;  j  D’lVRY-SUR-SEINE 

23,  Rue  de  la  Mairie  a  IVRY 

I  Telephone  :  Gob.  01.67  ■ 


MALADIES  MENTALES  &NERVEUSES 


NOMBREUX  PAVILLONS 

j  DANS  UN  PARC  DE  12  HECTARES 

■  _ 

j  Mddecin-Directeur  :  Docteur  A.  DELMAS 

j  Ancien  chef  de  clinique  a  la  Faculte  de  Medecine  de  Paris 

Mddecin-adjoint  :  Docteur  P.  DELMAS 


A  nnales  Medico-Psychologiques. 


A. 


—  II 


G.  Daumezon.  —  Amnesie  retardee  dans  une 

intoxication  oxycarbonee  .  742 

M.  Brissot  et  Del'suc.  —  Parkinsonisme 
post-encephalitique  chez  un  enfant  traite 
par  la  methode  de  Reenter.  Resultats  peu 

encourageants  .  746 

M.  Brtssot  et  Delsuc.  —  Polydactylie  chez 
un  imbecile  mental.  Ponce  surnume- 
raire  .  752 


L.  Marchand,  Mile  P.  Petit  et  J.  Fortineau. 
—  Meningite  aigue  pneumococeique  en- 
kystee  chez  un  paralytique  general.  754 
L.  Marchand.  —  Neurinome  du  nerf  acous- 
tique.  Cecite  et  troubles  psychiques  760 
P.  Courbon  et  Mile  S.  Rousset.  —  Impul¬ 
sions  au  suicide  chez  un  vieillard  epilep- 

*  tique  .  . .  766 

P.  Courbon  et  Fortineau.  —  Impulsion  au 
magnicide  r£v61atrice  d’hebephrenie.  770 


Seance  du  lundi  25  mai  l'J-JG 

Adoption  du  proces-verbal  .  776 

Correspondance  . 776 

Celebration  du  IIP  Centenaire  de  I’Univer| 

site  Harvard  . 776 

Vioeu  concernant  la  protection  des  malades 

mentaux  . 777 

Rapport  sur  le  memoire  presente  pour  le 

prix  Aubanel  . 778 

Rapport  sur  le  memoire  presente  pour  le 

prix  Moreau  de  Tours  .  780 

J.  Vie.  —  Rapport  sur  les  Assistantes  socia- 

les  psychiatriques  .  783 

A.  Porot.  —  Res  Services  hospitaliers  de 
psychiatrie  dans  l’Afrique  du  Nord  (Alge- 

rie  et  Tunisie)  .  793 

A.  Porot  et  R.  Valence.  —  Maladie  de  Bier- 
mer  et  responsabilife  medico-Wgale  (a 
(Suite  du  sommaire,  page  IV). 


—  Ill  — 


CHATEAU  DE  SURESNES 


T6I6phone  :  SURESNES  2.88 

Maison 
de  Santd 
de  Repos 
dB  Regimes 

Fondee  par 

M.  le  Dr  MAGNAN 

Membre  de 
l'Acadimie  de  MSdecine 


La  Maison  de  Sante  du  Chateau  de  Suresnes  est  situee  A  la  Porte  de  Paris  (sortie 
du  Bois  de  Boulogne),  dans  un  grand  pare. 

Remise  a  neuf  et  embellie  depuis  la  guerre,  la  maison  refoit,  dans  des  parties 
distinctes  (chateau  et  pavilions  disperses  dans  la  verdure  du  pare),  des  convales¬ 
cents,  neurastheniques,  nerveux,  intoxiques  ou  psychopathes. 

Chateau  et  pavilions  reunissent  toutes  les  conditions  les  meilleures  d’hygiene 
et  de  bien-etre  (chauffage  central,  eau  cliaude,  electricite,  eau  de  source),  etc. 

Les  personnes  qui  y  sejournent  peuvent  y  disposer  a  leur  gre  d’une  chambre 
meublee  avec  luxe,  d’un  cabinet  de  toilette,  d’un  salon,  d’une  salle  de  bains, 
etc. 

Les  Medecins  de  la  Maison  de  Sante  et  leurs  families  prennent  leurs  repas  avec 
les  pensionnaires  qui  desirent  frequenter  la  salle  a  manger. 

La  Maison  est  largement  ouverte  a  Messieurs  ies  M6decins,  qui  peuvent  ainsi 
continuer  k  suivre  leurs  malades. 


HYDROTHERAPIE  -  ELECTROTHERAPIE 


Medecins  Directeurs  : 

Dr  FILLASSIER  0.  *  Dr  DURAND-SALADIN 


NOTICE  SUR  DEMANDE 


Communications  :  Tramway  du  Val  d’Or  a  la  Porte  Maillot 


Le  Chftteau 


prop  os  d‘une  expertise)  .  80(5 

H.  Roger,  Albert-Gremieux  et  J.  Alliez.  — 
Syndrome  catatonique  post-typhique  cura¬ 
ble  .  810 

H.  Roger  et  Albert-Cremieux.  — -  Les  trou¬ 
bles  psychiques  de  la  melitococcie.  .  816 

J.  Hamel  et  R.  Buisson.  —  Anxiete  ehez  un 
deprime  hypocondriaque.  Heureux  effet 


J,  Picard  et  (1.  Ma-hquet.  —  Nanisme 
achondroplasique  ;  hyperorchidie  ;  exhi¬ 
bitions  et  bestialite  sadique .  827 

■T.  Picard  et  G.  Marquet.  —  Syndrome  de 
delire  aigu  ehez  un  predispose.  Succes 
d’un  traitement  par  le  carbone  intra- 
veineux  .  832 


SOCIETES 

Societe  de  Neurologie  de  Paris 

Seance  dn  jeudi  7  mai  1936 

Hp'ijithiques  dans  les  tumours  du-cervelet  et  dtt 

,  IV«  ventricule  .  83t> 

Th.  de  Martel,  Guillaume  et  'J’hurel.  —  Tumcur 
dn  rachis  ^econdaire  a  un  kyste  du  thorax  836 
G.  Heuver,  Mme  Roudinesco  et  Mme  Lesueur.  — 

Reaction  myotonique  isolee  des  tl^chisseurs  de 

(Suite  dn  sommaire  page  VI). 

MON  PE  5NNTE  PE  BELLEVUE  (S.-ef-O.) 

8,  Avenue  du  11  Novembre  Observaloire  10=62 

Medecin-directeur  :  Dr  BUSSARD 
Medecin  assistant  :  Dr  Paul  CARRETTE 

Psycho- 
nevroses 

■=*> 

Intoxica¬ 
tions 

Convales¬ 
cences 

Cet  etablissement,  situe  sur  ie  coteau  de  Bellevue,  a  proximite  du  bois.  de 
Meudon,  est  compose,  de  plusieurs  pavilions  dans  un  pare.  II  offre  tout  le 
contort  moderne,  eclairage  electrique,  eau  courante  chaude  et  froide  dans  les 
chambres,  chauffage  central. 


J.  Lhebmittf  et  Albessar.  — •  Syndrome  adipo- 
genital.  Traitement  sp.eciflque.  Guerison...  837 
J.-A.  Bai! rk  et  O.  Metzger.  —  Etat  des  reactions 
ethyl  ique 
....  837  | 

t  du 


e  du  bulhe 


ortancc  de  l’ced^me  cerebral 


—  V  — 


VILLA  DES  PAGES 

LE  VfiSINET  (S.-et-O.) 

40,  Avenue  Horace  Vernet 

TRAITEMENT  DES  AFFECTIONS  NERVEUSES 
ET  DES  MALADIES  DE  LA  NUTRITION 

REPOS,  CONVALESCENCES,  REGIMES 

Cures  de  disintoxication 


Psychotherapie,  Reeducation,  Physiotherapie 


12  chalets  pourvus  du  confort  moderne 
dissemines  dans  un  pare  de  5  hectares. 
Chambres  ou  appartements  a  plusieurs  pieces 


La  clinique  est  entierement  ouverte  aux  Medecins 
qui  peuvent  ainsi  conserver  la  direction  de  leurs  malades 

Medecins  directeurs  :  Docteurs  LEULIER,  MIGNON,  CASALIS 
Medecin  assistant  :  Docteur  LECLERCQ 

Telephone  :  LE  VESINET  12 


—  VI 

P.  Divry.  —  Cbolesteatome  clu  cervelet .  840 

Vermeylen  et  Heernu.  —  Maladie  de  Dercum 
avec  troubles  mentaux  predominants . .  •. . .  840. 

Societe  beige  de  Neurologie 

Seance  du  25  avril  1936 

J.  Ley.  —  Ictus  apoplectiforme  sulvi  d'acalculio: 
avec  dyslexic  et  dysgraphle  sans  aucun  autre 
trouble  de  la  serie  aphasique  chez  un  poly- 

glotte  . : . . . 841 

H.  Baonvilu:,  M.  Moreau  et  J.  Titeca.  J-  Syn¬ 
drome  protuberantiel  . 841 

J.  de  Busscher.  —  Tumeur  epipliysaire;  cnvahis- 

sement  des  ventricules  cerebraux  . .  842 

Caleewaert.  —  Deux  observations  anatomo-cli- 

niques  de  maladie  de  Landry  . .  842 

J.  Moldaver  et  J.  Titeca.  —  Sclerose  laterale 

amyotrophique  a  debut  bulbaire . .  842 

Evrard.  — -  Meningite  pneumococcique  trauma- 

tiquc  . .  842 

(Suite  du  sommaire  page  VIII). 


INSTITUT  MEDIC0-PEDAG0GI0UE 

DE  VITRY-SUR-SEINE 

Adresse  :  22 ?  rue  Saint- Aubin,  Vitry-sur-Seine  (Seine).  Tele¬ 
phone  :  Italie  06-96.  Renseignements  a  l’Etablissement  ou 
164,  faubourg  St'Honore  ( V 1 1  Ie) ,  chez  le  Dr  Paul-Boncour. 
Telephone  :  Elysees  32-36. 

Affections  traitees  :  Maison  d’education  et  de  traitement  pour 
enfants  et  adolescents  des  deux  sexes  :  retardes,  nerveux, 
difficiles,  etc. 

Disposition  :  Pavilions  separes.  Parc 
de  5  hectares. 

Confort  :  Eau  courante  chaude  et 
froide.  Chauffage  central. 

Traitement  :  Hydrotherapique. 

Directeurs  :  Dr  Paul-Boncour, 

O.  *  et  G.  Albouy. 


Tli.  Ai.ajouanine  et  Til.  hornet.  —  r.e  lamums- 
sement  laminaire  de  l’ecorce  cerebrale.  Kamol- 
i  lissement  partiel  localise  a  la  Itl°  ou  a  la  V* 
couche.  Ses  rapports  avec  la  disposition  vascu- 
laire  du  cortex  . .  838 

Societe  de  Medecine  Legale 
de  France 


x.  —  Une  autoevisceration  c 


Societe  de  Medecine  Mentale 
de  Belgique 

-  Seance  du  25  avril  193G 


G.  Mu  vie  et  B.  Batselaere.  —  < 
l’etude  du  syndrome  denomm 

pieds  en  tourche  »  . 

Massaut  et  Mathieu.  —  Sur  la  t 
an  irvDtoDhane  dans  les  maladies 


—  VII  — 


Saint- REMY 

CLINIQUE  MEDICALE 

46,  Boul.  Carnot  Tel.  Regional  755  et  850 

LE  VfSINET  (S.-et-O.). 


TRAITEMENT 

des  affections  du  Systeme  nerveux,  des 
intoxications  etdes  maladies  de  la  nutrition 

Repos  —  Convalescences  —  Regimes 
Electrotherapie.  —  —  Hydrotherapie 

Dans  banlieue  agreable,  paisible  et  same. 
Tres  belle  installation  modele,  6  pavilions  separes 
dans  un  pare  fleuri  de  2  hectares  - 

Chambres  gaies,  meublees  avec  gout,  tres  conforta- 
bles,  cabinets  de  toilette  avec  S.  B.  et  W.  C.  prives. 
Galeries  ensoleillees.  Terrain  et  salons  de  jeux. 
Excellente  cuisine  bourgeoise  et  de  regimes 

Nl  MALADES  CONTAGIEUX  OU  BRUYANTS 


-  MEDECIN-DIRECTEUR  - 

--  Dr  P.  ALLAMAGNY  - 

avec  la  collaboration  du  Dr  VIGNAUD, 
ex-Directeur  de  la  Maison  de  Sante  de  Vanves 
et  d'un  medecin  assistant 


—  VIII  =: 


ANALYSES 


LIVRES,  THESES,  BROCHURES; 

Psychologie. 

V.  Jankelevitch.  —  L’lronie  . .  843 

F.  Baumgarten.  —  La  gratitude  chez  les  cnfauts 

et  les  adolescents  .  845 

Psychiatrie. 

P.  Faveret.  —  La  schizophrenic  et  les  etats  schi- 
zoides  dans  le  milieu  mllitaire  .  84fi 

G.  Fromaget.  —  Les  mesures  de  protection  a 

I’igard  des  pervers  qui  s’engagent  dans  l’ar- 
mee .  840 

Histoire  de  la  Medecine. 

R.  Dumesnil.  —  Histoire  illustree  de  la  mede¬ 
cine  .  847 


JOURNAUX  ET  REVUES 
Neuro-psychiatrie. 

P. 'Penia.  —  La  narcolepsie .  8484 

M.  Levin.  —  Lc  role  du  cortex  cerebral  dans  lai| 
narcolepsie.  Classillcation  de  la  narcolepsie  et3 

des  troubles  associes . .  849 

R.  Clement.  —  Encephalites  epidemiques  (unite 

ou  pluralite  '! .  849  i 

F.  Terhjen.  —  Les  sequellcs  oculaires  tardivesa 

de  Pcncephalite  epidemique .  849 

M.  Teulieres  et  J.  Beauvieux.  —  Les  maniiesta-l 
tions  oculaires  tardives  dans  l’cncephalite  epi-,1 

demique  . .  8503? 

M.  J.  Cooper.  —  Mouvcmelits  associes  de  la  lan- 
gue  controles  par  Belfort  volontaire  dans_l’en-  j 
cephalitc  epidemique  .  850  i 

(.Suite  du  sommaire  page  X).  j 


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ches  biologiques.  - — — 


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Medecins-chefs  j  p,  R  de  SAUSSURE,  Privat-Docent  4  TUniversite  de  Geneve. 


Th.  Deteniioff.  — .De  l’apparitiun  dc  tableaux 
cliniqucs  pscudo-schizophi'eniqucs  dans  la  mc- 

scnccplialitc  .  85(1 

L.  Stone  et  W.-C.  Menninueh.  —  Un  cas  de  psy- 
chosc  associee  a  tine  tum'eur  cerebellcuse  do 
la  ligne  medianc  .  850 

O. -J.  Volfovski.  —  Troubles  psyehlques  du  type 
«  acairia  »  dans  la  choree  de  Huntington  850 

R.  Cristini.  —  Un  eas  de  choree  atypique  chez 

un  sujet  hysterique .  85,0 

L.  Bai.lif,  Cli.  Ballif  et  E.  Glinoer.  —  Psychas¬ 
thenic  avee  acces  hysteroides  ou  simulation?  857 
H.  Codet.  —  Le  problcmc  aetuel  de  Bhysteric  857 

P.  Haiitenueiio.  —  Classification  des  nevroses  857 
Cl.-H.  Barnacle,  E.-G.  Ebaucii  et  E.  Lemere.  — 

ReCherehes  sur  les  associations  motriees  dans 

les  psychonevroses  .  858 

A.  Eunc.k.  —  Reeherchcs  critiques  sur  les  concepts 

fondamentaux  de  l’hypnotismc  .  858 

W.-C.  Menniueh.  —  l'acteurs  psychologiques  dans 
l’etiologic  du  diabetc  . 858 


-  Syphilis  nord-africaine  et  loe 


Anatomie. 


R.  Anthony.  —  Etude  du  ccrveau  d’un  sat 

biologiste  et  medeeiu  . . 

O.  Rossi  et  G.  Gastaldi.  —  La  regeneration 
tissu  nerveux  chez  les  yertebres  superleurs 
V.  Tronconi.  —  Etude,  sur  la  nevroglie  limuai-. 


A.  Romero.  —  Recherelies  sur  les  alterations  de 
la  Tievroglie  dans  la  meningo-encephalite 

culeuse . 

A.  Baiuu’.  —  Les  libres  motriees  intramedullaireS 
des  raclnes  rachidlennes  posterieures  . . . 

A.  Juba.  —  Sur  le  champ  de  projection  de  la; 
vision  centrale  dans  le  corps  genouille  e; 


d’hemiaplasie  du  ce 

.  81 

unmaire,  page  XIV)-. 


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MEDICO  -  PSYCHOLOGIQUE 
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Rachitisme. 

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Hypo-acidite  gastrique. 

Syndrome  solaire. 

Dyspepsie  atonique. 

Palpitations  et  Tachycardie 
des  coeurs  nerveux. 

GEMTROPIAE 

1  granules, ^ ou  2 0  gouttes,  a  a^3  fois  par  jour, 

1  ampoule  injectable  par  jour. 

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Spasmes  digestifs  —  Vomissements. 
Coliques  —  Diarrhees. 

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Syndromes  post-encephalitiques. 
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Asthenie. 

Neurasthenie  —  Surmenage. 

Anemie  —  Convalescence. 

Paralysies  atoniques. 

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dosecs  a  4  Ctgrs. 

La  Douleur. 

L’Anxiete  —  1’Agitation. 

Les  Dyspnees  spasmodiques. 

La  Demorphinisation. 

tCHANTILLONS  MtDICAUX  SUR  DEMANDS 

—  XVI  — 


POSOLOGIE 


LA  DOSE  UTILE  SERA  f'JXEE  PAR  PROGRESSION 


SOCIETE  PARISIENNE  D'EXPANSION  CHIMIQUE 

SPECIA 

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